Les Homélies de nos Prêtres

image

Homélie du lundi 18 janvier 2021, 2e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 2, 18-22. Psaume 109. Lettre aux Hébreux 5, 1-10.

Ce qui est extraordinaire avec Jésus, c’est sa capacité à rebondir ! On lui pose une question ; Il y répond en pédagogue, en nous invitant à une réflexion plus profonde !

Si vous le souhaitez et que cela vous est possible, je vous invite à prendre un peu de temps pour relire l’évangile de ce jour, afin de le goûter, de le « mâcher » pour nourrir notre prière. 

Il faut nous remettre dans le contexte. 

Une question est posée à Jésus « Pourquoi, alors que les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »

Nous pourrions traduire cette question ainsi : comment ce rabbi peut-il prétendre être l’Envoyé de Dieu, alors qu’il transgresse la Loi alors que ses disciples n’observent pas les coutumes traditionnelles ? 

La réponse de Jésus est une suite d’explications qui sont enchâssées les unes aux autres.

Souvent, quand un texte d’évangile rapporte plusieurs paraboles, plusieurs images, nous pouvons constater qu’elles se mettent en valeur les unes, les autres. 

Et c'est le cas aujourd'hui, au moins si nous recevons les paraboles pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire non pas des énoncés clos et définitifs, mais de petits programmes de réflexion. Il y a comme un processus de raisonnement qui nous est donné.

La première parabole est sans doute la plus transparente : on ne se met pas à jeûner quand la noce commence. C’est presque une évidence ! Pourquoi ? Imaginez que vous soyez invités à une noce, ou pour un dîner chez des amis et que vous ne mangiez rien : 

        - ce serait faire affront aux jeunes mariés, ou à vos amis

        - cela détonnerait dans l'ambiance de joie de cette fête !

Petite conclusion : il faut savoir s'adapter aux divers moments de l'œuvre de Dieu. Il y a un temps pour l'ascèse (et pour le jeûne) et ce temps-là n'est jamais révolu ; il y a aussi le temps de la joie pour les amis de l'époux, mais c'est lui avec qu'il s'agit de se réjouir. « Les invités de la noce pourraient-ils jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? »

La deuxième parabole nous invite à une réflexion plus profonde ; car il y a plusieurs manières de raccommoder :

        - ou bien on raccommode du vieux avec de l'usagé : dans ce cas on n'aura aucune surprise au lavage, mais le raccommodage n'aura pas rajeuni le vêtement, et il durera encore un peu de temps,

        - ou bien on raccommode le vieux avec une pièce neuve, et dans ce cas, au lieu de réparer, on prépare de plus grandes déchirures.

Petite conclusion : on débouche donc sur une simple question de bon sens : faut-il, oui ou non, raccommoder ? Quand l'étoffe est trop ancienne, cela ne sert à rien, car on ne fait que prolonger un vêtement qui a déjà fait son temps. Il est des moments où il faut savoir faire peau neuve et changer le vêtement. Puisque l'Évangile est là, c'est lui qu'il faut revêtir d’une façon nouvelle, dit Jésus ! La nouveauté est là, elle nous demande un discernement et un changement ; en termes bibliques : une conversion au Christ !

Pour la troisième parabole, celle du vin et des outres, je m’adresse aux œnologues qui aiment le bon vin : pour le vin nouveau, il faut des outres neuves qui résistent à la pression. De toute évidence, Jésus voit dans le vin un symbole de l'Évangile, de la nouveauté absolue qu'il apporte. 

La parabole du Vin et des Outres nous redit cette force et cette tension de la nouveauté de l’Évangile !

Petite conclusion : la grâce de Jésus nous invite à aller plus loin ; elle nous donne à la fois le contenu et le contenant. En même temps qu'elle verse le vin nouveau, elle rajeunit l'outre. À vin nouveau, outres neuves, si nous désirons suivre le Christ.

 

Comment résumer en une phrase l‘évangile de ce jour :

Jésus est l'Époux qui apporte la joie (la joie des Noces) le discernement (avec ce tissu neuf qu’il nous faut choisir) et la nouveauté (avec les outres neuves qui nous permettent d’accueillir la nouveauté de l’évangile).

Frères et sœurs, il nous faut reconnaître cette nouveauté du Christ dans notre vie ! À chacun de nous, de prendre le temps de la méditation pour comprendre comment ces petites paraboles vont nous faire grandir dans notre vie de foi.

                                                                                              Ainsi soit-il !  

 

 

Homélie du dimanche 17 janvier 2021, 2e dimanche du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Vincent de Paul, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 35-42. Premier livre de Samuel 3, 3b-10.19. Psaume 39.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 6, 13c-15a-17-20. Accueil des fiancés.

 

Nous avons la joie d’accueillir, pour cette eucharistie en l’église saint Vincent de Paul, les couples de fiancés de la Paroisse qui se préparent à vivre avec enthousiasme, la célébration de leur mariage ! Quelle grande joie et quelle belle espérance ! 

Dans leur démarche, pas à pas, jour après jour, découverte de l’un après découverte de l’autre dans une réciprocité amoureuse, j’ose le dire : le Seigneur est bien présent, comme Il le sera tout au long de leur vie, dans les bons moments, comme les moments plus difficiles ! 

Je le redis régulièrement : les sacrements que nous recevons en Église ne sont pas magiques, mais j’ai cette certitude que Dieu est toujours présent, quels que soient les événements de la vie ! 

Chers fiancés, le sacrement que vous préparez est une grâce et une chance pour votre couple.

Nous voici, en ce jour, au 2e dimanche du temps ordinaire ! Juste un petit rappel : Dimanche dernier, la belle fête du Baptême du Seigneur dans le Jourdain a marqué la fin du temps de Noël et inauguré l'entrée de Jésus dans son ministère public, après trente années de vie cachée à Nazareth. 

Ce qui est assez extraordinaire avec la liturgie, c’est qu’elle nous entraine, en une semaine, de la crèche avec l’Enfant Jésus à 30 années plus tard.

Aujourd’hui nous entendons la première partie de l’évangile selon Saint Jean, qui nous présente la vie publique de Jésus, son ministère, avec un regard et une question.

D'abord, un regard ! Nous l’avons entendu dans l’évangile, la présence de Jésus au bord du Jourdain suscite chez Jean le Baptiste cette révélation : « Jean Baptiste posant son regard sur Jésus qui allait et venait dit : « Voici l'Agneau de Dieu ! »

Pour nous, cette désignation “Agneau de Dieu“ ne signifie peut-être pas grand-chose, mais, dans le vocabulaire biblique, dans la compréhension des juifs de l’époque, c’est l’annonce du Messie et enfin, l’accomplissement des « Temps nouveaux ». 

C’est pourquoi les deux disciples de Jean « entendirent ce qu’il disait, et suivirent Jésus ».

 

Arrêtons-nous quelques instants sur ce regard !

C’est ce même regard que nous aurons juste avant la communion, au moment où le prêtre élève et montre dans l’hostie consacrée, le Christ présent ! « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »

 C’est un regard de foi ! Pour le chrétien croyant, c’est accepter que Jésus, non seulement soit réellement présent dans cette hostie, mais qu’Il soit aussi une nourriture, un viatique pour notre vie chrétienne ! Dieu vient en moi et se donne en nourriture ! Lors de chaque eucharistie, le même miracle se produit : Jésus est présent dans le Pain consacré ! Dieu vient à moi, vient en moi !

Ensuite, nous entendons une question !

Les premiers mots de Jésus ouvrant son ministère public expriment cette question...

« QUE CHERCHEZ-VOUS ? »

Jésus interroge donc les deux disciples ! Remarquons que cette question est aussi la nôtre à des moments importants de notre vie ! Elle rejoint toutes nos questions existentielles : qu’est-ce que je cherche vraiment ?

Que cherchez-vous ?

Littéralement : quel est le sens de ma vie ? Quel est le sens que je veux donner à ma vie ? 

Certains fiancés vont répondre : 

  • le bonheurune vie féconde, à faire du bienà construire notre couple sur du solide, créer une famille… Être acteur de paix et de bienveillance… Bref, des projets qui correspondent à nos aspirations ! 

La question rebondit, si je vous dis « Qui cherchez-vous ? »

  • Pour elle : l’homme idéal ? 
  • Pour lui : la femme parfaite ? 

Sans enlever vos illusions, car vous l’avez déjà expérimenté, pour atteindre cet idéal, il y a encore du travail ! Cependant, en chacun de nous, il y a un vrai désir de perfection, un désir d’accomplissement.

Celui que nous cherchons, dans un cœur en attente, n’est-ce pas le Christ, comme André et Simon-Pierre ? Seul le Christ nous révèle l’idéal de la perfection et le chemin que nous avons à parcourir ! 

Cette question traverse le texte Biblique, car elle reviendra vers la fin de l'Évangile selon saint Jean, au dimanche de Pâques.

Vous le savez sans doute, de bonne heure, au dimanche de Pâques, Marie-Madeleine est sortie au petit matin. Elle va jusqu’au tombeau et devant le tombeau vide, elle pleure ! Où est le corps du Christ ? ... À ce moment, Jésus ressuscité s'adresse à Marie-Madeleine : « Marie, qui cherches-tu ? » lui dit Jésus « Qui cherches-tu... ? » 

C’est Lui, Jésus, que Marie-Madeleine cherche de tout son cœur !

Que nous en ayons conscience ou pas, cette question essentielle interpelle toujours de nombreux contemporains qui sont en attente de Dieu !

Et toi, personnellement : « Que cherches-tu ? » c'est-à-dire : quel est ton désir, ton désir profond, au point de tout quitter et de tout donner ? De te donner tout entier !

À cette question de Jésus, les disciples répondent à leur tour par une autre question : « Maître, où demeures-tu ? » La réponse de Jésus est remarquable de liberté : « Venez et voyez ! » Il n’impose rien et Il les invite, librement, simplement, à faire eux-mêmes l’expérience d’une rencontre avec Lui ! 

C’est ce que nous faisons à chaque eucharistie quand nous lisons la Parole de Dieu et Le recevons dans la communion.

En effet, les disciples sont allés, ils ont vu… à vrai dire on ne sait pas quoi, on ne sait pas ce qu'ils se sont dit, mais l'étonnant, oui, l'étonnant c'est qu'après avoir demeuré ce jour-là auprès de Lui, c'était environ quatre heures du soir... ils sont sortis transformés ! 

De chercheurs de Dieu, ils sont devenus d’audacieux témoins de Jésus... 

André, qui a fait l’expérience de la rencontre du Christ, va trouver son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » et André amène son frère à Jésus... 

Ils quitteront tout pour suivre Jésus !

Certaines personnes de notre assemblée pourraient en témoigner toujours aujourd’hui : la rencontre du Christ nous transforme profondément. Pour vous qui allez recevoir bientôt le Sacrement du mariage, ma prière est que vous sortiez transformés de cette rencontre intime avec Jésus.

Je souhaite ajouter une dernière remarque pour la conclure mon homélie.

Après avoir entendu la question de Jésus, après avoir osé faire sa rencontre, il nous faut faire un pas de plus : vous avez sans doute observé que les lectures de ce jour se répondent dans une même thématique.

Le Psalmiste exprime avec force cette attente et cette recherche profonde : Il dit : « D’un grand espoir, j’espérais le Seigneur : il s’est penché vers moi… alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

De même dans la 1re lecture, le jeune Samuel, à l’appel du Seigneur répondra : « Me voici » ! « Parle, ton serviteur écoute » ! Et il se met donc à l’écoute de la Parole du Seigneur.

Chers amis, quel que soit notre âge… notre projet de vie, que nous soyons célibataires, fiancés, mariés, consacrés, prêtres… ou dans d’autres états de vie… 

À la question de Jésus qui franchit le temps et l'espace :

     - « Pourquoi, me cherches-tu... ? »

     - « Que cherches-tu... ? Qui cherches-tu ? »

… ma réponse libre doit m’inviter à une vraie disponibilité ; oser dire « Me voici, Seigneur, je t’écoute » ! Cette écoute de l’autre qui est vrai dans le couple, est encore plus nécessaire vis-à-vis de Dieu ! 

 

Frères et sœurs, osons nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, c’est Lui que nous cherchons de tout notre cœur. C’est Lui qui donne sens à notre vie ! 

Puissions-nous Le découvrir et nous mettre à son service !    

                                                                                                                                                                                                                                              Ainsi soit-il !

 

 

 

 

Homélie du lundi 11 janvier 2021, 1re semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 1, 14-20. Lettre aux Hébreux 1, 1-6. Psaume 96

 

Les temps sont accomplis ! Hier, nous avons vécu le Baptême de Jésus, nous avons vu les cieux s’ouvrir ! Effectivement, les temps sont accomplis !

L’Esprit Saint est descendu, il est donné ! Dieu le Père inaugure une communication nouvelle avec nous. Tous ont entendu que le Fils, c’est-à-dire Jésus, est celui dans lequel le Père a mis tout son amour, toute sa joie. Le plan d'amour de Dieu est annoncé maintenant ; après avoir parlé par les prophètes, Dieu nous parle par son Fils, et la voix d'homme qu'on entend est celle du Fils de Dieu, la voix du Fils !

Dès le début de son ministère public, la première proclamation de Jésus est une parole d'espérance : j'ai pour vous une bonne nouvelle, la bonne nouvelle de Dieu.

Le contenu de cette bonne nouvelle d'espérance tient en quelques mots : le Règne de Dieu est là. « Dieu est avec nous : Emmanuel ! » C’est bien ce que cherche notre cœur !

En réponse à cette annonce inouïe que Dieu nous fait, que nous demande-t-Il ? 

Nous entendons deux invitations indissociables :     

  • Convertissez-vous !
  • Croyez ! (croyez justement à la bonne nouvelle !)

Ces deux invitations :  la conversion et la foi sont impossibles à vivre l'une sans l'autre. Si nous nous convertissons, si nous tournons le dos à nos idoles, c'est pour répondre à l'Envoyé, c’est pour répondre à Jésus ; c'est pour servir le Dieu vivant.

Réciproquement, croire en Jésus-Christ, accueillir le Messie de Dieu, c'est entendre un appel qui nous fait prendre une autre route, c'est accepter de devenir autre, et cela nous conduit à la conversion ! Rappelez-vous les mages qui font la rencontre de l’Enfant-Jésus (Épiphanie)… et ils repartirent par un autre chemin !

La conversion et la foi, c’est ce qui nous donne de vivre au quotidien l’Eucharistie, les temps de prièrel’Annonce, le témoignage, cette disponibilité aux personnes les plus défavorisées, à celles et ceux qui vivent dans la précarité ! Ce sont les fruits que nous pouvons vivre simplement si nous nous convertissons et si nous croyons.

Ce qui reste toujours surprenant, et ce qui étonne encore et encore beaucoup de nos contemporains, c’est que Dieu s'échine à vouloir avoir besoin de l'homme pour réaliser son Plan de Salut. Ne pourrait-Il pas agir tout seul ? Cet appel des disciples témoigne avant tout de cette réalité étonnante : 

Dieu ne veut pas faire sans l'homme, Il ne veut pas faire sans nous.

Il vient chercher celui-ci dans son travail, dans le quotidien de sa vie !

Dieu ne nous demande pas l’impossible, il veut simplement nous rejoindre dans notre réalité humaine en étant avec Lui. Il veut passer à travers celle-ci pour que l'appel à la conversion retentisse auprès de tous. Dieu nous demande d’être fidèles et de témoigner des merveilles qu’Il réalise dans nos vies.

Chacun de nous peut entendre : « Venez, suivez-moi ; venez après moi », comme l’a dit Jésus à Simon et à André, puis à Jacques et à Jean, et : « je ferai de vous des pécheurs d'hommes ».

Frères et sœurs, prions pour que nous découvrions comment faire retentir nous aussi, cet appel du Christ dans notre travail, dans nos engagements, comme dans nos familles.

Ne soyons pas inquiet, nous le savons, toutes missions en église, nous dépassent souvent. 

Alors, avec détermination, laissons là nos filets qui parfois nous entravent, et suivons Jésus !         

Demandons cette grâce pour chacun de nous !                                                                                                                                                                                                                      

 Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 10 janvier 2021, fête du Baptême du Seigneur, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 1, 7-11. Livre du prophète Isaïe 55, 1-11. Isaïe 12. 

Première lettre de saint Jean 5, 1-9.

 

Les quatre évangiles nous parlent du baptême de Jésus ! Ce baptême est un événement nécessaire dans la vie publique de Jésus ! Pourquoi insister sur l’importance de ce moment où Jésus est plongé dans l’eau du Jourdain ? Le Baptême de Jésus apporte une double réponse : 

     - La première est celle de la réalisation du Plan de Salut du Père en son Fils Jésus par l’Esprit Saint (La Trinité est présente) 

     - La seconde est la réponse à notre attente et à toutes nos soifs : soif de vivre ! Soif de connaître ! Soif de croire ! Soif de Dieu !

Toutes ces soifs sont bien présentes en nous-mêmes, car nous pressentons vraiment que notre vie est bien plus grande que celle que nous vivons sur cette terre ! 

Dans un paradoxe surprenant, à la suite du Christ, par notre baptême, nous avons été invités, nous aussi, à un passage vers la Vie en passant par une plongée (au sens figuré) « par la Mort » ! Pourquoi évoquer la mort en ce jour ? Tout simplement, car le mot de “baptême“ en grec, signifie « être plongé » dans l’eau. Nous savons que l’eau est, à la fois, source de vie (croissance) mais aussi, qu’elle est source de mort (noyade).

Que se passe-t-il dans l’évangile que nous venons d’entendre ? 

Voici Jésus survenant sur le bord du Jourdain où baptise Jean. Ce fleuve sur lequel tout a commencé a une signification particulière. Il prend sa source sur le mont Hermon à 500 m d'altitude et descend jusqu'à la Mer Morte, 430 m en dessous du niveau de la mer ; en fait le point le plus bas de la terre. Déjà, nous pouvons comprendre que ce fleuve exprime réellement une descente et symboliquement, une profondeur !

Ce baptême que Jésus vient demander à Jean est un baptême de conversion. Il est le signe public qu'on regrette ses péchés et qu'on veut changer son style de vie, c’est-à-dire qu’on décide de vivre une descente intérieure et profonde en nous-mêmes pour une vie nouvelle ! Ils sont nombreux à accourir d’un peu partout, auprès de Jean ; ils viennent de Judée, de Jérusalem, Pharisiens, scribes, bref un « tout un peuple » (Lc 3,21) venant jusqu’au bord du Jourdain.

Surprenante situation, où Jésus attend son tour dans la foule de pécheurs ! D'emblée, Jésus rejoint les pécheurs là où Dieu travaille leur cœur, là où ils décident de se convertir. Que Jésus, qui es saint, sans péché, se présente au milieu des pécheurs, voilà qui est surprenant ! Mais qu’il s’abaisse dans les eaux, comme un pécheur ! Cela nous remue et bouscule beaucoup nos schémas. Pourquoi Jésus doit-il recevoir le baptême ?

Jean lui-même, voulait l'en empêcher, comme l’écrit saint Matthieu : « C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi et c'est toi qui viens à moi ! »

Ce récit dans l’évangile de saint Marc est d'une grande sobriété. Le baptême lui-même n'est pas décrit. Jésus a simplement effectué un double mouvement. Il est descendu dans les eaux et Il en est remonté. La descente dans le Jourdain traduit le mouvement même de Dieu venant à la rencontre de l'humanité pécheresse. ­

Jésus est plongé par Jean-Baptiste dans l'eau et en ressort… Cela préfigure l'image de sa mort et de sa résurrection. En se faisant baptiser dans le Jourdain, Jésus nous montre qu’il veut, (selon la parole de l’épître aux Hébreux) : « se faire semblable en toutes choses à ses frères ». De fait, Jésus a vécu ce que nous avons vécu, nous aussi, quand nous avons été baptisés. Il nous entraine à sa suite !

Il y a donc ce double mouvement de descente et de montée : « Les cieux s'ouvrirent et il vit l'Esprit de Dieu descendre sur lui » !

J’aimerais m’arrêter quelques instants sur ce qui se passe, car je voudrais réfléchir avec vous, sur trois éléments importants : le texte dit : « Et aussitôt, en remontant de l’eau …     
        1 - il vit les cieux se déchirer
        2 - l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.
        3 - Il y eut une voix venant des cieux :
                       « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve toute ma joie. »

Dans ce verset, nous pouvons mieux comprendre le projet que Dieu veut pour notre Salut ! Dieu est remarquable pour sa persévérance et malgré les contradictions des êtres humains, il garde ce désir d’une grande proximité avec chacun. 

Rapidement, voici quelques pistes de réflexion :

Les cieux se déchirent ! Les cieux s’ouvrent !

S’ils s’ouvrent, c’est qu’ils étaient fermés… Comment cela peut-il se faire ? À quel moment ont-ils étaient fermés ?

Pour pouvoir le comprendre, retournons au livre de la Genèse, au chapitre 3

Rappelons-nous le contexte : nous sommes dans le jardin d’Eden, et Dieu avait l’habitude, « à la brise du jour » (Gn 3,8) de converser intimement avec Adam et Ève. Nous connaissons l’histoire malheureuse de la convoitise et la proposition du serpent de manger du fruit défendu. Ils en ont mangé… Certes, il y a un péché de désobéissance ! Mais le drame survient peu après, juste au moment où Dieu vient, comme d’habitude à la rencontre d’Adam et Ève, et ceux-ci se cachent ! Plus exactement, ils se dissimulent et ont peur de Dieu. Ils ne répondent pas à l’appel de Dieu : « Adam, où es-tu ? » Dieu comprend alors qu’ils ont mangé du fruit défendu. 

Tout aurait pu s’arranger, nous savons la bienveillance que Dieu a vis-à-vis de sa créature. Mais, l’attitude de l’homme brise tout dialogue de confiance. À ce moment précis, il se passe quelque chose d’effrayant : l’homme refuse le contact avec Dieu ! 

Dieu n’est pas fautif ! La conséquence de ce refus, c’est que quelque chose se ferme à cet instant : le dialogue ne semble plus possible et Adam et Ève quittent le jardin d’Éden, ce jardin de la Rencontre. C’est à ce moment-là que les cieux se ferment : non par la volonté de Dieu, mais par la bêtise de l’homme.

Dieu n’aura de cesse que de vouloir ré-ouvrir les cieux, mais ses nombreuses tentatives n’aboutissent  pas. À travers les prophètes, à travers tout l’Ancien Testament, Dieu va chercher à communiquer, sans grand succès… « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils » (lettre aux Hébreux chap. 1)

Il envoie donc son Fils : c’est le temps de l’incarnation. C’est la fête de Noël que nous venons de fêter, l’Enfant-Dieu de la crèche…

Jésus commencera son ministère public par un geste d’obéissance, un geste d’une grande humilité, un geste qui va permettre à Dieu, en Jésus-Christ, de nous montrer le chemin qu’il nous faudra suivre.

La conséquence est immédiate : au moment où Jésus sort de l’eau du Jourdain, les cieux s’ouvrent, ils se déchirent ! L’Esprit Saint est donné ; comment décrire la troisième personne de la Trinité ? Lors de la Pentecôte, il apparaît sous forme de langues de feu, avec Ezéchiel, l’Esprit Saint est action, à d’autres moments, l’Esprit est un souffle, lumière ou colombe.

Comment décrire l’amour de Dieu ? Nos mots humains s’épuisent et restent faibles !

« Les cieux s’ouvrent et, comme une colombe, l’Esprit descend. » Immédiatement, par cette ouverture, on entend la voix du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi je trouve ma joie. »

Ce sont les mots du Père exprimant sa relation aimante à Jésus et lui assignant sa mission. La communication entre Dieu et les hommes est enfin retrouvée ! 

Jésus aura cette mission de nous faire découvrir, entendre, écouter la voix de son Père, comprendre le Salut qu’Il veut pour chacun de nous, et combien nous avons du prix pour Lui.

C’est justement au moment du baptême de son Fils Jésus que s’ouvre pour nous, cet incroyable événement : à nouveau, nous entendons la voix du Père !

Par le don de l’Esprit Saint, nous faisons la joie du Père. Cette même parole de bénédiction a été prononcée au jour de notre baptême, et, pour chacun de nous, à ce moment-là, les cieux se sont réouverts. 

            Lors de célébrations baptismales d’enfants ou d’adultes, nous entendons que Le baptême libère du péché « originel » ! Comment comprendre ?

Le péché originel, est donc ce péché de désobéissance, de défiance et d'orgueil de nos premiers parents, c’est aussi la sortie du Jardin d’Éden et la fermeture des cieux.

Au jour de notre baptême, nous entendons, dans l’oreille de notre cœur : 

« Tu es mon fils bien-aimé, ma fille bien-aimée ; en toi je trouve ma joie.

Je te fais le don de la force de l’Esprit Saint, avec ses dons et son fruit,

afin que tu puisses entrer pleinement, par l’amour que je te donne,

dans le plan de Salut que j’ai préparé pour toi ! »

Frères et sœurs, voilà quelques clefs de lecture pour redécouvrir une épiphanie (ou révélation) ce qui était caché et qui se révèle aujourd’hui en pleine lumière ?

Réjouissons-nous aussi dans le Seigneur en cette fête, de nous avoir amenés ce soir, sur les bords du Jourdain et de faire mémoire, dans l’Action de grâce, de notre propre baptême !    

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 6 janvier 2021, mercredi après l’Épiphanie, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 6, 45-52. Première lettre de saint Jean 4, 11-18. Psaume 71. 

 

Pour notre vie spirituelle, le passage d’aujourd’hui est intéressant ! 

Il nous montre une expérience éprouvante des disciples et nous renseigne, d’une certaine façon, sur un combat quotidien dans notre vie de foi, un combat qui nous touche tous ! Une question est sous-jacente :

Quoi qu’il arrive, ai-je confiance en Jésus ?

Quoiqu’il puisse nous arriver au quotidien, dans notre vie, ai-je confiance en Jésus ?

Que se passe-t-il dans cet épisode ? Après une multiplication des pains enthousiasmante (c’était l’évangile d’hier : cinq mille hommes nourris dans l’allégresse !), Jésus renvoie les disciples en barque avant lui, en direction du petit port de Bethsaïde. « Quand il les eut congédiés, il s’en alla sur la montagne pour prier », nous dit l’évangile. Sans doute, ressentait-Il cette nécessité de prière et d’Action de grâce ! 

Mais, voyant les disciples en grande difficulté, voilà que Jésus vient à eux en marchant sur la mer. Il vient à eux vers la fin de la nuit, en pleine tempête, mais eux ne le reconnaissent pas ! Surprenant, les disciples ne reconnaissent pas Jésus !

Ils ne voyaient qu'une chose : leur solitude ! Sans doute aussi une peur ou la crainte dont nous parle saint Jean dans la première lecture !

Ils auraient pu se souvenir que Jésus avait déjà calmé les flots en furies ! 

     Mais non !  Ils n'ont pas reconnu Jésus, qui refaisait les gestes de Dieu. Ils ont même cru voir un fantôme, ils ont poussé des cris, ils ont été "bouleversés". Ces mots décrivent bien l’affolement qui régnait dans la barque. Cela peut arriver, à certains moments de notre vie, que nous soyons, à ce point, bouleversés… Peut-être les disciples avaient-ils un cœur endurci, un manque de confiance, dans la solitude d’une nuit agitée ! L’évangile nous dit surtout : « …car, ils n’avaient rien compris au sujet des pains. »

Pour nous, ce matin, cette expérience spirituelle des disciples devrait nous faire réfléchir.

Jésus prie seul, dans la montagne ; cependant, Il voit, Il sait ses disciples en difficulté sur la mer.

Que pouvons-nous comprendre ?

La prière précède l’action ! La prière, dans la solitude, n’isole pas le Christ de ses frères, au contraire. Elle est le lieu de la perception de leur détresse et la source de sa compassion pour eux. 

La prière précède l’action ! Être uni au Christ priant nous permet, à nous aussi, de discerner la véritable détresse de ceux qui nous entourent et d’entrer dans une vraie compassion à leur égard. Littéralement, quand je suis moi-même, en prière, je ne me coupe pas du monde, mais je suis, au contraire, complètement relié au monde. En vous disant ces mots, je pense à tous les monastères de moines et de moniales et à l’importance de leurs prières dans leur solitude au rythme des offices, mais dans une prière qui est nécessaire et toujours connectée au monde. C’est un beau témoignage de foi ! 

Frères et sœurs, demandons donc, lors de moments difficiles, un plus grand désir de prière, un surcroit de confiance et de paix pour nous. Soyons aussi, pour nos frères et sœurs, des témoins de confiance et de Paix de la part du Seigneur.

Je vous propose une petite résolution pour ce jour : portons, dans la prière, une personne en difficulté et demandons au Seigneur de nous éclairer sur les gestes de compassion que nous pourrions poser à son égard.           

La prière précède l’action !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 4 janvier 2021, lundi après l’Épiphanie, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 4, 12-17.23-25. Première lettre de saint Jean 3, 22 à 4, 6. Psaume 2.

 

Alors que nous sommes encore dans le temps de Noël, cet évangile peut nous déconcerter. Nous avons encore l’image du petit bébé Jésus de la crèche, et d’un coup, nous sautons plus de trente années pour nous retrouver au début du ministère public de Jésus. 

Mystérieuse liturgie qui nous entraine dans toutes sortes de zigzags historiques, afin que nous comprenions mieux la mission du Christ.

Jean le Baptiste a bien préparé le terrain. Il est celui qui a annoncé la venue du Messie ; c’est un homme passionné, passionné de justice, et sa parole juste contre la malhonnêteté du roi Hérode le conduira en prison.

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean, « il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée… », c’est-à-dire : au bord du lac de Tibériade, « …dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. »

Avec cette arrestation, Jésus se trouve à un tournant de sa vie, car en quittant la ville de Nazareth (temps de sa période de vie cachée), il entre et s’expose dans sa vie publique.

La figure de Jean le Baptiste va disparaître, invitant ainsi Jésus à prendre, en quelque sorte, sa suite

Effectivement, à partir de ce moment précis, Jésus se met, lui aussi, à proclamer : 

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

Le passage d’évangile que nous venons d’entendre est à relire dans le temps de la Nativité (temps que nous vivons) afin de percer et d’approfondir le mystère propre de l’Épiphanie et tout particulièrement celui de Noël.

 Comme je le précisais hier soir, Noël et l’Épiphanie sont deux grandes fêtes majeures, deux versants d’une même et unique fête : la reconnaissance de Jésus venue en notre chair. C’est ce que dit saint Jean dans la première lecture : « Tout esprit qui proclame que Jésus-Christ est venu dans la chair, celui-là est de Dieu. » C’est bien la même chose qui nous est dite par ses deux fêtes : Noël s’adresse davantage au peuple Hébreu et l’Épiphanie davantage aux nations, aux païens, c’est-à-dire à chacun de nous.

L’Épiphanie nous rappelle aussi, à travers cette étoile, ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » 

Hier encore, lors de l’eucharistie, en cette fête de l’Épiphanie, nous avons entendu dans la lettre de saint Paul aux chrétiens d’Éphèse, cette « lumière » qui éclaire toutes les nations. Je vous en relis quelques phrases : « Ce mystère…a été révélé maintenant… que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. »

Durant la nuit de Noël, rappelez-vous ! Nous entendions déjà cette annonce faite aux bergers : au petit matin, accompagnés par le chant des anges qui chantaient le Gloria, les bergers s’avancent jusqu’à Bethléem, découvrent l’Enfant Jésus et se prosternent devant lui. 

Hier, avec les mages, ce sont des païens qui se prosternent devant Jésus (La tradition nous informe qu’ils venaient d’Asie, d’Afrique, d’Europe : limites du monde connu à cette époque). 

Les prophéties de l’Ancien Testament trouvent leur accomplissement en la personne de Jésus : le Verbe fait chair est Lumière; et cela pour toutes les nations.

 Nous savons que cette large invitation s’adresse à tous. Nous nous en réjouissons dans une joie profonde ! Cependant, nous sommes invités à nous interroger à nouveau ! Cette question n’est pas anodine : et nous, comment accueillons-nous cette nouvelle dans notre quotidien ? Que devons-nous faire ?

C’est vrai, nous savons que Jésus est venu largement apporter la guérison, le Salut… et, nous devons nous laisser guérir de toute maladie et de toute infirmité ; mais, frères et sœurs, comment accueillons-nous, nous-mêmes cette nouvelle ? Nous avons une réponse à donner !

Il est vrai que bien souvent dans notre vie, dans notre cheminement, nous sommes à la croisée des chemins ; là aussi, comme pour les mages, nous sommes invités à la conversion. Comme eux, nous pouvons repartir par un autre chemin

  • Bref, nous n’avons jamais terminé de nous convertir !
  • Dans notre façon de vivre,
  • Dans notre désir de témoigner du Seigneur,
  • Dans nos décisions, petites et grandes, comment choisissons-nous le Christ ?

C’est un chemin d’humilité que les mages ont ouvert en visitant l’Enfant divin ; il nous faut bien souvent, faire de même.

Frères et sœurs, mettons notre foi dans le nom de Jésus

Demandons avec audace d’être aussi des “Jean-Baptiste“ des prophètes pour notre temps, et d’annoncer le Christ à temps et à contretemps !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 3 Janvier 2021, Solennité de l’Épiphanie du Seigneur, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 2, 1-12. Livre du prophète Isaïe 60, 1-6. Psaume 71. 

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 3, 2-3a, 5-6.

 

Chers amis, nous avons fêté Noël il y a quelques jours et, aujourd’hui, nous vivons la solennité de l’Épiphanie. Noël et l’Épiphanie sont deux belles fêtes solennelles de l’Église. En réalité, elles sont, toutes les deux, les versants d’une seule et même fête : pourquoi ?

  • La fête de la naissance du Sauveur et de sa manifestation dans l’humanité (Noël), seuls des juifs, les bergers de Bethléem, en furent les témoins, 
  • Pour l’Épiphanie, ce sont les mages venus d’Orient, qui sont les témoins et qui vont se prosterner devant Jésus. Ces mages représentent le monde païen (non-juif). 

Nous pouvons constater que Noël a plus de relief dans notre pays et dans certains pays voisins, ainsi que dans le continent américain. La solennité de l’Épiphanie est plus fêtée en Orient, mais aussi en Espagne. (Par exemple, chez eux : on n’offre pas de cadeaux à Noël, mais à l’Épiphanie).

Dit autrement, si à Noël, la Nativité du Seigneur, la venue au monde du Sauveur, a pour seuls témoins, les bergers, les humbles de la société d’alors (Luc 2, 17), l’Épiphanie est la fête de l’apparition, de la manifestation (traduction littérale du terme grec έπιφάνεια) du Sauveur aux yeux du monde, aux yeux des nations, aux yeux des païens.

D’une certaine manière, cette fête nous concerne au premier chef, car la plupart des membres de l’Église n’appartiennent pas au peuple de la première Alliance. C’est le baptême que nous avons reçu qui nous fait entrer dans l’Église et qui nous révèle que nous sommes enfants d’un même Père et frères de Jésus.

Cette solennité constitue à elle seule, comme un mini-évangile, un résumé du Salut que saint Matthieu veut nous faire découvrir. Rappelons-en quelques éléments...

- Les mages : ils représentent les païens (ce ne sont pas des rois !) qui ont su, mieux que les Juifs, accueillir le messie. Ce sont des savants - un peu à la manière des savants du  18e siècle en Europe - savants dans plusieurs domaines : l’astronomie, la physique, les sciences, les mathématiques, la botanique. Ils sont en recherche ! Ils représentent donc les non-juifs, qui ont su accueillir le Messie, mieux que les juifs eux-mêmes. 

Ce thème est cher à saint Matthieu ; souvenez-vous : à la fin de son évangile, il sera le seul à rapporter l’intérêt porté par la femme de Pilate - une païenne – sur le salut de Jésus. Dès le début, les païens, les étrangers, sont là auprès de l’Enfant Jésus, tandis que les autorités juives (les chefs des prêtres, les scribes et le roi Hérode) ne se déplacent même pas ! Hérode demande simplement aux mages d’aller voir et, une fois trouvé, de revenir lui raconter ce qu’ils ont découvert. Nous savons qu’Hérode est dévoré par la jalousie et qu’il fera assassiner, quelque temps plus tard, tous les enfants de moins de deux ans. 

- L’étoile : sans elle, les mages ne découvriraient pas le Fils de Dieu. Est-ce un astre ? Peut-être, mais nous devons comprendre cette étoile comme étant l’image de la foi : un don que Dieu nous fait. Elle est comme un signe dans la nuit, le signe d’un Dieu qui n’abandonne pas les hommes dans leurs ténèbres, mais se plaît à les rassurer en leur rappelant sa fidélité. Cette étoile est importante car, à plusieurs moments de notre vie, une étoile est apparue pour nous conduire et nous guider !

Les mages, nous dit l’évangile, « furent remplis de joie à la vue de l’étoile… » Peut-être est-ce pour nous une invitation à considérer, avec émerveillement, toutes les étoiles qui ont guidé notre route vers le Christ ? Réfléchissons bien : combien y en a-t-il eu de ces événements, de ces rencontres, de ces paroles, des célébrations, des versets bibliques, qui ont été comme des étoiles à certaines périodes sombres de notre vie et qui l’ont éclairée ? Ils nous ont aidés à choisir le chemin à emprunter et les décisions à prendre…

N’oublions pas que nous pouvons être telle une étoile - modestement sans doute -  lors d’un échange, d’un témoignage avec des personnes qui sont en recherche d’une aide, d’une attention, d’un soutien !

 

L’or, l’encens et la myrrhe... Ces cadeaux que les mages vont Lui offrir ont une signification précise.

De l’or, comme à un roi : car il s’agit que Jésus soit Seigneur de notre vie, qu’il règne sur nos désirs, nos projets, nos pensées, nos actes, nos choix... Jésus est Roi, mais pas n’importe quel roi ; Il n’est pas un monarque puissant comme ceux que nous découvrons dans nos livres d’histoire. La fragilité même de cet Enfant de Bethléem nous montre que ce roi n’a pour seule puissance que celle de son amour. Jésus n’est tout-puissant que par amour !

De l’encens, comme une prière à Dieu : car en Jésus, c’est plus qu’un prophète que Dieu nous envoie. Nous disons du Seigneur Jésus qu’il est désormais assis à la droite du Père ; c’est une manière de dire qu’Il est l’égal du Père, vrai Dieu né du vrai Dieu. C’est Lui qui nous permet d’entrer dans la connaissance du Père, par l’Esprit Saint.

De la myrrhe enfin ! C’est le cadeau le plus surprenant. C’est cet onguent qu’on utilise pour les soins funéraires. Jésus n’a pas fait semblant d’entrer dans notre histoire. Les mages lui offrent de la myrrhe, car Lui qui était immortel, a accepté, pour nous, de devenir mortel. Il nous a donné sa mort en gage de notre résurrection ! Cette myrrhe est déjà l’annonce de sa mort et de son ensevelissement.

Enfin cet évangile se termine par une révélation : c’est par un autre chemin que les mages sont conviés à regagner leur pays. C’est l’image même de la vie chrétienne, c’est-à-dire de la conversion à laquelle nous sommes tous invités. Nous pouvons suivre un chemin, pensant qu’il est le bon puis, un peu plus tard, une étoile brille, Dieu nous révèle ce à quoi nous sommes appelés et comment Le suivre, avec Lui et pour Lui. Quand on a découvert Jésus, on ne peut pas continuer comme avant... Il faut parfois changer de cap, prendre une autre route ! 

Frères et sœurs, en ce début d’année, demandons à Dieu qu’il en soit ainsi dans chacune de nos vies, pour que l’amour du Christ soit vraiment manifesté partout où des hommes, comme les mages de l’évangile, sont en quête d’un monde meilleur, d’une rencontre avec le Christ !

N’oublions pas que chacun, chacune d’entre nous, sont des lumières les uns pour les autres et que notre mission est aussi d’illuminer notre monde !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du 1er janvier 2021, Solennité de Marie, Mère de Dieu, année B

Messe célébrée en l’église de saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 2, 16-21. Livre des Nombres 6, 22-27. Psaume 66

Lettre de saint Paul aux Galates 4, 4-7. Journée mondiale de la paix.

 

Nous le savons ! Pour entrer dans la vie, nous passons par le corps d’une maman. Pour entrer dans la nouvelle année, nous passons par le cœur d’une Mère. Dans sa délicatesse liturgique, l’Église nous fait célébrer Marie, Mère de Dieu, en ce premier jour de l’année.

Parce que nous sommes accueillis dans le corps d’une maman, dès les premiers instants de notre vie intra-utérine, la porte de la vie s’ouvre pour nous ! Marie, la Vierge Marie, par son accueil maternel, est aussi cette porte d’entrée dans la nouvelle année ; « Porte du Ciel », dit cet hymne marial du temps de l’Avent et de Noël : L’Alma Redemptoris Mater. On y chante la Vierge Marie : «Porte du Ciel toujours ouverte ».

Marie est « Mère de Dieu », car elle a donné naissance au Fils de Dieu dans la chair ; c’est pourquoi elle est : « porte du ciel toujours ouverte ». Littéralement : porte qu’on traverse, per via caeli, c’est-à-dire la porte par laquelle on passe, pour aller là où quelqu’un nous attend. 

Marie n’est donc pas une porte pour s’y arrêter, mais une porte pour aller vers son Fils. Marie a donné naissance à Celui qui dira ensuite (dans l’évangile de saint Jean, Jn 10, 7) : « Je suis la porte des brebis ; personne ne va vers le Père sans passer par moi ». Marie est donc la porte qui ouvre à la porte des brebis ; et ainsi, nous entrons dans le cœur de la très Sainte Trinité.

Alors, en ce jour de passage à la nouvelle année, nous sommes vraiment invités à entrer en 2021 par la porte qu’est le Christ, en passant par la porte qu’est Marie.

 

Je vous propose cette méditation, en demandant l’intercession de Marie « Mère de Dieu », pour nous aider à découvrir comment vivre cette année avec foi et espérance.

Célébrer le jour de l’an par cette fête mariale, c’est donc s’ouvrir plus profondément au mystère de la présence de Marie sur notre chemin de foi, puisqu’on va jusqu’à la prier « maintenant et à l’heure de notre mort ». Marie nous accompagne tout au long de notre vie terrestre ; Marie accompagne tous les engendrements. Elle nous montre son fils et nous conduit à Lui. C’est la vocation de la Vierge Marie que nous pouvons découvrir en ce premier jour de l’année !

L’année 2020 est terminée ! Nous l’avons plus ou moins fêtée dans des conditions particulières…Nous avons vécu de beaux momentsmais reconnaissons que cette année a été difficile, frustrante, douloureuse ! Nous avons été privés de notre liberté, privés de rencontres, privés de douces réunions familiales et amicales… et ce masque qui couvre notre visage et nous empêche de découvrir pleinement ceux que nous rencontrons. Beaucoup ressentent cette situation sanitaire avec peur et angoisse. Un minuscule virus a montré notre fragilité ! Nous nous pensions si fort être tout-puissants ! Encore ce soir, nous ne savons plus très bien comment réagir ! Tout cela se mêle en nous et dans notre mémoire ! En même temps, nous portons au fond de nous cette espérance, cette certitude que Dieu est avec nous, qu’Il ne nous lâche pas.

Une nouvelle année commence ! Que sera-t-elle ? Que serons-nous ? Notre avenir est sans cesse ouvert et réouvert, et il ne se fera ni par la force, ni par la violence, ni par le pouvoir, ni par la richesse. 

Ce qui semble évident, c’est qu’il n’y aura pas de paix sans « la culture du soin » ! Il n’y aura pas de paix sans que nous collaborions ensemble en formant une véritable communauté de frères qui s’accueillent réciproquement, qui s’appuient sur eux, en prenant soin les uns des autres, particulièrement des plus faibles.

Ce que je viens de vous dire ne vient pas de moi, mais du très fort message du pape François en ce 1er janvier. J’espère que nous allons réussir à mettre en œuvre cette  « culture du soin », ensemble, dans notre paroisse, tout au long de cette année. Je vous invite à lire en entier ce message qui a été placé sur le site de la paroisse.

En cette journée mondiale de la paix, que le manteau de Marie, Mère de Dieu, vienne envelopper toutes les familles éprouvées par cette pandémie, mais aussi par toutes les difficultés que chacun de nous peut rencontrer. Que sa prévenance maternelle pour l’enfant Dieu se prolonge en une même prévenance pour chacun de ses enfants à travers le monde.

Ne perdons ni espérance, ni joie, ni soucis de l’autre !

Un des dangers serait de nous replier sur nous-mêmes, et cela serait terrible ! Demandons la grâce, pour chacun de nous, de garder le cœur ouvert aux autres et surtout à Dieu !

     Dans la première lecture du livre des Nombres, nous avons entendu une très belle bénédiction que je ne me lasse pas d’entendre et ré entendre.

Cette bénédiction solennelle est vieille d’au moins deux mille six cents ans ! Nous la recevons particulièrement en ce 1er jour de l’An !

Que le Seigneur te bénisse et te garde,

Qu'il fasse pour toi rayonner son visage.

Que le Seigneur te découvre sa face,

Te prenne en grâce et t'apporte la paix.

Belle et sainte année à tous !                                                                 

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du jeudi 31 décembre 2020, 7e jour dans l’octave de la Nativité, année B.

Messe d'Action de grâce pour l'année écoulée.

Messe célébrée en l’église saint-Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Première lettre de saint Jean 2, 18-21. Psaume 95. 

 

Chers frères et sœurs, nous sommes au terme de l’octave de Noël. Il y a juste une semaine, nous nous retrouvions dans cette église Saint-Louis (certains dans une autre église peut-être), et nous célébrions la naissance du Sauveur. 

Lors de la nuit de Noël, l’évangile selon saint Luc a été proclamé, nous faisant participer, au cœur même de la nuit, à cet événement si simple et naturel de la naissance, pour une maman, de son fils premier né. 

En même temps, nous redécouvrons un événement qui nous dépasse ; cet enfant né de Marie, est le Fils unique de Dieu : Dieu parmi nous, Dieu comme nous !

Ce soir, il nous est donné de méditer à nouveau - comme lors de la messe du jour de Noël - le prologue de l’évangile selon saint Jean. Ce prologue nous invite au cœur de ce mystère, il nous éclaire, à nouveau sur le projet de Dieu, sur la puissance de vie que Dieu veut pour chacun de nous et pour le monde, et pour comprendre le Salut de Dieu. 

Au commencement, et depuis toujours, existe le Verbe de Dieu, Lui qui est Dieu lui-même, par lequel tout a été créé. Il est Vie et source de toute vie, Lumière et principe de toute lumière. Il vient nous communiquer cette Vie et cette Lumière qu’il est depuis toujours.

Tout au long de cette octave de Noël, jour après jour, nous avons été invités à contempler le mystère éternel de Dieu. Enfin, pourrions-nous penser ! Contempler Dieu, Le toucher, L’entendre, vivre par lui et de Lui ! Cependant, en venant dans notre humanité, Dieu se heurte à un triple refus :

-        la Lumière a rencontré les ténèbres, et celles-ci ne l’ont pas reçue; 

-        le Créateur est venu visiter sa création et celle-ci ne l’a pas reconnu; 

-        le Verbe est apparu parmi les siens et les siens ne l’ont pas accueilli

Mystère de l’homme qui refuse de comprendre que son Créateur aime profondément sa création !

Frères et sœurs, ce qui a commencé la nuit de Noël recommence chaque jour. Il appartient à chacun de nous de savoir accueillir Jésus avec le cœur ouvert, dans notre vie de tous les jours, et de discerner la présence de Dieu au quotidien !

Une année se termine ! Nous avons vécu de beaux moments, mais reconnaissons que cette année a été difficile, frustrante, douloureuse ! Nous avons été privés de toutes sortes de choses : déjà, de notre liberté, de rencontres paroissiales, de réunions familiales et amicales. Beaucoup ressentent cette situation sanitaire avec peur et angoisse. Un minuscule virus a montré la fragilité de l’homme ! Encore ce soir, nous ne savons plus très bien comment réagir ! Tout cela se mêle en nous et dans notre mémoire !

Une nouvelle année commence ! Que sera-t-elle ? Passionnante quoi qu’il arrive, si nous l’avons décidé ! Que serons-nous ? Notre avenir est sans cesse ouvert et réouvert, et il ne se fera ni par la force ni par la violence, ni par le pouvoir, ni par la richesse. Nous sommes invités à entrer dans le cœur même de Dieu, à nous laisser habiter par une vie tellement puissante que nous traverserons tout, y compris tous les bonheurs et toutes les peines ! Y compris la mort et toutes nos petites morts !

C’est là, et pas ailleurs, qu’est la source de notre joie ! Une joie qui grandit à chaque fois que nous courrons vers la lumière, la joie confiante, profonde et calme de ceux qui choisissent de s’associer à la mission du Christ, dans la prière.

Il nous revient, frères et sœurs, dans les mois à venir, à travers les plus ordinaires de nos choix et de nos décisions, de faire basculer l’obscurité de la nuit et de mettre à chaque instant Dieu au monde. Dans ce travail de recréation, déjà en nous-mêmes, et autour de nous, nous ne serons jamais seuls. Dieu l’a promis, Il nous bénit, celui qui, de Noël à Pâques, nous a donné sa vie.

Demain, nous allons entendre, dans le livre des Nombres, une magnifique prière :                  

« Que le Seigneur te bénisse et te garde,

Qu’Il fasse pour toi, rayonner Son visage,

Que le Seigneur te découvre Sa face,

Te prenne en grâce et t’apporte la paix ! »

Frères et sœurs, gardons cette bénédiction dans nos cœurs !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 30 décembre 2020, 6e jour dans l’octave de la Nativité, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 2, 36-40. Première lettre de saint Jean 2, 12-17. Psaume 95. 

 

Nous connaissons cet épisode de la présentation de Jésus au Temple :

  • D’une part, quarante jours après sa naissance, pour la purification de Marie, 
  • et d’autre part pour la présentation du premier-né à Dieu. 

Aujourd’hui, nous entendons la deuxième partie de l’évangile. Après que Siméon ait accueilli Jésus, dans ses bras, Anne, la prophétesse, « survenant à cette heure même, proclamait les louanges de Dieu et parlait de cet enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. »

Chaque mot de ce texte a une signification très précise :

- Le prénom Anne signifie en hébreu : “Dieu est miséricorde“.

- Fille de Phanuel signifie en hébreu : “Dieu est lumière“.

- … de la tribu d’Aser signifie en hébreu : “bonheur“.

En déployant ainsi la signification des noms, nous comprenons un peu mieux ce que l’évangéliste veut dire et comment il place l’appartenance de la veuve Anne, dans cet évangile. Dieu est miséricorde et lumière, car Il est bonheur !

Poursuivons !

L’âge de 84 ans, un âge vénérable pour l’époque (la durée de vie était alors beaucoup moins longue) représente probablement et de manière symbolique, le long temps d’attente du peuple Hébreu ; 8+4=12, n’est-ce pas ? Douze tribus d’Israël qui pleurent l’absence de l’Époux, après que le péché (rupture avec Dieu) les ait chassés du jardin d’Éden, dont le chiffre symbolique est le 7 (les sept dons de l’Esprit et les sept sacrements). Si nous continuons, nous remarquons que 7x12= 84.

Tout cela veut dire que le temps de l’accomplissement est enfin arrivé ! À travers la numérologie (Gematria en hébreu) dont les Hébreux sont friands, nous comprenons que le temps de l’accomplissement est enfin arrivé.

Par son assiduité au jeûne et à la prière, Anne fait donc figure non seulement de la veuve parfaite, mais aussi de l’humanité repentante, qui s’est tournée vers Dieu dans un désir ardent de Salut, dans le désir de sa venue.

Le ministère prophétique de ces deux vieillards, Siméon et Anne, dont les yeux déjà s’éteignent, nous désignent Jésus comme la lumière, comme la miséricorde, et comme promesse de bonheur.

Frères et sœurs, voilà ce qu’il nous faut entendre à travers la signification des noms et des chiffres.

Telles sont les paroles d’espérance que le Père adresse à son Fils, et à tous ceux qui souffrent des « ténèbres du péché » et qui désirent ardemment le Salut que seul Dieu, peut donner.

Au terme de sa vie, relisant tout son cheminement avec le Seigneur pour en partager l’essentiel avec les croyants, saint Jean (que nous allons entendre tout particulièrement demain dans le Prologue), synthétise aussi son enseignement en quelques traits, en explicitant l’accomplissement de ces trois paroles prophétiques :

  • « Vous connaissez le Verbe lumière qui existe depuis le commencement. »
  • « Vous avez vaincu le Mauvais par la puissance de sa miséricorde. »
  • « Vous connaissez le bonheur d’être enfants du Père et de vivre de son Esprit. »

Pour nous-mêmes, à quelques heures du changement symbolique d’année, le Seigneur ne nous demande pas de choses extraordinaires. Vous le savez, le Seigneur n’agit pas dans l’extraordinaire, mais plutôt dans l’ordinaire, dans le quotidien de notre vie. 

  • Il nous demande de rester fidèles à sa Parole.
  • Il nous exhorte au combat spirituel, car les désirs égoïstes de la nature humaine (désir du regard, de la richesse, de l’orgueil) sont incompatibles avec l’amour du Père.
  • Il nous encourage à résister au Mauvais (Satan) en nous appuyant sur sa grâce, et sans cesse à nous relever de nos chutes en comptant sur sa miséricorde.

Retenons pour nous, aujourd’hui que Dieu est lumière, qu’Il est miséricorde et qu’Il veut notre bonheur !

C’est ce que nous redit la prophétesse Anne.

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 28 décembre 2020, fête des saint Innocents, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu, 2, 13-18. Première lettre de saint Jean1, 5 à 2, 2. Psaume 123.

 

Entendre ce texte, aujourd’hui, nous bouleverse et nous fait frémir. Il y a encore quelques heures, nous étions émerveillés et réjouis par la naissance de l’Enfant dans la crèche ; c’était la liesse, la fête : « Jésus est né, alléluia ! » et, tout de suite après, la liturgie nous met face au drame du monde et à la folie de l’homme pour nous faire mieux comprendre la difficile mission de Jésus. 

Nous avons fait un bond en avant et nous voilà juste après l’Épiphanie, en cette octave de Noël, à quelques jours de la visite des mages venus honorer Jésus. Les mages ont suivi l’étoile, ils ont cherché le roi d’Israël, ils sont passés par Jérusalem et ont consulté Hérode. Hérode, lui, n’a pas bougé d’un pouce dans son attitude ; il est violent, jaloux.

« Alors, Hérode, voyant que les mages s’étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région. » nous dit l’évangile de ce jour. 

Nous sommes tous confrontés, d’une façon ou d’une autre, à la barbarie de l’homme, à la douleur, à la mort…

  • Pourquoi ?
  • Pourquoi tant de violence ?
  • Pourquoi cette haine, cette folie d’Hérode ? 
  • Pourquoi les soldats ont-ils obéi et accompli leur geste terrible ? Car ce sont bien eux qui ont tués les enfants.
  • Pourquoi la mort de tant d’innocents ?

Ces questions traversent le temps et viennent jusqu’à nous, et malheureusement, ces mêmes cris retentissent encore.

Je vous laisse imaginer la douleur des parents ! C’est comme si résonnaient à nos oreilles, les cris de douleur de ces pauvres mères meurtries par la mort de leurs enfants et, comme le dit le prophète Jérémie : “Rachel pleure ses enfants“.

En ces jours, la souffrance de Jésus est à son comble. Il est tout petit, c’est un bébé, et il n’aura pas fallu attendre longtemps pour voir se déchainer la haine du monde contre lui. Alors qu’il est le Sauveur, lui-même terminera sa vie terrestre, cloué sur une croix.

À Noël, l’ombre de la croix est déjà présente ! N’est-ce pas ce que nous chantons dans le cantique « Il est né le Divin Enfant » : « … de la crèche au crucifiement, Dieu nous livre un profond mystère » !

Nous sommes toujours tellement saisis de stupeur et d’horreur devant toute cette violence, devant ce déferlement de violence de l’homme contre l’homme !

Ne pensons pas que cela s’inscrive dans une histoire passée ! Que d’endroits en ce monde ou, à l’instant même, au moment où nous sommes ici dans cette église (en relative sécurité) des drames similaires sont en train de d’être vécus : comment ne pas penser à tous ces enfants innocents qui, aujourd’hui encore, souffrent et meurent injustement, victimes de la folie des hommes, de l’inconscience des hommes, victimes d’avortement, victime de violences physiques ou morales ?

N’hésitons pas à nommer l’ennemi, Satan, le démon, le Diviseur… qui par l’inconscience consensuelle des hommes, continue à tuer et détruire à son gré, comme si l’homme donnait “carte blanche“ à sa folie meurtrière. C’est lui qui sort vainqueur de nos désaccords, c’est lui qui se réjouit de toutes ces violences !

Ce qui certain, c’est que Dieu est innocent du tout mal qu’Il ne veut pas ! Dieu n’est pas l’auteur du mal et Il laisse l’homme à sa liberté, même si l’homme parfois, est capable librement des pires atrocités … Cependant, Dieu continue son plan de salut ! Il sait où Il veut nous amener. 

Jésus va grandir en sagesse et en intelligence, obéissant à ses parents, comme nous l’avons entendu hier, dans l’évangile, offrant sa propre vie, pour que nous ayons la vie. Jésus sera sauvé de la mort par l’obéissance de Joseph et de Marie afin qu’Il puisse accomplir sa mission ; “et ils partirent en Égypte“, nous dit l’évangile. C’est ainsi que la Parole s’accomplit ; “d’Égypte, j’ai appelé mon fils“ mais l’homme entendra-t-il cet appel ?

La grâce que nous pouvons demander pour nous, et, bien sûr pour le monde, de libérer notre cœur de toute violence, de toute injustice et de tout mal !

Accueillons aussi dans notre prière, toutes les mères, tous les pères inconsolables et portons à Dieu, dans cette eucharistie, le refus de tous ceux qui ne savent pas que Dieu les aime et qu’il fait de la Vie de toutes nos morts ! C’est Lui qui est la source de la Vie !

En cette octave de Noël, puissions-nous en être assurés, mais surtout Le suivre pas à pas !

Ainsi soit-il !

Homélie du jour de Noël 2020, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Livre du prophète Isaïe 52, 7-10. Psaume 97.

Lettre aux Hébreux 1, 1-6.

 

Noël ! Heureux Noël ! Joyeux Noël ! 

Peut-être avez-vous reçu beaucoup de messages sympathiques, amicaux et familiaux ? Comme nous aimonsprofondément ce temps de Noël ! À cause, peut-être, de merveilleux souvenirs d’enfance, d’une recherche de sens et d’espérance… 

 Personnellement, je trouve une grande douceur dans cet événement caché dans la petite ville de Bethléem. Comme l’annonçait Isaïe cette nuit : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné. Sa paix sera sans fin. ».

Que s’est-il passé donc en cette nuit de Noël ? 

 

Messe de la nuit

- Lors de la messe de la Nuit, Marie, douce et délicate, totalement unie à Dieu, pleine de grâce, forme la Sainte Famille avec son époux Joseph. Marie, porte en elle l’Enfant de la promesse, celui qui était attendu de toute éternité. Il est là : promesse de vie ! Sans doute se rappelle-t-elle l’annonce de l’ange Gabriel ?

Cette famille est pourtant refusée par toutes les auberges de Bethléem, et doit trouver un refuge dans une grotte où dorment des animaux. Dans cet abri pauvre, mais cependant chaleureux, une simple mangeoire (signification prophétique) sera le berceau du nouveau-né. La première maison du Verbe fait chair, du roi des rois, n’est donc pas un palais majestueux. C’est une modeste grotte semblable à celle que des fouilles archéologiques ont révélée à Bethléem.

C’est là que Marie, dont la virginité a été préservée par pure grâce du Père, met au monde son enfant. 

Cela peut nous paraître banal aujourd’hui ; mais à l’époque où il n’y a ni hôpital ni clinique, chaque naissance est déjà un miracle familial et intime. Joseph assiste avec pudeur Marie et recueille dans ses bras son fils qu’il nomme Jésus comme l’ange lui avait dit de le faire. Ce prénom n’est pas anodin, car il désigne déjà la mission de l’Enfant-Dieu : Jésus veut dire : « Dieu sauve ».

 

Messe de l’aurore

Ce matin, ici même à 8 heures, nous avons vécu la deuxième messe de Noël, nommée la messe de l’Aurore. Cette église était dans l’obscurité la plus totale, juste quelques petites lumières brillaient. Comme pour nous, ce matin, ce sont des générations qui ont vécu cette attente, tels des veilleurs d’espérance. Cette naissance aurait pu être secrète et inconnue si les anges innombrables n’étaient allés annoncer la nouvelle. À qui l’annoncent-ils ?

Aux pauvres d’abord, aux humbles. Cette nouvelle est annoncée, dans un premier temps, aux bergers qui vont venir s’associer à la joie du ciel et de la terre en chantant les louanges de Dieu : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes que Dieu aime ». Mais, plus largement, les païens – des non-juifs – sont invités aussi à cette rencontre. Nous connaissons la quête des Mages lors du dimanche de l’Épiphanie.

La Nativité est, pour les croyants, l’accomplissement de la promesseune promesse attendue comme nous l’avons entendu lors de la lecture de la lettre aux Hébreux, en 2e lecture. Dieu est venu, Il a pris notre humanité ! Il est présent ! Nous pourrions tous nous réjouir, comme j’espère que nous le faisons tous, mais c’est aussi un drame : « Le monde ne l’a pas reconnu ! »

« Jésus, Tu es venu chez les tiens et les tiens ne t’ont pas reçu ».

Un drame ancien qui date de deux mille ans, mais qui est encore et toujours présent. C’est aussi le drame de notre société qui a abjuré sa foi, refusant de reconnaître le Christ et de L’accueillir. Cependant, lors de cette messe, il est bon de réentendre la joie simple des bergers qui a irradié cette naissance ; ils deviendront les premiers témoins et annonceront la naissance de Jésus.

 

Messe du jour de Noël

- Après avoir entendu le merveilleux de la naissance dans la nuit, nous sommes invités à prendre un peu de hauteur pour comprendre cet événement et mieux découvrir le Plan de Dieu pour chacun de nous. 

Saint Jean, dans cette longue méditation qui ouvre son évangile (appelée le Prologue), nous offre un chemin pour entrer plus avant dans ce mystère de l'Incarnation. Il déroule, pour ainsi dire, le mystère tout au long de l'histoire humaine, depuis les lointaines origines du monde. Il retrace en quelques lignes tout le projet de Dieu, sa longue patience vis-à-vis des hommes et de leurs péchés, et l'amour persévérant avec lequel Il a préparé, depuis des siècles, cette fête de Noël.

Saint-Jean nous dit surtout ce que le Christ a été depuis toujours !

De toute éternité, il était avec Dieu, et Dieu lui-même, Dieu avec Dieu ; Dieu qui est Père, Fils et Saint Esprit ! Nous découvrons que Dieu est unique et que, en même temps, Il n’est pas solitaire et se dit en trois personnes : Père, Fils et Esprit Saint. Avant même qu'il y eût un monde, avant même qu'il y eût un temps à mesurer, il était, comme Fils de Dieu, l'image parfaite de son Père, l'expression totale de son Père.

Parlant par les Prophètes que nous entendons dans le Premier Testament, ce Fils de Dieu était annoncé comme Sauveur, c’est-à-dire le Messie. Toute l’attente du Peuple Hébreu est là !

     Enfin ce Fils de Dieu s'est fait chair, il a établi sa demeure parmi nous, et il pouvait dire : "Moi, parole éternelle de Dieu, je vous parle du Père avec vos mots humains". Tout ce que vous avez cherché à savoir, tout ce que vous n’avez pas pu comprendre, je viens vous le dire dans un langage que vous comprenez. Après des siècles de révélation, nous avons entendu le Révélateur : le Fils de Dieu a fait entendre une voix humaine qui était la sienne.

Frères et sœurs, il ne suffit pas de nous rappeler que nous sommes chrétiens, peut-être surpris ou émerveillés par l’audace de Dieu, et de continuer notre vie comme si de rien n’était. Noël est un moment unique à vivre !

CHAQUE NOËL EST UNE INVITATION À ENTRER PLUS INTIMEMENT DANS CE MYSTÈRE DE PROXIMITÉ AVEC DIEU, À CHANGER MA MANIÈRE DE VIVRE !

Ne nous laissons pas submerger par les difficultés de l’existence, ou les difficultés sanitaires ! Ne nous laissons pas dominer par le « prêt-à-penser » et les idées toutes faites, ne croyons pas que nous pouvons nous attribuer le pouvoir de manipuler l’être humain et de nous en servir comme d’un instrument ! Ne renonçons pas à la puissance de l’amour et à la force de la fidélité jusqu’au bout !

Ne nous laissons pas voler la joie de Noël !

Ne nous laissons pas assombrir par une morosité ambiante, et tomber dans une désespérance qui n’est pas chrétienne ; croyons vraiment que le Christ nous sauve !

Chers frères et sœurs, la joie de Noël nous est donnée comme un cadeau extraordinaire afin que la joie de Noël habite nos cœurs et ne la quitte jamais.

Puissions-nous, frères et sœurs, tout au long de ces jours, chanter les louanges de Dieu !

 

Saint et joyeux Noël à chacun de vous et à vos familles !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

 

 

Homélie du vendredi 25 décembre 2020, Noël, messe des bergers, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 2, 15-20. Livre du prophète Isaïe 62, 11-12. Psaume 96.

Lettre de Tite 3, 4-7.

 

 

Chers amis, merci, déjà, de votre présence de si bonne heure, après avoir passé, sans doute, une douce veillée de Noël, et avoir pris le temps d’accueillir le mystère de la naissance de Jésus ! Nous voici réunis pour célébrer « la messe des bergers », ou « la messe de l’aurore ». Il fait encore nuit au-dehors, et dans l’obscurité de cette église, simplement éclairée par quelques bougies, nous sommes invités à entrer davantage dans ce mystère de cette nuit de Noël.

Comme je vous le disais en introduction, la messe d’hier soir ne suffit pas ni même celle que nous vivons maintenant. Nous participerons tout à l’heure à la messe du jour de Noël qui nous invitera à prendre un peu de « hauteur théologique » et il nous faudra peut-être toute une vie pour saisir pleinement le mystère qui se dévoile à nos yeux. 

Peu de chrétiens connaissent cette messe de l’aurore. Pourtant, rappelez-vous les trois messes basses de l’écrivain Alphonse Daudet ! Peut-être aussi vous souvenez-vous du curé dom Balaguère, ventripotent, salivant en pensant déjà à son repas de fête, ou aussi, de ce “pousse au crime“ de Garrigou. Grâce à ce conte, bien des Français, même totalement déchristianisés, ont continué à se rappeler que la liturgie eucharistique comporte trois messes différentes (Les trois Messes basses). 

En effet, ces trois messes sont une invitation à entrer davantage dans le mystère de Noël. Elles constituent, en quelque sorte, une progression de cette lumière de la Nativité, et je vous propose très simplement ce matin, à la façon d’une méditation, de suivre ensemble, les étapes de cette illumination.

 

  • La messe de la nuit rappelle l’événement historique survenu il y a deux millénaires environ. Dieu a pris notre humanité  en naissant dans la petite ville de Bethléem ! La Vierge Marie a accouché du reflet resplendissant de la gloire du Père, et ce reflet lumineux est cependant si modeste que seuls, Marie et Joseph le discernent vraiment. En cette nuit de Noël, le corps visible de Jésus sert à désigner le mystère invisible de notre Salut, mais dans la nuit obscurcie par le péché, seuls les cœurs purs peuvent percevoir cette vérité. Certains vont s’arrêter au merveilleux de la nuit de Noël, mais il nous faut entrer en profondeur et devenir des témoins, comme les bergers, à la fin de nuit qui sont venus, ont vu et vont annoncer leur rencontre si particulière avec cet enfant. 

 

  • Après la messe de la nuit, c’est donc la messe de l’aurore que nous vivons maintenant. 

Sans doute, est-ce la plus intime ! Cependant, elle nous conduit à percevoir une nouvelle dimension de la venue du Messie. La lumière incertaine des premières lueurs du jour s’ajoute à la lumière qui vient de la crèche et touche chacun de nous, les plus éloignés de Dieu comme les chercheurs de Dieu : celles et ceux qui sont en quête de sens… et ils sont nombreux ceux qui cherchent un sens à la vie, à leur vie. Ces arbres que vous pouvez observer dans l’église, et dont les branches sont constellées de nombreux petits papiers porteurs de prière, montrent l’urgence de la mission. Cette messe est aussi appelée la “messe des bergers“.

Effectivement, à la lecture de l’évangile nous le comprenons ; de nombreux bergers gardant leurs troupeaux étaient dans les champs autour du village de Bethléem ; ce sont des gens humbles, et les voilà interpellés, avertis, émerveillés par ce qu’ils entendent, si bien qu’ils se laissent toucher par l’invitation des anges et par la petite lumière surgie dans la nuit. Ils décident de se rendre à Bethléem pour rencontrer l’Enfant dans cette mangeoire. C’est le cœur plein d’espérance et de joie, qu’ils repartiront, témoins de ce qu’ils ont vu ! À nous aussi d’ouvrir notre cœur à la lumière qui surgit dans la nuit !

  • La troisième étape est la sortie de la nuit : l’illumination connaît enfin son sommet dans la messe du jour que nous allons vivre ensemble tout à l’heure. 

On y proclame, en effet, le « Prologue » de l’évangile selon saint Jean. Ce texte est comme la clé de voûte du Nouveau Testament. Il nous renvoie à un nouveau « Commencement » et nous illumine en disant : « Le verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme. » Le Prologue nous permettra d’entrer davantage dans l’histoire du Salut, de prendre de la hauteur et de quitter la crèche pour quelques instants, afin de comprendre comment, de toute éternité, avant même que le monde soit créé, Dieu a un projet de vie pour chacun de nous. Cette lumière illumine sans cesse notre monde !

La lumière du Christ est pour chaque membre de l’humanité ; elle n’est pas le privilège d’une époque ou d’un lieu. La venue des mages à la crèche, dans quelques jours, nous le confirmera.

 

Je résume ; aux trois messes de Noël correspondent trois extensions de la Révélation : 

        - La nuit, Jésus est lumière et Il vient rencontrer chacun de nous.

       - À l’aube, Jésus lumière attire les plus humbles, les témoins, ceux qui vont aller rencontrer le Christ et témoigner : les missionnaires.

       - Au jour enfin, Jésus lumière s’offre pour tous les hommes, pour toutes les nations, pour toutes les civilisations, même les plus éloignées de Lui, et même pour les païens. Il offre une espérance et donne le sens de la vie et ce pour quoi nous sommes faits.

Frères et sœurs, dans quelques instants, nous allons vivre ensemble cette eucharistie ; je vous invite à faire le rapprochement entre la mangeoire où Jésus est couché, emmailloté où Il préfigure le Pain de vie et son Corps donné, sa Vie donnée pour que nous ayons la Vie.

Chers frères et sœurs, le jour va bientôt se lever, comme vous voyez cette lumière du matin à travers les vitraux de cette église. Ce jour est celui de la Nativité de Notre Seigneur. Avec les anges qui annoncent cette bonne nouvelle aux bergers, nous sommes invités, nous aussi, à entrer dans la louange de Dieu. Ne restons pas dans l’obscurité ! Devenons de lumineux témoins de l’amour du Christ !

Je souhaite à tous un joyeux, saint et merveilleux Noël !

                                                                                                                             Ainsi soit-il !

Homélie de la messe de la nuit de Noël 2020, année B.

Messe célébrée en l’église saint louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon Saint-Luc 2, 1-14. Livre d’Isaïe 9, 1-6. Psaume 95. 

Lettre de saint Paul à Tite 2, 11-14.

 

Frères et sœurs, nous allons mettre en acte ce que nous venons de chanter. Nous allons vivre l’instant de la naissance de Jésus très simplement ; je vais aller maintenant déposer l’Enfant Jésus dans la crèche. Si les enfants, les parents et bien d’autres souhaitent faire ce chemin avec moi, ils sont les bienvenus ! 

Nous nous prosternerons ensemble quelques instants devant Jésus dans la crèche. 

Nous chantons : « Gloria, gloria, in excelcis Deo ! »

Cette procession que nous venons de vivre, humblement, est un geste que des chrétiens, de génération en génération, ont accompli avec foi !

C’est un geste d’admiration, de vénération et de reconnaissance. 

C’est un geste qui nous invite à découvrir un mystère que nous devons approfondir ! 

Que sommes-nous donc en train de vivre ce soir : le Mystère de la Nativité ! 

Que se passe-t-il à Noël ? La naissance d’un enfant ! Cela est vrai ! Mais, pas de n’importe quel enfant !  

Chers amis, dans chaque nuit de Noël, il y a dans cette Nativité de Jésus, un secret qui ne peut être pleinement révélé ou totalement compris ! Pourquoi ?

C’est parce qu’il y a une telle grandeur dans cette petitesse, une telle profondeur d’amour dans cette simplicité, qu’on ne sait trop comment faire pour en parler. Nos mots humains ont du mal à exprimer un tel événement ! 

Comment faire pour traduire la clarté qui jaillit de cette nuit, et la Parole de vie qui monte d’un tel silence ?

Ce que nous savons, ce que nous pouvons dire, c’est que cette naissance est une Joyeuse et Bonne Nouvelle,qu’elle nous est annoncée aujourd’hui, qu’elle est chantée par toute la terre, et qu’une troupe innombrable d’anges chante avec nous ! (Lc 2,10-13). A ceux dont les cœurs s’ouvrent à ce mystère, leur joie devient communicative !

Comment témoigner de Noël ? Comment l’expliquer ? Peut-être allez-vous rencontrer des personnes (familles, petits-enfants, amis…) qui vous questionneront ? 

Nous pouvons dire qu’il y a un triple émerveillement dans cet immense mystère :

  • qui, tout d’abord, se déroule « au plus haut des cieux » ;
  • puis ce message va retentir sur toute la terre ; 
  • et se vit, enfin, en jaillissant au plus profond de notre cœur.

 

À partir de ces trois étapes, réfléchissons sur le sens de cette Naissance du Fils de Dieu !

1- Frères et sœurs, le mystère de Noël que nous vivons ce soir, se déroule d’abord au « plus haut des cieux » (Lc 2,14). Avant même que le temps et le monde soient créés, avant même le Big Bang : Dieu a un projet de vie !

Ce mystère a son origine au cœur même de l’amour trinitaire (Dieu, Père, Fils et Esprit Saint : c’est le signe de Croix que nous fait sur nous au début de toute célébration)

Parce que « Dieu est amour » en effet, qu’Il l ne peut être isolé, solitaire. Dieu est dialogue, relation, partage, amitié. Il est donc Trinité : un seul Dieu et trois personnes ! C’est parce qu’Il est la Vie, Qu’Il nous la transmet. « À son image donc », Dieu nous a tous créés » (Gn 1,27).

C’est parce que nous étions « perdus par suite de nos fautes », que cette nuit, d’en haut, Il nous envoie son salut. Ou, plus exactement encore, qu’Il nous envoie son Fils Jésus, qui est Lui-même notre Sauveur ! Première étape : Dieu veut le salut de tous !

2- Cette nuit de Noël et son message retentissent sur toute la terre et traversent tous les continents ! L’événement de cette Nativité est célébré par plus de 2,4 milliards de chrétiens sous toutes les latitudes. Nous ne sommes pas seuls à célébrer ce grand mystère ! Nous sommes en communion avec tous les peuples de monde depuis notre église. 

C’est dire l’incroyable retentissement de la naissance de Jésus ! Des conditions parfois difficiles n’ont pas empêché de vivre, même discrètement, cette fête (je pense aux périodes de guerres, aux années difficiles de persécutions, ou d’interdiction politiques…). Dans toutes les familles, même discrètement, Noël a été célébré et fêté ! 

Peut-être pouvons-nous y voir un parallèle entre ce qui s’est passé il y a 2000 ans et ce que nous vivons aujourd’hui. Comme vous l’avez entendu dans l’évangile, ils étaient nombreux ceux qui étaient déplacés, bousculés par ce grand recensement forcé dans tout l’Empire romain, un peu comme aujourd’hui la crise qui touche le monde entier et qui désorganise profondément nos modes de vie, de liberté et de pensée. Deuxième étape : Dieu veut le Salut de tous les peuples !

3- Je termine en interrogeant l’espérance que nous avons au plus profond de notre cœur ! Je veux croire encore que, sans infantilisme, nous avons encore un cœur d’enfant : un cœur qui continue d’espérer contre toute désespérance !

Il y a quelques jours, j’ai posé une question aux enfants lors de la séance de catéchisme ; c’était celle-ci :« Pourquoi Jésus est-il venu sur la terre ? » Une petite fille a levé la main et a répondu : «  Pour nous sauver ! » Sa réponse était juste, mais qu’est-ce que cela signifie ? Elle a poursuivi avec sérieux : « Jésus est venu sur terre parce que Dieu aime tous les hommes. Il est venu nous parler de son Père, et dire que nous sommes ses fils et filles bien-aimés. » Après quelques instants de réflexion, elle a ajouté : «  Si Dieu nous a créés, en effet, c’est par amour, c’est pour être mon ami, pour nous faire partager sa vie. » Quelle belle réponse !

En cette fête, il nous faut comprendre qu’il n’y a que l’amour qui peut nous rendre vraiment heureux. L’amour ne se mesure pas à ce que l’on possède ou à ce que l’on fait dans sa vie : il se mesure au contraire à ce que l’on fait de sa vie et à l’amour qu’on est capable de donner gratuitement, sans parfois même ne rien espérer en retour. Juste parce que l’on aime ! 

L’amour, tel que nous le découvrons cette nuit, est la valeur sûre. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». C’est le commandement que Jésus donnera à ses amis. Lui-même a montré l’exemple. Comme Il l’a dit : « Il n’y a pas de plus amour que de donner sa vie pour ses amis ». Le mystère de la mort sur la Croix est le rappel de la Vie qu’il veut nous donner ! Troisième étape : l’amour de Dieu jaillit au plus profond de notre cœur

Frères et sœurs, de cette nuit de Noël, retenons ce mystère d’amour ; il est un chemin de vie. Jésus nous invite à réussir notre vie en nous aimant les uns les autres et en faisant confiance à Dieu. Il nous rappelle, en cette nuit, que nous sommes créés pour le Ciel, pour le Royaume de Dieu. Dès 

Pour conclure, je vous invite à découvrir la pédagogie de Dieu. Pas de signe grandiose ou imposant lors de sa naissance ! C’est dans le visage d’un enfant que Dieu se laisse découvrir ! Pourquoi ? Peut-être pour nous redire de ne pas avoir peur de lui ! Qui peut craindre devant le sourire d’un bébé ? Mais, c’est bien ce bébé, Jésus, qui la source du Salut, la source de l’amour !

En cette nuit très sainte, c’est cette joie que chantent les anges dans la nuit de Noël, c’est aussi cette bonne nouvelle qui bouleverse les bergers, et ce mystère qui nous bouleverse tous ce soir ! Permettez-moi de souhaiter à tous un très beau et saint Noël !

                                                                                                                Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 23 décembre 2020, 4e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 57-66. Psaume 24. Livre du prophète Malachie 3,1-4.23-24.

 

Comme vous avez pu le constater, les textes de ces derniers jours sont comme une récapitulation du mystère de la vie de Jésus, pour nous préparer à vivre Noël dans une meilleure compréhension de ce mystère.

Tout ce qui avait été annoncé il y a fort longtemps s’accomplit maintenant. Chaque jour, nous avons pris le temps de découvrir une petite partie du sens de cette Nativité.

Le prophète Malachie que nous avons entendu en 1re lecture nous le dit : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que j’envoie mon messager pour qu’il prépare le chemin devant moi ! » 

Cette fois, tout est prêt ! Tous les personnages sont en place, tous ceux dont Dieu a besoin. Et le dernier, celui qui est comme intimement lié à la venue de Jésus, ce dernier qu’est Jean-Baptiste, voilà que, lui aussi, vient de naître au monde ; c’est le récit de l’évangile d’aujourd’hui. 

La première lecture nous l’a d’ailleurs donné à entendre, à comprendre : ils sont tous les deux intimement liés, Jean et Jésus ; le premier annonce le second, il est le précurseur de la Bonne Nouvelle : le nouvel Élie, dira Jésus ! (Mt 17,11 : Jésus leur répondit : « Élie va venir pour remettre toute chose à sa place.)

Jean va nous aider à nous préparer à accueillir le Sauveur annoncé, le Sauveur promis et attendu ! Depuis des siècles, le peuple hébreu est dans cette attente !

Rappelez-vous : Zacharie, son père, avait douté et s’était étonné de l’annonce qui lui avait été faite, d’un fils qui venait. La stérilité d’Élisabeth rendait toute grossesse impossible ! Il faudra qu’il découvre, comme chacun d’entre nous, que : « rien n’est impossible à Dieu ». Il en était resté sans voix jusqu’à ce que s’accomplisse la promesse. Et voilà que nommant son fils, reconnaissant ainsi l’accomplissement de la promesse, obéissant à ce qui lui avait été demandé, il l’appellera : Jean. Zacharie reconnaît ainsi que Dieu lui a fait grâce et a exaucé ce qui fut la prière de toute une vie.

Mais plus largement que cela, plus que l’arrivée d’un enfant au sein d’une famille, Jean le Baptiste, dans sa mission de précurseur, est celui qui va annoncer la venue du Sauveur. Il nous redit à nous aussi, par ce prénom qu’il reçoit, cette Bonne Nouvelle : « Yohanan »en hébreu car « Dieu-fait-grâce ».

Alors ce matin, à quelques heures de Noël, peut-être pourrions-nous, nous aussi, porter d’une façon ou d’une autre, ce prénom, qui est Bonne Nouvelle : Dieu-fait-grâce. Il nous suffit, très simplement, de faire mémoire de notre vie pour y reconnaître les moments où Dieu a fait grâce !

Alors, frères et sœurs, laissons résonner en nous ce prénom ! Laissons notamment résonner en nous ce qu’il éveille du passage de Dieu dans notre vie, passage qui déjà fut de l’ordre du salut, d’un passage des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, une pâque...

Comme Zacharie qui entre dans la louange, celle du Benedictus que nous chantons chaque jour, chaque matin, et que nous réentendrons tout particulièrement demain, comme Zacharie, laissons monter en nous la louange de ce jour, là maintenant, telle qu’elle veut jaillir en nous, même si notre cœur est encombré ou triste. 

Oui ! Dieu fait grâce ! Nous pouvons nous appuyer sur cela pour croire et annoncer la venue du Sauveur aujourd’hui encoreDans quelques heures, nous fêterons la naissance de l’Enfant Jésus. Que dès maintenant, notre cœur s’y prépare !                                      

     Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du lundi 21 décembre 2020, 4e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Luc 1, 39-45. Psaume 32. Cantique des Cantiques 2, 8-14.

Messe de Rorate (Messe de l’aurore)

 

Hier, nous avons entendu le récit de l’Annonciation, l’ange Gabriel venant à Nazareth et annonçant à Marie, une jeune femme vierge, qu’elle allait mettre au monde le Sauveur du monde ! Quelle joie et quelle espérance ! Ce jour-là, jour de la visite de l'Ange Gabriel, Marie a remis toute sa vie entre les mains du Père.

"Voici la servante du Seigneur"

C'était à la fois un don et une offrande, mais aussi une décision du cœur de Marie ; cette parole annonçait un avenir plein de mystère où une grande humilité confiante sera nécessaire face à toutes les épreuves que Marie et Joseph devront traverser !

"Qu'il me soit fait selon ta parole", ajoute Marie ; et par là, elle se voue tout entière à la volonté de Dieu, sans savoir d'avance par quels chemins Dieu la fera passer ni par quelle nouveauté. 

Bien souvent, nous cherchons à savoir, lorsque nous envisageons d’accepter de donner notre vie au projet de Dieu, quelles en seront les conditions : comment ? Pourquoi ? Dans combien de temps ? Par quels chemins ? 

Or, Marie dit « oui » à tout, sans savoir d’avance par quels chemins Dieu la conduira !

Sitôt l’ange parti après l’annonce de cette double maternité (la sienne et celle de sa parente), Marie, littéralement « bondit » à la rencontre de sa cousine Élisabeth, elle qu’on appelait la femme stérile! 

Nous assistons alors à une rencontre mémorable ; dans la maison de Zacharie, les deux femmes se saluent sur le seuil de la Nouvelle Alliance : l'une est vieillissante, avancée en âge, l'autre est encore toute jeune, toute fraiche; mais à elles deux, elles résument toute l'histoire sainte. Derrière Élisabeth, toute ridée, se profilent de longs siècles de préparation, et Marie, rayonnante et légère, sans tache ni ride, annonce l'Église de Jésus.

Elles ont en commun à la fois leur espérance et leur maternité, mais surtout le fait que leur maternité les engage tout entière dans le plan de Dieu ! Leurs deux enfants sont des enfants de l'impossible : Élisabeth était stérile, et Marie avait décidé de rester vierge.

Toutes deux témoignent dans leur chair que rien n'est impossible à Dieu; les deux bébés qu'elles portent redisent cela ! L'un, par miracle, est le fils de Zacharie, l'autre, par miracle, est le propre Fils de Dieu. 

Cette rencontre donne lieu à un tressaillement d’allégresse de l’enfant d'Élisabeth, puis la voilà toute remplie de l’Esprit Saint qui va dire cette salutation extraordinaire : "Bienheureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur !" 

Là où est Marie, là où nous rencontrons Marie, là est aussi l'Esprit Saint ! 

C'est la béatitude de tous ceux qui ont bâti leur vie sur la promesse de Dieu.

Tout s'accomplira selon la promesse : le Christ est venu, Il vient, et Il viendra. Il est venu dans l'humilité, il vient dans l'intimité et dans cette Eucharistie.

Si nous sommes, ce matin, dans l’obscurité de cette église saint Louis, c’est pour réaffirmer notre espérance et notre attente du nouveau Jour. Si nous sommes dans le noir, c’est que, peut-être, nous ne comprenons pas tout, nous ne percevons pas tout ! 

Croyons que Dieu fait de nous des veilleurs dans un monde parfois ténébreux. 

Frères et sœurs, nous savons que la lumière du monde, c’est le Christ !

                                                                                                                                    Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 20 décembre 2020, 4e dimanche de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 1, 26-38. 2e livre de Samuel 7, 1-5.8b-12.14a.16. Psaume 88.

Deuxième lettre de saint Pierre aux Romains 16, 25-27.

 

 

  En ce 4e dimanche de l’Avent, nous sommes déjà à quelques jours de la naissance du Messie. Il me semble que ce temps de l’Avent est passé à une vitesse incroyable, ne le trouvez-vous pas ? Notre cœur est-il prêt à accueillir vraiment le Messie ? Je le perçois comme vous, il est vrai que le contexte sanitaire nous bouleverse…

L’évangile de ce jour veut nous inviter à rejoindre Marie à quelques heures de la naissance du Messie. Sans doute avez-vous déjà préparé une belle crèche ? Dans ma crèche, j’ai un petit santon qui représente Marie ; mais c’est Marie de l’Avent, avec un ventre déjà bien rond. Bientôt, elle va mettre au monde l’Enfant Jésus. C’est elle, plus précisément, que l’évangile nous permet de rejoindre.

  Marie et Joseph sont donc en route, pour une longue marche vers le village de Bethléem pour ce recensement de toute la terre, demandé par l’empereur romain, Auguste ! Fatigue de la route, chaleur du jour, froid de la nuit, une certaine insécurité… Sur ce chemin difficile, Marie et Joseph avancent comme le font de nos jours d’autres familles que nous connaissons pour lesquelles le chemin peut être rude à certains moments.

  Cette marche est longue, à pied, aidé sans doute, par un âne. Le bébé, en Marie, est de plus en plus vigoureux. Elle ne connaît pas encore son visage. Elle a hâte du premier face-à-face, hâte de le voir, hâte de l'appeler Jésus pour la première fois et de le voir sourire en entendant la voix de sa maman. Mais elle a hâte surtout de donner au monde ce Fils que Dieu lui a confié.

  Et pour nourrir son attente dans cette longue marche de Nazareth à Bethléem, Marie fait mémoire de son histoire avec le Fils de Dieu : presque neuf mois déjà où elle a été tout pour lui parce que déjà, il était tout pour elle ! Huit mois durant lesquels elle a gardé dans son cœur les paroles si mystérieuses de l’Ange et chaque jour, elle redit son « OUI » confiant à Dieu !

  Comment vit-elle tout cela ? Il est bien difficile de le savoir vraiment ! Tant d’événements ont eu lieu depuis la visite de l’ange et Gabriel l’a quitté sans indications précises ! Sitôt l’ange parti, elle a très vite bondi chez sa cousine pour une visite à Élisabeth ! C’est elle qui lui a confié qu’elle portait en son sein un enfant ! Marie est restée six mois avec elle, nous dit l’évangile. Et puis, il y a eu la tristesse de Joseph en voyant sa fiancée enceinte à son retour (que penser ?) et puis encore, son acceptation du Plan de Dieu grâce au songe ! Voilà ensuite que Marie est obligée de vivre une nouvelle précarité avec ce voyage à Bethléem… puisqu’arrivent les jours où elle doit enfanter… Marie fait mémoire !

    Certains pourraient penser que par son « OUI », tout allait devenir simple pour Marie, qu’un chemin facile, aisé allait se dérouler tranquillement devant elle !

 Non ! Nous le savons bien !

  Ni pour Marie ni pour chacun de nous, la vie ne saurait être un long fleuve tranquille ! En faisant mémoire de tous ces événements, Marie avance la Première en chemin !

Même si le message de Dieu la bouleverse parce que l'irruption de son amour est toujours bouleversante, elle poursuit sa route…

  • Même si ce chemin vers Bethléem est éprouvant, 
  • Même si la naissance du Sauveur sera vécue dans la précarité d’une étable, 
  • Même si la folie du Roi Hérode obligera la Sainte Famille à la fuite en Égypte,
  • Même si de nombreux événements de la vie de Jésus vont bouleverser son cœur…

   Quand Dieu appelle, il ne triche pas avec nous ! Il ne nous dit pas que le chrétien aura une vie facile, qu’il ne sera pas affecté par des difficultés de toutes sortes ! Dieu nous assure simplement qu’Il sera là dans tous les moments de notre vie : les bons comme pour les moins bons !

Ce que nous savons, c’est qu’il a un projet de vie pour chacun de nous et le Ciel en est le but ! Certes, il est vrai que les chemins que nous prenons pour y arriver ne sont pas toujours les plus faciles, mais, in fine, c’est bien là que Dieu nous attend ! 

Marie poursuit sa route, elle fait mémoire. Marie n’est pas naïve ! Elle sait les aléas de la vie et pressent que sa disponibilité à Dieu demandera à certains moments du courage ! Pour relater cette recherche, son étonnement, son discernement, plusieurs fois les évangiles l’exprimeront avec délicatesse, en une phrase : « Marie méditait tout cela dans son cœur », dans la force de l’Esprit Saint ! Marie ne comprend pas tout, mais elle fait confiance en tout !

Sa réponse est là ! Elle n’a pas changé ! « Voici la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi selon ta parole ».

Marie n'a pas d'autre projet que de laisser faire Dieu et de trouver grâce auprès de Lui.

Marie, par son « OUI », est la première des rachetés. Comme nous, elle doit tout à la miséricorde de Dieu. Toute la beauté de Marie, toute sa jeunesse d'âme, toute sa noblesse de cœur, toute sa grandeur de servante lui viennent de la Résurrection qui est dans le Christ Jésus (Rm 3,24). 

Et dans un paradoxe surprenant, Sa Sainteté est le premier fruit de la mort rédemptrice de son Fils.

Chers frères et sœurs, méditons sur ces mystères des merveilles de Dieu que nous chantons ce matin avec l'ÉgliseCette Annonciation est déjà l'aurore d'un monde renouvelé, « l'aurore avant le jour du Christ » !

Ce temps de la Nativité que nous allons vivre dans quelques jours est une lumière d'espérance qui, d'avance, traverse l'opacité de notre mondeC'est la certitude que Dieu travaille toujours à faire toutes choses nouvelles, quelles que soient les difficultés que nous connaissons actuellement (difficultés dues à la pandémie, difficultés dans nos familles, dans notre cœur, notre travail…)

La nouveauté qui vient du cœur de Dieu, est toujours une invitation pressante où notre liberté doit s’exercer ! 

Comme pour Marie, par son « FIAT » nous sommes invités à entrer dans un projet qui nous dépasse : un projet de Salut ! Nous le savons : nous ne comprenons pas tout, nous ne savons pas tout ! Celui qui sait, Celui qui nous guide : c’est le Christ !

Que ce soit à Nazareth, à Bethléem ou ici au centre-ville de Grenoble, aujourd’hui et même en ce temps de Covid, dans notre vie et dans nos familles, il nous faut réentendre, déjà pour nous-mêmes, que : « Rien n’est impossible à Dieu » !                                                

En ce quatrième dimanche de l’Avent, il nous reste quelques jours encore pour avancer et préparer véritablement notre cœur, pour le désencombrer de toutes choses inutiles (les cadeaux, l’angoisse, la peur, la solitude…), prier face à la crèche, face à la naissance de Celui qui vient nous sauver ! 

Voilà la Bonne Nouvelle que nous entendons aujourd’hui !

Marie, par son “oui“ nous y invite !      

     Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 16 décembre 2020, 2e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 7,18b-23. Psaume 84. Livre du prophète Isaïe 45,6b-8.18-21b-25.

 

L’évangile que nous venons d’entendre est important ! Il met le doigt sur notre perplexité, nos interrogations dans notre rapport à Dieu ! 

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » 

Peut-être vous êtes-vous déjà posé cette question ? Est-ce que Jésus est bien le Sauveur ? Si c’est exact, comment peut-Il permettre ce que nous vivons ? 

 Dans cette église Saint-Louis, en plein centre-ville, beaucoup de personnes entrent, durant la journée, elles passent… Ce ne sont pas forcément des personnes chrétiennes, mais elles sont en recherche, perplexes en essayant de comprendre le monde dans lequel nous vivons. En ces temps bouleversés, ces interrogations expriment une inquiétude que l’on peut comprendre.

Elles rejoignent, à quelques siècles de distance aussi, celle de Jean le Baptiste : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Le Précurseur est-il pris d’un doute, lui qui pourtant avait vu « l’Esprit descendre sur Jésus et demeurer sur lui » (Jn 1, 33) ? C’est ce que nous pourrions supposer dans une lecture trop rapide ! Ou bien, ne souhaite-t-il pas que ses disciples, déconcertés par le comportement de celui que leur Maître leur désigne comme le Messie, se rendent compte par eux-mêmes de son identité !

Il est vrai que Jésus ne correspond en rien à l’image que les disciples s’étaient faite de lui : où est-il donc ce « plus puissant » (plus puissant que Jean) qui « baptiserait dans l’Esprit Saint et le feu », qui exercerait le jugement et séparerait le grain de la paille, amassant la récolte dans son grenier et brûlant la balle au « feu qui ne s’éteint pas » (Lc 3, 16-17) ? 

Voilà que, tout au contraire, Jésus s’intéresse aux malheureux, prend du temps avec les malades, s’adresse à la foule des petites gens qu’Il déclare bienheureux. Qu’est-ce que cela veut dire ? 

Que peut-il bien attendre de ces marginaux, de ces hors-la-loi de Dieu ? Sans compter qu’en mangeant avec les publicains et les pécheurs, Il se met à dos les chefs religieux qui auraient dû être des alliés dans la grande réforme qu’Il est supposé instaurer. 

Pour les disciples de Jean, cette question demeure : Est-il Celui qui doit venir ?

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

L’expérience que vont faire ces disciples en voyant Jésus œuvrer, a dû, sans doute, provoquer un bouleversement intérieurement : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée !

Quel est le sens de ces signes ? Pourquoi, le Messie, reste-t-Il ainsi dans la pénombre avec les pauvres, errant de village en village, dormant à la belle étoile et se nourrissant de ce qu’on lui offre ? 

Pourquoi favorise-t-Il de miracles et de prodiges des personnes sans aucun « poids » religieux ou politique ? 

Avant de nous scandaliser de l’attitude des disciples du Baptiste, demandons-nous si cette question lancinante ne nous a pas traversés nous-mêmes, tant il est vrai que le Dieu que nous révèle Jésus-Christ ne correspond pas - ou si peu - à la représentation que nous nous étions faite du Tout-Puissant ! 

Pour beaucoup de personnes autour de nous, Noël reste une énigme, voire un scandale ! Dieu (avec toute sa force) se présente à nous en étant un enfant ! Allons, soyons sérieux ! C’est impossible !

Pourtant ! Dieu, dans la petitesse de l’Enfant de la crèche, vient jusqu’à nous en prenant notre condition humaine. Est-ce pour ne pas nous effrayer ? Nous redire que tout est possible ? Oui ! La logique de Dieu peut nous échapper, mais elle nous dit déjà sa pédagogie !

Tel est notre Dieu, et il n’en est pas d’autre. Il est Celui qui nous sauve !

Frères et sœurs, demandons, en ce temps de l’Avent, de nous laisser pétrir par ce mystère et de continuer à avancer dans la confiance, même si nous ne saisissons pas tout ! 

Demandons-Lui la grâce de garder un cœur ouvert et disponible pour accueillir sa présence !

                                                                                                                     Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 14 décembre 2020, 3e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 21,23-27. Psaume 24. Livre des Nombres 24,2-7.15-17ab.

Messe de Rorate.

 

Hier, nous avons été invités à vivre, d’une façon simple et intense, le Dimanche de la Joie. Quel que soit l’état de notre cœur, la joie que Jésus nous donne est bien réelle !

 Mais après la joie de ce dimanche, la polémique contre Jésus continue !         

Nous sommes dans l’évangile de saint Matthieu, au chapitre 21e. Que se passe-t-il ? Jésus est dans le Temple de Jérusalem et Il enseigne ! Enseigner ? Sans doute savez-vous que seuls quelques Rabbis sont autorisés à enseigner dans le Temple. Ce sont eux qui ont le privilège de transmettre, d'instruire le peuple ! Cependant, Jésus enseigne.

« Les grands prêtres et les anciens du peuple s’approchèrent de lui et demandèrent : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t’a donné cette autorité ? »

Littéralement, et nous entendons bien les questions qui sont sous-entendues : « Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Quelle est ton origine ? »

Jésus répond, à son habitude, par une contre-question ! En fait, Il demande simplement à ses détracteurs (aux grands prêtres et aux anciens) qu’ils se déterminent en vérité sur leur foi !

Les grands prêtres et les anciens du peuple, comme beaucoup de chrétiens aujourd’hui, essayent d’esquiver cette question embarrassante, car elle révèle une sorte d’ambiguïté dans leur vie de foi. 

       Nous entendons chez eux, comme aussi peut-être chez certaines personnes que nous connaissons, comme une division intérieure. Il m’arrive assez souvent, lors d’un repas ou d’une rencontre, de demander directement à une personne baptisée : « Crois-tu que Jésus vient nous sauver ? », ou encore, à l’approche de ces fêtes : « Quel sens donnes-tu à Noël ? Quel est le cadeau que Jésus veut te faire ? » J’ai souvent cette réponse un peu alambiquée : « Oui, je le crois. » Mais aussi souvent : « Plutôt un oui, mais… ! » Bref, la réponse que j’entends régulièrement dit l’inverse et son contraire : « Oui, je suis baptisé. Oui, je suis croyant, mais non-pratiquant ! » 

Aujourd'hui, encore, pour certains croyants, je constate des réflexes de fermeture ou des allergies plus ou moins conscientes qui les empêchent d'accueillir en vérité le message de vie de Jésus ! Pour d’autres, des contradicteurs de tous bords (des responsables politiques, des agnostiques, athées, idéologues, et bien d’autres…) voudraient faire taire volontairement le Christ, étouffer sa Parole, accuser l’Église de biens des maux et ridiculiser les chrétiens…

Et nous qui sommes croyants, comment est-ce que nous nous déterminons vis-à-vis de Jésus ? Je suis souvent impressionné par l'ampleur des actions qui montre un combat qui dépasse notre condition humaine et qui met en évidence le déchaînement des forces du Mal contre notre Seigneur !

Littéralement, ce qui s’est passé il y a deux mille ans, le combat contre Satan, contre le Mal, continue encore aujourd’hui ! Cependant, nous croyons que le Christ est vainqueur, et si nous en sommes vraiment persuadés, rien ne peut nous toucher ! 

Alors, à mon niveau que puis-je faire ? Peut-être déjà, affirmer ma fidélité au Christ comme nous le faisons ce matin en venant à l’eucharistie, en témoignant de ma foi, en me mettant au service ! Parfois, il suffit de peu de choses, un sourire, une main tendue…

Ma vie témoigne-t-elle clairement de ma conviction que Jésus est descendu du Ciel, qu’il est le Fils de Dieu, que le plus grand cadeau que je puisse recevoir à Noël, c’est : sa vie, sa présence concrète dans ma vie ? Qu’il nous montre le chemin vers le Ciel, vers son Père et notre Père et, qu’ensemble, en communauté, nous pouvons rester ferme dans la foi et la prière…

Frères et sœurs, que cet Avent soit pour nous l'occasion d'un sursaut d’espérance, d'un surcroît de confiance, en vérité. Approchons-nous de Lui encore plus, puisqu'Il veut nous enseigner, nous faire comprendre qui Il est. Plus encore, Il veut nous nourrir par son Eucharistie !

Demandons-lui la grâce de vraiment nous préparer à Noël : « Parle-nous encore, Seigneur, avec l'autorité du Père, toi qui as les Paroles de la Vie éternelle ! »

Fais-nous attendre et hâter par la foi le jour de Ta présence, le jour de Ta gloire.

Demandons cela pour chacun de nous, personnellement, en famille, en communauté, en paroisse et pour le monde, en vérité !                                          

                               Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 13 décembre 2020, 3e  dimanche de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon Saint-Jean 1, 6-8.19-28 Livre du prophète Isaïe 61, 1-2a.10-11.

Cantique (Luc 1).

Deuxième lettre de saint Pierre aux Thessaloniciens 5, 16-24. 

Dimanche de Gaudete.

 

Chers amis, en étant attentifs aux différentes lectures de la liturgie de ce dimanche, vous avez, sans doute, pu vous apercevoir qu’elle est parcourue par un fil d’or : celui de la JOIE

Ce fil d’or est un fil ténu, mais bien réel ; il éclaire, à qui sait le découvrir, d'un discret éclat les nuits sombres de notre existence. Nous allons essayer ensemble de le repérer.

Une précision importante s’impose cependant ! La joie ne provient pas d’abord du pouvoir d’achat. Je sais bien que nous le savons tous, et que c’est une évidence… De nombreux témoignages montrent qu’elle ne se rencontre guère dans les pays parvenus à un haut niveau de vie et parmi les populations aisées. Ce serait même l'inverse que nous constatons si nous avons eu l’occasion de parcourir le monde et de rencontrer différents peuples : des pauvres (selon nos critères) rayonnent de joie alors que beaucoup d'autres, richement comblés, ne la trouvent pas. C’est juste un constat !

Quelle est donc cette joie ? Laissons le prophète Isaïe, Jean-Baptiste, Paul et la Vierge Marie nous l’apprendre.

Selon l'opinion courante, la joie serait le sentiment d'être rassasié, d'être en possession de ce que l'on convoitait, d’être encensé… Dès lors qu’on peut se procurer et jouir de ce que l’on ambitionne, nous ressentons du plaisir. Mais, nous l’avons déjà tous remarqué, ce plaisir est souvent éphémère et, passé le moment de plaisir, reste comme un vide en nous-mêmes qui nous laisse foncièrement insatisfaits. Là, ne réside pas la joie ! 

Je vous donne un exemple personnel, mais que beaucoup d’entre vous ont dû vivre. J’ai un cadeau à choisir : je réfléchis aux goûts, à la personnalité de la personne qui va le recevoir et je me mets en quête de ce présent. Il y a une vraie satisfaction à rechercher, à décider quel sera le cadeau et j’éprouve le plaisir par anticipation de trouver le bon cadeau à offrir, à imaginer le regard brillant de celui qui va le recevoir : excitation intense de ce moment ! Sitôt le cadeau offert, un vide s’installe, nous passons vite à autre chose. Pour entretenir cette joie, nous réfléchissons au prochain cadeau qui ferait plaisir… Nous surfons sur quelque chose qui, de fait, reste illusoire.

Quelle est donc vraiment cette joie ? Au fond de chacun de nous, il y a une joie véritable à laquelle nous aspirons, toute notre vie ! La joie véritable vient de la rencontre de l’Autre, (c’est-à-dire de Dieu, de Celui qui notre Créateur, de Celui qui nous a créés par amour) et à travers les autres. En reprenant les trois lectures que nous avons entendues, cette « Joie » est introduite ainsi : 

-        Elle pétille dans la « nuptialité » nous dit Isaïe lorsque cet Autre « m'a enveloppé du manteau de l'innocence, il m'a fait revêtir les vêtements du salut, comme un jeune époux se pare du diadème, comme une mariée met ses bijoux » (1re lecture). 

-        Elle éclate en chant et en danse dans le Magnificat de Marie, dans le psaume : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s'est penché sur son humble servante ! »

-        Elle est le fruit de la rencontre de Dieu dans la prière, ajoute saint Paul : « Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c'est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus » (2e lecture).

Jean-Baptiste, dans l’évangile, est le prophète qui se tient en marge du système de consommation et d’un paraître : vêtement en poils de chameau, quelques sauterelles grillées en alimentation. Il puise sa joie ailleurs que dans ce qui nous complique souvent l'existence. Il se présente d’une façon simple, comme une voix qui crie dans le désert. 

C’est ainsi que Jean prête sa voix à Dieuil en est le “résonateur“, et sa voix dit une joie intime : Dieu vient visiter son peuple ! Jean est dans la plénitude d’une vie totalement libre et totalement habitée par le Sauveur.

Sa joie est de dire que le Messie est déjà présent, qu’Il est l’Envoyé du Père. Jean insiste : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. » Jean s’efface complètement ! Sa joie est d’être simplement tout à Lui ! 

Sa rencontre du Messie est une indication précieuse de la Vraie Joie ! Elle est dans cet échange d’un Amour reçu et donné ! Elle est aussi particulièrement dans le don de soi et le service accompli ! Plus encore, l’invitation est d’entrer dans la joie même de Dieu ! Bien souvent, c’est dans la relecture paisible de toutes mes années d’existence, même dans les moments douloureux, que ces « joies » tracent un fil d’or ! Par exemple : j’ai aussi l’intuition de cette joie intérieure au moment même où Jésus dira du haut de la Croix « Tout est accompli » !

C’est cette audace qui anime la joie de Jean le Baptiste ! Ce n’est pas celle d'une possession illusoire, mais celle de tout recevoir de l’amour de Dieu. C’est cette joie qui surgit en nous lorsque nous tendons l'oreille de notre cœur à la voix du Christ. C’est également la joie de la rencontre du Dieu vivant, dans la prière qui se prolonge dans une vraie relation aux autres. C’est ce que nous essayons de vivre du mieux dans nos communautés paroissiales.

Chers frères et sœurs, nous ne sommes pas naïfs et nous connaissons bien le contexte actuel, combien ce temps est pesant, difficile ; nous ne comprenons pas tout, nous sommes bridés dans nos libertés sans savoir vraiment où nous allons… 

Nous ne pourrons pas entrer dans la joie de Noël sans passer par une certaine expérience de pauvreté et même de renoncement, à l'école de Jean le Baptiste.

À Bethléem, Dieu arrive comme un pauvre et il nous faut un cœur de pauvre pour nous réjouir avec Marie, Joseph et les bergers. Nous cherchions peut-être Dieu dans la santé, la réussite professionnelle, l’amitié ou le bonheur de vivre : bien sûr, heureusement, Il est dans tout cela ! Jésus Sauveur est toujours présent ! Soyons-en assurés !

De même, il est toujours présent en nous soutenant, particulièrement, au sein de toutes sortes d’épreuves que nous traversons (maladie, précarité, situations familiales difficiles…), Jésus Sauveur, est là, proche de chacun ! Plus mystérieusement, Il demeure la source de la seule joie que personne ne pourra nous ravir, celle du Magnificat des pauvres, celle de cet émouvant Jean Baptiste heureux de n’être que le témoin de la lumière. 

Alors, que vivrons-nous à Noël ?

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai lu dans la presse, après l’annonce de Premier ministre qui annonçait un certain déconfinement : « On a sauvé Noël ! »

Ne nous trompons pas ! Chers frères et sœurs, c’est plutôt Noël qui vient nous sauver dans la venue du Seigneur !

Tel est le fil d’or que je portais dans ma prière ces derniers jours, et que je vous souhaite de découvrir et de voir traverser la trame de nos vies !

Puissions-nous, toujours en ce temps de l’Avent, entrer plus profondément dans cette joie que Dieu nous propose !

                                                                                                                             Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 9 décembre 2020, 2e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 11, 28-30. Psaume 102. Livre du prophète Isaïe 40, 25-31.

 

Voici l’invitation surprenante que nous recevons ce matin !

     « Venez à moi, prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples… »

Pourquoi Jésus parle-t-il de joug ? Que signifie prendre le joug de Jésus ?

Ce sont des questions pour nous pouvons nous poser.

Si l’on y regarde de plus près, un joug n’est pas forcément un fardeau à proprement parler. Effectivement, c’est un poids, parfois lourd, mais dont la fonction est aussi une aide !

Physiquement qu’est-ce qu’un joug ? Sans doute avez-vous à l’esprit cet exemple : le joug est une barre de bois posée sur le dos des bêtes attelées afin qu’elle les aide à tirer plus facilement leur charge. C’est bien là son but ! Être ensemble ou à deux au moins, pour œuvrer et avancer !

Le joug est donc une réalité, mais aussi un moyen !

Je vous propose un autre exemple, pour mieux comprendre ce que certains peuvent éprouver dans les études : 

Il est des maîtres d'école ou des professeurs qui savent, par leur douceur, leur pédagogie, faire aimer les mathématiques ou le grec… là où d'autres, au contraire, par leur aigreur, leur intransigeance, les font détester. Le poids du joug n'est pas dans le joug, il est dans l'attitude du maître qui nous le propose. Rappelez-vous l’école, il y a quelques années où les cours que nous avons reçus pouvaient être un poids pour certains écoliers ; le joug des études !

- Un maître doux et humble ne peut que proposer un joug doux et humble, et ce joug sera simplement celui de devenir disciple, un joug facile à porter, car le maître souhaite, avant tout, que son disciple devienne peu à peu son égal. 

- Alors qu’un maître dur et orgueilleux ne pourra proposer, lui, que le joug de l'esclavage.

Autrement dit : en nous proposant, SON JOUG, en étant côte à côte avec Lui, Jésus, doux et humble, nous offre de l’aide pour porter le poids de la charge et avancer dans l’annonce de la Bonne Nouvelle ! Dans tous les cas, ce joug est prévu pour être porté à deux : Jésus et moi ! 

Mais là, Jésus apporte une précision pour aller plus loin ! Il dit : « mon joug » ! C’est bien SON joug qu’il nous invite à porter un peu avec Lui ! Il est celui qui y est attelé en premier et Il nous propose la place à son côté, près de Lui. Les fermiers le savent : lorsque deux bêtes reliées par un joug tirent une charge, il y en a toujours une, plus forte, plus audacieuse, plus robuste, qui marche légèrement en avant de l’autre. Jésus est bien celui qui est le plus déterminé, le plus robuste et le plus audacieux !

Il nous appartient donc d’aider, à notre façon, avec nos propres forces, Jésus à porter son joug. N’oubliez pas et c’est la finale de la première lecture du prophète Isaïe : « Tous ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles ; ils déploient comme des aigles d’aigle, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer.» 

C’est précisément ce que fait Jésus avec chacun d’entre nous, si nous acceptons de devenir ses disciples, en mettant notre confiance en Lui ! Frères et sœurs, soyons prêts à répondre dans la joie à cette invitation et demandons à Jésus la force de répondre !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 7 décembre 2020, 2e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 5, 17-26. Psaume 84. Livre du prophète Isaïe 35, 1-10.

Messe de Rorate.

 

Nous connaissons bien ce récit de la guérison d’un homme dans un brancard que ses compagnons font passer par le toit pour qu’il voit Jésus. Nous pouvons parfaitement bien imaginer la scène : Jésus est en train d’enseigner à une foule nombreuse, puis ces quatre hommes qui portent sur une civière, un homme paralysé… L’audace de ces porteurs et ensuite la force du pardon de Dieu et les péchés qui sont remis.

Je souhaite, ce matin, m’arrêter sur un petit point, mais si important ! Je veux parler de quelque chose qui nous arrive assez régulièrement.

Que se passe-t-il ? Les quatre hommes sont arrêtés par une foule nombreuse ; impossible de passer ! Obstacle, difficulté contrariante, porte qui se ferme : j’aimerais bien avancer vers Jésus, mais je ne le peux pas, la foule m’empêche de passer et de plus des murs se dressent tout autour de moi…! Bref : j’ai un problème…

 De fait, un obstacle me bloque ! C’est un constat ! Comment faire ? Je ne peux pas avancer !

Cette situation de blocage nous arrive assez souvent dans notre vie.

- De fait, il y a des obstacles qui sont des causes extérieures, parfois imprévisibles, des situations pour lesquelles je ne peux rien, si ce n’est (quand c’est possible) d’essayer de les contourner, d’être imaginatif. C’est ce que font les porteurs qui décident de passer par un autre chemin, pourtant difficile ! Ils sont très ingénieux ! Ils grimpent sur le toit, déplacent quelques tuiles et font descendre, on ne sait trop comment, le brancard juste devant Jésus. 

Nous connaissons l’adage : « une porte se ferme, une fenêtre s’ouvre ! » C’est une phrase que nous pourrions mettre en application, charge à nous de trouver des personnes ingénieuses pour nous aider.

- Mais il arrive que ces obstacles soient propres à nous-mêmes ! C’est nous-mêmes qui mettons des limites ! Le chemin est libre, possible, peut-être un peu ardu, mais c’est moi-même qui me bloque. C’est nous qui nous arrêtons… nous qui baissons les bras !

Là, se trouve un vrai combat, un combat spirituel.

Le Seigneur veut pourtant me consoler (comme nous l’a dit, hier, le prophète Isaïe, dans la première lecture), mais je me heurte à des difficultés qui m’enferment sur moi-même : difficultés matérielles, financières, des situations de solitude, de fermetures aux autres, de découragement… Là aussi, vous n’imaginez pas le grand nombre de fois où j’entends : « Mon père, je suis nul, je ne vaux rien. » Quelle erreur ; nous avons tous une immense valeur : personne ne peut être nul ! Ne nous décourageons jamais !

Comment écarter ces obstacles pour nous ouvrir à la consolation que le Seigneur veut nous donner ?

Il nous faut nous dépouiller, sans doute, être aidés pour quitter nos peurs, quitter nos égoïsmes, quitter ces sentiments qui obstruent notre fort interne : l’amertume, les plaintes, les blessures … pour que cette consolation que Dieu veut donner puisse advenir. Peut-être pouvons-nous prendre le temps d’un examen de conscience : comment est mon cœur ? Pourquoi ai-je, en moi, quelques amertumes ? Pourquoi suis-je triste ? Suis-je tourné vers la louange ou vers la plainte ? Suis-je capable d’aider les autres ? Est-ce que j’ose demander de l’aide ? Et puis, depuis combien de temps est-ce que je ne me suis pas confessé ? N’y aurait-il pas quelque chose qui viendrait encombrer mon cœur : un poids, une blessure, une offense ?

Nous l’entendons dans l’évangile d’aujourd’hui : le Seigneur donne son pardon, Il remet les péchés.

Il faut à ce moment-là  un vrai « courage » ! Oser demander au Seigneur la grâce du courage parce que, dans le courage, déjà, Il vient lui-même nous consoler. 

Ce courage peut venir du dedans de nous, mais parfois aussi il peut être insufflé par des amis, des paroissiens, des frères et des sœurs en Christ.

     Je sais que ce n’est pas toujours simple, pas toujours facile de se laisser consoler, d’accepter de montrer une faiblesse ! Pour beaucoup, il est plus facile de consoler les autres que de se laisser consoler. Ne restons pas abattus ! Ne restons pas seuls sur notre propre brancard, comme le paralysé de l’Évangile, isolé, là-bas, sans capacité de se lever. 

Il me faut entendre : “Lève-toi” !

 C’est la Parole de vie de Jésus, celle que le Seigneur veut donner à chacun de nous, cette Parole qui retentit même au-delà de la mort : “Lève-toi !” ».

Ne l’oublions pas : même la mort n’est pas un obstacle.

Quand le Seigneur nous dira : “Lève-toi !”, ce sera le temps de la Résurrection, pour chacun de nous.

Voilà ce que nous pouvons retenir ce matin : parole de consolation, parole d’espérance !

Nous, qui sommes dans l’obscurité de cette église, n’oublions pas que le soleil qui se lève, c’est le Christ Lui-même, notre lumière !         

                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 6 décembre 2020, 2e  dimanche de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Marc 1, 1-8. Livre du prophète Isaïe 40, 1-5.9-11. Psaume 84. 

Deuxième lettre de saint Pierre aux Corinthiens 3, 8-14.

 

Frères et sœurs, chers amis,

           Déjà dimanche dernier, pour reprendre la parole du prophète Isaïe qui l’affirme, nous avons été consolés par notre Seigneur, nous avons pu vivre ensemble l’eucharistie, prier ensemble ! « Consoler, consoler mon peuple… » dit Isaïe. Je ne le sais pas pour vous, mais après ce long confinement, j’éprouvais un grand désir de retrouver, à nouveau, notre fraternité et de vivre enfin l’Eucharistie en communauté paroissiale. C’est pour moi une grande joie et une belle consolation ! Dimanche dernier, l’invitation des lectures était claire : 

Être des veilleurs ! Car nous attendons, selon la promesse du Seigneur,
un ciel nouveau et une terre nouvelle ! (Lettre de Saint-Pierre)

Pour cela : ne nous laissons pas voler la joie de Noël !

 

Aujourd’hui, 2e dimanche de l’Avent, Jean le Baptiste nous pose une question essentielle : 

Comment préparons-nous la venue du Seigneur ?

Comment préparons-nous notre cœur à accueillir d’une façon renouvelée,

 la venue du Seigneur dans notre vie ?

Cette question est pertinente, car l’actualité sanitaire nous oblige, malgré nous, à vivre ce temps de l’Avent et Noël, autrement ! Comme vous, je constate que nos repères et nos habitudes sont bousculés !

            Alors, comment répondre à l’invitation de Jean ? 

Relisons les textes…

            Dans la première lecture du prophète Isaïe, nous entendons : « Tracez droit dans les terres arides une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets en large vallée ! »

       De fait, et nous le ressentons bien, c’est une image qui nous est proposée. Pour illustrer ce texte, nous avons ici comme une photo de l’intérieur du cœur de l’homme, plus exactement, un instantané de nos chemins de vie !

Que voyons-nous ? 

  • En vérité, nous pouvons y voir des chemins pas toujours droits, des lieux parfois abîmés par la vie, par des blessures, par notre histoire… des inégalités de terrains liés à notre personnalité, des creux, des précipices !
  • Les ravins sont nos occasions de chute, nos situations de péchés, mais aussi des lieux dominants, des points forts. Des moments de joie, mais aussi des moments sombres et difficiles ! 
  • Les montagnes, les collines sont les lieux habités par nos appétits de pouvoir, de puissance, de domination, d’orgueil… qui peuvent nous éloigner de l’autre et même nous isoler ; et nous nous sentons seuls…

Toutes ces situations anciennes ou actuelles qui marquent mon existence, les bouleversements de ces derniers mois, peuvent rendre difficile, où comme bloquer, l’accueil du Sauveur en nous ! Je constate qu’il n’est pas rare, dans l’église, durant la journée et au long des rencontres et discussions, d’entendre des personnes qui ont le cœur lourd, chargé, morose, un cœur qui a du mal à se réjouir des fêtes à venir.

Alors, nous retrouvons cette question : comment nous préparer en vérité ? 

Une prise de conscience, un changement, une conversion est nécessaire ! Pour reprendre l’image du prophète Isaïe, il nous faut combler les creux et égaliser les “bosses chaotiques“ du terrain intérieur de notre âme, de notre intelligence, de notre affect, plus particulièrement parvenir à unifier notre vie et la pacifier…

Dans l’Évangile, saint Marc nous rappelle donc l’urgence d’une vraie conversion. Pour cela, il fait mention de deux baptêmes : il y a le baptême de Jean le Baptiste et l’annonce du baptême de Jésus.

Le baptême de Jean-Baptiste est un baptême d’eau. Saint Marc nous dit : « Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. » Tout d’abord, notons que Jean attire à lui une foule nombreuse en attente qui cherche à changer, à se convertir. Le baptême de Jean-Baptiste consiste donc à se reconnaître pécheurs et à confesser publiquement son péché, ses manquements. 

Ne croyons pas qu’il était plus simple hier de se reconnaître pécheurs ! Pour nous aussi, il est vrai qu’il faut du courage, un certain degré de vérité sur soi-même et de l’humilité, pour accepter de reconnaître son péché… Particulièrement aujourd’hui peut-être, où nous sommes dans une société individualiste où il est interdit d’interdire (souvenez-vous du slogan de mai 68) où, « chacun fait ce qu’il lui plait »(1982), en oubliant que celui qui est à côté de moi a besoin (et surement !) de moi…

       Reconnaître ses péchés ! De fait, notre liturgie catholique résiste à l’air du temps et nous invite avec réalisme, à réfléchir aux conséquences de nos actions : en parole, en pensée, par action et omission !

Nous vivons cette première étape au début chaque messe dans le rite pénitentiel, notamment à travers la prière du : « Je confesse à Dieu » et du chant du Kyrie. Seigneur, prends pitié ! Ô Christ, prends pitié ! À cet instant, nous nous reconnaissons publiquement pécheurs. Nous n’énumérons pas nos péchés, mais nous reconnaissons que nous avons besoin de la miséricorde de Dieu.

Mais, comme pour le baptême de Jean-Baptiste, tous les péchés ne sont pas remis (vous connaissez, je pense, la distinction entre les péchés véniels et ceux qui sont mortels). Au début de chaque eucharistie, nous sommes pardonnés des péchés véniels. C’est le baptême de Jésus qui accomplira le rite préparatoire du Précurseur ; lui-même le dit : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi. Moi je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

Le baptême administré par Jésus sera un baptême dans l’Esprit Saint qui remettra tous les péchés. Cela est vrai, nous avons été baptisés, j’ai été baptisé, mais je reste libre, et comme le dit saint Paul, je suis capable du Bien comme du Mal ! Alors, se pose à nous une deuxième question par rapport à ma conversion : parce que mon péché demeure, est-ce que je suis disposé à recevoir le pardon sacramentel 

Cela veut dire en clair : est-ce que je me confesse régulièrement ?

           En cette deuxième semaine de l’Avent, la liturgie nous invite à regarder quels sont, dans notre vie, les pardons qui n’ont pas été demandés, ceux qui nous blessent ou ceux qui ont pu blesser l’autre. Depuis combien de temps n’avons-nous pas reçu le sacrement du pardon ? Je vous rappelle qu’il y aura des confessions avant Noël. Tout au long de la semaine, des prêtres sont disposés à vous écouter et à vous donner ce beau sacrement du pardon, afin que ce qui est compliqué ou douloureux dans notre vie soit apaisé, unifié par Dieu. Ne passons pas à côté de la libération, de la paix et de la consolation que Dieu veut nous offrir… pour retrouver une paix intérieure.

Ne nous laissons donc pas voler la joie de Noël par le virus et ses conséquences ! Mais ne nous volons pas, nous-mêmes, cette joie en gardant un cœur encombré par la tristesse et le péché ! Pour le virus, je ne sais trop que faire, mais je peux agir, déjà, pour retrouver la paix dans ma vie personnelle.

Frères et sœurs, soutenons-nous les uns les autres, dans notre propre conversion, pour témoigner, édifier notre paroisse, notre famille, donner à voir le visage du Christ et vivre ensemble, vraiment la joie de Noël ! 

C’est la grâce que nous pouvons demander pour chacun de nous : puissions-nous accueillir la consolation et la miséricorde de Dieu !

                                                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 2 décembre 2020, 1re semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Matthieu 15, 29-37. Psaume 22. Livre du prophète Isaïe 25, 6-10a.

 

Nous entendons aujourd’hui, des textes qui sont réconfortants ; ils nous redisent le désir de Dieu de nous nourrir(Première lecture avec les festins fabuleux qu’Isaïe nous annonce), ou dans le psaume où le berger prend soin de chacune de ses brebis, ou encore dans l’évangile où nous imaginons de grandes foules qui accourent vers Jésus et Jésus qui est attentif à cette foule.

Quelle est cette foule diverse que Jésus rencontre ? … Boiteux, aveugles, estropiés, muets… mais sans doute aussi, celles et ceux qui les accompagnent… Bref, une vraie cour des Miracles ! Tous sont affamés, assoiffés, pas seulement de pain, pas seulement d’eau, mais aussi de la Parole et des gestes de consolation et de guérison de notre Seigneur.

Face à tous ces gens qui viennent à lui, Jésus sent monter en lui un sentiment de « pitié », plus exactement, le texte grec nous dit que Jésus est bouleversé intérieurement, remué jusqu’au plus profond de ses entrailles. Lorsque l’on sait qu’en hébreu « entrailles maternelles » et « miséricorde » ont la même racine, la conclusion s’impose : Jésus est bouleversé de voir cette foule !

Devant la souffrance de ces hommes et de ces femmes, douloureux héritage du péché des origines, Jésus est ému jusqu’aux entrailles. Il n’a qu’un seul désir : les sauver et les rétablir dans leur dignité de fils et de filles de Dieu. C’est le sens de toute sa vie et de sa venue sur cette terre ! C’est sa mission : rétablir chacun de nous dans la dignité de fils et de filles de Dieu, et ceci au-delà de toute maladie et de toute misère !

Autant que possible, Jésus va guérir ces hommes et ces femmes, de leurs maladies physiques et de leurs maladies psychologiques ; chasser les Démons. Mais cela ne lui suffit pas. Il veut aller plus loin : leur donner à manger.

De fait, nous n’avons pas le détail de ses enseignements ! Mais nous avons des indications très précises qui nous entrainent dans un contexte pascal : il y a le « lac » (Appel des disciples et l’annonce du Royaume), « la montagne à gravir » (les Béatitudes, la prière, le Golgotha) et puis la mention de ces « trois jours » (qui annoncent sa Pâques) !  

Ces trois jours évoqués par Jésus sont importants : ils nous redisent que nous sommes dans un contexte pascal : mort et résurrection. Ils traduisent qu'il ne s'agit pas simplement pour la foule de venir se faire guérir. Elle veut demeurer auprès du Christ, vivre de sa présence. Rester auprès du Christ est bien le désir des foules.  

Au bout de ces trois jours, le Christ leur donne le pain qui leur permettra de ne pas défaillir en chemin. C'est l'Eucharistie, pain de la route, Présence réelle du Christ, Corps du Christ, qui nous permet à nous aussi de ne pas défaillir en chemin et de rester dans la présence de Celui qui est source de toute guérison. Nous savons bien que le mois de confinement que nous venons de vivre, sans pouvoir nous nourrir du Corps du Christ, nous a fait défaillir. Nous avions faim de Lui !

Ayons donc à cœur de nous nourrir de l'Eucharistie, non seulement le dimanche, mais aussi en semaine, comme vous le faites aujourd’hui.

Je termine avec un dernier point ! Remarquons encore que le Seigneur part de ce que nous lui donnons : sept pains et quelques petits poissons, autrement dit, pas grand-chose de ce que nous possédons. Et nous ? Qu’avons-nous à proposer ? Que portons-nous dans notre besace ?

Et bien, même de ce pas grand-chose, ce peu que nous avons, le Seigneur veut en avoir besoin. Jésus veut avoir besoin de l’offrande de nos vies unie à sa propre offrande pour nous sauver et sauver le monde. Il veut nous associerd’une façon toute particulière au mystère de la Rédemption. Dit autrement : ce que nous vivons n’est pas magique, mais il faut que nous apportions un peu de nous-mêmes pour que le Seigneur puisse faire des miracles !

Frères et sœurs, demandons au Seigneur de nous aider à donner tout ce que nous sommes pour qu’Il vienne transformer nos vies !                                                                    

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 30 novembre 2020, 1re semaine de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 4, 18-22. Psaume 18a. Lettre de saint Paul aux Romains 10, 9-18.

 

"Venez, suivez-moi", dit Jésus.

Jésus prononce ces mots deux fois en marchant au bord de la mer de Galilée. À ces invitations, quatre hommes le suivent, quatre hommes qui vivaient de la pêche. Quatre gaillards sans doute solides, professionnels et aussi des chercheurs de Dieu. 

Ne croyons pas que cet appel s’est arrêté au bord du lac de Galilée… non, l'appel de Jésus est toujours d’actualité et il nous concerne tous. Sans aucun doute, à un moment précis de notre existence, nous l’avons entendu ! Dans notre vie à tous et à toutes, Jésus est passé et il passe, en disant sans cesse : "Toi, viens, suis-moi!"

Que nous soyons célibataires, fiancés, mère ou père de famille, religieuse ou consacrés, artisan, employé ou moine, prêtre, l'évangile d'aujourd'hui fait retentir dans notre vie, et donc dans notre cœur, l'appel de Jésus. Ce n’est pas un appel anodin, mais plutôt un appel profond, un appel amoureux !

Essayons donc de comprendre, à partir de l'exemple des Apôtres, ce que le Maître attend de nous.

Premier Enseignement : il est clair, tout d'abord, que c'est bien Jésus qui appelle.

"Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, dira Jésus lors du dernier repas : mais c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez, vous, et que vous portiez du fruit" (Jn 15,26).

L’appel de Jésus est sobre, sans artifice ni effets spéciaux, sans séduction particulière ! Notons que ce n'est pas nous qui faisons cadeau à Dieu de notre vie. Ce n’est pas nous qui avons fait à Jésus l'honneur de le suivre, mais c’est Lui qui nous fait cadeau de Sa vie, en nous invitant à Le suivre ! C’est Lui qui nous a fait suffisamment confiance pour nous prendre à son service.

Quand Jésus appelle, il nous faut accepter certaines ruptures. C'est là un deuxième enseignement que nous suggère l'exemple des premiers Apôtres : ne dit-on pas que choisir, c’est renoncer !

À l’appel de Jésus, ils ont tout quitté, leurs filets, la barque, leur père dans la barque. Ils ont vécu là une rupture avec leur métier, avec leurs habitudes, leur gagne-pain et une certaine forme de sécurité. Ils ont dû accepter de lâcher l'avenir prévu, préparé (qui semblait tracé pour eux) et les filets apprêtés pour la pêche selon des techniques longuement éprouvées ; et cela pour suivre Jésus.

À travers les ruptures, c'est bien notre vie qui continue, c’est bien une réponse personnelle à donner à Jésus, en confiance ! Même si pour chacun, chacune d'entre nous l'appel de Jésus apporte un changement dans notre façon d’être ou de faire et qu’il demeure un mystère, il nous faut le découvrir et l’approfondir dans la prière. Le mystère des choix de Dieu reste bien souvent surprenant !

C'est le mystère des choix de Dieu, de Dieu qui est libre, profondément libre, divinement libre ! C’est Lui qui sait à la fois le bonheur qu'il nous offre et l’invitation qu'il nous propose.

Ce « Viens, suis-moi ! », fait de nous des appelés heureux, des baptisés qui fondent leur vie dans une amitié avec le Christ, bref des passionnés de Jésus Seigneur. Il est le lieu d’un vrai bonheur, d’une profonde joie ! 

Dans les jours qui viennent, en ce début de l’Avent, je vous propose de faire mémoire des petits et des grands appels reçus, de les redécouvrir et de réfléchir pour comprendre comment ou si nous y avons répondu. Soyons toujours dans l’Action de grâce, car Dieu n’a pas fini de nous surprendre et de nous appeler, sans se lasser.

Frères et sœurs, mettons-nous à la suite du Christ !

                                                                                                             Ainsi soit-il !

image

Homélie du dimanche 29 novembre 2020, 1er dimanche de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 13, 33-37. Livre du prophète 63,16b-17.19b ; 64,2b-7.

Psaume 79. Lettre de saint Paul aux Corinthiens 1, 3-9.

Frères et sœurs, nous ne sommes peut-être pas nombreux ce matin – environ la trentaine autorisée par la loi en ce temps de confinement – mais en repartant tout à l’heure de cette église saint Louis, j’aimerais que nous soyons des témoins audacieux d’une joie et d’une vraie espérance !  Alors, je le redis à tous avec force :

Ne nous laissons pas voler notre joie ! Ne nous laissons pas voler notre espérance !

Gardons cette joie et cette espérance dans notre cœur !

Nous le savons, les temps que nous vivons ont, pour beaucoup, une tonalité particulière de peine et d’angoisse, peut-être même de colère. Cette pandémie nous soumet à des contraintes qui nous bouleversent indiscutablement : modes de vie confinés, habitudes bouleversées, peur de l’autre et des contacts, manque de proximité dans nos rencontres familiales, paroissiales, fraternelles qui nous font cruellement souffrir… N’oublions pas les familles touchées par la maladie ou un décès ! Je suis marqué aussi par le dévouement des soignants et des accompagnants.

Bref, nous le constatons, de jour en jour, de semaine en semaine, cependant, nous restons proches de tous celles et ceux dont l’horizon s’assombrit professionnellement, humainement, socialement…

C’est donc dans ce contexte bien particulier, que nous entrons dans la sobriété audacieuse de ce temps de l’Avent :temps de l’attente, de la promesse, temps de l’espérance ! …Noël marque dans le concret de notre existence cette nouveauté extraordinaire !  Ce temps où le Christ déjà venu nous annonce sa re-venue ! La question est sur toutes nos lèvres : que sera Noël cette année ? C’est vrai, nous étions habitués à un Noël à notre mesure, selon nos habitudes et nos souhaits, au point d’oublier parfois l’essentiel de cette extraordinaire Nativité ! Sans doute, nous faudra-t-il vivre un Noël différent, plus intime, plus profond…

Plus que jamais, dans ces bouleversements nous avons besoin de nous poser, de réfléchir, de discerner en évitant toutes divisions, sans entrer dans des colères dévastatrices ou des rancœurs, car le risque serait de nous renfermer sur nous-mêmes, de nous replier sur nous-mêmes… 

Oui, ne nous laissons pas voler notre espérance !

Aujourd’hui, avec cette couronne de l’Avent devant l’autel, cette première bougie allumée est, un peu, comme une balise pour garder le cap !

La première étape sur ce chemin que nous recevons du Christ est un appel pressant !

VEILLEZ ! Voilà le maitre mot de ce dimanche : VEILLEZ !

Mais veiller à qui ? Veiller à quoi ? Veiller : qu’est-ce que c’est ?

Veiller, ce n’est pas attendre. Ce n’est pas qu’attendre. 

Veiller ne peut pas être réduit à une attente passive ou somnolente !

Il me semble que deux éléments constituent la notion de « veille », deux éléments qui font de nous des veilleurs.

Veiller : c’est être vigilant dans une situation particulière : celle de la nuit ! Cette vigilance devient d’autant nécessaire que l’obscurité, généralement, nous prive des repères habituels !  Il nous faut donc être vigilant parce que notre capacité de discernement, d’analyse, de vision est moindre du fait d’une certaine opacité. Cette vigilance au cœur de la nuit nous rappelle l’expérience commune de tout homme à certains moments de son existence et cette certitude : « Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment ! »

Cela est vrai pour la « veille » au sens propre et c’est vrai aussi pour la « veille » au sens métaphorique employé par Jésus dans la parabole de l’évangile.

La nuit, en ce temps de pandémie est bien d’actualité, elle est bien là ! Nous ne comprenons pas tout, sans trop savoir où nous allons. Cette nuit peut être aussi la nôtre, plus personnelle, quand je ne sais plus distinguer le bien et le mal, le chemin vers Dieu et le chemin qui me détourne de Lui !

Pour la Bible, et donc pour nous, la nuit signifie le temps des erreurs, des compromissions, des égarements, des excès et du mal, des tentations du Prince des Ténèbres.

C’est souvent dans la nuit que le voleur rôde et qu’il perce le mur de la maison pour y prendre les richesses matérielles et aussi notre richesse, notre espérance. La nuit peut être aussi le lieu des tromperies et des images déformantes ! C’est souvent dans la nuit que les hommes font ce qu’ils craindraient de faire en plein jour.

D’où vient cette nuit ? S’il fait nuit, c’est que la Lumière éclairant le monde n’est pas là. Elle n’éclaire pas tout homme. Elle n’éclaire pas encore complètement ma vie et mon devenir. Et, comme nous l’entendrons encore dans la nuit de Noël, nous sommes encore : « le peuple qui marche dans les ténèbres », « les habitants du pays de l’ombre ». (Lecture de la nuit de Noël (Is 9, 1-6))

Si nous sommes donc “dans“ la nuit, il est important de comprendre que nous ne sommes pas “de“ la nuit.

Nous ne sommes pas des fils des ténèbres, mais des fils de lumière, des fils du jour. Non pas des personnes apeurées ou craintives, mais des hommes et des femmes qui avancent d’un pas assuré et confiant dans la Parole du Seigneur. Nos interrogations et nos doutes ne sont pas un obstacle, mais une opportunité pour approfondir le projet de vie que nous avons reçu au jour de notre baptême.

 C’est le Christ qui vient éclairer notre vie et lui donner son sens ultime !

C’est pour cela que cette invitation à veiller résonne si fortement, c’est pour cela que vous êtes là ce matin ! En chacun de nous, nous portons ce désir de veille, c’est-à-dire de ne pas donner raison à la nuit, de ne pas nous soumettre à toutes les lois de la nuit, mais d’agir au cœur de la nuit comme si nous étions en plein jour. C’est cela le propre de l’action d’un veilleur. C’est cela que le Christ nous demande d’être, dans notre société, pour aujourd’hui.

 

Je termine, en ce temps de confinement, par deux attitudes du veilleur :

- Veiller, c'est entrer davantage dans la prière. C'est descendre plus profondément dans son cœur.  C'est consacrer plus de temps à la prière personnelle, à ce dialogue du cœur à cœur avec Dieu, ou comme le disait sainte Élisabeth de La Trinité lorsqu’elle était en prière : « Je me tais. Je l'écoute. Je l'aime. » C'est quitter les distractions, les évasions, les futilités du dehors, les peurs qui nous menacent, oser couper le rabâchage médiatique … pour entrer dans le sanctuaire de notre cœur profond où nous attend la lumineuse présence divine. 

Veiller, c'est aussi avoir les yeux grands ouverts, regarder les autres, et surtout les plus démunis, avec un regard purifié par la prière. C'est faire peut-être des dons généreux en argent pour les plus démunis, et aussi des gestes simples de solidarité qui sont autant d'actes d'espérance posés au-delà de la fatalité !

Notre évêque pour le temps de l’Avent nous invite à rester dans l’espérance et à prier une neuvaine, pour demander l’intercession de la Vierge Marie pour la fin de la pandémie. C’est aussi cette prière, cette veille que le Seigneur nous demande ! Vous la trouverez sur le site de la paroisse ou sur celui de notre diocèse. 

Marie nous apprend à être veilleurs, comme elle-même ne cesse de veiller sur chacun de nous ! Je termine en lisant cette prière avec vous :

 

image

 

Commentaire de l’Evangile du 33ème dimanche du temps ordinaire

Année A (Mt 25, 14-30)

Vous l’avez compris, le maître qui part en voyage après avoir distribué des talents à ses serviteurs et « qui revient longtemps après », c’est le Christ. Les serviteurs sont les disciples, c’est-à-dire les baptisés, et les talents sont les dons que Notre Seigneur nous confie.

Au temps de Jésus, le « talent » est une monnaie romaine, de grande valeur : un talent était un lingot en argent ou en or qui valait six mille deniers. Un denier était, pour un soldat romain, le salaire d’une journée de travail.

Un talent, c’est donc l’équivalent du salaire de six mille journées de travail, vingt années environ… Une fortune !

Le premier et le deuxième serviteur qui ont reçu respectivement cinq talents et deux talents en présentent le double au retour de leur maître. Logiquement, le troisième qui n’a reçu qu’un talent aurait dû lui en présenter deux ; le double, comme les deux autres !

Nous reviendrons sur l’attitude de « ce serviteur bon à rien ». Pour l’instant, il nous faut répondre à une première question : quels sont ces dons inestimables, quel est ce trésor que nous possédons tous ?

+ Nous pouvons déjà penser aux dons naturels, à commencer par le don merveilleux de la vie et de ce que nous sommes dans le monde créé. La Bible, dans le récit inspiré de la Création, distingue nettement la création de l’homme et de la femme de celle des autres créatures : à eux seuls Il dit : « … soumettez-la ». En conséquence, le Catéchisme de l’Église Catholique affirme : « L’homme est le sommet de l’œuvre de la création »

+ Mais nous pensons aussi à d’autres dons, si importants pour notre dignité humaine, nous qui sommes appelés à la vie éternelle : la Parole de Notre Seigneur, particulièrement celle déposée dans l’Évangile ; le Notre Père que Jésus nous a laissé comme modèle privilégié de toute prière ; les sacrements, à commencer par le Baptême et le Pardon qui nous renouvellent dans l’Esprit Saint ; puis, au centre et au sommet de tous, l’Eucharistie, où son Corps, pain de la vie éternelle, est donné en nourriture, et son Sang versé pour le salut de tous. En un mot, le royaume de Dieu, le Christ Lui-même, présent et vivant au milieu de nous. Quels que soient la nature de ces talents et leur nombre, c’est ce trésor que le maître Jésus confie à ses disciples, à ses amis, à chacun d’entre nous.

C’est le moment de revenir à l’attitude du troisième serviteur. Bien qu’il soit mauvais, c’est lui qui va nous aider à approfondir le sens de cette parabole. Ce serviteur qui a reçu un seul talent ne l’utilise pas mais le cache. Pourquoi ?

Il donne lui-même la réponse lors du retour du maître : « Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n'as pas semé, tu ramasses là où tu n'as pas répandu le grain. J'ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t'appartient. »

Voilà le grand drame du péché ! L’homme de la parabole qui a une idée fausse de son maître, c’est l’homme pécheur mais aussi l’humanité en général qui, touché par le péché, ne peut plus voir Dieu tel qui est mais une figure déformée. Dieu n’est plus un père parfaitement bon et juste, attentif à sa petite créature, mais un mauvais maître, un despote, une personne dure et sévère qui considère ses serviteurs comme des esclaves pour rentabiliser ses biens et qui ne manque pas une occasion de les punir pour leurs fautes.

Le serviteur de la parabole, ayant une idée très négative de son maître, a peur de lui et cette peur le paralyse. Alors il cache le talent pour le protéger et le restituer au maître. Mais le maître n’a pas confié ses talents à ses serviteurs pour être conservés mais pour qu’ils soient utilisés d’une manière profitable. Celui qui vit dans la peur de l’autre cherche des refuges et des sécurités et n’accomplit rien. Pour progresser, entreprendre, prendre des initiatives, il faut un minimum de confiance.

Dieu, en tant que père, a sans aucun doute des exigences à notre encontre, mais ce sont les exigences d’un amour incommensurable !

Habituellement, un père forme d’ambitieux projets pour ses enfants, il ne veut pas que leur vie soit vide et ne débouche sur rien de bon. Au contraire, il a l’ambition que ses enfants aient une vie belle et bien remplie, qui leur permette d’épanouir leur personnalité et de trouver le bonheur.

Jésus est venu parmi nous pour purifier notre regard et notre cœur, afin que nous soyons capables d’accueillir Dieu tel qu’Il est, pour rétablir notre confiance en Lui.

Nous devons donc accueillir tout message de Jésus sur Dieu : sa parole, ses actions, l’accueil qu’il réserve à tous, particulièrement aux pécheurs, mais aussi ses réprimandes qui manifestent l’intérêt qu’il porte à notre vie afin que nous ne la perdions pas.

Pour résumer, nous devons accueillir et servir Jésus lui-même qui est l’icône parfaite du Père.

Père X. Brac de la Perriere ⴕ

Homélie du dimanche 15 novembre 2020, 33e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Sans assemblée !

Évangile selon saint Matthieu 25, 14-30. Livre des Proverbes 31,10-13.19-20.30-31. 

Psaume 127. Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 5, 1-6.

 

À la lecture de cet Évangile, nous pourrions nous demander : Que faut-il comprendre par ces « talents » reçus par ces serviteurs ? Que signifient-ils ? Faut-il les assimiler à une somme d’argent ? Sans hésitation, NON ! Même si une thématique financière pourrait aider à une interprétation première du texte ! 

Élargissons notre compréhension ! N’avons-nous pas, nous aussi des talents ? 

Ils sont nombreux assurément ! Il y a d’abord notre vie, notre santé.  Il y a notre famille, notre ascendance, notre culture, notre être d’homme ou de femme. Puis, il y a nos connaissances, nos habiletés, nos savoir-faire, nos compétences. 

Ajoutons à cela notre beauté, nos goûts, nos amis, nos relations, notre profession, nos engagements, la paix dans laquelle nous vivons et… notre FOI.

Dans cet évangile, ce n’est donc pas l’argent qui est moteur ou en serait la cause ! Ce qu’il nous faut comprendre, c’est précisément ce que ces serviteurs ont reçu de la part du Maître, c’est-à-dire :

     Un geste de Confiance : Dieu leur confie des talents avec un vrai discernement !

     - Une espérance qui les invite à un projet enthousiasmant : une Alliance avec Lui ! 

Alliance qui révèle son projet de salut à l’égard de toute l’humanité !

Plus largement, Jésus souligne que si le peuple de la Première Alliance (c’est-à-dire le peuple hébreu) a été comblé de tous ces dons, c’est pour que ce peuple élu devienne témoin de la Fidélité et de la Miséricorde de Dieu !

In fine, (à la toute fin), même si ce mot n’a pas bonne presse, il y aura un jugement !

Le Jugement le voici : 

Il sera demandé à chacun : qu’as-tu fait de ce que tu as reçu !

Voilà pourquoi, trois situations sont évoquées ! Deux serviteurs qui ont fait prospérer les biens qu’ils ont reçus selon leurs charismes. Ils ont pris un risque audacieux et cette audace a porté du fruit ! Et puis, il y a celui qui a vécu dans l’anxiété et qui a enfoui ce trésor, pour le rendre intact au moment venu !

Si j’actualise pour ce dernier : Le Jugement, sera aussi de nous demander ce que nous avons fait de ce que nous avons reçu !

Comme souvent dans les paraboles de Jésus, l’effet escompté est de nous faire réagir ! 

Cependant, le message de la parabole est clair : les dons de Dieu ne sont pas faits pour être économisés, enfouis ou cachés. 

Aujourd’hui, nous qui sommes disciples du Christ, nous faisons partie de ces hommes et de ces femmes qui ont reçu des talents (au pluriel !) nous, qui avons reçu une richesse considérable à travers la tradition chrétienne qui nous a été transmise :

     - par la foi que nous avons reçue, 

     - par la parole de Dieu qui nous est donnée, 

     - par la fraternité…

Bref, autant de richesses que le Seigneur nous confie ?

Mais que devons-nous en faire ?

La foi chrétienne ne nous est pas donnée pour que nous en fassions une pièce de musée 

  • Elle nous est donnée pour être l’animation de notre vie, le dynamisme de notre liberté, la fécondité des vertus que Dieu met en nos cœurs, fraternelle et charitable, en particulier pour les plus fragilisés par la vie. 
  • Elle nous est donnée pour affronter les difficultés de cette existence et lui donner son sens véritable !
  • Elle nous est donnée pour nous ouvrir et rencontrer des hommes et des femmes qui ne la partagent peut-être pas, ou sont en recherche du sens de leur vie. 
  • Elle nous est donnée comme un bien à faire fructifier au service de tous !

La Foi est un don ! C’est un talent donné ! La première façon de faire fructifier ce DON, c’est de le faire fonctionner, c’est de le mettre en œuvre, c’est de le mettre en pratique, c’est de chercher comment ce trésor que nous avons reçu, peut rejoindre, non seulement nos proches, mais encore quantité d’hommes et de femmes qui vivent autour de nous et qui l’ignorent. 

Bref, la foi chrétienne porte la plénitude de son fruit quand nous acceptons de la risquer dans notre vie en ce monde ! 

Nous ne sommes pas envoyés par le Christ pour monter la garde autour d’un trésor à ne pas dissiper : nous sommes envoyés par le Christ pour ouvrir ce trésor à tous ceux qui peuvent y trouver quelque espérance.  

Saint Paul disait aux Thessaloniciens (2ème lecture) : « Ne restons pas endormis comme les autres » (1 Th5,6).

Aucun chrétien en ce monde ne peut se dispenser de se poser ces questions 

Comment est-ce que j’ouvre les trésors de la foi pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui ?

Qu’est-ce que je fais pour que le Christ soit connu, pour que sa parole soit entendue, pour que son espérance soit reçue ?

 

Frères et sœurs, finalement, quel est le désir du Christ ? 

Il n’a qu’un désir : celui de nous dire :

« Entre dans la joie de ton maître ! »

Pour notre joie et que cette joie devienne contagieuse !

                                                                                                                   Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 2 novembre 2020, commémoration des fidèles défunts, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 1-7. Livre de Job 19, 23-27. Psaume 24.

 

Chers amis, hier nous avons vécu la solennité de la Toussaint, avec cet appel, cette belle invitation à la sainteté, une sainteté qui est possible, toujours possible ! … À nous de le décider avec humilité.

Aujourd’hui, en cette journée du 2 novembre, nous faisons mémoire de tous les défunts de nos familles, de notre Paroisse… Déjà, hier après-midi, nous avons vécu une belle célébration où nous avons prié pour tous les défunts de notre paroisse qui sont morts cette année. Nous prions aussi pour ceux qui sont morts directement ou indirectement du Covid : une menace toujours présente. Nous faisons également mémoire des morts de l’attentat de Nice, là où la folie de l’homme se déchaîne ! Peut-être avez-vous encore en mémoire les visages des trois personnes assassinées : Nadine, Simone, Vincent. Nous constatons bien que tout cela nous bouleverse au plus profond de nous-mêmes.

 

Face à la maladie et la mort, nous restons bien souvent perplexes et sans réponse ! Nous le savons bien, l’existence de chacun a eu sa part de joie (il y a une véritable joie à vivre sur cette terre), mais aussi sa part de souffrance, car tout ne va pas toujours comme nous le souhaiterions : un certain individualisme par exemple, un monde qui, par certains côtés, est déboussolé…. Nous voyons bien que nous sommes “inégaux“ dans la part de souffrance, de situations difficiles qu’il nous faut vivre et qui nous laissent parfois sans voix. 

Nul doute qu’à certains moments, le poids des différents fardeaux a pu être ou reste encore pesant et difficile. Nous pouvons tous faire mémoire de certaines situations qui nous blessent encore personnellement ou nous contraignent dans notre quotidien. 

 

En première lecture, nous avons entendu un texte du livre de Job, dans lequel il est « abasourdi » par les malheurs en cascade : par la mort des siens, par la perte de son troupeau et de ses biens. Face à toute tentation de désespérance, il nous redit cette certitude : « Nu, je suis sorti du ventre de ma mère, nu, j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris : que le nom du Seigneur soit béni ! » (Job 1,21) Est-ce une phrase que nous acceptons de reprendre pour nous-mêmes : « Nu, je suis venu au monde et nu, nous repartirons ».

La vie, nous le savons, n’est pas un long fleuve tranquille !  Le Christ n’a jamais promis une vie facile ! Il nous dit simplement qu’avec Lui, en devenant ses disciples, les tensions du quotidien, la souffrance, la mort… tout ce que nous construisons prend, avec Lui, un sens différent et nous oriente vers la vraie vie !

 

Frères et sœurs, tout ce que nous construisons sur cette terre devrait être orienté, non seulement par la charité les uns envers les autres, mais vers la construction de ce que nous voulons vivre par-delà la mort. Tout ce que nous créons par amour sur cette terre, (comme le contraire de l’amour : la haine, le mensonge…), aura valeur d’éternité !

 

      Comment comprendre cela ? J’entends souvent cette question nombre de fois ! Pourquoi la mort, si nous sommes faits pour la vie ? Mort, où est ta victoire ?

Ce que nous pouvons dire, nous le savons bien, c’est que la mort ne fait pas de distinction entre les jeunes et les moins jeunes, les riches et les pauvres ; pas même d’ailleurs entre les bons et les moins bons. Peu importe pour la Mort, que l’on soit mère de famille, grand-père attentif, prêtre dévoué ou tout jeune enfant. Cela reste un mystère !

On comprend alors que la mort soit souvent représentée dans l’imaginaire, comme une « faucheuse », elle qui coupe l’élan de la vie sans ménagement. 

La mort restera toujours un lieu de combat, un lieu de révolte ou de résignation ; tout simplement parce que pressentons que nous sommes faits pour bien plus que la mort ! 

Notre logique humaine est comme dépassée ! C’est pourquoi notre espérance chrétienne ne repose pas sur des raisonnements, mais sur un évènement majeur, sur cet événement qui est le socle de notre foi : la Résurrection de Jésus-ChristSi nous sommes là, ce matin, ensemble dans cette église saint Louis, c’est parce que le Christ est ressuscité et que sa résurrection résonne encore aujourd’hui et pour toujours ; et Il nous redit que : nous sommes faits pour la vie !

 

Je voudrais terminer par un dernier point ! Pourquoi prier pour les morts ?

C’est une question qui revient souvent ! La réponse est simple ! C’est parce que les défunts ont besoin de notre prière.  La mort n’efface pas comme par magie tout le mal fait et le péché commis. Nous ne sommes pas des saints, même si nous sommes appelés à la sainteté ! Rares sont ceux qui, à l’heure de la mort, sont purifiés au point de pouvoir s’immerger directement dans la sainteté de Dieu. Il en existe quelques-uns qui ont vécu saintement cette vie (parfois seulement quelques heures ou quelques jours), mais pour beaucoup, la vie n’a pas été exempte de défauts, de maladresses ou de péchés. C’est là où la notion de purgatoire intervient.

Le purgatoire est précisément cet état dans lequel les âmes des défunts se purifient. Il n’est pas une chambre de torture et ne doit pas être un motif de peur. Le purgatoire est compris comme une étape, un "sas" de préparation avant d’aller au Paradis. Il est la dernière chance donnée à l’homme de devenir ainsi apte à entrer au Ciel et dans la sainteté de Dieu. C’est sur ce point que notre prière est importante ! Nous pouvons prier tant que nous sommes dans cette vie terrestre, tant que nous sommes capables d’aimer en vérité ! Par notre prière pour les âmes du Purgatoire, nous pouvons porter avec eux, leur fardeau et même l’alléger. 

 

C’est pourquoi l’Église, dès les premiers temps, n’a jamais cessé de prier pour les défunts, comme nous le faisons aujourd’hui. C’est pourquoi nous prions particulièrement pour eux, aujourd’hui, en demandant aux générations suivantes après notre mort, de prier pour nous. C’est un vrai témoignage de charité fraternelle que nous offrons à Dieu et à notre monde, pour que cette prière continue de génération en génération.  Hier, aujourd’hui et demain, notre désir est le même : entrer dans la vision béatifique, c’est-à-dire demeurer auprès de Dieu pour toujours.  

Cela reste un mystère qu’il nous faut méditer et découvrir dans l’attente de notre propre entrée au Ciel.

Ne risquons pas d’être anxieux ou des ingrats ! Quelle grâce et quelle chance de pouvoir connaître le Fils et de savoir qu’avec Lui, non seulement la résurrection est possible, mais que cette vie en Dieu que nous désirons, est donnée à tous ! 

À chacun de nous de s’y préparer !

Alors, frères et sœurs, prions  pour les défunts de nos familles, de notre paroisse, les défunts dont nous avons connaissance, les défunts de la France et du monde !

Par notre prière, déjà pour aujourd’hui, demandons au Seigneur de les accueillir dès maintenant et pour toujours auprès de Lui !              

       

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Patrick Gaso - 2 novembre 2020 - Commémoration de tous les fidèles défunts.

Homélie du dimanche 1er novembre 2020, Solennité de la Toussaint, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12a. Apocalypse selon Saint-Jean 7, 2-4.9-14. Psaume 23.

Première lettre de saint Jean 3, 1-3.

 

Ce message de “joie et d’espérance“ que nous recevons en cette fête de la Toussaint arrivera-t-il à transformer nos cœurs ? Laisserons-nous l’actualité dans laquelle nous vivons, nous voler la beauté de cette fête de la Toussaint ? C’est un enjeu, un vrai défi auquel il va nous falloir répondre !

Même si les temps que nous vivons sont affligeants, terribles et même déchirants (je parle du confinement, du virus et de ce massacre ignoble de Nice et ailleurs), nous devons comprendre cette fête de la Toussaint comme un jour de joie et de victoire

Chaque année, nous rendons grâce à Dieu parce que la vie continue au-delà de la mort. Nous rendons grâce à Dieupour cette multitude d’hommes, de femmes et d’enfants de tous les temps et de tous les lieux qui sont aujourd’hui, au Paradis, avec Lui. 

Dans son langage codé, le livre de l’Apocalypse, que nous avons entendu en première lecture, nous parle de vie et bonheur. « Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque de Dieu ». L’Est, dont parle Saint-Jean, est le lieu où se lève le soleil, c’est le côté de la vie, de la lumière et de la chaleur.

Cette solennité nous révèle le but de notre vie, qui n’est pas la mort, mais la Vie !

Tous les dimanches, comme nous le ferons ensemble tout à l’heure, nous proclamons avec le Credo : « Et exspecto resurrectionem mortuorum, et vitam venturi sæculi - J’attends la Résurrection des morts et la vie du monde à venir »

Sommes-nous vraiment dans cette attente ? Ou sommes-nous totalement obnubilés par ce qui se passe autour de nous au point que nous oublions le Salut que Jésus nous apporte ?

Nous le savons bien ! Derrière cette question, en fait, s’en cachent beaucoup d’autres : que se passe-t-il à notre mort ? Pourquoi ce virus ? Qu’est-ce que l’on entend par « les fins dernières », par « le jugement dernier », le ciell’enfer, le purgatoire ? Il serait trop long, ce matin, de vouloir répondre ici à toutes ces questions. Mais, cette fête nous interpelle et nous pose cette question : la Résurrection du Christ, est-elle une réalité pour moi ? Nous l’entendons aussi lorsque Jésus dit au bon larron repenti, au moment de la Croix : « aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis » (Luc 23, 43) : est-ce une réalité pour moi ? 

Saint Pierre, dans sa 1re épître nous invite à une audace : « nous devons rendre compte de l’espérance qui est en nous » (1 P 3, 15). Or, cette espérance, la voilà : la Croix de Jésus n’a pas été vaineC’est le point de départ de toute vie chrétienne et ce n’est pas une utopie, un rêve pieux, ni un beau discours pour calmer nos angoisses existentielles ! 

Non, c’est une réalité vécue et annoncée par le Christ ! La mort du Christ en croix a ré-ouvert le Ciel pour que chacun de nous y trouve sa place : « Je pars vous préparer une place », nous dit Jésus, « et là où je suis, vous serez aussi » (Jn 14, 3). Voilà le plan de Vie que le Seigneur nous prépare !

Cette solennité nous est donnée, pour nous redire le vrai sens de notre vie, nous indiquer que la sainteté est ce chemin vers le Ciel et que cette sainteté est toujours possible ! Par-delà les difficultés, les échecs et les épreuves (nous en avons tous !), il y a cette espérance inouïe : nous sommes tous en train de devenir des saints !

Certains sont peut-être sceptiques… « Moi, saint ? » 

Oui ! Des saints, pas encore ceux du calendrier, mais ceux de notre entourage, et nous en connaissons sûrement. Nous fréquentons, peut-être même, sans le savoir des ‘graines de saints’ : Qui sont-ils ?

Regardons attentivement autour de nous ! 

  • Cette mamie qui prie chaque jour pour ses petits enfants ! 
  • Cette personne qui offre sa souffrance dans la prière ! 
  • Ce couple qui accueille un enfant porteur de handicaps et qui l’entoure avec un amour incroyable ! 
  • Ce parent qui travaille, plus que de raison, pour subvenir aux besoins de la famille ! 
  • Ce père de famille qui récite chaque jour, le chapelet ! 
  • Ce jeune qui prend du temps pour apporter un peu de chaleur aux plus défavorisés ! 
  • Cette fille qui refuse de faire comme les autres et garde son corps pour son époux ! 
  • Cette personne qui décide de refaire confiance à son conjoint adultère, etc… 

La liste est longue des personnes qui vivent à leur façon cette invitation à la sainteté du Christ ; il nous suffit, avec réalisme, d’ouvrir nos yeux sur le monde ! 

Sont-elles parfaites ? Je ne sais pas ! Sans doute, non ! Mais, ce que je sais :

Un chrétien ce n'est pas quelqu'un qui ne tombe jamais,

mais quelqu'un qui se relève toujours par la grâce de Dieu !

Oui, sans doute, nous sommes remplis de défauts ! Oui, et alors ! La sainteté, ce n'est pas la perfection. Les saints ne sont pas des sortes de top-modèles de la spiritualité. 

Et puis, ne l’oublions pas ! Un seul est Saint, et c’est Dieu. Mais, il communique Sa Sainteté à tous par l'Esprit Saint.

Par le jour le plus beau de notre vie, celui de notre baptême, nous sommes imprégnés, comme le dit le livre de l’Apocalypse, du « sceau qui imprime la marque du Dieu vivant. » Ce jour-là, nous avons reçu l’Esprit Saint. Nous portons la dignité royale de fils, de fille de Dieu dans le Fils Unique qu’est Jésus. Même nos fautes et nos ratés ne nous enlèvent pas cette grandeur. Même défigurés par le péché, nous gardons la noblesse de notre ressemblance avec Dieu. Frères et sœurs, soyons-en sûrs et ne désespérons jamais ni de nous ni de personne !

L’évangile nous rappelle cette ressemblance divine dans cette route royale des Béatitudes. Jésus y dresse son autoportrait, c’est-à-dire l’icône charnelle du Dieu invisible. La sainteté qui nous est donnée par le baptême et l'Esprit Saint, n’est pas la course à la perfection. Il suffit de regarder le Christ, de suivre son chemin et d’avoir le désir de l’imiter du mieux qu’il nous est possible.

Cette ressemblance divine est le don intime que Dieu nous fait de lui-même. Paradoxe en ce temps de confinement : Dieu se rend contagieux et cette contagion est un bonheur !

 

À partir du texte des béatitudes, je vous confie deux petites clés qui peuvent nous aider :

- La première clé est la compréhension du mot « heureux » ! Il revient plusieurs fois dans le texte ! Il n’est pas à comprendre dans le sens courant ! Nous ne sommes pas dans un bonheur commercial et éphémère ! Il nous faut comprendre que, dans la Bible et pour Jésus, le seul vrai bonheur, le seul bonheur durable, est de vivre en présence de Dieu ; notre cœur est fait pour cela ! Heureux, ici, peut se traduire par : en route vers Dieu pour le ciel ! Là est notre joie !

- La deuxième clé pour entrer dans les Béatitudes, pourrait bien être celle qui est au centre du passage : « Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde ! » C’est la seule Béatitude qui emploie le même mot dans les deux membres de la phrase : « À ceux qui font miséricorde, Dieu fera miséricorde. »  Comprenons que la clé importante à retenir est cette miséricorde que nous recevons et que nous donnons.

Finalement, que devons-nous faire ?

Nous devons prier et croire vraiment que nous sommes faits pour le ciel ! Quoiqu’il puisse nous arriver sur cette terre, nous sommes faits pour le ciel ! Le Saint Curé d'Ars disait avec réalisme et humour : "Les saints n'ont pas tous bien commencé, mais ils ont tous bien terminé ! » 

Cette certitude du Ciel devrait nous redynamiser en ce temps de reconfinement, en ce temps certes éprouvant, pour nous remettre en route dans une espérance nouvelle. 

Demandons cette espérance pour chacun de nous ce matin, pour nos familles, notre paroisse, pour la France et pour le monde !

                                                                                                                                    Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 1er novembre 2020 - Solennité de Toussaint

Homélie du jeudi 29 octobre 2020, 30e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 13, 31-35. Psaume 143. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 6, 10-20.

 

Que nous enseignent les lectures de ce jour ? 

En méditant les lectures de ce jour, j’ai été frappé de voir combien elles correspondent à ce que nous vivons. Ces lectures nous enseignent, elles nous revigorent, nous ré-envoient, pourrait-on dire !

La première lecture de saint Paul aux chrétiens d’Éphèse m’a frappé :

« Frères, puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. » Il insiste à nouveau en nous disant : ne quittez jamais le bouclier de la foi !

Nous ne vivons pas très bien ces derniers jours, avec le confinement qui reprend, l’assassinat dans la basilique de Nice et d’autres méfaits ailleurs… Peut-être avez-vous entendu sonner le glas cet après-midi, à 15H, ici comme dans toutes les églises de France pour prier pour les victimes de Nice, un homme, deux femmes qui se trouvaient dans cette Basilique.

Les différentes situations de notre quotidien (dans la société ou dans notre vie personnelle) peuvent parfois nous pousser à un désespoir ou à un rejet de l’espérance ! L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on !

Jésus a eu aussi son lot de douleurs et de contradictions ! Vous avez entendu certains pharisiens de l’évangile ! Ils ont l’air de se préoccuper gentiment du sort de Jésus ! Mais ne soyons pas dupes ! En feignant de l’avertir des intentions meurtrières d’Hérode Antipas, ils cherchent surtout à éloigner Jésus de la ville sainte. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’impact de Jésus sur les foules leur fait de l’ombre et les dérange ! 

Ce nouveau confinement, ces contaminations, ce virus… pourraient aussi nous éloigner de Dieu, de notre Mission, nous faire perdre notre confiance et notre espérance…

La réaction de Jésus est sans équivoque : rien ne peut le détourner de sa mission ! Ni les contraintes, ni les intrigues politiciennes des hommes, ni les situations complexes, pas même la mort ! 

Ses actions demeurent constantes et il se montre inébranlable. Sa sollicitude est donnée à tout homme. Que veut-Il ? Il veut rencontrer chacun, « expulser les démons et faire des guérisons ». Ses actions et signes prouvent qu’il vient de Dieu et agit en son Nom. 

         Cet évangile est riche et je vous propose de retenir trois enseignements pour nous, aujourd’hui !

- Nous recevons un premier enseignement ! Son exemple devrait nous donner la confiance nécessaire pour avancer face à nos propres difficultés et à nos luttes. Aux creux des moments difficiles, tournons-nous vers Lui parce qu’il nous à invite à persévérer dans la mission, à cette audace de croire que notre société attend notre témoignage de foi. Le monde a soif ! Il a faim d’espérance ! Il cherche un sens ! Soyons sûrs que Jésus nous accompagne. Il est toujours avec nous : il est l’Emmanuel !

- Nous recevons aussi un second enseignement ! Reconnaissons que nos difficultés peuvent nous entraîner vers un repli sur soi ! Le risque est de se replier dans un certain “Calimérisme“ ! (Rappelez-vous : Caliméro est un petit poussin tout noir coiffé de sa coquille et qui se plaint sans cesse : « le monde est trop injuste ! ») Frères et sœurs, ne nous replions pas sur nous-mêmes !

Au moment où se dessine sa Passion, Jésus pleure sur Jérusalem, sur cette ville qui, pourtant, devrait montrer l’exemple. Cependant, le cœur du Christ ne se ferme pas aux autres. Il n’a pas été absorbé par ses propres problèmes. Il offre librement sa vie pour ses frères. Il ne rejette jamais ! Il n’a pas d’amertume envers ceux qui l’ont fait souffrir. Il a aimé, et Il ne cesse jamais d’aimer même ceux qui s’acharnent sur Lui !

- Nous recevons aussi un troisième enseignement ! Aux yeux des hommes, quand une situation semble délicate, difficile… entendons que rien n’est impossible à Dieu ! En même temps, Il ne permet pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces ! Ce qu’Il nous donne, c’est cette fraternité, ce sont des frères et sœurs en Christ, avec lesquels nous allons pouvoir prier, même à distance en ce temps de confinement ! L’enjeu est de rester unis par la prière, et dans une même espérance ! Oui ! Dieu nous donne la force d’avancer, ensemble !

Comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, Dieu désire attirer à lui tout homme et toute femme pour nous redire son amour, sa protection. Laissons Dieu nous attirer à lui.

N’oublions pas : quoiqu’il puisse arriver, Christ est vainqueur, Lui seul donne sens et espérance à nos vies ! Puissions-nous garder cette certitude en mémoire, tout au long des jours qui viennent !                                                                                                                                           

           Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 28 octobre 2020, 30e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 6, 12-19. Psaume 18A. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 2, 19-22.

 

Tous les grands moments de la vie de Jésus sont ponctués par des veillées de prière ! Peut-être l’avez-vous déjà remarqué ? Jésus prie ! À la veille de choisir ses adjoints directs (les Apôtres), nous le voyons passer toute la nuit sur la montagne, non seulement à réfléchir, mais à prier son Père. Il savait que, dès le lendemain, il allait jeter les bases de sa communauté messianique, donner à ce moment précis, une ossature à sa future Église et commencer le nouveau rassemblement du peuple de Dieu. 

Ce peuple de Dieu n’est pas particulièrement extraordinaire, c’est un peuple cabossé, malade, en attente et divers. D’ailleurs, nous sommes nous-mêmes dans cette situation, aujourd’hui.

Au petit jour, Jésus rejoint le groupe de ses disciples et Il en choisit douze, douze seulement, pour être ses Apôtres ! Douze avec lesquels Il va vivre une expérience surprenante, inédite, particulière. Douze avec lesquels Il va marcher, qui vont se laisser former, annoncer et envoyer.

Douze apôtres, autant que de tribus en Israël.

Sur quels critères Jésus s'est-il basé pour choisir ces douze Apôtres ? Nous ne le saurons jamais. Un point semble clair cependant, c'est que Jésus a créé une équipe très diverse, et sans doute très polyvalente.

Parmi les Douze, on trouve aussi bien Simon, le patron d'une petite pêcherie galiléenne, qui sera appelé Pierre plus tard, que Matthieu le comptable, aussi bien Jacques le légaliste juif, que Philippe qui parlait grec, aussi bien Simon le Zélote (un des apôtres que nous fêtons aujourd’hui avec Jude), le "résistant" qui est contre l’occupation romaine, que Jude, l’homme au grand cœur (appelé aussi Thaddée qui signifie : magnanime » en araméen), ainsi que "le disciple que Jésus aimait", "qui était connu du grand prêtre" (saint Jean).

Mais parmi tous ces disciples, on trouve aussi Judas, un homme précieux et compétent parce qu'il savait organiser l'intendance du groupe itinérant. Jésus l’avait choisi parce qu'il l'appréciait. Ne l'oublions pas : d'un bout à l'autre de sa vie avec Jésus, Judas a été libre, aussi libre que nous tous. C’est bien plus tard "Qu’il devint un traître", nous dit saint Luc; c'est donc bien qu'il ne l'était pas lors de son appel par Jésus !

"Jésus descendit avec eux et s'arrêta dans la plaine".

Il y avait là un grand nombre de disciples et une grande foule de peuples, des Judéens, des gens arrivés de la grande ville de Jérusalem, mais aussi des païens venus de la côte ; bref : une foule hétéroclite préfigurant, d’une certaine façon, l'Église de tous les temps.

C’est entouré des Douze qu'il avait choisi que Jésus s'avança vers la foule.

À partir de ce jour-là, les Douze comprirent qu'ils étaient choisis et liés, une fois pour toutes avec le Maître et qu'ils ne pourraient plus reculer. C’est petit à petit qu’ils comprendront qu’une mission énorme, gigantesque leur sera confiée et, en même temps, que c’est le Christ qui fait tout et qui allait tout donner, jusqu’à donner sa vie pour tous.

Ces Apôtres pouvaient-ils imaginer la suite ? Non, pas encore ! Mais, déjà, leur joie était grande d’être avec Jésus, de tout partager avec Lui et de pouvoir participer intimement à sa Mission. 

Frères et sœurs, nous ne savons pas de quoi sera fait demain, mais je vous invite à goûter, déjà, la joie d’être avec Jésus, de Lui faire confiance.

N’oublions pas : c’est Lui qui a les paroles de la Vie éternelle !

Demandons pour chacun de nous, puisque par notre baptême, nous sommes appelés nous aussi à Le servir, demandons d’avancer avec Lui simplement, dans la confiance.

Demandons-le aussi pour nos familles, notre communauté et pour le monde !

                                                                                                                                    Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 26 octobre 2020, 30e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 13, 10-17. Psaume 1. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 4, 32 à 5,8.

 

Cette femme, quel âge avait-elle ? L'Évangile ne le dit pas !

Ce qui est sûr, c'est que depuis dix-huit ans, elle marchait toute courbée. 

 Se redresser était devenu pour elle non seulement douloureux, mais rigoureusement impossible. De fait, elle s’était résignée maintenant à marcher en regardant ses pieds, à faire de petits pas, à ne plus voir loin devant elle, et à regarder les gens comme par en dessous !

Elle est tellement résignée qu'elle ne songe même plus à demander quelque chose à Jésus. Elle est simplement là, en prière, le jour du sabbat.

Vous avez remarqué que c'est Jésus qui prend l'initiative et qui l'interpelle : « Femme, te voici délivrée de ton infirmité ! » Et Il pose les mains sur elle.

À certains moments de notre vie, ne trouvez-vous pas que cette femme a notre démarche, qu’elle a nos traits et qu’elle partage notre histoire ? À certains moments de notre vie, nous sommes, nous aussi, courbés, le regard bas et trainant ! D’une certaine façon, cette femme courbée, c'est aussi nous.

« Femme », dit Jésus (et dans sa bouche, c'est toujours un terme de respect, qu'il s'agisse de sa Maman, d'une pécheresse ou de toute autre femme) « Femme, te voilà délivrée, définitivement ! » 

Et à l'instant même, sous les mains de Jésus pour ainsi dire, la femme accomplit le geste qu'elle croyait pour toujours impossible : elle se dénoue, elle se déplie, elle se libère, elle se redresse ! La voilà qui s'éveille à l'Action de grâces !

Sabbat ou non, explique Jésus, et surtout le jour du sabbat, il fallait bien que cette fille d'Abraham soit déliée de ses chaînes. 

N’y a-t-il pas encore en chacun de nous, même si nous avons du mal à nous en apercevoir, de lourdes chaînes qui nous courbent et qui nous font presque tomber ? À bien regarder, n’y a-t-il pas une secrète, mais réelle courbure qui existe en nous-mêmes ? N’avons-nous pas ce désir de redevenir libres et souples et surtout d’entrer dans l'Action de grâces et la louange ? 

Frères et sœurs, je note deux choses pour nous ce matin, deux choses que je livre à votre méditation :

  • Le Christ vient renverser toute résignation ! Il y a des choses que nous pensions impossibles dans notre vie, mais croyons que le Christ vient bouleverser nos craintes et nos peurs ! Il nous libère de notre résignation face à une infirmité, un blocage spirituel, une blessure qui demeure encore et qui nous fait mal : il suffit au Christ d’une parole pour nous en libérer ! Il lui suffit d’une parole pour que nous puissions entrer dans la louange !

 

  • L’évangile dit : « Un esprit la rendait infirme ». Encore faut-il que nous admettions la réalité de cette action maléfique, pour pouvoir demander au Christ de manifester sa puissance ! Ne l’oublions pas, le Christ a vaincu Satan ! « Délivre-nous du Mal » dirons-nous tout à l’heure dans la prière du Notre Père. Oui Seigneur, prions-nous chaque jour, délivre-nous du Mal, du Malin, du démon !

Le Christ a bien remarqué l’infirmité de cette femme et son cœur, attentif à nos misères, est pris de compassion pour chacun de nous.

Alors, frères et sœurs :

Osons quitter toutes nos résignations et croyons que notre Dieu est le Dieu de l’impossible

Restons en présence du Sauveur et écoutons-Le !

Sachons nous réjouir et entrer dans la louange, alors, la joie de la foule sera aussi la nôtre !

                                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 25 octobre 2020, 30e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Matthieu 22, 34-40. Livre de l’Exode 22, 20-26. Psaume 17.

Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 1, 5c-10.

 

Chers amis, quand vous quitterez l’église, à la fin de cette messe, on vous remettra une petite feuille. Vous pourrez y lire les annonces et une courte introduction que je vous propose. Son but est de vous aider à mieux comprendre l’évangile de ce jour et de prendre le temps de le méditer.

De fait, certains chiffres nous permettent de mieux intégrer, de mieux comprendre la Bible. Des chiffres expriment une quantité, un poids, une mesure (par ex : un kilogramme de pommes de terre). 

Dans la Bible, des chiffres ont un sens plus profond, plus subtil ; ils nous permettent d’éclairer et de mieux concevoir la Parole de Dieu.

Prenons rapidement quelques exemples :

·    Le chiffre 1 symbolise Dieu, l’unique, un seul Dieu.

·    Le chiffre 2 pointe une certaine dualité qui existe au fond de nous qui doit être unifiée (nous verrons pourquoi tout à l’heure)

·    Le 3 dit la Trinité : Dieu Père, Fils et Esprit-Saint

·    Le chiffre 4 dit les quatre éléments, les quatre points cardinaux, donc l’espace, le cosmos, l’univers. 

·    Le chiffre 6 (les 6 jours de la Création)

·    Le chiffre 7 représente la perfection. Rappelez-vous l’épisode où Pierre demande à Jésus combien de fois il faut pardonner : jusqu’à 70 fois 7 fois…

·    Le chiffre 12 nous parle d’élections, des douze tributs d’Israël,  des douze Apôtres, des douze corbeilles pleines lors de la multiplication des pains, des douze étoiles qui couronnent la Femme, des douze portes de la Jérusalem céleste, des douze anges et des douze fruits de l’arbre de Vie.

·    Le chiffre 40 représente le temps, les quarante jours que les Hébreux vont passer dans le Désert, le temps du Carême pour chacun de nous, le temps durant lequel Jésus va être tenté, le Déluge qui se prolonge pendant 40 jours et 40 nuits, c’est aussi le temps du passage à une humanité nouvelle. Les Hébreux séjournent 40 ans dans le désert. Moïse reste 40 jours sur le mont Sinaï, Élie marche 40 jours. Jésus jeûne 40 jours…

·    Le chiffre 72 = 6x12 : ce sont les Disciples missionnaires.

·    666 : c’est le chiffre de la Bête, du Démon.  

·    144 000 personnes seront marquées du sceau du Dieu vivant (Livre de l’Apocalypse), soit : 12x12x1000 : ce sont tous ceux qui sont sauvés, ce chiffre dit l’infini ! C’est ce que nous entendrons dimanche prochain lors de la lecture d’un passage de l’Apocalypse.

La bible est donc riche en chiffres ! Et chaque chiffre a un sens et une signification !

Si j’introduis mon homélie de cette façon, c’est que la question qui est posée dans l’évangile est très intéressante. Certes, le docteur de la Loi interroge Jésus pour le mettre à l’épreuve, mais il a, en plus, une idée derrière la tête, une question plus précise ; dans l’évangile de ce jour de St Matthieu (22,34-40), nous entendons cette question : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » 

Si je vous parle commandements, sans doute allez-vous penser au chiffre dix : le chiffre 10 pour les dix commandements (les deux Tables de la Loi ou les dix Paroles) évidemment. 

En réalité, pour les juifs à l’époque de Jésus, suivre tous les commandements n’était pas si simple.

Pourquoi ?

Le chiffre 365 ne dit pas les jours d’une année civile, mais les 365 interdits recensés dans le Premier Testament : « ne fait pas… »

- Le chiffre de 248 : toujours dans l’Ancien ou le Premier Testament, représente les 248 prescriptions positives auxquels tout croyant juif a le devoir d’obéir : « Fait… » (par ex : Les ablutions, le nettoyage de la vaisselle…) 

Selon la tradition juive, la Torah et la Tradition comptent 613 mitzvot ou commandements, si nous faisons le total : 365+248 = 613 ! 

Mais alors, comment faire pour suivre et hiérarchiser tous ces commandements ? Quel est le plus important ? Quel est donc le premier ?

Nous retrouvons alors la question que le docteur de la Loi pose à Jésus.

C’est une question intéressante, car nous comprenons bien que Jésus apporte un changement !

Si nous passons du Premier (ou Ancien) Testament au Nouveau, l’Évangéliste Matthieu nous fait découvrir que dans le Christ nous quittons le champ de la Loi pour entrer dans celui des Béatitudes avec le chiffre 8 pour les le 8 Béatitudes !

- Et enfin, le chiffre 2 pour les deux commandements d’amour de Jésus. C’est ce que nous entendons ce matin.

- 613 interdits et prescriptions dans le Premier Testament qui deviennent seulement deux commandements dans le Nouveau. Mais ces deux commandements accomplissent les 613 anciens. Gardons bien cela à l’esprit lorsque nous lisons cet évangile !

Sa réponse est impeccable ! Jésus connaît parfaitement les Livres Sacrés. Cette question est pour lui l’occasion de donner un enseignement majeur qui nous fait accéder au cœur même de la Révélation évangélique et nous révéler qui est Dieu !

Le commandement « d’aimer le Seigneur de tout son cœur et de toute son âme… » se trouve explicitement dans le livre du Deutéronome (Dt 6, 5) ; Shema Israël que tous juifs pieux récitent matin et soir « Écoute, ton Seigneur ton Dieu est l’unique ». Aujourd’hui encore, ce verset (et d’autres aussi) se trouve dans l’encadrement des portes d’entrée (un petit boitier « Mezouzah).

Quant à l’autre commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », il a été déjà formulé dans le livre du Lévitique (Lv 19, 18). Commandement d’amour vis-à-vis de notre prochain !

La question que nous pourrions nous poser est celle-ci : où est donc est la nouveauté de l’enseignement apporté par Jésus ?

La nouveauté est d’abord dans le fait que Jésus, précisément, associe ces deux commandements qui, dans les Écritures, étaient formulés en deux passages bien distincts. Personne ne semble avoir eu cette audace avant lui.

Mais surtout, Jésus recentre toute la législation sur l’AMOUR. Il n’invente pas les termes de sa réponse : il joint deux versets qui sont séparés dans les Écritures, tout en leur laissant une hiérarchie !

  • TU AIMERAS TON DIEU : le rapport à Dieu n’est pas celui d’un esclave craintif.
  • DE TOUT TON CŒUR : dans la Bible, le cœur n’est pas le siège des sentiments et des passions, mais celui des décisions et des engagements. C’est le centre de la personne, là où elle se construit par ses volontés et ses projets.
  • DE TOUTE TON ÂME : ce qui signifie de toute ta vie. À tel point que, s’il le faut, le croyant ira jusqu’à donner sa vie (comme le Christ l’a donnée pour nous) et acceptera le martyre plutôt que de manquer à son Dieu.
  • DE TOUT TON ESPRIT c'est-à-dire de toute TA PENSÉE : car la foi ne se réduit pas à une impression, ni à un sentiment ; elle doit être réfléchie, rationnelle. Aimer Dieu, ce n’est pas se laisser porter par une éducation, les autres, ou l’habitude : c’est chercher à (re)connaître Dieu dans ma vie, et s’appliquer à comprendre ce qu’il veut.

À ce commandement, il s’ajoute UN SECOND qui lui est semblable : TU AIMERAS TON PROCHAIN COMME TOI-MÊME. Aimer son prochain tout en respectant un juste amour pour soi ! S’aimer n’est pas toujours simple, car je sais qui je suis ! Est-ce que je suis capable d’un peu d’amour pour moi et de reconnaître l’être étonnant que je suis ?… Je sais que je ne suis pas parfait… mais, malgré cela, je suis aimé de Dieu. Je suis créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. C’est tout un travail de réconciliation avec Dieu et moi-même qu’il me faut faire, pour aimer aussi mon prochain !

Aimer Dieu sans aimer son frère est donc contradictoire ! (1 Jn4,20) ! 

Aimer son prochain n’est pas très en vogue aujourd’hui dans notre société individualiste et particulièrement en ce temps de distance sociale et sanitaire. Le Pape François explique ce risque dans Fratelli Tutti au N°36 : la peur de l’autre : Le “sauve qui peut” deviendra vite “tous contre tous”, et ceci sera pire qu’une pandémie. ! 

Je suis donc, invité à aimer comme Dieu aime ! TOUTE NOTRE VIE DÉPEND DONC DE L’AMOUR ! « L’amour est l’accomplissement parfait de la Loi ! » nous redit Saint Paul dans la lettre aux Romains 13, 8- 10)

Jésus termine ce court passage de l’évangile en ajoutant : « Tout ce qu’il y a dans l’Écriture - dans la Loi et les Prophètes - dépend de ces deux commandements ! »

Notre vocation, dans l’écoute de la Parole de Dieu, est d’aimer.

Mais, Dieu est-il entendu, compris ? Il faut du temps pour aimer et se laisser aimer et il faudra encore du temps ! Nous savons bien que, quelques chapitres plus loin, certains parviendront à faire condamner Jésus et nous serons à l’opposé de l’amour. Mais même sur la Croix, Jésus témoignera comment il a vécu et appliqué fidèlement son enseignement. Jusqu’au bout, Il va nous aimer et donner sa vie pour que nous ayons la vie !

La question du Docteur de la Loi peut être aussi la nôtre : ma vie est une multitude de sollicitations, de projets, de directions, de rencontres, de décisions, d’impossibilités, de défis, de contraintes : Qu’est-ce qui est prioritaire, Premier ? Ou plutôt : Qui est Premier dans ma vie !

La réponse de Jésus est aussi pour nous !

Elle est là, pour redonner le sens véritable de notre vie !

L’amour n’est donc plus une injonction, mais invitation et imitation ! L’AMOUR EST DON ! Il est Don de Dieu ! Encore faut-il se faire capacité pour l’accueillir. C’est de Lui seul que nous pouvons recevoir la force de l’aimer de tout notre cœur et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes.

Frères et sœurs, dans ces temps un peu difficiles et compliqués, demandons la grâce de choisir d’écouter notre Seigneur et de mettre l’amour de Dieu au cœur de nos vies !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 25 octobre 2020, 30° semaine du temps ordinaire, Année A.

Homélie du mercredi 21 octobre 2020, 29e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 12, 39-48. Cantique (Isaïe 12). Lettre de saint Paul aux Éphésiens 3,2-12.

 

Ce matin, nous entendons la suite de l’évangile d’hier. Quel est son message ? Clairement : Jésus viendra de nouveau ! Il est déjà venu (c’est au moment de son incarnation, évènement que nous fêterons dans quelques semaines, à Noël), mais Il reviendra (Nous le proclamons, dans la foi, à chaque eucharistie, au moment de l’anamnèse). Nous sommes familiarisés depuis longtemps avec cette certitude. Les chrétiens savent que Jésus reviendra, et cependant, quand on y pense sérieusement, il y a là quelque chose de surprenant, de bouleversant.

Nous savons que Jésus est présent : dans l’Eucharistie, dans les Sacrements, dans sa Parole, ou quand deux ou trois sont en prière au nom de Jésus, Il est là ! Oui, Il est là, présence réelle, dans notre vie présente, aujourd’hui, maintenant ! Les Apôtres l’ont connu dans son humanité, nous le connaissons certes autrement, et cependant il nous annonce, avec force, une autre venue : « Je reviendrai ! ». Cela devrait mettre notre cœur de chrétien en joie.

Il reviendra, non pas pour démolir ce que nous aurons construit avec Lui et pour Lui, mais pour achever, accomplir à sa manière, à la manière de Dieu, tout ce que nous vivons, tout ce que Dieu veut pour nous. Il reviendra inaugurer ce qu’il appelle Lui-même : « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » !

Cette promesse peut nous laisser perplexes… Nous aimerions bien savoir quand, Seigneur ? Nous ne le savons pas ! Comment Seigneur ? Nous ne le savons pas plus ! Mais il est certain qu’Il reviendra. Pour cette raison, il nous demande de vivre comme des gens qui l’attendent. C’est sans doute un des paradoxes du chrétien d’être, à la fois pleinement dans le monde, et, en même temps, tendu vers l’espérance du Ciel.

Aux scribes, aux intellectuels, aux maîtres à penser, aux Apôtres, et, plus largement encore, à chacun de nous, Jésus dit : « Attention ! Vous connaissez la volonté de votre Maître ; il vous a confié la responsabilité de sa maison (comprenons : de sa Création). Il ne s’agit pas simplement de tuer le temps, ni de tout laisser aller, de s’activer à des choses sans grande importance, ou de ne penser qu’à soi… », Mais il s’agit plutôt d’être attentifs et responsables, dans une dynamique d’attente et, en même temps, de joie ! 

Ce qu’Il nous demande, c’est un réflexe de prudence élémentaire : si notre maison est ouverte à tous les vents, si nous vivons sans profondeur, sans savoir ni pour qui ni pour quoi, sans réagir devant l’assoupissement ou la facilité, nous risquons de nous retrouver, un beau matin, cambriolés, à la fois physiquement, mais aussi intérieurement, comme privés brusquement de tous les fruits de notre travail et de notre espérance ! Il nous faut donc veiller pour ne pas manquer sa visite !

Qu’il revienne à minuit ou à une heure impossible, ou même au petit matin, s’il nous trouve attentifs à notre poste, prêts à L’accueillir, le Seigneur nous dira : « Passe-moi ton tablier. Assieds-toi : mange les bonnes choses que tu as réchauffées pour moi ». Alors la mesure de notre fidélité sera la mesure de notre bonheur, et si nous avons su nous entraider pour veiller à plusieurs, c’est ensemble que nous mangerons ce dîner servi par le Christ. Il y a là comme un autre paradoxe : nous croyons, nous, servir le Seigneur, en réalité, c’est Lui qui nous sert. Relisons l’évangile d’hier : « il passera pour les servir ». 

Finalement, les questions qui nous sont posées ce matin pourraient être celles-ci ! 

  • Y a-t-il encore en nous, place pour l’espérance et l’accueil ? 
  • Attendons-nous vraiment le retour du Seigneur ? 
  • Ou bien avons-nous encore l’illusion de pouvoir accomplir par nous-mêmes et pour nous-mêmes, notre propre vie ?

Frères et sœurs, voilà trois questions que je vous propose de méditer au cours de ce jour !      

                                                                                                                                         Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 19 octobre 2020, 29e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 12, 13-21. Psaume 99. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 2, 1-10. 

 

Il n’y a pas si longtemps encore, le notable du pays était souvent sollicité pour faire un arbitrage. Ce pouvait être : le maire, le notaire, l’instituteur, le médecin, le curé On pouvait exposer son problème et on attendait de ce notable qu’il donne une réponse, qu’il trouve une solution.

 C'est sans doute le prestige de son enseignement qui vaut à Jésus cette demande un peu insolite : "Maitre, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage". 

Jésus refuse tout net de se substituer au notaire ou au juge. Mais, selon son habitude, il saisit l’opportunité d’élever le débat, et répond au niveau du sens de la vie en disant deux choses, que je peux résumer ainsi :

      - "Gardez-vous de l'envie d'avoir toujours plus",

      - "Vous le savez : les biens d'un homme ne lui garantissent pas la vie".

Pour expliquer cela, il donne cette parabole du riche insensé.

Il s'agit, notons-le, d'une richesse honnêtement acquise : c’est la richesse d'un homme dont la terre a bien rapporté grâce à son savoir et à son travail. Jésus ne critique pas cette richesse ! 

Mais quels vont être les réflexes de cet homme devant la chance, devant cette surabondance inespérée ?

  • D'abord il veut se mettre à l'abri des aléas. Sécurité d'abord et il va constituer des réserves !
  • L'autre réflexe suit logiquement : puisque le souci s'éloigne, l'homme va enfin profiter : " Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence ».  Et l'homme, même s’il ne s'installe pas dans des vacances perpétuelles, déjà il a pour objet, au moins de bien profiter de la vie !

Pour certains, le calcul de cet homme riche ne semble pas si faux ! Que peut-on lui reprocher ?

Mais, « Tu es fou ! », lui dit Dieu. Littéralement, tu es « insensé » ; c’est la traduction exacte, c’est-à-dire : « Ta réaction n’a pas de sens ! »

Ce que Jésus vise dans sa parabole, c'est le réflexe d'accumuler des biens et cette tentation de s'appuyer sur des réserves matérielles pour vivre sans horizon, sans projet fraternel, bien souvent au niveau de la jouissance immédiate. 

Les paroles de Jésus sur l'au-delà peuvent nous déranger, parce nous voulons du concret, nous avons peut-être du mal à comprendre ce que peut être une vie au-delà de cette vie terrestre ! Nous oublions que nous ne sommes que de passage sur cette terre. « Nu, je suis venu au monde ; nu, j’en repartirais ! » nous dit Job.

La seule chose que nous pourrons sans doute garder, c’est ce qui a rempli notre cœur, c’est-à-dire la façon dont j’ai su aimer et la façon dont je me suis laissé aimer. Toutes ces relations, tous ces liens d’amitié, d’amour, de charité, c’est cela qui va perdurer au-delà de notre mort. Nos richesses, cet héritage que nous laisserons : qui l’aura ? Nous avons juste à espérer que nos héritiers ne se querelleront pas trop !

       Frères et sœurs, en cette période tourmentée et déstabilisante, au milieu du tourbillon de notre existence, au moment où nous sommes peut-être tentés de refermer les mains sur l'immédiat, avec cet évangile, nous pouvons entendre en nous la voix du Père, qui nous murmure, avec bonté et humour : 

" Ne sois pas dans l’angoisse et la peur de manquer ! ..." C’est un bien plus précieux que je te propose : « être avec moi pour toujours » !

Ce matin, demandons pour chacun de nous, la simplicité, l’attention à l’autre et aux autres, cette capacité de faire de notre vie un vrai “je t’aime“. Si nous possédons des biens (ce n’est pas un mal !), puissions-nous être fraternels et partager !

       Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche18 octobre 2020, 29e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 22, 15-21. Livre du prophète Isaïe 45,1.4-6. Psaume 95.

Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 1, 1-5b.

 

Extraordinaire évangile qui nous raconte le subtil piège que les pharisiens et les Hérodiens, pour cette fois ensemble, ont tendu à Jésus pour le faire condamner ! 

Remarquez que le coup est intelligent ! Il s'agit d'amener Jésus à choisir entre deux opinions politiques opposées qui chacune, pourraient le faire condamner à mort. On lui demande après de nombreuses flatteries : « Est-il permis ou non de payer l'impôt à César ? »

C’est une question qui semble anodine, mais qui en fait, est un piège ! Si Jésus répond OUI, les pharisiens crieront au scandale, puisque payer l'impôt à César, c'est en quelque sorte se montrer favorable à l'empire de Rome, et par conséquent admettre la divinité de César. N’oublions pas que César était considéré comme un dieu sur la terre comme pour Pharaon. Si, au contraire, Jésus répond que NON, il ne faut pas payer l'impôt à l’empereur César, alors il devient un opposant politique. Les pharisiens seront les premiers à le dénoncer aux amis d'Hérode pour le faire condamner comme un rebelle à l'autorité occupante.

Jésus semble être habilement piégé : être un mauvais citoyen ou être un citoyen sacrilège ! Mais, sa réponse est brillante, nette, directe : « Hypocrites ! »  « Montrez-moi la monnaie de l'impôt. », dit Jésus.

Coupant court aux flatteries mensongères, il prend ses opposants en flagrant délit de contradiction puisqu’ils portent sur eux la monnaie de l’impôt, représentant l’effigie de l’Empereur. Autant dire qu’un juif pieux n’était pas supposé la posséder ! Rappelez-vous, on nous en parle à plusieurs reprises dans l’évangile. Au moment d’entrer dans le Temple, les juifs devaient changer l’argent romain qu’ils portaient sur eux. C’est pourquoi il y avait des changeurs qui se tenaient dans le parvis du Temple ! L’argent romain était considéré comme idolâtrique et ne devait pas, par conséquent, entrer dans le Temple.

La réponse de Jésus retentit et surprend encore aujourd’hui : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »  Étonnante et remarquable réponse ! Bref ! Le piège n'a pas fonctionné.

De fait, Jésus ne répond pas à la question posée ! Il fait beaucoup mieux. Il la transforme, interpelle et en fait comprendre les conséquencesIl nous invite à réfléchir à notre tour.

Car attention ! Pour le croyant, la réalité de la terre, qu’elle soit régie par César ou un autre, disparaitra un jour pour faire place au nouveau Royaume.

Par le baptême, par le don de l’Esprit, le chrétien se découvre citoyen du ciel.

L’homme est renvoyé à sa vraie nature qui est d’être avec Dieu et « Citoyen du Ciel » !

L’enjeu véritable et important est celui-ci :

« Tout en étant de ce monde, et en même temps, de passage en ce monde, à qui voulons-nous appartenir ? »

C’est la question que Jésus nous pose ce dimanche : à César ou à Dieu ? Voilà la conversion que Jésus attend de nous tous. La réponse n’est pas si simple ; c’est à chacun de nous de répondre et de répondre en vérité.

  • Attention, ne nous trompons pas ! La pièce de monnaie n’est pas en cause pour elle-même ! L’argent, nous le savons bien, est juste un moyen et non une fin !
  • L’argent, comme le pouvoir politique, est une création de l’homme. Bien géré, cela est nécessaire pour un bien “vivre ensemble“ respectueux et solidaire ! 

Une dernière réflexion ! Si cette pièce d’argent porte le signe évident de César Tibère, c’est-à-dire son visage, où peut-on trouver le signe de Dieu dans le monde ? 

Je vous le redis : il est important de comprendre que l’homme n’appartient ni au politique, ni aux puissances d’argent, ni aux mécanismes économiques.

Nous trouvons le signe de Dieu dès le livre de la Genèse, où il est écrit que nous sommes créés à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26-27) : « Dieu créa l’Homme à son image ». 

Tout homme est une histoire sacrée et l’homme est à l’image de Dieu. 

Plus encore, le baptême reçu, nous configure d’une façon originale au Christ (prêtre, prophète et roi) et nous découvre frères et sœurs ! Nous le redirons tout à l’heure en récitant le Notre Père ! Une fraternité encore plus large est à redécouvrir et à mettre en action, comme nous le redit avec force le Pape François dans sa dernière encyclique Fratelli tutti ! Il nous faut comprendre que ce monde ne pourra véritablement répondre à sa vocation que si nous nous reconnaissons frères et sœurs.

Cela, notre époque semble l’avoir oublié ! C'est là que se situent les questions de justice sociale, de développement, de liberté, de charité, de la Mission telle que nous essayons de la vivre aujourd’hui, mais aussi du sens de ma vie, de notre vie et de notre avenir ! Nous percevons que ce désir du Ciel qui nous habite tous au plus profond de nous, est là, ancré dans notre cœur : être à Dieu pour toujours !

Ces questions ne doivent pas nous laisser indifférents. Nous savons bien les contraintes que nous subissons aujourd’hui, les restrictions, certaines limitations de notre liberté, avec ce virus qui rôde, les ordres et les contre-ordres et la peur qui peut s’installer. Cependant, ne craignons pas ! N’ayons pas peur ! Prenons soin, bien sûr des uns, des autres ; cela est évident, nécessaire, indispensable. 

Soyons passionnés par ce monde, mais choisissons d’appartenir à Dieu ! Ou dit autrement : rendons donc à ce monde ce qui est à ce monde, mais n’oublions pas que nous sommes à Dieu !

  • C'est tout cela que nous recevons aujourd’hui, en ce 29e dimanche du temps ordinaire. 
  • C’est tout cela que la Parole de Dieu nous enseigne avec perspicacité et profondeur. 

Demandons la grâce, pour chacun de nous, de la laisser résonner en notre cœur et faisons un choix juste et vrai  !                         

                                                                                                                                       Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 14 octobre 2020, 28e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 42-46. Psaume 1. Lettre de saint Paul aux Galates 5, 18-25.

 

Comment traduire ce mot « Malheureux » ? Peut-être par « quelqu’un qui n’est plus heureux ! » On pour pourrait dire aussi « C’est dommage ! » Ou même « Hélas ! » …

Ce qui est certain, c’est cette profonde douleur de Jésus devant la part de nous-mêmes qui oublie que l’accomplissement de la loi ne peut se faire que dans l’amour.

Malheureux homme qui, dès lors qu’il a accompli les obligations et les lois de sa religion, croit qu’il est en règle avec Dieu et qu’il peut se faire juge de ses frères. Il se trompe de Dieu, car Celui que Jésus nous révèle ne veut pas être servi, mais être aimé et rencontré gratuitement. 

Il se fait homme au milieu des hommes pour que nous nous approchions sans crainte de lui. Il ne nous appelle plus « serviteurs », mais « amis » (cf. Jn 15, 15).

Contrairement, à une idée récurrente, notre Dieu n’est pas le grand inquisiteur qui compte nos faux pas et nous contraint à observer les multiples préceptes de la religion. Il est celui qui juge selon la vérité, avec bonté et patience, dans l’amour. Il fallait observer la loi, sans abandonner l’amour ! Divin équilibre du jugement de Dieu !

Un double malheur me guette 

·            Le premier : être fier de son observance de la Loi et valoriser une belle image de soi-même

·            Le deuxième : Croire que Dieu ne peut plus m’aimer tant les chemins que j’ai pris m’ont éloigné de Lui.

 

En fait, si le Dieu que nous cherchons et que nous rencontrons dans le visage de Jésus ne nous surprend plus, s’il ne nous convoque pas en dehors de nos habitudes et de nos certitudes bien pensantes, à l’écart de nos chemins, bien conformes aux préceptes moraux que nous nous fixons et aux lois de l’Église, est-il encore vraiment le Dieu de Jésus Christ, le Dieu qui m’a créé, le Dieu qui donne sa vie pour moi, le Dieu qui donne et qui pardonne sans limites ?

Frères et sœurs, aujourd'hui encore le Seigneur attend de nous une vraie cohérence 

  • entre la prière et la vie, entre les paroles et l'engagement concret, 
  • entre notre générosité personnelle et ce que nous réclamons des autres. 

Aujourd'hui encore, sa tendresse me rejoint personnellement. Ce n’est pas une condamnation, mais bien une invitation musclée ! Osons faire ce choix et vivre de l’Esprit Saint !

Ainsi soit-il ! 

Homélie du lundi 12 octobre 2020, 28e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 29-32. Psaume 112. Lettre de Saint-Paul aux Galates 4,22-24.26-27.31 à 5,1. 

 

Ce matin, je souhaite m’arrêter sur cette petite phrase : « Cette génération cherche un signe… »

Il serait sans doute intéressant de compter le nombre de fois où nous demandons un signe à Dieu dans notre vie, une certitude que telle ou telle chose se situe dans son projet, ou une aide dans des décisions de choix de vie ? Nous serions peut-être surpris de comptabiliser toutes ces demandes ! Inconsciemment ou non, nous sollicitons sans cesse des signes à Dieu, comme si nous voulions qu’Il nous aide d’une façon très concrète. De fait, nous recherchons, ou même nous réclamons souvent des signes rapides et surtout efficaces !

En écoutant l’évangile de ce jour, nous pourrions nous poser cette question : pourquoi Jésus semble-t-il condamner cette recherche de signe ?

Peut-être parce que nous restons trop centrés sur nous-mêmes ou que la réponse de Dieu à cette recherche ne correspondra pas toujours à notre demande ! Bien souvent, la réponse est un silence, alors que nous attendons une réponse claire, précise ! Ce n’est pas que Dieu serait silencieux, mais sa réponse est une réponse qu’il nous faut découvrir et comprendre, bien souvent dans la prière et dans le temps !

Souvent, une note de déception s’empare de nous ! Le silence de Dieu peut sembler terrible à certains moments. « Dieu ne me répond pas ! » Pourtant, Dieu parle dans ce silence ! Par exemple : rappelez-vous l’épisode d’Élie sur le Mont Horeb (1 Roi 19, 11-14). Élie  réclame un signe, lui aussi, et il s’aperçoit que Dieu s’est laissé découvrir dans le silence d’une brise légère ! 

Dans l’évangile de ce jour, Jésus dit pourtant qu’il donnera un signe, celui « de Jonas » ! Quel est donc le signe de Jonas ?

En fait, c’est un double signe que nous découvrons dans l’histoire de Jonas. La Bible raconte que Jonas est envoyé par Dieu pour convertir la ville de Ninive, la grande ville païenne ! Vous connaissez son périple, ses refus, sa fuite et comment, il va passer trois jours et trois nuits dans le ventre d’un gros poisson.

Il prêche donc la destruction de Ninive, mais il sait que cette ville sera pardonnée par le Seigneur si elle se détourne de sa méchanceté. Et là, la ville se convertit. Jésus dit : « Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas ». Le premier signe est celui d’une ville qui se convertit et change radicalement, car tous les habitants se tournent entièrement vers Dieu ! 

Mais l’histoire de Jonas a deux sens. Elle donne un signe à travers la conversion de la ville de Ninive, mais Jonas en reçoit un pour lui. Après la conversion totale de Ninive, Jonas est en colère, il a été écarté comme un illuminé qui prêche le malheur et l’échec. Alors, il demande au Seigneur de le laisser attendre la mort. Jonas préfère mourir !

C’est là, où il devient à nouveau « signe », car Dieu donne un signe de sa miséricorde pour tous, et pour lui particulièrement. Il n’a pas été prophète uniquement pour sauver Ninive. Dieu l’a envoyé pour lui révéler son cœur. Et pour s’ouvrir à ce mystère d’amour, Jonas devait passer par l’échec, par un certain silence de Dieu, pour se convertir et enfin découvrir la Miséricorde de Dieu !

Frères et sœurs, je vous invite (et moi également), si vous le voulez bien, à prendre le temps, aujourd’hui ou dans les jours qui viennent, à relire notre vie autrement, à y découvrir le signe que Dieu nous a envoyé et que nous n’avons peut-être pas su voir, découvrir et comprendre : le signe de la Miséricorde de Dieu pour moi ! Plus encore, découvrons qui est « Signe » pour moi !

Voilà ce que Jésus nous propose de comprendre, aujourd’hui, dans cet évangile !

Rendons grâce à Dieu pour sa miséricorde !

Ainsi soit-il 

Homélie du dimanche 11 octobre 2020, 28e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église Saint-Vincent de Paul, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 21, 33-43. Livre du prophète Isaïe 5, 1-7. Psaume 79.

Lettre de saint Paul aux Philippiens 4, 6-9.

Messe de rentrée de la Paroisse

 

Chers amis, ne trouvez-vous pas que les invités à la Noce de la parabole, c’est un peu chacun de nous ? Nous savons bien que Dieu invite, nous invite tous aux Noces de l’Agneau ! … pour vivre quelque chose de grandiose !

A chaque eucharistie, nous le redirons tout à l’heure et nous l’entendrons à nouveau : « Heureux les invités au repas du Seigneur » ! Il y a des moments où, nous disons oui à Dieu, et nous répondons à son invitation d’un cœur léger, mais parfois la peur, ou bien la paresse, ou encore le découragement, ou un emploi du temps trop chargé finissent par transformer « cette joie des Noces » en refus ou en indifférence. Et puis il y a d’autres moments où, après avoir rechigné, (« Non, je n’irai pas ! »), après s’être fait attendre, après avoir déployé des stratégies de fuites plus ou moins conscientes, nous finissons par regarder la réalité en face, par nous souvenir de l’invitation de Dieu, et par décider de transformer notre non en oui. Quelle joie !

Ce que cette parabole nous rappelle, c’est que, finalement TOUS SONT CONVIÉS, sans distinction et librement, « les mauvais comme les bons » nous dit l’évangile, « et la salle de noce fut remplie de convives. »

En cette messe de rentrée, cette parabole est pour nous comme une catéchèse, faisant le lien entre :

- le festin préparé pour tous les peuples, l’Agneau Pascal, Jésus-Christ crucifié, 
- et le bon Berger (entendu dans le psaume) venu rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. 

Mystère pascal et mystère de l’Église, profondément unis en chaque eucharistie, tissant chaque jour un peu plus l’habit de fête qui est la tenue de service de tous les invités aux noces de l’Agneau. A nous de comprendre que l’habit de fête est, tout simplement la tenue de service, pour être au service de tous !

Ne soyons donc pas étonnés ! Cette invitation à rester en tenue de service est toujours un grand défi pour chacun de nous en particulier, et aussi pour notre communauté paroissiale ! Notons bien que ce n’est pas le seul défi qu’il nous faut relever… il y en a plusieurs ! Ces défis sont nombreux, tant pour notre paroisse, que pour la société. 

Nous le savons, depuis la fin de l’hiver dernier, un virus s’acharne à bouleverser nos modes de vie. Et voici que sa présence inquiétante plane, à nouveau, sur cette rentrée pas comme les autres, ravivant l’incertitude et le doute, la méfiance et la peur. 

Décidément, et sans baisser les bras, que nous le voulions ou non, il nous faut apprendre à vivre autrement ! Bien sûr, nous prenons soin de tous et nous appliquons les consignes sanitaires nécessaires, et nous l’avons fait dès les premiers jours. Ce n’est pas une option !

J’ai entendu, comme vous, au cœur du confinement, le rêve d’un « monde d’après » débarrassé des incohérences et des injustices du « monde d’avant ». 

Mais aujourd’hui, nous sentons bien qu’entre l’avant et l’après, il y a le présent, un présent pendant lequel nos relations quotidiennes, familiales, paroissiales ou professionnelles, se voient fortement et parfois gravement affectées, que ce soit par la douleur de la maladie, l’épreuve de la solitude, (pensons à nos anciens qui se trouvent en EHPAD), la menace du chômage, les difficultés éducatives. Pour tous, il est même devenu difficile d’élaborer des projets à long terme. Par exemple, lors d’un rendez-vous hier avec des fiancés, nous nous interrogions pour savoir si leur mariage pourrait être célébré ? Les professions de foi, les premières communions risquent d’être un peu décalées…

Notre Paroisse n’échappe pas à cette réalité. Elle partage les angoisses et les interrogations de ce temps. Mais, elle ne doit surtout pas se décourager ni se replier sur elle-même en attendant que l’orage passe. Engourdie, elle aussi, par les masques et les gels, les ordres et les contrordres, notre Communauté paroissiale se sait appelée par son Seigneur à accompagner la famille humaine sur ce chemin que nous savons compliqué et incertain. Elle sait aussi que, même si les vents sont contraires, le Christ est sur le bateau, Il est notre balise, notre GPS, et notre paroisse sait qu’elle peut mettre en Lui toute sa confiance et toute son espérance. L’Esprit de Dieu n’est pas absent de nos vies, bien au contraire ! C’est bien dans ces conditions-là, avec ces contraintes et ces limites bien réelles, « ici et maintenant », que nous devons accueillir, vivre et annoncer l’Évangile du Christ. Vivre et réinventer la FRATERNITÉ ! C’est cette fraternité qui nous construit ! Nous en avons besoin ! Les embrassades, la convivialité de toutes nos rencontres joyeuses nous manquent terriblement ! Il nous faut retrouver et donc ré-inventer la façon de vivre cette fraternité, essentielle à notre vie chrétienne !

Chers amis, ne nous laissons donc pas paralyser par la peur et le découragement ! Nous avons à prendre soin les uns des autres, bien sûr ! Notre foi nous appelle à vivre dans l’espérance pour garder le cap, pour être encore et toujours dans le service et une disponibilité à tous. Ce ne sont pas de vains mots, ni seulement de belles paroles ; c’est ce que nous avons et devrions vivre chaque jour !

De fait, depuis plusieurs mois, en Équipe paroissiale, nous travaillons sur tous ces défis. Durant le confinement, nous nous sommes retrouvés deux fois par semaine, dans le respect des consignes et donc, comme beaucoup d’entre vous, en utilisant les différentes techniques des médias (skype, zoom et autres …)

​Ces défis sont ceux de notre société (je pense aux lois de Bioéthique, à la vie naissante, au soutien des personnes âgées), les défis familiaux (accompagner les parents, les enfants, les ados, l’aumonerie), les défis professionnels (le travail, les difficultés financières) et bien d’autres défis encore… Nous en sommes pleinement conscients !

C’est pourquoi, il est de notre devoir et de notre responsabilité de relever en paroisse, à notre niveau, déjà au moins là où nous sommes, ces défis, qui sont appelés les 5 essentiels de notre vie paroissiale :

     • Le défi d’une communauté paroissiale qui est un lieu de fraternité 
     • Le défi d’une communauté paroissiale qui prie et célèbre dans la confiance
     • Le défi d’une communauté paroissiale qui ose la rencontre et annonce l’évangile 
     • Le défi d’une communauté paroissiale qui est un lieu de service et d’accueil de tous
     • Le défi d’une communauté paroissiale qui donne envie de se former.

Le travail réalisé à partir des Assises (qui vous sera présenté dans quelques instants) et les lectures des dernières encycliques Laudato Si’ et Fratelli tutti, devraient nous aider à avancer et à mieux comprendre notre mission.

Merci à vous tous déjà disponibles à la Mission dans notre Paroisse et qui souvent, sans faire de bruit, êtes bien présents. Merci aussi, et ce n’est pas un vain mot, à vous tous qui allez accepter et vous engagez à vous mettre en tenue de Service, humblement et chacun selon vos possibilités et vos charismes !

C’est bien ce service et cette fraternité que je vous invite à vivre intensément tout au long de cette année, en paroisse, en famille, dans nos communautés.

Merci par avance et que le Seigneur, par son Esprit Saint, nous bouscule et nous guide sur ce chemin de la Mission pour un jour participer, dans la joie, au festin des noces éternelles  !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 11 octobre 2020, 28e Dimanche du temps ordinaire - Messe de Rentrée de la Paroisse

Homélie du mercredi 7 octobre 2020, 27e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 26-38. Cantique (Luc 1, 46-55). Livre des Actes des Apôtres 1, 12-14

Notre-Dame-du-Rosaire

 

La mission de Jésus, en prenant notre condition humaine, est de nous faire connaître le Père et le plan du Salut qu’il souhaite pour chacun de nous !

     Cette mission de Jésus, nous la connaissons ! Mais, elle est toujours d’actualité, il s’agit de nous laisser transformer par la prière de Jésus pour nous tourner vers le Père !

     Cependant, est-ce si facile ? Ne vivons-nous pas, parfois au quotidien, des obstacles, des empêchements ? Déjà, en nous-mêmes : notre pesanteur, notre inconstance, nos refus… mais il y a aussi quelqu’un qui veut s’opposer à notre relation au père ! On l’appelle : le Tentateur , le Diable, le Diviseur, Satan ! Avons-nous conscience de son existence ? Il est si malin, qu’il a réussi à nous faire croire qu’il n’existait pas ! Nous pourrions facilement le vérifier en posant la question aux personnes que nous rencontrons dans la rue. Et pourtant, il est bien présent !

Le catéchisme de l’Église Catholique nous redit : 

« Le mal n’est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, l’ange qui s’oppose à Dieu. »(CEC 2851). (Lucifer= Ange de lumière)

Jésus, lui-même, au soir de sa Passion prie encore son Père de nous garder du Mauvais (Jn 17,15). 

Il est frappant de voir, aujourd’hui, par la multiplication des magnétiseurs, coupe-feu, voyants et médiums en tout genre, comment le démon étend de nouveau son pouvoir sur les personnes qui se trouvent affligées de différents maux psychologiques, physiologiques et spirituels. Parfois quand un problème se présente, les personnes ne se tournent pas vers Dieu, mais plutôt vers des individus qui risquent de les conduire en des méandres difficiles, compliqués et aussi, de surcroit très onéreux !

Rappeler son existence n’est pas une question de superstition ou d’obscurantisme primaire ! L’action du démon est réelle et s’étend sur toutes les dimensions du monde créé. 

C’est pourquoi, dans la prière du Notre Père que nous récitons régulièrement, selon la version de Luc ou celle de saint Matthieu, nous demandons : « Ne nous laisse pas entrer en tentation. Délivre-nous du Mal ! » ; c’est-à-dire : délivre-nous du Mauvais.

Cette dernière demande du Notre Père nous place sous la protection du Seigneur et nous assure que celui qui est enfant de Dieu et ne s'expose pas à l'action du démon n’a rien à craindre du tentateur.

En ce jour, où nous faisons mémoire de Notre-Dame du Rosaire, nous avons aussi une autre arme ! Le chapelet est une « arme » efficace contre le Démon ! Prière simple, mais puissante !

Prier le Rosaire, c’est contempler l’histoire du monde entier du point de vue de Dieu et se réjouir avec Lui de voir le Christ faire toutes choses nouvelles. Le chapelet nous invite à entrer de nouveau, dans l’histoire du Salut que Dieu veut pour chacun de nous. Le « oui » de Marie nous le rend possible ! Invoquer le nom de Marie nous met donc en présence du Christ qui, Lui-même, nous met en présence de son Père et de notre Père.

Puissions-nous, frères et sœurs, rejeter les séductions du Malin et faire le choix de Dieu en toute occasion, renoncer à toute pratique démoniaque et demander l’aide de la Vierge Marie. Demandons cette grâce pour chacun de nous réunis ce matin, pour nos familles et pour le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 5 octobre 2020, 27e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 10, 25-37. Psaume 110. Lettre de Saint-Paul aux Galates 1, 6-12. 

Sainte Faustine

 

En préparant cette célébration et, en particulier cette homélie, je me suis demandé si vous connaissiez tous Hélène Kowalska, celle qui sera sœur Faustine puis sainte Faustine que nous fêtons aujourd’hui. Il m’a semblé intéressant de relire ensemble sa vie.

Elle est née en Pologne le 25 août 1905dans une famille très modeste. Elle recevra peu d’instruction (seulement trois années d’école) et devra aller travailler, dès l’âge de 16 ans, comme servante. Elle sera canonisée le 30 avril 2000 par saint Jean-Paul II, le jour de l’instauration de la fête de la Divine Miséricorde, le 2e dimanche de Pâques. Sainte Faustine avait été béatifiée en 1993.

À l’âge de 18 ans, elle demande à ses parents de pouvoir entrer au couvent, mais les moyens financiers manquent, et elle devra travailler pour payer sa dot avant d’entrer dans la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde à Varsovie à l’âge de 20 ans. (C’était l’usage à l’époque).

Elle sera religieuse pendant treize ans avant de mourir des suites de la tuberculose le 5 octobre 1938.

Animée d’une profonde vie mystique, et d’une façon surprenante, elle verra Jésus lui apparaître et lui formuler des demandes : 

     - faire peindre le tableau de Jésus miséricordieux (vous pouvez en admirer un, superbe, dans la chapelle de la basilique du Sacré-Cœur,

     - faire réciter le chapelet à la miséricorde divine,

     - diffuser le message universel de la Miséricorde Divine

Jésus s’adresse souvent à des personnes avec un cœur simple ! Elle aura aussi d’autres apparitions, notamment celle de sainte Thérèse qui l’encouragera dans son désir de sainteté.

Sainte Faustine nous a laissé son Petit journal, rédigé à la demande de son directeur spirituel, le père Sopocko. Elle y évoque ses expériences mystiques, et y cite ce que Jésus lui demande en s’adressant à elle.

C’est le 13 septembre 1935 à Vilnius, que le Seigneur inspire à Sainte Faustine le Chapelet à la Miséricorde Divine. À maintes reprises, le Seigneur insiste pour qu’elle encourage les gens à le réciter (Petit Journal, 1541 ; 848).

Pourquoi ? Parce que cette prière du chapelet est une prière toute simple, porteur de grâces incroyables, inestimables, en particulier pour notre salut et celui des autres (Petit Journal, 811 ; 848 ; 1541).

 

Voici un petit extrait de l’homélie du pape Jean-Paul II lors de sa canonisation :

Il s’adresse directement, familièrement, dans le tutoiement d’un pape polonais à une sainte Polonaise :

« Et toi, Faustine, don de Dieu à notre temps, don de la terre de Pologne à toute l'Église, obtiens-nous de percevoir la profondeur de la miséricorde divine, aide-nous à en faire l'expérience vivante et à en témoigner à nos frères. Que ton message de lumière et d'espérance se diffuse dans le monde entier, pousse les pécheurs à la conversion, dissipe les rivalités et les haines, incite les hommes et les nations à la pratique de la fraternité. Aujourd'hui, en tournant le regard avec toi vers le visage du Christ ressuscité, nous faisons nôtre ta prière d'abandon confiant et nous disons avec une ferme espérance :                                        

« Jésus, j'ai confiance en Toi ! »

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 4 octobre 2020, 27e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église Saint-Vincent de Paul, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 21, 33-43. Livre du prophète Isaïe 5, 1-7. Psaume 79.

Lettre de saint Paul aux Philippiens 4, 6-9.

 

Les lectures de ce dimanche nous parlent de la Vigne, des vignerons, du fruit de la Vigne : qu'est-ce que la vigne dans la Bible ? Que nous faudrait-il entendre et comprendre ce matin ?

À quatre reprises, dans l’Ancien Testament, Dieu compare son peuple à une Vigne. Dieu a planté cette vigne avec grand soin. Il a pris toutes les dispositions pour qu’elle prospère et porte beaucoup de fruits. Or, cette vigne, c’est-à-dire le peuple, le déçoit terriblement en n’offrant finalement qu’une récolte misérable, avec des fruits terriblement amers. Quand Jésus s’adresse à ses interlocuteurs, ils comprennent très bien son propos et le sens de cette parabole !

- Ils savent qu’elle est choyée par Dieu, qu’Il a tout donné et qu’en retour elle est décevante !  Le devenir de cette vigne (peut-être le nôtre aussi ?) n’est-il pas une sorte de raccourci de l'histoire de l'humanité ? 

- Avons-nous conscience que chaque eucharistie, que toutes les Eucharisties que nous célébrons font échos, justement, à cette Vigne.

- À chaque Eucharistie, en effet, nous rappelons le plan de Dieu sur l'homme par les deux thèmes de la création, symbolisée par la joie du vin (le fruit de la vigne), et celui de la rédemption (symbolisée par le sang versé). Nous comprenons bien l’analogie avec l’eucharistie !

Ce que Dieu offre à l'homme, dans sa création, c'est comme un vignoble à cultiver, du raisin à récolter, du vin à goûter… Et le vin, précisément, est un produit du travail de l'homme. Il y faut tout un savoir-faire nécessaire pour transformer de belles grappes de raisin en un vin capiteux. 

Ainsi, l'image du vin nous dit que Dieu n'a pas achevé sa création. Il nous l'a donnée pour que nous puissions, nous-mêmes, l'achever. Il nous a donné la vigne, qu’il nous faut cultiver ; il faut cueillir le raisin, puis le transformer pour qu’il devienne ce vin. C’est cette transformation, cette mission que Dieu nous confie. Comme le maître de la parabole, Il s'est discrètement retiré. Ce retrait n'est pas un désintérêt, mais une façon de mettre en évidence le sens des responsabilités et la liberté des hommes que Dieu ne se lasse pas d’aimer.

Voilà le constat ! La réalité semble décevante ! À une telle discrétion et à une telle confiance, les vignerons n’ont répondu que par l'insolence et la mort. L'homme d'aujourd'hui, comme du temps de Jésus, veut se passer de Dieu et gérer la vigne à son seul profit. Il s'en croit le propriétaire et l'actualité nous montre à suffisance, la folie de ce crescendo dans l'appétit d'avoir et d'avoir toujours plus. Le libéralisme sauvage et sans retenue, que nous avons vu s'amplifier sur toute la planète, entraîne d'innombrables dégâts à la fois, humains et en même temps, écologiques… C’est un premier constat sur lequel je vais revenir.

C'est alors que nous percevons le second thème de la parabole, celui du sang versé : signe de la rédemption. Les refus obstinés des hommes ne peuvent pas empêcher Dieu de poursuivre son projet d'amour. Ce qui est fou, c’est que Dieu continue, s'obstine à croire en l'homme. Il ose le risque suprême : Il décide d'envoyer son propre Fils et Il a la “folie“ de croire que : « Ils respecteront mon propre fils ». Il entreprend la démarche incroyable, celle qui s’est déroulée pour nous il y a deux mille ans : l'incarnation, la venue “in carne“ dans notre chair, du Fils de Dieu, Jésus.  « Dieu a tellement aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique », dit saint Jean. 

Hélas ! Ce fut la tragédie : « Voici l'héritier : allons-y, tuons-le ! » Nous connaissons la suite ; Jésus meurt sur la croix. Les hommes ne l’ont pas reconnu.

Mauvais calcul, prévient Jésus : vous voulez tuer l'héritier pour avoir l'héritage, mais Dieu ne renoncera pas à son plan de Salut :

           - l'héritage passera à d’autres, aux Gentils (nations païennes), qui seront le peuple de la nouvelle alliance, c’est-à-dire : nous,

           - il passera à d'autres vignerons, ses propres Apôtres, qui prendront en main le peuple de Dieu.

Cette erreur dramatique, ce mauvais calcul, guette encore notre monde. En sommes-nous conscients ?

Quel est-il ?

           - Vouloir se passer de Dieu, et pire encore : se prendre pour des dieux !

           - Rejeter le Créateur, et pire encore : mettre à genoux la Création.

Au début de ce troisième millénaire, le constat que nous faisons semble toujours le même, malheureusement. Nous exploitons, à la fois la personne humaine et la création ! Cette vigilance que nous devrions avoir de la Création (au sens large : Nature et humaine) est une réalité décevante. Nous essayons de le crier au monde, mais celui-ci est pris dans une spirale de folie à vouloir plus, plus… et toujours plus.  

C’est pourquoi, à la suite de Saint-François d’Assise, dont le pape François reprend le nom, l’intuition et la quête, va par son Encyclique Laudato Si’, nous montrer l’urgence. Sans doute avez-vous lu cette encyclique ? Si vous ne l’avez pas fait, il est toujours temps de la découvrir ! Nous vous invitons à la lire ensemble cette année. Beaucoup, parmi ceux qui l’ont lue, chrétiens ou non chrétiens, sont impressionnés par la clairvoyance et la profondeur de la réflexion du pape François.

Le travail que nous commençons aujourd’hui dans la Paroisse est une invitation à une triple conversion : Conversion à DieuConversion du cœurConversion écologique.

Je le redis : nous ne sommes pas propriétaires, mais plutôt gérants de cette terre qui reste l’œuvre du Créateur, ce Dieu que les psaumes nous invitent à louer. À partir des œuvres créées, nous reconnaissons la main de Dieu et nous nous élevons vers la miséricorde du Père (LS77). C’est en Jésus ressuscité que la création marche jusqu’à la plénitude de Dieu (LS83). L’homme est responsable de cette création qui lui est confiée, et nous aurons des comptes à rendre.

« Chaque créature a une fonction, et aucune n’est superflue […] tout est caresse de Dieu » (LS84) dit le pape François.

Voici la prière qui peut être la nôtre ce matin : 

Apprends-nous, Seigneur à respecter toute la création,

à la servir au lieu de nous en servir,

à savoir admirer sa beauté. 

La Création ne nous appartient pas ! Seigneur, Tu nous la confies comme un dépôt à entretenir, à faire fructifier et tu souhaites pour nous de grandir dans le respect de la loi naturelle. 

Seigneur, donne-nous la sagesse et la patience des cultivateurs !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 4 Octobre 2020 - 27° Dimanche du TO - Lancement Année Laudato Si'

Homélie du mercredi 30 septembre 2020, 26e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 9, 57-62. Psaume 87. Livre de Job 9, 1-12.14-16. Saint-Jérôme

 

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, il y a une phrase que beaucoup de théologiens et de saints ont essayé de comprendre, plus exactement de comprendre le sens de l’affirmation de Jésus quand Il dit : « mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête » ! 

C’est une phrase qui nous interroge sans doute, comme elle a interrogé beaucoup de familiers de la Parole de Dieu ; de fait, si nous lisons avec attention l’Évangile, nous constaterons que le seul moment où Jésus reposa sa tête, c’est au moment de la Croix, comme le dit saint Jean : « Tout est accompli ! Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. » (Jn 19,3).

Cette réflexion donne une certaine tonalité à l’évangile que nous venons d’entendre ! Nous le savons, Jésus n’a de cesse d’avoir cette initiative d’appeler des hommes et des femmes ordinaires, tout simples, à sa suite.

Mais, Il nous avertit que le disciple doit être prêt à l’itinérance, c’est-à-dire à ne pas savoir, lui aussi, où reposer sa tête, et donc à quitter d’une certaine façon, sa zone de confort et d’être audacieux.

Sans doute est-ce une manière de nous avertir que partout, et à chaque instant, nous risquons d’être rejetés. 

  • Le Fils de l’homme est à la fois celui qui est mis à mort et celui qui est exalté à la droite du Père.
  • Il est à la fois : « le faible humilié et le Christ glorieux ». Quel paradoxe ! On ne peut pas choisir de suivre l’un plutôt que l’autre. 

L’un et l’autre seront donnés et nous devons avoir cela en tête quand nous affirmons que nous sommes chrétiens !

Aux appels du Christ, nos réponses sont, bien sûr, personnelles ! Bien souvent, elles disent à la fois ce que l’on quitte et une aventure qui commence, un passé ou un avenir, un regard en arrière ou un regard en avant ! Une sécurité ou une audace ! Peut-être une peur ou un acte de confiance ! 

Bref : à chaque fois que Dieu appelle quelqu’un à son service, tout cela à la fois peut s’embrouiller dans notre tête !

Enterrer son père, faire ses adieux à ses proches avant une séparation longue ou définitive sont des actes qui renvoient à ce qu'il y a de plus profond en nous : la gratitude vis-à-vis de ceux qui nous ont donné la vie, la communion avec ceux qui nous sont les plus proches. 

Cela n’est pas un reproche en soi !

Maisannoncer le royaume implique non de renoncer à ces liens

mais de les hiérarchiser correctement relativement à l'urgence du royaume.

C’est bien cela que Jésus veut nous faire comprendre dans le texte de ce matin. Enterrer et saluer sont certes, des attitudes tout à fait louables, mais si elles sont figées, tournées vers le passé, elles n'ouvrent pas vers un avenir.

Jésus n'invite pas à délaisser les siens. Bien au contraire, et nous le savons bien, rappelons-nous comme Il prendra soin, au moment de sa mort sur la croix, de confier sa mère, désormais seule, à son disciple bien aimé ! Jusqu’au dernier moment, Jésus prend soin de sa famille !

Mais l’insistance de cet évangile est de nous faire comprendre que Jésus nous invite à nous situer dans nos préoccupations, nos désirs, nos relations mêmes les plus légitimes, tout cela, dans la perspective du Royaume des Cieux et de son annonce dans notre monde qui en a tant besoin ! Pour le dire autrement :

C’est en étant résolument ouvert à une communion en Dieu

qui mène à leur achèvement et dépasse toutes les autres communions,

que nous pouvons vivre sur terre,

Car, il nous faut comprendre que tout amour, l’amour vrai, trouve sa source dans le lien à Dieu !

Suivre Jésus, aimer Dieu donne une force supplémentaire à toutes les relations que nous vivons ici-bas. C’est le Don que Dieu nous fait ! C’est le projet de vie que Dieu a pour nous !

Demandons cette grâce de comprendre les enjeux de notre vie (en discernant le plus important, le plus accessoire) et la force d’une vraie réponse à l’appel de Dieu !    

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 28 septembre 2020, 26e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 46-50. Psaume 16. Livre de Job 1, 6-22.

 

Comme vous l’avez sans doute remarqué, nous commençons un nouveau cycle, avec la lecture quasiment en continu (sauf les jours de fête) du livre de Job. J’aimerais très simplement ce matin, vous inviter à aller un peu plus loin, en prenant le temps de lire ce livre. Pour vous y aider, je vous propose une petite introduction au livre de Job ! Découvrons ensemble qui est Job !

La Bible est déclarée « patrimoine de l’humanité » par l’Unesco. La Bible nous rejoint dans notre vie quotidienne, et nous devrions la lire régulièrement pour nous en nourrir. Vous avez bien noté que, lors des célébrations eucharistiques, nous en écoutons seulement certains passages. La lire dans son intégralité nous parle autrement et nous permet de mieux comprendre le projet de Dieu ! Dieu n’est pas absent de notre quotidien, particulièrement parmi les écrits de Sagesse (que nous retrouvons dans l’Ancien Testament). 

Ce sont par exemple : le savoir-faire et le savoir-vivre (Livre des Proverbes), le sens de l'existence (Livre de Qohèleth), celui de l'amour (Cantique des cantiques), de la présence de Dieu dans la création et dans l'histoire (Ben Sirach le Sage et le Livre de la Sagesse), de la prière (Psaumes). Il y en a un qui nous parle de la souffrance de l'homme : c'est le livre de Job.

Job est un personnage à la fois réel et fictif. Il est réel en tant qu'il représente la souffrance de combien de femmes et d'hommes par le monde, souffrance d’hier, d’aujourd’hui et vraisemblablement celle de demain ? Il est encore réel parce que son auteur réfléchit sur l'épreuve qu'a vraiment subie le peuple d'Israël pendant son exil à Babylone. Mais il est fictifau sens où l'auteur n'a pas voulu décrire une situation historique singulière, mais une situation que tous peuvent rencontrer à un moment donné de leur existence. Le Livre de Job est donc à lire, car c’est un livre dont la lecture est enrichissante pour tous et pour tous les temps. 

L'auteur du livre biblique de Job décrit un personnage qui a vécu sans doute au Ve siècle avant Jésus-Christ, après le retour de l’exil à Babylone. 

À travers toute la tradition chrétienne, Job a constamment été reconnu comme le modèle du Juste souffrant et donc une figure de Jésus. On cite souvent la patience et la fidélité de Job dans son malheur. Parfois aussi, on le met en évidence comme celui qui a eu l’audace de discuter avec Dieu, sans contrarier ni maudire Dieu. Il est celui qui ose prier Dieu au cœur même de sa souffrance, non seulement afin d'accepter sa condition, mais parce qu'il cherche à comprendre si l'épreuve douloureuse telle qu’il la vit, a un sens pour l'homme, un sens pour Dieu. Le texte que nous venons d’entendre met en évidence un paroxysme de souffrance : Dieu peut-il abandonner son peuple ? Peut-Il laisser tomber l’homme qu’Il a créé ? C’est une question que nous pouvons nous poser !

C’est parce que Job a été considéré comme le modèle de la patience et de la confiance que la dévotion populaire en a fait un saint à part entière. C’est à ce titre qu'il a sa place dans le calendrier liturgique romain, où sa fête est inscrite au 10 mai. 

Ce qu’il nous faut comprendre aussi, c’est que le livre de Job n'est pas seulement qu’un livre biblique ou qu’un livre inspiré. C'est encore un des grands textes du patrimoine spirituel de l'humanité. Dans la Bible, il indique un moment clé de la réflexion d'Israël sur sa propre histoire, après la détresse de l'exil. Il dit comment le peuple de Dieu, et nous avec lui, pouvons rester fidèles à Dieu et continuer à Le prier quand souffrent les hommes, et surtout les tout petits, les innocents ? La souffrance n'est pas à rechercher pour elle-même, mais elle peut être le lieu où l'être humain est amené à se poser les questions essentielles, fondamentales sur sa propre vie et le destin du monde. « Pourquoi la souffrance ? Est-elle normale ? Est-ce juste ? » La souffrance et la mort semblent mettre en question l'existence même d'un Dieu bon et tout-puissant. 

Que veut notre Dieu pour moi, pour nous ?

Toutes les questions sur la souffrance, la maladie, l’échec, la mort se trouvent en germe dans le livre de Job, si nous le lisons et relisons attentivement. C’est cette invitation que je vous propose ce matin. Prenez le temps de le lire, seul, en petits groupes, en fraternités locales !            

  Ainsi soit-il ! 

Homélie du mercredi 23 septembre 2020, 25e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 9, 1-6. Psaume 118. Livre des Proverbes 30, 5-9. St Padre Pio

 

Puisqu’aujourd’hui, nous fêtons saint Padre Pio, il m’a semblé intéressant de relire avec vous, son histoire et sa vie. Je vous en propose donc une courte biographie.

Le Padre Pio, né Francesco Forgione, voit le jour en 1887, le 25 mai, à Pietrelcina en Italie, dans une famille catholique et très pieuse. Il est le troisième d'une famille de quatre enfants. Comme il était de coutume à l’époque, il sera baptisé le lendemain même de sa naissance, en l'église paroissiale Sainte-Anne. En 1903, il commence son noviciat chez les frères capucins au couvent de Morcone, et choisit le nom de frère Pio. Il prononce ses vœux en 1907. Il est ordonné prêtre en 1910.

Des problèmes de santé l’empêchent de demeurer au couvent, il lui est donc accordé de rester dans la maison paternelle à Pietrelcina. En 1916, il arrive, enfin, au couvent de San Giovanni Rotondo (dans les Pouilles, à 130 km au nord-est de sa ville natale). 

En août 1918, il commence à ressentir des douleurs aux pieds et aux mains, et le prêtre vit alors quelque chose de rare, une transverbération, c’est-à-dire qu’il va recevoir les stigmates. Les stigmates (les marques de crucifixion du Christ) apparaissent sur son corps en septembre 1918. Cinq plaies sanguinolentes sont alors visibles sur ses mains, ses pieds et son thorax. Le bruit se répand un peu partout que le prêtre est un saint, capable de miracles. Le conseil des capucins le fait examiner par des médecins en 1920 afin de déterminer s'il s'agit d'automutilations ou non. Les médecins déclarent que ses blessures sont inexpliquées, même s'ils restent sceptiques.

Partageant sa vie entre l’autel et le confessionnal, Padre Pio reçoit une mission de Jésus : « Sanctifie-toi, et sanctifie les autres ». Padre Pio s’offre en victime pour les pécheurs et pour les âmes du Purgatoire.

Sa renommée s’étend rapidement et « Autour de Padre Pio, le surnaturel était naturel. » Parmi les phénomènes mystiques, on notera : les stigmates, les bilocations (être vu au même moment en deux endroits distants de centaines ou de milliers de kilomètres), la faculté de lire dans les consciences (plusieurs personnes l’ont entendu leur dire des péchés qu’ils cachaient ou avaient oubliés), de parler ou lire des langues qu’il n’avait jamais étudiées comme le français, l’anglais..., les parfums (aujourd’hui encore, de nombreuses personnes ont pu sentir ce parfum de violette émanant de ses plaies), le don de prophétie (parler au nom de Dieu), des extases (certaines messes pouvaient durer plusieurs heures !), le fait de vivre en dormant très peu et en mangeant très peu...

Tout ceci ne doit cependant pas faire oublier l’humanité de Padre Pio, l’amitié qu’il manifestait à ceux qui l’entouraient, le soutien qu’il leur apportait. Padre Pio a été un saint extrêmement attachant et très proche de nous.

On sait qu’il a beaucoup souffert et a été persécuté, pour des raisons diverses ne dépendant pas de lui, et même par les autorités ecclésiales (mais sans jamais avoir été condamné, car il n’y a jamais rien eu de répréhensible, ni aucune désobéissance au cours de sa vie)

En 1923, il lui est interdit de célébrer des messes publiques, de montrer ses stigmates ou même d’en parler. Il est cependant défendu par des milliers de fidèles. Les interdictions sont levées en 1933. La popularité de ce prêtre est immense, et il est reconnu par les fidèles non seulement comme un saint thaumaturge, mais aussi comme un prêtre aux capacités qui dépassent l’ordinaire. Il est également dit qu'il prédit l'élection du futur Pape Jean-Paul II

Ses stigmates disparaissent à la fin de sa dernière messe. Il meurt le 23 septembre 1968 à San Giovanni Rotondo, et est canonisé par saint Jean-Paul II en 2002.

Benoit XVI a synthétisé ainsi sa mission : « La première préoccupation de Padre Pio a été que les personnes retournent à Dieu, qu’elles puissent expérimenter sa miséricorde et, intérieurement renouvelées, qu’elles redécouvrent la beauté et la joie d’être chrétiens, de vivre en communion avec Jésus, d’appartenir à son Église et de pratiquer l’Évangile. »

Telle a été la mission de Padre Pio ! Rendons grâce pour sa vie et demandons d’autres “Padre Pio“, selon la volonté de Dieu, pour notre temps !                                           

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 20 septembre 2020, 25e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 20, 1-16. Livre du prophète Isaïe 55, 6-9. Psaume 144.

Lettre de saint Paul aux Philippiens 1, 20c-24.27a.

 

Ce matin, dans notre paroisse, le catéchisme a repris ; environ une cinquantaine d’enfants étaient présents, prêts à découvrir ou redécouvrir qui est Jésus ! Pendant que les enfants étaient en train d’échanger avec leurs animateurs, j’ai pu discuter avec leurs parents : un bon moment de discussions qui m’a permis de pointer et préciser avec eux certains éléments essentiels de l’ordre de la foi.

Je constate que régulièrement, il est nécessaire de rappeler que la Bonne Nouvelle que nous acclamons, que nous lisons, que nous annonçons… n’est pas d’abord une doctrine, ou juste un enseignement : c’est une personne que nous découvrons, la personne même de Jésus. C’est bien ce que saint Paul dit lorsqu’il s’adresse aux chrétiens de Philippe (2electure) « En effet, pour moi, vivre c’est le Christ ! »

Certes, la Bonne Nouvelle est aussi un message qui tente d’expliquer avec nos mots humains, notre intelligence et notre compréhension ce qu’est le Royaume de Dieu : c’est-à-dire expliquer notre devenir, ce pour quoi nous sommes créés, le sens de notre vie, ce qu’il va se passer après notre mort !

 C’est pourquoi dans l’évangile selon saint Matthieu que nous lisons très régulièrement ces derniers temps, et dans cette longue série de paraboles, nous entendons à chaque fois la même introduction, comme pour nous dire : rappelez-vous ! : « Le Royaume de Dieu est comparable à… », ce qui revient à dire : voici, comment vous pouvez comprendre qui est Dieu et mieux Le connaître !

Sans artifice, dans le concret de sa vie, le Christ nous montre qui est Dieu et comment il est son Fils : depuis sa naissance dans la fragilité de la crèche, son effacement dans le petit village de Nazareth, jusqu’à sa mort sur la croix. 

Cette proximité de Dieu fait homme (l’incarnation de Dieu dans notre chair), montre une audace surprenante dans ce désir de rejoindre tout homme ! Pour de nombreuses religions ou courants philosophiques, l’idée même d’une incarnation de Dieu est incongrue ! 

Un Dieu qui prend notre humanité puis va mourir sur une croix pour le Salut de tous, reste un scandale pour les Juifs et une folie pour les autres. Cela nous dépasse ! Dans l’imaginaire des hommes, et peut-être pour vous aussi, Dieu est un “super héros“, mais en aucun cas, un Dieu qui se fait mendiant de notre amour jusqu’à donner sa vie ! 

C’est peut-être pourquoi, il est souvent difficile de comprendre qui est Dieu pour moi et d’imaginer ce que je suis pour Lui.

Cette compréhension est aussi à compléter par les Paroles du Fils de Dieu. Suivre et écouter Jésus nous permet de découvrir progressivement, dans le souffle de l’Esprit Saint, qui est son Père et notre Père !

Revenons à l’évangile de ce jour ; c’est une étrange parabole et une surprenante justice ! 

Si nous nous étions trouvés, nous aussi, dans la file des ouvriers journaliers qui ce soir-là, après avoir travaillé à la vigne toute la journée, attendaient leur salaire, nous aurions sûrement grogné – et sans doute, moi le premier : "Regardez-moi ces resquilleurs ! Ils sont arrivés les derniers à la vigne, et ils sont payés les premiers !" … et payés autant que nous ; c’est de la folie ! 

Prenons un exemple bien concret : après avoir fait vos courses au supermarché, la file d’attente à la caisse est si importante, qu’une personne arrive…et double tout le monde sous prétexte qu’elle est pressée et qu’elle a acheté peu d’articles ! Ou encore : imaginez une entreprise qui verrait arriver certains de ses employés à 17h et repartir les premiers, à 18h, puis recevoir le même salaire que vous qui avez travaillé la journée entière ; comment réagissez-vous ? Vous laissez passer ou vous protestez ?

De plus, ce soir-là, nous aurions probablement été blessés dans nos convictions égalitaires : "Ces derniers venus n'ont travaillé qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons porté le poids du jour et la chaleur !" Imaginez la levée de boucliers des syndicats et les manifestations dans la rue, martelant un slogan du type : « À travail égal, salaire égal » !

Il ne s’agit pas, non plus, de remettre en question ce principe de la justice distributive ni de laisser les chefs d’entreprise considérer les travailleurs comme de simples ‘unités de production’ ou de simples numéros ! Ce n’est pas ce que dit Jésus et, pour vous en persuader, je vous invite à lire ou à relire les encycliques sur la position sociale de l’Église !

Dans cette parabole volontairement dérangeante, quel est donc le sens des paroles de Jésus ! Ce qui est en question, c’est l’image que nous nous faisons de Dieu. Qui est Dieu pour nous ?

« Mes pensées ne sont pas vos pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins », disait déjà le prophète Isaïe que nous avons entendu en première lecture.

Ce constat de la pensée de Dieu est déjà inscrit dans le Premier Testament. Il sera repris par de grands théologiens affirmant qu’on ne peut rien dire de Dieu, car notre langage humain est trop pauvre. Ce que nous pouvons dire au sujet de Dieu est au-delà de notre compréhension, au-delà de notre intelligence, au-delà de nos mots ! Il n’est pas possible d’enfermer Dieu dans nos concepts et le « mettre dans une case ». Effectivement, cela reviendrait à dire qu’on pourrait penser que Dieu est à portée de notre raison et qu’il est une simple projection de nos caprices ou de nos idéaux.

Je le redis différemment : c’est pourquoi Jésus dans son enseignement ne procède pas par des raisonnements logiques, mais par des images successives, qu’il emploie à travers les paraboles.

Dans cette parabole, le propriétaire de la vigne obéit donc à deux logiques :

  • la logique de la raison, et c'est la justice,
  • la logique du cœur, et c'est le don.

Toutes les deux sont nécessaires. Il faut être juste dans ce que nous sommes, dans ce que nous faisons. Mais, tout autant, il faut être bon, il faut être généreux dans nos actes. Il faut laisser parler sa tête autant que son cœur.

Pourquoi ? Dieu ne règle pas sa conduite sur une justice purement humaine et rétributive telle que nous pourrions la concevoir. Il aime aussi les derniers venus, les retardataires, les sans-mérites. Et nous-mêmes, sommes-nous des ouvriers de l'aube ou des ouvriers de la onzième heure ? Qui peut se vanter d'avoir toujours été fidèle ou disponible à la Mission ? Ne sommes-nous pas, nous aussi, des “derniers venus“ ?

L'important, c'est que nous reconnaissions Dieu comme celui qui, le premier nous a aimés. Ceci nous permet de répondre à l'appel du prophète : « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver », nous disait Isaïe dans la première lecture.

Telle est la logique évangélique ! 

Que souhaite Jésus pour nous ? À la fois, nous orienter vers le Royaume et déjà le préparer par notre façon de vivre sur cette Terre.

Comment ? 

  • Par une humanité transformée, enfin libérée de la corruption, transfigurée par le Christ dans son regard sur la vie et sur l’autre, 
  • une humanité qui acquiert – petit à petit – le même regard que Jésus sur Zachée, sur Marie-Madeleine, sur Pierre, sur les bourreaux ou sur le brigand crucifié à côté de lui. 

« Ton regard est-il mauvais parce que moi je suis bon ? ». Voilà ce à quoi l’humanité est appelée, et voici la Bonne Nouvelle que nous devons sans cesse nous rappeler : le regard du Seigneur est plein de bienveillance et il met le dernier, le mal-aimé, le petit, le fragile, l’enfant à naître, à la première place.

Oui, Seigneuravant de vouloir changer le monde, aide-moi à changer moi-même d’abord ! Transforme mon regard sur Toi et sur les autres, mets dans mon cœur ta bonté, mets dans mes mains un peu de ta générosité.

Demandons cela pour chacun de nous ce soir, pour notre paroisse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 16 septembre 2020, 24e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 7, 31-35. Psaume 32. 1re lettre de Saint-Paul aux Corinthiens 12,31à13,13.

 

 

La première lecture de ce matin, l’Épitre aux chrétiens de Corinthe, est souvent choisie par les fiancés, avec cette certitude : “L’amour ne passera jamais“

Généralement, lors des célébrations de mariage, le texte s’arrête à cette affirmation. Aujourd’hui, nous allons un peu plus loin avec une insistance, dans ces versets, sur une connaissance en lien avec notre croissance humaine :

 « Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant. » 

Mais, pour moi, est-ce si sûr ? « Ai-je dépassé ce qui était propre à l’enfant ? » C’est la question que Jésus pose comme en échos dans l’évangile.

Nous pourrions l’aborder d’une autre façon, en nous interrogeant, par exemple : ai-je une stature d’adulte ? Est-ce que je raisonne comme un adulte ?

C’est une bonne question à nous poser dans le contexte infantilisant de notre société actuelle !

En clair : suis-je toujours et encore dans un registre enfantin ? Je vous assure que c’est une vraie question, car lorsque je rencontre certains de nos contemporains, qui ont pourtant dépassé largement le stade de l’enfance, je suis surpris parfois par leurs façons de raisonner, leurs façons d’appréhender telle ou telle situation et de faire des choix. Évidemment, il ne faut pas confondre gaminerie et esprit d’enfance ! Combien de fois sommes-nous pris, nous-mêmes, à des enfantillages ? 

Gaminerie ? Prendre au sérieux ce qui ne l’est pas ! Donner de l’importance à ce qui n’en a pas ! Certaines grandes personnes peuvent avoir une attitude d’adolescent attardé ou de gamin ; ils disent : « Je n’aime pas ! » ou « Je ne veux pas ! » ou même : « J’m’en fous ! » Peut-être avez-vous fait ce constat vous-mêmes, autour de vous ?

Dans l’évangile, Jésus dit de ces gamins qu’ils sont « assis » comme sans but, c'est-à-dire qu’il n’y a dans leur vie spirituelle aucun mouvement, sinon celui d’une mauvaise insatisfaction ! 

Beaucoup se plaignent que le monde ne réponde pas complètement à leur attente, ils sont constamment insatisfaits et bougons ! Alors que la vie s’ouvre, pleine de promesses, devant chacun de ces gaminsIl est vrai que s’ouvrir à la vie, assumer ses responsabilités, demande un effort, une constance, une persévérance ! C’est peut-être dans ce sens-là que la question se pose : notre monde est-il adulte ? 

Pour Jésus, beaucoup de Pharisiens réagissent ainsi : ils ont refusé le baptême de Jean et en même temps ils attendent la venue du Messie, et maintenant qu’ils voient en Jésus, Celui qui semble être le Messie, ils le refusent, ils se raidissent. Quelle inconstance !

Plus encore, pour garder leur autonomie, pour se rassurer sur leurs façons de penser, la critique devient agression, puis d’agression, elle devient meurtre : « Jean Baptiste est venu ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : ‘C'est un possédé !’ Le Fils de l'homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : ‘C'est un glouton et un ivrogne. » Quel raisonnement surprenant !

Notre génération reste piégée dans cette attitude insatisfaite ! Des choix qui n’en sont pas, des compromis tièdes, des slogans mensongers, et nous constatons que certains explosent : « Je ne sais plus où j'en suis, je suis pris par la vitesse de la vie, le manque de perspective… Je m’ennuie, je suis entrainé dans des achats compulsifs, sans réel besoin ! Je veux être heureux, mais je ne sais pas comment faire, comment choisir ? » …

Choisir ? Pour certains c’est « Oui », mais sans trop s’engager et sans faire d’effort. Beaucoup trop restent passifs ! Ils semblent plus préoccupés d’eux-mêmes que du Bien commun et invoquent une litanie de bonnes raisons pour ne pas suivre le Christ, pour de ne pas croire et s’engager !

Peut-être nous manque-t-il de grandir humainement et spirituellement, dans le don de soi, l’amour et l’ouverture du cœur ? Avec discernement, n’hésitons pas à éteindre télévision, radio, Internet qui, bien souvent, nous infantilisent, nous abrutissent et nous paralysent ! Osons la confiance en suivant le Christ ! Nourrissons-nous de Lui et grandissons dans l’amour humainement et spirituellement!

Voilà l’essentiel de ce que nous recevons aujourd’hui !                      

  Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 13 septembre 2020, 24e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu18, 21-35. Livre de Ben Sira le Sage 27, 30 à 28,7. Psaume 102.

Lettre de saint Paul aux Romains 14, 7-9.

 

La thématique de cet évangile fait suite à celle de dimanche dernier ; sans doute l’avez-vous remarqué ? Il s’agit d’abord du pardon, non pas du péché. 

Notre religion chrétienne n’est pas une religion du péché, même si le péché est le lieu d’un tristesse : elle est celle d’une découverte du pardon de Dieu, de son amour inconditionnel. Nous ne sommes pas en train de nous flageller. Nous savons que nous sommes tous pécheurs, mais nous croyons que Dieu veut la vie pour chacun de nous. Certes face à l’offense et au mal dont l’homme est capable, la question de Pierre est bien concrète ! « Combien de fois dois-je pardonner ? »

Pour beaucoup d’entre nous, cette question nous intéresse tout simplement parce qu’elle est aussi la nôtre ! Nous avons tous vécu des situations douloureuses, complexes, offensantes et parfois même répétitives d’où cette question : « Combien de fois dois-je pardonner ? »

Dans notre vie de tous les jours, sans chercher de graves offenses, les exemples sont nombreux : les parents s’adressant à leurs enfants : « Combien de fois, je vais te dire de ranger ta chambre ! », la fiancée à son fiancé : « Tu m’aimes combien ? Beaucoup ? Pourquoi tu ne me le dis pas assez de fois ?» ou : « Stop ! Cela déjà quatre fois que je te demande de descendre la poubelle, et tu ne bouges pas ! »

En réalité, la question de Pierre est significative d’un état d’esprit, d’une façon d’aborder la vie, la vie familiale, la vie entre amis, entre collègues, avec les personnes que nous côtoyons, et la vie spirituelle en communion avec Dieu. Cette question résume donc aussi la nôtre :« Lorsque telle personne commet des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? »

Autrement dit, l’Apôtre Pierre envisage le problème du péché, de l’offense et du pardon avec une mesure, une logique comptable : jusqu’à combien de fois est-ce concevable ou convenable de pardonner ? Au-delà d’un quota ou de la mesure fixée par nos soins, par la société, ou par la bienséance, la personne sera alors considérée comme coupable, voire irrécupérable ; quelqu’un dont on ne pourra plus tirer grand-chose ! Pire : une personne qui sera à éviter à tout prix et à ne plus fréquenter !

Dans toute relation cette réalité peut être présente ! Il y a toujours des moments critiques d’une véritable saturation ! Par exemple : face à certaines situations tendues, on n’en peut plus et on risque bien de jeter l’éponge et tout abandonner ; ceci se vit dans la vie conjugale, amicale y compris paroissiale. 

C’est cette question existentielle qui interroge notre bon saint Pierre ! Pour lui-même, il n’a pas encore fait l’expérience en vérité du pardon du Seigneur, (il la fera un peu plus tard) lui qui le reniera par trois fois au soir de la Passion (un reniement que l’on peut comprendre comme impardonnable !) Il lui faudra attendre après la Résurrection, cette rencontre au bord du lac avec Jésus, quand il lui demandera par trois fois : « M’aimes-tu ? »

Pour Pierre, pardonner c’est encore : jusques à quand je pourrai prendre sur moi pour surmonter l’offense. Ne nous faisons pas d’illusion, c’est bien souvent de cette manière courante dont nous abordons le problème du pardon. Pour nous, pardonner, veut dire : Seigneur, jusques à quand je peux tenir et supporter telle personne, telle offense ? 

Encore aujourd’hui, le problème du pardon devient donc ainsi un problème de limites.

Or précisément, sur ce sujet, Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois.  » Sept fois ! C’est le chiffre que proposait saint Pierre, estimé, à l’époque comme un chiffre de « perfection », le chiffre de la patience humaine. La réponse de Jésus est stupéfiante : jusqu’à 70 fois sept fois ! Soit : 490 fois ! À qui pouvons-nous ou devons-nous pardonner autant de fois dans notre vie, si ce n’est peut-être à des proches, à des membres de nos familles, à un conjoint, à ceux que l’on rencontre tous les jours ! 

Jésus vient, ici, introduire une certaine démesure ! Ce que nous devons comprendre, c’est bien que le pardon doit dépasser nos aigreurs et étroitesses. Le pardon n’est pas un lieu de reproches, c’est un lieu qui doit devenir une force de résurrection ! C’est un lieu où l’homme est invité à se remettre debout, tant pour l’offensé que pour l’offenseur ! C’est un lieu qui nous fait vivre ou plutôt nous fait revivre. Frères et sœurs, comprenons que le pardon nous remet debout ! Inversement, le “non-pardon“ fait naître en nous comme une acidité, une amertume, un « vinaigre » qui vient nous ronger et pourrir notre vie.

C’est aussi le sens de la parabole que nous venons d’entendre ! Volontairement (Vous connaissez la façon de parler de Jésus !), elle étonne par sa disproportion ! 

Ce débiteur est libéré et dispensé de sa dette : une dette colossale équivalente à plusieurs dizaines de millions d’euros ! C’est extraordinaire ! Le pardon généreux du maître aurait dû lui ouvrir le cœur et le faire revivre. Cependant la suite est sombre ; au lieu d’exploser de joie, le débiteur, dès qu’il voit l’un de ses compagnons débiteurs, il lui tombe dessus pour le faire rembourser une dette minime (juste quelques centaines d’euros) en comparaison de la sienne et il est sans la moindre pitié. Pourtant, en reprenant la même attitude, ce débiteur se prosterne, demande un peu de patience… mais la grâce du pardon se heurte à la dureté d’un cœur comptable !

Ce que Jésus nous demande dans la question du pardon, ce n’est plus de l’envisager sous l’angle habituel d’une comptabilité, de la fatigue ou encore de la lassitude !

Oui, il faut pardonner, pardonner sans cesse et sans fin, aller jusqu’au bout du pardon, en comprenant qu’il n’y a aucune limite au pardon. Je sais bien que cette exigence est folie et que certains peuvent être choqués. Mais ce que nous révèle en profondeur cette parabole : si nous devons pardonner, c’est parce que nous sommes nous-mêmes objets de pardon. 

Nous sommes foncièrement des êtres pardonnés par Dieu et recréés par lui. Et si nous n’étions pas pardonnés sans cesse, si notre vie ne reposait pas constamment sur le pardon de Dieu, nous serions perdus. Avons-nous conscience de cela ? Lors de chaque célébration, au début de chaque messe, nous demandons pardon (c’est le temps de la prière pénitentielle) et nous recevons, pour les péchés véniels, le pardon de Dieu, afin que nous puissions vivre pleinement, le don de l’eucharistie qui suit.

Au fond, le pardon est un des éléments clefs de notre vie chrétienne. Le pardon est un élément vital, car selon que nous pardonnons ou que nous ne pardonnons pas, nous signifions par-là que le monde peut être régénéré, vivifié, ou non, par Dieu. Si nous nous refusons au pardon reçu et donné, nous risquons de vivre dans une désespérance de colère, de violence et de mort. 

Ce qui est surprenant, c’est que beaucoup de catholiques ont connaissance du Pardon sacramentel de Dieu, mais de façon étonnante, ils font le choix de ne pas le recevoir ! Cette attitude me surprendra toujours…

Alors oui, Seigneur : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » C’est ce que redirons ensemble dans la prière du Notre Père. Voilà le lieu de vie que le Seigneur veut donner à chacun de nous en ce dimanche.

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 9 septembre 2020, 23e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 20-26. Psaume 44. Première lettre de Saint-Paul aux Corinthiens 7, 25-31.

 

Nous avons souvent l’occasion d’entendre le récit des huit Béatitudes dans l’évangile de St Matthieu. Aujourd’hui, nous écoutons saint Luc. L’évangéliste semble avoir retenu des Béatitudes surtout les éléments les plus propres à raffermir une communauté éprouvée et menacée par le contexte politique de la diaspora. Vous savez qu’il est toujours très intéressant de découvrir les situations humaines dans lesquelles se situe l’annonce de la Bonne Nouvelle de l’Évangile.

Nous sommes, vraisemblablement, juste après la destruction de Jérusalem dans cette vaste et grande dispersion de la première communauté judéo-chrétienne. Effectivement, la communauté est pauvre, éprouvée et menacée.

Saint-Luc est le seul, parmi les évangélistes, à renforcer les Béatitudes par leur pendant négatif.

  • Par quatre reprises, Jésus dit : « Bienheureux êtes-vous ! »,
  • Puis quatre fois également : « Malheureux êtes-vous ! »

 

 On peut ainsi aborder le message de Jésus par deux côtés : 

  • Le côté des reproches, par où l’homme sentira le manque qui le ramènera à l’essentiel, 
  • Et le côté de la promesse, où chaque appel à l’héroïsme devient une offre de bonheur.

Nous sommes donc invités, en ces temps qui sont les nôtres, de saisir les nuances de la pensée de Jésus, à regarder ces quatre Béatitudes successivement par leur envers et leur endroit

Je ne vais pas avoir le temps de toutes les déployer, mais je vais m’appliquer à vous donner quelques pistes afin d’alimenter votre méditation.

« Malheureux, vous les riches », dit Jésus. Malheureux, pourquoi ? Pas simplement par le fait qu’ils sont riches, car Jésus n’a jamais dénigré la richesse. Il avait des amis parmi des personnes aisées. Je cite quelques exemples : Matthieu et Zachée étaient riches, Marthe et Marie avaient des ressources, et Jeanne, qui suivait la troupe des disciples, était l’épouse de Kouza, l’intendant d’Hérode. 

Malheureux, pourquoi alors ? - « Parce que, dit Jésus, vous tenez déjà votre récompense ». Est riche, pour Jésus, celui qui n’attend plus rien de Dieu parce qu’il a refermé les mains sur son avoir, sur ses biens, sur tout ce qu’il possède et qu’il a mis « toute sa consolation » dans une sécurité matérielle. C’est cela qui le rassure ! Être riche, selon Jésus, c’est n’avoir plus en soi cet espace de désir que seul Dieu peut comblercette blessure d’espérance que Dieu seul peut guérir en la ravivant sans cesse. Si vous possédez une belle intelligence, si vous êtes créatif, tant mieux, c’est merveilleux, continuez ! Mais ne faites pas de votre richesse la seule possession qui vous importe ; elle reste éphémère.

« Heureux, au contraire, vous les pauvres », dit Jésus, « parce que le royaume de Dieu est à vous », parce que votre richesse est ce règne de l’amour qui s’accomplit en vous.

Jésus ne dit pas : « Heureuse la misère », car la misère est un mal qu’il nous demande d’éliminer ; mais bien plutôt : « Heureuse la pauvreté » qui ouvre le cœur aux dons de Dieu. Celle-là, et celle-là seule, est source de vraie joie. Si vous en avez la possibilité, prenez le temps de méditer sur la vie de saint François d’Assise, celui qui a épousé Dame pauvreté ; ce saint nous permet de comprendre ce que veut dire être pauvre en étant riche de Dieu.

Je vous laisse relire la suite de cet évangile !

Mais retenons que : Heureuxmalheureux, nous sommes tout cela à la fois ; mais chacune de nos misères n’est que l’envers d’une Béatitude que Jésus nous offre. Il suffit pour la recevoir de remettre notre cœur à l’endroit, c’est-à-dire dans le bon sens !

 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 7 septembre 2020, 23e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 6-11. Psaume 5. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 5, 1-8.

 

Je sais bien que nous sommes en début de matinée et que c’est peut-être un peu tôt pour vous faire cette proposition… Je vais vous inviter, pendant quelques instants, à vous imaginer à l’intérieur de la synagogue, vraisemblablement celle de Capharnaüm. Posons le décor : nous sommes en plein office de sabbat et toute l’assemblée est en train de prier, nous entendons des chants, des psaumes, des prières en hébreu. Dans cette foule, il y a deux hommes qui se trouvent en présence l’un de l’autre : Jésus, en train d'enseigner et une autre personne, plus loin, cachée par l’assemblée, une personne qui porte un handicap : sa main est desséchée.

Nous sentons cependant, comme une tension, pesante, dans cette synagogue. Dans l’assemblée, tous regardent Jésus, certains lui sont favorables, d’autres au contraire, sont dans l’attente du moindre faux pas. L’homme à la main paralysée, desséchée, lui, ne dit rien. Sa main inerte semble parler pour lui. Il est là comme témoin d’une humanité souffrante et impuissante. De fait, il n’a rien demandé, il est simplement là, il est simplement venu prier, comme tant d’autres. Il est même surpris qu’on puisse s’intéresser à son infirmité ; Jésus le fait se lever devant tous les autres et, pour une fois, il est le centre d’intérêt. 

Les pharisiens se soucient-ils pour autant de cet homme ? Il semble que non ! Pour eux, il n’est qu’un prétexte, un moyen, pour mettre Jésus en difficulté, en échec : peu importe la guérison d’un infirme ! Ce qu’ils veulent, c’est prendre Jésus en défaut, et cet homme à la main desséchée n’est finalement qu’une pièce à conviction pour le futur procès.

Jésus le sait. Il sent bien venir le coup, il connaît le raisonnement de ses adversaires. Ce faisant, il va jusqu’au bout de sa mission ; Il prend l’initiative, il n’a pas peur. Avant même cette guérison, il prend même le temps de poser une question à cette assemblée. Il les interroge, Il les met devant leur responsabilité : “ Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? De sauver une vie ou de la perdre ? “ « Que répondez-vous ? » demande Jésus. 

Il y a comme un retournement ? D’accusé, Jésus se fait accusateur ! 

Personne ne parle ! Personne n’a le courage de prendre position ! Tout le monde sait bien que sauver une vie est plus important que de la perdre ! Mais la lâcheté va jusque-là ! Jésus que l’on voulait prendre au piège prend l’attitude du juge. Il prend son temps ! Après cette question, il attend et promène son regard sur toute l’assemblée, les fixant les uns après les autres. Mais personne n’intervient… Jésus attend encore, Il scrute le cœur de chacun. Les braves gens qui lui sont favorables n’osent rien dire, parce qu’ils craignent les représailles. Les pharisiens se taisent, car ils risqueraient d’être démasqués.

Savez-vous qu’il existe des moments où le silence est coupable ? Parfois, ne rien dire est coupable, surtout quand c’est Jésus qui pose la question.

“Étends la main“ dit-il à l’homme. D’un seul coup, cette main qui était desséchée se dénoue, s’articule, bouge ! Elle est guérie, elle vit ! L’homme a été guéri en faisant ce geste tout simple sur l’ordre de Jésus. Il a cru suffisamment en Jésus pour commencer à faire un geste qu’il savait impossible ! Il a posé un acte de foi. Tout seul, devant cette foule qui ne se prononce pas, il a fait confiance à Jésus, qui, de fait, était alors encore plus seul que lui.

Frères et sœurs, que dire, pour nous, ce matin ? N’y a-t-il pas des choses desséchées en nos vies que le Christ veut dénouer et redonner à la vie ? Savons-nous faire de toutes nos paralysies, un bel acte de foi ? Je vous propose, ce matin, de nous laisser simplement interpeller par Jésus, d’entendre sa Parole, de l’écouter quand il me parle dans ma prière et peut-être aussi, d’oser lui présenter nos paralysies, les sécheresses de notre corps, de notre cœur, dans notre intelligence.

Osons faire confiance ! 

                                                                                                                        Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 6 septembre 2020, 23e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu18, 15-20. Livre du prophète Ezéchiel 33, 7-9. Psaume 94.

Lettre de saint Paul aux Romains 13, 8-10.

 

En écoutant cet évangile, il m’est revenu en mémoire cette expression de saint François de Sales, une figure très intéressante d’un évêque (un saint !), qui est venu plusieurs fois faire des conférences, essentiellement à l’église Saint-André, à Grenoble. Cet homme était un grand connaisseur en humanité et j’aime reprendre ces mots : « Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie ! »

L’homme est capable de belles choses, extraordinaires, et en même temps, il peut être surprenant d’intolérance, de maladresse, de bêtise et de même de méchanceté ! « Se mettre d’accord… prier ensemble », comme le dit l’évangile, “faire communauté“ est toujours un vrai défi !

En bâtissant son Église comme une fraternité, Jésus ne s'est pas fait d'illusion. Il connaît très bien les tensions, les dissensions, les misères et les mesquineries humaines que l'on rencontre dans toutes les communautés, qu’elles soient paroissiales ou au sein de la famille, ou encore dans la fraternité que formait les douze Apôtres : rappelez-vous la trahison de Judas qui est éloquente !

Jésus s’adresse, ici, à ses disciples. Il s’adresse donc à chacun de nous, à nous qui sommes rassemblés dans cette église. Il est question d’offenses, de rencontres pour essayer de discuter, de correction fraternelle et surtout, il est question de réconciliation. Il s’agit de comprendre comment nous vivons en relation les uns, les autres et comment réaliser concrètement cette unité qui passe forcément par un « appel à aimer ».

Bien sût, certains rêvent de belles réussites ou de succès variés, mais à quoi aspirons-nous tous vraiment ? Nous savons bien qu’au fond de nous, nous rêvons tous, pour nous-mêmes et autour de nous, d’un pays, d’une communauté, d’une famille apaisée et fraternelle, d’une vie où je peux faire confiance à celui ou celle que je rencontre.

Mais, nous le savons tous, cela n’est ni simple ni facile, et déjà en nous-mêmes ! Un des enjeux de notre vie ensemble est d’arriver à se supporter (supporter mon voisin (mais, là je peux déménager), mon conjoint, supporter mes enfants, mes parents …) et en même temps de bien vivre ensemble. Cependant, il y a ce mal qui est là entre nous, qu’on peut appeler le péché, et plus largement toutes ces petites choses qui viennent brouiller la relation, toutes ces petites choses (mimiques ou sourires un peu moqueurs ou indélicats) qui viennent la perturber et parfois même la meurtrir profondément. 

C’est un sujet très délicat ! Pardon par avance si mes propos peuvent raviver des situations actuelles ou des souvenirs difficiles !

Nous nous posons tous ces questions : 

  • Comment faudrait-il réagir quand nous sommes touchés par un tel mal, telle parole, tel geste ? 
  • Quelle attitude trouver vis-à-vis d’une personne qui nous a blessés au point que la relation entre nous est cassée ?
  • Que faire de ce lien meurtri quand l’autre appartient à ma famille ? 
  • Comment réagir si cet autre n’a même pas vu, n’a même pas remarqué tout le mal qu’il me fait ou qu’il a pu me faire ?

… Dans de tels moments, je ressens une douleur, comme un poignard dans mon cœur !

Que fait-il faire ? Comment réagir ? Faut-il se taire ? Faut-il juste subir ? J’ai que certains réagissent, au moins, selon ces trois modalités : (en disant cela, je ne juge personne)

 - L’expérience montre combien le mal subit dont on ne parle pas devient comme un « poison intérieur » ! Cette rumination du mal que l’on m’a fait ou que j’ai ressenti, crée en soi une amertume, une rancœur va jusqu’à “pourrir ma vie“ : la mienne… et de celles de ceux qui m’entourent !

- Une autre réaction possible serait de riposter pour se venger, en disant il va me le payer : œil pour œil, et dent pour dent (Loi du Talion).

- Une autre solution que beaucoup choisissent consiste à en parler à des tiers (sa voisine par exemple ou son collègue de bureau, son ou sa meilleure amie) pour se plaindre ou pour accuser celui qui les a offensés. Mais là encore, nous nous enfonçons dans une impasse ! Parler nous soulage quelques instants, mais la souffrance est toujours là !

Et vous, frères et sœurs, comment réagissez-vous ? Avez-vous remarqué qu’aucune de ces trois pistes évoquées n’a été retenue par l’évangéliste Matthieu. À chaque fois, l’invitation est la même : « Si ton frère vient à pécher, va le trouver ! » Rencontre-le ! Explique-toi avec lui ! Et si tu n’y arrives pas, va demander de l’aide, va chercher un conseiller, un médiateur, quelqu’un qui va essayer de vous permettre de vous écouter vraiment pour pouvoir vous accorder.

La piste que Jésus veut nous redire, ici, est la meilleure et sans doute la plus exigeante : « Va rencontrer celui qui t’a blessé ! » Il ne s’agit pas d’être un redresseur de tort, ou de lui faire la leçon : mais d’aller le rejoindre en l’aimant davantage !

En réalité, ce que nous entendons dans cet évangile est une procédure de miséricorde que nous relate saint Matthieu.Tout doit être tenté pour maintenir ce lien, dans la communion fraternelle, celui ou celle qui est sur le point de s’en exclure.

La correction fraternelle exige courage et délicatesse d'un côté, 

humilité et compréhension de l'autre.

Elle ne se conçoit que dans un climat d'amour.

Elle passe par un dialogue vrai, une reconnaissance de l’offense faite et, si possible un acte de réparation ! Dire simplement à haute voix : « Je le reconnais. J’en demande pardon. » et d’entendre en retour : « Même si je ne comprends pas tout, je te pardonne. »

Mais là, si le frère s'endurcit et refuse d'écouter, il ne reste plus qu'à l'abandonner à la miséricorde du Pasteur suprême ! Lui fera l'impossible pour ramener la brebis égarée. Mais cela ne nous décharge pas de l'aimer, de continuer à l’aimer, puisque nous devons aimer « même nos ennemis », comme nous le rappelle le même évangile (Mt 5, 43).

Dans la foi, il faut croire à l'efficacité - inobservable par nos moyens humains - de la prière. Et plutôt que de critiquer les autres, prions pour eux !

Voilà une bonne manière d'être responsable de ses frères. C’est bien l’exemple que nous donne Jésus jusqu’à ses derniers instants, au moment de sa mort sur la croix : « Père, pardonne-le leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » L’amour se donne jusqu’au bout et nul n’est au-dessus du Maître !

 

Je sais bien que certains souffrent encore aujourd’hui d’actions passées, de blessures encore à fleur de peau !

Faut-il pour autant désespérer quand nous ne voyons pas le succès de nos efforts de réconciliation et rester désemparés ? NON ! Si l’autre ne change pas, moi, je peux toujours changer ! Cela ne veut pas dire oublier, mais cela veut dire aimer encore, aimer davantage ! Comme prêtre, et je le dis brièvement, j’ai pu vivre des moments incroyables de pardons donnés aux derniers instants, sur le lit de mort, à une personne avec laquelle le mourant a pu rester en querelle toute une vie ! À ce moment-là, quelque chose d’extraordinaire se passe : un échange de pardons ! 

Ne désespérons jamais qu’un pardon puisse être donné ! N’oublions pas ce que dit l’évangile : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel ! » Désirons un Ciel de paix, sans éprouver le regret d’avoir accompli ce geste de pardon au cours de mon existence terrestre !

 

Depuis 2000 ans nous sommes héritiers d’une promesse, nous formons une communauté par le baptême que nous avons reçu ! Nous en faisons partie ! Même si la vie n’est pas toujours facile, nous en sommes responsables ! La force du pardon est toujours là !

 Il y a donc une audace, et même une folie pour certains de rechercher la paix et la miséricorde !

Sans être naïf pour autant, je dois choisir :

  • Une vie où l’offense va me torturer jusqu’à l’excès, avec un poison intérieur ?
  • Ou cette folle espérance que l’amour est et sera la clé de toutes les réconciliations ? Et déjà en commençant par moi-mêmedans le Sacrement du Pardon, afin que cette tristesse soit effacée et que la paix du Christ me soit donnée ! Ce sacrement est déjà une grâce !

Je termine par un dernier point que je laisse à votre méditation, comme une façon de vérifier si je suis bien dans cette disposition de miséricorde.  Je le sais, je ne suis pas parfait, je suis capable de faire du mal : alors, suis-je prêt, moi aussi, à être corrigé fraternellement, à entendre ce que l’autre veut me dire et à entrer dans une instance de réconciliation ? C’est de moi, à ce moment-là, que dépendra la paix qui sera reçue.

Choisissons d’être pour nous, pour nos familles, nos communautés, nos lieux de travail, pour le monde… des artisans de miséricorde et de paix, des acteurs d’amour et de don de soi !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 31 août 2020, 22e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 4, 16-30. Psaume 118. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 2, 1-5.

 

Nous sommes au début du ministère public de Jésus, dans la ville de Nazareth, et dans le texte que nous venons d’entendre, j’aimerais retenir un seul mot : “aujourd’hui“. Voici le premier mot et le mot clé de la première homélie de Jésus dans la synagogue de son enfance, lieu où la communauté de Nazareth s’est rassemblée. 

Imaginons la scène ! La communauté est là, rassemblée pour un sabbat ordinaire. On lui présente le Livre. Jésus lit le passage d’Isaïe et tous ont les yeux fixés sur Lui ; mais voilà que le commentaire de Jésus éveille tout de suite l’attention de ces hommes et de ces femmes. Nous savons bien que les habitants de Nazareth connaissent la famille de Jésus. Ils le connaissent comme étant le fils de Marie et de Joseph et ils s’interrogent : « N’est-ce pas le fils de Joseph ? ».

      “Aujourd’hui“ : dit Jésus

“Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’écriture que vous venez d’entendre !“ Depuis de longs siècles, le peuple juif espère la venue du Messie, et voilà que Jésus leur dit : “aujourd’hui“.

Comment cela va-t-il s’accomplir ? Jésus s’applique à lui-même la parole du prophète : “l’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. “… pour une mission bien particulière, pour une œuvre de liberté, de lumière et de miséricorde.

Au moment où Jésus prononce ces paroles, c’est toute l’attention, l’espérance, l’attente du peuple juif, du peuple d’Israël qui est là, tendue vers la Parole de Jésus. C’est aussi bien sûr, la nôtre, avec cette certitude que Jésus Messie, Fils de Dieu, mort et ressuscité, est Celui qui nous donne la Vie.

     Cet “aujourd’hui“ est aussi notre aujourd’hui !

Alors : « Tous, dans la synagogue avaient les yeux fixés sur Lui. » Tous s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, car c’est bien la grâce de Dieu lui-même qu’il annonçait à tous, une réalisation, plus encore : une actualisation.

Si, dans un premier temps, l’assemblée est dans l’étonnement, très vite (et c’est paradoxal), à la suite de l’homélie de Jésus, va naître une incompréhension qui va se transformer en colère, et gronder en eux jusqu’au refus de croire. L’homme est surprenant quand ses sentiments deviennent complexes et contradictoires.

     Et pour nous, ce matin ?

Cet “aujourd’hui“ est toujours d’actualité ! Il y a un acte de foi à poser encore et sans cesse, lorsque le Christ-Messie nous redit au cœur de notre liturgie : “l’Esprit du Seigneur est sur moi“ et lorsqu’il affirme avec conviction que : “c’est aujourd’hui, que cette écriture s’accomplit pour vous qui venez de l’entendre“ 

  • Sommes-nous aussi dans la contradiction ?
  • Qu’en est-il de notre “aujourd’hui“ ? 

Peut-être Jésus nous trouve-t-il ce matin, pauvres en espérance, pauvres en joie ? Peut-être même fatigués de demander ou d’attendre une guérison ?

  • Pourtant, et je le crois fermement, aujourd’hui, le Seigneur nous renvoie dans le monde, forts de sa Parole.
  • Pourtant aujourd’hui, par sa Parole et en son eucharistie, Jésus vient jusqu’à nous, rayonnant de gloire, porteur de cette Bonne Nouvelle. Il nous redit qu’il est, à jamais, avec nous, que sa présence est sans cesse actuelle. 

En retour, il nous demande une seule chose, toute simple, mais porteuse de certitude, d’espérance et de paix : poser un acte de foi ! Poser un acte de foi au quotidien, même si nous ne comprenons pas tout. Il nous demande également degarder les yeux fixés sur Lui

Frères et sœurs, que tout au long de ce jour, soyons avec le Christ, les yeux fixés sur Lui ! C’est ce que nous vivons au cœur de l’adoration à l’issue de cette messe ou lors de la communion ! Gardons les yeux levés vers Lui ! Regardons vers Jésus présent ! Écoutons-Le nous dire, encore et toujours, qu’Il nous aime !

Puissions-nous demander cette grâce pour toutes les familles, pour chacun de nous, pour toute notre communauté paroissiale : gardons les yeux fixés sur Lui !                                

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 2 septembre 2020, 22e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 4, 38-44. Psaume 32. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 3, 1-9.

 

Après l'office dans la synagogue, Jésus se rend dans la maison de Simon-Pierre, peut-être pour y passer la journée, peut-être aussi pour s’y reposer. Mais celle-ci est toute désorganisée, parce que la maitresse de maison est malade. La belle-mère de Simon, couchée, ne peut rien faire, pas même recevoir dignement Jésus. Elle n'a même plus la force de demander quoi que ce soit et ce sont les autres qui implorent Jésus en sa faveur.

Et voilà que Jésus, d'un mot, commande à la fièvre, comme Il chasse les démons ! 

La manière est la même : commander à la fièvre, chasser les démons ! Comme pour les démons qui sont expulsés, la guérison est instantanée !

     Jésus guérit d'un mot cette femme, certes par sa Parole, mais aussi à cause (ou grâce) de la foi de ses proches ! Nous constatons combien l’intercession est puissante. En effet : « À l’instant même, la femme se leva et elle les servait. »

     En lisant ce texte, nous ne pouvons que nous réjouir que, d’un seul coup, juste sur la Parole de Jésus, la maman soit guérie et se lève. Nous pourrions cependant nous poser une question : de quelle fièvre souffrait-elle ? Est-ce juste un coup de froid, un virus ? Ou bien, le texte nous invite-t-il à aller un peu plus loin ? L’enjeu est là, pour nous !

Quelles sont les guérisons que Jésus veut opérer en nous ?

Bref, quelles sont nos fièvres ? Dit autrement, quelle peut être la fièvre qui nous tiraille, qui nous épuise ou nous terrasse ? Cette fièvre que relate l’évangile, illustre les différentes fièvres dont nous pouvons être atteints et qui peuvent enflammer notre corps. La liste peut varier d’une personne à une autre, mais cette fièvre que je ressens peut être en lien avec : la sensualité, la colèrela mélancoliela jalousie, la soif de pouvoirla fièvre du désespoir, la contrariété

Combien de fois nos convoitises sont comme un feu qui brûle et nous consume ? Bien des faiblesses que nous supportons ou que nous entretenons sont des portes d'entrée pour d'autres fièvres plus graves encore : l'orgueill’envie, la haine, l’angoisse, l’image ternie de moi-même… 

Ce que je sais, c’est qu’en invoquant avec foi, l’Esprit-Saint, le Christ vient chasser ces foyers de destruction en mettant en notre cœur comme un baume de charité…

Je vous propose de relire la lettre aux Galates, au chapitre 5, dans laquelle vous pourrez retrouver le fruit de l’Esprit Saint que Dieu veut nous donner pour apaiser nos fièvres. « Voici le fruit de l’Esprit Saint : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi ». 

La conséquence sera rapide ; armés de ces cadeaux divins“Aussitôt“ nous dit l’évangile, nous allons nous relever comme la belle-mère de Simon-Pierre, et nous relever et servir, retrouvant immédiatement une charité active. C'est aussi cela que le Christ réalise en notre vie : Il nous libère de ce qui nous entrave, tout d'abord du péché et de toute lourdeur, pour que nous puissions aimer en vérité.

Frères et sœurs, prenons le temps, aujourd'hui, de demander au Seigneur de nous libérer des fièvres (péchés, passions, désespérances…) qui nous entravent afin que le Seigneur nous comble de la force de son Esprit Saint et de ses fruits, ceux qui nous manquent et dont nous avons grand besoin ! “Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi ». Le plus nécessaire est sans doute la maîtrise de soi.

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 30 août 2020, 22e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu16, 21-27. Livre du prophète Jérémie 20, 7-9. Psaume 62.

Lettre de saint Paul aux Romains 12, 1-2.

 

Dimanche dernier, l’Évangile nous avait rapporté ce que l’on appelle habituellement la profession de foi de Césarée. Jésus avait posé une question à ses disciples : “Pour vous, qui suis-je ?“ Pierre avait dit à Jésus cette phrase extraordinaire, « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). Cette profession de foi de Pierre marque un tournant essentiel dans l’Évangile. Pour la première fois, Jésus est désigné comme Messie !

Pierre a donc reçu une révélation importante directement de Dieu, le Père. Il a compris intérieurement qui est Jésus ; et Jésus va s'appuyer principalement sur lui pour accomplir sa mission. « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église. » Pierre a donc de quoi être fier. Jésus, cet homme qui fait de nombreux miracles et qui attire des foules immenses, compte sur lui. Whaoooo ! Quel privilège !

Alors quand Jésus, dans l'évangile d'aujourd'hui, commence à annoncer qu'il va beaucoup souffrir et être tué, cela ne correspond plus tout à fait aux projets de Pierre. Pierre imagine certainement plutôt un triomphe de Jésus ; une entrée triomphale dans Jérusalem et l’action de chasser les Romains. Avec toute son assurance fraîchement acquise, il va donc se permettre de prendre Jésus à part et lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. »Pardonnez-moi l'expression... mais quel culot ! 

Un simple pêcheur du lac de Tibériade se permet de corriger le Fils de Dieu ! Alors Jésus le reprend avec une sévérité impressionnante : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute ! », littéralement, : « Pierre, tu n’as rien compris »

Pour Pierre, vous pensez bien que c'est la douche froide. Son bel enthousiasme est cassé net ; car cet enthousiasme était fondé sur une illusion de succès mondain. Mais, Jésus ramène Pierre à la réalité. 

Être disciple, c'est accepter de prendre sa croix et même, par amour, de perdre sa vie pour finalement la garder. En fait, pour être un vrai disciple, on voit bien que l'enthousiasme des débuts ne suffit pas. Il faut de la constance et un véritable feu intérieur.

Certes, Pierre a bien ce feu intérieur, et il va le montrer dans la suite de l’évangile, mais, à ce moment précis, sans doute a-t-il, plus ou moins consciemment, l’image d’un messie qui vaincra les difficultés de ce monde. Cette image rejoint de fait, l’attente d’Israël d’un Messie Sauveur ! Je fais le constat que beaucoup de personnes, encore aujourd’hui, ont en eux-mêmes, une image très similaire !

       C’est là, que cet évangile nous rejoint et nous parle ! 

Si nous percevons bien cette incapacité de Pierre et des disciples à entrer spontanément dans ce chemin difficile à la suite du Christ, nous percevons aussi nos propres difficultés par rapport à Jésus. Nous sommes, peut-être un peu comme Pierre en pensant que Jésus, en claquant des doigts, va vaincre toutes les difficultés de ce monde, et surtout qu’il le fera sans avoir besoin de nous !

Les principales erreurs que nous commettonsou les principales résistances que nous éprouvons ne concernent pas simplement la vie et la mort de Jésus, elles concernent aussi notre propre existence, le regard que nous avons sur notre vie. Si nous avons du mal à reconnaître le Messie, Fils de Dieu, dans Jésus de Nazareth, crucifié, mort et ressuscité, ce n’est pas simplement parce que c’est difficile à comprendre, c’est aussi parce que cela nous dévoile le chemin de notre propre vie, nos souffrances et les croix que nous portons.

Comme Pierre, nous refusons d’entendre toute souffrance quand de son côté, le Seigneur affirme qu’il n’y a pas de véritable amour sans sacrifice. C’est peut-être là-dessus que nous buttons, car nous pensons que le véritable amour serait « tranquilou » et que je pourrais aimer sans me donner complètement.

Prenons un exemple ! Souvent, le samedi, nous célébrons des mariages et, régulièrement, le texte qui est choisi par les mariés est ce très bel évangile dans lequel Jésus affirme : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Donner sa vie par amour !

       Si nous réfléchissons, nous pouvons faire le constat que cela est vrai ! 

J’espère que vous l’exprimez et que vous le vivez vraiment ! Donner sa vie par amour ! Cela est vrai dans les rapports amoureux, cela est vrai aussi dans la vie de couple, la famille, également dans l’exercice d’un métier, d’une profession !

Est-ce si facile ? Non ! Il suffit d’évoquer certaines situations parfois douloureuses, pour comprendre que l’amour « coûte cher » : 

·     Pardonner à un ennemi qui nous a blessés et humiliés. 

·     Aimer fidèlement un conjoint, malgré les désaccords et la maladie. 

·     Continuer à aimer nos enfants ou nos ados quand ils nous font tourner en bourrique ! 

·     Garder le sens du partage quand tout, dans notre société, nous incite à entasser et à dépenser pour soi tout seul. 

·     Rester honnête dans les affaires quand les règles économiques et politiques sont celles de la jungle. Gagner sa vie sans tricher et sans frauder. 

·     Prendre parti pour les pauvres et les délaissés de nos sociétés. 

·     Se dire chrétien, aimer Jésus et vivre pour Lui dans un milieu laïc et incroyant. 

Chacun de nous pourrait donner de nombreux exemples de cet amour exigeant qui demande don de soi, abnégation et certainement sacrifices. Pour aimer de façon authentique, il faudra y mettre le prix et être déterminé !

C’est ce que Jésus est en train de dire à Pierre dans l’évangile d’aujourd’hui : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu ». Littéralement : tu raisonnes d’une façon trop humaine ! Ce n’est pas comme cela que Dieu pense et agit. En choisissant l’amour, avec tout ce que cela comprend de joie, mais aussi de souffrance, nous construisons une vie en abondance qui se transforme en vie éternelle. 

La force de Jésus est dans l’amour ; c’est ce qui transparait dans l’évangile ! Et en même temps, l’amour est ce qu’il y a de plus fragile, car l’amour dépend aussi de l’autre !

Professer la foi au Christ, vouloir être de ses disciples, marcher à sa suite, ce n’est pas simplement et seulement une intention du cœur, c’est une véritable transformation de notre manière de vivre, c’est une véritable conversion !

        Voilà, frères et sœurs, ce que nous pouvons entendre aujourd’hui dans les lectures de ce jour !

       Puissions-nous les garder dans notre cœur, les méditer et aimer comme Jésus aime !

                                                                                                                              Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 26 août 2020, mercredi de la 21e semaine du temps ordinaire année A.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 23, 27-32. 2e lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 3, 6-10.16-18. Psaume 127.

 

Voilà un évangile qui vient remettre les pendules à l’heure !

C’est bien une série de reproches que le Seigneur adresse aux scribes et aux pharisiens qu’il qualifie « d’hypocrites ».Alors que nous entendons cet évangile, posons-nous ces questions : ces mots sont-ils seulement pour eux ? Ou bien, sont-ils aussi pour nous !

Je vous propose de découvrir les attitudes décrites par Jésus ; il y a là, je crois vraiment, un enjeu important ! Je retiens trois expressions dans cet évangile :

- « Une belle apparence » 

Le souci de l’apparence introduit un hiatus, un écart dans ma vie. N’y a-t-il pas un danger d’authenticité quand je prends telle ou telle apparence selon les circonstances ? Danger de paraître, danger de me déguiser, danger d’être une sorte de « caméléon » ! Je peux aussi me conformer à l’image que les autres aimeraient recevoir de moi ou que j’aimerais donner aux autres. Cela me rend finalement vulnérable à la parole de l’autre sur moi, à son avis sur moi : donc vulnérable à la manipulation ! C’est bien ce que nous pouvons remarquer dans les effets de groupe, de mode, ou de marques.

Il y a donc un danger de vouloir faire faussement bonne figure. Non seulement, nous nous trompons nous-mêmes en déformant ce que nous sommes, mais nous trompons aussi les autres ! Nous avons donc à retrouver un juste positionnement. 

Détectons cette tendance lorsque nous tentons d’enjoliver les choses, de paraître plus que nous sommes. Le risque est grand de nous perdre, de devenir l’objet des sollicitations extérieures… et de me piéger moi-même !

- « Vous bâtissez les sépulcres des prophètes » Le Seigneur continue ses reproches. Nous pouvons peut-être dire que là, l’erreur en moi vient de ne pas réagir de la bonne manière et de ne pas respecter l’autre pour ce qu’il est. Un prophète est là pour que la Parole de Dieu soit reçue et produise en l’autre ce qu’elle propose. Peut-être avons-nous du mal à entendre tel conseil avisé que le Christ propose pour me faire grandir ?

Entendons cet avertissement de Jésus. Il me recommande de considérer ce qui nous est dit et non celui qui nous le dit. Une parole de vérité peut germer en toute personne, la plus humble, la plus simple, la plus éloignée de moi. Vivre de la Parole de Dieu requiert de nous laisser déplacer par elle. Ne tuons pas les prophètes ! Il m’est arrivé d’être surpris par la parole d’une personne toute simple et l’entendre me dire des choses d’une grande profondeur et que j’avais besoin d’entendre. Soyons donc attentifs et acceptons d’être dérangés dans nos habitudes.

    -  La conséquence, nous dit l’évangile, est celle-ci : « Vous témoignez contre vous-mêmes » 

Un contre-témoignage devient donc un piège ! C’est une tentation du Démon :  nous attirer loin de la vérité, de nous attirer hors de Dieu… Il est le Père du mensonge et de la ruse ! Il ne cherche qu’à nous détourner de la vie en Dieu !

Ne tombons pas dans l’hypocrisie pour faire bonne figure, pour faire semblant de recevoir des paroles sans les vivre vraiment, et pour nous mettre à la place des autres ; soyons chacun de nous, là où nous sommes, humblement, loin de toute fumée d’apparence et de tout artifice… Témoignons simplement du Christ ! Ne cachons pas ce que nous sommes ; Dieu nous aime tels que nous sommes ! À nous de nous laisser aimer humblement par Lui !

Frères et sœurs, que la Vierge Marie nous aide ! Sa parole est souvent discrète, mais son oui au bien, à la grâce, est unique et vrai ; et son non au mal, au péché, est ferme et sincère. Demandons son aide pour réaliser notre vie selon le plan de Dieu.       

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 24 août 2020, 21e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Jean 1, 45-51. Psaume 144. Apocalypse de st Jean 21, 9b-14.

Saint Barthélémy

 

Nous sommes au début de l’évangile selon saint Jean et nous venons d’entendre deux courts dialogues de Nathanaël : l'un avec Philippe, l'autre avec Jésus ; ces deux dialogues nous donnent d’entrevoir, d’apercevoir davantage l'essentiel de la personnalité de Nathanaël (qui veut dire en hébreu : Dieudonné !) appelé aussi Barthélemy.

Le petit port de Beitsaïda vient de donner coup sur coup trois disciples : André et Pierre, les deux frères, et également Philippe. Aussitôt appelé, Philippe profondément touché par la personne de Jésus, répercute l’appel et il s'en va trouver son ami Nathanaël, dont il sait la piété et la justesse de sa foi.

Il lui dit plein d’enthousiasme : "Celui dont il est écrit dans la Loi de Moïse et les Prophètes, nous l'avons trouvé ! C'est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth."

La remarque quelque peu désabusée de Nathanaël est pourtant pertinente ; les Écritures ne parlent pas de Nazareth (une petite bourgade), mais désignent Bethléem comme lieu d’origine du Messie (Mi 5, 1). 

Pourtant, cela ne l'empêche pas d'entendre le témoignage de Philippe, et de sa propre rencontre avec Jésus :

  • le Messie est venu: tout concorde avec les Écritures ;
  • nous l'avons trouvé : pour nous, c'est un nom, un  visage, une voix.
  • « Viens et vois ». Fais comme nous : mets-toi en route vers lui.

Philippe, en vrai témoin, en vrai serviteur de la parole, s'efface : il ne va pas imposer à Nathanaël sa manière, sonexpérience, sa découverte de Jésus. Il lui dit seulement sa joiesa certitudeet il l’invite : « Viens et Vois ! ».  

Nathanaël accepte la démarche. Jésus regarde l'homme qui s'approche, et il dit à son sujet : "Voici un véritable fils d'Israël. Il n’y a pas de ruse en lui “.

Nathanaël a entendu. D'emblée il se sent rejoint dans ce qui a été l'effort intense de sa vie. Ce qu'il a été, ce qu'il  a voulu être, Jésus le voit, Jésus l'a vu. 

Ce que je retiens pour nous ce matin est cette invitation enthousiaste, une invitation libre : « Viens et Vois ! ». Elle devrait être pour nous, aujourd’hui comme hier, au cœur de la première annonce de la Bonne Nouvelle (kérygme, la foi), au cœur de notre façon d’annoncer le Christ, car seuls, la présence de Jésus, sa Parole vivante, et le rayonnement de son Esprit d’amour, peuvent triompher de nos résistances et nous permettre d’oser cette rencontre ! Ce n’est pas à force de longs discours et de grandes démonstrations que nous pourrons convaincre les personnes que nous rencontrons ou peut-être même nos familles ! C’est la présence du Christ dans l’Esprit Saint qui va favoriser et permettre toute conversion.

Le mérite aussi de Nathanaël est de ne pas s’obstiner dans un scepticisme, mais de demeurer ouvert à l’imprévu de Dieu, dont l’action au cœur de l’histoire est toujours déconcertante.

En un éclair, Nathanaël se découvre précédé par le regard de Jésus. Et parce qu'il se sait reconnu, il reconnaît à son tour Jésus pour ce qu'il est : le Messie envoyé de Dieu et le Roi attendu par Israël. Jésus l'a vu espérer, et parce que Jésus, dans son amour, a pris l'initiative, Nathanaël peut croire en le voyant: "Rabbi, c'est toi, le Fils de Dieu ! C'est toi, le roi d'Israël!" 

Frères et sœurs, demandons cette grâce, déjà pour ce matin, à la fois la joyeuse audace appelante de Philippe : « Viens et Vois » (le parcours Alpha qui commence par exemple) et la réponse de foi de Nathanaël !                                                                 

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 23 août 2020, 21e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 16, 13-20. Livre du prophète Isaïe 22, 19-23. Psaume 137.

Lettre de saint Paul aux Romains 11, 33-36.

 

Bien souvent vous voyez les prêtres uniquement lors des célébrations, comme ce matin. J’ai même entendu certaines personnes, quelques-unes étaient de passage, en vacances à Grenoble et qui croient que les prêtres ne « travaillent » que les dimanches. De fait, la plupart du temps, on ne nous voit pas le reste de la semaine ; pourtant notre activité est dense ! Bien sûr, nous avons des temps de prières personnelles, comme chacun de vous (du moins je l’espère !), mais il y a aussi une multitude de rencontres très diverses ! En tant que curé de la Paroisse, il y a une partie administrative importante, une partie « managériale » et une vision de la paroisse que nous partageons avec une équipe paroissiale que je trouve formidable. La Paroisse ne peut fonctionner que grâce à la disponibilité des bénévoles, laïcs hommes et femmes.

Mais la mission du prêtre comporte aussi beaucoup de rencontres parfois inattendues, mais souvent en lien avec la vie humaine, qu’elles soient à la fin d’une messe, en marchant dans la rue, ou en prenant le tram… ! Nous entendons des questions, des sollicitations pour des rencontres et aussi des préparations que nous organisons avec les différents services : (par exemple) préparation aux mariages, aux baptêmes, le caté, les funérailles (l’accompagnement des familles en deuil est un lieu de charité extraordinaire), la solidarité… sans oublier les équipes liturgiques… et bien d’autres encore ! Il y a aussi une forte demande de personnes qui ont un peu oublié ce qu’ils ont entendu au catéchisme et beaucoup ont le désir de comprendre le sens de la vie et pour certains de redécouvrir le Christ. Bref, de nombreuses rencontres souvent extraordinaires et les semaines passent très vite ! 

Lors de ces nombreuses rencontres, il m’arrive souvent de mettre les « pieds dans le plat », c’est-à-dire de poser des questions un peu directes, comme celles-ci : « Le christ est-il présent dans votre vie de fiancés ? »« Est-ce que vous priez ensemble, tous les deux ? » Ou encore lors d’une demande de sacrement, par exemple pour un baptême ou un mariage : « Témoignez-vous du Christ dans votre vie familiale et même professionnelle ? » 

Parfois la réponse est claire ! OUI ou NON ! C’est respectable ! Mais souvent, il y a comme une gêne ! Comme si cela était beaucoup trop intime ! Je note une sorte de pudeur, alors qu’ils semblent moins exigeants en termes de pudeur sur d’autres points de vue… Ils n’osent pas trop dire comment ils prient ou même s’ils prient…

Voyez le lien avec l’Évangile d’aujourd’hui. Dans l’évangile de ce jour, le Seigneur Lui-même, invite ses disciples à dire, à exprimer à haute voix, la foi qui les habite. Il les pousse à dire ce qui est au fond de leur cœur : « Pour vous, qui suis-je ? » Vous remarquerez que seul Pierre, l’incroyable Simon-Pierre, ose une réponse ! Et quelle belle réponse ! Quel beau témoignage ! « Oui, Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

Pour nous, à cette question, quelle serait notre réponse ? Avons-nous l’occasion de dire notre foi ? Nous l’exprimons, certes, tant par la messe dominicale, comme aujourd’hui, que par des actes de charité et notre prière personnelle, en famille ou en couple… Mais le fait d’expliciter, de dire à voix haute, de témoigner, nous met dans une tout autre dynamique. Oser ouvrir notre bouche pour dire qui est Dieu, pour moi !

Je demande souvent aux enfants : allez interroger vos parents afin qu’ils vous expliquent qui est Jésus pour eux ! Parfois les parents sont un peu mal à l’aise…

Et nous, pourquoi sommes-nous si réservés, nous, les cathos, parfois même atones (sans-voix) ? C’est une question que je me pose ! Pourquoi avons-nous tant de difficultés à exprimer ce qui est au plus profond de nous-mêmes ? Pourtant nous savons que le Seigneur nous aime et nous L’aimons ! En France, beaucoup de familles sont catholiques, on se marie à l’Église, on baptise les enfants, on fait « tout ce qu’il faut », car cela nous tient à cœur. Ce sont de belles familles ! 

Mais, ne faudrait-il pas aller au-delà ? Surtout aujourd’hui, où les valeurs chrétiennes ne sont pas portées par la société ; nous le savons bien ! Regardez les lois de bioéthique et les incohérences perverses qui ont été votées ! C’est à chaque famille, à chaque parent, à chaque grands-parents, à chaque jeune de témoigner du Christ, de témoigner de son amour. 

Quand nous ouvrons notre bouche, quand nous osons une parole, quelque chose se passe en nous, en ceux qui sont autour de nous. Comme le dit Jésus : bienheureux es-tu ! « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas ! » C’est une Béatitude ! Quand nous ouvrons notre bouche, il y a comme un déclic, un passage, quelque chose de différent lorsque l’on passe d’une foi intériorisée à une foi proclamée. Quelle joie d’annoncer le Christ !

Oui, aujourd’hui, le Seigneur nous demande de dire notre foi, déjà pour nous-mêmes : 

Qu’est-ce qui m’a attiré dans la personne de Jésus ?

Pourquoi suis-je ici ce matin, dans cette église ?

Comment dire à haute voix ma relation à Dieu ? Notre vie chrétienne ne se limite pas à l’assemblée dominicale ! Notre église ne doit pas être l’Église du Dimanche seulement. Elle doit l’être chaque jour, car nous formons une communauté de frères et de sœurs!

N’ayons pas peur ! Ne prétextons pas une fausse pudeur, pour nous cacher derrière un pilier (il y en a quelques-uns dans l’église Saint-Louis !) pour ne pas être repéré et interpellé ! Soyons audacieux : « Aujourd’hui, les temps sont favorables pour oser une parole ! »

N’ayons donc pas peur de dire que nous sommes chrétiens, non pas dans l’esprit d’un repliement identitaire (ce serait contraire et stérile), mais lorsque l’occasion se présente dans notre vie de tous les jours, en famille, avec des amis, dans le monde professionnel, avec intelligence et discernement ; témoignons de Celui qui est notre vie ! 

Prenons un exemple : dans son exhortation “La Joie de l’Évangile“, le pape François nous dit : “Lorsque l’occasion s’y prête, n’hésitons pas à dire que l’on prie pour quelqu’un“. En effet, souvent, lorsque l’on rencontre quelqu’un qui nous confie quelque chose de douloureux de sa vie personnelle qui pourrait être une intention de prière, nous disons : « Je penserai bien à vous… à toi » La pensée n’a pourtant jamais sauvé personne. Mais si à ce moment-là, j’ose dire : « Je prierai pour vous, pour toi ! », je rentre tout à fait dans une autre logique et la personne à qui l’on s’adresse le comprend très bien. La prière est essentielle ! Dieu fera ce qu’il est possible pour que la personne change, voit les choses autrement… car il y a une grâce qui est donnée.

Oui, nous sommes souvent trop pudiques en matière d’expression de notre Foi ; peut-être est-ce cette conception de la laïcité à la française ! Nos amis américains, par exemple, sont beaucoup plus “détendus“ sur ce sujet ! Ils ne disent pas au revoir, mais plutôt : « God, bless you ! Que Dieu te bénisse ! »

Ce qui est certain, c’est que par une trop grande timidité ou pudeur, nous laissons nos contemporains assoiffés se tourner vers d’autres paroles, d’autres idoles qui ne sont pas la Parole de Dieu.

En ce jour particulier où nous célébrons la Résurrection de notre Seigneur, prenons conscience de cette urgence, soyons fous, demandons le courage de dire notre foi, l’audace de témoigner du Christ ! 

N’ayons pas peur ! Commençons déjà en famille où nous sommes en terrain ami pour ainsi dire. N’ayons pas peur de dire pourquoi nous sommes Chrétiens.

Demandons cette audace pour chacun de nous, par l’intercession de saint Louis que nous allons fêter après-demain (mardi 25 août) et par l’intercession de Notre-Dame de l’Espérance ! 

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 17 août 2020, 20e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 19, 16-22. Cantique 32. Livre du prophète Ezéchiel 24, 15-24.

 

"Viens, suis-moi", dit Jésus. Voilà l’invitation de Jésus !

Il est intéressant de faire une certaine analogie entre le texte de ce jour et l’annonce de l’ange Gabriel à Marie qui traduit aussi cette invitation : "Viens, suis-moi" à laquelle Marie a répondu “oui“. Suivre Jésus, c'est tout le programme de l'Évangile.

Aujourd’hui, ce jeune homme pose de bonnes questions qu’il nous faut entendre intérieurement. "Viens, suis-moi". Voilà l’invitation qui nous est adressée. Suivre Jésus, voilà bien tout le programme de l’évangile. Pour être plus précis, ce qui nous est proposé, ce n'est pas seulement de suivre une file d’attente à la caisse d’un magasin (je le dis avec un peu d’humour) ou suivre un enseignement, ni davantage d’adopter une morale, mais bien de suivre la personne du Fils de DieuJésus de Nazareth, vrai Dieu et vrai homme ! C'est s'attacher à sa personne et cela pour la vie !

Suivre Jésus est donc une décision qui engage toute une existence et qu'il faudra ratifier de nouveau à chaque étape ! Le “oui“ est à redire, à confirmer chaque jour.

Suivre le Christ, cela peut alors nous emmener très loin, c’est une belle aventure, car c'est partager son destin de voyageur, sa mission, ses joies, une certaine solitude et sans aucun doute des combats ! 

Se mettre à la suite du Christ, exige de chacun de nous, une vraie liberté, à la fois intérieure, mais aussi une prise de recul sur cette forme de conditionnement que nous impose notre société individualiste et publicitaire ; une société qui nous présente le bonheur à travers des achats ou des façons d’être. 

Se mettre à la suite du Christ, c’est tout le sens de la parole du Nazaréen dans un chemin de perfection : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. » Attention ! Ne nous trompons pas sur cette notion de perfection ; Jésus ne nous demande pas d’être des « supermen » ou des « Wonder women » ! La perfection, c’est d’imiter le Christ parfait, avec nos difficultés, nos faiblesses, mais avec la volonté d’être le plus proche possible du chemin qu’Il nous propose.

Qui nous dira comment faire ? Qui nous dira jusqu'où aller ?

C’est l’Esprit Saint, jour après jour. C’est lui que nous avons invoqué au début de cette célébration. Comment ?C’est jour après jour, dans la méditation de la Parole de Dieu, dans le service de nos frères, dans notre prière, que l’Esprit Saint va nous guider, qu’il va nous dire peu à peu comment avancer, quelles bonnes décisions choisir ! Nous avons aussi à demander la grâce d’une réelle fidélité. Cela sera l’histoire de notre vie, de nos décisions, de nos choix ! Il n’existe pas deux personnes identiques ! Il n’y a pas un chemin identique, mais il y en a une multitude qui mène à une seule Personne : le Christ !

Quel que soit, notre âge, notre état de vie, notre situation familiale ou professionnelle, notre richesse, nos responsabilités, nos chemins sont beaux, même s’ils sont parfois difficiles… Nous sommes tous concernés ! Tous, nous avons à mettre notre trésor, non pas dans les biens de cette terre, mais dans le ciel ; tous, d'une manière ou d'une autre, nous avons à nous libérer le cœur et les mains, pour suivre Jésus là où Il nous veut, là où Il nous a placés. Ce qu’il nous faut faire ce matin, c’est ouvrir nos oreilles et notre cœur et entendre le Christ nous redire  a 

Ne sois pas triste ! Dès aujourd'hui, n’hésite pas : suis-moi, car je veux te révéler mon projet de vie éternelle et te redire combien je t’aime !                   

         Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 16 août 2020 – 20e Semaine du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église Notre-Dame réconciliatrice, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu15,21-28. Livre du prophète Isaïe 56, 1.6-7. Psaume 66.

Lettre de saint Paul aux Romains 11, 13-15.29-32.

 

Voici un évangile surprenant ! Peut-être avez-vous eu le temps de le découvrir et de le lire avant de venir à la messe ? Cependant, je souhaite attirer votre attention car, dans une lecture trop rapide, il pourrait nous apparaître difficile et même nous surprendre !

    Je vous propose donc, tout simplement, d’entrer ensemble dans la logique de ce texte.

Un premier constat ! Jésus n'avait pas souvent l’occasion d'admirer la foi chez son Peuple, que ce soit à Nazareth, et même à Jérusalem : « Si vous aviez de la foi aussi gros qu’un grain de moutarde !» Mais par deux fois au moins l'occasion lui a été fournie d’admirer la foi chez des étrangers (des non-juifs) : rappelez-vous le centurion de l’armée romaine dans le village de Capharnaüm et cette femme cananéenne, c’est-à-dire cette femme du Liban. "Femme, grande est ta foi," lui dit Jésus.

          - Un deuxième constat ! Comment donc s'y est prise cette femme libanaise pour interpeller à ce point Jésus ? (En cet été 2020 tout particulièrement, pensons à prier pour le peuple libanais qui a subi cette double explosion qui a endeuillé Beyrouth, le Liban est sous le choc, choc à la fois économique et politique.)

    Comment s’y est prise cette femme libanaise ? Tout d'abord elle a décidé de ne pas manquer son heure, de ne pas manquer le passage du Messie dans son pays et dans sa vie. Avant même d'avoir pu l'approcher, elle crie vers Jésus. « Elle nous poursuit de ses cris », se plaignent même les disciples. Mais elle persévère et continue à crier : « Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ».

    De fait, elle ne connaît pas encore Jésus ! Mais, elle sait, au moins, ce qu'on dit de Lui dans son pays, et, arrivée aux pieds de Jésus, elle continue à prier sans se lasser : « Seigneur, viens à mon secours ! » Avons-nous cette prière persévérante régulièrement dans notre vie ?

    Dans un premier temps, Jésus semble écarter sa demande, un peu comme pour Marie lors du mariage à Cana : « Femme que me veux-tu ? ». Il s'en explique à ses disciples en prononçant cette phrase surprenante : « Je n'ai été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël », et pour la femme agenouillée devant Lui, il trouve une autre explication très imagée, tirée de la vie de tous les jours : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens ». Notons bien que Jésus ne dit pas : « pour le donner aux chiens », mais « aux petits chiens », la nuance est grande !

    La femme est intelligente et elle saisit l'image au bond, et grâce à l’expression « aux petits chiens », elle va révéler toute l'audace de sa foi. Elle va insister, discuter, faire pression respectueusement sur le cœur du Messie d'Israël : « Certes, moi, l'étrangère, je ne fais pas partie de la famille ; mais pour les petits chiens, il y a au moins les miettes » qui tombent de la table et ils s’en nourrissent ! Quelle audace !

    « Le salut vient des juifs » dira Jésus à la Samaritaine, mais ils ne sont pas les seuls bénéficiaires : la « Justice » de Dieu et son projet de « Salut » sont pour tous les hommes de bonne volonté et qui n’ont pas refusé de croire (Relisez la deuxième lecture). Tous sont appelés à la Vie et au Salut dans la maison de l’unique vrai Dieu, dont Jésus nous révèle le visage de Père. 

    À cet instant, imaginons le regard de Jésus se posant sur cette femme ! Regard plein de compassion et d’une jubilation intérieure, car Il voit la foi de cette femme et lui dit :  

« Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »

Nous connaissons la suite : sa fille qui était tourmentée par un démon est guérie.

Qu’allons-nous retenir pour nous, ce matin, en cette église Notre-Dame réconciliatrice, en ce 20e dimanche au milieu du mois d’août ? 

Je vous propose deux remarques rapides pour élargir notre compréhension :

Première remarque : le Salut voulu par Dieu, n’est pas un Salut pour une petite fraction d’hommes ou de femmes, même s’il nous faut approfondir l’élection du peuple d’Israël, mais c’est bien, un Salut pour tous, en tout cas pour tous ceux qui le veulent ! L’épître aux Romains nous le redit avec force : Dieu veut faire « miséricorde à tous les hommes » ! Et même le prophète Isaïe annonce l’incroyable nouvelle pour son époque : Ma maison s'appellera « Maison de prière pour tous les peuples ». (1re Lecture)

- Deuxième remarque : « Femme, grande est ta foi, dit Jésus, qu'il t'advienne selon ton désir ». Tout est donc dans la force du désir, de notre désir, de notre capacité à oser demander, véritablement. Ce n'est pas l'amour du Seigneur qui a des limites, c'est notre désir, notre constance, notre capacité à nous donner qui se limitent et qui se lassent ; c'est notre prière qui s'arrête trop tôt, comme si nous n'avions pas droit à la miséricorde.

Marie, que nous avons fêtée hier pour son Assomption, n’a pas eu une vie évidente ! Sa sainteté s’est faite progressivement, petit à petit. Cependant, elle fait confiance, même quand elle ne comprend pas tout. En cela, elle nous montre comment suivre son Fils.

 

Prions ensemble avec ces mots, ce matin : 

Seigneur donne-moi, donne-nous, d’être renouvelés dans la foi !

Qu’elle soit plus grande, plus profonde, plus audacieuse !

Ainsi soit-il !

Homélie du samedi 15 août 2020, solennité de l’Assomption, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 1, 39-56. Apocalypse de saint Jean 11, 19a ;12, 1-6a.10ab.

Psaume 44. Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 15, 20-27a.

 

Avez-vous remarqué que souvent, certains confondent Ascension et Assomption. Les deux mots ont une tonalité proche. Il est vrai que dans les deux cas, nous fêtons une entrée dans le Ciel et dans la Gloire de Dieu ! L’Ascension est la montée de Jésus et l’Assomption, celle de Marie.

Aujourd’hui, c’est la fête de l’Assomption de la Vierge Marie qui nous rassemble. Que veut dire cette fête de l’Assomption ? 

Voici quelques repères : par cette Solennité de l’Assomption, nous croyons fermement que Marie, à la fin de sa vie terrestre, est montée « au Ciel » avec son corps, alors que les saints n’y sont pour l’instant qu’avec leur âme seulement. Donc, Marie est montée corps et âme.

Si nous voulons le dire autrement, tous les saints connus et inconnus attendent la Résurrection, à la fin des temps pour être « au Ciel » aussi avec leur corps : le but de notre existence est la vie éternelle ! Au fond de nous-mêmes, nous le savons bien, nous le pressentons, nous sommes créés pour cela : pour la vie éternelle corps et âme ! C’est ainsi que nous pourrons nous reconnaître quand nous serons dans la Vie en Dieu. (C’est aussi pour cette raison que l’Église attache une grande importance à notre corps).

Dans un acte de foi, ce que nous croyons dans le mystère de l’Assomption, nous l’espérons pour nous-mêmes et nous l’attendons pour chacun de nous. 

Pour la Vierge Marie, cette Assomption est déjà accomplie ! Par là, elle ressemble encore plus à son Fils qui, lui aussi, est au ciel avec son corps ! 

Cela permet de mieux comprendre la place et la proximité exceptionnelle de Marie, dans sa relation avec l’Église du Christ (Je pense aux apparitions mariales de la Salette, à celles de Lourdes et à bien d’autres encore à travers le monde où Marie nous redit avec force de nous mettre à l’écoute de la Parole de son Fils.)

Nous le savons, Marie est une créature comme nous ! Par son « oui », par son « FIAT », elle intercède pour nous auprès de son Fils ! C’est la mission de Marie, c’est la mission d’une maman. Certains d’entre nous peuvent penser que Marie était privilégiée ou qu’elle devait avoir des facilités particulières !

En réalité, il n’en est rien !

- Comme pour nous, rien n’est fait d’avance : ni pour elle, ni pour nous ! Il y a la liberté de Marie, comme nous avons, nous-mêmes notre liberté ! Dieu ne cesse de nous proposer d’entrer dans son projet de Salut ! Mais, nous décidons … ou non, comme Marie qui a choisi de dire « oui » à l’ange Gabriel ! La sainteté de Marie s’est donc construite petit à petit. 

- Comme pour nous, tout ce qu’elle avait reçu était déjà en germe en elle ! Tout au long de sa vie, elle a choisi d’accepter de faire la volonté du Père, même si elle ne comprenait pas tout ! Il en est de même pour nous : nous ne comprenons pas tout ce que Dieu nous propose. Il y faut cette adhésion, cette foi qui nous permet de dire « oui ». C’est cette même adhésion qui nous permet d’être là, ce matin, pour cette eucharistie. Plusieurs fois dans l’évangile l’expression : « Marie méditait tout cela dans son cœur » nous rappelle que, sans tout comprendre, elle fait confiance en tout !

Elle laisse simplement résonner la Parole de Dieu dans son cœur afin que l’Esprit Saint lui donne d’avancer et de s’adapter sans cesse à la mission de son Fils Jésus, qui la dépassait complètement. 

Donnons quelques exemples !

  • En acceptant le message de l’Ange à l’Annonciation, Marie ne sait pas concrètement ce qui va se passer ; elle se précipite simplement chez sa cousine Élisabeth. Elle découvre là, à la fois le tressaillement de Jean le Baptiste qui s’agite dans le ventre de sa cousine et le dévoilement de sa mission : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?». (Luc 1,43)
  • Il y aussi l’inattendu de Noël à Bethléem ( on aurait pu imaginer que le Fils de Dieu naisse dans un palais !) 
  • puis l'exil en Égypte, 
  • la vie cachée de Jésus
  • sa vie publique que Marie va suivre de près et de loin et qui commence à Cana (« Femme, que me veux-tu ? », 
  • ou encore au pied de la Croix, (Marie sait qui est son Fils et elle accepte d’être là : quel acte de foi !) 
  • Sa présence auprès des apôtres lors de Pentecôte dans la chambre haute où l’Esprit Saint va expliquer toute chose… 
  • Ce qu’il nous faut comprendre, c’est que Marie a adhéré pleinement, même dans les moments d'obscurité et de souffrance, au projet d'amour de Dieu !

Comment comprendre les conséquences pour notre foi, et même pour notre vie de tous les jours ?

En fait, l'Assomption nous rappelle que la vie de chaque chrétien, comme celle de Marie, est un chemin d'imitation à la suite du Christ, même si parfois ce chemin est difficile ! ! Il nous faut entendre son enseignement, le suivre dans sa façon d’être et voir le but que Jésus nous désigne !

Ce chemin a un objectif bien précis la victoire définitive du Christ sur le péché et sur la mort et le désir de la pleine communion avec Dieu.

Ce que Jésus veut nous dire, c’est que nous sommes faits pour la Vie éternelle ! 

Nous sommes faits pour le Paradis ! Dans l'Assomption de Marie, nous contemplons ce que nous-mêmes sommes appelés à devenir, au terme de notre chemin sur la terre. 

Plus précisément, il s’agit pour chacun de nous de faire le choix d’être au ciel totalement, avec notre corps et notre âme, comme Marie à la suite de Jésus !

Cette fête de l’Assomption nous enseigne ainsi que l’enjeu de la vie humaine, de notre vie terrestre est le Ciel ! L’enjeu de notre vie n’est pas simplement d’améliorer notre bien-être sur cette terre, bien sûr : manger, être en paix et en sécurité, avoir des amis fidèles, être en bon terme avec sa famille… tant de choses que notre monde présente comme étant nécessaires pour être heureux… mais nous le savons bien : toutes ces choses-là passent ! 

 L’enjeu, c’est ce qui nous attend après notre mort ! Aujourd’hui, on peut vivre plus vieux, on peut guérir de nombreuses maladies, ou du moins, on peut soulager certaines souffrances. Ces avancées médicales sont magnifiques, même si un minuscule virus « Covid » nous éprouve cruellement actuellement !

Mais, de la mort, on ne guérit pas : c’est notre chemin à tous, la mort est notre commune épreuve.

C’est le Christ et sa victoire sur la mort qui comptent vraiment !

Alors, frères et sœursl’aventure de Marie est aussi la nôtre, comme celle de toute l’humanité ! C’est notre joie ! C’est notre espérance !

Avec tous les pèlerins des sanctuaires mariaux du monde qui fêtent en ce jour cette belle solennité, prions pour que :

Que Notre-Dame nous aide sur le chemin de la sainteté et

qu’elle intercède pour nous afin que nous comprenions la volonté de Dieu pour nous

et le salut qu’Il nous propose !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du dimanche 19 juillet 2020, 16e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Luc, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 13, 24-43. Livre de la Sagesse 12,13.16-19. Psaume 85.

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 26-27.

 

Autour de cette église, de jolies maisons ont aussi un beau jardin ; en venant jusqu’ici ce matin, je suis passé dans le jardin derrière le musée. J’ai traversé ce jardin généralement bien entretenu. Pourtant, ce matin, j’ai remarqué qu’il y avait des mauvaises herbes assez hautes qui dépassaient du gazon.

Que faire quand, dans un joli gazon, on voit de mauvaises herbes pousser ? Il est fort probable que l’idée nous vienne de les enlever à la main ou mieux (ou pire), de mettre un désherbant !

C’est ce que Jésus est en train d’expliquer par cette parabole. Il s’agit bien de mauvaises herbes dans l’image de l’ivraie dont parle le texte de l’évangile qui vient d’être lu. Les désignations sont simples et nous les comprenons bien ! L’ivraie représente ce qui nuit, ce qui est nocif et étouffe… le mal, en somme, dans notre monde, mais aussi en chacun de nous. Le bon grain, c’est ce qui est bon, c’est le bien, ce qui produit du fruit. 

Globalement, nous comprenons le sens de la parabole ! Mais ce qui reste un mystère, c’est l’attitude du propriétaire qui représente Dieu. Sa réaction peut nous surprendre tant elle semble résignée. Ce qui semblerait normal, pour nous les « rapides », serait de s’occuper d’enlever rapidement les mauvaises herbes comme je le disais. Et pourtant le propriétaire dit dans le texte de l’évangile : « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ». 

         Pourquoi une telle attitude ? Pensez-vous qu’un agriculteur ferait le même choix ?

Alors, comment devons-nous qualifier l’attitude du propriétaire, donc de Dieu ? En un mot, bien plus que nous, je dirais que « Dieu est humain » ! Il est profondément humain et il veut que nous le soyons. Que pouvons-nous dire ? Dieu a bon cœur, qu’il est compréhensif, qu’il n’écrase pas, qu’il espère tout, mais surtout, qu’il sait que notre cœur est « complexe » !

Les mauvaises herbes et le bon grain ici sont une image qui nous représente. Nous ne sommes pas 100% bons ! Nous ne sommes pas, non plus, 100% mauvais ! On a du mauvais, mais aussi de bons côtés en nous. Nous ne sommes pas, non plus, ni des choses ni des objets qu’on manipulerait sans risque. Nous sommes des personnes avec des sentiments, de la bonne volonté, mais aussi des faiblesses et des fragilités. Impossible d’agir avec les personnes sans les respecter, sans prendre le temps de leur donner une chance ! C’est pourquoi, Dieu qui agit « humainement » pourrait-on dire avec nous, veut donner une chance à chacun et nous donner tout le temps dont nous pourrions avoir besoin. Il est patient ! Je ne sais pas comment nous le comprenons ; pour moi, c’est bigrement encourageant. 

Comment Dieu fait-il pour être si patient ? Son secret, c’est de regarder non seulement le mal, le mauvais, mais aussi ce qui est bon dans les personnes, dans le monde, en nous aussi. C’est comme cela que Dieu agit, et comme cela que Dieu voudrait que nous agissions à notre tour ! 

Pourquoi Dieu agit-il ainsi ? C’est la pointe de cette parabole, le message essentiel, le message qu’il faudrait imprimer en très grand pour que nous ne l’oubliions pas, c’est le suivant :

         Nous sommes toujours en croissance spirituelle.

         Nous n’avons jamais fini de « grandir » humainement et spirituellement !

Le Royaume de Dieu se développe, en nous et autour de nous, au fil des ans.

         La Parole de Dieu porte du fruit dans la patience !

Il faut compter avec le temps quand on grandit, quand on se développe. Regardez les enfants. Quelle patience, ils ont demandé parfois à leurs parents pour les éduquer et les accompagner ! 

 

Je souhaite terminer en mentionnant qu’il y a, ici, deux dangers dont il faut prendre conscience, deux écueils à éviter.

- Le premier est celui de vouloir aller trop vite. Dieu nous dit ici de prendre le temps qu’il faut. Il y a un dicton qui le résume bien : « Tirer sur une fleur ne la fait pas pousser plus vite ». Dieu fait confiance aux capacités de grandissement, de croissance en dedans de nous. Il fait confiance à l’Esprit dont nous parle saint Paul dans la deuxième lecture, l’Esprit qui agit en nous ! Il vient à notre secours ! Dieu fait preuve de réalisme, Il fait preuve de tolérance. Ainsi nous aussi, nous sommes invités à faire de même. 

Le second danger est à l’opposé, c’est celui de se renfermer. Du style : « Tout est pourri. Il n’y a plus rien à faire. Moi, je m’en fous. C’est mon destin. Pas de moyen de changer, et puis, il y a le covid et le monde va à sa perte ! » Bref,  on se renferme dans un repli, un cocon « caliméro », dans un entre-soi, on se blottit dans son canapé et on n’en bouge plus. Alors que Dieu ici, nous redit : « Je le sais bien ! Tout n’est pas parfait dans le monde, il a bien des ambigüités, dans l’Église aussi, dans toute vie, dans ta vie, mais ne sois pas défaitiste ou fataliste. À travers l’ivraie, le bon grain va pousser quand même, avec le temps. » 

Et Dieu complète : « fais ton possible pour éviter l’étouffement du bon grain, ne cultive pas la tristesse et continue ta croissance, abandonne le reste entre mes mains. » 

L’enseignement d’aujourd’hui est très stimulant, encourageant ! En même temps, ce n’est pas la facilité qui est prêchée. Il faut se retrousser les manches, continuer à  faire sortir le bon qui est en nous, même s’il faut accepter cette nécessité du temps et faire le constat que tout ne soit pas parfait instantanément ! 

Dieu le sait et Il nous fait confiance afin que nous portions du fruit, et cela : Il en est certain !

                                                                                       Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 15 juillet 2020, 15e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 11, 25-27. Livre du prophète Isaïe 10, 5-7.13-16. Psaume 93.

 

Qui n’a pas eu le désir de rencontrer le Christ, de se déplacer avec Lui à travers les villes de Capharnaüm, de Jérusalem, de Nazareth, de discuter avec Lui et, peut-être même, de prier avec lui, de Le voir prier son Père ?

Qui n’a pas eu le désir d’entrer dans sa prière, dans la connaissance de cette intimité qui unit le Fils au Père, et le Père au Fils ?

En méditant l’évangile de ce jour, il nous est donné de contempler un peu plus Jésus en prière, et de voir comment Il entre dans la louange.

Ce jour-là Jésus a prié tout haut, et de telle façon que les disciples ont retenu la prière de Jésus et l’ont mémorisée. Cela nous permet encore aujourd'hui d'entrer un peu plus dans son lien à son Père.

La prière de ce jour, celle qui nous est donnée dans l’évangile, est une prière de louange, une prière d'admiration, une sorte de cri du cœur de Jésus vers son Père :

" Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange".

Qu'est-ce qui fait monter ainsi la louange dans l'âme de Jésus ? Tout simplement, Il s'émerveille de la manière dont Dieu, son Père, s'y prend avec les hommes. Non pas à la façon de notre monde, mais avec une vraie espérance pour chacun de nous ! Par sa prière, Jésus manifeste que Dieu espère en chacun de nous !

C’est cette bienveillance qui caractérise le Père. C’est cette bienveillance qui conduit le Père à faire briller le soleil ou pleuvoir sur les justes comme sur les injustes. Dieu ne juge pas ; Il donne à chacun ce dont il a besoin, charge à nous d’user de notre liberté pour transformer ce don. Surtout, Il donne aux hommes ce qu'Il donne au Fils, c'est-à-dire tout. Frères et sœurs, c’est une découverte qu’il nous faut approfondir dans notre propre prière !

Dieu veut que nous nous réjouissions dans les hommes comme Il se réjouit dans le Christ. Rappelez-vous, au jour du baptême, ses paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en Lui j’ai mis tout mon amour. » Pour cela, il a décidé de faire de nous des frères en son Fils, de son Fils. 

Avec Dieu, même les plus petits ont leur chance, contrairement à notre monde, dans lequel ce sont les nantis, les puissants, les intellectuels qui dominent. Non ! Avec Dieu, les plus petits ont leur chance :

Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits".

Il me faut avoir une âme de pauvre pour entendre ce que Dieu veut me dire. Car les petits, c’est nous ! Je dis cela sans aucune honte, sans fausse modestie ou misérabilisme ! C’est cette certitude qui me fait désirer de tout recevoir de Dieu qui est Père, et me faire capacité pour cela !

 Quelle est l’invitation recevons-nous, ce matin ?

 À la prière de Jésus, dans sa relation à son Père, nous pouvons entrer nous aussi, dans cette louange :

"Oui, Père, Seigneur du ciel, Seigneur de notre terre,

sois loué de nous avoir révélé,

à nous, les petits, les indignes, à nous les pauvres,

que les pensées de ton cœur sont des pensées de louange, de confiance et de paix.

Ce matin, demandons la grâce de rester dans la louange du Christ tout au long de ce jour pour cet amour bienveillant.

Que nous soyons en soucis ou dans la joie, demandons la faveur d’une simple louange, tournés vers le Père comme Jésus nous y invite ! 

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 13 juillet 2020, 15e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 10, 34 à 11,1. Livre du prophète Isaïe 1, 10-17. Psaume 49.

Deuxième lettre de saint Paul à Timothée 4, 6-8.17-18.

 

Nous avons déjà entendu cet évangile il y a peu de jours. Justement, à l’issue de cette messe, une personne était un peu outrée, comme agacée par les paroles de Jésus. En effet, l’Évangile de ce jour nous interpelle et il mérite une explication pour une meilleure compréhension !

       Que nous dit-il : N’ayez pas peur de perdre votre vie à cause de moi !

       … Ou encore … « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ». 

À dire vrai, ces paroles de Jésus, mal comprises, peuvent effectivement, nous déranger et même nous agacer !

Alors attention au contresens ! Jésus ne nous dit pas de ne pas aimer notre prochain ou nos parents ! N’oublions pas qu’à l’époque où l’Apôtre Matthieu rédige son évangile, nous sommes toujours dans un contexte de persécution qui, dans certaines familles, a provoqué des déchirements, des dénonciations.

Prendre le chemin de Jésus, c'était courir le risque d'être incompris de la société, mais parfois aussi de ses parents, de ses amis et de son entourage, et d'être même rejeté par eux… Cette situation existe encore aujourd’hui ! J’ai en mémoire le souvenir d’un jeune homme qui rentrait au séminaire, et ses parents lui ont fermé leur porte … Ils n’ont pas compris son choix !

Ce que nous redit l’Évangile, c’est que : l'attachement à Jésus est plus fondamental encore que les liens du sang.Pourquoi ? Tout simplement parce que Jésus veut élargir le sens de la famille !

Il établit des liens nouveaux entre disciples.

La prière du Notre Père en est l’illustration ! L'Évangile devient une école de la fraternité. Et la source de cette fraternité nouvelle : c’est le Christ qui est notre frère ! Tous (et également dans notre assemblée), nous sommes frères et sœurs, tous enfants du même Père : frères et sœurs, les uns des autres.

Oui ! L’appel de Jésus est radical : il ose nous appeler à perdre notre vie à cause de lui, à perdre notre vie pour être avec Lui. C’est Lui notre seul bien !

À la réflexion, notre vie spirituelle nous invite à découvrir un mouvement surprenant perdre pour gagner ! Ce mouvement « perdre pour gagner » s’enracine dans notre condition humaine. Le plus beau déploiement humain suppose de renoncer à savoir ce que l’on devient. La foi : n’est-ce pas croire sans voir ? Il faut donc développer ses talents, tirer profit des expériences de sagesse de la vie, mais progresser aussi dans la capacité à tout remettre, à ne rien mesurer soi-même : au bout du compte, nous le savons bien, nous n’emporterons rien après notre mort. La beauté d’une vie ne vient pas de ce qu’elle est ou dans un avoir, mais de sa fécondité.

C’est donc à une vraie fécondité que nous devons nous employer !

Quel que soit notre état de vie, notre âge, notre santé, cette fécondité existe et elle est multiple. Elle ne se mesure pas selon nos critères ! Cette certitude qui nous surprendra toujours : nos critères ne sont pas ceux de Dieu ! « Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier si c’est au prix de sa vie ? »(Mc 8,36)

Finalement, c’est dans le don de soi, dans un abandon confiant à Dieu que notre vie prend sens ! Interrogez, pour cela, la sagesse des anciens ! C'est dans les petites choses du quotidien (accueil, service, écoute, partage) que se joue la sincérité de notre témoignage. 

Gardons en mémoire cette parole de Saint Augustin : « La mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure ».

Frères et sœurs, prenons le temps, en ce temps de vacances, de méditer, de retravailler, pour nous laisser saisir par la Parole de Dieu !

Je vous rappelle l’évangile du semeur, celui de dimanche : c’est autant de graines qui sont plantées dans notre cœur pour que nous puissions porter du fruit, et du fruit en abondance !

Demandons à l’Esprit Saint de nous aider à mieux comprendre ce que Jésus veut me dire !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 12 juillet 2020, 15e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 13, 1-23. Livre du prophète Isaïe 55, 10-11. Psaume 64.

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 18-23.

 

Nous connaissons bien cette parabole du semeur. Ce que j’apprécie dans cette parabole du Semeur, c’est le réalismede Jésus. Vous avez entendu comme moi qu’il ne nie pas l'échec, il ne nie pas le gâchis que l'on fait de la Parole de Dieu. Il dit clairement que les graines de la Paroles sont semées largement, mais qu’elles sont nombreuses toutes ces graines qui sont… mangées, séchées, étouffées, emportées par le vent... Nous pourrions penser que Dieu semble effectivement semer en pure perte ! Et en même temps, Il accepte le risque que sa Parole ne soit pas reçue !

Ces graines, ces semences ne sont pas en cause ! Dans l'explication de cet évangile, Jésus met d'ailleurs surtout l'accent sur le terrain qui accueille le bon grain. Si la semence, c’est-à-dire la Parole de Dieu, ne lève pas, ne grandit pas, ne porte pas de fruits, ne transfigure pas notre vie… la faute n'en est pas à l'impuissance de Dieu ou à une mauvaise qualité de la semence, mais bien aux obstacles opposés par le terrain. 

Or, le terrain, c'est nous, c'est nos vies, nos âmes, nos compréhensions, nos passions, nos refus... nos capacités d’entendre et de nous mettre en route. 

Jésus énumère les obstacles que la Parole de Dieu peut y trouver : il en cite trois !

Remarquons, qu’il n’y a pas d’accusation ou une culpabilisation de la part de Jésus ! 

Je tiens donc à préciser, un peu comme dans les films quand ils sont trop près de la réalité que :

  • Toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite !

Mais, remarquons que toutes ces situations sont parfois très proches de celles que nous vivons ! Si Jésus les cite, c’est qu’elles sont voulues pour nous faire réagir. C’est bien son intention en nous racontant cette parabole. Alors, quels sont ces obstacles ?

 

Premier obstacle : l'indifférence ! La Parole de Dieu parce qu'elle n'est pas désirée n'est pas entendue, n'est pas accueillie ! Vous connaissez l’expression ‘comme de l'eau sur les plumes d'un canard’ : ça glisse ! On n'en ressent pas forcément le besoin et une infinité d'autres choses nous accaparent et retiennent toute notre attention : plaisir, honneurs, sensualité, paraître, richesse, loisirs … qui viennent comme des oiseaux picorer ces graines et les faire disparaître.

Deuxième obstacle : la dureté, la raideur, le sol pierreux. Notre cœur se referme sur lui-même (littéralement, une « slérocardie »), nous croyons en savoir assez sur Dieu et nous nous fermons à tout progrès dans la connaissance de Dieu. Dans notre enfance, notre foi a levé, et puis à la longue, faute d'être nourrie, faute de bonne terre et de racines profondes, elle s'est desséchée. De fait, en même temps, c’est moi-même qui me suis desséché.

Troisième obstacle : les épines, les ronces, les mauvaises herbes qui poussent avec le bon grain et qui, peu à peu, finissent par étouffer la Parole alors qu’elle serait sur le point de donner du fruit. Ce sont nos défauts, nos vices, nos compromissions, l'égoïsme et l'orgueil, nos manques d’amour, notre difficulté d’engagement, nos découragements, notre manque de persévérance… Alors, le Malin, (le Toto, le Diable) est très fort pour nous faire désespérer. Bref : tous nos soucis, toutes ces choses qui encombrent l'âme, toutes ces choses que nous n'avons pas eu le courage de déraciner à temps et qui, petit à petit, envahissent et étouffent notre vie. Bien souvent, nous avons dans ces cas-là, l’impression d’un immense gâchis, et d’une tristesse ! Je n’arrive plus à comprendre ce qui est nécessaire à ma vie ; ai-je cette impression à certains moments de ma vie ? Si oui, interrogeons-nous ! 

     Jésus n'oppose pas, non plus, ceux qui portent ou non du fruit. Il ne fait pas de différence, Il ne cherche pas un « retour de production » ou un retour sur investissement, comme certains économistes insistants ! Non ! Il souligne simplement que chacun est responsable de son ouverture comme de son aveuglement, et qu'il ne tient qu'à nous d'être de ses disciples. Au fond, cela se passe surtout à l'intérieur de chaque cœur humain. C’est notre liberté ! Si nous ne décidons pas d’ouvrir notre cœur, rien ne poussera !

     Alors ! chers amis, si vous êtes là ce matin, et je le crois profondément, c’est que votre cœur est ouvert et que la Parole de Dieu a du sens pour vous. Vous savez accueillir la Parole de Dieu, vous savez qu’elle nourrit votre vie, vous savez qu’elle vous hydrate ! 

Peut-être, nous arrive-t-il d’être parfois incrédules et fermés, durs d'oreille et durs de cœur ? 

Cependant, nous avons le désir d’être disciples de Jésus, heureux de voir, heureux d'entendre, heureux de scruter l'Évangile, heureux de laisser résonner chaque parole de Jésus dans ma vie dans ma prière - Comme nous le proposent les Béatitudes -. Cette attitude nous invite à être dans l’Action de grâce. La question de l’accueil est posée encore aujourd’hui et elle restera posée jusqu’à la rencontre ultime avec notre Créateur, nous rappelant chaque jour, l’enjeu de ma liberté et les fruits à offrir.

Une question demeure et peut-être est-elle sur vos lèvres :

Alors, Dieu sèmerait-il en pure perte ?

Non ! Je ne le crois pas ; je sais seulement que Dieu est patient ! Il sait qu’un jour ou l’autre, il y aura des fruits pour toutes ces graines qu’Il a semées dans le cœur de chacun de nous ! 

     Ma courte expérience de prêtre me montre que je n’ai pas le droit de désespérer : je peux témoigner que j’ai vu des personnes qui semblaient fermées, hermétiques et qui un beau jour, s’ouvrent à la Parole Dieu. Ce qui a été semé pendant des années, d’un seul coup, germe et donne de beaux fruits. Même jusqu’aux derniers souffles de notre vie sur cette terre, de beaux fruits sont et seront possibles, des fruits extraordinaires, à quelques minutes mêmes de la mort d’une personne : fruits de pardon, de réconciliation, de paix…! C’est comme s’il se passait, à ce moment-là, un réflexe de vie et enfin, un cœur qui s’ouvre.

Chers frères et sœurs, rendons grâce au Seigneur pour sa Parole qu’Il vient sans cesse déposer en nos cœurs !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du 15ème dimanche du temps ordinaire - dimanche 12 juillet 2020

Homélie du lundi 6 juillet 2020, 14e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 9, 18-26. Livre du prophète Osée 2.16-17b-18.21-22. Psaume 144.

 

Nous faisons mémoire, aujourd’hui, de sainte Maria Goretti. Connaissez-vous son histoire ?

Un titre m’avait marqué : sainte Maria Goretti, l’impossible pardon !

 

Le drame se passe le 5 juillet 1902. Dans une petite ferme, à Nettuno, au sud de Rome, vivent deux familles que la misère a réunies sous le même toit. Dans la famille Goretti, le papa Luigi est mort et Assunta, la maman, travaille courageusement aux champs avec ses deux grands fils tandis que Maria, surnommée Marietta, l’aînée, s’occupe de la maison et de ses petits frères et sœurs. L’autre famille, les Serenelli, est composée d’un garçon, Alessandro (17 ans), et de son vieux père infirme. 

Maria a 11 ans. C’est une jeune fille pieuse, douce et courageuse, faisant de son mieux pour soulager sa maman qui croule sous le poids des soucis. Maria n’ose pas lui dire combien elle a peur d’Alessandro et de ses mauvais regards et de sa présence excessive. Ce jour-là, tout en surveillant sa petite sœur qui dort Alessandro entre et il pousse Maria dans la cuisine et veut abuser d’elle. Elle résiste avec force et repousse ses tentatives.

Fou de colère, le garçon saisit un couteau et, à quatorze reprises, animé par une rage meurtrière, il la frappe sauvagement. 

Maria se traîne jusqu’au palier, appelant au secours sa maman ! 

Tandis que l’on descend Maria sur une civière, les forces de l’ordre doivent protéger le jeune homme de la colère des voisins. Sans eux, l’assassin aurait été tué par les mains des villageois sans autre forme de procès. 

Un triste convoi se met en route : la voiture des gendarmes conduit Alessandro en prison ; et l’ambulance conduit Maria à l’hôpital.

Les dernières heures de Maria sont marquées par de terribles souffrances. Les religieuses qui la soignent sont édifiées par le courage de cette enfant qui demande qu’on la rapproche de la statue de la Sainte Vierge. Elle brûle de fièvre. 

Le Père Signori entre dans sa chambre. La fillette a un imperceptible mouvement, une courte hésitation en se remémorant la violence de la scène, les gestes, les menaces et les coups. Puis la paix revient sur son visage et dit :  

« Pour l’amour de Jésus, je lui pardonne et je veux qu’il soit un jour avec moi dans le Paradis. Que Dieu lui pardonne, car moi, je lui ai déjà pardonné. » 

Elle reçoit alors, avec ferveur, la communion et le sacrement de l’extrême-onction. Maria est morte en ce 6 juillet 1902, elle n’avait pas encore douze ans. Dans les couloirs de l’hôpital, on n’entend qu’un murmure :   - « La sainte est morte ! »  Ses obsèques, au matin du 8 juillet, soulevèrent une émotion immense à Nettuno, son petit village.   
Au cours du procès d’Alessandro, dans la salle d’audience, à la surprise de participants, Assunta Goretti, la maman de Maria, déclare d’une voix ferme :  - « Monsieur le Président, je lui pardonne du fond du cœur. », désignant Alessandro, l’assassin de sa fille.  

Alessandro Serenelli est condamné à trente ans de prison (il a échappé à la prison à vie parce qu’il était mineur au moment des faits). C’est un prisonnier difficile, violent, craint par ses codétenus et méprisé par les gardiens.  

Une nuit de 1910, il fait un rêve : il voit Maria dans un jardin, toute vêtue de blanc. Elle cueille quatorze grands lys et les lui tend. Au moment où il va les prendre, ils se transforment en autant de lumignons allumés comme des cierges. Puis Maria disparaît et il s’éveille, troublé. Dans son cœur endurci, une petite source trouve son chemin et le repentir commence à naître.

Alessandro est libéré en 1929, après avoir passé vingt-sept ans en prison, dont les dix-neuf années d’un comportement exemplaire.

Maria Goretti est proclamée bienheureuse par le pape Pie XII le 27 avril 1947. Trois ans plus tard, elle est canonisée par le même pape Pie XII, le 24 juin 1950. Aux deux cérémonies, qui attirèrent une foule impressionnante sur la place Saint-Pierre, assistaient Alessandro et Assunta Goretti : c’est la première fois qu’une mère voit la canonisation de sa fille. 

Alessandro est devenu membre du tiers-ordre franciscain et jardinier du couvent des capucins à Ascoli Piceno, dans les Marches. Il mourut le 6 mai 1970, à 87 ans, au couvent de Macerata (Marches), après avoir laissé un testament très édifiant. Peut-être aurez-vous la curiosité de le chercher et de le lire ?

Maria Goretti est fêtée le 6 juillet, jour de son entrée au Ciel.

Ce que je retiens de cette famille Goretti, c’est la force du Pardon !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 5 juillet 2020, 14e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 11, 25-30. Livre du prophète Zacharie 9, 9-10. Psaume 144.

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 9.11-13.

 

       À force de le dire, vous le savez et je le répète très souvent : notre Dieu est un Dieu surprenant ! Certains diront même que sa logique nous échappe complètement ! Cela n’est pas complètement faux ! 

Pourquoi est-il donc surprenant ? Parce que nous avons, sans doute, une représentation trop humaine de Dieu ! Nous l’imaginons selon notre façon de réagir, de penser ! Déjà, par la bouche du prophète Isaïe, le Seigneur essayait de nous avertir clairement : « mes pensées ne sont pas vos pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins. » (Is 55,8)

     C’est pourquoi notre Dieu se plaît à désarçonner un monde imbu de lui-même en révélant ses secrets aux petits et aux humbles. 

     Il nous redit que l’on ne creuse pas le mystère du Royaume de Dieu avec nos calculs, nos diplômes ou à coup de Wikipédia sur la nébuleuse d’Internet, mais surtout avec son cœur et à force d'aimer. Plus encore, il nous invite à être humbles, il nous faut laisser de la place à Dieu :

     Celui qui se vide de soi-même, se remplit de Dieu, mais celui qui est plein de soi va se priver de Dieu. 

     Il me semble alors nécessaire de demeurer un peu plus longuement sur les confidences de Jésus, pour nous en étonner et nous en émerveiller !

     Je retiens deux points d’étonnement :

- Premier point : Celui à qui « le Père a tout confié », celui qui ne fait qu’un avec lui et dont il a seul une totale connaissance, n’est lui-même qu’un pauvre parmi les pauvresun « doux et un humble ». C’est comme cela que Jésus se définit lui-même ! Sa naissance n’est même pas fastueuse ! Une étable et quelques bergers ! Dieu se fait petit et humble ! En se manifestant ainsi, Il bouscule de fond en comble nos représentations faussées de Dieu. Jésus est un Sauveur qui déploie sa puissance dans la faiblesse et sa force dans la douceur. L’esprit du monde ne l’influence pas !

     Il ne se laisse pas plus démoraliser devant le refus de l’élite et la timide acceptation des gens simples. Il reste fidèle à sa mission, malgré l’adversité ou le poids du quotidien : annoncer la Bonne Nouvelle, faire connaître son Père, le salut de tous…

     C’est une très grande leçon à tirer pour nos vies de tous les jours. Nous sommes invités à prier à travers notre quotidien, à partir de nos soucis et à oser trouver le chemin de l’Action de grâces au sein même de situations difficiles que nous traversons. 

       Marie a compris cette disponibilité du cœur lors du message de l’Ange au moment de l’Annonciation et elle le chante par son Magnificat « Il s’est penché sur son humble servante. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! » (Luc 1,48)

L’évangile de ce jour nous montre la jubilation de Jésus parce que nous sommes ces pauvres que Dieu préfère. Connaissant notre dénuement, Il ne nous abandonne pas, il nous redit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le fardeau, et moi, je vous donnerai le repos ». Oui !  Dieu prend le parti des pauvres, des petits et des faibles. C’est une prière, une supplication que Dieu adresse à nos cœurs endurcis !

Deuxième point d’étonnement : 

La compréhension fausse de Dieu !

  • Dieu est absent », « Dieu est fou » ou « Que fait Dieu ? » ! Ces expressions sont récurrentes dans les différentes discussions paroissiales ou amicales auxquelles je participe. Pourquoi ces réactions aussi tranchées ? Parce que Dieu n’agit pas comme j’aimerais qu’il le fasse…  Parce que Dieu n’est pas assez ferme et fort comme je le voudrais ! Souvent, la difficulté est que Dieu est compris comme un Dieu magicien. 

 J’ai déjà entendu maintes fois cette demande : « Moi, je veux un Dieu qui m’écoute et qui peut réaliser tous mes souhaits ! » J’entends cela souvent ! Dieu nous écoute incontestablement, quant à réaliser tous nos caprices … Rien n’est moins sûr !

       - N’oublions pas que Dieu ne passera pas outre notre liberté !

Or, Dieu a choisi une voie différente ! Il ne s’agit pas de tout accepter sans réagir ! Mais, il s’agit de regarder comment Dieu agit : Il s’offre lui-même pour que nous inviter à faire de même ! Oui, frères et sœurs, nous sommes invités, toujours et sans cesse à  oser « une imitation de Jésus », dans son mode d’action, de la façon dont Il agit, dans sa relation à son Père dans la force de l’Esprit Saint.

     En réalité, sa vie n’est guère différente de la nôtre ! Au joug pesant d’une vie parfois éprouvante face à la maladie et de la mort, au joug écrasant d’une société répressive, au joug exigeant de lois arbitraires, Jésus substitue son fardeau léger. Il offre un sens à nos vies fatiguées, humiliées. 

Il n’en supprime ni la fatigue, ni les larmes, ni le sang, mais ce qu’il exige de nous, il nous donne de pouvoir de lui offrir ces peines, ces fardeaux que nous avons du mal à porter. Il accepte de rejoindre notre vie dans notre condition mortelle, pour la refaire, la revivifier par le dedans et tracer un sentier qui sera celui de la liberté des fils et filles de Dieu. 

Littéralement, Il nous dit qu’Il sait que le chemin que nous vivons sur cette terre n’est pas simple ou facile, mais « … que ce chemin où lui-même est présent est chemin de vie… pour la Vie éternelle. »

Dans cette liberté qui est nôtre, notre intelligence réfléchit et s’interroge ! Nos questions sont bonnes et justifiées.

Face aux mystères de la souffrance et de la mort, face aux questions de la violence et de la bêtise humaine, nos doutes peuvent s’entremêler à nos espoirs déçus 

Nos questions et même nos doutes sont légitimes ! Ils expriment notre intelligence et notre capacité d’analyse. Ce n’est pas grave, ils sont même essentiels pour nous aider, dans une précieuse liberté, à mieux comprendre l’urgence d’un changement et d’une conversion !

Une des questions les plus partagées peut être celle-ci : 

       - Où est donc notre joie ?

       - D’où vient-elle ?

       - Jaillit-elle de notre vie, de ses épreuves et de la prière ? 

Dans la vie chrétienne, la vraie joie, nous le savons bien, ce n’est pas dans la possession ou dans l’avoir (car nous laisserons tout quand nous quitterons cette vie) mais c’est sans cesse d’entrer dans la joie d’un autre, de Dieu, et des autres, de nos frères et de sœurs en humanité, de se réjouir de ce qui est beau et simple

Là aussi, c’est accepter de tout recevoir et de devenir pauvre de soi-même. Porter son fardeau avec Jésus, laisser l’Esprit Saint imprimer en nos cœurs la ressemblance avec le Fils de Dieu, devenir comme lui « doux et humble de cœur ». Ce choix de vie est un chemin de joie. 

Si nous sommes certains d’être aimés jusque dans notre pauvreté, alors la louange viendra habiter nos cœurs. En préparant cette célébration, ce chant me revenait sans cesse aux lèvres (voici les paroles) :

 

Ô Jésus, Tu es doux et humble de cœur,

rends mon cœur semblable au tien. (bis)

Jésus, Fils de David, aie pitié de moi, Jésus j'ai confiance en toi !

Ouvre mes yeux, Seigneur fais que je voie, Jésus j'ai confiance en toi !

 

Ainsi soit-il

Homélie du mercredi 1er juillet 2020, 13e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 8, 28-34. Livre du prophète Amos 5, 14-15.21-24. Psaume 49.

 

Voilà une drôle d’histoire : un troupeau de démons dans un troupeau de porcs et tout fini dans le lac.

La conclusion semble simple ! Les forces du Mal ne peuvent conduire qu’à la mort !

 

Que se passe-t-il ? Le territoire qui borde la rive est du lac de Tibériade, et que l'on appelait "la Décapole" (les dix villes), était, à l'époque de Jésus, une région à la population fortement mélangée. On y trouvait en majorité des païens, des non-juifs, donc des mangeurs de porc. Ces habitants passaient, à l’époque, pour des hommes méfiants et peu fréquentables. L'une de ces dix villes s'appelle Gadara.

En montant vers Gadara depuis le lac, on traverse une région montagneuse assez escarpée. La pierre est trouée de grottes. Ces cavités sont le refuge traditionnel des voyageurs et des nomades, voire des brigands et des possédés. Ces grottes étaient souvent aussi des sépulcres, c’est-à-dire des tombeaux, désaffectés ou non. C'est là, justement que deux êtres sauvages habitent, inapprochables au point que personne ne peut passer par ce chemin. Là, ils s'en prennent directement à Jésus. 

La question que posent les deux possédés est centrale dans le récit de saint Matthieu que nous venons d’entendre : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici, avant le temps, pour nous tourmenter ? » 

Surprenante question ! Rappelons-nous que nous sommes ici, en plein territoire païen : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? »

Comme souvent dans les Évangiles, les possédés sont doués d'une mystérieuse clairvoyance, qui leur fait à la fois craindre et reconnaître l'identité de Jésus, Fils de Dieu. La plupart des personnes ne perçoivent rien, mais ces démoniaques (habités par des démons) eux savent ! Même si leur compréhension est comme un miroir déformant, ils ont saisi l'essentiel de la mission de Jésus : la victoire de l'Envoyé de Dieu a déjà commencé ; le salut est déjà présent sur la terre des hommes. Jésus est venu combattre le Mal et jeter dehors tous les démons, pour nous conduire à la Vie éternelle, et nous faire découvrir son Père.

Les démons s’affolent et tentent alors de se réserver un domaine, une zone de pouvoir ; et ils marchandent avec Jésus. Que disent-ils ? "D'accord, nous quittons ces hommes, mais laisse-nous aller vers les animaux, vers ces animaux impurs !"

Mais on ne marchande pas avec Dieu qui sauve, et le message pour nous est limpide : au service de Dieu, le partage du cœur est impossible. La suite du récit le montre clairement : le transfert vers les porcs ne sert à rien, et tout le troupeau se précipite dans le lac. 

Toute la puissance du mal est d'avance vaincue par le Christ.

À la fin du récit, il y a une surprise. On aurait pu penser qu’après cette libération, ceux qui sont présents et qui ont vu, reconnaissent Jésus et se convertissent. Mais non ! L’homme est à ce point aveugle qu’il va rejeter Jésus. La finale est sans équivoque : « les gens le supplièrent de partir de leur territoire. »

Et nous, ce matin, que pouvons-nous garder de ce texte pour aujourd’hui ? Tout simplement qu’il n'y a pas de position de repli ou de demi-mesure ! Il n’y a pas de marchandage avec Jésus !

Le Sauveur est là, déjà vainqueur ! C’est une certitude ! C'est Lui qu'il nous faut suivre ; c'est Lui qui a la vie et la Vie éternelle.

              Quelle attitude spirituelle pouvons-nous avoir ?

             Entendons cette invitation : laissons tout le troupeau de nos misères sauter dans le lac et suivons, pas à pas, le Christ !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 29 juin 2020, solennité des saints Pierre et Paul, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 16, 13-19. Livre des Actes des Apôtres 12, 1-11. Psaume 33.

Deuxième lettre de saint Paul à Timothée 4, 6-8.17-18.

 

Le 29 juin, l’Église honore à la fois saint Pierre et saint Paul, les deux piliers de l'Église. 

Jamais la Tradition ne les a fêtés l'un sans l'autre : ils sont inséparables et pourtant différents.

Simon-Pierre est Fils de pêcheur et pêcheur lui-même, simple, sans grande éducation  ni grande culture qui l’auraient préparé à jouer un rôle de premier plan, mais il a cette intelligence du cœur et cette recherche de la Vérité. Simon-Pierreest de Capharnaüm en Galilée, ville située au bord du lac de Tibériade. 

Paul est un juif de la diaspora. Il est originaire de Tarses en Asie Mineure, pharisien disciple de Gamaliel (un Rabbi important et reconnu pour ses enseignements et son orthodoxie), et qui plus est : Paul est citoyen romain. Notons-le !

Tous deux verront leur vie bouleversée par la rencontre avec Jésus de Nazareth, dans des circonstances, certes, bien différentes.

Après une pêche miraculeuse, le Seigneur interpelle Simon : « Viens derrière moi. Je ferai de toi un pêcheur d’hommes » (Mc 1, 17). 

Saul, « animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur » (Ac 9, 1), est enveloppé de lumière sur le chemin de Damas, tandis qu’une voix retentit : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes ». Conversion soudaine et durable !

Simon devenu Pierre laisse ses filets et son foyer pour suivre le rabbi, Jésus.

Saul devenu Paul se met à la disposition des apôtres. Pierre reçoit de l'Esprit Saint la révélation de l’identité de son Maître : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». 

Paul se voit confier par Dieu « l’annonce de l’Évangile aux païens (aux non-juifs), comme il l’avait confié à Pierre, son apostolat pour les Juifs » (Ga 2, 7).

Pierre reçoit la charge de paître le troupeau de l'Église : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». 

Tous deux donneront le suprême témoignage du martyr : 

Pierre sera crucifié et Paul, lui sera décapité. 

C’est ensemble qu’ils représentent, dans la complémentarité de leur mission et charisme respectifs, le ministère apostolique de l’Église tout entière. De même pour nous, nos charismes sont différents et c’est ensemble, que nous pourrons porter la mission, car nous sommes complémentaires et tous aimés de Dieu. Tous les deux nous redisent qui est Jésus pour eux et font une profession de foi extraordinaire. Voilà ce qu’ils nous disent : Jésus est le Christ, le fils du Dieu Vivant ! Magnifique profession de Foi en Jésus ! … et ils vont donner leur vie, pour Lui !

Avec saint Pierre et saint Paul, confions notre Église, notre église locale (notre Diocèse) ! Confions aussi les jeunes qui songent à une vocation (sacerdotale ou religieuse). Nous avons besoin d’hommes et de femmes qui se donnent pour le Seigneur. 

Laissons-nous renouveler dans cet appel missionnaire reçu au jour de notre baptême, afin que nous puissions être fidèles au Christ à travers l’institution pétrinienne et au charisme paulinien ! 

Demandons cette grâce de la fidélité pour chacun de nous !                              

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 28 juin 2020, 13e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 10, 37-42. Deuxième livre des Rois 4, 8-11.14-16a. Psaume 88.

Lettre de saint Paul aux Romains 6, 3-4.8-11.

 

Les vacances vont bientôt commencer. Peut-être sommes-nous encore dans le souci des élections, mais peut-être aussi, déjà dans la tête et le cœur de chacun, il y a un désir de repos, le rêve des voyages, même si nos déplacements, cet été, risquent d’être limités. 

C’est dans cette ambiance quelque peu bouleversée par le déconfinement que nous avons à recevoir les paroles de Jésus qui nous invitent à une audace !

Déjà, comme nous l’avons entendu dans la 1re lecture du livre des Rois, nous découvrons comment Dieu se révèledans l’accueil de l’autre, dans l’inattendu. Dans la 2e lecture de saint Paul aux Chrétiens de Rome, l’invitation est claire : chassez les ténèbres et vivez une vie nouvelle en Dieu, dans la lumière ! Il s’agit d’une invitation à un changement profond.

Cependant, ce que nous entendons, dans l’évangile, nous laisse un peu perplexes. Reconnaissons-le, les propos de Jésus, même s’il parle d’amour sont surprenants et même violents. Le style littéraire est précis et court, comme une série de sentences… qui peut nous dérouter. Mais, nous le savons bien, la Parole de Dieu est volontairement stimulante , elle est une invitation à la réflexion : 

« Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. » « Qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. » « Qui veut garder sa vie la perdra. »  La pointe que Jésus veut nous faire comprendre ce matin est celle-ci, elle se présente en deux postulats :

 

- Premier postulat ou évidence : L’amour vrai est exigeant.

  Jésus ne cherche évidemment pas à négliger l’amour que nous devons à nos parents. Ne faisons pas de contresens ! Au contraire, dans un autre passage de l’évangile, il dénonce l’hypocrisie de certains pharisiens qui, sous prétexte de servir Dieu, priveraient leurs familles de leur héritage légitime. (Marc 7, 11-13). Dans le passage de ce jour, il nous invite à aimer nos proches, non point selon les critères de la terre, mais à la manière de Dieu. Oui ! L’amour vrai est exigeant !

  Dans le domaine des affections familiales, pour Jésus, adopter un comportement nouveau, c’est aimer dans l’ordre. Il y a des hiérarchies dans l’amour. Il n’y a pas d’amour vrai sans des choix exigeants. Prenons un exemple : nous admettons tous qu’il est anormal d’aimer plus sa voiture que sa femme, de préférer son chien à son enfant ou son Smartphone à un dialogue familial. Dire cela semble une évidence, et pourtant, notre société nous invite elle toujours à cette cohérence ?

  Que devons-nous comprendre ? Nous pouvons retenir qu’il y a une hiérarchie dans l’ordre de l’amour et qu’en aimant Dieu par-dessus tout, on donne à tous ses autres amours leur fondement solide.

  L’autre difficulté, ce n’est pas tant d’aimer, mais de durer dans l’amour ! Posons-nous cette question : pourquoi et comment j’aime, dans ma famille, autour de moi et même un juste amour de moi-même ? Est-ce que j’aime ce que je suis et qui je suis ? Aimer Dieu et se laisser par lui, me permet, à mon tour d’aimer comme il m’aime !

 

- Deuxième postulat ou évidence : L’amour vrai est accueillant… L’amour vrai se donne !

Il n’y a pas d’amour sans un véritable don de soi. Nous avons toujours tendance à nous évader dans de belles idées (par exemple : La recherche d’un amour idéalisé, vouloir à tout prix plaire et séduire… ou, sur la question de la Paix qui reste accolée à l’amour : prier et demander la paix dans le monde, alors que ma vie et mon cœur sont dans la rancune ou l’amertume !

Jésus, lui, ramène toujours au concret et à la simplicité de nos actions et de nos sentiments. Il parle d’ « accueillir » avec simplicité, de « donner un simple verre d’eau fraîche ». Oui ! L’amour vrai est accueillant !

La femme de Sunam invitait le prophète Élisée « pour qu’il vienne manger chez elle » (2 Rois 4, 8). Dans notre monde d’anonymat, ces simples gestes d’hospitalité ne sont pas si faciles. Parfois, c’est une violence qu’il faudrait faire en nous-mêmes pour accueillir, et peut-être plus particulièrement en ce temps où la fraternité est bien mise à mal par la peur du virus, où parfois je considère l’autre comme un danger pour moi. Ne pouvons-nous pas, avec intelligence, accueillir l’autre et nous laisser accueillir par lui, ouvrir sa porte et ne pas fermer son cœur : ce ne sont pas là des actions d’éclat, mais des gestes modestes qui sauvent le monde. Comment inventer d’autres gestes pour montrer mon affection, mon amitié à celui que Dieu me donne ?

Il n’y a pas de petit geste ! Je relisais un passage de la petite Thérèse de Lisieux qui prend l’exemple d’une petite épingle qu’elle ramasse par amour !

On pourrait transposer pour nous-mêmes en disant : « il n’y a pas de petits gestes. » Le moindre comportement, lorsqu’il est rempli d’amour, a une valeur d’éternité.

N’oublions pas, voilà les deux postulats que je vous invite à retenir aujourd’hui : 

L’amour vrai est exigeant,

L’amour vrai est accueillant… L’amour vrai se donne !

En commençant nos vacances d’été, voilà de belles pistes de réflexion, pistes que nous pouvons vivre pour nous-mêmes, en famille, entre amis, et dans le monde.

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 24 juin 2020, Nativité de saint Jean-Baptiste, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 57-66.80. Livre du prophète Isaïe 49, 1-6. Psaume 138.

Actes des Apôtres 13, 22-26

 

       Il y a une question que beaucoup de parents se posent à la naissance d’un enfant ou au moment où l’on prépare son baptême (En rattrapage du confinement, nous célébrons de nombreux baptêmes) : « Que va-t-il (elle) donc devenir ? » Dans le regard des parents, nous pressentons comme une attente, une espérance ! Quel devenir ?

       Cette question dans le contexte biblique d’aujourd’hui, n’est pas sans importance ! 

       « Que va donc devenir cet enfant ? » Les parents de Jean méditent cette phrase dans leur cœur. Le cœur plein d’espérance, ils confient leurs questions au Seigneur afin qu’Il vienne les éclairer. Rappelons-nous les circonstances extraordinaires qui ont accompagné la naissance de Jean : Élisabeth était stérile, Zacharie a une apparition alors qu’il était en train de faire l’offrande dans le Temple de Jérusalem. Il restera sans voix ! Bref, il semble évident que Dieu a un plan spécial pour cet enfant.

       De fait, pour souligner cette importance, l'Église ne célèbre que trois naissances : celle du Fils de Dieu, celle de sa mère, et celle de Jean-Baptiste. De tous les autres saints, nous retenons et fêtons uniquement le jour de leur naissance à la vie définitive – c'est-à-dire le jour de leur passage de ce monde à l’autre : leur naissance au Ciel !

       La naissance de Jean Baptiste est capitale, car elle marque la “séparation“ entre le Premier (Ancien) et le Nouveau Testament. Le point central de l’histoire s’est déplacé : l’attente du peuple pour le Messie s’est réalisée là, à ce moment précis. Le Royaume de Dieu est à portée de mains. 

La mission de Jean sera la proclamation de la venue du Messie. Il annoncera à temps et à contretemps, en criant dans le désert, la venue de Jésus. Oui ! « Dieu fait grâce » !  C’est bien la signification du prénom de Jean, Yohanann. 

Oui ! « Dieu fait grâce » à Élisabeth de cet enfant qu’elle espérait, Dieu fait grâce à son peuple, Dieu fait grâce à tous les hommes d’hier et d’aujourd’hui !

 

Qu’apprenons-nous de Jean aujourd’hui ?

Jean est celui qui annonce, il est un prophète, et plus qu’un prophète, puisqu’il est envoyé par Dieu pour préparer la route de son Fils parmi les hommes. Non seulement il a pu annoncer la venue du Messie, mais il l'a montré à ses contemporains, en prononçant cette phrase au moment du baptême de Jésus : "Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ".

C’est ce que nous entendons à chaque Eucharistie ! Nous aussi à notre niveau, par nos voix, notre comportement, notre espérance… nous désignons le Christ et nous annonçons sa présence au milieu de nous. 

Chers frères et sœurs, soyons, à notre façon, des “Jean le Baptiste“, c’est-à-dire des annonceurs du Christ pour notre temps ! 

Demandons cette grâce pour chacun de nous, notre paroisse, notre diocèse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 22 juin 2020, 12e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 7, 1-5. Deuxième livre des Rois 17, 5-8.13-15a.18. Psaume 59.

 

Frères et sœurs, lorsque nous venons à la messe de 8 h, le matin, prenons-nous le temps, au moins, de lire les textes du jour ? 

  • Comment comprenons-nous les paroles de Jésus lorsque nous prions, personnellement et ensemble ?
  • Que veut nous dire Jésus dans cet évangile, pour aujourd’hui ?

Il est intéressant de se poser cette question, car il est bien possible que la réponse va rythmer notre journée et celles à venir. 

Ce matin, pour nous auditeurs, Jésus nous dit que nous ne pouvons pas être lucides sur les autres tant que nous restons aveugles sur nous-mêmes. 

Jésus écarte d'un mot toutes nos illusions de claire vision sur nous-mêmes, en nous parlant de la paille et de la poutre. 

Cette image nous parle : nous sommes souvent très prompts à nous apitoyer :"Oh ! Le pauvre, avec sa poussière dans l'œil ! Viens, je vais t'enlever cela tout de suite !" Et l'autre se laisse faire, car on est toujours confiant lorsqu'on a une poussière dans l'œil.

Instinctivement, nous voulons bien faire et faire du bien ! Nous avançons vers celui dont les yeux pleurent et ne voient plus, et avec le coin d'un mouchoir, nous le délivrons de son moucheron ou de sa poussière dans l'œil. 

En fait, croyant bien faire - et c’est parfois le risque - nous ne faisons qu'ajouter aux souffrances des autres (même si notre intention est sincère) car nos propres misères nous aveuglent et rendent nos gestes maladroits, alors qu’ils se voulaient libérateurs ! (Inutile de vous redire en ces temps où les gestes barrières sont nécessaires, qu’un lavage des mains est au moins le minimum obligatoire)

Jésus passe à ce moment du geste concret, à une disposition intérieure qui doit anticiper l’action. C’est pourquoi il insiste : il y a un ordre à respecter. 

  • d'abord, voir clair, puis éclairer les autres ;
  • d'abord, se mettre en cause, avant de reprendre ses frères ; 
  • d'abord, se convertir, ensuite seulement aider ou peut-être contester ses frères ou sa communauté.

Pour Jésus, avant toute parole, même bienveillante, une sagesse, « une sagesse de la Foi » est nécessaire pour la rencontre de l’autre, pour aider l’autre, pour le reprendre ! De la paille à la poutre, de la poussière au jugement, Jésus change encore de registre ! Quand on rencontre l’autre, évitons, toute précipitation, tout jugement hâtif !

D'ailleurs - et c'est là que la parole de Jésus prend toute son urgence– en jugeant notre frère, nous préparons notre propre jugement. 

Nos jugements sont toujours proportionnés à nos compréhensions, mais la sévérité de Dieu sera proportionnée à la nôtre. « De la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera » nous redit-Jésus.

Quand nous paraîtrons devant Lui, il nous dira : « Montre-moi ton centimètre », et il prendra nos mesures avec notre mesure et Il nous jugera selon nos propres mesures !

Au fond, si nous voulons éviter toute mauvaise surprise, le plus sûr et le plus simple est d'emprunter à Dieu sa Mesure, pour la lui rendre au bon moment.

Mais la mesure de Dieu n'est pas facile à manier ; Dieu ne juge pas selon la manière des hommes ; elle ne porte ni chiffre ni marque, et elle est infiniment élastique, généreuse et sans limites (sauf celle que nous y mettons !)

Cette mesure de Dieu a un nom : miséricorde, une miséricorde délicate, sage et sans jugement, une miséricorde qu’il nous faut nous-mêmes apprendre, une miséricorde qui relève et guérit !

Voilà la grâce que nous pouvons demander ce matin à travers la lecture de l’évangile : mesurer avec la mesure même de Dieu !

       Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 21 juin 2020, 12e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 10, 26-33. Livre du prophète Jérémie 20, 10-13. Psaume 68.

Première lettre de saint Paul aux Romains 5, 12-15.

Entrée en église de trois adultes (Caroline, Abiba, Awasa)

 

Chers amis, de dimanche en dimanche, ces dernières semaines, nous avons vécu de belles fêtes. Ces dernières fêtes, depuis PâquesPentecôte, la très Sainte Trinité, la fête du Saint Sacrement et vendredi dernier la fête du Sacré-Cœur, nous ont presque habitués à des célébrations prestigieuses, à des messages forts.

Or, voici qu’avec ce 12e dimanche du temps Ordinaire, nous reprenons un rythme plus classique, plus habituel ! De fait, nous expérimentons aussi, après les débuts du post-confinement, la joie de pouvoir bouger, une certaine liberté retrouvée, mais cependant notre vie de tous les jours reprend un rythme plus régulier avec une certaine constance ! 

       Pour autant, ce 12e dimanche du temps ordinaire n’est pas anodin !

Frères et sœurs, qu’avons-nous compris des lectures de ce jour La question que j’ai perçue personnellement en méditant ces lectures peut être celle-ci :

Comment vivre vraiment en chrétien notre vie de tous les jours ?

Chers paroissiens et vous qui faites, aujourd’hui votre entrée en église, il est bon de rappeler que nous sommes tous en chemin vers le Ciel !

Dans l’attente de cette vie à venir, « comment vivons-nous chrétiennement cette vie terrestre ? Nous avons des joies, certes ! Mais, peut-être avons-nous des craintes tant dans notre vie relationnelle que dans notre vie spirituelle ? 

Peut-être avons-nous des questions :« Qu’est-ce que le Seigneur va me demander ? Comment témoigner de ma foi chrétienne ? Comment vivre ma vie de famille ? Comment me comporter dans mon travail ? Comment ma famille va-t-elle réagir ? Je pense à vous trois qui venez de familles non chrétiennes ? » Toutes ces questions sont intéressantes !

       L’évangile d’aujourd'hui réunit des conseils que Jésus a donnés en diverses occasions à ses disciples.

Ces recommandations pourraient avoir comme thème : « Ne craignez pas, soyez sans crainte ». Soyez libres dans votre cœur ! 

Les paroles de Jésus nous projettent dans les situations inédites qui nous attendent. Il a envoyé ses amis proclamer la Bonne Nouvelle du Salut, mais il tient aussi à les avertir des difficultés et des obstacles qu'ils rencontreront. 

N’oublions pas, nous qui sommes chrétiens, déjà baptisés ou en chemin, que : « Le disciple n'est pas au-dessus du maître ». (Luc 6, 40) 

Pour être très concret, je vous propose deux points rapides et une conclusion :

 

Premier point : Ne soyons pas étonnés de ce qui ne se voit pas !

En ce qui concerne les disciples, les paroles de Jésus invitent à faire confiance en découvrant en chacun ses charismes et les dons de Dieu.

« Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière », avons-nous entendu il y a un instant. 

En d'autres termes, ce qui est là, en nous, ne semble pas toujours visible au grand jour. 

Nous le savons, les débuts d’une semence sont souvent modestes et cachés. 

  • Il n’est pas toujours facile en voyant une graine de deviner l’arbre qui va pousser ! 
  • Combien de Mozart, de futurs ingénieurs, d’hommes d’affaires talentueux, de théologiens parmi ces jeunes et moins jeunes qui sont ici ? Ce qu'ils portent en eux n'est pas encore révélé, et pourtant, nous croyons qu’en chacun de nous, la semence est là et va se développer. 

Il en est ainsi de la Bonne Nouvelle lorsqu'elle a été accueillie comme une semence. On n'en voit pas toujours les fruits, mais elle est bien présente. Elle est là !

Ce qui est là dans le secret, même si on ne le voit pas, est présent.

À quels moments tout cela va-t-il se révéler : Ce sont dans les moments simples de la vie !

  • Lors d’une rencontre (dans un sourire, une main tendue, une bonne action, un témoignage…),
  • Mais aussi lors du refus d’une situation injuste ou de lois contraires au respect de la Vie 

Dans tous les cas, ma parole doit devenir un témoignage tant dans ma famille que dans la société civile. (Je pense, par exemple, à l’euthanasie, au début et à la fin de la vie.)

C’est souvent là, dans ces moments précis d’une expression de foi que les enjeux existentiels sont présents. Le secret de nos cœurs, de notre générosité, de notre amour sera révélé un jour : « Ne craignez pas d’aimer », dit Jésus, « …de semer de belles choses, ayez confiance. La confiance vécue dans la foi chasse la crainte. » Petit à petit, selon la façon dont vous vivez, cela sera révélé autour de vous, ou du moins, cela se verra un jour ou l’autre !

Par exemple : le témoignage de fidélité des parents, leur témoignage tout simple d’une fidélité d’amour et de constance, va porter du fruit ! En ce jour de la fête des Pères, plusieurs d’entre nous pourraient le confirmer ! Je ne dis pas qu’un amour soit toujours parfait, nous savons bien que la vie d’un couple aura des hauts et des bas inévitables, mais quel beau témoignage peut être donné dans la durée !

 

Deuxième point : Ne soyons pas étonnés si la vie peut être parfois un combat !

Dans notre monde changeant et instable, il y a un roc solide. Le Seigneur notre Dieu est le rocher sur lequel on peut s'appuyer en tout temps. Comme le prophète Jérémie persécuté dont fait état la première lecture, nous pouvons dire : « le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable ». Oui ! La vie peut être parfois un combat ! 

« Ne craignez pas, nous répète Jésus ce matin : votre Dieu, celui en qui vous croyez, est un Dieu de bonté et de miséricorde. Vous pouvez vous fier à lui en tout temps et lui faire confiance ». 

Notre Dieu n'est pas seulement un Dieu de majesté, un Dieu inaccessible, il est aussi un Père, un proche, un familier soucieux de nous ! Il nous soutient. Plus extraordinaire encore, Il croit en nous. Il veut notre bien ! Il ne cherche pas à nous écraser, au contraire, il s’intéresse à nous, à tout…même à nos cheveux…nos plus petits soucis ne lui sont pas étrangers. « Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux ». (Matthieu 10, 30-31) 

En même temps, il n’est pas un Dieu magicien qui agirait à notre place ! Ne soyons donc pas étonnés si la vie peut être parfois un combat !

En guise de conclusion, je reprends ma question du début : « Comment vivre vraiment en chrétien dans notre vie de tous les jours ? »

Dans l’évangile d'aujourd'hui, Jésus nous fait une promesse. « Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je prononcerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux ». 

En d'autres mots, Jésus nous dit : « Ne craignons pas de nous prononcer pour Lui dans nos milieux de vie, au travail, dans nos familles, à la maison. Ne craignons pas de témoigner de notre foi, de nos valeurs, de ce qui est beau et grand pour nous. Ne craignons pas de le dire, même si parfois j’ai l’impression de ne pas être pleinement entendu, cela portera du fruit un jour, peut-être !

C’est cela : « confesser Jésus-Christ ! »

C’est cela confesser sa foi en Jésus-Christ ! …

Même si parfois, mon témoignage semble maladroit : ne craignons pas !

Une dernière remarque de Jésus qu’il nous faut encore méditer : Risquer sa vie n’est pas si grave, nous dit-il ! Le drame n’est pas la mort, le drame serait de perdre son âme, de perdre la vie éternelle !

Demandons au Seigneur, la grâce de comprendre son enseignement et, qu’ensemble, nous puissions le mettre en pratique !                                                                           

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 17 juin 2020, 11e  semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 6, 1-6.16-18. Premier livre des Rois 2, 1.6-14. Psaume 30.

 

J’avoue avoir un peu hésité à commenter l’évangile de ce jour et l’actualiser avec ce que nous avons vécu en ces mois de confinement ! C’est dans le secret de notre maison que nous avons prié le Père. 

Mais, j’aimerais, aujourd’hui, vous parler davantage de la première lecture.

Nous terminons aujourd’hui le cycle d’Élie dans la Bible ! 

 Rappelez-vous, nous suivons ses périples depuis plusieurs jours, en particulier parmi les textes que nous avons entendus dernièrement : La veuve de Sarepta, la drôle histoire d’Élie avec les prophètes de Baal au mont Carmel qui invoquent leurs dieux pour allumer l’holocauste sans succès (Élie réussit là où les autres ont échoué), ou encore sa rencontre avec Dieu dans « le murmure d’une brise légère », le meurtre de Naboth, lundi dernier et aujourd’hui : comment il est enlevé au ciel !

Je vous invite à relire les chapitres 17 à 21 du 1er Livre des Rois et les 2 premiers chapitres du 2e livre des Rois. N’hésitez pas à le faire, c’est réellement très instructif !

Le prophète Élie est un grand prophète, le plus grand avant Jean-Baptiste. Il a mené de grands combats pour la gloire de Dieu et cela l’a conduit à s’opposer à la reine Jézabel, femme cruelle et sans scrupules. Élie a encouru sa fureur à cause de tous ces faux prophètes qu’il a dénoncés et éliminés. 

Élie est aussi un personnage important dans le Nouveau Testament.

Rappelez-vous l’épisode de la Transfiguration : Moïse et Élie se trouvaient aux côtés du Christ Jésus sur cette montagne. 

L’évangile de Marc, par exemple, voit en Jean-Baptiste, la personne d’Élie qui serait revenu sur terre avant la venue du Seigneur ! Remarquez que Jean-Baptiste et Élie s’habillent de façon similaire et qu’ils ont la même fougue. (2 Rois 1,8 et Marc 1,6). Plus loin dans cet évangile, Jésus lui-même laisse entendre que Jean-Baptiste est Élie revenu sur terre (Marc 9,13). Lorsque les gens se demandent qui est Jésus, certains affirment qu’il est Élie attendu pour annoncer la fin des temps.

Les récits décrivant la vie du prophète Élie sont remplis d’événements extraordinaires et souvent insolites. Mais aucun n’égale son enlèvement au ciel sur un char de feu au cœur même d’une tempête, car Élie ne peut mourir comme tout le monde. Élie est enlevé de la terre, le lieu de vie des humains, pour aller vers le ciel, le lieu de Dieu. On surnommait Élie « l’homme de Dieu ». Peut-être même savez-vous que son nom « Élie » est une redondance du nom Dieu (El-ya : Dieu est Dieu). Le nom « Élie » est déjà une profession de foi.

L’un des éléments importants du récit entendu ce matin est le manteau d’Élie. C’est l’instrument dont il se sert pour séparer les eaux en deux, comme le bâton de Moïse, au moment du passage de la mer des Joncs (ou la Mer Rouge - Exode 14,16.22) et du passage du fleuve Jourdain (Josuée 3,13-17). Nous pouvons comprendre qu’Élie a reçu une mission et accompli des gestes semblables de ceux donnés par Dieu à Moïse. Ce manteau deviendra le symbole de la transmission de sa mission et de ses pouvoirs à Élisée qui, à son tour, séparera les eaux. (Rq : un peu à l’image du bâton transmis de coureur en coureur lors des courses relais).

Ce récit, très imagé, est donc centré sur la transmission de la mission prophétique d’Élie à Élisée. Les chapitres suivants du Livre des Rois raconteront les diverses actions d’Élisée qui resteront dans la même ligne que celles de son maître.

Ce que je retiens du prophète Élie, c’est qu’il avait demandé, avec insistance, à voir la face de Dieu et que sa Mission prophétique continue toujours pour annoncer le Dieu unique.  

                                          Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 15 juin 2020, 11e  semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé

Évangile selon saint Matthieu 5, 38-42. Premier livre des Rois 21, 1-16. Psaume 5.

 

Frères et sœurs, avec les lectures de ce jour, nous abordons un sujet difficile, compliqué, douloureux parfois : pourquoi tant d’agressivité de la part des hommes ? 

Personnellement, il m’arrive, tout comme vous, sans doute, de m’interroger sur l’attitude juste qu’il faut adopter face à la bêtise et encore plus, face à la méchanceté de l’homme ? Nous sommes tous confrontés à ce genre de situation.

Les lectures de ce jour abordent cette question ! Jésus va même nous montrer un chemin exigeant. Il nous redit que l’on dépasse la haine avec le pardon, que l’on construit un monde réconcilié grâce à l’amour. En ce sens, nous sommes d’accord, mais est-ce si simple ?

La 1re lecture nous parle de la mort infâme de Naboth. Il est tué tout simplement parce que le roi Acab enviait sa vigne ; une envie, un caprice ! (une remarque : le texte ne le dit pas, mais Naboth ne veut pas vendre sa vigne, tout simplement parce que s’y trouve, sans doute, le cimetière de ses ancêtres. C’est donc un bien patrimonial). Ainsi, c’est donc par la ruse et la délation qu’il la lui arrache. Cette situation illustre celle de tant d’autres innocents qui sont bafoués dans l’histoire, par la bêtise, le caprice, l’envie d’un homme, d’un monarque. Elle nous montre le mal qu’un cœur fermé à la Parole de Dieu peut infliger aux autres. C’est dans ce contexte de méchanceté, de fermeture aux commandements de Dieu, qu’il faut situer la loi du Talion (Exode 21, 23-25).

Cette loi a été établie pour limiter tout dérapage excessif ! Elle signifie que l'on souhaite infliger à une personne une vengeance égale à celle qu'elle nous a fait subir : œil pour œil, dent pour dent. Face à l’agressivité qui fermente dans le cœur de l’homme, cette loi était déjà un progrès.

Partant de ce qui était considéré comme un progrès, Jésus nous invite à faire un pas de plus, comme nous l’avons entendu dans l’évangile de ce jour : « Vous avez entendu qu’il a été dit : « œil pour œil, dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ». Ne mettez pas dans votre cœur autant de méchanceté que dans le cœur de celui qui vous a fait du mal : préservez-vous ! Ne rentrez pas dans cette spirale de la violence, de la vengeance ! 

Il ne s’agit pas pour Jésus, d’abolir la loi, ou de laisser un vide, mais plutôt de l’accomplir, de la parfaire ou mieux de l’améliorer (cf. Mt 5, 17).

Alors que dans l’Ancien Testament, c’était un droit de rendre coup pour coup, l’évangile lui nous invite à renoncer à notre droit pour un bien supérieur. Il s’agit là d’un enseignement nouveau, d’une justice nouvelle, qui illustre la proximité du Royaume de Dieu que Jésus est venu bâtir sur la loi de l’amour du prochain.

Ce que Jésus veut nous redire et qui peut nous surprendre : c’est que même l’ennemi reste un frère à qui je dois vouloir le bien. Cette demande semble inaccessible, et pourtant, elle est possible !

Le contexte de notre société d’aujourd’hui n’est pas forcément différent de celui du temps de Naboth, victime des puissants. Cependant, au temps de Naboth, Élie et bien d’autres prophètes exerçaient leur mission, et cela, ils le faisaient sans avoir peur ! Ils avaient cette force de caractère et la capacité de résister !

Jésus nous propose de devenir des artisans de paix, en arrêtant toute violence inutile. Cela ne veut pas dire qu’il nous faut devenir des « beni oui-oui » ou des personnes molles et sans conviction ! Il nous faut garder le cap et être déterminé dans bien des domaines qui nous posent question et font appel à notre conscience, comme les lois de Bioéthique, les droits de l’homme, la liberté religieuse,  la vie naissante, la pauvreté… en observant toujours la loi de l’amour telle que Jésus nous l’enseigne.

Seigneur, envoie ton Esprit Saint, qu’Il nous donne la force de chercher à vaincre le mal par le bien, et à répondre à la haine par l’amour ! Mets la paix en notre cœur, dans nos familles, dans nos communautés afin que cette paix se propage autour de nous !                  

 Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 14 juin 2020, Solennité du Saint-Sacrement, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 6, 51-58. Livre du Deutéronome 8, 2-3.14b-16a. Psaume 147.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 10, 16-17.

 

Frères et Sœurs, j’ai une question importante à vous poser !

Croyez-vous vraiment que vous allez vivre éternellement ?

Je sais bien que nous avons l’habitude d’écouter l’Évangile d’une oreille sans doute attentive, mais souvent en mettant quelques nuances dans ce que nous entendons, en prenant parfois un peu de distance.

Alors, ce matin, je vous redemande :

Croyons-nous vraiment que nous allons vivre éternellement ?

Si nous répondons « OUI », je peux réellement poser une seconde question : 

Croyons-nous que si nous mangeons la chair et buvons le sang de Celui qui va mourir et ressusciter, nous vivrons éternellement de la vie du Christ ?

Il nous faut répondre, et, si vous êtes là ce matin, j’ose croire que votre réponse est « OUI ». 

Quelque soient nos réponses, et même si elles sont encore balbutiantes ou déterminées, nous sommes tous invités à un « croire », à poser un acte de foi !

L’Eucharistie que nous vivons, chaque jour, nous est donnée pour solliciter, non pas seulement notre esprit curieux, non pas seulement notre intelligence, mais surtout notre foi.

Effectivement, un « croire », n’est pas un « voir ». Il s’agit d’entrer dans une disponibilité de cœur et d’intelligence pour comprendre ce que Dieu est en train de me dire dans un acte de Foi sans « voir » !

Tout à l’heure, celles et ceux d’entre vous qui s’avanceront pour recevoir l’Eucharistie, comme des personnes humbles qui reçoivent leur vie de quelqu’un d’autre, quand le prêtre ou le ministre extraordinaire de la communion leur présentera l’hostie en disant : « Le corps du Christ » ils seront devant un prodige bien plus important que la manne qui venait du ciel au temps des Hébreux dans le désert (1re lecture). Ils seront devant un mystère bien plus grand qui dépassera la réaction première, cette réaction un peu outrée des juifs dans l’Évangile.

Lorsque ce pain consacré sera présenté en entendant : « le Corps du Christ », nous allons répondre : « Amen. J’y crois, je le crois vraiment ». Ce n’est parce que la personne ou le prêtre qui leur présente le corps du Christ seraient plus fiables qu’un autre que nous allons donner notre réponse ! 

Ce n’est pas moi que vous allez croire, ce n’est pas moi qui vous ai dit : « Celui qui mange MA chair et boit MON sang a la vie éternelle », non ! C’est le Christ ! Votre réponse « Amen » est adressée au Christ.

Je crois en ce qu’Il m’a dit, je crois ce qu’Il a dit. Je crois en ce qu’Il nous dit pour aujourd’hui :

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang, aura la vie éternelle », dès maintenant !

Il nous faut reconnaître que toutes explications humaines à ce mystère nous dépassent ! Ce sont souvent les moyens que nous mettons en œuvre qui disent une expression de notre compréhension et de notre foi ! Par exemple !

Nous avons encore en mémoire l’incendie de la Cathédrale Notre-Dame de Paris en avril 2019 ! À cette occasion, Mgr Aupetit a eu des paroles saisissantes, juste quelques jours après cette énorme catastrophe : 

« Une question angoissante… », nous dit-il, a surgi dans mon cœur : « Où est le corps du Seigneur » ? A-t-on pu sortir le Saint Sacrement des flammes ? Le Corps de Jésus qui était dans le tabernacle de la Cathédrale ? » Il continuait en disant : « C’est pour ce Corps, humble sous l’apparence d’une miette de pain qu’a été construite cette cathédrale. Qu’est-ce qui est le plus précieux ? La cathédrale, le trésor ou la miette de pain ? »

Dans cette église saint Louis, posons-nous cette question : qu’est-ce qui est le plus précieux ? La chaire, l’orgue, ces tableaux accrochés au mur, ou Celui qui est dans le tabernacle ?

La miette de pain, c’est le Corps de Dieu, le Corps du Christ, son Corps ressuscité, insaisissable sauf s’il se donne.Et il se donne : « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne ». Rappelez-vous, le soir du Jeudi Saint, nous entendons : « Prenez, mangez, ceci est mon Corps ».

  • Cette miette de pain, c’est la Vie de Dieu qui se communique. 
  • Cette miette de pain donne à ceux qui la reçoivent la Vie éternelle. Elle nous ouvre les portes du ciel, elle nous fait participer à la résurrection du Christ. Nous fêtons cette résurrection aujourd’hui et chaque dimanche, et elle appelle notre propre résurrection.
  • Cette miette de pain nous redit que notre vie terrestre est marquée par la faim ! Mais, outre la faim physique, l’homme porte en lui une autre faim, une faim qui ne peut être satisfaite par la nourriture ordinaire ! Cette faim est une faim de vie, une faim d’amour, une faim d’éternité qui ne peut être rassasiée que par le Seigneur qui se donne à nous !

Si vous êtes ici ce matin, c’est que cette faim est présente et qu’elle vous tenaille ! 

Cette faim de Dieu est différente des autres faims, même si celles-ci peuvent sembler « appétissantes » et « satisfaire davantage des besoins humains ». De quelles faims humaines, parlons-nous ? Nous les connaissons, ce sont : l’argent, le succès, la vanité, le pouvoir... Mais, non, elles ne nous comblent pas, peut-être un instant, mais un manque est toujours là ! Nous restons toujours affamés d’éternité !

Dans l’Eucharistie que nous vivons ce matin, l’Amour du Seigneur se communique : un amour si grand qu’il nous nourrit de lui-même, un amour gratuit, toujours à la disposition de toute personne affamée, qui a besoin de refaire ses forces pour repartir à nouveau !

Aujourd’hui, en fêtant cette solennité du Saint Sacrement (ou du Corpus Christi, de la Fête-Dieu), c’est sur notre relation à l’Eucharistie que nous sommes interrogés !

Frères et sœurs, n’entrons pas dans la messe sans transition, sans préparation, sans une réelle intériorité, en tombant dans la routine ! À chaque fois, nous vivons une rencontre extraordinaire, soyons-en persuadés ! Ne repartons pas sans avoir pris le temps d’accueillir Celui qui veut faire sa demeure en nous ! Et surtout sans avoir compris que nous sommes envoyés pour vivre la communion, et devenir, à notre tour, porteurs du Christ pour le monde. 

Frères et sœurs, que cette solennité dynamise notre vie chrétienne ; 

Qu’elle nous donne de comprendre toujours plus ce que nous sommes, car au moment même où nous recevons Jésus : le Corps du Christ, nous devenons, nous-mêmes, corps du Christ pour le monde !

Puissions-nous garder cette certitude en mémoire !

Ne repartons pas tout à l’heure comme si rien ne s’était passé, mais toujours émerveillés de l’amour de Dieu qui se fait, pour nous, nourriture de Vie !                                                                                                                                                                                                                                                            

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 10 juin 2020, 10e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 3, 16-18. Premier livre des Rois 18, 20-39. Psaume 15.

 

Depuis quelques jours, nous lisons le chapitre 5de l’Évangile selon saint Matthieu. Plus précisément, nous sommes sur une des collines proches de Capharnaüm, au bord du Lac de Tibériade. Là, Jésus vient d’exposer à ses disciples la Loi nouvelle de l’Évangile. L’important enseignement de ce jour intervient juste après le discours des Béatitudes.

Certes, il apporte une Loi nouvelle, mais ce serait se méprendre que d’entendre celle-ci comme une suppression de la Loi juive. En effet, Jésus l’affirme avec force : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes… Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise. » 

Autrement dit, Jésus n’est pas un révolutionnaire qui serait venu réduire à néant la Loi juive. Jésus n’a jamais condamné sa pratique. Il s’y est même conformé à différents moments de sa vie, par exemple, pour l’impôt du Temple (Mt 17, 24-27) ou pour la Loi de la Pâque (Mc 14, 12ss). Jésus le précise lui-même : « je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »

Qu’est-ce cela peut bien signifier ? Quand Jésus proclame qu’il est venu accomplir la Loi, cela veut dire qu’il veut la mener, par sa personne même, à sa perfection. Toujours dans l’évangile selon Saint Matthieu (22, 37) ou dans celui de saint Marc, il rappelle que le plus grand des commandements est le suivant : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force, et ton prochain comme toi-même » (Mc 12, 28-34). 

Toute cette Loi nouvelle se comprend dans l’observance de ce double précepte de l’Amour qui résume en fait toute la Loi du Royaume.

Jésus montre ici que le principe qui doit sous-tendre la pratique de chaque précepte de la Loi est toujours celui del’AmourLà, est donc « la Révolution » !

Jésus est donc venu réorienter chaque observance de la Loi par rapport à sa finalité : l’Amour de Dieu et l’amour du prochain ne font qu’un ; l’amour que le prophète Élie porte à son Dieu lui permettra d’être le témoin confiant devant tous les prophètes des dieux de Baal. 

À nous de croire, dans la foi, du même amour que Dieu porte à chacun de nous. Cette finalité est le moteur de la pratique de la Loi en chacun de ses préceptes. Voilà en quoi consiste la perfection de l’observance de la Loi.

Cela, Jésus ne s’est pas contenté de l’enseigner. Il l’a lui-même vécu.

En donnant sa vie par amour pour nous, Jésus a conduit la pratique de la Loi jusqu’à sa réalisation maximale : la sanctification des hommes. Par son obéissance, il a montré combien Il aimait le Père et par son sacrifice, combien Il aimait les hommes. 

Frères et sœurs, essayons tout au long de ce jour, autant qu’il nous est possible, de vivre ce double commandement de l’amour !

 

Oui, Seigneur, donne-nous d’aimer comme tu aimes,

à chaque instant, au creux de chacune de nos actions,

et de croire que tu nous aimes, afin qu’à travers nos gestes,

Tu sois glorifié !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 8 juin 2020, 10e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12. Premier livre des Rois 17, 1-6. Psaume 120.

 

Il y a comme une analogie que nous pourrions établir avec l’épisode où Moïse monte sur le mont Sinaï (texte que nous avons entendu hier, en première lecture). Si Jésus gravit la montagne, comme Moïse, c'est aussi pour donner la Loi de Dieu, mais cette Loi est nouvelle. Chacun des préceptes de cette nouvelle loi commence par un mot particulier : "heureux". Ce mot, en grec, renvoie à la béatitude du Ciel, et non pas, comme nous pourrions peut-être le comprendre, à un simple bonheur humain. C'est à la fois une promesse et un don, d'où l'emploi du présent, "le royaume des Cieux est à eux", et en même temps du futur, "ils seront". "Heureux les pauvres de cœur, les pauvres en esprit."

Nous n’avons pas le temps de méditer en détail chaque phrase ; néanmoins, je vais en commenter une, la première. 

"Heureux les pauvres de cœur." Jésus n'a pas dit : « Heureux ceux qui vivent dans la misère, heureuses les mères dont les enfants meurent de faim ». Il précise, et chaque mot a son importance :"Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre."

De quelle pauvreté Jésus veut-il nous parler ? Déjà, à son époque, ce mot de "pauvre" a une longue histoire. Dans les textes les plus anciens (Ancien Testament) le pauvre (ou les Anawims), c'était l'homme courbé, abaissé, opprimé, incapable de résister et de tenir tête, celui qui devait toujours céder aux puissants. L'accent était mis non sur une indigence, mais sur l'humiliation du pauvre, celui qui est mis en esclavage. 

Ainsi la première Béatitude de Jésus ne s'adresse pas précisément aux mendiants, aux indigents, mais à tous ceux qui ont un cœur assez pauvre pour se retrouver humble devant Dieu, les mains ouvertes pour recevoir de Lui seul la force et l'espérance

Jésus ne dit pas non plus : "Vous qui manquez de tout, restez dans la misère"; il ne prêche pas un fatalisme plus ou moins résigné, gardant les bras croisés. Il n'est pas non plus question pour Lui de freiner la promotion humaine et le progrès social, mais Il s'adresse à tous les hommes, ceux qui ont de quoi vivre et ceux qui n'ont même pas le minimum. Il ne fait pas de différence, Il dit à chacun : "Gardez un cœur de pauvre", devant vos frères et sœurs et devant Dieu. Dieu ignore les classes sociales, riches ou moins riches, parce que, en tous, Il voit un fils, une fille, qui a besoin d'être aimé, d'être pardonné, d'être sauvé.

Beaucoup jugent sur des signes extérieurs, sur des signes parfois trompeurs de richesse ou de pauvreté. Dieu, Lui, regarde le cœur, car on peut être riche avec un cœur de pauvre, et pauvre avec un cœur de riche.

La nouveauté de cette première Béatitude est donc cette invitation nécessaire, que nous pouvons accueillir comme une grâce de conversion pour nous aujourd’hui 

Si vous en avez le temps, relisez ce texte et essayez de vous identifier à chaque phrase, en vous posant cette question : « Quel est le bonheur auquel le Seigneur m’appelle ? »

Ainsi soit-il !              

Homélie du dimanche 7 juin 2020, solennité de la Ste Trinité, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 3, 16-18. Livre de l’Exode 34,4b-6.8-9. Cantique (Daniel 3).

Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 13, 11-13.

 

En ce dimanche de la Sainte Trinité, je vous invite à réfléchir aux gestes que nous faisons au début de chaque eucharistie quand nous disons : “Au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit “ ! À quoi ou à qui pensons-nous ?

La Trinité fait partie de notre vie chrétienne, mais en comprenons-nous le sens, la pertinence ?

- Souvent, on me pose cette question (et peut-être vous est-elle posée à vous aussi ?) lors de rencontres interreligieuses : « Avons-nous le même Dieu ? »

Que répondre à ce moment-là ?

La réponse n’est pas simple, car nous n’avons pas le même regard sur Dieu !

De fait, on ne peut pas dire que nous avons le même Dieu, non ! 

Pourquoi ? … parce que notre Dieu, le Dieu des chrétiens est “un“, unique et, en même temps, il se dit en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint Esprit

Notre Dieu est UN Dieu TRINITAIRE. Il ne s’agit pas de trois dieux (ce serait une erreur grave !) mais Il est un seul Dieu en trois personnes.

À vrai dire, dire cela, échappe à notre logique humaine ! Nous le percevons !

Je le redis, tout cela peut nous dépasser et nous surprendre, car cette formule ne rentre pas dans nos catégories de mathématiques (les mathématiciens peuvent en perdre leur latin ou leur grec !). Nous savons très bien que 1+1+1= 3, mais dire que 1= 3 devient alors un acte de foi !!! 

Ce n’est pas moi qui le dis, ce n’est pas une invention ni une lubie de la part des chrétiens ! Nous pouvons l’affirmer parce que Jésus lui-même le dit : « Dieu est trinitaire, parce qu’Il se révèle à nous de façon trinitaire : Père, Fils et Esprit Saint. » 

Il le dit explicitement dans l’évangile s’adressant à ses Apôtres : « Allez ! Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du saint Esprit ! » (Mt 28,19) 

Voilà donc les trois personnes de la Sainte Trinité, bien exprimées, bien distinguées ! 

Par ailleurs, Jésus-Christ nous dit pour montrer l’unité entre son Père et Lui : « Mon Père et moi, nous sommes un ! » (Jn 10,30) “Mon Père et moi“ : distinction des personnes ; “nous sommes un“ : voilà l’unité de la nature de Dieu ! Un = trois !

Saint Jean, l’Apôtre, nous dira encore à la suite du Christ, dans sa première Épitre : “Il y en a trois dans le ciel qui rendent témoignage à la vérité : le Père, le Verbe et le Saint Esprit, et ces trois ne font qu’un !“ (1 Jn 5,7-8)

Frères et sœurs, nous voilà devant un mystère, mystère de la Sainte Trinité, mystère d’un Dieu unique qui se dit en trois personnes, et nos explications humaines restent bien pauvres pour expliquer ce mystère.

En faisant un peu d’histoire des civilisations, nous voyons que toutes les religions, y compris celle d’Israël dans le Premier Testament, font de Dieu le Maître absolu de toutes choses : Dieu au-dessus de tous les hommes et Maître de la vie comme de la mort, Maître du bonheur et du malheur, Maître des personnes et des choses. En disant cela, nous voyons encore qu’il y a une grande différence entre notre perception de Dieu, 

  • celle d’un Dieu qui se fait proche, 
  • et celle de l’époque du Premier Testament, où Dieu, tout en se faisant connaître par les prophètes, reste lointain. Les hommes n’avaient pas encore cette intimité telle que nous pouvons la découvrir maintenant en Jésus-Christ. 

La grande révélation que Jésus de Nazareth nous apporte, c’est qu’il appelle Dieu, non plus : “Seigneur“ ou “Maître“, mais “Père“, “Abba“. 

Appeler Dieu ainsi est une nouveauté bouleversante ! 

Pour Dieu, les hommes et les femmes ne sont pas ou plus des esclaves, ni même des serviteurs ou des servantes, mais nous sommes pour Dieu, des amis, des fils et des filles bien-aimés ! Désormais, aucune forme d’esclavage ne pourra être justifiée, pas davantage qu’une attitude craintive ou servile ! 

Rien que cela devrait nous mettre dans cette joie que Paul recommande : “Joie du Dieu d’amour et de paix qui est avec nous“, paroles que nous avons entendues dans la deuxième lecture.

Plus incroyable encore : en Jésus, Dieu va donner sa vie pour que nous vivions. Cette vie est donnée librement et par amour ! Où pouvons-nous trouver dans toute l’histoire des religions, cette réalité d’un Dieu qui nous aime ? 

Dans le mystère de la Trinité, Dieu se révèle à nous, non pas comme un Dieu seul, lointain, égoïste, mais comme un Dieu aimant qui se fait proche, un Dieu qui se laisse découvrir, un Dieu qui accepte d’être vulnérable !

Nous pourrions nous poser une autre question : est-ce que ce mystère de la Trinité était connu avant Jésus, c’est-à-dire dans le Premier Testament ?

Peut-être avez-vous fait cette recherche ? La réponse est “oui“ ! Même s’il n’est pas fait mention de la Trinité de façon explicite. Nous pouvons découvrir, dans une lecture attentive, la référence à un Dieu qui se dit en plusieurs personnes. 

Voici déjà trois passages ou trois pistes dans le Premier Testament :

La première piste : au début du livre de la Genèse, quand Dieu a créé Adam, il exprime sa décision par une phrase surprenante. Il ne dit pas : “Je vais faire l’homme à mon image“, mais il dit : “Faisons l’homme à notre image !“ Ce “nous“ n’est pas un “nous“ de majesté comme l’emploierait un monarque : il emploie un pluriel comme pour signifier qu’il n’était pas seul dans cette action de création !

« Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ! » (Gn 1,26) S’il n’y avait qu’une seule personne en Dieu, la phrase aurait été au singulier : « Je vais faire l’homme à mon image et à ma ressemblance. » Notons déjà ce premier indice !

Deuxième piste : si vous regardez la grande reproduction de l’icône de Roublev (XVe siècle) qui se trouve à votre gauche dans cette église, elle nous évoque l’histoire du chêne de Mambré (Gn 18). Rappelons-nous, quand Dieu veut détruire Sodome, il envoie trois anges qui ont visage humain. Ils vont chez Abraham. Il y a un dialogue savoureux entre eux. Ce qui est très surprenant, c’est qu’Abraham parle à ces trois anges et s’adresse à eux comme s’ils étaient une seule personne ! 

Saint Augustin en fait un très beau commentaire ; il dit qu’Abraham en vit trois, mais “il n’en adora qu’un“. Déjà, nous voyons comme un dévoilement : la mention de la Trinité. Les trois anges représentaient les trois personnes de la Sainte Trinité qui ne forment qu’un seul Dieu ! Relisez ce chapitre (Gn18,3) et vous pourrez le constater par vous-mêmes !

Troisième piste : dans le Livre d’Isaïe (Is 6,3), le prophète nous dit qu’il vit des séraphins dans une vision, un songe, tout près du trône de Dieu, et qui chantaient en chœur. C’est ce même chant que nous reprenons à la messe au moment du “Sanctus“. Nous chantons : “Saint, saint, saint !“ Pourquoi disons-nous trois fois “saint“ si ce n’est justement pour rappeler cette Trinité que nous aimons et que nous adorons ? Ce n’est pas nous qui l’inventons ! Ce mot, ainsi répété trois fois, marque clairement l’existence des trois personnes de la Sainte Trinité !

Nous pourrions continuer ainsi la liste de ces signes “avant-coureurs“ dans différents passages bibliques. Ainsi, c’est petit à petit, et particulièrement par la Révélation en Jésus, que nous comprenons que Dieu est unique (cela est vrai !) mais qu’il se dit en trois personnes.

C’est pour cette raison que la solennité de la Sainte Trinité est sans doute l’une des plus belles fêtes du calendrier chrétien. 

Dans le mystère de la Trinité, Dieu se révèle à nous, non pas comme un Dieu solitaire, mais comme un Dieu aimant qui se fait proche.

Pourquoi ? Nous ne pouvons pas aimer tout seuls, sans personne autour de nous. La Trinité est donc l’inverse de la solitude. 

  • L’amour vient de Dieu le Père, c’est en Lui qu’est la source ! 
  • Cet amour vient à nous par la grâce qui nous est faite par Jésus-Christ, son Fils.
  • Pour recevoir ces grâces et y communier, il nous faut recevoir l’Esprit Saint et prendre part à cette communion qui nous unit, ensemble.

Pour conclure, je vais prendre une image. (Comme toujours, les images ont toujours des limites.) La Trinité est le modèle idéal de notre vie chrétienne, notamment, le modèle de l’unité de l’Église, unité qui est sur le modèle de la Trinité : l’Église est cependant diverse ! Dans l’assemblée que nous formons, nous sommes tous différents, mais lorsque nous participons à une même action : « aimer », nous sommes dans une unité plus grande : nous avons un seul cœur et un seul esprit en Dieu. 

Cette image nous fait penser à la Trinité : l’Église est une, elle est le peuple de Dieu que rassemble Jésus-Christ.

La Trinité est donc cette communion d’amour !

Chacun et ensemble, nous sommes invités à entrer au cœur même de cette Trinité !

Pour cela, frères et sœurs, rendons grâce au Seigneur qui nous associe profondément, chacun à notre façon, à la richesse de l’amour qui unit le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 3 juin 2020, 9e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 12, 18-27. Psaume 122. 2e lettre de saint Paul à Timothée 1, 1-3.6-12.

 

Voilà un évangile très intéressant qui nous pose, finalement, au moins deux questions essentielles !

· Est-ce sérieux de soutenir la foi en la résurrection?

· Est-ce que la mort met fin à l'amour conjugal ? 

Développons rapidement ces deux points !

Un lien de charité particulier est établi dans le mariage, quand deux époux se donnent l’un à l’autre pour la vie, cela pour vivre ce même lien sacramentel jusque dans l’éternité. Dans la controverse avec les Sadducéens, le Christ apporte une réponse à cette question. 

Tout d’abord, il y a ceux qui nient la résurrection. Vous avez compris que les Sadducéens lisent la Thora d’une façon stricte et Jésus leur répond en dénonçant une vision fausse de la vie éternelle : « Vous vous égarez ! ». Celle-ci n’est pas une suite logique de notre vie terrestre ni une vie terrestre « augmentée ». 

Dit autrement : elle est d’une nature radicalement différente de notre vie ici-bas. Saint Jean nous le dit de la même façon :« Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. » (1 Jn 3,2)

Une chose est certaine : nous ressusciterons ! Jésus nous le dit : nous serons semblables aux anges, c’est-à-direimmortels.

Pour cette raison, la procréation n’aura plus lieu d’être. La génitalité ne semble plus nécessaire ! Désolé pour certains !

Cependant, cette nouvelle réalité n’exclut pas une continuité avec l’amour vécu sur terre. Le couple qui a reçu le sacrement du mariage pour consacrer un véritable amour, verra cet amour perdurer au-delà de la mort. Il sera, sans doute, vécu différemment, mais le lien créé ne s’effacera pas ; il sera tout autre. 

Dieu n’est-il pas le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ? C’est en raison de la fidélité de cette alliance initiée dès les patriarches, et accomplie en Jésus-Christ, que Dieu nous ressuscitera. 

Il nous faut comprendre que l’amour des époux, vécu réellement dans le sacrement du mariage, s’enracine dans cette alliance de Dieu avec l’humanité. Cette Alliance, elle aussi, en est un des plus beaux signes. La parole de Jésus indique donc que, loin d’être la fin d’un amour conjugal, la vie éternelle est le lieu où tout don personnel et toute communion interpersonnelle initiés sur terre trouvent leur plénitude grâce à la glorification de tout notre être dans l’union éternelle avec Dieu.

Jésus va le dire Lui-même : l’union des époux est comparable à l’amour de son Père, au don de Dieu pour chacun de nous. Ce que nous créons sur cette terre sera vécu en plénitude dans l’union éternelle avec Dieu.

Notre Dieu est le Dieu qui fait vivre de sa vie, en lui et par lui. Le rencontrer authentiquement est cette invitation à entrer dans sa vie. Il n’est plus possible de considérer la résurrection comme un concept, une idée qui décrit et explique l’au-delà, comme une continuité après notre mort, mais comme un don fait à tous ceux qui veulent vivre de la vie de Dieu. 

Quand ? Maintenant ! Car la vie au-delà de la mort se joue dans la rencontre avec le Dieu de la vie ! Quand ? Maintenant, dans tous les cas, durant notre vie terrestre. C’est bien maintenant que nous préparons notre ciel ; c’est toujours maintenant que nous préparons ce que nous allons vivre de toute éternité.

Nous sommes invités à faire l’expérience inouïe qu’au cœur de toutes les morts où nous nous sommes laissés enfermer, l’appel à la vie de Dieu nous rejoint et nous sauve.

La mission de Jésus est de nous faire connaître le Père et que nous choisissions de vivre cette Vie éternelle avec Lui. Libre à nous d’accueillir et d’accepter cette invitation.

Seigneur Jésus, déploie la puissance de ta résurrection dans nos vies, viens à notre rencontre et transforme-nous par ton Esprit de vie. Mets en nous un cœur nouveau, qui batte au rythme de ton amour. Mets en nous un esprit nouveau qui s’ouvre aux réalités spirituelles et nous donne d’en vivre dès à présent. Donne-nous Seigneur, le désir de la Vie éternelle !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 31 mai 2020, Solennité de la Pentecôte, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 20, 19-23. Livre des Actes des Apôtres 2, 1-11. Psaume 103.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 3b-7.12-13. 

 

Longtemps, je me suis posé cette question : comment a-t-il été possible qu’une petite poignée d’hommes, pas très aguerris, et qui n’avaient pas fait beaucoup d’études, soient devenus vraiment les témoins du Christ, et cela à travers le monde entier ? 

Où est la clef ? Quelle est la force qui va transformer ces êtres fragiles, peureux, enfermés dans leur chambre haute par peur des responsables Juifs, pour que, brusquement ils osent ouvrir les fenêtres, quitter le confort intérieur, sortir dehors et s’adresser à tout le monde, dans des langues étranges, sans crainte ?

Quelle est cette force qui est capable de surmonter les limites et les faiblesses humaines pour accomplir ce que Dieu a voulu ?

Le récit de la Pentecôte nous donne la clef de cette force. C’est le don de l’Esprit Saint, celui que nous avons reçu au jour de notre baptême, renouvelé lors de notre confirmation. Depuis presque 2000 ans, ce don est pour tous et c’est lui qui accompagne l’Église dans les vicissitudes de ce temps ! Que nous dit saint Luc dans la lecture des Actes des Apôtres ? « Soudain un bruit survient du ciel comme un violent coup de vent… » et fait entendre des bruits extraordinaires, comme un fracas de tonnerre ! Et puis l’Esprit Saint, tel une flamme de feu, se pose sur chacun d’entre eux. « Tous furent remplis d’Esprit Saint ! »

J’aurais aimé, ce soir, voir quelques flammes se poser sur nos têtes afin d’être nous aussi et de façon visible, renouvelés dans l’Esprit Saint !!!

La Pentecôte : c’est le début de l’Église, humble, vacillante, fragile où des hommes et des femmes vont se mettre en route, où nous découvrons une assemblée (ecclésia) : une assemblée de disciples-missionnaires !

Dépassant une attitude de crainte et de peur, l’Esprit Saint ouvre la mission des Apôtres et des disciples : mission là, où on habite, mais aussi mission aux quatre coins du monde ! Nous le lisons dans le Livre des actes des Apôtres ; certains sont allés vers l’Égypte, d’autres vers l’Asie, d’autres vers l’Afrique, d’autres vers l’Europe ; chacun avec ses charismes, mais, chacun porteur d’une audace missionnaire !

2000 ans nous séparent, pourtant, c’est la même Église, le même souffle, la même audace ! Certes, la technologie a évolué, mais la mission reste assez semblable : rejoindre tout homme pour témoigner du Christ !  La mission est l’enjeu d’une joie communicative, mais aussi de situations parfois difficiles ; nous le voyons bien autour de nous et s’il en est besoin, relisez le Livre des Actes des Apôtres qui nous relate l’histoire de la 1re communauté chrétienne. C’est assez peu différent de ce que nous essayons de vivre nous aussi. Ce qui est certain, c’est que l’Audace que donne l’Esprit Saint, leur a fait découvrir la joie de mettre en tout en commun, mais elle leur a permis aussi d’affronter l’incompréhension, d’affronter l’indifférence, d’affronter la moquerie, d’affronter la violence, et pour certains d’affronter la mort. C’est toujours la même force de l’Esprit Saint qui nous est donnée. 

Frères et sœurs, je vous propose de faire ensemble deux constats :

Il y a un premier constat : l’Esprit Saint n’est pas donné pour que l’on aille mieux, ou pour avoir plus de confort ou un meilleur confort ! Je précise : l’Esprit n’a pas été donné aux Apôtres simplement pour leur permettre de faire des rencontres sympathiques, il leur a été donné pour qu’ils transmettent le message du Christ, mort et ressuscité : c’est-à-dire le Salut de Dieu, cette espérance, cette certitude que Dieu nous aime. Dès la première génération des Apôtres, nous avons des récits dans l’Évangile et dans les lettres apostoliques (souvent les deuxièmes lectures que nous entendons, celles de saint Paul, saint Jean, ou saint Jacques…) où nous est raconté comment ils ont annoncé, imposé les mains pour donner et permettre de recevoir l’Esprit de Vérité !

Il y a évidemment un autre constat : nous ne sommes pas fondamentalement différents des autres : nous ne sommes ni meilleurs ni pires que les Apôtres ou les premiers disciples ! Nous espérons tous la santé, l’amour, la richesse, la réussite, parfois même la puissance et un certain prestige…Tout cela habite nos cœurs, pour beaucoup d’entre nous et autour de nous ! Mais nous pouvons, parce que nous sommes des chrétiens baptisés, être témoins de l’Évangile.

Comment pouvons-nous témoigner de cette Bonne Nouvelle ? Justement parce qu’à travers notre manière de vivre, ce que nous choisissons de faire, la façon dont nous le faisons, nous montrons qu’il y a en nous, une force nous permettant de dépasser les joies et les peurs qui habitent le cœur de tout homme et de toute femme. L’Esprit Saint nous donne cette capacité de nous aimer, de nous donner, de comprendre que Dieu a un projet de vie pour nous, que le Ciel devient possible, parce que nous sommes faits pour cela. Une communauté chrétienne dans laquelle règnent des tensions et un oubli des plus pauvres, ne peut guère témoigner de la présence de l’Esprit Saint !

Il est donc vrai qu’être chrétien implique un choix, une détermination !

Dieu nous laisse libres, profondément libres ! Par exemple : je peux choisir de rester dans la douceur de mon canapé, c’est mon choix ! Mais je peux aussi choisir de me lever, je peux choisir de vivre la mission avec les charismes et la force que me donne l’Esprit Saint ! Chacun est unique ! C’est en nous mettant au service les uns les autres que nous pourrons permettre à notre communauté de vivre pleinement de tous les charismes nécessaires à la mission. C’est ainsi que saint Paul nous redit que nous formons ainsi un seul corps !  

Il est vrai que cette décision de vivre en Chrétien, à certains moments, peut être de l’ordre d’un combat !

  • Il n’est pas toujours simple d’annoncer le Salut en Jésus-Christ dans un monde aveuglé par la violence qui finalement semble peu différente de celle rencontrée par les premiers disciples ! 
  • Il y a toujours une audace qu’il nous faut choisir pour nous mettre en route pour la mission avec d’autres !

Dans ce combat audacieux pour la vie, comme pour l’amour ou la fidélité, nous savons qu’il nous faut choisir et recommencer tous les jours et chaque matin :

  • Ce que je sais, c’est que l’Esprit Saint me donne de vaincre déjà en moi toutes les peurs et les tristesses de mes erreurs passées, présentes ou même d’une peur de l’avenir ! C’est ce que nous venons d’entendre dans l’évangile. Que dit Jésus au moment où Il voit les disciples réunis et apeurés, confinés dans la chambre haute, au dimanche de Pâques ? « La paix soit avec vous ! » Peut-être est-ce de cela dont nous avons besoin : la paix que Dieu nous donne, cette paix intérieure. 
  • Le corollaire de la Paix, c’est le Pardon donné et reçu ! « Le Christ Jésus, n’est-il pas venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, je suis le premier des pécheurs » dira Saint Paul à Timothée (1tm 1,15)
  • Ce que je sais aussi c’est que l’Esprit Saint ne fera pas à notre place ! Il nous laisse libres ; à nous de nous déterminer à avancer ! Par contre, si je cherche à ressembler au Christ, à vivre une vraie vie de prière, si je veux que ma vie soit transformée radicalement par Lui ; alors oui ! L’Esprit Saint sera là pour m’aider, à chaque instant ! Savez-vous qu’à chaque sacrement, je peux vivre une effusion de l’Esprit Saint, une effusion d’amour ? Chaque eucharistie, chaque confession, au moment du baptême, du mariage, de la confirmation, quand je lis la Parole de Dieu, je peux me laisser transformer par l’Esprit Saint ! L’Esprit Saint essayera de faire naître en moi ce désir, mais il ne peut pas le faire sans moi ! Il me revient toujours de décider ! Je vous le redis (et vous connaissez bien cet adage) : Choisir, c’est aussi renoncer.

Frères et sœurs, qu’en ce jour de Pentecôte, avec la prière puissante de la Vierge Marie, l’Esprit Saint réveille en nous tous les dons déjà déposés en nous et les fruits qui trop souvent sommeillent !

- Dons de Sagesse, Intelligence, Conseil, Force, Science, Piété, Crainte de Dieu 

- N’oublions pas les Fruits de Charité, Joie, Paix, Longanimité (patience à supporter les souffrances, les contrariétés), Serviabilité, Confiance dans les autres, Douceur, et peut-être le plus difficile, la Maîtrise de soi.

Demandons vraiment, frères et sœurs, d’être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint !

 

Jésus, Toi qui as promis d´envoyer l´Esprit, à ceux qui te prient,

Ô Dieu, pour porter au monde ton feu, voici l´offrande de nos vies !

 

Homélie du mercredi 27 mai 2020, 7 semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 17, 11b-19. Livre des Actes des Apôtres 20, 28-38. Psaume 67.

 

Plus nous approchons de la fête de Pentecôte, plus les textes que nous entendons sont un peu plus compliqués à comprendre. Sans doute nous faut-il un souffle supplémentaire d’Esprit Saint pour entrer dans ce mystère d’unité, mystère de vérité, mystère aussi de la mission que Jésus nous propose.

Nous ne sommes pas de ce monde, bien que nous y habitions ; de fait, nous sommes faits pour le monde à venir. Qui nous révèle cette promesse ? C’est l’Esprit Saint !

Nous l’entendons bien, mais il peut y avoir une difficulté : qu’est-ce que le monde à venir ? Qui est, pour nous, l’Esprit Saint ? Comment se mettre à son écoute ? Comment le laisser agir, travailler en nous ?

D’une façon assez générale, nous ne savons pas trop quoi penser ! Je m’aperçois que, bien souvent, au sein de la Trinité, l’Esprit Saint reste un mystère… même pour des chrétiens assidus à la Parole.

 

Qui est l’Esprit Saint pour vous ?

Nous le savons, l’Esprit Saint est la troisième personne de la Trinité. Ce week-end, nous allons fêter la Pentecôte et cette solennité est une joie pour l’Église tout entière. C’est une fête qui nous réaffirme le don de l’Esprit Saint. Elle nous invite à la prière et à nous ouvrir à ce que Dieu veut pour nous.

N’oublions pas, non plus, que l’Esprit Saint habite déjà en nous : le jour de notre baptême, renouvelé à notre confirmation. Il est redonné, réactivé à chaque sacrement, par exemple dans l’eucharistie que nous allons vivre dans quelques instants. Il est redonné dans notre prière quand nous l’écoutons et le laissons nous guider ! 

 

Comment l’attendons-nous ?

Cette question doit nous interroger sur notre disponibilité ! Acceptons-nous vraiment d’être renouvelés ? Comment vivons-nous des grâces et des dons de l’Esprit Saint ?

Les constats sont multiples : 

- Certains ne connaissent pas vraiment l’Esprit Saint et peuvent être indifférents à cette fête. 

- D’autres sont peut-être encore préoccupés ou inquiets par cette étrange période que nous venons de vivre ; un certain climat anxiogène est encore perceptible.

- D’autres encore gardent un reste d’appréhension au fond de leur cœur, car ils pressentent bien que l’Esprit Saint sera l’occasion d’un bouleversement dans leurs vies.

- Certains ont une espérance un peu molle, passive… « Si la venue de l’Esprit Saint me fait du bien, pourquoi pas ? » Une espérance mêlée de lassitude de celles et ceux qui se laissent paralyser par leur misère et qui, en se reconnaissant trop pécheurs, pensent que l’Esprit Saint ne peut plus venir en eux.

Au contraire, croyons-nous à Celui qui ne cesse de veiller sur l’Église et sur chacun de nous ? Sommes-nous comme les disciples, unanimes dans la prière, groupés filialement autour de Marie, la maman de Jésus, habités par une vraie confiance, comme elle, même si nous ne comprenons pas tout ! Où en sommes-nous de Celui que Jésus appelle la promesse du Père et que Lui-même nous a promis ?

Pour moi, je vous le confie très simplement, l’Esprit Saint est une force que j’attends, une aide, une lumière, Dieu Lui-même qui vient renouveler au fond de moi ce qui a besoin d’être renouvelé ; Dieu Esprit Saint est vivant, passionné, aussi éternel que le Père et le Fils, fondateur de l’Église, instigateur de toute mission !

Sommes-nous prêts à accueillir la Personne divine qui a pour noms : Don et Amour, Avocat et Vérité, Celui qui scelle l’union du Père et du Fils et qui scelle, ici-bas tout ce qui s’unifie dans un cœur et dans le monde. C’est Lui qui vient réveiller notre vie dans une tornade d’amour, mais aussi dans la brise légère du matin de Pâques. C’est Lui qui continue à faire toutes choses nouvelles.

Frères et sœurs, n’hésitons pas !

De ce mercredi matin jusqu’à dimanche, il reste juste quelques jours. Prenons du temps ! Chantons ou récitons un beau chant à l’Esprit Saint ! Demandons à être renouvelés ! Regardons peut-être avec curiosité quels sont les dons et les fruits de l’Esprit que le Seigneur veut me donner et qui ont besoin d’être renouvelés, ravivés ! De grâce, frères et sœurs, n’ayons pas peur de ce qui peut nous arriver ! Soyons des témoins courageux, audacieux, lumineux pour notre monde !

Faisons-nous “capacité“ afin que Dieu, par son Esprit Saint emplisse totalement notre vie, en faisant de chacun de nous, une création nouvelle !

Demandons cela pour nous-mêmes, pour nos familles, pour notre paroisse et pour le monde ! 

                                                                                                               Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 25 mai 2020, 7semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 29-33. Livre des Actes des Apôtres 19, 1-8. Psaume 67.

 

J’aimerais m’arrêter, aujourd’hui, sur cette expression de Jésus : « Vous me laisserez seul, mais je ne suis pas seul ! »

Quel est le contexte ? Nous sommes juste avant sa Passion et Jésus évoque l’abandon qu’il va vivre dans les heures à venir !

Personnellement, lors de ces dernières semaines, je reste frappé par la solitude que beaucoup de personnes, dans notre société, nous disent subir (même, si autour d’eux, des liens et des affections existent) ! Solitude particulière que nous avons tous ressentie durant ces semaines du confinement, isolement parfois désespérant. 

- Solitude des personnes malades ou âgées, solitude de ceux qui sont morts seuls, sans leurs familles dans les services de réanimation, même s’ils étaient bien entourés par les membres du personnel médical.

- Solitude lors des funérailles célébrées en nombre très restreint,

- Solitude des parents, qui sont loin de leurs enfants "chacun de leurs côtés";

- Solitude des époux, qui traversent parfois des difficultés ;

- Solitude des adolescents et des jeunes derrière leurs écrans (certes, pas tous !), affichant un nombre conséquent d’amis virtuels et exposant, malgré tout, leur vie à un certain voyeurisme.

- Solitude aussi parfois dans notre Paroisse, à différents niveaux, par un manque de disponibilité dans les services d’accueil, de soutien et de charité. 

Personnellement, j’ai été très marqué lors de la célébration de la Vigile Pascale, que j’ai dû vivre seul dans cette église, sans les chants joyeux et les Alléluia de Pâques. J’ai allumé un feu, béni le cierge Pascal, chanté l’Exultet, lu les sept lectures… C’est dans cette apparente solitude que j’ai porté dans la prière chacun des membres de notre Paroisse.

 

Jésus a connu la solitude, beaucoup plus qu'on ne le pense. Il nous en parle à plusieurs reprises.

Rappelez-vous :

 - Une première fois après son discours sur le pain de vie, dans la synagogue de Capharnaüm : Lorsque Jésus est en train de dire : “ceci est mon Corps“ et vous allez le manger ; trop difficile à comprendre pour les disciples !… et il demande aux Douze: "Est-ce que vous aussi, vous allez partir?" (Jn 6,66).

 - Un autre moment, terrible, de la solitude de Jésus a été la nuit de son agonie, lorsque, revenant vers ses disciples, il les trouve endormis : "Ainsi, leur dit-il, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi?" (Mt 26,40).

- Mais encore au moment de son arrestation : "Alors, raconte saint Marc, ses disciples l'abandonnèrent et prirent la fuite" (Mc 14,50).

Jésus a donc souffert de la solitude, mais il ne s'y arrête jamais, car sa solitude humaine est habitée par une présence infiniment douce et forte, celle de son Père, source de sa mission et modèle de son action.

"Je ne suis pas seul, disait Jésus, parce que le Père est avec moi".

J’ai été marqué aussi par plusieurs personnes qui m’ont témoigné, alors qu’elles entraient dans l’église saint Louis, au cœur même de ce confinement, qu’elles ressentaient la présence apaisante de Dieu. De belles confidences, touchantes, sur le réconfort de cette solitude habitée par Dieu ! « Le Père est avec moi et je continue à Le prier ! » Témoignages magnifiques de la présence du Père, du Fils, et de l’Esprit Saint soutenant nos existences troublées ! Solitude qui est toujours habitée par Dieu dans l’aujourd’hui, parfois malmenée de nos vies !

Dans cette neuvaine que nous vivons entre l’Ascension et Pentecôte, demandons cette disponibilité à l’Esprit Saint ! Demandons sa force ! Demandons la guérison de ce que nous avons pu vivre ou subir ! Témoignons de la présence de Dieu en notre vie et redisons au monde notre espérance ! C’est lui qui est ce lien d’amour entre le Père, le Fils et moi et le Père, entre le Fils et nous ! Nous ne serons jamais seuls si l’Esprit Saint habite en nous !                                                                                                                                                                                           Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 24 mai 2020, 7 dimanche de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 17, 1b - 11a. Livre des Actes des Apôtres 1, 12-14. Psaume 26.

Première lettre de saint Pierre 4, 13-16.

Après de longues semaines d’absence (période de confinement), nous voici enfin rassemblés pour célébrer l’Eucharistie. Même si nous avons eu l’occasion de vivre des célébrations par Internet, la Télévision ou la LettreInfo – je ne sais pas pour vous – mais, pour moi, la fraternité paroissiale m’a beaucoup manqué.  Cependant, vous étiez présents dans ma prière de chaque jour, sûr en retour que nous étions en communion les uns avec les autres. Je crois que nous n’avons pas fini de découvrir et de comprendre ce que nous avons vécu de cette rupture brutale, lors de ce long temps de confinement.

Peut-être avons-nous pris conscience de notre liberté qui, durant un temps, nous a été un peu confisquée et bien d’autres choses auxquelles nous étions bien habitués, sans peut-être en prendre conscience parce que vécues dans une certaine routine.

Ce dont nous pouvons déjà apprendre de ce confinement, c’est que dans notre vie quotidienne, il peut exister un grand danger : celui de s’habituer ! Celui de ne plus faire attention à tel effort, à telle personne que nous avions pris l’habitude de rencontrer chaque jour sans mesurer le plaisir de la relation, à telle situation ! Il y a eu beaucoup d’échanges par la radio, ou par internet en visioconférence, heureusement, mais nous avons tous constaté et souffert du manque de contact et de proximité ! Plus de gestes de tendresse entre petits-enfants et grands-parents par exemple… ! 

De même, beaucoup ont vécu en téléspectateurs les diffusions de célébration eucharistique ! Heureusement, un lien a pu rester tangible, bien que confinés.

Certains m’ont expliqué que ce temps de confinement a été, pour eux, l’occasion de redécouvrir la Messe, en la regardant autrement, en découvrant des gestes et paroles qu’ils ne remarquaient plus ! Ils faisaient ce constat : ne sommes-nous pas trop habitués à la Messe ?

Dans le post-confinement que nous vivons, nous ne devons pas oublier ces constats, ce temps pris à lire la Parole de Dieu, ou la prière en famille… Nous ne devons pas tirer un trait sur tout cela et repartir comme avant ! 

J’ai eu pendant ce confinement des rencontres sympathiques : sans doute, là aussi, tout simplement parce que nous avions plus de temps ! Lors des courts moments d’escapade, durant “l’heure de sortie permise“, beaucoup sont entrés dans l’église ouverte pour prier, se confier.

Lors de ces rencontres, mais aussi par des appels téléphoniques, par Skype, Whatsapp ou les réseaux sociaux, beaucoup de questions m’ont été posées : la maladie, la mort, la solitude, la difficulté de la promiscuité…, mais aussi sur la liturgie eucharistique, la prière, le chapelet, la Bible…

Comment interpréter et comprendre le sens de certaines phrases dites de façon habituelle lors des célébrations ; par exemple alors que je me trouvais près du baptistère, une personne est venue me poser des questions sur le Credo. Que signifie : Est mort Est descendu aux enfers ? Ou qu’est-ce que la Communion des saints ? Ou : est assis à la droite du Père 

Une autre personne m’a confié avoir entendu le prêtre dont la célébration était retransmise à la télévision, prononcer une phrase qu’elle n’avait jamais remarquée auparavant. Il a dit, juste après la préparation des dons et la prière sur les offrandes : « Prions ensemble, au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église ! » Que signifie, ici, le mot de sacrifice ? Cette question a ouvert une discussion passionnante sur la façon dont le Christ s’offre Lui-même en sacrifice unique. Ou encore pourquoi dit-on : « Pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde ! » ?

Bref, j’ai trouvé ces échanges très riches, en me disant qu’effectivement,  il serait bon  de redécouvrir le sens véritable des expressions ou des prières dites au cours de la messe et que nous récitons parfois machinalement. 

J’espère que, pour chacun de nous, ce confinement a été l’occasion d’un approfondissement de notre manière de vivre, du sens de notre vie… peut-être aussi d’une prise de conscience sur la précarité, la fragilité de notre corps, de découvrir que la maladie pouvait survenir et tout chambouler, que la mort pouvait frapper de façon inattendue autour de nous… Nous avons sans doute fait cette expérience d’être totalement démunis et de nous appuyer sur la prière ; c’est aussi pour nous l’occasion de remercier tout le personnel médical et les soignants qui se sont donnés sans compter pour assurer les soins des personnes malades.

Dans ce temps de confinement, nous avons eu aussi de beaux moments. Beaucoup m’ont témoigné de cette joie d’avoir passé de longs moments en famille, de redécouvrir son conjoint, d’avoir passé du temps avec ses enfants. 

Ne balayons pas trop vite ces trois derniers mois, comme un mauvais souvenir en souhaitant revenir trop rapidement « au monde d’avant ». Normalement, et sans angoisse, le chrétien connaît la finitude de ce monde ! Nous naissons, nous vivons, nous œuvrons, nous développons une vraie fécondité aux différentes saisons de notre existence, puis, un jour, nous retournons vers le Père ! 

Le chrétien sait qu’au-delà de cette mort physique, nous sommes faits pour la Vie éternelle. Le Christ n’est-il pas venu dans notre humanité pour nous redire l’amour du Père et la promesse de Vie. Nous savons, bien évidemment, que cette Vie éternelle sera bien différente de celle que nous vivons aujourd’hui.

L’évangile de ce jour, nous donne de belles pistes de réflexion. Jésus y exprime ce qu’a été sa mission : « glorifier le Père », c’est-à-dire faire que Dieu soit connu et reconnu pour ce qu’Il est. C’est la mission de Jésus, et c’est ce qu’il a fait : « J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m’as donnés. »

Remarquez que cette révélation n’a pas été simple ou évidente à comprendre. Voyez ce qui s’est passé pour les Apôtres ! Il a fallu qu’ils accompagnent longuement Jésus, qu’ils se trompent d’abord sur son identité (ils pensaient que Jésus serait un roi terrestre !), qu’ils deviennent les témoins bouleversés de sa mort, qu’ils doutent encore devant l’évidence grandissante de sa résurrection, avant de deviner à travers Jésus, Celui qu’Il leur a présenté comme étant « mon Père et votre Père ». 

Il faudra le don de l’Esprit Saint pour comprendre ce mystère d’amour, ce mystère filial, ce mystère de vie que Dieu nous propose ! C’est cette expérience fondatrice que les Apôtres vont vivre à la Pentecôte.

Je souhaite terminer en reprenant la première lecture de ce dimanche (1er chapitre des Actes des Apôtres)

Vous le savez, Jésus est monté au Ciel, les Apôtres Le regardent, et les anges leur demandent : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel, vous avez une mission : annoncer, et pour cela : allez priez ! » C’est ce qu’ils vont faire. Ils vont monter dans la “chambre haute“ et se mettre en prière ; c’est cette longue et belle neuvaine de l’Ascension à Pentecôte. 

Frères et sœurs, il nous est bon de regarder l’Église au premier instant de sa constitution ! Jésus est parti, mais l’Esprit n’est pas encore venu. Saint Luc nous transporte au premier étage d’une maison de Jérusalem. L’Église est là, en germe, en attente.

Les onze Apôtres sont là avec Pierre à leur tête. Mais ils ne sont pas seuls : il y a aussi des « frères » et quelques femmes. Dominant ces trois groupes (Apôtres, frères et femmes), se tient « Marie, la mère de Jésus », penchée sur le berceau de l’Église, comme elle le fut sur celui de Jésus, le jour de sa naissance. Communauté en silence et en prière, qui attend non sans appréhension, le don de l’Esprit Saint. 

Cette prière persévérante et joyeuse est la seule à pouvoir donner la force de supporter avec calme certaines souffrances que nous pourrions endurer  « comme chrétien » à la suite du Christ

Je vais peut-être vous surprendre, mais ne nous laissons pas distraire par une reprise trop rapide. Restons encore un peu confinés, c’est-à-dire, en silence, en prière dans la « chambre haute » de Jérusalem. Que la liberté que nous retrouvons après ce confinement ne soit pas une dispersion, mais le besoin d’une vraie prière intime avec Dieu dans la chambre haute de notre Cœur.

C’est là que Jésus a vécu la semaine Sainte, juste avant sa passion, une prière ample et brûlante. Cette prière de la jeune communauté du Cénacle, nous l’avons entendue, nous la reprenons à notre compte et nous la prolongeons dans l’attente de la Pentecôte, pour accueillir une nouvelle Pentecôte de l’Esprit Saint dans notre Vie.

Croyons que le temps qui se termine est un temps qui va porter du fruit. Nous avons prié pour nos familles, nous avons prié pour les défunts, nous allons panser les blessures et nous allons repartir différents. L’Esprit Saint va nous redonner le sens de la Vie présente et à venir !

Dans joie de nous retrouver en cette eucharistie, gardons cette allégresse comme nous y invite saint Paul dans la deuxième lecture !

À quelques jours de Pentecôte, gardons le CAP ! Demandons, comme les Apôtres en Prière au Cénacle avec Marie, la force de l’Esprit Saint ! C’est Lui, l’Esprit de Vérité qui nous fait comprendre toutes choses, c’est Lui qui nous fait connaître et découvrir notre Dieu : Père, Fils et Esprit Saint !

Ainsi soit-il !              

 

Homélie du vendredi 22 mai 2020, 6e semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, maison paroissiale, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 16, 20-23a. Actes des Apôtres 18, 9-18. Psaume 46.

 

Aujourd’hui, Jésus nous parle de « peine » et aussi de « joie » ! … comme si ces deux sentiments, ces deux expressions pouvaient être comparables.

Nous restons dans la tonalité de la fête que nous avons vécue hier : l’Ascension de notre Seigneur : cette joie de Le voir au ciel et en même temps la peine de la séparation !

Dans cet évangile d’aujourd’hui, nous sommes encore, dans le long discours après la Cène ! Jésus vient de laver les pieds des disciples et de vivre la première eucharistie. Alors que Judas est parti commettre son méfait, Jésus tente d’expliquer aux Apôtres ses dernières recommandations. 

Comment ont-ils reçu ses paroles mystérieuses ? Il leur faudra le temps ! L’expérience la mort et la résurrection du Messie est essentielles, mais le don de l’Esprit-Saint est indispensable sera l’instant de vérité et le début de la Mission.

Pour mieux leur faire comprendre ce qui est en « devenir » ou en « gestation », Jésus prend un exemple tout simple : celui de la femme sur le point d’enfanter !

" La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée."

Cette parole du Seigneur est inépuisable : c’est une parole venue du tréfonds de l'expérience humaine. Aussi loin que remonte l’humanité, nous savons que l’enfantement est toujours un moment éprouvant, difficile et, en même temps, vécu dans la joie de l’enfant qui vient de naître.

L'image de la femme qui enfante dans la souffrance était déjà connue du Premier Testament. 

- Dans le livre d'Isaïe : elle décrit la cité sainte, saisie par les douleurs et donnant le jour à un peuple nouveau, au temps du Messie.

- Ou encore ! La femme qui enfante, c'est la communauté des disciples directs de Jésus : leur souffrance, lors de la mort du Christ, ne sera qu'une épreuve provisoire, transitoire. Bientôt ils se réjouiront que Jésus, nouvel Adam, soit passé au monde définitif, au monde de son Père.

- La femme dans les douleurs, c'est également l'Église, en bute tout au long du temps à la persécution du "monde", au sens johannique, c'est-à-dire au monde du refus !

- C’est aussi la femme dans l’Apocalypse sur le point d’enfanter et l’on voit la Bête qui s’apprête à dévorer l’enfant.

Nos souffrances, celles que nous venons de vivre avec l’arrivée du virus, comme les souffrances de l'Église demeurent mystérieuses ! La souffrance n’est pas une fin en soi, mais elle peut être transformée, mystérieusement, par une grâce particulière, en une expérience de grande fécondité ! Attention ! La souffrance n’est pas à rechercher pour elle-même !

« Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie ! ». Saint Paul nous dit la même chose : " J'estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. " (Romains 8,18) Quand Jésus parle de cette joie que personne ne pourra nous enlever, en réalité, il parle de la Vie éternelle au Ciel. 

La fête de l’Ascension que nous avons vécue hier est bien ce chemin vers le Ciel que le Christ veut nous montrer et qu’il souhaite que nous prenions !! C’est ce pour quoi nous sommes faits : le Ciel !

Nous pouvons, là encore, établir une analogie de l’enfantement : si la “Tête“ c’est-à-dire le Christ est monté au Ciel, tout le corps, c’est-à-dire l’Église, notre communauté, montera également à sa suite vers le Ciel. 

Demandons au Seigneur la grâce d’être renouvelés dans la force de l’Esprit-Saint, dans l’espérance que le Seigneur veut mettre en chacun de nous. Demandons cela durant cette neuvaine qui nous mène à Pentecôte, pour nous-mêmes et pour nos familles, nos communautés et pour le monde :

Viens, Seigneur ! Viens me fortifier, en traversant mes peurs et mes tristesses.

Redonne-moi ta joie que personne ne pourra me ravir. Permets-moi, par ton Esprit Paraclet, de mieux te connaître et de comprendre la route que tu me proposes et l’audace de te suivre !

Ainsi soit-il

Homélie du jeudi 21 mai 2020, Ascension du Seigneur, année A.

Messe célébrée à Grenoble, maison paroissiale, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 28, 16-20. Actes des Apôtres 1, 1-11. Psaume 46.

Lettre aux Éphésiens 1, 17-23. 

 

Cette fête de l’Ascension exprime une réalité importante de notre foi ! Nous le savons, mais sommes-nous complètement certains de mesurer véritablement ce qui se passe aujourd’hui ! 

 

Alors, comment comprendre cette fête ?

Je vous invite, très simplement, à réfléchir ensemble quelques instants, et à parcourir un itinéraire en quatre points, pour essayer de reconstituer l’histoire de Jésus et saisir, plus précisément, ce qui est en train de se passer et le sens de cette fête. Les voici :

    1- C’est à la fois, la fin d’un rêve et le début d’une espérance nouvelle. 

   2- C’est aussi un mystère d’absence et de présence.

   3- L’Ascension du Seigneur est l’achèvement de son incarnation.

   4- L’Ascension du Seigneur est une promesse, la promesse du don de l’Esprit Saint, qui est le début de l’Église. Nous aurons l’occasion, dans les jours à venir, d’approfondir ce quatrième point.

 

- Premier point : C’est la fin d’un rêve

Pour les Apôtres, c’est la fin du rêve d’un rétablissement du royaume d’Israël tel qu’il avait existé au temps de la puissance du roi David. Comme le souligne le récit des Actes des Apôtres que nous venons d’entendre en première lecture, les disciples avaient encore ce rêve, même après l’arrestation de Jésus, sa mort et sa résurrection. Bien que Jésus ait passé quarante jours à les préparer, ils ne comprennent pas encore et, au moment où ils sont réunis autour de Jésus, ils lui demandent : “Seigneur est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir la royauté pour Israël ?“ (Ac 1,6). 

La trahison de Judas, l’arrestation, la Passion, la Mort et la Résurrection de Jésus n’ont pas complètement ruiné cet espoir. De fait, nous le savons bien, Jésus ne rétablira pas le royaume d’Israël selon un désir humain ! Mystérieusement, ce rêve existe toujours à notre époque ! Nous aimerions tellement que d’un claquement de doigts, notre monde, nos sociétés changent et que Jésus règne sur notre terre, tel un monarque omnipotent ! Ce n’est pas le plan de notre Seigneur ; c’est nous qui devons changer le monde, en commençant par nous !

L’Ascension est bien la fin d’un rêve et le début d’une espérance nouvelle !

Pourquoi ? 

Celui qui monte au ciel devant les yeux ébahis de ses disciples, n’est pas celui qui nous abandonne, il est celui qui nous entraîne à sa suite, Il nous guide vers notre devenir ! Quand nous le voyons « s’en aller » comme les disciples l’ont vu « disparaître », nous pouvons certes, être troublés, saisis de crainte, peut-être même de doutes. Qu’allons-nous devenir s’il n’est plus là ?

Jésus leur avait dit pourtant, pour les préparer : “Il est bon pour vous que je m’en aille“ (Jn 16,7), sinon vous n’aurez pas l’Esprit Saint. Il est bon pour vous que je m’en aille… pour que vous preniez pleinement vos responsabilités. Littéralement, vous devenez “le corps du Christ“ et vous serez à la fois, mes mains, mes yeux, mon cœur, mes lèvres, pour annoncer le règne de Dieu, la puissance de Dieu dans la vie de chacun de nous.

Jésus nous quitte, non pour nous abandonner, mais pour assurer à l’humanité une présence infiniment plus large ! Il ne s’agit plus simplement d’être au milieu de quelques centaines de personnes, il y a presque deux mille ans, mais d’être présent à l’humanité tout entière (un peu plus de 7,6 milliards aujourd’hui), à travers l’espace et à travers le temps. 

Cela devient possible par la puissance de l’Esprit manifesté à travers la vie de son Corps qui est l’Église, dont nous sommes les membres. Nous sommes le corps du Christ, et le Christ est la tête ! Notre espérance est là ! C’est notre certitude !

Comment pouvons-nous traduire cela ? C’est un peu comme une naissance : “Là où la tête est passée, là aussi le corps tout entier passera !“(Les mamans qui ont vécu un accouchement, comprennent tout à fait ce que je suis en train de dire !)

Au moment de sa montée vers son Père et notre Père, il nous confie avec audace cette mission : "Allez de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit".

Les Apôtres de Jésus vont donc partir, de siècle en siècle, jusqu'au bout de la terre, jusqu’aux périphéries de nos sociétés. Non pas pour rassembler des disciples autour de théories humaines, mais poussés par l’Esprit Saint, pour annoncer le Christ, mort et ressuscité !

C'est bien cette mission de Jésus qui continue aujourd’hui. Il ne nous laisse pas seul :’ Il est lui-même présent,à l'œuvre avec ses envoyés : "Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde". 

La promesse est solennelle : tous les mots portent, et nous sommes tous concernés. "Je suis avec vous", dit Jésus, quoiqu’il arrive, quoi que nous puissions faire ! Le Christ est avec nous tous, baptisés au nom du Pèredu Fils, et du Saint-Esprit !

 

- Deuxième point : Mystère d’absence et de présence.  Dans les Actes des Apôtres, nous pouvons lire : “Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel.“

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Jésus est avec nous "jusqu'à la fin du monde" ! Notre société, notre époque et ses aléas parfois si contradictoires, ne doivent pas nous impressionner ou nous tétaniser. Pour nous, les chrétiens, ce n’est pas le moment d’être dans une attente stérile ou peureuse ! Être chrétien, c’est aussi agirc’est oser avancer avec audace, en gardant le cap sans craindre l’avenir

Pourquoi ne faut-il pas craindre l’avenir ? Parce que ce monde n'est encore qu'à l'aurore de la foi, - seulement 2000 ans ! Jésus est le Seigneur du temps et de l'histoire, il donne rendez-vous aux hommes et aux femmes de tous les temps. 

Le monde a tant besoin de témoins du Christ qui osent témoigner du sens véritable de la vie, telle que nous la découvrons en Dieu !

Notre espérance peut être de temps en temps éprouvée ! Nous venons de vivre une période un peu compliquée avec cette pandémie ; pourtant, ce n’est pas la fin du monde ! Notre vie continue… sans doute un peu différente. Dans notre histoire, Jésus est toujours présent. 

Jésus est avec nous "tous les jours" ! Cela n’est donc pas une promesse, mais une réalité ! C'est sa présence au quotidien qui donne un sens à nos projets, à nos efforts, à tous nos gestes de charité, de compassion et d’amour que nous donnons autour de nous. Jésus est présent aux moments des grandes joies de son Église ; mais il l’est tout autant quand l'Église peine à trouver sa route, qu'elle doit “ramer contre vents et tempêtes“, ou ramer à contre-courant.

 

- Troisième point : L’Ascension du Seigneur est l’achèvement de son Incarnation pour un retour au Père !Prenons une image ! Noël et l’Ascension décrivent une même verticalité !  L’Ascension est comme le pendant la Nativité : à Noël, Jésus vient dans notre humanité, un petit bébé, tout comme nous, excepté le péché. À l’Ascension, c’est le sens inverse : Jésus quitte notre temps humain et remonte vers son Père. Dès ses premières pages, l'Évangile de saint Matthieu s’ouvre sur cette incroyable espérance : celle de la naissance de l'enfant de Bethléem qui venait au monde pour être l’Emmanuel : Dieu avec nous. Ce même Évangile se referme, en cet aujourd'hui de l'Ascension, sur cette même assurance, cette même certitude étendue à toutes les nations et à tous les siècles que le Christ est toujours avec nous : aujourd’hui, hier et demain !

Le Christ est toujours avec nous, Il est l’Emmanuel ! Il reviendra dans la gloire.

 

- Quatrième point : que devons-nous retenir pour nous, ce matin ? 

Tout cela à la fois ! 

L’Ascension est l’annonce d’une espérance nouvelle, mais surtout et en plus, la promesse du Don de l’Esprit Saint : Dieu ne nous laisse pas seuls ! L’Ascension est l’annonce d’une espérance nouvelle, car elle nous invite à vivre notre propre Pentecôte, toujours renouvelée, toujours saisissante, toujours enthousiasmante ! 

N’ayons aucun doute ! N’ayons aucune peur !

Certes, par le baptême, nous avons reçu le don de l’Esprit Saint, don réactivé lors de notre confirmation. Chaque acte liturgique est une nouvelle Pentecôte. Tous les sacrements vécus dans la foi, sont une nouvelle Pentecôte Cette certitude nous procure une joie profonde ! C’est l’Esprit Saint qui nous permet de prier, de proclamer le Notre Père, qui nous permet de reconnaître Jésus dans l’Eucharistie. C’est Lui qui vient habiter en notre cœur et porter notre espérance.

À partir d’aujourd’hui, et cela jusqu’au jour de Pentecôte, neuf jours vont s’écouler, c’est le temps d’une neuvaine !   

Je vous invite à vivre profondément, en communion les uns avec les autres, à entrer dans cette Neuvaine originelle ! Chaque jour, une, deux, dix fois par jour peut-être, le matin, le soir, dès que vous le pouvez, je vous invite activement à demander d’être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint. Nous pouvons être fatigués, angoissés, ou être habités par le doute… Avec confiance, redemandons la force de l’Esprit Saint pour être renouvelés dans les grâces, les cadeaux que Dieu veut nous donner !

Portons autour de nous cette certitude que Dieu ne nous abandonne pas ! 

C’est la prière que nous pouvons avoir, déjà pour aujourd’hui et les neuf jours qui nous séparent de la Pentecôte. Prions pour nous tous ici rassemblés, présents, et aussi pour celles et ceux qui n’ont pas pu être là, pour les membres de nos familles, nos amis et pour le monde entier, afin d’être tous renouvelés joyeusement dans les grâces et les dons de l’Esprit Saint ! 

Que Notre-Dame de l’Espérance nous accompagne toujours par sa prière !

Viens Esprit Saint, viens en nos cœurs, viens Esprit Saint, viens Consolateur !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 20 mai 2020, 6e semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, maison paroissiale, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 12-15. Actes des Apôtres 17, 15.22 à 18,1. Psaume 148.

 

Les lectures d’aujourd’hui sont d’une très grande richesse et demanderaient des commentaires assez développés, mais n’ayez crainte, je ne serai pas très long. J’ai donc prévu de m’attacher à la première lecture. Ce discours de saint Paul devant les Athéniens résonne toujours à nos oreilles d’une façon “particulière“ et il me semble qu’il est d’une très grande actualité.
    - Le contexte : Saint Paul a entrepris son deuxième voyage missionnaire. De l'an 49 à l'an 52, selon les spécialistes de saint Paul, celui-ci est engagé dans son deuxième voyage missionnaire, un voyage difficile qu’il commence à Antioche avec Barnabé, puis avec Silas en traversant la Turquie actuelle. Il va parcourir en marchant (voyage assez remarquable !) plus de mille kilomètres. Avec Timothée qui les rejoint, le groupe s’embarque pour la Macédoine, en évangélisant Thessalonique et Bérée pour se retrouver ensuite à Athènes, la capitale culturelle de la Grèce. 

Athènes est une des plus belles villes de l’époqueElle est pleine d’animation et la culture a une place importante comme nous pouvons le dire aujourd’hui pour les villes de Paris ou New York. Un réel foisonnement ! Les bâtiments sont magnifiques, les riches maisons sont sculptées en pierre blanche, il y a des théâtres et aussi des fontaines. Quel raffinement ! On y trouve aussi de nombreux temples où l'on adorait une multitude de divinités. Petits temples bien souvent avec colonnades et frontons sculptés et décorés. Chaque temple a son dieu ou sa déesse. Tous ces temples indiquent la religiosité des habitants.

  - Nous assistons à un discours exemplaire : Lorsque Paul commence à s’adresser aux personnes réunies autour de lui à l’Aréopage (petite montagne à côté de la ville d’Athènes), il se sert de la visite de cette belle ville pour en faire un point d’accrochage : « En effet, en parcourant la ville, et en observant vos monuments sacrés, j’y ai trouvé, en particulier, un autel portant cette inscription : ‘ Au dieu inconnu’ ».

Voilà le départ. Saint-Paul a le souci remarquable de rejoindre les auditeurs. Il va se servir de cet autel aperçu, pour révéler le Dieu qu’il connaît.

Autant, jusqu’ici on voyait Paul se faisant « juif avec les juifs », autant on le voit maintenant se faire « grec avec les Grecs » ; autant on l’entendait citer plein de passages de l’Ancien Testament et se référer à l’histoire d’Israël, autant maintenant à Athènes, nous sentons son adaptation au milieu païen pour pouvoir être compris. Son discours s’achève avec la proclamation de la résurrection du Christ de façon non équivoque. « [Dieu] a fixé le jour où il va juger l’univers avec justice, par un homme qu’il a désigné; il en a donné la garantie à tous en ressuscitant cet homme d’entre les morts. »

Ce discours est vraiment remarquable du point de vue de la communication, mais il n’est pas seulement un effort d’un bon communicateur, il est aussi la parole d’un véritable évangélisateur. Cependant, il y a un point de clivage entre la façon dont les grecs pensaient la mort et la résurrection corps et âme qu’il annonce. D’où le ricanement de certains auditeurs qui répliquent à Paul : « Là-dessus, nous t’écouterons une autre fois. » 


    - Comment comprendre ce passage, pour nous aujourd’hui qui souhaitons évangéliser ?

   Premièrement, Paul commence par faire le tour de la ville pour prendre connaissance du milieu dans lequel il se trouve. Il essaie de comprendre à qui il s’adresse. C’est un point important pour nous qui sommes invités à témoigner : Il faut s’ajuster à son auditoire.

   Deuxièmement, il cherche des ponts par lesquels il peut, avec l’Évangile, rejoindre les Athéniens dans ce qu’ils croient. C’est pourquoi, Paul ne part pas, contrairement à l’accoutumée, des affirmations bibliques pour s’adresser aux Grecs. Il part des éléments connus de leur culture par lesquels s’ouvre une porte d’entrée pour l’Évangile. 

   Et, troisièmement, Paul proclame le kérygme, il dit réellement qui est Dieu, pour lui : « Il est ressuscité, oui, cet homme est vraiment ressuscité » comme le chante notre liturgie pascale.
 

Peut-être avons-nous eu, nous aussi, l’occasion de témoigner et de constater qu’à la fin, nous n’avons pas été entendus ou compris… Ce n’est pas grave ! Le discours de Saint-Paul semble faire un flop, mais cependant, il fait mouche !Plusieurs, dans l’assemblée, ont entendu les paroles de Paul et elles les ont mis sur la route du Christ.

Frères et sœurs, demandons, à la veille de l’Ascension, la force, le discernement de l’Esprit Saint et une véritable audace pour annoncer Jésus, vrai homme et vrai Dieu, mort et ressuscité ! Là est la soif de nos contemporains !

Demandons cela pour chacun de nous, nos familles, nos paroisses et le monde !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 18 mai 2020, 6semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, maison paroissiale par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 26 à 16, 4a. Livre des Actes des Apôtres 16, 11-15. Psaume 149.

 

Nous sommes à quelques jours de la belle fête de l’Ascension, c’est-à-dire proche du départ de Jésus de cette terre. Il monte vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu. 

Les textes de ces jours nous invitent à un « flash-back », à ce temps très particulier du Triddum. Nous voilà au soir du Jeudi Saint. (Grâce à la liturgie de ce jour, nous pouvons revivre, un peu, ce que nous n’avons pas pu vivre ensemble à cause du confinement : la Semaine Sainte.)

Après la Cène, Jésus prononce ce très long discours devant les disciples encore attablés. Judas vient de quitter la table pour aller accomplir son triste méfait… 

En écoutant Jésus leur expliquer ce qui va lui arriver, je vous laisse imaginer l’étonnement des disciples. Il vient de leur dire qu’Il va les quitter, qu’ils seront exclus des assemblées et peut-être même tués. 

Pour supporter tout cela, Il leur annonce aussi qu’Il leur enverra le Paraclet, l’Esprit Saint qui va leur donnera la force du témoignage.

Il a évoqué, dans les versets précédents, l’image de la vigne et des sarments greffés sur cette vigne qui l’a amené à faire un long développement ; Il leur parle enfin de l’amour fraternel : "Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres". 

Pour Jésus, l’Amour est ce point de rencontre avec son Père ! Mais souvent face à l’amour, nous constatons parfois, l’indifférence, ou pire : la haine ! Le ton change, et c’est ce thème de la haine qui devient un élément central : "Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous". N’oublions pas que nous sommes à la veille de la Passion de Jésus.

Pour saint Jean, le monde dans lequel nous sommes est celui du refus ! Rappelez-vous son Prologue ! « La Parole de Dieu est venue dans le monde, et le monde ne l’a pas reçue. » La lumière est donnée, mais nous restons dans l’obscurité ; ce monde qui a poursuivi Jésus de sa haine avant de la reporter sur ses disciples. Et c’est à propos de cette haine du monde que Jésus, pour la troisième fois, nous parle du Paraclet. 

“Quand viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père,

l’Esprit de vérité qui procède du Père, il me rendra témoignage”.

Face à cette haine que Jésus annonce, Il nous fait une promesse. Cette promesse est à la fois importante et rassurante : nous ne restons pas sans aide !  

Le Paraclet (c’est-à-dire à la fois le défenseur, l’avocat, le porte-parole et l’intercesseur) nous sera envoyé par Jésus, et même conjointement par Jésus et par le Père. L’Esprit Saint, qu’il nous faut ardemment demander afin d’être renouvelés dans ses dons, est justement, le lien d’Amour qui unit le Père au Fils et le Fils au Père. C’est ce qui nous permet d’entrer dans la force et l’amour de la Trinité.

"Je vous l’enverrai", dit Jésus. Voilà sa promesse !

Depuis le jour notre baptême, nous avons, nous aussi, reçu le don de l’Esprit Saint. Nous ne l’avons ni mérité ni acheté… Non ! C’est un don, pour que nous puissions témoigner de l’Amour de Dieu ! Et jusqu’aux dernières secondes de notre vie terrestre, Dieu ne souhaite pas nous laisser sans une aide efficace ! C’est pourquoi, depuis l’eau vive baptismale et l’onction d’huile sainte, l’Esprit Saint est à nos côtés. 

À chacune et chacun d’ouvrir ses yeux, son cœur, de Le suivre !

Ne le cherchons pas au loin : l’Esprit est déjà en nous !

À quelques jours de la Pentecôte, demandons ardemment de nous laisser vraiment renouveler par la force de l’Esprit Saint afin de rendre un joyeux témoignage à notre monde qui en a tant besoin !                                                                                  

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 17 mai 2020, 6 dimanche de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, maison paroissiale par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 15-21. Livre des Actes des Apôtres 8, 5-8.14-17. Psaume 65.

Première lettre de saint Pierre Apôtre 3, 15-18.

 

Les lectures d’aujourd’hui, nous préparent déjà aux fêtes de l’Ascension et de Pentecôte ! Sans doute l’avez-vous remarqué ! Ce matin, nous sommes invités à nous interroger sur la troisième personne de la Trinité : « l’Esprit Saint » !

À quel moment sommes-nous dans l’évangile ? Nous sommes le Jeudi Saint, c’est-à-dire à la veille du Vendredi Saint ! Oui, nous faisons un large bond en arrière. 

Jésus interpelle ses disciples (et nous interpelle) dans son discours d’adieu : pendant ce long discours, après la Cène, au moment où Judas a quitté la table pour aller le dénoncer, il annonce à ses disciples qu’il va les quitter. La façon dont Jésus s’est exprimé a dû sembler étrange et mystérieuse pour les disciples. 

Les Apôtres ont-ils saisi les paroles de Jésus ? Pas certain ! Dans tous les cas, il faudra le Dimanche de Pâques (la Résurrection) pour commencer à entrer dans le Mystère du Salut que Jésus propose ! Mais être témoin de la résurrection ne sera pas suffisant. Jésus ressuscité pendant 40 jours va encore enseigner les disciples, et ceci jusqu’au jour de l’Ascension. 

Après sa montée vers « son Père et notre Père », les Apôtres seront seuls. Ils vont revivre, à nouveau, une nouvelle absence du Christ. Leur premier réflexe sera de s’enfermer et de se protéger par peur de ce qui les entoure (dans laChambre haute). Il faudra attendre le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte (le temps d’une neuvaine) pour que les disciples comprennent, enfin, comment Jésus peut être présent dans leur vie, bien qu’ils ne le voient pas. 

C’est exactement cette même expérience de foi à laquelle nous sommes invités, nous qui ne verrons jamais le Christ de nos propres yeux en ce monde, et qui devons expérimenter sa présence sous une forme non visible. Cependant, cette promesse du Christ de ne pas laisser ses disciples orphelins s’applique à son Église, pour chacun de nous, tout au long de son histoire, depuis le jour de la Pentecôte jusqu’à la fin des temps. Comment cela se fera-t-il ? Par le Don de l’Esprit Saint !

Alors quel est ce don ? Qui donc est cette troisième personne de la Trinité ? 

C’est ce qu’il nous faut approfondir. Que pouvons-nous dire de l’Esprit Saint ?

Il est la troisième personne de la Trinité, il est Dieu, DON DE DIEU ! Il est reçu à notre baptême, renouvelé au jour de notre confirmation ! C’est un DON, et non un  ! Jamais, ni par l’intelligence ni par l’ascèse, on ne pourra le gagner, ni le saisir, ni le capter, ni le mériter. C’est un don offert, sans aucun mérite de notre part.

Nous prions régulièrement le Père (en récitant le Notre Père) ! Nous connaissons le Fils (à travers les Évangiles) ! Mais comment prions-nous l’Esprit Saint ? 

Comment faisons-nous pour le découvrir ?

Par la prière, certes ! ! Mais particulièrement comment faire ? Avez-vous retenu la réponse de Jésus. Il nous indique une voie : pas par ‘un faire’, mais par l’amour ! « Si vous m’aimez ! » dit Jésus. Jésus nous précise aussi que c’est l’Esprit Saint qui va nous permettre de comprendre et d’entrer dans cette relation trinitaire. C'est précisément l'Amour qui les unit l'un à l'autre, le Père au Fils et le Fils au Père. Nous découvrons (même si nous avons du mal à le comprendre), que la façon de prier l’Esprit Saint est d’aimer et de se laisser aimer.

La suite du discours d’A-Dieu de Jésus précise les fonctions que ce Défenseur remplira auprès des disciples : il leur rappellera les enseignements de Jésus, les actualisera à travers l’espace et le temps, leur en montrera la valeur définitive ; il les leur fera comprendre de plus en plus profondément et ainsi les conduira vers la Vérité tout entière ; Il les rendra capables de témoigner de Jésus avec courage (et parfois même jusqu’au martyr), de répandre son évangile parmi tous les peuples tout en leur permettant de confondre les mensonges de ce monde

C’est bien ce que Satan (le Diviseur) essaie de pervertir en faisant croire que l’amour peut se vivre de façon à la foi égoïstement et superficiellement ! Cela n’est pas l’Amour, mais un amour possessif et mensonger !

L’Amour que Dieu est tout autre ! Il est Don de soi et accueil de l’autre ! À nous d’aimer véritablement comme Dieu aime !

Accueillir l’Esprit Saint, nous permet de croire, de prier, de vivre pleinement les Sacrements de l’Église.

C’est toujours Lui qui anime l’Église ! Il est compris comme un souffle d’amour qui conduit l’Église ! 

Il nous permet de comprendre que ce Pain consacré est réellement le Corps du Christ, Jésus ! 

L'Esprit Saint m'invite à ne jamais désespérer, ni des autres, ni surtout de Dieu, ni même de moi-même !

Nous disons que l’Esprit-Saint est un souffle ! Prenons une image ! 

Imaginons un immense voilier conçu par un ingénieur génial ! Pour voguer, il peut disposer de belles voiles, il peut même disposer d’un équipage de grands marins ... encore faut-il qu’on ait hissé les voiles, pour laisser le vent souffler et le faire avancer ! Sinon, il va rester à quai !

Notre vie n’est-elle pas à cette image ? Nous sommes des merveilles. Notre Dieu créateur a fait de nous des personnes uniques, mais ne nous arrive-t-il pas de rester immobiles en oubliant de hisser nos voiles ? 

Peut-être avons-nous peur de quitter le port et d’entrer en haute mer ? N’y a-t-il pas encore en nous une crainte de risquer notre vie au Souffle de l’Esprit Saint, et de refuser de nous laisser emporter dans la grande aventure de la Foi et de l’amour de Dieu ?

Frères et sœurs, demandons la grâce d’oser hisser les voiles de notre vie, de laisser l’Esprit Saint s’y engouffrer, de nous laisser emporter dans la grande aventure de la foi et de l’amour de Dieu !

Demandons, au cours de cette eucharistie, cette pleine capacité d’aimer, de nous laisser aimer, et d’annoncer le Christ par amour ! 

Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, Amen !

Homélie du vendredi 15 mai 2020, vendredi de la 5e semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, avec les sœurs de la compagnie Notre-Dame.

Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 12-17. Livre des Actes des Apôtres 15, 22-31. Psaume 56.

 

Ste Jeanne de Lestonnac (XVIIe siècle).

1re messe post-confinement. Jour de mémoire pour sa canonisation:

Canonisation : 15 mai 1949 par le Pape  Pie XII. Fondatrice de la Compagnie de Marie-Notre-Dame

 

 

Chères sœurs, en ce jour mémorable pour vous et l’Église, nous continuons notre méditation du chapitre 15e selon saint Jean. Je suppose que vous avez pris le temps de méditer ce texte magnifique ? Quelle richesse !

  Dans les lignes qui précèdent, que nous dit saint Jean de la part de Jésus ?

       1 – De rester greffé sur Jésus, comme le sarment sur la vigne !  

       2 – De "demeurez dans mon amour", dit Jésus aux disciples.

Aujourd’hui, nous sommes invités par Jésus, à faire un pas supplémentaire, à entrer dans une compréhension extraordinaire pour l’époque.

Nous entendons encore aujourd’hui le grand désir de Jésus : il veut (ni plus ni moins) que nous soyons ses amis ! Non pas des serviteurs, mais ses amis !

Mesurons-nous ce que nous entendons ! Ne sommes-nous pas trop habitués à cette invitation ?

Connaissons-nous, en vrai, l’étymologie du mot « Ami » ? « Ami » veut dire : « qui est aimé ». C’est beaucoup plus profond qu’une relation ou un copain avec lequel je partage un verre ou une ballade !

Je le redis : l’« Ami » est celui « qui est aimé » ! Dans la pensée de Jésus, l’ami est aimé, non pas par ses actions ou par sa beauté, mais aimé gratuitement, tel qu’il est, pour sa profondeur de l’âme, son devenir, intégrant la totalité de tout ce qu’il est.

Nous prenons ici conscience de tout le poids du terme « AMI » particulièrement quand cet amour est celui-là même de Dieu. Dire : « Ami », signifie aussi l’audace du « DON ». Lorsque Dieu nous dit que nous sommes ses amis, Il nous invite à la réciprocité.  

Littéralement : "Ce qui est à moi est à toi et ce qui est à toi est à moi." comme nous le dit Jésus. 

C’est cette intuition que nous retrouvons dans la manière de vivre de la première communauté chrétienne, les amis partagent tout leurs biens. (Actes des Apôtres 2). C’est aussi ce que vous êtes invités à vivre, chères sœurs, dans la radicalité de votre vocation.

Le Christ fait de nous ses amis en nous faisant connaître tout ce que son Père lui a dit. Cette amitié était inimaginable pour l'homme : comment oser dire à Dieu qu’il est un ami ?

C'est pourquoi il fallait que ce soit le Christ Lui-même qui nous le dise et nous choisisse, comme Il vous a appelées, chères sœurs, au service de l’Évangile, pour la prière, pour être témoins dans le monde. 

Ce sont ces critères d'authenticité de notre foi chrétienne. 

Par ailleurs, connaissez-vous d'autres religions où l'homme est choisi comme un véritable ami par Dieu ? A-t-on vu un maître donner sa vie pour son esclave ?

C’est cela qu’il nous faut sans cesse redécouvrir !

J’ai pris le temps, entre différentes rencontres, de lire les différents ouvrages que vous m’avez prêtés sur la vie de votre fondatrice. Son histoire est passionnante ! J’ai retenu que c’est aussi ce que sainte Jeanne de Lestonnac, dans son projet de vie, veut retransmettre aux religieuses qu’elle envoie pour la fondation de la seconde Maison de l’Ordre. Elle puise dans le geste fort du lavement des pieds, lors de la Cène, cet amour d’amitié, cet amour de service, cet amour de don, cet amour qui aime comme Dieu aime ! (Jn 13, 33-34)

Je retiens d’elle cette citation :

« Il n’y a rien que je vous recommande avec tant d’affection que l’amitié entre vous et la conformité de vos volontés dans l’observance exacte de l’Institut, pour conserver vos âmes en paix et en union avec Dieu qui vous rendra aisé, par son amour tout ce qui semble difficile ». (Histoire de l’Ordre des religieuses Filles de Notre-Dame, p 429)

       Chères sœurs, rendons grâce pour l’amour dont sainte Jeanne de Lestonnac a été aimée par Dieu et qu’elle a su vous transmettre, de génération en génération depuis le XVIIe siècle. Rendons grâce pour votre congrégation et sa fondatrice ainsi que pour ce que vous transmettez vous-mêmes autour de vous par votre rayonnement dans la disponibilité, la prière et votre compassion.

                                                                                                                    Ainsi soit-il !

"Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur"
 
Année A - 5 avril 2020

 

        imageÀ la question : « Comment mieux comprendre le récit de la Passion ? »

 

(approfondir en cliquant sur les liens)

            Je vous invite, en premier lieu, à une lecture approfondie de la Lettre aux Philippiens, que nous lisons en deuxième lecture !

            Pouruoi ? La clef et le meilleur commentaire possible de la Passion, nous le trouvons dans l'admirable chapitre 2 de cette lettre de Paul aux Chrétiens de la ville de Philippe, (ville antique de Macédoine orientale – Grèce - , fondée par Philippe II en 356 av. J.-C).

         Il s'agit d'un hymne christologique* qui nous trace en quelques lignes un tableau grandiose de tout le mystère pascal que nous allons célébrer cette semaine.

         Il est très important pour nous de ne jamais perdre de vue tous les éléments de ce mystère pascal, qui comprend, inséparablement, la passion du Christ et sa Résurrection.

         Si Isaïe nous montre comment dans la passion, il (le Serviteur souffrant) « se laisse instruire », il subit et souffre. Saint Paul nous rappelle qu’Il (Jésus) s’est « abaissé ». Alors qu’il est de condition divine ! Il s'est dépouillé, il s'est anéanti, se faisant obéissant jusqu'à la mort sur la croix.

         Descendu de la croix – émouvante Pietà –, enseveli. « Tout est consommé ! », a-t-il dit.

         Et c'est, dit-il, précisément parce qu'il a renoncé à faire valoir tout droit, qu'il a pu tout recevoir comme don, et que le Père l'a ressuscité. ⇒ La Vie a vaincu la Mort !

          Dans notre liturgie chrétienne, nous ne célébrons jamais un Christ mort. Nous célébrons toujours le Christ ressuscité ! Lui, le Christ qui est passé par la mort, mais que le Père a ressuscité !

         Dans la foi, monté aux cieux, il est à la droite du Père et il intercède pour nous. Et c'est pourquoi ce mystère demeure toujours pour nous le fondement de notre espérance.

         Avec le Christ, c’est tout le peuple des souffrants, des découragés et des persécutés (et nous pourrions dire, des confinés) que nous cherchons à accompagner.

         Malgré nos propres croix que nous portons souvent avec difficultés, notre vie est précieuse et cette vie a un sens véritable, car Dieu lui-même nous redit sa valeur !

NE L’OUBLIONS PAS ⇒ IL A DONNÉ SA VIE POUR NOUS !

         Tout au long de cette Semaine Sainte (seul, en famille, en collocation…, mais toujours en communion les uns les autres !) suivons Jésus, le Messie, sachant que si ce chemin passe par le jardin de Gethsémani et le Golgotha, il conduit aussi au sépulcre ouvert du matin de Pâques.

            Ainsi soit-il

                     par + Patrick Gaso

* « hymne christologique » : un chant dans lequel toute l’attention est centrée sur les « sentiments » du Christ, c’est-à-dire sur sa façon de penser et sur son attitude concrète et vécue. (Audience Benoît XVI)

Une Semaine Sainte inédite !

Une méditation du père Patrick Gaso :

       

image       Ces derniers jours, le téléphone de la Maison Paroissiale a sonné de nombreuses fois ! Certains appels étaient des messages d’amitié et de soutien, d’autres posaient de bonnes questions !

       ⇒  Allons-nous vivre à l’église les offices de la Semaine Sainte ? Comment récupérer des branches de rameaux ? Comment me confesser ? Comment allons-nous faire pour vivre un vrai triduum Pascal ? Et bien d’autres encore…

       Bref, des questions légitimes et pertinentes !

       Dans la situation d’isolement que nous vivons, je vous laisse imaginer une certaine déception ! Ne pas pouvoir se rassembler en Paroisse pour célébrer cette Semaine Sainte, recevoir une branche de buis, vivre le lavement des pieds, la Sainte Cène, le feu Nouveau, le Reposoir… recevoir les sacrements… partager la joie du Christ ressuscité… quelle déconvenue et agacement pour certains ! Oui, sans aucun doute ! Tous ces manques sont une véritable épreuve qui nous attriste. Cependant, toute privation nous invite à des opportunités à saisir !

       La situation dramatique que certaines familles vivent actuellement, notre confinement éprouvant nous oblige à creuser davantage le sens de cette Semaine si particulière. Nous sommes invités à nous mobiliser dans notre foi personnelle et à être inventifs pour vivre cette foi : seul, à distance, en famille… La situation actuelle nous invite à faire de notre maison, notre appartement… une petite église !

            Il est intéressant de noter que la Pâque juive (telle que Jésus l’a vécue) est essentiellement une liturgie familiale.

       Nous allons vivre, selon nos moyens, des célébrations et un approfondissement de notre foi dans cette église domestique, que nous formons dans nos foyers !

       image             À la question : Comment vivre cette Semaine Sainte ?                    

       Dans cette situation de crise, nous pouvons découvrir que Pâques, tel que le Christ et ses disciples l’ont vécue, contient une dimension de confinement !

       D’abord pour le Christ lui-même, car à Gethsémani, il vit une agonie qui contient angoisse et tristesse. À partir de son arrestation, le Jeudi Saint, il est seul. Il est de plus en plus privé de liberté : d’abord prisonnier, puis attaché à une colonne et finalement crucifié sans même pouvoir bouger les mains et les pieds. Au Vendredi Saint, seul et abandonné, il nous apprend cette intimité avec son Père et la force du Pardon.

       Le mystère du Samedi Saint est le confinement dans son absolu, la mise au tombeau, avec l’âme du Christ qui descend aux enfers où sont retenues prisonnières les âmes des justes. C’est de ces ténèbres que vont jaillir la lumière pascale et la vie nouvelle et immortelle.

       C’est tout cela que nous sommes invités à vivre, d’une manière renouvelée, peut-être parce que nous sommes moins sollicités, moins dispersés ! Peut-être aussi, et c’est ma prière, que nous prenions un vrai temps de « pause » avec Jésus ! La méditation de la Passion du Christ est cette invitation à contempler et vivre avec compassion, la souffrance et la mort tout en gardant un vrai regard d’espérance.

       Dieu nous rejoint dans toutes nos souffrances, petites et grandes ! Il est proche ! Il compatit ! Il nous encourage dans un don de nous-mêmes. Il nous redit qu’il est vainqueur sur toutes nos morts. Qu’il est le Chemin, la Vérité et la Vie !

Pas à pas, jour après jour, autrement, osons vivre ensemble cette semaine Sainte.

       Gardons ces liens de la charité et de l’espérance : prière personnelle et familiale, charité partagée avec les voisins et les amis, attention aux uns et aux autres, savoir consoler et accepter d’être aidé, remercier pour le dévouement des soignants, exprimer une vraie confiance en Dieu, dans la force de l’Epsrit !

        Belle et surprenante Semaine Sainte à tous !

              Bien fraternellement

                     + Patrick Gaso

image

 

      Nous sommes en « Urgence sanitaire », vient de nous redire le Premier ministre en ajoutant, à minima, 2 semaines d’isolement supplémentaires qu'il annonce déjà difficiles. Les 5 continents sont presque en totalité confinés. Du jamais vu ! Un « être » invisible menace notre humanité. Il menace nos voies respiratoires. Tous les jours, les statistiques mondiales tombent. Une « guerre biologique », au sens figuré, devenue réalité. 

      Comment décrire ce virus sournois et virulent ? Il se faufile dans les accolades, dans les poignées de main et, à ce qu’il paraît, jusque dans l’air que nous respirons. C’est un petit microbe insignifiant, et pourtant, après avoir semé la désolation et la mort en Asie, il parvient à mettre à genoux le système sanitaire de chaque pays ! Il suspend le temps, les vies, le travail, les projets, les amours. Il met sous cloche des nations entières, privant ses citoyens des libertés fondamentales, fermant des écoles dans toute l’Europe, mettant en panique l’économie des petits comme des grands.

      Chaque jour, il fait fondre en larmes des infirmières, des médecins, du personnel soignant qui eux-mêmes tombent malades. Il met sur la paille des entrepreneurs, des commerçants, des restaurateurs... Il fragilise des familles par une promiscuité étouffante. Il fait balbutier autant les politiques que les experts ! Il touche sans distinction, nantis ou pauvres, autochtones ou migrants. Il accule des familles à vivre des deuils où les amis et les proches seront absents.

     L’horreur absolue ! Pourquoi Seigneur ? Combien de temps encore ? Vais-je tenir le confinement ? Suis-je touché ? Je m’inquiète pour ma famille…

                Ce qui est mis à l’épreuve, ici, c’est aussi notre espérance !

      Comme beaucoup, vendredi soir, je viens de vivre par Internet, la bénédiction "Urbi et Orbi" prononcée par le pape François. Célébration exceptionnelle d’un homme seul sous une pluie battante, face à une place Saint-Pierre entièrement vide.

      Commentant l’épisode de la Tempête apaisé (Mc 4, 35- 41), il a commencé ainsi : « Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble. » (Suite de l'homélie du Pape François sur ce lien)

      En dépit du confinement, nous avons à faire le choix d’avancer « ensemble ». C’est un véritable défi quand la crise où nous sommes nous met tout à l’envers.

      Il y a ceux qui sont dedans ! Pas question de sortir. Au contraire, il est question de demeurer, de rester chez soi. Chose parfois bien difficile pour mille raisons justes, y compris le chagrin ô combien lourd d’avoir des proches et des amis gravement malades, mourants. Mais ce douloureux sentiment d’impuissance devient aujourd’hui un combat collectif, une vraie solidarité, en faveur de la vie de tous.

            Il y a ceux qui sont dehors au service de tous : soignants, éboueurs, caissières, boulangers, cuisiniers, agriculteurs, informaticiens, magasiniers, livreurs, chauffeurs, militaires, policiers… et bien d’autres que j’oublie. Toutes ces personnes que nous applaudissons avec raison tous les soirs. Habituellement, ils nous sont pour la plupart peu visibles, mais ce sont eux qui portent notre quotidien.

      Il a suffi de quelques jours pour que la certitude devienne incertitude, que la force devienne faiblesse, que le pouvoir devienne solidarité et concertation. En silence, nous pouvons nous retourner en nous-mêmes et comprendre la valeur des mots solidarité et vulnérabilité.

      Dans cette prise de conscience, nous sommes tous invités à une plus grande solidarité et à une plus grande communion.

      Après cette première semaine où nos habitudes ont été violemment bousculées, ce temps de confinement est pour tous l’occasion de vivre une vie plus sobre, plus simple, plus respectueuse de mon attention à l’autre. »

      Nous avons aussi à transformer ces semaines en moment d’intériorité. Ne nous laissons pas étourdir pour un flot d’informations le plus souvent anxiogènes.

      Profitons-en pour lire la Parole de Dieu et pour prier les uns pour les autres. »

 

      Laissons Dieu parler à notre cœur. Questionnons-nous sur notre monde, sur le fonctionnement de notre société, sur notre manière de vivre et sur notre rapport aux technologies. »

      Ce virus veut nous couper le souffle, mais il ne parviendra pas à nous priver d’initiative et d’audace. Il ne parviendra pas à nous priver du souffle de Dieu, du souffle de l’Esprit !

               Restons bien en communion de prière et attentif à tous

                                        + Patrick Gaso


 

Oui Seigneur, en toi j'ai mis ma confiance! (à écouter ! Désolé pour la pub avant)

https://youtu.be/7MY6HRFe32Q

https://youtu.be/YkOxVGwHOuw

Dimanche 29 Mars 2020
5e Dimanche de Carême
1ère lecture : Ezékiel 37,12-14
2ème lecture : Romains 8,8-11
Évangile : Jean 11,1-45

   

    En ce cinquième dimanche de carême, l’Église nous propose trois lectures complémentaires afin de préparer les fêtes pascales. Ces lectures nous invitent à nous réjouir en fixant notre regard sur le Christ. Il révèle aujourd’hui dans l’Évangile qu’Il est source de vie, en rendant la vie à Lazare.

    Ces lectures nous font méditer sur le sens du baptême, naissance à la vie chrétienne et, aussi, sorte de renaissance, car nous passons, comme Lazare, de la mort à la vie.

    Comme nous le savons le baptême est un passage d’une vie mortelle à la vie éternelle avec et par Jésus Christ.  

    Dans la première lecture nous voyons que le Seigneur parle à travers le Prophète Ezékiel en disant « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple ». Dès le début, le Seigneur voulait nous faire sortir de notre situation mortelle à la vie et depuis notre baptême, nous sommes devenus « peuple » de Dieu, membres du Corps du Christ.

    Quant à la deuxième lecture, Saint Paul voulait faire comprendre aux romains en disant que « Nous sommes toujours sous l’emprise de la chair » mais grâce à notre Baptême, nous sommes devenus un homme nouveau.  L’Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus habite en nous et nous avons reçu ce même Esprit Saint par l’onction du Saint Chrême qui fait de nous fils et filles de Dieu.

    Dans l’Evangile, Jésus se dévoile en disant « Moi, Je suis la résurrection et la vie… ». À travers cette parole de Jésus, nous nous apercevons que la vie ne nous appartient pas. Nous ne sommes que des intendants, que de passage sur cette terre.

    Jésus rappelle à la vie Lazare qui était mort. Nous aussi, nous sommes morts par le péché mais à chaque fois que nous nous tournons vers Dieu, nous nous confessons. Dieu par Jésus nous rend la vie, nous fait renaître à une vie nouvelle.

    Nous sommes parfois occupés par notre vie quotidienne sans penser à notre vie spirituelle. Il est temps d’y penser. Jésus nous invite toujours à nous tourner vers Lui. Il veut nous rappeler qu’Il est source de vie.

    Nous aussi, comme Lazare, nous avons été morts mais grâce au baptême, nous sommes vivants, nous avons reçu la vie et à notre tour nous sommes invités à la partager, à témoigner de cette vie dans notre vie quotidienne. Quel que soit notre état de vie, Jésus aime chacun de nous tel il est. Il vrai que témoigner de Jésus, dans notre monde, n’est pas facile, cela nous coûte cher mais Il est toujours présent à nos côtés.  Il faut juste lui faire confiance. Il se dévoile qu’Il est « la vie ».

   Durant ce temps de carême, que chacun d’entre nous puisse découvrir et dire comme Marthe « Oui, Seigneur, je le crois, Tu es le Christ, le Fils de Dieu »

    Nous sommes invités à vivre ce carême comme un passage vers une vie plus juste, plus solidaire, plus ouverte à Dieu et aux autres. Avec le Christ, nous pouvons toujours triompher de nos peurs et retrouver le courage et l’espérance de repartir en avant. C’est chaque jour qu’il nous faut ressusciter avec lui.

    Que le Seigneur par son Esprit Saint ouvre nos oreilles et nos yeux pour accueillir cette vie   dans nos cœurs.

    Avec la situation actuelle que nous traversons, il est temps de nous réveiller, de sortir de nos tombeaux d’orgueil, d’indifférence, d’égoïsme. Unissons nos forces par la prière pour vaincre le mal. Rappelons qu’avec Jésus, c’est le bien qui aura le dernier mot, c’est l’amour qui triomphera toujours.

    Profitons de notre passage sur cette terre pour faire le bien en acceptant les œuvres de l’Esprit du Seigneur qui veut habiter en nous pour respecter la vie afin de préparer la vie éternelle auprès de Dieu

    Ayons le courage de sortir de notre tombeau pour vivre une vie nouvelle. Ne perdons pas l’espérance. Le Seigneur exauce toujours notre prière filiale. Soyons bienveillants les uns envers les autres et restons solidaires au sein de notre famille, de notre Paroisse, par la pensée et par la prière.

+ Dany Ramanatsitohaina  

image
Bénédiction « Urbi et orbi » - 27 mars 2020

Vendredi 27 mars – Place Saint Pierre

Sur le parvis de la basilique Saint-Pierre nocturne et désert, symbole d'un monde confiné, les paroles de François et la bénédiction du Saint-Sacrement

"Le soir venu..." (Mc 4, 35).

Ainsi commence l’Évangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber.

D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage. Cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. 

Dans cette barque, nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : "Nous sommes perdus" (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.

Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre le comportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est à l’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : "Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?" (v. 40).

Cherchons à comprendre. En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, qui s’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : "Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ?" (v. 38). Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : "Tu ne te soucies pas de moi ?". C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.

La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. 

Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésie avec des habitudes apparemment "salvatrices", incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité.

À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos ego toujours préoccupés de leur image. Et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.

"Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?". Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : "réveille-toi, Seigneur !".

"Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?". Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : "convertissez-vous", "revenez à moi de tout votre cœur" (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir entre ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. 

Et nous pouvons voir de nombreux compagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues, ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show, mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les événements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. 

Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : "Que tous soient un" (Jn 17, 21). Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insufflent l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la coresponsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière ! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes ! 

"Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ?". Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais.

Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. 

Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés. 

Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf. Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.

Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant notre soif de toute-puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance. 

"Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?" Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi – solide comme le roc – de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que, de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu. Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort aux cœurs. Tu nous demandes de ne pas avoir peur. Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs. Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête. Redis encore : "N’ayez pas peur" (Mt 28, 5). Et nous, avec Pierre, "nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous" (1ère lettre de Pierre 5, 7).

Homélie du lundi 25 mars 2020, Solennité de l’Annonciation du Seigneur, année A

Livre d’Isaïe 7, 10-14. 8, 10. Psaume 39.

Lettre de la lettre aux Hébreux 10, 4-10. Évangile selon saint Luc 1, 26-38.

 

Nous voici bien éloignés physiquement les uns des autres, mais pas en pensée ni en prière.

Chers frères et sœurs, alors que nous vivons ces temps difficiles, j’aimerais, avec vous aujourd’hui, m’arrêter quelques instants, sur les deux attitudes de Marie, au moment où l’ange est entré chez elle.

Alors que nous ne savons pas combien de semaines durera ce confinement, peut-être pouvons-nous demander, pour chacun de nous , la grâce de vivre ces deux attitudes !

  • La première attitude de Marie est la confiance : Marie fait confiance.
  • La deuxième attitude : Marie est audacieuse.

“Le sixième mois, l’Ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une bourgade de Galilée appelée Nazareth …“Un peu à l’improviste, l’ange Gabriel fait irruption dans la vie de Marie. Marie accueille avec confiance la parole de l’ange. Elle entend cette salutation. Bien que Marie soit préparée de toute éternité, Dieu attend d’elle un “oui“ ; un “oui“ libre, profondément libre ! À Nazareth, Marie fait confiance, elle n’a pas d’autre projet que de laisser faire Dieu dans sa vie et de trouver grâce auprès de Lui.

Si Marie est confiante, elle est aussi véritablement audacieuse.

Et nous, comment réagissons-nous habituellement, sommes-nous facilement confiants et audacieux ?

Si je demande à quelqu’un dans notre assemblée de me rendre un petit service : « Peux-tu faire ceci ou cela qui est important pour moi, peux-tu m’aider ? » Peut-être allez-vous me répondre : « Oui ! Peut-être, mais de quoi s’agit-il ? Est-ce que ce sera difficile, peineux ? Me faudra-t-il beaucoup de temps pour rendre ce service ? Et… pourquoi moi, suis-je le seul compétent ? » Il me faudra, assurément, expliquer le pourquoi, le comment et la durée

De fait, peut-être aurait-il été normal qu’à l’instant où l’Ange dit à Marie : « Tu vas enfanter le Sauveur, notre Seigneur », il ajoute, au « OUI » de Marie, pour la rassurer : « Ne t’inquiète pas Marie, je vais tout t’expliquer. Tu verras, tout va bien se passer ! 

  • Alors déjà, Joseph va être très surpris. Il sera contrarié. Pourtant, ne t’inquiète pas, il aura un songe et une bonne solution sera trouvée, même si, au départ, il pense te répudier. 
  • Et puis encore, vers le huitième mois de ta grossesse, ce fou de l’Empereur Auguste va instaurer un grand recensement ; il te faudra faire cette longue route jusqu’à Bethléem. Vous aurez peut-être du mal à vous loger, mais tu verras, tout ira bien ! 
  • Après la naissance de Jésus, des mages vont arriver, les bras chargés de présents… C’est normal ! 
  • Plus tard encore, l’autre fou d’Hérode va faire assassiner tous les jeunes enfants, et il vous faudra vous enfuir en Égypte. 
  • Jésus sera un enfant très obéissant, mais quand il aura douze ans, il va faire une fugue : il restera trois jours complets dans la Temple de Jérusalem, tu auras peur de le perdre, mais là encore, ne t’inquiète pas. 
  • Quand il aura trente ans, beaucoup de disciples vont se regrouper autour de lui, et le suivre ; ils vont sillonner les routes, puis, trois ans plus tard, il sera condamné à mort, il va mourir sur la Croix. Mais… ne t’inquiète pas : Il va ressusciter ! Il sera vivant pour toujours ! »

 

Nous aurions pu imaginer que l’ange prenne le temps d’expliquer à Marie tout ce qui allait lui arriver. Nous aimerions tous cette explication, mais… après son « OUI », simplement : “l’ange la quitta“

Marie n’a aucune garantie, aucun détail sur son avenir. Pourtant, elle donne tout, tout ce qu’elle est, complètement, totalement. Non seulement, Marie fait confiance, mais elle entre, pleinement, dans le plan d’audace de Dieu, pour elle, comme pour nous.

Frères et sœurs, demandons, ce matin, d’être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint. En ces jours, c’est Lui qui nous dévoile le mystère de Pâques, petit à petit. 

Demandons simplement de faire confiance à Dieu, même si, autour de nous, le monde est plein de contradictions, de controverses et de tristesses et que parfois, nous avons du mal à tout comprendre ! Faisons confiance à Dieu ! Comme Marie, méditons sa Parole !

Entrons dans l’audace de Dieu, pour nous, pour nos familles, pour notre Paroisse et pour le monde !

Que Dieu soit béni pour Marie, confiante et audacieuse !

Que Notre-Dame de l’Espérance nous guide.

AINSI SOIT-IL !

Une Homélie du père Patrick Gaso pour ce 4° dimanche de Carême

(St Jean 9, 1-41 - Guérison de l'aveugle-né)

Ce quatrième dimanche de Carême nous invite de passer des ténèbres à la lumière ! Et cela dans la Joie !

Dès la première lecture, nous pouvons être frappé par la façon dont Dieu regarde l’homme : « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur ».

Toute la liturgie chrétienne est cette invitation de passer des ténèbres à la lumière!

Pouquoi ? Pour que notre vie en son cœur soit illuminée ! Il y a donc une écoute, une décision, une action et peut-être même, un combat ! Comme nous le précise St Jean dans son Prologue : « La lumière est venue dans le monde ! Les ténèbres ne l’ont pas accueilli ! »

   Mais est-ce si facile de sortir des ténèbres, de sortir de nos obscurités ? Cela peut paraître surprenant : certains ne le veulent pas ! Incompréhensible ! Il sera même difficile d'essayer de convaincre ! Il nous reste le témoignage et la prière !

   Mais nous-mêmes, acceptons-nous si facilement la lumière ?

L’évangile d’aujourd’hui nous montre trois attitudes différentes devant Jésus, lumière du Monde ! Les Pharisiens, les parents et l’aveugle : nous assistons à 3 réactions différentes !

-->  Les Pharisiens s'enferment de plus en plus dans leur refus.

Au début, ils semblent admettre le fait de la guérison : "Comment as-tu recouvré la vue ? Mais ensuite les plus hostiles accaparent le débat et jettent le doute dans l'esprit des gens : "Après tout, qu'est-ce qui nous prouve qu'il était vraiment aveugle ?"

Lors du dernier interrogatoire, ils ne cherchent plus du tout la vérité. C'est le drame des Pharisiens : ils croient voir et savoir et pourtant, il se ferment à la lumière :

  • "Cet homme ne vient pas de Dieu ! La preuve, il guérit le jour du sabbat !
  • "Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur !"

-->  Les parents de l'aveugle-né sont interrogés. Ils SONT en demi-teinte avec la vérité:

"Oui ! Nous sommes certains que c'est bien notre fils et qu'il est né aveugle. Comment maintenant il voit, nous l'ignorons ! Qui lui a ouvert les yeux, nous l'ignorons ! Interrogez-le !

Les Pharisiens disaient : "Nous savons !"

Les parents disent : "Nous ignorons", et nous ne voulons pas savoir.


-->  Mais c'est l'attitude de l'aveugle qui doit nous interpeller davantage au cours de cette montée vers la lumière de Pâques.

D'abord il n'a rien dit. Il a perçu la présence de Jésus devant lui, sans le voir.

Il a entendu ensuite des paroles étranges : "Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde". Mais à quoi bon parler de lumière à un aveugle-né ?

C'est alors qu'il a senti la boue appliquée sur ses yeux, comme si Jésus voulait signifier par là: "le Créateur a fait l'homme avec la glaise du sol, et moi je le recrée avec un peu de boue".

Et l'aveugle a obéi. Toujours sans rien voir. Il s'est rendu à la piscine de Siloé, la piscine de l'Envoyé, il s'est lavé à la piscine indiquée par Jésus, l'Envoyé de Dieu. Là encore, rien ! Mais au retour, il voyait.

La très belle conclusion du récit est pour chacun de nous en ce Carême : nous sommes aveugles de naissance, guéris par le baptême !

Il nous faudra apprendre sans cesse à voir le monde, les choses de la vie, les autres, nous-mêmes, avec le regard du Christ. Il nous faudra la même ouverture de cœur que cet homme. « Crois-tu au Fils de l´homme?» Il répondit : «Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui?» Jésus lui dit: «Tu le vois, et c´est lui qui te parle.» Il dit : «Je crois, Seigneur», et il se prosterna devant lui.

N’oublions pas cette phrase de la première lecture de ce dimanche de Carême, qui dit à propos de David : « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l´apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Ainsi soit-il

Homélie du mercredi 11 mars 2020, 2e semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 20, 17-28. Psaume 30. Lettre du prophète Jérémie.

 

    Voilà un texte biblique à la fois riche et surprenant ! Surprenant car les mamans sont vraiment incroyables ! Elles sont tout à fait capables de faire cette demande ! « Hey Jésus ! Mes enfants, peux-tu les prendre avec toi et les mettre à une bonne place ? »

    Remarquez, dans la scène, que c'est la maman qui a fait la démarche pour ses deux fils ! Les deux frères n’ont pas eu cette audace ! Peut-être ont-ils dit à leur maman : « S’il te plait maman, va demander à Jésus ! » 

    Pensez donc ! Être à la droite et la gauche du Seigneur dans le Royaume à venir, c’est une place privilégiée. Quel honneur pour la famille et quelle assurance pour la vie à venir !

    Avez-vous bien entendu la réponse de Jésus ? Elle est toute en douceur ; Il ne s’offusque pas et répond simplement que cela dépend du Père, et que, de toute façon, le partage de la gloire de Jésus suppose aussi le partage de tout son destin, y compris le baptême de souffrance, qui a commencé pour Jésus.

    Le projet de préséance des deux frères a, bien sûr, fait gronder les dix autres ! Mais là encore, tout en douceur, Jésus les appelle et prend ce prétexte pour donner une catéchèse sur la vraie grandeur. 

Le premier réflexe du disciple de Jésus doit être,

non pas d'être servi, mais de servir et de livrer sa vie.

D'un seul coup, sont balayées toutes les prétentions des deux frères ; mais surtout nous sommes ramenés, nous-mêmes, au quotidien de notre vie et à notre échelle de valeurs. Notre existence vaudra, non par les charges que nous aurons occupées ou par les travaux que nous aurons menés à bien, mais par la bonté que nous aurons semée et l'amour que nous aurons "mis en œuvres", parfois même, dans  des conditions parfois difficiles. Nous le savons, frères et sœurs, mais l’avons-nous bien compris pour nous-mêmes ?

     Et cela va très loin dans notre vie et très profond dans notre cœur. Jésus nous demande de mettre fin à tout réflexe de supériorité, à tout désir d'autoréalisation.

    Notons quand même la réponse extraordinaire et vraie des deux frères ; quand Jésus leur a demandé : "Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?", la réponse est immédiate : sans hésiter un instant, ils ont répondu : « Nous le pouvons ! », sachant bien qu'il s'agirait de souffrir avec le Christ. 

    Jésus n'a pas contesté ni récusé leur audace, qui était une belle preuve de leur amour. Et de fait, Jacques sera le premier à donner sa vie, puisque le roi Agrippa I le fera martyriser, très rapidement, dès l'année 44.

    La demande mal orientée de ces deux frères pourrait être aussi la nôtre, aujourd’hui ! Ayons plutôt cette audace dans le don de soi, du service total qui ira jusqu’au don de nous-mêmes pour le Christ !  Ce sera toujours un beau témoignage de foi et c’est cela que le Seigneur attend de chacun de nous !      

          Demandons d’être de bons serviteurs au service de notre famille, de la Paroisse et du monde !     

                                                                                                                            Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 9 mars 2020, 2e semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 6, 36-38. Psaume 78. Lettre du prophète Daniel 9, 4-10.

 

Voilà un court évangile, mais d’une densité incroyable !

Les paroles que nous venons d’entendre dans cet évangile de St Luc, peuvent donner le vertige à ceux qui les écoutent. Jésus exprime ici plus qu’une règle de bienséance, plus qu’un simple savoir-vivre dans le respect de tout le monde, plus que de vivre de non-violence, plus que de porter un regard de bonté sur les autres.

Jésus veut nous enseigner à propos d’un élément essentiel ; en réponse à la spirale de la haine, Il nous invite à répandre sur un monde en manque d’espérance et d’amour, une surabondance de miséricorde.

- Au lieu de déverser la haine, Il nous invite à faire le bien, 

- Au lieu de la malédiction, Il nous invite à bénir.

…/… « Car la mesure dont vous vous servez pour les autres, servira aussi pour vous. »

Pour nous en montrer la faisabilité, Jésus l’a vécue, vraiment, totalement. Il a supporté tous les coups sans en condamner les auteurs. Rappelez-vous ses mots au sommet de la Croix : « Père, pardonne-leur ! »

Pour chacun de nous, cela peut paraître trop exigeant ! Certains vont me dire :   je ne suis pas Jésus ! Il avait Lui, des grâces que je n’ai pas reçues !

Nous savons que nous ne sommes pas parfaits, et en l’affirmant, j’espère ne choquer personne. Il est vrai que nous ne sommes pas parfaits ! 

Le chemin proposé par Jésus peut même nous sembler surement trop étroit et la montée assez rude… mais il nous faut comprendre que :

- Oui ! Cette attitude est possible ; 

- Oui ! Nous pouvons imiter Jésus dans notre façon d’être, dans notre façon d’agir.

Des grâces nous sont données ! Je suis certain que plusieurs d’entre nous pourraient dire qu’à un moment ou à un autre : j’ai réussi à pardonner, j’ai réussi à réprimer un mouvement de colère, j’ai réussi à modifier mon regard pour qu’il ne soit pas un regard de haine… alors que cela me paraissait vraiment impossible !

 Pour avancer sur le chemin du Carême, il nous faut être pétris dans la contemplation de Celui qui a lancé au monde de tels propos, parce qu’Il était, lui-même, en vérité et en actes, la miséricorde incarnée.

Durant ces semaines qui nous conduisent à Pâques, il nous faudra vivre, pour nous-mêmes, cette miséricorde. Je suis persuadé que, tant que nous n’avons pas été personnellement et intérieurement bouleversés par la miséricorde de Dieu, nous aurons du mal à être miséricordieux comme Dieu est miséricordieux.

La foi nous l’apprend : il ne suffit pas d’être pleins de tendresse, de gentillesse, de bonté, d’amabilité, « les païens n’en font-ils pas autant ! » (Mt 5,46)

Ce temps de Carême nous pousse au-delà d’une simple gentillesse humaine. 

C'est Dieu qui voit, dans le secret, le don que nous faisons de nous-mêmes sans que personne sur terre ne le remarque. 

Lui seul sait la mesure avec laquelle nous donnons ou laissons prendre. Il prendra la même mesure pour nous combler, et il mettra sa joie à la faire déborder.

Ainsi soit-il

Homélie du mercredi 4 mars 2020, 1ere semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 29-32. Psaume 50. Lettre du prophète Jonas 3, 1-10.

 

Comme je vous le disais en introduction, il y a tout juste une semaine, nous fêtions le mercredi des Cendres ! C’est-à-dire, une journée de jeûne, une journée de pénitence. 

Tout au long de cette première semaine de Carême, la liturgie, l’Église, nous aident à mieux découvrir qui est Dieu pour chacun de nous, qui est Jésus pour moi. 

L’invitation est là :  comment mieux Le connaître pour lui ressembler, comment prendre du temps avec Lui. Pourquoi ? Afin qu’Il me permette de découvrir ce que je dois changer et convertir !

L’évangile que nous venons d’entendre fait suite à une guérison, plus précisément à un acte de libération : Jésus vient de chasser un Démon !

La foule a vu, elle a entendu et pourtant… elle Lui réclame un signe venant du ciel, un prodige supplémentaire qui les obligerait, en quelque sorte, à croire en Lui. C’est-à-dire : un signe du ciel pour prouver qu’il vient bien de la part de Dieu.

La réponse de Jésus est directe, presque cinglante : à ceux-là, comme à nous, « il ne sera donné que le signe de Jonas ». 

Nous avons entendu l’histoire de Jonas dans la première lecture, et nous savons qu’elle est bien connue dans notre monde chrétien, et aussi au-delà. 

Jonas est un prophète atypique, somme toute bien sympathique, peut-être en raison de son franc-parler et de son caractère un peu boudeur (et peut-être que pour les Français, cela parle davantage).

Pourquoi, aujourd’hui, Jésus me parle-t-il de Jonas ?

À vrai dire, le signe de Jonas se situe à deux niveaux :

  • Tout d’abord par son message de conversion qui a été entendu dans une ville étrangère, une ville païenne, par les habitants de Ninive.
  • Puis, un peu plus tard, lorsque Jonas a été avalé par le monstre marin ; il est resté invisible durant trois jours et trois nuits et cela fait référence à la mort de Jésus et au premier message de sa résurrection.

Ce jour-là, dans l’évangile, la parole de Jésus se situe au premier niveau, c’est-à-dire : une invitation à une écoute et à un vrai changement

Nous pouvons constater ici un paradoxe : Jésus, Fils de l’homme durant sa vie terrestre apporte, Lui aussi, un message de conversion et, alors que Jonas a été entendu et écouté par un peuple étranger, voilà qu’Il se voit contesté dans son propre peuple… et pourtant, Jésus est bien plus que Jonas

Comme si ce rappel ne suffisait pas, Jésus en appelle à la reine de Saba. Cette reine illustre, avait fait la démarche de venir depuis son lointain royaume, pour entendre la sagesse du roi Salomon. Si elle, l’étrangère, a fait ce long voyage pour entendre les proverbes d’un roi, pourquoi les auditeurs de Jésus se détourneraient-ils de Lui, alors que du milieu d’eux, Jésus leur dévoile la réalité, le mystère du Royaume ?

Surprenant !

Peut-être vivons-nous le même paradoxe ?

À notre génération comme à celle d’hier, il ne sera pas donné d’autres signes que celui de Jonas. Or, avec Jésus, en Jésus, il y a bien plus que Jonas, bien plus que la reine de Saba, bien plus que Salomon : Il est la Parole vivante !

Frères et sœurs, si nous entendons ce texte tout particulièrement à la fin de cette première semaine de Carême, peut-être est-ce parce que nous avons besoin de nous mettre davantage à l’écoute de la Parole de Jésus.

Un signe nous sera donné, un signe nous est déjà donné : un grand signe que les chrétiens reconnaissent ! C’est le signe du Fils de l’homme crucifié, c’est-à-dire le signe de Jésus en croix, le signe de Jésus donnant sa vie pour la multitude.

En ce jour, demandons, pour cette nouvelle semaine qui commence, la grâce d’une conversion, la grâce d’une écoute plus profonde de la Parole de Jésus !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 2 mars 2020, 1re semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 25, 31-46. Livre des Lévites 19, 1-2.11-18. Psaume 18b.

 

Ce qui est certain, c’est que l’évangile que nous venons d’entendre ne laisse pas indifférent ! Il nous fait réagir, dans un sens ou dans un autre.

Beaucoup aiment cet évangile, certains autres sont surpris. Pourquoi sont-ils surpris ? Parce qu’il y a un jugement ; Dieu juge ! Dieu sépare ! Dieu met à droite ou à gauche !

 C’est cela qui peut surprendre certains d’entre nous : 

Comment ? Un Dieu qui juge ?

Un Dieu qui émet une sentence de salut ou une sentence de condamnation ?

Est-ce possible ? Pourtant, Dieu est bon !

Dieu aurait-il des exigences, ou aurions-nous mal compris ?

De fait, en énumérant la gravité et les conséquences de nos actions humaines, Dieu veut souligner l’importance de la charité concrète dans l’existence quotidienne du chrétien.

Oui ! Dieu émet une sentence de salut ou de condamnation !

Sans aucun doute, cette affirmation vient mettre à terre l’idole “en sucre d’orge“ fréquemment édifiée par la mentalité contemporaine d’après-guerres. Autant le 19e siècle, avec le jansénisme, avait proposé une vision faussée de Dieu, doloriste, autant notre époque nous propose une vision faussée également, un peu mièvre et doucereuse.

Cet évangile nous provoque selon trois pistes de réflexion ; j’y ajouterai un défi.

  • Première piste : le service des déshérités, le service des pauvres, peut prendre de multiples formes. La charité doit nous rendre inventifs et, dès maintenant, c’est à l’aune de la charité que nous serons jugés aux yeux du Christ. Les belles paroles ne suffisent pas !
  • Deuxième piste : la portée de nos actes ne nous sera pleinement dévoilée que lors de l’avènement du Christ glorieux. N’attendons pas, dès maintenant, de gloriole, de fleurs, de sonnerie de trompette. Il nous faut simplement être certains de servir le Christ en servant nos frères.
  • Troisième piste : toute vie peut paraître enviable et bien remplie, mais elle reste parfois et même souvent difficile… Peut-être même sommes-nous malades, isolés, déçus… ! Au terme de notre existence terrestre, que pèsera cette vie devant notre Seigneur ? Il est bien difficile de le savoir. Pourtant, nous le savons, ce ne seront ni la richesse ni l’importance de notre compte bancaire qui feront la différence. De même, nous ne pourrons jamais ajouter un jour à notre vie par un moyen quelconque ! C’est dans l’aujourd’hui que nous pouvons aider, accompagner, aimer…

Frères et sœurs, une existence ne pèse que son poids d’amour !

 

Un défi ?

C’est un défi que nous recevons en ce début de Carême, un défi à la fois énorme, impossible avec nos simples forces et pourtant accessible, par la grâce de Dieu : imiter le Christ !

La première lecture est le rappel de ce défi ; elle nous lance une invitation : « Soyez saints, car moi, le Seigneur, je suis saint. » Voilà le défi de ce jour : celui de la sainteté

Ce matin, demandons pour chacun de nous cette force et la certitude que le Seigneur nous veut, pour toujours, auprès de Lui !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 1er mars 2020, 1er dimanche de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 4, 1-11. Livre de la Genèse 2, 7-9 ; 3,1-7a. Psaume 50.

Lettre de saint Paul aux Romains 5, 12-19.

 

Mercredi dernier, avec le rite des Cendres et le jeûne, nous sommes entrés en Carême. Mais que signifie : « entrer en Carême » ? Plusieurs personnes m’ont posé cette question !

Dans un langage un peu vigoureux, cela signifie :

- commencer un temps d’engagement particulier dans le combat spirituel qui nous oppose au mal présent dans le monde, en chacun de nous et autour de nous. 

- regarder le mal en face et se disposer à lutter contre ses effets, en particulier contre ses causes, jusqu’à la cause ultime, qui est combattre Satan.

En disant cela, certains vont me dire, « C’est vraiment exigeant » D’autres, « je n’ai pas tout compris », et d’autres encore : « ça va être laborieux ! »  

En réalité pas du tout ! Le Carême n’est ni un cauchemar ni une mission impossible ! Oh non !

J’ai donc plusieurs remarques à vous soumettre, ce matin. Je vais essayer d’être synthétique !

 

Première remarque : l’Évangile que nous venons d’entendre est appelé, habituellement, le récit des Tentations de Jésus. Il vaudrait mieux l’appeler autrement, j’aimerais l’appeler : l’Évangile de la Victoire de Jésus. 

Pourquoi ? Dieu est plus fort que notre péché. Si, à la fin de cette célébration, vous avez un peu de temps, je vous propose de venir contempler ce tableau (à votre droite) qui représente justement la fin de l’évangile que nous venons d’entendre. 

Il me semble intéressant de commencer notre Carême par la contemplation d’une victoire : Jésus victorieux ! Oui ! Jésus est victorieux !

Oui ! Jésus est victorieux, sur le Mal : c’est-à-dire sur Satan ! Comprendre cette réussite est important parce que nous avons besoin de cette victoire, besoin de comprendre que Jésus a su vaincre le Mal, que le Mal s’est comme brisé sur sa Personne. (Certains pourraient dire, dans un langage plus familier, que le « mal s’est cassé les dents » sur Jésus !)

§ Toute la vie du Christ est une victoire sur le Mal ! Toute sa vie est un NON à la mort, un NON au mensonge, un NON à l’idolâtrie, un NON à la haine et au péché.

§ Toute sa vie est une victoire et la Croix, dans cette perspective, est la victoire absolue, puisqu’elle est la victoire de l’amour et du pardon qui se donnent jusqu’au bout.

Frères et sœurs, cette victoire nous révèle quelque chose d’inouï : Dieu nous a donné son Fils pour que nos vies, notre humanité, notre histoire trouvent en lui, la source du salut.

Retenons que nous sommes sauvées parce que Dieu est plus fort que le Mal, plus fort que nos compromissions avec le péché !

 

Deuxième remarque : avant la Tentation de Jésus au désert, il y a eu un autre lieu où l’homme a été tenté !

C’est celui dont nous parle la première lecture : le jardin d’Éden, le « paradis terrestre », comme on le dit couramment. 

Ce jardin créé par Dieu, (selon le récit de la Création) devient, dans notre récit aussi, le jardin de la tentation

Nous y voyons Ève et Adam, nos ancêtres en humanité, nos “protoparents“, subir puis céder à la tentation. C’est là qu’ils sont tiraillés entre choisir leur volonté propre, ou choisir le respect de la volonté de leur Créateur qui leur a interdit de se substituer à Lui en mangeant le fruit de l’arbre du bien et du mal.

Vous connaissez l’histoire : alors qu’ils avaient reçu cet avertissement de ne pas manger du fruit de l’arbre, Ève et Adam vont franchir librement et en conscience, les limites inscrites par Dieu ! 

Pourtant, ils avaient été prévenus. Ils vont donc céder au Tentateur, céder au Diviseur, au « Diabolos » qui nous est décrit sous la forme d’un serpent.

De quelle tentation s’agit-il ? Il s’agit de la tentation, à la fois de se prendre pour Dieu et aussi de se passer de Lui ! Ce désir sera plus fort que leur attachement à leur Créateur. Ils vont donc faire le choix d’une rupture vis-à-vis de Dieu… et c’est le drame !

Ils en paieront les conséquences, entraînant avec eux toute leur descendance (c’est-à-dire nous tous). Par Adam, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture : « par un seul homme, le péché est entré dans le monde. »

Nous remarquons donc que la première lecture et l’Évangile de ce jour se répondent. 

La Tentation de Jésus au désert sera donc la réponse à l’échec de la première tentation dans le livre de la Genèse ! 

Pour Jésus, ce désert va être aussi le lieu des tentations. À nouveau, le Tentateur va jouer de séduction et de mensonges ! En se retirant au désert, Jésus accepte d’entrer dans ce combat, mais dans ce combat entre Dieu et Satan, entre Dieu et l’Adversaire des origines, par trois fois, Jésus remportera cette victoire !

Comme le dit encore saint Paul : par la désobéissance d’un seul, la multitude a été rendue pécheresse, de même, par l’obéissance d’un seul la multitude sera rendue juste ! Par son « oui » total à son Père, Jésus victorieux nous montre ce chemin de résistance et de victoire !

 

Troisième remarque : Nous entrons effectivement dans la première semaine de Carême, avec cette audace de croire que Dieu est présent au cœur de nos déserts… présent dans tous mes déserts où règnent mes conflits, mes contradictions, mes misères…

Il me faut le laisser éclairer ma vie, le laisser m’aimer au cœur même de ce qui cloche, de ce qui est tordu, jusqu’au plus petit détail honteux de ma vie que je voudrais oublier !

Voilà notre lieu de conversion : permettre à Dieu d’agir et de faire du neuf, du droit, du beau dans notre vie. 

Là est le lieu de notre combat durant ce temps de Carême ! Voilà, ce que signifie cette « Entrée en Carême » ! 

 

Retenons ces trois réponses de Jésus ! Inscrivons-les dans notre cœur et notre intelligence !

« L’homme vivra de la Parole de Dieu » c’est un appel à écouter Dieu, en lisant sa Parole, en la goûtant, 

«Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu » :c’est un appel à la confiance en Dieu.

« C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à Lui seul, tu rendras un culte » c’est un appel à choisir Dieu en toute occasion.

Ces trois réponses sont le secret de la victoire du Christ pendant ces quarante jours au désert et cela durant toute sa vie.

Voilà, frères et sœurs, ce que nous pouvons retenir pour cette entrée en Carême ! Ce sont les paroles de notre victoire et de notre certitude de bonheur dans le Christ. 

Nous fêterons cette victoire tous ensemble au dimanche de Pâques. C’est l’engagement et peut-être un défi pour chacun de nous !

Pour y arriver, gardons confiance et prions les uns pour les autres !

Demandons cette grâce pour chacun de nous, pour nos familles, pour notre communauté, pour notre paroisse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 23 février 2020, 7e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 38-48. Livre des Lévites 19, 1-2.17-18. Psaume 102.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 3, 16-23.

 

Un épisode en paroisse m’a marqué et me marque encore. 

Cela s’est passé au début de mon ministère, il y a quelques années déjà, en Nord Isère, un peu au-dessus de Bourgoin, en direction de Lyon. J’ai vécu là une situation assez particulière, à la fois dramatique et édifiante. À la sortie d’une discothèque, il y a eu lieu un grave accident, un accident stupide. Peu importe sur qui ont pesé les responsabilités ! Dans les deux voitures qui se sont percutées violemment, se trouvaient des jeunes. Les deux conducteurs étaient morts sur le coup. C’étaient des jeunes que je connaissais, des jeunes de la paroisse. Pour les funérailles du jeune qui conduisait la première voiture, l’église était bondée de ses amis, familles et connaissances. Vous pouvez imaginer la vive émotion.

Alors qu’allait commencer la célébration, j’aperçois la maman du conducteur de l’autre voiture, ouvrir la porte de côté de  l’église et entrer. (Les funérailles de l’autre jeune homme étaient prévues quelques jours plus tard).

Lorsque les deux mamans se sont aperçues, leurs regards se sont croisés et dans l’assemblée, il y a eu un silence intense. Elles se sont avancées l’une vers l’autre et se sont embrassées.

Pour ces deux mamans éprouvées, un signe de compassion s’est manifesté. C’était aussi le signe d’une réconciliation entre deux personnes qui auraient pu devenir ennemies. Nous avons vécu, à ce moment-là, une visitation de soutien et de pardon et le baiser de paix échangé était d’une rare intensité.

Si je vous raconte cet événement ce matin, c’est que ce jour-là, nous avons vécu quelque chose de très fort. En relisant les textes de ce dimanche, en particulier la phrase de Jésus : « Eh bien ! Moi je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent… », cet épisode a resurgi dans ma mémoire. 

Priez pour ceux qui vous ont fait du mal !

Que dire devant l’exigence d’une telle parole ? Comment réagissons-nous ?

Nous pouvons nous sentir incapables de faire une telle prière, d’oser un tel geste de pardon vers l’autre, en difficulté d’un tel amour parce que la souffrance est trop vive, trop intense en nous ! Sans doute faudra-t-il laisser le temps apaiser la douleur pour que la cicatrice puisse se refermer, petit à petit. Peut-être ?

Il peut y avoir aussi une autre solution, une décision courageuse et salutaire ! Celle, par exemple, que toute une assemblée meurtrie par la perte et le deuil, a vue et vécue ce jour-là : ces deux mamans qui se sont retrouvées et qui, très vite, ont perçu la nécessité de cet espace de paix ; Aimez ceux qui vous font du mal (volontairement ou non) ! Aimez même vos ennemis !

Frères et sœurs, dans notre assemblée, peut-être pensez-vous que nous ne vivons pas tous des situations aussi singulières et difficiles… C’est vrai ! Et en entendant cette parole : aimez vos ennemis, vous pouvez penser aussi que cette exigence n’est pas pour vous, que vous n’avez peut-être pas d’ennemis (du moins le pensez-vous !)… Mais est-ce si sûr ?

L’ennemi n’est pas seulement l’ennemi durant un temps de guerre, ou celui qui est responsable d’un drame qui vous est arrivé. L’ennemi, ou celui que je considère comme tel, est peut-être tout près de moi, dans mon voisinage, mon quartier, ma famille ou sur mon lieu de travail. Ce peuvent être également :

  • Des parents ou des enfants avec lesquels nous sommes brouillés… 
  • Un collègue de travail qui a reçu la promotion que j’espérais et pensais obtenir et, du coup, un fond de moi je ressens quelque chose qui me fait mal…
  • Un voisin indélicat que je ne supporte plus et quand je le croise dans l’escaler, je détourne la tête.

Comment trouver en nous, le courage de pardonner, si ce n’est en nous tournant à notre tour vers le Seigneur pour qu’Il nous donne sa force et nous redise sa présence aimante ! Ne l’oublions pas, le projet de Dieu pour chacun de nous, est un projet de paix, un projet d’espérance !

Bien sûr, nous l’expérimentons, la rancune, la colère, la vengeance sont comme une gangrène qui nous plonge dans une tristesse durable. Nous savons bien quand nous repensons à telle ou telle scène, que cela réactive en nous comme une sourde colère qui a du mal à s’effacer et qui impacte notre façon d’être.

Jésus ne nous propose pas une vie spirituellement rabougrie du style “œil pour œil“, “dent pour dent“… Pourtant déjà, la loi du Talion était un progrès incroyable par rapport à une vengeance privée et non contrôlée !

Le livre des Lévites que nous avons entendu en première lecture exprime cette progression qui culminera dans les paroles mêmes de Jésus : « Tu ne te vengeras pas. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Pour Jésus, il nous faudra faire comme un pas de plus, une étape supplémentaire à laquelle Il nous invite, car le cœur de son message est une conformité à Dieu : soyez parfait comme votre Père céleste est parfait !

Ce n’est pas seulement “soyez parfait“ tel un vernis esthétique, car nous ne recherchons pas un idéal héroïque !  Nous n’y arriverons pas avec nos propres forces (nous le savons bien !) Mais Jésus nous dit : soyez parfait comme votre Père céleste est parfait ! C’est bien à une invitation à une ressemblance, ! cela est bien différent ! 

Jésus nous propose, en quelque sorte :

  • d’aimer comme Dieu nous aime, ou encore : 
  • de nous aimer les uns les autres comme Dieu nous a aimé. 

Il s’agit d’avoir ce désir, un peu fou, d’imiter Dieu. Nous sommes conviés à lui ressembler, ou d’avoir les mêmes dispositions que Lui !

Frères et sœurs, il n’y a pas de recette miracle pour affronter les difficultés de la vie ; Dieu nous invite à nous laisser habiter par son regard, habiter par sa Parole, habiter par son cœur, et cela dans toutes nos relations, que ce soient celles avec tous ceux que nous côtoyons régulièrement ou celles au-dedans de nous.

Aimer comme Dieu aime !

Cela ne veut pas dire que nous pourrions annexer l’autre pour profiter de lui en prétendant que nous l’aimons pour le mettre dans notre poche ou imaginer ce qu’il peut nous rapporter !

  • Aimer comme Dieu aime, ce n’est pas faire partie d’une sorte de club privé en se désintéressant des autres parce qu’ils ne pensent pas comme moi.
  • Aimer comme Dieu aime, ce n’est pas simplement se donner bonne conscience en faisant un petit geste, avant de penser à autre chose et poursuivre son chemin.
  • Aimer comme Dieu aime, c’est aimer comme Jésus, d’un amour vrai dans un don sincère de soi.
  • Aimer comme Dieu aime, c’est aimer, même s’il n’y a pas de retour ou de réponse de l’autre, c’est-à-dire aimer d’un amour gratuit.
  • Aimer comme Dieu aime, c’est renoncer à la vengeance, c’est tenter de faire un pas vers l’autre, et demander la grâce du pardon.

Frères et sœurs, voilà ce qu’il nous faut (ré)apprendre et (re)découvrir.

Le Christ nous montre le chemin ! Pour le suivre, Il nous donne son Esprit de sainteté. En nous y disposant, nous recevons tout de Lui pour être, comme le dit saint Paul : « tout au Christ ».

Le premier moyen que l’Église nous donne est le baptême (et à sa suite, la Confirmation). Le deuxième moyen efficace est le sacrement du pardon, reçu dans la confession. C’est un moyen extraordinaire pour débloquer des situations parfois bloquées. 

- Comment réussir à demander pardon si, en moi-même, je n’ai pas un cœur consolé ?

- Comment recevoir un pardon si, en moi-même, mon cœur n’est pas dans la paix ?

Dans le geste de paix que nous allons échanger tout à l’heure, je vous invite à porter dans votre cœur, le nom d’une personne qui, peut-être, vous a fait du mal, à laquelle il vous est peut-être difficile de pardonner, et cela afin que se réalise ce que nous aurons demander quelques instants auparavant dans la prière du Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Non ! Ce ne sont pas des paroles en l’air ! Toutefois, il nous faut les incarner et les vivre.

Frères et sœurs, demandons pour cela, la force de l’Esprit Saint !

En lui, tout est possible, jusqu’au pardon reçu, au pardon donné, pour que la paix règne en chacun de nous et dans le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 17 février 2020, 6e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 8, 11-13. Psaume 118. Lettre de saint Jacques 1, 1-11.

 

J’aimerais, si vous me le permettez, durant quelques instants, relire avec vous la lettre de saint Jacques. Je ne crois pas me tromper si je vous dis que nous n’aimons pas les moments difficiles de notre vie. Pourtant, notre existence est souvent parsemée de ces moments difficiles qui sont des épreuves, et qu’il nous faut dépasser avec la grâce de Dieu. Souvent, une joie véritable existe parce que nous avons dépassé justement ces épreuves.

La phrase que je retiens ce matin dans l’épître de saint Jacques est cette formule un peu provocante que je vous relis : « Considérez comme une joie extrême, mes frères, de buter sur toute sorte d’épreuves. »

Saint-Jacques poursuit : « Une telle vérification de votre foi produit l’endurance. » Que dire de ces affirmations ?

- Une première remarque : par “épreuve“, il ne faut pas comprendre uniquement les choses horribles qui peuvent nous arriver. Ce peut être compris dans d’autres sens : une épreuve sportive par exemple, un examen, un concours, l’épreuve du baccalauréat, ou un moment où il nous faut faire nos preuves, où il nous faut montrer une vraie détermination ; c’est un cap à dépasser.

- Si je reprends la fin de cette citation : « Vous le savez, une telle vérification de votre foi produit l’endurance. », cela me permet de faire une deuxième remarque : qu’est-ce que l’endurance ?

L’endurance, comme la patience, n’est pas une résignation et encore moins une défaite. L’endurance est la vertu de celui qui est en chemin. Il n’est pas immobile ni replié sur lui-même. Au moment où arrive une épreuve, il peut arriver que nous soyons totalement tétanisés, avec l’impression que « le ciel nous tombe sur la tête ». Je peux ressentir une « impossibilité de réaction »… dans un repli sur moi-même ! Dit autrement : la patience chrétienne, l’endurance chrétienne, n’emprunte pas le chemin de la défaite, mais celui de la responsabilité, le chemin de la constance, le chemin de la persévérance.

Il ne fait aucun doute que nous avons tous vécu des épreuves, et nous pourrions le confirmer en interrogeant n’importe lequel d’entre nous dans notre assemblée. L’expérience de ces épreuves parfois douloureuses, parfois tenaces, reste difficilement communicable aux autres ; difficile de les partager, même si nous arrivons à les exprimer, à expliquer ce que nous ressentons ! Même si la prière des frères nous soutient et nous aide, toutes souffrances, toutes épreuves restent propres à ma personne, tout simplement parce que nous sommes tous uniques et que notre ressenti est lié à notre personnalité et à notre histoire.

Juste un exemple : il y a quelques années, j’ai connu deux personnes victimes d’un accident ; l’un, dans un accident de voiture, et l’autre en utilisant une scie circulaire. Ces deux personnes avaient perdu le petit doigt ; pour l’un des deux, ce n’était pas très important (il lui restait encore neuf doigts !), pour l’autre qui était pianiste, l’impact était bien différent ! Même accident, même drame, même perte… mais des conséquences totalement différentes.

En relisant l’épître de saint Jacques, je vois que c’est dans ces moments-là qu’il nous faut demander cette vertu de patience en implorant toute la force que le Seigneur peut m’apporter. D’ailleurs, la patience signifie “porter sur soi“, tant il me sera difficile de faire porter à un autre cette souffrance que moi seul peux éprouver.

Le mal n’est pas à rechercher pour lui-même ; il reste une énigme. Bien souvent, nous restons sans voix devant les difficultés de la vie. Pourtant, il nous faut le courage de demander de l’aide au Seigneur. Demander : Seigneur, donne-moi la patience pour porter toutes les épreuves de la vie. Donne à chacun la patience pour porter ses épreuves, nous sommes souvent si impatients ! Quand quelque chose ne va pas, notre réflexe est souvent de crier : « Seigneur, pourquoi ? » Comme Toi-même es patient envers nous, rejoins chacun de nous ! Nous Te présentons ce matin, nos souffrances, nos épreuves. Donne à chacun cette nécessaire vertu de patience ! Donne-nous un surcroît de foi et la confiance en ton Nom !    

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 12 février 2020, 5e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 7, 14-23. Premier livre des Rois 10, 1-10. Psaume 36.

 

Chers amis, Jésus aborde dans cet évangile une question intéressante !

Nous sommes dans l’évangile de saint Marc au chapitre 7e. Jésus y pose un cas de casuistique : il s’agit de s’interroger pour savoir quel aliment pouvait être bon, mauvais, autorisé, interdit… Bref, une réflexion un peu compliquée. 

En fait, le Christ veut nous interroger sur les origines du Mal en nous, et leurs conséquences que sont nos actions. D’où vient ce Mal ? 

Pour approfondir cette réflexion, Jésus affirme, tout d’abord, que tous les aliments sont purs. Une précision : dire que « tous les aliments sont purs », ne signifie pas qu’ils sont tous comestibles. 

J’ai encore en mémoire, lorsque j’étais curé sur le Plateau du Vercors, d’avoir célébré malheureusement les funérailles d’une famille (les parents et un de leurs enfants) décédées, car ils avaient mangé une omelette avec les champignons qu’ils avaient cueillis, et ces champignons étaient mortels…

Oser dire que « tous les aliments sont purs » ne nous choque pas !

Mais à l’époque de Jésus, cette affirmation était une véritable révolution spirituelle : n’oubliez pas, et encore aujourd’hui, qu’il y a encore beaucoup d’interdits alimentaires chez nos frères juifs.

Pour Jésus, la racine du Mal ne se trouve pas dans les aliments, mais elle se situe dans notre cœur. Ainsi, nous dit Jésus, la source du Mal ne se trouve pas dans les éléments qui nous entourent (même s’il si certains peuvent avoir une conséquence mauvaise !), mais vraiment dans le cœur de l’homme

Aujourd’hui, nous disons volontiers que le cœur est le lieu des émotions, de l’amour, des sentiments…

Pour les croyants de la Bible, le cœur était le lieu de l’intelligence et du discernement. Il servait autant à aimer qu’à comprendre, à agir, à décider, autant à vouloir qu’à ressentir. 

  • C’est donc le cœur humain et lui seul, qui prend l’initiative du Mal et l’homme se laisse corrompre par le Mal. 
  • C’est le cœur qui rend impurs ou purs, nos actions et notre agir. 
  • C’est bien le cœur de l’homme, dans sa liberté, qui pose notre relation aux choses, aux corps, aux personnes.
  • Le Seigneur énumère, comme nous venons de l’entendre, une longue série de misères : « Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidité, méchanceté, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. »

Bref, tout ce Mal, qui profondément fait mal et rend notre société malheureuse, vient du dedans de l’homme. C’est cela qui rend l’homme impur !

Jésus attire donc notre attention sur notre attitude, sur notre façon d’être vis-à-vis des autres ; si le cœur humain est fait pour aimer, pour accueillir, il peut aussi ignorer et refuser l’autre dans sa détresse. Il peut même tuer. L’homme, qui est fait pour la joie, pour l’accueil et la vie, pour construire le bonheur autour de lui, peut cependant s’enfermer dans une attitude négative ; il peut aller jusqu’à détruire l’autre et, in fine, créer son propre malheur.

C’est pourquoi il est si important, tout au long de notre vie, à la suite du Christ, que nous acceptions de connaître notre cœur, de prendre du temps 

  • pour découvrir “qui je suis“, c’est-à-dire de sonder notre liberté, 
  • pour comprendre si oui ou non, je désire profondément le Bien, si oui ou non, il reste encore dans notre cœur, des parcelles qui ont besoin d’être ‘nettoyées’, purifiées,
  • pour savoir si oui ou non, nous avons donné notre vie à Dieu.

Comment connaître l’état de notre cœur ? Le moyen est tout simple ! Cela demande des temps de prière, des temps de relecture, de regarder ce qui sort de notre cœur, par nos paroles, par nos gestes, par nos indifférences. 

Si d’aventure, en faisant ces relectures, nous ne sommes pas complètement satisfaits de nos découvertes, de ce que nous faisons, de ce que nous sommes… demandons la grâce d’une nouvelle conversion !

Demandons à Jésus : 

« Aide-moi à purifier mon âme, mon cœur de tout mal, 

fais grandir en moi le désir de rayonner des dons de ton Esprit autour de moi »

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 10 février 2020, 5e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 6, 53-56. Premier livre des Rois 8, 1-7.9-13. Psaume 131.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 2, 1-5.

Nous découvrons dans ce chapitre 6e de l’évangile selon saint Marc, la description du déroulement d’une journée type de la vie publique de Jésus (particulièrement en cette première période galiléenne). 

Cette période, nous le savons, a été un succès foudroyant pour le Fils de Marie et de Joseph, le prophète de Nazareth.

Ce qui me frappe spécialement dans tout ce chapitre 6e, est l’extrême simplicité des rapports entre le Messie et son peuple. « Après la traversée, abordant à Génésareth Jésus et ses disciples accostèrent. Ils sortirent de la barque, et aussitôt les gens reconnurent Jésus : ils parcoururent toute la région, et se mirent à apporter les malades ».

À chaque rencontre, nous retrouvons ce contact plein de simplicité de la part de Jésus. Il ne se dérobe pas, Il ne fuit pas l’enthousiasme de la foule. Il ne met pas, non plus, de limite à son pouvoir de guérison, et il laisse s’émaner de sa personne, cette force de salut des corps et des âmes, qui est en Lui.

Jésus laisse faire tous ces malades, tous ceux qui ont besoin de Lui, tous ceux qui espèrent en Lui, ceux qui désirent simplement Le toucher. Que souhaitent-ils ? Saisir « ne serait-ce que la frange de son manteau ? » 

Jésus se prête à ces contacts avec bonne grâce, car sous une forme très simple, la foi de ces Galiléens rejoint une aspiration profonde. Depuis la multiplication des pains, ils savent déjà ce qu’Il a fait, même si le merveilleux tient encore une place non négligeable dans cette foi.

Dans cet épisode, nous sommes témoins de la simplicité de Jésus, 

et également de la simplicité de ceux qui accueillent le Christ !

Ces hommes et ces femmes ne posent pas de préalable à la rencontre ; ils y vont « tout de go » ! Ils saisissent humblement l’espérance que Jésus leur offre ! Ils viennent au Fils, tels qu’ils sont, sans apparat, en espérant seulement toucher, « ne serait-ce que la frange de son manteau. »

En lisant cet évangile, peut-être vous êtes-vous posé cette question : pourquoi toucher la frange du manteau de Jésus ? On pourrait presque croire à un geste magique ! 

En fait, ce geste est bien connu : la frange du manteau rappelle aux juifs qu’ils doivent observer la Loi du Dieu. Si vous en avez la curiosité et la possibilité, cherchez dans le livre des Nombres au chapitre 15!

En voici trois versets : « Le Seigneur parla à Moïse et dit : “Parle aux Israélites ; tu leur diras, pour leurs générations, de se faire des franges aux pans de leurs vêtements et de mettre un fil de pourpre violette à la frange du pan du manteau… Vous aurez donc une frange, et sa vue vous rappellera tous les commandements du Seigneur. Vous les mettrez alors en pratique, sans plus suivre les désirs de vos cœurs et de vos yeux… Ainsi, vous vous rappellerez tous mes commandements… et vous serez des consacrés pour votre Dieu. » Vous serez saints pour votre Dieu !

La frange signifie les commandements de Dieu, la Loi de Dieu. Toucher la frange signifie donc toucher ce qui symbolise le cœur de l’être de Dieu, donc le Christ. À chaque fois, la guérison que Jésus opère en nous, montre en même temps, le rappel de son obéissance au Père : au-delà de la guérison physique, là est le Salut ! Adhérer totalement par le Christ, à la volonté du Père. (C’est ce que nous pouvons comprendre quand Jésus dit ; « Va, ta foi t’a sauvé ! »)

D’une certaine façon, et par analogie, nous approcher du Christ, c’est ce que nous faisons chaque matin, ici même dans cette église saint Louis : 

  • écouter sa Parole, 
  • vivre de son Eucharistie 
  • pour que mystérieusement, un salut s’opère en chacun de nous.

Puissions-nous, frères et sœurs, encore ce matin, nous approcher du Christ, en demandant humblement pour nous, et aussi pour celles et ceux que nous connaissons, le Salut, une foi audacieuse et la guérison de ce qui a besoin d’être guéri !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 5 février 2020, 4e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 6, 1-6. Deuxième livre de Samuel 24, 2.9-17. Psaume 31.

 

Ainsi commence cet évangile : « En ce temps-là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine… »

Désormais, devenu populaire, célèbre même pour ses miracles et son enseignement, Jésus revient dans son village d’origine, c’est-à-dire Nazareth. Comme il a coutume de le faire, il enseigne dans cette synagogue qu’il connaît bien.

Mais cette fois, aucune manifestation d’enthousiasme, aucun “hosanna !“. Mais au lieu d’écouter ce qu’il leur dit et de le juger en fonction de ses paroles, les nombreux auditeurs de la synagogue s’étonnent et se mettent à faire des remarques surprenantes : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? »

Ils ajoutent : « N’est-il pas le fils du charpentier ? » Nous le connaissons bien ; c’est le fils de Marie. Nous connaissons aussi toute sa parenté, ses frères et ses sœurs… (En fait, ses cousins) et : « Ils étaient profondément choqués à son sujet. »

Si nous traduisons leurs pensées, le fait de bien le connaître devenait (semble-t-il, pour eux), un obstacle pour l’entendre et le croire.

Le commentaire de Jésus est amer : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. » Cette phrase est devenue un proverbe presque célèbre sous une forme abrégée : « personne n’est prophète en son pays ». 

Sans doute, avons-nous pu faire cette expérience, même au sein de nos familles !

Frères et sœurs, n’écoutons pas passivement cet épisode comme une histoire passée, à la fois amusante et pathétique, car ce passage de l’évangile nous lance un avertissement implicite, que nous pourrions résumer ainsi.

« Toi qui écoutes cet évangile, veille à ne pas commettre la même erreur que les Nazaréens ! Ne dis surtout pas que : oh ! Oui, je connais bien Jésus ! »

Trop facile ! En réalité, cet évangile nous enseigne un élément important : face à sa Parole, face à sa présence, Jésus nous laisse libres. Il propose, il n’impose rien, ni ses dons ni sa façon d’être. Il fait de même aujourd’hui, pour chacun de nous. Quand nous entendons la Parole de Dieu, elle est toujours sous la forme d’une proposition :

Veux-tu m’écouter ? Veux-tu me suivre ? 

Veux-tu te convertir ?

Veux-tu venir jusqu’à moi ? Veux-tu prier avec moi ?

Toutes ces paroles, toutes ces questions sont des invitations : Jésus espère notre réponse !

Le constat que nous pourrions faire, peut-être avec étonnement, c’est que Dieu est “timide“. C’est un peu étrange de dire ces mots : Dieu est “timide“. En fait, il nous faut comprendre que Dieu ne s’impose pas. Il a bien plus de respect pour notre liberté que nous n’en avons nous-mêmes pour la liberté les uns des autres et même pour la nôtre. 

Il est possible que cela bouleverse notre représentation de Dieu… Nous qui disons que Dieu est Tout-Puissant, or voilà, qu’il se fait mendiant de notre réponse.

Comment réagissons-nous à ces questions ? Quelle réponse allons-nous Lui apporter ? 

Dire que « Nul n’est prophète en son pays » nous appelle donc :

  • à un réveil, 
  • à une reconnaissance de la présence de Dieu et de son fils Jésus, 
  • à une reconnaissance des signes qu’ils nous envoient, soit directement, soit par l’intermédiaire de leurs porte-paroles, de leurs témoins, des apôtres, des disciples.

Nous avons donc un acte de foi à poser, une audace à vivre et cela nous appartient : croire et Le suivre ! 

C’est cette grâce que nous pouvons demander pour chacun de nous ce matin : la grâce de suivre le Christ, d’entendre ses Paroles et de mettre nos pas dans les siens.

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 3 février 2020, 4e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 5, 1-20. Psaume 3. Deuxième livre de Samuel 15,13-14.30 ;16, 5-13a.

 

Voilà un récit d’évangile haut en couleur ! Jésus est audacieux ; voilà qu’il traverse le lac de Galilée (ou mer de Tibériade) et il se dirige en direction de l’Est, vers la Décapole. Il est donc en plein pays païen, c’est-à-dire non-juif. Notons donc que contrairement à la loi juive, les habitants de cette région élèvent des porcs, en grande quantité !

Quel est le désir de Jésus en venant dans cette région inamicale ? Jésus aurait-il le temps de tenter une prédication devant les foules ? De fait, non ! À peine a-t-il posé le pied sur ce territoire, qu’un malheureux se présente devant Lui. C’est un homme qui souffre doublement : sa psychologie est malade et en même temps, il est possédé. Comme souvent, et nous le savons bien, il n’est pas toujours facile de tracer une frontière entre la maladie d’une part, et l’emprise du Démon d’autre part.

Prenons le temps de six petites remarques :

  • 1 : le pays des Géraséniens est un pays qui ne reconnait pas le Dieu unique. C’est justement pour cette raison que Jésus veut les rejoindre pour leur porter la Bonne Nouvelle.
  •  2 : dans ce texte, nous ne trouvons ni parabole, ni prédication, mais une libération. Ce texte pourrait nous étonner. Jésus ne traverse-t-il pas ce pays pour évangéliser ?

Oui, sans doute, mais avant toute évangélisation, il y a un accueil de l’autre dans le présent de sa vie ! Pour Jésus, évangéliser n’est pas d’abord prononcer des paroles ou même de témoigner, mais libérer de ce qui empêche de vivre.

« Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et la vie en abondance », nous redit Jésus.

Y a-t-il donc des moments où nous nous trouvons dans un état ou dans une situation qui nous empêcherait de vivre ? Alors, de quelles libérations Jésus vient-il nous délivrer ? 

  • 3 : Jésus nous invite à regarder les emprisonnements qui peuvent aliéner l’Humain, et il veut nous en délivrer. 

Ce peut être de vivre en des lieux de mort, d’être enchainé par toutes sortes de choses… Nous voyons bien encore aujourd’hui, les chaines qui nous entravent, nous empêchent d’avancer, nous font mal…bref, ce qui nous divise à l’intérieur de soi ! 

D’ailleurs, sans doute avez-vous remarqué que le possédé de l’évangile ne dit pas “je“. À la question de Jésus : “ Quel est ton nom? “ la réponse fuse : « Mon nom est Légion, car nous sommes beaucoup. »  Ce « beaucoup » représente donc un grand nombre de contradictions dans lesquelles la Vie se laisse vaincre par la Mort. Or, le Christ est venu pour que la Vie triomphe !

  • 4 : L’ancien possédé revient à la vie.

Ce texte nous donne trois signes de vie : « Les gens voient le possédé assishabillé et revenu à la raison. » Et surtout, ayant retrouvé sa volonté propre, l’homme suppliait Jésus de pouvoir être avec lui. Ce désir « d’être avec Jésus » est déjà un signe de bonne santé !

  • 5 : Il y a plusieurs façons d’être avec le Christ ! Effectivement, Jésus lui propose une autre manière d’être avec Lui, non pas physiquement, mais par l’acte du témoignage : « Annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. »

Dans ce pays, de fait, Jésus n’a pas pu témoigner, alors, il passe le relais à quelqu’un d’autre pour que celui-ci puisse témoigner de la Bonne Nouvelle.

  • 6 : Avez-vous remarqué que, par trois fois, le Démon reconnaît la puissance de Jésus ? 

Le Démon sait qui est Jésus, et il comprend très bien l’action que Jésus est en train de vivre. Dès le moment où le possédé voit Jésus, le Démon crie : « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-haut ? »

Une des façons d’agir du Démon est le marchandage. Or, on ne marchande pas avec Dieu ! Au moment où les esprits impurs proposent un marchandage à Jésus : « Envoie-nous vers ces porcs » (animaux impurs), et nous te laissons cet homme, Jésus accepte, mais aussitôt, pour montrer que ce marchandage n’a aucun sens, le troupeau va s’engloutir dans la mer.

Peut-être pourrions-nous, tout au long de ce jour, réfléchir à ce texte si riche d’enseignements, car, d’une certaine façon, l’histoire de ce malheureux peut être aussi notre histoire. 

Quelles sont les chaines qui nous emprisonnent ?

De ‘quoi’ Jésus veut-il nous libérer ?                                                          

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 2 février 2020, Présentation du Seigneur au Temple, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 2, 22-40. Livre du prophète Malachie 3, 1-4. Psaume 23.

Lettre aux Hébreux 2, 14-18.

 

Chers amis, je vous invite maintenant à souffler vos bougies, mais gardez-les bien précieusement !

Nous voici, ce matin, dans cette belle fête de la présentation du Seigneur au Temple. C’est une fête importante, au point qu’elle supplante même la liturgie du 4e dimanche du temps ordinaire.

« Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. »

C’est une démarche cultuelle importante pour une famille qui accueille un fils !

Dans cette démarche, les parents de Jésus observent fidèlement les trois rites prescrits par la Loi. Quels sont-ils ?

  • Le premier rite est celui de la circoncision que le nouveau-né, de sexe masculin, reçoit huit jours après sa naissance.
  • Le deuxième rite prescrit que le 40e jour, la mère doit se présenter au Temple (ou à la synagogue) pour la purification rituelle. Ce rite n’a pas été conservé par les premières communautés chrétiennes. Ce n’est pas que la maman ait particulièrement commis un péché, mais il faut le comprendre comme une protection. Il y a eu tout d’abord écoulement de sang au moment de la naissance (pour les juifs, le rapport au sang est important), mais c’est aussi pour préserver la maman de tout rapport sexuel après un accouchement. C’est donc, pour la maman, une question de prudence et de respect !
  • Le troisième rite est celui auquel nous assistons ce soir par la lecture de l’évangile : c’est celui de la présentation de l’enfant nouveau-né (le fils premier-né) au Temple. La famille est pauvre. Elle ne peut pas offrir l’agneau prescrit, mais seulement deux colombes, l’offrande des pauvres.

Nous voilà arrivés au Temple de Jérusalem, et ce matin, nous sommes invités à faire un zoom. Il y a un monde incroyable, entre ceux qui se trouvent sur le parvis des gentils et ceux qui sont déjà entrés dans le Temple. 

Pour avancer, nous devons nous frayer un passage dans cette foule nombreuse pour arriver à ce jeune couple en train de discuter avec un vieillard. Marie serre dans ses bras l’Offrande du monde, le propre Fils de Dieu. Joseph, lui, porte dans ses mains ces petites deux colombes. 

Près d’eux, le vieillard Syméon est là, il n’est ni prêtre, ni rabbin, ni même lévite. Il n’était pas encore au Temple lorsque Marie et Joseph y sont entrés. Poussé par l’Esprit Saint, il vient d’arriver, sans doute, un peu essoufflé. 

C’est un homme juste et saint, un fils d’Israël qui attend la promesse d’Israël. Homme de foi et d’espérance, Syméon, sans un mot, reçoit l’Enfant des mains de Marie.

À cet instant mémorable, il y a comme un « arrêt sur image » : la Nouvelle Alliance est dans les bras de l’Ancienne !

C’est l’instant de fidélité que Dieu préparait depuis Abraham, c’est le moment, à la fois d’une nouveauté en la personne de Jésus, et en même temps, le signe que Dieu continue son œuvre de salut.

Syméon, illuminé par l’Esprit Saint, son cœur débordant d’une joie indicible, l’Enfant toujours au creux de ses bras… prononce des paroles prophétiques que l’évangéliste saint Luc nous transmet. 

Sans doute connaissez-vous ce beau cantique de Syméon (le Nunc Dimitis) chanté par tant de de moines et de moniales, de consacrés au moment du dernier office de la journée.

« Maintenant Seigneur, tu peux me laisser m’en aller dans la paix, car mes yeux ont vu le Salut que tu prépares… Lumière pour éclairer les nations ».

C’est par cette appellation de la « Lumière » que Syméon désigne ce tout petit bébé ! Nous l’avons manifestée cette lumière, nous aussi, au début de cette célébration, en portant ces cierges. Cette fête est aussi nommée : “la Chandeleur“ à cause des chandelles ou “candle“ en anglais. Ces cierges signifient que nous sommes, nous aussi, des porteurs de la lumière, mais Celui qui est la Lumière, c’est Jésus. Il est cette « Lumière qui se révèle aux nations ».

C’est Lui, le phare qui doit éclairer notre monde, trop souvent obscurci et enténébré. Que deviendrions-nous si nous mettions cette église dans le noir le plus complet ? Nous serions dans l’obscurité intégrale, dans l’incompréhension totale et dans l’incapacité de nous déplacer ne sachant pas où aller. 

Oui ! Jésus est Lumière ! Ne l’oublions pas.

Lui-même le déclare : « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres. »

En annonçant un destin universel, le salut pour tous les peuples, Syméon révèle que cet éclat tracera aussi une frontière entre ombres et lumière. Il nous faudra donc nous déterminer, faire un choix, décider où nous voulons aller, savoir où nous situer, être audacieux dans des situations parfois complexes et en demi-teinte, dans une société qui ne facilite pas notre discernement.

Toujours inspiré par l’Esprit, Syméon aura aussi une parole mystérieuse : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction. » Puis, en s’adressant à Marie, il ajoute : « … toi-même, ton âme sera transpercée d’un glaive… Ainsi, seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »

Je vous laisse imaginer l’étonnement de Joseph et de Marie. Comment ont-ils accueilli cette parole ? Cet enfant que Dieu donne à Marie, ce descendant de David, qui sera “la gloire d’Israël“ sera signe de contradiction et ne sera pas admis par tous. 

Nous le savons, le refus et la haine vont provoquer sa mort infamante sur la Croix. 

Mais au Golgotha, ce n’est pas seulement le côté de son fils qui sera percé d’une lance ; le cœur de Marie sera aussi transpercé !

Cette prophétie de Syméon, prononcée certes en termes redoutables, ne doit pourtant pas nous faire oublier que cette fête de la lumière est d’abord une fête de la joie.

Frères et sœurs, le Christ est notre lumière ! Il est notre soleil ! Non seulement, Il éclaire notre devenir, mais il nous illumine ! Peut-être savez-vous que les crêpes que nous avons goûtées ou que nous dégusterons aujourd’hui nous rappellent, de façon symbolique, la forme du soleil.

Cependant, cet aspect festif et convivial d’aujourd’hui devrait nous provoquer au moins avec deux questions :

  • Comment laissons-nous le Christ illuminer notre vie ?
  • Comment, en vivant notre mission de disciples, sommes-nous lumière autour de nous ? (Lumière dans la société, sur notre lieu de travail, dans notre paroisse, dans nos familles !)

C’est là qu’intervient la figure de la prophétesse Anne, et sans doute, est-ce une réponse et le modèle d’une fidèle consécration. Elle nous rappelle que toute vie est une invitation à la louange et au service.

La vieillesse (entendez bien !) n’est pas une désespérance. La vieillesse ne nous met pas “sur la touche“. En affirmant cela, je m’adresse plus particulièrement aux anciens de notre assemblée. Anne nous fait comprendre davantage notre vocation de priants devenant ainsi des témoins et des messagers pour les jeunes générations. 

Savez-vous que de nombreux jeunes qui aspirent à une vie consacrée sont en attente de votre espérance et de votre fidélité. 

Ce témoignage est nécessaire, afin qu’ils se consacrent, eux aussi, dans une vie de louange et de service. 

À 84 ans, Anne continue à mener cette vie simple et féconde dans la louange et le service. Quelle belle leçon !

Anne et Syméon sont les figures marquantes de ceux qui louent le Seigneur et qui ont l’audace de parler de Jésus à celles et ceux qui sont en attente du Sauveur. 

Alors, frères et sœurs, laissons-nous rencontrer encore et encore aujourd’hui, par Celui qui vient combler notre attente et faire de nous des lumières pour notre monde !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 29 janvier 2020, 3e semaine du temps ordinaire 2020, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 4, 1-20. Psaume 88. Deuxième livre de Samuel 7, 4-17
 
Si vous me le permettez, ce matin, je ne vais pas commenter l’évangile de ce jour. Pour cela, je vous invite à aller visiter le site de notre paroisse, dans la section des homélies, où vous pourrez y lire le commentaire de l’an passé.
Dans la dynamique du Dimanche de la Parole, je vais, avec vous, m’intéresser à la première lecture, au passage du deuxième livre de Samuel que nous venons d’entendre. J’espère que vous avez pu prendre le temps, ces deniers jours, de lire en entier le premier livre de Samuel, et peut-être aussi de commencer la lecture du deuxième livre.
Où en sommes-nous ? Les chapitres précédents du livre relatent la triste fin du roi Saül. Rappelez-vous ! Il avait commencé par être un prophète et un roi, puis il s’était détourné du chemin de Dieu en allant même jusqu’à s’adresser à une sorcière pour avoir des consignes. Puis le roi Saül meurt dans un grand combat, d’une façon très mystérieuse, aux côtés de ses fils. David apprend la nouvelle avec douleurs, puis il parcourt le pays. Là, le peuple le reconnaît comme roi et l’acclame. 
En réalité, David sera deux fois roi. À la mort du roi Saül, il est nommé roi d’une partie du pays nommée Hébron, dans la partie sud de la Judée. Plus tard, le reste du pays veut aussi David pour roi. Très vite, David fera de Jérusalem la capitale du pays ; c’est là qu’il va y construire son palais. Si vous vous rendez à Jérusalem, peut-être l’entendrez-vous nommée “la ville de David“.
Il emmène avec lui l’Arche de l’Alliance. Rappelez-vous aussi ! Lorsque Moïse est descendu du mont Sinaï avec les deux grandes Tables de la Loi, une Arche a été construite devenant ainsi la présence de Dieu. C’est à Jérusalem que cette Arche est présente.
David a donc la prétention de construire un temple grandiose pour le Dieu vivant. L’intention semble louable : construire un Temple à Jérusalem pour honorer Dieu, afin que les croyants aient un lieu pour L’adorer. Mystérieusement, Dieu le lui interdit en lui assurant que cette tâche sera assurée par son successeur. Voici le passage : «  … je te susciterai dans ta descendance un successeur qui naîtra de toi et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable, pour toujours, son trône royal. Moi, je serai pour lui, un père ; et lui sera pour moi, un fils.»
Ce qui est significatif dans ce contexte, c’est que le Seigneur à travers la prophétie de Nathan, promet à David un trône éternel. Ce successeur, ce fils de David, ne sera pas Salomon, bien que ce sera lui qui construira le Temple. Il s’agit du Messie, c’est-à-dire de Jésus. C’est Lui, le vrai successeur dont il est question ici. « C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable, pour toujours, son trône royal. » Jésus, fils de la lignée de David, construira donc un Temple bien plus grand, bien plus stable que celui de Salomon ; Il bâtira son Église. Comme Il le dit Lui-même en Matthieu 16,18 : « Je bâtirai mon Église et les portes du séjour des morts ne prévaudront rien contre elle. » ou encore, en Jean 2,19 : « Détruisez ce temple, et, en trois jours, moi je le relèverai ». C’est Jésus lui-même qui dans la nuit de Pâque rebâtira le temple de son corps.
« Moi, je serai pour lui, un père ; et lui sera pour moi, un fils.»
Cette Église est celle que nous formons ; une Église sainte, même si elle est peuplée d’hommes et de femmes pécheurs. Ce corps du Christ, cette Église sera la famille des enfants de Dieu, de l’ensemble des croyants qui pourront proclamer ensemble, comme nous le ferons tout à l’heure, la prière du Notre Père.
Frères et sœurs, puissions-nous prendre du temps pour relire les différents chapitres des deux livres de Samuel. Ils sont riches d’enseignements. Ils nous invitent à une méditation profonde et sans doute, à mieux comprendre le plan de salut de Dieu pour chacun de nous.
Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 27 janvier 2020, 3e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon Saint Marc 3, 22-30. Psaume 88. Deuxième livre de Samuel 5, 1-7.10

Voilà un évangile très intéressant qu’il nous faut comprendre plus profondément. Il fait suite au dimanche de la Parole que nous avons vécu hier. Ce matin, je vous propose d’entrer plus intimement dans ce texte et d’essayer de saisir ce que Jésus veut nous dire, avec une question qui nous interroge : qu’est-ce que le blasphème contre l’Esprit Saint ? 
Que se passe-t-il ? Une accusation est portée contre Jésus ! Elle est conséquente. Que lisons-nous : « Ce Jésus est possédé par Béelzéboul. » Littéralement, il est en accord avec le chef des démons ! Peut-être même est-il manipulé par un esprit impur ! 
Ce sont les scribes, arrivés exprès de Jérusalem, qui sont venus porter cette accusation. Remarquons que Jésus n’a pas encore été prêché dans la Ville sainte. Nous pouvons penser que ces scribes viennent justement en “avant-coureurs“ pour diffuser leurs critiques dans la foule afin de le discréditer. 
Jésus n’a pas peur ! Il les fait venir pour rétablir la vérité. Selon son habitude, il répond par une parabole, plus exactement par deux paraboles :
-         La première a trait au phénomène de division, un royaume, une dynastie, une famille ; tout cela ne tiendra pas s’ils sont divisés ! Satan ne va donc pas se faire des alliés pour se faire chasser lui-même : « Si Satan s’est dressé contre lui-même et s’il est divisé : il ne peut pas tenir. » À mots couverts, Jésus répond donc aux scribes que ce qu’ils lui disent est une bêtise, une ânerie, que cela n’a pas de sens !
-         La deuxième parabole est plutôt une contre-attaque ; si l’on veut entrer dans la maison d’un homme fort, pas de choix : il faut le ligoter, «… alors seulement, il pillera sa maison. »
Ce que Jésus est venu faire, c’est se montrer plus fort que la puissance du Mal. Il va ligoter l’adversaire, et enfin, délivrer les hommes que celui-ci a pris sous sa coupe. Pas de division en Jésus ! C’est Jésus qui vient ligoter Satan.
Nous ne connaissons pas les réactions des scribes aux paroles de Jésus, mais après ces paraboles, Jésus semble devoir parler plus clairement pour exprimer son enseignement. 
Jésus annonce une petite révolution, qui semble inconcevable pour les Pharisiens (ex : paralysé porté par les quatre porteurs qui passent par le toit) : « Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. »… les fautes contre le prochain et les offenses à Dieu, et même s’ils sont répétés. 
Voilà le principe et il est d’une générosité inouïe. Il est digne de l’amour que Dieu manifeste. 
Nous pouvons prendre conscience de la portée de son affirmation. C’est une révolution incroyable : Dieu pardonne tout ! Tout est pardonnable, mais poursuit Jésus : « Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable pour toujours. »
Qu’est-ce que cela signifie ? Ce que Jésus vise est très clair :
- S’il a expulsé Satan, c’est parce qu’il a, lui-même, ligoté l’homme fort, c’est-à-dire Satan. Satan est donc lié par Dieu.
- Blasphémer contre l’Esprit signifie dénier, refuser à Dieu son pouvoir sur le maître du mensonge. C’est le péché pour toujours, car en son essence même, il exclue la possibilité de l’intervention de Dieu. Comprenons vraiment ce que signifie le blasphème contre l’Esprit Saint : c’est exclure volontairement la possibilité que Dieu soit un Dieu d’amour, c’est exclure que Dieu intervienne favorablement et durablement dans ma vie. C’est pour cela que, traditionnellement, l’Église identifie ce péché à la désespérance volontaire et au refus volontaire de sa miséricorde.
Frères et sœurs, puissions-nous demander la grâce de croire toujours que Jésus a vaincu Satan et que Dieu m’aime d’un amour tel que si je me repens, si, avec confiance, je lui demande pardon, oui ! Il me pardonnera. Demandons aussi la force de l’Esprit-Saint pour ne jamais douter de cet amour !
                                                                                                                                           Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 22 janvier 2020, 2e  semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 3, 1-6. Psaume 143. Premier livre de Samuel 17, 32,33,37,40-51.s
Nous connaissons bien l’histoire épique de David et de Goliath. Pourtant ce matin, en quelques minutes, nous allons ensemble revisiter cet épisode, en ayant aussi en mémoire que, comme nous le savons, les chrétiens sont souvent appelés à un réel combat pour affirmer leur appartenance à Dieu.
Nous pourrons donc nous interroger sur la façon dont il nous faut combattre : de quelle manière ? Avec quelles armes ? 
Resituons, si vous le voulez bien, le contexte historique dans lequel nous sommes ! 
Saül est le premier roi en Israël. Il a suivi les directives et les conseils de Dieu, alors qu’il était jeune, au début de son mandat. Mais de fait, nous allons constater que, progressivement, il va oublier son Créateur. Avec le temps, une certaine confusion s’installe dans son esprit et, peu à peu, il s’est convaincu que ses victoires étaient vraiment les siennes et non celles de Dieu. Sa jalousie contre David sera grandissante.
Dans ce premier livre de Samuel, nous sommes donc dans les débuts, au moment d’un combat mémorable. Ce récit historique fait donc référence. Il oppose David, un tout jeune berger, au Philistin Goliath qui est un guerrier aguerri. Il y a donc une forte disproportion de puissance entre Goliath, une force brute, le héros des Philistins et la faiblesse de ce jeune David. Mais, en présence de Dieu, les rapports s’inversent.
Quels enseignements pouvons-nous retenir de ce texte, pour nous, aujourd’hui ?
Notons déjà, nous le savons, que Jésus est reconnu comme « fils de David ». En dépit de sa propre fragilité humaine, Il sera vainqueur de la mort, il fait triompher la vie !
Ce qu’il nous faut entendre, c’est que la fatalité est vaincue : le faible a vaincu le fort !
Depuis longtemps, dans les derniers siècles et les dernières décennies, ils sont nombreux à l’avoir expérimenté. Je pense, par exemple, à Mandela, qui va faire tomber l’apartheid et triompher le droit. Ce peut être aussi Jeanne d’Arc, humble jeune fille de Lorraine qui va réussir à faire couronner un roi ; ou encore, plus récemment, Gandhi qui renversera l’Empire colonial britannique avec la force de la « non-violence », du jeûne et de la prière ; c’est également l’exemple du pasteur Martin Luther King qui impose des droits civiques alors qu’il est noir, dans une société fondée et clivée par le racisme. Beaucoup n’auraient pas misé sur eux… et pourtant !
Pensons aussi à toutes ces personnes anonymes qui, dans la dureté du quotidien, font avancer l’humanité, jour après jour, au milieu de nous. Je pense aux jeunes mamans, aux jeunes papas qui élèvent patiemment leurs enfants, aux anciens confrontés au grand âge et qui pourtant demeurent là, disponibles, témoins fragiles, mais victorieux de la vie qui s’écoule. Je pense aussi aux soignants qui, bien au-delà de leurs intérêts, donnent vie, énergie et temps à leurs malades, aux couples parfois blessés dans leur fidélité et qui acceptent de se faire confiance à nouveau, aux visionnaires qui transfigurent le réel pour en manifester toute la saveur, et aux bénévoles (comme j’en connais beaucoup dans notre paroisse) qui proposent gratuitement leurs compétences au service de tous.
Dans nos combats les plus quotidiens, nous sommes, nous aussi, invités à voir grand et large ; oser croire ! Mettons toutes nos forces dans la mission en nous rappelant que “rien n’est impossible à Dieu !“ Face aux “Goliaths“ politiques, face à l’inertie d’une civilisation individualiste et impersonnelle, à la « culture de déchet », aux atteintes à l’anthropologie humaine par les lois de bioéthique insupportables, aux conjonctures défavorables, aux marchés qui dépriment face au monde monétaire odieux… affrontons, à notre tour, la force brute pour offrir un autre visage : celui de la justice, de l’amour, de l’espérance et de la confiance.
Nous savons que nos moyens sont bien souvent trop minces et faibles, mais si nous les mettons en commun, nous pourrons accomplir de grandes choses, avec l’aide de Dieu. Il est sûr que nous avons souvent l’occasion, et le devoir de batailler. Pourtant, gardons au fond de nous-mêmes cette assurance : c’est Dieu qui combat et remporte la victoire !
Frères et sœurs, très simplement, demandons cette audace de croire en toute justice que le faible peut vaincre le fort !
                                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 20 janvier 2020, 2e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 2, 18-22. Psaume 49. Premier livre de Samuel 15, 16-23

Voilà une page d’évangile qui pourrait nous laisser perplexes ! Certains me disent que cet évangile n’est pas simple à comprendre. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous ?

Il faut nous remettre dans le contexte. 

Une question est posée : Comment ce rabbi peut-il prétendre être l’Envoyé de Dieu, alors qu’il transgresse la Loi et n’observe pas les coutumes traditionnelles ? Cette question est posée à Jésus car, en effet, il ne jeûne pas, ainsi que ses disciples, comme ceux des pharisiens et de Jean le Baptiste.

La réponse de Jésus à ses contradicteurs parait manifester un certain étonnement ; Jésus leur demande pourquoi ils semblent choqués, étonnés ! Littéralement : « Le jeune rituel que vous pratiquez depuis tant de temps, n’avait-il pas pour finalité de hâter la venue du Messie ? Maintenant qu’il est présent devant vous, au milieu de vous, pourquoi donc continueriez-vous à jeûner ? »

Par cette question, Jésus effectue une sorte de retournement, car il sous-entend : “ vous devriez reconnaître qu’il est au milieu de vous, si du moins, vous vous reconnaissez parmi les invités de la noce“. 

Pour mieux comprendre à notre tour, il nous faut réfléchir à ce que signifie : « les noces de Dieu » et « l’attente du Messie par le peuple hébreux ».

L’image des noces de Dieu était bien connue dans l’Ancien Testament. Régulièrement, à travers les prophètes, nous entendions que ces noces étaient attendues et qu’elles étaient au cœur de l’espérance du peuple élu. Par exemple :

Dans le livre d’Isaïe : « Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. »

Il y a donc une relation nuptiale entre Dieu et le peuple. L’Époux n’est autre que Dieu lui-même auquel Jésus s’identifie. Alors, découle cette question : « Comment le jeûne du temps de l’attente ne serait-il pas interrompu alors que l’Époux est là ? »

Mais les interlocuteurs de Jésus ne semblent pas comprendre… Jésus continue en prenant des images et des paraboles. C’est tout d’abord l’image des deux vêtements et des deux sortes de vin. Il nous faut comprendre qu’en Lui, le passage du monde ancien au temps nouveau est déjà, en Lui, réalisé. Littéralement, il est inutile et même dommageable d’essayer de raccommoder l’ancien vêtement des usages rituels, au moyen du tissu nouveau de la grâce.

De même, il serait malvenu de verser le vin nouveau du Royaume, dans les vieilles outres de la religiosité ancienne.

Avec Jésus, nous constatons, à la fois une continuité et, en même temps, une rupture : reconnaître Jésus comme le Messie attendu, et accueillir gratuitement maintenant ce don que le Christ nous donne, dans l’Esprit.

Frères et sœurs, il nous faut reconnaître cette nouveauté du Christ dans notre vie !

Certes, Jésus ajoute : « Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, ce jour-là, ils jeûneront. »Littéralement, lorsque l’Époux leur sera arraché, les disciples de Jésus, alors, jeûneront. Cette allusion à la Passion ne devrait pas ternir, mais, tout au contraire, stimuler notre Action de grâce pour le don gratuit de la miséricorde, offert une fois pour toutes, dans la mort et la résurrection du Christ Sauveur. C’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie !

Une question m’a été posée récemment : et nous, pourquoi jeûnons-nous ? Pourquoi cela nous est-il demandé ? Pourquoi le jeûne du Mercredi des Cendres ou du Vendredi Saint, ou encore le jeûne eucharistique (le temps de jeûne, ce temps d’attente avant de recevoir le Corps du Christ) ?

Plusieurs réponses :

  • C’est pour stimuler notre « appétit » et avoir « faim », non pas de nourritures terrestres, mais avoir faim de Dieu.
  • C’est aussi parce que nous vivons l’absence du Christ et nous attendons son retour glorieux à la fin des temps.

Cela explique donc l’invitation, encore pour aujourd’hui, à une pratique du jeûne, qui est un jeûne plein d’espérance, car nous savons que le Christ est venu et que nous attendons sa re-venue dans la gloire !

Voilà ce qui nous est donné ce matin. Prenons soin de méditer ce texte durant notre temps de prière, de discerner et de découvrir, dans notre quotidien, la nouveauté que le Christ veut nous communiquer, mieux comprendre notre « faim de Lui » et en rendre grâce !   

                                                                                              Ainsi soit-il !  

 

 

Homélie du dimanche 19 janvier 2020, 2e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Notre-Dame réconciliatrice, Grenoble, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Jean 1, 29-34. Livre d’Isaïe 49, 3.5-6. Psaume 39.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 1, 1-3.

 

Nous voilà déjà mi-janvier ! Il y a encore quelques jours seulement, nous nous réjouissions de la Nativité : joie des fêtes de Noël ! Nous entrons maintenant dans le temps ordinaire, ce temps que j’aime personnellement appeler : temps extraordinaire de l’ordinaire. 

Dans mes rencontres récentes de paroissiens, je m’aperçois et perçois une certaine fatigue ou lassitude. Il est vrai, après avoir vécu ces moments si forts en émotion des fêtes de Noël, vécues comme un pic, certains sont pris dans un « decrescendo », une certaine tiédeur ou une frilosité, un manque de dynamisme… Oh, rien de grave ! bref…une petite forme ! 

Quoiqu’il en soit, les textes de ce dimanche sont là pour nous redonner un peu de « peps » ! Il nous faut écouter et méditer attentivement chacune des lectures, et, entre autres, l’exhortation que nous offre le prophète Isaïe. Qu’avons-nous entendu ? 

« Je fais de toi la lumière des nations,

pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

Ne laissons pas notre lumière s’éteindre peu à peu ! Si elle l’est, nous allons la réanimer, car ces paroles s’adressent à vous, elles s’adressent à moi, elles s’adressent à nous. Elles nous rappellent le sens même de notre vocation, le sens de notre mission première. 

Quelle est la vocation de tout chrétien ? Elle est de manifester en nous et par nous la splendeur de Dieu, le plan de salut de Dieu, la victoire de Dieu sur la mort.

Nous sommes donc invités, en ce dimanche, à regarder et à redynamiser notre vocation de chrétien qui demeure un appel : à annoncer, à évangéliser, à aimer et à se laisser aimer.

Toutes les paroles de ce dimanche sont tournées, convergent vers cet appel. 

Que nous disent les textes de ce dimanche ?

  • Isaïe nous demande d’être lumière des nations pour le monde entier, pas seulement pour nos petites communautés paroissiales.
  • Le psaume nous demande de ne pas retenir nos lèvres, et de dire : “ton amour et ta vérité à la grande assemblée“.
  • La deuxième lecture de saint Paul nous dit que nous sommes tous appelés à être saints.
  • L’évangile nous donne d’entendre la présentation de Jésus par Jean le Baptiste, qui nous montre qu’il faut annoncer au monde qui est le Messie. Il nous dit cette phrase importante : « Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui, le Fils de Dieu. »

Toutes ces invitations sont importantes, elles s’adressent à chacun de nous et nous rappellent exactement le mouvement que l’Esprit Saint initie en nous, au moment où nous recevons le baptême. Il nous faut, sans cesse, réapprendre et redécouvrir (chaque jour un peu plus) aidés par l’Esprit Saint et par des témoins divers, à tout recevoir et à tout donner !  C’est-à-dire, recevoir le don gratuit de Dieu et devenir nous-mêmes, don de Dieu.

Nous le savons bien ! Pourtant, nos soucis, nos multiples sollicitations, nos manquements, une certaine fatigue ou une tiédeur… ont pu nous éprouver ou nous détourner de cette réalité du chrétien !

Frères et sœurs, prenons la ferme décision de tourner résolument notre vie vers Dieu afin qu’il devienne notre modèle d’humanité ; il est encore temps, et cela jusqu’à notre dernier souffle ! Par notre baptême, par notre confirmation, nous avons posé un acte d’engagement fort, un don total de toute notre vie, de tout ce que nous sommes pour entrer dans la connaissance intime de Jésus.

Oser dire que Dieu nous aime, implique de chercher et connaître la Source de cet amour, en vérité, pour que cet amour ne soit ni falsifié ni dénaturé. Il nous faut quotidiennement côtoyer Jésus-Christ, prier avec Lui et en Lui.

Les moyens sont nombreux : c’est l’eucharistie qui nous rassemble ce matin, la prière personnelle de chaque jour, cet apprentissage par la lecture de la Parole de Dieu, notre disponibilité et notre engagement dans les services, tout particulièrement dans le service de la charité vis à vis de nos frères et sœurs en humanité.

N’ayons pas peur ! Ne croyons pas que, en ce début d’année, que la barre soit placée trop haute ! Non ! Il ne s’agit pas de faire des choses difficiles… Quelle est l’invitation du psalmiste : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; Tu ne demandes ni holocauste, ni victime, alors j’ai dit : “voici, je viens.“ »

Frères et sœurs, demandons déjà l’audace d’ouvrir nos oreilles aux mots d’amour que le Seigneur nous susurre doucement en se penchant vers nous, comme Isaïe nous le révèle. Le Seigneur dit à chacun de nous : « Tu as du prix, tu as de la valeur à mes yeux. »

Chers amis, comprenez-vous que le monde « crève » de ne pas entendre cette certitude que : oui, chacun de nous, nous avons du prix aux yeux du Seigneur ! Il s’agit d’Amour, alors que notre société de surconsommation nous regarde comme une simple valeur marchande, ou comme un porte-monnaie à vider… « Tu as du prix à mes yeux ! » 

Notre monde est en attente de nouveaux Jean-Baptiste qui témoignent et indiquent la voie : celle d’une espérance, d’une vie qui prend sens, celle d’un véritable salut.

Même si cela n’est pas toujours simple, mesurons-nous « notre chance » en Occident ? Combien de frères et sœurs chrétiens à travers le monde, sont persécutés à cause de leur foi en Jésus, à cause de leur amour du Christ ? Combien de personnes aussi, dans notre société, restent en errance, en recherche d’un sens pour leurs vies, et ne connaissent pas le Christ, n’en ont même pas entendu parler, si ce n’est par la voix déformante de certains médias ?

Là, est notre vocation de chrétiens ! Catholiques, protestants, orthodoxes, ensemble, ne gardons pas pour nous seuls, ce trésor qui nous a été révélé ! Si nous ne témoignons pas, qui le fera ?

Frères et sœurs, le mois de janvier est le mois des bonnes résolutions. Nous avons souhaité toutes sortes de bonnes choses, nos meilleurs vœux aux membres de nos familles, à nos amis… Magnifique ! Ce matin, je vous propose à prendre une véritable résolution :

Soyons de nouveaux Jean-Baptiste !

Annonçons que Jésus est l’Agneau de Dieu, le Messie, Fils du Dieu vivant fait homme,

Mort et revenu à la vie !

Témoignons que la mort, quelle que soit sa forme, n’a plus de prise sur nous !

Relisons la Bible !

Nourrissons-nous des sacrements !

Soyons des membres actifs dans une communion fraternelle !

Soyons des serviteurs attentifs et offerts pour tous !

Soyons de nouveau Jean-Baptiste !

Demandons à l’Esprit Saint de nous aider à proclamer, dans une foi profonde, simplement, sans prosélytisme, et avec nos propres mots : « Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui, le Fils de Dieu. »

Demandons cette grâce pour chacun de nous, pour notre communauté, notre paroisse, de comprendre notre mission, de nous aider les uns les autres à répondre à cet appel et à être les missionnaires que le Seigneur attend !

Soyons de nouveaux Jean-Baptiste pour aujourd’hui !

 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 15 janvier 2020,1re semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 1, 29-39. Psaume 39. Premier livre de Samuel 3, 1-10.19-20.

Hier, une personne m’a posé une question, à la sortie de la messe. Elle me disait avoir du mal à comprendre le livre de Samuel. Je lui ai aussitôt demandé si elle avait pris le temps d’ouvrir la Bible et de lire ce livre. Elle ne l’avait pas fait … Pas encore !

Ce matin, frères et sœurs, je vais donc m’attarder un peu avec vous, sur cette première lecture du livre de Samuel ; bien que la belle-mère de Simon, dans l’évangile, aurait pu aussi, nous inspirer. 

À nouveau, je vous invite, à prendre le temps de lire, à votre rythme, les deux livres de Samuel. J’attire votre attention : la liturgie n'en propose que de courts extraits !

Le texte d’aujourd’hui est situé au 3e chapitre du Premier livre de Samuel. Nous sommes plus d’un millier d’années av. J.-C., environ en -1050 (av. J.-C.). Nous voilà à Silo, c’est-à-dire à une trentaine de kilomètres de la ville de Jérusalem.

 Depuis 150 ans, les douze tribus d’Israël ont conquis, peu à peu, une partie du pays de Canaan. À ce moment-là, il n’y a pas encore de rois pour ces douze tribus, Saül sera nommé un peu plus tard. Ces douze tribus sont alors dirigées par des juges, qui sont à la fois des chefs politiques et des religieux. Lorsque la situation est très mauvaise, ces juges sont appelés au secours, mais dès que tout va mieux, ils sont souvent contestés ! 

Autour des sanctuaires, se trouvent aussi des prêtres ; ils sont chargés des rites religieux. Le plus important de ces sanctuaires est celui de Silo, parce qu’il abrite l’Arche d’Alliance. Rappelez-vous ! Lorsque Moïse est redescendu du mont Sinaï, portant les deux tables de la Loi sur lesquelles étaient inscrits les dix commandements, il a été décidé de les placer dans une Arche richement décorée avec des anges, des chérubins. Cette Arche est abritée dans le sanctuaire de Silo. Dans les chapitres suivants, cette Arche d’Alliance sera perdue.

Le prêtre de ce sanctuaire s’appelle Éli. Ce nom “Éli“ signifie “mon Dieu“. Juste une petite remarque : c’est le mot qu’emploie Jésus en croix : «Eli, Eli, lama sabactani ? », c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » À côté des prêtres, et parfois en opposition à leur pouvoir, se trouvent des prophètes. Leur mission : entendre la Parole de Dieu et la transmettre au peuple. Cette mission est importante, car c’est une des rares possibilités pour que Dieu puisse guider son peuple. Autre remarque : le dernier des prophètes sera Jean-le-Baptiste.

À l’époque d’Éli, les prophètes exercent en groupe ; ils prient… ils entrent en transe. Ils dansent aussi. Le livre de Samuel précise que : « La parole du Seigneur était rare en ces jours-là, et la vision, peu répandue. » Bref, la communication entre Dieu et les hommes ne fonctionnent pas très bien. 

L’un d’entre eux va devenir un des plus grands prophètes d’Israël même si, pour l’heure, il n’est encore qu’un enfant ; il s’appelle Samuel ! Son nom signifie en hébreu : “Dieu exauce“.

Samuel a été confié au prêtre Éli par sa mère, Anne, comme nous l’avons lu hier, dans la première lecture. Anne était stérile. Elle espérait si fort avoir un enfant, qu’elle s’était engagée, si le Seigneur le lui permettait, à offrir cet enfant pour le service de Dieu. C’est ce qui s’est passé. Samuel est donc dans le sanctuaire, dans le Temple, donné en Action de grâce, par Anne, sa maman.

Nous arrivons maintenant à l’épisode de ce matin. Par trois fois (+ une), Dieu interpelle Samuel. Ce jeune garçon ne connaît pas le Seigneur, et il faudra l’intervention d’Éli pour que Samuel comprenne ce qui lui arrive et ouvre son cœur à la Parole de Dieu : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »     

Cet enseignement nous interpelle tous, car, il nous invite à une disponibilité de cœur lors de notre prière. Nous devrions lors de ces moments d’oraison redire avec foi : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »

L’enjeu de notre vie filiale n’est plus le don de Dieu (celui-ci est déjà donné !), c’est la façon dont nous allons répondre à l’appel de Dieu. 

« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »

Certains vont me dire que cette phrase est banalement pieuse. Pourtant, elle révèle nos combats intérieurs les plus profonds et s’opposent même à nos idées sur Dieu les plus ancrées, parce que spontanément, nous ne sommes pas totalement à son service ; c’est un constat. C’est souvent nous, qui demandons à Dieu d’être à notre service. Combien de fois demandons-nous au Seigneur de guérir, de réussir tel ou tel examen, qu’une réunion se termine bien, qu’un conflit familial s’arrête ou même simplement, qu’il fasse beau ! En quelque sorte, nous mettons Dieu à notre service, en lui demandant de répondre à nos attentes, à nos désirs.

Ne faudrait-il pas agir de façon inverse ? C’est ce que je retiens de cette lecture du livre de Samuel.

Frères et sœurs, avec confiance, puissions-nous avoir cette belle disponibilité de cœur dans notre prière, en nous mettant à l’écoute de la Parole de Dieu afin de pouvoir dire : 

« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

Homélie du lundi 13 janvier 2020, 1re semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 1, 14-20. Premier livre de Samuel 1, 1-8. Psaume 115.

 

Frères et sœurs, comme je viens de vous le dire en introduction, nous entrons aujourd’hui, dans le temps extraordinaire de l’ordinaire ! Chaque jour, à qui sait le voir, est un jour extraordinaire !

Tout au long des jours à venir, nous allons lire plusieurs passages du premier livre de Samuel. Prenez le temps de relire ce livre.

Ce matin, je vais davantage m’attacher à l’évangile et, en ce premier jour du temps ordinaire, il nous faut remarquer combien l’invitation est claire : c’est une invitation à la conversion.

Nous sommes après l’arrestation de Jean-le-Baptiste, arrestation brutale par les sbires d’Hérode. Son emprisonnement met une fin à sa mission du Précurseur.

Depuis la Première Alliance, les prophètes puis Jean-le-Baptiste, tous proclament et réclament cette conversion, ce retour à Dieu, et de fait, Jésus commence son ministère public dans cette continuité. Sans doute avez-vous remarqué que saint Marc emploie les mêmes mots pour Jean-le-Baptiste comme pour Jésus.

Proclamation ! Conversion !

Ce n’est pas un hasard ! Saint Marc, dans son évangile disait, quelques lignes, un peu plus haut : « Jean-le-Baptiste, dans le désert, proclamant un baptême de conversion… ». Et aujourd’hui, nous entendons : « Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait “Convertissez-vous !“ »

Cette insistance est là pour nous redire l’importance de la conversion. 

Si le contenu de la prédication est le même, le décor a changé. Jésus part pour la Galilée après son baptême sur les bords du Jourdain (que nous avons vécu hier). Après son passage au désert avec l’épisode des trois tentations, Jésus retourne en Galilée, près du lac de Tibériade. 

C’est là, qu’il va commencer sa prédication. « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

En quoi consiste la conversion à laquelle Jésus nous invite ?

Elle consiste tout simplement, à croire que ce don de Dieu est actuel, et que ce don est gratuit. C’est cette même gratuité que le prophète Isaïe annonçait déjà. Rappelez-vous en Isaïe 55 : « Vous tous qui avez soif, voici de l’eau, buvez gratuitement. » Cela nous permet de mieux comprendre l’expression :      « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile.“ C’est-à-dire à la « Bonne Nouvelle » que Dieu nous offre gracieusement.

Je voudrais souligner une petite subtilité qui n’est pas complètement exprimée par le français ; il s’agit de la conjonction de coordination “et“ : « Convertissez-vous et croyez », signifie souvent : “en plus“. En grec, cette conjonction de coordination veut dire “en plus“, comme en français, mais aussi : “c’est-à-dire“. Alors, nous devons comprendre : 

  • Convertissez-vous, c’est-à-dire : croyez en la Bonne Nouvelle ! 
  • Croyez à ce don gratuit que Dieu vous offre ! 
  • Croyez que Dieu vous veut du bien et qu’il veut, pour vous, la Vie !

Se convertir, c’est croire que la Bonne Nouvelle est nécessaire, qu’elle est bonne pour chacun de nous !

Dieu est amour ! Dieu est pardon ! Son amour et son pardon sont pour tous !

C’est ce que les premiers disciples comprennent au point que, à l’appel de Jésus, ils vont tout quitter : « aussitôt,quittant leurs filets, ils le suivirent », pour se mettre à sa suite.

Pour nous qui écoutons cet évangile, quelle question pouvons-nous nous poser ? Qu’avons-nous compris de l’amour de Dieu ? Comment désirons-nous, là où nous sommes, témoigner de cet amour, et l’annoncer ? A quelles conversions sommes-nous encore appelés ?

Aujourd’hui, comme hier, des prophètes sont indispensables pour annoncer la Bonne Nouvelle de Dieu. Soyons assurés, frères et sœurs, croyons vraiment que Jésus nous appelle, quelle que soit notre histoire. 

Nous le savons, toute mission en Église nous dépasse bien souvent, mais peu importe ! C’est le Seigneur qui est à la barre ; laissons-là nos filets, ceux de ce matin, et n’hésitons pas à le suivre !

                                                                                                                           Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 8 janvier 2020, mercredi après l’Épiphanie, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 6, 45-52. Psaume 71. Première lettre de saint Jean 4, 11-18.

 

J’ai un peu hésité à commenter la première lecture ou l’évangile. Finalement, je me suis décidé pour la première lecture : un petit passage de la première lettre de saint Jean. Je vous invite, autant que possible, à relire cette lettre, à la méditer, à la goûter. Pourquoi ? Car ce petit passage nous redonne le sens de la Fête de la Nativité que nous venons de vivre ! 

Comprenons-nous précisément, ce que Noël nous révèle ? 

La venue du Christ en notre chair veut nous redire au moins trois choses :

  • que Dieu est Père et qu’il est Amour, 
  • nous permettre de découvrir cet amour 
  • et nous faire entrer dans cet amour du Père, afin d’avoir part à la Vie éternelle !

Nous pourrions résumer ainsi ce que nous venons de vivre à Noël. Énoncer ces réalités, nous demande :

  •   D’entrer davantage dans cette connaissance de Dieu,
  • Comment pourrions-nous vivre Noël et ne rien changer dans nos vies ?

Dans le passage de saint Jean que nous venons d’entendre, le mot « Dieu » est répété plusieurs fois et le mot « nous » encore plus souvent. C'est comme un enchevêtrement entre Dieu et nous avec plusieurs conséquences : 

  • Conséquence en nous : Puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Il nous faut entrer dans cet amour pour pouvoir nous aimer les uns les autres !
  • Conséquence pour ceux qui nous observent : cette vie d'amour entre nous et les uns envers les autres rend Dieu présent au monde.

Là aussi, nous mesurons notre responsabilité de chrétien ! 

Si nous nous aimons entre nous, cela se voit ! Cela donne envie et pousse ceux qui sont autour de nous à s’interroger : « Vous n’êtes pas parfaits et pourtant vous manifestez une grande attention entre vous !  D’où vient cet élan d’amour gratuit ? »

Sans ce témoignage, Dieu est invisible, Dieu, personne ne l'a jamais vu. La visibilité de Dieu, la "demeure" de Dieu, c'est nous ! C'est nous qui rendons visible Dieu, particulièrement dans la façon dont nous nous aimons et dans la façon dont nous nous mettons au service des autres.

Littéralement : quand j'aime et que je me laisse aimer, je rends Dieu visible !

Mystérieusement, je découvre que Dieu ne peut pas se passer de moi (de nous) pour manifester sa présence et laisser découvrir son être profond… 

Peut-être le plus surprenant, c’est qu’il m’arrive (même en tant que Chrétien) de me passer de Dieu, de l’ignorer, et même de le refuser ! Je deviens alors un contre témoignage de l’amour de Dieu pour tous.

 Comment concrètement rendre Dieu présent ?

La lecture de la lettre de saint Jean fait mention de deux manifestations de Dieu Père : il a envoyé son Fils comme sauveur et il nous a donné part à son Esprit.

À Noël, nous reconnaissons Jésus comme Sauveur ! 

À Pentecôte, particulièrement nous sommes renouvelés dans l’Esprit Saint. 

Régulièrement, l'Église m'invite à redécouvrir ce mystère d’amour et être spirituellement au Cénacle avec les Apôtres et Marie. Dans ces moments de prière, Dieu se donne et fait sa demeure en moi !

Comme pour les Apôtres qui sortiront du cénacle, le jour de la Pentecôte, dans le souffle et le feu de l'Esprit Saint, il me faut sans cesse demander la force de l’Esprit Saint pour comprendre ce Mystère d’Amour qui s’offre à moi et en devenir un témoin !

Dieu très bon, Dieu créateur, envoie sur nous Ton Esprit. Qu’il nous transforme par ses dons. Qu’il remplisse nos cœurs et ravive en eux le feu de Ton Amour. Qu’il inspire à Ton Église une vraie vie fraternelle pour qu’elle devienne témoin de Ton Amour et qu’elle annonce ta Bonne Nouvelle aux femmes et aux hommes de ce temps. Nous Te le demandons par le Nom de Jésus-Christ, le Sauveur !   

Cette prière peut être la nôtre, ce matin !          

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 6 janvier 2020, lundi après l’Épiphanie, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 4, 12-17.23-25. Première lettre de saint Jean 3, 22 à 4, 6. Psaume 2. 

 

Jean le Baptiste a bien préparé le terrain. Il est celui qui a annoncé la venue du Messie ; c’est un homme passionné, passionné de justice, et sa parole juste contre la malhonnêteté du roi Hérode, le conduira en prison.

Quand Jésus apprend l’arrestation de Jean, « il se retire en Galilée. Il quitte Nazareth et vient habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée… » c’est-à-dire : au bord du lac de Tibériade, « …dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. »

Avec cette arrestation, Jésus se trouve à un tournant de sa vie ; en quittant la ville de Nazareth, il entre dans la période de sa vie publique.

À partir de ce moment précis, Jésus se met, lui aussi, à proclamer : 

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

Ce passage d’évangile que nous venons d’entendre est à relire dans le temps de la Nativité (temps que nous vivons) afin de percer et d’approfondir le mystère propre de l’Épiphanie et tout particulièrement celui de Noël. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » 

Hier encore, lors de l’eucharistie, en cette fête de l’Épiphanie, nous avons entendu la lettre de saint Paul aux chrétiens d’Éphèse. Elle est intéressante et je vous en relis quelques phrases : « Ce mystère…a été révélé maintenant… que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. »

Durant la nuit de Noël, rappelez-vous ! Nous entendions déjà cette annonce faite aux bergers : au petit matin, accompagnés par le chant des anges qui chantaient le Gloria, les bergers s’avancent jusqu’à Bethléem, découvrent l’Enfant Jésus et se prosternent devant lui. 

Le jour même de la Nativité, c’était, en quelque sorte, les bergers (premier cercle) qui entendaient la Bonne Nouvelle et voilà que ce cercle est en train de s’agrandir.

Hier, avec les mages, ce sont des païens qui la découvrent (La tradition nous informe qu’ils venaient d’Asie, d’Afrique, d’Europe). Nous voyons que c’est des limites du monde entier que tous ceux qui le souhaitent viennent, reconnaissent et se prosternent devant Jésus. 

Les prophéties de l’Ancien Testament trouvent leur accomplissement en la personne de Jésus : le Verbe fait chair ; et cela pour toutes les nations.

En guérissant toute infirmité et toute maladie dans le peuple, le Seigneur atteste que le Royaume se manifeste dans sa personne pour tous les peuples.

À la fin de la description de ce passage de l’évangile, nous lisons que : « De grandes foules le suivirent, venues de la Galilée, de la Décapode, de Jérusalem, de la Judée et de l’autre côté du Jourdain. »

 Nous savons que cette large invitation s’adresse à tous. Nous nous en réjouissons ! Cependant, nous sommes invités à nous interroger à nouveau ! Cette question n’est pas anodine : et nous, comment accueillons-nous cette nouvelle dans notre quotidien ?

C’est vrai, nous savons que Jésus est venu largement apporter la guérison, le Salut… mais, frères et sœurs, comment l’accueillons-nous, nous-mêmes ? Nous avons une réponse à donner !

Il ne suffit pas de nous engager dans une démarche certes sympathique et ouverte comme celle des mages en visitant l’Enfant divin, ou même en faisant le don de nous-mêmes, non ! Nous sommes invités à faire un pas de plus. Bien sûr, nous avons à nous prosterner devant Jésus, mais nous avons aussi à repartir par un autre chemin. 

Peut-être notre façon de vivre doit-elle changer ? 

Sans doute avons-nous des conversions encore à vivre ?

Comment est-ce que nous témoignons du Seigneur, aujourd’hui ?

Pour tout chrétien, cette affirmation est fondamentale : Dieu s’est fait chair ! Nous le savons. Nous en vivons et nous mettons notre foi en son Nom, Jésus-Christ ! Pourtant, une question demeure, essentielle, nécessaire : 

Qui transmettra la Bonne Nouvelle ?

Qui veut annoncer le Christ, aujourd’hui ?

Ce qui est certain, c’est que cela ne se fera pas sans nous !

Demandons cette audace pour chacun de nous, audace d’être aussi des “Jean-Baptiste“, des prophètes pour notre temps, et de désigner l’Agneau de Dieu : Jésus !

Ainsi soit-il !

Homélie de la solennité de Marie, Mère de Dieu, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 2, 16-21. Livre des Nombres 6, 22-27. Psaume 66.

Lettre de saint Paul aux Galates 4, 4-7.

 

Chers amis, avez-vous bien entendu et savouré la première lecture ?

Depuis hier soir, après une messe d’Action de grâce célébrée ici même, j’ai souhaité envoyer des messages, des mails en reprenant cette belle et profonde bénédiction :

 

« Que le Seigneur te bénisse et te garde,

Qu’il fasse, pour toi, rayonner son visage,

Que le Seigneur te découvre sa Face,

Te prenne en grâce et t’apporte la paix ! »

Cette bénédiction solennelle que nous avons entendue dans le livre des Nombres, est vieille, d’au moins, deux mille six cents ans ! Nous la recevons aujourd’hui, tout particulièrement, en ce premier jour de l’année 2020. 

Oui ! Nous changeons d’année ! 

En un sens, ce n’est guère qu’une petite unité de temps ajoutée, même si, cette année, ce sont deux petits chiffres qui changent : le 19 devient 20 ! 

Pourtant, c’est pour chacun de nous, l’occasion de faire mémoire de l’année qui vient de s’écouler avec les bons et beaux moments que nous avons vécus et ses moments plus difficiles ou douloureux. C’est aussi l’occasion de rendre grâce, comme nous l’avons fait hier soir dans cette église, l’occasion aussi de tourner une page… de choisir d’ouvrir une page neuve, libre, accueillante, où chacun pourra écrire sa vie, exprimer son amour, sa liberté, ses désirs et sa capacité de se mettre au service des autres.

Nous portons tous, au fond de nous, une espérance quand commence une année nouvelle. Ce renouveau est souhaitable et bon ! Nous partageons avec cette année nouvelle, ce même désir avec tous les humains de nombreux pays, selon les continents… 

Mais, plus qu’un simple changement de date, notre foi chrétienne colore cette nouvelle année d’une manière toute spéciale : 

  • Que sera cette année, dans ma vie de foi ?
  • Qu’est-ce que je veux expérimenter dans une espérance chrétienne ? 
  • Comment envisager cette année qui s’ouvre pour mes relations, dans l’ordre du pardon, de la connaissance, pour la serviabilité, du don de soi ? 
  • Quels sont mes nouvelles attitudes et mes changements personnels que je souhaite vivre réellement ?

Durant ces dernières heures, nous avons souhaité à de nombreuses personnes une bonne année et une bonne santé, nos meilleurs vœux… Au milieu de cette effervescence, de tous ces échanges, de ces invitations, de ces questionnements, une femme se tait. 

Elle reste immobile et silencieuse. 

D’ailleurs, c’est à peine si on la remarque ; mais cette femme voit… elle voit tout, elle entend tout ! Elle se rappelle tout, et, dans son cœur, elle, Marie, redit “oui“ à tout ! En un mot, elle prie !

Cette mère silencieuse, ce témoin attentif et discret sur tout ce qui concerne Jésus : c’est Marie ! Attentive à tout, elle devient cette mémoire vivante capable de s’étonner de toutes choses et de tout garder dans sa prière.

Elle ne pense pas à l’avenir, d’ailleurs l’avenir ne l’effraie pas, tout simplement parce qu’elle fait confiance à Dieu, en tout ! Elle est surtout attentive au présent, et c’est important de le retenir : elle est pleinement disponible au présent

Elle ne laisse remonter du passé que ce présent appelle, seulement pour en recevoir tout son sens. Dans l’évangile, il en sera toujours ainsi. Marie est toujours et tout entière dans le présent, aussi déconcertant soit-il ! Elle se rappelle le passé, retient le présent, tout en méditant tous les événements dans son cœur.

Dans cet Enfant qui lui est donné, Marie voit surgir du fond du passé, tous ces fils inattendus, inespérés, enfants conçus dans la stérilité ou rescapés de la mort et du péché ; tous ces fils qui ont constitué l’histoire d’Israël. C’est : Samson, David, Moïse, Jacob, Isaac… que Marie porte en elle, avec tous leurs destins extraordinaires suspendus au fil fragile d’une Parole et d’une annonce en forme de promesse. 

Alors, nous voyons tout le peuple d’Israël qui se met à espérer ce que tous les prophètes ont annoncé : « Il sauvera son peuple ; Il sera Père de tout un peuple. » 

En ce sens, Marie se souvient, elle accepte ce qui se passe dans sa vie, ce qu’elle comprend et ce qu’elle ne comprend pas. Marie dit “oui“ au présent.

« Comment tout cela se fera-t-il ? » a-t-elle demandé à l’ange lors de l’Annonciation. 

Elle laisse simplement l’avenir à Dieu, en Dieu, en toute confiance.

Depuis que l’ange l’a quittée, depuis qu’elle n’est plus visitée par les anges, Marie a cessé de se poser cette question. Son “oui“ est prononcé définitivement. Il l’éclaire de la lumière de la foi, et c’est au tour des autres, proches ou lointains, de faire maintenant cette même expérience. 

Aujourd’hui, ce sont les bergers qui viennent se prosterner devant l’Enfant Jésus et ils repartent tout joyeux de cette rencontre.

Dimanche prochain, nous serons avec les mages venus d’Orient, venus apporter l’or, l’encens et la myrrhe. Eux aussi vont se prosterner devant l’Enfant Dieu et repartir par un autre chemin.

Pour nous tous ici rassemblés, ce soir, au moment où nous entrons dans cette nouvelle année 2020, il est bon de regarder Marie, particulièrement en ce premier jour. 

Au moment où nous formulons tant de souhaits, alors que nous regardons l’avenir parfois avec un peu d’inquiétude, il est bon de faire confiance, de mettre tout ce que nous portons au fond du cœur, toute notre intelligence au service du présent, de ce présent qui préparera et prépare déjà l’avenir.

Frères et sœurs :

 Mettons-nous à l’école de Marie ! 

Prenons-là comme modèle, si vous le voulez bien : soyons présents au présent !

Accueillons dans la foi et l’espérance ce présent qui nous est donné ! 

Avec tout ce que nous sommes, ensemble et dans notre fraternité paroissiale, avec nos familles, construisons chaque jour, un avenir meilleur, un monde meilleur, un monde où nous recevons tout de Dieu, mais que nous transformons avec nos mains et notre cœur.

Le présent d’aujourd’hui a le visage d’un enfant : Jésus !

C’est la promesse de vie que Dieu nous donne. Dans le monde que nous habitons et que nous construisons tant bien que mal, nous savons que c’est cette Vie éternelle, cette proximité avec Dieu pour toujours que nous poursuivons, que nous recherchons et auxquelles Jésus nous invite à croire.

Chers amis, permettez-moi, dans le Seigneur, aujourd’hui, maintenant, de vous souhaiter une belle, fructueuse et sainte nouvelle année ! Puissions-nous tous ensemble, en nous retroussant les manches, en nous mettant au service les uns des autres, construire cette année 2020 comme Dieu le veut, dans la charité, la disponibilité, afin que le monde soit plus beau !

Reprenons tous ensemble, si vous le voulez bien, cette belle bénédiction que nous recevons comme une onction de grâce, ce soir, dans la paix et la joie :

« Que le Seigneur te bénisse et te garde,

Qu’il fasse, pour toi, rayonner son visage,

Que le Seigneur te découvre sa Face,

Te prenne en grâce et t’apporte la paix ! »

 

Ainsi soit-il !

Homélie du mardi 31 décembre 2019, 7e jour dans l’octave de la Nativité, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Première lettre de saint Jean 2, 18, 21. Psaume 95. 

 

Il est bien tôt, ce matin (8h) et pourtant, nous avons encore dans nos cœurs les chants et le merveilleux de la naissance de Jésus. 

À l’heure où nous goûtons encore un peu, cette joie et cette paix de Noël, l’Église nous propose de fêter, avec réalisme, la Sainte Famille : Marie, Joseph et l’Enfant Jésus. 

Il y a quelques jours, je discutais avec quelques familles éprouvées, et nous faisions le constat ensemble (et peut-être le faîtes-vous aussi ?) que la vie n’est pas un long fleuve tranquille…

Certes, nous vivons de vrais et de beaux moments de joie, mais d’autres sont parfois plus difficiles ; on ne comprend pas ! Tant personnellement qu’au sein de nos foyers, certaines situations nous laissent perplexes et même dans un certain désarroi !

Contempler la Sainte Famille, c’est nous ramener à une réalité, car cette famille qui nous est présentée en modèle, s’inscrit dans le concret d’une existence éprouvée. C’est une vraie famille comme il en existe tant de par le monde, jetée sur les chemins de la vie et vivant les chamboulements qui les accompagnent. 

Bien que dans la joie de cette naissance, la Sainte Famille a été, elle aussi, bien éprouvée. 

- Rappelez-vous l’évangile de Noël ! Le pays est occupé par les Romains et Marie, enceinte, est obligée d’aller jusqu’à Bethléem parce qu’il y a un recensement. Mais pas de place pour eux à Bethléem lorsqu’ils arrivent et je vous laisse imaginer l’angoisse de ce moment-là alors que Marie est sur le point d’accoucher ! 

- Et puis, Hérode, fou de jalousie va faire massacrer tous les enfants de moins de deux ans (les saints Innocents), provoquant ainsi la fuite en Égypte de Marie, Joseph et de l’Enfant Jésus dans la nuit, vers un pays étranger ; 

- ou encore, lorsque Joseph va présenter l’Enfant au Temple, pas d’argent, et il va faire l’offrande des miséreux, juste deux tourterelles … 

C’est sûr, c’est une vraie famille dans le réel de la vie !

Il est certain que les familles de tous les temps ont bien souvent un lot d’épreuves. Et vous, toutes, les familles ici présentes, vous vous battez souvent avec héroïsme, dans des conditions de vie souvent difficiles : dans l’ordre de la santé, dans des difficultés financières (fins de mois parfois délicates), parfois aussi dans des dialogues difficiles voire même des conflits au sein du couple, ou dans des liens familiaux ou des affections compliquées, peut-être même brisées.

Vous toutes, familles souvent héroïques et courageuses, regardez vers la famille de Joseph et de Marie ! Comme les vôtres, elle a connu déchirements et angoisses, se débattant dans les turbulences de l’histoire, et pourtant, elle nous apprend comment tenir debout, malgré les épreuves. 

 Frères et sœurs, nous avons quelque chose à apprendre ce matin, à retenir, à redécouvrir de la famille :

La famille demeure toujours un lieu essentiel ; elle est un don. 

Celui qui en parle beaucoup, parce qu’il l’a beaucoup étudiée, c’est saint Jean-Paul II. Peut-être avez-vous écouté ou lu ses catéchèses du mercredi sur la famille, sur l’amour conjugal ?

Pourquoi la famille est-elle si importante aujourd’hui, bien qu’elle ne soit pas considérée comme telle dans notre société actuelle ? Pourquoi l’Église insiste-t-elle tant sur les thèmes du mariage et de la famille ? 

Saint Jean-Paul II nous donne une réponse pertinente et juste : « La raison est simple, même si tous ne parviennent pas à le comprendre. De la famille dépend le destin de l’homme, de la famille dépend son bonheur, la capacité de donner un sens à son existence. Le destin de l’homme dépend de celui de la famille, et c’est pour cette raison que je ne me lasse jamais d’affirmer que l’avenir de l’humanité est étroitement lié à celui de la famille. »

Effectivement, c’est au sein de la famille que l’amour va se vivre réellement. C’est dans la famille que le sens du service et du don de soi vont s’apprendre et se vivre effectivement ; elle est le lieu où l’amour manifeste sa mystérieuse fécondité, où l’amour se transmet et s’apprend. 

Le Fils de Dieu lui-même a voulu naître et commencer son humanité au sein d’une famille. C’est ce que fêtons à Noël. 

Alors, ce matin, je souhaite partager avec vous quatre enseignements que vous connaissez sans doute, mais qu’il peut être bon de réentendre :

En préambule, je le dis avec beaucoup de délicatesse, je sais bien, en vous disant tout cela, que certaines familles sont éprouvées, parfois en difficultés d’amour ou même en rupture d’amour et nous pensons à tous ceux qui souffrent et qui espèrent un apaisement ou un changement.

Le premier enseignement nous est donné par l’attitude de Joseph. Il nous rappelle cette nécessaire détermination : Joseph est certes éprouvé, mais il demeure Joseph le courageux, le responsable et le résolu. Il partage avec Marie, la fidèle, une confiance totale dans la Parole de Dieu, bien que parfois, comme parents, ils puissent être dans l’obscurité de la foi au creux même des périls et de l’insécurité. Vous l’avez entendu par deux fois, c’est « dans la nuit » qu’ils quittent leur domicile, c’est-à-dire, dans l’obscurité.

Joseph et Marie témoignent que dans nos vies, dans nos joies comme dans nos peines,

 Dieu est là, Dieu reste proche !

Malgré tout ce qui peut nous arriver, Dieu est présent !

Le deuxième enseignement est la mission fondamentale et responsable que contient cet évangile de la Sainte Famille. Vous savez ce que signifie le nom de Jésus : Yeshoua, “Dieu sauve“ ? Ce Jésus : “Dieu sauve“  ne se sauve pas Lui-même, ne se défend pas Lui-même. Pourtant, il est Dieu ! Il a besoin d’une maman, il a besoin d’un papa. Il s’en remet totalement entre les mains de ses parents que sont Joseph et Marie. Dieu fait confiance à la famille dans sa mission éducatrice. Relisez la première lecture de ce jour : celle de Ben Sira le Sage.

Le troisième enseignement, c’est la force du sacrement de mariage. L’Église insiste beaucoup sur l’importance de recevoir le sacrement du mariage, sur sa force, sa pertinence. Tout au long de l’Ancien Testament, plus particulièrement dans les livres des prophètes (et notamment dans le livre du prophète Osée), l’amour conjugal est toujours présenté comme l’image par excellence des relations entre Dieu et son peuple, entre le Christ et l’Église, et comme le modèle de toute communion entre les époux. Le Sacrement de mariage est un véritable cadeau, même s’il n’est pas magique. Il est une force, un don et un secours pour les couples qui l’ayant reçu, le développe et le réactive sans cesse dans la prière, l’écoute et le pardon. Saint Paul, que nous avons entendu dans la deuxième lecture est très concret, il dit : « … revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » Comme vous le savez, dans toute famille, il faut beaucoup de patience ! Il ajoute : « Supportez-vous les uns, les autres, et pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. » Le pardon est un lieu essentiel d’amour dans la famille. Souvenez-vous quand saint Pierre demande à Jésus combien de fois il faut pardonner ! Jésus lui répond : il faut pardonner soixante-dix fois sept fois. En disant cela, Jésus est en train de viser ce qui se passe dans la famille. C’est là qu’il est possible de donner autant de pardons !

- Le quatrième enseignement : l’importance de la prière : prière personnelle, prière en couple, prière en famille. Il m’arrive souvent d’être invité dans des familles et, après le repas, de voir toute la famille qui se rassemble dans un petit coin prière et chacun exprime ses intentions et les confie à Jésus. Quand je vois et entends un tout-petit qui dit : « Merci petit Jésus pour… », je suis toujours très touché par leur confiance spontanée et vraie.

Marie et Joseph sont des témoins fidèles de la prière en couple et en famille.

Voilà les quatre enseignements que je souhaitais évoquer avec vous.

Je termine par un point important : la famille doit se comprendre aussi dans une dimension de fraternité et de communauté. De fait, dans cette église, nous formons, ce matin, une grande famille ! Par le don du baptême que nous avons reçu, nous sommes devenus frères et sœurs en Jésus. Regardez tout autour de vous : vos voisins de bancs sont des frères et des sœurs, et nous formons une famille, une vraie famille dans laquelle nous devrions pouvoir compter, les uns sur les autres.

Frères et sœurs, rendons grâce pour nos familles :

-     les familles dont nous sommes issus (même si nous avons oublié les prénoms et l’histoire de celles et ceux qui nous ont transmis cette vie de génération en génération), 

-     et pour nos familles présentes, nos proches, nos enfants et petits-enfants.

 

Demandons cette grâce d’une construction, d’un soutien sans cesse renouvelé dans l’amour, le don de soi, la transmission et le pardon !

Demandons aussi pour toutes les familles, la grâce de la fidélité et de l’audace de la confiance !

En ce dimanche de la Sainte Famille, que le Seigneur bénisse particulièrement toutes les familles et nous donne les grâces nécessaires pour répondre à nos missions !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

 

Homélie du lundi 30 décembre 2019, 6e jour dans l’octave de la Nativité, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 2, 36-40. Première lettre de saint Jean 2, 12-17. Psaume 95. 

 

Vous connaissez cet épisode de la présentation de Jésus au Temple. Aujourd’hui, nous en entendons la deuxième partie. Juste auparavant, c’est Siméon qui avait accueilli Jésus, dans ses bras. Quelques instants plus tard, Anne, la prophétesse, fait la rencontre de Jésus, comme nous le dit saint Luc dans l’évangile de ce jour.

Chaque mot de ce texte a une signification très précise :

- Le prénom Anne signifie en hébreu : “Dieu est miséricorde“.

- Fille de Phanuel signifie en hébreu : “Dieu est lumière“.

- … de la tribu d’Aser signifie en hébreu : “bonheur“.

En déployant ainsi la signification des noms, nous comprenons un peu mieux ce que l’évangéliste veut dire et comment il place l’appartenance de la veuve Anne, dans cet évangile.

Poursuivons !

L’âge de 84 ans, un âge vénérable pour l’époque (la durée de vie était alors beaucoup moins longue) représente probablement et de manière symbolique, le long temps d’attente d’Israël ; 8+4=12, n’est-ce pas ? Douze tribus d’Israël qui pleurent l’absence de l’Époux, après que le péché (rupture avec Dieu) les ait privés du jardin d’Éden, dont le chiffre symbolique est le 7. Si nous continuons, nous remarquons que 7x12= 84.

Tout cela veut dire que le temps de l’accomplissement est arrivé ! À travers la numérologie (Gematria en hébreu) dont les Hébreux sont friands, nous comprenons que le temps de l’accomplissement est enfin arrivé.

Par son assiduité au jeûne et à la prière, Anne fait donc figure non seulement de la veuve parfaite, mais aussi de l’humanité repentante, qui s’est tournée vers Dieu dans un désir ardent de Salut.

Le ministère prophétique de ces deux vieillards, Siméon et Anne, dont les yeux déjà s’éteignent, nous désignent Jésus comme la lumière, comme la miséricorde, et comme promesse de bonheur.

Frères et sœurs, voilà ce qu’il nous faut entendre à travers la signification des noms et des chiffres.

Telles sont les paroles d’espérance que le Père adresse à son Fils, et à tous ceux qui souffrent des « ténèbres du péché » et qui désirent ardemment le Salut que seul Dieu, peut donner.

Au terme de sa vie, relisant tout son cheminement avec le Seigneur pour en partager l’essentiel avec les croyants, saint Jean (que nous allons entendre tout particulièrement demain dans le Prologue), synthétise aussi son enseignement en quelques traits, en explicitant l’accomplissement de ces trois paroles prophétiques :

  • « Vous connaissez le Verbe lumière qui existe depuis le commencement. »
  • « Vous avez vaincu le Mauvais par la puissance de sa miséricorde. »
  • « Vous connaissez le bonheur d’être enfants du Père et de vivre de son Esprit. »

Pour nous-mêmes, à quelques heures du changement symbolique d’année, le Seigneur ne nous demande pas de choses extraordinaires. Vous le savez, le Seigneur n’agit pas dans l’extraordinaire, mais plutôt dans l’ordinaire, dans le quotidien de notre vie. 

  • Il nous demande de rester fidèles à sa Parole.
  • Il nous exhorte au combat spirituel, car les désirs égoïstes de la nature humaine (désir du regard, de la richesse, de l’orgueil) sont incompatibles avec l’amour du Père.
  • Il nous encourage à résister au Mauvais (Satan) en nous appuyant sur sa grâce, et sans cesse à nous relever de nos chutes en comptant sur sa miséricorde.

Une année se termine ! À chacun de relire ce qu’elle a été, ce qui a été vécu durant ces douze derniers mois. Frères et sœurs, plaçons toute notre confiance dans la Parole de Dieu, dans les combats qui sont les nôtres, et pour résister en toute occasion au Mauvais.

Demandons cela pour chacun de nous, pour nos familles et soutenons-nous par la prière, les uns pour les autres, les uns avec les autres.                                                          

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 29 décembre 2019, fête de la Sainte Famille, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 2, 13-15.19-23. Livre de Ben Sira le Sage 3, 2-6.12-14. Psaume 127. 

Lettre de saint Paul aux Colossiens 3, 12-21.

 

Il est bien tôt, ce matin (8h) et pourtant nous avons encore dans nos cœurs les chants et le merveilleux de la naissance de Jésus. 

À l’heure où nous goûtons encore un peu, cette joie et cette paix de Noël, l’Église nous propose de fêter, avec réalisme, la Sainte Famille : Marie, Joseph et l’Enfant Jésus. 

Il y a quelques jours, je discutais avec quelques familles éprouvées, et nous faisions le constat ensemble (et peut-être le faîtes-vous aussi ?) que la vie n’est pas un long fleuve tranquille…

Certes, nous vivons de vrais et de beaux moments de joie, mais d’autres sont parfois plus difficiles ; on ne comprend pas ! Tant personnellement qu’au sein de nos foyers, certaines situations nous laissent perplexes et même dans un certain désarroi !

Contempler la Sainte Famille, c’est nous ramener à une réalité, car cette famille qui nous est présentée en modèle s’inscrit dans le concret d’une existence éprouvée. C’est une vraie famille comme il en existe tant de par le monde, jetée sur les chemins de la vie et vivant les chamboulements qui les accompagnent. 

Bien que la joie de cette naissance, la Sainte Famille a été, elle aussi, bien éprouvée. 

- Rappelez-vous l’évangile de Noël ! Le pays est occupé par les Romains et Marie, enceinte, est obligée d’aller jusqu’à Bethléem parce qu’il y a un recensement. Mais pas de place pour eux à Bethléem lorsqu’ils arrivent et je vous laisse imaginer l’angoisse de ce moment-là alors que Marie est sur le point d’accoucher ! 

- Et puis, Hérode, fou de jalousie va faire massacrer tous les enfants de moins de deux ans (les saints Innocents), provoquant ainsi la fuite en Égypte de Marie, Joseph et de l’Enfant Jésus dans la nuit, vers un pays étranger ; 

- ou encore, lorsque Joseph va présenter l’Enfant au Temple, pas d’argent, et il va faire l’offrande des miséreux, juste deux tourterelles … 

C’est sûr, c’est une vraie famille dans le réel de la vie !

Il est certain que les familles de tous les temps ont bien souvent un lot d’épreuves. Et vous, toutes, les familles ici présentes, vous vous battez souvent avec héroïsme, dans des conditions de vie souvent difficiles : dans l’ordre de la santé, dans des difficultés financières (fins de mois parfois délicates), parfois aussi dans des dialogues difficiles voire même des conflits au sein du couple, ou dans des liens familiaux ou des affections compliquées, voire même brisées. 

Vous toutes, familles souvent héroïques et courageuses, regardez vers la famille de Joseph et de Marie ! Comme les vôtres, elle a connu déchirements et angoisses, se débattant dans les turbulences de l’histoire, et pourtant, elle nous apprend comment tenir debout, malgré les épreuves. 

 Frères et sœurs, nous avons quelque chose à apprendre ce matin, à retenir, à redécouvrir de la famille :

La famille demeure toujours un lieu essentiel ; elle est un don. 

Celui qui en parle beaucoup, parce qu’il l’a beaucoup étudiée, c’est saint Jean-Paul II. Peut-être avez-vous écouté ou lu ses catéchèses du mercredi sur la famille, sur l’amour conjugal.

Pourquoi la famille est-elle si importante aujourd’hui, bien qu’elle ne soit pas considérée comme telle dans notre société actuelle ? Pourquoi l’Église insiste-t-elle tant sur les thèmes du mariage et de la famille ? 

Saint Jean-Paul II nous donne une réponse pertinente et juste : « La raison est simple, même si tous ne parviennent pas à le comprendre. De la famille dépend le destin de l’homme, de la famille dépend son bonheur, la capacité de donner un sens à son existence. Le destin de l’homme dépend de celui de la famille, et c’est pour cette raison que je ne me lasse jamais d’affirmer que l’avenir de l’humanité est étroitement lié à celui de la famille. »

Effectivement, c’est au sein de la famille que l’amour va se vivre réellement. C’est dans la famille que le sens du service et du don de soi vont s’apprendre et se vivre effectivement ; elle est le lieu où l’amour manifeste sa mystérieuse fécondité, où l’amour se transmet et s’apprend. 

Le Fils de Dieu lui-même a voulu naître et commencer son humanité au sein d’une famille. C’est ce que fêtons à Noël. 

Alors, ce matin, je souhaite partager avec vous quatre enseignements que vous connaissez sans doute, mais qu’il peut être bon de réentendre :

En préambule, je le dis avec beaucoup de délicatesse, je sais bien, en vous disant tout cela, que certaines familles sont éprouvées, parfois en difficultés d’amour ou même en rupture d’amour et nous pensons à tous ceux qui souffrent et qui espèrent un apaisement ou un changement. J'ai une pensée et une prière pour les personnes qui vivent un célibat non choisi, une séparation, un veuvage où l'être absent manque beaucoup.

 

Le premier enseignement nous est donné par l’attitude de Joseph. Il nous rappelle cette nécessaire détermination : Joseph, est certes éprouvé, mais il demeure Joseph le courageux, le responsable et le résolu. Il partage avec Marie, la fidèle, une confiance totale dans la Parole de Dieu, bien que parfois, comme parents, ils puissent être dans l’obscurité de la foi au creux même des périls et de l’insécurité. Vous l’avez entendu par deux fois, c’est « dans la nuit » qu’ils quittent leur domicile, c’est-à-dire, dans l’obscurité.

Joseph et Marie témoignent que dans nos vies, dans nos joies comme dans nos peines,

 Dieu est là, Dieu reste proche !

Malgré tout ce qui peut nous arriver, Dieu est présent !

Le deuxième enseignement est la mission fondamentale et responsable que contient cet évangile de la Sainte Famille. Vous savez ce que signifie le nom de Jésus : Yeshoua, “Dieu sauve“ ? Ce Jésus : “Dieu sauve“  ne se sauve pas Lui-même, ne se défend pas Lui-même. Pourtant, il est Dieu ! Il a besoin d’une maman, il a besoin d’un papa. Il s’en remet totalement entre les mains de ses parents que sont Joseph et Marie. Dieu fait confiance à la famille dans sa mission éducatrice. Relisez la première lecture, de ce jour de Ben Sira le Sage.

Le troisième enseignement, c’est la force du sacrement de mariage. L’Église insiste beaucoup sur l’importance de recevoir le sacrement du mariage, sur sa force, sa pertinence. Tout au long de l’Ancien Testament, plus particulièrement dans les livres des prophètes (et notamment dans le livre du prophète Osée), l’amour conjugal est toujours présenté comme l’image par excellence des relations entre Dieu et son peuple, entre le Christ et l’Église, et comme le modèle de toute communion entre les époux. Le Sacrement de mariage est un véritable cadeau, même s’il n’est pas magique. Il est une force, un don et un secours pour les couples qui l’ayant reçu, le développe et le réactive sans cesse dans la prière, l’écoute et le pardon. Saint Paul, que nous avons entendu dans la deuxième lecture est très concret, il dit : « … revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » Comme vous le savez, dans toute famille, il faut beaucoup de patience ! Il ajoute : « Supportez-vous les uns, les autres, et pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. » Le pardon est un lieu essentiel d’amour dans la famille. Souvenez-vous quand saint Pierre demande à Jésus combien de fois il faut pardonner ! Jésus lui répond : il faut pardonner soixante-dix fois sept fois. En disant cela, Jésus est en train de viser ce qui se passe dans la famille. C’est là qu’il est possible de donner autant de pardons !

- Le quatrième enseignement : l’importance de la prière : prière personnelle, prière en couple, prière en famille. Il m’arrive souvent d’être invité dans des familles et, après le repas, de voir toute la famille qui se rassemble dans un petit coin prière et chacun exprime ses intentions et les confie à Jésus. Quand je vois et entends un tout-petit qui dit : « Merci petit Jésus pour… », je suis toujours très touché par leur confiance spontanée et vraie.

Marie et Joseph sont des témoins fidèles de la prière en couple et en famille.

 

Voilà les quatre enseignements que je souhaitais évoquer avec vous.

Je termine par un point important : la famille doit se comprendre aussi dans une dimension de fraternité et de communauté. De fait, dans cette église, nous formons, ce matin, une grande famille ! Par le don du baptême que nous avons reçu, nous sommes devenus frères et sœurs en Jésus. Regardez tout autour de vous : vos voisins de bancs sont des frères et des sœurs, et nous formons une famille, une vraie famille dans laquelle nous devrions pouvoir compter, les uns sur les autres.

Frères et sœurs, rendons grâce pour nos familles :

-       les familles dont nous sommes issus (même si nous avons oublié les prénoms et l’histoire de celles et ceux qui nous ont transmis cette vie de génération en génération, 

-       et pour nos familles présentes, nos proches, nos enfants et petits-enfants.

Demandons cette grâce d’une construction, d’un soutien sans cesse renouvelé dans l’amour, le don de soi, la transmission et le pardon !

Demandons aussi pour toutes les familles, la grâce de la fidélité et de l’audace de la confiance !

En ce dimanche de la Sainte Famille, que le Seigneur bénisse particulièrement toutes les familles et nous donne les grâces nécessaires pour répondre à nos missions !

AINSI SOIT-IL !

 

Homélie du jour de Noël 2019, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Livre du prophète Isaïe 52, 7-10. Psaume 97. 

Lettre aux Hébreux 1, 1-6.

 

Comme je vous le disais tout à l’heure en introduction, cette nuit, nous avons vécu la joie de la naissance du Fils de Dieu, de Jésus, dans une étable, à Bethléem. Ce matin, alors qu’il faisait encore nuit et que le jour se levait à peine, avec les bergers, en suivant l’invitation des anges, nous sommes venus nous prosterner devant la crèche. 

Frères et sœurs, je ne sais pas si nous mesurons combien la naissance de Jésus au cœur de la nuit, à Bethléem, est un événement historique qui concerne l’humanité tout entière, et plus encore, qui a modifié l’histoire de toute l’humanité. Si nous sommes encore en 2019 et, dans quelques jours en l’année 2020, c’est qu’il y a un “avant“ et il y a un “après“, et Celui qui est au centre : c’est le Christ !

Ce que nous avons entendu cette nuit, cette Bonne Nouvelle, n’est pas réservée à quelques privilégiés, elle est adressée à tous ! Chaque homme, chaque femme selon la disponibilité de son cœur peut être associé au salut que Jésus veut pour chacun d’eux.

Nous croyons que cet Enfant est vraiment le fils de Marie, conçu de l’Esprit Saint, qu’il est le Verbe de Dieu : Dieu incarné dans l’histoire humaine. C’est parce qu’il est vraiment homme et vraiment Dieu que sa venue en ce monde est une immense espérance pour l’humanité

Si la fête de Noël continue à fasciner tant d’hommes et de femmes, parfois même très éloignés de la foi chrétienne, n’est-ce pas parce que nous percevons que l’espérance dans un salut de toute l’humanité reste incertaine et difficilement atteignable par nos simples forces et moyens ?

Pour beaucoup de nos contemporains (et peut-être pour vous-mêmes d’ailleurs), une interrogation, une attente demeure, même si parfois elle est confuse. 

Combien de fois suis-je interpellé par ces questions : 

  • Qui peut m’expliquer le sens de ma vie ? 
  • Qui peut me dire mon avenir ? 
  • Pourquoi allons-nous mourir et que se passe-t-il après la mort ? 
  • Pourquoi ai-je au fond de moi, ce désir d’être profondément aimé et d’aimer en retour ? (Cette dernière question est peut-être la plus fréquente.)

N’avons-nous pas cette impression de tourner souvent en rond, sans trouver d’issue ou de solutions à nos interrogations ou nos questions existentielles ?

Quelles que soient les mutations de notre culture, quelle que soit notre sensibilité, un mystère demeure : l’amour, la vie, l’espérance, tout ce que nous désirons au plus profond de nous-mêmes… d’où cela vient-il ? Je le crois : tout vient de Dieu !

En ce jour, Dieu veut rejoindre tout homme pour apporter une espérance et une réponse !

Comment décrire le mystère de Noël ? 

C’est le moment où Dieu se laisse découvrir faible et petit, en se laissant deviner dans le sourire d’un enfant. Pourquoi ? Pourquoi un tel abaissement ? Pour que nous n’ayons pas peur de Dieu, bien au contraire.

Quand nous prenons conscience de cette initiative inouïe de Dieu dans notre histoire, du mystère du Fils de Dieu devenu homme, nous percevons alors les limites de notre intelligence, la faiblesse de nos mots, de notre vocabulaire, de nos idées… et nous ne pouvons qu’admirer, tout à tour, les deux faces du paradoxe, c’est-à-dire que :

  • Cet enfant est vraiment homme, qu’il est “de chez nous“, qu’il est le fils de Marie, qu’il est de notre chair, et cela nous le comprenons,
  • Et qu’il est à la fois et en même temps, Dieu, Fils de Dieu et Dieu Lui-même.

Jésus est en même temps vrai Dieu et vrai homme. Comme il est difficile de le comprendre et de l’expliquer même dans nos familles et à nos amis !

Cette nuit, nous avons accueilli l’Enfant et nous l’avons déposé dans la crèche. Nous avons chanté dans la joie : “Il est né le divin Enfant“. Ce matin, il nous est donné d’entendre cette longue méditation de l’évangile de saint Jean que l’on appelle le Prologue. 

Saint Jean retrace, dans ces lignes, tout le projet de Dieu, sa longue patience vis-à-vis des hommes, et l’amour persévérant avec lequel il a préparé depuis des siècles et des siècles, ce mystère de Noël.

Depuis la chute, depuis le péché originel, depuis cette rupture de l’homme avec Dieu… Dieu n’a pas désespéré de redonner à l’homme cette intimité qu’il avait dans le Jardin d’Eden.

Saint Jean nous dit surtout ce que le Christ a été depuis toujours et ce qu'il vient faire parmi les hommes et pour les hommes.

Il nous a fallu du temps pour comprendre que Dieu est Père, que Dieu est Fils, que Dieu est Esprit Saint ! Avant même qu’il y eût un monde, avant même qu’il y eût un temps à mesurer, Il était, comme Fils de Dieu, l’image parfaite de son Père, l’expression totale de son Père. 

Depuis longtemps, comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, Il a parlé par les prophètes, dans ce que nous appelons le Premier Testament. Le Fils de Dieu était annoncé comme Sauveur, (comme nous l’avons entendu dans le livre d’Isaïe) c’est-à-dire le Messie. À travers ces paroles, nous mesurons toute l’attente du peuple Hébreu qui attendait le Messie, qui attendait Celui qui allait révéler qui était Dieu.

Enfin ! Le Fils de Dieu s’est fait chair ! Il a établi sa demeure parmi nous ; alors Il pouvait dire : « Moi, Parole éternelle de Dieu, je vous parle du Père avec vos mots humains. » Après des siècles de révélations, nous entendons le Révélateur. Le Fils de Dieu a fait entendre avec une voix humaine qui était la sienne, le mystère du Père, l’amour du Père pour chacun de nous. Ce n’était plus par la voix des prophètes que nous entendions la Parole de Dieu, mais par la Parole même de Jésus ! Jésus nous apprend même à prier le Père, comme nous le ferons tout à l’heure avec la prière du Notre Père.

- C’est ce que nous entendons à chaque eucharistie !

- C’est ce que nous entendons à travers la Bible !

Frères et sœurs, il ne suffit pas de nous rappeler que nous sommes chrétiens, surpris et, je l’espère, émerveillés par l’audace de Dieu et de poursuivre notre vie de tous les jours comme si de rien n’était. Non ! L’invitation est là : vivre de la Vie même de Dieu ! Accepter la présence de Dieu en notre vie ! Devant un tel cadeau, comment pourrions-nous faire l’impasse sur cette bonne nouvelle ? 

Chaque Noël, cette nouvelle n’est-elle pas une invitation à entrer plus intimement dans ce mystère, plus encore, à changer ma manière de vivre ? J’espère que vous ne sortirez pas de cette église comme vous y êtes entrés ! J’espère que quelque chose de différent va se passer en vous ! Ce n’est pas juste un Noël de plus ! Il y a quelque chose de nouveau à découvrir, quelque chose que Dieu veut nous redire ce matin !

Frères et sœurs, en ce jour très saint, si nous sommes touchés par la naissance de Jésus durant cette nuit, à Bethléem, si cette naissance nous apporte quelque consolation et un peu d’espérance, demandons-nous sérieusement : 

  • Que dois-je faire pour que ma vie soit meilleure ? 
  • Que dois-je changer dans ma manière de vivre pour que le monde change ? 
  • Que dois-je changer dans ma manière d’être pour que le monde soit différent ?
  • Que dois-je changer pour mettre le Christ au centre de ma vie, pour me laisser bousculer par le don audacieux de l’Esprit Saint ?

Ne nous laissons pas submerger par les difficultés de l’existence ; il y en aura toujours ! 

Ne nous laissons pas dominer, non plus, par un “prêt à penser“ et les idées toutes faites que nous entendons au travers des médias ! 

Ne croyons pas non plus que nous pouvons nous attribuer le pouvoir de manipuler l’être humain et de l’utiliser comme un instrument ! 

Ne renonçons pas à la puissance de l’amour et à la force de la fidélité jusqu’au bout, car nous sommes faits pour aimer jusqu’au don total de notre vie !

Frères et sœurs, ne nous laissons pas voler la joie de Noël par une société qui nous pousse à consommer et qui nous entraine à oublier ce merveilleux mystère de la venue de Dieu en notre chair ! 

Ne nous laissons pas assombrir par la morosité ambiante ni par les difficultés de notre temps, car cela nous conduirait à une désespérance qui n’est pas chrétienne !

Choisissons ensemble et personnellement d’être les témoins joyeux de Jésus.

Comment comprendre Noël ?

  • Comprendre Noël, c’est comprendre que Dieu ne nous abandonne pas ! Jamais !
  • Comprendre Noël, c’est comprendre que le salut que Dieu nous propose est déjà là ! 
  • Comprendre Noël, c’est comprendre que le Fils de Dieu se fait proche et que, pour ne pas nous effrayer, pour que nous puissions le prendre dans nos bras, Il se fait petit Enfant, et son regard est un regard d’enfant.
  • Comprendre Noël, c’est comprendre que nous sommes faits pour la Vie éternelle.

Si nous prions pour la paix dans le monde, comme nous le ferons dans quelques instants, nous avons aussi à demander cette paix pour chacun de nous, en chacun de nous.

Frères et sœurs, oui ! Ce Noël est un don et un cadeau.

Puissions-nous l’accueillir en ouvrant notre cœur et en reconnaissant l’amour de Dieu pour tout homme !

Je termine en souhaitant à toutes et à tous un joyeux et saint Noël !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 25 décembre 2019, messe des bergers, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 2, 15-20. Livre du prophète Isaïe 62, 11-12. Psaume 96. 

Lettre de Tite 3, 4-7.

 

Chers amis, nous voici réunis pour célébrer « la messe des bergers », ou « la messe de l’aurore ». Il fait encore nuit au-dehors, et dans l’obscurité de cette église, simplement éclairée par quelques bougies, nous sommes invités à entrer davantage dans ce mystère de la nuit de Noël.

Peut-être vous rappelez-vous les trois messes basses de l’écrivain Alphonse Daudet ? Peut-être aussi vous souvenez-vous du curé dom Balaguère, ventripotent, salivant en pensant déjà à son repas de fête, ou aussi, de ce “pousse au crime“ de Garrigou. Grâce à ce conte, bien des Français, même totalement déchristianisés, ont continué à se rappeler que la liturgie eucharistique comporte trois messes différentes (Les trois Messes basses). 

En effet, ces trois messes sont une invitation à entrer davantage dans le mystère de Noël. Elles constituent, en quelque sorte, une progression de la lumière, et je vous propose très simplement ce matin, à la façon d’une méditation, de suivre ensemble, les étapes de cette illumination.

  • La messe de la nuit rappelle l’événement historique survenu il y a deux millénaires environ : une naissance ! La Vierge Marie accouche du reflet resplendissant de la gloire du Père, et ce reflet lumineux est cependant si modeste que seuls, Marie et Joseph le discernent vraiment.

           La nuit de Noël, le corps visible de Jésus sert à désigner le mystère invisible de notre Salut, mais dans la nuit, obscurcie par le péché, seuls les cœurs purs peuvent percevoir cette vérité.

  • Après la messe de la nuit, c’est la messe de l’aurore que nous vivons maintenant. Sans doute, est-ce la plus intime. Elle conduit à percevoir une nouvelle dimension de la venue du Messie. La lumière incertaine des premières lueurs du jour s’ajoute à la lumière qui vient de la crèche et touche les éloignés de Dieu comme les chercheurs de Dieu : celles et ceux qui sont en quête de sens. 

           Cette messe est aussi appelée “messe des bergers“. Effectivement, de nombreux bergers gardant leurs troupeaux étaient dans les champs autour du village       de Bethléem ; ce sont des gens humbles. Ils se sont laissés toucher par l’invitation des anges et par la petite lumière surgie dans la nuit.

  • La troisième étape : l’illumination connaît enfin son sommet dans la messe du jour que nous allons vivre ensemble tout à l’heure. On y proclame, en effet, le Prologue de l’évangile selon saint Jean. Ce texte est comme la clé de voûte du Nouveau Testament. Il nous renvoie à un nouveau « Commencement » et nous illumine en disant : « Le verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme. »

La lumière du Christ est pour chaque membre de l’humanité ; elle n’est pas le privilège d’une époque ou d’un lieu. La venue des mages à la crèche, dans quelques jours, nous le confirmera.

Je résume; aux trois messes de Noël correspondent trois extensions de la Révélation :

- La nuit, Jésus lumière est connu par les cœurs purs.

- À l’aube, Jésus lumière attire les plus humbles.

- Au jour, Jésus lumière s’offre pour tous les hommes, même les plus éloignés de Lui, même les païens.

 

Au terme de cette nuit, à la lueur du jour qui se lève peu à peu, l’Enfant de la crèche vient nous rappeler quatre aspects fondamentaux :

L’enfant est la vie, et cette vie doit être gardée précieusement, non pas cette apparence de vie à laquelle nous nous raccrochons souvent, ni cette impression de vivre par ce que l’on fait ou ce que l’on possède. 

L’enfant, c’est aussi la Parole. Il est la Parole de Dieu ; il est le Verbe de Dieu. Il est Dieu lui-même qui nous parle ! 

L’enfant est aussi la croix. La croix à venir, celle du Vendredi Saint.

l’enfant dans la mangeoire est aussi celui qui nous donne son corps, celui qui nous offre sa chair à manger. C’est ce que nous allons vivre dans quelques instants dans l’eucharistie.

Chers frères et sœurs, le jour va bientôt se lever, comme vous le voyez à travers les vitraux. Ce jour est celui de la nativité de Notre Seigneur. Avec les anges qui annoncent cette bonne nouvelle aux bergers, nous sommes invités, nous aussi, à entrer dans la louange de Dieu.

Glo… O, O O, O,… O…O…O… ria, in excelsis deo !

Glo… O, O O, O,… O…O…O… ria, in excelsis deo !

 

Homélie du dimanche 22 décembre 2019, 4e  dimanche de l’Avent, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 1, 18-24. Livre du prophète Isaïe 7, 10-16. Psaume 23. 

Lettre de saint Paul aux Romains.

 

À quelques jours de la naissance de l’Enfant-Dieu, les lectures que nous entendons en ce quatrième dimanche de l’Avent, nous redisent sa mission si particulière, et cela à travers déjà son double prénom : 

“Emmanuel“, c’est-à-dire “Dieu avec nous“, comme vous l’avez entendu, qui nous rappelle cette proximité de Dieu au cœur de notre vie, et 

- “Jésus“, pour nous rappeler que “Dieu sauve“. Dieu nous sauve et veut notre salut !

Si nous faisons un bond dans le passé, en ce dernier dimanche de l’Avent, Marie et Joseph sont encore en marche vers le village de Bethléem ; fatigue, chaleur, insécurité ! Notre regard se porte vers ce couple qui chemine, vers ces futurs parents, bien proches de nos situations humaines, de nos précarités, de nos difficultés.

Sur ce chemin, Marie et Joseph font mémoire de ces derniers mois vécus dans l’étonnement d’annonces surprenantes.

Cette semaine, nous entendions le récit de l’Annonciation, ce jour incroyable où l’ange Gabriel est venu rencontrer Marie dans le petit village de Nazareth. Aujourd’hui, nous réécoutons le récit de l’annonce à Joseph. 

Au départ, voici donc deux personnes, Marie et Joseph, qui font ensemble le beau projet d’épousailles, le projet de se marier, de devenir époux, de devenir une seule chair, de se donner radicalement, complètement l’un à l’autre. Ce sont des fiancés heureux ! Pourquoi ? .… parce que ce projet les motive et les fait vivre,  parce qu’ils s’aiment, tout simplement, profondément ! Ils connaissent ces temps de bonheur que sont la découverte de l’un et de l’autre, cet apprivoisement progressif, cet attachement à l’autre, ce désir qui grandit. Nous imaginons les projets qui se mettent en place, et puis… c’est le moment des fiançailles !

Mais voilà qu’arrive le temps de la souffrance ; Joseph connaît l’affreuse douleur morale d’apprendre, lors du retour de Marie de sa visite chez sa cousine Élisabeth, que sa fiancée est enceinte… et qu’il n’y est pour rien : ce n’est pas lui, le père ! Imaginez sa réaction ; tout son rêve de bonheur vole littéralement en éclats ! Il décide, alors, de rompre ses fiançailles. 

En même temps :

- Il respecte trop Marie pour la vouer à la réprobation de tout le village, et 

- Il respecte trop la loi de Dieu, pour fonder un foyer sur des bases aussi incertaines.

Alors, quoi faire ?

Il va donc simplement, mais la mort dans l’âme, rendre à Marie sa liberté. C’est la décision d’un “homme juste“,nous dit l’évangile. C’est la décision de quelqu’un qui veut s’effacer sans créer de scandale dans la vie de Marie et de son enfant. 

Mais voici que Joseph découvre dans le message de l’ange, que Dieu a un projet tout autre, et plus grand que l’amour, au sein de leur couple.

L’histoire que nous venons d’entendre nous invite à découvrir peut-être plus intérieurement, une confiance absolue en Dieu, tout simplement parce qu’elle nous renvoie d’une certaine façon aux propres histoires parfois difficiles et bouleversantes de notre existence. Il nous arrive, sans l’avoir provoqué, de nous trouver dans des situations compliquées et douloureuses que nous n’avons pas choisies : difficultés familiales, difficultés professionnelles, maladie d’un des conjoints, un couple vivant la douleur d’une stérilité, la venue d’enfants inattendus, des enfants malades, des enfants handicapés, de grands adolescents qui nous donnent parfois du souci, des enfants trop tôt adultes, trop tôt responsabilisés, qui deviennent les confidents des soucis de leurs parents, oubliant ainsi le temps indispensable de la croissance de l’enfant et de l’insouciance, ou encore un couple vivant l’infidélité de l’un des deux … Dans ces situations non choisies, nous sommes cependant invités à  grandir, à les dépasser, à faire confiance, et devant l’incompréhensible, à trouver une solution en Dieu.

Est-ce si facile ? Sans doute que non !

Face aux difficultés et aux doutes, dans toutes ces situations douloureuses, nous sommes tentés (tel un réflexe) de nous enfermer sur nous-mêmes, de croire que “tout est perdu“, qu’il n’existe pas ou plus de solutions, d’être coupés de toute espérance et parfois … d’en vouloir à Dieu et même de l’accuser de tous nos maux… 

Or, mystérieusement, comme pour Joseph, la réponse à nos problèmes humains qui paraissent insolubles à ce moment précis, peut trouver une solution en Dieu !

C’est au cœur même d’une disponibilité à Dieu que Joseph découvre sa réponse : une réponse à ses questions, une réponse à sa déconvenue ! Son cœur d’homme est profondément blessé, mais il va vivre l’audace de la confiance, l’audace de l’abandon. Voici que Dieu demande à ce futur époux de revenir sur sa décision et d’accepter une triple mission ! 

Il appartient à Joseph de dire “oui“ ou “non“ :

Première mission : prendre Marie chez lui, comme épouse ! Plus encore, entrer dans cette réciprocité de l’amour et du don total de soi à l’autre ! C’est comme un double “oui“ qui s’impose.

Deuxième mission : accueillir cet enfant et lui donner un nom, c’est-à-dire : assumer la paternité légale de cet enfant ! Donner un nom, c’est entrer dans une dynamique de l’amour et de la responsabilité : un amour responsable et juste. 

Troisième mission : être gardien de l’éducation de Jésus, découvrir cette mission de paternité : faire entrer Jésus dans le monde, lui faire aimer le monde, lui apprendre à œuvrer dans le monde, lui donner un métier, et nous connaissons le métier de Joseph.

Le “OUI“ de Joseph doit venir s’ajouter et compléter le “ OUI “ de Marie pour que Dieu puisse s’incarner dans une famille humaine, et ainsi rejoindre toutes les familles de la Terre.

Je termine en soulignant deux choses que nous pouvons apprendre ce matin, deux attitudes de Joseph pour nous aider et nous permettre de nous situer.

Ces deux attitudes sont l’audace et la prière :

L’audace, c’est accepter que Dieu nous invite à changer nos projets pour les ajuster à une mission qui, souvent, nous dépasse infiniment, une audace parfois dans nos moments de galère, de difficultés, une audace qui nous pousse à ne pas nous refermer sur nous-mêmes et à oser tout remettre à Dieu. Notre Dieu n’est pas un magicien, mais Il nous donne de trouver le vrai sens de nos existences, parfois même au sein de situations complexes.

La prière. Dans le vocable biblique, quand on parle de songe, il ne s’agit pas d’un rêve, c’est vraiment une attitude de prière. Dieu ne nous demande pas d’être des rêveurs, mais plutôt de vivre bien ancrés dans notre monde, d’ouvrir notre cœur tel un espace d’accueil, à la présence de Dieu. C’est dans la prière que Dieu se révèle plus particulièrement et que des pistes de vie nous sont données.

Chers amis, puissions-nous accompagner Marie et Joseph sur leur chemin, ou plutôt les laisser accompagner tous les couples, toutes les familles que nous connaissons. Marie et Joseph n’ont pas été préservés de toute difficulté, mais ils témoignent, à leur façon, d’une infinie tendresse, d’une infinie espérance !

Nous sommes à quelques heures de ce temps de Noël et je ne sais pas quel est votre état d’esprit… Êtes-vous encore affairé à chercher les derniers cadeaux et à terminer les préparatifs, ou êtes-vous prêts à entrer véritablement dans la prière pour une rencontre renouvelée avec Dieu ?

Noël n’est pas simplement une fête commerciale ni une sympathique réunion de famille : Noël est le projet de Dieu pour tout homme, le projet de Salut que Dieu souhaite pour chacun de nous !

Puissions-nous accueillir Jésus, l’Enfant-Dieu, dans notre vie, dans nos familles et ouvrir notre cœur, non pas à la joie des cadeaux qui sont si éphémères, mais à la grâce confiante de paix de Celui qui vient !

Demandons cela pour chacun de nous, pour nos familles et, plus largement, pour le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 16 décembre 2019, troisième semaine du temps de l’Avent, année A. 

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie non relue.

Évangile selon saint Matthieu 21, 23-27.  Livre des Nombres 24, 2-7.15-17. Psaume 24. 

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 1, 3-6.11-12.

 

Chers amis, nous continuons à préparer la venue de Jésus dans notre cœur !

Nous sommes au lendemain du dimanche de la joie, dimanche que nous avons vécu ensemble hier : dimanche de Gaudete

La joie est là, et pourtant, la polémique contre Jésus continue.

Nous sommes dans le Temple, à Jérusalem et Jésus enseigne. Enseigner dans le Temple était réservé à quelques rabbis bien autorisés. Tout le monde n’avait pas ce privilège ! 

C’est pourquoi les grands prêtres et les anciens du peuple s’approchent de Jésus et l’interpellent avec une question précise : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t’a donné cette autorité ? » Littéralement : « Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Quelle est ton origine ? » 

Selon son habitude, Jésus répond par une “contre-question“. En fait, Jésus demande à ce que l’on se détermine. Face à ses interlocuteurs, face aux personnes qui se trouvent devant lui, sa question est simple : « Le baptême de Jean, d’où venait-il ? Du ciel ou des hommes ? » Dites-moi, vous-mêmes, ce que vous croyez !

Comme les grands prêtres et les anciens du peuple, beaucoup de personnes essaient, encore aujourd’hui, d’esquiver toutes questions embarrassantes concernant personnellement la foi. Peut-être même, avez-vous vécu, tout comme moi, des situations parfois amusantes ou cocasses. En effet, dans les différentes rencontres dont j’ai l’opportunité, ou à l’occasion d’un repas, les questions fusent, les échanges sont nombreux, et il m’arrive de demander à une personne baptisée par exemple, et sans aucune provocation de ma part :

« Croyez-vous ? Êtes-vous une personne croyante ? » Les réponses sont compliquées et parfois un peu alambiquées : « Oui, je crois… mais… » Qu’il y a-t-il derrière ce “mais“ ?

Ou bien : « Ton baptême, d’où vient-il ? » Les réponses sont, là aussi, assez surprenantes : « Oui, j’ai été baptisé, oui bien sûr… je suis croyant, mais… pas pratiquant. »

De fait, je ressens une sorte d’appréhension ou de peur, comme une couche de vernis qu’il faudrait enlever pour aller en profondeur. Leurs vies pourtant, racontent une autre histoire, une belle histoire et souvent je découvre, pour peu que l’échange se poursuive, des situations riches, de belles dispositions spirituelles.

Chaque vie a une belle, une vraie valeur !

Je me pose la question, à chaque fois, de savoir comment les inviter à aller un petit peu plus loin, comment les inviter à se déterminer et à suivre Jésus ? Prendre le temps de cette réflexion est une richesse à la fois spirituelle, intellectuelle, humaine ?

Cette question demeure pour chacun de nous, encore, ce matin !

·       Alors, « Jésus est-il du ciel ou est-il des hommes ? » 

·       La fête de Noël que nous allons vivre dans quelques jours, est-elle une fête commerciale ou est-ce réellement la venue du Fils de Dieu dans notre humanité ?

Là aussi, dans la façon dont nous préparons ces fêtes, il nous faut nous déterminer. Si Jésus est vraiment l’Envoyé de Dieu, alors, aucun de nous n’a le pouvoir de modifier ou d’édulcorer son enseignement ! Nos vies devraient être le reflet clair de ce que Jésus nous a appris, dans la mesure où nous connaissons ses enseignements et que nous sommes capables de les mettre en pratique !

Est-ce le cas ? Est-ce bien ma façon de vivre ? Du moins, ai-je vraiment le désir de refléter, dans ma vie, l’enseignement du Christ ? Ma vie témoigne-t-elle véritablement de ma conviction que Jésus est descendu du ciel et qu’Il est le Fils de Dieu ?

Ces questions s’adressent à chacun de nous ; pour certains, la réponse est évidente et claire ; pour d’autres, peut-être y a-t-il un nouveau chemin à prendre et à préparer avec amour, des réponses pour les personnes de nos familles ou celles que nous allons côtoyer.

Frères et sœurs, que cet Avent soit pour nous l’occasion d’un sursaut de foi, d’un surcroît de confiance ! Approchons-nous de Lui toujours plus, encore plus, pour que nous nous laissions enseigner par Lui.

Demandons-Lui ensemble :

Seigneur, parle-nous encore à l’oreille de notre cœur, à l’oreille de notre intelligence,

Toi, Seigneur, qui as les Paroles de la vie éternelle !

Puissions-nous nous préparer et hâter par notre foi, le jour de la présence du Seigneur, le jour de sa gloire !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

  Homélie du lundi 9 décembre 2019. Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Luc 1, 26-38.  Livre de la Genèse 3, 9-15.20. Psaume 97. 

Lettre de saint Paul aux Ephésiens 1, 3-6.11-12.

 

Au début de ce mois de décembre, Marie est déjà à son huitième mois de grossesse. Elle se dirige sans doute difficilement vers la ville de Bethléem à cause, comme vous le savez bien, du recensement décrété par César Auguste (une folie : recenser le monde entier !). Sur cette route, Joseph est auprès d’elle, à côté d’elle. Ils avancent ensemble, tous les trois.

En ce temps de l’Avent, la liturgie de ce jour nous invite à vivre un “flash-back“, à un retour en arrière, à un zoom sur un épisode qui s’est passé il y a déjà quelques mois. Peut-être Marie est-elle en train de repenser à ce moment incroyable où, dans sa ville de Nazareth, l’ange de Dieu est venu la rencontrer. Avec Marie, nous sommes invités à faire mémoire de ce moment unique où l’Ange Gabriel est entré chez elle. Pour Marie, impossible d’oublier cette rencontre, impossible d’oublier son “oui“, son “fiat“ à Dieu qui la conduit à entrer dans l’inconnu de Dieu et aussi dans cette profonde confiance en Dieu.

L’Ange, en entrant, lui avait dit : “Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi“.

Oui ! Marie est comblée de grâce !

Fêter l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, c’est fêter la victoire de l’amour de Dieu en une personne de notre humanité nommée Marie. Marie est une créature, tout comme nous, et pourtant ! Le livre de la Genèse que nous venons d’entendre en première lecture,  nous redit avec Ève, la tragédie de l’origine, où l’homme et la femme se sont séparés de ce contact intime qu’ils vivaient avec Dieu. Cette séparation n’était pas dans son projet, mais Dieu ne nous abandonne pas ! Le ciel vient à notre secours ! Même si ce combat dure encore et que l’homme se défie de Dieu, Dieu aime profondément chacun de nous.

C’est là qu’est le péché des origines, dans cette rupture vis-à-vis de Dieu, que l’homme a commis ! Il n’en était pas ainsi dans le plan premier de Dieu ! Depuis, nous portons, de génération en génération, le poids de cette séparation avec Dieu, mais aussi une absence !

Marie, la première sauvée, nous ouvre un chemin qui nous mène à nouveau, à la porte du Royaume. Comme nous venons de le chanter, Marie, la première, nous montre le chemin !

Lors de la salutation de l’Ange, Marie avait été troublée ; là aussi, nous entendons pour chacun de nous, la réponse rassurante de l’Ange : “Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.“ De fait, l’Esprit Saint est toujours à l’œuvre, pour peu que nous soyons, nous aussi, accueillants à sa personne. C’est Lui qui, en ces jours, nous dévoile ce mystère de Noël, ce mystère de la Nativité, ce mystère de la naissance de Jésus, qui par anticipation, vient déjà préparer le cœur de sa maman. C’est Lui qui nous révèle la logique de l’amour !

Marie a bénéficié par anticipation du mystère du salut de Jésus, mort sur la Croix et ressuscité.

Frères et sœurs, la fête de l’Immaculée Conception est le rappel du projet de Dieu, projet de vie, rappel du salut pour chacun de nous.

Dieu veut nous sauver,

Dieu veut nous donner la vie,

Mais il ne peut le faire sans nous, il a besoin de notre “oui“ !

Marie nous apprend à dire “oui“, nous aussi.

 

En cette belle fête de l’Immaculée Conception, demandons pour chacun de nous de comprendre le projet d’amour de Dieu, même si parfois, il nous parait compliqué de tout comprendre ! 

Dieu veut notre salut ! Puissions-nous avoir la force de dire “oui“ au Christ.

Tout au long de ce jour, prenons le temps de faire mémoire, comme Marie, de cette bonne nouvelle et d’en rendre grâce !

Dieu nous aime, Il a envoyé son Fils, et Marie a dit “oui“, pour que l’humanité redécouvre cette proximité originelle et miséricordieuse de Dieu  !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 8 décembre 2019, 2eme  dimanche de l’Avent, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 3, 1-12. Livre du prophète Isaïe 11, 1-10. Psaume 71. 

Première lettre de saint Paul aux Romains 15, 4-9.

 

Voilà un texte qui peut réveiller, même de bon matin ! De quoi s’agit-il ?

Il s’agit de quelque chose qui dure depuis des siècles.

  • Notre temps a besoin de visionnaires !
  • Notre temps a besoin de prophètes !
  • Notre temps a besoin de “Jean-Baptiste“ !
  • Notre temps, (c’est-à-dire aujourd’hui) a besoin de chrétiens audacieux et décomplexés !
  • Notre temps a besoin de témoins, des hommes et des femmes vivant l’idéal de Dieu pour l’humanité !

Déjà, comme vous l’avez entendu dans la première lecture, 6 siècles avant la naissance du Christ, le prophète Isaïe a le cœur rempli d’espérance, de joie pourrait-on dire, dans l’attente d’un Enfant-Dieu, du Messie et il annonce Jean-le-Baptiste, qui préparera les chemins du Seigneur. Le Seigneur aura pour nom : l’Emmanuel, c’est-à-dire : “Dieu avec nous“.

Tout au long de ces derniers jours, en prenant le temps de méditer les lectures de ce deuxième dimanche de l’Avent, j’ai été frappé surtout par la première lecture.

Le tableau que nous brosse le prophète Isaïe m’a laissé songeur toute la semaine… Le petit garçon conduit ensemble le loup et l’agneau, le léopard et le chevreau, le veau et le lionceau. “Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra.“ et Isaïe insiste : “ Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute la montagne sainte.“

Quelle image surprenante !

En entendant ces mots, nous pourrions nous écrier : enfin ! : « Enfin ! Ça y est ! Ce que j’ai au fond de mon cœur, ce que nous avons au fond de notre cœur, ce désir profond se réalise ! L’homme et l’univers se réconcilient et retrouvent l’innocence et l’équilibre qu’ils avaient quand ils sont sortis des mains du Créateur ! ». La bonté, la douceur seraient présentes. 

Le drame est que notre réalité est tout autre ! La violence comme la bêtise humaine de ce monde nous blessent toujours profondément. Nous le constatons, notre société reste encore traversée par la soif du pouvoir et de l’argent, les dérives idéologiques, totalitaires, par une culture de mort tant sur la vie naissante que sur la fin de vie. 

Là, le Démon, le Diviseur, est diablement habile.

Nous le savons, tout dépend de Dieu, mais le monde dévoilé par le prophète Isaïe dépend aussi de nous ; il nous revient déjà de commencer à le rendre présent, déjà en nous et entre nous, et toujours plus présent.

Comment désirer ce monde, si nous ne réalisons pas ce que nous portons déjà au fond de nous-mêmes : ce désir profond, de paix, de bienveillance… ?

Comment faire venir ce monde ? D’abord, comme nous le rappelle saint Paul dans la deuxième lecture, par le souci de rester dans l’unité : déjà au cœur de nos familles, de rester dans la vraie fraternité, dans notre paroisse, mais aussi sans relâche, sans désenchantement, rester justement dans cette espérance et cette persévérance ! Les parents présents ce matin, comprennent bien ce que je suis en train de dire tant il faut être persévérant pour l’éducation des enfants et l’unité du couple.

Plus encore, il nous faut entendre le rude appel que lance Jean-le-Baptiste, ce cri qui résonne depuis plus de deux mille ans, et toujours actuel : 

« Convertissez-vous ! Convertissons-nous ! »

Mais que signifie nous « convertir » ? Cette question peut laisser certains un peu perplexes !

Pourtant, cette remise en question est importante et nécessaire. Je suis toujours surpris (et en disant cela je ne juge personne), beaucoup pensent qu’ils n’ont pas besoin de se convertir parce qu’ils sont persuadés d’être justes, de ne faire de mal à personne, et comme ils n’ont tué personne physiquement, ils pensent ne rien avoir à se reprocher.

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, nombreux sont ceux qui pensaient vivre parfaitement la Loi du Seigneur et n’avoir aucune leçon à recevoir de personne. Pourtant, la parole de Jean-Baptiste résonne jusqu’à aujourd’hui, un appel rude à la conversion : “Engeance de vipère, qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?“

Nous sommes chrétiens, nous avons été baptisés au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Nous avons été baptisés dans le Christ, nous sommes habités par l’Esprit Saint et nous participons à la vie de l’Église (votre présence ici, ce matin, le confirme…) et c’est merveilleux ! Certains rendent même des services dans différents domaines de la pastorale ! Merci à vous, c’est pour moi l’occasion de rendre grâce !

Alors, ai-je encore besoin de me convertir ? 

En toute lucidité, ne sommes-nous pas tentés de vivre pour nous-mêmes plutôt que de vivre de l’amour du Christ ? Le Christ est-il premier dans ma vie ?

Reconnaissons-le : souvent nous succombons, nous nous accommodons de situations dont nous percevons les limites et la justesse !

Je le crois profondément :

  • Tous, sans exception, nous avons à accueillir cette invitation de Jean-Baptiste à la conversion !
  • Tous, nous avons besoin de revenir à la Parole de Dieu, à l’appel qu’il nous adresse à suivre le chemin de la Foi, afin que l’Esprit Saint nous conduise vraiment !

C’est là, où nous avons peut-être à développer notre réflexion, notre compréhension, notre imagination, notre entraide, car la question demeure : 

Que veux-tu me dire Seigneur À quelle conversion suis-je appelé ?

Sachons-le, toute conversion est un don de l’Esprit Saint !

Je le redis avec force, c’est par notre conversion que nous porterons des fruits ! Aujourd’hui comme pour hier, notre temps a besoin de chrétiens audacieux et décomplexés, de prophètes, de missionnaires ! 

Dieu a besoin de nous !

Concrètement, si nous ne nous laissons pas attirer par les tentations d’une société consommatrice, ce temps de l’Avent est réellement un temps favorable pour comprendre comment réconcilier l’homme et l’univers !

L’Avent n’est pas une berceuse pour enfants sages !

L’Avent n’est pas (même si cela fait plaisir !) le moment où l’on va réfléchir, ou rêver 

aux cadeaux que l’on va recevoir ou offrir !

L’Avent est le temps de la vérité et de la décision, 

Le temps de l’engagement radical envers Dieu et envers l’homme !

Puissions-nous, frères et sœurs, laisser résonner en nous, cet appel pressant à la conversion que nous lance, aujourd’hui, Jean-le-Baptiste !

Chers frères et sœurs, convertissons-nous !

AINSI SOIT-IL !

 

Homélie du mercredi 4 décembre 2019, 1ere  semaine de l’Avent, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 15, 29-37. Livre du prophète Isaïe 25, 6-10a. Psaume 22.

 

Une chose est certaine : Jésus est réaliste ! Ce n’est pas un idéaliste !

L’évangile nous dit : « Il gravit la montagne et là, il s’assit. »

De son regard, Jésus observe cette foule nombreuse et si diverse. Ce qu’il voit tout particulièrement, ce sont “des boiteux, des aveugles, des estropiés, des muets…“, en fait, la misère que beaucoup d’entre eux portent, misère physiquemisère existentielle aussi. Nous pourrions compléter ce tableau en parlant également de misère spirituelle.

Avez-vous remarqué que cette foule est tout attentive à sa Parole ; tous attendent de Lui, un geste, une action, une parole guérissante. Jésus observe ; il connaît les besoins de la foule, il connaît ses besoins concrets et immédiats et tout particulièrement, la nécessité pour tous, de manger à sa faim pour pouvoir reprendre le chemin « sans défaillir en route ». Depuis trois jours, ils étaient restés auprès de Lui, comme nous le précise l’évangile. 

Certes, les malades sont guéris : c’est merveilleux ! C’est extraordinaire ! « Tous rendaient gloire au Dieu d’Israël ! »

Mais, Jésus est bien un réaliste ! La foule a faim et il lui faut rassasier sa faim de pain.

C’est notre quotidien ! Le quotidien de l’Homme est symbolisé par cette faim. À quoi serviraient les guérisons miraculeuses si l’homme ne recevait pas chaque jour, le pain qui rassasie, le pain qui va lui permettre de ne pas défaillir en chemin ?

Nous qui venons pratiquement chaque matin, en cette église saint Louis, nous savons que Jésus nous donne ce Pain, chaque jour, dans l’Eucharistie, qu’elle soit vécue dans l’Adoration, ou reçue en communion. 

Peut-être pouvons-nous nous sentir faibles dans notre foi ou dans notre corps ? Cependant, c’est dans l’eucharistie que nous célébrons chaque jour de la semaine, que s’opère maintenant le Salut du monde. 

Lorsque nous célébrons la Passion, à chaque eucharistie, dans le sacrifice eucharistique, c’est-à-dire la Mort et la Résurrection du Christ, le salut de Jésus arrive jusqu’à nous. Cette œuvre commence dans nos propres vies. C’est alors que la communauté que nous formons devient une communauté de ressuscités à l’image du Seigneur de gloire.

Quand chaque matin, nous quittons cette église, nous repartons rassasiés de l’amour du Christ, rassasiés de ce Pain de Vie que Jésus nous donne.

Je souhaite conclure avec une petite précision : nous ne pouvons pas rester passifs ou simples consommateurs !

Comme nous l’avons entendu dans l’évangile, les Apôtres se font “transmetteurs“ de ce Pain reçu et donné. Pour nous aussi, c’est par nos mains, par notre disponibilité que l’action de Jésus se prolonge autour de nous, pour ceux qui sont loin, pour celles et ceux que nous rencontrons sans même parfois les connaître, pour ceux qui n’ont pas encore fait la rencontre du Ressuscité.

Dans notre monde, au cœur même de notre société, ici au centre-ville, immense “désert“ d’une humanité à la fois repue et en manque de sens, nous pouvons nous tourner vers le Seigneur pour lui dire : « Seigneur, nous avons si peu de moyens… » Jésus nous demande : « Combien de pains avez-vous ? » En réponse, nous pouvons Lui confier notre pauvreté, un peu de pain… peu de choses.

Frères et sœurs, ce qui est extraordinaire, c’est que « ce peu de choses » suffit au Seigneur pour accomplir des miracles.

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 2 décembre 2019, 1re semaine de l’Avent, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 8, 5-11. Psaume 121. Livre du prophète Isaïe 4, 2-6.

 

L’évangile que nous venons d’entendre est bien situé, en ce début du temps de l’Avent, pour nous indiquer et pour nous expliquer l’attitude juste que nous devrions avoir, au moment où nous commençons cette nouvelle année liturgique. 

En effet, nous savons bien que le temps de l’Avent n’est pas seulement une préparation aux fêtes de Noël, aussi belles soient-elles, mais une préparation de notre cœur.

L’attitude de ce centurion de l’armée romaine, armée d’occupation, nous est donnée en exemple.

De fait, nous pouvons noter plusieurs attitudes :

- La première est que ce capitaine vient le supplier, non pas pour lui-même, mais pour un autre, un de ces petits, un de ces hommes simples que Jésus aime. Il vient simplement dire : « Seigneur, j’ai un serviteur, il souffre, il va mourir. ». 

Cet homme est humble et cela aussi a du prix aux yeux de Jésus. À la réponse de Jésus, le centurion redit son humilité en disant. : « Je ne suis pas digne de cet honneur que tu me ferais en descendant chez moi. » Il ne se sent pas digne ! Malgré le poids de son autorité humaine, militaire, malgré sa compétence d’officier, il ne se sent pas digne.

- Plus encore que cette humilité, ce qui va forcer l’admiration du Christ et le toucher profondément, c’est la convictiondu centurion, sa foi tranquille et audacieuse « Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Une parole, même de loin, de là où tu es… et mon serviteur, là où il est, sera guéri, car les choses doivent t’obéir. »

Cet étranger, ce romain a pressenti quelque chose du secret de Jésus et avec ces mots à lui, il exprime le mystère de la Parole créatrice et recréatrice de Dieu. Littéralement, il pose un acte de foi incroyable en exprimant sa conviction : « Je sais que tu peux commander à la souffrance et à la mort. ».

Cette foi, Jésus ne l’a pas trouvée chez les siens, chez les familiers du Temple et de la prière. Il la trouve chez cet étranger venu de l’Occident, c’est-à-dire chez un “non-juif “ - un “gentil“ - un païen qui avait pour toute richesse spirituelle cette droiture humaine, cette beauté du cœur.

Pourquoi entendons-nous cet évangile au tout début de l’Avent ?

Sans doute, est-ce pour éveiller notre foi, pour que nous désirions cette droiture du cœur, pour que nous prenions soin de celles et ceux qui en ont besoin d’une main secourable, pour comprendre que c’est aussi toujours possible pour nous !

Pour cela, nous devons reconnaître notre pauvreté, sans que cela entame notre espérance en Celui qui peut tout !

Ce que Jésus attend de chacun de nous, ce que Dieu espère de nous, ce n’est pas tant la quantité et la somme des cadeaux que nous allons offrir, ce n’est pas le repas somptueux que nous préparerons, c’est davantage un cœur humble, dépendant de Dieu, attendant tout de Lui !

Humilité ! Simplicité du cœur ! C’est cette prise de conscience que ce Centurion exprime parfaitement : “Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit.“ 

Moi aussi Seigneur, je sais que je ne suis pas digne que tu viennes en moi ;

Je ne suis peut-être même pas digne de venir vers Toi,

Mais je sais que ta Parole abolit toute distance,

Je sais que je peux toujours, toujours, aller vers Toi.

Près de Toi se trouve le pardon, l’amour, l’espérance et la vie.

Ce que je devine, ce que je sais, Seigneur, 

c’est que ton cœur se donne toujours lorsqu’une juste et humble demande lui est faite.

Frères et sœurs, puissions-nous commencer ce temps de l’Avent simplement dans notre prière, en reconnaissant que Dieu peut tout, qu’Il est venu, qu’Il viendra, qu’Il est déjà présent dans cette Eucharistie et qu’Il m’appelle vers lui !

                                                                                                                                  Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 1er décembre 2019,1er dimanche de l’Avent, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église N D Réconciliatrice, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 24, 37-44. Livre du prophète Isaïe 2, 1-5. Psaume 121. 

Première lettre de saint Paul aux Romains 13, 11-14a.

 

Depuis ce week-end, nous commençons une nouvelle année liturgique : c’est le temps de l’Avent, un temps nouveau ! Un temps remarquable ! Un temps qui sera ponctué par ces petites lumières qui vont former une couronne. Aujourd’hui, nous avons allumé la première lumière !

Permettez-moi, ce matin, de vous proposer trois petites clefs afin de nous permettre de mieux comprendre ce que nous allons vivre durant les prochaines semaines.

- Premier point : Le temps de l’Avent est un temps important : ce n’est pas juste un temps pour préparer les cadeaux, décorer le sapin (même si c’est aussi très agréable), c’est un véritable temps spirituel.

Commencer une nouvelle année liturgique n’est pas rien ! C’est pourquoi je me suis permis, mais avec sérieux, de commencer cette célébration en vous souhaitant une bonne année.

Qu’est-ce que le cycle liturgique ?

Ce n’est pas la reconduction, la répétition ou la superposition de ce que nous avons vécu l’année dernière, et j’espère que cet Avent sera complètement différent de l’Avent dernier…

Le cycle liturgique n’est pas un peu comme une roue de vélo. Attention ! Si vous rentrez dans ce nouveau cycle “la tête dans le guidon“, vous vous trompez ! Nous pourrions comparer le cycle liturgique, si vous me permettez cette image, à un château dans lequel il y a une petite tourelle. À l’intérieur de cette tourelle, un escalier en colimaçon nous permet de monter, étage après étage, jusqu’en haut de la tour crénelée. À chaque niveau, un petit « fenestron » nous donne de la lumière et nous permet de regarder le paysage. Étage après étage, tour de vis après tour de vis, nous observons à peu près le même paysage à travers cette petite fenêtre, mais nous prenons de la hauteur. Le paysage sera bien toujours le même, mais nous le verrons beaucoup plus loin et beaucoup plus large.

C’est la même chose pour le cycle liturgique. Pour chacun de nous, chaque année liturgique nous permet d’avancer un peu plus dans cette vision, dans la compréhension de ce que nous célébrons. 

Désolé de le dire ainsi ! Nous nous trompons si nous entrons dans ce temps de l’Avent, avec comme seule idée (ou préoccupation), de ne préparer qu’une fête de Noël…

- Deuxième point : même si cela peut vous paraître un peu naïf, fou ou idéaliste, j’attends, personnellement, le retour du Seigneur, la venue du Seigneur comme nous venons de l’entendre dans les textes de ce jour. Certes, Il est venu il y a deux mille ans (c’est ce que nous fêterons à Noël), oui, nous le savons ! Mais surtout, nous attendons la venue de Jésus en gloire.

Et vous-mêmes ? Est-ce bien cela que vous attendez ?

À chaque eucharistie, nous exprimons cette attente par deux fois, et même, nous le proclamons ! 

Par exemple :

  • Au moment du Credo (Symbole des Apôtres) quand nous disons : « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts… ». Cette attente est un des énoncés de notre foi !
  • Puis, lors de l’anamnèse pendant la grande prière eucharistique, nous chantons : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. » Chers frères et sœurs, à ce moment, croyons-nous ce que nous affirmons ?

- Troisième point : nous allons donc vivre quatre semaines importantes, quatre semaines de préparation, quatre semaines où nous allons, déjà, fêter ce bel anniversaire de la venue de Dieu en notre chair !

Si nous sommes réunis aujourd’hui dans cette église, c’est parce que Dieu est venu dans notre humanité ! Mais ces quatre semaines sont aussi à vivre d’une façon particulière pour que, non seulement le Christ entre dans notre vie, mais pour qu’Il entre aussi dans notre paroisse, dans notre monde.

Pour nous préparer à la venue du Christ, nous pouvons, nous devons accorder plus d’attention à sa présence, à sa Parole et (soyons fous !), en prenant de grands temps de prière, plus régulièrement, sans oublier aussi, celles et ceux qui vont peut-être vivre plus difficilement ces fêtes de Noël, particulièrement ceux qui sont dans la précarité. C’est aussi cela, Noël ! 

Ce n’est pas un petit Jésus en chocolat que nous allons fêter à Noël, c’est le Salut, l’Amour et l’attention que Dieu a pour chacun de nous. 

Chers amis, prenons du temps au service des uns et des autres ! N’est-ce pas là notre mission, frères et sœurs ?

Après ces trois points qui devraient nous permettre de comprendre un peu mieux ce que nous allons vivre, je conclus. 

Deux personnages vont nous être donnés durant ces quatre semaines :

  • Le premier est grand, très mince, portant une barbe hirsute et un manteau surprenant ; qui est-il ? C’est Jean-le-Baptiste qui va crier, à temps et à contretemps : « Préparez les chemins du Seigneur ! » Il nous faudra l’écouter et nous convertir !
  • Le deuxième personnage, incroyable, attachant (tellement présent dans cette église Notre-Dame Réconciliatrice) est Marie. En réponse à l’invitation de l’ange, elle a dit : « Je suis la servante du Seigneur. » Elle aussi va nous conduire, depuis l’Annonciation jusqu’à sa maternité et la naissance de Jésus, et nous inviter à nous mettre à genoux devant son Fils pour que nous puissions l’aimer et l’écouter. 

Frères et sœurs, soyons attentifs ! Ne nous endormons pas ! Sortons de notre sommeil ! Veillons ! Durant ces quelques semaines, nous sommes invités à demander au Seigneur de nous aider à être plus attentifs aux signes de Dieu. Veiller, ce n’est pas sommeiller ou nous blottir au creux de notre couette ; il s’agit d’une veille attentive, une veille dans l’espérance, une veille avec beaucoup d’audace.

Je souhaite donc à chacun de vous un bel Avent et surtout, une belle et sainte nouvelle année liturgique. J’espère qu’elle sera belle pour vous tous !

Permettez-moi une dernière demande, peut-être un peu étonnante. 

Je vous invite à formuler ce même souhait en vous tournant vers votre voisin de droite, vers votre voisin de gauche, vers ceux qui sont devant et derrière vous pour leur dire tout simplement : « Je te souhaite une belle et sainte année liturgique ! »

Prenons le temps de ce geste fraternel…

Belle année à chacun de vous ! Que le Seigneur soit béni ! Amen !

 

 

Homélie du lundi 25 novembre 2019, 34e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 21, 1- 4. Livre du prophète Daniel 1, 1-6.8-20. Cantique (Daniel3).

 

Chers frères et sœurs, nous connaissons bien le passage qui nous parle de cette veuve qui donne tout ce qu’elle a. Gardons-nous bien de ne voir, dans ce passage, seulement une petite anecdote, ou une sympathique leçon de morale ! 

Il ne s’agit pas de voir non plus, ici, quelques conseils de modestie ou de générosité ; notre réflexion doit être bien plus profonde. Il s’agit plutôt, pour chacun de nous, de se mettre en présence du Christ ressuscité, et plus exactement, en présence du Christ Roi de l’univers, que nous avons fêté hier. Le Christ Jésus est bien Roi de l’univers, mais il n’est pas du tout un roi à la manière de ce monde ; Il est un Roi dont la mission royale est d’être, sans aucune duplicité, au service de son peuple !

Ce que nous entendons dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est qu’il y a deux sortes d’hommes (en y mettant toutes les nuances que nous souhaitons) : ceux qui font semblant et ceux qui sont vrais, ceux qui sont dans l’apparence et ceux qui font le choix de la vérité. 

Ici, sans tambour ni trompette, la veuve de l’évangile, elle, ne fait pas semblant : en donnant ses deux petites piécettes, c’est sa vie qu’elle partage puisqu’elle donne, dans un geste d’une folle générosité, « tout ce qu'elle avait pour vivre. » À ce moment précis, cette veuve, sans aucune duplicité, est la figure du Christ qui s’offre lui-même pour notre salut !  C’est cela qui est pointé par l’évangile ! Ce que nous devons retenir, c’est que cet évangile n’est pas une leçon de morale, mais bien une parabole Pascale : l’annonce du salut et de la vie par le don vrai et gratuit de soi. Cela change tout !

Jésus est assis dans la salle des troncs du Temple de Jérusalem, Il est en train d’enseigner, mais en même temps, Il regarde les personnes qui passent devant Lui et Il voit le fond des cœurs. Il discerne ce qu’il y a derrière les attitudes et les comportements. De fait, Il fait tomber les masques et sépare en nous, le vrai et le faux. Pour Lui, il ne s’agit pas de nous juger, mais de nous inviter à prendre conscience, pour nous faire grandir, pour nous amener petit à petit vers la Vérité, pour nous faire vivre sous le regard de Dieu et non sous le regard des hommes. Ce changement de regard est important, car toute notoriété, tout prestige disparaitra au moment de notre mort ; nous le savons bien. Nous sommes faits pour être pour toujours avec le Christ, en vérité et sans masque ! Il nous demande de nous abandonner dans la