Marcher avec ses pieds ou dans sa tête,
marcher en union avec ceux qui ne le peuvent plus ou pas encore,
marcher pour une cause ou vers un but,
seul ou accompagné,
dans l’enthousiasme ou la solitude…
C’est toujours une aventure
qui fait sortir de soi-même pour naître au monde.
Il y faut la patience et l’endurance
de ceux qui prennent le temps d’apprivoiser le paysage,
qui ne se satisfont pas d’un monde vu à travers la vitre d’une auto,
qui veulent mériter d’arriver quelque part et de s’y sentir à leur place,
bien loin de l’irruption brutale,
de la traversée distraite ou du parcours accéléré.
Même en plein été,
peu ont ce courage de s’alléger du confort et des soucis quotidiens
pour endurer l’orage ou le froid,
les ampoules ou la fatigue du chemin.
De choisir le risque et la précarité du chemineau ou du roulier,
du randonneur ou du pèlerin,
afin que la route leur appartienne.
Et pourtant exister,
n’est-ce pas aussi choisir son but et tracer sa route,
traverser obstinément les bons et les mauvais passages,
tout en gardant son cap et sa fidélité à soi-même ?
Marcher vers l’autre ou avec lui de sorte que nos pas se confondent ?
Aller voir au-delà de l’horizon s’il n’est pas de plus beau Royaume ?
Un croyant ne reste pas figé quand il sait que quelqu’un l’appelle.
Marcher,
c’est comme prier,
un pas devant l’autre,
un mot après l’autre,
en se sachant attendus par un accueil qui,
d’avoir été si longuement espéré,
ne nous décevra pas.
Et si notre route est amère,
souvenons-nous qu’il y a toujours un chemin
pour conduire à ce village que l’Evangile appelle Emmaüs.
Jeanne Macherel