Les Homélies de nos Prêtres

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Homélie du dimanche 30 juillet 2023, 17e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 13, 44-52.

Livre du livre du prophète Jérémie 26,11-16.24. Psaume 118.

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 28-30.

 

« Le Royaume des cieux est comparable à … » Il est intéressant de voir que Jésus, par différents moyens, essaie de nous faire saisir ce qui est, encore aujourd’hui, difficile à envisager. Et nous, que répondrions-nous ? 

En réalité, avec ces quelques lignes, nous recevons ce matin, un enseignement merveilleux concernant la rencontre avec Dieu dans notre vie, car le Royaume des cieux dont il est question, c’est en réalité Dieu lui-même. Essayons d’avancer un peu ensemble !

Dans la première parabole, celle du trésor caché dans le champ, on peut comprendre que Dieu se laisse découvrir souvent comme par hasard (providence) dans notre vie. Cela peut survenir au moment où on s’y attend le moins et de façon imprévue même : par exemple, à l'occasion d’une messe (une illumination par exemple),d’une visite dans une église ou un sanctuaire (comme celui de Lourdes, la Salette, Fatima, Rocamadour…), lors d'un pèlerinage, la lecture d’un verset biblique, d'une rencontre, d’une découverte de la vie d’un saint, aux JMJ ( j’espère que de nombreux jeunes vont faire cette rencontre et c’est ma prière), cela peut-être aussi lors d’une maladie ou du décès d’un proche… que sais-je ? Et alors, à chaque fois, il se fait comme une lumière éclatante, une réponse à notre attente la plus intime… cela reste surprenant, même pour la personne intéressée. On parle alors d'une conversion, d’un changement de vie… qui surprend parfois les proches et qui transforme vraiment, la vie de la personne. 

Le Royaume de Dieu est caché, dit Jésus, comme un trésor enfoui dans un champ ou comme une perle, petite, mais d’une valeur inestimable. Dieu ne semble pas évident à découvrir et pourtant, Il se laisse trouver, découvrir, sur notre chemin de vie ! 

Sans aucun doute, certains d’entre nous pourraient personnellement témoigner de l’histoire cette rencontre !

Une fois le trésor découvert, que fait celui qui l’a trouvé : il vend tout et achète le champ où il l’a trouvé. C’est sur cela que Jésus insiste ! Dieu est un trésor qui fait pâlir tout le reste à côté de Lui. Le cultivateur et le négociant vendent tous leurs biens pour acheter le champ au trésor ou la perle fine qui vaut bien tous les sacrifices. Liquider tout pour acquérir l’essentiel, renoncer à tout pour être davantage libre, abandonner pour mieux ordonner sa vie… voilà la folie de ces deux personnages. 

Cette attitude décidée doit aussi être celle de la vie chrétienne, de notre vie chrétienne. Je peux prendre un exemple : nous admirons le sportif qui est capable de décisions radicales et va se priver d’une quantité de choses pour battre un record. Lorsque je prépare des jeunes au mariage, je leur dis qu’ils auront des choix exigeants à faire dans le don d’eux-mêmes à l’être aimé… ! Eh bien ! Ce sont des choix radicaux pour le Royaume de Dieu, que Jésus veut nous voir prendre.

Mais, n’ayons pas peur ! Le prix à payer pour posséder effectivement la perle rare ou le trésor caché n’est pas forcément trop élevé en comparaison de la joie qu’il procure. « Dans sa joie, il s’en va vendre tout ce qu’il possède », comme nous l’avons entendu dans l’évangile. La joie indicible éclipse tous les autres sacrifices. Comme dans tout amour vrai, la joie d’aimer et d’être aimé de cet homme, de cette femme, fait oublier tous les autres partis possibles. La joie est première, avant même, les renoncements. Ça vaut la peine de lâcher du superflu pour choisir l’impérissable, de se libérer de ce qui passe pour trouver l’essentiel : voilà ce qui nous est demandé. Il n’est pas de bonheur plus inouï que de découvrir ces trésors extraordinaires de l’amour infini et de la Vie éternelle.

Oui, le Royaume est au fond des cœurs, comme la perle qui allume le regard, comme un trésor que dégage le désir le plus profond.

Mais la découverte de ce trésor doit se faire avec une attitude responsable, avec une sagesse similaire à ce roi qui comprend qu’il faut abandonner les rêves de longue vie ou de richesses, pour choisir l’art de gouverner et de discerner. (Première lecture). La vraie intelligence est de se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu et de recevoir de Lui le goût des vraies valeurs, au-delà même de ce que nous pourrions espérer !

« Mon partage, Seigneur, c’est d’observer tes paroles,

mon bonheur c’est la loi de ta bouche…

Aussi j’aime tes volontés plus que l’or le plus précieux » chantait le psalmiste.

Oui, frères et sœurs, mettons-nous à la recherche du trésor qu’est Dieu. En réalité, c’est le seul et le vrai trésor durable ! De fait, Il est déjà là dans le quotidien de notre vie !

Peut-être pourrions-nous faire mémoire, chacun dans notre prière, de cette rencontre décisive avec notre Seigneur. Ce peut être un petit exercice pour cet été ! Peut-être pourrions-nous même dire la date ou le lieu où j’ai été saisi par Lui ! (Pour moi, cette rencontre décisive a été vécu en juillet 1990, lors du pèlerinage diocésain à Lourdes).

 Je le redis : être chrétien, c’est avoir fait une rencontre, la rencontre du Christ vivant, ressuscité, c’est recevoir l’Esprit Saint ! Pouvez-vous retrouver la date et le lieu de cette rencontre ?

Mais, déjà, dans cette eucharistie, il nous faut redécouvrir le Seigneur, comme un trésor incroyable et un don inestimable. Demandons au Seigneur de nous rendre attentifs à Le reconnaître lorsqu’il se révèle à nous et demandons aussi la grâce de rester toujours « des chercheurs de Dieu » dans notre vie. 

Voilà ce que les textes de ce jour nous enseignent ; puissions-nous les méditer, les contempler et les garder dans notre cœur.

Oui, le Seigneur est là !

Il est notre vrai trésor !

 

                                                                                                   Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 9 juillet 2023, 14e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 11, 25-30. Livre du prophète Zacharie 9,9-10. Psaume 144.

Lettre de saint Paul aux Romains 8,9.11-13.

 

Dieu aurait-Il des secrets ? Dieu aurait-Il des choses à cacher, qu’Il révèlerait à certains, et pas à d’autres ? Mais quel est le secret de Dieu ? 

 Là, souvent nos yeux s’écarquillent, nos oreilles se dressent ! En fait, nous le connaissons déjà, ce secret ! 

Le plus grand secret de Dieu, nous dit Jésus, c’est qu’Il nous aime ! Il nous aime comme un père, Il nous aime comme une mère aime son enfant. En Jésus, Dieu se révèle comme un Dieu plein d’amour. 

Cette révélation dénote et a sans doute pu surprendre les différentes religions devant faire face à une multitude de divinités et de dieux qu’il fallait honorer par de nombreux sacrifices ! 

Ce que Jésus annonce par sa parole et par ses actes, c’est que Dieu est unique ! Nous comptons pour Lui, nous avons du prix à ses yeux. Chacun de nous est aimé pour ce qu’il est ; voilà la Bonne Nouvelle qui sera particulièrement annoncée lors des premières missions des Apôtres !

Dans un monde en manque du vrai amour, nous avons besoin toujours d’entendre et de réentendre : non seulement Dieu nous aime, mais il a aussi un plan de Vie pour nous !...   

C’est une certitude ! Dieu nous aime au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. 

C’est un Amour qui accueille, c’est un Amour qui relève, c’est un Amour qui libère, un Amour débordant, un amour vrai et accessible ! 

Ce secret peut nous sembler évident et même vécu, pourtant, et de façon inexplicable, un constat souvent s’impose : nous résistons à l’amour de Dieu ! C’est comme si notre intelligence humaine résistait à nous laisser éclairer par cette force d’amour.

Les premiers théologiens chrétiens aimaient utiliser l'image du soleil pour tenter d’expliquer Dieu, pour essayer d’expliquer l’inexplicable : l'astre, qui est difficile à regarder tellement il brille, qui est la source de la lumière et de la chaleur : c'est le Père ; la lumière qui vient de Lui et qui nous éclaire sur terre, c'est son Fils Jésus-Christ ; la chaleur qu'on ne voit pas, mais qui pourtant se diffuse et qui réchauffe, c'est l'Esprit Saint. 

Ce qui peut nous surprendre aussi et dérouter les savants, les érudits que nous sommes, c’est que ce soleil est pour tous les hommes, les bons comme les méchants ! Même dire cela, provoque chez certains, comme un « blocage » de notre intelligence !

Certains vont me dire ! Nous entendons bien que Dieu nous aime, mais nous ne saisissons pas comment vivre vraiment de cet amour ! Comment entrer dans cette relation aimante et vraie ?

 

Voici trois pistes données par l’évangile d’aujourd’hui, trois pistes accessibles et simples.

La première piste est donnée par le début de l’évangile d’aujourd’hui. Il nous présente un message clair. Jésus argumente de façon percutante en renversant une logique mondaine. Il simplifie et oppose les sages et les savants aux petits et aux humbles. Sa position est nette. Ses disciples seront des gens simples, humbles, capables de se laisser enseigner. Ils ne se réfugieront pas dans leurs capacités personnelles intellectuelles ni ne se poseront au-dessus de leurs frères et sœurs. Ils se feront petits, comme Jésus l’a signifié par sa vie. 

L’image que donne le prophète Zacharie dans la première lecture l’exprime avec simplicité. Notre Dieu est un Dieu humble qui vient monté sur un ânon (même pas sur un âne !). Il ne s’impose ni par la force ni par les connaissances. Il devra en être ainsi pour ses disciples !

La deuxième piste : Jésus, par une image bien connue de ses auditeurs, leur fait comprendre qu’ils peuvent toujours compter sur Lui, qu’Il porte leurs fardeaux avec eux. 

L’image choisie est celle d’un joug. Ce mot est employé le plus souvent de nos jours dans un sens figuré. Il exprime l’autorité qui écrase ou encore les problèmes qui pèsent lourd. Mais ce mot, dans son sens strict, nous réfère à un instrument habituellement en bois qui unit deux bœufs pour tirer une charrue. Les deux animaux ainsi se coordonnent et s’entraident dans leur action. C’est cette image que Jésus a à l’esprit, lorsqu’Il dit « Prenez sur vous mon joug… Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger ». Ce joug se retrouve aussi dans l’amour des époux : l’amour conjugal (Les époux portent le même joug) !

Les disciples de Jésus que nous sommes ne sont pas prisonniers d’obligations qui écraseraient. La première et la plus importante des obligations ou des commandements, c’est celle de la loi de l’amour.

La troisième piste : trouver la consolation, le bonheur et le repos près de Dieu, voilà une bonne aspiration pour le chrétien. Comment faire ? En répondant à l’invitation de Jésus : « Venez à moi » ; venez à moi avec vos joies, vos souffrances, et vos difficultés quotidiennes. Venez à moi tels que vous êtes !

 

Cet été, un certain nombre d’entre nous vont peut-être découvrir des horizons nouveaux : la mer, la campagne ou la montagne, des ballades ou randonnées. Une occasion de prendre le temps de s’émerveiller, de dire merci à Dieu pour cette nature, de Le louer, de Lui dire notre reconnaissance pour tout ce qui nous est donné à contempler et à vivre… comme le faisait saint François d’Assise. 

Mais surtout, c’est l’occasion de nous laisser aimer tels que nous sommes, en écoutant ce que Jésus a à me dire, en lui confiant notre vie, en lui parlant « comme un ami parle à son ami. » (comme le disait St Ignace). En sa présence, nous pourrons remettre les évènements de notre vie à leur juste place afin de retrouver plus facilement la paix et la consolation que Lui seul peut nous donner. 

Combien de fois sommes-nous bloqués dans une situation dont nous avons du mal à trouver l’issue ! Pourtant, c’est dans la prière, dans la contemplation, par la force de l’Esprit Saint que nous pouvons trouver le chemin pour avancer.

 

 Bref, je le redis, que nous partions en vacances, ou que nous restions ici à Grenoble, prenons le temps de relire tel ou tel passage de la Bible, laissons-nous enseigner par la vie d’un saint, c’est toujours édifiant ! Ils ont eu aussi des difficultés, des problèmes ; alors comment ont-ils fait ?

Osons prendre un temps de recul dans un monastère ou un sanctuaire ! 

Regardons le monde qui nous entoure, à la manière de Jésus, c’est-à-dire avec les qualités du cœur de Jésus « doux et humble de cœur » ! 

Voilà ce que nous recevons, frères et sœurs, en ce quatorzième dimanche du temps extraordinaire de l’ordinaire !

Prenons-en conscience et laissons-nous toucher par ce cœur débordant d’amour !

Que cet été, soit vécu vraiment avec Jésus !

                                                                                                                 Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 3 juillet 2023, 13e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 20, 24-29.

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 2, 19-22. Psaume 116.

 

Chers amis, l’évangile de ce jour nous transporte au dimanche de Pâques. Le Ressuscité apparait pour la première fois aux Apôtres, puis, huit jours plus tard, voilà qu’Il apparaît aussi à Thomas !

Thomas est appelé Didyme : le Jumeau (de qui est-il le jumeau ? Serait-ce de nous ?). Il fait partie du petit groupe de ces disciples que Jésus a choisis, dès les premiers jours de sa vie publique, pour en faire ses Apôtres. 

Il est "l'un des Douze" comme le précise saint Jean dans son évangile (Jean 20. 24). Le même saint Jean nous rapporte aussi plusieurs interventions de Thomas, qui nous révèlent son caractère. 

Rappelons-nous ! 

  • Lorsque Jésus s'apprête à partir pour Béthanie au moment de la mort de son ami Lazare, il y a un grand danger et les disciples le lui rappellent : « Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider. » Devant la décision de Jésus, Thomas dit alors aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui. » Thomas est donc prêt à mourir pour Jésus et avec Lui. Dès le début, Thomas a vraiment donné sa vie à Jésus. 
  • Lors du dernier repas, juste après le lavement des pieds, lorsque Jésus annonce son départ, c'est Thomas, la gorge nouée sans doute, qui pose cette question importante : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » - "Je suis le chemin, la vérité et la vie", répond Jésus. 

C'est grâce à toutes ces questions que Thomas doit sa sympathique notoriété ! Peu après le dimanche de Pâques, le voici qui revient d'on ne sait où et il entend ses amis lui dire : « Nous avons vu le Seigneur ! » Sa réaction n’est pas forcément celle d’une personne qui doute, mais de quelqu’un qui espère tellement revoir son Maître, qu’il ne veut pas risquer une déception : « Si je ne vois pas dans les mains la marque des clous, si je ne mets pas ma main dans son côté, non, je ne croirai pas. » Pour la postérité, il a reçu le qualificatif d'Incrédule, cela n’est pas tout à fait juste ! Thomas est un vrai croyant.

C'est grâce à ces questions précises, à cet esprit scientifique pourrait-on dire, qui ne croit que ce qu'il a vérifié, que nous devons la certitude qui nous habite. 

On oublie souvent que Thomas est surtout le premier qui, devant le mystère des plaies du Christ ressuscité, a donné à Jésus son véritable titre : « Mon Seigneur et mon Dieu. »

Thomas n’a pas eu besoin de plonger sa main dans le côté de Jésus (il n’a pas été jusque là), car les paroles de Jésus ont suffi pour le convaincre. Il restera un témoin de la puissance du Christ ! Notre foi n’est pas une illusion. Nous aussi, nous touchons cette réalité chaque jour à travers le témoignage de vie des chrétiens authentiques qui nous entourent. Nous touchons réellement le Christ dans la réception des sacrements, particulièrement dans l’Eucharistie. Frères et sœurs, nous ne suivons pas un homme mort, nous suivons le Ressuscité !

Jésus-Christ est vivant et actif dans l’histoire et dans nos vies. La mort et le mal ne l’empêchent pas d’agir. L’Église est construite sur la solidité de cette expérience du Christ. Les apôtres et les saints nous prouvent que nous construisons vraiment sur le roc. L’Apôtre saint Thomas nous appelle à être, à notre tour, des témoins de sa puissance.

Retenons de Thomas, le désir que notre foi soit ferme et de (re)découvrir la puissance de Dieu chaque jour. Nous devons augmenter la fermeté de notre foi en découvrant la présence de Dieu chaque jour.  Osons redire comme Thomas et aussi comme des milliers de chrétiens après lui : « Tu es mon Seigneur et mon Dieu ! »

Frères et sœurs, demandons cette grâce d’une foi vraie et confiante en celui qui est notre Seigneur et notre Dieu !

Ainsi soit-il

 

 

Homélie du dimanche 2 juillet 2023, 13e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 10, 37- 42. 2e livre des Rois 4,8-11.14-16a. Psaume 88.

Lettre de saint Paul aux Romains 6, 3-4. 8-11.

 

       Chers amis, voici que ce mois de juillet, synonyme généralement de changement de rythme et de légèreté, commence dans une violente tension sociale, et pas des moindres ! Ce temps estival qui va bientôt commencer, où déjà dans la tête et le cœur de chacun, il y a, sans doute le désir de repos, le rêve des voyages et des découvertes, des rencontres familiales, voilà que l’actualité nous bouscule et nous sidère face à une telle agressivité où la notion du vivre ensemble est bien, bien mise à mal !  

Grand malaise de notre société, cohabitation difficile, des parents dépassés et parfois complices, une jeunesse asservie par les réseaux sociaux et les idéologies, une politique d’accueil non-cadrée… Le constat est là : la récurrence de ces manifestations de plus en plus violentes vont crescendo depuis plusieurs années. C’est dans cette réalité malsaine que les lectures de ce jour nous rappellent deux verbes essentiels qui paraissent, à première vue, déconnectés de notre réalité et pourtant, ils marquent la vie du chrétien. Ces verbes sont : Accueillir et Récompenser !

Comme toujours, et nous le savons bien, les propos de Jésus veulent nous faire réfléchir ! Ses phrases parfois un peu lapidaires sont là pour nous aider à discerner et à mettre en actes l’Évangile.

Commençons par le verbe « récompenser » !  Que veut-il dire ? Comment « être récompensé » ? Nous pouvons y réfléchir selon trois niveaux de lecture :

  1. La première récompense est celle de la justice. Cela se produit sur une base de : « tu me donnes » et « je te donne en retour ». C’est sur une base de calcul. Cela est très bien et même nécessaire. Si j’ai travaillé pour quelqu’un, je lui demande un salaire ; ‘donnant, donnant‘ ! Je suis quitte ! C’est peut-être parfois, de cette façon que nous faisons avec le Seigneur : « Je récite un chapelet et j’attends de Toi, telle ou telle chose. »
  2. Il y a une deuxième façon de recevoir un retour de notre action. Celle-là n'est pas seulement sur une base de calcul, mais sur une base de partage, d’échange, d’une réciprocité : « Je te rends un service et quand l'occasion se présentera, tu m’en rendras un. Je te reçois chez moi, je t’accueille pour un repas, j’espère que tu me recevras aussi ». C’est normal de s’attendre à ce qu’il y ait un retour lorsqu’on fait quelque chose pour quelqu’un. « Si on aide un prophète, on aura une récompense équivalente, une récompense de prophète, dit Jésus ». Sans être calculateur, lorsqu’on accueille quelqu’un, même généreusement, on peut espérer qu’il y ait un retour en proportion de qu’on a fait.
  3. Enfin, il y a une troisième façon de recevoir un retour de notre action : c’est de ne rien attendre en retour ! Au risque d’être surpris, c’est une attitude plus difficile ! Cependant sans rien réellement rechercher, dans un rapport différent, je prends conscience que je reçois bien plus que je n’ai donné ! Jésus ici nous montre comment, lorsque j’aide ou accueille tout à fait gratuitement avec le cœur, avec amour, lorsque j’accueille un petit, celui ou celle qui ne peut rien me donner en échange, alors là, la récompense est quelque chose de spécial parce que l’amour ne se mesure pas comme le reste, parce que l’amour me fait sortir de moi. Je ne regarde pas ce qui me reviendrait en retour. Je le fais, j’aime, je donne gratuitement, un point c’est tout !

C’est là que l’amour de Dieu est un modèle, car Dieu le Père nous donne tout, la vie, son amour, et même son Fils. Nos besoins d’amours humains, l’amour conjugal, l’amour filial, l’amour des parents pour leurs enfants s’en inspirent, même s’ils ne réussissent pas toujours à atteindre cet idéal. En fait, nous pouvons retenir qu’en aimant Dieu par-dessus tout, nous donnons à tous, l’amour nécessaire, c’est-à-dire un fondement durable, solide, vrai, lucide et apaisé.

Voilà très rapidement les différentes façons dont nous pourrions espérer une récompense ! Cela suppose un acte, une décision et aussi de prendre un risque, celui de l'accueil et du don de soi !

Vous me direz : « Est-ce possible ? » Oui, c’est possible, car l’amour est à la portée de tous. Le disciple de Jésus est celui qui accepte de sortir de lui, de « perdre sa vie » comme Il le dit lui-même, de ne pas seulement regarder du côté de ce qui est la justice ou du côté des conventions sociales, mais c’est accepter d’expérimenter le don autrement, accepter de se libérer d’un prêt à penser individualiste si actuel.

 

Le deuxième verbe nous invite naturellement à l’accueil ! Accueillir l’autre et se laisser accueillir par lui, ouvrir sa porte et ne pas fermer son cœur : ce ne sont pas là des actions d’éclat, mais des gestes modestes qui sauvent le monde.

C’est peut-être ce qui manque dans notre société d’aujourd’hui ! Il n’y a pas de petits gestes qui ne soient pas nécessaires et importants ! Il faut relire les écrits de La petite Thérèse de Lisieux quand elle dit l’importance de« Ramasser une petite épingle par amour » ! Oui ! « Il n’y a pas de petits gestes. » Le moindre geste, même presque invisible, lorsqu’il est rempli d’amour, a une valeur d’éternité.  Voilà une « bonne nouvelle » !

La liturgie de ce jour nous en donne un bel exemple ! L’image de cette femme qui reçoit le prophète Élisée dans le récit de la première lecture. « Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu’il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu’il passait par là, il allait manger chez elle. » Plus encore, elle lui propose même une chambre à demeure ! Élysée se demande quoi faire pour la remercier. Apprenant que la dame éprouve le désir d’avoir un enfant, dans la confiance, le prophète intercède auprès de Dieu pour lui faire ce don. Rien de magique, et pourtant, c'est ce qui va arriver.

Cette femme est pour nous un modèle de l'attitude chrétienne à développer au fil des jours. Le chrétien est celui qui a ‘une chambre‘ en plus dans son cœur, son temps et sa vie… une ‘chambre’ dans laquelle Jésus peut entrer à tout moment. 

C’est ce qu’exprimait bien la tradition de nos grands-parents qui laissaient toujours une place ouverte lors des repas : « la place du pauvre ! »

       Pour conclure, il ne s’agit pas, pour nous, de chercher à obtenir une récompense à tout prix, mais simplement de nous ouvrir à la joie qu’il y a à partager, à découvrir l’autre, à l’accueillir, à s’enrichir respectueusement de nos différences. 

C’est de cette joie-là, dont Jésus nous parle ! La « récompense », comme la seule et vraie conséquence de notre « accueil » : c’est la vie éternelle ! Ce ne sera pas la richesse ou une bonne santé ou une longue vie… c’est la vie éternelle, c’est le don gratuit, sans commune mesure, sans aucun mérite de notre part. Dieu veut faire à chacun de nous le don de cette vie. Il nous la propose et il nous appartient ou appartiendra d’accueillir ce don.

 

En début de ce mois de juillet, violent et bien triste, nous entendons ces lectures qui devraient ranimer en nous la joie et l’espérance ! Prenons le temps de les relire ! 

Nous sommes là, frères et sœurs, pour annoncer, sans doute, modestement et pour faire rayonner vraiment, l’Évangile et la Bonne Nouvelle du Seigneur !

Demandons cela pour chacun de nous, pour notre paroisse, la France et le monde !

Ainsi soit-il !

 

 

Lettre Recommandation Mgr Eychenne

Lettre Recommandation Mgr Eychenne

Homélie du dimanche 25 juin 2023, 12e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 10, 26-33. Livre du prophète Jérémie 20,10-13.

Psaume 68. Lettre de saint Paul aux Romains 5, 12-15.

 

Ne trouvez-vous pas que cette page d’évangile est décapante ? 

En réalité, elle est très importante, car chers frères et sœurs en ce 12e dimanche du temps extraordinaire de l’ordinaire, ce texte a une saveur de mission, où peuvent se mélanger les joies et les peines ! En même temps, il nous en rappelle le ‘pourquoi’.

Pour le comprendre, il faut d’abord se rappeler que cette page d’évangile a été écrite pour des chrétiens d’origine juive, une cinquantaine d’années après la mort et la résurrection de Jésus. Ces juifs passés au christianisme sont considérés comme des renégats. Aussi cherchait-on à les éliminer, ou du moins à les faire taire ! 

Voici dans le contexte de l’époque ce que nous pouvons retenir : Témoigner de sa foi à cette époque, c’était souvent risquer sa vie !

On peut comprendre que certains aient cherché à se faire très discrets et à ne pas trop élever la voix. Les disciples avaient, sans doute, de bonnes raisons d’être inquiets.

D’ailleurs, rappelez-vous que Jésus ne leur avait pas caché que l’entreprise était risquée : « je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups… prenez garde aux hommes… vous serez haïs de tous à cause de mon nom… »  

C’est donc pour eux, mais aussi pour nous que saint Matthieu rappelle ces paroles de Jésus qui invitent à l’audace et au courage. Sans doute avez-vous retenu cette invitation de Jésus, renouvelée à plusieurs reprises : « Ne craignez pas... Soyez sans crainte ! ».

Cette invitation se retrouve 366 fois dans la Bible. Je vous invite à le vérifier si vous avez un peu de temps ! Donc, tout au long de l’année, chaque matin, en se levant, le chrétien peut lui aussi se redire : « Allez ! Ne crains pas ! J’y vais. »Chaque jour, nous pouvons alors, aller joyeusement témoigner de l’Évangile. 

« N’ayez pas peur ! », comme nous le souhaitait aussi, saint Jean Paul II le jour de son élection en criant sur le balcon de la basilique saint Pierre de Rome : « N’ayez pas peur ! Ouvrez, en effet, grandes les portes au Christ ! » 

C’est en regardant vivre le Christ Lui-même que nous comprenons mieux toute la portée et les exigences de ce message : en relisant les évangiles, nous constaterons que le Christ n’a jamais eu peur d’affronter les autorités religieuses qui étaient opposées à son message de vérité et de miséricorde. Il fait bon accueil aux pécheurs, Il est allé vers les collecteurs d’impôts (Zachée, Matthieu…), Il a accueilli les lépreux, les prostitués et les pécheurs publics, ce qu’il fallait à tout prix éviter à cette époque. Il a pardonné les péchés. On peut dire que Jésus a vécu dangereusement. Il a accepté tous ces risques pour rester fidèle à sa mission jusqu’au bout. 

Alors Jésus prévient ses disciples : eux aussi, comme nous-mêmes, connaîtront des tempêtes et des contradictions. Les chrétiens sont effectivement persécutés quand saint Matthieu écrit son évangile. Il veut rappeler ce message d’espérance : « N’ayez pas peur…  Je suis avec vous ! ». Dieu n’abandonne pas ses enfants ! Ou encore comme le dit saint Paul : « Rien ne peut nous séparer de son amour ».

Parce que nous formons une communauté de chrétiens, une communauté de baptisés plongés dans la réalité de la mort et résurrection de notre Seigneur, le Christ compte sur la fermeté de notre foi et Il nous fait confiance. 

Car, dans notre monde d’aujourd’hui, parfois bien malmené et bien triste, les causes d’inquiétude ne manquent pas : Guerre, maladie, chômage, exclusion, humiliation, mépris, incompréhension, peur, précarité… Si toutes les époques ont leur lot de tribulations, nous ne pouvons pas baisser les bras !

Le Christ nous veut partenaires, Il veut tous nous associer à sa victoire sur la mort, c’est-à-dire sur sa victoire sur tout ce qui défigure l’homme, tout ce qui défigure sa Création !

Il compte particulièrement sur l’engagement personnel de tous ceux qui lui sont consacrés par le baptême - c’est-à-dire de chacun d’entre nous - pour faire retentir son Évangile dans tous nos milieux de vie. Cela, personne ne peut le faire à notre place !

Car si être disciple de Jésus (et je le dis avec infiniment de douceur) c’est uniquement aller à la messe le dimanche, ne pas voler, ne pas mentir ou tromper l’autre… donner un peu d’argent pour la lutte contre la faim dans le monde… méditer au fond de son cœur ou dans sa chambre… Cela est déjà bien ! Mais si être disciple de Jésus ne se résume qu’à cela, alors il y a de grandes chances que nous aurons peu de risque d’être trop inquiétés. Être disciple de Jésus Christ ce n’est pas seulement : « pratiquer une religion », c’est aussi, et en même temps : « pratiquer vraiment l’Évangile ». C’est là notre humble responsabilité de serviteur de l’évangile !

Alors, comment vivre vraiment en chrétien dans notre vie de tous les jours ? Ne pensons pas que les siècles passés aient été meilleurs ou plus faciles que le nôtre ! Être Chrétien aux premiers temps de l’Église, comme pour aujourd’hui, révèlent qu’en réalité, les enjeux restent les mêmes ! C’est bien ce que décrit saint Matthieu 50 années après la mort et résurrection de Jésus. N’oublions pas les siècles de persécution ou encore aujourd’hui, les persécutions et les massacres de nos frères et sœurs à travers le monde !

Sommes-nous sans défense ? Dans l’évangile d'aujourd'hui, Jésus nous fait une promesse. « Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux ».

En d'autres mots, Jésus nous dit de ne pas craindre de nous prononcer pour Lui dans nos milieux de vie, au travail, dans nos familles, à la maison. 

Laissons-nous interpeller par cet évangile qui est un appel à la confiance. 

En cette fin d’année où nous accueillons des enfants pour le baptême, la première communion ou la profession de foi. Nos jeunes ont besoin du témoignage d’adultes courageux qui n’ont pas peur de témoigner de l’espérance qui les anime. Si nous ne témoignons pas auprès d’eux de notre confiance et de notre espérance en Dieu, ils pourraient peut-être être tentés de baisser les bras et même d’apostasier.

Rendre ce témoignage, c’est aussi « confesser Jésus-Christ ».

Enfin, je note une dernière et importante remarque de Jésus qu’il nous faut méditer : risquer sa vie n’est pas si grave, nous dit Jésus ! Le drame serait de perdre son âme, c’est-à-dire de perdre la vie éternelle ! Comment disposons-nous notre cœur, notre âme pour la vie éternelle ? C’est un beau sujet de méditation !

Demandons au Seigneur, frères et sœurs, la grâce d’un cœur audacieux et confiant afin de mettre en pratique son Évangile, chaque jour, au cœur de notre vie, au cœur de nos actions, sans crainte !     

                                                                                                     Ainsi soit-il ! 

 

 

Homélie du vendredi 23 juin 2023, 11ème semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 6,19-23.

2e lettre de Saint Paul aux Corinthiens 11,18.21b-30. Psaume 33.

 

« Argent, vanité et pouvoir » ne rendent pas l’homme heureux ! Les vrais trésors, les richesses qui comptent, sont « l’amour, la patience, le service aux autres et l’adoration de Dieu » ! C’est ainsi qu’il nous faut comprendre l’évangile de ce jour !

La première lecture, celle de saint Paul aux chrétiens de Corinthe, est aussi dans cette même détermination ! 

Alors, permettez-moi de m’y arrêter quelques instants avec vous ! 

Nous pouvons comprendre que ce que nous recevons ce matin est un témoignage de vie ! C’est un texte qui mérite que l’on s’y attarde et que l’on découvre comment Paul a vécu sa mission. On l’admire souvent pour sa force de parole, pour tous les voyages missionnaires qu’il a accomplis, mais on mesure rarement tout ce que cela lui a coûté : toutes les fatigues, toutes les souffrances, toute la persévérance qu’il lui a fallu et surtout un amour de Dieu inébranlable !

« S’il faut se vanter, je me vanterai de ce qui fait ma faiblesse. » affirme saint Paul aux chrétiens de Corinthe

Le pape François, en préparant les JMJ de cet été à Lisbonne, interrogeait récemment les jeunes de cette façon : « êtes-vous des chrétiens de salon ou des chrétiens de mission ? » Cette parole s’adresse aussi à chacun de nous, quel que soit notre âge, et là, où nous sommes !

Aujourd’hui (bien évidemment, je ne vise personne), parfois, on veut bien annoncer la Parole, être des missionnaires, à la condition que ce soit sans fatigue, sans contrariété, et peut-être même, avec une belle auréole sur la tête et des compliments ! 

Posons-nous donc la question : qu’est-ce qu’être vraiment missionnaire ? Qu’est-ce qu’être véritablement un « annonceur de la parole de Dieu » ? Car ne nous trompons pas, annoncer la Parole n’est pas réservé à une élite ; cela appartient à tout baptisé, chacun pour sa part et avec le charisme qui est le sien. Par notre baptême, nous sommes « tous prêtres, prophètes et rois », donc tous des missionnaires !

Il ne suffit pas de dire : « Je suis chrétien » et rester juste observateur  !

Ne soyons pas timides, ou pire, ne soyons pas des chrétiens passifs !

Comme en témoigne saint Paul : « Cinq fois, j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet ; trois fois, j’ai subi la bastonnade ; une fois, j’ai été lapidé ; trois fois, j’ai fait naufrage et je suis resté vingt-quatre heures perdu en pleine mer. …/…

Et nous, qu’avons-nous fait ? Que faisons-nous ?

Souvent à pied sur les routes, avec les dangers des fleuves, les dangers des bandits, les dangers venant de mes frères de race (est-ce que mes frères et sœurs pourraient m’empêcher d’être témoin du Christ ?), les dangers venant des païens, les dangers de la ville (les dangers des médias, dangers des réseaux, les prêts-à-penser de notre époque…) les dangers du désert » … Saint Paul témoigne : «  j’ai connu la fatigue et la peine, souvent le manque de sommeil, la faim et la soif, souvent le manque de nourriture, le froid et le manque de vêtements, sans compter tout le reste. »

 

Frères et sœurs, comment mesurer notre entrain à annoncer la Parole ? 

Cela n’est pas mesurable, car la Parole agit dans les cœurs !

Demandons alors ce matin, à la lumière du témoignage de saint Paul, de nous interroger sur notre vocation et sur la manière dont nous la vivons, afin d’être de véritables témoins de la présence du Seigneur. Soyons donc des témoins fidèles et audacieux, amoureux de celui qui est la Vie !

Demandons, pour notre communauté de pouvoir annoncer humblement l’amour du Christ !

                                                                                                         Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 18 juin 2023, 11e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 9, 36 à 10, 8. Livre de l’Exode 19, 2-6a. Psaume 99.

Lettre de saint Paul aux Romains 5, 6-11.

 

 

Ce matin, un souvenir me revient à la mémoire ; c’était il y a quelques années et je me trouvais avec une équipe EDC (Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens) ; nous échangions ensemble sur ce texte d’évangile. Une question se posait à nous : Jésus aurait-il été un bon chef d’entreprise selon les modalités d’aujourd’hui ?  Il n’a pas demandé de CV, pas d’entretien multiple ni de test psychologique ou graphologique… Pas si sûr ! Ce qui est certain, c’est qu’Il n'a pas eu peur de la diversité lorsqu'Il a choisi ses douze apôtres, ses douze collaborateurs. C’est un peu comme pour nous dire qu’il n’y a pas un moule unique et que, indépendamment d'un quelconque CV, chacun de nous est appelé !

Cependant, ce qui unissait à ce moment tous ces hommes, en dépit de leurs différences de culture, de tempérament et d'options politiques, c'était leur engagement inconditionnel à la suite de Jésus ; c’était leur point commun !

C’est un appel… pour un envoi ! Pour ce premier envoi, Jésus les ménage encore un peu : ils n'auront pas à dépasser les frontières d'Israël. La mission au grand large, parmi les nations, sera pour plus tard ! Pour l’instant, Il leur demande de s’attacher aux personnes qui sont autour d’eux, en proximité, leurs familles, leurs amis, le monde de notre univers quotidien…

En réécoutant cet évangile, ne trouvez-vous pas que ce texte semble, encore une fois, entrer en résonnance avec notre actualité ? Quand Jésus parle de mission, son constat semble intemporel !

 

Si nous le relisons, retenons trois éléments qui me semblent éclairants dans ce texte. 

- Le premier élément est une constatation : les brebis sont fatiguées, elles sont sans berger, et pourtant la moisson est abondante. Cela s’applique bien à nousNous sommes fatigués, car nous hésitons sur le chemin à prendre : nous courrons peut-être dans tous les sens sans connaitre vraiment le but et comment y aller ! Quand nous discutons avec les uns et les autres, nous entendons bien qu’ils  ont des souhaits, des désirs, des demandes pressantes, mais qui les guide ? Les médias, les réseaux sociaux ? …

- Le deuxième élément nous présente un appel et une décision pour répondre à cette situation. Jésus appelle des ouvriers pour travailler à sa vigne, et Il appelle largement ! Il choisit ici douze apôtres qui le seconderont et qui prolongeront sa mission dans le temps. Ces Douze ont été témoins de signes prodigieux, mais ils ont écouté sa parole ! Aujourd’hui, la parole de Jésus est toujours présente, c’est à nous de prendre le relais de ces Douze. « Il les appela » comme « Il nous appelle » nous aussi

- Le troisième élément est un envoi ! Une mission, certes limitée aux rencontres de notre vie de tous les jours. « N’allez pas vers les païens, allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. »  Jésus est très concret : pour nous, allons déjà vers les personnes proches de nous !

Il me semble bien que ces trois éléments puissent très bien s’appliquer à nous, aujourd’hui, dans notre société, même si des constats évidents peuvent alourdir nos échanges. 

En effet, notre situation de chrétiens, dans une société où nombre de repères se sont délités, ne cesse de nous poser de nouveaux défis. C’est une constatation que nous sommes tous à même de faire. Les défis sociétaux sont nombreux et si nous ajoutons à cela la question des abus sexuels, une déchristianisation, une culture Woke, un individualisme, une culture de la famille qui éclate, alors qu’elle devrait être le lieu de transmission et une école de l’amour, nous pourrions être découragés.

Bref, nous pouvons être un peu mal à l’aise d’afficher nos croyances, sans oublier, que régulièrement, les médias tapent sur la tête de notre Église, l’accusant de tous les maux. C’est vrai : voilà une constatation actuelle et c’est notre situation. Faudrait-il baisser les bras ?

Malgré nos faibles moyens, comme ceux des premiers Apôtres, ne laissons pas la peur nous envahir. Les personnes appelées, c’est bien nous ! Il n’y a pas à regarder ailleurs, mais il faut se prendre en main. 

N’ayons pas peur, comme nous le souhaitait saint Jean Paul II le jour de son élection en criant sur le balcon de la basilique saint Pierre de Rome : « N’ayez pas peur ! Ouvrez, en effet, grandes les portes au Christ ! » 

Nous pourrions nous désoler et nous morfondre de la situation de notre Église, mais non ! Nous sommes appelés à vivre la beauté et la richesse évangélique. Elle est le signe de la présence du Christ dans le monde. Dieu ne nous abandonne pas ! Cela, nous pouvons le dire et le montrer par notre vie. C’est ce que nous sommes et ce que nous vivons qui interrogeront nos concitoyens. La mission continue ! N’ayons pas une tête d’enterrement, mais une “gueule de ressuscités“ !

Notre envoi et nos missions rejoignent celles des premiers Apôtres ! Par ailleurs, l’Église a toujours la même mission : « prendre soin de ceux qui nous sont proches, aller vers ceux qui sont loin ou qui se sont éloignés, annoncer la victoire de Dieu sur la mort, sur toute mort, redire que Dieu nous aime et qu’Il ne nous abandonne pas ».

Comment la réaliser ? La réponse de Jésus tient en un seul mot : « Allez ! ». C’est une décision et un acte de foi, une folie audacieuse !

Il n’y aura peut-être pas de signes éclatants comme ceux que Jésus avait manifestés, mais l’action de Dieu fera son chemin à sa façon. Je pense aujourd’hui, à de nombreuses associations au service des plus pauvres, qui sans faire de bruit, font beaucoup de bien ! Beaucoup de chrétiens sont déjà au service des plus pauvres, des plus démunis, discrètement. À nous de combler aussi les désirs des cœurs ! Ce n’est pas forcément juste un problème de pauvreté matérielle qui appauvrit notre société, mais la perte d’une spiritualité et d’une vraie espérance !

C’est ce que le saint Pape Paul VI souhaitait après le Concile Vatican II et ce que le pape François nous propose lorsqu’il écrit : « Nous sommes tous appelés à être des témoins, mais il y a de nombreuses formes existentielles de témoignage. » (23 janvier 2021 - Latran)

 

Frères et sœurs, prions le Seigneur, le maître de la moisson, qu’Il nous aide à être nous-mêmes dans notre foi et qu’Il nous donne de trouver des moyens, des façons d’en témoigner autour de nous. 

Que cette Eucharistie fasse de nous des disciples missionnaires de Jésus, des témoins qui rayonnent simplement, humblement par leur foi, leur espérance et une charité active. 

Ainsi le Royaume de Dieu sera proche pour nos frères et sœurs du XXIe siècle, et nous prendrons alors le relais des apôtres des premiers temps ; c’est ce que je nous souhaite avec la grâce de Dieu. 

Demandons, pour chacun de nous, d’avoir cette folie audacieuse des disciples missionnaires, pour aujourd’hui !                                                                          

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du lundi 12 juin 2023, 10e  semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12. 2e lettre de saint Paul aux Corinthiens 1,1-7. Psaume 33.

 

Chers frères et sœurs, nous connaissons bien ces huit béatitudes! À chaque fois que nous les écoutons, elles nous intriguent, nous passionnent, nous stimulent aussi ! Cet évangile, en fait, nous livre une Loi nouvelle, une charte de la vie chrétienne en quelque sorte. C’est toute la physionomie de la vie chrétienne qui y est contenue ; c’est le programme de vie et de progrès spirituel du chrétien qui nous sont enseignés par le Christ Lui-même. 

Comme vous vous en doutez, de la même façon que cet enseignement s’adressait aux contemporains de Jésus, c’est à nous, aujourd’hui, qu’il s’adresse.

La réaction première qui jaillit de notre écoute ou de notre lecture attentive est sans doute que ce programme n’est en rien conforme à nos inclinations les plus spontanées, à ce que nous pouvons entendre autour de nous. Personne n’envisage spontanément le bonheur à travers la pauvreté, l’humilité, la faim et la soif, les persécutions et les insultes. Nous pensons plutôt en termes d’épanouissement, de satisfaction, de réalisation personnelle, de plénitude. 

En réalité, les paroles de Jésus annoncent et provoquent un bouleversement de l’ordre du monde, un renversement des valeurs, une nouvelle conception de l’homme et du monde.

Nous ne pouvons pas passer cet enseignement sous silence !

Nous ne pouvons pas croire et laisser croire que le monde ne pourrait vivre que dans un bonheur facile ! Une rapide relecture de notre vie nous ramène au réalisme de la vie ! Cet enseignement veut donc nous dire autre chose !

À chaque fois que j’entends ces Béatitudes, j’ai en mémoire les paroles de saint Paul dans sa lettre aux Chrétiens de Corinthe. Voilà ce qu’il nous dit : « ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ! » (1 Co 1, 26-31). 

Il n’est pas très surprenant, à la vérité, que pareille annonce ait maintes fois suscité une incompréhension et même un rejet. Beaucoup, en se trompant sur le sens, risquent d’avoir un ressentiment contre une religion chrétienne qui préfèrerait, dit-on, les pleurs au rire, la faiblesse à la force. 

 

Beaucoup trop s’en tiennent à une lecture sommaire, ils ne voient pas le trésor caché dans cet évangile des Béatitudes. 

Il nous faut méditer, approfondir pour comprendre que la vie selon les Béatitudes est une conformation de notre vie à celle du Christ, une invitation à Le rejoindre dans les joies et jusque dans les peines. Car, quel est celui qui le premier, et au plus haut point, a vécu pauvre de cœur, et a été insulté, alors qu’Il était doux, assoiffé de justice, le cœur pur, artisan de paix, mais affligé, en pleurs et persécuté …? 

Les Béatitudes sont à lire et à vivre à la lumière de la Croix, de la passion et de la résurrection de Jésus. La vie du disciple est configurée à celle du Christ, ne l’oublions pas : nous ne sommes pas au-dessus du Maître ! Au point que, comme le dit saint Paul « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20).

Frères et sœurs, la liturgie de ce matin est une invitation : prenons le temps de relire et de méditer ces Béatitudes, non pas d’une façon superficielle, mais peut-être en nous arrêtant plus particulièrement sur un verset !

Demandons la grâce de conformer notre vie à celle du Christ ! C’est ce que nous pouvons demander, aujourd’hui, pour chacun de nous !                                       

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 11 juin 2023, solennité du Saint-Sacrement, Corps et Sang du Christ, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 20, 19-23. Livre du Deutéronome 8,2-3.14b-16a. 

Psaume 147.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 10, 16-17.

 

 

En entrant tout à l’heure dans l’église, j’ai été interpellé par une personne qui m’a dit : « Mon père, je viens depuis des années à la messe et je n’y comprends rien ! Pourriez-vous m’expliquer ce que sont le Saint Sacrement et l’Eucharistie ? ». J’ai répondu que beaucoup de choses nous échappent, nos connaissances n’expliquent pas tout… l’Eucharistie c’est un mystère ! Comment expliquer le mystère de l’amour ? Comment expliquer, par exemple, la venue au monde d’un enfant ?

À partir des textes de l’Écriture qui viennent d’être lus, essayons, dans ce court moment de l’homélie d’approfondir, un peu, ce mystère de l’Eucharistie. En même temps, un mystère est quelque chose qu’on ne peut comprendre. Nous le voyons, nous y assistons, nous le découvrons, mais comment l’expliquer vraiment ? Comme souvent, c’est par le cœur et la foi, bien plus que par la raison humaine, que nous pouvons y entrer ! 

Essayons d’entendre ce que les lectures de ce jour veulent nous dire ! 

Mais avant de commencer, avec la première lecture, il nous faut nous remettre dans le contexte de la relation aux multiples dieux contemporains de l’époque où les Hébreux quittent l’esclavage d’Égypte ! Que ce soient les Égyptiens, les Babyloniens, les Grecs, les Romains… il leur faut régulièrement faire des offrandes aux multiples dieux ! Brûler de l’encens, apporter de la nourriture, faire des sacrifices (et dans certains cas, des sacrifices humains ; je pense aux dieux de Baal). Le peuple hébreu, s’il reconnaît qu’il n’y a qu’un seul Dieu, va découvrir, durant ce temps de long voyage dans le désert, que la relation au vrai Dieu est bien différente !

Le texte de la première lecture nous donne cette clé intéressante pour comprendre le mystère de cette relation entre le peuple et Dieu, entre Dieu et son peuple. Celui-ci est à situer dans le prolongement de l’Alliance de Dieu avec son peuple. Cette Alliance (qui sera réitérée plusieurs fois : Abraham, Noé, Moïse…) ne se résume pas à des mots. Elle est une façon de vivre, elle est une vie nouvelle. C’est pourquoi, Dieu ne se contente pas d’écouter et de protéger son peuple, Il le nourrit. Il lui donne ce qui le fait vivre et cette nourriture est spéciale, elle n’est pas comme les autres nourritures, elle remplit non seulement le corps, mais elle remplit aussi le cœur. Cette nourriture, dans le désert du Sinaï, n’est semblable à aucune autre. Moïse l’appelle la « manne », « cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue, pour te faire découvrir que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. » (Mt 4,4 tentations)

Voilà le don de Dieu à son peuple, celui d’une nourriture spirituelle qui vient apaiser nos faims de toutes sortes : faim de Dieu, faim de vie, faim d’amour, faim d’être reconnu, faim d’absolu. La nourriture du ciel dont parle Moïse permet au peuple d’aller plus loin, de continuer son chemin à travers les embûches, les serpents, les scorpions… et tous les défis « de tous les déserts » vers la terre promise. 

 

Il y a là un premier paradoxe ou dit autrement : un ‘retournement’ : ce qui semblerait normal était de nourrir les dieux ! Là, c’est Dieu, lui-même, qui nourrit et prend soin de son peuple !

 

En Jésus, il y a un deuxième paradoxe : c’est celui de son incarnation ! Ce peut être difficile à comprendre, là aussi : comment Dieu pourrait-Il venir dans notre humanité, se mêler à nous et même, d’accepter d’être nourri par le lait maternel de Marie, sa maman ! La description que fait saint Luc de la Nativité est précise : si nous ne comprenons pas l’allusion, Jésus est déposé dans une mangeoire, nous dit-il ! N’est-ce pas le lieu pour servir la nourriture ! Dès la naissance de Jésus, nous comprenons la mission de Dieu parmi nous : de se faire nourriture !

Le texte de l’évangile que nous venons de lire nous invite donc à faire un pas de plus. La nourriture spirituelle que Dieu donne et que la « manne » dans le désert annonce, c'est Jésus lui-même, c’est-à-dire, son Corps et son Sang. Écoutons Jésus ! 

 

Littéralement : « Vous avez bien mangé, dit-il, mais attendez un peu avant de partir, je veux vous dire quelque chose d’important. Je suis le Pain de vie. Celui qui me mange vivra éternellement ». 

C’est un peu fort, diront certains de ceux qui entendent ces paroles. En vérité, et nous touchons là l’insondable de cette solennité ; mystère dont la profondeur ne finira jamais de nous étonner. Dieu se fait tellement proche de nous qu’Il va vivre pleinement notre humanité et qu’Il versera son sang sur la croix pour le salut de tous. Après la consécration, c’est-à-dire le Saint Sacrifice, ce simple pain, ce simple vin, (fruits de notre travail) deviennent Corps et Sang du Christ ! Quel mystère ! Le Corps crucifié et le Sang versé deviennent la nourriture de nos vies. Comment comprendre, si ce n’est par un acte de foi, de recevoir et d’y communier dans une Action de grâce ! 

Cela devrait avoir pour conséquence de bouleverser toutes nos projections utilitaristes sur Dieu lui-même !

C’est ce mystère que saint Thomas d'Aquin a décrit, dans son langage, dans la séquence que nous venons d’écouter : Lauda Sion Salvatorem : 

            « Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens.

             D’avance, il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’Agneau pascal immolé, par la manne de nos pères.

             Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants. »

C’est ce mystère de la nouvelle Alliance qui est célébré dans le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ».

Dieu, par Jésus, descend dans nos vies. Il se fait proche de chacun de nous comme un Père pour ses enfants. Jésus, Lui, se fait nourriture spirituelle dans le pain et le vin que nous partageons et cela est notre unité. « Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui ».

Voilà l’alliance ! À chaque fois que nous venons communier, Jésus vient en nous, en moi, en son peuple rassemblé !

Il y a un troisième paradoxe ! Ce paradoxe nous concerne tous, maintenant, c’est celui des effets de l’Eucharistie : nourriture consacrée pour notre pèlerinage vers un retour à Dieu, non vers la Terre promise, mais vers notre Patrie du Ciel !

 

Que procure et change en nous l’Eucharistie ? Que venons-nous chercher à chaque messe ?

Croyons-nous vraiment que nous allons vivre éternellement ?

Croyons-nous que si nous mangeons la chair et buvons le sang de celui qui va mourir et ressusciter, nous vivrons éternellement de la vie du Christ ?

 Nous avons une réponse à apporter à ces questions : OUI ? / NON ? / Peut-être, même si je ne comprends pas tout ? 

Nos réponses, même si elles sont encore balbutiantes ou déterminées, nous invitent à un « croire », à un acte de FOI ! 

 

Alors, frères et sœurs, demandons la grâce et la force de ne jamais banaliser l’Eucharistie. En venant communier, que notre être, notre intelligence, notre cœur s’ouvrent et se disposent à tout recevoir du Christ ! Elle est un extraordinaire cadeau ! L’Eucharistie est  « source et sommet » de notre vie chrétienne ! Elle est Action de grâce !

Demandons de pouvoir y communier saintement, dignement, et toujours dans l’émerveillement de la proximité et l’audace de notre Sauveur !

                                                                                                           Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 9 juin 2023, 9e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Marc 12, 35-37. Livre de Tobie 11, 5-17. Psaume 145.

 

Chers amis,

Nous sommes toujours heureux de nous retrouver lors de cette messe matinale ! Merci d’être là !

Je sais même, que certains prennent le temps de lire et méditer les textes qui nous sont proposés. Bravo, vous avez raison ! La difficulté, c’est que la liturgie nous présente seulement des extraits des lectures. Bien que cela soit passionnant, nous sommes, par ce fait, privés de la vision totale des livres. Par exemple, depuis le début de cette semaine, nous entendons, en première lecture, le livre de Tobie et nous en méditons quelques passages ensemble. Mais arrivons-nous à suivre et à comprendre toute l’histoire de Tobie ? C’est un constat, beaucoup de chrétiens se contentent de la lecture de ces petits passages et se privent d’une compréhension plus large, plus riche !

Si je reprends l’exemple de ce livre ! Le livre de Tobie raconte l’histoire de deux personnages : deux histoires à la fois ordinaires et initiatiques qui vont trouver leur solution. 

- Tobit est un Juif pieux qui fait partie de la déportation à Ninive. Victime d’une maladie des yeux, il devient aveugle, sa femme lui fait de lourds reproches et il est réduit à la misère.

- Le fils de Tobit, appelé Tobie (avec un ‘e’), part pour un long voyage pour recouvrer une créance. Il y rencontrera Sarra, sa future épouse, victime d’un démon qui fait périr ses fiancés lors de la nuit de noces. Tobit sera guéri de sa cécité et Sarra sera délivrée de son démon grâce à l’intervention de l’ange Raphaël qui sera le compagnon de route de Tobie.

En quelques mots, je vous relate l’histoire de la rédaction du livre de Tobie.

Tout indique que le livre a été rédigé pendant la période hellénistique (grec), probablement vers 200 av. J.-C. Cet ouvrage est sans doute, l’œuvre d’un Juif de la diaspora, qui essaye de réfléchir à la manière de vivre sa foi en milieu païen. C’est un « récit de Diaspora ». Rappelons-nous qu’il y a beaucoup de communautés juives autour de la méditerranée !

Quel est le sens du livre de Tobie ?

Primitivement rédigé en hébreu ou en araméen (on en a découvert un fragment de rouleau en hébreu et quatre fragments de rouleaux araméens du Livre de Tobie à Qumrân), le livre de Tobie n’a été conservé qu’en grec. Il figure au canon de la Bible grecque, mais pas dans celui de la Bible hébraïque (c’est un livre deutérocanonique). Le livre de Tobie raconte donc un véritable voyage initiatique. Le fils de Tobit part très loin pour une raison financière et va y découvrir son épouse (une proche parente). Il va revenir également avec le remède qui va guérir son père de son aveuglement. 

Dans ce périple, Dieu sera toujours présent par l’aide de l’archange Raphaël !

Cette histoire connaît un Happy end ! L’aboutissement heureux de cette quête réside dans la fidélité à la Loi. Son père (Tobit) est un modèle dans ce domaine. Au péril de sa vie, il s’attache à garder les commandements de la Loi alors même qu’il se trouve en terre étrangère. Il va donner, malgré le danger, une digne sépulture juive à ses compatriotes.

Le livre de Tobie apporte donc une réponse à la question qui traverse la communauté juive en exil : comment vivre son judaïsme au milieu des païens ? 

Si je résume, on peut distinguer le fin principal et le but secondaire. 

  • La fin principale du livre est évidemment de démontrer que Dieu met parfois les justes dans le creuset de l’épreuve, mais qu’Il transforme ensuite leurs maux en toute sorte d’avantages, même temporels, quand ils ont fait preuve de constance et de fidélité. Par certains côtés, ce livre ressemble un peu au livre de Job.
  • Le but secondaire est de fournir « un parfait modèle de la vie domestique ». À ce titre, notre livre a été justement appelé : « le manuel des époux ». (c’est une lecture qui est souvent choisie par les fiancés, lors de leur mariage)

Tobie (fils) et Tobit (père) témoignent, enfin, d’une réelle confiance en la providence divine, capable de se manifester alors que tout semble définitivement perdu. 

Je termine en vous invitant à prendre le temps de lire les14 petits chapitres qui relatent cette incroyable et savoureuse histoire !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie de la solennité de la Sainte Trinité, dimanche 4 juin 2023, année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Jean 3, 16-18. Livre de l’Exode 34, 4b-6. 8-9. Cantique Daniel 3.

Seconde lettre de saint Paul aux Corinthiens 13, 11-13. 

 

« Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint, soient avec vous ! » nous a dit saint Paul dans la deuxième lecture. C’est le souhait qu’il faisait en terminant sa seconde lettre aux chrétiens de Corinthe. Nous y avons répondu : « Et avec votre esprit ! »

Cette petite phrase résume toute la foi de l’Église que nous partageons et que nous redisons chaque dimanche, en particulier dans le « Credo ». 

Le Dieu des chrétiens est un Dieu unique en trois personnes ! Surprenant ! 

Mais comment l’expliquer ? Est-ce même possible de l’expliquer ? 

Comment expliquer que : 1+1+1=1

Est-ce que les enseignants pourraient confirmer cette addition ?

La Sainte Trinité est un mystère que nous avons appris. On nous l’a dit, nous le croyons, c’est un mystère, et on ne peut pas le comprendre. 

Cela est vrai si nous nous plaçons sur le registre de la raison humaine avec notre intelligence. Et sur ce plan, toutes nos explications, toutes nos recherches, ne pourront jamais nous faire entrer dans la compréhension de ce mystère. Elles nous en montreront les contours, au mieux. Elles en décriront l’essentiel, mais elles ne l’expliqueront pas. 

Si nous prenons un exemple : l’amour reste aussi un mystère ! Demain, nous fêterons les mamans et les bisous échangés avec chacun de leurs enfants témoignent d’un amour ! Comment l’expliquer ? Impossible de mesurer ou comparer l’élan d’amour dans ce baiser de tendresse !

Un autre exemple : le bouquet de fleurs offert par le fiancé à sa fiancée est sans doute très beau ; mais pour elle, ce bouquet a une tout autre signification : il exprime l’amour de son fiancé ! Comment expliquer ou quantifier le ressenti de cet amour ?

Alors, faut-il s'arrêter là, sans essayer d’avancer dans la compréhension de ce mystère ? Non, car il y a une autre voie pour mieux découvrir le mystère de la Sainte Trinité, c’est d’y entrer avec son cœur et non avec sa raison. 

Pour cela, faisons une rapide lecture dans le Premier Testament !

Dans l’Ancien Testament, Dieu se présente, non pas divisé, éparpillé dans diverses créatures, idoles ou leurs représentations (le vent, le soleil, la lune…). Il est le Créateur. Contrairement à ce qui se passe dans différents autres peuples (les Égyptiens ou les Romains par exemple), Dieu, pour le peuple hébreu, se présente comme Un et unique (Deutéronome 6,4). Il est toujours le même, quand il dit être le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (Exode 3, 6). Le nom du Dieu unique est « JE SUIS ». (Exode 3, 14)

 

Le Nom divin ne peut être attribué à quoi que ce soit ou à qui que ce soit d’autre que l’unique Dieu. C’est le sens du premier commandement de la Loi de Moïse : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. »

Tout cela exprime à la fois une proximité, un respect et un amour du Dieu unique. Dans l’Ancien Testament, les actes et les paroles des croyants sont toujours guidés par l’amour du Nom divin (Deutéronome 6,5). C’est quelque chose d’assez incroyable : le peuple Hébreu fait cette découverte que Dieu nous aime et qu’Il veut pour chacun de nous, cette relation d’amour et de proximité !

C’est dans cette foi au Dieu unique, révélé à Abraham et à Moïse, que Jésus a été élevé, car, ne l’oublions pas, par Marie, Il était juif et membre du peuple de l’Alliance. Sa mission sera d’accomplir et de porter à sa plénitude l’Alliance de Dieu conclue avec Abraham et Moïse. 

Frères et sœurs, avec Jésus, nous sommes invités à faire un pas de plus ; avec sa pédagogie habituelle, Il nous apporte une nouvelle image de Dieu. Il donne à Dieu le beau nom de PÈRE (« Abba » en Araméen, qui se traduit littéralement par PAPA). Déjà, à 12 ans, au Temple devant les docteurs de la Loi lorsque ses parents le retrouvent, Il leur dit « Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ». (Luc 2, 49) La prière à Dieu qu'il donne à ses disciples commence par « Notre Père » (Mathieu 6, 9) 

Dans sa prédication, Il nous parle souvent de ses relations particulières avec Dieu. Il se dit même « FILS DE DIEU », ce qui suscitera d’ailleurs, bien des incompréhensions. On l’accusera de blasphème, au moment de sa Passion : « Tu as dit : ‘Je suis Fils de Dieu’ » lui reproche le Grand Prêtre lors de son procès durant la Passion. (Mathieu 26, 62-65) 

Et pour compléter la révélation du Dieu Un et Trine, Dieu unique en trois personnes, Jésus décrit le lien d’amour qu’Il a avec son Père en le comparant au souffle qui nous fait vivre. Ce lien c’est celui de l’amour mutuel à nul autre pareil. Ce souffle de vie prend le nom d'ESPRIT SAINT, amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père. 

Telle est la nouveauté apportée par Jésus. Le nom de Dieu n’est pas seulement « JE SUIS ». Il est : « JE SUIS PÈRE, FILS ET ESPRIT SAINT », un seul Dieu en trois personnes, ce qui veut dire qu’Il est comme une famille. Dieu, n’est pas un solitaire, il y a un échange incroyable entre les trois personnes ! C’est toujours au sein d’une famille que l’amour s’exprime !

 

En lui nous pouvons nous reconnaitre par les sentiments d’amour, de partage, de don qu’Il met dans nos cœurs. 

Finalement, là ou notre intelligence humaine limitée (et je le dis pour moi-même d’abord) ne pourrait voir qu’une simple addition 1+1+1=1, que répondons-nous ?

Or Dieu, 3 fois saint, est surabondance d’amour, multiplication des dons ! 

Là, nous devons écrire, non pas la formule d’une simple addition comme je viens d’énoncer, mais : 

1x1x1=1 è  1 (Père) x 1 (Fils) x 1 (Esprit Saint) = 1 Dieu.

En Dieu, c’est une multiplication qu’il nous faut comprendre ! 

Voilà, en quelques mots, des pistes de méditation pour la fête de la Sainte Trinité où nous vénérons et aimons le Dieu Un et Trine, notre Dieu trois fois saint, qui est au cœur de notre foi.

Chers amis, je vous souhaite une belle fête de la Sainte Trinité !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 2 juin 2023, 8e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 11,11-25. Livre de Ben Sira le Sage 44,19-13. Psaume 149.

 

Le passage que nous venons d’entendre dans l’évangile de saint Marc est appelé traditionnellement : « La purification du Temple » ; Jésus en colère chasse les marchands du Temple ! Cet évangile, nous pourrions aussi l’appeler un ‘évangile à tiroirs’ car il comprend plusieurs thèmes. Il est aussi encadré entre autres thèmes par la surprenante mention d’un figuier. Cela peut paraître curieux et difficilement compréhensible, s’il nous manque quelques clés de lecture ! Relisons rapidement :

« Mc 1112 : Le lendemain, quand ils quittèrent Béthanie, il eut faim. 13 Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s’il y trouverait quelque chose ; mais, en s’approchant, il ne trouva que des feuilles, car ce n’était pas la saison des figues.  Et ses disciples avaient bien entendu. »

Voilà donc des versets bien étranges qui présentent un comportement de Jésus peu commun. Quel est donc ce caprice de Jésus ?  Quelle est cette faim soudaine qui exige des fruits hors saison ? Et voilà même qu’Il parle à un arbre … N’est-ce pas curieux ? 

En réalité, Jésus propose, ici, une parabole !

Le choix du figuier n’est pas un choix anodin. Le figuier est d’abord un Arbre biblique. Il est toujours associé à la vigne. Le figuier et la vigne représentent toute la prospérité des royaumes d’Israël et de Juda sur lesquels règnent, habituellement la paix et l’abondance, la sécurité et la bénédiction de Dieu !

Par exemple, dans le Livre de Michée 4,4, nous pouvons lire : « Chacun pourra s’asseoir sous sa vigne et son figuier, et personne pour l’inquiéter. La bouche du Seigneur de l’univers a parlé ! » (Cf. aussi l’épisode avec Nathanaël)

Mais attention, si le peuple se détourne de Dieu, nous pouvons lire dans le livre de Jérémie 8, 12-13 : « Par leurs abominations ils se couvrent de honte, mais ils n’éprouvent pas la moindre honte… Avec eux, je vais en finir – oracle du Seigneur – : pas de raisins dans la vigne, pas de figues sur le figuier, le feuillage est flétri. » 

C’est tout cela que les disciples ont en mémoire lorsqu’ils entendent les paroles de Jésus. Alors que la Vigne et le figuier devraient signifier une abondance, ils sont ici, utilisés pour dénoncer les institutions du Temple et de la Judée, qui ne portent pas de fruit digne de l’Évangile. Le message est donc assez clair pour les disciples ! « Par leurs abominations, les responsables du peuple ne portent pas de fruit ! » Rappelons-nous la parabole des vignerons homicides (12,1-12) : « Tuons le fils du maître de la vigne ! »

Notons aussi une mention qui pourrait nous étonner : c’est l’évocation de la période « hors saison ». Quoi de plus normal qu’il n’y ait pas de fruit en cette période !

En réalité, la saison n’est pas celle du calendrier agricole, mais celle du Salut, cette réalité du règne de Dieu qui vient. Cette saison qui devrait porter du fruit est celle de la venue de Dieu – Jésus - dans le temps des hommes ! L’interpellation est là ! Le Royaume de Dieu est là ! 

Voilà la question qui nous est posée : allons-nous porter du fruit ?

 

Le figuier (littéralement, le peuple d’Israël), lui, aurait dû se préparer à la venue de son Seigneur qui s’est approché de lui, et donner du fruit à profusion. 

Cela ne s’est pas passé comme cela (pas encore !) et Jésus a faim : une faim de justice, de paix et de foi !

La question pertinente de Jésus s’adresse aussi à nous : quel fruit désirons-nous porter pour aujourd’hui, pour notre temps, autour de nous ?

Prenons le temps de réfléchir et d’y répondre ! Bonne méditation                                                                                                                                                             Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 29 mai 2023, Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 19, 25-34. Livre de la Genèse 3, 9-15.20. Psaume 86.

 

Il y a encore quelques décennies, après la grande fête de Pentecôte, avec les jours qui suivaient, l’octave gardait cette solennité de Pentecôte !

Le Pape Paul VI, en 1954, instaura une nouvelle mémoire et déclara : « Marie, Mère de l’Église »

En 2018, le Pape François fait de cette mémoire « Marie, Mère de l’Église », une mémoire obligatoire le lundi de Pentecôte, c’est-à-dire aujourd’hui.

Alors qu’il célébrait cette mémoire liturgique obligatoire, pour la première fois, en ce lundi de Pentecôte 2018, le Pape François faisait remarquer dans son homélie trois impératifs :

  • Dans les Évangiles, Marie était appelée « Mère de Jésus » et jamais « veuve de Joseph ». Ainsi c’est sa « maternité » qui parcourt les Écritures.
  • Marie nous est donnée aussi comme notre mère au pied de la Croix, dans cet échange incroyable, comme nous venons de l’entendre.
  • L’Église est « féminine » et si ce trait lui fait défaut, elle devient une association de bienfaisance, une ONG ou une équipe de foot.

Oui, l’Église est féminine par qu’elle est ‘église’, ‘épouse’… Et elle est mère, car elle met au monde Jésus ! « Épouse et mère » : voilà une caractéristique qui se comprend à la lumière du vocable de  « Marie, qui est Mère de l’Église ».

Seule une Église féminine peut avoir de la « fécondité » : « L’important est que l’Église soit féminine, qu’elle ait cette attitude d’épouse et de mère. Quand nous oublions cela, c’est une Église masculine, sans cette dimension, et tristement elle devient une Église de « vieux garçons » ! (Dixit le pape François avec humour !)

Sans la femme, l’Église n’avance pas. C’est cette attitude de femme qui lui vient de Marie.

Le pape François ajoutait : une des vertus qui distingue la femme est la tendresse : « Une Église qui est mère marche sur le chemin de la tendresse. Elle connaît le langage de la sagesse, de la consolation, de l’écoute, du regard qui sait avoir compassion, qui sait faire silence. »

 

En préparant cette homélie, j’ai noté que c’est aussi ce que relate saint Luc dans le passage du livre des Actes des Apôtres que nous avons entendus hier. 

Comme vous le savez, Jésus avait promis aux Apôtres qu’Il leur enverrait l’Esprit Saint, une force, le Défenseur, le Paraclet. Nous aurions pu nous attendre à ce que cet Esprit Saint intervienne en un seul coup ; mais il a fallu neuf jours, c’est-à-dire le temps d’une neuvaine, pour que les Apôtres soient pleinement disposés, accueillants à l’Esprit, pour que celui-ci les bouleverse complètement et que naisse, à ce moment-là, l’Église du Christ ! 

Forts de la promesse du Christ et dans l’attente de l’Esprit Saint, Marie était restée en prière avec les Apôtres et les disciples dans la chambre haute du Cénacle. Sans doute les a-t-elle accompagnés par sa confiance, sa présence et sa force, les invitant sans cesse à la prière !

  • Marie en prière, soutenant les apôtres pendant neuf jours. 
  • Marie accompagnant l’église naissante de la force de sa maternité et dans une confiance inébranlable en Dieu ! 

Sous ce vocable de « Marie, Mère de l’Église », nous redécouvrons cette confiance inébranlable de la Mère du Christ ! 

Dans l’Action de grâce, voilà ce que nous recevons, aujourd’hui, frères et sœurs, en ce lundi de Pentecôte !

Frères et sœurs, demandons l’intercession de Marie pour qu’elle nous soutienne dans la confiance sur notre chemin sur cette terre, en route vers le ciel !                                  

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du dimanche 28 mai 2023, solennité de la Pentecôte, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 20, 19-23. Actes des Apôtres 2, 1-11. Psaume 103.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 3b-7.12-13.

 

 

  « La paix soit avec vous ! » C’est ce que dit Jésus aux Apôtres un peu affolés ; ils ont vu, au soir du Vendredi Saint, Jésus crucifié et voilà qu’Il est ressuscité trois jours plus tard ! 

Pendant quarante jours après sa Résurrection, le Christ va poursuivre son enseignement. Au jour de l’Ascension, Il va réellement les quitter et monter vers son Père et notre Père. 

C’est à ce moment qu’Il leur donne cette consigne : allez à Jérusalem, restez en prière, je vous enverrai le Défenseur, l’Esprit Saint. 

C’est ce que vont faire les disciples, réunis en prière au Cénacle avec Marie, avec un petit groupe d’hommes et de femmes, et voilà après neuf jours d’attente priante, le feu de l’Esprit leur est envoyé, bouleversant toute peur et toute crainte !

Chers frères et sœurs, en ce jour de Pentecôte, nous assistons au commencement de l’Église, au début de la prédication apostolique, au début d’un message qui va s’étendre jusqu’aux extrémité de la Terre ! La naissance de cette communauté qui va se mettre en route ! Tel un ouragan prodigieux qui bouleverse de fond en comble l’humanité, telle la foudre tombée du ciel pour incendier la forêt, L’Esprit Saint, à la Pentecôte, met L’ÉGLISE DU CHRIST EN FEU. Cela est signifié, en ce jour, par la couleur rouge de la chasuble que je porte.

  De fait, l’incendie, tel un brasier ardent qu’est l’Amour, ce feu que l’Esprit répand, s’étendra de ville en ville, jusqu’aux confins de la terre. L’Église est née ! Sa mission commence à la Pentecôte ! Sa belle mission est d’annoncer les merveilles de Dieu, sa mort et sa résurrection, la vie éternelle ! Plus encore, l’Esprit Saint va s’adresser à tous les hommes et femmes en leur langue.

  Ce qui est certain, c’est que l’Esprit anime l’Église ! C’est le même Esprit reçu le jour de notre baptême qui nous rassemble aujourd’hui en Église ! C’est toujours l’Esprit qui ouvre portes et fenêtres pour faire entrer une fraicheur vivifiante. Il fait éclater les ghettos et quitter les nids douillets et confortables. L’Esprit nous met à l’œuvre, il réveille, secoue, stimule et purifie. Pour ceux qui l’acceptent, il redonne courage et audace. Il est joie et communion. Il est à la fois douceur et force, eau et lumière, puissance et souplesse. Il est murmure et bourrasque, feu et fraicheur. Les fruits de l’Esprit sont répandus en chacun de nous pour la MISSION ! Oui, nous sommes tous concernés et envoyés !

Sans cesse, et aujourd’hui encore, l’Esprit Saint met au grand jour les zones d’ombre et révèle les coins un peu cachés. Il éclaire le message évangélique, nourrit notre Foi, déploie des perspectives nouvelles et surtout dilate nos cœurs. Il fait de nous des fils et des filles revêtus d’audace et non plus des esclaves plongés dans la peur et l’angoisse. Il nous ressuscite de toutes nos petites morts. C’est toujours l’Esprit Saint qui est à l’origine de notre prière, comme la prière du « Notre Père » que nous dirons ensemble tout à l’heure… C’est Lui qui nous permet de le prier et de croire que Dieu est vraiment Père !

Comme le disait saint Paul que nous avons entendu dans la deuxième lecture, « personne n’est capable de dire : ‘Jésus est Seigneur’ sinon dans l’Esprit Saint ».

Frères et sœurs, si nous sommes « remplis de l’Esprit Saint », nous parlerons d’autres langues que celles du monde qui véhiculent l’idolâtrie et les obscénités, les haines et les querelles, le sectarisme et la jalousie, les dominations et les divisions. Nous parlerons cette langue universelle qu’est l’amour, le don de soi, le service à l’autre, la proximité avec les personnes qui souffrent et qui ont besoin d’entendre une parole de consolation, une parole d’amour, une parole qui apporte un bien-être et l’assurance que ‘je ne suis pas tout seul‘ ! 

Nous porterons alorsautour de nous, les fruits de l’Esprit Saint qui sont douceur et paix, non-violence active et patience, bienveillance et confiance, humilité réelle et maîtrise de soi. Ce dernier fruit de l’Esprit est bien difficile à appliquer en chacun de nous tellement notre cœur est blessé. Être maître de ses passions : c’est un don qu’il nous faut redemander régulièrement !

 

Croyons, frères et sœurs, que Dieu est plus grand que nos limites. Il est le don de l’impossible !

 

 Frères et sœurs en Jésus, en ce dimanche de Pentecôte, osons le croire ! Ouvrons notre cœur ! Faisons-nous réceptacles de l’Esprit Saint et soyons assurés qu’il peut tout en nous ! 

Que cette solennité de la Pentecôte, cette année encore, soit pour nous l’occasion de prendre conscience de l’action de l’Esprit Saint toujours présent dans les personnes et dans l’Église !

Comme pour les disciples autour de Marie, frères et sœurs, restons unis dans la prière et demandons pour notre temps, comme pour nous-mêmes, une nouvelle Pentecôte et une nouvelle effusion de l’Esprit Saint. 

Puissions-nous être renouvelés dans les grâces, les charismes, la force et l’audace de l’Esprit Saint !

Demandons cela pour chacun de nous ici rassemblés, pour nos familles, notre paroisse et pour le monde !                                                                                                           

Ainsi soit-il !

 

Homélie du vendredi 26 mai 2023, 7ème semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 21, 15-19. Actes des Apôtres 25, 13-21. Psaume 102.

 

Chers amis, nous sommes à deux jours de cette grande et belle Fête de Pentecôte ! Nous entendons une des dernières apparitions du Ressuscité, avec ce dialogue entre Simon-Pierre et Jésus. 

L’évangile de ce jour veut nous aider à mieux comprendre notre attitude quand Dieu nous redit son amour !

Quelle est l’intention de Jésus face à une telle révélation ? La sincérité de l’amour véritable se vérifie dans le don de soi !

Le Ressuscité invite donc Simon-Pierre à se donner, c’est-à-dire à donner sa vie dans une détermination radicale et nouvelle, un peu à l’image : du Berger qui donne sa vie pour ses brebis. Cela devient possible, sans pour autant effacer de notre mémoire les erreurs passées, mais en découvrant, comme Pierre, que Dieu veut nous renouveler dans son amour par le don de la miséricorde. Cette grâce reçue remet l’homme debout ! Quand Jésus nous dit qu’Il m’aime et m’invite à l’aimer en retour, je reçois une force qui me permet de me redresser et de répondre : « Oui, Seigneur, je veux t’aimer ! »

Tout don total de soi-même ne prend son sens qu’à la lumière de l’amour infini de Dieu. Il faut cependant ajouter immédiatement qu’il prend sens aussi particulièrement, à la lumière de la valeur incomparable de la vie humaine. Pour cela, il nous faut du temps, d’où la demande répétée par trois fois par Jésus : « m’aimes-tu, plus que ceux-ci ? ».

Cette insistance marque la gravité de l’appel de Dieu ! (Nous connaissons peut-être le decrescendo en grec et comment Jésus, en respectant notre difficulté à aimer vraiment, se fait mendiant de notre amour).

Le sens extraordinaire de cet échange entre Pierre et le Ressuscité atteint une profondeur insoupçonnée qui résonne à la hauteur de la mission et à la nouvelle responsabilité que l’Apôtre reçoit.

Jésus met Simon-Pierre devant son désir de l’aimer de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force, mais également devant son incapacité à le réaliser seulement par ses propres forces. 

Cette incapacité est aussi – d’une certaine façon - la nôtre ! Sans doute l‘avons-nous expérimentée à plusieurs moments de notre vie ! Pourtant notre désir d’aimer est toujours là, présent, mais voilà, avec notre vie active, les jours qui s’enchaînent, nos soucis, les difficultés, peut-être sommes-nous un peu à distance ou en retrait vis-à-vis de cet Amour divin !

Frères et sœurs, nous entrons dans ce temps de Pentecôte ! N’est-ce pas là, pour chacun de nous, l’occasion de redemander humblement, non seulement la force et les dons de l’Esprit Saint mais d’augmenter en nous le désir d’aimer : aimer à la façon de Dieu !

 Si nous ne savons plus ce qui doit être renouvelé en nous, ayons l’audace de demander, dans un premier, d’être déjà renouvelés dans l’AMOUR pour mieux le recevoir, et oser ensuite le partager ! C’est bien la mission de l’Esprit Saint que d’être communion d’amour !

Que notre prière se fasse plus insistante : Seigneur, donne-nous ce dont nous avons besoin pour T’aimer et aussi nous laisser aimer ! Redemandons cela ensemble, maintenant :

Viens esprit de Sainteté, Viens Esprit de lumière !

 Viens Esprit de feu, viens nous embraser !                                     

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 22 mai 2023, 7e semaine de Pâques, année A. 

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 29-33. Actes des Apôtres 19, 1-8. Psaume 67.

 

L’évangile du jour commence par une annonce de Jésus qui pourrait paraître décourageante. Il nous dit : « Vous serez dispersés… vous me laisserez seul ». Ces paroles sont dures à entendre ! Malgré tout ce que Jésus a montré, dit et donné :OUI ! Le courage manquera malgré tout, aux Apôtres aux heures sombres de la vie de Jésus, pour Le suivre jusqu’au bout, dans sa passion. 

N’est-ce pas aussi un sentiment de découragement que nous pourrions avoir vis-à-vis de notre monde ou même de nous-mêmes ?

La semaine dernière, le mauvais temps nous donnait un peu un mauvais moral, nos familles peuvent vivre des difficultés, voire des épreuves, nous sommes peut-être malades ou fatigués …

Bref, Jésus connait la faiblesse de notre foi, la nôtre comme celle des Apôtres, Il sait que notre foi est fragile et peut avoir du mal à résister aux adversités, aux persécutions ou tout simplement les aléas de la vie. Il connaît aussi les risques d’échecs dans toute vie spirituelle ! Mais si les échecs sont surmontés avec humilité, courage et sagesse, ils nous permettront, si nous le désirons, de grandir dans une vraie relation à Dieu, dans une réelle espérance.

Par exemple, nous faisons mémoire, ce matin, de sainte Rita. Il est intéressant de voir comment elle nous invite à prier face à des situations graves et surtout à ne jamais se décourager, même dans les causes désespérées !

Jésus nous invite à regarder les choses de plus haut, au-delà des apparences, au-delà des peurs et des enfermements. Lui est vainqueur du monde ! Il va souffrir sa passion, mourir, mais sa mort et sa résurrection seront l’occasion du don de son Esprit, remis sur la Croix, et donné aux disciples réunis au Cénacle avec Marie.

Alors, frères et sœurs, entendons ces paroles de Jésus qui nous invitent tous à la confiance, à la fidélité, à la persévérance, et au courage ! Ceux qui appartiennent au Christ vaincront les difficultés comme Il l’a fait, même si nous devons pour cela passer par différentes petites morts et résurrections successives - pas vraiment voulues - mais vécues par et dans le même Mystère Pascal que le Christ. 

N'oublions jamais cette réalité qui nous anime : « Jésus est vainqueur du monde ! »

Dans cette dernière semaine de préparation à cette belle et grande fête de Pentecôte, Seigneur Jésus, que Ton Esprit nous aide à accueillir tes encouragements et nous dispose à  recevoir le don de ton Esprit Saint, quelles que soient nos faiblesses et nos situations. 

Esprit Saint, aide-nous à ne pas succomber à tout ce qui peut nous séparer du Père ! 

Viens diminuer notre orgueil et fais grandir en nous la Foi ! 

Fais-nous connaître la lumière de Ta vérité, fais-nous brûler du feu de Ta Force !

Tout au long de cette semaine, demandons d’être renouvelés dans la grâce de l’Esprit Saint !

Viens Esprit de sainteté, viens Esprit de lumière,

Viens Esprit de feu, viens nous embraser !

                                                                                                         Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 21 mai 2023, 7e dimanche de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 17, 1b-11a. Actes des Apôtres 1, 12-14. Psaume 26.

Première lettre de saint Pierre 4, 13-16.

 

Nous sommes dans les jours particuliers entre la fête de l’Ascension et celle de la Pentecôte. Dans notre vie quotidienne, il existe un grand danger : celui de s’habituer à de telles fêtes, de ne plus faire attention à tel effort, à telle personne, à telle situation ! 

Prenons quelques exemples : 

  • Le repas habituel est toujours délicieux et la bonne cuisinière ne reçoit plus de merci ! 
  • Nous recevons tels gestes de tendresse ou de délicatesse et cela nous semble normal…! 
  • Nous ne regardons plus la beauté de tel paysage ! 
  • Nous ne sommes plus émerveillés de notre conjoint, de nos enfants, de Dieu et plus encore de nous-mêmes !

Dans le même sens, ne sommes-nous pas trop habitués aussi à la beauté de la Messe, au mystère de la présence sacramentelle du Christ ?

 Faisons-nous attention aux paroles, aux interrogations, aux réponses que nous faisons tout au long de la célébration eucharistique ? Qui peut me dire le sens de la 1re prière que nous venons d’entendre juste après le Gloria ? (Réponses : Jésus est entré dans la Gloire du Père et il demeure avec nous jusqu'à la fin du monde !)

Par exemple aussi : quels sens ont pour nous des mots du Credo… plus particulièrement : Est mort Est descendu aux enfers ? Ou Communion des saints ? Ou encore, est assis à la droite du Père 

Plus encore si je continue, au moment où le prêtre dit juste après la préparation des dons (Pain et Vin) et la prière sur les offrandes : « Priez, frères et sœurs : que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout puissant ! »

Que comprenons-nous ? Qu’est-ce que le ‘sacrifice’ ? Pourquoi dire « votre sacrifice » ? Ou encore comme le dit saint Pierre : “la glorification du Père“ ? (2° lecture)

L’évangile de ce jour nous offre de belles pistes de réflexion. Jésus y exprime ce qu’a été sa mission : « glorifier le Père ! », c’est-à-dire faire que Dieu soit connu et reconnu pour ce qu’Il est. C’est la mission de Jésus, c’est ce qu’Il a fait : « J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m’as donnés ».

Désolé, chers amis, de commencer cette homélie par une avalanche d’interrogations ! Mais, comment comprendre la révélation de Dieu, hier comme aujourd’hui ? Ce ne semble pas si simple que cela ! Même si les Apôtres ont accompagné longuement Jésus, ils se sont trompés d’abord sur son identité, ils ont été les témoins bouleversés de sa mort, ils ont douté encore devant l’évidence grandissante de sa résurrection, avant de discerner, enfin, à travers le Christ, Celui qu’Il leur a présenté comme étant « mon Père et votre Père ». 

C’est à la fois rassurant et inquiétant ! Notre intelligence humaine serait-elle si lente à comprendre la pédagogie de Dieu et sa logique ? Comment pouvons-nous y entrer et faire un pas de plus dans la compréhension d’un si grand mystère ?

Cette semaine, les lectures qui nous sont données nous permettent de comprendre un peu plus profondément ce mystère. Nous avons vécu jeudi dernier (il y a 3 jours) une solennité importante et, si vous le pouvez, je vous invite à en relire les textes, nécessaires pour intégrer le plan de Salut de Dieu, pour découvrir qu’en Dieu tout se tient !

Dans l’espace ouvert par le départ de Jésus lors de l’Ascension, s’ouvre pour chacun de nous, le temps d’une attente priante. L’invitation est celle de Jésus lui-même. Que dit-il aux Apôtres : « Vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

À cette invitation, les Apôtres ont une belle et fidèle réponse. Ils vont faire ce que Jésus leur demande : « Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent à Jérusalem. À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute… Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus… »

Nous remarquons que les Apôtres ne sont pas seuls ! La mère du Seigneur était là, au milieu des onze avec quelques femmes et disciples. La présence de la Mère de Jésus n’est pas anodine ! 

La Mission de Marie n’est-elle pas d’aider les Apôtres à se laisser surprendre par l’Esprit Saint, comme elle-même a vécu l’inattendu de Dieu, lors de l’Annonciation ?

C’est elle, Marie, qui veille aujourd’hui par sa présence au berceau de l'Église naissante comme elle l’a été sur celui de Jésus son Fils. Cette mission, elle l’a reçue au pied de la Croix, lorsque Jésus « nous » dit : « Femme, voici ton fils, voici ta Mère ! ». Avec elle, la continuité entre le temps de Jésus et le temps de l'Esprit est fidèlement assurée, comme cela a été en elle depuis toujours. Marie n’a de cesse de s’interroger comme nous le faisons ce soir : « Elle gardait tous ces événements dans son cœur ! » Marie ne comprend pas tout… et pas tout, tout de suite ! Elle prend le temps de réfléchir, de méditer afin que s’éclaire, en elle, la logique de l’amour de Dieu.

Une phrase marque la mission unifiante et confiante de Marie : « Tous, unanimes, étaient assidus à la prière... ». C'est la réalisation du vœu que le Seigneur a formulé dans sa dernière et longue prière avant sa Passion : « Qu'ils soient un, Père, comme Toi en moi et moi en Toi ! »

Peut-être pouvons-nous, frères et sœurs, faire comme Marie, garder tous ces événements dans notre cœur et laisser l’Esprit Saint les éclairer pour nous les faire comprendre.

Il est possible que certains, dans notre assemblée, éprouvent encore quelques difficultés à entrer dans la logique du Salut de Dieu ! Nous le savons bien : les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées ! (Is 55,8) Cependant, je le précise à nouveau, en Dieu, tout se tient ! Dieu est fidèle à lui-même ! Il veut le Salut de tous !

 

À quelques jours de la fête de Pentecôte, osons comme les Apôtres en prière avec Marie au Cénacle, demander, seul ou ensemble, la force, les dons, l’audace de l’Esprit Saint pour être, dès aujourd’hui, les témoins dont notre monde a besoin ! 

C’est Lui, l’Esprit Saint, qui nous fera connaître et comprendre notre Dieu : Père, Fils, Esprit Saint, et découvrir aussi combien nous sommes tendrement aimés de Dieu. 

Frères et sœurs, soyons toujours en alerte, confiants et dans l’espérance :

Jésus, Toi qui as promis d'envoyer l'Esprit à ceux qui te prient.

Ô Dieu, pour porter au monde Ton feu, voici l'offrande de nos vies.

                                                                                                                          Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 19 mai 2023, sixième semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 20-23a. Actes des Apôtres 18, 9-18. Psaume 46.

 

Frères et sœurs, nous vivons au quotidien des joies et des peines. Comme nous l’avons entendu dans la première lecture, tout n’a pas été très simple pour Paul, tant dans sa vie comme dans son apostolat. Il est important de noter que Jésus lui-même a vécu, comme chacun de nous, des moments de joie et des moments de peine !

Ce matin, nous restons dans la tonalité des événements que nous avons vécus hier ! L’Ascension de Jésus avait laissé les disciples dans cette peine de l’absence, comme nous pouvons si bien l’imaginer !

Si les Apôtres font l’expérience de cette séparation, de la tristesse et d’un certain deuil, c’est qu’il leur faudra consentir à ne plus « voir » avec leurs yeux de chair, Celui qu’ils aiment et qui est monté au Ciel.  

Ce qui est vrai, c’est que Jésus n’esquive en rien cette étape, comme Il le dit : « Vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira » (v 20). Le Maître « n’est plus », et de surcroît, le monde n’est pas au diapason de cette tristesse.

C’est là, une traversée, un saut dans la foi, car, si l’aube de Pâque est encore toute proche (« Vous serez triste, mais votre tristesse se changera en joie » v 20), mystérieusement, il nous faut et nous faudra « passer » par cette séparation ! 

La question ne sera pas tant ‘Pourquoi’, mais ‘Comment’ ! Comment vivre ce moment ? 

Ce que nous pouvons retenir, c’est que ce passage doit être vécu dans l’expérience Pascale, l’expérience d’une nouveauté, car ce passage est promis à une belle fécondité : « La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera » (v 21-22).

Voilà la promesse que le Seigneur nous fait. Quelle est donc la source de cette joie « imprenable » promise aux Apôtres (v 22) ?

  • Sera-t-elle simplement de re-voir leur Seigneur ? Sans doute !
  • Mais en fait, c’est infiniment plus… Car Jésus ne dit pas : « Vous me verrez de nouveau », mais « Je vous verrai de nouveau » ! Il y a là un renversement de perspective et un élargissement inouï, car si le désir de « voir Dieu » habite profondément le cœur de tout homme (Exode 33, 18), le désir de Dieu lui-même nous précède toujours. C’est cette certitude qui nous est donnée ce matin !

En Jésus, Dieu rejoint l’homme qui ne peut se sauver par lui-même. Il nous faudra vivre l’Incarnation, c’est-à-dire la venue de Dieu Lui-même en notre humanité pour comprendre le plan de salut de Dieu et nous redonner cette espérance ! C’est ainsi que le peuple de l’Alliance l’a perçu, c’est ainsi aussi qu’il nous faut le comprendre ! 

Frères et sœurs, notre joie, nul ne pourra nous la ravir.

Mais attention, une précision s’impose immédiatement ! Je ne suis pas à l’origine de cette joie, comme elle ne sera jamais plus une simple joie terrestre : cette joie que le Seigneur nous promet vient du don de l’Esprit Saint !

Dans cette neuvaine qui nous sépare de la Pentecôte, continuons notre prière.

Demandons au Seigneur, une claire vision de la présence du Christ et la capacité d’ouvrir notre cœur pour accueillir la joie promise par notre Seigneur.

Frères et sœurs, demandons chaque jour la force de l’Esprit Saint :

Jésus, Toi qui as promis d'envoyer l'Esprit à ceux qui te prient.

Ô Dieu, pour porter au monde Ton feu, voici l'offrande de nos vies.

 

 

Homélie du lundi 15 mai 2023, 6e semaine de Pâques, année A. 

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 26 à 16, 4a. Actes des Apôtres 16, 11-15. Psaume 149.

 

Frères et Sœurs, tout au long de ces jours qui nous acheminent vers l’Ascension et la fête de la Pentecôte, nous allons être interpeller, stimuler, provoquer même par Jésus et par l’Esprit Saint. En ce jour précisément, les lectures déjà nous interrogent ! 

Quelle est la nouveauté de la venue de l’Esprit Saint dans le monde et dans notre vie ?

Cette question se pose pour chacun d’entre nous !

En ces mois de printemps, propices aux réunions familiales, pratiquement tous les week-ends, et c’est une grande joie, nous célébrons des baptêmes d’enfants, baptisés dans l’eau et l’Esprit Saint. Je m’interroge souvent : que vont devenir ces enfants ? Que vont-ils recevoir de l’Esprit Saint pour qu’ils grandissent dans la foi et deviennent des disciples et des témoins ? Avec une question supplémentaire, comment les parents vont-ils les accompagner ?

Intellectuellement (mais l’avons-nous vraiment expérimenté dans notre vie chrétienne ?), nous le savons : au jour de notre baptême, nous avons reçu des dons, des vertus, des charismes… que nous mettons plus ou moins en pratique …

Quand Jésus parle à ses disciples et leur annonce la venue de l’Esprit, Il leur promet deux choses :

  • La première est d’accéder à la plénitude de la connaissance de Dieu. Dieu, nul ne l’a jamais vu. Alors, que pouvons-nous donc savoir de Dieu ? Nous le connaissons par celui qu’il a envoyé, son Fils, Jésus, vrai Dieu et vrai homme. À travers lui - et seulement à travers lui - nous connaissons le Père, c’est-à-dire son plan de salut pour chacun de ses enfants. Cette connaissance que nous avons du Père par le témoignage du Fils devient actuelle, parce que l’Esprit Saint authentifie, en nous, le témoignage du Christ. 
  • Mais, deuxièmement, ce témoignage ne vient pas simplement pour nous aider à croire. Jésus annonce aussi à ses disciples que l’accueil de ce témoignage les fait entrer dans sa propre mission avec ses joies et ses peines : « L’Esprit de vérité rendra témoignage en ma faveur et vous aussi vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement. » (Jn 15, 26) 

Que change en nous, l’Esprit Saint ? Comment pouvons-nous devenir témoins ? 

À la Pentecôte un bouleversement s’opère : les disciples de Jésus ne seront plus les titulaires d’une connaissance intérieure et expérimentée, ils seront les témoins d’une connaissance partagée.

Nous aussi, nous sommes appelés à être les témoins d’une connaissance partagée avec les hommes et les femmes qui nous entourent. 

  • Nous ne sommes pas appelés à vivre entre nous même si cela peut nous sembler plus confortable. 
  • Nous ne sommes pas appelés à rester entre nous, à gémir parce que nous serions moins nombreux que les autres, ou à nous plaindre parce que les autres ne penseraient pas comme nous. 
  • Nous sommes appelés à aller avec audace, au-devant des autres pour témoigner devant eux que Jésus donne sens à notre vie. 

Évidemment, ce témoignage peut prendre toute sorte de formes. Ce peut être parfois difficile : “le disciple n’est pas au-dessus du Maître ! »

C’est surtout par notre manière de vivre que nous témoignons de la présence et de l’action de Dieu dans notre vie. 

Comment faire ?

Le langage que nos contemporains comprennent, avant d’être des paroles, c’est d’abord le discours des actes. En nous voyant vivre, ils doivent pouvoir se demander ce qui nous habite pour nous donner d’agir d’une façon différente et comment, malgré nos propres soucis, nous avons des “visages de ressuscités “.

Demandons vraiment, frères et sœurs, en ces jours-ci, d’être joyeusement saisis à nouveau par l’Esprit Saint ! 

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 14 mai 2023, 6e dimanche de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 15-21. Actes des Apôtres 8, 5-8.14-17. Psaume 65.

Première lettre de saint Pierre 3, 15-18.

 

Chers amis, nous terminons presque le temps de Pâques avec ce 6e dimanche !

Nous sommes invités, particulièrement en ce dimanche, à faire le point sur notre vie de baptisés, sur notre vie chrétienne ! Nous avons commencé cette célébration par le rite baptismal, c’est-à-dire l’aspersion, rappel de notre baptême dans l’eau et l’Esprit Saint ! 

En tant que prêtre, j’ai la joie immense de célébrer, en ces temps-ci, beaucoup de baptêmes ! À chaque fois, émerveillé de l’amour de Dieu pour chacun, je prononce ces mots : « Clara, Maxime, ApollineMathiasje te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ! »

Chaque enfant, adolescent, chaque catéchumène adulte est baptisé dans l’eau et l’Esprit Saint ! Mais que vont-ils devenir ? Comment vont-ils percevoir cet immense amour de Dieu ? Sauront-ils découvrir tous les dons et charismes que l’Esprit Saint vient déposer en eux ?

Il leur faudra découvrir : qui est l’Esprit Saint ? Qui est l’Esprit Saint pour moi ?

C’est une question que nous pouvons nous poser. Le Père (nous le prions avec la prière que Jésus nous a donnée), le Fils (que nous entendons à travers l’Évangile et le témoignage des premiers chrétiens, sa vie d’homme, les signes et les miracles accomplis) et l’Esprit Saint ??? Où en sommes-nous de notre relation avec lui ?

Intimement, intellectuellement et même dans nos prières, j’ai l’impression que l’Esprit Saint est un peu le parent pauvre de notre vie chrétienne ! 

Dans quelques jours, nous fêterons l’Ascension du Seigneur. Jésus va monter vers son Père et, ce faisant, il annonce aux disciples qu’Il va envoyer l’Esprit Saint, le Défenseur. 

Jésus va demander aux disciples de se mettre en prière, ce qu’ils vont faire durant neuf jours dans la chambre haute avec Marie, neuf jours : le temps d’une neuvaine. Puis, ils vont recevoir l’effusion de l’Esprit Saint.

Pour nous, dans deux semaines, après la célébration de l’Ascension du Seigneur, nous arriverons au terme du temps pascal : sept semaines qui nous acheminent au 50e jour après le dimanche de Pâques, c’est-à-dire à cette belle fête de la PENTECÔTE. Ce chiffre est précis !

  • 50 jours après le repas de l’agneau à la fête de Pessah et après la sortie d’Égypte, les esclaves hébreux avaient jadis atteint le Sinaï et reçu la Loi de Dieu.
  • De même, 50 jours après la Pâque de Jésus - l’Agneau de Dieu -, ses disciples reçurent le don de l’Esprit de Dieu. 

Lors de la fête de Pentecôte, nous sommes renouvelés dans le don du Paraclet ! Le don de l’Esprit Saint !

Je pose cette question une deuxième fois !

Qui est l’Esprit Saint ? Comment le prions-nous ? Pourquoi sommes-nous si peu concernés ?

Peut-être avons-nous un problème, une difficulté possiblement liée à la traduction du mot hébreu RUAH (en grec, le terme employé est PNEUMA) ! Il a été traduit en français par ESPRIT ! Cela semble évoquer surtout quelque chose d’immatériel, d’évanescent, d’abstrait, d’intellectuel...

Or la « RUAH » de Dieu, c’est essentiellement son SOUFFLE, Le souffle de Dieu ! 

Déjà, dès les premiers siècles, les Pères de l’Église avaient essayé de trouver une image qui parlerait à tous ! Ils disaient : l’âme est une espèce de bateau à voile, l’Esprit Saint est le vent qui souffle dans les voiles ! De fait, ils comparaient les dons de l’Esprit avec les voiles d’un bateau. Le vent (l’Esprit Saint) souffle et fait avancer le bateau grâce à ces voiles. 

Mais n’oublions pas ! Un voilier peut avoir été conçu par un ingénieur génial : il peut même disposer d’un équipage de grands marins ... encore faut-il quitter le port, oser le large, que le vent souffle...et surtout que l’on ait levé les voiles.

Une question que je me pose à certains moments, et pour moi-même : N’y a-t-il pas en nous une peur de hisser les voiles, de quitter le port (quitter son confort), de risquer notre vie au Souffle de Dieu, de nous laisser emporter dans la grande aventure de la liberté divine ?

À nouveau, je me permets d’insister et de vous poser cette question : qui donc est cette troisième personne de la Trinité, celle que nous appelons l’Esprit Saint ?

Il est DON DE DIEU, reçu à notre baptême, renouvelé à notre confirmation ! Jamais, ni par l’intelligence ni par l’ascèse, nous ne pourrons le gagner, le saisir, le capter, le mériter. L’Esprit Saint est un don gratuit que Dieu nous donne et redonne librement à qui le lui demande.

  • Comment le découvrir ? Par la prière, en ouvrant notre cœur, notre intelligence, notre volonté… en nous laissant saisir par lui !
  • Que faire ? Rien d’héroïque !  « Si vous m’aimez ! » dit Jésus, en précisant que cet Esprit Saint, c'est précisément l'Amour qui les unit l'un à l'autre, le Père au Fils et le Fils au Père.

Cet Esprit s’appelle aussi DÉFENSEUR (traduction du grec "paracletos" qui donne en latin "ad-vocatus", Advocat). Il nous protège, il prend notre défense ! Il ne s’agit plus d’une présence extérieure et temporaire, telle celle de Jésus cheminant avec les siens sur les routes de Galilée, mais d’un accueil intérieur !

La précision des mots est importante ; il sera, nous dit Jésus : "AVEC VOUS...PRÈS DE VOUS...EN VOUS" : les prépositions utilisées signalent une présence de plus en plus intériorisée.

La suite du Discours d’adieu de Jésus, que nous venons d’entendre, précisera les fonctions que ce Défenseur remplira auprès des disciples : 

  • Il leur rappellera les enseignements de Jésus, les actualisera, leur en montrera la valeur définitive ; 
  • Il les leur fera comprendre de plus en plus profondément et ainsi les conduira vers la Vérité tout entière ; 
  • Il les rendra capables de témoigner de Jésus avec courage, de répandre son évangile parmi tous les peuples tout en leur permettant de confondre les mensonges du monde. C’est ce qui se passa pour les samaritains saisis par l’Esprit Saint, comme nous l’avons entendu dans la première lecture.
  • Il est enfin appelé l’ESPRIT DE VÉRITÉ, car il vient du Dieu de Vérité, il anime la Vérité de la Révélation de Jésus, il fait vivre dans cette Lumière du vrai, et il suscite l’adoration "en esprit et vérité" (Jean 4, 23). C’est toujours lui, qui nous permet de croire, de prier, de communier au Corps du Christ ! Il nous permet de reconnaître dans l’hostie consacrée, la présence réelle de Dieu ! C’est toujours lui qui anime l’Église !

Un dernier point ! L'Esprit Saint m'invite à ne jamais désespérer, ni des autres, ni surtout de Dieu, ni même de moi-même. L'Esprit est assez puissant en moi pour vaincre toutes mes résistances, à condition, bien sûr, d’accepter de vivre avec lui. L'Esprit est assez patient pour me mener à cette communion d’amour trinitaire, si toutefois je lui confie ma vie. 

Concrètement, je vous invite, dès ce soir et dans les jours qui nous séparent de l’Ascension puis de la Pentecôte, à demander pour nous-mêmes, nos familles, notre communauté et pour le monde, d’être ouverts à la grâce, à la force de l’Esprit Saint.

 Comment faire ? En faisant mémoire de notre baptême, en récitant le Veni Créator, en chantant et demandant : « Viens Esprit Saint !», à chacun de vous de choisir ce qui lui convient le mieux. 

Quand nous ferons le signe de croix, insistez sur le Saint Esprit !

Demandons ce dont nous avons besoin et Dieu nous donnera ce qu’il faut, car Il connaît, mieux que nous, nos besoins essentiels !

Ne remettons pas à demain, cette demande ;

Reprenons tous ensemble, maintenant, ce chant :

 

Jésus, toi qui as promis d’envoyer l’Esprit,

À ceux qui te prient,
Ô, Dieu pour porter au monde ton feu,

Voici l’offrande de nos vies.

 

 

Homélie du vendredi 12 mai 2023, 5° semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 12-17. Actes des Apôtres 15, 22-31. Psaume 56.

 

Chers amis, depuis plusieurs jours, nous entendons la métaphore de la vigne, introduite par le chapitre 15 de saint Jean. L’évangéliste insiste fortement sur l’attachement vital des disciples à leur Seigneur afin de porter du fruit. 

Le passage d’aujourd’hui nous invite à faire un pas de plus.

Petit à petit, il nous faut passer de la métaphore à la réalité. Les images : du vigneron, de la vigne et de ses sarments (15,1-8) sont substituées par sa réalité théologale et ecclésiale : le Père (vigneron)Jésus (vigne), les disciples (sarments)

Le verbe « demeurer », également repris et répété plusieurs fois, est là pour qualifier la relation entre la communauté et le Christ Jésus. Ces versets constituent, ainsi, une interprétation de la métaphore de la vigne à notre réalité à la suite du Christ.

Pour comprendre cette réalité, il nous faut aussi quitter notre représentation un peu « romantique » de l’amour, pouren découvrir la profondeur ! L’amour du Père et du Fils s’exprime en termes de commandements. Si ce terme de « commandement » choque certains d’entre nous, il nous faut l’entendre, non pas de façon servile, mais par “amour du véritable amour“ ! L’amour est un impératif, une décision, un acte libre !

La voie à suivre et à garder consiste à vivre du commandement de l’amour mutuel. Là aussi, il nous faut abandonner l’idée d’une cohabitation plus ou moins paisible, le ‘Je t’aime bien’, pour entrer dans une tout autre dimension : un don de soi sans compromis ! Jésus a déjà illustré cela dans le lavement des pieds, au soir du Jeudi Saint (Jn 13,34).

De fait, l’amour prend tout son sens à la lumière de la croix et de l’amour livré, de l’amour donné. La communauté croyante (celle que nous formons), est invitée à véritablement ancrer, à greffer, sa vie dans le témoignage d’amour du Christ qui s’accomplit lors de la Passion ; rappelez-vous : « à aimer comme il a aimé les siens, jusqu’au bout » (Jn 13,1). 

Ainsi l’amour mutuel, qui se découvre dans le mystère de la Croix, témoigne de cet amour donné par Dieu. Parce que cet amour est vrai, don de soi et oblation, il devient un fruit, agréable à voir et bon à manger (Gn 2,9), et pour cela, il est vécu au sein de la communauté. Il représente un témoignage vivant, pour notre monde. Que l’amour que nous avons les uns pour les autres dépasse ainsi un amour simplement humain parce qu’il est puisé à la Source qu’est le Christ !

C’est à cette condition que notre lien au Christ peut tout changer. Les versets montrent ainsi combien le don Sa vie, va inscrire la communauté des disciples dans une autre identité. Nous pouvons faire le constat que certains se disent chrétiens, mais n’ont pas (ou plus) le désir de témoigner bien qu’ils aient été baptisés et parfois même confirmés ! 

Peut-être manque-t-il quelque chose dans notre lien à Dieu ? Nous ne sommes pas de simples serviteurs obéissants et serviles, mais des disciples qui sont invités à entrer dans une relation aimante et gratuite. L’invitation va au-delà de nos espérances : « Je vous appelle mes amis ! » C’est alors que cette amitié pourra résonner aussi au sein de la communauté chrétienne.

Attention, il ne s’agit pas d’une récompense, d’un titre lié à nos mérites, mais d’un choix, un don gratuit du Christ lui-même. 

Quelle est notre réponse ? Comment vivre de cette amitié ? 

Chers amis, prenons le temps de relire ce chapitre 15 de saint Jean, de le goûter et de nous laisser simplement interpeller, surprendre et aimer en premier par le Christ ! Laissons résonner ces mots : « Je vous appelle mes amis ! » 

                                                                                    Ainsi soit-il !                                                                                                                                                                                    

Homélie du jeudi 18 mai 2023, solennité de l’Ascension du Seigneur, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 28, 16-20. Actes des Apôtres 1, 1-11. Psaume 46.

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 1, 17-23.

 

Frères et sœurs, chaque fête, chaque solennité est importante, car elle nous permet de mieux comprendre le plan de salut de Dieu. 

Aujourd’hui, nous fêtons l’Ascension du Seigneur ! Savez-vous que chaque dimanche, chaque fête, nous faisons mémoire de cet événement ?  À quel moment ?

Quand nous récitons le Credo et que nous disons parfois, un peu sans trop y réfléchir : « Il est monté au ciel, il est assis à la droite de Dieu ! »

De fait, nous y croyons en nous appuyant d’abord sur la Parole de Dieu et sur celles des témoins qui nous l’ont transmise. 

Saint Paul nous le redit dans sa lettre aux chrétiens de Rome : « La foi naît de ce que l'on entend » (Rm 10, 17) … et pas de ce que nous voyons …

La première lecture est donc la base du témoignage des disciples sur l’Ascension. Lors de cet événement que nous relatent les Actes des Apôtres, juste après les apparitions de Jésus ressuscité, ceux-ci ont vécu une expérience particulière qui marque un moment unique et surprenant !

Cette expérience est comme une ultime apparition, une ultime “désapparition“ du Ressuscité. Les Apôtres voient Jésus disparaitre à leurs yeux humains. 

Cela peut nous rappeler l’épisode des pèlerins d’Emmaüs, car au moment de la fraction du pain, Jésus disparait à leurs yeux. Leurs cœurs étaient tout brûlants et ces pèlerins retournent en hâte à Jérusalem annoncer que le Christ est vraiment ressuscité ! 

À cet instant, les disciples réalisent-ils que se termine vraiment une étape des plus importantes du ministère de Jésus ?

De fait, plusieurs jours seront nécessaires pour découvrir le sens de ce qui vient de se passer, mais cette Ascension transformera leurs vies pour toujours ! 

  Et nous, comprenons-nous cette fête de l’Ascension ? Pourquoi est-elle si importante ?

  • La première conséquence : le lien physique avec Jésus est terminé. Les Apôtres ne verront plus Jésus ! Les limites du temps et de l’espace sont, en quelque sorte, rompues. La distance entre les personnes disparaît. Les liens se transforment.
  • La deuxième conséquence : S’ils vont éprouver l’absence du Ressuscité, Jésus entre dans une nouvelle présence auprès des siens, une présence spirituelle et vivante qui se continue jusqu’à nous. C’est un nouveau type de présence à l’humanité, dont le mystère de l’Eucharistie est l’exemple le plus sensible, une présence que nous vivons nous aussi ! 

Si je le dis autrement : ce mystère de l’Ascension est comme l’achèvement et le résultat du mystère de l’Incarnation que nous célébrons lors des fêtes de la Nativité. 

Ce lien peut nous échapper, mais il nous faut comprendre !

À Noël, Dieu se dévoile à nous dans son humanité par la naissance de l’enfant de Marie, déposé dans une mangeoire ! À ce moment-là, Dieu vient rejoindre chacun de nous dans notre humanité pour que nous puissions voir et entendre de sa bouche, la Parole du Père. Le mouvement se fait donc du ciel vers la terre. 

À l’Ascension, Ce mouvement se fait en sens inverse : de la terre vers le Ciel ! Jésus remonte vers son Père !

Dans notre foi chrétienne, tout se tient. Saint Jean l’exprime ainsi dans son prologue « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » (Jean 1, 14) 

Si Dieu rejoint notre humanité, dans le mystère de l’Incarnation et qu’Il remonte vers son Père dans le mystère de l’Ascension : c’est pour nous faire découvrir un chemin inédit. Jésus devient chemin de vie vers le Ciel ! Il veut nous entrainer avec lui et nous faire comprendre que notre vie a un sens : nous sommes faits pour le Ciel !

Désormais, avec son départ physique vers le Père, sa mission prend toute sa dimension universelle, il n’y a plus de frontières géographiques ni de limites au temps. Nous ne sommes plus dans une terre précise et dans une époque donnée ! Chaque homme, chaque femme, à travers l’espace et le temps est invité à rejoindre le Christ. 

Les limites n’existent plus, le sang versé est offert à toutes et à tous. 

Chers frères et sœurs, que devons-nous retenir pour nous, ce matin ? Tout cela à la fois, même si la réalité de Dieu nous dépasse ! 

 

Si je résume en une phrase :

L’Ascension est l’annonce d’une espérance nouvelle, mais surtout

la promesse du Don de l’Esprit Saint : Dieu ne nous laisse pas seuls !

Il nous invite à vivre notre propre Pentecôte, toujours renouvelée,

toujours saisissante, toujours enthousiasmante !

Ce qu’ont vécu les Apôtres il y a plus de deux mille ans, nous le vivons nous aussi ! Nous avons déjà vécu cette Pentecôte au moment de notre baptême, renouvelée lors de notre confirmation, nous vivons une nouvelle Pentecôte à chaque fois que nous recevons le pardon de nos péchés, et lorsque nous communions en étant prêts à recevoir le Précieux Corps de Jésus ; à chaque fois, OUI ! C’est une nouvelle Pentecôte ! 

 

Comment nous y préparer et se laisser renouveler dans les dons de l’Esprit Saint ?

À partir d’aujourd’hui, et cela jusqu’au jour de Pentecôte, neuf jours vont s’écouler, c’est le temps d’une neuvaine ! 

Neuf jours de prière comme l’ont vécu les Apôtres avec Marie, au Cénacle !

Je vous invite donc à vivre profondément ces jours prochains, en communion les uns avec les autres, et à entrer dans cette Neuvaine ! 

Chaque jour et selon votre convenance, seul ou en famille, prenons le temps de la prière : prier avec le chant du Veni Creator ou tout autre chant, prière en invoquant l’Esprit Saint !

Demandons humblement au Seigneur de nous renouveler dans la force de son Esprit !

 

C’est la prière que nous pouvons avoir les uns pour les autres, les uns par les autres, pour nos familles, notre paroisse et le monde… 

Mettons-nous debout et demandons ensemble en chantant de tout notre cœur :

Viens, Esprit de sainteté, Viens, Esprit de lumière,
Viens, Esprit de feu, Viens nous embraser
 !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 14 mai 2023, 6e dimanche de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 15-21. Actes des Apôtres 8, 5-8.14-17. Psaume 65.

Première lettre de saint Pierre 3, 15-18.

 

Chers amis, nous terminons presque le temps de Pâques avec ce 6e dimanche !

Nous sommes invités, particulièrement en ce dimanche, à faire le point sur notre vie de baptisés, sur notre vie chrétienne ! Nous avons commencé cette célébration par le rite baptismal, c’est-à-dire l’aspersion, rappel de notre baptême dans l’eau et l’Esprit Saint ! 

En tant que prêtre, j’ai la joie immense de célébrer, en ces temps-ci, beaucoup de baptêmes ! À chaque fois, émerveillé de l’amour de Dieu pour chacun, je prononce ces mots : « Clara, Maxime, ApollineMathiasje te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ! »

Chaque enfant, adolescent, chaque catéchumène adulte est baptisé dans l’eau et l’Esprit Saint ! Mais que vont-ils devenir ? Comment vont-ils percevoir cet immense amour de Dieu ? Sauront-ils découvrir tous les dons et charismes que l’Esprit Saint vient déposer en eux ?

Il leur faudra découvrir : qui est l’Esprit Saint ? Qui est l’Esprit Saint pour moi ?

C’est une question que nous pouvons nous poser. Le Père (nous le prions avec la prière que Jésus nous a donnée), le Fils (que nous entendons à travers l’Évangile et le témoignage des premiers chrétiens, sa vie d’homme, les signes et les miracles accomplis) et l’Esprit Saint ??? Où en sommes-nous de notre relation avec lui ?

Intimement, intellectuellement et même dans nos prières, j’ai l’impression que l’Esprit Saint est un peu le parent pauvre de notre vie chrétienne ! 

Dans quelques jours, nous fêterons l’Ascension du Seigneur. Jésus va monter vers son Père et, ce faisant, il annonce aux disciples qu’Il va envoyer l’Esprit Saint, le Défenseur. 

Jésus va demander aux disciples de se mettre en prière, ce qu’ils vont faire durant neuf jours dans la chambre haute avec Marie, neuf jours : le temps d’une neuvaine. Puis, ils vont recevoir l’effusion de l’Esprit Saint.

Pour nous, dans deux semaines, après la célébration de l’Ascension du Seigneur, nous arriverons au terme du temps pascal : sept semaines qui nous acheminent au 50e jour après le dimanche de Pâques, c’est-à-dire à cette belle fête de la PENTECÔTE. Ce chiffre est précis !

  • 50 jours après le repas de l’agneau à la fête de Pessah et après la sortie d’Égypte, les esclaves hébreux avaient jadis atteint le Sinaï et reçu la Loi de Dieu.
  • De même, 50 jours après la Pâque de Jésus - l’Agneau de Dieu -, ses disciples reçurent le don de l’Esprit de Dieu. 

Lors de la fête de Pentecôte, nous sommes renouvelés dans le don du Paraclet ! Le don de l’Esprit Saint !

Je pose cette question une deuxième fois !

Qui est l’Esprit Saint ? Comment le prions-nous ? Pourquoi sommes-nous si peu concernés ?

Peut-être avons-nous un problème, une difficulté possiblement liée à la traduction du mot hébreu RUAH (en grec, le terme employé est PNEUMA) ! Il a été traduit en français par ESPRIT ! Cela semble évoquer surtout quelque chose d’immatériel, d’évanescent, d’abstrait, d’intellectuel...

Or la « RUAH » de Dieu, c’est essentiellement son SOUFFLE, Le souffle de Dieu ! 

Déjà, dès les premiers siècles, les Pères de l’Église avaient essayé de trouver une image qui parlerait à tous ! Ils disaient : l’âme est une espèce de bateau à voile, l’Esprit Saint est le vent qui souffle dans les voiles ! De fait, ils comparaient les dons de l’Esprit avec les voiles d’un bateau. Le vent (l’Esprit Saint) souffle et fait avancer le bateau grâce à ces voiles. 

Mais n’oublions pas ! Un voilier peut avoir été conçu par un ingénieur génial : il peut même disposer d’un équipage de grands marins ... encore faut-il quitter le port, oser le large, que le vent souffle...et surtout que l’on ait levé les voiles.

Une question que je me pose à certains moments, et pour moi-même : N’y a-t-il pas en nous une peur de hisser les voiles, de quitter le port (quitter son confort), de risquer notre vie au Souffle de Dieu, de nous laisser emporter dans la grande aventure de la liberté divine ?

 

À nouveau, je me permets d’insister et de vous poser cette question : qui donc est cette troisième personne de la Trinité, celle que nous appelons l’Esprit Saint ?

Il est DON DE DIEU, reçu à notre baptême, renouvelé à notre confirmation ! Jamais, ni par l’intelligence ni par l’ascèse, nous ne pourrons le gagner, le saisir, le capter, le mériter. L’Esprit Saint est un don gratuit que Dieu nous donne et redonne librement à qui le lui demande.

  • Comment le découvrir ? Par la prière, en ouvrant notre cœur, notre intelligence, notre volonté… en nous laissant saisir par lui !
  • Que faire ? Rien d’héroïque !  « Si vous m’aimez ! » dit Jésus, en précisant que cet Esprit Saint, c'est précisément l'Amour qui les unit l'un à l'autre, le Père au Fils et le Fils au Père.

Cet Esprit s’appelle aussi DÉFENSEUR (traduction du grec "paracletos" qui donne en latin "ad-vocatus", Advocat). Il nous protège, il prend notre défense ! Il ne s’agit plus d’une présence extérieure et temporaire, telle celle de Jésus cheminant avec les siens sur les routes de Galilée, mais d’un accueil intérieur !

La précision des mots est importante ; il sera, nous dit Jésus : "AVEC VOUS...PRÈS DE VOUS...EN VOUS" : les prépositions utilisées signalent une présence de plus en plus intériorisée.

La suite du Discours d’adieu de Jésus, que nous venons d’entendre, précisera les fonctions que ce Défenseur remplira auprès des disciples : 

  • Il leur rappellera les enseignements de Jésus, les actualisera, leur en montrera la valeur définitive ; 
  • Il les leur fera comprendre de plus en plus profondément et ainsi les conduira vers la Vérité tout entière ; 
  • Il les rendra capables de témoigner de Jésus avec courage, de répandre son évangile parmi tous les peuples tout en leur permettant de confondre les mensonges du monde. C’est ce qui se passa pour les samaritains saisis par l’Esprit Saint, comme nous l’avons entendu dans la première lecture.
  • Il est enfin appelé l’ESPRIT DE VÉRITÉ, car il vient du Dieu de Vérité, il anime la Vérité de la Révélation de Jésus, il fait vivre dans cette Lumière du vrai, et il suscite l’adoration "en esprit et vérité" (Jean 4, 23). C’est toujours lui, qui nous permet de croire, de prier, de communier au Corps du Christ ! Il nous permet de reconnaître dans l’hostie consacrée, la présence réelle de Dieu ! C’est toujours lui qui anime l’Église !

Un dernier point ! L'Esprit Saint m'invite à ne jamais désespérer, ni des autres, ni surtout de Dieu, ni même de moi-même. L'Esprit est assez puissant en moi pour vaincre toutes mes résistances, à condition, bien sûr, d’accepter de vivre avec lui. L'Esprit est assez patient pour me mener à cette communion d’amour trinitaire, si toutefois je lui confie ma vie. 

Concrètement, je vous invite, dès ce soir et dans les jours qui nous séparent de l’Ascension puis de la Pentecôte, à demander pour nous-mêmes, nos familles, notre communauté et pour le monde, d’être ouverts à la grâce, à la force de l’Esprit Saint.

 

 Comment faire ? En faisant mémoire de notre baptême, en récitant le Veni Créator, en chantant et demandant : « Viens Esprit Saint !», à chacun de vous de choisir ce qui lui convient le mieux. 

Quand nous ferons le signe de croix, insistons sur le Saint Esprit !

Demandons ce dont nous avons besoin et Dieu nous donnera ce qu’il faut, car Il connaît, mieux que nous, nos besoins essentiels !

Ne remettons pas à demain, cette demande ;

Reprenons tous ensemble, maintenant, ce chant :

Jésus, toi qui as promis d’envoyer l’EspritÀ ceux qui te prient,
Ô, Dieu pour porter au monde ton feu, Voici l’offrande de nos vies.

 

 

Homélie du vendredi 12 mai 2023, 5° semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 12-17. Actes des Apôtres 15, 22-31. Psaume 56.

 

Chers amis, depuis plusieurs jours, nous entendons la métaphore de la vigne, introduite par le chapitre 15 de saint Jean. L’évangéliste insiste fortement sur l’attachement vital des disciples à leur Seigneur afin de porter du fruit. 

Le passage d’aujourd’hui nous invite à faire un pas de plus. Petit à petit, il nous faut passer de la métaphore à la réalité. 

Les images : du vigneron, de la vigne et de ses sarments (15,1-8) sont substituées par sa réalité théologale et ecclésiale : le Père (vigneron)Jésus (vigne), les disciples (sarments)

Le verbe « demeurer », également repris et répété plusieurs fois, est là pour qualifier la relation entre la communauté et le Christ Jésus. Ces versets constituent, ainsi, une interprétation de la métaphore de la vigne à notre réalité à la suite du Christ.

Pour comprendre cette réalité, il nous faut aussi quitter notre représentation un peu « romantique » de l’amour, pouren découvrir la profondeur ! L’amour du Père et du Fils s’exprime en termes de commandements. Si ce terme de « commandement » choque certains d’entre nous, il nous faut l’entendre, non pas de façon servile, mais par “amour du véritable amour“ ! L’amour est un impératif, une décision, un acte libre !

La voie à suivre et à garder consiste à vivre du commandement de l’amour mutuel. Là aussi, il nous faut abandonner l’idée d’une cohabitation plus ou moins paisible, le ‘Je t’aime bien’, pour entrer dans une tout autre dimension : un don de soi sans compromis ! Jésus a déjà illustré cela dans le lavement des pieds, au soir du Jeudi Saint (Jn 13,34).

De fait, l’amour prend tout son sens à la lumière de la croix et de l’amour livré, de l’amour donné. La communauté croyante (celle que nous formons), est invitée à véritablement ancrer, à greffer, sa vie dans le témoignage d’amour du Christ qui s’accomplit lors de la Passion ; rappelez-vous : « à aimer comme il a aimé les siens, jusqu’au bout » (Jn 13,1). 

Ainsi l’amour mutuel, qui se découvre dans le mystère de la Croix, témoigne de cet amour donné par Dieu. Parce que cet amour est vrai, don de soi et oblation, il devient un fruit, agréable à voir et bon à manger (Gn 2,9), et pour cela, il est vécu au sein de la communauté. Il représente un témoignage vivant, pour notre monde. Que l’amour que nous avons les uns pour les autres dépasse ainsi un amour simplement humain parce qu’il est puisé à la Source qu’est le Christ !

C’est à cette condition que notre lien au Christ peut tout changer. Les versets montrent ainsi combien le don Sa vie, va inscrire la communauté des disciples dans une autre identité. 

Nous pouvons faire le constat que certains se disent chrétiens, mais n’ont pas (ou plus) le désir de témoigner bien qu’ils aient été baptisés et parfois même confirmés ! 

Peut-être manque-t-il quelque chose dans notre lien à Dieu ? @@@@Nous(???) ne sommes pas de simples serviteurs obéissants et serviles, mais des disciples qui sont invités à entrer dans une relation aimante et gratuite. 

L’invitation va au-delà de nos espérances : « Je vous appelle mes amis ! »

C’est alors que cette amitié pourra résonner aussi au sein de la communauté chrétienne.

Attention, il ne s’agit pas d’une récompense, d’un titre lié à nos mérites, mais d’un choix, un don gratuit du Christ lui-même. Quelle est notre réponse ? Comment vivre de cette amitié ? 

Chers amis, prenons le temps de relire ce chapitre 15 de saint Jean, de le goûter et de nous laisser simplement interpeller, surprendre et aimer en premier par le Christ ! Laissons résonner ces mots : « Je vous appelle mes amis ! » 

Ainsi soit-il !                                                                                                                                                                                   

Homélie du lundi 8 mai 2023, 5° semaine de Pâques, année A. 

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 14, 21-26. Actes des Apôtres 14, 5-18. Psaume 113b.

 

Dans les lectures d’aujourd’hui, où il est question d’amour et d’Esprit Saint, une certitude nous est donnée : « Le Père nous aime ! » Dieu est amour !

 

Attention ! Son amour n’est pas tout à fait notre façon d’aimer ! 

Cet Amour que Dieu a pour chacun de nous est concret, mais non d’une façon sentimentale ou romantique ; ne soyons pas des rêveurs ! 

L’amour que Dieu nous invite à vivre est entier, vrai, total : il a donc une exigence !

Dès la Création, il a été déposé dans le cœur de l’homme qui croit ! 

Dieu sait, comme nous le savons aussi : l’homme est capable d’inconstance, et c’est pour cette raison qu’une aide est nécessaire pour chacun de nous afin de garder cet amour dans notre cœur ! 

 Quelle est cette aide ? Jésus nous le dit : « Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

Bien souvent, volontairement ou non, notre mémoire est sélective, alors comment garder le rappel précis de cet amour ? 

Déjà, il nous faut oser le dire (Jésus ne s’en prive pas !) le redire entre nous, mais aussi le dire au-delà de nous : la mission de l'Église est principalement là, faire découvrir que Dieu est amour ! L’annonce de la Bonne Nouvelle n’est envisageable qu’à travers le témoignage vrai d’hommes et de femmes. À nous, d’avoir l’audace d’annoncer cet Amour !

De fait, ce témoignage s’adresse à tous ! Mais, il sera vraiment pertinent, s’il passe dans le cadre d’une rencontre personnelle ! L’amour s’exprime toujours, d’une personne à une autre personne ! J’aurais beau le crier sur tous les toits, c’est parce que je vais rencontrer quelqu’un, que je vais lui parler et témoigner, que l’autre que je rencontre va avoir le désir d’aller plus loin. 

Je le redis, l’Amour n’est pas une idée, un sentiment ou un théorie : le vrai Amour est audace, action et don !

Toute gesticulation peut s’avérer sans grande efficacité ! Ce qui est premier, c'est que nos vies soient bonnes nouvelles. On ne peut annoncer l’Évangile de Jésus sans le témoignage concret de la vie. La bonne nouvelle devient bonne nouvelle, quand elle touche et nous touche par le cœur. Ce sont nos vies qui sont bonnes nouvelles plus que nos paroles. C'est la sainteté de chacun d'entre nous, animée par l’Esprit Saint, qui est l'outil premier de l'évangélisation.

Frères et sœurs, aurons-nous le courage et l’audace de cette annonce ? Il n’y a aucune supériorité ou suffisance, aucun prestige de notre part ! C’est Dieu qui transforme les cœurs ! L’amour de Dieu est gratuité ! 

Dans la première lecture de ce jour, les Apôtres Barnabé et Paul ont fait cette expérience alors qu’on les prend pour des dieux romains ou grecs, et ils précisent : « Nous aussi, nous sommes des hommes pareils à vous, et nous annonçons la Bonne Nouvelle. »

            C'est bien ce que saint Luc veut rappeler aux chrétiens dans ce passage si tonifiant des Actes des Apôtres que nous lisions à l'instant.

Quelle est la mission des disciples ? 

Raconter tout ce que Dieu avait fait pour eux et avec eux, et surtout comment par Amour, il avait ouvert aux païens la porte de la foi.

Puissions-nous au cours de ces jours faire entendre une Parole, une action que l’Esprit Saint fera surgir en notre mémoire ! Si nous craignons d’être un peu timorés ou hésitants, demandons la grâce et l’aide de l’Esprit Saint pour qu’il nous donne l’audace d’être des évangélisateurs pour aujourd’hui ; le monde a besoin d’entendre que Dieu nous aime ! 

Préparons-nous, déjà, à cette fête de Pentecôte ! 

Demandons d’être renouvelés dans les dons de l’Esprit Saint !         

 Ainsi soit-il ! 

Homélie du dimanche 7 mai 2023, 5e dimanche de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 1-12. Actes des Apôtres 6, 1-7. Psaume 32.

Première lettre de saint Pierre 2, 4-9.

 

Chers amis, notre monde serait-il parfait et sans crise ? Qu’en pensez-vous ?

Pensez-vous que le siècle dernier était meilleur que celui que nous vivons ? Pensez-vous que le siècle prochain sera meilleur ?

Hélas non ! Rien de nouveau ! « Rien de nouveau sous le soleil » comme nous pouvons le lire dans le livre de l’Ecclésiaste 1,9. Dans nos sociétés et même dans l’Église, il y a des crises : des crises profondes qui peuvent se traduire par des guerres, des crises humaines, des crises dans les familles, des crises systémiques… ! 

Nous pouvons retenir une évidence : là où il y a des hommes formant un clan, une famille, une société, nous rencontrons des crises !

Ne nous trompons pas, ne soyons pas, pour autant, des pessimistes sans espérance : une crise n’est pas forcément une catastrophe, mais elle nous oblige à trouver des solutions nouvelles, des médiations, à réagir avec justesse, à rebondir !

Il y a donc une crise au cœur de l’Église naissante du 1er siècle… 

C’est ce que nous venons d’entendre dans la première lecture, au chapitre 6 du livre des Actes des Apôtres. Nous sommes dans les tout premiers temps de l’Église naissante. 

Quel est le problème ? Après la résurrection de Jésus, la communauté des premiers Chrétiens s’agrandit de jour en jour ; c’est une bonne nouvelle ! Les nouveaux convertis au Christ-Jésus sont majoritairement des juifs, mais de plus en plus des non-juifs, c’est-à-dire des gens de culture grecque, qui sont touchés par la Parole du Christ et le témoignage des disciples, viennent agrandir la communauté. 

Comme souvent, les minoritaires ont des griefs contre les majoritaires. Ici : « ceux de langue hébraïque » ont tendance à favoriser leurs veuves, au détriment de « celles de langue grecque ». Nous voyons bien que ce n’est pas d’aujourd’hui que datent les appartenances, plus souvent sources de division que d’unions. 

Ce qui est intéressant dans ce passage (et c’est ce qui nous intéresse aujourd’hui), c’est la façon dont l’Église va traiter cette question. Que nous dit-on ? 

Premièrement, les Douze Apôtres convoquent l’assemblée des disciples. Aujourd’hui, nous dirions : « les évêques convoquent le synode », c’est-à-dire l’assemblée de tous les Chrétiens. Ils ne prennent pas leur décision tout seuls dans leur coin, mais ils vont impliquer tout le peuple dans la décision, avec une invitation : « cherchez plutôt sept d’entre vous » (nous assistons là à la naissance d’un nouvel ordre que sont les diacres).

Deuxièmement, ils énoncent le problème, tout en rappelant l’objectif, le cap qu’il faut garder. Problème on ne peut plus concret : le service des repas, aux plus défavorisés et aux veuves, prend trop de temps sur l’annonce de la parole et sur la prière. Or, les trois sont indispensables : la prière, l’annonce et le service des frères. 

Il n’est pas possible de favoriser l’une de ces exigences sans délaisser les autres ! Pourquoi ? La Mission est une, indivisible : elle ne peut exister sans le délicat équilibre entre ses trois piliers. 

  1. La prière, pour rester connecté à la source et accueillir le don de l’Esprit Saint qui pourra alors agir à travers nous ; 
  2. L’annonce de la Parole, car nul ne peut garder pour lui tout seul, ce trésor qu’il a reçu. 
  3. Et enfin la troisième exigence de la Mission : le service des frères dans ce qu’ils sont et leurs besoins. Nul ne doit être exclu !

 

La parole, reçue dans la prière et annoncée à tous, ne peut être comprise, ne peut être crédible si elle n’est pas mise en pratique, au service de la charité fraternelle. Rappelons-nous cette phrase : 

« c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que vous serez reconnus comme mes disciples ». (Jn 13,35)

 

Pour résumer :

  1. Les Douze, donc, ont donc convoqué tous ceux qui se réclamaient du Christ.
  2. Ensuite ils leur ont rappelé le cap à maintenir, 
  3. et troisièmement, ils proposent une solution qui consiste à modifier l’organisation actuelle pour l’adapter à la nouvelle situation. 

Et c’est toujours ainsi que l’Église va fonctionner, tout au long des siècles. 

Contrairement à ce que certains qui peuvent le penser, l’Église n’est pas statique : l’Église a constamment évolué. Si elle est toujours présente dans notre monde, c’est-à-dire deux mille ans plus tard, c’est que, en restant à l’écoute de l’Esprit Saint et à l’écoute de l’évolution du monde, refusant les compromissions ou les hérésies diverses… elle a créé, en collégialité, des structures, des ajustements adaptés, des Aggiornamento(s) dans la fidélité à sa Mission. 

C’est l’histoire des différents conciles, de celui de Jérusalem au début du premier siècle, jusqu’à celui de la deuxième partie du vingtième siècle, avec le concile Vatican II. Il est vrai qu’avec ces derniers siècles, on a vu dans notre société, des changements radicaux, dangereux, compliqués et l’Église n’a eu de cesse de rappeler le cap et les exigences de la Mission pour y résister.

Ainsi tout en combattant le relativisme ambiant, les passions désordonnées, l’Église s’est sans cesse renouvelée ; elle est animée, ce qui signifie qu’elle a une âme. Si nous sommes : « les pierres vivantes qui servent à construire le temple spirituel » comme l’écrit saint Pierre dans sa première lettre, c’est que c’est Dieu lui-même, Trinité Sainte, qui agit L’Esprit Saint est toujours à l’œuvre, comme Jésus nous l’avait promis. 

Pourtant, nous pouvons nous demander parfois, comme Thomas dans l’Évangile d’aujourd’hui qui pose une bonne question : « nous ne savons même pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir le chemin ? ». N’oublions pas que Thomas pose cette question avant la mort et résurrection de Jésus, et qu’au deuxième dimanche après Pâques, il va dire cette phrase extraordinaire : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Ce que nous savons, dans la foi, par la foi, c’est que : « Jésus est le chemin », et qu’Il nous mène vers le Père. Ainsi, c’est la foi qui nous fait connaître d’une part où nous allons : nous allons vers le Père, et d’autre part, le vrai chemin qui y mène : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ! »

Passer par le chemin qu’est Jésus, c’est donc suivre la Vérité, c’est vivre la vraie Vie. 

Frères et sœurs, quoi de plus rassurant, dans notre pèlerinage terrestre, pour combler le cœur de chaque homme, de chaque femme ?

Nous avons un chemin ! Nous avons un cap ! Voilà ce qui nous anime, voilà Celui en qui nous croyons, voilà quelle est notre foi !

 

Pour conclure, des crises, il y en aura surement d’autres… parce que là où il y a des hommes et des femmes, nous rencontrons des crises. Ainsi va la vie ! Est-ce grave ? Non, car nous avons les moyens et les ressources pour dépasser ces moments difficiles.

 Le plus important, dans notre vie de foi, notre vie sociale et familiale… c’est de garder le cap et notre fidélité à la Parole et de répondre avec audace à la mission que nous recevons 

Aujourd’hui, comme aux premiers temps de l’Église, c’est la promesse du Christ ressuscité qui nous conduit, qui nous ouvre à l’intelligence de la Mission et à une vraie espérance dans toutes les crises qui sont autant de « passages » que nous pouvons traverser ! 

 

Merci à chacun de vous d’être présents ce matin, car de fait, et même si la communauté que nous formons n’est pas parfaite, nous sommes rassemblés en prière, les uns, les autres, en gardant le cap !

Demandons la grâce de l’unité et de la fidélité !

C’est un pari fou, un pari audacieux, mais le monde a besoin de voir cette unité pour que le Christ soit entendu, compris et suivi !

Demandons cette grâce pour chacun de nous ce matin, pour nos familles, notre paroisse et pour le monde !                         

Ainsi soit-il !

 

Homélie du vendredi 5 mai 2023, quatrième semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 1-6. Actes des Apôtres 13, 26-33. Psaume 2.

 

Il y a en chacun de nous, un “Thomas“ et qui persiste ! Nous pourrions avoir une mauvaise idée de Thomas, pensant qu’il est quelqu’un qui doute… Mais non ; c’est un intuitif qui ose poser des questions, de vraies questions : 

« Comment connaîtrions-nous le chemin ? »

« Qu’est-ce que la vérité ? » comme le demande Pilate,

« Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » comme le jeune homme riche.

Voilà les questions que l’on pose à Jésus. N’oublions pas que Thomas dira un peu plus tard, au deuxième dimanche de la résurrection de Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Frères et sœurs, voilà des questions que nous pouvons faire nôtres aujourd’hui quand nous nous tournons vers Jésus. Ces questions sont pertinentes et elles sont nécessaires afin d’avancer, d’être motivés, de mieux comprendre Jésus.

À ces questions, Jésus à son habitude ne répond pas directement ! Il donne une seule réponse aussi nette que définitive : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ! »

En réalité, Il éclaire nos interrogations, d’une lumière nouvelle. 

  • Il affirme en premier lieu sa divinité. Qui peut prétendre être chemin, vérité et vie, sinon Dieu lui-même ? En effet, il est en lui-même vie, amour et vérité. Par-là, Il en est la source pour nous. 
  • En second lieu, Il se donne lui-même à nous comme chemin, vérité et vie ! Il ne nous laisse pas seuls !
  • Donc, s’approcher de Jésus réclame, pour entrer vraiment en communion avec Lui, de le recevoir comme Dieu. 

À nous de recevoir sa présence comme une source, c’est-à-dire comme une grâce, qui va nous guider avec Lui, nous faire avancer par Lui, et nous faire vivre en Lui. C’est donc que pour avoir la réponse à nos questions, il nous faut revêtir le Christ. C’est le baptême en premier lieu qui nous unit à Lui (nous devenons frères et sœurs de Jésus, les familiers de Jésus) et qui fait de Lui, pour nous, le chemin, la vérité et la vie. Mais, aussi dans notre quotidien, oui, Jésus n’est pas absent, Il est bien présent, mais selon la modalité de Dieu ! Il marche cependant avec nous ; rappelez-vous les pèlerins d’Emmaüs ou le poème ‘des traces de pieds dans le sable’ !

Les sacrements que nous recevons pour notre sanctification ne font rien d’autre que de nous le rendre présent pour nous et de plus en plus : chemin, vérité et vie. Ces sacrements vont nous orienter par leur force et la grâce comme du dedans vers Lui. Nos facultés et toutes les dimensions de notre vie en sont illuminées. C’est Lui d’abord qui agit pour nous et qui nous fait découvrir combien Il est pour nous ce chemin qui nous conduit à cette vie Éternelle.

 

Les questions que nous nous posons sont bonnes et elles nous permettent d’avancer ; mais une fois posées, elles nous invitent à faire un pas de plus, c’est-à-dire choisir : Le choisir ! 

Comment ? Cela vaut pour nos choix les plus quotidiens, mais en définitive, c’est dans les épreuves de la vie, les moments sans doute plus difficiles… que la réponse de Jésus : « je suis le chemin, la vérité et la vie », se révèle comme éclairante et donne toute sa pertinence.

Je suis le chemin: marchez en moi !

Je suis la vérité: croyez en moi !

Je suis la vie : vivez en moi !

Demandons la grâce de vivre chaque jour une plus grande intimité avec Lui et découvrir, petit à petit, qui Il est vraiment et Le suivre vraiment !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 1er mai 2023, quatrième semaine de Pâques, année A. Saint Joseph

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 13, 54-58. Livre de la Genèse 1, 26 à 2, 3. Psaume 89.

 

Hier, dimanche, nous avons entendu que Jésus, bon et vrai berger, est celui :

  • qui connaît ses brebis, 
  • qui leur donne la vie éternelle
  • qu’Il est la porte qui permet d’aller vers son Père…

À partir d’images toutes simples (berger, brebis, porte …), Jésus nous propose, en réalité, un enseignement vigoureux sur la foi qu’il est important de recevoir, pour nous faire grandir dans la foi. 

  • Jésus est le Bon Pasteur, et nous avons besoin d’être enseignés, guidés et sanctifiés
  • Nous avons besoin de Lui faire confiance, de comprendre qu’Il connaît et prend soin de toutes les brebis, celles qui sont dans l’enclos comme celles qui sont à l’extérieur de l’enclos !

Avec l’Évangile de ce jour qui est la suite de l’évangile d’hier, il y a deux points précis qui nous sont donnés : une « mise en garde » et une « ouverture ».

- Jésus nous met en garde contre les mercenaires, les faux bergers, ceux qui nous guident vers des paradis perdus. Qui sont-ils ? Non, ce ne sont pas les prophètes de Dieu, mais des marchands de bonheur et de rêve, des voleurs et des bandits qui, en Israël comme dans le monde païen, prétendaient apporter la recette du salut sans passer par le Christ ! Plus encore, pour ces mercenaires, ces voleurs, ces bandits, les brebis, les personnes, n’ont pas de valeur ; ils n’en n’ont que faire ! Pour eux, les brebis ne sont qu’une valeur marchande ! Le constat de Jésus est terrible : « les brebis ne comptent pas vraiment pour eux. »

Pour Jésus, c’est tout le contraire ! Pour Dieu, chaque personne est unique ! Chaque personne est aimée de Dieu ! Même celles qui ne le savent pas encore ! La mission est là ! Elle est même, encore plus large…

 « J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. »

Le Christ a montré qu’Il est vraiment le bon pasteur, Celui qui donne sa vie pour ses brebis.
La réponse des brebis, notre réponse, tient en quatre verbes !

  • Écouter, non pas d'une oreille distraite la rumeur du jour, mais écouter vraiment Celui qui donne sens à nos vies. 
  • Connaître comme une ouverture à l'autre. Connaître le Christ, c'est réentendre combien nous avons du prix aux yeux de Dieu. 
  • Suivre le Christ dans la confiance, mais aussi oser Le suivre dans l'inconnu.
  • Et puis donner ! Donner la vie et donc la recevoir dans sa plénitude puisqu'il s'agit de la vie éternelle.

Frères et sœurs, en ce 1er mai, nous faisons mémoire de Saint Joseph travailleur ? Ces quatre verbes nous redisent, aussi, la juste attitude qui a été profondément la sienne ! Il a su écouter la Parole de Dieu, la parole de l’ange ; il a su connaître et comprendre le plan de salut de Dieu ; il a fait confiance et a suivi la Parole de Dieu jusque dans l’inconnu. Il a accepté Marie et son enfant ; il a donné la vie dans l’éducation, dans l’accompagnement qu’il a donné à Jésus.

Puissions-nous reprendre ces quatre verbes et, si possible, durant cette journée, les méditer : écouter, connaître, suivre, donner !                                     

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 30 avril 2023, 4e dimanche de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 10,1-10. Actes des Apôtres 2,14a.36-41. Psaume 22.

Première lettre de saint Pierre 2, 20b-25.

 

Chers amis, sommes-nous un peu comme les pharisiens qui, parfois, ont du mal à suivre Jésus dans ses paraboles et dans les images qu’Il emploie ? 

Je discutais, il y a quelque temps, avec les enfants du catéchisme et je leur demandais s’ils avaient déjà vu un troupeau de brebis ? Comme ce sont pour la plupart d’entre eux des citadins, ils n’avaient vu ni brebis ni berger.

Pourtant, cette image du bon berger nous est familière. Dans ce passage de l’évangile de saint Jean que nous venons d’entendre, Jésus se présente comme le bon berger ou le bon pasteur parce qu’Il connaît le chemin, parce qu’Il prend soin de chacune de ses brebis et porte sur ses épaules celle qui s’est égarée : Il connaît même le nom de chacune de ces brebis comme celui chacun de nous (quelle mémoire, pourrions-nous penser !!!) et, plus encore, Il est ‘le gardien de nos âmes’

A la fin de cet enseignement, Jésus, observant toujours l’incompréhension des pharisiens, ajoute à l’image du berger et des brebis, une autre image, celle de la porte « Moi, je suis la porte des brebis ». 

Je vous propose de nous arrêter quelques instants sur cette image surprenante et originale ! Jésus est donc une porte ! Qu’est-ce que cela veut dire ?

En réalité, pour les auditeurs de Jésus, l’image de la porte a du sens et un sens très précis ! En effet, l’Ancien Testament : la Torah, les prophètes, les livres de la Sagesse, les psaumes… évoquent toujours l’image de la porte en lien avec la présence de Dieu. Quand le prophète Isaïe affirme que la présence de Dieu sera toujours là, il le fait en disant, s’adressant à Lui : « tes portes seront toujours ouvertes, le jour ni la nuit, elles ne seront fermées. » (Isaïe 60, 11). 

Dans le psaume 24 aux versets 7 à 10 que nous chantons beaucoup dans le temps de Noël, le psalmiste s’exclame : « Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portes éternelles : qu’il entre, le roi de gloire ! »

Ici, dans notre texte, le sens est un petit peu différent, car Jésus s’applique à lui-même l’image de la porte. Il se présente comme le seul et unique médiateur auprès de Dieu. Il n’y a pas d’autre porte que Lui pour aller vers Dieu, le Père. Il est LA PORTE à travers laquelle nous avons « accès au Père » (Éphésiens 2, 18). 

Cette porte n’est pas un lieu de fermeture, c’est une porte ouverte qui offre un espace de liberté, qui ouvre un chemin, un avenir et non une fermeture ou une domination. 

Jésus est à la fois, porteouverture et Salut ! Il ouvre la porte du Salut, une présence du Seigneur qui est offerte gratuitement à tous, à condition que l’on accepte librement d’y entrer. Tu peux entrer, tu peux sortir quand tu le veux : « Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ! Il pourra entrer, il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne passe pas par la porte ! Il ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie en abondance. » Quelle belle promesse !

Cette promesse est un don, un avenir ! C’est une bonne nouvelle ! Tous les disciples de Jésus, ceux d’hier comme chacun de nous, nous sommes en cheminement. Nous sommes des pèlerins en route vers le Ciel. Nous cherchons le chemin, nous sommes en chemin vers Celui qui est promesse de vie, celui qui est gardien de nos âmes !

Cela nous le savons, mais est-ce si simple de trouver le chemin qui mène au Ciel et d’entrer par la Porte ? Non, car plusieurs chemins de traverse peuvent se présenter à nous. On peut être aussi tenté d’escalader, d’entrer par nous-mêmes dans des paradis artificiels, sans passer par Jésus. C’est une tentation qu’on retrouve partout de nos jours. Nous pouvons l’entendre à travers les médias ou différentes propositions (ésotérisme, séries, téléréalités, jeux vidéo, achats compulsifs) qui pourraient nous faire croire que nous pouvons entrer par nous-mêmes dans une sorte de paradis ou de bien-être illusoire. Jésus disparaît de l’horizon. Il n’est plus ni vrai Dieu, ni vrai homme ! Il n'est plus LA PORTE. On en fait un sage qu’on respecte, un idéaliste dont on se moque ! 

Pourtant, en même temps, je suis frappé par les nombreux jeunes (et moins jeunes) qui sont en recherche, qui viennent frapper à la porte de la Maison paroissiale en quête de sens ! Est-ce une nouvelle recherche existentielle de notre vie après ces années post-covid ? Ces personnes, baptisées ou non, veulent comprendre ; et là, nous avons une mission évidente de témoins du Christ.

Comment entrer dans ce Royaume de Dieu dont Jésus est la PORTE ?

Cette question n’est pas nouvelle ! La première lecture nous montre qu’elle se posait déjà lors des premières prédications des Apôtres après la Pentecôte. « Frères, que devons-nous faire ? » demandait-on à saint Pierre et aux disciples. Où est donc cette porte ? Comment rencontrer le Christ ? Comment vivre cette intimité avec Lui ? Comment trouver un sens à notre vie ?

La réponse s’énonce ainsi et elle est toujours d’actualité : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés, vous recevrez alors le don du Saint-Esprit…car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur, notre Dieu les appellera ». (Act 2 – 1re lecture) C’est une double bonne nouvelle, car :

  • Il est toujours possible de se convertir ! 
  • Sans distinction, nous sommes tous invités à rencontrer le Seigneur !

Il nous faut comprendre que le mystère de la porte des brebis implique que les brebis que nous sommes, osent se déplacer et qu’elles fassent le chemin nécessaire pour accueillir le don de Dieu qui leur permettra alors, d’entrer dans le Royaume. C'est cela le « Convertissez-vous ! » que propose saint Pierre. C’est oser un bouleversement qui change notre façon d’être et fait du Ressuscité le Maître et Seigneur de notre vie. Littéralement :  ‘Ne te laisse pas influencer par les slogans de notre société ! Sors de ton canapé ! Quitte tes séries de télévision ! Ose prier et lire la Parole de Dieu ! Viens rejoindre notre communauté paroissiale !

Frères et sœurs, le baptême que nous avons reçu – qui est un don gratuit - nous donne la direction, cette certitude d’être aimé et attendu, mais cela ne suffit pas ! Être baptisé ne nous garantit pas d’être sauvé ! Il nous faut entendre et réentendre sans cesse ce : « Convertissez-vous ! » Nous avons toujours à réajuster notre direction, prendre le bon chemin, toujours à rechoisir le Christ !

Frères et sœurs, nous sommes encore dans la célébration de la Fête de Pâques qui se prolonge jusqu'à l’Ascension et à la Pentecôte. C’est un temps important pour réagir et rebondir ! Profitons de ce temps pascal pour vivre une nouvelle et vraie conversion en renonçant à ce qui nous éloigne de Dieu. Ouvrons notre cœur à l’action de l’Esprit Saint pour être renouvelés dans les grâces de notre baptême !

 

C’est Lui, l’Esprit Saint, qui nous fera vivre et nous guidera pour comprendre l’enjeu prodigieux que représente cette Porte de Vie.

Frères et sœurs, demandons pour chacun de nous et pour notre communauté (présente ici ou par la pensée) : le désirl’audace, le discernement, la confiance… pour écouter et entrer par, Jésus, le bon Berger dans la vie en abondance qu’Il nous offre ! 

Voilà la bonne nouvelle que nous entendons aujourd’hui ! 

Rendons grâce à Celui qui prend soin de nous, Celui qui nous donne la vie en abondance !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du vendredi 28 avril 2023, Troisième semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 6, 52-59. Actes des Apôtres 9, 1-20. Psaume 116.

 

Pour ouvrir son Évangile, saint Jean pose une réalité étonnante : « Jésus est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu » (Jn1, 11- Prologue). Il nous présente un Jésus venu donner sa vie, donner vie à la Vie !

C’est ainsi que saint Jean commence son Prologue et il continue en disant : pourtant la Vie qu’est Jésus, la Vie qui s’exprime avec les mots et les images de son temps, n’a pas été reconnue. Il faudra une grâce toute particulière, un don de l’Esprit Saint pour reconnaître qui est Jésus.

À nouveau ce matin, saint Jean nous place devant un choix : 

  • -       Croire ou ne pas croire ! Croire en Celui qui nous dit : « Celui qui me mange vivra ! »

  • -       Ou ne pas croire et passer à côté de Celui qui est la Vie. 

  • -       Croire en « Celui qui mange le Pain de Vie, vivra ! » 

  • -       Ou se détourner de Celui qui est la Vie.

C’est bien le constat ‘Croire ou ne pas croire’ que nous pouvons faire pour beaucoup de nos contemporains et même pour des membres de nos familles.

Ce sont des paroles étonnantes qui ouvrent sur une Personne. 

Pour l’évangéliste saint Jean, la Vie, c’est Quelqu’un, ce n’est pas abstrait. « Je suis la Vie » (Jn 14,6). Sans manger de ce pain (Jn 6, 53), nous risquons d’être des morts-vivants. Il s’agit bien plus qu’un acte matériel, alimentaire : manger du pain ! C’est beaucoup plus que d’acquérir un supplément de vitamine. C’est bien plus qu’un simple aliment !

 

Nous pouvons être vivants corporellement, psychiquement, au plus intime de notre cœur. Mais saint Jean nous révèle que nous ne sommes vraiment vivants :

  • -       que dans la mesure où nous vivons de Jésus, 

  • -       dans la mesure où nous mangeons ce pain, 

  • -       dans la mesure où nous entrons en communion avec Lui !

 Le Christ est pain de Vie pour ceux qui croient en Lui.

En relisant quelques commentaires sur saint Jean-Paul II, j’ai retrouvé une réflexion surprenante, c’était le 12 avril 2004 (à l’occasion de la Journée mondiale des Missions). Il nous disait : pour goûter ce pain, il nous faut devenir des « experts en contemplation eucharistique ». Il nous faut éduquer notre regard à « Le regarder ». Porter sur ce pain un regard nourrissant : n’est-ce pas notre plus vif désir que de « faire la volonté de Celui qui m’a envoyé » ?

C’est ce que nous vivons chaque matin, dans cette église, dans le cœur à cœur et l’adoration avec Jésus. Le regarder, Le contempler dans l’eucharistie pour vivre une relation intime avec Lui ! Comme le disait le saint curé d’Ars : « Je l’avise et Il m’avise. Je Lui parle et Il me parle ! »

 

Frères et sœurs, est-ce que nous mesurons la grâce de pouvoir vivre chaque matin, ici, l’eucharistie ? Hier, en réunion avec notre nouvel évêque et les curés de notre diocèse, nous avons pu rendre compte ce que nous vivons dans nos paroisses. Quand j’ai osé dire que dans notre paroisse, neuf messes étaient célébrées chaque week-end, et que chaque matin la messe matinale de 8h rassemble une bonne cinquantaine de paroissiens, mes confrères ont été étonnés ! 

Fréquentons donc, régulièrement, ce repas sacré de l'Eucharistie, mesurons le Mystère de Vie que nous contemplons ! 

Dans cette joie divine, dans l’Action de grâce, recevons et nourrissons-nous de Jésus, le pain de Vie, Celui qui se donne à nous gratuitement, généreusement, en nous donnant sa vie pour que nous ayons la Vie !

     Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 24 avril 2023, lundi de la 3e semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 6, 22-29. Actes des Apôtres 6, 8-15. Psaume 118. 

 

Dans cet évangile, Jésus répond à une question existentielle que nous nous posons, tous, sans aucun doute à différents moments de notre existence : quel est le sens de notre vie ? Que devons-nous faire ?

Chers amis, ce matin, nous sommes en Galilée aux abords du lac : d’une part dans la ville de Tibériade, et d’autre part, sur l’autre rive la ville de Capharnaüm, ville centrale dans le ministère de Jésus en Galilée. C’est là, où Jésus se retrouve dans la maison de Pierre pour se reposer.

Le chapitre 6 de saint Jean est important puisqu’il débute sur la réalisation de deux signes, deux miracles dans la même journée :

  • le premier : la multiplication des pains et des poissons pour nourrir 5000 hommes (6, 3-15) 
  • le deuxième : Jésus marchant sur l’eau pour rejoindre ses disciples en barque et accoster à Capharnaüm (6,16-21).

Il y a donc Jésus et ses disciples, mais aussi une foule nombreuse, en marche, en quête de Jésus. Cette foule quitte la ville Tibériade, sans Le retrouver. Elle va donc sur la montagne, là où a eu lieu la multiplication des pains et ne le trouvant pas non plus, elle se rend à Capharnaüm.

Là, elle va Le retrouver, vraisemblablement dans la synagogue, lieu d’étude et de lecture de la loi où Jésus a l’habitude d’enseigner, comme nous l’apprenons quelques versets plus loin (6,59) !

À la question : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? », Jésus répond, à son habitude, à côté de cette interrogation. De fait, Il réoriente leur propos et met l’accent sur l’essentiel. En effet, Il leur dit : « En vérité, je vous le dis, ce n’est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez, mais parce que vous avez mangé des pains à satiété. »

Évidemment, la multiplication des pains et des poissons a pu satisfaire la faim des hommes, mais elle signifie plus que cela, bien plus qu’une simple nourriture.

Finalement, la question que Jésus nous pose à nous aussi pourrait se traduire ainsi : quelle est notre image de Lui, quand nous prions ? Quelle est notre image de Lui quand nous Le cherchons ? Serait-il juste un distributeur de cadeaux ? 

La réponse de Jésus est précise et stimulante : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. » Jésus n’est pas là pour multiplier les pains matériels, même s’Il peut le faire dans certains cas (nous savons bien qu’il s’intéresse aussi à nos besoins terrestres et nos préoccupations.)

Mais, Il est là d’abord pour nous donner une « nourriture qui demeure », une nourriture céleste. Il veut tourner notre regard vers les réalités célestes ! C’est bien le thème central du chapitre 6e de saint Jean !

Jésus veut nous rappeler que nous ne sommes que des pèlerins sur cette terre, toujours en marche vers la Patrie du Ciel. 

Aujourd'hui encore, l'Évangile nous invite à passer de notre faim de miracles à une autre faim essentielle, qui est de « croire en celui que le Père envoie à tout homme » !

 Notre première ambition ne devrait-elle pas de travailler aux œuvres de Dieu ? C’est la phrase qui pourrait résumer l’évangile de ce jour et la question que nous pose Jésus, ce matin.

Dans notre prière, il revient à chacun de nous de méditer sur cette question et d’y apporter notre réponse personnelle !

Bonne méditation !

 

 

Homélie du dimanche 23 avril 2023, 3e dimanche de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 24, 13-35. Actes des Apôtres 2,14.22b-33. Psaume 15.

Première lettre de saint Pierre 1, 17-21

 

Chers amis, peut-être avez-vous l’habitude de vivre des retraites, des retraites silencieuses ou prêchées, des temps particuliers et précieux où l’on se met à l’écart dans un monastère ou une maison religieuse. 

Pour nous inviter à une relecture de vie, à une relecture spirituelle, il n’est pas rare que le prédicateur propose une méditation de l’évangile des pèlerins d’Emmaüs !

Dans cet évangile qui nous ramène au soir du dimanche de Pâques, deux hommes avancent sur la route. Seul l’un de ces deux hommes est nommé : Cléophas ! Qui est l’autre disciple ? Nous ne le savons pas, mais il pourrait être chacun de nous aux heures sombres du doute, de la tristesse, de la lassitude, du découragement. À ces moments précis, savez-vous quelle peut être notre tentation ? La fuite ! Partir, en laissant derrière nous tous nos problèmes : fuir sur les chemins d’Emmaüs. 

Ces deux hommes avaient suivi ce « Jésus de Nazareth » parce qu’ils « espéraient qu’il serait le libérateur d’Israël ». Pour eux, Jésus est mort avec tous leurs espoirs, et même les rumeurs des femmes n’ont pas eu raison de leur tristesse !

C’est pourtant à ce point de leur cheminement que le Seigneur les rejoint, les invitant à exprimer leur souffrance, leur déception, leur découragement.

Du coup, je vous propose en quelques minutes de faire une “mini retraite“ comportant cinq temps pour comprendre la pédagogie et la délicatesse de Jésus !

Le premier temps est une invitation à exprimer leur souffrance ! Souvent, « oser exprimer » ce que nous ressentons au fond de nous, permet un changement de perspective sur les événements de notre vie ! Une mise à distance dans la parole verbalise nos souffrances, nos découragements et cela est nécessaire. Écouter est important ! Oser exprimer ! La patience et l’écoute sont dons nécessaires.

Le second temps consiste à reconnaître notre perplexité et à entendre sans accusation ce que l’autre en en train de me dire : « Vous n’avez donc pas compris ! » La question est alors celle-ci : qui peut éclairer ma vie, et comprendre le sens de nos événements que nous subissons ? Le seul qui le fait avec une infinie délicatesse, c’est Dieu et il nous faut, dans la prière, nous tourner pauvrement vers Lui ! 

Le troisième temps nous redit que nous ne marchons jamais seul sur nos chemins de souffrance. Le Christ nous y a précédés pour pouvoir encore mieux nous y accompagner. N’oublions pas que dans nos joies comme dans nos peines,Jésus est là, jamais absent, même si notre souffrance le retire à nos yeux !

Le quatrième temps : il nous faut écouter, écouter ce que Dieu me dit ; par les Écritures, Il interprète sa vie et la nôtre. Il en nous en donne la finalité ! Les Écritures nous expliquent le sens de la vie, nos épreuves, parfois incompréhensibles et difficiles ! La difficulté sera de nous mettre à l’écoute d’un Autre, et surtout, d’arrêter de « ressasser» nos problèmes (sans doute, est-ce difficile car sans cesse, j’ai tendance à revenir à tel épisode de ma vie, à telle blessure… ) !

C’est là, dans l’humble et attentive écoute de la Parole, que Dieu nous donne une espérance nouvelle et des clés de lecture ! « Notre cœur n’était-il pas tout brulant tandis qu’il nous parlait sur la route et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? » comme l’ont remarqué les deux pèlerins.

On peut difficilement reconnaître le Christ ressuscité si l’on n’entre pas de quelque façon dans le cheminement que nous proposent les Écritures, en partant de Moïse et des prophètes qui l’ont annoncé. Il n’y a pas de reconnaissance du Christ ressuscité sans un itinéraire dans la pédagogie de Dieu dans le Premier Testament. (Par exemple : c’est ce que nous avons fait lors de la Vigile pascale en écoutant les sept lectures qui nous ont exprimés depuis la Genèse, la création, en passant par l’exode et les prophètes, tout ce qui était dit de Jésus-Messie.)

Un certain nombre d’aspects de la Passion du Christ ne se comprennent qu’à la lumière des Écritures (tout est lié, nous redit régulièrement le Pape François).

Pour ces moments difficiles, complexes, un cinquième temps est important : lorsque nous nous enfonçons dans les ténèbres, il me faut avoir ce réflexe salutaire : « Reste avec nous, Seigneur : le soir approche et déjà le jour baisse ». C’est de Toi dont j’ai besoin ! C’est le moment de ce repas partagé pour lequel l’évangile selon saint Luc, reprend les mots mêmes qui ont servi à raconter l’institution de l’Eucharistie, au soir du Jeudi Saint : Jésus prend le pain, il le bénit, il le rompt, il le leur partage. À chaque verbe, les yeux des Pèlerins (comme ceux de notre cœur) s’ouvrent un peu plus !

Il nous faut laisser résonner la Parole, pour nous approcher de la Table où Dieu Lui-même, rompt le Pain après nous avoir dévoilé les Écritures ; c’est ce que nous allons vivre maintenant : « Oui, Seigneur, tu es la Résurrection et la vie ! De quoi aurions-nous peur ? »

Oui Seigneur, tu as les paroles de la Vie éternelle !

En conclusion, ces cinq temps nous montrent l’importance de ce chemin, de notre chemin ! C’est dans la relecture à des moments précis de ma vie, que les choses prennent sens, encore faut-il avoir l’audace et le courage de s’arrêter, de faire une pause et de se mettre à l’écart du tumulte de la Cité ! 

Frères et Sœurs, nous sommes, encore une fois, invités, par ce même chemin où Jésus nous accueille, nous accompagne, nous conduit.

 C’est éclairé par la présence du Christ que je perçois et comprends Sa présence ! J’ai donc besoin de ce temps pour faire le point ! 

Permettez-moi une proposition ! Peut-être êtes-vous en train de préparer le temps estival des vacances d’été ? Comment allez-vous l’envisager ? Ne pourrait-on pas prévoir, un temps de silence, le temps d’une marche, d’une retraite, Un pèlerinage ! Un retour vers Lourdes avec le Diocèse ou pourquoi pas, aller en Terre Sainte ! !

Frères et sœurs, la vie, notre vie n’est-elle pas un long pèlerinage vers la cité sainte ?               

 

Très rapidement, je vous redonne ces 5 + 1 temps de cheminement avec Jésus :

  • Le premier temps : exprimer nos souffrances, nos tristesses !
  • Le second temps : reconnaître notre perplexité face à ces événements !
  • Le troisième temps : croire en la présence de Jésus dans les bons et moins bons moments !
  • Le quatrième temps : écouter et prendre le temps de lire la Parole de Dieu ; la Bible !
  • Le cinquième temps : inviter Jésus dans notre vie et le recevoir dans l’Eucharistie !
  • Si vous vivez ces cinq temps, peut-être y aura-t-il un sixième temps : l’audace et la folie du témoignage ! Comme vous l’avez entendu : en pleine nuit les deux Pèlerins retournent vers Jérusalem annoncer qu’ils avaient rencontré Jésus ressuscité !

Ainsi soit-il !

Homélie du vendredi 21 avril 2023, deuxième semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 6, 1-15. Actes des Apôtres 5, 34-42. Psaume 26. 

 

« Une grande foule suivait Jésus parce qu'elle avait vu les signes qu'il accomplissait en guérissant les malades. »

Vous avez, sans doute remarqué que les foules tiennent une grande place dans les Évangiles. Dans le passage en Jean, 6e chapitre, que nous venons d’entendre, Jésus est, bien sûr, avec ses disciples, mais c'est la présence de la foule sur laquelle Il pose son regard et qu’il veut rejoindre.

Cette foule de l’évangile est celle du temps de Jésus, mais elle représente aussi toutes les foules humaines. Ce matin, même si nous ne sommes pas aussi nombreux, nous sommes aussi une petite foule rassemblée, une communauté autour de Jésus, désireuse de l’écouter. 

La foule sur laquelle Jésus porte son regard est aussi une foule en attente qui avait eu connaissance des guérisons, des signes que Jésus faisait. Ici, ce n'est pas précisément une foule qui demande du pain (rien n'est dit à ce sujet), mais c'est une foule qui cherche son prophète, son roi, son messie.

C'est au bénéfice de cette foule que Jésus va prendre une initiative surprenante : 

Regardant cette foule, Il demande aux disciples : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu'ils aient à manger ? »

« JÉSUS SAVAIT BIEN CE QU’IL ALLAIT FAIRE. »

Ce qu'il veut faire dans un premier temps, c'est nourrir la foule assemblée. C'est le miracle ou le signe que nous appelons « la multiplication des pains ».

Le terme multiplication n'est pas ici une notion mathématique. Jésus ne calcule pas. Ceux qui calculent, ce sont les disciples comme pour mettre en évidence la démesure du désir de Jésus et surtout son apparente impossibilité !

Cependant, Jésus va donner à manger à plus de 5000 hommes sans compter les femmes et les enfants, en partant de cinq pains d'orge et de deux petits poissons.

Le miracle a été concrètement possible parce qu'un petit garçon, qui avait amené son repas pour la longue marche et la longue journée, accepte de donner tout ce qu'il a pour que Jésus puisse nourrir toute cette foule si nombreuse et, de fait, c’est une surabondance : « et il en restera douze corbeilles ».

Pour que Dieu puisse agir, et cela nous concerne directement, il faut que l'homme (dans son sens générique) apporte quelque chose de ce qu'il a et qui est sans proportion avec le don qui lui sera fait.

Jésus prit les pains et ayant rendu grâce, Il les distribua aux convives. Tiens, avez-vous remarqué que la foule a changé de statut ? Ce n’est plus une foule anonyme, ce sont des invités. Le miracle n’a pas été fait devant elle, mais pour elle.

À ce moment précis, nous changeons de dimension. Le miracle de la fraction du pain devient un signe et annonce une présence. Si vous avez eu la curiosité de lire l’évangile de dimanche prochain, vous avez pu retrouver l’épisode d’Emmaüs avec ces deux pèlerins tout tristes, qui font la rencontre de Jésus et qui le reconnaissent à la fraction du pain.

C’est bien ce que nous allons vivre dans quelques instants : l’accueil de la présence sacramentelle du Christ.

Frères et sœurs, c’est à chacun de nous de mesurer, la profondeur et l'ampleur de la grâce qui nous est faite et ce que nous apportons à Jésus : un peu de temps, un peu de nous-mêmes et c’est Lui qui fait le reste.

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 17 avril 2023, lundi de la 2e semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 3, 1-8. Actes des Apôtres 4, 23-31. Psaume 2. 

 

L’octave de Pâques vient donc de se terminer avec le dimanche de la « Divine miséricorde » et nous entrons maintenant dans le temps pascal qui va durer six semaines, jusqu’à la fête de Pentecôte (pour être renouvelés dans le don de l’Esprit Saint) que nous vivrons ensemble, le 28 mai. 

Durant ces semaines, nous allons lire en continu le livre des Actes des Apôtres, c’est-à-dire le récit des témoins du Ressuscité qui partent en mission et qui « disent la parole avec une totale assurance » (1re lecture). C’est l’aventure passionnante des premiers chrétiens, de la première évangélisation, de la première annonce du kérygme “Christ mort et ressuscité“ ! Durant cette période, nous relirons aussi l’Évangile de saint Jean. 

 

Pour commencer cette longue marche de six semaines vers la fête de Pentecôte, nous voici un peu comme Nicodème, comme cet homme religieux qui cherche le Royaume. Nicodème est un homme de foi. Bien sûr, il s’interroge. Il ne comprend pas tout ! Nous lui ressemblons un peu !

« Il vint trouver Jésus pendant la nuit ! » Nicodème est un pharisien qui connaît très bien la loi et les textes religieux. C’est un notable, un sage, mais aussi un homme à la recherche de la vérité et il est curieux. Il avait suivi Jésus de loin. Il avait été touché par sa parole de grâce, par les enseignements de Jésus. Mais peut-être lui manquait-il un peu de courage pour aller rencontrer Jésus en plein jour ! En effet, que diraient ses compagnons s’ils le voyaient avec Jésus ? Il risquait gros ! Toutefois, ne jugeons pas trop vite ! Ne l’oublions pas, Nicodème est aussi celui qui sortira au grand jour pour recueillir le corps, sans vie, de Jésus. 

Nicodème est à la recherche du Royaume de Dieu ! Il est convaincu que Jésus est venu de la part de Dieu. Il veut apprendre, voir les choses telles que Dieu les voit, mais il ne comprend pas la réponse de Jésus. « Comment est-il possible de naitre à nouveau ? », demande-t-il à Jésus. 

Pour comprendre, il lui faudra s’ouvrir à l’action de Dieu au fond de lui-même, accepter l’enseignement du Christ et accepter de se laisser déranger par Lui, accepter ce renouveau de foi, sortir de ses certitudes pour s’ouvrir à l’inconnu de Dieu. Il faut renaitre d’en haut ! Jésus sait ce qu’est le baptême de l’eau et de l’esprit. Dans les eaux du baptême, chacun de nous meurt à lui-même afin de renaitre dans l’Esprit Saint et vivre en enfants de Dieu, en fils et filles adoptifs. Nicodème le comprend-il ? Pas encore ! Mais sa présence au tombeau semble bien nous le dire. 

Frères et sœurs, chacun de nous est appelé à une vie nouvelle, non pas selon la chair, mais selon l’Esprit. Cette nouvelle naissance dont parle Jésus est la vie dans l’Esprit. Une vie faite de foi, d’espérance et de charité, une vie d’audace, de témoignage. Mener une vie dans l’Esprit, c’est découvrir que :

Dieu habite au plus intime de nous-mêmes

et Il veut par amour, par miséricorde  nous associer à son projet de vie !

Au début de ce temps des semaines de Pâques qui vont, petit à petit, nous conduire au don de l’Esprit Saint,demandons à être renouvelés dans les grâces de notre baptême et d’avoir ainsi l’audace de nous laisser entrainer par l’amour de Dieu !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 16 avril 2023, dimanche de la divine Miséricorde, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 20, 19-31. Actes des Apôtres 2, 42-47. Psaume 117. 

Première lettre de saint Pierre 1, 3-9.

 

Chers amis, nous sommes encore dans la joie de Pâques !

Et voilà qu’en ce deuxième dimanche, nous sommes invités à approfondir ce mystère en découvrant, la miséricorde du Seigneur. Plusieurs personnes m’ont demandé ce que cela signifie. Qu’est-ce que la miséricorde ?

C’est pourquoi, en quelques minutes, je vous propose de réfléchir ensemble pour mieux comprendre l’importance de ce dimanche de la « Divine Miséricorde ». Contrairement aux images que beaucoup peuvent avoir (peut-être même dans notre assemblée) d’un Dieu méchant, vengeur ou absent, voire indifférent, notre foi chrétienne nous parle de Dieu en des termes d’amour et de miséricorde ! 

C’est le Pape saint Jean-Paul II qui est à l’initiative de ce dimanche de la « Divine Miséricorde ». ! Le 30 avril 2000, il canonisait Sœur Faustine Kowalska, humble religieuse polonaise, morte à 33 ans de la tuberculose.

   Derrière une existence ordinaire se cachait une vie mystique intense, marquée par de nombreuses apparitions de Jésus, qui s'est montré à elle comme la source de la Miséricorde. Il lui avait dit cette phrase : « L'humanité n'aura de paix que lorsqu'elle s'adressera avec confiance à la divine Miséricorde. »

Quel est donc le sens de ce mot « Miséricorde » ?

Comment pourrions-nous le comprendre ? Bontépitiécompassioncharité, pardon... un paroissien me disait : Dieu, dans ma misère me lance une corde ! En fait, ce mot est un terme presque technique. Il apparaît au XIIe siècle, traduit du latin misericordia, un mot qui est lui-même formé du latin miseria, ‘misère’ et de cor, le ‘cœur’. Un cœur ouvert à la misère de l’homme !

En hébreu, sa terminologie est aussi assez éclairante. Il vient du mot pluriel « Rahămîm », qui veut dire « entrailles ». Je cite ce verset superbe : « Est-ce qu'une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l'oublier, moi, je ne t'oublierai pas » nous dit Dieu par la bouche d’Isaïe. (Is 49,15)

 

Cela exprime l’attachement de Dieu à l’homme.

On peut dire que la « Miséricorde » c’est l’amour inconditionnel de Dieu pour sa Création, la façon unique d’aimer de Dieu !

Devant notre misère, non seulement Dieu ne se détourne pas, mais Il est pris de compassion.

Ce qui pourrait dépasser notre entendement, c’est que notre péché ne Le dissuade pas de nous aimer, mais au contraire : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). À Moïse, Dieu se révèle ainsi : « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité ». (Ex 34,6)

   Tout au long de l'Ancien Testament, le peuple hébreu, malgré ses trahisons, va découvrir cette fidélité ! Il lui a fallu du temps pour expérimenter cette tendresse de Dieu, cet amour unique ! Dieu se montre saisi de compassion devant la misère du pécheur qui crie vers Lui : « Vais-je t’abandonner ? Non ! Mon cœur en moi se retourne, toutes mes entrailles frémissent. Je ne donnerai pas cours à l'ardeur de ma colère » (Os 11,8). Et le psalmiste chante : « Béni le Seigneur, ô mon âme, n'oublie aucun de ses bienfaits ! Car Il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ». (Ps 102) L'Ancien Testament nous fait découvrir déjà que Dieu est amour.

   Quant à Jésus, Il ne cesse de répéter qu'Il est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu : « Il y aura plus de joie dans le Ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentir ».

Dieu est amour ! Dieu est miséricorde !

         Chers amis, bien souvent, nous n'osons pas y croire, parce que cela nous semble trop beau pour être vrai. Nous n'osons pas admettre que Dieu nous aime à ce point et qu’Il m’aime tel que je suis ! 

Dieu a des trésors de miséricorde à nous donner et parfois, nous n'en voulons pas, peut-être par peur, par orgueil ou par manque de Foi. Il suscite donc des messagers de sa miséricorde, comme pour supplier les hommes de ne pas rester prisonniers de leurs péchés : « Ma Miséricorde est plus grande que ta misère et que celle du monde entier », explique Jésus à Sœur Faustine. « Je ne rejette jamais un cœur humble ».

Jésus n'a pas cessé de nous dire cet Amour de Dieu pour chacun d'entre nous. Comment ? Par des paraboles : rappelons-nous, 

  • - La parabole de l’enfant prodigue et du fils aîné qui ne comprend rien ! 
  • - Ou encore celle de la brebis perdue qui a tant de valeur aux yeux du bon berger. 
  • - Et aussi la parabole du pharisien et du publicain. Le pharisien qui obéit strictement à la Loi et qui se croit même supérieur et sauvé et le publicain qui se reconnaît pécheur et qui se croit perdu.

Jésus n'a pas cessé de vivre pour nous montrer cet Amour de Dieu. C’est ce que nous avons redécouvert au cours de cette semaine Sainte et de cet octave de Pâques. Il a choisi d’aller jusqu’à la mort pour témoigner de sa fidélité, de son plan de salut pour chacun de nous. 

Il nous invite à faire de même, à être nous-mêmes miséricordieux vis-à-vis de nos frères et sœurs :

  • « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. »
  • « Bienheureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde. »
  • « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent »
  • « Je ne vous dis pas de pardonner sept fois, mais soixante-dix-sept fois sept fois. »

Plus encore, il nous faut relire la parabole du bon Samaritain !

Marie-Madeleine reconnaissant Jésus au matin de Pâques, s’écrit « Rabbouni ! » (Maître), et elle fait à ce moment-là, l’expérience de la certitude de l’amour de Dieu. Thomas, le dimanche suivant, c’est-à-dire aujourd’hui, va Le reconnaître : c’est bien le même Jésus. Sans plus d’explication, il va lui aussi, confesser en Jésus cet amour de Dieu et il dira : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».

Quel bel acte de Foi ! « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Et nous aussi, quand nous voyons l’hostie, Corps de Jésus mort et ressuscité, Dieu présent dans l’Eucharistie, nous pouvons aussi dire avec confiance : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Sœur Faustine a peint un tableau d’une de ses visions de Jésus. Sans doute le connaissez-vous ? Quand j’étais recteur du Sacré-Cœur, j’avais fait réaliser et installé un immense tableau ; peut-être l’avez-vous vu ? : deux rayons lumineux sortent du cœur de Jésus, le cœur siège de l’Amour de Dieu pour nous ; cet Amour que Jésus voudrait voir éclairer tous les recoins de nos vies. Au-dessous de ce tableau, est inscrit sur les recommandations de Jésus : « Jésus, j’ai confiance en toi ! ».

 

Chers frères et sœurs, redécouvrons jusqu’où va la miséricorde de Dieu !

Réjouissons-nous, n'ayons pas peur ! 

Reconnaissons que notre Seigneur est venu pour nous sauver !

Sûr de son amour et de sa miséricorde, osons dire et redire : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 14 avril 2023, vendredi dans l’octave de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 21, 1-14. Actes des Apôtres 4, 1-12. Psaume 117. 

 

Chers amis, l’évangile de ce matin est surprenant et j’espère que vous aurez la bonne curiosité de le relire !Pourquoi est-il intéressant ? Parce que Jésus veut nous surprendre sur plusieurs aspects ! 

J'aimerais insister au moins sur deux bizarreries qui apparaissent dans ce récit. Elles ne se trouvent pas là par hasard, mais bien pour attirer notre attention : elles sont porteuses d'enseignement pour nous aujourd'hui. 

Première bizarrerie : sur la barque, Simon-Pierre est nu. Drôle de tenue pour un pêcheur !

 La traduction liturgique dit : « il n’avait rien sur lui » ! C’est une façon élégante de dire « qu’il est nu » ! 

Ne nous faisons pas d'illusion : le naturisme n'était pas franchement à la mode en Israël à cette époque. Cette nudité a un tout autre sens. Rappelez-vous dans le Livre de la Genèse, au tout début de la Bible : nous sommes dans le jardin d'Eden, le fruit a été croqué et … Adam et Eve découvrent qu'ils sont nus. Symboliquement, ils découvrent leur condition humaine, ils découvrent leur propre faiblesse, ils découvrent leur nudité. 

C'est exactement ce qui se passe pour Simon-Pierre. Lui, il s'était cru plus fort que tous les autres ; rappelez-vous la parole qu’il avait dite à Jésus : « Même si tous t'abandonnent, moi, je ne t'abandonnerai jamais ».

Mais aujourd'hui, Pierre découvre sa nudité : il a trahi, il a renié, et cela à trois reprises. Rappelez-vous le coq qui chante ! Pierre réalise à quel point il est pauvre, nu, faible. Mais à l'inverse d'Adam et Eve, Pierre ne tente pas de se cacher du Christ, au contraire, il se jette à l'eau pour le rejoindre. Et, cette fois-ci, c'est pour de bon !

Nous aussi, le Seigneur nous invite à prendre conscience de notre faiblesse et d’oser rejoindre le Christ ; voilà l’enseignement que nous pouvons retenir pour nous ! Plutôt que de nous cacher derrière les faux-semblants de nos hontes et de nos peurs, de notre nudité, ayons le courage de nous jeter à l'eau comme Pierre. Osons la confiance, osons la rencontre, osons la foi !

Deuxième bizarrerie : c’est cette histoire de poissons (et je ne parle pas de ce chiffre 153).

C'est tout de même très bizarre ; Jésus demande à ceux qui sont dans la barque : « Auriez-vous quelque chose à manger ? » Cela devrait signifier que Lui-même n’a rien !

Mais, quand les disciples arrivent sur le rivage avec leurs filets pleins à craquer (153 poissons, quand même !), ils voient « un feu de braises, avec du poisson posé dessus, et du pain ». 

Comment comprendre ? 

En fait, l'évangéliste veut insister sur la surabondance du don de Dieu. Le Christ n'a pas besoin de cette pêche miraculeuse qu'Il a pourtant lui-même provoquée. Non, c'est Lui, Lui encore, Lui seul qui donne, qui offre le pain et le poisson. Nous voilà donc invités à reconnaître le don de Dieu, de ce Dieu qui nous donne bien au-delà de tout ce que nous pouvons espérer ; ce Dieu qui se donne en chaque eucharistie !

Un dernier point : en relisant cet évangile, allez jusqu’au bout de ce chapitre 21 de Saint Jean. Il se termine par cette parole de Jésus à Pierre, après un incroyable échange par ces mots : « toi, suis-moi ! ».

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 10 avril 2023, lundi dans l’octave de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 28, 8-15. Actes des Apôtres 2,14.22b-33. Psaume 15. 

 

Frères et sœurs notre joie est grande et nous l’avons manifesté lors de ce week-end Pascal ! Nous avons chanté, nous avons rendu grâce ! Oui, le Christ est vivant, Il est ressuscité ! En ce lundi de Pâque, cette joie est toujours présente dans notre cœur ! 

En même temps, il nous faut assurer notre vie de tous les jours. C’est pourquoi trois petits mots retiennent mon attention dans l’évangile d’aujourd’hui ! Joie – Crainte – Frères : trois petits mots qui me font atterrir dans mon quotidien qui redémarre après l’intensité de cette Semaine Sainte !

Oui, Seigneur, je le crois : Tu es ressuscité, Tu es vivant dans ma vie, et c’est Toi qui donnes sens à ma vie, mais face aux évènements de ma vie, aux aléas, ce n’est pas toujours si simple… je peux facilement dans ce quotidien, osciller entre la crainte et la joie !

Dans le texte de ce jour (en saint Matthieu) les Saintes femmes " s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui ", avec le mélange de « crainte et de joie » que les Évangiles ont souvent noté.

Que va leur dire Jésus ? Sa réponse est éloquente et elle s’adresse à chacun de nous. Il reprend deux éléments de la parole de l'ange. D'abord, Il nous redit, « Je vous salue » : nous entendons avec joie, cette bienveillance de Jésus ! Puisavec insistance, connaissant nos réflexes, il ajoute :" Soyez sans crainte … n'ayez pas peur ! » ! Cet encouragement n'est pas superflu, car, en plus de nos préoccupations, en rencontrant Dieu, nous pourrions aussi éprouver une forme de peur :

  • Peur de la nouveauté de Dieu (de devoir rompre avec mes habitudes …)
  • Peur de l'aventure que Dieu apporte toujours (la tentation est grande de préférer son canapé et une vie tranquille)
  • Peur de nos propres résistances et de notre pesanteur. (il peut persister en nous une forme de désespérance)
  • Peur de ne pas être à la hauteur dans mon témoignage de chrétien (crainte de ne pas oser annoncer autour de moi : le Christ est ressuscité !) 
  • Peur du refus des autres, etc… (Que vont dire mes amis, ma famille, mes collègues).

« Soyez sans crainte ! », dit Jésus, et Il confirme la mission donnée aux deux femmes, mais en précisant l'un des termes. Il ne dit pas :"Allez dire à mes disciples", mais : " allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »

Cette précision est importante: qui sont ces frères de Jésus ? Ce sont ceux qui, le jeudi soir, ont fui sans courage et sans gloire, comme ceux qui l'ont renié plus ou moins ouvertement. "Mes frères", dit Jésus, parce qu'Il vient avec son pardon. Et Il leur donne rendez-vous en Galilée ; littéralement, Il les met en marche ! Tous devront faire la centaine de kilomètres, tous devront se regrouper au nom de Jésus, pour voir Jésus, pour entendre Jésus : c'est l'Église en marche, dès le premier jour, dès la première aurore de la résurrection.

Les saintes femmes sont les premières à entendre le message de la résurrection ; en ce sens, elles sont, ensemble, les premières messagères (les Apôtres des Apôtres !). 

« Soyez sans crainte », nous dit aussi Jésus ! Ce sont ces mots qui sont à retenir ce matin !

Nous aussi nous sommes invités à nous mettre en marche à la rencontre du Ressuscité, de son pardon, de son amour, de sa victoire sur la Mort ! Pas de Crainte ! Ni de Peur ! Demeurons dans la joie de ce dimanche de Pâques et annonçons à tous nos frères : un monde nouveau est là, une espérance nouvelle est là avec le Christ Ressuscité !  

Osons redire avec confiance et dans la foi : Le Christ est Ressuscité, Il est vraiment ressuscité, Alléluia !                                                                                           

                                                                                                     Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 9 avril 2023, saint jour de Pâques, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 20, 1-9. Actes des Apôtres 10,34a.37-43. Psaume 117. Lettre de saint Paul aux Colossiens 3, 1-4.

 

Chers frères et sœurs, nous venons sans doute, d’horizons différents, peut-être juste pour quelques heures à Grenoble, réunis en famille (ou en vacances) pour vivre ensemble ce jour de Pâques ; c’est le jour le plus important de notre vie chrétienne ! 

Nous sommes là, ensemble, ce matin, pour signifier et oser dire à notre monde que le Christ est mort, qu’Il est ressuscité et qu’Il offre sa vie pour que nous ayons la vie ! 

Dans ces mots se retrouve le kérygme, c’est-à-dire le centre de notre foi.

Toute cette semaine sainte, nous avons vécu, pas à pas, jour après jour !

  • Dimanche des Rameaux : l’entrée à Jérusalem de notre Seigneur,
  • mardi, nous avons pu vivre autour de notre évêque une belle messe Chrismale

et puis nous sommes entrés dans le Triduum, ces trois jours saints. 

  • Ensemble, nous avons vécu lors du jeudi, le dernier repas de Jésus (le don de l’Eucharistie) et Jésus serviteur, lavant les pieds des disciples, 
  • puis son arrestation, son procès (un simulacre de procès) sa condamnation à mort, le portement de croix, l’agonie de Jésus et finalement sa mort sur le Golgotha. Là, Jésus a été crucifié, Il a donné sa vie pour nous.
  • Hier, samedi était le jour du grand silence ; rien ne semble s’être passé, apparemment, si ce n’est que Jésus est descendu aux enfers et Il en est sorti victorieux !
  • Dans la nuit de samedi à dimanche, alors que l’église était dans la noirceur de la nuit, nous avons allumé le cierge pascal au feu nouveau ! Puis, nous avons écouté les récits de l’Ancien Testament qui exprimaient combien Dieu restait proche de son peuple ! Nous avons entendu les prophètes qui annonçaient l’attente du Messie ; nous nous sommes réjouis et nous avons chanté ces “alléluia“ dont nous étions un peu privés depuis le mercredi des Cendres. 

Durant la nuit, à travers le monde et en fonction des décalages horaires, l’incroyable nouvelle s’est propagée avec cette belle parole : « Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! » et nos cœurs se sont enflammés !

Ce matin, nous sommes réunis pour nous réjouir ensemble et recevoir Jésus dans le don de l’Eucharistie :  action de grâce au Christ ressuscité ! 

L’eucharistie nous invite toujours à une expression de foi, à reconnaître la présence de Jésus, dans cette hostie : « Oui, nous croyons que Jésus est ressuscité ! Oui, Seigneur, nous reconnaissons Ta présence dans ce pain et ce vin consacrés ! »

À chaque célébration eucharistique, après la consécration, j’aime particulièrement ce moment de l’anamnèse, ce moment où nous faisons mémoire et où nous chantons le kérygme (le centre de notre foi !), c’est-à-dire : « Il est grand le mystère de la foi ». L’assemblée répond : « Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ». 

Cette belle réponse de l’assemblée situe la résurrection de Jésus dans l’ensemble du mystère du Salut ! Dieu ne nous a pas abandonnés ! Cette anamnèse est au cœur de notre foi et elle ne peut pas être isolée de la Passion (Mort et Résurrection) et du retour du Christ en gloire. 

La résurrection n’est pas seulement un prodige fantastique. Elle est un moment essentiel de notre foi en l’amour de Dieu qui se donne au monde par son Fils Jésus. Elle nous invite, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture, à « recherchez les réalités d’en haut ».

C’est l’expérience progressive qu’ont faite les premiers témoins que sont Marie-Madeleine, Pierre et Jean dans la découverte du tombeau vide, comme nous venons de l’entendre dans l’évangile. 

Les premières arrivées au tombeau de Jésus sont les saintes femmes !

D’abord Marie-Madeleine. Elle vient lui rendre les derniers hommages qui sont de nettoyer son corps, de le purifier, car cela n’avait pas été possible le vendredi à cause de la grande Fête de Pessah. Mais là, surprise, elle ne trouve pas le corps de Jésus dans le tombeau. Elle n’en croit pas ses yeux et s’en va prévenir Pierre. «  Où est-il ? » demande-t-elle ?

Celui-ci avec l’autre disciple, probablement Jean, se rend au tombeau. Ils courent ! Jean qui est plus jeune arrive le premier. Il attend Pierre qui, lui, regarde à l’intérieur. Il aperçoit les linges posés à plat, le suaire (le linge qui avait enveloppé le corps de Jésus) roulé à part à sa place. Sous le choc, il laisse entrer l’autre disciple, Jean. Là se produit un événement majeur que l’évangéliste résume en deux verbes qui sont la clé pour méditer ce mystère de la résurrection de Jésus. En effet, que se passe-t-il : « Il vit, et il crut ». Deux verbes : voir et croire !

Nous pourrions nous demander : que voit-il et que croit-il ? Apparemment, il ne voit pas grand-chose ! Jean voit la même chose que Pierre : un tombeau vide ! Nous pourrions penser que ce tombeau vide est suffisant pour cet acte de foi. Mais est-ce bien le cas ? 

La résurrection de Jésus ne se démontre pas par des preuves tangibles. Le tombeau vide n’est pas une preuve en soi. Il est un signe. Ce tombeau vide, aussi mystérieux qu’il soit, n’est pas la raison de l’acte de foi du disciple. Dit autrement :le tombeau vide sans la foi, reste simplement un tombeau vide !

Si le disciple croit à la résurrection de son Maître mort sur la croix deux jours plus tôt, c’est qu’il comprend, en cet instant précis, que le plan de Salut de Dieu, révélé dans les Écritures, s’achève dans la résurrection du Christ-Jésus car Dieu relève du tombeau et de la mort, son Fils bien-aimé. Jésus est vivant, à jamais ! Il est l’Alpha et l’Oméga, IL EST CELUI QUI EST ! En un instant, saint Jean dans son intelligence, dans son cœur et dans un acte de foi, comprend tout cela !

C’est pourquoi, frères et sœurs, nous le rappelons à chaque messe comme je l’ai souligné en commençant : « Nous annonçons ta mort, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ».

Certains d’entre-nous vont peut-être me dire ! C’est sûr, si j’avais été, moi aussi, comme saint Jean, devant le tombeau vide, j’aurais pu dire : « Je crois ! » 

Mais notre regard aurait pu être celui de Marie-Madeleine ou de Pierre : faire simplement le constat de voir les linges et le suaire. Regarder, mais sans croire ! Même en regardant le lieu en détail, notre imagination est impuissante à nous montrer Jésus ressuscité. 

La seule voie qui nous est accessible pour réellement comprendre le plan de salut de Dieu, c’est celle de la foi. Cettefoi n’est pas imaginaire ou un sentiment, elle s’appuie sur la Parole de Dieu qui est un don ! « La foi est un moyen de connaître des réalités qu'on ne voit pas », nous redit l’auteur de la lettre aux Hébreux 11,1.

La foi nous ouvre à cette certitude que « Dieu n’a pas fait la mort » ! Croire nous engage alors dans chacune de nos actions. « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru », dira aussi Jésus. (Jean 20, 29)

La Résurrection de Jésus n'est pas un événement ponctuel qui n'intéresserait que la personne de Jésus et sa survie. C'est l'Événement qui s’adresse à tous, qui donne sens à notre histoire et à notre monde. Elle donne sens à mon histoire, donne sens à ma vie !

La résurrection de Jésus ouvre toute grande la porte « des réalités d’en haut » à ses frères et sœurs que nous sommes. Comme Jésus ressuscité, qui désormais vit totalement pour et avec Dieu, nous nous relèverons avec lui de nos tombeaux et nous vivrons pour Dieu. 

Frères et sœurs, voilà le mystère que nous vivons aujourd’hui en ce beau jour de Pâques ! Demandons au Seigneur de sortir de nos tombeaux, de nos peurs de toutes sortes, de nos petites morts, de sortir de nos désespérances, de nos lassitudes. 

Ce jour est un jour de joie ! C’est un jour de libération ! Avec les nouveaux baptisés de Pâques, avec le Christ ressuscité, recherchons les réalités d’en haut ! 

Croyons que le Christ nous ouvre la voie, qu’Il nous montre le chemin ! Ainsi, nous pourrons apporter dans notre monde cette note d’espérance et de joie qui lui fait tant défaut. 

Comme nos frères et sœurs chrétiens d’Orient, saluons-nous en ce jour de Pâques en disant : « Christos anesti. Alithos anesti ! »

« Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité » Alleluia !

 

 

 

Homélie du dimanche 2 avril 2023, dimanche des Rameaux, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu. 26,14 à 27,66. Livre du prophète Isaïe 50,4-7. Psaume 21.

Lettre de saint Paul aux Philippiens 2,6-11.

 

Frères et sœurs, il est toujours important d’écouter la Parole de Dieu, de la laisser résonner en nous afin qu’elle pénètre dans tout notre corps en passant de l’oreille à notre tête (à notre intelligence) et arrive jusqu’au plus profond de nos cœurs !

Nous sommes au premier jour d’une semaine fondamentale pour notre foi chrétienne ! En ce début de cette Semaine Sainte, dimanche des Rameaux, la liturgie nous présente deux pistes de méditation :

  • La première : l’entrée de Jésus à Jérusalem et 
  • La seconde : la lecture de la Passion selon saint Mathieu. 

Certains peuvent s’étonner de ce grand écart dans une même célébration : l’enthousiasme d’une foule qui attend le Salut de Jésus et la mise à mort d’un innocent ! De fait, ces deux pistes sont intimement liées l’une à l’autre. La description de l’entrée à Jérusalem de Jésus nous donne la clé de lecture qu’il nous faut pour méditer le récit de la passion du Christ que nous venons d'entendre. 

Regardons cela de plus près en quelques minutes. 

 

I- L’entrée triomphale de Jésus dans la ville de Jérusalem 

Par la bénédiction des rameaux à l’extérieur de l’église, nous sommes entrés en procession, en marche, en mouvement… ! Nous avons marché avec nos rameaux à la main reproduisant, en quelque sorte, la foule en liesse qui accompagnait Jésus entrant dans la ville sainte, Lui le sauveur. Ce n’était pas seulement des palmes ou des rameaux, mais c’était des manteaux qu’on étendait sur son passage, comme nous le dit l’évangile. Ne nous trompons pas sur l’expression enthousiaste de cette foule ! Les acclamations où résonne le mot "HOSANNA" ont un sens bien plus profond ! Nous pouvons le traduire par l’expression d'une supplique : « sauve maintenant »; ou encore : « sauve, nous t'en prions »… « nous avons besoin de ton salut » ! Depuis de longs siècles, toute l’attente et l’espérance du peuple hébreu s’expriment ici !

Mais déjà, cette entrée solennelle porte un message qui nous invite à situer le triomphe de Jésus à sa vraie place qui n’est pas celle des triomphes humains ordinaires.  

En effet, Jésus qui entre à Jérusalem ne le fait pas comme le font les chefs de guerre ou les généraux d’un cortège de vainqueurs, sur un char somptueux ou sur un cheval fringuant. Non, Il est assis sur un âne ! 

L’âne est l’animal des paysans. C’est celui du travail aux champs, des déplacements de matériel, des transports de denrées. C’est un animal de travail, il n’est pas rapide. C’est une bête de service. Jésus l’a choisi intentionnellement, car il veut signifier qu’Il arrive dans l’humilité et le temps des hommes, dans le service pour accomplir le plan de Dieu. 

 

II – Le récit de la Passion.

Ce texte est riche de détails, d’expressions et de relations. Je vous invite à le relire et à le redécouvrir dans votre méditation. 

Ce Messie pauvre et humble ira jusqu'à l’extrême en donnant sa vie sur la Croix. Il sera dénoncé, raillé, défiguré, maltraité, abandonné. C’est ce que nous livre la lecture de la Passion. 

La liturgie nous propose d’entendre toute la Passion qui va de la Cène, c’est-à-dire le dernier repas de Jésus avec les siens – où, Il nous redit le don de son corps et de son sang pour le salut du monde - jusqu’à son arrestation, sa passion, la croix, sa mort et sa mise au tombeau. 

Ce récit se déroule avec une multitude de détails. Pour certains d’entre nous, ils font peut-être échos à des images ou à des films comme celui de ‘Jésus de Nazareth’ de Franco Zeffirelli ou ‘La Passion du Christ’ de Mel Gibson. On peut se laisser pénétrer par ces images au point d’en garder une vision sanglante et défaitiste de la fin de la vie de Jésus. En réagissant ainsi, nous manquons alors l'essentiel ; il nous faut faire un pas de plus !

L’essentiel est de comprendre l'abaissement (la kénose) de Jésus, Fils de Dieu, qui ayant été jusqu’au plus bas en souffrant sa passion, est exalté et glorifié par Dieu, son Père. Il devient ainsi, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture : « Seigneur à la gloire de Dieu le Père ». « C’est pourquoi Dieu l’a exalté, (écrit celui-ci aux chrétiens de la ville de Philippes en Grèce) : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : ‘ Jésus Christ est Seigneur’ à la gloire de Dieu le Père. » (Philippiens 2, 5-11) 

Frères et sœurs, entrons dans notre Semaine Sainte en suivant Jésus : nos yeux fixés sur Lui « Les yeux fixés sur Jésus-Christ, entrons dans le combat de Dieu ! » (Antienne de Carême – chantée chaque matin à l’office des Laudes). De fait, nous constatons bien que nous vivons un combat, combat à l’extérieur et à l’intérieur de nous-mêmes. De ce combat, soyons assurés que le Christ sort vainqueur !

Au moment même de sa passion, Il nous regarde et nous dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis… » (Jean 15,13) Si Jésus va jusqu’à donner sa vie, c’est par amour pour nous ! Là aussi, c’est l’essentiel que nous avons à redécouvrir tout au long de cette semaine sainte ! Voilà l’enjeu qu’il nous faut vivre !

Alors, chers amis, prenons le temps de vivre cette semaine, jour après jour, comme étant la semaine la plus importante de notre vie chrétienne, la vivre humblement, à la fois lentement et intensément, en méditant la Parole de Dieu dans la prière et la contemplation. Vivons ces jours précieux avec audace, les yeux fixés sur le Christ !

Je vous souhaite une belle et intense Semaine Sainte !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 26 mars 2023, 5e dimanche du Carême, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 11, 1-45. Livre d’Ezéchiel 37,12-14. Psaume 129.

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 8-11.

 

Après les évangiles de la Samaritaine et de l’aveugle-né, voici, avant que ne s’ouvre la Semaine Sainte, un troisième long récit de saint Jean nous est donné ce dimanche. Comme les deux précédents, il s’agit d’une catéchèse sur le baptême, sur la ‘plongée’ dans la mort et la Résurrection de Jésus. 

Tel est le message exigeant qui précède le récit de la Passion que nous lirons ensemble dimanche prochain : si l’on veut espérer avoir part à la Résurrection du Christ, il nous faut ‘plonger’ avec Lui mystérieusement dans la mort !

La résurrection de Lazare est, dans le quatrième évangile, le dernier « signe » de Jésus et, sans doute, le plus important. Il y a sept signes par lesquels nous découvrons l'œuvre de Jésus :  

Signe 1: L’eau changée en vin à Cana

Signe 2: La guérison du fils de l’officier.

Signe 3: La guérison du paralytique.

Signe 4: Jésus nourrit 5 000 hommes.

Signe 5: Jésus marche sur l’eau.  

Signe 6: La guérison d’un aveugle-né.     

Signe 7: La résurrection de Lazare

 

Il est important de noter que ce dernier signe se situe six jours avant la pâque. Il préfigure en Lazare ce qui va arriver à Jésus. Car c’est bien plus de Jésus que de Lazare dont il est question ici. 

Très simplement, je vous propose de regarder deux détails surprenants et étonnants de ce récit.

Le premier détail surprenant est l’étonnante finale du récit ! Si vraiment Lazare est revenu de la mort, on s’attendrait à ce qu’il raconte ce qu’il a vu dans son expérience de la mort... un peu comme dans les témoignages de « vie après la vie. » Rien de tout cela ! Lazare n’en dit rien et disparaît dans l’arrière-plan tandis que les projecteurs se focalisent sur Jésus.

Le deuxième détail surprenant, avant même cette finale un peu frustrante, c’est ce retard de Jésus qui ne semble pas pressé de partir, alors même qu’on lui dit que son ami est au plus mal et qu’il va mourir. Jésus reste encore trois jours sur place avant de se mettre en route. Il osera même répondre au reproche des deux sœurs : « je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, afin que vous croyiez. »

Il nous faut donner toute sa portée à cette réponse : à travers de la mort de Lazare, elle vise toutes nos morts. Dieu n’a pas fait la mort ! Jésus montre que Dieu n’est pas du côté de la mort, mais du côté de la vie. Si Jésus laisse à la mort son pouvoir pour un temps, c’est parce qu’à travers elle, il donne à l’homme au cœur de son désarroi, l’espérance d’en sortir vivant et vainqueur. Face à l’incompréhensible, il nous faut redemander au Christ d’être renouvelés dans la foi et la confiance !

Mais cette victoire, Jésus, lui-même, ne l’obtient qu’en subissant la mort. « Si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous », nous disait saint Paul dans la deuxième lecture.  De la mort infâme que subira Jésus, va surgir la vie pour tous les enfants de Dieu !

Au cœur du récit évangélique, ce n'est pas le miracle qui importe ! Soyons attentifs à ne pas nous focaliser sur le miracle ! 

Il nous faut comprendre ce qu’il signifie, car :

  • Ce qui est important ici, c’est l’humanité de Jésus : Il pleure son ami ! 
  • Ce qui est important aussi, c’est surtout le dialogue de Jésus avec Marthe. 

Quand Jésus affirme : « Je suis la résurrection et la vie », la réponse de Marthe est splendide : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu qui doit venir dans le monde. »

Marthe est ici, le modèle de la croyante. 

 

Même Marie, accablée par le chagrin, sans professer explicitement sa foi, se tourne vers Jésus et non vers le sépulcre. Dans son immense peine, elle choisit de regarder la vie.

Chers amis, ces attitudes nous posent une question ! Avons-nous cette même attitude de choisir la vie ?

Le texte d'Ezéchiel que nous avons entendu en première lecture, peut nous aider à appliquer ce récit à notre existence. Il nous dit : « Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez de nouveau. » Toute l’espérance d’Israël est là : l’attente d’un Sauveur ! Nous-mêmes, au cours de notre existence, nous faisons l'expérience, de nombreuses petites morts. Nous attendons d’être relevés pour revivre à nouveau ! Mais de ces petites morts, nous n’en sortons pas indemnes, car elles vont nous demander de dépasser nos troubles, nos manquements, nos enfermements… pour oser dans un changement et nouvelle espérance ! La manière dont Lazare sort du tombeau est très éclairante : il sort « les mains et les pieds liés de bandelettes et le visage couvert d'un suaire. »Cela nous indique, dans ce surplus de vie, qu’il lui faudra être « délié » de ce qui le lie encore pour être libre, découvrir et choisir ! 

Comprendre cela est important ! Lazare, le pécheur aimé de Jésus comme chacun de nous, du plus profond de toute mort, de tout enfermement entend le cri  de Jésus : « Viens dehors ! » Lazare revient des enfers, comme le baptisé remonte de la piscine baptismale. Si pour Lazare, nous parlons de ‘réanimation’ plutôt que de ‘résurrection’, c’est pour signifier que ce surplus de temps à vivre - comme notre propre temps terrestre - restera ce lieu unique d’une vraie conversion à Dieu ! Tant que nous sommes vivants, nous pouvons nous convertir ! Après notre mort, il sera, vraisemblablement, trop tard ! Il restera la prière des vivants pour les âmes défuntes ! C’est pour cela que nous prions régulièrement pour les ‘âmes du purgatoire’.

Frères et sœurs, je peux résumer ainsi trois grandes attitudes :

  1. Avec Thomas, « allons-y, nous aussi pour mourir avec Lui. » 
  2. Avec Marthe, passons de la mort à la vie, en confessant la foi pascale de notre baptême : « tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » 
  3. Avec Marie, tournons les yeux vers le Seigneur !

Chers amis, il nous reste quinze petits jours d’ici Pâques. Notre Carême n’est pas encore terminé ! Accueillons toujours le sacrement de la réconciliation comme la grâce d’être déliés de nos péchés. 

Que notre Eucharistie d’aujourd’hui soit pour nous une nouvelle occasion de faire comme Marthe, une profession de foi totale et confiante en Jésus en lui disant du fond de notre cœur :

 Oui, Seigneur, je le crois : Tu es le Christ, le Fils de Dieu,

Tu es celui qui vient dans le monde

Avec Toi Seigneur, je veux choisir la Vie.

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 19 mars 2023, 4e dimanche du Carême, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 9, 1-41. Premier livre de Samuel 16.1b.6-7.10-13a. Psaume 22.

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 5, 8-14. Dimanche de Laetare.

 

En ce « Dimanche de joie », la liturgie nous présente un magnifique évangile ! Nous poursuivons cette catéchèse sur le baptême. Après l’épisode de la Samaritaine et de l’eau Vive, (dimanche dernier) nous venons d’écouter, pas à pas, scène après scène, le récit très coloré de la guérison de l’aveugle-né. Comme tous les miracles de Jésus, celui-ci est un signe, une invitation à approfondir quelle est sa mission : continuer l’œuvre de Dieu pour tous les hommes ! Nous pouvons comprendre qu’il est difficile de commenter un texte aussi dense que celui-ci en quelques minutes. C’est pourquoi je vous invite à relire et à méditer ce texte en vous laissant pénétrer par la Parole du Christ.

Cependant, en une petite phrase, la lettre de saint Paul aux chrétiens de la ville d’Éphèse, nous donne un axe dynamique de cette catéchèse ! N’oublions pas qu’elle s’adresse à tous les chrétiens donc aussi à nous qui avons reçu le Baptême. Saint Paul nous dit : « Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des enfants de lumière. » (Ep 5, 08)

C’est toujours ce passage des ténèbres à la lumière que nous sommes invités à redécouvrir, comme nous le vivrons ensemble, lors de la Vigile pascale, un passage de la nuit au jour, de la mort à la vie !

Rapidement, je vous propose de développer deux points de compréhension pour illustrer et mieux comprendre ce récit ! Il comporte plusieurs mots clés.

Premièrement : L’aveugle-né, enfermé dans sa cécité depuis sa naissance, représente d’une façon symbolique, l’humanité refermée sur elle-même par le mal et par le péché d’Adam et Ève. Il y a une analogie entre le début du livre de la Genèse et les gestes de re-création que fait Jésus.

Cette humanité sortie de Dieu dans toute sa beauté a été corrompue par l’Adversaire de Dieu, Satan ! Alors que dans ce jardin d’Eden, la rencontre avec Dieu était une douce relation d’amitié, la rupture - la séparation envers Dieu - a produit un fruit d'opacité.

Cependant, la personne humaine, créature intelligente, créée à l’image et la ressemblance de Dieu a été dotée de la liberté : une liberté qui lui permet, dans tous les cas, de rechercher son Créateur, de sortir des ténèbres et de désirer voir la lumière, car Dieu n’abandonne jamais sa créature ! Depuis cette rupture, l’homme n’a de cesse de retrouver cette union perdue avec Dieu.

Ainsi, si nous crions vers Lui, si nous Le cherchons vraiment, nous passons de la cécité intérieure à la lumière de l’amour véritable ! C’est l’expérience que Jésus va donner de vivre à cet aveugle-né en lui ouvrant surtout les yeux du cœur. 

 

Deuxièmement : Comment les yeux de l’aveugle-né s’ouvrent-ils ? 

C’est par des gestes que Jésus fait et les paroles qu’Il dit ! Ses gestes reprennent ceux que nous lisons lors de la Création dans le livre de la Genèse, lorsque Dieu crée l’homme à partir de la terre. Jésus, Lui aussi, fait de la boue, Il l’applique sur les yeux de l’aveugle et Il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé. »

Jésus n’est pas dans le discours, mais dans le geste qui relève et révèle Dieu présent dans le quotidien que nous traversons.

L’aveugle a donc senti la boue sur ses yeux, il a entendu les paroles de Jésus et en tâtonnant, sans rien voir, il s’est mis en route, avec foi, vers cette piscine, préfigurant l’eau du baptême. 

En l’envoyant à la piscine de Siloé, la Parole créatrice de Jésus le recrée, le refait, illumine sa foi ! À ce moment précis, Dieu fait irruption dans sa vie et, en vrai, le bouscule ! Cet homme devient l’envoyé (Siloé), témoin de la miséricorde de Dieu !

Une fois sa vision retrouvée, l’aveugle-né est confronté à l’aveuglement des autorités : les pharisiens le questionnent et ne veulent pas croire à son témoignage. 

Enfermés dans leurs lois et dans leurs règlements, ils refusent de voir l’action de Dieu dans cet homme. Même ses parents ne veulent rien voir et rien savoir !

 

« Voir » n’est pas seulement une fonction physique.

« Voir » est aussi une vision spirituelle, une vision qui envahit le cœur et l’intelligence. 

Cet homme que Jésus guérit n'est pas seulement entré dans la connaissance naturelle que donne la vue éclairée par la lumière. Il est entré dans la connaissance surnaturelle que donne le Christ, Lui qui est la vraie lumière venue en ce monde ! Sans doute savez-vous qu’on appelait le Baptême chrétien dans les premiers siècles de l’Église : une « illumination » !

Comme à l’aveugle-né, Jésus nous demande personnellement, à nous qui sommes baptisés : « Crois-tu au Fils de l’homme ? ». Si je lui dis : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus me répondra : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle ». À l’exemple de l’ancien aveugle-né, comme baptisés, nous sommes invités, avec les yeux de la foi, à proclamer notre Credo en disant, nous aussi : « Je crois, Seigneur ! ». 

Chers frères et sœurs, que nous soyons catéchumènes, au début du chemin, ou baptisés depuis de longues années, la foi en Dieu restera toujours un chemin bousculé par les fragilités, les aléas de la vie et par les contradictions du monde. Parce que nous sommes limités et pécheurs, les aveuglements nous guettent toujours ! 

Voilà pourquoi nous avons besoin de vivre notre foi en Église, ensemble, en communauté, pour nous soutenir et nous aider, pour nous porter dans la prière et pour discerner ensemble ce que nous pressentons de Dieu dans notre vie, d’entendre ses appels et avoir l’audace d’y répondre !

 

Finalement, que pouvons-nous retenir de ce 4e dimanche de Carême, dimanche de la joie ? 

  • Avouons-le, nous sommes parfois bien aveugles nous aussi... aveugles sur ce que nous sommes… aveugles aux autres... et bien aveugles sur la présence de Dieu dans notre vie !
  • N’oublions pas que notre re-Création n’est pas achevée, que le Seigneur a encore des « retouches » à faire sur nous !
  • Notre Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l´apparence, les diplômes, la beauté, l’éloquence ! Le Seigneur regarde le cœur !

Frères et sœurs, confions à Dieu Créateur notre désir de passer chaque jour dans notre vie, des ténèbres à sa lumière, d’aller au-delà de nos aveuglements… à la foi lumineuse et confiante en Jésus Sauveur !

Demandons cette grâce pour les baptisés que nous sommes pour notre assemblée, pour notre Église et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 5 mars 2023, 2e dimanche du Carême, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 17, 1-9. Livre de la Genèse 12, 1-4a. Psaume 32.

Deuxième lettre de saint Paul à Timothée 1, 8b-10

 

Le 2e dimanche du Carême, c’est-à-dire aujourd’hui, nous entendons le récit de la Transfiguration. Son importance et sa mémoire sont signifiées dans les trois évangiles : saint Matthieu, saint Marc (9,2-10) et saint Luc (9,28-36).

L’épisode de la Transfiguration de Jésus se situe immédiatement après la profession de foi de Pierre et à sa réaction à l’annonce de la Passion de Jésus. 

C’est un épisode assez surprenant ! 

Jésus vient d’interroger ses Apôtres en leur demandant qui Il était pour eux. Pierre, courageusement, confesse qu’Il est « le Messie, le Fils du Dieu Vivant » (Mt 16, 16). Les Apôtres ont dit ce qu’ils croyaient, mais bien plus que ce qu’ils voyaient. La foi est bien de croire à ce que nous ne voyons pas !

Par ailleurs, quand Jésus leur a parlé de passion, de souffrance et de mort, les Apôtres se sont scandalisés. Au point que Jésus va traiter Pierre de « Satan » !

Alors, sur la route qui le mène à Jérusalem, Jésus fait une pause mémorable. Il choisit ces trois disciples qui un jour seront avec lui au soir de la Passion au Jardin des Oliviers. Et là, Il leur montre qui Il est en vérité. Il leur montre ce qu’ils ne pouvaient pas imaginer lorsqu’Il les interrogeait. 

Il leur montre sa vraie nature divine : Lui, la lumière née de la lumière, Lui, source de toute lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, Lui le Verbe de Dieu qui s’est fait homme, sans cesser d’être Dieu, comme nous l’entendons dans le prologue de saint Jean. 

Jésus transfiguré montre, du même coup, à ses disciples, ce à quoi ils sont eux-mêmes appelés : ils sont appelés à partager la gloire de Dieu ; eux et toute l’humanité. Car l’homme a été créé pour la lumière et non pour les ténèbres. 

En manifestant sa gloire cachée, Jésus révèle aux disciples qu’ils sont destinés, non seulement, à partager la gloire de Dieu, mais aussi à resplendir de sa lumière. 

Tel est le message que nous recevons au cœur du temps de ce carême. 

Alors que nous montons cahin-caha vers Pâque, alors que nous sommes dans des efforts de pénitence et la prière, alors que le doute parfois nous assaille et que des épreuves peuvent surgir sur nous de toutes parts, cette lumière divine vient conforter notre foi. 

Oui ! Le Transfiguré illumine notre route terrestre pour nous conduire à notre propre pâque. 

Il rend éblouissante notre humanité. Cette lumière, frères et sœurs, donne tout son sens à notre existence. Nous ne sommes pas faits pour la nuit ; nous sommes faits pour la lumière du jour, la lumière de l’éternité ! Aujourd’hui Jésus laisse éclater ce qui nous est promis et annoncé, comme un don inimaginable. 

Cette scène est donc comme un pivot : 

-         Il y un avant : toute l'histoire du Peuple de Dieu, la très lente démarche d’hommes et de femmes pour accueillir le message du Dieu Unique. C’est le rappel entendu dans la première lecture où Abram est invité à tout quitter pour suivre avec confiance, la promesse d’une vie nouvelle dans un pays que Dieu lui montrera ! 

-         Il y a un après : à partir de la montagne de la Transfiguration, Jésus marchera dans une confiance inébranlable vers Jérusalem, vers sa Passion, sa mort et sa Résurrection, invitant ainsi tout chrétien à recevoir la bénédiction promise vers un pays qui n’est autre que le Ciel ! Cette transfiguration donne le sens et le but de notre vie chrétienne. 

     

Cette pause sur le mont Thabor, n’est pas la fin, elle est un point d’étape nécessaire, une annonce à recevoir, un chemin à poursuivre !

Les trois disciples, Pierre, Jacques et Jean qui sont là, aujourd’hui, comme témoins de la transfiguration, seront ceux qui verront Jésus défiguré dans son agonie et sa passion, avant d'être les témoins du Seigneur ressuscité. 

Il nous faut comprendre cela pour nous-mêmes ! La vie chrétienne épouse en tout point celle du Christ ! Nous ne sommes pas au-dessus du Maître.

Un dernier point ! 

       Si les disciples sont témoins de cette transfiguration, c’est pour que nous nous souvenions que tous les baptisés - c’est-à-dire nous - ont :

  • tantôt le visage transfiguré, illuminé par l’amour partagé, le don de soi et la joie de l’évangile,
  • tantôt défiguré par la souffrance, les péchés ou encore les : « souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. » (2e lecture de la lettre à Timothée)

    Ce qui nous est demandé, ensemble, en communauté fraternelle, c’est déjà, humblement, de transfigurer le petit monde dans lequel nous vivons, là où nous sommes : notre paroisse dans sa réalité territoriale, mais plus intimement, nos familles, nos lieux de travail, de service, de loisirs… 

Ce dimanche de la Transfiguration me fait revenir en mémoire la bénédiction que nous avons reçue au premier jour de cette nouvelle année. Nous étions encore avec Jésus, enfant de la crèche, lumière du monde. 

Cette révélation de Dieu, cette lumière de Dieu, cette beauté de Dieu qui l’habite, Jésus ne veut pas la garder pour Lui. Il veut nous la communiquer, la partager, afin que rayonnant du visage du Christ, nous en soyons le reflet dans le monde. Cette même lumière et cette même bénédiction, nous les recevons encore et sans cesse !

Sans doute vous rappelez-vous ce passage du livre des Nombres (Nb 6, 22-27) ?

Que le Seigneur te bénisse et te garde,

Qu’il fasse pour toi rayonner son visage,

Que le Seigneur, te découvre sa face,

Te prenne en grâce et t’apporte la paix.

Chers amis, chers frères et sœurs, dans notre monde parfois en guerre et dans les ténèbres, que le Seigneur nous apporte la lumière et la paix !

Continuons ensemble ce temps du Carême !

                                                                                                                 

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

Homélie du dimanche 26 février 2023, 1er dimanche du Carême, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 4, 1-11. Livre de la Genèse 2,7-9 ; 3,1-7a. Psaume 50.

Lettre de saint Paul aux Romains 5, 12-19

 

Les lectures de ce premier dimanche du Carême nous mettent en parallèle, deux tentations : celle des origines dans le jardin d’Éden et celle de la tentation de Jésus au désert. Dans ces deux cas, nous constatons que “l’aire de jeu“ de Satan est la même : tenter l’homme !

Le désert est, ce dimanche, le lieu de la tentation. Dans l’histoire d’Israël, on voit le peuple hébreu succomber plusieurs fois dans l’idolâtrie au cours de son séjour au désert. Rappelez-vous l’épisode du veau d’or ! Le désert est ainsi un lieu où se joue un combat réel, un combat entre Dieu et Satan, entre Dieu et l’Adversaire.

En se retirant au désert quelques jours après son baptême, Jésus accepte d’entrer dans ce combat contre l’adversaire, réussissant là, où Eve et Adam avaient cédé au vil tentateur. Après quarante jours, le combat survient et le récit nous raconte les trois approches choisies par Satan et le refus radical de Jésus de se laisser entraîner à mettre Dieu de côté. Rien ne pourra remettre en cause la fidélité de Jésus à son Père !

En fait, le combat ente Jésus et Satan nous ramène au moins trois tendances de notre nature humaine, sources d’innombrables déroutes, de conflits et de misères. Ces tentations sont toujours à l’œuvre en nous, aujourd’hui et Jésus les affronte parce qu’en Lui, c’est nous aussi qui sommes soumis aux avances tordues de l’Adversaire.

  • La première tentation est représentée par la faim. Le tentateur prend appui sur ce besoin inné dans l’humain pour le replier sur lui-même et fermer la porte au projet de Vie de Dieu, pour lui !
  • La seconde tentation fait appel à un orgueil démesuré, la vaine gloire, pour que Jésus se confronte à Dieu !
  • La troisième tentation est celle du pouvoir sous toutes ses formes, représenté par les « rois de la terre ».

Que retenir de ce récit ? Sans doute avez-vous déjà entendu plusieurs commentaires sur cet évangile. C’est pourquoi j’aimerais réfléchir avec vous, ce matin, de façon un peu différente. Avec les jeunes de l’aumônerie, nous avons pris le temps de discuter et de partager sur les actions de Satan, sur les tentations, celles de Jésus, les nôtres, sur la réalité du Diable ("existe-t-il vraiment ?" m’ont demandé les ados) ! Pour cela, nous avons lu et réfléchi en partant d’un livre : La Tactique du Diable (Lettres d'un vétéran de la tentation à un novice)

 

L’auteur, C S Lewis, est un professeur de littérature du Moyen Âge et de la Renaissance à Oxford, il est aussi un ami de J. R. Tolkien. Tous les deux sont catholiques pratiquants. Lewis est également l’auteur d’un ivre bien connu « Les chroniques de Narnia » qui jouit d'un immense succès auprès des enfants.

Ce livre : « La Tactique du Diable » est un recueil de lettres (qui sont des lettres de réponses) d'un vétéran de la tentation (un oncle qui est diable en chef) aux demandes de conseils d’un novice (son neveu qui est un apprenti diable). Ses demandes sont précises : détourner de Dieu, ceux que cet apprenti diable doit pervertir !

Ces lettres sont très intéressantes. Au début, on a peut-être un peu de mal à entrer dans la compréhension de ces échanges de lettres, puis à la lecture des conseils de l’oncle, on rit, enfin… enfin, on rit beaucoup moins, car nous nous rendons compte que ces lettres nous parlent de “moi“.

Ce livre détaille l’action du Démon dans notre vie. Nous sommes dans un vrai combat : un combat spirituel et un combat vital ! Dans cette bataille, les termes restent empruntés au vocabulaire militaire ! Par ailleurs, ce livre a été écrit en 1941.

Plusieurs pièges sont repérés.

I) Les pièges du tentateur :

  1. L’intox : il essaye de nous faire croire qu’il n’existe pas.
  2. Le camouflage : il se déguise en ange de lumière. Il travestit ce qui est mauvais, pour lui donner l’apparence de quelque chose de bon.
  3. L’anesthésie : il endort notre conscience.
  4. La propagande : il collabore à la diffusion des fausses nouvelles qui vont nous embrouiller.
  5. Les complices : il utilise le concours de nos passions, de nos mauvais jugements, de nos bêtises et il va s’en frotter les mains.
  6. Une stratégie multiforme : il s’adapte à chacun de nous.
  7. L’arme secrète du démon : le découragement ; on baisse les bras…

Alors, comment réagir, comment riposter ?

II) La riposte du chrétien :

1.     La conscience du danger : je sais que Satan existe et je sais qu’il veut agir dans ma vie.

2.     Le compagnon d’armes : Jésus est toujours à mes côtés et je sais que je ne suis pas seul !

3.     Les missiles : je torpille les slogans de Satan avec des versets de la Bible. C’est ce que fait Jésus, car à chaque tentation, Il va répondre par un verset de la Bible.

4.     Le contre-espionnage : je repère la stratégie de l’adversaire.

5.     L’entraînement : je tâche de me battre chaque jour contre mes défauts, et le temps du Carême est propice pour cela.

6.     Les offensives : je prends régulièrement la résolution d’attaquer l’ennemi sur l’une de ses positions.

7.     L’équipement : pour avancer, je m’allège par des jeûnes réguliers.

8.     Le moral : je demande à l’Esprit Saint d’entretenir en moi une âme de vainqueur, un moral d’acier ! Je le sais : Jésus a vaincu Satan !

9.     Le char blindé : je me blottis dans les bras de Jésus.

10.  La couverture aérienne : je vis à l’abri du manteau protecteur de Marie.

11.  Les alliés : je sollicite l’appui de tous les saints du ciel, de tous mes amis du ciel et de la terre pour que nous puissions ensemble, par la prière, mettre à terre le démon.

12.  La musique militaire : c’est en chantant les louanges de Dieu que je gagne toutes ces batailles.

Notons pourtant que ce Diable en chef (l’oncle du livre) doit bien avouer, mais à contrecœur, que tous les démons de l'enfer sont démunis face à l'amour inconditionnel de Dieu et à son inépuisable capacité à pardonner.

 

Chers frères et sœurs, le début d’un nouveau Carême est toujours une belle montée vers Pâques dans une profonde joie ; il est l’occasion pour nous, de comprendre comment être, nous aussi, vainqueur face à toutes les tentations de Satan ! C’est un combat quotidien, mais sans se décourager ! Si d’aventure, vous constatez qu’à un moment donné, c’est un peu plus difficile et que certaines choses vous posent problème ou se révèlent à vous avec force, pensez bien au Sacrement de Réconciliation qui est, pour chacun de nous, l’occasion de nous savoir pardonner et de repartir du bon pied et affermi.

Comme nous l’avons entendu mercredi dernier, le jour du Mercredi des Cendres,

« Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » soyons persuadés que, parce qu’Il est vainqueur, Jésus est cette Bonne Nouvelle pour aujourd’hui !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 22 février 2023, mercredi des Cendres, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 6,1-6.16-18. Livre du prophète Joël 2, 12-18.

Psaume 50. Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 5, 20-6,2.

 

Chers Frères et Sœurs, nous allons vivre ensemble, en paroisse, ces quarante jours de Carême.

Ces quarante jours ne doivent pas être des jours de désolation ou de tristesse, mais plutôt des jours qui annoncent la joie et l’espérance ; ils nous redisent que nous sommes faits pour la vie et la résurrection ! 

Ils évoquent évidemment dans notre mémoire, le temps passé par Jésus au désert. Ce temps de 40 jours et de 40 nuits évoque aussi les quarante années passées par le peuple hébreu à travers le désert en chemin en chemin vers la Terre promise. 

La similitude des chiffres ne doit pas nous faire oublier la différence profonde entre ces deux temps dont l’Écriture garde la mémoire !

Les quarante ans de la traversée au désert sont un temps de purification destiné à faire surgir à nouveau, la foi du peuple d’Israël, après les différents moments où les Hébreux ont douté de celui qui l’avait sorti d’Égypte et où ils se sont retournés contre Dieu (rappelez-vous l’épisode du Veau d’or !). Cette génération pourtant, libérée de l’esclavage de Pharaon ne devait pas voir la Terre promise parce qu’elle avait douté de Dieu. 

Tel n’était évidemment pas le sens de l’épreuve vécue par le Christ, quand, après son baptême, Il est conduit au désert pour y être tenté. Nous aurons l’occasion, dimanche prochain, de méditer sur ces tentations de Jésus au désert, mais déjà, nous savons qu’il ne s’agit pas pour lui d’un temps de purification, mais plutôt au sens propre, d’un temps d’épreuve. Jésus sortira vainqueur de ces tentations en se référant à la Parole de Dieu, par sa fidélité de Fils à son Père.

De fait, les quarante jours que nous allons vivre évoquent aussi clairement ces deux réalités. Le temps du Carême sera un temps de purification et un temps d’épreuve, sans oublier que le Christ est vainqueur et qu’Il nous a sauvés. 

 

Prenons le temps de détailler un peu ces deux réalités !

1re réalité : c’est d’abord un temps de purification, pendant lequel nous sommes invités à nous reconnaître pécheurs. Le geste que nous allons faire tout à l’heure de recevoir sur notre tête - un peu de cendre - nous rappelle, avec évidence, les gestes pénitentiels de la Bible pour signifier le repentir. Mais n’oublions pas qu’à l’initiative de Dieu, il y a une libération de l’esclavage ! C’est donc un temps de conversion et de contrition ! Pour nous y aider, le sacrement de réconciliation est aussi un extraordinaire lieu de libération !

2e réalité : c’est aussi un temps d’épreuve pour la foi. Si nous sommes invités au jeûne et à la prière, ce n’est pas pour nous punir ni une recherche doloriste ni non plus pour donner un signe extraordinaire devant lequel tout le monde aurait à s’émerveiller. Nous ne sommes pas dans un ramadan chrétien ! Si nous jeûnons et si nous prions, c’est parce que le jeûne, comme la prière, est un acte de foi. Nous faisons l’expérience, en renonçant joyeusement à ce qui est superflu et qui nous encombre, que celui qui nous fait vivre, c’est Dieu Lui-même. 

 

Chers amis, entrons dans ce temps de carême, non pas dans la tristesse ou dans l’accablement provoqué par le marasme de notre société, mais dans la joie confiante de la résurrection vers laquelle nous nous avançons.  

Posons cet acte de foi que Dieu de miséricorde vient au secours de notre faiblesse. Aujourd’hui, dans tous les continents, dans tous les pays et avec toutes les communautés chrétiennes, c’est l’Église tout entière qui se mobilise pour avancer dans le chemin de la purification par des actes de foi sur le chemin Pascal.

 Pendant quelques instants de silence, prions dans le secret de notre cœur pour que notre démarche de ce jour porte encore cette année, un fruit nouveau. Ne mettons pas la barre trop haute ! Ne choisissons pas des objectifs intenables, mais des choix simples et réalisables : peut-être, prier le chapelet, lire quelques chapitres de la Parole de Dieu, rendre visite à des personnes isolées ou malades, vivre le sacrement du Pardon…

Dimanche prochain, lors de la célébration de l’Appel Décisif, notre évêque accueillera les futurs baptisés de la nuit de Pâques : accueillons dans la joie, les nouveaux frères et sœurs que le Seigneur nous donnera par le baptême !

 

Prions les uns pour les autres, les uns par les autres ! 

Beau et saint Carême à tous.

Recueillons-nous quelques instants dans le silence afin de nous préparer à recevoir les Cendres.

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 20 février 2023, 7e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 9, 14-29. Livre de Ben Sira le Sage 1, 1-10. Psaume 92.

 

Avec cet évangile, nous entendons un épisode plutôt compliqué de la vie de Jésus. On y trouve plusieurs thèmes : l’échec des disciples devant la maladie ; la guérison par Jésus de cet enfant possédé ; les reproches de Jésus aux disciples ; l'analyse de la déclaration du père de l’enfant malade et son acte de foi ; le rôle essentiel de la prière dans la guérison … 

Cela fait déjà beaucoup de thèmes différents, et il me semble ne pas avoir tout dit !

Mais ce récit nous invite à réfléchir tout particulièrement sur la foi. On rencontre cette notion à différents moments du passage. Jésus appelle les disciples : génération incrédule, le père de l’enfant malade implore l’aide de Jésus par ces mots : si tu peux quelque chose, viens à notre secours … À quoi répond Jésus : « Si tu peux !… » Tout est possible à celui qui croit. C’est alors que le père a cette prière insolite : Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi !

 

Frères et sœurs, à trois jours de notre entrée en Carême, c’est cet aspect particulier de la foi qui devrait nous éclairer. 

Très rapidement, je vous propose de reprendre quelques aspects de cet évangile ! Que s’est-il passé ? 

L'événement se passe après la transfiguration où les disciples ont vu la gloire de Dieu. Jésus était sur la montagne avec Pierre, Jacques et Jean. C’est en l'absence de Jésus, qu’un homme a prié les disciples de délivrer son fils possédé. Mais les disciples n'y sont pas parvenus. Ils n’ont pas eu assez de force pour chasser le démon, ou peut-être pas assez de foi ou de prière ? 

C’est à son retour que Jésus leur va reprocher leur manque de foi. En quoi les disciples ont-ils manqué de foi ? La suite du récit le dira.

Des précisions sont demandées au père du malade. Alors, il raconte à Jésus comment, depuis son enfance, un esprit mauvais domine son fils. Puis, il finit son intervention par une prière, une demande : si tu peux quelque chose, viens à notre secours … Cet homme mettrait-il en doute les compétences de Jésus ? Il faut dire qu’il a été refroidi par les disciples du Christ comme peut-être beaucoup de nos contemporains pourraient être refroidis par notre façon de faire, d’être, par nos manques d’action ou de foi… Jésus relève alors cette demande en interrogeant, en fait, la foi du père de cet enfant : Si tu peux !... 

Sans lui faire de reproches, Jésus veut faire réfléchir cet homme à ce sujet. 

 

Qu'est-ce que la foi ? Nous pensons habituellement qu'elle correspond à cette seule déclaration : je crois. Mais cette expression est l'affirmation de la croyance, non de la foi. Le croyant croit que Dieu existe, et souvent, ça s'arrête là. Vous savez comme moi que beaucoup de personnes en sont là ; posez des questions autour de vous et vous entendrez qu’elles croient que Dieu existe, mais elles n'ont pas de relations avec Lui.

Or, la foi est relation, la foi est contact, elle est lien, alliance avec Dieu ! La foi est un don qu’Il nous fait pour que cette relation se réalise ! C'est ce qu'exprime la prière du père de l'enfant une fois qu’il a compris : « Viens ! » dit-il. « Toi, Seigneur, viens ! » 

N’oublions pas que la foi vient de Dieu ! La foi, c'est être sûr de Dieu, ce n'est pas être sûr de soi, sinon cette "foi" nous pousserait à nous passer de Dieu. 

C'est pourquoi la foi se manifeste dans cette relation à Dieu, dans une relation de confiance.

 

Frères et sœurs, à quelques jours du début de ce Carême, posons-nous cette question : quelle est notre foi en Dieu ? Où en sommes-nous ? Où en suis-je personnellement ?

Bonne méditation !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 19 février 2023, 7e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 38-48. Livre des Lévites 19,1-2.17-18. Psaume 102.

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 3, 16-23.

 

Chers amis, nous sommes à quelques jours de notre entrée dans le temps du Carême, un temps important et nécessaire, car il va nous permettre de nous préparer à cette très belle fête de Pâques ! 

Avec ce 7e dimanche du Temps « Extraordinaire de l’Ordinaire », nous terminons la lecture du chapitre 5 de l’évangile selon saint Matthieu qui a soutenu notre méditation depuis plusieurs dimanches.

Ce chapitre cinquième est à relire régulièrement, car il nous permet de mieux comprendre la pertinence de l’enseignement de Jésus. 

Les premiers versets de ce chapitre commencent par les Béatitudes dont on peut dire qu’elles sont la charte du chrétien qui fait le choix de suivre le Christ.

Après de vives discussions et controverses avec les pharisiens, ce chapitre se termine par une conclusion audacieuse qui est à la fois une invitation, une prise de conscience et un chemin : être parfaits comme notre Père du ciel est parfait.

Si ces versets de l’évangile nous troublent, nous provoquent, nous bouleversent, nous font réfléchir, c’est que c’est bien l’intention de Jésus de nous faire comprendre le sérieux de sa Parole et l’exigence de la Sainteté !

Jésus nous appelle donc à un choix de vie qui s’ouvre, encore une fois, à une conversion ! 

Littéralement, les comportements des disciples de Jésus ne peuvent se limiter à ce que font les païens et même les juifs pieux. 

Je vous laisse imaginer la surprise et les réactions des auditeurs ! Pas tant, à cette invitation à la sainteté, cat tous connaissent bien ce passage du livre du Lévitique entendu en première lecture : « Soyez saint ! » (Lévites 19)

Ce qui a de quoi surprendre, c’est cette injonction : « Aimez vos ennemis ! » ou encore : « priez pour ceux qui vous persécutent ! »

Jamais aucun prophète n’avait ainsi parlé… pour parler comme Jésus, soit il faut être fou…soit il faut être Dieu !

Même si la Loi du Talion (œil pour œil, et dent pour dentétait un grand progrès par rapport au cycle de vengeance sans fin de l’ancien temps, où la violence appelait la violence parfois même sur plusieurs générations, Jésus nous enseigne, avec des paroles d’une puissance extraordinaire, une tout autre Loi, celle d’une non-réplique : « et Moi je vous dis de ne pas riposter au méchant. » 

Déjà, Dieu dans la première lecture du livre des Lévites, nous exhorte à un amour du prochain. Ce soir, Jésus nous invite à faire un pas de plus vers la sainteté, qui nous ordonne de rejeter la haine, l’intolérance et la rancune.

Si les jours présents paraissent encore difficiles, où nous assistons, bien impuissants, à des guerres, des exodes, des attentats, des conflits… bref, à une escalade de la violence, c’est, hélas, toujours un même instinct sauvage qui prédomine ! 

Tout en n’étant pas dupe des intentions géopolitiques aux plus hauts niveaux des états, (intentions qui nous échappent ou nous désolent) l’invitation de Jésus, déjà à notre degré, est précise : si nous voulons vraiment ressembler à notre Père des cieux, nous devons nous interdire toute riposte qui serait conduite par la vengeance, la haine ou la violence. 

 « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Cette perfection à laquelle le Christ nous appelle n‘est autre que la Loi de l’amour.

Nous pourrions avoir tendance à penser que le Christ apparaît trop gentil, trop naïf ou doux rêveur lorsqu’Il prône l’amour des ennemis. Pourtant, les séries des tragédies humaines qui ensanglantent notre mémoire nous apprennent chaque jour, avec tristesse, que la rancune du cœur produit son fruit de malédiction … que la haine appelle la haine, que la violence appelle la violence, et cela  dans une suite sans fin.

Jésus nous exhorte à répondre par une attitude qui signifie que nous avons à renoncer à nous faire justice nous-mêmes, en laissant Dieu faire lui-même ce travail.

Il ne s’agit pas d’une démission ni d’une soumission servile, mais bien au contraire, d’actes de liberté positifs : « laisse ton manteau, fais deux mille pas avec lui, donne, ne tourne pas le dos. » C’est précisément en nous engageant ainsi à l’encontre de la violence, que nous sauvons notre liberté de toutes haines, de toutes colères et autres désirs de vengeance qui nous assaillent et nous poussent à une riposte qui ne ferait qu’amplifier le mal. 

L’attitude surprenante que Jésus nous invite à adopter (qui est d’ailleurs fondamentalement la sienne tout au long de sa vie, jusqu’au cœur de sa Passion) est la seule qui sauvegarde la possibilité d’un dialogue, qui permette à chaque instant de renouer des relations humaines, qui maintienne l’avenir ouvert. Il est intéressant d’entendre ce passage avant d’entrer en Carême !

Mercredi prochain, mercredi des Cendres, prenons le temps de relire ce passage de l’évangile de saint Matthieu. Jésus nous donne sept exemples concrets de comportements pour ses disciples, exemples qui peuvent être pour nous aussi durant ce temps du Carême :

  • ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre, 
  •  si quelqu'un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau, 
  • si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui, 
  • à qui te demande, donne, 
  • à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos,
  • aimez vos ennemis,
  • priez pour ceux qui vous persécutent !  

Ces exemples que Jésus nous donne ne se comprennent que si l’on se rappelle que le disciple est invité à imiter Dieu, son Père ! Frères et sœurs, ne croyons pas que ce soit hors de notre portée, de notre intelligence ou de notre agir ! 

Éclairer par l’Esprit-Saint, c’est ainsi que nous pouvons comprendre lorsque Jésus nous invite à agir comme le Père agit : « Vous donc, vous serez parfaits (vous serez saints) comme votre Père céleste est parfait (saint) ». 

 

C’est la grâce que nous pouvons demander en ce début de carême.

Prions les uns pour les autres ! 

Bonne méditation !

                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 13 février 2023, 6e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Marc 8, 11-13. Livre de la Genèse 4,1-15.25. Psaume 49.

 

La liturgie de ce jour nous invite à ouvrir le livre de la Genèse (4,1-15.25) sur la naissance de Caïn et Abel : l’un (Abel) devint berger et son frère Caïn cultivait la terre. 

« Caïn présenta des produits de la terre en offrande au Seigneur. Abel présenta les premiers-nés de son troupeau, en offrant les morceaux les meilleurs. Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande, mais il ne porta pas un regard sur Caïn. Caïn fut très irrité, et il montra un visage abattu… »

  Nous connaissons les versets suivants : « Caïn se jeta sur Abel, son frère et le tua … »

 

Ce texte est complexe, car chaque mot en hébreu a un sens très précis ! Impossible donc en quelques minutes, de rendre toute la richesse de ce texte ! 

             Un des accents que je choisis ce matin est mis sur le processus qui conduit au meurtre ! Le meurtre est le péché le plus grave que l’homme puisse commettre ! Notons que nous pouvons tuer de plusieurs façons, nous pouvons tuer le corps physique, mais aussi la personne morale, sociale ou toutes personnes dans sa dignité !

Sauf pour un homicide involontaire (c’est le cas d’un accident), il y a, à l’origine du meurtre, généralement un mauvais sentiment : la haine. Il s’agit d’un sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un et même de se réjouir du mal qui pourrait lui arriver. La haine est très souvent fille de la jalousie, sentiment d’envie à l’égard de quelqu’un qui possède ce que l’on n’a pas ou ce que l’on voudrait avoir. Il n’est pas rare que ce sentiment ait pour commencement, un différent, une indélicatesse, une simple moquerie, une déception… ou simplement parce que l’autre me gêne !

Mais à l’origine du ressentiment, de la jalousie, ou de la haine, il y a surtout le mépris de Dieu.

Le meurtre de Caïn provient de la fermeture de son cœur à l’amour de Dieu, et cette fermeture le pousse à devenir jaloux ! Sa jalousie le conduit ensuite à la haine et la haine s’est matérialisée par le meurtre qu’il a commis.

Il y a donc une relation entre le refus de Dieu, la jalousie, la haine et le meurtre.  Avec Jésus, le péché doit se combattre dès le germe du péché : la haine est déjà le meurtre en puissance. Pour éviter de tuer, il faut donc d’abord éviter de haïr. « Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. » (Mt 5, 22). Saint Jean dans sa première lettre assimile même la haine au meurtre lorsqu’il affirme que : « Quiconque a de la haine contre son frère est un meurtrier » (1Jn3, 15).  

Vous allez me dire que : Moi, je ne suis pas un meurtrier ! Je n’ai jamais tué personne !

Pourtant, frères et sœurs, reconnaissons que très souvent, la jalousie et la haine sont des sentiments qui peuvent habiter ‘mon cœur’. Je peux avoir tendance à détester celles ou ceux qui réussissent là où j’ai pu échouer, ceux qui possèdent ce à quoi j’aspire. 

Envers tous ceux qui aiment et servent Dieu (littéralement, ceux qui ont une foi solide !) de tout leur cœur, de toute leur âme, de toute leur force, de tout leur esprit, je peux ressentir parfois une envie, une défiance, une jalousie et je peux alors peut-être même les combattre, les dénigrer intérieurement.

Libérons notre cœur de cette jalousie ou de cette haine qui le ronge ! Avec la grâce de Dieu, le pardon véritable et l’acceptation de nos limites, nous pouvons entrer dans un processus salutaire de libération.

Voilà ce à quoi ce texte de la Genèse nous invite dans nos réflexions ce matin.

Comme chaque matin, je vous propose de prendre le temps de relire les textes de ce jour et de les méditer.

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 6 février 2023, 5e semaine du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 6, 53-56. Livre de la Genèse 1,1-19. Psaume 103.

 

À différents moments de notre existence, nous sommes confrontés à la maladie, à la souffrance, pour nous-mêmes ou pour nos proches. La maladie et la souffrance provoquent en nous un sentiment d’impuissance et même d’injustice ! Elles peuvent parfois bouleverser nos vies, la nôtre, celles de nos proches, particulièrement la cellule familiale et amicale : pour nous encourager à donner de notre temps, soutenir les malades, être attentifs à leurs besoins, nous avons besoin d’aides, d’espérances, de soutien…

       Aujourd’hui, l’évangile de saint Marc que nous venons d’entendre, nous entraine à suivre Jésus à Génésareth où Il va rencontrer et guérir des malades et des personnes avec handicap qui ont besoin de sa présence.

        À l’époque de Jésus comme aujourd’hui d’ailleurs (les temps ne changent pas ce ressenti), les malades se sentent très rapidement mis à part de la vie des bien portants ; c'est pourquoi les liens de solidarité et tout ce qui permet aux personnes atteintes de maladie de se sentir écoutées, reconnues, aimées sont extrêmement importants. Les moyens actuels (un coup de téléphone, une petite visite…) sont plus faciles qu’à l’époque où il fallait aller à pied ou à dos d’âne pour les rencontrer.

Dans l’Évangile, nous voyons bien que toutes ces personnes qui ont besoin de guérison ne viennent pas seules : ce sont leurs familles, leurs voisins, leurs amis qui se mettent à plusieurs pour aller à la rencontre de Jésus ; car comme nous l’avons entendu, ces malades étaient déposés; ce qui signifie que quelqu’un les portait. 

Mais aujourd’hui, la personne de Jésus n’est plus aussi visible qu’à l’époque ! Sa présence est différente. C’est nous, ses disciples, qu’Il envoie dans le monde pour être ses mains, son cœur, sa tendresse pour refaire ces gestes de douceur.    

        La souffrance reste un mystère qui nous surprendra toujours ! Le Fils de Dieu fait homme n’a pas supprimé de l’expérience humaine, la maladie et de la souffrance ; mais en les assumant Lui-même, Il les transforme et leur donne une dimension nouvelle. 

       Le week-end prochain (dimanche 12 février) sera le « Dimanche de la Santé ». Avec l’équipe Diaconie et Soin, nous allons vivre un accompagnement particulier auprès des personnes malades de toutes sortes de maladies : physique, psychique…

       Ce jour-là, nous vivrons avec la communauté rassemblée un beau sacrement : celui de l’Onction de malades : Sacrement de paix, de courage, d’espérance… Bien sûr, il n’est pas magique, mais rien n’est impossible à Dieu !

L’Église reconnaît dans les malades, une présence spéciale, particulière, du Christ souffrant.

        Avec le Pape François qui nous y encourage, là où nous vivons, élargissons notre regard aux malades invisibles, immobilisés dans leurs chambres, dans leur maison de retraite, dans les hôpitaux et allons leur redire que c’est pour eux que Jésus est venu exprimer la tendresse de son Père pour chacun d’eux.

Frères et sœurs, dès maintenant, dans cette eucharistie, prions pour toutes les personnes malades ou fatiguées, que nous connaissons ou non, et pour toutes celles qui les assistent et qui les soignent.

Demandons pour chacun une grâce de paix et d’attention à tous !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 5 février 2023, 5e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 13-16. Livre du prophète Isaïe 58, 7-10. Psaume 111.

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 2, 1-5.

 

La vie d’un prêtre est toujours une vie palpitante, pleine de surprises et de rencontres surprenantes et toujours intéressantes ! Il n’est pas rare que lors de ces rencontres, nous soyons interrogés sur des questions de société, sur la maladie, le monde, sur tout ce que nous vivons ! Beaucoup ressentent que le monde va trop vite et qu’ils n’ont pas le temps de réfléchir suffisamment à ce qu’ils font, pas le temps de profiter aussi de la beauté du monde. 

Souvent j’entends aussi cette question : quel est le sens de notre vie, de ma vie ? Pourquoi sommes-nous sur cette terre ?

Il y a une vérité qui nous échappe parfois, et pourtant … 

La vie est un cadeau ! La vie est un don ! Nous ne sommes pas à l’origine de notre vie ni de la vie sur terre. Ce n’est pas nous qui avons choisi de naitre dans tel ou tel pays ni à notre époque… Ce n’est pas nous qui avons créé le monde ! Nous recevons tout cela !

Le croyant dira avec foi : « Par Dieu, nous recevons tout : la Vie, le monde tel que nous le voyons et le vivons, le Salut, ce projet de vie, la Vie éternelle et les grâces nécessaires pour vivre chacune de nos journées. » 

Bien sûr et nous le savons, nos journées sont toutes différentes ; certaines sont très belles et d’autres plus compliquées. Ainsi va la vie !

Mais ce dimanche, ensemble, en écoutant la Parole de Dieu qui nous est donnée, je trouve que les textes nous parlent de nos actions ; littéralement de ce que Dieu attend de nous !

C’est un peu comme si nous était posée cette question : 

Qu’est-ce que Dieu attend de moi ? Qu’est-ce que Dieu attend de nous ?

Peut-être nous sommes-nous déjà posé cette question ? Alors, pendant quelques instants, je vous propose d’y réfléchir ensemble !

La parole de Jésus est peu banale ; elle est même terriblement audacieuse ! 

Il nous dit « Vous êtes le sel de la terre. […]  Vous êtes la lumière du monde ». 

Vous êtes sel pour la terre, vous êtes lumière pour le monde ! Ce qui importe, c’est l’impact que nous pouvons avoir sur cette terre et notre monde. Tout seul, le sel ne sert à rien. Toute seule la lumière n’éclaire rien.

- Quelle est la fonction du sel ? Il met en valeur la saveur des aliments. Un plat sans sel est fade, sans relief. Le sel relève le goût d’un plat, il permet à tous les ingrédients d’enrichir les saveurs pour réjouir nos papilles. C’est étonnant : un peu de sel, et le repas est un délice. En même temps, trop de sel, et c’est immangeable. Pour être efficace, le sel doit être à la fois présent, mais bien dosé.

- Et quel est le rôle de la lumière ? La lumière révèle la beauté du monde.

Sans lumière le monde est le même, mais dans l’obscurité, on ne peut pas profiter de sa beauté, de ses couleurs, de sa profondeur. Si cette église était dans le noir, nous ne verrions plus rien : plus de visages, plus d’yeux qui brillent… La lumière nous montre combien cette église est belle et que vous êtes uniques ! La lumière révèle la beauté du monde.

Si Jésus nous dit : « Vous êtes le sel de la terre. […]  Vous êtes la lumière du monde ». C’est donc qu’il attend quelque chose de nous, quelque chose de moi ! Mais Il attend quelque chose de mesuré, à la fois fou et subtil, mais bien présent, pour que le monde ait du goût et soit lumineux !

Qu’est-ce que Dieu attend de moi ? Qu’est-ce que Dieu attend de nous ? Avec une question pratique ; comment y arriver ? Quoi faire ?

 

Être sel de la terre et lumière du monde, c’est en fait, une mission essentielle que Jésus nous a confiée.

 En recevant du Cierge pascal, cette lumière lors de notre baptême, en l’accueillant, c’est une mission qui nous est confiée, une mission essentielle et, quelle que soit la puissance de notre lumière (ou du nombre de watts) ; peu importe, pourvue que la lumière soit !

En réalité, cette mission fondamentale découle des « cinq essentiels de la vie chrétienne » ! Ces cinq essentiels nous renseignent sur la vie chrétienne que nous avons à mettre en œuvre de manière équilibrée et vraie pour entretenir notre foi et être de vrais disciples. 

Ces cinq essentiels sont aussi le moteur de notre vie paroissiale ! Alors quels sont-ils ? 

Voici un rapide rappel, ce sont : la Prière, la Fraternité, le Service, la Formation et l’Évangélisation.

Dans lequel de ces cinq essentiels se situe donc « être sel de la terre et lumière du monde » ? C’est plus particulièrement dans l’évangélisation

  • La prière ? On connaît, on sait à peu près ce que c’est et comment ça marche ! Seul ou en communauté, c’est lire la Parole de Dieu, prier les uns pour les autres, les uns avec les autres, pour le monde ; ce soir, en étant réunis, nous faisons une prière communautaire. La prière, c’est aussi être familier de la Bible, seul ou à plusieurs et cela pour le monde. C’est bien ce que font les moines et les moniales, toutes celles et ceux qui sont consacrés comme les Clarisses, les Dominicaines, les Carmélites ou les Chartreux… et bien d’autres communautés en Isère.
  • La fraternité ? C’est presque naturel, c’est humain ! C’est reconnaître que nous, frères et sœurs en Jésus, et plus largement, nous en avons besoin. C’est cette fraternité universelle que les hommes de bonne volonté veulent partager !
  • Le service ? Oui, nous voyons bien de quoi il s’agit ; il faut parfois se forcer un peu, mais on y arrive ! C’est être attentif aux besoins, être à l’écoute de ceux qui nous entourent ! Ce n’est pas forcément simple dans notre société individualiste, mais dans notre paroisse, ce service est visible : je pense par exemple au service Diaconie et Soin avec ces visites aux malades ou dans les EHPAD ! Ou encore avec l’abri saint Luc dans l’accueil de femmes issues de l’immigration pour leur offrir pour quelques jours un lit, un peu de chaleur, un abri, un peu de nourriture !
  • La formation ? L’écoute de la Parole, nous l’avons tous déjà fait au moins un peu, nous avons quelques souvenirs du catéchisme, et nous écoutons bien à la messe, nous partageons la Parole en petits groupes, en fraternités locales… En même temps, nous sommes parfois bien démunis quand les questions sont plus précises ou incisives sur la Trinité, sur les sacrements ! Savons-nous répondre ?
  • Le dernier essentiel est l’évangélisation ! Cela peut évoquer une frilosité ou une réticence !  Pour certains, cela évoque des « gros mots » comme si cela était du prosélytisme, une conversion forcée, ou même de l’endoctrinement… Stop ! Évangéliser, c’est annoncer la Bonne Nouvelle ! Ce n’est pas donner des leçons de catéchisme à chaque personne que l’on rencontre. 

Évangéliser, c’est écouter, entendre le désir, c’est annoncer l’Évangile, qui veut dire bonne nouvelle à des personnes qui, bien souvent, sont en attente. Et cette bonne nouvelle c’est que Dieu nous aime et nous veut du bien. Il nous sauve ! Il a un projet de vie pour nous ! Il a une réponse à nos désirs les plus vrais. Combien de personnes sont un peu esseulées et en recherche !

Pour annoncer cette Bonne Nouvelle, il n’y a pas que les mots. Il y a notre vie entière : la façon simple et vraie de notre témoignage pour qu’il soit reçu !

Évangéliser, c’est témoigner du Christ en vivant, évidemment, ces cinq essentiels.

Alors oui, frères et sœurs, ne soyons pas quelconques, fades comme ceux qui sont sans espérance ! Ayons du goût ! Donnons du goût ! Reflétons la lumière du Christ ! Jésus ne nous a pas dit « soyez nombreux ! », mais plutôt « soyez le sel qui donne du goût, et la lumière qui rayonne ! »  Ne voyons aucune prétention dans cela, c’est le Christ qui le dit de nous !

C’est la petite quantité qui fait toute la différence. Nous le savons : quelques minuscules grains de sel répartis dans un grand plat, et c’est toute la nourriture dont la saveur est exaltée !

Ayons du goût ! Donnons au monde la lumière et le bon goût qui plaît à Dieu ! 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 30 janvier 2023, lundi de la 4e semaine du temps ordinaire. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 5, 1-20. Lettre aux Hébreux 11, 32-40. Psaume 30.

 

 

Avec un peu d’humour, le passage que nous venons d’entendre pourrait s’intituler : exorcisme à la baie des Cochons…

Nous découvrons, ici, quelle est l’autre rive que Jésus veut rejoindre (Mc 4,35). Il entre donc dans le pays des Géraséniens. C’est un pays qui ne connaît pas encore la révélation du Dieu unique. C’est donc un pays non-juif et païen, faisant partie de la Décapole ! La mention des porcs (animal impur) illustre déjà cette différence entre juifs et non-juifs. 

La décision de Jésus est très précise ! Il veut sortir d’un territoire bien connu et s’ouvrir à d’autres espaces, à d’autres populations pour annoncer la Bonne Nouvelle ! Or mystérieusement ici, il n’y aura pas ou très peu de paroles, mais une libération.

En le relisant, ce texte devrait donc nous étonner : Jésus, ne va-t-il pas là-bas pour « évangéliser » ?  Oui, mais à sa manière : évangéliser, pour Jésus, c’est d’abord de « libérer », de libérer de ce qui empêche de vivre : ce peut être l’oreille, les yeux, la bouche, le corps pour pouvoir entrer pleinement dans le message de salut. C’est pour cela qu’Il est venu comme Il le dit Lui-même : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie. » (Jean 10, 10)

La pointe de ce texte est donc la libération de nos multiples emprisonnements, de nos multiples enfermements !

Regarder et comprendre les emprisonnements qui peuvent aliéner l’humain : vivre dans des lieux de mort, être enchainé à… se faire mal à soi-même, être possédé par le mal. Être divisé à l’intérieur de soi : cet homme ne dit pas « JE », il est possédé par des contradictions où la vie se laisse vaincre par la mort.

L’action de la parole de Jésus porte des fruits de libération ! Les preuves en sont ces signes de la vie. Le texte nous en donne quatre : assisvêtusain d’espritêtre avec Jésus comme ce possédé, comme nouveau sens à sa vie.

Les habitants de la ville, eux, ne semblent retenir de ce miracle que la perte de leurs porcs ! Ils ne se réjouissent pas ! Pas de compassion particulière pour la guérison de cet homme possédé ni aucune curiosité à l’égard de Jésus !

Nous assistons alors à un double mouvement :

  • -       Les uns supplient Jésus de partir, qu’Il s’éloigne d’eux ! 
  • -       L’ancien possédé nous dit son désir de proximité avec Jésus ! 

À la demande des habitants, Jésus s'en va, mais Il laisse maintenant derrière lui un témoin.

En conclusion : Jésus a bien chassé le démon (ou la légion de démons) Il a bien libéré le possédé qui désire maintenant le suivre. Le mal a été balayé, réduit à l’impuissance par son autorité. Cependant, malgré le message d’espérance de l’Évangile d’aujourd’hui, une chose reste claire : 

  • -       Jésus ne forcera pas ceux qui ne veulent pas l’accueillir,
  • -       le rappel que la vie d’un homme est bien plus précieuse qu’un troupeau de porcs.

Bonne méditation !

Ainsi soit-il 

Homélie du dimanche 29 janvier 2023, 4e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12a. Livre du prophète Sophonie 2,3 ; 3,12-13. 

Psaume 145. Lettre de saint Paul aux Corinthiens 1,26-31.

 

Chers amis, nous connaissons bien ces huit « Béatitudes » ! Nous les entendons même plusieurs fois tout au long de l’année liturgique. Alors, ce matin, je vous propose un petit exercice : laissons-nous interpeller par les Paroles de Jésus au début de son « Discours ou sermon sur la montagne », des paroles fondatrices qui nous donnent ce qui, pour Lui, est l’essentiel de son message ! 

Ce qui nous frappe tout d’abord, c’est le caractère non seulement percutant, mais un peu à contre-courant de ces Paroles, comme le dit saint Paul quand il parle de la “folie de Dieu“. Peut-être sommes-nous conduits à nous poser cette question : comment peuvent-elles s’appliquer dans le concret, dans le quotidien de notre vie ? Oui, comment et pourquoi ?

En préparant cette homélie, j’ai relu la traduction de ce passage d’évangile par André Chouraqui ! C’est un spécialiste de la Bible, d’origine juive, qui nous en offre une lecture originale.

En effet, il n’est pas toujours simple de traduire de l’araméen, en grec puis dans la langue des différents pays, en français pour nous. André Chouraqui propose, dans une traduction littérale, le mot : « heureux » par : « en marche » au sens de se lever vers, de marcher avec confiance, dans une dynamique qui n’est statique. Quelle belle traduction qui nous donne le goût de relire ces huit béatitudes avec un regard nouveau.

 Relisons donc ensemble ces Béatitudes !

 

- En marche, les humiliés du souffle ! Oui, le royaume des Cieux est à eux !

L’humilité nous permet d’apprendre et donc de progresser. Être humble également, désarme l’hostilité. Nous pouvons entendre dans cette parole que l’humilité est ce qui nous permet d’avancer vers le royaume des cieux. Cela tient au fait que l’humilité, l’esprit de pauvreté, suscite la générosité, la solidarité, et l’entraide. 

 

- En marche, les endeuillés ! Oui, ils seront réconfortés !

Avec les endeuillés, il ne s’agit pas de mort physique, mais de donner une place à l’échec, à l’impuissance que nous vivons tous dans telle ou telle situation. Bien au-delà du précepte : « il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent jamais », la vie est un don, un chemin, et une progression. Il ne s’agit pas de tout arrêter, mais de toujours repartir dans une espérance nouvelle, réconforté et soutenu par celles et ceux qui nous sont proches ! 

 

- En marche, les doux ! Oui, ils hériteront la terre !

Cela se prolonge avec l’évocation les : « doux », autrement traduit par les « bienfaisants ». Les doux hériteront la terre, autrement dit, ils ne mettront pas un terme prématuré à l’aventure; il y a comme une douceur du cœur qu’il nous faut avoir, contrairement à ce qui s’était passé (par exemple en Ex 16) après la sortie d’Égypte avec les Hébreux. Rappelez-vous, après avoir quittés Pharaon, la colère monte en eux contre Dieu. Ces colériques sont finalement morts dans le désert, sans pouvoir entrer en Terre promise. Les doux inscrivent leur action dans la durée contrairement aux colériques qui handicapent toute marche commune !

 

- En marche, les affamés et les assoiffés de justice ! Oui, ils seront rassasiés !

Peut-on passer sous silence la question de toutes sortes de discrimination ? Peut-on passer sous silence les distances abyssales entre les écarts sociaux, la qualité de vie, et même l’urgence sociale, quand on a faim et soif de justice ? La justice n’est pas l’égalitarisme. Ce qui est juste doit être pensé déjà, au regard des responsabilités individuelles et de ce qui est juste pour vivre : être rassasié, ce n’est pas non plus être gavé, mais avoir ce qui est nécessaire pour vivre. Comment agir dans un monde qui connaît le prix de toute chose, mais qui compte pour rien les valeurs aussi importantes que la vie, la vie naissante, la dignité humaine, l’accompagnement des personnes âgées et même le don de soi ?

 

- En marche, les miséricordieux !  Oui, ils obtiendront miséricorde ! 

Les miséricordieux sont ceux auxquels il sera fait miséricorde : cela pourrait donner l’impression d’un « retour sur investissement » qui s’éloigne de la grâce du pardon qui est une dynamique du don ! « Je te pardonne, tu me pardonnes… c’est bon ! On est quitte ! » Si nous espérons être au bénéfice de la miséricorde, alors c’est la miséricorde qui doit nous animer au fond de nous-mêmes. Certes, il y a ici une logique d’équivalence en termes d’éveil ; (par exemple en Mt 13,18) rappelez-vous l’image de la parabole du Royaume qui raconte qu’un semeur est sorti pour semer, et cela sans calculer. Non cette image de la miséricorde n’est pas un investissement limité, ciblé uniquement sur de bonnes terres, ce qui reviendrait à aimer seulement ceux qui sont aimables : Dieu a semé à tout va, sans distinction de terres ! Dieu veut faire miséricorde à tous !

 

- En marche, les cœurs purs ! Oui, ils verront Dieu !

Refuser les pensées mauvaises, le machiavélisme, la manipulation, les rumeurs, voilà ce qui caractérise les cœurs purs. Les cœurs purs sont ceux qui ne font pas écran à l’amour divin, mais qui lui sont perméables. Les cœurs purs ne cherchent pas à garder pour eux l’amour qu’ils ont reçu. Ils diffusent ou irradient l’amour de Dieu sans calcul et peut-être même sans s’en apercevoir ! Peut-être avez-vous déjà rencontré une personne qui, tout naturellement et sans calcul, dit quelque chose de l’amour de Dieu : il en vit et le communique !

 

- En marche, les faiseurs de paix ! Oui, ils seront criés : fils de Dieu !

Est-il besoin de dire que tous les conflits sont des facteurs de drames dans toutes les sociétés ? Les artisans de paix, les médiateurs, les conciliateurs sont autant de personnes qui vont essayer d’éviter les conflits, les tensions, et même les guerres… Loin de refuser les difficultés ou un statu quo, les faiseurs de paix, à la ressemblance du Christ, les fils de Dieu, sont ceux qui créent les conditions pour rendre notre monde plus vivable et plus juste.

 

- En marche, les persécutés à cause de la justice ! Le royaume des Cieux est à eux !

Cette béatitude peut nous troubler ! Voilà à nouveau cette question de la justice aux risques d’être persécutés, au nom de Jésus ! Il ne fait pas toujours bon de dénoncer le mal et d’oser dire la vérité. Va-t-on cesser de tuer le messager ? Non, hélas ! Bien des prophètes, bien des témoins ont été et seront encore persécutés ! Mais frères et sœurs, peut-on se taire pour autant et se croiser les bras ?

Chers frères et sœurs, les Béatitudes constituent donc un programme, un chemin, une clé de lecture, une route pour notre vie… très opérationnelle pour repenser notre quotidien aussi bien dans notre vie sociale, professionnelle ou paroissiale. 

Confrontés à notre réalité, nous pouvons découvrir que les Béatitudes peuvent être à la fois un horizon et un chemin toujours praticable qui nous permet de réinvestir notre présent avec cet élan de grâce qui rend notre humanité plus humaine et plus proche de la Création, telle que Dieu la créée !  

 

Prenons le temps, durant cette journée, de relire ces huit Béatitudes, de les faire nôtres ! 

Demandons la grâce au Seigneur de suivre le même chemin que Lui !

En marche, frères et sœurs !        

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 23 janvier 2023, 3ème semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Marc 3, 22-30. Lettre aux Hébreux 9,15.24-28. Psaume 97.

 

L’évangile de ce jour nous parle d’esprit impur, de Satan, du diable, du démon : la Bible désigne par bien des noms celui qui était le premier parmi les anges de lumière. Ne l’oublions pas : il y a eu révolte et sécession !

Pour désigner le diable, il existe différents noms que nous avons tendance à employer de manière indifférenciée sans trop savoir ce qu’ils signifient, ni à quelle réalité ils appartiennent. L’étymologie de ces noms, issus des Écritures, nous permet de comprendre qui est Satan et quelles sont ses intentions.

Voici les différents noms du diable et leurs différentes significations :

  • ·      Satan : Adversaire ou accusateur, le trompeur.

  • ·      Diable : Diabolos, celui qui divise, le séparateur

  • ·      Démon : c’est un Esprit mauvais et impur qui vient parfois habiter, occuper ou posséder ,

  • ·      Lucifer : Ce nom n’est pas directement dans la Bible ! « Le porteur de la lumière »! Il a été jeté du ciel à cause de son péché, parce que, dans son orgueil, ange rebelle a voulu être comme Dieu.

  • ·      Beelzeboul signifie littéralement « seigneur du fumier ». C’est une allusion à Baal, la divinité phénicienne et philistine dont l’idolâtrie est décriée par les prophètes bibliques. Dans l’Ancien Testament, Baal est une idole, il incarne le faux dieu par excellence.

     Il est intéressant, pour aller un peu plus loin, de relire le premier livre de la Genèse. Il y eut, aux origines, une tentation et un mensonge irrémissible qui sera lourd de conséquences : celui de Satan, dont Jésus dit qu’il « est menteur et père du mensonge » (Jn 8, 44). La conséquence sera cette coupure, cette rupture de la relation vraie, simple et quotidienne de Dieu avec Adam et Eve. 

Alors, à quel jeu pervers se livre Satan ? Il s’efforce d’instiller dans l’esprit de la femme (et plus largement dans l’esprit de chacun) une idée fausse, une idée… satanique. Dieu vous trompe : ne l’écoutez pas ; mangez de ce fruit et vous serez comme des dieux… Satan veut prendre la place de Dieu et nous entrainer avec lui. 

Mettre Satan à la place de Dieu, faire croire que l’action de Jésus est due au diable, nier l’Esprit de vérité par lequel Jésus accomplit sa mission : n’est-ce pas ce que font les scribes et les pharisiens ? « C’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. »

C’est là une démarche satanique qui enferme l’homme dans une prison de ténèbres et l’empêche de reconnaître et de s’ouvrir à la source qui illumine et purifie, c’est-à-dire de s’ouvrir à Dieu Lui-même.

Nous arrive-t-il d’être nous-mêmes tentés par le diable ? Oui, Jésus Lui-même, bien qu'il soit Dieu, a été tenté par le diable. La réaction de Jésus doit être pour nous un exemple : sans se laisser prendre aux pièges de séduisantes et perfides paroles, Jésus a été entièrement fidèle dans un chemin d’obéissance à son Père, dans la confiance en son amour… 

Ne l’oublions pas Jésus est parfaitement vainqueur du diable à la croix, vainqueur de toutes nos « transgressions »(He 9,15), pour notre salut ! Nous sommes, nous aussi, invités à la confiance, à la fidélité dans l’amour de Dieu.

Quelles sont nos armes ? La prière, le chapelet, la lecture de la Parole de Dieu avec fidélité, recevoir et vivre le sacrement de réconciliation de façon régulière : autant de moyens concrets que le Seigneur nous offre afin que nous soyons vainqueurs de celui qui est le père du mensonge.

Demandons cette grâce pour chacun de nous ; sans aucune crainte et sans compromissions, faisons confiance à Dieu en toutes choses !             

                                                    Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 22 janvier 2023, 3ème dimanche du temps ordinaire, année A.

- Dimanche de la Parole -

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 4, 12-23. Livre du prophète Isaïe 8,23b à 9,3. Psaume 26.

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 1,10-13.17.

 

Frères et sœurs, je ne doute pas un seul instant que vous soyez des familiers de la Parole de Dieu et que vous preniez plaisir à la goûter, car c’est une Parole qui donne vie ! 

Nous sommes pratiquement au début de l’évangile de saint Matthieu et, sans doute, connaissez-vous les expressions « vie cachée » et « vie publique » deux expressions qui désignent les deux étapes de la vie de Jésus. Effectivement, pendant trente ans, plus ou moins, mystérieusement sa divinité est restée cachée. Il était simplement un habitant comme les autres de la petite bourgade de Nazareth, le fils du charpentier Joseph et de Marie. 

Sa vie publique commence à partir du moment où Jésus quitte Nazareth et s’en vient à Capharnaüm.

Le Baptême qu’Il vient de recevoir (entendu quelques versets avant), onction de la part de Jean-le-Baptiste, vient lui révéler qu’Il peut se dire le Fils de Dieu comme l'Esprit le lui a fait connaître. Plus encore, les cieux se sont déchirés et la voix de Dieu, son Père, a résonné en affirmant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve toute ma joie ! »

L’évangile d’aujourd’hui, en saint Matthieu, nous fait donc connaître l’endroit où Jésus a commencé sa vie publique. Le choix qu’Il fait de s’installer à Capharnaüm est des plus intéressants et même programmatique de sa mission. 

Peut-être avez-vous eu cette grâce de faire un pèlerinage en Terre sainte et sans doute avez-vous visité cette ville ? On peut y voir la maison de saint Pierre telle qu’elle a été préservée dès le 3e siècle. Cette ville de Capharnaüm qui aujourd’hui est en ruine, mais qu’on visite avec émotion, était au temps de Jésus un véritable carrefour de commerce et d’échanges. Cette ville était très cosmopolite. 

On l'a appelée le « rendez-vous des nations ». Outre les juifs, des Romains, des Syriens, des habitants de la Cisjordanie, de Sion et du Liban… beaucoup de personnes y venaient pour commercer et même certains s’y établissaient. Ce qui fait que nous sommes très loin de l’atmosphère qui régnait à Nazareth, petite bourgade juive où tout le monde se connaissait et où la vie se déroulait sur un rythme marqué par les fêtes juives. Capharnaüm vivait sur une dynamique bien différente. Il y avait sans doute aussi, plusieurs temples voués à différentes divinités. De fait, cette ville devait être un “sacré bazar“ d’où l’expression qu’employait parfois ma maman en entrant dans ma chambre : « c’est un vrai capharnaüm » !

Jésus est conscient de cette diversité ; plus encore, Il la recherche, car elle est aussi pour lui une chance. Il veut porter le message qui est en Lui à toutes les nations. Il se présentera comme Celui qui est attendu par Israël, le Messie, mais déjà, dès les débuts de sa prédication, son regard se porte plus loin, aux périphéries, vers les nations païennes. 

Jésus commence donc sa vie publique sous le signe de l’ouverture, des défis de la rencontre, de la diversité et de l’annonce d’un Royaume différent des autres royaumes de la terre. 

Voilà  rapidement, le portrait de Jésus qui nous est donné ce dimanche. 

À ce portrait de Jésus, s’ajoute une action remarquable qui nous est racontée dans la seconde partie de l’évangile. Il s’agit du récit de la vocation de Pierre et André, de Jean et Jacques, tous deux fils de Zébédée, quatre pêcheurs dont Il fera des « pêcheurs d’hommes ».  

Ce qui est à retenir ici, au-delà de l’appel auquel ces quatre premiers Apôtres répondent avec empressement en abandonnant tout sur le champ, c’est le fait que Jésus décide de les associer à dès le début de sa mission. Jésus, au lieu de se lancer dans sa prédication seul sur les chemins de la Palestine, Il se liera avec ces premiers Apôtres qui seront accompagnés par la suite d’autres Apôtres pour former le groupe des Douze, mais aussi de disciples, hommes et femmes, qui vont le suivre tout au long de son ministère. 

Ce qui est remarquable également, c’est que Jésus n’a pas choisi des gens instruits, des savants ou des riches. Il arrête son choix sur des petits, des pêcheurs, comme plus tard sur un collecteur d’impôt, Matthieu (Marc 2, 13-17), puis sur des amis de ceux-ci, et même des pécheresses comme Marie-Madeleine ou Marie de Magdala (Luc 8, 2), sur des laissés pour compte. Il n’avait pas devant Lui des gens exceptionnels selon les critères mondains d’aujourd’hui.

C’était les représentants d’un monde bien ordinaire qui L’entouraient, mais ce qui est constant et frappant chez ces personnes, c’est leur attachement à JésusIls ont foi en Lui. « À qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle ? »dira saint Pierre à Jésus un jour où presque tout le monde le quittait (Jean 6, 68). Ce choix de Jésus illustre déjà l’essentiel de sa mission, choix qu’Il résumera dans cette phrase capitale : « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19, 10). 

Sommes-nous persuadés que, sans le Christ, nous sommes perdus ?

 

Frères et sœurs, accueillons aujourd’hui le rappel des débuts de la vie publique de Jésus en nous laissant, nous aussi, habiter par un réel désir de Le suivre comme les premiers Apôtres, le désir de nous laisser « interpeller » par Lui. 

Redisons : « oui, j’appartiens au Christ et je ne veux pas de division en moi ! »  (1 Co 1,12) C’est Toi, Seigneur, que je veux suivre ! 

Demandons à l’Esprit Saint de renouveler notre ardeur et notre désir de témoigner de Jésus dans un monde qui a bien besoin de son message d’amour, d’unité, de confiance et de miséricorde. 

Frères et sœurs, voilà ce que nous recevons aujourd’hui, de la Parole de Dieu ; c’est un véritable trésor qui nous est offert ! Alors, prenons le temps de la parcourir, de la méditer, de la goûter et de nous en nourrir ! Laissons-nous habiter par elle et, par notre vie, notre façon d’être, nous transmettrons un peu de cet amour du Christ !

Rendons grâce à Dieu !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du vendredi 20 janvier 2023, vendredi de 2e semaine du temps ordinaire. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 3, 13-19. Lettre aux Hébreux 8, 6-13. Psaume 84.

 

Lundi dernier, je vous ai fait une introduction à cette lettre aux Hébreux. Je vous propose de revisiter ce matin, pendant quelques instants, cette lettre que je vous ai invité à lire en entier en demandant l’aide de l’Esprit Saint ! 

Dans le passage de ce jour, il est question d’Alliance(s) avec Dieu !

Celui qui a été un médiateur de l’Alliance faite avec les fils d’Israël, c’est Moïse. La relation de Dieu avec Moïse a été particulière et ponctuée d’événements comme celui du buisson Ardent, de la Tente de la Rencontre, des 10 commandements…

Mais cette alliance ne leur a pas donné la liberté de s’approcher de Dieu. Ils ont été tellement effrayés au mont Sinaï, qu’ils ont demandé à Moïse d’être un intermédiaire, pour ne pas entendre Dieu leur parler directement (Exode 20. 18-21). Cela peut paraître paradoxal, mais il y avait une crainte ! Cette crainte n’a pas duré longtemps, puisque dès qu’ils ont eu la Loi, ils l’ont transgressée, alors qu’ils s’étaient engagés à la respecter. 

Une nouvelle Alliance était donc nécessaire, pour l’accomplissement des promesses de Dieu. Peut-être vous posez-vous cette question :

 

Qu’est-ce qu’une alliance biblique?

C’est une relation au sens fort, un contrat, mais aussi un don, un arrangement entre deux parties : en l’occurrence, entre Dieu et un groupe de personnes. Ces deux parties ont alors des obligations à respecter.

L’alliance est toujours proposée par Dieu, qui assume ses obligations de plein gré. L’homme les reçoit comme prescrit par Dieu. L’obéissance à Dieu et aux commandements de Dieu, permet de demeurer en relation avec lui. 

Il y a eu plusieurs alliances dans la Bible (avec Abraham, Noé, David…). En fait, elles peuvent être rassemblées en deux catégories : l’ancienne et la nouvelle, qui (à tort) sont souvent mises en opposition.

L’Alliance avec Moïse fait référence. Elle est celle qui avait été contractée avec Israël, au mont Sinaï (Exode 19. 5). Sous cette alliance, la bénédiction de Dieu dépendait de l’obéissance à la loi. L’engagement était scellé par du sang (Exode 24. 3-8). Le contrat a été rompu par la désobéissance de l’homme.

Cette première alliance, pourtant déjà belle, s’est révélée insuffisante. Elle était temporelle et faillible par l’inconstance de l’homme. 

La seconde Alliance (au verset 7 de ce jour) est nouvelle, meilleure et éternelle. Sous cette Alliance, Dieu ne demande rien aux hommes, car toutes les saintes exigences de Dieu sont accomplies dans la personne et l’œuvre du Christ. Elle est également scellée par du sang ! En cela, elle est entièrement basée sur l’œuvre accomplie par le Christ, sur son sang versé à la croix.

 

Les chapitres suivants de cette lettre vont définir que le Christ est le centre de cette alliance. Il en est le garant et le médiateur par le don de sa vie.

 

Cette nouvelle Alliance est aussi la promesse d’un changement intérieur  !

Dieu pourvoit à ce changement en renouvelant notre cœur. Il dit : « je leur donnerai mes lois, je les inscrirai dans leur pensée et sur leurs cœurs. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple ».

Déjà le Prophète Ezéchiel nous l’annonçait (Chp. 36,26) en parlant de Dieu : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai au-dedans de vous un esprit nouveau; et j’ôterai de votre chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair; et je mettrai mon Esprit au-dedans de vous »

Frères et sœurs, par notre baptême et le don de l’Esprit Saint, c’est le Christ lui-même qui écrit dans le cœur des croyants ! C’est toujours par Lui que la bénédiction et l’amour du Père nous sont donnés ! 

Prenons le temps de relire cette lettre !                      

Bonne méditation

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 16 janvier 2023, lundi de la 2e semaine du temps ordinaire. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 2, 18-22. Lettre aux Hébreux 5, 1-10. Psaume 109.

 

Si vous me le permettez, je vais m’intéresser avec vous, aujourd’hui, à cette lettre aux Hébreux que nous allons lire durant plusieurs jours. Avez-vous eu l’occasion de la lire en entier ? Savez-vous que nous n’en connaissons pas l’auteur ? 

Sans doute, a-t-elle été composée par les disciples de saint Paul pour ne pas perdre ce qui n’avait pas encore été mis par écrit de l’enseignement de leur Apôtre. Le style diffère un peu, mais le fond s’accorde bien avec la pensée de saint Paul et de ses écrits ; elle est très intéressante et puissante ! Je vous invite à prendre vraiment le temps de la lire.

Cette lettre est adressée particulièrement aux chrétiens d'origine juive, donc connaissant bien, en principe, la foi, les rites du judaïsme et surtout la promesse de Dieu en la venue du Messie Sauveur. 

Dans le passage d’aujourd’hui, nous pouvons noter deux types de grands-prêtres : 

  • d'un côté, le grand prêtre du culte juif, 
  • de l'autre Jésus, celui d'un culte nouveau.

- Le grand prêtre juif a pour mission de veiller aux relations avec Dieu, et ce, en faveur des hommes. Il a une fonction de médiateur pour les péchés, et il est un pontife, c’est-à-dire un faiseur de ponts entre Dieu et les hommes, entre les hommes et Dieu. Parmi ses fonctions, il y a celle d'entrer une fois l'an, à l'automne, dans la partie la plus sacrée du temple de Jérusalem pour un sacrifice pour les péchés, dans le cadre de la grande fête de Kippour, la fête du pardon. Cela nous rappelle un épisode que nous connaissons bien, c’est celui avec Zacharie qui était le grand prêtre cette année-là. Il entre dans le Saint des saints et il a cette apparition de l’ange qui lui annonce la naissance à venir, celle de Jean. À ce moment-là, Zacharie à cause du doute qu’il formule, devient muet. Ces prêtres sont de la famille d'Aaron, le frère de Moïse, la famille choisie par Dieu, de la tribu de Lévi dont une fonction importante est le culte du temple.

- Jésus est lui aussi présenté comme grand prêtre, mais d'une Alliance Nouvelle, élargie à toute l'humanité. Il n'est pas de la tribu des prêtres juifs. Sa mission prend sa source au sein même de Dieu. 

L'auteur de la lettre l'affirme en citant un vieux psaume annonçant le Messie futur comme étant Fils de Dieu, intérieur à Dieu même : « Tu es mon Fils », avons-nous entendu. Et il ajoute une autre citation du psaume 109 où le sacerdoce de Jésus est dit « de l'ordre de Melkisédek »

Melkisédek est ce personnage mystérieux, qu'Abraham rencontre un jour non loin de Jérusalem. Melkisédek est ‘un roi de justice’, il est roi de Salem (la ‘ville de la Paix’). Il fit apporter du pain et du vin : « il était prêtre du Dieu Très-Haut » (Genèse 14,18s.). 

Ce prêtre du "Dieu Très-Haut", comme Jésus, n'est pas de la tribu sacerdotale. Melkisédek n'appartient même pas au peuple élu ! Mystérieusement, il offre du pain et du vin, offrande annonciatrice et figure de ce pain et de ce vin du sacrifice du Christ, lors de la Cène le soir du Jeudi Saint. 

Cette figure de Melkisédek est reprise dans le Canon romain, la prière Eucharistique n°1 qui évoque « le sacrifice de notre père Abraham, et celui que t’offrit Melkisédek, ton grand prêtre, en signe du sacrifice parfait ». Melkisédek est donc compris, par les Père de l’Église, comme étant une figure de Jésus. 

Cependant, Jésus va plus loin, son offrande, c'est tout Lui-même, toute sa vie. Dans le pain et le vin se trouve réellement toute la personne de Jésus ! Il y a donc continuité et en même temps, une nouveauté entre le sacerdoce de l'Ancien Testament et celui du Nouveau Testament. 

Le sacerdoce de Jésus porte à son accomplissement plénier - à sa perfection - à son sommet, le sacerdoce juif ancien. « Je ne suis pas venu abolir la loi et les prophètes, je suis venu accomplir », dit Jésus (Mt 5,17).

Frères et sœurs, prenons le temps de lire et relire cette lettre aux Hébreux dans son intégralité ! Méditons-là, elle est vraiment remarquable, captivante, inspirante !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 15 janvier 2023, 2ème dimanche du temps ordinaire. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 1, 29-34. Livre du prophète Isaïe 49, 3.5-6. Psaume 39.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 1, 1-3.

 

Comme nous le disions au début de cette messe, lors d’un baptême, il y a un “avant“ et un “après“. L’évangéliste saint Jean nous rapporte d’une manière très particulière le baptême de Jésus au Jourdain. L’évangéliste ne relate pas cette scène, il la fait raconter par la voix du Baptiste. Saint Jean nous invite ainsi à découvrir progressivement, comme à son habitude, le contenu et la qualité de ce témoignage ainsi que la précision de chaque mot.

Jean-Baptiste désigne Jésus par ces mots : « Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Chacun de ces mots est important !

Nous exprimons cette expression plusieurs fois chaque dimanche, lorsque nous célébrons l'Eucharistie. Avons-nous conscience, frères et sœurs, du sens de ces mots, ou les répétons-nous un peu mécaniquement ?

Ce matin, en revisitant quelques passages de l’Écriture Sainte, je vous propose de réfléchir quelques instants pour nous demander ce que signifie cette expression.

 

- Premièrement : « L'Agneau de Dieu » : l'expression fait d'abord référence à des textes importants de la Bible, plus particulièrement à l’Ancien Testament. Le premier auquel je pense, c'est au livre d'Isaïe, au chapitre 53. Je vous invite à relire ce chapitre, où le prophète parle d'un « serviteur de Dieu » et d’un « agneau »

Qui est ce « serviteur de Dieu » ? Parle-t-il de lui-même, du peuple d'Israël, ou du Messie ? Ce qui est saisissant, c’est que quelques siècles avant Jésus-Christ, Isaïe décrit avec une grande précision la passion de Jésus, comme s'il y assistait. Que dit-il ? « Comme un agneau qu'on mène à l'abattoir, il n'a pas ouvert la bouche...Nous l'avons vu, il n'avait ni beauté ni éclat, le dernier des hommes, un homme voué à la souffrance », ou encore : « c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. » (Is 53)

Les juifs connaissent par cœur le livre d’Isaïe. En entendant Jean-Baptiste dire ces mots, ses auditeurs pensent tout de suite au Serviteur de Dieu, c’est-à-dire au Messie.

« Agneau » : l'expression fait également référence à un épisode fondateur de l'histoire sainte : le passage de la Mer Rouge (livre de l’Exode chp. 12). Juste avant de fuir la terre de l'oppression pour passer dans la terre de la liberté (la terre promise), nous nous rappelons comment les Hébreux ont tué un agneau dans chaque famille, en ont pris le sang pour badigeonner les linteaux de leurs maisons, puis, très rapidement en y préparant des herbes amères, ils ont mangé l'agneau. Depuis cette première « pâque », et jusqu'à aujourd'hui, on célèbre toujours le mémorial du « passage » (Pessah) de l’esclavage à la liberté, de la mort à la vie, en mangeant l'agneau pascal.

Pourquoi le rituel juif a-t-il repris cette tradition de l'agneau ? Sans doute, parce que l'agneau est la nourriture habituelle des nomades, mais également parce que l'agneau est le symbole de la victime innocente, et le symbole de la non-violence. Ne dit-on pas, encore aujourd'hui : « doux comme un agneau » ?

En désignant Jésus comme « l'Agneau de Dieu », Jean-le-Baptiste le présente aussi comme quelqu'un qui se place du côté des victimes, qui n’oppose pas de résistance à ceux qui lui volent sa vie. 

Jésus dénonce, par son attitude, toutes les attitudes de violence, d'oppression, toutes les conduites meurtrières et folles de l'humanité.

 

- Deuxièmement, Jean complète l’expression : «Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Là encore, chaque mot est essentiel ! « Qui enlève le péché du monde ».

Cet agneau enlève (ou ‘porte’ selon les différentes traductions) le péché du monde ! Cette expression peut sembler bien étrange : un agneau, petit, faible… vient enlever le poids, la lourdeur des péchés du monde. Le contraste est extrême entre :

  • l’Unique (un agneau) et la multiplicité (les péchés),
  • entre un petit être naissant (agneau) et le ‘vieux’ monde,
  • entre la sainteté de Dieu et les péchés du monde.

Pourtant malgré ces oppositions, une réconciliation et une restauration sont attendues. Enlever les péchés du monde revient à redonner au monde son identité première d’espace (ou de Création) créé par Dieu pour le bien de tous, c’est-à-dire pour toute l’humanité. 

En désignant Jésus comme « l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde », Jean-le-Baptiste reconnaît l’identité et la mission divine de Jésus, Celui qui vient réconcilier le monde à Dieu. Car cet homme n’est pas un simple messie, il est celui qui était avant le baptiste. 

L’évangéliste fait écho ici au Prologue de son évangile affirmant la préexistence divine du Christ, le Verbe, qui était au commencement auprès de Dieu et qui a planté sa tente parmi nous (Jn 1). 

Regardant Jésus venir à lui, Jean reconnaît qui est Jésus et il nous oriente déjà vers la croix, lieu du sacrifice et du Salut ! Cette croix devient le lieu où le Fils révèle l’amour du Père en réponse à son Baptême où le Père révélait son amour pour le Fils !

Cet « Agneau de Dieu » nous renvoie donc à la préparation de la Pâque (Jn 19,14), où l’on sacrifiait les agneaux, jour de la Passion de Jésus. 

Avec ces quelques mots, Jean vient témoigner de l’identité divine de Jésus et de sa mission qui s’accomplira jusque sur la croix pour apporter le Pardon et le Salut.

C’est toute la révélation qui nous est donnée ! Les auditeurs juifs qui étaient sur le bord du Jourdain ont immédiatement saisi le sens de cette annonce. Pour nous qui prononçons ces mots un peu machinalement, il est bon de prendre le temps de retrouver ces fondamentaux, de comprendre ce que nous exprimons et ce que nous vivons, vraiment, à chaque Eucharistie.

 

Un dernier point pour terminer ! 

Sans doute avez-vous remarqué qu’il y a une redondance dans le texte de l’évangile. Celui qui vient de désigner Jésuscomme l’Agneau de Dieu, déclare aussitôt : « Je ne le connaissais pas ». Le baptiste affirme même par deux fois son ignorance ; une insistance n’est jamais anodine dans la Bible. Il y a un message très concret que nous devons entendre ! Peut-être sommes-nous un peu troublés par cet aveu, en raison de l’évangile de Luc qui fait du Baptiste un cousin de Jésus (Lc 1,36) !

Le Baptiste ne connaît pas Jésus avant qu’Il vienne à sa rencontre. Il a raison ! Il faut la voix du Père pour que Jean-le-Baptiste puisse véritablement comprendre et rendre témoignage. Il faut que le ciel s’ouvre, que l’Esprit Saint descende pour que Jean comprenne que « oui » : Jésus est bien Celui que nous attendons et qu’Il est le Messie annoncé par les prophètes. Il a fallu que Jean-le-Baptiste entende la voix du Père pour qu’il devienne le porte-parole de Dieu ! La Parole de Dieu apparaît comme incontournable pour connaître Jésus, l’Agneau de Dieu, celui qui annonce un baptême dans l’Esprit Saint.  

Je termine donc par cette question : finalement, nous-mêmes, quand nous prononçons ces paroles lors de la messe, comment le faisons-nous ? Comprenons-nous vraiment qui est Jésus pour moi ? Ou encore, et c’est plein d’espérance :avons-nous fini de découvrir qui est Jésus pour moi ? 

Si nous avons un peu de temps, comme je l’espère, relisons le chapitre 53e d’Isaïe  ainsi qu’Exode 12, reprenons les textes de ce jour ! Tout cela va s’éclairer autrement dans notre intelligence et notre cœur.

Bonne méditation 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 13 janvier 2023, vendredi de la 1ere semaine du temps ordinaire. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 2, 1-12. Lettre aux Hébreux 4, 1-5.11. Psaume 77.

 

Après une longue pérégrination en Galilée, nous voilà donc de retour à Capharnaüm, dans la maison de saint Pierre. Cela aurait dû être, dans cette maison, un temps de vie simple, familial, un temps de repos bien mérité aussi, après avoir tant marché et effectué plusieurs guérisons. 

En réalité, il en sera autrement. 

Jésus est donc de retour à Capharnaüm et aussitôt, le bruit court qu’Il est dans la maison de Simon-Pierre. Tant de monde s’y rassemble qu’il n’y a plus de place, pas même devant la porte ! Là, Jésus leur « annonçait la Parole » nous dit saint Marc.

Imaginons la scène ! La maison, le petit patio, la cour devant la maison… Cependant, la maison galiléenne n’est pas si grande. Régulièrement, à chaque passage de Jésus, l’endroit est pris d’assaut. Cette maison devient un lieu de rassemblement où Jésus enseigne, parallèlement à la synagogue. Combien sont-ils, ce jour-là ? Sans doute nombreux à s’y entasser, avides d’écouter le Maitre !

En utilisant le verbe, « se rassembler », saint Marc ne désigne pas une file d’attente de curieux ou de malades espérant un miracle, mais des hommes et des femmes venus d’abord pour L’écouter, écouter sa ParoleMais, le fait est là : il n’y a plus de place !

Nous connaissons bien ce passage : arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes. Comme ils ne peuvent l’approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus du lieu où se trouve Jésus et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé. Nous voyons presque la scène tellement la description est réaliste ! 

Cette opération n’est pas passée inaperçue ! Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. »

Il existe de nombreuses interprétations de cet évangile. Ne risquons pas de réduire cette personne paralysée à son handicap, ni à un désir de guérison qui est, à ce moment du récit, peut-être, plus le nôtre que le sien. 

Nous aimerions, sans trop attendre, un petit miracle supplémentaire ! 

Mais, à bien y regarder, ne serait-ce pas autre chose qui motive ces cinq personnes ? 

Saint Marc nous a précédemment avertis : la foi véritable naît de l’écoute féconde de sa Parole et non d’une croyance en ses seuls miracles. C’est également ce que nous avons entendu dans la première lecture de la lettre aux Hébreux. 

Jésus, voyant la foi de ces hommes, nous montre qu’ils s’inscrivent dans la dynamique du règne et du Salut. Ils ont entendu la Parole de Dieu ; peut-être veulent-ils tout simplement la faire entendre à cet homme paralysé ? Comme de vrais disciples de Jésus, leur témoignage de foi devient visible dans le service de la charité.

Cette personne paralysée n’a-t-elle pas aussi le droit d’écouter la Parole et d’entrer ainsi dans la foi ? La mission des disciples n’est-elle pas justement d’amener vers Jésus ces personnes que les fragilités et les blessures laissent à la porte, quitte à franchir audacieusement bien des barrières et des obstacles ou des toits ?

Chers frères et sœurs, quelle est notre mission ? Amener les personnes à Jésus pour qu’elles entendent sa Parole ? Encore faut-il que nous soyons, nous-mêmes, pétris de cette Parole ! 

Prenons-nous le temps de la lire autrement que lors des eucharisties où nous en écoutons seulement de courts passages ? Prenons-nous le temps de la goûter véritablement, car c’est une Parole qui nous fait entrer dans une foi renouvelée, elle nous fait revivre, elle nous fait renaître et pardonne à celui qu’il appelle déjà, mon enfant !     

Demandons la grâce, ce matin, d’avoir ce désir renouvelé d’écouter, de lire la Parole de Dieu !       

                                                       Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 9 janvier 2023, fête du Baptême du Seigneur. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 3, 13-17. Livre du prophète Isaïe 42, 1- 4.6-7. Psaume 28.

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 3, 2-3a. 5-6.

 

Hier, dimanche, nous avons vécu une belle solennité où les Mages sont venus se prosterner devant notre Seigneur. L'Épiphanie (mot qui signifie « manifestation » ou « révélation »), ne se limite pas à la visite des Mages qui adorent l'Enfant Dieu aux lueurs de l'étoile. Aujourd'hui, ce baptême, qui est aussi une Épiphanie, nous parle par la parole de Dieu : « Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, en qui j'ai mis je trouve ma joie. » Par exemple : les noces de Cana sont tout autant une épiphanie que l'adoration des mages et le baptême au Jourdain.

Jésus est plongé par Jean-le-Baptiste dans l'eau et Il en ressort. Ce mouvement, signe du baptême primitif, est l'image de sa mort (plonger) et de sa résurrection (sortir). L’eau est à la fois, un signe de vie (elle est nécessaire), mais, elle est aussi, signe de mort : un lieu où nous pouvons nous noyer. 

À l’époque de Jésus, l’eau avait aussi ce côté obscur et trouble. Au moment où Jésus ressort de l’eau, à la lumière :« Les cieux s'ouvrirent et il vit l'Esprit de Dieu descendre sur lui »

Le monde de Dieu n'est plus fermé et lointain. Il est visible et accessible en Jésus. L'Esprit relie le ciel à la terre et la terre au ciel. Par Jésus, par son acte d’humilité, la communication entre Dieu et les hommes est, à nouveau, rétablie et possible.

Le baptême nous donne l'Esprit Saint pour connaître Dieu, vivre de lui, le communiquer, comprendre le projet de salut qu’Il a pour chacun de nous. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé
en qui je trouve ma joie. » 
: ce sont les mots du Père exprimant sa relation aimante et joyeuse à Jésus et lui assignant sa mission. Cette même parole de bénédiction a été prononcée définitivement sur chacun de nous et pour toute notre vie, au jour de notre baptême.

La célébration du baptême du Seigneur renvoie donc à notre propre baptême. Le baptême, jour de notre naissance en Dieu, nous faisant filles et fils par adoption du Père, sœur et frère de tous dans l'Esprit Saint. 

Non seulement Jésus est enfant de Dieu, mais nous le sommes, nous aussi. Nous sommes aussi témoins d'une nouvelle création, témoins de la tendresse et de la miséricorde du Père pour les enfants : pour ses enfants que nous sommes. 

Cela veut dire qu'à la suite de notre baptême, nous sommes invités à rendre témoignage à Jésus en paroles, mais surtout en actes. Le baptême nous immerge dans la vie de Pâques et fait de nous des créatures nouvelles. En effet, il n’est pas anodin que dès le début de l’Église, les baptêmes avaient lieu à un moment précis, lors de la nuit de Pâques, au moment de la résurrection de Jésus.

Chers frères et sœurs, le baptême nous donne le Christ pour passer avec Lui continuellement :

  • de la mort à la vie, 
  • du péché à la sainteté, 
  • de l'égoïsme à l'amour.

En cette Solennité, rendons grâce à Dieu pour notre baptême !

Recevons ce cadeau de l’amour de Dieu, choisissons cette Vie en Dieu ! 

Frères et Sœurs, c’est bien ce témoignage de l’amour de Dieu, que nous pouvons donner ensemble !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 8 janvier 2023, solennité de l’Épiphanie du Seigneur. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 2, 1-12. Livre du prophète Isaïe 60, 1-6. Psaume 71.

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 3, 2-3a. 5-6.

 

Chers amis, nous connaissons bien ce récit qui commence comme un beau conte oriental !

Voilà des Mages bien savants et surtout des sages attentifs qui ont vu apparaître une étoile peu ordinaire !

Précisons que ces Mages sont non-juifs, et ne sont pas des rois ; ils sont surtout des chercheurs de Dieu, des chercheurs des mystères de la Création ! Audacieux et déterminés, ils se mettent en route ! Cherchant leur chemin, ils demanderont même où se trouve le roi des Juifs qui vient de naître. 

La question qui les habite au plus profond d’eux-mêmes pourrait se traduire ainsi : « Où est le Seigneur-Roi ? »

N’oublions pas que l’évangéliste saint Matthieu relate, ici, un message d’universalité. 

Ce message d’universalité est déjà présent dans la première lecture, tirée du Livre d’Isaïe. Ce message nous enseigne que tout homme et toute femme de bonne volonté, qui cherche sincèrement le bien, la justice et la paix, peuvent se reconnaître chez ceux qui espèrent et marchent vers la lumière.

C’est le même message que l’on retrouve dans la seconde lecture, tirée de la lettre de saint Paul aux Éphésiens, où il annonce cette bonne nouvelle que : « toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. »

Depuis le début de l’humanité, et aussi loin que nous pouvons remonter dans le temps, l’homme porte en lui, cette recherche et cette interrogation métaphysique : « Où es-tu, Créateur du monde ?Pourquoi suis-je ? Où est notre Dieu ? Et qui est-il ? » Mais si ces mages de l’évangile se sont mis en route, c’est en vérité pour répondre à l’initiative toujours première de Dieu. C’est bien là, le sens évident de l’étoile : c’est toujours d’abord Dieu qui se met à la recherche de l’homme, qui lui lance, un premier, un appel et lui indique un chemin ! 

Avec Dieu, il n’est pas question de races, de classes, ni même de sainteté. Dieu appelle tous les hommes : quels que soient leur continent, les blancs, les jaunes, les noirs, les riches et les pauvres, les pécheurs et les justes. Sans demander une soumission quelconque, l’invitation est pour tous ! Libre à chacun de se mettre en route ! Mais tous peuvent trouver, s’ils le souhaitent, une place dans la caravane des mages.

 

Deux constats s’imposent :

- L’audace est nécessaire ! Ne faut-il pas être un peu fou pour partir ainsi à l’aventure, comme jadis Abraham, Moïse, Marie, Joseph et bien d’autres encore ? 

- Nombreux sont appelés, beaucoup portent en eux-mêmes cette interrogation, mais peu y répondent ! Combien d’hommes, au temps des Mages, ont remarqué et suivi l’étoile ? Dieu n’est-il pas le laissé-pour-compte de nos emplois de temps trop chargés ? L’étoile de Dieu ne disparaît-elle pas dans les paillettes jetées par notre société !

Ce qui est certain, heureusement, c’est qu’il existe toujours des chercheurs de Dieu, des sages assoiffés d’infini, assoiffés de Dieu ! À vous tous, j’adresse un grand merci d’être là, ce soir.

Si Dieu nous indique une route, il faudra donc, aussi notre détermination ! 

Cela est important, car ces mages ne sont pas restés bien assis dans leur fauteuil, enfermés dans leur science, dans leurs connaissances ou dans leurs dogmes. Ils se sont mis en marche. Ils se sont déplacés avec les risques inhérents à tout voyage, et particulièrement à leur époque. Ils sont entrés dans une route qui n’était pas toute tracée d’avance. 

Par exemple, lorsque les Mages arrivent à l’entrée de Jérusalem, l’étoile va disparaître. Pourquoi l’évangéliste nous le précise-t-il ? Peut-être qu’une grande ville bruyante peut éteindre la lumière de Dieu ! Loin de baisser les bras, ces Mages interrogent alors Hérode puis les prêtres par une question capitale :

Où est-il ce roi qui vient de naître, dont nous avons perdu la trace ?

Je termine sur cette question qui est posée : elle est importante et capitale ! Elle résume en fait, la quête de beaucoup de nos contemporains ! Et même, à certains moments : n’est-ce pas aussi notre question ?

  • « Où es-tu, Seigneur ? » Les Mages T’ont trouvé sous les traits d’un enfant. Peut-être devons-nous Te chercher tout simplement sous les traits des plus faibles, des plus pauvres, dans la fragilité d’un enfant, comme des personnes âgées, bref, de ceux qui ont besoin d’amour ou tout simplement d’une présence. 
  • « Où es-tu, Seigneur ? » Élie, le prophète T’avait trouvé non pas dans la tempête ou le vent, mais « dans le murmure d’une brise légère. » (1R 19) Dieu se cherche et se trouve dans le silence, dans la prière qui est d’abord une écoute. 
  • « Où es-tu, Seigneur ? » Les Mages T’ont trouvé à Bethléem qui signifie la « maison du pain ». Et là, ils t’ont trouvé réellement dans cette mangeoire, annonce du pain de l’Eucharistie !
  • « Où es-tu, Seigneur ? » L’homme est fondamentalement un chercheur, mais a-t-il encore le goût, cette audace et cette sagesse, dans notre société si souvent en manque de repère et d’écoute, d’entendre ton appel ?

Comment donner la soif et le goût de Dieu aux hommes qui les ont perdus ? Avec humour, j’emprunte cette image au prêtre dominicain Jacques Loew : « Comment faire boire un âne qui n’a pas soif ? » (Jacques Loew dans « Paraboles et Fariboles »)

Comment donc faire boire cet âne tout en respectant sa liberté ? Est-ce qu’on le force, on le contraint, on le soumet ?

Vous connaissez, sans doute, la réponse ! Il s’agit de : « Trouver un autre âne qui a soif et qui boira longuement, avec joie et volupté, au côté de son congénère ! »

Chers frères et sœurs, réjouissons-nous de cette merveilleuse histoire si inspirante et si actuelle. Humblement, devenons ces mages ou ces sages – et pourquoi pas ces ânes - assoiffés de Dieu, qui seront pour les autres comme une étoile qui leur donnera l’envie d’en faire autant !

Un dernier point : après avoir bu et goûté la présence de Dieu, ne repartons pas comme nous sommes venus ! Repartons par un autre chemin en devenant disciples de Jésus !

Voilà, chers frères et sœurs, notre joie de ce jour !

Les Mages nous montrent le chemin ; puissions-nous humblement prendre leur suite pour aller vers le Christ !                                                                                                                                           

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 6 janvier 2023, vendredi avant l’Épiphanie. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 1, 7-11. Première lettre de saint Jean 5, 5-13. Psaume 147.

 

Frères et sœurs, comprenons-nous vraiment la mission de Jean-le-Baptiste et le formidable élan de conversion qu’il a suscité dans le peuple hébreu à son époque ? Sa prédication musclée, sa figure prophétique ont bouleversé de nombreuses personnes.

Tous ceux et toutes celles qui se décidaient à changer de vie, à vivre une réelle conversion et à faire à Dieu toute sa place, venaient à la rencontre de Jean pour se plonger dans les eaux du Jourdain en signe d’un renouveau intérieur, et se faire baptiser. 

Cet élan est remarquable et il est particulièrement souligné par les évangélistes. C’est au milieu de ces foules que Jésus arrive au bord du Jourdain !

Volontairement et bien que sans péché, Jésus Lui aussi, vient se faire baptiser par Jean.

Nous assistons, à cet instant, à la double action d’une solidarité qui nous dépasse ! 

  • Jésus a donc inauguré sa vie publique par un acte d'humilité et de SOLIDARITÉ avec les hommes qu'Il vient sauver, 
  • et c'est ce moment-là que Dieu le Père a choisi pour manifester au monde sa SOLIDARITÉ et sa proximité avec son Fils.

En remontant de l'eau nous dit saint Marc, Jésus voit le ciel se déchirer et l'Esprit, comme une colombe, descendre vers Lui.

Au même instant, accompagnant cette venue de l'Esprit qui Le désigne, une voix venant du ciel, la voix de Dieu, se fait entendre en disant : "Tu es mon Fils Bien-aimé, en toi je trouve toute ma joie !".

Rappelons-nous : la communication avec Dieu, le Père, avait été rompue par le refus de nos proto-parents Adam et Ève. Le ciel avait été fermé : voilà qu’il s’ouvre à nouveau ! Nous entendons la voix du Père et l’Esprit Saint nous est donné. 

Jésus qui entend, le Père qui parle, l'Esprit qui descend :

dès la première page de l'Évangile de saint Marc, 

c'est la Trinité sainte qui se manifeste !

Déjà au baptême, c'est le mystère de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, qui commence à se révéler.

Au moment même où Jésus accepte avec humilité ce Baptême de conversion, au moment même où Il fait cet acte de devenir frère parmi les frères, Dieu le Père exulte ; c’est une joie au ciel ! Dieu le Père le fête comme son Fils, son Bien Aimé, Celui qui est source de toute joie.

 Cela nous renvoie à notre propre baptême, car c’est cette même joie du Père qui nous est donnée ! C’est cette même joie indicible lors de chaque baptême célébré ! Joie dans le cœur du baptisé et joie dans le cœur de Dieu !

Quelle est le motif de la joie profonde du Père et du Fils ? Saint Jean nous le rappelle dans la 1re lecture : « pour que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui mettez votre foi dans le nom du Fils de Dieu. »

Chers amis, comprenons-nous cela ? Comprenons-nous que cette invitation nous dépasse ?

C'est bien de cela que l'Esprit-Saint témoigne aujourd'hui dans l'Église : c'est tout le mystère de Jésus qui nous sauve pour que nous ayons la Vie éternelle, de Noël au Cénacle, du Baptême à la Croix, de la mort à la Vie ! 

Oui, le désir et la joie de Dieu, c’est que nous soyons avec Lui pour toujours !

Prenons le temps de méditer ces paroles toute cette journée.                                                                                                               

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 2 janvier 2023, lundi avant l’Épiphanie. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 1, 19-28. Première lettre de saint Jean 2, 22-28. Psaume 97.

 

Chers amis, nous sommes aux premiers jours de l’année 2023, et déjà, l’évangile veut stimuler notre curiosité, elle veut nous “titiller“, comme pour nous dire de ne pas entrer dans la routine ! Ne soyons pas passifs, mais audacieux ! Soyons attentifs à ce qui se passe !

Loin de nous alanguir dans une digestion difficile ou de ronronner sous la couette, nous quittons la crèche pour faire un bon de 30 années ! Nous nous retrouvons à « Béthanie, de l’autre côté du Jourdain. » Jean est là.

La foule s’interroge et on parle de lui : 

« As-tu vu Jean, celui qui baptise ? As-tu rencontré Jean ? »

De plus en plus, à Jérusalem, les croyants les plus lucides, les plus sincères, n'avaient que cette question à la bouche Qui est-il donc s’il n’est ni le prophète Élie, ni le Prophète annoncé ? Jean, intriguait par son style de vie, par son ascèse, par la vigueur de sa parole qui appelait à une vraie conversion. 

 Des prêtres et des lévites viennent officiellement poser à Jean cette question : « Qui es-tu ? », et surtout : « Que dis-tu de toi ? » Cela dit, ils expriment aussi une véritable attente. Encore aujourd’hui, le peuple Hébreu est dans l’espérance du Messie, tout entier dans cette disponibilité : « Si tu es le Messie attendu, tu dois en avoir conscience ! Si tu es Élie, ou un prophète … attendu pour la dernière ligne droite de l'histoire du monde, dis-le-nous franchement ! »

La réponse du Baptiste est étonnante : « Je ne suis qu'une voix ». Non pas la Parole définitive, mais une voix, une alarme, un cri qui surprend, un cri qui touche et fait se retourner. Et son message est un programme de vie en reprenant simplement, mais essentiellement l’annonce du prophète Isaïe : « Aplanissez dans le désert le chemin du Seigneur. »

Frères et sœurs, nous sommes encore à quelques jours de la Crèche et le monde a besoin de nouveaux Jean-Baptiste ! Notre temps a encore et inlassablement besoin d’entendre la voix de témoins enflammés de Dieu !

Pour cela, nous sommes invités :

  • à raviver la FOI reçue à notre baptême !
  • à demander la Grâce et le renouvellement de la force de l’Esprit Saint en chacun de nous, pour nous-mêmes, notre famille et pour notre communauté.

Le baptême que donnait Jean dans les eaux du Jourdain était simplement un rite d'éveil, de repentir, de conversion au sérieux de la foi. Jésus, Lui, vient plonger les hommes et les femmes dans l'Esprit Saint, qui est la force efficace de Dieu. 

Tous ceux et toutes celles qui remontent, ruisselants de cette plongée dans l'Esprit Saint, sont recréés à l'image de Dieu et fortifiés pour la marche à la suite de Dieu !

En ce premier jour de l’année, nous sommes invités à entendre cette voix tonitruante de Jean qui appelle à la conversion et ensemble, frères et sœurs, soyons ces témoins audacieux, ces disciples missionnaires pour cette nouvelle année 2023 !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du dimanche 1er janvier 2023, solennité de sainte Marie, Mère de Dieu. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 2, 16-21. Livre des Nombres 6, 22-27. Psaume 66.

Lettre de saint Paul aux Galates 4, 4-7.

Journée mondiale pour la paix

 

Chers amis, voici une nouvelle année qui commence ! Comme moi, vous avez déjà sans doute reçu une multitude de textos, d’appels téléphoniques qui, par vos smartphones, vous ont apporté plein de vœux amicaux !

Une nouvelle année est toujours un moment particulier. 

De quoi l’année sera-t-elle faite ? Quels événements se produiront dans nos vies personnelles : des joies, des rencontres, un mariage, des naissances, de belles réussites professionnelles, des mutations ; sans doute vivrons-nous aussi des maladies, des deuils, des moments difficiles. 

Quels seront les événements dans le monde ? Comme nous l’espérons tous, peut-être une paix en Ukraine, une prospérité, une remontée économique… peut-être, hélas aussi, des affrontements, des guerres… Que sais-je ?

Ce n’est pas le temps, ce matin, de jouer aux devins et de se lancer dans des pronostics, si ce n’est d’espérer le meilleur pour notre monde ! 

L’invitation est plutôt d’établir dans quel état d’esprit, dans quelle disponibilité de cœur… nous allons vivre cette nouvelle année, car tout changement commence par changer soi-même !

Les textes de la Parole de Dieu d’aujourd’hui nous seront des plus utiles parce qu’ils nous donnent une direction, un sens et un objectif. Je le redis : tout changement commence par changer soi-même !

De fait, ces textes nous orientent vers nos racines chrétiennes : la promesse de Dieu, la décision de quitter nos esclavages, de vivre de cette liberté d’enfants de Dieu, découvrir qui est le Père et son projet de vie…

Notre désir de vivre une année nouvelle de façon satisfaisante, apaisée, respectueuse… est une intention bonne et souhaitable qui redit notre réelle espérance !

Mais désirer vivre une année nouvelle de cette façon, devrait aussi nous décider à laisser tomber ce qui nous appesantit, ce qui nous contraint, ce qui peut nous emprisonner… pour nous conduire à laisser entrer un peu d’air nouveau et frais dans notre quotidien. 

Dans certains pays, il existe même une tradition surprenante : le 31 décembre est le jour où l’on jette par les fenêtres, tout ce qui est vieux et usagé : meubles, vêtements… (il n’est rien dit de ce qui est fait des conjoints ou des enfants ; LOL)

Concédons que la méthode est radicale et pas très écologique, mais ces gens n’ont peut-être pas totalement tort, dans le fond, de marquer ainsi un changement bienvenu.

Il est encourageant et utile de regarder en avant avec des yeux neufs quand commence une nouvelle année. Mais comme nous le proposent les textes des lectures de ce matin, ce regard tourné vers de nouveaux horizons ne doit pas nous couper de ce qui fait ce que nous sommes et pourquoi nous sommes dans cette église. Il ne s’agit pas de rejeter ou de se couper de ses racines : de son baptême, de son histoire, de ses responsabilités.

Comment alors garder ces liens avec ses racines ? N’est-ce pas notre important défi pour cette nouvelle année ! Pour cela je vous invite à laisser de côté les enjeux politiques bien réels qui, sans doute, peuvent nous préoccuper, et à éviter de nous laisser entrainer dans des chemins de traverse qu’objectivement nous  nous ne voudrions pas !

Regardons plutôt, ce matin, la question du point de vue d’une personne disciple de Jésus, c’est-à-dire de chacun de nous, de moi, de toi, de nous qui sommes réunis dans cette église.

Pour les chrétiens que nous sommes, la foi est un don de l’Esprit Saint reçu à notre baptême et redynamisé par les sacrements, la prière, la lecture de la Parole de Dieu, par une charité active… 

Les exemples de vies de saints nous montrent que notre cheminement chrétien, même s’il est parsemé parfois d’embuches et de chutes, est toujours possible ! Parmi tous les saints, celle qui a une place particulière est la Vierge Marie !  Nous sommes invités à nous laisser animer et habiter par sa présence toute maternelle. Elle n’est pas la 4e personne de la Trinité ! Elle est comme nous ! Mais par son « Fiat » à Dieu, par son « oui » à l’ange, guidée par l’Esprit Saint, elle n’a de cesse de participer au projet de Salut du Père et de tout son cœur de mère, elle nous conduit à son Fils ! 

La mission de Marie est de nous montrer comment être à l’écoute de la parole de Dieu, de tourner notre regard vers son Fils !  Elle est, comme nous le chantons régulièrement, « la Première en chemin » ! 

C’est aussi ce que cette fête mariale : « Marie, Mère de Dieu » nous permet d’intérioriser. 
 

Jésus est bien le « fils, né d'une femme », comme le dit saint Paul. Comme il le proclame dans le reste de la deuxième lecture, nous sommes, nous aussi, des fils et des filles de Dieu, et comme Jésus, nous avons Marie pour Mère. 

C’est à la Croix que saint Jean reçoit Marie : « Voici ta mère ! » (Jean 19, 26).

Pour le manifester avec plus de force, le concile Vatican II a proclamé « Marie Mère de l’Église ». Elle est aussi notre mère à chacun d’entre nous. Elle est la mère de l’Église parce qu’elle a donné au monde Celui qui vivifie l’Église et qui remplit nos vies. 

Marie est toujours aux côtés de son fils. Nous pouvons la vénérer de façon simple, par exemple : par la récitation du chapelet, par la récitation de prières comme le « Souvenez-vous » ou par diverses invocations comme celle-ci : « Marie, priez pour nous qui avons recours à vous ». Oui ! Marie intercède pour chacun de nous !

Par l’intercession de la Vierge Marie, que cette nouvelle année soit remplie pour chacun, d’une réelle détermination chrétienne dans un cœur apaisé pour percevoir dans notre quotidien, les joies simples, vraies et charitables ! En faisant ainsi, nous devenons, à l’exemple des bergers au matin de Noël, des annonciateurs du projet de Salut de Dieu ! 

N’oublions pas que nous sommes héritiers de la promesse de vie éternelle avec et par le Christ ressuscité. N’oublions pas, non plus, que Dieu en ce début d’année, veut notre bonheur, notre bien et la paix. C’est pourquoi nous entendons cette antique bénédiction :

Que le Seigneur te bénisse et te garde, Qu’il fasse pour toi rayonner son visage,

Que le Seigneur, te découvre sa face, te prenne en grâce et t’apporte la paix.

Demandons ce matin pour chacun de nous, pour cette année, cette grâce et cette paix !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du samedi 31 décembre 2022, 7e jour dans l’octave de Noël. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Première lettre de saint Jean 2, 18-21. Psaume 95.

Messe d’action de grâce pour l’année 2022.

 

 

Chers frères et sœurs, nous sommes au terme de l’octave de Noël (il y a une semaine, jour pour jour, nous étions ici même en train de célébrer la naissance de notre Sauveur), et nous sommes aussi au terme de cette année 2022 et à la veille d’une nouvelle année 2023 !

L’Église, en ce dernier jour de l’année, nous invite à revenir au cœur du mystère de l’Incarnation en méditant, à nouveau, le Prologue de saint Jean, que la liturgie nous avait déjà proposé dans la joie du jour de Noël. 

Ce jour-là, nous avions contemplé la Lumière du Verbe illuminant notre monde plongé dans la nuit. Le Verbe vient pour tous, sans distinction pour toutes les femmes et tous les hommes, mais à tous ceux qui ont faim et soif de vérité, Il donne de renaître de l’Esprit, afin de devenir enfants de Dieu. 

Aujourd’hui, cet Évangile nous éclaire, à nouveau, sur le projet de Dieu. Reconnaissons qu’à certains jours, par l’agitation du monde, par nos nombreuses activités, nous pouvons oublier ce que la naissance de Jésus, l’Incarnation de Dieu, suppose comme Amour, comme puissance de Vie, comme projet de Salut… pour chacun de nous et pour le monde ! Il est vrai qu’à certains jours, nous pouvons oublier l’éclairage de Dieu sur notre vie et être, parfois, dans l’obscurité, un peu perdus !

À Noël, notre temps inaugure une nouvelle Création. C'est le temps du Verbe qui annoncera le temps de l’Église, le temps de l’Esprit-Saint, ce temps qui est le nôtre, aujourd’hui. Le Verbe, nous redit le Prologue de saint Jean « était » dans le monde depuis toujours, mais il devait venir dans notre histoire et notre temps. Dieu qui avait déjà parlé par la création tout entière avait annoncé sa venue par les Prophètes. 

« Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous ! » Maintenant, Il est vraiment présent dans notre humanité. Sa Parole retentit, et dans cette Parole, par le don de l’Esprit-Saint, Dieu, en Jésus se dit tout entier. Il nous dit qui est le Père et quel amour Il a pour chacun de nous. 

Frères et sœurs, ce qui a commencé en cette nuit de Noël, c’est cette extraordinaire espérance qui illumine le monde chaque jour, depuis presque 2000 ans. 

Alors oui, une année se termine ! Une nouvelle année commence, nous allons entrer dans l’année 2023 ! Que sera-t-elle ? Elle sera passionnante et parfois déconcertante ! Que serons-nous ? Sans être extérieur aux contingences de notre monde, notre avenir est sans cesse ouvert et réouvert ! Il ne se fera ni par la force ni par la violence, ni par le pouvoir, ni même par la richesse. Si nous le décidons, nous serons habités d’une vie tellement puissante que nous traverserons tout ; y compris tous les bonheurs et toutes les peines ! Y compris la mort et toutes nos petites morts !

C’est là – et pas ailleurs – qu’est la source de notre joie. Une joie qui grandit à chaque fois que nous courons vers la lumière, la joie confiante, profonde et calme de ceux qui choisissent de s’associer à cette œuvre de vie.

Il nous revient, frères et sœurs, dans le temps de cette nouvelle année, à travers les plus ordinaires de nos choix et de nos décisions, par notre façon d’être et de réagir, d’être porteurs de cette paix et de faire basculer la nuit du monde vers la lumière. 

À travers ce que nous sommes, bien humblement, nous pouvons changer le monde ! Cela pourrait paraître désuet et improbable, pourtant, rien n’est impossible à Dieu, si nous entrons dans son projet ! Tout peut changer peu à peu, nos familles, notre paroisse, notre diocèse, notre pays… comment ? Par notre prière, par notre témoignage, notre charité… 

Dans ce travail de recréation, nous ne serons jamais seuls. Le Seigneur l’a promis, Il nous bénit, celui qui, de Noël à Pâques nous a donné sa vie.      

Demain, 1er janvier 2023, nous demanderons l’intercession de la Vierge Marie et nous entendrons cette bénédiction très ancienne (livre des Nombres Chap 6) :

 

Que le Seigneur te bénisse et te garde, qu’il fasse pour toi rayonner son visage,

Que le Seigneur te découvre sa face, te prenne en grâce et t’apporte la paix.

 

Frères et sœurs, demandons pour chacun de nous, cette grâce, cette paix et la bénédiction du Seigneur pour tous les instants de notre vie !                                                                      

Ainsi soit-il !

Homélie vendredi 30 décembre 2022, fête de la Sainte Famille. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 2,13-15.19-23.

Livre de Ben Sira le Sage 3,2-6.12-14 Psaume 127.

 

Avec Jésus, la famille prend un sens tout à fait nouveau. De la Sainte Famille, nous savons peu de choses sinon qu'elle était sans grande richesse. Joseph était un simple ouvrier artisan. Quand je dis « sans grande richesse », c’est que, par exemple lorsque Marie et Joseph présentent leur fils au Temple selon la coutume, elle offre, non pas l'agneau des riches, mais les deux tourterelles des pauvres.

Par sa confiance en Dieu, cette famille modeste s’ouvrira rapidement, comme une fleur s’épanouit en ouvrant ses pétales, à la grande famille des disciples de Jésus, à la grande famille des nations. Ainsi, la Sainte Famille s’élargit à toutes les familles de par le monde dans l'amour universel qu'elle partage avec son fils.

Il me semble capital, important, de réinsister sur le sens véritable de la famille, sur son originalité. De comprendre aussi l’incroyable : Dieu, en Jésus, a besoin d’une famille ! Retenons qu’il y a là un message important adressé à toutes les générations, pour notre temps !

C'est dans cette perspective qu'il nous faut situer nos familles humaines d'aujourd'hui. Elles sont le lieu où nous grandissons. C'est là que, normalement, les enfants reçoivent les valeurs structurantes de l'amour, de la confiance, du service, de la spiritualité et de la foi en voyant leurs parents prier. Dans beaucoup de familles, cette mission est remplie avec une grande et belle générosité. 

Tristement, ce n'est pas le cas partout, nous en faisons le constat autour de nous ! Nombreux sont les couples qui se disloquent, parfois pour peu de choses, par un manque d’accompagnement ou de formation. Je suis frappé aussi, en ces temps de Noël, de voir des familles déchirées, les frères et sœurs, les parents et enfants qui restent fâchés à vie. Même en ces temps de Noël, nombreuses sont les familles qui sont confrontées à d'autres problèmes parfois très lourds, le chômage, la précarité, le surendettement, la maladie…

La Sainte Famille ne sera pas épargnée par les difficultés. Elle sera malmenée comme de nombreuses familles qui sont éprouvées par les épreuves de la vie ! Dans bien des cas, la foi et l’espérance seront un soutien solide !

Jésus de Nazareth nous redit que la famille est un lieu de formation indispensable, mais qu'elle remplit bien son rôle lorsqu'elle enfante à la société et à la grande famille de tous les peuples, ceux qu'elle a reçus en son sein. 

Si nous le voulons bien, l’exemple de la Sainte Famille sera toujours pour nous, un soutien pour apprendre à être des artisans de paix, d'unité et de réconciliation. Quel que soit l’état de nos familles, notre mission de chrétiens, à l’image de la Sainte Famille, est de construire cette unité, cette capacité de service, de confiance, de prière.

Avec la Sainte Famille, lieu de tous les combats, les puissances du Mal n'auront pas le dernier mot. Par cette eucharistie, nous sommes invités à prier pour toutes les familles, celles que nous connaissons et celles qui se construiront tout au long de l’année 2023, pour les familles en difficulté que nous pouvons aider par la prière. Remarquons en cette église Saint-Louis, accrochées à ces deux grands arbres de prières, les intentions qui implorent une réconciliation, une guérison ou expriment une action de grâce!

Je pense tout particulièrement, ce matin, aux couples de fiancés qui vont recevoir le sacrement de mariage, charge à nous de leur proposer une solide formation pour que le « oui » qu’ils vont prononcer le jour de leur mariage soit compris, réitéré, sublimé… pour que leurs familles deviennent de familles saines et saintes.

Frères et sœurs, voilà ce que nous recevons en ce jour particulier. 

Rendons grâce aussi pour nos familles, nos parents, nos frères et sœurs !   

Que Dieu soit béni !                                                                                      

Ainsi soit-il 

Homélie lundi 26 décembre 2022, fête de saint Étienne. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 10, 17-22. Livre des Actes des Apôtres 6,8-10 ; 7, 54-60. 

Psaume 30.

 

La liturgie de l’Octave de Noël reste surprenante ! Nous sommes encore dans la joie - la Joie de Noël - et quasiment, sans transition, nous expérimentons le martyr et la folie des hommes ! 

Cette folie est-elle terminée ? Non, hélas, elle demeure encore !

Devant les épreuves que connaissent actuellement l’Europe et de nombreux pays dans le monde, nous pouvons nous surprendre à dire à Dieu, dans notre prière : « Seigneur où es-tu ? Pourquoi ta venue en notre chair n’a-t-elle pas changé notre humanité et le cœur des hommes ? »

L'Évangile d'aujourd'hui nous répond en nous replaçant devant deux certitudes :

·      Le Seigneur Jésus continue de nous envoyer dans notre monde en attente, pour témoigner : «  il y aura là un témoignage pour eux et pour les païens … ne vous inquiétez pas » ...

·      Le Seigneur sait que la mission dépasse nos forces : il sait que nous sommes démunis, mais Il nous assure que : « ... mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. ».

Mission risquée, mission dangereuse, mission impossible aux hommes seuls… mission qui ne devient pensable qu'avec la force de Dieu, avec la force de l’Esprit Saint !

Si nous regardons le rapport des forces uniquement du point de vue humain, il y aurait de quoi désespérer : brebis au milieu des loups, nous risquerions d’être battus d'avance. Car, nous le savons : « L’homme est un loup pour l’homme !»

Pourtant, chaque jour, comme au premier jour, le Christ nous redit : « Je t’envoie ! »

La première lecture nous présente saint Étienne, premier martyr. Il était, comme nous l’avons entendu dans les Actes des Apôtres : « plein de la grâce et de la puissance de Dieu » ! Sa sagesse laissait sans voix ses auditeurs : « l’Esprit Saint inspirait ses paroles ! ». 

Il sera le premier à aller jusqu’au bout du témoignage en faveur de Jésus, non seulement en paroles, mais en actes !

Saint Étienne nous montre jusqu’où va le don de soi, le don de sa vie et son corollaire : le pardon. Par la parole, celle qu’il donne en remettant son « esprit », et par la vision qu’il a au moment de mourir : il donne tout librement. La porte d’entrée vers Jésus passe par là !

En fait, le martyre d’Étienne ne vient donc pas troubler la paix de Noël. Il nous enseigne que le Verbe s’est fait chair par sa vie donnée, pour pardonner et pour nous apprendre à pardonner. Telle est la volonté du Père qu’il vient accomplir. 

Est-ce possible ? Oui, nous dit saint Matthieu, « ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous ». Nous n’avons pas à nous demander si aurons la force et les mots du pardon : Dieu lui-même l’accomplira en nous. 

Laissons faire Dieu par son Esprit en nous ! 

Par là, Il accomplira lui-même son dessein en nous et pour l’humanité.

Que dire à Jésus ? Quelle consigne nous donne cet enfant désarmé de la crèche pour cette confrontation avec le monde du refus, monde de violence, monde de l’indifférence ?

« Ne craignez pas... courage ! N’ayez pas peur ! »

« Ne nous laissons pas voler la joie de Noël ! »

N’ayons pas peur au point de nous laisser assombrir par le défaitisme ambiant et une désespérance qui, de fait, n’est pas chrétienne !

Choisissons ensemble et personnellement, d’être les témoins joyeux du Verbe fait chair.

Voilà ce que nous entendons au lendemain de Noël, encore tout entier, dans la joie de la naissance du Sauveur ! Demandons cette grâce pour chacun de nous, ce matin, pour nos communautés, pour nos familles et pour le monde !                                                                                                                                                                                                                                              

Ainsi soit-il !

 

Homélie messe de Noël (jour), dimanche 25 décembre 2022. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Livre du prophète Isaïe 52, 7-10. Psaume 97.

Lettre aux Hébreux 1, 1-6. Messe du jour.

 

 

Chers amis, merci pour votre présence, paroissiens habituels ou inconnus ; bienvenue dans cette église Saint-Louis, soyez chez vous !

Savez-vous que cette messe de 10h - messe du jour de Noël - est, en réalité, la troisième messe de la Nativité que nous célébrons pour faire mémoire de la naissance du Sauveur. 

Au moins, trois temps sont donc nécessaires pour entrer progressivement dans ce mystère !

Au cœur de la nuit de Noël, où véritablement, la lumière est apparue ; Celui qui se présentera aux hommes comme « la lumière du monde », est né. 

Mystérieusement, cette naissance n’est pas annoncée aux « connaissants », aux puissants ou aux dignitaires, mais aux pauvres, aux bergers. 

- Hier soir, lors de la messe de la veillée de Noël, avec les familles et les enfants qui étaient très nombreux - avec une assemblée nombreuse, nous avons commencé la célébration dans la pénombre d’une nuit froide de Bethléem et les yeux des enfants étaient tout brillants! Nous avons entendu le récit émouvant de cette Naissance et nous nous sommes réjouis en chantant « Douce nuit » et « Il est né le divin enfant » ! Nous avons surtout découvert, au cœur de cette nuit, le visage de Dieu dans cet enfant de la crèche : visage de lumièrevisage de paixvisage d’un petit enfant, en tout point semblable à nous, tout en étant le Fils de Dieu.

- Avec la deuxième célébration - la messe de l’Aurore - l’évangile nous a conduits, au petit matin à la crèche avec les bergers qui avaient entendu le message des anges. Ils ont trouvé Marie et Joseph avec le nouveau-né déposé dans la mangeoire. Ils ont adoré le Seigneur et, émerveillés par cette rencontre, ils sont repartis au petit matin pour aller annoncer alentour cette bonne nouvelle de la naissance de cet enfant. 

- Avec cette messe du jour (donc, la troisième), nous sommes appelés, tout en contemplant Jésus déposé dans une mangeoire, à prendre un peu de hauteur, à découvrir son identité et le sens de cette Naissance. 

Pour quoi cet Enfant-Dieu est-il venu dans notre humanité ? 

C’est la raison pour laquelle nous entendons le Prologue, c’est-à-dire le début de l’évangile selon saint Jean. Ce Prologue est une préparation et un prélude à la Bonne Nouvelle de la venue de Jésus. Il nous invite à la méditation, à la contemplation pour découvrir réellement le sens de l’évènement que nous avons fêté cette nuit. 

 

Sommes-nous au clair sur cette question ?

Pour moi, ce fils engendré en Marie par la puissance de l’Esprit Saint, finalement, qui est-Il pour vous ? Les réponses pourraient être très diverses, car, aujourd’hui dans notre société égocentrée, instantanée, consumériste… cette fête a été vidée de son sens premier.

Le prologue de St Jean nous redit des choses absolument extraordinaires et capitales pour entrer dans le mystère de cette naissance ! 

Cet Enfant Jésus qui est la Parole du Père, qui vient prendre chair en Marie dans la puissance de l’Esprit Saint, est réellement le fils de Dieu. Or, cet enfant qui est Dieu lui-même, a participé – nous dit l’évangéliste – à la création du monde : « sans lui, rien n’a été fait ». Ce tout petit enfant est véritablement tout-puissant. Avec Lui, la « Lumière du monde », arrive dans notre humanité presque sans bruit et sans éclat ! L’extraordinaire de Dieu nous rejoint dans l’humilité d’une famille qui semble démunie de tout confort. Comme pour marquer ce contraste, l’évangéliste ajoute que cette lumière donnée au peuple préparé depuis des générations à la venue du Messie (toute l’espérance du peuple hébreu !), cet enfant qui est pourtant la Lumière, n’a pas été reçue. Le monde ne l’a pas reconnu. 

Peut-être pourrions-nous constater la même chose aujourd’hui !

Tout le paradoxe, toute la pédagogie de Dieu sont déjà présents à la crèche !

 Et cette pédagogie, reconnaissons-le, nous déconcerte vraiment ! Comment Dieu, qui est Dieu, peut-il prendre notre condition humaine et venir à nous dans la pauvreté d’une étable ? Nous pensions Dieu omnipotent et tout-puissant, mais nous le découvrons dans le regard d’un enfant ! Qui peut craindre un bébé ? Nous pouvons rêver de puissance et de domination, Dieu veut nous faire découvrir qu’il a pour chacun un projet de Vie, jamais déconnecté de notre humanité ! 

À Noël, nous ne sommes pas dans un conte de fées. Nous y contemplons le mystère : celui de l'Incarnation : Dieu fait Homme ! Les apparences ne sont pas trompeuses en ceci que le Verbe éternel prend, à son compte et sans tricher, l'humanité telle qu'elle est : avec ses joies et ses peines, avec la vie naissante et la mort !

Je le redis autrement : lorsqu'Il vient la remplir de sa présence, le Verbe ne fait pas voler en éclats notre humanité. Il vient y faire sa demeure en la respectant, et toujours sous la forme d’une proposition : « Veux-tu ? ». Là, le Prologue nous invite donc à prendre un peu de hauteur !

Il le fait pour que nous aussi sachions habiter ce corps mortel qui est le nôtre, comme des hommes et des femmes qui ont leurs vraies racines dans le cœur de Dieu, dans l'éternité. 

Il ne s’agit pas une éternité abstraite dont on ne saurait trop que faire, mais au contraire une éternité que l'on peut traduire comme une plénitude de vie, une plénitude d'amour.

Le Verbe vient habiter notre humanité aux prises avec le péché, avec la mort, pour la rendre à elle-même. On appelle cela le Salut.

Là est la raison de la venue de Jésus ! Jésus vient nous montrer le ciel, pour nous faire entendre avec sa voix d’homme, l’amour de Dieu le Père !

Ce que ce mystère de Noël vient nous révéler, c’est que Dieu n’a jamais voulu rien d’autre pour chacun d’entre nous, que nous vivions dans son amour et que le projet du Père est de nous faire vivre dans l’éternité.

Si nous acceptons de placer notre confiance dans ce tout petit Enfant qui vient nous sauver à travers sa vie, si nous suivons son enseignement, alors nous découvrirons l’amour du Père pour chacun d’entre nous. C’est ainsi que nous parviendrons à vivre dans la justice, la paix et l’espérance pour que de vraies relations fraternelles puissent exister entre tous nos frères et sœurs humains.

Chers amis, voilà donc la réalité de Noël !

Il y a donc urgence, frères et sœurs, pour que nous soyons des chrétiens crédibles : devenons, tels les humbles bergers de la crèche, audacieux et capables d’aller à la rencontre de ceux qui ne connaissent pas encore la véritable mission de l’enfant de Bethléem, pour témoigner humblement, autant par notre manière de vivre que par nos paroles, de l’amour du Père.

Si trois célébrations nous sont proposées pour mieux comprendre le mystère de Noël, c’est que nous avons besoin un peu de temps pour vivre notre rencontre personnelle avec le Christ. C’est Lui qui donnera cette certitude que notre salut et notre avenir sont en notre Dieu trois fois saint !

 

Ainsi soit-il !

 

Homélie du vendredi 23 décembre 2022, 4e semaine de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 57-66. Livre du prophète Malachie 3, 1-4. 23-24. Psaume 24.

Messe de l’aurore.

 

Chers amis, une chose que nous avons perdue, peut-être oubliée, est l’étymologie des prénoms ! Bien souvent, nous sommes incapables de savoir ce que signifient nos prénoms !

À l’époque de Jésus, chaque prénom était choisi avec attention. Par exemple :

- Jean (hébreu Yōḥānān) signifie « Dieu fait Grâce » !

- Zacharie (hébreu zekharya(h)) est un prénom qui signifie « Dieu se souvient ». 

Comme Zacharie, dans de nombreuses situations, nous avons un réel besoin de faire mémoire, de recul et de silence !

Zacharie a eu besoin de silence. 

Neuf mois ! Neuf mois de silence et de prière. Zacharie a eu beaucoup de temps pour penser au plan de Dieu. Il a exprimé le fruit de sa contemplation dans son Cantique (Luc 1, 68-79) que nous entendrons demain (samedi 24 décembre) !

Il avait sans doute besoin de ce temps de silence et de prière pour approfondir le mystère et la mission de son fils, Jean. L’Esprit Saint a parlé à son cœur pendant ces longues heures de silence et l’a aidé à comprendre ce que ni les maîtres ni les livres ne pouvaient lui enseigner. Sans doute aura-t-il compris le plan de Dieu sur sa vie et sur celle de son fils et bien sûr les conséquences sur l’avenir du peuple Hébreu. 

Pour être sensible aux inspirations de l’Esprit Saint, (pour nous, il est important de le comprendre), il faut faire silence dans son cœur. Silence pour distinguer la voix de Dieu au cœur du brouhaha et des multiples autres voix du monde qui tentent d’étouffer la parole du Seigneur.

Du silence de Zacharie, nous pouvons passer au silence de Marie. Il nous reste encore deux jours pour contempler le silence de Marie, alors qu’elle attend la naissance de son Fils - la naissance de Dieu fait homme. Quel mystère ! 

Marie a-t-elle dû, sans doute, s’éloigner de l’agitation des rues, de l’animation de la place du marché, pour réfléchir au Plan de Dieu ! Elle trouve, avec Joseph, refuge dans une simple grotte ; juste la simplicité de la paille et la présence de quelques animaux : humilité du Christ devenu homme. 

Posons-nous ces questions, ce matin : que sera ce Noël pour nous ? Ferons-nous silence ? Arriverons-nous à prendre un peu de temps de recul, un temps de prière, un temps de contemplation ? Tout cela dans l’attente devant nos crèches, de l’Enfant Jésus ?

Je n’oublie pas le silence de celles et ceux pour lesquels Noël sera vécu difficilement dans une solitude contrainte et une certaine tristesse ! Pour eux, c’est le silence de la famille ou de la fraternité, du voisinage, qui creusera le manque !

Je sais que pour de nombreuses personnes, ce prochain week-end sera rapide, intense, bruyant ! Sans doute aussi un peu épuisant, sans trop de repos pour être disponible à tous !

Frères et sœurs, nous avons un défi : au cœur de toute cette agitation, j’aimerais que l’on puisse « se pauser », se « poser » un peu, prendre quelques minutes à l’écart ! Peut-être aujourd’hui, essayer de faire silence, de prendre le temps du silence et de la contemplation, couper tout ce qui est « amplification du bruit » « Générateur de bruits » ! 

C’est la grâce que nous pouvons demander ce matin pour chacun de nous, humblement ; faire silence en nos cœurs !                                                                                                                                         

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 19 décembre 2022, 4e semaine de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 5-25. Livre des Juges 13,2-7.24-25a. Psaume 70.

 

Chers amis, je vous invite vraiment à prendre le temps de méditer cette page d’évangile que nous venons d’entendre et à la mettre en parallèle avec la première lecture. De fait, nous connaissons bien l’Annonciation à Marie, nous avons entendu l’Annonciation à Joseph (c’était hier, Dimanche). Voilà que nous entendons maintenant une autre annonciation, celle faite à Zacharie qui annonce la naissance de Jean le Baptiste. 

C’est à Zacharie, son père, que l’ange Gabriel vient l’annoncer. L’évangile nous précise que Zacharie et sa femme Élisabeth étaient des justes. Ils étaient de lignée sacerdotale et ils suivaient fidèlement les commandements de Dieu. Une précision est apportée : ils étaient déjà avancés en âge.

Zacharie et Élisabeth ne sont pas épargnés par les épreuves et les souffrances de la vie : en particulier, ils n’avaient pas d’enfant, car Élisabeth était stérile et c’était, pour eux, une peine profonde. 

À la différence de Marie et de Joseph, quand l’ange vient annoncer à Zacharie qu’il sera bientôt père, il ne croit pas. Il doute de la parole de l’ange ! Pourquoi ? Il bute très simplement sur une réalité : sa femme et lui sont déjà vieux et Élisabeth est stérile ! Comment est-ce donc possible ?

Zacharie, tout prêtre qu’il est, a un regard excessivement humain. Il ne fait pas battre son cœur au rythme de la foi, en l’amour providentiel de Dieu. 

Zacharie est prêtre du Très-Haut, officiant dans le temple en présence du Seigneur.

Il est désigné, pour cette année (et c’est un honneur), comme thuriféraire et porteur de l’encens dans le Saint des saints ! Et pourtant, il est pris en défaut au niveau de sa foi en la réalisation de la promesse divine. 

On peut être un homme ou une femme irréprochable au niveau religieux, et être pourtant mal croyant. Cela peut nous surprendre ! Nous pouvons avoir des signes de piété, venir régulièrement participer à l’eucharistie, et être pourtant mal croyants.

Cette mise en garde vaut aussi bien sûr pour nous : nous croyons certes que Jésus est né comme nous allons le fêter dans quelques jours, qu’Il est ressuscité des morts et qu’Il est vivant pour les siècles ; mais lorsqu’il s’agit d’intégrer ce mystère dans nos vies, nous hésitons !

Finalement, d‘une certaine façon, Zacharie est notre jumeau. Que ce soit à l’écoute de la Parole de Dieu ou devant ses silences, il nous arrive de douter, de manquer de confiance… de ne pas comprendre les plans de Dieu pour le monde et pour moi. 

Comme Zacharie, nous pouvons souvent être lents à comprendre la volonté de Dieu dans nos vies. 

Frères et sœurs, nous sommes seulement à quelques jours de la Nativité, demandons la grâce de la foi pour savoir accueillir de la part de Dieu tout ce qui nous semble humainement irréalisable. 

Seigneur, Toi qui es le Dieu de l’impossible et qui nous étonnera toujours, rends nos cœurs dociles à tous les mouvements de ta grâce ! Puissions-nous nous émerveiller sans cesse de ta présence en nos vies ! 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 18 décembre 2022, 4e dimanche de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 1, 18-24. Livre du prophète Isaïe 7, 10-16. Psaume 23.

Lettre de saint Paul aux Romains 1, 1-7. 

 

Cet épisode de l’évangile de saint Mathieu pourrait aisément s’appeler « l’Annonciation à Joseph ». Nous connaissons bien d’autres annonciations dans la Bible (par exemple celle du message à la femme de Manoah dans le livre des Juges qui annonce la future naissance de Samson, ou encore celui que nous entendrons dans la liturgie de demain, qui annonce à Zacharie, la naissance de Jean le Baptiste). Celle que nous connaissons bien sûr le mieux est « l’Annonciation à Marie par l’ange Gabriel » racontée par saint Luc, et la réponse de la Vierge Marie : « qu’il me soit fait selon ta parole ! » 

Chers amis, en ce 4e dimanche de l’Avent, nous entendons ce récit où Joseph est dans une situation difficile, de grande perplexité et de doute : il vient de découvrir que sa fiancée, Marie, est enceinte après avoir passé trois mois chez Élisabeth, sa cousine. C’est alors que Dieu intervient !


     Je vous invite, durant quelques instants, à regarder de plus près cette « Annonciation à Joseph » et ce songe mystérieux !
            Déjà, gardons en mémoire que les songes dans la Bible ne sont pas des rêves ! Il existe plusieurs sortes de songes ; ce sont par exemple, celui de Jacob où il voit une échelle sur laquelle les anges montent vers le ciel et en descendent (Genèse 28, 12-16) ou celui de saint Pierre à Jaffa qui s’interroge sur les aliments défendus ou permis aux nouveaux baptisés (Actes 10, 10-16). Les songes sont toujours reliés à des interventions de Dieu.


            C’est ce qui arrive dans le cas de Joseph. Ce songe, par la réponse qu’il apporte, est riche d’enseignements. 


         L’évangile de ce jour nous montre les questionnements, le bouleversement et même la déception du futur époux. En effet, c’est un homme juste et il réfléchit à ce qu’il doit faire : faut-il renvoyer sa future épouse, alors qu’elle est enceinte, et qu’il n’est pas le père de ce bébé ? Sans aucun doute, Joseph aime Marie et ne souhaite pas lui nuire, mais…quelle est la juste décision ? Nous pouvons parfaitement comprendre ce bouleversement !


          C’est alors que l’intervention divine prend la forme d’un ange qui lui apporte ce message : 

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle, vient de l’Esprit Saint. Elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire Le Seigneur sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » 

Chaque mot que Joseph entend a une portée incroyable ! Le message ne peut être plus clair ! L’ange dit de Marie : « Ton épouse » ! Il s’adresse aussi à lui en le nommant : « Joseph, fils de David ». Joseph sait et il comprend l’attente de son peuple qui attend depuis plusieurs siècles, le Messie promis, le nouveau David.

En Joseph, nous avons donc un homme rempli de foi en Dieu et soucieux de répondre positivement au projet de Dieu. Quoique de façon obscure et sans vraiment tout comprendre, il perçoit l’Action de l’Esprit Saint en Marie. C’est pourquoi, sa réponse est rapide et nette : « il prit chez lui son épouse. » 

Cette Annonciation nous redit l’enracinement dans la foi du Peuple élu et sa confiance inébranlable en la promesse de Dieu !

La décision de Joseph nous éclaire aussi, car elle nous enseigne deux choses très importantes à propos de ce grand mystère de l’Incarnation de Dieu fait homme. 

La première regarde l’origine divine de cet enfant que porte Marie. Sa conception est l’œuvre de l’Esprit Saint. Joseph n’est pas le père de cet enfant ! Son parcours futur n’est pas connu de Joseph ni de Marie, comme c'est le cas de tous les parents qui accueillent un enfant. Que sera cet enfant ? Mais tous deux font confiance à Dieu dans un abandon extraordinaire, car ils reconnaissent l’action de Dieu dans ce qu’ils vivent. 

- En conséquence, et c’est le deuxième point, ils permettent à Dieu de prendre chair dans un corps humain. C’est le versant humain du mystère de l’Incarnation : Jésus-Christ, parfaitement Dieu et parfaitement hommeCette révélation est inouïe et continue à surprendre encore nos contemporains !

Ces deux réalités, la réalité divine et la réalité humaine, ne font pas seulement que coexister en Jésus, elles sont intimement reliées au point que l’une ne va pas sans l’autre. Lorsque je regarde l’enfant de Marie :

  • Je peux voir son fils formé en elle dans sa chair et inséré, par l’acceptation de Joseph qui épouse Marie, dans une lignée humaine à laquelle il se rattache. 
  • Je vois aussi le Fils de Dieu qui vient parmi nous comme l’un de nous, le Verbe de Dieu fait chair. 

Frères et sœurs, nous sommes à quelques jours de la fête de la Nativité du Sauveur. Ce temps de l’Avent est une invitation à suivre le même chemin de foi de Joseph et de Marie. Ils ont vécu tous ces mois d’attente, où l’Enfant-Dieu s’est développé dans le sein de Marie, dans la joie de voir enfin sa frimousse à Noël ! 

Nous avons, nous aussi, à nous émerveiller devant cet enfant ! Ne trouvez-vous pas surprenant que tous les médias, les magasins, les centres commerciaux soient capables décrire en grand « Noël » et d’oublier complètement le sens réel de cette fête !

Bref, Joseph et Marie, malgré des questionnements légitimes, ont gardé intacte une confiance dans le projet de Dieu. Alors, suivons leur exemple et demandons au Seigneur de nous aider à surmonter nos doutes, nos hésitations, afin de nous réjouir, nous aussi, dans l’accueil de la naissance du fils de Dieu, en notre cœur, en notre vie !

Voilà ce que nous recevons en ce 4e dimanche de l’Avant. Puissions-nous prendre, cette semaine, le temps de méditer pour nous préparer à cette incroyable vérité : la venue de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, cet Enfant qui vient nous sauver !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 16 décembre 2022, 3e semaine de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 5, 33-36. Livre du prophète Isaïe 56,1-3a.6-8. Psaume 66.

Messe de l’aurore.

 

« Je parle ainsi pour que vous soyez sauvés ! »

J’étais cette semaine, avec les enfants du catéchisme. Nous avons échangé sur Noël ! Nous avons parlé de toutes sortes de préparatifs, et aussi de confessions pour préparer le cœur de chacun des enfants. Nous avons bien échangé sur Noël, sur cette fête. J’ai écouté !

Nombreux sont les enfants que l’approche de Noël fait rêver. Certains comptent les jours, découvrent un calendrier de l’Avent, construisent la crèche… Dans certaines familles, ils prennent aussi le temps de prier ensemble ! Cela est très beau !

Au plus profond d’eux-mêmes, ils pensent, sans doute, aux cadeaux qu’ils ont demandés ou espèrent recevoir (certains m’ont même remis une liste à remettre au père Noël !). Ils sont nombreux aussi à anticiper la réunion des familles, la joie de revoir les cousins et les cousines… Il est touchant de remarquer la place que peut prendre chez eux le désir qui grandit et qui mobilise leur imaginaire. Leur capacité d’imagination est grande ! 

Certains, sans peut-être le savoir vraiment, ont soif de Jésus et d’absolu de Dieu ! Les plus grands savent très bien que le père Noël reste un argument commercial dans notre société de consommation, mais que Jésus, Lui, nous offre bien plus que des cadeaux éphémères ! Ils ont en eux naturellement cette capacité de Dieu ! Je note aussi que beaucoup, même si les cadeaux font peut-être rêver, ont au fond d’eux-mêmes, un désir de paix et d’amour dans une famille unie, stable, apaisante.

Sans infantilisme, il me semble que le Seigneur attend de nous que nous apprenions à Le désirer avec la ferveur et l’enthousiasme d’un enfant.

Pour chacun de nous, posons-nous cette question ! Demandons-nous quelle place le désir de Dieu peut prendre dans notre vie spirituelle. Que désirons-nous de la part du Seigneur ? Quelle est notre demande humble, vraie, simple que nous adressons au Seigneur pour nous, notre famille, pour le monde ? Au-delà des grâces que nous recevons, le don de Dieu est dans cette assurance du Salut !

« Je parle ainsi pour que vous soyez sauvés ! » nous redit Jésus dans cet évangile !

Que notre désir de Dieu et de ses bienfaits grandisse en nous en cette période de l’Avent ! Qu’il soit loin de tout caprice d’enfant gâté, loin de tout fanatisme ou sottise de celles et ceux qui croient savoir mieux que Dieu lui-même ce qu’il leur faut ! 

C’est l’invitation que nous adresse la liturgie de ces jours : le verset « alléluiatique » (entre les deux alléluia) commence par un verbe qui redit ce « désir ». Nous entendons : « Viens Seigneur ! » et nous allons le réentendre tout au long de cette semaine. 

Viens Seigneur en notre vie, en notre cœur !

C’est à l’exigence de notre désir de conversion et d’espérance joyeuse que se mesurera la vérité de notre attente du Sauveur et de notre soif de vivre en Lui.

Frères et sœurs, en cette « messe de Rorate », avec une âme d’enfant, demandons de grandir dans notre désir de Dieu.

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 12 décembre 2022, 3e semaine de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 21, 23-27. Livre des Nombres 24,2-7.15-17ab. Psaume 24.

 

Rapidement, quel est le contexte de la scène qui se déroule dans l’évangile que nous venons d’entendre ?

Jésus est depuis plusieurs jours dans le Temple de Jérusalem ! Il enseigne, mais Il enseigne apparemment sans permission et Il attire les foules qui viennent l’écouter. Surtout, sa présence intrigue et dérange : il vient de chasser les vendeurs en expulsant tous ceux qui vendaient et achetaient dans le Temple ! Plus étonnant, Il guérit des boiteux et des aveugles et la foule d’enfants crie : « Hosanna au fils de David ! » Nous sommes donc dans un contexte messianique très fort !
C’est alors que les chefs des prêtres avec les anciens du peuple, autrement dit les autorités religieuses et civiles, qui composaient le Sanhédrin, viennent demander compte à Jésus de la liberté qu'Il prend : « Par quelle autorité enseignes-tu ici ? Qui t'a donné cette autorité ? » La réponse de Jésus est immédiate !

Quelle habileté ! C’est sans doute notre réaction spontanée ! Il s’en sort bien. L’échappatoire est judicieuse !

Mais il y a beaucoup plus qu’une habileté dans ce récit. La question posée à Jésus, au vu de ses enseignements et de ses actes de puissance est bien la vraie question : « Par quelle autorité fais-tu cela et qui t’a donné cette autorité ?» 

Cette question est assez proche de celle que Jésus lui-même va poser à ses disciples : « Pour vous qui suis-je ? »Même pour aujourd’hui, nous constatons encore que les réponses ne sont pas unanimes.

Cette interrogation posée par Jésus sur le Baptême de Jean en est un révélateur. 

  • S’il est du ciel, alors, il nous faut entendre son appel à la conversion et reconnaitre celui dont il dit qu’il est plus grand que lui. 
  • Dire qu’il est des hommes par crainte de la foule, c’est manifester que l’on obéit aux hommes et à ses propres intérêts plutôt qu’à Dieu. Se prononcer au sujet de Jean c‘est se prononcer au sujet de Jésus. 
  • Dire : « nous ne savons pas » prononcé au sujet de Jean leur interdit de reconnaître finalement l’autorité divine de Jésus.

 

Frères et sœurs, ce matin et pour chacun de nous : quelle est ma réponse ?

Ma vie témoigne-t-elle clairement de ma conviction que Jésus est descendu du Ciel, qu’Il est le Fils de Dieu ? Celui que nous allons fêter dans quelques jours à la crèche, ce petit enfant est-il vraiment, pour moi, le Sauveur ?

Que cet Avent qui avance à grands pas, soit pour nous l'occasion d'un sursaut de foi, d'un surcroît de confiance, quand bien même nous pourrions manquer de patience ! Approchons-nous encore plus de Lui, puisqu'il enseigne dans son Temple. Laissons-nous, nous aussi, enseigner par Lui en prenant le temps de lire sa Parole !

Disons-Lui : « Parle-nous encore, Seigneur, avec l'autorité du Père, toi qui as les Paroles de la vie éternelle ! »

Chers amis, que cette troisième semaine de l’Avent soit, pour chacun de nous, l’occasion de nous laisser saisir par la délicate bienveillance de notre Sauveur !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du dimanche 11 décembre 2022, 3e dimanche de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-André, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 11, 2-11. Livre du prophète Isaïe 35,1-6a.10. Psaume 145.

Lettre de saint Jacques 5, 7-10. 

Dimanche de Gaudete.

 

 

Nous retrouvons, ce matin, Jean-le-Baptiste ! C’est lui qui nous a interpellé la semaine dernière dans l’évangile du 2e dimanche de l’Avent par sa prédication inspirante, annonciatrice et en même temps dérangeante. Nous le retrouvons aujourd'hui alors qu’il est en prison, enfermé parce que son franc-parler lui a mis à dos les autorités politiques et surtout le roi Hérode. 

La patience de Jean-Baptiste est donc mise à rude épreuve ! Il y a peu de chance que cette prison ait été très confortable et qu’on ait eu pour lui beaucoup d’égards. Il ne s’agit plus pour lui d’attendre tranquillement sur les bords du Jourdain ou dans le désert. Ainsi, quand saint Jacques (2lecture) nous invite, lui aussi, à la patience, il nous faut mesurer ce que cette invitation représente par rapport à nos vies, vie chrétienne et vie humaine. La patience est nécessaire !

Qui est Jean Baptiste ? Voilà un homme à la parole de feu, courageuse, puissante, et prophétique. Son annonce stimulait à reconnaître les erreurs de sa propre vie, de ses manquements, une invitation à changer radicalement, à retourner vers Dieu. Des foules nombreuses de tout le pays avaient entendu son message de conversion et autour de lui une communauté de disciples s’était constituée. Chacun voyait, en lui, le prophète Élie. Jean est celui qui avait désigné Jésus en disant : « Voici l’Agneau de Dieu ! ».

Cependant, l’attitude de Jésus le surprend quelque peu ! Jésus ne vient pas comme un juge rigoureux prêt à remettre, presque par la force, les pêcheurs dans le droit chemin. Il les accueille et mange avec eux, Il leur annonce un message de libération et de paix, d’amour miséricordieux. En envoyant ses disciples depuis sa prison, Jean attend donc une confirmation : « Es-tu celui qui doit venir ? Es-tu le Messie ? ».

Remarquons que Jésus ne se limite pas à leur répondre : « oui, c’est moi ! ». Il sait que les actes parlent bien plus que les mots ! Il demande simplement aux envoyés d’observer autour d’eux : les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent…

Il ne s’agit pas de guérisons anecdotiques ! Ce sont les signes messianiques que les prophètes avaient déjà annoncés depuis des siècles (1re lecture d’Isaïe). La réponse de Jésus est donc concrète : « Oui, je suis bien le Messie, voyez plutôt ce que je fais, mes œuvres certifient que c’est vrai. » 

Et nous, frères et sœurs, en sommes-nous persuadés ? Peut-être y a-t-il un Jean-Baptiste qui sommeille en chacun de nous ! Peut-être avons-nous besoin pour croire, de voir et même pour certains, d’avoir des preuves ! Peut-être sommes-nous comme Jean, quel que peut, impatient ?

De fait, depuis la venue de Jésus en notre chair (ce que nous allons fêter à Noël) jusqu’à sa revenue (à la fin des temps), nous sommes dans le temps de l’Église ! Nous nous trouvons dans cet entre-deux, où nous sommes invités à croire sans voir. Nous vivons dans le temps de la patience, pour reprendre la formule de saint Jacques ! 

Nous sommes dans le temps de la maturation, mais aussi dans le temps de l’espérance, où l’Esprit Saint conduit l’Église et chacun de nous ! N’oublions pas que, dans ce temps de la patience, de la maturation et de l’espérance, mais aussi de l’épreuve, nous ne sommes pas complètement dans l’obscurité. Déjà des signes messianiques nous sont donnés, par une présence active de Dieu, par la puissance de son Esprit Saint au cœur des disciples de Jésus, au cœur de son Église, au cœur de nos vies.

Notre existence de chrétien dans le monde peut sembler guère différente de celle de tous les autres ? 

Comme les autres, nous sommes, nous aussi, confrontés aux difficultés, aux accidents de la vie, aux souffrances inhérentes à l’existence humaine ! Mais, si notre vie présente les mêmes vicissitudes que les autres, le témoignage que nous sommes appelés à rendre, n’est pas de faire disparaître, comme par magie, les difficultés de l’existence. 

Nous témoignons humblement que nous sommes habités par une force qui nous permet d’affronter les difficultés de la vie dans la confiance, fortifiés par la certitude que Dieu garde pour chacun, un projet de vie, un projet de salut !

Chers amis, je sais bien qu’à des moments précis de notre existence, nous pouvons être dans le doute, nous ne comprenons pas plus que les autres : pourquoi la maladie, la mort, la guerre … ? Mais, dans et avec la prière, petit à petit, la souffrance comme l’incompréhension devrait provoquer en nous, non pas une résignation, mais une douce vertu de patience 

A l’image de Dieu qui se montre d’une incroyable patience vis-à-vis de nous, nous devons apprendre et accepter, nous aussi de vivre dans une patience sereine ! Quand je vous parle de patience, il ne s’agit pas de vivre en se croisant résigné nos bras, en attendant que ça aille mieux ; il s’agit de vivre dans une patience active et généreuse !

C’est aussi ce que peut nous apprendre ce dimanche de Gaudete, ce dimanche de la joie chrétienne ! Le rose de ma chasuble, entre le violet et le blanc, dit aussi cette progression lumineuse dans nos vies. Découvrir la patience comme la joie d’une naissance qui ne doit pas nous faire oublier la persévérance patiente vécue des parents durant les neuf mois d’attente ! 

Nous sommes donc à quelques jours de l’anniversaire d’une naissance qui résonne encore jusqu’à nous. Déjà, pour Marie et en Marie, le don extraordinaire de la vie divine est présent en elle ; pourtant, rien n’est encore visible, sinon son ventre qui s’arrondit. 

Avec elle, redécouvrons le mystère du don de la vie cachée, mais déjà présente, fragile et pourtant si forte en promesses de l’Enfant-Dieu !

 

En ce temps de l’Avent, en ce dimanche de la Joie, regardons avec le même émerveillement et la même confiance, ce mystère de la vie naissante au cœur de toute mère qui porte en elle son enfant.

À la question de Jean-le-Baptiste : « Es-tu celui qui doit venir ? », nous connaissons la réponse joyeuse et vraie : Oui, Tu es le Messie, Seigneur ! Tu es celui qui est, qui était et qui vient, c’est Toi l’enfant-Dieu, l’enfant de la crèche, c’est bien Toi,  le Messie ! Jésus, c’est Toi qui est le Sauveur !

Frères et sœurs, en ce temps de l’Avent, même si nous attendons impatiemment la Nativité du Seigneur et la rencontre avec l’Enfant Jésus, puissions-nous déjà rendre grâce pour le don que Dieu nous fait de sa présence !

                                                                                                                      Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 9 décembre 2022, 2ème semaine de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 11, 16-19. Livre du prophète Isaïe 48, 17-19. Psaume 1.

Messe de l’aurore.

 

L’évangile de ce jour nous demande un peu plus d’attention, car c’est un texte particulier et subtil !

Comment comprendre ce que Jésus est en train de nous dire ? Faut-il entendre de sa part de la tristesse, une crainte, un avertissement ?

Ce qui semble évident, c’est que Jésus met la foule qui l’écoute devant ses contradictions ! Celles-ci ne font que dévoiler l’immaturité de cette foule !

     Comment expliquer davantage ? « Cette génération », dit Jésus, n’a envie de rien et trouve toujours une objection qui justifie sa passivité. Dans notre langage plus actuel, nous pourrions dire que cette foule se conduit comme des enfants ou des adolescents enfermés dans leur monde, derrière leurs tablettes et qui nous répondent : « Je m’en fous, je ne veux pas ! »

Face à Jean, qui est « plus qu’un prophète » (Mt 11, 11) et face à Jésus lui-même, cette foule boude comme des gamins qui refuseraient de prendre part à des jeux auxquels on les inviterait. Cette foule refuse de se laisser interpeller par ceux qui sont « venus » à sa rencontre, ici : Jean-Baptiste et Jésus. Elle ne les accueille pas pour ce qu’ils sont. 

C’est bien cette immaturité religieuse et sociale, et même cet aveuglement que Jésus entend pointer chez ses interlocuteurs. À vingt siècles de distance, ces interlocuteurs, ce sont nous aussi, ce matin !

Mais le drame de ces « générations » est peut-être plus profond et peut-être même plus grave : cette foule, n’a-t-elle pas reconnu ou n’a-t-elle pas voulu reconnaître le Messie ? Pourquoi ! Parce que cela risquerait de la déranger dans les sécurités de ses représentations toutes faites, dans son confort facile ? Là, est en fait une vraie question…

Frères et sœurs, ne limitons pas les avertissements et la tristesse de Jésus seulement à ses contemporains. Prenons le temps de réfléchir pour adapter ce que nous sommes, ce que nous vivons, ce que la société nous propose à ces quelques jours de Noël ! Lorsque nous lisons ce passage de l’évangile de Matthieu, ne le renvoyons pas trop vite dans le passé. Jésus parle bien de « cette génération » au présent. Cette expression peut donc aussi être entendue de façon bien plus large. 

Finalement, quelle sera l’attitude de « cette génération » (la nôtre) au soir de Noël ? 

Sera-t-elle blasée, indifférente, ou émerveillée ? Et nous-mêmes, comment allons-nous accueillir Jésus, l’Enfant-Dieu de la crèche ? 

  • Peut-être, aurons-nous la tristesse d’entendre : « plus de place ! » dans le cœur de certains, comme dans la ville de Bethléem ?
  • Ou alors la « joie des Bergers » venant à la crèche et celle des Anges chantant “Gloria in excelsis Deo“ dans le ciel ?

Frères et sœurs, que le froid de l’hiver et la pluie de ce matin n’accaparent pas notre cœur, mais que nous témoignons par une vraie chaleur de notre espérance en Dieu !

     Puissions-nous, Seigneur, en ce temps de l’Avent, peut-être un peu plus nous attacher humblement à Ta Parole faite chair !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 5 décembre 2022, 2e semaine de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 5, 17-26. Livre du prophète Isaïe 35, 1-10. Psaume 84.

 

Chers amis, nous sommes souvent habitués (peut-être un peu trop d’ailleurs !) aux miracles de guérison, à ces signes que Jésus fait pour les hommes et les femmes qui viennent vers Lui. Ces rencontres de Jésus avec tel ou tel personnage (qu’ils soient : boiteux, aveugles, sourds, estropiés, lépreux…) respectent souvent un déroulement habituel. Il y a régulièrement un échange, une questionun acte de foi, une demande puis une guérison physique et spirituelle !

Ici, dans cette péricope de l’évangile de saint Luc, la rencontre semble un peu inhabituelle ! Elle a tellement marqué les esprits que nous la retrouvons aussi dans les autres évangiles !

  • Jésus regarde cet homme paralysé, couché sur la civière et l’envisage, avant toute guérison physique, comme une personne à restaurer dans sa relation à Dieu.
  • Jésus fait entendre, en premier, une parole de salut des plus inattendues, qui d’ailleurs va choquer : « Homme, tes péchés te sont pardonnés » !

Il le fait sans même avoir entendu le bénéficiaire. Jésus offre le pardon de manière immédiate. Il ne s’agit pas d’une promesse à venir ni d’un appel à la repentance, la parole de Jésus agit, aujourd’hui, efficace, en faveur de l’homme paralysé. 

Son premier relèvement s’inscrit d’abord donc dans la restauration d’une relation à Dieu, par la guérison d’une réconciliation offerte. Effectivement, il existe des paralysies qui peuvent être intérieures et bloquent ainsi la relation à Dieu !

Le signe du relèvement physique et de la marche est ainsi placé au second plan.

Ce qui est mis aussi en relief, c’est la présence de ces porteurs volontaires, ingénieux, remplis d’une foi audacieuse, qui, faute de pouvoir passer par la porte, n’hésitent pas à passer par le toit. 

Cet homme-là sur sa civière est bien entouré, par des amis entreprenants, par une communauté bienveillante.

Dans cette péricope, Jésus va droit à l’essentiel : restaurer la relation à Dieu par le pardon des péchés ! La réaction est immédiate, au grand dam des bien-pensants : « Quel est donc cet homme qui dit des blasphèmes ? » Jésus affirme, ainsi, qui « Il est ».

Pour nous, ce matin, nous recevons, à nouveau, un enseignement magistral : paralysie physique, paralysie spirituelle… le péché cloue l’homme au sol comme un malade à son lit. 

Il nous faut réentendre que le pardon nous recrée dans la relation à Dieu, qu’il nous rend à la communauté des croyants et nous remet debout, en marche : « Il partit pour sa maison en rendant gloire à Dieu. »

Le pardon nous invite à l’Action de grâce et à la louange !

Frères et sœurs, en cette deuxième semaine dans ce chemin de l’Avent, prenons le temps à la fois de la prière personnelle, dans la contemplation de la crèche, mais aussi prenons le temps de porter dans la prière et dans la foi, les membres de notre famille, des amis, des membres de notre communauté paroissiale qui, d’une façon ou d’une autre, sont éprouvés de multiples façons ! 

Ne l’oublions pas, suivant les circonstances, nous pouvons être tout à la fois, le malade sur la civière ou l’un de ces porteurs audacieux !      

Voilà notre mission tout au long de cette semaine !     

Ainsi soit-il 

Homélie du dimanche 4 décembre 2022, 2e dimanche de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-André, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 3, 1-12. Livre du prophète Isaïe 11, 1-10. Psaume 71.

Lettre de saint Paul aux Romains 15, 4-9.

 

Les lectures de ce matin sont si riches et si remplies de réminiscences de l’Ancien Testament qu’elles peuvent tout à fait nous laisser un peu perplexes et peut-être même nous laisser sur notre faim ! 

Avons-nous pris le temps de lire ces textes ce matin avant de venir à la messe ? Avons-nous saisi quelques clés de compréhension pour pleinement intégrer ce que Dieu veut nous dire et mieux nous convertir ?

Finalement, sommes-nous si familiers de la Bible ? C’est une bonne question en ce temps de l’Avent ! 

En réalité, tout est important dans l’Évangile, sinon l’auteur ne l’aurait pas écrit. Par exemple, pourquoi saint Matthieu nous donne-t-il le menu des repas de Jean-Baptiste et non pas le menu des repas de Jésus ? Ou encore, pourquoi désigner un désert : comment Jean pouvait-il « baptiser avec de l’eau dans le désert » ?

 

- Ou encore, par exemple ! Les poils de chameau, est-ce que ça vous parle et vous donne envie de rencontrer une personne habillée avec des poils de chameau ? 

Pourtant les habitants de la Judée vont aller à la rencontre de Jean ! C’est même cette caractéristique qui les pousse à sortir jusqu’au désert, pour aller voir et écouter ce drôle de personnage ! 

C’est bien ainsi que l’évangile nous présente le baptiste : « Jean portait un vêtement de poils de chameau et une ceinture de cuir autour des reins […]. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui… »

Remarquons aussi que l’accueil de Jean est loin d’être chaleureux, car il va jusqu’à traiter certains d’entre eux d’« engeance de vipère ! »

Plusieurs détails peuvent nous échapper, mais, pour les habitants à cette époque, tout cela a du sens ! 

J’aimerais avec vous, très rapidement, décrypter l’évidence de l’évangile de ce jour, car, contrairement à nous, toutes ces personnes qui vont à la rencontre de Jean, connaissent parfaitement les Écritures. 

 - Il est écrit, dans le livre du prophète Malachie, au chap. 3, verset 23 : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. » et encore dans le 2e Livre des Rois chap.1 verset 8, en parlant d’Élie : « C’est un homme portant un vêtement de poils de chameau et une ceinture de cuir autour des reins. »

Quand on leur apprend qu’il y a dans le désert un homme vêtu de poils de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins, ils se disent immédiatement : « ça y est, c’est Élie qui est revenu ! »

Donc, loin d’être anecdotiques, pour ces habitants de Jérusalem, les poils de chameau, c’est Élie, le plus grand des prophètes, qui revient préparer le jour du Seigneur, « jour grand et redoutable » ainsi que l’Écriture l’avait annoncé.

C’est naturellement que les juifs vont s’interroger au sujet de Jean et même de Jésus, s’ils ne sont pas, l’un ou l’autre, le prophète Élie ! (Mt 11,14 & 16, 14) Ou encore, lors de la Transfiguration, cette nécessité de la présence de Moïse et d’Élie attestant la légitimité de Jésus. (Mt 17,3).

Ces gens savent donc lire les signes. Ils ont le sens du symbole. Pour nous, reconnaissons-le, c’est souvent beaucoup plus difficile ! 

 

- Le mot « DESERT » ! 

Ici, ce mot ne veut pas simplement dire un endroit tout sec, sauvage ou un endroit où il n’y a personne. Ce mot nous renvoie à plusieurs sens possibles (comme celui par exemple d’un désert intérieur, peut-être ce désert dans lequel je suis actuellement ?)

Souvent, dans la Bible, des mots, comme le « désert », renvoient à des histoires anciennes et bien connues. Ce n’est pas trop difficile ! Le désert fait référence à deux ou trois histoires les plus connues de la Bible et particulièrement une : l’histoire de Moïse et du peuple hébreu, libéré de l’esclavage quittant l’Égypte, en un exode dans le désert vers la Terre Promise. 

Pour approfondir encore ce que cela peut nous dire, il nous faudrait donc relire le livre de l’Exode et le livre des Nombres. Jean « nous plonge dans le désert », et volontairement, saint Matthieu nous replonge dans cette histoire, dans la promesse, l’errance du peuple hébreu, son attente et, en même temps, sa proximité avec le Dieu Unique.

 

Je termine avec le régime alimentaire, un peu particulier, de Jean-le-Baptiste !

Manger des sauterelles ! Pour saisir l’allusion, il faut nous rappeler que nous sommes invités à nous préparer à vivre comme les Hébreux, un chemin de libération dans le désert. Pour eux, c’était d’Égypte jusqu’à la Terre Promise. Pour nous, c’est donc depuis l’esclavage de notre péché, de nos fermetures, de nos peurs et de la mort jusqu’à la promesse du Salut en Jésus. 

Voilà l’invitation qui nous est adressée : vivre, nous aussi, un exode, un passage, une libération.

Dans ce trajet des Hébreux, il est précisément question de « sauterelles » (particulièrement, au début de l’exode) et de « miel » (à la fin de l’exode vers la Terre promise).

  • Dieu envoie des sauterelles pour libérer les Hébreux de l’esclavage en faisant plier pharaon. (plaies d’Égypte)
  • Et nous nourrir aussi de miel. C’est l’aliment par excellence de la Terre Promise dont l’autre nom est « le pays où coule le lait et le miel ».

Nous n’avons pas toujours la clé, le décodeur qui nous permettrait de reconnaître instantanément les signes que Dieu nous envoie.

La question est là : comment lisons-nous la Bible ? Mais lisons-nous la Bible ? 

Si nous ne sommes pas des familiers de la Bible, nous risquons bien de passer à côté de ce que Dieu veut nous dire ! Certes une jolie histoire, mais dont l’enracinement peut nous faire défaut !

Saint Paul nous y invite justement aujourd’hui, dans le passage de sa lettre aux Romains que nous avons entendus dans la deuxième lecture :

« Tout ce qui a été écrit à l'avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. » 

Voilà ce que nous entendons en ce dimanche :

Persévérance, Réconfort, Espérance !

Cet appel à la conversion, qui vient du souffle brûlant du désert par la bouche de Jean est adressé à chacun de nous :

« Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est là » !

Puissions-nous l’entendre en ce bref temps de l’Avent et comprendre que la logique de Dieu passe aussi par le temps et l’histoire des hommes !

Frères et sœurs, prenons le temps de lire la Parole de Dieu !                                                                        

                                                                                                       Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du vendredi 2 décembre 2022, 1re semaine de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 9, 27-31. Livre du prophète Isaïe 29, 17-24. Psaume 26.

Messe de l’aurore.

 

"Croyez-vous ?"

En lisant les textes de ce jour, nous découvrons qu’il y a un fil conducteur qui parcourt la première lecture, le psaume, l’antienne de l’alléluia et l’évangile : il est question d’aveuglement, d’aveugles et de lumière !

 Quel est le contexte ? Jésus vient de guérir une fillette chez un notable. Sans doute cela s’est-il su et voilà que deux aveugles le suivent en criant. Ils rejoignent Jésus dans une maison bien précise, qu’Il occupe avec ses premiers disciples. Cela n’a pas du être facile pour ces deux aveugles d’y arriver en se repérant dans les ruelles étroites et pleines de monde de la vieille ville de Capharnaüm.

Cette maison, nous la connaissons bien ! C’est celle de Simon-Pierre, Apôtre !

Je vous laisse imaginer leur détermination et leur foi en la personne de Jésus ; c’est ce qui est particulièrement remarquable. Ce que Jésus avait fait pour la petite, Il le ferait bien pour eux aussi ! C'était ce jour-là ou jamais : "Aie pitié de nous, fils de David !"

Voilà le contexte et cela m’a conduit à une petite méditation. Dans ma prière, deux petits points m’ont intrigué :

  • Premier point : la question de Jésus semble superflue, puisque ces deux aveugles sont devant Lui. Il leur demande cependant : « Croyez-vous que je peux faire cela ? »
  • Deuxième point : pourquoi l’évangile fait-il mention de la Maison de Pierre ? Nous lisons dans l’évangile : « Quand il fut entré dans la maison, les aveugles s’approchèrent de lui ».

Comme d’habitude, l’Évangile est là pour nous bousculer et il nous interpelle ! 

La maison de Pierre est un lieu central de la Fraternité ! C’est le lieu où la première communauté de disciples se rassemble autour de Jésus, un lieu important de la prière, de la discussion, un lieu de communion profonde avec le Seigneur ! Un peu comme nous ce matin, en cette église !

C’est dans cette maison, baignée par la présence de Jésus, qu’il interpelle les deux aveugles :

"Croyez-vous, dit-il, que je puis de nouveau rendre lumineux votre regard, que je puis vous remettre ensemble sur un chemin de lumière ; croyez-vous que j'ai la puissance de vaincre tout aveuglement ?" Ce sont des questions que Jésus pourrait nous poser ce matin !

Si nous disons dans la prière et dans la Foi : "Oui, Seigneur, nous croyons !", Jésus va réellement toucher nos yeux, notre cœur, notre intelligence... Quelque chose va changer en chacun de nous, dans notre regard, dans notre cœur, dans notre façon d’observer et de chercher à comprendre ce qui se passe dans notre monde, dans notre vie. En nous, le réel va nous être révélé, tel que Dieu le voit, lui qui crée la lumière. Et Jésus va nous dire : "Qu'il vous advienne selon votre foi".

Si notre foi est vraie, si nous croyons, si nous faisons confiance au Christ, le résultat sera là ! Bien que Jésus les invite à une discrétion, nos deux aveugles, par une révélation ou une illumination intérieure, deviennent de véritables Disciples-Missionnaires ! Ils vont annoncer le Christ et dire ce que Dieu a fait pour eux.

  Seigneur, nous qui sommes, bien souvent, aveugles, donne-nous, ce matin, ce surcroit de Foi pour que nous puissions vivre pleinement de tes sacrements ! Que notre cœur s’ouvre à ta lumière, à ta vision ! Donne-nous Seigneur, la joie de Te voir et de T’annoncer ! Puissions-nous être d’humbles « lumières » pour nos frères et sœurs à travers le monde, comme ces petits lumignons qui nous éclairent ce matin !                       

                                                                                                                                                                                                             Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 28 novembre 2022, 1re semaine du temps de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 8, 5-11. Livre du prophète Isaïe 4, 2-6. Psaume 121.

 

Chers amis, nous entrons dans le temps de l’Avent et le chemin que nous commençons ces jours-ci est :

  • à la fois un nouveau chemin d’Église, un chemin du peuple de Dieu, vers la fête de la Nativité. Ce chemin sera jalonné par toutes ces quatre bougies qui seront allumées chaque dimanche de l’Avent. Ce chemin concerne tous les chrétiens, tous ceux du monde entier, 
  • et en même temps, c’est un chemin personnel où nous marcherons, ensemble, à la rencontre du Seigneur, le Seigneur qui vient, à nouveau, à nous.

Noël est une rencontre, pas seulement, une fête temporelle ou commerciale ou bien le souvenir ému d’une merveilleuse naissance, la venue au monde de l’Enfant Dieu dans les conditions difficiles que nous connaissons ! Oui, Noël est bien davantage qu’un naissance !

L’Avent est cette route que nous empruntons pour rencontrer le Seigneur, en communauté paroissiale et personnellement dans la prière, ! Ensemble, nous marchons pour Le rencontrer, pour être avec Lui.

Ne croyons pas que ce chemin sera une simple balade en montagne ! Ce n’est pas si facile de vivre avec la foi et de tenir dans la durée ! Nous l’avons, sans doute, déjà expérimenté !

Les lectures des célébrations eucharistiques vont nous y aider. En ce premier lundi de l’Avent, nous entendons l’épisode de ce centurion qui, dans le récit de l’Évangile de Matthieu (8, 5-11), se prosterne humblement devant Jésus pour Lui demander de guérir son serviteur : une demande qui semble essentielle pour lui. Cette rencontre a aussi pour but de nous accompagner dans notre rencontre de Jésus !

 

Ce qui va forcer l'admiration du Christ, plus encore que son humilité, c’est sa foi tranquille et audacieuseCe capitaine vient le supplier, non pas pour lui-même, mais pour un autre, un de ces petits, un de ces sans-grades, un de ces hommes simples que Jésus aime accueillir. 

Cet officier de l'armée d'occupation fait preuve d'humanité et de sens social : ce n'était sans doute pas courant à l’époque ! 

Cette foi, cette audace, cette rencontre… sont les illustrations et les étapes de notre chemin de l’Avent qui s’ouvre pour nous !

Dans la prière au début de la messe, nous avons demandé la grâce de parcourir ce chemin avec plusieurs attitudes pouvant nous aider. 

Demandons cette persévérance dans la prière, cette justesse dans le choix de vivre ensemble, en famille et personnellement. 

 

Chers frères et sœurs, avec un cœur ouvert, osons ce chemin à la rencontre du Seigneur, mais aussi, et surtout acceptons de nous laisser rencontrer par Lui. 

Demandons d’être réaffirmés dans notre foi, et la certitude que :

  • Jésus est venu il y a environ deux mille ans, 
  • qu’Il reviendra à la fin des temps, 
  • et qu’Il est aussi présent çà chaque instant de notre vie !

Demandons la grâce de nous laisser rencontrer par Lui !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 27 novembre 2022, 1er dimanche du temps de l’Avent. Année A

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 24, 37-44. Livre du prophète Isaïe 2,1-5. Psaume 121. 

Lettre de saint Paul aux Romains 13, 11-14a.

 

En observant cet évangéliaire, vous pouvez constater que nous sommes au début de l’année liturgique et au fil des quatre prochaines semaines symbolisées par cette couronne de l’Avent, nous serons conduits jusqu’à cette belle fête de la Nativité.

Cela mérite quelques explications. Oui, nous commençons une nouvelle année ! Un enfant du catéchisme me disait, la semaine dernière, au sujet du temps de l’Avent et de Noël : « Si je comprends bien : tous les ans, c’est la même histoire ! ».

Il est vrai, Noël revient tous les ans, mais personne ne sait comment cette année, Jésus va venir « en chacun de nous ». Je faisais remarquer à cet enfant que, l’an passé, il était plus jeune, qu’il avait grandi et que son regard, ses attentes ont sans doute, changé, et cela d’année en année. 

Et pour nous, chers frères et sœurs … ce temps de l’Avent est-il le même que celui de l’année dernière ? Certes, nous nous préparons à fêter Noël, mais comment est notre cœur ? N’est-ce pas pour nous, l’occasion d’une attente renouvelée ? De fait, nous avons changé, nous aussi. 

Alors, comment attendre à nouveau la venue de notre Seigneur ?

Les textes de ce jour veulent nous stimuler en nous invitant à ne pas rester passivement les bras croisés en attendant le Royaume de Dieu !

Fêter Noël, c’est comprendre que Jésus est venu sur la terre des hommes, il y a plus de 2000 ans, mais qu’Il reviendra à la fin des temps, et en même temps, Jésus vient aujourd’hui, si nous savons l’accueillir… Il est venu, Il est là, Il reviendra ! (C’est ce que nous chantons dans l’anamnèse, juste après la consécration du Pain et du Vin : nous proclamons ta mort ; nous célébrons ta résurrection ; nous attendons ta venue.) Nous connaissons bien cette réponse, mais, y croyons-nous ? Est-ce dans notre cœur ? L’Avent, c’est l’attente de la re-venue du Christ ! Voilà le mystère que nous sommes invités à vivre profondément.

En ce premier dimanche de l’avent, les textes nous plongent donc au cœur de l’histoire humaine. Ils nous invitent à élargir notre regard ; à regarder très loin dans le passé, avec l’épisode du déluge avec Noé ; et à nous projeter en avant, vers la fin des temps et la nouvelle venue du Christ en gloire.

L’Ancien Testament nous rappelle ces moments dramatiques, comme au temps de Noé ou de la déportation à Babylone. Les gens de l’époque ne se souciaient de rien : on buvait, on mangeait, on prenait femme ou mari… Voilà qu’arrivent le déluge, la déportation, le désert… avec au final, un « petit reste » d’hommes et de femmes avec qui Dieu renoue alliance. 

Malgré toutes les trahisons de l’homme, toutes ses ruptures d’alliance, Dieu n’a cessé de travailler le cœur de l’homme pour l’associer à son dessein d’amour et de salut. 

Le sommet de cette longue histoire du salut, c’est la venue de Jésus sur notre terre ! Il vient justement accomplir les promesses et l’attente des prophètes de l’Ancien Testament. 

En Jésus sont inaugurés les temps messianiques qui sont les derniers temps.

Voilà l’évènement central que nous fêtons à Noël. Voilà ce qui donne sens à la célébration de Noël pour les chrétiens : en Jésus, notre Dieu s’est fait homme. Ce n’est pas un petit Jésus en sucre ou en chocolat que nous allons dévorer ; c’est vraiment la venue de Dieu dans notre chair (incarne). Il s’est fait homme pour nous révéler, avec une voix humaine, l’amour du Père pour chacun de nous, son projet de Vie et de Salut. 

Plus de 2000 plus tard, nous sommes toujours dans les derniers temps messianiques où il nous faut préparer le retour du Christ. Faut-il préciser pour éviter tout contresens que le temps des hommes n’est pas le temps de Dieu et inversement ?

Les textes de ce jour nous invitent donc à regarder en avant, à nous mobiliser, à choisir la vie, à choisir le Christ. Est-ce nouveau ? Pas tellement !

Isaïe, déjà, dans la première lecture, nous invitait dans une vision humaniste et prophétique (6 siècles environ, avant la naissance du Christ) à marcher tous ensemble vers ce royaume de justice et de paix, là où les épées seront transformées en socs et les lances en faucilles. Plus de guerre, le mal sera vaincu ! Hélas, nous pouvons constater que nous en sommes bien loin ! Le royaume n’est pas encore là, mais il est déjà inauguré par le Christ. Les germes sont là, à nous de les voir, de les faire grandir et de les faire fructifier. 

La deuxième lecture nous redit que cette attente du retour du Christ chez saint Paul n’est en rien une attitude passive. Cette attente doit mobiliser nos énergies : « rejetons les œuvres des ténèbres… revêtons-nous des armes de la lumière », autrement dit : rejetons ce qui conduit à la mort, entrons dans le combat de la vie, choisissons la vie !

Saint Paul nous demande de nous préparer à ce retour du Christ en faisant, dans la vie de tous les jours, les choix qui s’imposent pour que grandisse, déjà en nous, l’amour mutuel. 

L’évangile nous appelle aussi à une vigilance active : restez éveillés, « tenez-vous prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » Mais serons-nous prêts à l’accueillir ? À quelle heure viendra-t-Il ? Nous ne le savons pas !

Notre société, comme celle du temps de Noé, n’endort-elle pas beaucoup d’hommes et de femmes avec l’incitation à consommer toujours plus, à croire que notre bonheur se trouve dans les achats que nous ferons comme en ces jours de black Friday ? Le réveil ne peut être que brutal quand surviennent les crises sociales, économiques et financières. L’aveuglement est souvent là. Nous faisons comme si …

Mais, après quoi court notre monde malade ? 

  • Malade de ses laissés pour compte à la recherche d’un logement, d’un emploi, de personnes qui sont dans la rue … 
  • Malade des guerres, de la misère, des dictatures, de l’indiférence … 
  • Malade de ses refus d’accueillir la vie naissante et refus d’accompagner dignement la fin de vie, en se débarrassant de nos anciens qui nous “encombrent“
  • Malade de la surexploitation de la terre, de la course au pouvoir et à l’argent.

 

 Le monde de Noé est-il si différent du nôtre ?

« L’actuel système mondial est insoutenable », nous dit le pape François dans l’encyclique Laudato’ si. Ne sommes-nous pas en train de rendre la terre invivable et de préparer les déluges à venir, si nous ne changeons pas ?

Alors, faut-il changer le monde ? Évidemment, mais, n’est-ce pas plutôt à nous, déjà, de changer ! N’est-ce pas à nous de réfléchir, de nous engager et de décider ; réfléchissons : après quoi, ou après qui courons-nous ? Sommes-nous encore des acteurs dans ce monde ? 

Le temps de l’Avent nous invite à nous interroger sur ces réalités, à nous tenir en éveil, à nous faire sortir de notre désespérance, de notre passivité et à nous retrousser les manches… 

Regardons le Royaume à venir !

Pour répondre à cet enfant du KT ! Alors oui, tous les ans c’est la même histoire de Noël, mais c’est, en réalité et surtout, un temps propice pour redécouvrir le sens de notre existence chrétienne.

Dieu est avec nous, ne Le manquons pas, soyons prêts pour le rendez-vous à l’accueillir.

Cela est certain : Il est venu, il est là, il reviendra ! Et nous, serons-nous là, avec Lui ?

Ainsi soit-il !

 

Homélie du vendredi 25 novembre 2022, 34e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 21,29-33. 

Apocalypse de Saint Jean 20,1-4.11à21, 2. Psaume 83.

 

Toujours en écho à la belle fête du Christ-Roi, la liturgie nous fait méditer toute cette semaine, sur le chapitre de saint Luc où Jésus nous parle longuement de l'avenir.

Depuis le début de la semaine, Jésus, dans un style particulier, nous parle de son retour à la fin des temps avec tout un cortège d'événements mystérieux dont la date reste cachée dans le secret du Père. 

Quand Il évoque ce scénario de la fin, Jésus le fait toujours dans le langage traditionnel des Apocalypses ! Soyons clairs sur le sens du mot Apocalypse : il veut dire « révélation » !

Faut-il avoir peur ? La réponse est simple : non ! 

L’invitation est claire : il faut discerner, espérer, il faut veiller !

Pourtant, certains vont me dire que ce langage apocalyptique rejoint des réalités que nous connaissons. Les dérèglements climatiques et les catastrophes qu’ils engendrent, les grands malheurs de notre temps (guerres, extrémismes armés), la montée des nationalismes, les violences. 

Devons-nous comprendre que le message biblique nous parle des réalités d’aujourd’hui ?

N’oublions pas que, depuis les temps bibliques, chaque génération a connu son lot de signes inquiétants et a entendu les sirènes de la fin des temps ! 

N’ayons pas peur, mais il nous faut nous ressaisir ! Il me faut surtout comprendre que même si le texte décrit une réalité qui semblerait correspondre à notre époque, il m’invite à une promesse, il nous montre un avenir.

La dynamique du discours apocalyptique de Jésus nous invite ici à ne jamais nous résigner devant les forces du Mal où les adversités qui se déchaînent parfois au cœur de nos existences.

Même lorsque je serai soumis à l’écrasement du malheur, même lorsque ma vie sera jalonnée de signes inquiétants, lorsque mon avenir (celui de mes proches, de ma descendance, etc.) me semblera menacé, je relirai dans ce texte, la promesse d’une délivrance et d’une intervention divine : « Quand vous verrez cela arriver, sachez que le règne de Dieu est proche ». Dieu ne nous abandonne pas ! Il a réellement un projet d’avenir pour chacun de nous.

Alors, « Redressez-vous et relevez la tête », « Tenez-vous sur vos gardes… Restez éveillés dans une prière de tous les instants » ! Ce sont autant d’expressions qui m’appellent personnellement à rester debout devant Dieu pour ne pas sombrer dans le fatalisme, le défaitisme, la peur ou la crainte.

Frères et sœurs, au moment où le temps de l’Avent (adventus = avènement… de Dieu !) commence, ce texte nous rappelle que le règne de Dieu est proche et que rien ne saurait l’entraver. 

C’est une promesse éternelle : « le Ciel et la Terre passeront, mes paroles ne passeront pas ! » (Lc 21,33)

C’est avec ces mots, frères et sœurs que nous pouvons commencer ce jour dans l’espérance et confiants dans la promesse de Dieu.         

                                                                                                                                                                                                                         Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 21 novembre 2022, 34e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 21,1-4. Livre du prophète Zacharie 2, 14-17. 

Cantique (Lc1, 46-55).

Présentation de la Vierge Marie.

 

En cette dernière semaine de l’année liturgique, nous faisons mémoire de Marie, et de sa présentation par Anne et Joachim (au Temple) en remerciement de cet enfant : c’est-à-dire de l’offrande d’elle-même. 

Souvent, dans l'Évangile, Marie, mère de Jésus, prend sa place, simplement, discrètement, dans le groupe de ceux et de celles qui cherchent Dieu. Elle est là ; rappelez-vous, Marie :

  • au Temple, avec Joseph et leur bébé de quarante jours (avec la présence de Syméon et de la prophétesse Anne),
  • au Temple encore avec Joseph, Jésus adolescent avait fait une fugue,
  • seule au pied de la Croix où Jésus agonise,
  • puis au Cénacle avec ceux qui attendent l'Esprit au jour de la Pentecôte.

La Vierge Marie ne peut être honorée, chantée et priée que si nous la reconnaissons d’abord comme une femme proche de nous, une femme aimée et qui aime, une mère qui a enfanté et qui a souffert.

Nous savons que, dans les évangiles, la personne de Joseph reste discrète aussi, mais présente surtout dans les premières années de la vie de Jésus ; ensuite, il n’apparaît plus. Faut-il comprendre que cette absence est en lien avec sa mort, laissant Marie vivre un veuvage qui est un état de vie toujours difficile ! 

Parce que nulle femme n'est entrée comme elle dans le mystère de Jésus-Christ mort et ressuscité, en elle, nous pouvons contempler à la fois la Mère de Dieu, notre sœur en humanité et le modèle de notre foi.

Marie a donc connu différents états de vie : célibataire, fiancée, mariée puis veuve sans doute.

Si je reviens à l’évangile de ce jour, en contemplant le don des quelques piécettes que cette veuve dépose dans le tronc du Trésor, Jésus reconnaît l’humilité de cette femme à travers son geste qui pourrait paraître insignifiant ! 

Et pourtant quel enseignement ! Cette femme ne cherche pas à paraître comme les riches qui finalement donnent leur superflu (ce qui est déjà bien). Elle donne tout de son être, tout ce qu’elle est et même son indigence !

En déclarant : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tout le monde. », Jésus, peut-être, pense-t-il aussi à sa maman, Marie !

Le geste de cette veuve dit ce qu’elle est : pauvre, mais reconnaissante pour la vie reçue, et dans le don d’elle-même au Seigneur. 

Frères et sœurs, en conclusion de cette année liturgique, le geste de cette femme ouvre nos yeux sur ce temps favorable, ce temps du salut (2 Co 6, 2).  Dans son geste se cache l'annonce de cette vivante espérance (1 Pi 1, 3), qui passe par la dépossession pour posséder un plus grand bien. C’est bien ce que Jésus va vivre : comme elle, Il a “tout donné ce qu’il avait pour vivre” c’est-à-dire sa propre vie !

À quelques jours, d’entrée dans le temps de l’Avent qui va nous conduire vers Noël – la venue de notre Sauveur -, il est temps pour nous, de rendre grâce pour la vie reçue et d’entrer davantage dans une véritable espérance !

Demandons cela par l’intercession de la Vierge Marie, la mère de Jésus et notre mère !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 20 novembre 2022, solennité du Christ Roi de l’univers. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 23, 35-43. 2e livre de Samuel 5,1-3. Psaume 121. 

Lettre de saint Paul aux Colossiens 1, 12-20. Aumônerie.

 

Chers amis, nous terminons le cycle liturgique de cette année. Aujourd’hui, nous sommes au 34e dimanche du temps « extraordinaire de l’ordinaire », et nous célébrons le Christ : Roi de l’univers ! Cette fête nous montre non seulement la royauté du Christ, mais aussi la destination de notre vie, comme Jésus le promet au bon larron.

Christ Roi ! Qu’est-ce que cela signifie ? Hier soir, c’était la fête de l’aumônerie à la Maison du lycéen et, aux jeunes qui étaient là, j’ai posé cette question : pouvez-vous me citer quelques noms de roi ? Cherchez dans vos souvenirs, dans les cours d’histoire que vous avez étudiés. Vous me dites : Louis XI, le Roi David, Henri IV, Saint-Louis, Louis XIV, Elizabeth II, Charles III et d’autres encore sans doute. 

Ils ont tous des points communs !

  • La plupart d’entre eux, du moins en Europe, sont issus d’une famille royale (ils arrivent sur le trône par la transmission ou une succession) 
  • et tous règnent sur un territoire particulier : ils sont rois de France, reine ou roi d’Angleterre, rois d’Espagne et d’ailleurs… Quand nous parlons d’un roi, d’une reine, on y associe un pays et un territoire.

Aujourd’hui nous fêtons le Christ, roi de l’univers

Et là, nous comprenons bien que nous changeons de dimension, car, l’univers, c’est grand, c’est immense et pour l’instant non-mesurable, car en extension. 

Il nous faut comprendre, chers amis, que Jésus ne règne pas sur un territoire avec des frontières, qu’il faut défendre et protéger des agressions extérieures, car l’univers ce n’est pas seulement notre terre, c’est l’ensemble du monde créé. Ce n’est pas seulement le monde matériel que nous explorons avec nos télescopes (Hubble ou James Webb), nos satellites, mais c’est aussi le monde immatériel qui échappe à nos sens, le monde visible et invisible. Je cite saint Paul dans la deuxième lecture de ce dimanche : « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, puissances, principautés, souverainetés, dominations, tout est créé par lui pour lui. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui » (Col 1, 15-17). 

Donc, la royauté de Jésus n’est pas attachée à un territoire et comme Il répond lui-même pendant son interrogatoire par Pilate, lors de sa Passion : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18,36).

Pour un roi, le plus important n’est pas son territoire, mais ce sont ses sujets, ceux-là mêmes qui vivent sur ce territoire et qu’il représente. Le rôle du roi est de les protéger, d’en prendre soin, de leur donner tout ce dont ils ont besoin, un roi qui donne son temps au service de tous. Quand Il entre à Jérusalem, Jésus ne chevauche pas un superbe destrier, mais Il est sur un petit âne qui avance doucement, lentement : la vraie monture d’un souverain ! Un vrai roi doit être capable de mourir pour ses sujets. Jésus le confirme : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11). 

Si Jésus prend cette image du berger, c’est aussi en référence au roi David (première lecture de ce jour) qui était un petit berger que Dieu a choisi comme roi de son peuple. Jésus reprend cette image du berger, car celui-ci doit conduire son troupeau, il le mène vers de verts pâturages, connaît chacune de ses brebis, en prend soin, guérit celle qui était malade, va chercher celle qui était perdue en la portant sur ses épaules pour la ramener au troupeau.

Voilà donc le vrai roi de l’univers, celui qui donne sa vie pour ses sujets et c’est pourquoi son trône n’est pas un trône en or avec de belles pierres précieuses : son trône est une croix, un instrument de mort qu’Il va transfigurer en un instrument de Vie. C’est bien ce qui se passe dans l’évangile que nous venons d’entendre. C’est en effet, très surprenant !

Rappelez-vous ! Jésus, lorsqu’Il a été condamné puis crucifié au Golgotha, Il avait à ses côtés, les deux larrons, deux brigands. Ce brigand que l’on appelle le bon larron, après avoir reconnu le mal qu’il a pu faire, reconnaît, en Jésus, son roi : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23,42). Ce royaume n’est pas pour plus tard, mais pour aujourd’hui, car Jésus lui répond aussitôt : « Je te le dis, aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23,43). 

Pour entrer dans le royaume de Dieu, devenir le sujet de ce roi capable de donner sa vie pour moi par amour, il nous faut entrer dans une relation personnelle et intime : « Tu seras avec moi. » C’est bien, là encore, toute la différence avec les grands rois des royaumes, qui sont bien souvent, loin du peuple, difficilement joignables et d’une approche distante ! 

C’est cette intimité, cette proximité, cette communion qui manifestent cette royauté : « Le Règne de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17,21). 

Alors, qui est ce roi qui donne la vie, sa vie et qui partage son amour ; où donc règne-t-il ?

Il règne dans (votre) ton cœur si tu lui ouvres la porte de ton cœur. Il n’est pas très loin dans le ciel, mais tout proche ! Ce roi ne prend pas le pouvoir par la force qui serait une dictature, même pas par la démocratie, c’est-à-dire par un choix majoritaire, ni même par la peur... Ce roi règne parce que tu le veux et parce que tu désires l’accueillir. C’est ainsi qu’Il règne dans le cœur de tous ceux qui acceptent son amour et veulent le répandre à leur tour : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

L’enjeu est à : il faut donc ouvrir nos cœurs à l’amour de Dieu pour entrer dans cette intimité avec Lui ! J’aime cette invitation de Jésus que nous lisons dans le livre de l’Apocalypse (cf. Ap 3,20). 

  •  « Voici que je me tiens à la porte et je frappe, si tu m’entends, si tu m’ouvres, j’entrerai et avec toi, je prendrai mon repas. »
  • Jésus nous dit aussi : « Si quelqu’un m’aime, mon Père et moi nous viendrons chez lui et chez lui ; nous ferons notre demeure ».

Il nous faut donc comprendre que dans le Royaume de Dieu, Christ Roi de l’univers, on ne peut régner que par l’amour. Voilà ce à quoi nous sommes invités : l’amour !

Alors, frères et sœurs, que cette fête qui termine l’année liturgique nous ancre davantage dans notre vocation baptismale de prêtres, prophètes et rois, de Disciples-Missionnaire au service de l’humanité comme l’est Jésus, notre Maître et Seigneur : le Christ Roi de l’univers !

Ayons l’audace et l’amour d’étendre le royaume de Dieu par l’amour et le soin que nos prendrons de chacun de nos frères !

Soyons heureux d’avoir un tel Roi qui nous aime et veille sur nous !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 18 novembre 2022, 33e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 19, 45-48. Apocalypse de Saint Jean 10, 8-11. Psaume 118.

 

« Ma maison sera une maison de prière.

Or, vous, vous en avez fait une maison de bandits. »

Cette phrase du Christ est violente, surtout si nous nous représentons le contexte dans lequel Jésus chasse les marchands du Temple à coups de fouet (cet épisode est repris et développé dans les évangiles, la description de Saint Luc reste plus modérée !)

Il est vrai que de nombreux marchands étaient installés autour du Temple. Historiquement, les marchands devaient se tenir à l’extérieur du Temple pour vendre tout ce qui servirait comme sacrifices. Parce que les juifs de la Diaspora venaient de tout le bassin méditerranéen avec leurs monnaies locales, il fallait des changeurs en argent du Temple. Il y avait aussi des montagnes d’animaux préparés et disponibles pour les sacrifices.

Mais au fur et à mesure du temps, pour être certains d’être au plus près de la « clientèle », ces marchands avaient envahi les divers parvis. En réalité, le commerce de l'esplanade, particulièrement fructueux, était aux mains de la famille du Grand Prêtre. À cette époque-là, notons que la fonction du Grand Prêtre est plus politique que spirituelle. 

Selon son habitude, Jésus donne l'explication de son geste en citant l'Écriture et les écrits des prophètes Isaïe et Jérémie (Is 56,7 et Jr 7,11). Il met en cause les autorités religieuses qui ont perverties le lieu de culte et oublié qu'on ne peut pas servir à la fois Dieu et l'argent.

            Nous savons bien les dangers auxquels l’Église doit faire face lorsqu’elle se laisse submerger par la tentation de la mondanité et si au lieu d’être fidèle au Seigneur, elle se laisse séduire par l’argent et le pouvoir.

Jésus, volontairement, est violent et Il s’enflamme contre cette pratique, car c’est le cœur de la relation avec Dieu qui est touché. Cette relation entre le Seigneur et les priants ne doit pas (en tout cas, ne devrait pas) être polluée par des affaires du monde. 

Aujourd’hui, nous avons une clé de lecture essentielle. Nous comprenons que ce Temple, c’est le Corps du Christ, Son Corps offert en sacrifice. Comme Jésus nous l’a enseigné, « je dois » et « nous devons », faire attention à rester dans la relation privilégiée du Fils à son Père, du Père à son Fils. 

L’Église ne peut pas être politique, elle ne peut pas être commerciale. Surtout, l’Église n’est pas mienne. J’en fais partie, mais elle ne m’appartient pas. L’Église ne peut pas être partagée, elle ne peut pas être divisée, car l’Église c’est le Christ et chacun de nous, dans la mesure où nous sommes unis au Christ. 

           À chaque fois que je fais de l’Église ma chose, ma vision, je deviens un marchand du Temple.

           Mais à chaque fois que j’entre humblement dans la volonté de Dieu, que je cherche à répondre à Son appel en offrant ma vie pour Lui et mes frères, alors là, j’édifie l’Église, Temple spirituel, Corps du Christ !

Il n’est pas nécessaire d’être de grands saints reconnus dans le calendrier, ou dans le martyrologue, comme sainte Philippine (que nous fêtons aujourd’hui), mais c’est dans mon quotidien, dans la façon dont je parle de l’Église que je peux faire grandir l’Église (même si parfois, à travers le péché et la folie de ses hommes et ses femmes, je souffre avec Elle et pour Elle)

Demandons, frères et sœurs pour chacun de nous, pour notre Paroisse et pour le monde, un amour plus grand pour le Corps du Christ, pour l’Église !         

                                                Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 14 novembre 2022, 32e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 18, 35-43. Apocalypse selon saint Jean 1,1-4 et 2,1-5a. 

Psaume 1.

 

Nous approchons de la fin du cycle liturgique et au cours de ces deux dernières semaines, nous allons être interrogés, bousculés afin que nous puissions nous déterminer et choisir. 

N’ayons pas de crainte, c’est pour notre bien.

L’évangile de ce jour ressemble beaucoup à celui des dix lépreux, que nous avons entendu récemment. Dans ces deux épisodes historiques, nous rencontrons les deux mêmes formes de la prière : une supplication (une demande de miséricorde !) et une louange

Dans les deux cas, le Seigneur Jésus-Christ souligne que le miracle a lieu quand se rencontrent la foi de l’homme et la miséricorde de Dieu : « Ta foi t’a sauvé ! ».

Chers frères et sœurs, ces deux lectures sont donc un appel à la conversion ! 

  • Le lépreux reconnaissant donne l’exemple de la conversion : il se retourne, il revient sur ses pas et se tourne vers Jésus pour l’adorer. 
  • L’aveugle de Jéricho, en entendant le nom de Jésus de Nazareth, crie vers lui de toute sa foi. 

Ce sont deux exemples qu’il faut entendre. À nous et pour nous s’adresse ce message de conversion. 

Nous aussi, nous pouvons supplier le Seigneur et le louer. 

Toutes nos oraisons liturgiques contiennent l’une et l’autre forme de ces prières, comme les deux jambes qui nous conduisent vers une relation personnelle avec le Seigneur Jésus. 

Comme le lépreux purifié et comme l’aveugle illuminé, nous pouvons faire l’expérience d’une vraie proximité avec notre Seigneur. 

Voilà cette invitation que nous avons à recevoir du fond de notre cœur : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». N’est-ce pas la parole qu’un ami adresse à un ami, à un frère, à un conjoint, à ses enfants … ? Jésus attend notre réponse.

Je lisais récemment un commentaire spirituel sur cet évangile. Permettez-moi de vous livrer l’essentiel de ce que j’en ai retenu, pour aller plus en profondeur, en trois points :

  • Un premier point : L’aveugle de Jéricho nous apprend que la prière efficace est une prière simple, audacieuse, concise, humble. « Jésus, aie pitié de moi ! » Il nous faut osez dire cela, sans plus d’explications, sans crainte d’être mal compris, sans avoir peur de paraître simpliste, sans se soucier de sa dignité ou de son image, simplement dire : « Jésus, aie pitié de moi ! »
  • Un autre point important : avant de s’adresser de façon si audacieuse au Seigneur, sommes-nous résolus à accepter sa guérison et à Le suivre sur le champ, abandonnant tout ? Toute hésitation serait ici tragique : si nous ne sommes pas convaincus de tout notre être que le Seigneur exaucera notre vœu, il n’y aura pas de miracle. Si nous ne sommes pas suffisamment pauvres pour tout laisser immédiatement afin de Le suivre, nous n’aurons jamais cette pleine foi en sa guérison. Nous pouvons comprendre comment ces choses sont liées ! Le miracle peut avoir lieu quand se rencontrent la foi de l’homme et la miséricorde de Dieu. La guérison que le Seigneur jugera essentielle pour moi (car peut-être sera-t-elle différente de mon attente), s’opère par notre foi qui nécessite un détachement total et qui s’accompagne d’une véritable conversion. 
  • Finalement, dans un bouleversant renversement, ne faudrait-il pas que, nous aussi, nous arrivions enfin à Lui demander : « Seigneur, que veux-tu que je fasse pour toi ? »

Nous sommes là dans un échange humble et vrai ! Je vous souhaite une bonne méditation tout au long de ce jour : « Seigneur, aie pitié de moi ! » « Seigneur, que veux-tu que je fasse pour toi ? »

                                                                                                   Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 13 novembre 2022, 33e dimanche du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 21, 5-19. Livre du prophète Malachie 3, 19-20a. Psaume 97. Deuxième lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 3, 17-12.

 

Voilà un évangile inquiétant, déroutant, ne trouvez-vous pas ? 

Nous sommes pratiquement au terme de l’année liturgique puisqu’elle se terminera le dimanche prochain, 34edimanche du temps ordinaire, fête du Christ-Roi. Puis le 1er dimanche de l’Avent commencera la nouvelle année et nous avancerons vers la fête de Noël.

Déroutantes, sans doute, mais n’ayons pas peur d’entendre les paroles de Jésus : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Je vous laisse imaginer la réaction des personnes qui entendent ces mots de Jésus !

Les contemporains du Christ admiraient le temple de Jérusalem, lieu par excellence du culte, lieu de la présence de Dieu. Il a fallu plus de quarante ans pour le construire. Ce temple, témoin du génie des hommes et de leur quête de Dieu, sera pourtant détruit par les armées romaines en 70, soit une quarantaine d’années après que Jésus ait prononcé ces paroles. En ce sens, l’annonce de Jésus s’est bien réalisée.

        Je vous propose de prendre un peu de hauteur. En réalité, cet épisode du temple a, en fait, une portée et une signification plus larges. Nous savons que, dans notre monde, il y a de belles choses, des constructions grandioses qui révèlent la capacité de l’être humain à édifier, à construire, à embellir. Le choc de la destruction de ce Temple de Jérusalem, n’est pas sans nous rappeler un choc similaire lors de l’incendie de la Cathédrale Notre-Dame de Paris ! Quel émoi !

Au prix d’efforts sur plusieurs siècles, les hommes ont laborieusement accumulé des connaissances, pour déchiffrer le fonctionnement de l’univers, en comprendre les mécanismes. Cela fait partie de la Création ! 

Dieu a voulu l’homme créateur, chercheur et bâtisseur. Les hommes y consacrent du savoir, du temps, de l’énergie. Ce que Jésus nous dit, dans ce récit, c’est de prendre garde de ne pas vouer un culte à ce que les hommes ont découvert ou façonné, aussi grandiose que soit l’œuvre créée. 

Pourquoi ? Vouer un culte à ce que l’on trouve, à ce que l’on produit, à ce que l’on construit, à ce que l’on achète, revient parfois à nous situer sous l’emprise de l’objet. L’homme y perd son humanité, sa dignité et, d’une certaine manière, sa liberté.

        Jésus nous invite au contraire, en ce dimanche, à garder le cap que Dieu a fixé pour la création qu’Il nous confie. Garder ce cap signifie d’adopter deux attitudes essentielles :

  • La première attitude est de ne pas se laisser égarer par les prophètes de malheur, par une société qui peut nous amener dans de mauvais chemins : « prenez garde de ne pas vous laisser égarer » dit Jésus. 
  • La seconde attitude est de persévérer dans l’action au service du projet de Dieu sur notre monde : « C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie » dit Jésus.

 

      Première attitude : ne pas se laisser égarer ! Qu’est-ce qui pourrait nous égarer ? La peur ! Le désespoir ! La lassitude et le découragement ! Baisser les bras !

Jésus ne cherche pas à faire du catastrophisme. Il nous propose de prendre de la hauteur. Le message essentiel que Jésus nous livre ici est un message de mobilisation et d’espérance. Il ne cherche pas à nous faire peur. De toute manière, il suffit d’être attentif aux événements de l’histoire, aux événements actuels (et même dans notre Église) pour être convaincu, si cela était encore nécessaire, que le mal et la souffrance sont présents et l’ont toujours été. 

Jésus nous dit que ces événements font partie de l’enfantement (parfois douloureux) du monde, de sa croissance matérielle et spirituelle, mais que, au-delà de ces événements, l’univers a un sens et ce sens est celui de la Vie ! Ne vous laissez pas égarer ; gardez le cap !

      Seconde attitude : persévérer pour obtenir la vie. Nous sommes invités à garder le goût d’agir. Mais comment garder ce goût d’agir ? C’est exactement à cette question que l’Apôtre saint Paul répond dans sa lettre aux Thessaloniciens. Cette lettre fait partie des premiers écrits du Nouveau Testament. 

Son affirmation est radicale : il nous faut agir pour faire progresser le monde jour après jour, pour le rendre plus fraternel, et ne pas céder au fatalisme ni à l’immobilisme.

Pour cela, tant en restant ambitieux, ne cherchons pas forcément, de grands desseins. 

Construisons, jour après jour, le monde par de petits gestes simples, des gestes signifiants et nécessaires : notre agir aura, alors, du sens et de la consistance !

Finalement, si je reprends l’exemple de la destruction du Temple ou de la Cathédrale de Paris, ou sans doute d’autres exemples, nous pouvons découvrir que le monde, comme notre vie, fonctionne dans un « Mouvement Pascal ». Ce mouvement est toujours un écroulement, une Mort et une Résurrection (la vie que Dieu nous annonce) ! Nous expérimentons régulièrement ces trois temps dans notre vie.

Ne soyons donc pas effrayés ! Ne baissons pas les bras ! Gardons le Cap !

Persévérons pour obtenir la vie !

C’est pourquoi l’évangile se termine sur ce beau mot d’encouragement que j’aime tout particulièrement : « C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

C'est ce que je nous souhaite à toutes et à tous. 

Ne perdons pas notre espérance et avançons quoiqu’il arrive autour de nous ! 

Le Christ est notre chemin !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

Homélie du vendredi 11 novembre 2022, 32e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 17, 26-37. 2e lettre de saint Jean 1a.4-9. Psaume 118.

 

 

À mesure que l'année liturgique approche de son terme (nous entrerons dans la nouvelle année liturgique au temps de l’Avent), la Parole de Dieu nous invite à réfléchir sur la « fin » de toutes choses.

Dans l'évangile, nous voyons Jésus montant à Jérusalem, approchant donc de sa fin terrestre, nous proposer l'interprétation de deux faits historiques, qu'Il considère comme des symboles de toute « FIN » : le déluge avec l’arche de Noé ..., la destruction d'une cité terrestre, Sodome avec l’histoire de Loth…

Comme au temps de Noé, comme avec celui de la destruction de Sodome, il nous arrive, à nous aussi, de « vivre comme des aveugles » (Luc 17, 26-37), de vivre comme si ce monde-ci devait durer, comme si nos vies ne devaient jamais finir. Jésus nous exprime ce matin que la vie même si elle est l’occasion de vraies joies, n’est pas forcément une partie de plaisir.  Il nous prévient, encore une fois, que la vie, ‘c’est sérieux !’ Elle est un don, un cadeau, mais elle est limitée dans le temps.

Jésus veut nous faire remarquer que quand la vie se limite aux horizons de cette terre, la seule chose qui compte alors pour nous, c’est d’en profiter au maximum : on veut tout et tout de suite ! Ainsi s’explique et se comprend la frénésie d’hier, d’aujourd’hui et (sans doute) de demain : frénésie de plaisirs immédiats et consuméristes, du « manger, boire, acheter, vendre… ». Tout cela peut être important, mais ne remplit pas pleinement d’espérance le cœur de l’homme.

Sans espérance ni vision, malheureusement, cette attitude risque d’être la façon de vivre de beaucoup. Que faisons-nous de notre vie ?

Jésus n'a jamais prétendu que nous serions récompensés en ce monde. Il n'a jamais promis à ceux qui le suivent, une vie facile et sans soucis. Il nous a assurés que le Père, qui voit dans le secret, ne nous oubliera jamais. Il prendra soin de nous jusqu’à nous conduire à cette proximité promise avec Lui.

Finalement, frères et sœurs, cette page est d’une grande actualité en ce jour si particulier où nous fêtons saint Martin, où nous faisons mémoire de l’Armistice. Notre défi actuel, comme croyants, est d’éviter que la « sécularisation extérieure » ou dit autrement : la « paganisation de notre société » ne se transforme lentement en nous en « sécularisation intérieure », en une « perte d’espérance », une perte de vision ! Nous risquons de ne plus percevoir dans nos personnes dans l’horizon de ce nous vivons, qu’un Royaume nous attend, que notre vraie vie est avec Dieu Lui-même.

La finale de l’évangile nous redit, par une image, cette urgence ! Pourquoi Jésus parle-t-Il de vautours ? « Là où sera le corps, là aussi se rassembleront les vautours. »

Vous le savez, les vautours sont des oiseaux nécrophages : ils se nourrissent presque exclusivement de cadavres d'animaux. L’enjeu est donc là ! Il nous faut éviter de devenir des « corps morts », des cadavres jetés en pâture aux vautours ! Mais, veillons à bien rester ce pour quoi nous sommes créés : « des vivants » ! Bien sûr, cette image nous est donnée pour nous rappeler que « notre Dieu est celui de la vie ».

Les paroles de Jésus sont plus prophétiques que jamais. Elles nous rappellent que seule la réalité du monde à venir peut nous aider à trouver le sens de nos vies « pèlerinantes ».

Demandons, frères et sœurs, pour aujourd’hui déjà de pouvoir prendre conscience de l’amour de Dieu, de « rester attachés au Père et au Fils » 2 Jn 1,9 (comme le dit saint Jean dans la première lecture) et de comprendre que nous sommes faits pour une vie avec Lui et pour Lui.                                                                                             

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 7 novembre 2022, 32e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 17, 1-6. Lettre de saint Paul à Tite 1,1-9. Psaume 23.

 

En écoutant le Christ nous parler ainsi du scandale, du mépris des plus petits, mais aussi du pardon et de la repentance des pécheurs, du désir de pardonner, nous avons envie de reconnaître : c’est difficile pour moi ! Peut-être avons-nous le désir et même l’envie de supplier le Seigneur de nous y aider en disant : « comme les disciples : « Augmente en nous la foi ! » Change mon cœur, Seigneur !

Tout simplement, nous constatons qu’il est parfois désagréable et douloureux de pardonner, difficile de faire la Paix, trop dur de supporter l’autre qui m’agace profondément ! Et même de me supporter moi-même, tellement je connais mon cœur et ses travers ! Oser demander la paix pour le monde, c’est aussi demander la paix en soi, car la Paix commence déjà en soi !

Chaque jour, nous demandons beaucoup de choses au Seigneur, mais ces demandes sont-elles vraiment les plus nécessaires pour notre vie ? Que ce soient des demandes pour une place de parking, ou encore pour gagner au loto … Mais qui parmi nous ce matin, a fait cette demande au Seigneur d'augmenter en lui, sa foi ?

Cette demande devrait pourtant être récurrente ; c’est une bonne et saine prière : « Seigneur, augmente ma foi ! » ou d’une façon plus collective : « Seigneur, augmente, en nous la foi ! » 

Chez saint Luc, la foi peut déraciner les arbres, chez saint Matthieu et saint Marc la foi peut déplacer les montagnes.

Aussi petite qu’un grain de moutarde, la foi au Christ peut nous aider à déraciner l’arbre du mal qui parfois se développe malheureusement dans nos communautés, mais aussi en nous-mêmes. 

«Oui ! Seigneur, augmente notre foi ! »

Frères et sœurs, que cette prière soit la nôtre ce matin ! Attention, ne nous trompons pas ! La foi n’est pas un objet ni une quantité monnayable, mais elle est un don et un mouvement ! 

Nous l’avons reçue au jour de notre baptême et nous sommes invités à l’expérimenter et à la faire grandir en nous.

  • La foi au Christ peut nous aider à transporter les montagnes qui obscurcissent la lumière dans notre Église et barrent le chemin de la vie. 
  • La foi au Christ, mort et ressuscité pour le pardon de nos péchés et le salut de tous, est une force qui nous donne d’avancer sur un chemin de purification, sur un chemin de justice et de vérité !

Chers amis, faisons nôtre cette prière, au moins pour aujourd’hui : Seigneur, nous te prions pour toutes les nations, fais déjà de notre communauté un lieu de fraternité et de liberté, de justice et de paix, pour que notre Paroisse et le monde, sans cesse, renaissent à l'Espérance.

Prenons le temps, durant les quelques instants qui vont suivre, d’exprimer à notre façon, cette demande au Seigneur !

Oui, Seigneur, augmente en chacun de nous la foi !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 6 novembre 2022, 32e dimanche du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 20, 27-38. 2é livre des Martyrs d’Israël 7, 1-2.9-14. Psaume 16.

Deuxième lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 2, 16 à 3,5.

 

La semaine que nous venons de vivre a été riche en émotions et peut-être propice aussi en interrogations !

Après la fête de la Toussaint et le jour de prière pour nos fidèles défunts, nous rendons grâce aujourd’hui pour le Dieu de la vie :

Notre Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants, et… cela change tout !

À chaque eucharistie, nous célébrons la Résurrection de Jésus qui annonce déjà notre propre Résurrection. Sa Résurrection est une formidable espéranceune lumière qui éclaire, guide et illumine notre vie et donne un sens aux enjeux de notre vie terrestre !

 

Bien sûr, tout cela n’est pas sans poser question. La vie, la mort, l’après… et pourquoi ? 

Ces questions importantes taraudent l’humanité depuis les origines. Elles sont existentielles ! 

Sans oublier pour les croyants que nous sommes : ai-je vraiment le désir d’entrer (ou non), dans cette vie à venir en suivant le Christ !

À la différence des animaux, les premières tombes des hommes, montrant des rites funéraires, sont perçues, par les anthropologues, comme un signe d’humanité.

D’une façon générale, l’homme prend soin des défunts, par différents rites et rend hommage, par une espérance concrète, à la vie qui continue, de façon intuitive !

Que devenons-nous après notre mort terrestre ?

Au cours des âges, des réponses variées ont été apportées en fonction du développement de la pensée humaine. De nos jours persistent encore diverses réponses à cette question fondamentale. Si certains pensent que tout est fini lors de notre mort terrestre, pour d’autres, cela reste très confus : « on meurt, après on ne sait plus, et pourtant, de nous il ne reste pas qu’un souvenir ! » Cependant nous le percevons : l’intuition d’une vie autre, après la mort, nous habite à des moments particuliers, quelles que soient les époques et les civilisations !

Pour nous chrétiens notre conviction est forte ; nous affirmons la résurrection de la chair et pas seulement de notre âme ! Nous le répétons à chaque credo que nous proclamons. Cela nous a été révélé et des témoins en ont témoigné. 

Qu’est-ce que cela veut dire ? Et quelle conséquence pour nous aujourd’hui ?

Le texte de la première lecture de ce jour, le livre des Martyrs d’Israël, marque une étape capitale dans le développement de la foi juive. C'est l'une des premières affirmations de la résurrection des morts. Nous sommes vers 165 avant Jésus-Christ, en un moment de terrible persécution déclenchée par le roi Antiochus Epiphane II, qui était très certainement un fou mégalomane et voulait être vénéré comme un dieu. 

Pour obliger les juifs à renier leur foi, il exige d'eux des gestes de désobéissance à la Loi de Moïse. Nous pouvons relire ce texte qui montre le courage de ces frères et de leur maman qui résistent jusqu’à offrir leurs vies ! Paradoxalement, c'est au sein même de cette persécution qu'est née la foi en la Résurrection. Car une évidence est apparue qu'on pourrait exprimer ainsi : puisque nous mourons par fidélité à la loi de Dieu, Lui qui est fidèle, nous rendra la vie.

Au temps du Christ, la foi en la Résurrection n'était pas encore partagée par tout le monde. Les pharisiens y croyaient fermement ; pour eux, c'était une évidence que le Dieu de la vie n'abandonnerait pas ses fidèles à la mort. Mais on pouvait très bien être un bon juif sans croire à la résurrection de la chair ; c'était le cas des sadducéens. 

Pour justifier leur refus de la résurrection, ils cherchent à démontrer qu'une telle croyance conduit à des situations un peu ridicules : leur logique semble imparable. Une femme ne peut pas avoir sept maris à la fois, on est tous d'accord ; si vous croyez à la résurrection, disent-ils à Jésus, c'est pourtant ce qui va se passer... elle a eu sept maris successifs, qui sont morts les uns après les autres ; mais si tous ressuscitent, vous voyez à quelle confusion cela nous mène !

L'erreur, va leur dire Jésus, c'est de justifier notre foi par nos raisonnements. Comme Isaïe l'a dit depuis longtemps : « Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, et ses chemins ne sont pas nos chemins » (Is 55, 8). 

Il nous faut donc penser autrement ! L’Alliance avec Dieu traverse la mort : Il noue avec chacun de nous un lien d'amour que rien ne pourra détruire. Au-delà de la mort, comme le dit saint Jean « nous lui serons semblables » (1 Jn). Même s’il est vrai que pour l'instant : « Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement »... Serons-nous alors comme des anges ?

Comment les morts ressuscitent-ils ? 

Avec quel corps reviennent-ils ? 

Ce " comment " dépasse notre imagination et notre entendement ; il n’est accessible que dans la foi ; « Acte de foi » qui nous aide dans ce que nous ne comprenons pas encore, ce que nous ne voyons pas encore !  Quant à dire « Avec quel corps reviennent-ils » : n’imaginons pas un retour à cette vie présente, ne tombons pas dans la croyance désespérante de la réincarnation qui ne serait qu’un échec de la vie passée !

Je termine par ces trois points :

  • Notre participation à l’Eucharistie nous donne déjà un avant-goût de la transfiguration de notre corps par le Christ : en recevant cette hostie consacrée, nous passons, le temps de la communion, du visible à l’invisible !
  • Croire en la résurrection n’est pas une folie ! Pour le Chrétien, c’est une réalité ! La Résurrection du Christ n’est pas seulement le miracle d’un cadavre réanimé. Elle inaugure une dimension nouvelle, inédite, qui intéresse et répond à tous les hommes, de tous les temps ! La vie au ciel n’est pas la simple continuité de ce que nous vivons sur cette terre.
  • Avant même d’envisager notre « résurrection » et de la désirer, nous devons vivre notre « incarnation » !Croire en la résurrection, ce ne peut être simplement une question de l’au-delà de notre vie. C’est une vraie interrogation dans notre désir de vivre uni au Christ, maintenant ! Que faisons-nous du don de la vie que nous avons reçue ? Que faisons-nous de nos journées ? Que faisons-nous de nos mains, de notre cœur, de notre intelligence, pour le service des autres ? 

Ne l’oublions pas, notre vie présente au moment de notre départ vers la maison du Père « ne sera pas détruite, elle sera transformée » ! (Préface des défunts n°1) Tous les liens que nous avons tissés (liens d’amitié, d’amour, de charité que nous avons pu vivre et partager) ne seront pas détruits, mais plutôt sublimés… À chacun de nous de faire les belles et saintes choses que nous demande le Seigneur !

Voilà, frères et sœurs, ce que nous recevons en ce 32e dimanche du temps extraordinaire de l’ordinaire ! Alors, oui, déjà pour aujourd’hui, souhaitons comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture que : « le Seigneur Jésus et Dieu notre Père qui nous a aimés … réconfortent nos cœurs et les affermissent en tout ce que nous pouvons faire et dire de bien ». 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 24 octobre 2022, 30e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 13, 10-17. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 4, 32 à 5,8. Psaume 1.

 

Encore une fois, l’évangile de saint Luc raconte une des nombreuses guérisons opérées par Jésus. La guérison d’aujourd’hui est bien décrite ! Dans cette synagogue, en ce jour du sabbat, au milieu de la foule, il y a cette femme courbée. Elle est infirme depuis dix-huit ans. Curieusement, elle ne demande rien ! Elle est là, courbée, essayant de regarder… mais, étant courbée, ce n’est pas très facile !

Le texte précise qu’elle est « absolument incapable de se redresser ». Elle est repliée sur elle-même, physiquement et moralement. Mais que signifie : « être courbé » ? Pensons-y un instant… imaginons-nous courbés… que voyons-nous ? Le sol, nos pieds… mais aussi mentalement, penchés sur nos problèmes, fermés sur nous-mêmes avec cette difficulté de lever les yeux pour voir plus loin ! Jésus la voit ! Il la guérit !

Il annonce sa guérison comme une libération. Jésus ne lui dit pas qu’elle est guérie, mais : « te voici délivrée de ton infirmité ». En redressant la femme, Il restaure sa confiance, la rend capable de s’adresser à Dieu pour Lui rendre gloire. 

Cette guérison est aussi une délivrance du mal, de l’esprit qui possédait cette personne infirme et l’empêchait d’entrer dans une relation, face-à-face avec les autres, et aussi une vraie relation d’amour avec Dieu. Bien souvent, nos replis sur nous-mêmes, nos infirmités physiques ou morales nous empêchent de vivre cette relation de tendresse avec Dieu.

Ceux qui reprochent à Jésus de guérir le jour du sabbat sont aussi un autre exemple de ce manque de confiance qui empêche d’agir avec amour. Eux aussi, d’une autre façon, sont repliés, infirmes, fermés ! Ils se replient sur la loi, sur des règles au lieu d’accueillir le geste de libération de Jésus, tout simplement parce qu’Il ébranle leurs certitudes.

La joie de l’assemblée montre bien que la guérison de la femme courbée est un geste de salut pour les hommes et les femmes de tous les temps. Comme cette femme, toute la foule entre dans la louange, dans une relation vraie à Dieu et aux autres, dans l’Action de grâce.

Ne nous trompons pas frères et sœurs ; nous aussi, nous appartenons à cette humanité courbée, accablée parfois par les soucis, les fautes, les manquements, les péchés ou les mauvaises nouvelles… Tout cela nous écrase littéralement et nous plaque au sol !

Nous pouvons être tentés de nous recroqueviller sur nous-mêmes, de nous crisper sur des certitudes qui nous empêchent d’aimer et qui nous empêchent d’espérer.

Cet évangile nous rappelle que le Christ est venu nous libérer de ces pesanteurs ; à tous ceux qui le Lui demandent, Ildonne la force de se redresser, de vivre debout, malgré les épreuves, tout en restant en communion avec les autres, portés par l’espérance. 

Comme Jésus a redressé la femme courbée, dans la synagogue, le jour du sabbat, croyons que Jésus est avec nous à chaque instant pour nous relever et nous faire vivre d’une vie de ressuscité. C’est là que se situe l’enjeu : à la fin des temps, la résurrection que nous est annoncée sera un redressement pour chacun de nous.

Que cette grâce soit celle de chaque jour, pour nous, nos familles, notre communauté paroissiale et pour le monde !                                                                     

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 23 octobre 2022, 30e dimanche du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 18, 9-14. Livre de Ben Sira le Sage 35,15b-17.20-223a. 

Psaume 33. Deuxième lettre de saint Paul à Timothée 4, 6-8.16-18.

 

Chers amis, je fais un pari fou : vous avez pris le temps de découvrir les lectures de ce jour avant de venir à la messe ! 

Assez régulièrement, comme les lectures de ce dimanche, les cinq lectures se répondent les unes les autres ; elles font un tout intéressant ! L’Ancien Testament annonce et le Nouveau Testament révèle l’action du Salut en Jésus ! 

Avez-vous noté que ces textes nous expriment un aspect de la réalité de Dieu :

  • Ils nous disent qui est Dieu, 
  • et en même temps, ils nous disent qui est l’homme.
  • Ils nous rappellent comment l’homme est situé par rapport à Dieu.

Qui est Dieu ? 

- « Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence (il se montre impartial) entre les hommes. Il écoute la prière de l’opprimé » nous dit et nous répète Ben Sirac le Sage, dans la première lecture. 

- « Le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris. Le Seigneur entend ceux qui l'appellent » continue le psaume 33.

- Saint Paul insiste dans sa seconde lettre à Timothée : « personne ne m'a soutenu... Le Seigneur, lui, m'a assisté… Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume. »

     Toutes ces affirmations, tous ces petits bouts de révélation sur Dieu, Jésus les reprend, les récapitule dans sa parabole du pharisien et du publicain : « pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres » précise le verset 9.

Qui est l’homme ? Dans quel but Jésus met-il en scène cette parabole ?

Le but est important ! Il est de rappeler à chacun que le regard de Dieu sur les hommes est bien différent du regard que les hommes portent sur eux-mêmes, du regard que les hommes portent les uns sur les autres. 

     Si les hommes entre eux ont ce regard de jugement, ce regard impitoyable parfois, qui condamne, qui établit des catégories : les bons et les méchants, les croyants et les païens, ceux qui font comme nous ou ceux qui font autrement ; Dieu, Lui, ne fait pas de différence entre les hommes. Il ne met aucune étiquette sur chacun, comme nous avons tendance à le faire nous-mêmes. 

Comment l’homme se situe-t-il par rapport à Dieu ? Pourquoi Jésus invente-t-il donc cette parabole ?

C’est pour nous redire que Dieu aime toute personne sans distinction. Dieu nous aime et cela, malgré et avec nos défauts, nos travers, malgré nos péchés, et ce qu’Il veut vraiment, c’est nous sauver ! Qui sommes-nous pour juger nos frères ?

Pour cela, Il nous redit avec force qu’il faut ajuster sans cesse notre attitude, dans deux directions, avec deux regards : 

  • notre attitude entre nous, frères et sœurs en humanité, fils et filles d’un même Père, 
  • et notre attitude vis-à-vis de Dieu. 

Bien souvent, malheureusement, nous jugeons Dieu de la même façon que nous jugeons les autres …

De fait, frères et sœurs, cette parabole nous bouscule. Instinctivement, nous cherchons à nous identifier : qui suis-je alors ? En qui nous reconnaissons-nous ? 

Est-ce dans le rôle du pharisien, ou dans celui du publicain ?

Quelle perception de nous-mêmes avons-nous vis-à-vis des autres ? Comment nous situons-nous face aux autres ?

  • Est-ce la suffisance du pharisien qui commande en nous, qui nous place au-dessus des autres ? 
  • Ou bien, ce qui prédomine en nous, est-ce plutôt l’humilité du publicain, capable de reconnaître son péché et qui peut alors voir chez les autres, tout le bien qu’il ne voit pas en lui-même ? 

        Sans doute, sommes-nous bien souvent partagés entre ces deux attitudes extrêmes. Sommes-nous à la fois, l’un ou l’autre, l’un et l’autre ? Quoiqu’il en soit, le regard que nous portons sur nous-mêmes vis-à-vis des autres détermine forcément notre attitude vis-à-vis de Dieu. 

       Nous comprenons que ce n’est pas si simple ! Car l’attitude que je choisis n’est pas sans conséquences. Fondamentalement, mon attitude, non seulement révèle qui je suis vraiment, mais elle m’entraîne sur un chemin qui me rapproche de Dieu ou peut-être m’en éloigne. Il nous faut choisir !

Attention aussi, ne faites pas dire à Jésus ce qu’Il ne dit pas !

Jésus ne nous dit pas qu’il nous faut devenir des publicains, c’est-à-dire avoir une vie de désordre, de choisir le péché, ou le profit malhonnête. Il ne fait pas l’éloge de ce publicain en tant que tel, de ses choix de vie discutables, mais Il souligne la justesse de son attitude vis-à-vis de lui-même et de Dieu. 

   De même, Jésus ne nous dit pas de ne pas lui rendre grâce comme le fait ce pharisien. Il ne nous dit pas de ne pas suivre les règles élémentaires de la vie en société, de ne pas jeûner, ni de faire l’aumône. Jésus ne condamne pas le pharisien, mais sa suffisance, car ses actions sont bonnes et respectables.

Jésus nous rappelle simplement que ce que nous faisons ne suffit pas. Personne ne peut se sauver soi-même par ses seuls actes. Si je me crois parfait, je n’ai pas besoin d’être sauvé ! Là est le danger !

Ce n’est pas ce que nous faisons de visible aux yeux des hommes qui nous rendent justes ou non, mais c’est notre regard sur nous-mêmes, sur les autres et sur Dieu. 

Même le plus grand des pécheurs (ici le publicain) peut être sauvé par Dieu, malgré ses actes qui sont mauvais et qui restent mauvais. Mais rien n’est impossible à Dieu pour celui qui cherche et veut se convertir en se tournant vers Lui ! Voilà qui est rassurant !

La conclusion des cinq textes de ce dimanche culmine dans la petite phrase que nous chantons entre les deux « alléluia » (c’est le petit verset qui passe souvent inaperçu). Cette phrase nous donne bien souvent la clé de lecture de l’évangile du jour. Que dit-il : « Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui : il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation ».

  

En fait, tous les textes de ce jour ont pour mission (pour seul but) de nous réconcilier avec Dieu, avec les autres, et avec nous-mêmes !

Prenons le temps, frères et sœurs, de relire ces textes pour les méditer et en faire notre “miel“ afin que notre regard change sur nous-mêmes, sur les autres et sur Dieu !

Bonne méditation !                                                                                            

  Ainsi soit-il !  

 

 

Homélie du vendredi 21 octobre 2022, 29e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 12, 54-59. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 4, 1-6.

Psaume 23.

 

Dans l’évangile de ce jour, il est question de signes de temps ! Pour les comprendre, Jésus veut nous dire que : le silence, la prière, la réflexion et le discernement sont absolument nécessaires !

Les temps changent et nous, chrétiens, nous devons les comprendre pour mieux accompagner nos contemporains, sans doute changer aussi pour mieux nous adapter, oser dénoncer s’ils contredisent les valeurs éthiques… , et cela sans nous renier, tout en gardant notre repère essentiel : Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Mort et Ressuscité ! (voir la 1re lecture de ce jour de saint Paul aux Éphésiens)

D’une certaine façon, oui, les temps changent ! Ces changements peuvent nous stimuler, nous agacer, souvent ils nous bouleversent et nous déstabilisent en nous mettant dans une situation souvent délicate !

 Pour comprendre les signes des temps, avant tout, le silence est nécessaire : faire silence et observer. Ensuite, réfléchir à l’intérieur de nous-mêmes pour essayer de mieux comprendre. 

J’entends autour de moi, des questions souvent récurrentes comme par exemple :

  • pourquoi y a-t-il tant de guerres maintenant, encore tant de conflits…? 
  • Pourquoi les familles ont-elles des difficultés à tenir dans la durée ? 
  • Pourquoi beaucoup semblent insatisfaits de ce qu’ils ont, de ce qu’ils font, de ce qu’ils sont…? 
  • Quels sens donner aux lois de bioéthiques ? 
  • Pourquoi, ceci ou cela…? 
  • Pourquoi ?… Ne nous décourageons pas !

            Silence, prière, réflexion et discernement… sans oublier de nous former.

C’est seulement ainsi que nous pourrons comprendre les signes des temps !

Face à un refus, le Christ ne mâche pas ses mots ! Il fustige « les hypocrites » qui feignent de ne pas comprendre et refusent toute interprétation. Peut-être ne savent-ils pas ou ne veulent-ils pas voir ? Pourtant, ce qui caractérise l’homme, c’est sa capacité de discernement, sa liberté et sa soif de justice !

Frères et sœurs, quel que soit notre âge : jeunes et moins jeunes, nous voyons bien que notre emploi du temps n’est pas toujours bien ajusté ! Nous sommes capables de passer jusqu’à l’étourdissement, des heures à consulter les médias, Internet, les réseaux sociaux, Facebook… pour avoir, en quelques lignes rapides, une connaissance, souvent superficielle de tout sur tout. 

Mais nous oublions peut-être l’essentiel : la prière, la lecture de la Bible, nous former, une disponibilité aux autres, un service de charité aux plus défavorisés… ou simplement prendre conscience de l’action de Dieu dans ma vie ! 

Appliquons-nous à prendre du temps pour cela ! Ne nous laissons pas influencer par « le prêt à penser consensuel » et « le besoin de faire comme tout le monde » !

Jésus ne nous demande pas d’être, pour autant, des experts en météorologie, Il nous demande de nous appuyer sur les signes du quotidien qui nous redisent sa présence. À qui sait le voir et ose le croire, Il redonne l’essentiel en nous montrant le chemin vers son Père et notre Père ! Avec Lui, ce chemin devient possible, même si le monde change autour de nous ! Avec Lui, rien n’est impossible !

Dans un monde qui n’a pas fini de « bouger », gardons le cap, demandons à l’Esprit Saint qu’il nous éclaire et nous aide à rester libres, à discerner et comprendre afin de poser les bons et vrais choix de vie !

Demandons cette grâce pour rester de fidèles témoins du Christ ! 

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 17 octobre 2022, 29e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 12, 13-21. Lettre de Saint Paul aux Éphésiens 2, 1-10. Psaume 99.

 

Il est question, ici, de partage, d’héritage et d’arbitrage ! Jésus se garde bien de répondre à toutes ces questions par trop humaines et souvent partiales. En bon pédagogue, en bon éducateur, Jésus va essayer de nous faire comprendre où sont les véritables enjeux en racontant un fait assez courant de son temps, j’imagine. 

À son habitude, Jésus donne une nouvelle parabole : celle du riche insensé. Il s'agit, notons-le, d'une richesse honnêtement acquise. Jésus ne dénonce pas la richesse tant qu’elle reste un moyen ou une conséquence et non un but !

Que se passe-t-il ?

Regardez, dit-il, cet homme qui a une bonne terre, de bonnes récoltes. Il vit bien. Mais il en veut toujours plus : de nouvelles granges, plus de profit, plus de sécurité pour être à l’abri des imprévus, pour l’avenir. 
 

Nous pourrions nous demander : qu’y a-t-il de mal à cela ?

En effet, nous pourrions dire : « C’est sage ! Il est bien de se construire un patrimoine, de faire des placements, de préparer l’avenir des enfants, de se donner une sécurité pour sa retraite. » Et sans doute, avons-nous raison. Ce sont des raisonnements respectables. 

Mais attention ! Là encore, Jésus ne vient pas condamner la possession de biens. Il ne vient pas nous dire qu’il faut n’avoir rien, ne pas prévoir sa retraite. 

Alors qu’est-ce qui ne va pas chez notre homme riche de la parabole, et qui engrange ? Où le bât blesse-t-il ? Quel est donc l’enseignement de Jésus ?

Écoutez : « Dieu lui dit : ‘Tu es fou : cette nuit même, on te redemandera ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l’aura ? » « Voilà », conclut Jésus, « ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu.» 

Ce qui « cloche » ici pour l’homme riche de cette parabole, c’est qu’il semble se laisser enfermer par ses possessions matérielles. C’est son attachement à celles-ci, en ne pensant qu’à une pérennité terrestre ! Or, nous ne sommes que des pèlerins sur cette terre ! 

Qu’en est-il pour nous-mêmes ?

Peut-être pouvons-nous faire un petit exercice et regarder dans notre vie, pour nous, 

  • Ce qui est superflu,
  • Ce qui est utile 
  • Ce qui est important 
  • Ce qui est nécessaire et essentiel. 

Cet exercice que nous pouvons faire au cours de la semaine, nous renseignera sur nos priorités et nous aidera sûrement à les mettre à la bonne place. 

Que cette messe nous aide à élever notre cœur vers les biens spirituels, vers les réalités spirituelles qui ne s’achètent pas, mais qui font vraiment vivre !  

Demandons à l’Esprit-Saint , cette grâce du discernement pour chacun de nous !     

Bonne réflexion !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 16 octobre 2022, 29e dimanche du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 18, 1-8. Livre de l’Exode 17, 8-13. Psaume 120. 

Deuxième lettre de saint Paul à Timothée 3, 14 à 4, 2.

 

Chers frères et sœurs, sans doute avez-vous eu la curiosité, ce matin avant de venir à la messe, de lire les textes de la liturgie de ce dimanche ! Ils sont très intéressants et abordent une multitude de thèmes.

Pour cette homélie, j’ai choisi d’en retenir au moins trois : trois thèmes majeurs qui traversent les lectures de ce jour ! 

 

- Le premier thème et peut-être le plus évident est celui de la prière.

En effet, dès la première lecture du livre de l’exode, même si le mot « prière » n’est pas explicitement nommé, il semble bien que ce soit grâce à la prière de Moïse que le peuple l’emporte sur ses adversaires. 

Attention, ne tombons pas dans la magie qui nous ferait penser qu’il suffit d’avoir les bras levés au ciel pour que nos prières soient exaucées ! Il ne s’agit pas de cela ; au contraire, Moïse n’y est pas arrivé tout seul, il a eu besoin de son frère Aaron et de Hour pour tenir bon dans la durée. 

C’est donc ensemble qu’ils invoquent Dieu, qu’ils espèrent en la victoire de leur peuple, un peu comme s’ils portaient leur peuple à bout de bras, grâce à la prière.

 Voilà une belle image pour illustrer ce qui me semble être la prière : c’est porter ensemble, à bout de bras ceux pour lesquels nous prions. Plus encore, nous nous portons les uns, les autres dans la prière. Cela nécessite - forcément - un certain effort !

Je le précise, à nouveau, cela n’est pas magique ! 

 

- Le deuxième thème est celui de la Foi !

Le fait de nous sentir accompagnés, soutenus de l’intérieur, nous aide à garder cette confiance en nous ; en fait, c’est une question de foi. Comme le dit Jésus, il suffit d’un tout petit peu de foi, gros comme une graine de moutarde, pour pouvoir déplacer les montagnes. 

Car la foi, le fait de croire, de croire sans voir, de croire en soi, de croire aux autres, de croire au projet de Dieu dans notre vie et de savoir que l’on croit en nous, tout cela nous aide à oser, à dépasser nos limites et nos peurs qui souvent nous paralysent. Cette foi est essentielle ! Elle est aussi un don que nous recevons et qu’il faut entretenir !

Voilà donc pourquoi Jésus se demande dans la finale de l’Évangile d’aujourd’hui : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? »

Cette parabole de la veuve et du juge sans justice nous est donnée pour illustrer cette invitation à « toujours prier sans se décourager » !

 Mais attention, il y a, là aussi, une précision importante pour éviter une ambiguïté qui pourrait transparaître dans cette parabole ! 

Nous risquons, en effet, d’entendre cette parabole comme une invitation à “casser les oreilles de Dieu“ pour obtenir ce que nous voulons, comme cette veuve opiniâtre qui a obtenu gain de cause à force d’insistance auprès de ce juge sans justice. 

Or Dieu n’est pas comme ce juge ! Jésus le dit clairement à la fin de la parabole !

Par ailleurs Jésus le dit aussi dans d’autres évangiles, notamment chez saint Matthieu (Mt 6, 7-8) : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles et de prières, ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. »

Frères et sœurs, si Jésus nous donne l’exemple de cette veuve qui crie sans se décourager, c’est parce qu’elle a foi en ce qu’elle demande et elle y croit vraiment que sa demande est légitimement juste ! C’est une des pointes de cette parabole ! 

Et nous, frères et sœurs, comment prions-nous ? Quelle est ma prière ? Il est vrai que Dieu ne répond pas toujours aux demandes que je Lui formule :

  • On peut prier pour la paix dans le monde (c’est bien), mais la réponse de Dieu sera sans doute d’abord, la paix en moi, pour que je puisse la propager autour de moi !
  • On peut prier pour retrouver la jeunesse d’avant, mais la réponse de Dieu peut être cette jeunesse du cœur et l’enthousiasme des années à venir et encore à construire !
  • On peut prier pour trouver la richesse, mais la réponse de Dieu peut être différente et nous offrir une autre richesse, celle de la richesse de son amour, la certitude que je suis appelé à vivre avec Lui pour toujours, richesse dans les amitiés, les relations, les rencontres… Quelle richesse de pouvoir être ici, tous ensemble ce matin !
  • On peut demander que l’autre change, mais la réponse de Dieu peut être de découvrir que c’est moi qui peux changer… Mon regard peut changer sur l’autre et le voir autrement !

Si cette veuve prie sans se décourager, c’est parce qu’elle a la foi, que sa demande est vraie et cela change tout !

 

- Il y a aussi un troisième thème : le projet de Dieu pour moi, pour nous !

En effet, il y a un autre fil conducteur qui parcourt tous ces textes. Ce fil conducteur est celui du projet de Dieu pour l’humanité, l’Alliance qu’Il fait avec elle, avec moi, pour nous faire entrer dans son intimité et partager sa vie. 

Toutes les prières que nous pouvons faire sont sans commune mesure avec le projet que Dieu nous propose pour cette vie présente et pour la vie éternelle !

Ce projet bienveillant de Dieu que Jésus a mené à terme est déjà commencé dans l’Ancien Testament. La première lecture, nous montre une figure incontournable, celle de Moïse. L’évangile nous redit l’invitation de Jésus à ses disciples de crier vers Dieu, jour et nuit, à cultiver une foi inébranlable en Lui. 

Saint Paul ne se trompe pas quand il s’adresse à son disciple Timothée : « Tu connais les Saintes Écritures, elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus-Christ. »

Au cœur de ce projet de Dieu sur l’humanité, nous sommes invités à garder la foi comme un don précieux, à prier par une prière persévérante qui s’incarnera dans l’audace d’hommes et de femmes de prière (quand je dis cela, je ne pense pas uniquement aux moines et moniales). Oui, nous sommes tous invités à prier, là où nous en sommes, et si notre prière confiante se joint à des gestes concrets, c’est pour nous redire qu’elle n’est pas un refuge dans le laisser-faire et l’inertie. 

L’expérience nous montre que :

  • La prière persévérante nous sort de nous-mêmes, de notre petit monde et nous ouvre aux désirs de Dieu sur l’humanité.
  • La prière persévérante crée une chaîne d’amour entre les priants qui expérimentent ainsi une véritable communion de frères et sœurs tournés ensemble vers le même Père. 
  • La prière persévérance développe une attitude fondamentale de pauvreté et d’humilié. 

Pauvre et humble devant Toi, Seigneur, je te prie, car tu sais ce dont j’ai besoin !

Alors, frères et sœurs, faisons confiance à Dieu, même quand l’amour de Dieu ne semble plus évident, voilà l’acte de foi vrai ! Jésus ne s’est pas caché à lui-même, et donc ne nous a pas caché la difficulté : ce n’est pas facile de persévérer dans la foi, de ne pas se décourager, de ne pas « baisser les bras » ! Gardons la foi ! Croyons que notre prière portera du fruit !

Ne nous faisons aucune illusion ! Au moment d’entrer dans sa passion, quand les trois disciples, au jardin de Gethsémani, seront près de craquer, Jésus redira avec insistance (comme dans sa prière du Notre Père): « Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation. » (Mt 21,46)

Je vous le redis : frères et sœurs, gardons la foi et croyons que notre prière portera du fruit !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du vendredi 14 octobre 2022, 28e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 12, 1-17. 

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 1, 11-14. Psaume 32.

 

 

Impressionnant, le nombre de personnes qui entourent Jésus ! L’évangile nous parle de la foule qui s'est rassemblée par milliers pour entendre Jésus, au point que les gens s'écrasent. Il est vrai que la parole de Jésus n’est pas une parole mièvre, mais une parole directe, sans concession ! 

Si vous en avez le temps aujourd’hui, reprenez cet évangile, car c’est une véritable catéchèse qui nous est proposée !

Je souhaite m’arrêter quelques instants ce matin, sur cette recommandation.

"Méfiez-vous du levain des Pharisiens, c’est-à-dire de leur hypocrisie", dit Jésus à ses disciples.

Déjà, quelle idée avons-nous du levain ? Savez-vous que beaucoup de jeunes n’ont jamais vu ou touché du levain ? Le levain, encore employé de nos jours par quelques boulangeries à l’ancienne, est un morceau de vieille pâte qu'on laisse fermenter et qu'on mélange ensuite à une pâte neuve pour la faire lever. Qui dit levain, dit : transformation, fermentation, et en un sens : corruption ! Le levain était considéré, dans ce cas-là, comme un élément impur.

  • Encore aujourd’hui, dans les familles juives pratiquantes, quand arrive la fête de la Pâque, on nettoie, on élimine de la maison toute trace de levain, afin d'accueillir avec un cœur nouveau la volonté de Dieu, comme au premier jour de l'Exode.
  • Le pain qui sera consacré ce matin, ici, dans quelques instants est, lui aussi, sans levain !

Saint Paul, dans la première lecture, fait allusion à cette tradition lorsqu'il recommande aux Corinthiens : "Purifiez-vous du vieux levain et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté." (1 Co 5,7).

C'est bien le « sens négatif » du levain que Jésus retient ici, de la corruption et de l’hypocrisie qui pourraient être aussi les nôtres. Il vise des attitudes bien précises : "Méfiez-vous du levain des Pharisiens, c'est-à-dire de leur hypocrisie". Jésus nous alerte de tout ce qui vient corrompre ma vie, mon témoignage chrétien, mon espérance ! 

Ne croyons pas que nos attitudes n’auront pas de conséquences ! Nous pouvons le lire dans la suite de l’évangile de ce matin lorsque Jésus s’adresse à ses amis : “Tout ce qui est caché sera connu… Craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de vous envoyer dans la géhenne. 

Finalement, n’avons-nous pas à faire personnellement un vrai nettoyage dans notre vie pour réfléchir et éradiquer tout risque d’une attitude corrompue par les hypocrisies tant personnelles que celles qui nous entourent ! C’est ce que nous pouvons retenir ce matin !

Comment allons-nous faire pour supprimer le levain qui pourrait engendrer en nous une duplicité, un voile, des ténèbres, une crainte… bref, une contamination nocive ! Comme le dit saint Paul : “Revêtons l’homme nouveau ! “

Ayons cette audace et ce courage de purifier notre vie et de supprimer tout ce qui pourrait la corrompre !

 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 10 octobre 2022, 28e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 11, 29-33. 

Lettre de Saint Paul aux Galates 4, 22-24.26-27.31à5, 1. Psaume 112.

 

Peut-être sommes-nous un peu comme cette foule qui réclame un signe ! Ils veulent une preuve ! Ils veulent qu’on ne les “roule pas sur la marchandise“ ! Et cette foule accule Jésus à manifester de l’extraordinaire, du surnaturel, saupoudré d’actions éclatantes et bien sûr, surprenantes ! 

Mais la réponse de Jésus est cinglante : « Il ne vous sera donné que le signe de Jonas ! »

Mais quel est-il, ce signe ?

Jonas est le héros d’un petit livre du Premier Testament. Ce petit livre n’a rien d’historique, c’est plutôt une parabole qui nous parle de l’universalité de la foi… Si vous en avez la possibilité, prenez le temps de relire ce petit livre, il est assez court ! 

Avec beaucoup d’humour et d’ironie, l’auteur de ce livre fait de Jonas la figure symbolique de ce judaïsme postexilique, c’est-à-dire après l’exil à Babylone, fermé sur lui-même et qui découvre, un peu ébahi, que Dieu ne rejette pas les païens qui se tournent vers Lui. Même les étrangers, non juifs, se convertissent !

À cette foule, Jésus donne en exemple les habitants de Ninive qui se convertissent après avoir entendu la parole de Jonas. C’est le seul signe que donne le prophète : une parole forte annoncée au nom de Dieu. Jésus ne fait pas autre chose. Il a refusé toute forme de stratégie médiatique visant à séduire ceux qui Le voient. Il parle, annonce le Royaume, apaise les cœurs blessés, libère les consciences qui ploient sous le poids du fardeau et de la culpabilité, relève l’humain condamné, accueille le rejeté... Ce qu’il dit, Il le fait ouvertement !

 

La Bible nous raconte assez fréquemment que les païens, comme les habitants de Ninive, sont en réalité, bien plus disponibles au passage du Seigneur dans leur vie que les croyants bien établis. C’est peut-être parce qu’ils sont en désir, en attente, et dans l’espérance de cette rencontre qui changera véritablement leur vie ! Ceci est vrai tout autant pour aujourd’hui !

Alors, pour nous-mêmes, frères et sœurs, soyons attentifs, ne nous habituons pas au Christ ni à sa Parole !

Ne soyons pas des chrétiens blasés, restons intérieurement comme ceux qui désirent se laisser convertir, encore et toujours ! Laissons-nous surprendre par ce Dieu qui veut nous donner sa vie !

Le seul et unique signe qui nous est donné aujourd’hui, c’est le Christ, la vie ordinaire de Dieu parmi les hommes.

Le signe qui nous est redonné lors de cette messe est cette parole : « Ceci est mon Corps ! »

Par cet humble pain consacré, c’est le Corps du Christ qui nous est offert. Il vient nous redire que l’ordinaire de nos vies est le lieu de notre sainteté et notre chemin de vie avec Dieu, notre voie de salut.

Demandons pour nous ce matin, encore une fois, de garder un regard émerveillé sur notre Dieu qui se donne et nous bouscule sans relâche pour que nous changions, pour que nous nous convertissions et nous tournions totalement vers Lui, pleins de confiance !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du vendredi 7 octobre 2022, 27e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 26-38. Actes des Apôtres 1, 12-14. Cantique, Luc 1.

MÉMOIRE DE NOTRE-DAME DU ROSAIRE

 

La fête de Notre-Dame du Rosaire que nous célébrons aujourd'hui a été instituée pour honorer la Bienheureuse Vierge Marie lors de la victoire chrétienne sur les Turcs à Lépante le 7 octobre 1571, deuxième moitié du XVIe siècle. Le pape saint Pie V et tous les chrétiens avaient prié le chapelet pour demander la victoire. Cette date a été conservée.

Le Rosaire, appelé aussi le « Psautier de la Bienheureuse Vierge Marie », est l'une des meilleures prières à Marie, la Mère de Dieu. Je cite saint Jean-Paul II : « Le Rosaire, bien que de caractère clairement marial, est au fond une prière christocentrique. Dans la sobriété de ses éléments, il a toute la profondeur du message évangélique dans son ensemble, dont on peut dire qu'il est un résumé. » (Saint Jean-Paul II. Rosarium Virginis Mariae – Sur le Très Saint Rosaire). 

Nous connaissons Marie et l’appelons sous différents vocables : Notre-Dame du Rosaire, Notre-Dame Réconciliatrice, Notre-Dame de la Victoire, Notre-Dame de la Paix. Mais ne nous y trompons pas, derrière la diversité des vocables ou des contextes historiques, c’est un seul et même but vers lequel tend la prière chrétienne, la Victoire de la Paix : c’est-à-dire, la Victoire du Christ. À chaque fois que nous récitons le chapelet, nous manifestons par l’intercession de la Vierge Marie, la Victoire du Christ.

Lorsque la guerre, la haine, la violence, l’arrogance…  menacent de tout emporter, les chrétiens, à l’école de l’Évangile, pressentent que le salut ne peut pas venir de la force des armes. 

Certes, il est légitime de se défendre, de tout faire pour mettre hors d’état de nuire envahisseurs et terroristes : c’est même un devoir ! Mais le risque est grand, alors, d’ouvrir le cycle infernal de la vengeance, de monter dans l’escalade de la puissance et de la surenchère, de risquer de mettre notre confiance dans nos chars et nos chevaux, dans nos avions et nos missiles, alors que de telles armes humaines sont incapables de produire une victoire qui soit une vraie paix ; elles n’engendrent que plus de frustrations chez les vaincus et, souvent, un désir de revanche.

Si les chrétiens se tournent vers Marie, c’est qu’ils savent, dans la foi, qu’un tel combat et une telle victoire ne peuvent être que spirituels. Ce vrai combat n’est pas entre des bons et des méchants, entre les pays, ou les cultures… Le combat véritable se déroule dans les cœurs, au plus intime de chaque homme. Aujourd’hui, plus encore qu’au XVIe siècle, nous percevons combien les enjeux politiques sont complexes, imbriqués, mêlés de bien et de mal, et que les meilleures causes sont souvent gâtées par les égoïsmes les plus douteux et les plus cyniques.

Le danger actuel, c’est que nous possédons les armes pour tout détruire sur notre terre, si l’homme ne devient pas plus sage et plus raisonnable.

Demandons à la Très Sainte Vierge, par son intercession de nous garder dans la fidélité à son Fils et aussi dans son désir de paix dans le monde et de paix dans nos cœurs !

C’est la grâce que nous pouvons demander ce matin par l’intercession de la Vierge Marie

                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 3 octobre 2022, 27e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 10, 25-37. Lettre de Saint Paul aux Galates 1, 6-12. Psaume 110.

 

« Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? »

Nous connaissons bien cette parabole du « bon samaritain ». Je ne vais donc pas la commenter ce matin et je vous invite à prendre le temps de la méditer. 

Je vais plutôt m’intéresser aujourd’hui à une question existentielle, à cette question du légiste qui reflète les débats théologiques de l’époque, et sans doute aussi nos propres questions : il s’agit de la vie éternelle : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » demande le docteur de la Loi. Cette question, parfois absente dans les activités trépidantes de notre existence, est capitale aussi pour nous !

Nous venons d’entendre, dans l’évangile, qu’il reçoit successivement deux réponses. 

La première réponse, c’est Jésus qui l’énonce en citant l’Écriture, en jumelant Lui-même un passage du livre du Deutéronome sur l’amour de Dieu, le « Shema Israël », et un passage du livre du Lévitique sur l’amour du prochain. À ce niveau théorique, tout est dit ; il n’y a rien à ajouter : « Tu as bien répondu, dit Jésus, fais cela et tu auras la vie » … Littéralement : tu sais très bien ce que tu dois faire, et nous savons également, ce que nous devons faire.

La deuxième réponse, c’est cette parabole que nous connaissons bien ! Elle exprime une réponse dynamique, sous la forme d’un programme de réflexion et qui se termine ainsi : « Va, et toi aussi fais de même ! » … Littéralement : agis de la même manière que le Samaritain, car là aussi, tu connais la réponse. Or qu’a fait cet étranger ? Est-ce si extraordinaire ? Il a mis en œuvre sa miséricorde, sa bonté, envers le blessé rencontré sur la route.

Frères et sœurs, nous pouvons nous poser cette question puisque nous le savons, la route qui descend de Jérusalem à Jéricho passe devant chez nous, et nous l’empruntons tous les jours. C’est la route de notre travail ou jusqu’à cette église, de nos responsabilités, de nos solidarités et de nos fraternités : « Va, et toi aussi fais de même ! ». 

Ouvrons nos yeux, demandons à Jésus de les garder grands ouverts, et laissons-nous arrêter, comme Lui, par les blessés de la vie.

Un dernier point est important : ne l’oublions pas ! Le bon Samaritain, c’est aussi et d’abord Jésus : Il nous aime jusqu’à l’extrême. « Il nous a aimés et s’est livré pour nous. » (Eph 5,2)

Demandons cette grâce d’être attentif aux personnes qui nous entourent, mais aussi d’avoir l’humilité de nous interroger sur cette vie éternelle que Dieu nous propose et de réfléchir sur les moyens qui sont les nôtres pour nous y préparer !

                                                                                                                 Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 2 octobre 2022, 27e dimanche du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 17, 5-10. Livre du prophète Habacuc 1,2-3.2, 2-4. Psaume 94. 

Première lettre de saint Paul à Timothée 1,6-8.13-14.

 

Chers amis, imaginons que Jésus soit là, devant nous ! 

Quelle serait notre réaction, notre attitude ? 

Que voudrions-nous Lui dire ?

Aurions-nous cette demande particulière à la manière des Apôtres : « Seigneur, augmente en nous la foi ! » ? Augmente en moi la foi ! C’est une belle demande ! 

Nous aurions pu demander d’autres choses : augmente en moi … la sagesse, l’intelligence, la mémoire, la santé, ou même d’une façon plus triviale, mon compte en banque…

 Nous aurions pu demander aussi sur le plan de la Mission : donne-moi Seigneur de faire des miracles, pour encore mieux évangéliser, ou encore le courage de pouvoir répondre à toutes les questions… 

Plus encore, et de façon tout à fait louable, de pouvoir changer la nature des choses ou de stopper la violence qui, malheureusement, se déchaine à travers le monde (1re lecture avec le prophète Habacuc).

Les Apôtres ont fait très simplement cette demande !  « Augmente en moi la foi ! »

La réponse de Jésus a de quoi nous déconcerter !

Il prend l’image de cet arbre qui serait déraciné et planté dans la mer, et qui montre en réalité l'incohérence, ou du moins « un certain décalage » avec la demande des Apôtres, aussi belle soit-elle.

En réalité, le souci n’est ni la demande ni la réponse. C’est la manière de poser la question : « Augmente en nous la foi ! » La demande des Apôtres est-elle bien posée ? Comment mesurer la taille idéale ou la quantité idéale de la foi ? 

Comme les Apôtres, nous demandons parfois une : « quantité de foi » alors que Jésus propose, sur un tout autre plan : « une qualité dans la foi ». Il nous faut donc quitter le côté quantitatif pour entrer dans le côté de la relation. Arrêtons de tout vouloir mesurer ! Tout se joue dans la relation, dans notre relation personnelle avec le Christ. 

Dès lors, que notre foi soit grande ou petite, peu importe le côté quantitatif ; il nous faut entrer dans la relation, et cela depuis le don gratuit de la Foi, au jour de notre baptême ! Tant que notre foi est la foi en Jésus Christ, tant que nous faisons confiance au Christ, tant que nous restons enracinés dans sa Parole, avec une foi vécue aussi en communauté, nous répondons à l’attente de Jésus ! Qui peut juger que notre foi est grande ou petite ?

Car c’est Lui qui agit ! Et si c’est bien le Christ qui agit, rien ne peut nous décourager ! Ce n’est pas la foi des miracles qui nous fera changer, mais la foi toute simple et incarnée en Jésus Ressuscité ! C’est par elle que nous pouvons alors vivre cette relation personnelle qui nous fait entrer dans la fidélité de l’appel et de l’amour du Christ. C’est Lui qui agit ! Mais pour qu’Il puisse agir, Il a besoin d’un cœur disposé, capable d’accueillir et confiant. Là peut se situer la difficulté !

Déjà le prophète Habacuc dans la première lecture, nous invitait à la confiance et à la fidélité ! le Seigneur l’invite à mettre par écrit « une vision pour le temps fixé », vision qui « ne décevra pas et … Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard. » C’est une vision de confiance ! Frères et sœurs, nous pouvons découvrir une certaine analogie avec le temps que nous vivons.

Alors que les Apôtres (c’est-à-dire en élargissant à tous les disciples-missionnaires de tous les temps) sont peut-être inquiets d’un manque de résultat ou de ne pas y arriver, Jésus nous redit que nous « sommes de simples serviteurs » et que « nous n’avons fait que notre devoir ». Nous avons à faire notre devoir dans la confiance, simplement parce que nous aimons comme nous sommes aimés. Il n’est pas ici question d’une quelconque soumission, mais bien d’un « devoir libre, discerné, choisi… ».

Littéralement, le Christ nous invite à rester sereins face à la mission. Il ne nous demande pas de réaliser des choses extraordinaires, mais d’être simplement des chrétiens audacieux et confiants. Il nous suffit d’un peu de foi reçue lors de notre baptême, de faire réellement ce qui est à notre portée, et Dieu fera le reste. C’est ce que signifie l’expression « simples serviteurs » et cela ne dédouane pas l’apôtre de faire sa mission avec amour en y mettant son propre cœur et du cœur à l’ouvrage. Comprendre cela enlèvera le poids de la recherche du résultat et de l’efficacité ! Dans un monde où l’on cherche la performance dans tous les domaines, il est bon d’entendre que notre mission n’est pas d’aboutir à un résultat précis ou un quota, à tout prix, mais que notre mission, quelles que soient les générations est l’humble et vrai témoignage du Salut en Jésus ! Notre agir chrétien sera humble, aimant, attentif à chacun, serein.

Ils sont vrais et réconfortants tous ces adages, toutes ces affirmations !

  • Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, et Dieu fera le reste ! 
  • Faisons ce qui est possible et Dieu fera l'impossible ! 
  • C'est la puissance de Dieu qui rend possible ce qui semble impossible !

Tout cela est vrai et rassurant, car reconnaissons-le, notre Mission nous dépasse !

En même temps, n’oublions pas, frères et Sœurs, que si nous demandons un surcroit de foi et de confiance, c’est parce que Jésus est venu nous sauver et qu’Il nous aime tels que nous sommes ! Mais, si nous ne croyons pas, si nous ne cherchons pas à Le suivre, à mettre nos pas dans les siens, à faire la volonté de Dieu, comment serions-nous sauvés ?

Ne pensons pas que notre vie chrétienne soit facile et sans embuche ! C’est justement parce que nous chutons que notre foi, aussi, doit être affirmée !

Plus que jamais, nous avons besoin de la foi, de ce « don gratuit de Dieu » (comme le rappelle saint Paul à Timothée : « un esprit de force, d’amour et de pondération ») pour accomplir notre humble mission dans ce monde où règne l’incroyance et une forme de folie. 

Alors oui, humblement, mais avec audace et réalisme, faisons nôtre cette prière : « Seigneur, augmente en moi la foi ».

Que la foi et notre confiance en notre Dieu, trois fois saint, soit le cœur de notre vie chrétienne et le cœur de notre relation à notre Sauveur !

C’est la grâce que nous pouvons demander et y ajouter la demande de raffermir notre confiance en Lui !

En toi, j’ai mis ma confiance, Ô Dieu très saint, Toi seul es mon espérance 
Et mon soutien ; C’est pourquoi je ne crains rien, 
J’ai foi en toi, ô Dieu très saint. C’est pourquoi je ne crains rien, J’ai foi en toi, ô Dieu très saint.

 

Homélie du vendredi 30 septembre 2022, 26e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 10, 13-16. Livre de Job 38,1.12-21 ; 40,3-5. Psaume 138.

 

Comme je vous le disais en introduction, saint Jérôme était un amoureux de la Parole de Dieu. Toute sa vie, il l’a passée à traduire les textes bibliques de l’hébreu au latin.

Ce matin, j’ai envie de vous proposer de prendre du temps pour relire la Bible, à la suite de saint Jérôme. Puisque tous ces derniers jours, nous lisons, et encore aujourd’hui, le livre de Job, je vous invite à relire ce livre en entier. 

Dans la Bible, parmi les livres de Sagesse, qui traitent de la vie quotidienne, du savoir-faire et du savoir-vivre (comme le livre des Proverbes), du sens de l'existence (avec Qohèleth), de l'amour (en lisant le Cantique des cantiques), de la présence de Dieu dans la création et dans l'histoire (avec Ben Sirach et le Livre de la Sagesse), de la prière (en méditant les Psaumes), il y en a un qui parle de la souffrance de l'homme : c'est le livre de Job.

Job est un personnage à la fois réel et fictif. Il est réel en tant qu'il représente la souffrance de combien de femmes et d'hommes par le monde. Il est encore réel parce que son auteur réfléchit sur l'épreuve qu'a vraiment subie le peuple d'Israël pendant son exil à Babylone ; mais il est fictif au sens où l'auteur n'a pas voulu décrire une situation historique singulière, mais une situation que tous rencontrent plus ou moins à un moment donné de leur existence. L'auteur du livre biblique de Job, qui a vécu sans doute au V° siècle avant Jésus Christ, a écrit ce livre après le retour d'exil de Babylone. Il ne présente pas son héros comme un Juif important, mais comme quelqu’un comme nous, comme n’importe qui !

À travers toute la tradition chrétienne, Job a constamment été reconnu comme le modèle du Juste souffrant et donc comme une figure de Jésus : on loue souvent la patience et la fidélité de Job dans son malheur ; on le décrit comme celui qui se lamente sur son fumier. Parfois aussi, on le met en évidence comme celui qui a l’audace de discuter avec Dieu et qui ose le prier, non seulement afin de comprendre et d'accepter sa condition, mais parce qu'il cherche à découvrir si l'épreuve douloureuse telle qu’il la vit, a un sens pour l'homme et pour Dieu. 

Le livre de Job n'est pas seulement un livre biblique : c'est encore un des grands textes du patrimoine spirituel de l'humanité. Dans la Bible, il indique un moment clé de la réflexion d'Israël sur sa propre histoire, après la détresse de l'exil. Effectivement, comment le peuple de Dieu, et nous avec lui, pouvons-nous rester fidèles à Dieu et continuer de Le prier quand souffrent les hommes, et particulièrement les innocents ? 

Que pouvons-nous retenir de ce livre ? 

La souffrance n'a pas de valeur en elle-même, mais elle peut être le lieu où l'être humain est amené à se poser les questions fondamentales sur sa propre vie, son existence et le destin du monde. 

N'oublions pas que pour beaucoup de nos contemporains, la souffrance et la mort semblent mettre en question l'existence même d'un Dieu bon et tout-puissant. Que répondons-nous aux questions qui nous sont posées sur la souffrance ? Est-ce Dieu qui veut la souffrance ? Est-ce l’homme qui en est la cause ? Avons-nous une réponse ?

Alors, prenons le temps de relire et méditer ce livre de Job.

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du dimanche 25 septembre 2022, 26e dimanche du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 16, 19-31. Livre du prophète Amos 6,1a.4-7. Psaume 145. 

Première lettre de saint Paul à Timothée 6, 11-16.

 

Chers amis, de nombreuses pages, de nombreux commentaires ont été écrits sur cet évangile, tellement il nous surprend et nous dérange !

Je vais vous proposer juste quelques réflexions et vous laisser méditer ce texte personnellement. Que nous dit cet évangile ?

  • qu’un homme riche vit dans le luxe : il est vêtu de pourpre et de lin fin ;
  • qu’un pauvre vit devant chez lui, couvert d’ulcères ;
  • que le pauvre meurt, ainsi que le riche ; 

Ce que pointe l’évangile, c’est que la mort va rendre définitifs les fossés que nous créons.

Nous ne savons pas grand-chose de l’homme riche, il n’a pas de nom, par contre nous entendons qu’il est vêtu de pourpre et de lin fin. On ne dit pas qu’il est méchant. On dit simplement qu’il est dans son monde, dans son confort, dans ses festins somptueux, dans sa tour d’ivoire. 

Qu’en est-il aujourd’hui ? Avez-vous déjà observé la maison d’une personne fortunée ? Plus elle est riche et moins elle peut voir les autres au-dehors. Cette maison est entourée de haies très hautes, avec des arbres, des murs, des portails, des chiens, des gardes …et tout cela enferme cette personne « riche » dans son confort en oubliant peut-être celui qui a faim juste devant sa porte !

Il y a aussi ce pauvre, dont nous connaissons le nom : Lazare. C’est un cas unique où l’on donne un nom à un personnage d’une parabole. Ce nom a été choisi en raison de sa signification, ce n’est sans doute pas un hasard. Issu de l'hébreu " el'azar " Lazare signifie " Dieu a secouru " : vaste programme !!! Non pas que Lazare soit vertueux (cela n’est pas dit !), mais il est noté simplement qu’il est pauvre et qu’il aurait bien voulu avoir quelques miettes, quelques restes, quelques offrandes à se mettre sous la dent.

On aimerait croire que si ce riche pourtant croyant (il connaît Abraham) s’était donné la peine d’ouvrir son portail, de sortir de sa suffisance, peut-être aurait-il été choqué de voir l’état de cet être humain, peut-être aurait-il posé son regard, avoir un geste de compassion pour ce pauvre dont les plaies sont soulagées par les chiens ?

En même temps, ne faisons pas de caricatures ! Ce pourrait être trop facile ! Peut-on dire que ce riche ne connaissait pas ce pauvre ? Non, car il semble bien connaître son nom et il le nomme dans la deuxième partie de la parabole !

Si seulement Jésus nous avait présenté un mauvais riche, qui maltraitait le pauvre, nous aurions pu respirer. La parabole ne nous aurait pas concernés. Nous aurions pu penser : « nous ne sommes pas riches, ou si peu, et puis, nous ne sommes pas mauvais ». Mais précisément, cette parabole ne donne aucune dimension morale à l’attitude de ce riche anonyme, faisant bonne chère et vivant dans le luxe.

La richesse n’est pas mauvaise en soi, mais elle risque d’aveugler la personne riche. L’argent est neutre et en même vecteur de puissance. Voilà le danger !

Jésus ne lui reproche nullement d’être riche, mais bien d’être aveugle et surtout indifférent à la misère du pauvre qui gît à sa porte. Être riche n’est ni une tare ni un vice honteux. Mais il y a une bonne et une mauvaise manière de l’être.

Une chose est certaine : le luxe endort les individus, les sociétés et les nations. Il émousse la vigilance.

Enfermé dans une prison dorée, le riche risque de ne pas entendre les cris de souffrance de ses frères et sœurs. Il peut aussi, tout autant, rester sourd à la Parole de Dieu qui pourtant, pourrait le délivrer ! 

Comment faire entendre, encore aujourd’hui, que l’amour de Dieu et l’amour du prochain n’est qu’une seule et indivisible nécessité … et cela quel que soit le niveau de notre compte bancaire ?

En effet, la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare ne cesse pas d’être d’actualité. Les journaux nous la racontent tous les jours. Les prophètes, comme le prophète Amos, en répètent aussi les durs avertissements, les appels pressants à la conversion et aux indispensables changements. 

Il ne faut prendre à la légère ni le réquisitoire d’Amos, ni la parabole de Jésus, car nous sommes tous concernés ! Il nous faut donc l’approfondir. Tous deux livrent un message semblable. Tous deux nous invitent à la conversion.

 

Je termine par un dernier point qui, pour moi, est une évidence : l’enfer et le ciel existent !

Il arrive de plus en plus aujourd’hui qu’on se demande si l’enfer existe ! Il arrive que certains s’empressent de dire que « non », ou d’édulcorer une réponse (oui bien sûr, mais ce défunt est au ciel)... N’est-ce pas un peu léger ?

Jésus, lui, en tout cas, ne pense pas comme cela. Pour Lui, la vie d’ici-bas, notre vie terrestre, prépare celle de l’au-delà.Pour Lui, l’enfer, c’est de rester loin de Dieu, comme nous le sommes ici-bas. C’est rester loin des autres comme nous le sommes déjà sur terre. C’est donc l’homme qui se condamne lui-même et qui « s’enfer-me »

La seule sanction, c’est simplement cette distance que le riche a mise entre lui et Dieu, entre lui et les autres, et qui alors, devient définitive au moment de notre mort.

Frères et sœurs, sommes-nous convaincus que nous sommes en train de fabriquer notre ciel ou peut-être notre enfer ?

Chaque fois que nous nous ouvrons à Dieu et aux autres ou chaque fois que nous nous enfermons en nous-mêmes, nous créons soit notre ciel, soit notre enfer. Celui qui n’aime pas ici-bas se met lui-même hors du coup, pour ce festin de Dieu, où n’entrent que ceux qui savent vraiment aimer ou du moins, ceux qui recherchent comment vraiment aimer. 

 

Chers amis, c’est ce que nous redit l’évangile en clair : n’attendons pas demain pour nous mettre à aimer, car après notre mort, il sera trop tard !

Restons vigilants ! Tant que nous avons du souffle, tant que la vie est en nous, tant que nous pouvons faire des choix pesés, pensés, réfléchis, conscients… restons vigilants et décidons d’aimer et de nous laisser aimer ! 

Demandons cette grâce à Dieu pour chacun de nous, pour notre communauté rassemblée, pour tous ceux qui sont à La Salette en pèlerinage, pour nos familles et pour le monde !

            Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 23 septembre 2022, 25e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 18-22. Livre de Qohéleth 3, 1-11. Psaume 143.

 

Si vous me le permettez, je vais m’attacher de préférence, à la première lecture, celle du livre de Qohèleth. Peut-être avez-vous eu la curiosité de lire ce livre ? 

Nous connaissons tous cette phrase : « Vanité des vanités, tout est vanité ! » Elle est de Qohèleth (appelé aussi l'Ecclésiaste), ce sage biblique nous dit aussi qu'il n'y a : « rien de nouveau sous le soleil » ; des phrases qui font partie de notre langage quotidien, un peu comme des proverbes. 

Dans la Bible, le Livre de l'Ecclésiaste ou de Qohèleth vient après le Pentateuque (avec ses cinq grands Livres), et après les Prophètes. Avec les Livres des Proverbes, de Job, de Ben Sira, et de la Sagesse, il fait partie des cinq écrits de sagesse. 

Ce livre est écrit environ au IIIe siècle av. J.-C.

Quel est le propos de Qohèleth ? À quoi nous invite ce sage ? Que veut-il nous dire ?

Il nous propose de prendre la vie comme elle vient, comme Dieu nous la donne, de vivre à fond les jours et les évènements quand ils sont là, sachant que le malheur est toujours possible, surprenant… tapi à notre porte. Voilà un résumé très succinct du livre de Qohèleth, qui est un livre atypique et si moderne par bien des côtés.

On le croit parfois pessimiste parce qu’il observe ce qui se passe « sous le soleil » et conclut qu’on ne peut pas compter sur une justice humaine : il y a des méchants qui vivent longtemps et des justes qui meurent trop tôt, des sages pauvres et des riches idiots. Mais est-ce vraiment du pessimisme qu’affirmer cela ?

Il y a « un temps pour tout » (3,1) nous dit-il, et que « Dieu fait tout chose belle en son temps » (3,11) ; chaque temps de la vie a son sens en son moment, affirme le Qohèleth. Ce qui semble effrayant et difficile à un moment donné, peut (avec le recul et dans une relecture) nous aider à grandir ou avoir même des conséquences positives. 

Qohèleth propose un regard sur les humains et la société qui, pour être passablement désabusé, il n'en reste pas moins pétillant d'ironie, et tourné vers la joie de l'instant présent qu’il nous faut vivre pleinement. 

 

Bref, malgré la brièveté et la fragilité de la vie, nous sommes capables de tout ! Et toutes nos actions y trouvent leur place.

Nous qui courons sans cesse après le temps, nous qui parlons de temps « perdu », nous qui n'avons pas le temps…, prenons le temps d’écouter Qohèleth et retrouvons un temps pour chaque chose. Il s'agit de saisir et de vivre pleinement le temps présent, qu'il soit heureux ou malheureux. Il n'y a pas de temps perdu, dit Qohèleth, mais des temps à vivre. Veillons à ne pas gommer les moments de peine ni à oublier ceux de joie... Chaque moment peut avoir du beau, même parfois du pire, mais une fois qu'on prend du recul, on s’aperçoit que quelque chose de bon peut nous advenir. 

Hormis celle de Dieu, il n'y a pas de vérité éternelle : le temps passe, tout change. 

Mais ce qui est important pour nous, c’est qu’il ne faut pas vivre dans le regret du temps passé, de ce que nous n’avons pas pu faire, ou dans l'illusion de l'avenir : vivons le temps présent, car c’est le seul dont nous disposons et qui nous permet de créer ou co-créer avec Dieu ! 

Voilà ce que nous recevons de Qohèleth et, si vous en avez le temps, goûtez ce livre et sa sagesse !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 19 septembre 2022, Notre Dame de la Salette. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 19, 25-27. 2e lettre de St Paul aux Corinthiens 5,17-21. 

Psaume 39.

 

Fêter, Notre-Dame de La Salette, aujourd’hui, 19 septembre, c’est toujours fêter par elle et avec elle, Jésus, Jésus son Fils, Jésus qui est le Salut advenu en ce monde, et Marie a dit « Oui » au projet de Dieu. 

Au sanctuaire de la Salette, sans doute est-ce la grande effervescence et la joie, ce matin !

Fêter, Marie (que nous connaissons aussi à la Salette, sous le vocable de « Réconciliatrice des pêcheurs ») en son apparition sur cette haute montagne éloignée de tout, c’est faire nôtres, deux aspects importants et même centraux du message de l’Évangile : 

  • l’appel à la réconciliation, si présent dans les prières et la 1re lecture de ce jour, 
  • et l’appel à faire une place concrète et réelle à Jésus dans notre vie quotidienne.

Ces deux aspects sont au cœur du message de Marie aux deux petits bergers, Maximin et Mélanie. Quand Marie parle de conversion à vivre, elle nous invite à la prière chaque jour, quotidiennement, matin et soir.

L’appel à la réconciliation est en fait, une double action et une décision : 

  • se laisser réconcilier par Dieu et 
  • devenir des ambassadeurs de cette réconciliation.

Se laisser réconcilier par Dieu :

  • parce que nous ne lui faisons pas assez de place dans notre vie
  • parce que nous avons du mal à vivre les appels de l’Évangile 
  • parce qu’il est parfois difficile de répondre à son appel à aimer : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. 

Pécher (en hébreu, mot qui signifie « manquer le but ou la cible ») c’est manquer le but de ce double appel à aimer. Nous oublions trop souvent, l’appel de Dieu dans notre vie. C’est pourquoi il est urgent de se laisser réconcilier avec et par Dieu.

C’est à cela que nous sommes appelés, et nous devons demander à Dieu sa force, la force de l’Esprit Saint. C’est ce qui s’appelle prier, demander une intercession et signifie compter d’abord sur Dieu avant de compter sur nous-mêmes.

C’est cette expérience intérieure et réelle du pardon qui me permettra aussi de devenir un ambassadeur du Christ. Saint Paul est un témoin qui peut dire, dans la première lecture, son expérience : « Compte sur Dieu, fais-lui une place, il est là à tes côtés, il t’aime malgré tes difficultés à l’aimer et à aimer ton prochain ! »

Voilà ce que nous recevons de Marie en son message de La Salette. 

Oui, elle est là, à nos côtés, présente avec nous comme avec saint Jean au pied de la croix où Jésus est mort pour nous sauver !

Ne l’oublions pas, la croix est aussi un lieu d’espérance, malgré toutes les épreuves que nous devons porter. Ne désespérons pas, Marie est là et Jésus lui dit : « Porte avec eux ce que chacun te confiera et me confiera ainsi, porte avec eux pour qu’ils ne soient pas seuls sur leur chemin de vie et de sainteté ! »

Voilà chers amis, ce que Jésus nous dit ce matin, voilà ce qu’il nous dit avec Marie, Notre-Dame de La Salette.    

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 18 septembre 2022, 25e dimanche du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 16, 1-13. Livre du prophète Amos 8, 4-7. Psaume 112. 

Première lettre de saint Paul à Timothée 2, 1-8.

 

Chers amis, nous venons d’entendre des textes bien surprenants et j’espère que vous aviez pris le temps de les préparer avant de venir, afin qu’en les réécoutant ce matin, vous puissiez peut-être mieux les saisir ! Reconnaissons-le, ces lectures nous déconcertent. 

Oui, Jésus nous provoque aujourd’hui pour nous faire réfléchir, et les trois textes de ce jour nous aident à regarder avec attention notre monde, qui, en tout cas nous sommes nombreux à le penser, est en manque de justice et de vérité, en manque de relation fraternelle, en manque d’attention aux pauvres et aux petits.

J’aimerais aussi que vous preniez le temps de relire la deuxième lecture, celle de saint Paul ! Celui-ci nous rappelle l’essentiel et nous met dès le début dans de bonnes conditions pour essayer de comprendre. C’est la prière qui peut nous aider à comprendre tant le monde et nos sociétés qui fonctionnent par des règles de profit, de défiance et de spéculation : « Je voudrais donc qu’en tout lieu les croyants prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute. » (1 Tm2, 8) Quelle belle prière !

Alors, oui ! Certains vont me dire que Jésus nous surprend, car il semble louer un “coquin“, une personne capable de malhonnêteté !  

Les lectures de ce jour nous provoqueraient-elles sur le fait de tricher, de mentir, de tromper ? De fait, ces textes énumèrent une panoplie de tricherie : diminuer les mesures, augmenter le prix, fausser les balances, acheter tout pour une paire de sandales, vendre jusqu'aux déchets du froment (comme nous le dit le prophète Amos)… il est vrai que ces façons de faire sont d’actualité ! Ou encore : créer un réseau d'amis par une série de fausses factures comme nous l’entendons dans l’évangile.

 

Attention ! Ne nous trompons pas ! Si Jésus nous propose cette parabole, c’est qu’elle est, pour Lui, prétexte pour tout autre chose. Il nous faut donc trouver la pointe du texte ! 

Que se passe-t-il ? Un homme riche avait un gérant qui fut dénoncé, parce qu’il gaspillait non pas les biens de son maître, mais ceux de ses débiteurs. Le maître convoque donc le gérant et le renvoie ! Dur ! Voilà ce gérant confronté à la catastrophe. Mais au lieu de baisser les bras, il réfléchit, il cherche une issue : « Que vais-je faire ? » Il trouve une solution !

On connait la suite, et comment il falsifie les factures des débiteurs ! Saint Luc donne deux exemples de tricherie : 20 sacs de blé et 50 barils d’huile, ce qui fait à chaque fois une somme conséquente. En réalité, que fait ce gérant malhonnête ? Il abandonne simplement son avoir, sa commission ! Et voilà les débiteurs gratifiés chacun d’une généreuse remise. Avec de pareilles largesses, l’ancien gérant pouvait être assuré de trouver en eux, des gens pour le recevoir, reconnaissants, une fois qu’il serait renvoyé.

Le fait surprenant c’est que le maître de la parabole loue ce gérant. Non pour sa malhonnêteté ; il l’appelle bel et bien un trompeur, un fils des ténèbres. S’il le loue, c’est qu’il s’est montré habile, ingénieux. Par exemple, on pense au hold-up du siècle ; nous pouvons en admirer l’astuce, sans pour autant approuver l’acte lui-même.

Comprenons-nous la pointe de cette parabole ? Suspens !!!!! 

De quoi s’agit-il ? Et pour nous ? Nous aussi, nous allons un jour ou l’autre, quitter la gérance de notre vie et de nos biens, et nous devrons en rendre compte en quittant cette vie terrestre. Qu’allons-nous faire ? Ou plutôt que devons-nous faire ?

Eh bien, nous dit Jésus dans l’évangile : soyez au moins aussi habiles, vous, les fils de lumière, pour assurer votre vie éternelle, que ce gérant, fils des ténèbres, l’a été pour son avenir matériel.     

J’ai donc trois questions :

            1- Comment notre travail, nos biens nous préparent-il à la vie éternelle ? En employant l’argent à faire le bien, en donnant aux pauvres qui se feront auprès de Dieu, nos avocats quand nous aurons à rendre compte ? Donner généreusement est un geste du cœur, une expression de l’amour. Or nous serons jugés sur l’amour ! Comme quoi, penser aux autres est encore la meilleure façon de penser aussi à soi-même. Cela ne sert à rien d’accumuler dans notre vie terrestre : « Nus, nous sommes venus au monde, nus, nous repartirons ! »

            2- Sommes-nous libres ou esclaves ? Sommes-nous de Dieu ou esclaves des idoles comme l’amour de l’argent ou le démon de l’avarice ? L’Évangile d’aujourd’hui nous met face à ce choix radical. 

            Précisons-le ! L’argent n’est ni bon ni mauvais : c'est un moyen, neutre ! Tant mieux si mon travail et mon intelligence, mes capacités me donnent une aisance ! Mais Jésus qualifie l’argent de trompeur, car il peut donner facilement l’illusion que l’on peut s’appuyer sur lui. Jésus connaît ce piège et nous met en garde !

     3 - Existe-t-il des obstacles à cette communion avec les autres ? « Les biens » dont je dispose (argent, maison, biens de consommation, etc…), servent-ils à la communion, c’est-à-dire «au bien véritable » ? Ai-je de vrais  amis sur lesquels je puis compter ?

     Servir Dieu, c’est Lui ressembler, et Lui ressembler, c’est prendre tous les moyens au service d’une seule fin : entrer en communion avec les autres.

 

     Voilà, chers amis, quelques pistes de réflexion que nous proposent les textes de ce jour ! Sans doute, allez vous en trouver d’autres !

Il y a donc, un choix urgent à faire : nous servir de l'argent et de tous nos biens, pour établir entre tous une relation fraternelle. Sans doute est-ce cela qui manque le plus dans notre société d’aujourd’hui. « Se faire des amis ! », propose Jésus. Donc, il nous faut revenir à l'usage premier de l'argent comme moyen de partage et non comme moyen de domination ; comme moyen de communication entre les hommes et non comme moyen de pouvoir. 

Puissions-nous prendre le temps, frères et sœurs, de relire ces textes et de les méditer. Un jour, le Maître nous dira :« Rends-moi les comptes de ta gestion ! » Y aura-t-il, ce jour-là, beaucoup d'amis pour nous accueillir ? Je nous le souhaite.

Demandons à l’Esprit Saint de nous éclairer sur notre mission, sur nos devoirs, sur nos exigences, en vue du Royaume éternel !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 16 septembre 2022, 24e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 8, 1-3. 1re lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 12-20. Psaume 16.

 

Ce bref passage de l’évangile évoque quelques traits majeurs du ministère de Jésus. Ces résumés, de temps à autre dans les évangiles, rappellent l’essentiel de la mission du Christ. 

Luc mentionne d’abord le thème central de toute l’activité de Jésus : 

  • proclamer l’Évangile, 
  • annoncer la Bonne Nouvelle, 
  • dire que Dieu va instaurer son Règne.

Jésus n’attend pas les gens, comme Jean-Baptiste au désert qui attendait qu’ils viennent jusqu’à lui. Il va vers le peuple, de village en village, Il fait les premiers pas, pour révéler l’amour de Dieu partout où Il se rend, dans « les villes et les villages ». 

Cette Bonne Nouvelle n’est pas réservée à une élite ; Il est important de le comprendre ! Dieu, par son Messie, offre cette assurance à tous. Dans l’évangile que nous venons d’entendre, nous retenons qu’il y a deux genres de témoins qui Le suivent et qui L’assistent dans cette mission d’annonce : les douze Apôtres et un groupe de femmes.

Ces femmes qui accompagnent Jésus ont dû déconcerter le peuple de l’époque. Les disciples eux-mêmes s’étonnent quand ils découvrent, par exemple,  Jésus parlant à une femme de Samarie. (Jn 4, 27) Cela ne se fait pas ! Un rabbin ne devait même pas parler à une femme en public. Jésus ne s’embarrasse pas de ces considérations.

Ces femmes manifestent une générosité totale, une reconnaissance à Celui qui leur a apporté guérison et libération. Elles suivront fidèlement le Christ jusqu’à la croix, alors que les Apôtres, eux, s'enfuiront. Elles seront présentes au tombeau le matin de Pâques et, au Cénacle, elles prieront, avec les disciples, dans l’attente de l’Esprit Saint (Actes 1, 14).

L’évangéliste met en relief plusieurs personnages féminins, toujours présentés sous un jour favorable. Tout d’abord la maman de Jésus, Marie, qui domine évidemment « L’Évangile de l’enfance » (chap. 1-2), et aussi la mère de Jean Baptiste, Élisabeth, et Anne la prophétesse qui entourent Marie. Dans le reste du troisième Évangile, relevons seulement les passages propres à saint Luc  qui évoquent la participation essentielle des femmes :

  • -    la pécheresse pardonnée (7, 36-50) ;
  • -    la veuve de Naïm, à qui Jésus rend son fils unique (7, 11-17) ;
  • -    Marthe et Marie qui reçoivent Jésus (10, 38-42) ;
  • -    la louange adressée à la mère de Jésus par une femme (11, 27s) ;
  • -    les deux paraboles de la femme qui cherche sa pièce de monnaie perdue (15, 8-10), évangile de dimanche dernier, et la veuve importune qui insiste pour obtenir justice (18, 1-8) ;
  • -    sur le chemin du Calvaire, un groupe de femmes manifestent leur sympathie à Jésus (23, 27-31).

Ajoutons les passages les plus caractéristiques des Actes des apôtres :

  • -    Marie, la mère de Jésus, et un groupe de femmes attendent avec les apôtres la venue de l’Esprit Saint dans le Cénacle (1, 14) ;
  • -    la résurrection de Tabitha (9, 36-42) ;
  • -    Lydie et sa maison se convertissent (16, 13-15) ;
  • -    Aquila et Priscille accueillent Paul et deviennent ses proches collaboratrices (18, 2.26).

Dans un monde où la force violente dominait, saint Luc met en lumière peut-être davantage les femmes attachées au Christ, formant un groupe, comme davantage disposées au Royaume de Dieu. 

Cela est une vraie nouveauté à l’époque de Jésus !

Rendons grâce pour toutes ces femmes et toutes les femmes, celles d’hier et celles d’aujourd’hui, assidues à la prière, à l’écoute, à la charité, et au service de tous, particulièrement dans notre église !                                                                                                                         

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 12 septembre 2022, 24e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 7,1-10. 1re lettre de Saint-Paul aux Corinthiens 11,17-26.33. Psaume 39. 

 

Chers amis, nous faisons, aujourd’hui, mémoire du « saint Nom de Marie ». 

« Le nom seul de Marie met en fuite tous les démons », disait saint Bernard. 

En lisant quelques commentaires, hier, sur l’importance de cette mémoire, je vous livre quelques petites phrases que j’ai retenues : « Béni et invoqué par tous les chrétiens du monde entier, le prénom de Marie est devenu si célèbre que c’est aujourd’hui le prénom féminin le plus donné au monde. Il est fêté, plus particulièrement chaque année par l’Église catholique, le 12 septembre. »

Réciter un “Je vous salue Marie“, prononcer le nom de la Vierge Marie suffit à réconforter de nombreux fidèles.

Alors, pourquoi cette fête le 12 septembre ?

La fête du saint Nom de Marie est apparue en Espagne au XIVe siècle. Elle va s’étendre petit à petit à toute la chrétienté, tout particulièrement  à partir de 1683 avec le pape Innocent XI. La raison en est une action de grâce pour la délivrance de Vienne assiégée par les Turcs au cours de la même année. 

En effet, en juillet 1683, plusieurs milliers de Turcs avançaient vers Vienne, menaçant l’Europe tout entière. Le roi de Pologne, sur les conseils du bienheureux capucin Marco d’Aviano, accepta de porter secours à la ville. Après avoir entendu la messe et communié, le roi Jan Sobieski III et les siens se mirent sous la protection de Marie. Se levant plein d’ardeur après la consécration, le roi déclara : « Marchons sous la toute-puissante protection de la Mère de Dieu ! ». Son espoir ne fut pas trompé : les Turcs prirent la fuite le 12 septembre.

La fête du saint Nom de Marie va être célébrée le dimanche durant l’octave de la Nativité de la Vierge, entre le 8 et 15 septembre. Elle sera définitivement fixée au 12 septembre par le pape Pie X en mémoire de l’anniversaire de la victoire. En 1970, après le Concile Vatican II, la fête est supprimée puis finalement rétablie en 2002 par le pape Saint Jean-Paul II. On sait toute l’affection que le souverain pontife portait à la Vierge comme en témoigne sa devise, « Tout à Toi, Marie : Totus tuus », abréviation de la forme la plus complète de la consécration à la Mère de Dieu : « Je suis tout à toi et tout ce qui est à moi est à toi. »

Au cours des siècles, de nombreux saints ont honoré le nom de Marie. Je livre quelques citations à votre méditation :

  • Saint Ambroise de Milan (+397) écrivait : « Votre nom, ô Marie, est un baume délicieux qui répand l’odeur de la grâce ! » 
  • Saint Bernard de Clairvaux (+1153) y voyait un refuge dans le combat spirituel. « Le seul nom de Marie met en fuite tous les démons », disait-il.
  • Saint Bonaventure (+1274) invoquait la Vierge en disant : « Que Votre nom est glorieux, ô sainte Mère de Dieu ! Qu’il est glorieux, ce nom qui a été la source de tant de merveilles ! » 

Nous pourrions trouver encore et encore, citations, cris d’admiration et prières adressés à Marie. Avec tous les saints et saintes du ciel, confions à Marie, frères et sœurs, par son saint Nom, notre chemin de conversion à Dieu !

Nous nous confierons à Marie, à la fin de cette eucharistie, en chantant un “Je vous salue Marie“ !

                                                                                                       Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 11 septembre 2022, 24e dimanche du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 15, 1-32. Livre de l’Exode 32,7-11.13-14. Psaume 50. 

Première lettre de saint Paul à Timothée 1, 12-17.

 

Nous sommes dans le chapitre 15e de l’évangile de saint Luc. L’évangile de ce dimanche est souvent présenté comme celui des paraboles de la miséricorde. Miséricorde ! 

C’est un mot qui peut-être, ne parle pas beaucoup à nos contemporains, et pourtant ! Dieu connaît notre misère et notre cœur !

 Jésus a, en face de Lui, des scribes et des pharisiens qui, encore une fois, récriminent contre Lui parce qu’Il fait bon accueil aux pécheurs et pire encore… Il mange avec eux !

Plutôt que d’engager une polémique avec eux pour se justifier, Jésus va, comme Il le fait souvent, leur proposer une réponse sous forme de trois paraboles. Elles sont imagées, parfaitement compréhensibles et intemporelles, comme nous venons de l’entendre !

La première est celle de la brebis perdue. Nous voyons le berger laisser là son troupeau pour aller chercher la brebis qui s’était égarée. Il la cherche vraiment ! Jésus montre la joie du berger qui l’a retrouvée et cette joie, il veut la partager avec ses amis, ses voisins. La dimension spirituelle de ce récit s’exprime alors ainsi : « le ciel est en fête, car un pécheur a retrouvé le troupeau et s’est converti. »

- Ensuite, la deuxième parabole : c’est l’histoire de cette pièce d’argent perdue. Force est de constater que, pour l’époque, cette pièce avait une très grande valeur. C’est grâce à la persévérance de cette femme dans sa recherche qu’elle a retrouvé sa pièce. Jésus nous donne ici l’image d’un Dieu qui persévère dans la recherche de la relation, dans la recherche de celui qui s’est perdu, dans la recherche de chacun de nous.

La conclusion de cette seconde parabole est de la même teneur : Jésus, là encore, nous dit : « la joie du ciel lorsqu’un pêcheur se convertit. »

Il est important de retenir que c’est le désir constant de Jésus de ramener vers la demeure du Père, celles et ceux qui s’en sont éloignés.

Jésus aurait pu s’arrêter là, mais Il va faire un pas de plus et nous entendons la troisième parabole.

La troisième parabole est la plus connue. Elle a inspiré de grands peintres qui ont voulu représenter le retour de ce fils prodigue.

Remarquons qu’il y a trois personnes dans cette parabole, et que le personnage central est le Père. Pour Jésus, cet homme est le visage de son propre Père. C’est ainsi qu’on aurait pu présenter cette parabole en la nommant celle du Père prodigue

Le père de la parabole va devoir faire face d’abord au plus jeune de ses fils puis à l’ainé.

Nous pouvons lire cette parabole au moins à deux niveaux :

  • Peut-être d’abord au niveau de la vie familiale. Ce temps où les enfants, que l’on n’a peut-être pas vus vraiment grandir, vont vouloir se libérer de l’autorité parentale ! Certains l’ont peut-être vécu pour eux-mêmes, quand ils étaient plus jeunes, ou le vivent pour l’un de leurs enfants.
  • Le second niveau de lecture est assurément spirituel.

S’éloigner de Dieu ne L’éloigne pas de nous !

Il est important de le comprendre ; Dieu nous attend ! Comme le père de la troisième histoire, nous avons ici, l’image d’un Dieu qui est miséricordieux, un Dieu qui vient nous rejoindre dans ce qui fait nos fragilités et nos misères, notre péché et nos inconstances. C’est aussi l’image d’un Dieu qui nous laisse libres, profondément libres !

La prérogative la plus importante de cet amour c’est qu’Il nous laisse libres et, plus encore, Il nous rend libres. Cette liberté en Dieu est tellement importante que nous sommes libres de L’aimer, mais aussi libres de ne pas L’aimer, voire même, de Le rejeter ! La folie de Dieu va jusque-là ! Quoiqu’il en soit, être libre c’est toujours prendre des risques. Tout choix demande un vrai discernement et une décision assumée ! Oui, tout comme l’amour, aimer, c’est prendre des risques.

Le père de cette parabole, que nous connaissons bien, est un père aimant, attentif et miséricordieux, et il est aussi profondément juste. On pourrait lui faire le même reproche que celui que les pharisiens font à Jésus. On pourrait reprocher à ce père d’être finalement trop bon (pour ne pas citer le mot de Cambronne) ! D’ailleurs, c’est ce que fait le fils ainé. Mais, oui ! Dieu est démesurément bon ! Il est la bonté même, et Il nous invite à faire ce chemin, sans doute à être de la même bonté de Dieu, mais surtout, à faire le chemin de cet enfant qui veut revenir au Père !

De fait, ce chemin intérieur est à vivre au quotidien pour découvrir un Dieu qui prend soin, un Dieu qui persévère dans la relation, qui nous cherche et qui nous attend ! C’est incroyable : quoique nous ayons pu faire, Dieu nous attend ! Découvrir un Dieu qui ne nous cache pas que les choses peuvent être difficiles, mais surtout un Dieu qui nous invite à entrer dans la confiance de l’amour ! 

Voilà le Dieu de Jésus Christ, voilà le Dieu auquel nous croyons, voilà le Dieu qui croit en nous ! 

C’est pour cela « qu’il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. » 

Se convertir, c’est tourner notre cœur là, où il y a la Vie, la vraie Vie ! C’est partir à la rencontre, persévérer dans la relation et attendre dans la confiance !

Frères et sœurs, c’est particulièrement dans le sacrement du Pardon que nous pouvons vivre ce retour au Père : entrer en soi-même (discernement), comprendre ce qui m’a éloigné du Père (relecture), oser dire : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. »

Ma prière pour ce soir, dans cette eucharistie, est que nous fassions ou refassions cette expérience de nous sentir aimés et de nous savoir aimés du Père. Soyons assurés que Jésus est là avec nous, comme Il l’a promis, et gardons au fond de notre cœur cette certitude d’être attendus, aimés, pardonnés ! Que cela nous donne une joie profonde et durable … 

Voilà ce que nous pouvons retenir de ces trois paraboles de la miséricorde !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 9 septembre 2022, 23e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 39-42. 1re lettre de St Paul aux Corinthiens 9,16-19.22-27. Psaume 83.

 

Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ?

C’est la question que nous pose l’évangile ce matin. De fait, pour avancer dans la vie, nous avons besoin de nous appuyer sur un bras confiant et solide. Nous espérons compter sur un regard lumineux qui pourra éclairer le nôtre. En même temps, nous le savons, à bien des égards, nous sommes tous atteints de troubles de cécité. Il nous arrive de ne pas voir suffisamment clair et de ne pas être aussi solides que prévu !

Ces constats me permettent de méditer un peu sur ce qui se vit dans notre société. Celle-ci, hélas, vit une période marquée par le trouble et une certaine forme d’obscurantisme ! Elle semble, par bien des côtés, ne plus assurer le soutien solide de son histoire et de la tradition !

Des États-Unis à notre vieille Europe, notre monde est marqué et même manipulé, particulièrement aujourd’hui, par des mouvements militants destructeurs qui inondent les réseaux sociaux ! Par exemple, avez-vous entendu parler (et je le dis par son nom en anglais), de la « cancel culture ou culture de l’annulation », ou en encore du wokisme… Ce sont des mouvements dont nous trouvons très facilement la trace et les influences.

La culture woke, qui se déchaine à l’heure actuelle en déboulonnant certaines statues ou en rejetant une partie de notre culture (réécriture de certains livres  ou film) parce qu’elle serait imprégnée de certaines valeurs par exemple, voudrait nous priver de ce bras et de ce regard, c’est-à-dire de notre histoire. L’homme ne serait rien d’autre que ce qu’il tient de lui-même. Cette idéologie nous dit que notre humanité ne pourrait trouver quoi que ce soit dans une tradition vivante, une culture, un héritage qui puisse lui permettre d’avancer. Le passé serait inexistant ou négatif ; ne compteraient que le moment présent et nos seules forces.

Cet individualisme, mêlé de déconstructivisme, fait de la domination l’unique mode de compréhension des relations entre les humains. Pour la culture woke, la différence entre les humains est tellement irréductible qu’elle ne peut se résoudre autrement que par la domination d’un groupe sur un autre, d’un humain sur un autre. D’où les violences dans lesquelles nous entrons un peu plus chaque jour : violence verbale, violence conjugale, violence économique et médiatique. Il n’y a plus de place pour un universalisme. Nous entrons, alors, dans une culture de la « dictature » ! Il n’y a plus de place non plus pour un catholicisme qui fait de l’unité et de la totalité, non un point d’aboutissement, mais une condition de départ.

Le wokisme et la cancel culture sont une sorte de gnose, un salut par la connaissance, mais une connaissance privée : je suis moi-même mon propre salut ! C’est le choix d’un savoir privé, solitaire et donc friable, car non contrôlé. Ce serait une connaissance faisant fi de la Tradition, sans appui, sans aide, sans vision… sans origine et du coup, sans finalité objective. Tristement, aux États-Unis comme en Europe, cette guerre générationnelle des idéologies n’en est qu’à ses balbutiements…

Frères et sœurs, je vous le demande : ne nous privons pas d’aide, ne nous laissons pas priver de ces riches différences qui sont une chance pour chacun de nous. Dans notre histoire, nous connaissons de grands et beaux moments, mais aussi de tristes épisodes, c’est vrai ! C’est ce qui fonde pourtant, déjà pour l’Europe, les bases de notre société judéo-chrétienne. Refusons la destruction narcissique ! Le wokisme finalement, c’est le refus d’une différence ! N’ayons pas peur ! Sortons de la défiance ! Invitons nos voisins, surtout celles et ceux qui nous paraissent les plus éloignés de nos coutumes. Prenons le risque de l’accueil et non du repliement !

Le Christ a rejoint les hommes et les femmes de tous âges, conditions, des étrangers comme des juifs ou des païens. Au ciel, son regard et sa communion se font encore davantage universels. Chacun de nous est appelé au salut ! Tel est le véritable catholicisme qui n’exclut personne. En affirmant cela, nous comprenons bien que ces idéologies sont totalement incompatibles avec le catholicisme ! Mais il nous faut les connaître pour que nous puissions très simplement, à l’occasion de rencontres ou de conversations, savoir quoi répondre.

Chers amis, demandons cette grâce d’être toujours illuminés par le Christ et de demeurer dans la lumière du Seigneur pour avancer et témoigner !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 5 septembre 2022, 23e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 6-11. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 5, 1-8. Psaume 5.

Chers amis, avez-vous remarqué que, bien souvent, les personnes qui ne pensent pas comme nous, nous dérangent ! Nous ressentons, à ce moment-là, un ressentiment, peut-être même une colère, bref quelque chose qui nous agace. Nous en recevons un exemple dans l’évangile de ce jour !

Les pharisiens n’arrivent pas à aimer Jésus, car Il les bouscule dans leur conception de l’application de la loi. Il a déjà guéri un jour de sabbat et là, ils se demandent s’il ne va pas encore le faire ! Jésus, connaissant leurs cœurs, le perçoit très bien ; Il voit, malgré leur piété, leur générosité, une étroitesse d’esprit et surtout de cœur. Alors, déterminé, Il n’hésite pas, Il guérit ! 

Mais plus encore Il enseigne ; Il essaie d’ouvrir les cœurs à la compassion, à l’amour des autres, ce qui va bien au-delà d’une application stricte de la loi. Malheureusement, nous le savons, les pharisiens resteront sur leur position et s’y enfermeront même encore un peu plus en se réunissant pour voir ce qu’ils feraient à Jésus et comment le faire périr.

De fait, c’est la « loi du monde » où il est plus facile de se débarrasser de ceux qui nous dérangent, qui ne pensent pas comme nous, plutôt que de se laisser déranger par eux ! Jésus Lui, invite à aller plus loin. Il nous invite à ouvrir notre esprit et notre cœur. Si l’application de la loi est importante (car sans loi, ce serait l’anarchie), l’amour doit toujours avoir la première place. C’est là une route bien plus difficile, où en accueillant l’autre, il faut savoir renoncer à ses habitudes, à ses acquis, et même, parfois, à ses rites.

Mais, allons plus loin : quelle est la question que nous pose l’évangile, aujourd’hui ? 

N'y aurait-il pas un pharisien qui sommeillerait en moi ? Jésus nous interroge, nous aussi, aujourd’hui : notre foi, notre pratique religieuse sont-elles faites seulement de devoir ou sont-elles ouvertes à l’amour ? Suis-je ici, ce matin, par devoir ou par amour ?

Ceci étant dit, il ne faut jamais confondre le péché et le pécheur. Si le péché est à condamner, le pécheur est toujours à aimer. (Rappelez-vous l’épisode du bon larron !)

L’action de Jésus a les conséquences que nous connaissons : les pharisiens sont remplis de colère, ils sont « remplis de fureur » ! Avec Jésus, la règle de l’amour prend le pas sur la primauté de la loi et ainsi leur contrôle des gens est mis au défi. Même si parler de « saintes colères » dans des cas sociétaux actuels et concrets qui pourraient être justifiés, ou même appropriés, il nous faut être attentifs aux mouvements personnels de colères intérieures qui devraient nous alerter : « Suis-je, à ce moment précis, dans l’amour ? » À nous d’essayer de les corriger ! 

Frères et sœurs, dans notre prière, nous pouvons demander au Seigneur, ce discernement que l’amour l’emporte toujours sur tout, dans mes choix. 

Demandons aujourd’hui au Seigneur, la grâce d’une journée apaisée et joyeuse !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 4 septembre 2022, 23e dimanche du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 14, 25-33. Livre de la Sagesse 9, 13-18. Psaume 89. 

Lettre de saint Paul à Philémon 9b-10.12-17.

 

 

        Aujourd’hui, c’est le dimanche de la rentrée, une nouvelle année scolaire et universitaire commence. Sommes-nous heureux de ce début d’année ? Nous allons enfin, nous revoir, discuter, échanger et louer notre Seigneur ! 

Sans doute avez-vous remarqué dans les rues, ces enfants tout joyeux ou pour certains, quelque peu stressés, sur le chemin de l’école. Nous aussi, nous allons redémarrer toutes nos activités : le travail, les associations, les réunions et tout ce qui fait notre vie quotidienne.

        C’est aussi une nouvelle année pastorale qui recommence pour notre paroisse ! 

Du coup, j’ai une question peut-être un peu abrupte, pourtant essentielle !

  • Comment allons-nous être chrétiens en vérité et en action, cette année : un chrétien ardent et véritablement disciple du Christ ?
  • Comment allons-nous être témoins de l’Évangile ? 
  • Comment allons-nous participer aux activités de la paroisse ? Et elles sont nombreuses, nécessaires et nous avons besoin de chacun de vous ! 

C’est le moment de choisir nos références, nos aspirations et surtout notre modèle de vie. Jésus nous demande de ne pas rester les bras croisés en espérant que d’autres fassent à notre place, mais de choisir pour avancer, simplement, sans doute petit pas après petit pas, mais avancer vraiment et participer à la vie missionnaire de notre paroisse. 

        Choisir le Christ, c’est faire confiance, c’est aussi accepter de porter sa croix pour avancer librement… Nous avons tous des croix à porter, plus ou moins lourdes, parfois difficiles à porter seul… 

Pour oser avancer, Jésus nous demande de ne pas choisir à moitié, mais d’être vrais, entiers. Quand nous disons construire notre vie, cela veut dire se préparer à poser des gestes concrets et des fondations solides sur des bases sérieuses : sur la vérité, la liberté et l’engagement. 

Il nous faudra, pour cela, prendre le temps du discernement pour être sûrs d’aller jusqu’au bout de nos choix.

        En ce dimanche de rentrée, peut-être avez-vous remarqué de nouveaux habitants qui viennent s’installer ici à Grenoble ou dans les environs. Ce sont de nouveaux frères et sœurs en Christ qui rejoignent notre communauté ; notre paroisse, c’est aussi la leur, ils sont ici chez eux. Pour mieux faire connaissance, nous vous accueillons à la nouvelle maison Paroissiale (juste à côté de cette église Saint Louis) pour le temps d’un petit café, d’un moment de discussion, de rencontre…

       Les textes de ce jour nous éclairent et nous donnent quelques pistes de réflexion pour mieux discerner !        

- J’ai envie de parler d’abord de cette toute petite lettre de saint Paul à Philémon. C’est la lettre la plus courte de saint Paul et pourtant c’est une lettre qui révolutionne le monde et la société de l’époque… Saint Paul pose les fondations des droits de l’homme 18 siècles avant la Révolution française... Que se passe-t-il ? Onésime, qui était un esclave selon la loi de l’époque, n’est plus un esclave par le baptême qu’il a reçu de la main même de Paul, en prison ; c’est donc un homme libre, c’est un chrétien, plus encore : c’est un frère...  Le baptême fait de nous des frères et des sœurs en Jésus-Christ. Saint Paul invite donc Philémon à accueillir Onésime comme un frère. C’est un vrai bouleversement ! Je vous laisse imaginer le retentissement que ce texte a pu avoir dans la société de l’époque. Ce texte nous oblige à changer de regard sur le monde qui nous entoure. Il faut avoir le courage, comme saint Paul, de dénoncer les erreurs pour changer ensemble, ce qui ne va pas dans notre société moderne.

    - Le livre de la Sagesse veut nous aider à faire confiance à Dieu car c’est Lui qui éclaire notre chemin. La vraie sagesse que nous devons demander, avec la force de l’Esprit Saint, c’est la connaissance de Dieu !

Ces livres de la sagesse Biblique que nous lisons de temps en temps nous montrent que les anciens avaient une sagesse qui nous donne des leçons encore aujourd’hui, pour apprendre à ouvrir les yeux sur l’essentiel. Prenez le temps de le lire en entier, et faites-en du miel pour vous !

   - Que de grandes questions dans l’Évangile d’aujourd’hui ! Cela peut faire peur ou plutôt nous stimuler !

   Jésus nous interpelle ; Il nous demande de choisir avec notre intelligence et notre capacité de discernement, c’est-à-dire de Le préférer à toutes les attaches terrestres ; bien sûr, il faut aimer sa famille, son conjoint, ses enfants, ses frères et sœurs, mais le choix radical que Jésus nous demande c’est de préférer le Seigneur, c’est-à-dire de Le mettre en tête de tous nos choix. 

Deux fois dans l’Évangile de ce jour, Jésus nous invite à une attitude juste, vraie ; Il nous dit de nous assoir pour réfléchir avant de nous engager à faire quelque chose d’important ; c’est bien cela qui est proposé aujourd’hui : il faut réfléchir avant de commencer notre année pour savoir comment devenir des chrétiens plus ardents, plus forts. Cela est valable d’ailleurs dans toutes les situations de notre vie. Oui, Jésus est exigeant, c’est vrai ! Il faut aimer Dieu, aimer sa famille, aimer les autres et spécialement nos ennemis, apprendre à pardonner pour mieux aimer, porter sa croix c’est-à-dire suivre le Christ Jésus et accepter la vie telle qu’elle est en essayant, malgré tout, de rayonner autour de nous pour être témoin de l’évangile et de l’Église. Rien de facile dans toutes ces demandes !

       Ce qui est certain, et cela vous le savez, c’est que si je reste seul, isolé, ce sera peut-être difficile ou compliqué. C’est la force de la Communauté chrétienne, c’est la force d’une vie fraternelle qui va nous donner de tenir dans la durée et de nous soutenir les uns, les autres, même si cette communauté n’est pas parfaite ; nous sommes des pécheurs !    

Car, oui, suivre Jésus est exigeant ! Ce monde est un peu fou et Jésus nous propose une autre forme de folie ! « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »

Être ou devenir disciple de Jésus :

  • C’est accepter que le Christ bouleverse notre façon de vivre !
  • C’est reconnaître que le don de la Sagesse est précieux et nécessaire pour découvrir qui est Dieu pour moi. 
  • C’est comprendre que sans la Sagesse qui nous permet le juste discernement, nous courons à notre perte, comme celui que veut construire une tour sans d’abord prendre le temps de s’assurer qu’il peut aller jusqu’au bout.

En ces jours de rentrée, il est de coutume, frères et sœurs, de prendre de bonnes résolutions pour l’année qui commence.

Je reprends la question du début de cette homélie : 

Alors, chers frères et sœurs, comment allons-nous être des chrétiens en vérité et en action, ardents, pour cette année ?

Et moi, comment vais-je être chrétien cette année ?

       Il faudra nous asseoir pour prendre le temps du discernement, de la prière, pour y répondre et prendre les justes décisions !

Bon discernement, sans oublier que l’Église à besoin de chacun de nous et que l’Église, c’est nous !

Donnez-vous ! Donnez-vous au Christ !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

Homélie du mercredi 31 août 2022, 22e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 4, 38-44. Première lettre de Saint Paul aux Corinthiens 2, 10-16. Psaume 32. 

 

Chers amis, dans ma méditation des lectures de ce jour, je me suis particulièrement attaché à mieux comprendre la première lecture. 

Bien sûr, saint Paul s’adresse en premier lieu aux chrétiens de la ville de Corinthe, mais pas seulement à eux ! Elle s’adresse aussi à chacun de nous et à toute notre paroisse.

Que nous dit-elle ? Elle fait tout d’abord un constat et un rappel à l’ordre ! 

Voici une première remarque face à ce texte : Paul semble un peu dur. Il faut dire que ce qui se passait à Corinthe était, à cette époque-là, assez déroutant ; il y avait de grosses divisions parmi eux et de gros problèmes de mœurs

Malgré leurs nombreux dons reçus (la connaissance de la Parole de Dieu, conscience de qui est le Christ), les Corinthiens ne sont pas encore complètement matures spirituellement. Leurs divisions et leur façon de vivre en sont une preuve manifeste.

Plus encore, saint Paul insiste en regrettant que rien ne distingue la communauté chrétienne de Corinthe du monde environnant. Saint Paul leur reproche de vivre leur vie de manière identique aux personnes qui ne connaissent pas Dieu !

Ils sont des chrétiens un peu insipides qui passent inaperçus.

Ces deux problèmes sont des obstacles qui provoquent un contre-témoignage !

- Le premier problème que Paul mentionne est celui des disputes et divisions qui existent entre eux, concernant l’allégeance à tel ou tel responsable : « Je suis de Paul, je suis d’Apollos ».  Ils sont un peu comme des enfants en maternelle qui se disputent pour savoir lequel de leurs pères est le plus fort ! Saint Paul essaie de leur montrer que cette attitude est non seulement puérile, trop humaine, mais qu’elle est aussi « à côté de la plaque ». Ces personnes par lesquelles ils ont entendu parler de Dieu ne sont que des serviteurs. Paul leur rappelle que Christ nous appelle à être les serviteurs les uns des autres et que là est la vraie grandeur et le chemin que Dieu veut pour les chrétiens. Ce n’est pas une quelconque compétition…

- Le deuxième problème est le désir que tout chrétien devrait avoir : savoir quitter le côté puéril de l’enfant et grandir en Christ !

Pour Paul, certains chrétiens sont ou demeurent encore aujourd’hui, comme les bébés dans la foi qu'il appelle les "charnels". Un bébé, c'est un bébé ! Paul ne leur adresse pas tant de reproches. Il est naturel que ceux qui sont de nouveaux chrétiens soient des enfants en Christ. Ils expérimentent cette nouvelle vie, la grâce de Dieu, l'Esprit et toutes les autres choses pour la première fois. Ils ne sont pas encore des chrétiens accomplis, des disciples parfaits tout de suite. Il leur faudra sans doute du temps pour approfondir leur foi !

 Finalement, les attitudes et le comportement de l'ancienne vie peuvent parfois durer un peu. Mais l’enjeu est qu'ils grandissent !

 

Frères et sœurs, n'est-ce pas un enseignement pour nous ? 

Où en sommes-nous dans notre foi ? Comment grandissons-nous dans la foi ? 

Est-ce que notre communauté chrétienne grandit en sainteté ? Comment témoignons-nous auprès des catéchumènes, des nouveaux baptisés ?

Si nous ne grandissons pas en tant que chrétiens, il y a des conséquences pour nous, et pour l'Église tout entière. Nous perdons de vue ce que Jésus veut faire dans notre vie. Il veut bien que nous parvenions à la maturité, à la stature parfaite du Christ : des hommes et des femmes bien ancrés dans le monde et aussi spirituels. 

Si un bébé ne pense pas trop à la maturité, parce qu'il est tout content là où il se trouve. C'est tristement ainsi pour le chrétien immature et charnel ; il se contente de sa petite vie du monde et il ne vise pas ce que Dieu veut faire en lui ; c'est au-delà de ses horizons ! 

Demandons la grâce pour nous, nos familles et notre communauté, de grandir humainement et spirituellement ! 

Ayons le souci de l’unité et de témoigner simplement de l’amour de Dieu !  

Ainsi soit-il !

Homélie du vendredi 26 août 2022, 21e semaine du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon Saint Matthieu 25, 1-13. Lettre de Saint-Paul aux Corinthiens 1, 17-25. Psaume 32. Rentrée de l’équipe paroissiale

 

Il y a des folies chez les hommes et les femmes ! Non seulement il y a une forme de folie du monde ou de la société, mais c’est bien l’être humain qui y ajoute sa part ! Certains vont peut-être même me dire que Dieu est fou de laisser autant de liberté aux hommes !

En partant de la première lecture de saint Paul aux Corinthiens, je me permets de réfléchir avec vous, à haute voix ! Remarquez que l’évangile parle aussi de cette folie avec cette parabole des vierges sages et prévoyantes et des vierges folles et insouciantes. 

« Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes ! »

Voilà ce que nous dit saint Paul !

Nos folies humaines, nous les connaissons bien, même si nous les identifions peut-être plus aisément chez les autres que chez nous-mêmes. Il y a d’abord cette folie de placer nos cœurs dans les biens qui passent, et d’être alors nécessairement déçus par les réalités créées. Tout passe : notre belle voiture vieillit, notre smartphone est dépassé par une nouvelle génération, nos vêtements s’usent et même notre conjoint ou nous-mêmes, nous nous ridons un peu plus jour après jour, nos cheveux blanchissent… ainsi va la vie ! 

Quelle folie, alors, de placer nos cœurs dans des réalités qui sont nécessairement éphémères ! 

Une autre folie humaine consiste à croire pouvoir tout comprendre de Dieu. (Je ne parle pas de la folie qui serait de se croire être comme dieu !) C’est vrai qu’il est parfois difficile de comprendre ce que Dieu veut ! Le Seigneur nous dit le chemin du bonheur et nous prévient des chemins d’adversité. Le risque serait de nous égarer alors dans une vie d’insatisfaction ! Pourquoi ceci ou cela ? Ne faisons pas du « calimérisme », comme ce petit poussin qui porte une coquille sur la tête et qui dit que le monde est trop injuste.

Le véritable acte de foi, s’il appelle à mettre en œuvre notre raison humaine, doit aussi, justement au nom de cette raison, croire que l’intelligence divine dépasse infiniment tout ce que nous pouvons comprendre de Lui.  Le Seigneur le révélait clairement par la bouche d’Isaïe : « Mes pensées ne sont pas vos pensées ! » (Isaïe 55,8-9a). Mes chemins ne sont pas mes chemins !

Mais pour accueillir le mystère de Dieu, il ne s’agit cependant pas simplement d’adhérer à une sagesse quelconque, un peu décourageante, consensuelle, mollassonne, il nous faut comprendre et choisir un tout autre chemin et entrer dans une autre forme de folie bien plus prometteuse de vie : cette folie de Dieu passe par la folie de la Croix ! Mais que cette folie de la croix est difficile à comprendre !

La folie de Dieu va jusque-là, ou plutôt : c’est là qu’elle commence, car elle Le conduit à l’acte de suprême folie qu’est la croix. Face à un monde cherchant à répondre aux grands questionnements sur le mal et la souffrance, la mort, le Seigneur n’apporte pas d’explications raisonnables : Il ouvre les bras dans l’acte fou de la Croix, et nous voilà convaincus qu’il n’est pas la cause de nos maux, puisqu’Il les subit lui-même. Le Seigneur n’a pas supprimé la mort, ni même la souffrance !

Frères et sœurs, je vous propose de retenir pour chacun de nous, ce matin, de demander l’audace d’une sagesse (celle de l’Esprit Saint) pour entrer dans cette folie de Dieu ! Comme saint Paul nous le rappelle : 

« …que votre foi soit fondée non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Co 2,4). Quel mystère ! Il nous faut quitter nos égarements, nos dédales, nos labyrinthes sans véritable issue ! Ce n’est que dans la prière, la méditation, l’offrande de soi que, peu à peu, nous pouvons comprendre de quel amour Dieu nous aime et cette folie de Dieu qui veut nous conduire jusqu’à la Vie éternelle. 

Bref, chers amis, entrons dans une vraie et réelle folie de Vie !                                                                                                           

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 24 août 2022, saint Barthélémy. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 45-51. Apocalypse de Saint Jean 21,9b-14. Psaume 144. 

 

L’évangile de ce jour, très succinctement, à travers deux courts dialogues, l'un avec Philippe, l'autre avec Jésus, nous donne d’entrevoir l'essentiel de la personnalité de Nathanaël (Dieudonné, en hébreu !) Dans le collège des Apôtres, Nathanaël se fera appeler Barthélemy.

Nous sommes dans le petit port de Beitsaïda qui vient de donner coup sur coup trois disciples : André et Pierre, les deux frères, et également Philippe. Aussitôt appelé par Jésus, Philippe répercute l'appel qui l'a profondément touché. Il s'en va trouver son ami Nathanaël.

Il lui dit, tout simplement : "Celui dont il est écrit dans la Loi de Moïse et les Prophètes, nous l'avons trouvé ! C'est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth." C’est celui que nous attendons et qui est le Sauveur !

La remarque quelque peu désabusée de Nathanaël, est pourtant pertinente : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » De fait, les Écritures ne parlent pas de Nazareth, mais désignent Bethléem comme le lieu d’origine du Messie (Mi 5, 1). 

Mais, cela ne l'empêche pas d'entendre le témoignage enthousiaste de Philippe, et l’explication de sa propre rencontre avec Jésus : 

  • le Messie est venu : tout concorde avec les Écritures ;
  • nous l'avons trouvé : pour nous, c'est un nom, c’est un visage, une voix.
  • « Viens et vois ». Fais comme nous: mets-toi en route vers Lui. Rencontre-Le !

Philippe, en vrai témoin, en vrai serviteur de la Parole, s'efface : il ne va pas imposer à Nathanaël sa manière, son expérience, sa découverte de Jésus. Pas forcément de grands discours ! Philippe dit seulement sa joie, sa certitude.  

Nathanaël accepte la démarche et va vers Jésus. Ce dernier regarde l'homme qui s'approche, et Il dit à son sujet, cette phrase un peu surprenante : "Voici un véritable fils d'Israël. Il n’y a pas de ruse en lui. “

Nathanaël a entendu ce que Jésus vient de dire. D'emblée il se sent rejoint dans ce qui a été l'effort intense de sa vie : sa droiture, sa recherche amoureuse du Messie. Ce qu'il a été, ce qu'il a voulu être, ce qu’il est réellement, et cela, Jésus le voit, Jésus l'a vu. 

Cette invitation, libre et enthousiaste de Philippe : « Viens et Vois » devrait être la nôtre, aujourd’hui comme hier, au cœur de la première annonce de la Bonne Nouvelle (kérygme), car ce n’est pas nous qui convertissons, nous sommes simplement des témoins, des passeurs ; seuls, la présence de Jésus, sa Parole vivante, et le rayonnement de son Esprit d’amour peuvent triompher de nos résistances et nous donner l’audace d’oser cette rencontre !

Le mérite de Nathanaël est aussi de ne pas s’obstiner dans un scepticisme, mais de demeurer ouvert à l’imprévu de Dieu, dont l’action au cœur de notre histoire, est toujours déconcertante.

En un éclair, Nathanaël se découvre précédé par le regard de Jésus, et reconnu tel qu’il est : un chercheur de Dieu !

Parce qu'il se sait reconnu, il reconnaît à son tour Jésus pour ce qu'Il est : le Messie envoyé de Dieu et le roi attendu par Israël. 

Jésus l'a vu espérer, et parce que Jésus, dans son amour, a pris l'initiative, Nathanaël peut croire en Le voyant, à cette rencontre du Christ : « Rabbi, c'est toi, le Fils de Dieu ! C'est toi, le roi d'Israël ! » Il faudra sans doute, du temps et un beau compagnonnage avec Jésus, pour que Nathanaël comprenne vraiment la mission du Christ en notre humanité.

Mais déjà, frères et sœurs, puissions-nous demander d’avoir la joyeuse audace appelante et confiante de Philippe ! 

Puissions-nous dire à celles et ceux que nous rencontrons : « Viens et Vois » ! 

Puissions-nous espérer que ces personnes puissent s’exclamer, après cette rencontre du Christ, la réponse de foi de Nathanaël : « C’est toi, Jésus, le Fils de Dieu ! »

Demandons pour chacun de nous, cette grâce d’évangélisation et la prière des Apôtres !           

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 21 août 2022, 21e dimanche du temps ordinaire. Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 13, 22-30. Livre du prophète Isaïe, 66, 18-21. Psaume 116. 

Lettre aux Hébreux 12, 5-7.11-13.

 

« Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ?»

Chers frères et sœurs voilà une phrase qui a, au moins, le mérite d’être claire : aujourd’hui, il est question du Salut, de notre Salut ! 

Qu’est-ce donc que le Salut ?

Je ne ferai pas de grandes démonstrations théologiques ! L’Évangile du jour nous rappelle qu’il s’agit de, (et je cite ) : « prendre place au festin dans le Royaume de Dieu »… donc de rencontrer Dieu face à face, de festoyer avec Lui, et littéralement, de partager l’intimité de Dieu… (« Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau » : déjà un avant-goût avant la communion !)

Et puisqu’il s’agit d’un festin, bien entendu, on peut supposer qu’il s’agit d’un partage avec celles et ceux invités au festin du Royaume avec nous (des personnes que nous connaissons ou pas), et cela, dans la joie, l’Amour et la fraternité…Bref, voici un programme qui donne envie, n’est-ce pas ?

Alors maintenant que le programme est annoncé, posons-nous cette question : à qui est destiné ce Salut ? 

Là encore, si nous relisons la première lecture en Isaïe, nous entendons que Dieu s’adresse, non pas à un tout petit groupe, mais à : « toutes les nations, de toute langue… », Il prendra même des prêtres et des Lévites au-delà du peuple Élu… ça semble bien être adressé à chacun de nous et au-delà même ! Quelle joie ! Nous pourrions presque nous arrêter là et nous dire que tout va bien et qu’il nous suffit d’attendre !

Comment ? Que me dites-vous ?…Que je n’ai pas tout lu ? 

Effectivement, c’est exact, car l’évangile nous rappelle quelque chose d’essentiel ! « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. » 

Alors évidemment, je vous le concède, vu comme cela, ça change un peu la donne…donc si je comprends bien, le Salut est destiné à tous, cela est certain…mais encore faut-il en trouver la clef…et visiblement même avec un bon serrurier, y entrer ne semble pas forcément si simple…Alors frères et sœurs, réfléchissons : comment trouver cette bonne clef ? 

Pour cela, je vous propose de relire plus précisément, les textes de la liturgie de ce dimanche… ils nous donnent au moins, trois indications :

 

La première indication : « Éloignez-vous de moi vous qui commettez l’injustice »… il y a donc une importance dans le rapport de mon comportement envers les autres…c’est une piste essentielle ! … en même temps, nous pouvons nous souvenir dans la bible que Jésus a fréquenté des hommes et des femmes, plus ou moins justes…qui sont devenus des amis fidèles. Je pense à : Zachée, Matthieu, le collecteur d’impôt, Marie-Madeleine, Pierre qui a un peu renié, trahi même…et puis rappelez-vous, jusque sur la croix, le bandit à côté de Lui, auquel il a promis une place avec lui dans le Royaume….Ce n’est donc pas une porte fermée, mais une attention particulière qui nous est demandée, celle de ne pas commettre d’injustice, donc de vivre avec une certaine droiture et oser une conversion !

La deuxième indication nous est donnée par le texte de la deuxième lecture de la lettre aux Hébreux. Notre Dieu est un Dieu pédagogue qui respecte notre liberté ! La lettre aux Hébreux nous parle de la pédagogie de Dieu envers nous, qui est celle d’un Père corrigeant son fils, non pas pour le punir, mais pour le faire grandir. Puisque nous sommes tous pécheurs, il est rassurant de savoir que Dieu, non seulement nous corrige positivement, mais qu’Il veut pour chacun de nous, le pardon et un grandissement. C’est l’espérance de Dieu pour nous !

Pour cela, et c’est peut-être une difficulté pour certains d’entre nous, il faut que j’accepte d’être relevé dans mes chutes avec humilité, par le Père qui m’aime comme je suis ! Ce sera pour nous tous une conversion à vivre, une reconnaissance de mes faiblesses, de nos faiblesses… qui peut conduire, dans une prise de conscience, à un nouveau chemin de vie !

 

La troisième indication se découvre dans le psaume 116 ! C’est la louange !

C’est le plus court de tous les psaumes, mais il contient un trésor : 

« Louez le Seigneur, tous les peuples ; fêtez-le, tous les pays ! Son amour envers nous s’est montré le plus fort ; éternelle est la fidélité du Seigneur ! »…

La louange ! C’est l’art de prier, de chanter, de laisser monter de notre cœur, l’expression de notre joie, de notre espérance en Dieu. C’est une prière gratuite de l’âme toute tournée vers notre Père…C’est donc cela le secret pour s’unir au Père ici et maintenant, et pour espérer un jour qu’Il nous ouvre les portes du Royaume… 

Un dernier point pour terminer : la porte reste cependant étroite ! Alors, n’allons pas trop vite ! Ne courons pas dans tous les sens au risque de la rater : prenons donc du temps, sachons écouter et choisissons le bon chemin !

Rapidement, je vous redonne ces trois points ; 

- Comprendre que je suis vraiment invité au festin du Royaume ! Le Seigneur m’y attend.

- Être relevé par notre Seigneur, dans mes chutes avec humilité !

- Découvrir que la louange est une porte d’entrée !

Certes, l’Évangile de Jésus est et sera toujours exigeant, mais les promesses du Père et les enseignements de Jésus chassent la peur et nous tracent le chemin à suivre pour être trouvés dignes d’entrer dans le Royaume. 

Chers frères et sœurs, voilà l’extraordinaire invitation que nous recevons en ce dimanche ! À nous de nous convertir et de désirer vraiment être avec le Christ au festin des Noces de l’Agneau !                                                                                                                                 

 Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du dimanche 24 juillet 2022, 17e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 11, 1-13. Livre de la Genèse 18, 20-32. Psaume 137.

Lettre de saint Paul aux Colossiens 2, 12-14.

 

Certaines lectures dominicales, comme celles de la messe de ce dimanche, pourraient demander plusieurs heures d’homélie, tant les textes sont riches, beaux et intéressants !

Ce matin, si vous me le permettez, je vais m’attacher davantage à la prière et à la foi. 

 

Posons-nous ces questions :

Comment la foi est-elle transmise ? 

Où la prière est-elle la plus visible ? 

 

La bonne réponse est dans la famille ! C’est dans la famille, cette cellule de base nécessaire et essentielle, que pourra se faire l’apprentissage de l’amour, l’attention et le soin de l’autre, mais aussi du témoignage de la foi et de la prière !

 

C’est cette demande que nous entendons parfois de l’un de nos enfants : « Papa, maman, apprends-moi à prier ! Ou « Pourquoi la prière ? »

 

De fait, c’est en entendant nos parents ou nos grands-parents, mais aussi lors de la messe ou des séances de catéchisme que nous apprenons cette prière du Notre Père ! Pour longtemps, cette prière est et sera toujours présente en nous ! Elle peut revenir sur nos lèvres tout naturellement, à des moments particuliers.

Pourtant, pour certains, avec le temps, réciter la prière du Notre Père peut devenir une répétition qui s’est peut-être vidée de son sens ou même de sa pertinence ! Au cours des années, elle a pu devenir une sorte d’automatisme sans que soient vécus en profondeur la beauté, l’intensité  et même le sens incroyable de cette belle prière.

Or, cette prière du Notre Père est une invitation surprenante à vivre une relation filiale, mais aussi familiale et fraternelle ! Lorsque nous la dirons ensemble tout à l’heure, nous devrons prendre conscience de cette réalité : nous sommes, frères et sœurs.

Quelle audace alors, d’oser s’adresser à Dieu de cette façon ! Oser dire que Dieu est notre père, pour chacun de nous !

 

            Laissons Jésus nous apprendre sa prière, tel que nous le rapporte l’évangéliste saint Luc : « Père… »

Jésus a osé renouveler complètement ce mot en disant à Dieu : « Abba »… « papa ». Quand nous reprenons la prière de Jésus, nous osons, à notre tour, penser que « nous sommes aimés de l’amour même dont le Père aime son Fils Unique » (Jean 20, 17). Dieu n’est pas un inconnu, mais un Père, un papa qui se fait proche !

 

« Père, que ton nom soit sanctifié… » 

« Que ton Règne vienne… »

 

Avant de dire à Dieu nos propres besoins, nous avons d’abord à prier aux intentions du Père. Et ses intentions sont celles-ci : « que son Nom soit manifesté, que son Règne vienne ! » Dans cette prière, nous lui demandons de nous faire entrer dans ses projets, de pénétrer dans son intimité pour être intérieurement transformés. C’est bien Jésus qui nous montre son Père. Mais reconnaissons-le, nous peinons, car nous avons du mal à entrer dans cet amour filial, nous ne le connaissons pas ou si peu. Comme nos mots humains sont pauvres pour exprimer cette réalité du Don que Dieu veut pour chacun !

Ayant ainsi formulé le désir de connaître le Père, d’entrer dans son intimité, nous lui demandons ensuite les moyens de le réaliser et de continuer notre chemin de vie sur cette terre.

 

C’est la deuxième partie du Notre Père : 

« Donne-nous le pain… »

« Pardonne-nous… car nous –mêmes nous pardonnons… »

« Ne nous laisse pas entrer en tentation… »

 

C’est seulement du Père que nous pouvons recevoir le pain, le pardon et la liberté face au mal.  Donne-nous au jour le jour le pain nécessaire, ce pain eucharistique, dont nous avons besoin pour aujourd’hui, pour tenir maintenant. Et dans le « nous », sont présents tous ceux qui manquent de pain. Ma prière est vraie, si elle m’invite personnellement à partager.

Donne-nous aussi, Seigneur, de pouvoir pardonner, du fond du cœur, à ceux qui nous ont fait tort. Est-ce si simple ou si facile de demander Pardon à quelqu’un ou de recevoir un Pardon ?

Il y a là, une exigence presque surhumaine… J’ai besoin de l’aide de Dieu pour découvrir ce Pardon, pour y entrer et pour le vivre !

 

 « Délivre-nous enfin de toute tentation ! » Il y a les petites tentations, celles qui reviennent sans cesse, mais il y a aussi la grande tentation qui est d’abandonner Jésus, d’oublier sa Parole, ses commandements, son invitation… Finalement, c’est la tentation de perdre notre relation de fils ou de fille, vis-à-vis du Père… d’oublier l’amour, don du Père, don de Dieu ! C’est la tentation de croire que je n’ai besoin de personne pour arriver !

 

C’est bien chaque jour aussi qu’il nous faut nous battre contre le mal, conquérir notre liberté et exprimer concrètement notre être chrétien !

 

Prier à la suite de Jésus, c’est m’adresser à Dieu avec mes joies, mes peines, mes soucis quotidiens, en n’ayant pas peur d’être parfois un peu casse-pieds, à l’instar d’Abraham (première lecture) ou de cet ami sans gêne de l’évangile ! Il n’y a pas à craindre d’être “sans-gêne“ car Jésus nous dit : « Le cœur de Dieu est un cœur de Père. Frappez ! Cherchez ! Demandez ! » Dans cette relation filiale, confiante, n’ayons pas peur d’être importun comme lorsqu’on parle à un vrai ami. C’est une force à demander pour que grandisse en nous le désir et que s’affirme notre confiance en Dieu. 

 

Un enfant au catéchisme me disait récemment : « la prière ne marche pas toujours ! » Il nous est arrivé à tous de beaucoup prier pour une guérison pour un proche, une intention… et, finalement, de ne pas recevoir, selon notre idée, le fruit de notre prière. Quels sont donc le sens et la demande que je formule dans ma prière ? C’est vrai, la prière n’est pas magique ! Pourtant, elle est importante et elle nous dépasse toujours.

 

Il me faut comprendre ! Prier n’est ni un moyen de pression ni un acte de puissance ! La prière est plutôt l’expression d’une pauvreté par laquelle nous osons dire à temps et à contretemps, notre attente, notre désir, notre soif. Mais, elle est, plus encore, l’expression de notre espérance, car, que notre prière soit exaucée ou non dans son objet immédiat, nous croyons que nous sommes de cette multitude humaine pour laquelle Jésus-Christ a intercédé une fois pour toutes.

 

Alors, frères et sœurs, acceptons de nous laisser façonner par ces mots que tant de chrétiens, depuis presque vingt siècles, ont prononcés dans toutes les langues ! En faisant ainsi, notre prière sera de plus en plus vivante et vraie. 

J’insiste : dire cette prière du Notre Père, c’est nous reconnaître fils et filles aimés du Père, frères et sœurs de Jésus.

 

Demandons, en prenant le temps, en pesant chaque mot quand nous réciterons cette prière tout à l’heure, d’être renouvelés dans la beauté, la profondeur et l’intimité de cette Prière du Notre Père !

Demandons cette grâce pour chacun de nous ce matin, pour tous celles et ceux qui, à travers le monde, expriment cette même prière du Notre Père !                                          

       Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 17 juillet 2022, 16e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 10, 38-42. Livre de la Genèse 18, 1-10a. Psaume 14.

Lettre de saint Paul aux Colossiens 1, 24-28. 

 

 

       Chers amis, permettez-moi de partager avec vous une question, une interrogation, une préoccupation importante pour notre vie paroissiale ! Je porte ces questions en moi depuis de longues années et plus particulièrement, depuis que je suis le curé de cette belle paroisse Notre-Dame de l’Espérance.

  • Comment avons-nous été accueillis en arrivant dans l’église pour cette eucharistie ? 
  • Comment nous sommes-nous accueillis les uns les autres en arrivant ?
  • Quel accueil souhaiterions-nous ? Un sourire, un signe, un regard, un geste ?

Ces questions sous-tendent celle-ci, bien sûr : comment accueillons-nous notre Seigneur ?

Il me semble que l’accueil devrait être l’ADN de notre vie fraternelle paroissiale ; nous rappeler un prénom, découvrir un visage nouveau, prendre des nouvelles des uns et des autres…

 Les textes d’aujourd’hui nous parlent d’hospitalité et plus largement de l’accueil que nous devrions vivre et mettre en application. 

Pratiquer l’hospitalité est quelque chose de sacré, tout particulièrement au Moyen-Orient ! C’est une marque d’ouverture aux autres et aux imprévus de Dieu. Elle nécessite des gestes concrets d’attention et de préparation pour accueillir l’invité, voire même l’invité-surprise. Cette hospitalité suppose aussi que ceux qui reçoivent restent près de leurs invités et leur prêtent une oreille attentive.

Quand j’étais curé sur le plateau du Vercors, il y a déjà quelques années, dans plusieurs familles, au moment du repas, on mettait une assiette supplémentaire, une place réservée pour un invité-surprise de dernier moment. 

- Dans le récit tiré du livre de la Genèse entendu en première lecture, c’est Abraham qui est l’hôte et l’invité surprise, c’est le Seigneur. De prime abord, on peut être dérouté, car Abraham s’adresse tantôt au Seigneur, tantôt aux trois hommes qui se tiennent près de sa tente. Les premiers théologiens Chrétiens ont compris qu’Abraham s’adressait, en fait, aux trois personnes de la Trinité : Un seul Dieu, Trois Personnes ! Rappelez-vous la belle Icône de la Trinité, de Roublev. 

Pour préparer ce repas improvisé, Abraham se met en quatre, mettant à contribution son épouse Sarah et toute sa maisonnée. Abraham apparaît dans ce récit comme un modèle d’accueil, comme un exemple d’hospitalité. Le récit se termine par la promesse du Seigneur de revenir le visiter quand naîtra Isaac.

- L’évangile de ce dimanche, nous relate un autre accueil : celui de Jésus par ses amies Marthe et Marie dans leur maison de Béthanie. Les deux sœurs avec leur frère Lazare ont déjà accueilli Jésus à de multiples reprises. Marthe et Marie, ce jour-là, reçoivent Jésus, chacune à sa manière. L’une, Marthe, si humaine à nos yeux, est absorbée dans les tâches concrètes du service. L’autre, Marie, si mystique, est tout occupée à boire les paroles de Jésus. À première vue, la réaction de Jésus peut nous surprendre. 

On pourrait croire qu’Il accorderait peu de considération à Marthe accaparée par les préparatifs du repas pour un invité de marque ! On serait tenté de vouloir opposer Marthe (l’active préoccupée surtout des contingences matérielles) à Marie (la contemplative, occupée seulement à rester aux côtés de Jésus, attentive à l’écouter et à méditer ses paroles). 

En fait, ce serait une erreur de vouloir opposer les deux sœurs. Marthe et Marie sont toutes deux des amies proches de Jésus. Ce serait faire fausse route que de vouloir opposer deux vocations de disciples, de nature différente certes, mais qui, au demeurant se complètent vraiment. Le service de l’hospitalité et l’écoute de la Parole doivent aller de pair, chacun dans sa vocation. 

Lorsque Jésus affirme un peu brutalement : « Marie a choisi la meilleure part ! » n’est-ce pas pour nous provoquer un peu et déranger nos habitudes ? Pour remettre les pendules à l’heure ? Pour rappeler à ses disciples, à nous aussi chrétiens, que le service du prochain s’enracine d’abord dans l’accueil de la Parole d’amour du Seigneur.

    Nous pouvons très facilement nous identifier tantôt à Marthe, tantôt à Marie. La proximité avec Jésus dans la méditation de sa Parole et la vocation du service et de la charité sont nécessaires à tous ceux qui se disent chrétiens. 

    Nous pouvons tous être plus ou moins tentés par l’activisme jusqu’à oublier simplement de prendre le temps d’écouter ! C’est à vivre aussi dans le quotidien de notre vie, avec mon conjoint, mes enfants, ma famille et même dans notre Paroisse !

    Je vous invite, chers sœurs et frères, à prier en ce jour :

  • pour celles et ceux qui pratiquent cette belle vertu de l’hospitalité. Je pense notamment aux hospitaliers de Lourdes, 
  • aux soignants et aides-soignants qui accueillent et accompagnent les malades dans les hospices, 
  • à tous ces bénévoles qui accueillent les sans-abris et les affamés (particulièrement en cette période où beaucoup de lieux sont clos à cause des vacances - par exemple dans notre paroisse, nous avons l’abri st Luc), 
  • et à vous qui, à votre table, laissez toujours une place pour le pauvre, le mal-aimé, l’étranger ou l’isolé. 

Soyons aussi reconnaissants envers ceux qui, un jour, nous ont invités à la table de l’amitié et ont pris soin de nous accueillir et de nous écouter à un moment peut-être difficile de notre vie !

Aujourd’hui, comme à chaque Eucharistie, n’oublions pas que c’est Jésus, Lui-même qui nous accueille et qui nous invite dans sa maison. C’est Lui qui nous invite à accueillir la Bonne Nouvelle à la table de sa Parole. C’est Lui qui nous rassasie à la table de son amour, de son Corps. 

    Je conclurai en citant deux versets du Nouveau Testament que je livre à votre méditation de ce jour :

  • Le premier est tiré de l’Épitre aux Hébreux : « N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. » (He 13,2)                  
  • Le second, du Livre de l’Apocalypse : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. »       (Ap 3,20)

Frères et sœurs, que ce temps estival soit, pour chacun de nous, l’occasion de nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu et, en même temps, de nous mettre au service des uns des autres !                                                  

                                                                                                                           Ainsi soit-il ! 

Homélie du dimanche 10 juillet 2022, 15e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 10, 25-37. Livre du Deutéronome 30, 10-14. Psaume 18.

Lettre de saint Paul aux Colossiens 1, 15-20.

 

En lisant les lectures de ce dimanche, sans doute vous êtes-vous aperçu qu’elles s’éclairent les unes les autres ! La première lecture de ce dimanche est une merveilleuse introduction à l'enseignement de l'Évangile. Ce texte du Livre du Deutéronome, assez juridique, nous dit que la Parole de Dieu est toute proche de nous, inscrite dans notre bouche et dans notre cœur pour que nous puissions la mettre en pratique.

        Le passage de l’Évangile que nous venons d’écouter commence par une question personnelle posée à Jésus par un docteur de la Loi, un érudit. C'est une bonne question même si elle est posée, comme nous le dit saint Luc, pour mettre Jésus à l’épreuve. 

Ce scribe n'a pas dit de façon abstraite : « Comment obtenir un billet gratuit pour le Ciel ? »,  mais bien plutôt : « Que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? » ! Notons déjà sa conviction, sa foi, que la vie sur cette terre n’est pas le terme de notre vie, mais qu’il y a une vie après notre mort. « Que dois-je faire ? » demande-t-il. C’est une question précise !

Jésus lui dit : « Tu es un docteur de la Loi ; tu dois savoir cela. Que lis-tu dans la Loi ? » Et l'homme donne alors la bonne réponse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. » « Tu as bien répondu, lui dit Jésus ! Fais ainsi et tu auras la vie. » Mais le scribe insiste et lui pose alors une autre question : « Qui est mon prochain ? » C’est une question intéressante pour nous aussi !

        Jésus va répondre par cette parabole du « bon samaritain » que nous connaissons bien, mais dont nous n’aurons jamais fini de découvrir tout le sens. 

Souvenons-nous qu’une parabole consiste à amener les auditeurs à s'identifier à l'un ou à l’autre des personnages du récit. 

Reprenons rapidement la structure du récit. Le docteur avait dit « Qui est mon prochain ? », mais Jésus, après la parabole, reformule autrement la question : « Qui a été le prochain de l'homme tombé sous les coups ? » Le docteur ne peut que répondre : « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » Lorsque Jésus dit : « Va et fais de même » !

Le sens immédiat qui semble évident est de dire : « Va et sois, toi aussi, un bon samaritain » ! Nous pourrions nous arrêter là ! Mais, il y a un autre sens : « Comme l'homme tombé sous les coups des brigands, accepte que même un samaritain soit ton prochain ? » L'homme tombé sous les coups pourrait être l’un de nous ! Si c’était toi ? Accepterais-tu d’être aidé, relevé et soigné par un samaritain ? 

Là, une clé de lecture peut me manquer !

 En effet, ce n’est pas par hasard que Jésus nous donne en exemple un samaritain. Les samaritains étaient méprisés par le peuple juif, car ils étaient considérés comme des hérétiques. Rappelez-vous l’épisode de la samaritaine de Sīkar, près du puits de Jacob. Elle va même jusqu’à se moquer de Jésus : « Toi, un juif, tu demandes à une samaritaine de t’aider ! » (Jn 4,9) 

Pourtant, Jésus déclare que ce samaritain est plus proche de Dieu que tous les dignitaires du Temple. C’est lui que Jésus nous donne comme modèle à imiter. 

Avec cette parabole, Il nous montre que mon prochain, celui qui va me secourir, m’aider, me soigner peut être une personne avec laquelle je peux être en distance ! 

Comme nous sommes nous-mêmes tentés de le faire, les docteurs de la Loi faisaient des distinctions entre les différentes catégories de prochain : les fréquentables et les non fréquentables ! Avec Jésus, il y a un renversement radical. L’important, c’est de nous faire proches de l’autre, de nous approcher de lui, de nous laisser approcher par lui ! 

        Nous le savons, dans cette parabole, Jésus nous parle aussi de Lui-même ? Il est celui, par excellence, qui se rend proche de l’homme dans la détresse. Il s’approche des malades, des paralysés, des lépreux et des exclus de toutes sortes. Il pardonne à la pécheresse. Il va même chez les publicains que tous considéraient comme des traitres. Lui-même s’en explique en disant : « Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs… Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. » (Mc 2,17)        

Mes amis, nous sommes toutes et tous, ce blessé de la route de Jéricho. Nous faisons partie de l'humanité blessée par le péché. Comme le blessé de la route de Jéricho, nous avons besoin de quelqu'un qui s'arrête pour nous sauver, nous apporter le soin dont nous avons besoin, la parole que j’espère. Celui qui s’arrête, c’est Jésus. C’est Lui le bon Samaritain. Il se fait proche de nous, il se fait notre prochain. Il se penche sur notre humanité blessée. Il multiplie les guérisons et les pardons. Il vient vers nous avec amour et compassion. Malgré nos fautes et nos erreurs, il nous relève et il nous conduit à Dieu. Mais, n’oublions pas que d’autres personnes peuvent agir de la part de Jésus !

Chers frères et sœurs, dans cette célébration, demandons au Seigneur la grâce de renouveler notre regard pour que cette semaine nous sachions reconnaître :

  • En Jésus le bon Samaritain par excellence !
  • Que je peux être aussi le Samaritain, en particulier pour ceux qui ont le plus besoin que l’on s’approche d’eux par notre aide et notre amitié, par un coup de téléphone, par une visite, par un service, que sais-je ?À chacun de nous d’être inventif !
  • Sans oublier d’accepter que moi aussi, j’ai besoin que l’on prenne soin de moi, dans mes peines, mes blessures… En comprenant que je peux avoir besoin, moi aussi, d’être aidé, par des personnes connues ou non, peut-être même par des personnes avec lesquelles je suis en conflit ! 

En cette période estivale, ne nous enfermons pas sur nous-mêmes ! Nous allons rencontrer, cet été, des membres de nos familles, certains même avec lesquels je peux être en désaccord, ou fâché. N’y a-t-il pas là, une occasion de réconciliation ou d’entraide ? 

Frères et sœurs, voilà ce que je reçois dans les textes de ce jour et que je souhaite partager avec vous. Restons disponibles et confiants ! Gardons notre cœur ouvert aux imprévus, parfois déroutants, de notre Seigneur ! 

Restons disponibles et confiants aux imprévus de Dieu ! Accueillons le Christ ! 

Soyons disponibles aux autres. Je vous souhaite un bel été !    

Ainsi soit-il

Homélie du mercredi 6 juillet 2022, 14e semaine du temps ordinaire, Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 10, 1-7. Livre du prophète Osée 10, 1-3.7-8.12. Psaume 104. 

 

Sainte Maria Goretti

  

6 juillet : Sainte Maria Goretti, martyre de la pureté (1890-1902)

Sainte Maria Goretti

En ce jour, j’aimerai vous dire quels petits mots de sainte Maria Goretti, appelée aussi “martyre de la pureté“ :

Elle est aussi appelée Marietta par certains…

Elle est née en 1890 et elle avait douze ans quand elle préféra mourir pour le Christ, plutôt que de pécher. Maria est née au village de Corinaldo en Italie, dans un univers frappé de plein fouet par la crise économique. Elle est l’aînée de six enfants et, de ce fait, elle reçoit très jeune de lourdes responsabilités. Elle les assume avec sérénité et piété afin de permettre à ses parents d’assurer la subsistance de la famille. Malgré l’exil dans une métairie des Marais Pontins, la mort précoce du père et une promiscuité difficile, Maria, à 12 ans, rayonne par sa vie intérieure. 

Toute à l’ardeur de sa première communion, elle apprend par cœur car elle n’a pas eu d’instruction et ne sait pas lire, elle se prépare. En même temps, elle subit le harcèlement du jeune Alessandro Serenelli qui vit sous le même toit et veut abuser d’elle. Elle résiste. Le garçon insiste. Le 5 juillet 1902, il s’est armé d’un couteau. Maria ne cède pas et ne cesse de lui dire : « C’est un péché, Alessandro ! »

Le garçon perd la tête. Frappée de quatorze coups de couteau, Maria mourra le lendemain dans de grandes souffrances en ayant pardonné à son meurtrier. Alessandro sera condamné et il va se convertir en prison. 

Quarante-cinq ans après la mort de Maria, il assistera à son procès de béatification avant de finir ses jours comme jardinier dans un monastère franciscain. 

 

Une vie surprenante, exemplaire !

« Le sang de Maria Goretti, versé en sacrifice de fidélité totale à Dieu, nous rappelle que nous sommes, nous aussi, appelés à faire don de nous-mêmes au Père. Nous sommes appelés à accomplir la volonté divine pour nous retrouver saints et dignes à ses côtés. Notre vocation à la sainteté, qui est la vocation de tout baptisé, est encouragé par l’exemple de cette jeune martyre… 

 

« Regardez-la, surtout vous les adolescents, vous les jeunes. Soyez, comme elle, capables de défendre la pureté du cœur et du corps ; efforcez-vous de lutter contre le mal et le péché, en alimentant votre communion avec le Seigneur par la prière, l’exercice quotidien de la mortification et la scrupuleuse observance des commandements. N’ayez pas peur d’aller à contre-courant, de rejeter les idoles du monde, lorsqu’il s’agit de témoigner par une conduite courageuse, de l’adhésion au Christ chaste et pauvre. Sachez toujours valoriser et aimer la pureté et la virginité. »

Saint Jean-Paul II, le 29 septembre 1991

Frères et sœurs, voilà ce que nous pouvons retenir pour nous, ce matin. Prenons le temps de la prier, de lui demander son intercession pour nous-mêmes, peut-être aussi pour les jeunes que nous connaissons.

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 3 juillet 2022, 14e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 10, 12-12.17-20. Livre du prophète Isaïe 66, 10-14c.

Psaume 65. Lettre de saint Paul aux Galates 6, 14-18. 

 

Aujourd’hui, s’identifier comme chrétien, dans une société largement sécularisée, ne va pas de soi. La culture ambiante, les modes de vie, les manières d’être sont parfois bien éloignés de nos styles de vie ; et plus précisément, beaucoup se détournent de l’Évangile, bien qu’ils soient baptisés. 

Qui n’a pas eu le sentiment, à un moment de sa vie, d’être déconnecté des choix sociétaux et même, d’une certaine façon d’être au milieu de loups dans un monde où le pouvoir, l’argent, la convoitise sont, le plus souvent, les moteurs de notre société ? 

Ou encore, qui n’a pas eu le sentiment d’être noyé dans une indifférence religieuse où tout est mis au même niveau ! 

C’est un constat ! Il n’est pas forcément nouveau ni particulièrement joyeux…

    Pourtant, c’est précisément dans ce monde-là que Jésus nous envoie comme des agneaux au milieu des loups. L’image est très parlante ! Dans la continuité des premiers disciples, Il nous dit dans quel esprit y aller, comment se comporter et, même si ce terme nous paraît un peu guerrier, avec quelles armes, Il nous envoie en mission.

    Tout d’abord, Jésus envoie 72 disciples, et pas seulement ses 12 Apôtres, car l’urgence de la mission n’est pas réservée aux seuls évêques et à leurs collaborateurs directs, mais elle est pour tous les chrétiens de tous les temps, et partout sur la terre.

Comme la loi de Moïse imposait deux témoins pour qu’un fait soit reconnu, Jésus envoie devant lui ses disciples deux par deux. 

Deux, c’est déjà une petite communauté. Chacun des disciples, dans ce petit groupe, est le témoin et le garant de l’autre devant les peuples. Ses disciples passeront de maison en maison. Ils n’iront pas seulement dans les lieux sacrés comme le Temple ou les synagogues, mais directement dans les lieux où vivent les hommes, les familles. En effet, Dieu nous rejoint chez nous, Il s’adresse à nous, là où nous sommes.

Cette mission qui nous est confiée à cause de notre rencontre du Christ est la même que celle qui est confiée aux 72 ! Quelle est-elle donc ? S’agit-il de guérir les malades ? Faut-il faire des actions extraordinaires ? Des miracles ? Non, ce n’est pas ce que nous dit l’évangile.

La mission confiée aux 72 n’est pas d’abord de guérir les malades et de maîtriser les esprits mauvais, mais elle est surtout d’annoncer la Bonne Nouvelle de la paix de Dieu, la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Jésus le demande à plusieurs reprises : « dites-leur : le règne de Dieu est tout proche. »

Les guérisons et les actes extraordinaires ne sont pas une fin en soi ni le seul but de la mission ! Si cela est possible, tant mieux, mais, peu importe que les signes soient visibles, effectifs ! Ne risquons pas de transformer notre Dieu en un dieu magicien ! Ce qui est important, ce n’est pas le signe en lui-même, mais ce qu’il révèle, c’est-à-dire que « Dieu est avec eux, avec nous ! Dieu est présent, même dans nos infirmités et les contradictions de ce monde. »

C’est bien l’expérience que font les disciples qui, à leur retour, seront tout excités de raconter leurs exploits. À vrai dire, ils sont eux-mêmes surpris de ce qu’ils ont été capables de faire, car cela les dépasse : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom ! »  Certes, le signe est éclatant ! Mais il ne faudrait pas que cet éclat empêche de voir ce qui est ainsi signifié : le règne de Dieu est déjà là. C’est toujours par le nom du Christ que les disciples annoncent ce Règne !

C’est ce que rappelle Jésus en insistant : « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. » De fait, dans les cieux sont inscrits les noms de tous les missionnaires. Que les esprits mauvais soient soumis, c’est bien. Mais il y a mieux encore : c’est cette intimité avec Dieu, source de vraie joie, source de tout apostolat !

    Frères et sœurs, de quelle manière sommes-nous invités à annoncer le Royaume de Dieu ?

    Dans ce monde parfois difficile qui ne fait pas de cadeau, quels sont nos moyens ? Certains vont dire : avec quelles armes se battre ? Nos armes, c’est surtout la Paix, la paix qui est si fragile, jamais parfaite, mais qui est un état et une attitude qui peuvent se révéler une force incontournable, dans une réelle maitrise de soi et une vraie confiance.

Cependant, il faut du temps, même si nous le demandons souvent dans nos intentions de prière universelle, pour que s’établisse la paix, l’amitié, la bienveillance, un climat de confiance qui précède l’annonce du Royaume. 

Il est bon de prier pour la paix, encore faut-il que nous vivions nous-mêmes dans la paix ! Il nous faut la vivre intérieurement pour en être les témoins avant même d’essayer de l’expliquer. Le chrétien sait quand le temps est venu de parler de Dieu et quand il est juste de se taire et ne laisser parler que l’amour. 

Nous avons toujours et partout à établir des liens, surtout en ces temps où le ‘vivre ensemble’ est menacé, où la solitude, dans notre époque, n’a jamais été aussi massive. 

Je suis effectivement très surpris du grand nombre de personnes qui se confient à moi et me disent qu’ils ne regardent plus la messe que sur leur écran de télévision ! Cette façon de faire, même si elle peut paraître assez pratique, nous prive totalement de notre famille paroissiale et de la vie en communauté dans une relation fraternelle, et surtout, de l’Eucharistie.

Frères et sœurs, l’enjeu est là pour aujourd’hui ! Il est important !

Alors, Seigneur, aide-nous à nous rendre disponibles pour annoncer le Christ !

En réalité, la joie, la Paix, l’Amour nous sont donnés par le Seigneur, et renforcés quand j’en deviens témoin ! Alors, transmettons-les !

Cette façon de vivre l’évangile et d’annoncer la Bonne Nouvelle peut inspirer notre vie en ces périodes de vacances, où nous allons côtoyer des personnes nouvelles, des gens très divers… 

N’est-ce pas une bonne occasion d’être d’audacieux témoins du Christ en ces prochaines semaines ?

Demandons cette grâce pour chacun de nous !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 27 juin 2022, 13e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 8, 18-22. Livre du prophète Amos 2,6-10.13-16. Psaume 49.

 

Chers amis, nous entendions hier, presque le même texte dans l’évangile selon saint Luc et, aujourd’hui, il nous est donné selon saint Matthieu. Retenons donc cette insistance qu’il nous faut entendre, pour nous, ce matin ! Que veut donc nous dire notre Seigneur ?

Voici deux candidats qui veulent se mettre à la suite du Christ.

- Le premier, un scribe, sans doute enthousiasmé par le Sermon sur la montagne et émerveillé par les premiers miracles de Jésus (la guérison d’un lépreux, celles du serviteur d’un Centurion et de la belle-mère de Pierre), s’approche de Jésus. Il ne veut pas laisser partir Jésus sans lui avoir déclaré sa flamme : « Maître, je te suivrai partout où tu iras. » Belle déclaration !

Or Jésus n’est pas comme les Rabbins juifs de l’époque, que leurs disciples choisissent pour maître. 

Ici, le scribe n’est pas appelé par Jésus ; il se propose de lui-même. Remarquons que Jésus ne décourage ni n’encourage ce volontaire ; Il le met tout de go, en face de son mystère : « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. » En effet, devenir disciple de Jésus est exigeant : c’est marcher derrière Celui qui monte à Jérusalem pour y subir la Passion. Jésus ne reposera sa tête que sur la croix.  

Se mettre à la suite de quelqu’un veut dire que cette personne a pour nous une importance capitale. On peut suivre quelqu’un de façon multiple : on peut le suivre pour ses idées comme tel philosophe ou personnalité politique, on peut aussi suivre quelqu’un pour son génie comme certains scientifiques. On peut aussi se laisser abuser par faiblesse, par les belles paroles d’un gourou avec les risques qui peuvent toucher ici à notre vie affective. Là, le discernement et la vérité deviennent primordiaux !

L’invitation de Jésus est donc exigeante : « suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts ». 

« Suis-moi… » Nous ne savons pas précisément si ce disciple et l’autre ont fini par suivre Jésus !

Alors qu’est-ce qui fait que l’on suive Jésus ? Que faut-il ?

Alors qu’est-ce qui fait que certains puissent décider de donner radicalement leur vie pour Lui ?

Pour pouvoir suivre Jésus, il faut d’abord savoir qui Il est, le connaître, l’écouter, le comprendre. Mais, avant de nous mettre à suivre Jésus, il faut se dire que c’est Lui qui me connaît et qui me suit ! Et cela reste un mystère pour nous ! C’est le Christ qui nous appelle et nous choisit ! Il nous suit jusqu’à ce que nous acceptions de nous arrêter et de vivre la rencontre. Avant de pouvoir suivre Jésus, il faut d’abord s’être laissé chercher et trouver par Lui. 

C’est le mystère d’une rencontre : de personne à personne !

Chacun dans notre assemblée pourrait, sans doute, expliquer l’histoire de leur rencontre avec le Christ vivant : rencontre toujours bouleversante, toujours personnelle et unique !

Voilà ce qui fait que l’on veuille suivre Jésus : cette rencontre saisissante, ce moment où Il est devenu quelqu’un pour nous, ce temps où son histoire s’est révélée à nous, cet instant où sa Parole a touché notre cœur…

Nous voyons bien ici qu’il n’y a rien d’extérieur à Lui, comme le seraient les idées, le génie ou la pensée.  Jésus vient à nous sans aucune arme à la main ni par un artifice quelconque ; Il vient seul, avec Lui-même, avec le désir de nous voir grandir, de nous voir nous épanouir et d’entre, avec Lui, dans la vie éternelle.

Il vient seulement nous demander, en nous laissant une incroyable liberté : « Toi, suis-moi ! » et Il attend notre réponse.

Puissions-nous, frères et sœurs, faire mémoire de cette rencontre du Christ à un moment de notre vie et, dès aujourd’hui, re-choisir de faire route avec Lui !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 26 juin 2022, 13e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble église Notre-Dame Réconciliatrice, 

par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 11b-17. Livre de la Genèse 14, 18-20. Psaume 109.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 11, 23-26. 

 

Chers amis, comme je vous le demande régulièrement, vous êtes invités de façon pressante à préparer les célébrations dominicales, en prenant le temps chez soi, pour découvrir les différentes lectures et peut-être (soyons fous !) à les méditer ! 

Les trois textes de ce jour (avec le psaume) expriment une belle unité entre eux et sont impressionnants de richesse :Élie, Paul et Jésus nous parlent tous les trois de liberté et d’amour, mais dans un désir très précis, car cette liberté est faite pour entrer en action, elle est toujours un acte pour mieux servir, mieux aimer, mieux annoncer le Royaume ; et donc évangéliser, c’est-à-dire annoncer la Bonne Nouvelle.

Tous les Chrétiens sont appelés à être témoins de cette Bonne Nouvelle !

Attaché à la liberté, il y a un mot avec lequel nous avons peut-être du mal, un mot sous-jacent dans les trois lectures : c’est celui de l’obéissance ! En effet, en étant attentifs, nous constatons que tous les textes de ce jour nous parlent d’obéissance. Attention, il ne s’agit pas d’une obéissance d’esclavage ou servile comme le précise saint Paul ; il s’agit de suivre le Seigneur quand Il nous appelle : l’obéissance à Dieu nous libère. C’est une belle découverte que nous pouvons faire dans une vraie relecture de notre appel !

Je sais bien que parler d’obéissance résonne très mal pour certains d’entre-nous ! Cependant, je le redis avec force, il n’est pas question d’une quelconque soumission, mais d’oser un « OUI » dans un réel discernement : une vraie obéissance à Dieu est libératrice. 

Chers frères et sœurs, essayons en quelques minutes de comprendre ensemble, le sens de cette obéissance.

Jésus marche avec courage sur la route en allant vers Jérusalem, comme nous le précise l’évangile. Le Christ Jésus est profondément libre, Il sait très bien que cette route va Le conduire à sa Passion, mais Il fait face et Il obéit à son Père en continuant sa mission pour libérer l’humanité de la mort et la conduire à la Vie. 

Cet évangile nous fait découvrir le mystère de l’exigence de Jésus qui ne laisse pas de place au doute ou à une quelconque hésitation : son OUI est vrai, Il sait, Il fait confiance, Il ne se dérobe pas et ne condamne pas !  L’urgence est là : il faut annoncer le Royaume de Dieu et cela sans regarder en arrière. Le chrétien doit regarder devant lui !

Le texte de saint Paul aux Galates insiste encore sur l’amour qui doit être libre, mais aussi sur l’obéissance à cette loi d’amour, ce commandement où Dieu nous redit qu’aimer rend libre.

La priorité pour saint Paul, c’est l’avenir, c’est la vie !

J’aime beaucoup ce psaume 15 qui dit notre attachement au Seigneur, dans notre prière et notre fidélité au cœur de notre vie ; c’est Lui qui nous conseille et éclaire notre discernement pour choisir le Bien et renoncer au Mal.

Dit autrement : notre obéissance est d’abord une obéissance à l’Amour ! C’est notre amour qui est la mesure de notre réponse à l’invitation de Jésus à le suivre. 

Comme vous le savez, cet après-midi auront eu lieu, en la Basilique du Sacré-Cœur, une ordination diaconale : Jean-Marc Franchellin, (aumônier de la prison de Saint-Quentin-Fallavier) ainsi que l’ordination d’un nouveau prêtre : Benoît Duvivier. Pour l’un et l’autre, c’est librement qu’ils s’engagent par l’ordination, à devenir serviteurs et témoins du Christ. L’épouse du futur diacre permanent a été également interrogée, car c’est conjointement que leur couple se met au service des autres.

Toutefois, l’appel de Dieu n’est pas seulement pour devenir diacre ou prêtre. Dieu nous appelle tous, là où nous sommes avec nos charismes, nos limites et nos manques !

À quoi donc le Seigneur nous appelle-t-il ?

Le Seigneur nous appelle tous à faire quelque chose de notre vie. Il faut grandir quand on est jeune ; il faut apprendre quand on est étudiant ; il faut travailler quand on a la chance d’avoir du travail et d’être payé pour le faire ; il faut transmettre quand notre expérience est profitable à d’autres, oser donner de mon temps libre pour me mettre au service des autres ; il faut se marier quand on vit en couple, et être fidèle : il faut toujours avancer dans la vie, ne pas rester les bras croisés, apprendre à partager, écouter le Seigneur qui nous guide. 

Mais surtout ce que nous avons à vivre au cours de notre vie,

c’est aimer, toujours aimer plus.

Et ceci, quel que soit notre vocation, notre appel : l’Église a besoin de nous tous !

Oui l’Église a aussi besoin de nous : hommes, femmes, célibataire, marié, consacré - d’âge mûr ou plus jeune, pour choisir et décider librement de devenir des missionnaires de l’amour de Dieu ! Le monde a besoin de nous !

Oui, j’en suis sûr, le Seigneur parle, et le premier apprentissage des chrétiens est d’apprendre à écouter ! Peut-être est-ce là une difficulté très actuelle : comment l’entendre dans le brouhaha médiatique ? Il m’arrive bien souvent de fermer mes oreilles et mon cœur. C’est rarement sur un portable que le Seigneur nous appelle… N’avons-nous pas besoin de calme et de cette liberté intérieure pour bien écouter ce que Dieu veut me dire ?

C’est le plus souvent dans la prière que le Seigneur nous parle le mieux, généralement dans la modalité du conseil… Parole parfois confirmée, comme dans le texte d’aujourd’hui, par la bouche de quelqu’un de notre voisinage ou de quelqu’un qui a charge de serviteur de l’Église. Par exemple : « Élisée était en train de travailler dans son champ et de labourer, quand le Seigneur lui a parlé et l’a appelé par la voix de l’un de ses amis, le prophète Élie. »

Le Seigneur ne nous demande pas d’être aveugles et sans intelligence ; il nous faut  écouter, réfléchir, discerner, sans que notre liberté soit pervertie ! Alors, comment faut-il comprendre ce verbe obéir ? 

Obéir :

C’est déjà écouter, être attentif, entendre l’appel, suivre, puis se mettre au service.

Obéir, c’est comprendre que nous sommes faits pour l’amour et 

que notre liberté c’est aussi être capable d’aimer.

Un dernier point rassurant pour terminer, car nous avons tous du mal à aimer : c’est l’Esprit Saint qui nous rend capables d’aimer au-delà de notre faiblesse.

Si vous le voulez bien, reprenez, ce soir, le psaume de ce dimanche :

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable. (Ps 15)

Frères et sœurs, mettons-nous à l’écoute de Dieu, alors nous deviendrons inébranlables !

C’est la grâce que nous pouvons demander et recevoir en ce jour !

Bonne méditation !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 24 juin 2022, solennité du Sacré Cœur de Jésus, année C.

Messe célébrée à Grenoble église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 11b-17. Livre du prophète Isaïe 34,11-16. Psaume 22.

Lettre de saint Paul aux Romains 5, 5b-11.

 

Frères et sœurs, la solennité du Sacré Cœur de Jésus est une fête importante ! Ce n’est pas parce qu’elle serait ruisselante de sentimentalisme, mais elle est importante car elle nous donne de contempler et de parler de ce Cœur qui a tant aimé les hommes jusqu’à donner sa vie.

Mais comment vraiment parler du Cœur de Jésus ? 

Rappelons-nous ! Quand la lance du centurion a percé le Cœur du Christ en Croix en faisant jaillir du sang et de l’eau, il n’accomplissait pas simplement le rite ultime pour vérifier la mort de la victime, mais il accomplissait un geste prophétique. En effet, le sang et l’eau qui jaillissent du Cœur du Christ expriment en même temps, le don total que Jésus a fait de Lui-même et la source de vie que ce don devient pour l’humanité entière. 

C’est en regardant couler le sang et l’eau du côté transpercé du Christ que nous pouvons comprendre ce que saint Paul dit dans l’épître aux Romains : « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. » (Rm 5,8) 

La joie à laquelle le Christ nous invite aujourd’hui est la joie toute simple de la brebis un peu « follette » d’avoir été retrouvée, d’être portée sur l’épaule de son berger, d’être soignée, remise en forme et réintégrée à la plénitude du troupeau. C’est la joie de nous tous, pécheurs réconciliés avec Dieu.

Parler du cœur de Jésus, c’est donc redire la miséricorde de Dieu : un cœur qui aime jusqu’au pardon, un cœur qui bat pour chacun de nous !

Nous pressentons bien qu’une humanité sans le cœur du Christ, une humanité sans pardon, c’est une humanité vouée à la délation, à la barbarie et à la sauvagerie.

  • Une personne qui vit sans pardon est une personne qui s’enferme dans sa culpabilité et risque de plonger dans le désespoir. 
  • Une société qui vit sans pardon est une société qui s’étouffe dans sa culpabilité et la transforme en agressivité envers les autres pour trouver les coupables que nous ne voulons pas reconnaître en nous-mêmes. 

Le cœur de Jésus nous apprend à la fois le don de soi, le don de la vie et le don du pardon.

Pourquoi donc est-il si difficile de répandre le pardon ? Pourquoi donc est-il si difficile de reconnaître que l’on a besoin du pardon et de ce Cœur qui nous aime ? Pourquoi donc est-il si difficile de se reconnaître pêcheur et d’oser dire : « J’ai besoin de Toi, Seigneur ! » ? 

Pour nous reconnaître pécheurs, il faut que nous soyons profondément assurés de l’amour que Dieu nous porte, non pas seulement à chacun d’entre nous en particulier, mais à l’humanité tout entière. Pour avoir la confiance nécessaire pour avouer notre péché et en être pardonné, il faut que la plénitude de l’amour de Dieu se manifeste à nos yeux.

Célébrer le Sacré Cœur de Jésus, c’est donc s’extasier devant ce mystère, devant le don de Jésus par la folie de la Croix et se laisser emporter dans le mystère d’amour dans lequel on se réjouit avec la Trinité, quand un seul pécheur est converti. 

      N’oublions toutefois pas que contempler le Sacré Cœur de Jésus, ce n’est pas seulement de se réjouir avec Dieu : c’est s’engager à Lui ressembler !

Frères et sœurs, c’est la grâce que nous pouvons demander, que nos cœurs battent à l’unisson et surtout, qu’ils battent à l’unisson de celui de Dieu ! 

Demandons cette grâce pour chacun de nous et pour l’humanité tout entière !      

                                                        Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 19 juin 2022, solennité du Saint-Sacrement, année C.

Messe célébrée à Grenoble église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 9, 11b-17. Livre de la Genèse 14, 18-20. Psaume 109.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 11, 23-26. 

 

Il m’arrive de discuter avec des personnes qui me disent que : « Dieu est déconnecté de ma vie. Dieu ne comprend pas ce que je suis ! Pourquoi j’agis de telle ou telle façon… Il semble même être indifférent à mes besoins ! ». Et nous, qu’en pensons-nous ? Est-ce que ces questions sont les nôtres à certains moments, peut-être particulièrement lorsque notre peine, notre angoisse deviennent profondes ? Dieu attendrait-il de nous une action particulière ?

Dans beaucoup de religions, l’attitude envers le dieu est d’offrir un sacrifice d’oblation ; on fait une offrande pour attirer sur nous, ses bons augures, une aide. De même, toujours à l’époque de Jésus, nos frères juifs apportaient en holocauste des bœufs, des brebis, des agneaux, des colombes… 

Chers amis, non seulement, il est bien rare que nous venions à la messe avec une basse-cour, mais notre religion chrétienne est la seule religion où Dieu se fait Lui-même nourriture … N’est-ce pas paradoxal et surprenant ? Non seulement, Dieu connaît nos besoins, nourriture, boisson, repos et tant d’autres choses, mais pour satisfaire et contenter nos besoins, Dieu se fait Lui-même nourriture ! C’est le propre de la religion chrétienne.

Quand Jésus l’annonce, les personnes auxquelles Il s’adresse, ne vont pas le comprendre immédiatement ! Certains mêmes sont scandalisés et en colère : comment est-ce possible ; « manger son corps ? Boire son sang ? Quelle horreur !» Il faudra un peu de temps pour que les premiers chrétiens découvrent que le sacrement de l’Eucharistie est un don incroyable et inestimable !

Par deux fois, l’Apôtre Paul, écrivant à la communauté de Corinthe, rapporte les paroles de Jésus dites dans le récit de l’institution de l’Eucharistie. C’est le témoignage le plus ancien de la Dernière Cène.

N’oublions pas que les évangiles seront écrits un peu plus tard et ces relations épistolaires sont les premiers écrits que nous avons. Elles étaient adressées aux toutes jeunes communautés chrétiennes installées autour de la méditerranée : Éphèse, Rome, Corinthe et d‘autres encore.

Que nous dit saint Paul dans cette lettre aux chrétiens de Corinthe ? Il rappelle ce que Jésus, à quelques heures de sa mort, à quelques heures de sa Passion, nous laisse en témoignage :

- « Faites ceci »c’est-à-dire prenez du pain, rendez grâce et rompez-le ; prenez le calice, rendez grâce et distribuez. Jésus commande de répéter le geste par lequel Il a institué le mémorial de sa Pâque, ce geste au moyen duquel Il nous a donné son Corps et son Sang. C’est ce geste qui nous permet d’avoir part, toujours aujourd’hui à son Corps et à son Sang.

Ce geste est parvenu jusqu’à nous : c’est le “faire” l’Eucharistie, qui a toujours Jésus comme sujet, mais qui se réalise à travers nos pauvres mains jointes, transformé par la force de l’Esprit Saint.

« Faites ceci ». Nous venons de l’entendre dans l’Évangile, Jésus interpelle les disciples stupéfaits à un « faire » peu probable : « « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » (Lc 9, 13). Comment satisfaire une foule de cinq mille personnes fatiguée et affamée ?

En réalité c’est Jésus qui fait tout : Il bénit et rompt les pains jusqu’à rassasier tous ces gens, avec ces cinq pains et ces deux poissons. 

La pédagogie de Jésus se découvre précisément. Il eut été facile de congédier la foule, mais les disciples sont invités à mettre à disposition le petit peu qu’ils avaient.

Ce que nous vivons, encore aujourd’hui dans cette église, n’est pas si éloigné de cet épisode de la « multiplication des pains » !

 

- Jésus bénit, rend grâce et Il rompt : c’est l’autre parole qui explique le sens du : « faites ceci en mémoire de moi ». Jésus s’est rompu, Il se rompt pour nous, et Il nous demande de nous donner, de nous « rompre » nous aussi pour les autres, autant que cela soit possible. 

Justement ce “rompre le pain”, ce pain rompu est devenu le signe de reconnaissance du Christ et par la suite des chrétiens. 

- Rappelons-nous l’épisode des pèlerins d’Emmaüs, au soir de Pâques. Deux disciples marchent vers le village d’Emmaüs, l’un d’entre eux se nomme Cléophas. Nous ne connaissons pas le nom de l’autre disciple : ce pourrait être chacun de nous ! Marqués par la mort de Jésus, ils rentrent tristement chez eux. Le matin même, ils ont bien entendu des femmes dire que Jésus est ressuscité, mais leur cœur est tellement empli de tristesse qu’ils ne comprennent pas. Jésus arrive auprès d’eux et les enseigne. Chers amis, vous connaissez bien cet épisode ! Arrivés dans une auberge, les disciples demandent à Jésus d’y entrer avec eux, car il se fait tard. Au moment de la fraction du pain, Jésus dit les mêmes paroles que celles qu’Il avait prononcées quatre jours auparavant, le Jeudi saint. C’est alors que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils le reconnurent, « à la fraction du pain » (Lc 24, 35). 

  - Rappelons-nous aussi que la première communauté de Jérusalem : « était assidue à la prière […] et à la fraction du pain » (Ac 2, 42). 

C’est l’Eucharistie, qui devient, depuis le commencement, le centre et la forme de la vie de l’Église : source et sommet de notre vie chrétienne !

 Je termine tout simplement en parlant de cette église, mais je pourrais dire la même chose de toutes les autres églises. Ces églises sont belles, elles ont été construites avec le talent de toutes sortes de maîtres-ouvriers : maçons, maître-verrier, sculpteurs, peintres, facteurs d’orgues… Ces églises ont été le lieu de la prière de la communauté chrétienne depuis de longs siècles, mais quel est l’élément le plus important et le plus remarquable de cet édifice ?

Qu’en pensez-vous ?

Le trésor des églises n’est pas le bâtiment, mais ce que contient le maître autel. C’est au centre de maitre-autel, qu'il y a une petite cavité : le tabernacle !

Toute cette église a été construite pour permettre à ce petit tabernacle d’accueillir le Christ !  

Que contient ce tabernacle ? Quelques grammes d’une nourriture qui pourrait sembler banale, ordinaire, juste un petit peu de pain ! Pas n’importe quel pain : le pain consacré, c’est-à-dire : Jésus Lui-même ! Cette église a été construite uniquement pour que nous puissions venir et adorer Celui qui est présent dans le tabernacle.

Frères et sœurs, oui ! Le Christ s’offre à nous comme nourriture pour apaiser notre faim : faim de Dieu, faim de vivre ! Plus encore, au moment où nous Le recevons, au moment où nous L’incorporant en nous, nous devenons “d’autres christ“, dans l’action de grâce, avec cette même mission de la louange et de l’annonce à tous nos frères.

Voilà le Dieu trois fois saint qui s’offre à nous comme nourriture ! Il est celui que nous avons célébré, Trinité sainte, dimanche dernier.

Puissions-nous, en sortant de l’église tout à l’heure, à la fois nourris et envoyés, être les témoins et les disciples que Jésus espère !

Voilà le merveilleux mystère que nous pouvons vivre ce dimanche.

 Quelle grâce que le Seigneur nous offre, frères et sœurs,

  • en venant jusqu’à nous, 
  • en venant en nous !

 

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 12 juin 2022, solennité de la Sainte Trinité, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 12-15. Livre des Proverbes 8, 22-31. Psaume 8. 

Lettre de saint Paul aux Romains 5, 1-5. 

 

Mystère de la Pentecôte ! Mystère de la Sainte Trinité ! Mystère du très Saint Sacrement dimanche prochain !Est-ce que certains vous posent des questions sur ces célébrations chrétiennes importantes et vous demandent des explications ? Pour beaucoup, ces fêtes ne sont que des jours sympathiques où l’on ne travaille pas ! Quelles réponses pouvez-vous donner ?

Il m’arrive assez souvent que l’on me pose cette question : « Puis-je dire que je suis croyant et révéler que je ne comprends pas tout ? Est-ce grave ? »

Non. Bien sûr que non ! La réponse est claire ! Il y a toujours quelque chose qui nous échappe. Je peux dire quelque chose de Dieu, mais jamais en dire la totalité. C’est cela que nous appelons « le mystère » c’est-à-dire qu’il ne peut pas être expliqué par notre raisonnement, par l'esprit humain ; c’est quelque chose qui nous échappe ! 

En même temps, je ne peux pas rester dans ma foi adulte avec pour seule connaissance, le catéchisme de mon enfance ! Réfléchir, prier, me former, lire… est indispensable pour mieux comprendre et témoigner de « qui est Dieu pour moi et quelle espérance habite en moi ! » !

Que ce soit Pentecôte, la Trinité, le Saint Sacrement, mais aussi Noël, Pâques, l’Ascension et bien d’autres révélations sur Dieu, sur la vie de Jésus, en partant de son enseignement, de ses paraboles… il y a là toujours, un paradoxe ! Nous sommes interpellés par un mystère qui se donne à voir, mais qui ne se laisse pas « emprisonner ». Nous ne pouvons pas avoir une emprise sur la réalité de ces mystères, même si, dans certaines circonstances, nous pouvons presque les toucher, les sentir, les vivre, les entrevoir, les reconnaître… et pourtant, nous le voyons bien, ils échappent à notre entendement, à notre logique humaine ! 

Ce dimanche matin, je vous propose de réfléchir ensemble sur ce mystère : celui de La Sainte Trinité !

Ce Dieu trinitaire que nous adorons n’est ni un inconnu ni un Dieu distant. Notre Dieu est tout proche. Il est à la fois, au-dessus de nous, à côté de nous et en nous. Mais, comment interpréter ce mystère ? 

Ce que nous pouvons faire, c’est partir peut-être de nous-mêmes ; partir de l’expérience de notre humanité. Nous pouvons essayer, par une analogie qui ne pourra que tâtonner, tâcher de mieux le comprendre.

Prenons un exemple : un des traits essentiels de notre humanité, c’est notre capacité à aimer. C’est vrai, nous avons tous ce désir intense, essentiel : être aimé et aimer ! Ce désir d’aimer, cette réalité de l’amour vrai traverse toute notre humanité. Mais pour que l’amour soit mis en pratique, il faut que nous soyons en relation. Nous ne pouvons pas aimer en restant seul ! Cela paraît évident ; s’aimer soi-même, ce serait de l’égoïsme, du narcissisme. Ce serait très insatisfaisant. Certes, nous ne pouvons pas expliquer l’amour ni le sentiment qui l’accompagne, ni la détermination ou l’audace du don de soi ! Et pourtant, nous l’expérimentons ! Impossible de le toucher, de le mesurer, de le quantifier, de le capturer, et pourtant l’amour est là, nécessaire, possible, presque palpable.

Donc, le point de départ de tout ce que nous pouvons vivre, c’est notre capacité à entrer en relation avec l’autre. La relation n’est pas simplement être les uns à côté des autres ou partager quelques points en communs ; la relation, c’est la capacité d’être les uns avec les autres. 

Or, nous savons et nous croyons que nous sommes créés à « l’image et à la ressemblance de Dieu » (Gn) ; donc, par notre humanité, nous disons quelque chose de Dieu, puisque nous portons en nous, son image et sa ressemblance. 

Alors, par nos attitudes, notre manière d’être, nos charismes, notre désir, notre volonté d’aimer… nous disons vraiment quelque chose de Dieu. Dieu se fait connaître à travers nous. Si la relation est au cœur même de notre vie, cela nous dit quelque chose du mystère de la Trinité. 

La Trinité ne s’explique pas, elle se vit ! Elle se vit parce que Dieu est avant tout : relation ! Dieu n’est pas une solitude ! Cette certitude est très importante pour nous chrétiens ! Dieu veut entrer en relation avec chacun de nous, et cette relation est appelée à s’ouvrir, à s’ouvrir à celles et ceux qui sont autour de nous. 

Donc, vivre de ce Dieu trinitaire, c’est se rendre compte :

  • Que cette force de vie, cette force d’amour, qui est en moi vient de Dieu qui est Esprit Saint.
  • Que ce désir d’aimer et de me donner aux autres vient de Dieu qui est Père. 
  • Que la capacité de me mettre au service jusqu’à donner ma vie, vient de Dieu qui est Fils. 

Tout vient de Dieu qui se manifeste à chacun de nous et par chacun de nous ! Pour cela, des charismes et des dons nous sont offerts pour déployer avec prodigalité notre vie de baptisé et d’enfant de Dieu au cœur de ce monde-ci.

Quand nous disons : au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, certes nous le disons parfois un peu machinalement, mais nous exprimons, à ce moment-là, une vérité complexe : « trois personnes et une seule nature », mais surtout une réelle et profonde relation dans un amour vrai et juste qui existe au sein de la Trinité :

  • Une relation de filiation entre le Père et le Fils,
  • Une relation d'un amour commun entre les trois, qui se nomme l'Esprit Saint.

 Ainsi, nous pouvons dire que l'essentiel de la vie trinitaire est l'« intercommunion » et l'« interpénétration » réciproques des trois Personnes de la Trinité. C’est ainsi que nous pouvons entrer dans ce un mystère !

L'une des expressions évangéliques les plus claires de ce mystère s’exprime dans l’évangile de saint Jean : « Je suis dans le Père et le Père est en Moi » (Jean 15,16). Les Personnes sont l'une dans l'autre, l'une pour l'autre, sans rien garder pour elles. « Le Père est en Moi et Je suis dans le Père » (Jean 10, 30; 14, 10.) 

Ou encore : « Nul ne peut connaître le Père s'il ne connaît le Fils » dit Jésus et l'Esprit est envoyé par le Père qui le donne pour rappeler tout ce qu'il a révélé par son Fils. C’est l’évangile de ce jour. Il est l'Esprit du Père et du Fils (Jean 14, 26). Quel mystère !

Croire au Dieu Trinité, c’est donc sortir des idées toutes faites que nous nous pourrions avoir sur Dieu. C’est toujours un acte de foi !

Alors, à notre question  du début : « Puis-je dire que je suis croyant et révéler que je ne comprends pas tout ? », je peux seulement témoigner de ma relation à Dieu, de mon amour pour Dieu ! Je ne peux pas et ne pourrais jamais pleinement expliquer Dieu. Cela se révèle dans ma manière de vivre et d’aimer à la manière de notre Dieu trois fois saint !

Frères et sœurs, c’est la grâce que nous pouvons demander pour chacun de nous ce matin. 

Seigneur, éclaire mon intelligence 
et permets que je vive, déjà, 
de cet amour dès maintenant et autour de moi, 
que j’en témoigne !

                                                                                                  Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du mercredi 8 juin 2022, 10e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église Saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 17-19. Psaume 15. Premier livre des Rois 18, 20-39.

 

« Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17-19)

Aujourd’hui, en ce mercredi de la 10e semaine du temps extraordinaire de l’ordinaire, nous entendons ce rappel : le Christ n'est pas venu abolir, mais accomplir ! Cette phrase nous reprécise que son identité la plus profonde de Fils le conduit à ne rien vouloir faire qu'Il n'ait vu réaliser par le Père. Nous Le redécouvrons à la fois confiant en l’amour du Père, en la parole du Père, et également, obéissant au Père. 

Il répond, Il écoute le Père et fait de même ! Notons bien que Jésus demeure profondément librehumble et audacieuxconfiant et obéissant !

Alors, à partir de cette attitude filiale du Christ, nous pouvons nous demander si nos initiatives qui semblent peut-être nous distinguer, ne sont pas là pour nous mettre en avant, ne sont pas, en fait, le signe d'un orgueil qui nous pousserait à vouloir être le premier, à exister dans notre paraître. Quel est mon “être“ de chrétien ?

Littéralement : suis-je dans l’imitation du Christ, confiant et obéissant ?

Aujourd’hui, nous entendons ce récit extraordinaire du prophète Élie dans la première lecture du livre des Rois. Elle nous relate, un peu par analogie, son attitude audacieuse, humble, et confiante. En effet, Élie est en apparence seul en face des quatre cent cinquante prophètes de Baal quelque peu déchainés, mais Dieu est avec lui ! Le Peuple, témoin de ce défi, reconnaitra le Dieu unique d’Israël ! « C’est le Seigneur qui est Dieu ! »

Quelle confiance ! Quelle audace et quelle obéissance de la part du prophète Élie !

De même, pour marcher à la suite du Fils, portés par l’Esprit Saint, (comme nous le souhaitons), nous pouvons trouver aussi ces mêmes dispositions dans la vie des saints : « Les saints suivent l'Esprit, ils ne le précédent pas. Et de cette manière, ils sont conduits avec douceur, sans même savoir le chemin qu’ils devront prendre (...) C’est peu à peu que le chemin s'ouvre devant eux, dans la confiance et l’obéissance, dans un cœur livré avec simplicité au Christ. »

À nouveau, nous découvrons l’attitude fondamentale du chrétien : audace, confiance et obéissance !

Saint Paul nous précise dans sa lettre aux Romains, que tout notre être doit puiser dans le Christ obéissant, nos actes de confiance et d’audace : « l’accomplissement parfait de la loi, c’est l’amour ». À la veille de sa mort, Jésus s’adressant au Père récapitule sa mission : « J’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire » ; et sur la Croix, Il a dit : « Tout est accompli. " 

La Loi ne se limite plus à des prescriptions extérieures et formelles, à une façon de vouloir briller, mais elle engage tout notre être. Elle devient la loi du cœur, écrite et conduite par l’Esprit. Tout se résume en une attitude ouverte d’écoute, d’accueil, de relecture ; une attitude généreuse, docile à l’Esprit qui habite en nous. Notre vie sera alors une incarnation de la loi nouvelle, la loi de l’amour vécue dans la liberté et l’obéissance à un Autre plus grand que nous.

Frères et sœurs, demandons au Seigneur son aide pour relire notre vie, dans le quotidien de nos actions : sont-elles des réponses humbles, audacieuses, confiantes et obéissantes à son appel à l’imitation du Christ ? Ne sont-elles pas une recherche orgueilleuse de l'expression de notre être ? Sommes-nous fidèles à cette loi d’Amour ? En avons-nous, au moins, le désir ?

Méditons toutes ces réflexions tout au long de ce jour afin que le Seigneur comble en nous ce qui pourrait nous manquer !

Ô Jésus, tu es doux et humble de cœur, 
Rends mon cœur semblable au tien. 
Ô Jésus, tu es doux et humble de cœur, 
Rends mon cœur semblable au tien.

Homélie du lundi 6 juin 2022, Bienheureuse Vierge Marie, année C.

Messe célébrée en l’église Saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 19, 25-34. Psaume 86. Livre de la Genèse 3, 9-15.20.

 

         Chers amis, le temps pascal est terminé et pour la dernière fois de cette année, ce beau et grand cierge a été allumé. Bien sûr, il brulera encore aux moments de baptêmes, de funérailles…

À peine ce temps est-il achevé que nous entrons dans « le temps extraordinaire de l’ordinaire ». Mais, dès ce premier jour, alors que le feu et le vent de l’Esprit Saint nous ont emportés dans l’élan et la force du Seigneur, nous reprenons le temps ordinaire avec cette belle fête que notre pape François a voulu instituer désormais les lundis de Pentecôte ; la célébration de la fête de Marie, Mère de l’Église.

          Il est vrai qu’il n’y a plus d’octave du Saint Esprit dans la liturgie d’aujourd’hui ; Octave signifie huit jours qui suivent la date (comme l’octave de Noël ou l’octave de Pâques …) Dans l’ancienne liturgie, il y avait l’octave de Pentecôte. 

Finalement, commencer ce nouveau temps de tous les jours avec cette fête de Marie nous ramène à l’essentiel et nous garde bien ancrés dans l’Esprit Saint, l’Esprit du Ressuscité.

Marie, la nouvelle Ève !

Marie, Temple de l’Esprit Saint !

Marie qui intercède pour chacun de nous !

         Marie est Mère de l’Église ! En quoi Marie peut-elle être appelée sous ce vocable ?

Peut-être est-ce une question que vous vous posez ?

          - En premier lieu, elle est Mère du Christ et Mère de Dieu. Toute sa vie de femme et de mère a été la préparation et la réalisation du choix de Dieu qui lui a demandé de mettre au monde son Fils unique (avec un paradoxe surprenant, mais véridique : Jésus est né du Père avant tous les siècles, vrai Dieu né du vrai Dieu) afin d’en faire un homme, de l’aimer comme une maman pour qu’Il grandisse et se prépare à son tour à sa mission ! Dieu a besoin d’une famille ; c’est la folie de Dieu. Nous pouvons en déduire l’importance de la famille, importance de nos familles terrestres !

          - Ensuite, Marie deviendra Mère de l’Église, au pied de la Croix de son Fils. C’est ce que nous venons d’entendre dans l’évangile de saint Jean qui nous ramène au Vendredi Saint. Dans sa peine, dans sa douleur de maman, elle entend Jésus qui, sur le point de mourir, lui dit ces quelques mots que l’évangile d’aujourd’hui nous rappelle ; Jésus désigne à Marie l’Apôtre Jean qui sera son fils : « Femme, voici ton fils » ; et Il désigne à Jean que Marie sera sa mère « Voici, ta mère. »

          Jean, le disciple que Jésus aimait, représente chacun de nous au pied de la Croix de Jésus et nous tous ensemble, en Église au pied de la Croix de Jésus, nous sommes unis. Aussi, chacun de nous et toute l’Église accompagnée par la Vierge Marie qui devient notre Mère, nous sommes ses enfants ; Marie, Mère de l’Église avec ses enfants au pied de la Croix.

          Alors, comme il est beau de retrouver toujours Marie à Pentecôte avec les Apôtres tout tremblants, morts de peur dans la chambre haute, Jean, et les dix autres. C’était notre première lecture. Ils prient, ils espèrent, ils attendent… alors survient  le souffle de l’Esprit Saint, les langues de feu qui apportent cet élan missionnaire ; c’est la Pentecôte que nous fêtions hier. Les langues sont déliées, les cœurs s’ouvrent !  

            Oui, Marie agit en mère qui rassemble ses enfants, une maman qui aime profondément ses enfants.

La maternité divine de Marie continue de se déployer dans sa prière : « Élevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège l’Église de son amour maternel » (cf. Liturgie de la Messe de Marie Mère de l’Église).C’est encore aujourd’hui la mission de Marie. Dans notre diocèse, nous avons eu une apparition de Marie par deux fois : à notre Dame de l’Osier et à la Salette, avec ce même message de l’urgence de la conversion.

Frères et sœurs, demandons en ce jour, l’intercession de Marie, Notre Dame de l’Espérance, pour notre paroisse, pour nos familles et pour chacun de nous.            

   Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 5 juin 2022, solennité de la Pentecôte, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 15-16.23b-26. Livre des Actes des Apôtres 2, 1-11. Psaume 103.

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 8-17. 

 

Chers amis, la fête de Pentecôte n’est pas une fête anodine ! C’est  une fête importante, fondatrice ! 

Comment pouvons-nous la décrire ? C’est un feu, un feu qui brûle, éclaire et réchauffe, comme nous l’avons entendu dans la lecture des Actes des Apôtres. Nous sommes à Jérusalem, au sein d’une foule nombreuse de pèlerins de toutes nationalités. Ces personnes viennent d’assez loin pour vivre joyeusement cette fête agraire.

Les Apôtres, eux, sont confinés dans la chambre haute, tremblants de peur. Jésus, lors de son Ascension, en les envoyant vivre une neuvaine de prière, leur a promis une force ! 

Alors, l’inattendu se produit : alors que les apôtres sont en prière avec Marie, un feu se partage en langues pour se poser sur chacun d’eux. L’Esprit Saint est un feu ! L’esprit Saint est aussi un vent violent, ou encore un tremblement de terre qui apporte l’audace de la mission.

Qu’engendre la Pentecôte ? C’est la naissance de l'Église, avec ce gigantesque élan qui s'empare des disciples d'abord terrorisés, puis audacieux pour annoncer au monde la Bonne Nouvelle du salut : Christ, vrai Dieu et vrai homme ! Christ mort et ressuscité ! 

Ils sont ces témoins qui peuvent en témoigner.

La Pentecôte, c'est tout cela, et bien d’autres choses encore. Je voudrais m'arrêter avec vous sur un aspect bien souligné dans le texte des Actes des Apôtres que nous avons lu : les foules assemblées dans la ville de Jérusalem sont d'origines culturelles diverses, et pourtant, chacun entend le message dans sa propre langue. Les interprètes et traducteurs furent donc inutiles : chacun entend la même chose ! La Pentecôte est aussi ce mystère : la bonne nouvelle est adressée à tous !

Ce que nous entendons, c’est :

  • Cette universalité permet de rejoindre chaque homme, chaque femme, chaque enfant, quel que soit l’âge, la Nation, la langue, ou l’époque… 
  • Cette universalité rejoint chacun dans ses attentes les plus vitales comme les plus insoupçonnées, les plus nécessaires comme les plus existentielles !

Pentecôte, c’est donc un don que nous recevons, encore et encore !

Que vient réveiller et révéler en nous l’Esprit Saint ?

La première révélation de la Pentecôte est celle de l’émerveillement. Au matin de la Pentecôte, les Apôtres réagissent au don de l’Esprit par un chant de louange : « Tous, chacun dans leur langue, chantaient les merveilles de Dieu. » Aujourd'hui encore, malgré les souffrances, voire les doutes qui nous assaillent, osons nous émerveiller pour la vie, pour la bonté et la générosité, pour ce monde, nous émerveiller ce que nous sommes ! Osons bénir Dieu, parce que nous sommes partie prenante dans l’ordre de la Création qu'Il nous appelle à transformer.

La Pentecôte est aussi la révélation d’une consolation ! Nous comprenons que nous ne sommes pas seuls ! Le Christ est reparti vers son Père, il est assis à sa droite, mais sa promesse est toujours actuelle : « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet. » Le Paraclet dont nous parle l’évangile de saint Jean, c'est quelqu'un : c’est la troisième personne de la Trinité. Il nous vient en aide, c'est un avocat, un défenseur, quelqu’un qui nous conseille et qui nous console.  Ce Paraclet, Jésus le nomme encore « l'Esprit de vérité ». Il est comme une douce présence grâce à laquelle on pressent ce que Jésus est pour son Père, ce qu'Il est pour nous, ce que nous sommes pour Lui. 

Cet Esprit de vérité nous permettra le discernement du projet de Salut de Dieu, car le comprendre ne va jamais de soi. Nous ne saisissons pas tout ! Toutes les révélations sont rarement comprises sur le moment. Elles doivent être gardées en mémoire, ruminées dans l'étude et la prière, un peu comme Marie qui gardait tout dans son cœur. Il nous faut souvent du temps pour comprendre le dessein de Dieu.

  • La Pentecôte, c'est ensuite la révélation d’une URGENCE, urgence de la Mission, urgence d’une Audace ! Oui, l'Esprit nous envoie en témoins « au monde entier ». 

  Ne restons pas confinés ou enfermés dans une “chambre haute“ dans un écrin bien confortable et l’abri du monde ! Nous sommes envoyés, non pas seulement par ce que nous disons ou faisons, mais par ce que nous sommes.  Jésus n’a pas tant besoin d’apôtres avec de belles paroles que de témoins qui vivent de lui. Nous sommes aimés de Dieu, témoins et disciples par notre baptême, des témoins qui vivent tout simplement de Lui.

  Dans notre monde souvent abîmé par des passions désordonnées, par un climat de peur, de violence ou d’individualisme, ce qui rend nos vies contagieuses, comme le dit saint Paul dans l’épître, c'est de nous laisser conduire par l'Esprit au point de devenir des hommes et des femmes vrais, libres à l'égard des préjugés ou des peurs pour devenir capables de faire confiance aux autres, de faire confiance à Dieu. 

La vie chrétienne est de consentir à aimer Jésus, à accueillir l’amour du Père dans notre cœur et dans tout notre être, de laisser l’Esprit Saint agir en nous. Et c’est cela qui touche les cœurs.

Que vient alors réveiller et révéler en nous l’Esprit Saint ? 

Ce sont les dons, les vertus, les charismes, les fruitsreçus au jour de notre baptême, renouvelés au jour de notre confirmation. Ce sont des cadeaux offerts, reçus, mais notre drame, c’est que beaucoup ont oublié de les déballer, et peut-être même les ont égarés ! Pourtant, dans ce cadeau, se trouve tout ce dont nous avons besoin…

- Dons de Sagesse, Intelligence, Conseil, Force, Science, Piété, crainte respectueuse de Dieu,

- Des charismes : se découvrir des témoins avec notre propre langage, aussi balbutiant est-il et qui, pourtant, porte des fruits chez les personnes que nous côtoyons.

Les fruits de l’Esprit Saint sont : l’amour, la joie, la paix, la patience dans les épreuves, la serviabilité, la bonté, la confiance dans les autres, la douceur, et la maîtrise de soi (un fruit précieux, même s’il est le plus nécessaire et le plus exigeant !) 

Si vous constatez que l’un de ses fruits venait à vous manquer, demandez-le au Seigneur ! « Seigneur, j’ai besoin de ce fruit pour vivre avec Toi, pour vivre de Toi ! »

Frères et sœurs, puissions-nous, aujourd’hui, et les jours qui viennent, nous laisser renouveler dans la force et l’audace de l’Esprit Saint !

Viens, Esprit Saint, viens en nos cœurs,

Viens, Esprit Saint, viens, Consolateur.

                                                    Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 1er juin 2022, 7e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 17, 11b-19. Livre des Actes des Apôtres 20, 28-38. Psaume 67.

Nous pouvons faire un constat, sans doute amplifié par la pandémie et confirmé à travers le monde : le constat est celui-ci : « notre monde est injuste, déraisonnable ! Notre monde est fou ! Comment réagir ? »

Il est vrai que les problèmes liés au pouvoir de la science sur la vie, à la domination par la guerre, à la survie de l’homme dans son environnement naturel, aux mutations de la société et aux crises économiques, les enjeux climatiques… nous troublent profondément ! Bref, toutes ces questions ont pris depuis les dernières décennies une dimension planétaire, et même si beaucoup acceptent de travailler ensemble, l’accélération de tous ces phénomènes est de plus en plus difficilement à maîtriser.

Nous observons tout cela un peu impuissants, en priant aussi (et cela est nécessaire), mais que faire ?

C’est pourtant dans ce monde-là que le Christ nous veut, comme témoins de son message, dans ce monde où l’homme peut faire des merveilles. En effet, l’homme est capable de prodigalité, de vraie générosité, particulièrement quand il prend la mesure de sa pauvreté. 

Dieu nous veut dans ce monde : « Je ne te demande pas de les retirer du monde, dit Jésus à son Père, mais de les garder du Mauvais ; [..] Sanctifie-les ».

Au cœur de ce monde que Dieu aime profondément, mais qui est travaillé par les forces du refus, de la révolte et de l’athéis­me, le Père veut donc nous garder et nous sanctifier, en réponse à la prière de Jésus.

Il nous garde vraiment :

-non pas comme des étrangers de notre monde, non pas en nous isolant comme dans une bulle où nous respirerions seulement l’air de la foi et de l’espérance bien à l’abri, 

mais en nous fortifiant intérieurement par son Esprit, 

-contre les mensonges de « l’esprit du mal », contre les contagions de l’intelligence et du cœur, contre nos propres tristesses et nos découragements.

Il nous garde, Dieu notre Père, et Il nous sanctifie ; Il nous « consacre », tout en étant pleinement dans le monde, Il nous met à part pour Lui-même et avec Lui et nous fait entrer dès maintenant dans sa vie, dans son projet, dans sa lumière, dans le Salut dont nul n’est exclu si ce n’est par celui qui le refuse lui-même. Parce que nous comprenons son projet, Il nous rend complètement disponibles à la vie de tous !

C’est ainsi que Jésus peut demander pour nous, à son Père : « Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité ! » 

La vérité dont le monde a soif, c’est que Dieu veut tout réconcilier dans son Fils et que cette promesse de paix et d’unité passe, d’une façon mystérieuse, par la Pâque de Jésus, sa mort et sa résurrection, sa montée vers le Père et l’envoi de l’Esprit Saint.

Le premier signe que nous pouvons donner à Dieu de cette harmonie profonde avec son dessein, c’est, contre toute attente, notre union fraternelle, déjà au cœur de nos familles et de notre communauté paroissiale pour témoigner de son Amour, dans une contagion positive ! Oui ! C’est l’Amour qui sauvera le monde !

Frères et sœurs, dans cette neuvaine qui, de l’Ascension nous conduit vers l’effusion de l’Esprit lors de la Pentecôte, pouvons-nous, chaque jour, demander pour chacun de nous, d’être renouvelé dans l’espérance, dans l’amour et dans la force de l’Esprit Saint !

                                                                                                 Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 30 mai 2022, 7e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 29-33. Livre des Actes des Apôtres 19, 1-8. Psaume 67.

 

Frères et sœurs, peut-être avez-vous pris le temps de lire les textes de ce jour et de les méditer. Ce passage de l’évangile selon saint Jean me suggère trois rapides réflexions :

La première réflexion est à propos de la parole de Jésus concernant la foi de ses disciples. Ceux-ci affirment croire à la parole de leur Maître parce que, disent-ils, Il ne s’exprime plus en paraboles, mais plus ouvertement. Jésus nuance leur enthousiasme en annonçant que leur foi sera (à certains moments) ébranlée et que ses amis (c’est-à-dire eux) le laisseront seul. Nous aussi, nous pouvons faire l’expérience que certaines paroles de l’évangile nous éclairent et que d’autres sont plus obscures, mais aussi qu’une même parole qui nous semblait obscure à un moment, s’illumine tout à coup ! Pourquoi cela ? Sans doute parce que nous avons mûri dans notre foi ou encore parce qu’en demandant la force de l’Esprit Saint, nous sommes à cet instant plus disponibles à la Parole de Dieu. 

Notre compréhension est-elle totale ? Peut-être, même si l’Esprit Saint nous fera vivre l’expérience d’un nouvel éclairage au temps opportun ! 

La seconde réflexion concerne ce que Jésus nous dit de la paix : « Je vous ai dit cela pour que vous trouviez en moi, la paix ». Nous voyons que la paix dont parle Jésus n’est pas la sérénité d’une sagesse humaine, mais cet accord profond avec et dans le Christ … pour que vous trouviez « en moi » la paix, dit Jésus. 

Il est important de comprendre que c’est dans cette union au Christ que nous pourrons découvrir une véritable paix que les épreuves de la vie ne pourront pas altérer.

- Enfin, la troisième réflexion porte sur la dernière phrase de l’évangile que nous venons d’entendre, où Jésus nous dit : « Ayez confiance ; moi, je suis vainqueur du monde ! ». Quand on sait que Jésus a dit ces mots, juste avant son arrestation, avant sa condamnation et sa mort, on peut s’interroger sur ce qu’est cette « victoire » de Jésus. Cette phrase peut paraître bien paradoxale ! Jésus affirme qu’Il est vainqueur du monde alors qu’Il va mourir et donner sa vie !

Mais nous savons que la Victoire dont parle Jésus, c’est la Victoire de l’Amour

Cet amour habitait Jésus jusque dans l’épreuve de la croix : c’est dans ce sens qu’Il est vainqueur du monde. Ainsi, Jésus nous invite aujourd’hui à garder confiance et à croire que cet amour triomphera de toutes les forces obscures. 

Pour résumer :

  • Laissons-nous éclairer dans notre lecture de la Parole de Dieu par l’Esprit Saint afin que nous puissions la comprendre et tenir bon dans la foi,
  • La paix, c’est l’union au Christ
  • Vainqueur du monde, c’est la victoire de l’amour.

Les souhaits de paix et de courage adressés aux disciples ne sont pas seulement des paroles de réconfort à une communauté dans l’épreuve, mais un appel qui provoque les croyants à réagir en témoins.

Le courage que Jésus attend de ses disciples devra prendre appui sur cette certitude : « Moi, je suis vainqueur du monde ! »

En cette neuvaine à l’Esprit Saint, demandons pour chacun de nous, la grâce de ce courage, particulièrement dans l’adversité et la fidélité à la Parole de Dieu !

Demandons cela pour chacun de nous ce matin, pour notre communauté, pour la France et pour le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 29 mai 2022, 7e dimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 17, 20-26. Apocalypse de saint Jean 22, 12-14.16.17.20. 

Psaume 96. Livre des Actes des Apôtres 7, 55-60. 

 

     Frères et sœurs, nous voici donc à la fin du temps de Pâques, entre l’Ascension et la grande fête de Pentecôte, un entre-deux, une fin et un commencement qui nous préparent à une nouvelle effusion de l’Esprit Saint. 

Nos lectures ont de ce fait, à la fois une tonalité de conclusion et aussi d’une étape nouvelle. Nous l’avons entendu avec : 

  • Le martyre d’Étienne qui donne sa vie comme le Christ a donné sa vie, 
  • et en même temps, une tonalité universelle : Jésus est l’Alpha et l’Oméga !  Il récapitule tout en Lui !

Le lien qui unifie ces textes et notre vie est l’unité et l’amour.

Je remarque, comme vous, cette insistance vitale sur l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Jésus l'a souvent dit : « Je suis dans le Père, et le Père est en moi. Le Père et moi, nous sommes UN ! » L’Esprit Saint est envoyé par le Père et le Fils ! Nous notons et redécouvrons encore cette Unité des trois personnes !

Dans notre monde, régulièrement déchiré par les guerres, les injustices et l’individualisme ambiant, de fait, nous pensons à l’unité, nous rêvons de concorde et d’unité dans nos familles, dans notre pays et plus intimement déjà en nous-mêmes.

Mais quand nous pensons à l'unité, alors que nous la désirons intensément, nous le faisons un peu en baissant les yeux, parce que cette unité n’est ni simple ni facile ! Notre péché demeure une entrave à l’unité, et cela, déjà en nous-mêmes !

Combien d’entre nous, découragés, pensent que l'unité reste un idéal difficile, et même improbable à court terme. J’entends cette désespérance autour de moi !

Quand Jésus, Lui, nous parle de l'unité, elle redevient une espérance, une promesse, une certitude,

car l'unité vers laquelle nous sommes en marche, existe déjà en Dieu. 

Elle n’est pas un rêve ou une utopie !

Le lien vivant de cette union du Père et du Fils est le Saint Esprit, depuis toujours et pour toujours, une communion d’amour.

Cette intimité, cette réciprocité d'amour du Père et du Fils, voilà ce que Jésus nous offre comme modèle pour notre unité fraternelle. Cette unité est toujours à rechercher sans être jamais découragés.

Je pense à l’unité dans notre Diocèse, dans notre Paroisse avec ses cinq clochers. Je pense aussi à l’unité dans nos familles et le plus grand défi est sans doute cette unité en nous-mêmes !

Prenons un exemple : notre paroisse n’échappe pas aux différentes tensions internes ou externes à l’Église. Notre nouvelle Maison Paroissiale est un des lieux où nous souhaitons vivre cette unité ! Pour y arriver, il nous faut mettre en œuvre une vision commune de la Mission d’accueil et d’annonce !  C’est un défi pour chacun de nous, un défi pour la communauté fraternelle des bénévoles de notre paroisse que nous formons !

Est-ce facile ? Non ! Allons-nous y arriver ? Oui, dans le respect de l’histoire et la décision de chacun !

Alors OUI ! Cette unité est et ne sera possible que dans l’amour ! Un amour qui ne s’appuie pas sur nos mérites, nos qualités, nos familles, la beauté, le savoir, ou par un artifice quelconque… mais cette unité ne sera possible que si nous la fondons sur l’amour de Dieu pour chacun et notre réponse à aimer Dieu et notre prochain ! Attention à ne pas croire que nous savons mieux que les autres, c’est ensemble que nous y arriverons !

Dans notre désir d’aimer, il y a une antériorité à l’amour ! Dieu est toujours le premier à nous aimer. Cela veut dire que nous ne sommes jamais sans amour, même aux heures les plus douloureuses et les plus sombres de notre existence, Dieu continue à nous aimer ! Même si parfois cet amour ne nous paraît pas si évident : ne doutons pas !

C'est Lui qui éveille en nous la source de l'amour et qui l'alimente tout au long des mois et des années de notre existence terrestre. 

  • C’est parce que nous sommes aimés que nous pouvons aborder celles et ceux que Dieu met sur notre route avec des mains qui ne font jamais mal, avec des mots qui ne ferment jamais le cœur, avec un regard qui ouvre toujours à l'Espérance et au Pardon !
  • C’est parce que nous sommes aimés que nous devenons capables du Don véritable de soi à l’autre, du don à Dieu ! Nous trouvons alors la force de construire l'amour dans notre couple, dans nos familles, sans nous arrêter aux blessures de l'amour-propre et que nous pouvons sans cesse repartir !
  • C’est parce que nous sommes aimés que nous trouvons la patience d’éduquer et de grandir avec nos enfants même aux âges difficiles, et avec nos parents vieillissants ; 
  • C’est parce que nous sommes aimés que notre célibat, notre solitude ou notre veuvage sont et peuvent toujours devenir des lieux de fécondité.
  • C’est parce que nous sommes aimés, et que Dieu nous aime tels que nous sommes, même quand nous sommes déçus de nous-mêmes, que nous pouvons laisser l’amour de Dieu entrer en nous ; nous en faisons régulièrement l’expérience ! Nous ne pouvons pas nous taire et garder ce trésor d’amour pour nous seuls ! 
  • C’est parce que nous sommes aimés, véritablement aimés, que nous sommes et devenons témoins et disciples-Missionnaires en annonçant l’amour de Dieu pour tous !

Frères et sœurs, aujourd'hui encore, le Christ nous rassemble et vient à nous dans cette Eucharistie, en nous donnant tout, son amour, sa vie et jusqu’à son corps et son sang ! C’est grâce à ce don d’amour que nous pouvons repartir dans le monde avec audace et confiance !

Ouvrons notre cœur, notre intelligence, ouvrons-nous tout entier à l'Esprit Saint que Jésus nous a promis et qu’Il ne cesse de nous envoyer à travers tous les sacrements et dans la prière !

À quelques jours de la Pentecôte, laissons-nous toucher, laissons-nous renouveler par l’amour de Dieu par son Esprit Saint !

Désirons ensemble cette unité fraternelle au service de la Mission et de tous ! Voilà ce que nous pouvons entendre et demander en ce 7e dimanche de Pâques, à une petite semaine de cette grande et belle fête de Pentecôte ! 

Restons acteurs d’unité dans nos familles, dans notre paroisse et dans le monde !

                                                                                                   Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du jeudi 26 mai 2022, Ascension du Seigneur, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 24, 46-53. Actes des Apôtres 1, 1-11. Psaume 46.

Lettre aux Hébreux 9, 24-28 ; 10, 19-23. 

 

Aujourd’hui, nous fêtons la solennité de l’Ascension du Seigneur, une fête majeure de notre vie unie au Christ, mais aussi une fête mystérieuse et surprenante. Lors de la dernière séance de catéchisme, à la question posée : « Qu’est-ce que la fête de l’Ascension, pour vous ? », un des enfants a donné cette réponse très intéressante. Il a dit : « L’ascension, c’est comme Noël, mais dans l’autre sens ! »  Un autre a immédiatement surenchéri : « Jésus a pris l’ascenseur vers son Père ! » Ce n’est pas faux ! Jésus a pris (Cf. « il s’est abaissé » – Ph 2,8) notre humanité pour nous faire monter au « Ciel » !

Ce terme particulier « d’Ascension » a été choisi, car il est question dans les récits d’aujourd’hui de Jésus « emporté au ciel ». Il a donc bien fallu qu’il « monte », qu’il y ait une « ascension » ! Mais le ciel dont il est question ici n’est pas celui que l’on voit au-dessus de nos têtes et que les météorologues et autres astrophysiciens explorent en permanence.

Le « ciel » dont il est fait mention dans les lectures de ce jour est compris comme étant ce lieu mystérieux où Dieu réside et qui nous échappe complètement. Notre intelligence cartésienne a du mal à comprendre ! (Cf. Lettre aux Hébreux– « pas de mains d’hommes ») ! Pourtant, nous disons bien dans nos prières « Notre Père qui es aux cieux » et dans le Credo, en parlant de Jésus : « Il est monté aux cieux » ; Mais le ciel dont nous parlons n’est évidemment pas un lieu précis, distinct de celui que l’on peut admirer par une belle nuit étoilée !

En fait, la désignation de ce « ciel » échappe à l’espace et au temps (comme étant une représentation mathématique de deux notions inséparables et s'influençant l'une l'autre), tels que nous les percevons sur cette terre. 

Alors, ne soyons pas étonnés de ne pas avoir une réponse simple à donner aux enfants qui nous questionnent sur le ciel ; ni aux non-croyants en général qui se moquent parfois de nos conceptions parce qu’ils opposent la connaissance et la foi, le rationnel et l’irrationnel, le matériel et le spirituel, au lieu de les comprendre comme des valeurs complémentaires. Effectivement, quand les astronautes sont montés dans l’espace, ils n’ont pas vu Dieu, donc Il n’existerait pas … C’est par l’intelligence de la foi que nous pouvons comprendre ce mystère.

« Jésus fut enlevé au ciel », nous dit saint Luc. Que veut-il nous dire ? L’évangéliste essaye de nous transmettre le sentiment des disciples après la résurrection ; ils se rendent bien compte que, dans leur quotidien, Jésus n’est plus là, à leurs côtés ; en tout cas, plus là « comme avant ».

Ils commencent, petit à petit, à comprendre que s’ils l’ont revu après sa mort et sa résurrection, c’était bien Lui, mais Il était tout autre. Il leur apparaissait, mais ils ne le reconnaissaient pas tout de suite, eux qui, pourtant le connaissaient si bien. Il fallait qu’Il se dévoile par un geste, par une parole, une action, une prière… pour qu’ils le reconnaissent, avant qu’Il disparaisse à nouveau, comme pour les deux pèlerins sur le chemin d’Emmaüs, le soir de Pâques. Jésus disparaît au moment de la bénédiction, et c’est alors que leurs yeux s’ouvrirent …

L’évangéliste exprime par cette image de l’Ascension de Jésus que rien ne sera plus comme avant. Il y a comme une rupture : une rupture dans le temps et l’espace comme dans leur vie. La présence de Jésus ne peut plus être cette présence palpable, matérielle, concrète comme lorsqu’Il cheminait avec eux sur les routes de Galilée. Cependant, Il est toujours là, mais pas de la même manière. 

Il est à désormais « au ciel » !  C’est-à-dire, encore une fois, dans ce lieu mystérieux qui est tout à la fois infiniment lointain et pourtant si proche ; tout à la fois invisible et pourtant si évident ; tout à la fois à venir et pourtant déjà là. Voilà le mystère que nous sommes invités à vivre aujourd’hui !

Bref, ce récit veut nous dire - et c’est ainsi que nous croyants, nous le comprenons - que Jésus rejoint son Père, « notre Père qui est aux cieux ». Il est désormais « assis à la droite de Dieu » pour exprimer sa proximité avec son Père. Il retourne vers son Père, et, en quelque sorte, Il nous montre le chemin, Il nous ouvre le chemin vers le ciel, le chemin vers le Père

Frères et sœurs, nous aussi, nous sommes invités à Le rejoindre à notre tour, et c’est à ce moment-là que nous verrons Dieu face à face ! Jésus ne nous a-t-il pas dit : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie » ? (Jn 14,6)

Ce départ de Jésus n’est pas un abandon. Dans le récit de la première lecture des Actes des Apôtres où saint Luc s’adresse à Théophile (l’ami de Dieu), Il dit à ses amis, juste avant de disparaître à leurs yeux : « vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous. Alors, vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. » 

Non seulement, Jésus ne les abandonne pas et Il ne nous abandonne pas, mais Il travaille avec eux et encore avec nous, par le don et la force de l’Esprit Saint !

Alors, ne restons pas comme les disciples, le nez en l’air à regarder le ciel comme dans la première lecture ! Ce pourrait être un danger, alors que nous sommes envoyés en mission ! « Ne cherchons pas Jésus où il n’est pas ; ne le cherchons pas chez les morts, il est vivant ! »

C’est, ni plus ni moins, un envoi en mission qui nous est donné et que nous recevons ce matin : « Vous serez mes témoins, ici à Jérusalem et jusqu’aux extrémités de la terre. » Cet envoi en mission est toujours d’actualité aujourd’hui !

Comment répondre à cet envoi, à cet appel ? 

Neuf jours nous séparent de la grande fête de Pentecôte ! Durant neuf jours, en dilatant notre cœur, nous sommes invités à nous préparer à une nouvelle effusion spirituelle ! 

Neuf jours, c’est le temps de la grande neuvaine où nous demandons la grâce d’être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint : déjà reçu au jour de notre baptême, renouvelé au jour de notre confirmation ! C’est bien le même Esprit Saint qui va nous accompagner tout au long de notre mission ! 

Pour cela, il nous faut prier et demander pour chacun de nous le cadeau des dons de l’Esprit Saint !

Viens, Esprit Saint, viens en nos cœurs,

Viens, Esprit Saint, viens, Consolateur !

 

 

 

 

 

 

Homélie du mercredi 25 mai 2022, 6e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 12-15. Livre des Actes des Apôtres 17,15-22 à 18,1. Psaume 148.

 

Chers amis, en cette veille de l’Ascension, les textes se font de plus en plus précis et les lectures d’aujourd’huidemanderaient des commentaires assez développés. 

Je vais donc choisir de relire avec vous la première lecture. En effet, le discours de Paul aux Athéniens est des plus actuels pour nous !

Où sommes-nous ? En Grèce ! De l'an 49 à l'an 52, les spécialistes de la vie de saint Paul nous disent que celui-ci est engagé dans son deuxième voyage missionnaire. Il le commence à Antioche dans les difficultés qu’il vit avec Barnabé comme nous l’avons lu ces derniers jours. Il laisse celui-ci pour traverser la Turquie actuelle avec Silas (Actes 15, 36-40). Plus de mille kilomètres à parcourir, soit en bateau, soit à pied ! Le groupe s’embarque pour la Macédoine, poursuit sa route, évangélisant au passage Thessalonique et Bérée. Paul se retrouve, alors, seul à Athènes : la capitale culturelle de la Grèce. Il y reste seul attendant que Timothée et Silas viennent le rejoindre. 

Athènes est l’une des plus belles villes de l’époque, pleine d’animation, riche de sa culture et de grandes diversités, comme le sont aujourd’hui, par exemple, Paris ou New York. Nous pouvons y admirer les magnifiques bâtiments, les maisons richement sculptées en pierre blanche, les théâtres et de belles fontaines. Nous y découvrons aussi les nombreux temples où l'on adorait une multitude de divinités. Petits temples bien souvent avec des colonnades et de jolis frontons sculptés et décorés. Chaque temple a son dieu ou sa déesse. 

Lorsque Paul commence à s’adresser aux gens réunis autour de lui à l’Aréopage, il se sert de ce qu’il voit pour en faire un point d’accroche. Il commence son discours par ces mots : « En effet, en parcourant la ville, et en observant vos monuments sacrés, j’y ai trouvé, en particulier, un autel portant cette inscription : ‘ Au dieu inconnu’. » 

Voilà le début de sa prise de paroles. Puis il poursuit son discours (en vérité son témoignage) avec un souci remarquable de rejoindre ses auditeurs, tout en annonçant le Kérygme : Mort et Résurrection de Jésus !

L’ensemble de son argumentation va dans le sens d’un effort pour rejoindre ceux à qui Paul s’adresse pour la proclamation de la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Ce discours est remarquable du point de vue de la communication. Saint Paul n’est pas seulement un très bon communicateur, il a aussi la parole d’un excellent évangélisateur qui ne craint pas de témoigner. Même si, dans l’assemblée, certains se moquent de lui, quelques-uns, pourtant, s’attachent à lui et vont devenir croyants.

Notre société n’est sans doute guère différente de celle qui était vécue à Athènes à cette époque-là ! De nombreuses divinités y sont toujours bien présentes ! Pas de jolies colonnades ou de frontons richement sculptés, mais des temples de la consommation et du gaspillage, des dieux autoproclamés, une désespérance sans but… Même si nos témoignages semblent parfois ne pas être reçus avec le risque de rester sans voix dans le brouhaha médiatique, des hommes et des femmes sont toujours en attente ! 

Avec saint Paul, dans le sillage du texte de l’évangile de saint Jean, nous sommes invités à rester toujours attentifs à ce que nous dit l’Esprit, si nous voulons connaître et suivre Jésus. « Il reprend ce qui vient de moi, dit Jésus, pour vous le faire connaître. » (Jn 16,15) 

Frères et sœurs, à la veille du départ de Jésus vers son Père, en cette belle fête de l’Ascension, demandons avec ferveur et confiance la force de l’Esprit Saint pour rester des missionnaires fidèles à notre baptême !

C’est la grâce que nous pouvons demander, la grâce que nous devons demander pour être des témoins audacieux pour notre temps !

                                                                                                                       Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 23 mai 2022, 6e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 26 à 16, 4a. Livre des Actes des Apôtres 16, 11-15. Psaume 149.

 

 

Tout au long de cette semaine, le lectionnaire férial nous propose de relire une partie du long discours de Jésus à ses disciples durant la dernière Cène ; nous sommes toujours dans l’évangile de saint Jean. 

Parmi toutes les annonces de Jésus, et cela à quelques heures de sa Passion, nous entendons celle de la promesse de l’Esprit Saint ; Esprit Saint qui accompagnera les disciples dans les oppositions et contradictions qu’ils auront à endurer, dans l’annonce du Kérygme : Jésus Mort et Ressuscité ! Et ces altercations et oppositions seront nombreuses !

Toutefois, loin de désespérer, ils ne cesseront pas d’annoncer : le Messie, Fils unique de Dieu et Dieu lui-même, vrai homme et vrai Dieu, mort et ressuscité. C’est le contenu essentiel de notre foi ! C’est cela que les disciples ont la mission d’annoncer dans les villes païennes : annonce audacieuse et difficile sans une action divine !

Aujourd’hui, Jésus promet donc à ses disciples qu’Il leur enverra l’Esprit qui vient du Père et du Fils. Cet Esprit, qu’Il appelle « parakletos », ce qui peut se traduire en latin aussi bien par « consolator » que « auxiliator », est avant tout l’« Esprit de Vérité ». `

Il est très important de faire attention à ce nom de l’Esprit de Dieu, car, avec la Passion du Christ, nous atteignons le point culminant de la lutte entre l’Esprit de Vérité et « l’esprit de mensonge » (avec une petit « e »). Avec la mort de Jésus, l’esprit de mensonge semble être vainqueur (Jésus va réellement mourir) ; mais il sera totalement vaincu par la Résurrection de Jésus. Jésus a vaincu la mort !

Cette lutte continue et elle durera jusqu’à la fin du monde, car il est important de comprendre que l’esprit du mensonge, l’esprit du Mal, qui a été vaincu par le Christ, soit aussi vaincu en chacune de nos vies et en chacun de nos cœurs. Chacun de nous a à vivre, d’une façon particulière, ce choix de Dieu, de renoncer au Mal et de suivre le Christ.

            Si on ne peut comprendre le mystère de Dieu, c’est qu’Il est une Lumière trop forte pour nos yeux mortels. Mais si l’on ne peut comprendre le mystère du mal, c’est simplement parce qu’il est l’absence totale de lumière, une ténèbre absolue.

            Avec notre imagination humaine, nous pouvons imaginer toutes sortes de choses sur le « Prince du Mal » ; mais la seule vérité révélée à son sujet est que le Christ l’a vaincu, et qu’il est donc inutile de le craindre, si nous nous appuyons sur le Christ qui nous rend déterminés et forts.

            En ce temps de préparation à l’Ascension de Jésus vers son Père, et à quelques jours de la fête de Pentecôte,demandons à être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint ! Ouvrons nos cœurs à la lumière de l’Esprit Saint ; ou plutôt demandons à Dieu d’ouvrir Lui-même nos cœurs, comme à Lydia de la ville de Philippes, dont nous parlait la première lecture des Actes des Apôtres. 

N'oublions pas qu’en nous, comme dans le cœur de ceux qui sont en recherche, l’Esprit Saint est déjà en action, car, avant même d’avoir entendu la prédication de Paul, Lydia vénérait déjà Dieu ; aussi ouvrit-elle simplement son cœur aux paroles de Paul.

Frères et sœurs, à nous aussi, l’Esprit Saint  a été donné au jour de notre baptême, renouvelé lors de notre confirmation. 

Demandons de tout notre cœur d’écouter ce que l’Esprit de Dieu veut nous dire déjà pour aujourd’hui !                                   

                                                                                                     Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 22 mai 2022, 6e dimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 23-29.

Livre des Actes des Apôtres 15, 1-2. 22-29. 

Psaume 66. Apocalypse de saint Jean 21, 10-14.22-23

 

Chers amis, permettez-moi de m’attarder un peu sur la première lecture dont saint Luc est aussi l’auteur. En effet, la première lecture d’aujourd’hui, dans le livre des Actes des Apôtres, nous présente un texte qui peut paraître anodin. Il s’agit du récit des premières décisions prises par l’Église naissante à Jérusalem, à la suite d’un conflit parmi tant d’autres. On le présente souvent comme étant le 1er Concile de Jérusalem.

De quoi s’agit-il ? Comme vous le savez, les Apôtres vont parcourir le bassin méditerranéen et annoncer Jésus sous l’action de l’Esprit Saint. De nombreux païens vont être profondément touchés par le Seigneur et ils vont se convertir au Christ. Voici la question, elle est simple : doit-on, oui ou non, imposer la loi juive aux païens devenus chrétiens ?

Nous pourrions dire entre nous, chrétiens du vingt et unième siècle : quelle incidence pour nous ? Le problème évoqué est apparemment juridique (la circoncision), dans un contexte bien précis, dans la ville d’Antioche en Syrie, il y a deux mille ans ; en quoi serions-nous concernés ?

        En réalité, cette question est intéressante. Certes, c’est une décision juridique et aussi pastorale, mais elle est d’abord la décision de l’ouverture. L’Église naissante accueille des personnes d’origines diverses, sans leur imposer les obligations de la loi juive ! Pourtant cette loi juive s’impose toujours aux membres de l’Église eux-mêmes, c’est-à-dire aux juifs devenus chrétiens. En même temps, des non-juifs veulent suivre le Christ Jésus et frappent à la porte de l’Église naissante.

Bien que bouleversée et surprise, la jeune communauté des disciples de Jésus décide donc de s’ouvrir à toute personne, quelles que soient son origine, ses traditions, ses croyances anciennes, du moment qu’elle souhaite entrer dans cette communauté pour suivre le Christ ressuscité. Une seule vérification : avoir fait la rencontre de Jésus, recevoir le baptême et l’effusion de l’Esprit Saint.

Les seuls préceptes imposés à ces nouveaux chrétiens consistent alors à :

  • « s’abstenir de manger des aliments offerts aux idoles et de viande non saignée. » (C’est-à-dire que c’est le refus de l’idolâtrie, des sacrifices et des offrandes faites aux nombreuses divinités païennes : dieux grecs, romains, égyptiens, babyloniens, mésopotamiens et bien d’autres encore… )
  • « s’abstenir… » des unions illégitimes et de débauches ; c’est donc la reconnaissance de la valeur irremplaçable du couple humain, homme-femme dans la fidélité, de l’importance de la famille, lieu de la transmission de l’amour et de la foi. 

Ces préceptes sont ce qu’on pourrait appeler les « fondamentaux », puisqu’ils sont en fait les termes de la première alliance, très ancienne, conclue avec Noé. Le but visé est très précis : il s’agit de rendre possible la communion dans les premières communautés chrétiennes formées de juifs et de païens convertis au christianisme. Ce pourrait être dit autrement : aux Juifs, il est demandé de s’universaliser, et aux païens de recevoir la particularité juive comme étant le Peuple à qui Dieu a parlé en premier.

        Décision donc d’ouverture et de communion ! Cela n’a pas été simple à mettre en œuvre et a suscité de nombreux débats. L’accent est mis sur la nécessité de vivre l’Alliance, et non sur la pratique de rites et de ses nombreux interdits et obligations qui s’étaient accumulés au fil des siècles dans la loi juive.

On pourrait donc penser que le texte que nous venons d’entendre pourrait être l’acte d’émancipation du christianismepar rapport au judaïsme dont il est pourtant issu. En réalité, il serait dommageable de comprendre le Christianisme sans le Judaïsme. Notre société française est bien judéo-chrétienne ! Par exemple, il est impossible de comprendre l’Eucharistie sans ses racines juives ! Ou encore, impossible de comprendre le sens de l’union des époux sans lire certains livres du Premier Testament, par exemple celui du prophète Osée… ! À l’époque de Jésus, la polygamie était chose courante.

Pour souligner cette nouveauté, c’est dans cette ville d’Antioche de Syrie, actuellement en Turquie, que le nom de chrétiens va être donné pour la première fois aux membres de cette communauté des disciples de Jésus. Chrétiens signifie ‘être du Christ’, ‘ceux qui appartiennent au Christ ‘, ‘ceux qui voient en Jésus le Christ, le Messie’. Ce ne sont pas des disciples d’un quelconque meneur d’hommes, d’un gourou ou d’un prophète, mais bien des disciples de ce Messie annoncé par l’Écriture et attendu par tout le peuple juif.

        On le comprend, cette audacieuse décision est loin d’être anodine. On accepte mieux alors cette demande lorsqu’elle est annoncée par cette phrase : « l’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé... ». Ce pourrait paraître bien présomptueux, mais la foi nous fait dire que, en effet, cette décision d’ouverture aux païens est capitale et qu’elle n’a pu se faire qu’avec l’éclairage de l’Esprit Saint.

        Comme dans cet épisode du livre des Actes des Apôtres, l’Église reconnaît chacun dans sa différence, dans sa singularité. Elle propose un chemin d’avenir, un chemin nouveau, sans obliger quiconque à oublier son passé, sans obliger les personnes à de faux semblants, mais au contraire en assumant la vérité de son histoire, de son état de vie, de son cheminement, la vérité dans toutes ses pauvretés et dans toutes ses richesses. Oui, nous sommes tous différents, mais complémentaires et Dieu nous aime tels que nous sommes !

L’essentiel de ce qui nous rassemble ce soir est rappelé par Jésus dans la lecture de cet évangile de saint Jean : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. »

L’expression est toute simple et c’est ce qui nous unit aujourd’hui ! « Si quelqu’un m’aime. » Voilà la condition première ! Voilà ce qu’ont vécu les premiers disciples ! Si nous sommes réunis dans cette église, c’est que nous aimons le Christ et que nous désirons Le suivre !

 

C’est ce même Esprit Saint qui nous met en présence de Dieu. C’est ce même Esprit Saint qui nous enseigne et nous fait comprendre les paroles du Christ. 

Chers frères et sœurs, c’est ce même Esprit Saint de Dieu qui nous rassemble aujourd’hui, dans toutes nos différences, à quelques jours de la fête de l’Ascension.

Jeudi, nous allons vivre cette belle fête de l’Ascension de Jésus vers son Père et Il nous demande de nous réjouir, car Il retourne vers son Père.

Demandons déjà avec audace, d’être renouvelés dans l’Esprit Saint et de mettre en pratique les Paroles du Christ ! 

Continuons notre route, ensemble à la suite du Christ !

                                                                                                          Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 18 mai 2022, 5e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 1-8. Livre des Actes des Apôtres 15, 1-6. Psaume 121.

 

Chers amis, pourquoi portons-nous au fond de nous-mêmes des peurs, des angoisses, des attentes et, en même temps, de grands désirs, des souhaits et des projets ? 

« Que voulons-nous ? Pourquoi, à certains moments, la peur et le manque me taraudent-ils ? Pourquoi ai-je en moi ce désir viscéral d’être aimé et d’aimer véritablement en retour ? Pourquoi espérons-nous une vie féconde qui porte du fruit, dans l’aide et l’amour, déjà dans la simplicité des relations ordinaires ? Une vie qui aurait du sens ? … Dans la fidélité à mon baptême, quels sont les fruits que j’aimerais partager ?... » 

Voici de nombreuses questions que se posent beaucoup de nos contemporains, avec plus ou moins de courage !

La réponse nous est donnée dans l’évangile de saint Jean que nous entendons ce matin, dans cette méditation du chapitre 15 : 

·      « Demeurez attachés à Jésus-Christ. » 

·      Restez greffés sur Lui comme le sarment sur la vigne ! 

C’est une réponse simple et intense. « Restez greffés ! » c’est l’image que Jésus nous donne pour que nous parvenions à comprendre l’urgence de notre vie.

Littéralement, ne nous coupons pas de la sève ! Ne nous éloignons pas (et sous aucun prétexte) de la source même de l'amour ! Demeurons dans cet amour qui nous a été révélé. 

Pour cela : « Demeurez… » Ce verbe impératif revient sans cesse sous la plume de saint Jean. C’est une insistance qui peut nous surprendre... et agacer peut-être même certains d'entre nous ! Pourtant, c’est là l’essentiel !

L'enfance et plus encore l'adolescence sont des périodes où l'on privilégie davantage le moment présent, l’immédiateté. C’est l’instant présent qui importe ! Quelque part, on se moque de l'avenir et, pour certains même, il ne fait plus rêver. À ces âges-là, nous n’y pensons pas !  

De ce point de vue, nous risquons tous, plus ou moins, d’être ou de rester de grands adolescents ! Or voilà que cette page d'évangile nous prend un peu à contre-pied ! À l’opposé d’une attitude d’un certain zapping ou d’une bougeotte, bien souvent en lien avec le mode de vie notre société, nous sommes invités à établir une stabilité en Jésus !

Le texte que nous venons d’entendre nous prend à contre-pied. C'est comme si saint Jean nous disait : « Ne faites pas seulement qu'entrevoir l'amour de Dieu et de courir après... L'important, c'est d'y demeurer ! » Ou encore : « Ne lisez pas à la va-vite ou en diagonale les évangiles... L'important, c’est d’être là et d'y demeurer ! » 

On ne devient pas complètement chrétien du jour au lendemain ! On ne se convertit pas forcément en un jour ! C'est bien souvent l'affaire de toute une vie. C’est à la fois avancer (être en mouvement), un attachement, dans une stabilité qui demeure. 

 En terre iséroise, nous aimons bien cette devise des Chartreux « Stat crux dum volvitur orbis », c’est-à-dire : « La Croix demeure tandis que le monde tourne. »

C’est ce que nous sommes invités à vivre humblement dans notre quotidien souvent trépidant, mais comment vivre ces deux attitudes à la fois ? Comme notre vie est d’abord mouvement, la stabilité en Christ ne peut pas être qu’une option !

Frères et sœurs, il nous faut nous nourrir de cette parole fondatrice ! Alors, ne l'avalons pas trop vite. Lisons-la, relisons-la, ruminons-la, méditons-la, laissons-là prendre racine en nous ! Demeurons dans le Christ tout en restant attentifs à ceux qui sont autour de nous, même si cela va nous mettre dans une tension paradoxale. 

Gardons notre cœur greffé sur le Christ, en étant conscient que notre ‘dépendance’ - tel le sarment sur la vigne - ne trouve pas forcément un écho favorable dans ce monde qui se revendique ‘indépendant’ !

Il faut du temps pour que la Parole du Christ imprègne notre vie. L'important, c'est de demeurer avec Lui, en Lui et Lui avec moi. 

Le reste nous sera donné par surcroît !

                                                                                                               Ainsi soit-il !

                                                                                       

 

 

Homélie du lundi 16 mai 2022, 5e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 21-26. Livre des Actes des Apôtres 14, 5-18. Psaume 113b.

 

Chers amis, nous sommes à la 5e semaine du temps pascal et, petit à petit, la liturgie nous oriente vers les fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte. Avec ce passage de l'Évangile, nous sommes à la Cène, au soir du Jeudi Saint, quelques minutes avant le départ au Jardin de Gethsémani. (cf. Jn 14, 21-26). Jésus finit un long discours par ces versets : « Je vous ai dit ces choses, alors que je demeurais avec vous. Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (versets 25-26). 

C'est la promesse de l'Esprit Saint qui nous est donnée ! 

Esprit Saint qui habite avec nous, qui est Dieu lui-même dans la Trinité et que le Père et le Fils envoient. « Le Père enverra en mon nom », dit Jésus, pour nous accompagner sur notre chemin, sur notre route sur cette terre, et ils l'appellent Paraclet

Soutenir et accompagner : c'est la tâche de l'Esprit Saint.

En grec, le Paraclet est celui qui nous soutient, qui nous accompagne pour ne pas tomber, qui nous conserve fermes dans la foi, qui est proche de nous pour nous guider. 

Le Seigneur nous a promis ce soutien.

Que fait donc l'Esprit Saint en nous ? Le Seigneur le dit : « Il vous enseignera tout et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (v. 26). 

Enseigner et rappeler : c'est aussi la tâche de l'Esprit Saint.

Il nous enseigne : il nous enseigne le mystère de la foi, il nous enseigne à entrer dans ce mystère, à le comprendre plus intiment chaque jour. Il nous enseigne comment développer notre foi sans nous tromper, comment grandir dans la compréhension des paroles de vie de Jésus.

Il nous rappelle les enseignements de Jésus, ses consignes, ses paraboles… L'Esprit Saint nous guide dans cette mémoire ; il nous guide pour discerner, dans le présent de notre vie : quel est le juste chemin et éviter de nous égarer ! Si nous demandons la lumière de l'Esprit Saint, Il nous aidera, tout en laissant libre, à discerner pour prendre les vraies décisions, les petites de chaque jour comme les plus importantes. 

Mais avons-nous l’habitude de lui demander son aide ?

C'est l'Esprit qui dans cet enseignement et dans ce souvenir nous permet de discerner les décisions que nous devons prendre librement et en vérité !

Frères et sœurs, aujourd’hui, peut-être pouvons-nous demander l’aide précieuse de l’Esprit Saint, demander que le Seigneur nous aide à nous ouvrir à ce don de l’Esprit Saint donné au jour de notre Baptême et renouvelé au jour de notre confirmation.    

Il est le Paraclet ! Il est notre défenseur !                                                                                 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 15 mai 2022, 5e dimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 13, 31-33a.34-35. Apocalypse de saint Jean 21, 1-5a. Psaume 144.

Livre des Actes des Apôtres 14, 21b-27. 

 

J’ai souvent entendu de la part d’amis, de paroissiens, de frères et sœurs en Christ, ces deux exclamations :

  • J’aime Jésus et je veux le suivre quoi qu’il arrive !
  • Qu’il est difficile d’être véritablement chrétien ! 

Ces deux phrases ont résonné en moi tout au long de cette semaine ; de fait ces deux affirmations ne s’opposent pas ! Aujourd’hui comme hier, être disciple de Jésus est difficile ; certes je le veux, je l’accepte, je le désire, mais ça ne va pas de soi. 

Pourquoi ? Certains vont me dire que c’est parce que Jésus met la barre très haut : 

« Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. »

Devant une telle affirmation :

  • Qui parmi nous peut dire qu’il aime ses frères comme Jésus nous a aimés ? 
  • Qui peut prétendre être capable d’aimer au point de paraître un disciple de Jésus aux yeux de tous les hommes ? 

Aimer comme Jésus nous a aimés, c’est-à-dire comme Dieu nous aime, c’est aimer jusqu’à donner sa vie. Quelle exigence ! 

Si vous en avez la possibilité, relisez la vie de saint Charles de Foucauld et vous verrez que, à sa façon, modestement, il a été vraiment ce témoin de l’amour, témoin d’amour.

Et pourtant, d’un autre côté, « aimer » n’est-ce un désir tellement naturel qu’il ne devrait pas nécessiter un grand effort ? Nous aimons être aimés et nous désirons aimer en retour ! Cela fait partie de notre ADN ; c’est ce qui nous a été donné par Dieu Lui-même, cette capacité viscérale d’aimer au plus profond de nous-mêmes. 

Nous pouvons noter, combien nous sommes tristes et malheureux quand quelqu’un nous dit ne pas nous aimer.

« Aimer » est donc un désir naturel. Aimer ses proches, aimer son conjoint, ses enfants, sa famille… quoi de plus banal ! Quoique… nous avons tous, dans nos familles, dans nos relations amicales ou professionnelles, des exemples de situations difficiles, douloureuses parfois, parce qu’il y a de l’animosité, une colère, parce qu’il y a, en fait, un manque l’amour !

Non, en réalité, l’amour n’est pas si évident ! Même chez les fiancés qui se préparent au mariage, s’aimer n’est pas gagné d’avance. C’est pourquoi, dans le parcours de préparation au mariage qui leur est proposé dans notre paroisse, il est prévu des temps d’échanges autour de notre façon d’aimer (non pas de mettre la main sur l’autre, mais de se donner réellement à l’autre). Bref, des temps d’éducation au vrai amour s’imposent. 

Nous le savons bien, l’amour peut être blessé. S’il ne se réduit qu’à un sentiment, l’amour devient très fragile en allant même jusqu’à « démolir » l’espérance qui est nous ! L’amour est une décision dans la constance !

Pas plus tard que la semaine dernière, une femme me confiait ses difficultés, à la suite de son divorce. Ses deux enfants, nés pourtant de l’amour de leurs parents, deviennent à présent pour eux des sujets de discorde, de déchirements, voire de violence et de haine. « Quelles souffrances ! » me disait-elle… Comment un amour vrai peut-il se transformer en haine ? Et des cas comme celui-là, nous en connaissons tous plus ou moins, hélas ! 

Comment l’amour que l’on croit toujours indestructible, au début, peut-il devenir à ce point destructeur ? C’est aussi l’occasion pour nous de prier pour toutes les personnes qui vivent des périodes difficiles dans leur couple, ou un divorce.

En même temps, si je continue sur le registre de la famille, l’amour est toujours possible ! Je suis témoin, le témoin heureux, de confidences de couples dont l’amour après 50, 60, 70 ans de mariage reste toujours bien présent, malgré les vicissitudes de la vie. 

Nous constatons qu’il existe des amours durables et toujours présents ! Et pourtant, ils reconnaissent avoir eu, comme nous tous, des difficultés et des soucis, mais qu’ils ont pu dépasser et surmonter ensemble dans le dialogue, main dans la main.

Là aussi, aimer c’est décider d’aimer, quoiqu’il arrive !

Dans la première lecture, nous avons entendu Paul et Barnabé affermir le courage des disciples, en disant : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Là aussi, le message de Jésus est exigeant. Le chrétien n’est pas exempté d’épreuves ou de difficultés ! On ne peut pas se contenter de belles paroles ! Pour les premiers chrétiens, les épreuves dont parlent Paul et Barnabé ne sont pas des petites difficultés passagères : c’est la violence de l’animosité, des persécutions déjà présentes et à venir !

Il en faut du courage pour aimer jusqu’à risquer sa vie par amour de Jésus ! C’est pourtant bien ce que signifie la parole de Jésus : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Dans cet évangile que nous venons d’entendre, Jésus donne à ses amis ce commandement à quelques heures de son arrestation, de sa passion, de sa mort sur la croix. 

Judas vient de quitter la table pour aller tristement, Le trahir ! Comme un testament ou une confidence que l’on peut faire à ses intimes quand l’heure de mourir est proche, c’est une phrase importante qu’il nous faut écouter et intérioriser.

Testament spirituel ? En réalité, il s’agit plus d’une mission que d’un commandement. Jésus donne sa vie jusqu’au bout, et nous demande, autant que possible, de faire de même en mémoire de Lui. 

Mission qui devient témoignage, puisque l’amour dont nous ferons preuve montrera à tous les hommes que nous sommes ses disciples. 

Comment témoigner du Christ ? En aimant simplement ! En aimant, sans doute, d’une façon déraisonnable, bien loin des critères de notre société.

Nous qui sommes appelés chrétiens, disciples du Christ, baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, nous sommes donc des témoins et des missionnaires. Rien de moins ! 

Pas seulement « amis de Jésus », ce qui n’est pas trop difficile, mais véritablement envoyés par Lui en mission dans notre quotidien ! 

C’est-à-dire, en mission auprès de tous ceux qui nous entourent, plus ou moins proches, en mission auprès de ceux que nous n’avons pas forcément choisis ! Avec ceux qui nous ressemblent et avec ceux qui sont très différents de nous ; avec ceux qui semblent plus riches et ceux qui semblent plus pauvres que nous ; malades ou en bonne santé ; ceux qui nous sont sympathiques et ceux avec lesquels le contact est plus distant ou difficile.

Pas seulement « amis de Jésus », mais « amis de tous » par conséquent !

J’entends bien la question que nous pouvons nous poser : alors, comment « faire » ou plutôt comment « être » ?Comment « être » à la hauteur d’une telle mission ?

Déjà, une première condition : ne baissons pas les bras devant l’ampleur des choses à changer d’abord en nous-mêmes, avant de vouloir changer le monde ! 

Par exemple : nous prions, avec raison pour la paix dans le monde ! Mais, n’avons-nous pas d’abord à prier pour ce que nous vivons, pour la paix dans les relations professionnelles et amicales qui tissent notre quotidien, dans nos familles, en nous-mêmes ! Il peut paraître bien facile de prier pour ce qui est loin de nous !

Jésus ne se contente pas de nous envoyer « comme des agneaux au milieu des loups » : Il nous accompagne Lui-même et Il nous apprend à aimer comme Il aime ! 

Il nous a donné l’Esprit Saint au jour de notre baptême, Esprit de Force et de Vérité ; Il se donne à nous en nourriture à chaque Eucharistie, dans sa parole, pour que nous puissions, en l’accueillant dans notre corps, « être » d’autres christs ! 

Jésus est toujours avec nous, et ça change tout ! C’est Lui qui nous montre et nous apprend !

Alors, oui, frères et sœurs, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous,

Nous avons à choisir d’aimer et à décider de suivre Jésus, malgré les difficultés, 

même si mon amour peut ne pas être reçu !

Ne désespérons jamais et, en ce jour si particulier de la canonisation de saint Charles de Foucauld. Apprenons de lui la confiance, comme nous pouvons l’entendre dans sa prière : 

Mon Père, mon Père, en toi je me confie,
En tes mains, je mets mon esprit.
Je te le donne, le cœur plein d’amour.
Je n’ai qu’un désir : t’appartenir.

Demandons l’intercession de ce nouveau saint !

                      Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 11 mai 2022, 4e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 12, 44-50. Livre des Actes des Apôtres 12, 24 à 13,5. Psaume 66.

 

     « Moi, la lumière, je suis venu dans le monde ». 

Moi, la lumière...Voilà l’extraordinaire révélation sur le mystère intime de Jésus et sur la mission qu'il a reçue du Père !

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, il est question de ténèbres et de lumière. "Je suis venu dans le monde afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres" (v.46). Le Christ vient révéler, apporter la lumière ! 

Dans notre monde, nous pouvons constater qu’il y a, en quelque sorte, une succession de ténèbres et de lumière, de l’obscurité au jour. Cela commence dès le début du monde puisque nous pouvons lire dans le Livre de la Genèse : il y eut un SOIR, il y eut un MATIN ! 

Déjà, en remontant à la théorie du Bing Bang, alors que tout était « obscurité », une lumière incroyable, une énergie éblouissante a traversé l’univers en création.

Ainsi, selon, Jésus, les ténèbres précèdent la foi : elles sont pour nous le pays d'avant la foi. C’est important de le comprendre.

Savez-vous que :

  • Toutes nos liturgies nous donnent de passer de l’obscurité à la Lumière !
  • La Vigile Pascale en est le type même : elle est la mère de toutes les Veillées. Nous passons des ténèbres de la nuit à la lumière de la Résurrection du Christ, de la mort à la vie !
  • Le Baptême est aussi ce passage de la mort à la vie ! Rappelez-vous les baptêmes des catéchumènes lors de la Vigile Pascale ! Ils ont été plongés littéralement dans l’eau pour être relevés dans la lumière. Le cierge que le nouveau baptisé a reçu pour éclairer sa vie, brille de la lumière du Christ.
  • Même dans l’imagerie populaire, cette distinction existe. Ne dit-on pas : « Broyer du noir ! » ou : « être dans le brouillard » ? À l’inverse ne dit-on pas : « Avoir une idée lumineuse !», avec une ampoule qui s’éclaire au-dessus de la tête !

Frères et sœurs, nous ne sommes pas créés pour vivre dans l’obscurité ou la grisaille !

Si à certains moments de notre existence, il nous arrive de revenir aux ténèbres (volontairement ou non), à la tristesse, ou à une perte du sens de notre vie ! Nous devons avoir un seul réflexe, un réflexe immédiat : dans un acte de foi, venir, revenir à “Jésus-lumière“ entendre ses paroles et les garder. Ou encore, prendre un temps d’adoration du Saint Sacrement où l’ostensoir représente souvent un soleil avec Jésus au centre, rayonnant ! 

Nous sommes donc invités à être des tournesols, celle belle plante qui tourne, tout au long de la journée, pour suivre et accueillir la lumière du soleil ; c’est l’héliotropisme du tournesol. Soyons donc de « beaux tournesols » tournés sans cesse vers la lumière du Christ !

Frères et sœurs, puissions-nous demander, pour chacun de nous, d’être à l’écoute de la Parole de Dieu tout au long de ce jour ! 

Puissions-nous la garder, en être nourris, illuminés et être « lumière » à notre tour pour le monde !

                                                                                                                  Ainsi soit-il !

 

   

 

 

Homélie du lundi 9 mai 2022, 4e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 10, 1-10. Livre des Actes des Apôtres 11, 1-8. Psaume 41-42.

 

Hier, quatrième dimanche de Pâques, nous avons entendu que Jésus, Berger, est le Bon Pasteur, celui :

  •  qui connaît ses brebis,
  •  qui leur donne la vie éternelle
  •  que personne ne pourra les arracher de sa main !
  •  que son Père et Lui sont « un » ! 

Jésus continue à expliquer cette réalité que ces expressions décrivent ! Dans l’évangile d’aujourd’hui, Il nous précise : une « mise en garde » et une « ouverture ».

Jésus nous met en garde contre de faux bergers, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui. Qui sont-ils ? 

Ce ne sont pas les prophètes de Dieu, mais des marchands de bonheur et de rêve, des voleurs et des bandits qui, en Israël comme dans le monde païen, prétendent apporter la recette du salut par des moyens bien éphémères sans passer par le Christ !

Une ouverture ! Pour préciser sa mission véritable, Jésus nous invite à faire un pas de plus ! Non seulement Il est notre Pasteur et guide, mais Il est la seule personne qui peut nous conduire à une abondance de vie, à la Vie éternelle ! Pour cela, Il va prendre l’image d’une porte.

Notre Seigneur est aussi une porte qui s’ouvre ! « Une porte pour les brebis » ! Il est donc une porte !

C’est sur cette notion de porte que je souhaite m’arrêter quelques instants avec vous !

Nous franchissons chaque jour des portes ! Nous en connaissons bien le principe ; il y a des portes qui ouvrent et d’autres qui ferment !

Le Seigneur est donc « porte » pour les brebis que nous sommes. Il est cette porte que chacun de nous peut franchir pour "entrer et sortir" :

Entrer et sortir ! C'est le mouvement, la liberté que l'on trouve dans le Christ : en entendant ces mots, chacun de nous est interpellé. Déjà le psalmiste déclarait, à propos de l'entrée dans le Temple : « C'est ici la porte du salut, les justes y entreront ! » (Ps 119,20). 

Jésus redira, dans le même esprit, au cours de son repas d'adieux du Jeudi Saint : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ; nul ne va au Père sans passer par moi ! » (Jn 14, 6)

Le Christ Pasteur est pour nous Celui qui accueille et celui qui envoie, Celui qui rassemble et Celui qui relance. Il est devant moi chaque jour comme une porte toujours grande ouverte, jamais fermée. Il est Celui :

  • qui m'invite à entrer dans l’église pour vivre l’Eucharistie, comme vous l’avez fait ce matin,
  • qui m'appelle à sortir pour l'aventure de la foi et de l'espérance, à oser la rencontre dans la joie du témoignage.

N’est-ce pas, chers frères et sœurs, cette invitation et ce mouvement que nous sommes déjà invités à vivre pour aujourd’hui ?

Puissions-nous rendre grâce pour Celui qui nous guide, qui nous montre le chemin, éloigne les voleurs, nous met en garde contre les faux prophètes et nous conduit à la Vie éternelle !

                                                                                                       Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 8 mai 2022, 4e dimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 10, 27-30. Apocalypse de saint Jean 7,9.14b-17. Psaume 99.

Livre des Actes des Apôtres 13,14.43-52. Journée de prière pour les vocations.

 

« Je suis le Bon Pasteur, le vrai Berger ! » dit Jésus.

C’est ce message de Jésus que nous recevons chaque année, plus précisément le quatrième dimanche de Pâques. Si pour nous, chrétiens, cette image du « Pasteur » ou du « Berger » a un sens profond, pour beaucoup de nos contemporains, elle peut apparaître ambiguë et étrange. 

Ces mots : « pasteur » « berger », « brebis », « agneau » « troupeau » semblent faire référence à une autre culture, à une autre civilisation que la nôtre. Et puis, dans la plupart des cas, pourquoi un berger accepterait-il de prendre en charge un troupeau de brebis ? 

Nous pourrions répondre que c’est tout simplement pour pouvoir en vivre en vendant du lait, de la laine et de la viande, en faisant du fromage. Être comparé à une brebis ou à un mouton n’est pas forcément très flatteur pour chacun de nous.

Attention, lorsque Jésus se dit « pasteur », « berger » et nous désigne comme étant ses « brebis » ce n’est pas du tout dans ce sens-là. Vous le savez bien, Jésus parle souvent en parabole, Il aime prendre des images de la vie quotidienne.

Ces images nous aident parce que nous avons besoin que quelqu’un nous montre comment discerner et progresser dans notre chemin de vie. Quels que soient nos chemins, nous savons aussi que des loups seront présents avec un appétit féroce ! Qui peut nous en protéger sinon le Pasteur Lui-même ?

Il nous faut toujours chercher dans quel contexte Jésus s’exprime et quel est l’essentiel de son message. Lorsqu’on lit la Bible, on constate que ce titre, dans le sens de « Pasteur », est souvent attribué à Dieu lui-même. 

Rappelons-nous ces paroles du psaume 99 dont nous venons de chanter quelques strophes : 

« Reconnaissez que le Seigneur est Dieu : il nous a fait, et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau » ou encore les paroles du psaume 22 que nous connaissons bien : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. » Attention, ce n’est pas une image simplement pastorale et bucolique ! Le métier de berger est rude ! Le berger est un guide, attentif aux soins et à la santé du troupeau, mais aussi anticiper les différents dangers : voleurs, loups, prédateurs… trouver les bons pâturages…

Le plus souvent, la Bible nous dit aussi que le Seigneur confie ses brebis à des serviteurs. Il choisit des pasteurs pour guider son peuple. En lisant la Bible, nous pouvons en découvrir quelques-uns : le Prophète Jérémie, le Roi David… ou l’apôtre Pierre que Jésus enverra en mission…

Malheureusement, il arrive que certains d’entre eux ne remplissent pas très bien leur mission et tout le peuple en souffre. On comprend que les juifs contemporains de Jésus attendaient avec impatience le Pasteur suprême, le Christ, le Messie annoncé par le prophète Isaïe. 

Mais les chefs du peuple, les scribes et les pharisiens ne reconnaissent pas en Jésus ce Messie annoncé et lorsqu’Il leur dit être : « le Bon Pasteur, le Vrai Berger », cela les irrite et les scandalise. 

Dans les trois versets qui précèdent l’évangile que nous venons d’entendre, on lui demande de parler franchement : « Jusqu’à quand vas-tu nous faire languir ? Si tu es le Christ, dis-le-nous clairement. » Jésus leur répond : « Je vous l’ai déjà dit, mais vous ne croyez pas. Vous ne croyez pas les œuvres que je fais au nom de mon Père qui me rendent témoignage ; mais vous ne croyez pas parce que vous n’êtes pas de mes brebis. » Et, Il poursuit  dans l’évangile de ce jour : « Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main. Mon Père qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. » 

En entendant ces mots, pour ses auditeurs, il apparait clairement que Jésus se dit l’égal de Dieu, se dit Dieu lui-même, et cela, ils ne le supportent pas. Saint Jean ajoute même : « Les Juifs allèrent chercher des pierres pour lapider Jésus. » Ils cherchèrent à l’arrêter, mais Il leur échappa. C’est pour cette raison que, quelques mois plus tard, Jésus sera condamné et mis à mort !

Ce passage d’Évangile date de près de 2000 ans et pourtant, il est toujours d’actualité. « Mes brebis, parce qu’elles croient en moi, écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent. ». 

Cela signifie que ceux qui ne veulent pas croire en Jésus ne sont pas obligés de Le suivre. Ils peuvent choisir de ne pas faire partie de ses brebis. Dieu nous laisse totalement libres ! Il nous donne de choisir : suivre le Christ ou non !

Dieu veut tellement que nous soyons libres qu’Il nous donne même la possibilité de Le rejeter ! Ce fut le cas de beaucoup de juifs contemporains de Jésus, comme nous l’avons entendu dans la première lecture des Actes des Apôtres.

Paul et Barnabé vont rencontrer la même opposition lorsqu’ils annonceront la Parole de Dieu aux juifs résidant à Antioche (c’est la Turquie actuelle). Injuriés par des Juifs « remplis de fureur », ils garderont toute leur assurance et déclareront tranquillement : « Vous rejetez la parole de Dieu, vous ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle ? Eh bien, nous allons nous tourner vers les païens. » Chers frères et sœurs, les païens avant notre baptême, c’est nous !

Si nous sommes rassemblés dans cette collégiale Saint-André aujourd’hui, c’est bien parce que, grâce à ceux qui nous ont précédés dans la Foi, nous croyons au Christ mort et ressuscité. 

Nous croyons que Jésus nous guide vers la Vie éternelle. 

Oui, nous croyons que Jésus nous connaît tous et nous invite à écouter sa voix et à Le suivre, c’est une certitude ! 

Cela nous conduit à une certitude et à une question :

  • Oui, Jésus nous connaît tous et Il veut pour chacun de nous la Vie éternelle.
  • Mais nous-mêmes, écoutons-nous sa Parole et Le connaissons-nous vraiment ? 

Nous avons toujours besoin de « pasteurs » dans notre monde où, bien souvent, nous ne savons où aller, comment avancer et « où » ! Nous avons besoin d’être aidés pour trouver la bonne direction. 

Je termine en vous rappelant que ce dimanche est aussi la journée mondiale des vocations. La vocation est un appel que Dieu adresse à chacun des membres de son peuple. Il appelle bien sûr des prêtres (et il y a une réelle audace à répondre à cet appel), mais aussi des diacres, des religieux, des religieuses, des couples dans le sacrement de mariage… quels que soient notre âge et parfois même notre état de santé. Il nous appelle tous, chacun selon nos moyens, à être des chrétiens vivants, annonçant et témoignant de l'Évangile. 

Bref, notre vocation est un appel à la sainteté dans tous nos états de vie !

Le Seigneur continue d'appeler pour la mission. Personne ne peut répondre à la place des autres. 

Il compte sur chacun de nous. Le Christ est notre Bon Pasteur !

Puissions-nous, frères et sœurs, écouter sa voix ! Suivons-le et aidons les jeunes et les moins jeunes à marcher à sa suite « vers les eaux de la source de vie », c’est-à-dire vers la Vie éternelle, comme nous y invite saint Jean dans le livre de l’Apocalypse !

Demandons de tout notre cœur à échapper aux pièges des loups de ce monde et à suivre le bon chemin à la suite du Bon Pasteur ! 

Voilà ce que nous entendons en ce quatrième dimanche du temps Pascal !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 4 mai 2022, 3e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 6, 35-40. Psaume 65. Livre des Actes des Apôtres 8, 1b-8.

 

Un résumé rapide ! 

Nous sommes ici au lendemain d'une des multiplications des pains. Jésus est passé ensuite de l'autre côté de la mer de Tibériade, appelée aussi mer de Galilée. La foule qu'il vient de nourrir est partie à sa recherche. Il est bien certain que, pour ces personnes, manger à leurs faims n'est peut-être pas évident tous les jours et combien il est impératif, pour eux, de garder un tel homme providentiel ! 

C'est bien ce que l’Évangile nous rapporte au verset 26, quand Jésus dit: « Vous me suivez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. »

Ainsi, nous voyons que c'était bien la nourriture terrestre qui comptait principalement pour eux en premier ! Cet impératif est-il si différent aujourd'hui, pour chacun de nous, avec nos mentalités si avides de bien-être et de confort, de manger à notre faim, bref de son « ventre » ? Il n’est pas certain que notre monde soit si différent !

Dans tout ce chapitre 6e de Jean, il est souvent question de "Pain". Le Pain que Jésus a distribué à la foule et dont Il se qualifie lui-même en bien des circonstances est devenu avec Lui une réalité : « Je suis le pain de vie » Si nous sommes là ensemble ce matin, c’est, me semble-t-il, que nous avons compris que le Pain de vie, c’est Jésus qui se donne à nous en son Eucharistie.

Dans de nombreux pays, hélas, la famine existe bien réellement ! Cependant il y a famine et famine, et tout particulièrement dans notre pays, la faim qui nous tenaille n'est pas seulement une famine physique, mais surtout spirituelle : c'est la famine de Dieu, d’une soif de Dieu !

Il est aussi "Pain du Ciel", c’est pour cela qu’il est absolument nécessaire pour notre âme et pour notre esprit. En son absence, nous ne mourrons certes pas physiquement, mais nous risquons plutôt de dépérir, de nous dessécher spirituellement. Notre vaste monde vit sans Dieu sans bien souvent s'en rendre compte. Notre monde se perd et se meurt de ce manque de Dieu !

Jésus va encore plus loin dans la révélation : le Père lui donnera le pouvoir de ressusciter ceux qui croient en Lui. Or, pour Jésus, la foi n'est pas une seule, une simple adhésion de l'esprit ou d’un ensemble de connaissances, d’un catalogue appris par cœur, c'est d’abord une démarche, une rencontre : « Celui qui vient à moi... » 

Nous avons à nous déplacer, à aller vers Jésus ! Croire, c'est venir à Jésus-Christ, autrement dit : adhérer, non pas à une doctrine, mais de toute sa personne à Celui qui est l'Envoyé de Dieu.

Les disciples qui entendirent ces paroles de Jésus, même s’ils ne les ont pas comprises totalement, les ont bien retenues, eux qui sont venus au Christ jusqu'à donner leur vie, comme tous ces martyrs (comme celui d’Étienne) qui ont donné le témoignage suprême de la foi, vécue comme une démarche de vie ! Quel surprenant paradoxe : « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. » (Mt 16,24)

N'est-ce pas cela être disciple : mettre ses pas dans les pas du Maître, emprunter son chemin, qui peut être un chemin de croix et en même temps un chemin de Vie, un chemin de résurrection ?

Frères et sœurs, soyons sûrs que, comme nous l’avons entendu dans la première lecture des actes des Apôtres, notre monde a besoin de témoins, des « Philippe » et des « Etienne » qui annoncent le Christ avec des signes qui marquent les gens de son temps !

Oui, être témoin du Christ, c’est offrir cette joie et cette espérance au monde !

                                                                                                                 Ainsi soit-il 

Homélie du lundi 2 mai 2022, 3e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 6, 22-29. Psaume 118. Livre des Actes des Apôtres 6, 8-15.

 

Que devons-nous faire ? 

Les temps que nous vivons nous questionnent ! Je suis régulièrement interrogé :

Pourquoi cette pandémie ? 

Pourquoi ces guerres ? 

Quel sens donnons-nous à nos besoins matériels et bien sûr, à notre vie ?... 

Beaucoup d’entre nous portent en eux-mêmes des interrogations et cherchent des réponses, parfois même désespérément. Il est bon de se poser ces questions ! Cela est bien ! Il est normal que notre intelligence nous interroge. Mais qui va m’aider ? Qui peut m’éclairer ? Qui peut me guider ?

Regardons l’évangile de ce jour, il nous donne la réponse :     

En effet, Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. »

 La curiosité, le constat d’un manque suffisent parfois pour me mettre en route ! J’ai une attente, je veux savoir… Je veux découvrir le sens de ma vie. 

Nous sommes invités à chercher Jésus, à aller plus loin, à nous laisser guider par Lui ! 

Être là, dans cette église, ce matin, c’est entendre ce que le Christ veut me dire et essayer de saisir comment Il répond à mes questions et m’éclaire ! 

C’est déjà bien de vouloir suivre Jésus, quelle qu’en soit la raison : la curiosité, le plaisir, ou la soif intellectuelle ou spirituelle. Mais l’important est de découvrir dans cette attente la raison la plus essentielle de notre vie : le Christ nous donne de comprendre que notre vie a du sens parce qu’Il donne sens à l’amour que je cherche et que je reçois ! Notre relation doit mûrir et devenir une conviction d’amour. Il en est ainsi dans toute relation vraie, mais plus encore dans notre lien avec le Christ !

La foi chrétienne est la conviction sincère que Jésus est nécessaire à mon bonheur nécessairement durable. Non pas quelques pains qui vont me nourrir et me rassasier un instant, non pas un bonheur qui serait limité dans le temps, mais une Joie pleine, une joie qui remplit une vie, quels que soient les difficultés ou les imprévus de la vie !

Nous faisons une erreur énorme si nous pensons que la foi chrétienne peut se réduire à une doctrine ou à un dogme. Non ! La foi chrétienne est d’abord une rencontre, une rencontre à la fois humaine et divine. Elle est la conviction vraie, sincère, non seulement que Jésus est vivant, mais qu’Il est absolument nécessaire à mon bonheur, à mon espérance, pour ma vie présente et celle à venir. Ma foi, celle que j’ai reçue comme un cadeau au jour de mon baptême, touche ma vie entière dans toute son épaisseur, dans chaque aspect de ma vie. 

Tout cela peut nous interroger ; alors : que devons-nous faire pour mieux comprendre et ne pas nous tromper de chemin ? Cette question est essentielle !

Pour travailler aux œuvres du Seigneur, l’invitation est là : 

Aimer et laisser aimer !

Un seul est capable de me combler : le Christ ! Il nous faut L’aimer et nous laisser aimer par Lui ! Pour cela, je suis invité à Croire en lui. C’est la conviction et l’acte de foi que nous pouvons faire !

C’est alors seulement que ma foi devient chrétienne. Croire en Lui, mettre mon espérance en sa Personne ! Alors seulement, à ce moment-là, nous « travaillons aux œuvres de Dieu. » Alors seulement, nous « croyons en celui que Dieu a envoyé. ».

 Voilà l’enseignement que nous recevons ce matin.

Demandons au Seigneur de nous apprendre à vivre de la foi, pour qu’elle grandisse en nous ! Restons toujours curieux de Jésus ! Restons des amoureux du Christ Ressuscité !                                                                                                                                                                

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 1er  mai 2022, 3e dimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 21, 1-19. Apocalypse de saint Jean 5, 11-14. Psaume 29.

Livre des Actes des Apôtres 5, 27b-32.40b-41.

 

En ce troisième dimanche du temps pascal, il est bon de réentendre cet évangile où Jésus ressuscité apparaît à nouveau aux disciples. 

La tristesse de la mort de Jésus, bien que ressuscité, semble encore présente chez les apôtres. En l’absence du Maître, voici que les apôtres ont repris leur vie ordinaire et retrouvé leur profession. Pêcheurs ils étaient auparavant, pêcheurs ils redeviennent maintenant. Pêcheurs peu chanceux apparemment, du moins cette nuit-là, puisqu’au petit matin, ils rentrent bredouilles de cette nuit de pèche. 

Sur la plage pourtant, un homme inconnu d'eux leur demande de poser un acte de foi : de jeter encore leurs filets. C’est ce qu'ils font, eux les professionnels, et cette fois avec une telle quantité de poissons (153) que les yeux de Jean (le disciple bien-aimé) s’ouvrent immédiatement, tandis que les autres disciples restent encore dans l'aveuglement. Et voici que cet inconnu les invite, sitôt sortis du lac, à une sorte de pique-nique. Ici encore, c'est le partage du pain et de la nourriture qui, comme dans le cas des disciples en route vers Emmaüs, leur révèle la présence du Ressuscité. 

Prenez le temps de reprendre cet évangile de le relire et de le méditer ! Il y aurait beaucoup de commentaires spirituels à faire…

 

Attachons-nous au petit passage, après le repas. Là, Pierre est appelé à part ! Jésus prend l'initiative d’un nouveau dialogue avec lui. 

Il est vrai que la dernière prise de position du chef des Apôtres concernant son Maître n'était guère brillante : Pierre avait répondu par trois fois, avec force: « Je ne connais pas cet homme » (Mt 26, 69-75). C’était dans la nuit du Jeudi au Vendredi saints !

« Je ne connais pas … » Ce qui n'était sans doute pas faux car, au cœur de la Passion, Pierre ne sait plus très bien qui est Jésus ; son Maître était devenu une énigme pour lui. 

« Et aussitôt, comme il parlait encore, un coq chanta ! Pierre sortit et pleura amèrement » (Lc 22, 61-62). C’est alors que Pierre prend conscience que Jésus, Lui, le connaissait vraiment ! Il avait annoncé, par avance, sa trahison. 

Déjà le prophète Isaïe énonçait que les chemins de Dieu ne correspondaient pas à ceux des hommes. « Vos pensées ne sont pas mes pensées ! » (Is 55,8)  

Cependant, Jésus connait le cœur de l’homme et le cœur de chacun !

Pierre est donc invité à revoir ses schémas trop humains ! Pierre va faire, d’une façon sensible, réelle, l’expérience de l’amour de Dieu dans la triple demande de Jésus.

Curieusement, les trois questions sont posées dans un ordre inverse de ce que nous attendrions spontanément, c’est-à-dire :      

  • « M'aimes-tu ? » 
  • « M'aimes-tu vraiment ? » ; 
  • « M'aimes-tu plus que les autres ? » 

On constate bien une sorte de gradation. Mais là, l'intensité est tout au contraire décroissante : ces nuances entre les trois termes sont encore plus précises dans l'original grec. 

Par exemple : 

  • En français, nous pouvons dire : j’aime bien mon conjoint, mais le chat aime aussi la souris, pour la manger… 
  • En anglais, c’est un peu plus précis, subtil : I love my wife, I like a cheese burger ! 

En grec, il y a au moins trois façons de dire “aimer“. 

  • On commence par l’amour-passion : « Pierre, m'aimes-tu passionnément, plus que les autres ? » ; (Éros - Amour passion) 
  • puis Jésus pose une deuxième question, plus simplement : « M'aimes-tu d'un amour de charité ? »; (Agapé –Amour de charité) 
  • et enfin, encore plus simplement : « M'aimes-tu d'un amour au moins d'amitié ? » (C’est la Filia, l’affection).

On devine le désarroi de Pierre, qui par sa trahison, a fait l'expérience de son impuissance, de son incapacité à aimer véritablement Jésus, déjà au moins, d'un amour de charité. Ne voulant pas mentir à nouveau, il répond par un aveu humble et vrai : « Oui, Seigneur, je t'aime, mais d'un simple amour humain : je ne suis pas capable de faire mieux, tu le sais ! » 

A chacun de ses aveux d'impuissance, mais qui sont autant de déclarations de son désir d'aimer en vérité, Jésus répond en confiant à Pierre le soin de ses brebis. Ainsi est clairement signifié que la mission de l'apôtre s'enracine exclusivement dans l'amour, aussi pauvre soit-il, que Pierre porte à son Maître. 

Jésus demeure toujours l'unique Pasteur, mais Il a choisi Pierre, non pas malgré, mais à cause de ses pauvretés, pour qu'il apparaisse clairement que le trésor qu'il porte dans un vase d'argile ne vient pas de lui, mais de Dieu (2 Co 4,7). En réalité, c’est Dieu Lui-même qui nous aime et nous essayons de L’aimer en retour. Mais Il sait, Il connaît nos difficultés à aimer.

Frères et sœurs, il en va de même pour chacun de nous ! Jésus nous demande : « M’aimes-tu au moins un peu ? » quelle sera notre réponse ? 

  • Un amour passionné ?
  • Un amour de charité ?
  • Une affection tout humaine ?
    • La réponse appartient à chacun de nous !

Cependant, quels que soient notre histoire et nos manques d’amour récurrents, il nous faut aimer notre Seigneur ; Jésus nous le demande : « M’aimes-tu au moins un peu ? »

En ce troisième dimanche de Pâques, entendons cette invitation confiante de Jésus qui invite à une réponse « Suis-moi » ! Suis-moi, tel que tu es, tel que tu vis, tel que tu aimes ! Ne crains pas !

Que dans notre cœur nous puissions répondre vraiment : « Oui, Seigneur, c’est Toi que j’aime ! C’est Toi que je veux suivre ! » avec la force et la grâce de Dieu !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 25 avril 2022, fête de saint Marc, année C.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Marc 16, 15-20. Psaume 88. Première lettre de st Pierre 5, 5b-14.

 

 

Chers amis, voilà un évangile clair et précis, énergique !

Je vous invite à en retenir cinq verbes qui sont essentiels.

Deux de ces verbes sont à l’impératif : Allez ! Proclamez ! Ils nous dirigent vers l’extérieur.

Deux de ces verbes vont nous dire la conséquence et comment ils agissent et leur action en nous : Baptiser ! Sauver !

Le dernier verbe va nous déterminer dans notre décision. Ce verbe qui établit, en quelque sorte, une charnière entre l’accueil et la réalisation est le verbe « croire » !

- Deux verbes à l’impératif : Allez ! Proclamez !

Ce sont les dernières consignes de Jésus ressuscité à ses disciples dans l'Évangile selon saint Marc que nous venons d’entendre. Jésus leur ouvre tout grand le champ du monde, sans leur fixer aucune frontière. Pas de frontière pour la parole de Dieu !  « Allez dans le monde entier ! » Pas de discrimination entre les auditeurs : « Proclamez l’Évangile à toute la création ! ». De fait, l’Église est en sortie pour aller aux périphéries ! L’église, ne l’oublions pas : c’est nous-mêmes ! Sortons donc de nous-mêmes ; sortons de notre confort, de nos peurs et de notre timidité parce que l'amour peut tout ! 

- Baptiser ! Peut-être n'aurons-nous pas beaucoup d'occasions de baptiser quelqu'un ou d'être responsables du baptême d'un autre. Ceux qui accompagnent les catéchumènes connaissent bien la joie du baptême reçu ! Mais, déjà chaque jour, nous avons l'occasion d'aider des baptisés à vivre leurs engagements baptismaux, à renoncer au péché et à croire à l'amour. Trop souvent ceux qui sont baptisés ont oublié ce que signifie le baptême. Être Chrétien, c’est faire la rencontre du Christ et vivre de cette amitié ! 

- Être sauvé ! C’est ce que nous désirons, ce vers quoi nous tendons ! Nous savons bien que nous ne sommes que de passage sur cette terre. Prenons un simple exemple : ceux qui ont fait l'expérience de perdre un document sur l'ordinateur ou de voir leur disque dur se détruire, savent combien il est douloureux et contrariant d’avoir cliqué trop vite ou