Il fit silence en lui et le silence le fit



Un beau projet, peut-être un rêve :
redécouvrir le silence, l'écouter, le goûter,
passer du silence mortifère de la peur
au silence habité où mûrit la Parole.

Heureux ceux d'entre nous qui peuvent dans le rude quotidien,
ou qui pourront dans l'espace des vacances
s'offrir de bons temps de silence,
un des rares cadeaux qui ne s'achète pas…

Trop souvent, collés dans les oreilles ou diffusés à l'envi,
les décibels envahissent l'espace
et les tubes à la mode encombrent la pensée :
serait-ce pour étouffer un silence qui fait peur ?
serait –ce pour conjurer la crainte de se retrouver seul, en face de soi-même ?

Et pourtant, quel bonheur que ce sommet atteint
où le silence se goûte dans la contemplation
au terme de la marche où se libère l'esprit. 

Et quelle expérience merveilleuse, au fil du quotidien
que ces temps de présence à l'être aimé
où le silence complice en dit plus que les mots….

Le Prophète Elie, après la peur de l'ouragan qui fendait les montagnes,
entendit « le bruit d'une brise légère » :
et le silence l'ouvrit à la Parole de Dieu. (1 Rois 19)

Ainsi, depuis toujours, à l'épreuve du silence, se libère un espace :
le silence qui inquiète devient pour beaucoup
le lieu possible, le lieu privilégié de l'accueil d'une mystérieuse Parole,
à qui veut bien ouvrir « les oreilles de son cœur ».

Aussi étrange que cela puisse paraître, chacun peut ainsi
se laisser « façonner » par le silence…
Si le Très Haut est une Parole d'Amour,
une liberté créatrice qui nous fait libres et créateurs,
la condition de l'écoute de cette Parole ne peut être
qu'un silence intérieur, attentif et habité.

Amis et frères, osons ouvrir les portes du silence :
si nous nous y mettions tous,
cela pourrait faire du bruit !

P. Roger Blanc

Le choeur de l'église du monastère de Chalais