En composant un oratorio, Dominique Joubert s’est attaché à dire et faire vivre le message de réconciliation, d’espérance et de paix qui animait les moines de Tibhirine. L’oeuvre est traversée par le testament spirituel de Christian de Chergé, supérieur du monastère, dans lequel il pardonne d’avance à celui qui lui ôterait la vie.
Réservation et billetterie : 04 76 90 09 25, Harmonia Mundi et au Centre chrétien d'information "La source".
Entrée 13€ - Tarif réduit 11 € - Gratuit pour les - de 13 ans.
Avec l'ensemble vocal de Meylan et le choeur allegretto de Nantes
et l'ensemble instrumental
Le martyre des sept moines de Tibhirine n’a pas fini de porter du fruit, d’abord pour la terre et le peuple algérien, mais plus largement pour le dialogue islamo-chrétien et la paix du monde. Il y avait les Sept Dormants d’Éphèse, vénérés par les chrétiens et les musulmans ; désormais les « Sept Dormants » de Tibhirine sont aussi une occasion de rencontre et de pèlerinage commun. Leur mort violente dit le prix du dialogue et guérit de la naïveté aveugle qui a parfois conduit les rencontres interreligieuses. Ici, en Isère, le dialogue vrai et respectueux, le dialogue comme engagement réciproque, n’est pas facile. Il semble toujours à recommencer. Il demande de la persévérance. Le chemin est difficile, semé d’embûches. Il faut des âmes d’élites pour le parcourir, sans savoir où il mène. Les moines de Tibhirine s’y sont engagés jusqu’au bout. Avec eux, quelque chose d’irréversible s’est produit : leur sueur et leur sang imprègnent une terre d’Islam, liant pour toujours les chrétiens et les musulmans.
L’oratorio de Dominique Joubert inscrit le martyre des « Sept Dormants » de Tibhirine dans la culture contemporaine, avec d’autres œuvres.
La légende des "Sept Dormants" : un trait d'union entre les traditions chrétienne et musulmane
Christian de Chergé, prieur de Thiberine : un penseur de l'espérance
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Créé à la fin du XIXe siècle, le monastère Trappiste se situe dans la montagne à 90 km au sud d'Alger. Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, un groupe d'une vingtaine d'individus se présente et réclame frère Luc, médecin. Devant le refus du gardien, ils pénètrent de force et se précipitent alors directement vers le bâtiment où dorment les moines. Après des tractations avec le père Christian, prieur de la communauté, ils réveillent six autres moines. Les membres du groupe islamiste les emmènent de force. Les têtes des 7 moines seront retrouvées à la fin du mois de mai. La responsabilité des ces assassinats fait encore débat aujourd’hui.
L’histoire se déroule à l’époque des persécutions contre les chrétiens lancées par l’empereur romain Dèce, au milieu du IIIe siècle. Refusant d’abjurer leur foi, sept jeunes hommes chrétiens ayant de hautes charges dans l’empire cèdent l’ensemble de leurs biens aux pauvres et partent se réfugier dans une grotte située sur le mont Célion. Ils tombent alors dans un profond sommeil durant lequel les soldats de l’empereur découvrent leur lieu de refuge et décident de les y emmurer vivants.
Ils ne se réveillent que plusieurs centaines d’années plus tard lorsque le propriétaire des terres descelle l’entrée de la grotte et y découvre les sept dormants. Ces derniers ont conservé l’éclat de leur jeunesse et imaginent n’avoir dormi qu’une nuit. Après avoir raconté leur histoire à l’évêque, ils se rendorment aussitôt au sein de la caverne où ils sont inhumés.
Ils furent l’objet de dévotions diverses à partir du VIe siècle. Dans leur refus inconditionnel d’abjurer leur foi, les Sept Dormants figurent aux côtés des nombreux martyrs chrétiens des premiers siècles ayant défendu leur foi au prix de leur vie.
Il existe un récit similaire dans la sourate XVIII du Coran intitulée Al-Kahf (La Caverne). Le Coran évoque avec précision que les jeunes gens seraient restés endormis près de 300 ans. La sourate suggère également le caractère extraordinaire et la dimension profondément spirituelle du "signe" que constitue leur expérience.
En islam, les "Gens de la Caverne" incarnent les croyants opprimés par une force politique les empêchant de vivre librement leur foi, décidant alors de s’exiler volontairement et de s’en remettre à Dieu. Leur loyauté inébranlable aurait incité le Créateur à les sauver, soulignant la nécessité de se confier à Dieu même dans les cas les plus désespérés.
Le culte des Sept Dormants fut répandu en Bretagne par des moines et missionnaires grecs. Ayant un jour accosté en baie de Lannion, ils transformèrent le village de Stivel et son dolmen en un centre de christianisation et en lieu de culte des Sept Dormants martyrs.
Depuis 1954, le "pardon des Sept Saints" est l’occasion d’une rencontre interreligieuse annuelle durant laquelle, après une messe célébrée à la chapelle, une cérémonie musulmane est organisée à la fontaine des Sept Saints.
Loin d’être une vieille légende, l’histoire des Sept Dormants d’Ephèse constitue une invitation universelle à rejoindre ces jeunes croyants dans leur sommeil profond par rapport à ce monde pour s’ouvrir aux "sens intérieurs" et à la dimension spirituelle de l’homme.
D’après Amélie Neuve-Église, Source: La Revue de Téhéran - Mensuel iranien consacré à la culture et aux traditions iraniennes en langue française.