Les Homélies de nos Prêtres

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Homélie du dimanche 17 mars 2019, 2edimanche de Carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue

Évangile selon saint Luc 9, 28b-36.Genèse 15, 5-12.17-18. Psaume 26.

Lettre de saint Paul aux Philippiens 3, 17 à 4, 1.

 

Si vous avez été attentifs, et si vous avez une bonne mémoire, vous savez que, chaque année, lors du deuxième dimanche de Carême, nous entendons le récit de la Transfiguration. 

Avez-vous une explication ?

Comme vous le savez, la liturgie ne laisse rien au hasard ! 

Après avoir rappelé le combat de Jésus au désert, tenté par le Diable, la liturgie d’aujourd’hui nous le présente glorieux et lumineux, rempli de la présence de son Père. Ce choix est important, car, avant la « défiguration » du Vendredi saint, le texte de ce jour met, devant nos yeux, Jésus transfiguré, éblouissant, qui se révèle comme le Fils bien-aimé de Dieu, l’Envoyé du Père. Jésus accomplit les promesses de Dieu, Il réalise la Nouvelle Alliance avec Lui. Dans les mouvements de l’histoire des hommes, nous le savons, le Christ est au cœur de l’Histoire du Salut ; ne l’oublions pas !

C’est pour cette raison que la liturgie va nous rappeler, dans les dimanches qui viennent, les quatre grands moments de l’Histoire du Salut tirés de l’Ancien Testament. Ces moments éclairent aussi la mission de Jésus. Ce sont : l’alliance de Dieu avec Abraham, la révélation du nom de Dieu, la Pâque (Pessa’h pour les Hébreux)) de l’entrée dans la Terre Promise et le retour des exilés de Babylone. 

Soyons attentifs à repérer et à revivre ces différentes évocations au cours de ce Carême !

L’événement de la Transfiguration que nous rapporte saint Luc, les intègre déjà, par la présence de Moïse et du prophète Élie à côté de Jésus. 

Que pouvons-nous dire de cet épisode de la Transfiguration ?

Saint Luc situe la scène sur une montagne qui n’est pas nommée. De quelle montagne s’agit-il exactement ? Aujourd’hui, nous l’identifions comme étant le Mont Thabor, en Terre sainte. Là encore, ce n’est pas sans raison, car dans les Écritures, la montagne est un symbole très présent pour exprimer, la proximité avec Dieu.  Souvent en ces lieux, Dieu se révèle, par exemple : le don des dix commandements à Moïse sur le mont Sinaï, ou la montagne de l’Horeb avec Élie. 

En répondant à l’invitation de Jésus de gravir la montagne, les disciples, Pierre, Jacques et Jean, semblent être prêts, intérieurement, à une rencontre ; le sont-ils complètement ? Non, pas tout à fait, car cette rencontre dépassera toutes leurs attentes. Leurs réactions nous l’indiquent. Les disciples sont à la fois stupéfaits, éblouis, et, en même temps, accablés de sommeil et totalement dépassés. Ils semblent même souhaiter que ce moment dure, qu’il s’éternise : “Faisons trois tentes…“À ce moment-là, même s’ils gardent le silence, ils réalisent que Jésus est bien plus que ce qu’ils peuvent comprendre. L’éclat qu’ils perçoivent chez Lui n’est pas seulement extérieur ; ce n’est pas un homme qui parle bien ou fait simplement des signes extraordinaires… La lumière qui les éblouit provient d’une source intérieure ! Pour le moment, ils ne peuvent en dire plus, mais ils resteront marqués à jamais par cette expérience fondatrice.

Cet épisode, présent dans les évangiles est décrit aussi dans les épîtres. En effet, dans la seconde lettre de saint Pierre, ce disciple retraduit l’événement qu’il a vécu ce jour-là ; voici ce qu’il dit : « En effet, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires, sophistiqués, que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur (ils ont vu !),car Il a reçu de Dieu le Père, l’honneur et la gloire, quand depuis la gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : celui-ci est mon Fils, mon Bien-aimé. En Lui, j’ai mis toute ma joie ! Cette voix venant du ciel, nous l’avons, nous-mêmes, entendue, quand nous étions avec Lui, sur la Montagne sainte. » (2Pi, 1, 16-18)

Voilà ce que relate saint Pierre et nous entendons, combien cette expérience l’a profondément bouleversé !

De cet événement de la Transfiguration, les témoins en ont retenu l’essentiel : Jésus, est le Fils bien-aimé du Père, Il est le Salut du monde. C’est ce que proclame la voix qui se fait entendre de la nuée : “Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le !“

Ce récit de la Transfiguration annonce aussi le prochain départ qui va « s’accomplir à Jérusalem ». Ce départ sera la remise de la vie du Christ à son Père ; lieu de sa Passion !

La vie tout entière de Jésus est une marche vers ce moment unique, où Il offre tout ce qu’Il est pour le salut de toute l’humanité.

Ce faisant, Jésus accomplit en plénitude l’Alliance que Dieu a commencée depuis les jours d’Abraham.

Toute la venue de Jésus, son incarnation, sa présence parmi les hommes dans notre humanité, sa marche vers Jérusalem, n’ont pas d’autre but que d’offrir Sa vie pour le salut du monde, pour notre salut.

Il nous faut comprendre que le projet de Dieu est bien antérieur à l’appel des Apôtres. Dès le livre de la Genèse, l’Alliance de Dieu avec Abraham est présente. Cette Alliance nous est relatée dans la première lecture. Elle nous raconte l’instant où Abraham prend conscience que son Dieu s’est lié avec lui, par pure gratuité, et qu’Il ne l’abandonnera jamais, lui et sa descendance.

La Nouvelle Alliance en Jésus, viendra compléter et accomplir pleinement, l’Alliance qui est déjà en œuvre. Son accomplissement est vécu dans l’offrande qu’Il fait de sa vie.

Alors, en cette journée sans soleil, que pouvons-nous en retenir ?

Peut-être allez-vous me dire que ce texte est ancien, que nous n’avons pas vu Jésus nous-mêmes, que ce serait plus facile si nous étions montés avec Lui sur la montagne pour le voir éblouissant !

Que devons-nous comprendre ?

Cette Alliance est toujours actuelle, quelles que soient les tribulations de l’Église, quel que soit le péché des hommes, c’est une certitude, même dans l’actualité d’aujourd’hui ! L’Alliance est toujours donnée ! Le Seigneur n’abandonne pas son Église ; il la purifie !

Ce chemin du Carême n’est pas seulement l’occasion de nous souvenir des événements de la vie de Jésus. Il nous fait entrer dans un monde au-delà de nos espoirs humains ! Il nous fait même toucher du doigt, le mystère d’un Dieu qui se fait petit enfant, proche de nous, comme Il le fait pour Abraham et bien d’autres encore.

Ce n’est pas un Dieu inaccessible que révèle la lumière éblouissante de la Transfiguration, bien au contraire : la rencontre unique de Dieu qui se fait proche ! 

Quelle invitation recevons-nous ? Il s’agit de nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, à l’écoute de l’Esprit Saint.

Le visage de Jésus si familier, puis transfiguré, sera dans quelques jours tragiquement défiguré lors de sa Passion. La Transfiguration dans cet éclat divin est une invitation à ne jamais baisser les bras, à rester ancré dans cette espérance que Dieu conduit l’Église !

Au cours de cette eucharistie, rendons grâce à Dieu pour son action et son projet de vie pour chacun de nous, même si cela nous dépasse, même si nous ne comprenons pas tout : Oui ! Dieu est là !

N’oublions pas que, jour après jour, nous marchons vers la transformation de l’humanité tout entière dans le Fils unique ; c’est ce que nous promet la seconde lecture qui est remarquable. Comme l’annonce saint Paul, nous sommes citoyens des cieux !

Oui ! Frères et sœurs, nous sommes faits pour la lumière du ciel !

Demandons maintenant la grâce et l’ouverture du cœur pour comprendre ce grand mystère ! 

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 18 mars 2019, 2e semaine de carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon Saint-Luc 6, 36-38. Livre du prophète Daniel 9, 4-10. Psaume 78.

 

Un paroissien m’a posé une question intéressante, cette semaine ; la voici : 

« Comment réaliser que je progresse dans la vie spirituelle ? » Comment comprendre cette question ? Comment savoir si j’avance, si je progresse ?

Est-ce une question que vous vous posez ? 

Ce temps du Carême est favorable pour y réfléchir.

Une partie de la réponse se trouve dans les lectures de ce jour et dans les versets qui précèdent. Je vous invite donc à reprendre ces lectures pour les méditer.

- D’un côté, Jésus montre comment la haine impitoyable (avec tout ce qui l’accompagne : la malédiction, la calomnie, la médisance, et même une condamnation aux enfers …) Tout cela relève d’une certaine logique individualiste et sectaire d’une partie de notre société.

- D’un autre côté, il peut exister une autre logique : la logique de Dieu. 

Bien sûr, nos choix ne sont pas toujours aussi tranchés et bien souvent, nous fonctionnons dans ces deux logiques !

Les paroles que nous venons d’entendre dans cet extrait de l’évangile de Saint-Luc peuvent nous donner le vertige. Il nous faut bien comprendre qu’ici, Jésus exprime plus qu’une règle de bienséance, plus qu’un simple savoir-vivre dans le respect de tous, plus qu’une attitude de non-violence, plus aussi que de porter un regard de bonté sur ceux qui nous entourent ! En réponse à une spirale de la haine et de la colère, Jésus nous invite à répandre dans notre monde en manque d’espérance, en manque d’amour, une surabondance de miséricorde

Cette surabondance de miséricorde est à donner sans distinctionaussi bien sur « les bons, que sur les méchants. » (Mt 5,45)

- Au lieu de répandre la haine, faisons du bien !

- Au lieu de répandre la malédiction, ne maudissons jamais ; au contraire : il nous faut bénir ! 

Sans oublier que « la mesure dont vous vous servez pour les autres, servira de mesure aussi pour vous. »

Pour nous montrer que tout cela est possible, regardons la vie de Jésus : il nous montre le chemin. Il a pleinement supporté tous les coups, sans condamnation, allant jusqu’au pardon ! 

« Père, pardonne-leur ! » dira-t-il, au sommet de l’infamie, lorsqu’il sera cloué sur le bois de la Croix.

J’entends bien les réflexions des uns et des autres : "Mon père, ce que vous me dites est bien gentil… mais je ne suis pas Jésus ! Lui, Il est Dieu… Il a tout de même quelques facilités que je n’ai pas ! D’ailleurs, mon père, si vous connaissiez le nombre de fois où je n’y arrive pas ! Que puis-je faire?"

- C’est vrai que nous ne sommes pas parfaits !

- C’est vrai que nous sommes pécheurs !

- Mais c’est vrai, aussi, que le Seigneur le sait ; c’est pourquoi, même si nous trouvons ce chemin trop étroit, la montée trop rude et difficile, nous savons qu’avec Dieu, tout est possible ! Il nous faudra oser lui redemander sans cesse, cette grâce !

Alors comment pouvons-nous progresser dans la vie spirituelle ?

 Pour avancer sur notre chemin de vie comme dans celui du Carême, il nous faut être pétris par la contemplation de Celui qui a lancé au monde, de tels propos. Il est Lui-même, en vérité et en actes, la miséricorde incarnée. C’est de lui que nous pouvons tout apprendre !

Il y a, cependant, une expérience que nous devons vivre ! 

Car ce qui est sûr, c’est que, tant que nous n’aurons pas été bouleversés par Sa miséricorde, nous aurons peut-être du mal à être nous-mêmes miséricordieux.

Si je n’ai pas vécu pour moi-même, une miséricorde, la miséricorde que Dieu veut pour moi, si je ne l’ai pas expérimentée véritablement, peut-être aurais-je du mal, en retour, à être miséricordieux envers les autres.

La foi nous l’apprend : « Il ne suffit pas d’être plein de tendresse, de gentillesse, de bonté et d’amabilité, même si ce sont de bons sentiments », car … « les païens n’en font-ils pas autant ? »

Notre « être de chrétiens » nous entraine au-delà, c’est-à-dire à imiter le Christ. 

Il est possible que cela prenne du temps ! Ce désir de suivre le Christ à demander et à redemander sans cesse, discrètement, sans trompette ni fanfare ; Dieu voit dans le secret de nos cœurs, le don que nous faisons de nous-mêmes, sans que personne sur terre, peut-être ne le remarque.

Lui seul sait la mesure avec laquelle nous nous donnons, ou nous nous laissons prendre !

Ce qui est sûr, c’est que le Seigneur se servira de la même mesure pour nous combler, et Il mettra sa joie à la faire déborder !

Frères et sœurs, ce temps est favorable pour vivre cette expérience de la miséricorde !

Comment ? En vivant peut-être le sacrement du pardon.

Comment ? Peut-être par la lecture de la Parole de Dieu.

Comment ? Tout simplement en nous mettant au service des uns et des autres, comme le Christ.

Demandons cette grâce pour chacun de nous, humblement, et aidons-nous par la prière, les uns pour les autres !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

 

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - 17 mars 2019 - 2°dimanche de Carême

Homélie du mercredi 13 mars 2019, 1eresemaine de Carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 29-32. Livre du prophète Jonas 3, 1-10. Psaume 50.

 

Mercredi dernier, nous avons commencé le temps du Carême par la célébration des Cendres ; déjà une semaine ! Tout au long de cette première semaine de Carême, l’Église nous invite, nous aide, à mieux découvrir qui est Dieu pour chacun de nous.Plus encore, elle nous aide à entrer dans une intimité plus profonde avec Jésus. C’est de cela, dont il est question dans l’évangile d’aujourd’hui.

Jésus vient de chasser un Démon, il vient d’accomplir des signes hors du commun, mais voilà que la foule réclame un autre signe, un signe venant du ciel, un prodige qui les contraindrait à croire en Jésus. La foule demande un signe du ciel qui prouverait que Jésus vient bien de la part de Dieu. Reconnaissons que nous avons cette attitude parfois, nous aussi.

À cette foule, comme à nous : « En fait de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas. »Est-ce que l’histoire de Jonas vous rappelle quelque chose ? Peut-être avez-vous lu le livre de Jonas ? Si vous ne l’avez pas encore ouvert, faites-le aujourd’hui, c’est passionnant et pas très long à lire !

Pour les contemporains de Jésus, l’histoire de Jonas est bien connue : c’est un prophète atypique, et qui est, somme toute, bien sympathique ! Est-ce en raison de son franc-parler ? Est-ce à cause de son caractère un peu boudeur ? Bref, Jésus nous parle de Jonas. Pourquoi prend-il cet exemple ?

Le destin de Jonas peut se comprendre à deux niveaux :

- Le premier niveau est un message de conversionqui a été annoncé et entendu par les habitants de Ninive, la grande ville païenne.

- Un deuxième niveau : rappelez-vous ! Jonas a été avalé par le monstre marin, une baleine, et il est resté invisible au monde durant trois jours et trois nuits ; trois jours, comme les jours qui séparent la mort de Jésus, du premier message de sa résurrection.

On peut penser que, ce matin dans l’évangile, nous nous situons plutôt au premier niveau : c’est-à-dire à un appel à la conversion. Jonas a bien été envoyé au peuple de Ninive pour qu’il se convertisse.

Or, Jésus est bien plus que Jonas : Il est la sagesse même de Dieu, venue converser avec les hommes pour qu’ils reconnaissent que Dieu ne les abandonne pas.

Jésus fait référence aussi, à la reine de Saba. Son histoire est relatée au chapitre dixième du premier livre des Rois (si vous ne la connaissez pas, lisez-là : il n’est pas très long, non plus !) La reine de Saba est venue de son lointain royaume d’Éthiopiepour entendre la sagesse de Salomon. Elle était venue de très loin pour écouter ce prodige de Sagesse, comme Jonas vient de loin annoncer l’urgence d’une conversion à Dieu.

À notre génération, il ne sera pas donné d’autres signes que celui de Jonas. Jésus nous le redit : « Il y a bien plus que Jonas, il y a bien plus que la reine de Saba… et plus que Salomon. » C’est Jésus, le Fils de Dieu qui est le signe ultime de Dieu en sa personne.

Nous avons à redécouvrir tout au long de ce Carême, que, pour nous chrétiens, le signe qui nous est donné, c’est le signe du Fils de l’homme, c’est le signe de Jésus en croix, c’est le signe de la résurrection, c’est Jésus !

Puissions-nous continuer à vivre le temps du Carême et, pourquoi pas lire, aujourd’hui, le livre de Jonas, et découvrir l’histoire de la reine de Saba, dans le livre des Rois !

Gardons notre regard fixé sur le Christ ! Ne le perdons pas de vue : c’est Lui, le signe !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - 10 mars 2019 - 1er dimanche de Carême

Homélie du Père Patrick Gaso - Mercredi 6 mars 2019 - Mercredi des Cendres

Homélie du lundi 4 mars 2019, 8esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue

Évangile selon saint Marc 10, 17-27. Livre de Ben Sira le Sage 17, 24-29. Psaume 31.

 

La journée vient tout juste de commencer, et peut-être avez-vous en tête mille préoccupations, des soucis très concrets, des engagements précis : « Que dois-je faire aujourd’hui ? Quels sont mes rendez-vous ? Ai-je pensé à établir une liste de courses ? Ah oui, il ne faut pas que j’oublie mon rendez-vous chez le médecin ou rencontrer mes fournisseurs… je dois aller chercher les enfants à la sortie de leurs cours… » Vous savez ce que je veux dire, car ces préoccupations nous concernent tous !

Voilà qu’un homme se présente devant Jésus pour lui poser une question. Est-ce pour demander une guérison ? Est-ce pour lui ou ses proches ? Non. A-t-il en tête une liste de demandes ? Pas du tout. Est-il préoccupé par un souci précis ? Oui !

Cet homme accourt vers Jésus pour lui poser une question particulière : " Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ?“

Cette question peut paraître surprenante. Sans être forcément dans notre liste des préoccupations de ce jour, elle nous est cependant posée concrètement maintenant.

Cette question est essentielle. Peut-être y pensons-nous de temps en temps ? Peut-être nous gêne-t-elle aussi ? 

- Soit parce que nous n’avons plus le courage de nous la poser, 

- Soit parce que nous pressentons bien qu’à frais nouveaux, une conversion sera nécessaire.

 

En discutant avec les uns et les autres, au sujet d’une vie biologique exceptionnellement longue, je m’aperçois que beaucoup de personnes vont préférer s’en remettre aux progrès de la science, au transhumanisme (par exemple), pour réaliser dans une technologie déshumanisante, ce que Dieu déjà, nous propose sans artifice.

La question de cet homme est essentielle et réaliste : que demande-t-il ? Il veut, dès aujourd’hui, une vie qui puisse traverser la mort ! Il veut, avec les choses qui passent, c’est-à-dire notre vie actuelle, construire, dès aujourd’hui, une vie “définitive“ : la Vie éternelle.

Cet homme a raison ; n’imaginons pas que notre quotidien va durer toujours et toujours…ne rêvons pas !

 

“Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ?“,c’est-à-dire pour avoir en partage, la vie définitive ? La réponse de Jésus est simple : “Tu connais les commandements“ ; les observes-tu ?

L’homme répond : « oui, je les observe. »

Sans doute avez-vous remarqué ce verbe : “Jésus l’aima.“

Alors, Jésus ajoute : “Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres … puis viens et suis-moi ». Littéralement : « dégage-toi de ce qui pourrait être un frein » ! 

 

J’ose croire que pour cet homme sa tristesse n’a été qu’une étape vers le don de soi !

 

Dans notre vie, peut-être se trouve-t-il un “oui“ que nous n’avons pas encore dit à Dieu, un “oui“ en attente qui, aujourd’hui, nous rend tristes ? Peut-être… 

 

Frères et sœurs, ne soyons pas comme cet homme qui possédait de grands biens ! Ne restons pas crispés sur nos trésors, que ce soit une certaine aisance, le confort, la culture, le pouvoir, ou tout simplement, les années qu’il nous reste à vivre sur cette terre !

Ne me répondez pas que vous ne possédez pas de trésors ! Il y a toujours quelque chose qui nous freine et que nous pouvons abandonner à Dieu. 

Pour être vraiment libres, il nous faut apprendre/réapprendre et accepter un vrai détachement pour être totalement avec le Christ dans le projet de vie qu’il nous propose.

Ce qui est sûr, c’est que pour aujourd’hui encore, Il nous offre sa Parole, Il nous offre sa Sagesse, Il nous offre sa Vie !

Quand nous quitterons cette église, ce matin, après avoir communié tous ensemble à la vie que Dieu nous apporte, ne repartons pas avec un arrière-goût de tristesse ou d’incomplétude dans notre quotidien !

Bien au contraire, soyons assurés de son regard qui aime et qui m’invite !

Laissons résonner dans notre intelligence et dans notre cœur, cette invitation : “Viens, suis-moi !“

 

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 3 mars 2019, 8edimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Luc, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 6, 39-45. Livre de Ben Sira le Sage 27, 4-7. Psaume 91. 

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 54-58.

 

« Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur »nous redit le psaume 91 de ce jour !

Une des raisons de rendre grâce est de nous retrouver ici, dans cette église, de dimanche en dimanche !Cette joie de rencontrer des frères avec qui nous partageons la foi. Nous sommes, en effet, plongés dans un monde où « la foi » et même « la vie fraternelle » ne sont plus guère partagées et vécues. 

 

Aussi, goûtons cette forcequi nous est donnée de nous retrouver ici, dans la foi et de renouveler nos raisons de vivre. Pourquoi ?Pour continuer les beaux moments de partages comme celui que nous avons vécu la semaine dernière avec le Père Gaston, mais aussi pour avancer dans une vie où les épreuves et les combats ne nous sont pas épargnés : c’est pourquoi, nous avons besoin de la présence de frères et sœurs en Christ, mais aussi plus largement de la présence de vrais amis.

 

S'il y a incontestablement de la joie à être ensemble, ce serait pourtant naïveté d'ignorer qu'il y a parfois entre nous, des différences et que la vie de notre communauté paroissiale peut connaître des tensions et même des conflits. 

Déjà, dans la première communauté chrétienne, il y a eu quelques obstacles, comme le montre l'exigence rapportée par l'extrait de ce dimanche de l'évangile de saint Luc (Luc 6,39-45). Il nous donne différents principes de régulation dans les relations entre « frères » : « Qu'as-tu à regarder la paille dans l'œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! Comment peux-tu dire à ton frère : 'Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite ! Enlève d'abord la poutre de ton œil, alors tu verras clair ! » (Luc 6,41-42).

Cette exigence devrait éclairer notre vie personnelle et le fonctionnement de notre communauté chrétienne. Nous allons l’approfondir en deux points :

 

- Premier point : cette parole définit donc une exigence personnelle.

La parole de Jésusnous demande de commencer par ce que l'on appelle aujourd'hui « un travail sur soi », c’est-à-dire :enlever ce qui empêche de voir clair.Nous n’avons pas forcément des poutres (quoique nous pourrions en discuter…), mais souvent de petites pailles qui peuvent bloquer notre vision. Ce travail commence par une disponibilité intérieure ; écarter ce qui résonne dans notre tête, comme un tourbillon perpétuel qui fait écran et nous empêche de voir la réalité. Ainsi, pour vivre en amitié ou en fraternité, un travail de conversion est régulièrement nécessaire. Il nous faut bonifiernotre cœur : « l’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ». De même, dans notre prière personnelle, il nous faut éliminer ce qui occupe notre esprit en vain et nous empêche d'entendre la Parole de Dieu.

La parole de Jésus ne concerne pas seulement notre vie personnelle.

 

- Deuxième point : cette parole définit aussi une exigence collective !

Elle concerne la communauté chrétienne comme telle. 

Les lectures de ce jour nous invitent dans un accueil de tous, à ne pas accabler de reproches ou de leçons de morale nos frères.« On juge l’homme en le faisant parler », comme le dit Ben Sira le Sage (1relecture), cela suppose une capacité d’écoute et un discernement ! Vouloir corriger l'autre alors qu'on est aveugle sur soi-même, c’est bien le problème ! 

L'appel posé par Jésus est clair !Il concerne la vie de la communauté chrétienne ! Cette exigence posée par Jésus sera d’autant plus difficile à vivre si certains sont rendus aveugles par une poutre énormedans l’œil ! Ne voyant plus rien, ils risquent d’être à l’origine de dangers, d’incompréhensions et de drames terribles, tels que nous les découvrons douloureusement, ces derniers temps, dans les médias.  

 

Ces révélations en cascade sur l’hypocrisie et les scandales dans l’Église nous laissent tous un peu “groggy“.Entre effet de sidération, désir de défendre tant bien que mal l’institution, volonté de démêler le vrai du faux, et accueil d’une douloureuse vérité, nos premières réactions resteront souvent gauches et maladroites. Sans doute faudra-t-il du temps pour relire ce qui est en train de nous arriver, entamer un authentique processus de réforme, et guérir bien des blessures. Je pense aux victimes et à leurs familles !Le travail de vérité que l’Église doit vivre concerne tous ses membres, mais sans oublier que, si les actes de certains sont objectivement abominables, qu’il y a, assurément, de la droiture et de la bonté parmi notre communauté, et beaucoup de sainteté dans le peuple de Dieu.

 

Dieu n’abandonne pas son Église, au contraire, il travaille à la purifier, y compris du mal qui est en elle et qu’elle pourrait s’obstiner à ne pas voir.Il nous donne la possibilité de nous dégager de la gangue d’ambiguïtés et d’aveuglements qui a rendu possibles les faits qui conduisent aux crises que nous connaissons. La Parole de Dieu est toujours bonne, c’est du cœur mauvais de l’homme, que peuvent sortir le mal et la perversion !

 

Oui, frères et sœurs, malgré toute notre tristesse, il est bon d’être ensemble dans la même célébration et dans le partage de la même foi. L’Esprit Saint travaille pour insuffler sans cesse, en nous, un cœur renouvelé dans l’espérance et, je le crois, dans la bienveillance. Ne l’oublions pas, Dieu nous a fait à son image ! 

Venant dans notre humanité, il n'est pas venu dans la splendeur, dans un éclat de force ou dans le prestige des grands, il est venu par le chemin d'une humanité vraie et humble ! Il vient aujourd'hui encore dans notre communauté par ce même chemin d'amitié et d'écoute, d'accueil et de partage.

 

C’est pourquoi rendre grâce au Seigneur est toujours possible et nécessaire !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 27 février 2019, 7esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie non relue

Évangile selon saint Marc 9, 38-40. Livre de Ben Sirac le Sage 4, 11-19. Psaume 118.

 

Ce matin, nous entendons un texte qui est intéressant pour nous, intéressant pour notre mission de chrétiens.

C’est ce thème que je vais essayer de développer modestement maintenant.

Hier à l’époque de Jésus, comme pour nous aujourd’hui, être pleinement disciple n’est pas chose facile. Au début de son ministère, Jésus avait choisi pour disciples des hommes comme les autres, avec leurs qualités et leurs limites.

Comment ces hommes vivaient-ils leur statut de disciples ? Peut-être comme une promotion… Peut-être comme un honneur ; d’autant plus que, dans leur cas, c’était le Rabbi Jésus qui les avait choisis : « Toi, suis-moi ! »

Il est clair que ces humbles pécheurs du lac de Galilée n’étaient pas disposés à perdre les prérogatives liées à leur état. Nous savons bien qu’il y aura forcément, par la suite, comme une transformation, des conversions et une maturation qu’il leur faudra vivre.

Dans les passages précédents de cet évangile lus les jours derniers, nous avons vu comment Jésus tentait déjà avec une infinie patience d’élever leur motivation. Que leur a-t-il demandé ? Jésus invitait ses disciples à renoncer à rechercher le pouvoir et la gloire personnelle pour se mettre au service des plus petits.

Pour l’instant, nous avons l’impression que c’est peine perdue : les disciples ne semblent pas écouter vraiment ce que Jésus leur dit !

Dans la petite péricope de ce matin, nous ne quittons pas le terrain des jeux de pouvoir. 

Que se passe-t-il ? 

L’ironie du sort veut qu’un étranger a osé se servir du nom du Maître pour expulser des esprits mauvais. Il a réussi son entreprise là, où les disciples sont demeurés en échec. Rappelez-vous l’épisode que nous entendions avant-hier : celui de l’enfant possédé et épileptique que les disciples n’ont pu délivrer. Voilà une raison de plus, pour les disciples, d’empêcher, en quelque sorte ce “concurrent“ d’agir. 

Littéralement pensent les disciples : « s’il continue à agir ainsi, il risque de nous faire de l’ombre ». 

A demi-mot, ils viennent dire à Jésus : “… il n’est pas de ceux qui nous suivent.“

Cette phrase est très intéressante ! Le “nous suivent“ trahit un décentrement qui n’est pas anodin : depuis quand s’agit-il de suivre les disciples et non le Maître ? Ce lapsus tout à fait révélateur, ne trahirait-il pas une appropriation de la mission ou du ministère ?

La réponse de Jésus est remarquable ; elle tranche singulièrement avec le discours revendicateur et accusateur des disciples. Essayons de traduire ce que Jésus veut nous dire : « si cet homme a pu faire autorité sur ces esprits mauvais en utilisant mon nom, c’est sans aucun doute, qu’il m’était étroitement uni par la foi. Sinon, comment pourrait-il mal parler de moi alors qu’il vient explicitement, de puiser dans mon autorité pour faire le Bien ? Réjouissez-vous donc avec moi de ce que l’action de l’Esprit Saint déborde notre petit groupe ! »

Il est probable que le comportement quelque peu mesquin des disciples nous choque ; pourtant, sommes-nous tellement différents d’eux dans nos pratiques quotidiennes ?

Le Seigneur nous invite à nous réjouir du succès honnête des autres, et même des succès de nos rivaux directs qui excellent parfois avec facilité dans le domaine où nous nous efforçons péniblement de porter du fruit. Pourtant, tout ce qui se fait de bien, de beau, de vrai autour de nous, ne peut se faire qu’avec l’aide de la grâce et devrait donc susciter notre reconnaissance.

En ce jour, demandons à l’Esprit Saint de nous aider à prendre autorité sur tous nos sentiments, sur nos sentiments négatifs, sur nos jalousies, afin que notre louange chante plus fort que nos envies !

Demandons cette grâce de nous émerveiller de ce qui se vit de beau autour de nous et de chanter les louanges de Dieu !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 25 février 2019, 7esemaine du temps ordinaire, année C. 

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 9, 14-29. Livre de Ben Sira le Sage 1, 1-10. Psaume 92.

 

Nous entendons ce matin, un texte très instructif de la vie de Jésus ! Nous pouvons y découvrir plusieurs thèmes dans l’épisode de ce jour : le démon et la maladie, l’échec des disciples devant cette maladie, la guérison opérée par Jésus, les reproches que Jésus va faire aux disciples, l’analyse de la déclaration du père de l’enfant malade, et aussi la force de la prière dans la guérison…

Cependant, dans ce récit, je note un fil rouge qui pointe une idée, une seule idée : la foi !

 

Cette « foi » que nous avons reçue au jour de notre baptême, foi renouvelée lors de notre confirmation, la foi qui nous pousse à être présents ce matin, ici, dans cette église saint Louis.

Dans cet évangile, Jésus et quelques disciples (Pierre, Jacques et Jean) descendent de la montagne où s’est déroulé un épisode majeur, celui de la Transfiguration. C’est donc en l’absence de Jésus qu’un homme a demandé aux disciples de délivrer son fils possédé. Nous avons entendu que les disciples n’y parviennent pas !

En arrivant près du groupe des disciples, la discussion est vive. Face à une foule stupéfaite, Il demande des précisions : “De quoi discutez-vous avec eux ?“

Le père raconte à Jésus comment le Démon domine son fils et il termine son intervention par une prière : “Si tu peux quelque chose, viens à notre secours…“Oui Jésus, si tu peux…

Cet homme semble, à ce moment, mettre en doute les compétences de Jésus ; peut-être aussi a-t-il été refroidi par l’incapacité et l’échec des disciples ?

Sans faire de reproches, Jésus souhaite faire réfléchir cet homme… et donc, nous aussi, à ce sujet.

L’amour du père pour son fils est perceptible : sa prière est vraie et poignante ! Elle nous fait découvrir l’amour d’un papa attaché à son enfant et sa réponse est directe : Je crois…“dit-il en s’adressant à Jésus, “…viens au secours de mon manque de foi !“ 

Si le dialogue de Jésus avec ce pauvre père désemparé nous touche si fort, c’est qu’à travers sa réponse, Jésus dénonce et conteste la timidité de notre propre foi. Nous savons bien que Jésus nous sauve et pourtant… Pourtant, il reste tant de “si“ qui trainent encore dans notre cœur !

Remarquons que dans la prière de cet homme, il n’y a aucun marchandage : « Si tu guéris mon fils…» Non ! Ce papa exprime seulement une prière, un souhait qui dépend de Dieu seul : « Viens Jésus, nous sauver ! ».

Si l’homme ne peut aller à Dieu, Dieu seul peut venir à lui ! Dieu seul peut venir vers nous !

Cette déclaration du père est aussi la nôtre : « …viens au secours de mon manque de foi ! »

La réponse de Jésus est invitation à un acte de foi :

« Tout est possible pour celui qui croit ! »

Frères et sœurs, si nous pensons que la foi est certitude, peut-être allons-nous en manquer ?

D’où cette prière que je peux faire régulièrement, peut-être chaque matin : 

« Seigneur, viens au secours de mon manque de foi ! »

C’est alors qu’il nous faut comprendre que justement, la foi, la vraie foi, consiste en un acte de confiance dans une prière !

Si ma prière est juste et vraie, Jésus va pouvoir l’exaucer !

Au-delà de la maladie, la prière est capitale. L’évangile d’aujourd’hui nous le redit : la prière sert à nous libérer de toutes sortes d’emprise du Démon.

Dans une prière confiante, frères et sœurs, osons redire encore et encore tout au long de ce jour : 

“Tout est possible pour celui qui croit !“

Ainsi soit-il !         

Homélie du dimanche 24 février 2019, 7edimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Luc, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Luc 6, 27-38. Lecture du premier livre de Samuel 26, 2-7-9.12-13.22-23. 

Psaume 102. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 45-49.

Départ du Père Delmas

 

Chers frères et sœurs, je ne sais pas comment vous réagissez en écoutant cet évangile ?

En entendant toutes les recommandations de Jésus, nous aurions presque envie de lui répliquer : « Mais, Jésus, es-tu vraiment sérieux ? Voudrais-tu vraiment que nous agissions de façon aussi naïve ? Faudrait-il nous laisser écraser sans nous défendre, et aller jusqu’à aimer ceux qui nous détestent et qui nous font du mal ? Est-ce possible ? »

 

Oui ! Difficile à comprendre et à accepter ! Oui sans doute ! Mais, c’est cette attitude-là que Jésus nous demande d’avoir. Remarquons que, cette fois-ci, Jésus ne parle pas en image, Il ne nous raconte pas une parabole qu’il nous faudrait décoder : mais son message est clair, il manifeste très explicitement des exigences malaisées à suivre.

 

Dans la deuxième lecture, la lettre aux Corinthiens dont nous avons entendu un extrait, saint Paul nous donne le fondement théologique qui peut nous permettre de mieux comprendre le message de Jésus. (Il serait sans doute bon que vous preniez du temps pour relire et méditer les lectures de ce jour !)

 

Même si nous été créés à l’image de Dieu avec, en notre être, une semence de vie divine et la capacité de vivre en communion avec Dieu, le message de Jésus réclame de notre part une acceptation et une décision de ressembler à Celui qui nous a créés.

Nous savons que le péché est venu rompre cette harmonie. Une fois que l’unité de notre propre être a été rompue, notre communication avec Dieu a été en même temps, interrompue ! C’est ce qui s’est passé dans le jardin d’Éden, il y a fort longtemps, nous en vivons encore les conséquences et nous les reproduisons à notre tour !

 

Une précision s’impose : Dieu n’est pas et ne sera pas notre ennemi ; Dieu ne sera jamais notre ennemi ! C’est à cause de notre défiance que nous mettons une distance entre Lui et nous, une distance qui parfois, nous oppose à Lui et fait de nous, ses ennemis. Loin de se décourager, c’est Dieu lui-même qui revient sans cesse vers nous. C’est toujours Lui qui veut nous permettre de reconstruire l’unité perdue de notre être. 

C’est Dieu lui-même qui nous a envoyé son Fils unique, né comme nous de la terre, vrai homme et vrai Dieu, pour nous rendre capables de raviver en nous la flamme de la vie divine. Il veut progressivement, nous reconfigurer à l’image de son Fils, chacun à son rythme.

 

Dans cet évangile, les recommandations de Jésus sont exigeantes : « Aimer nos ennemis, faire du bien à ceux qui nous haïssent, présenter l’autre joue à celui qui nous frappe, ne pas réclamer à celui qui nous vole… » Tout cela n’a, en réalité, rien d’extraordinaire… Vous allez me demander pourquoi ? Tout simplement parce que c’est ce que Dieu fait tous les jours à notre égard. 

Combien de fois, frères et sœurs, sommes-nous redevables à Dieu ?

Combien de fois est-ce que nous récriminons contre Lui ?

Combien de fois lui faisons-nous porter nos propres péchés ?

 

Entre ceux qui refusent l’existence de Dieu, ceux qui l’accusent de tous les maux, beaucoup s’interrogent : où est-il ton Dieu ? Que fait-il ? Pourtant, Il ne cesse de revenir vers nous, de nous redire qu’Il nous aime et qu’Il veut que nous soyons à Lui. 

Ce que fait Dieu chaque jour pour nous, il veut que nous le fassions pour les autres. À tous ceux qui le lui demandent, il apprend la force humble du pardon et de la miséricorde.

 L’invitation est là, disponible pour chacun de nous :  

Soyez donc miséricordieux comme notre Père céleste est miséricordieux.

 

 

La première lecture que nous avons entendue nous présente un exemple de pardon magnanime : celui de David à l’égard du roi Saül.

 

Après sa victoire stupéfiante contre le géant Goliath, champion du clan adverse qu’il a terrassé avec sa fronde, David est intégré dans l’armée d’Israël. Mais de combat en combat, sous l’autorité du roi Saül, il brille par ses exploits et son commandement au point qu’il va susciter la jalousie féroce du roi Saül qui décide, alors, de le tuer. Il devient trop gênant pour lui. David est pourchassé, ne gardant que très peu de personnes autour de lui pour le défendre et le protéger. Voilà que se présente une occasion unique, inespérée de tuer Saül qui dort, la lance à son côté. Il lui suffirait de saisir cette lance et de la lui planter dans le cœur. 

David ne le fait pas ! Pourquoi ?

À cet instant, David a compris que Saül est plus grand que ses actions. Ses actions, même les plus basses, ses actions, même les plus viles, ne disent tout de lui. Cela signifie qu’il ne faut jamais réduire une personne à ses actes

- Ce n’est pas parce que j’ai volé une fois, que je suis un voleur pour toute la vie, 

- Ce n’est pas parce que j’ai tué que je suis un meurtrier pour la vie ! 

David comprend que Saül est plus grand que ses actions et que, par-dessus tout, il a reçu l’onction divine.

 

Comment mettre en pratique les recommandations de Jésus ? C’est de prendre conscience :

  • que chaque personne que nous rencontrons,
  • chaque individu
  • quelle que puisse être son attitudeenvers nous ou dans la société,

demeure toujours une personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, une personne à qui Dieu offre sans cesse sa miséricorde

Dieu agit ainsi pour chaque personne, comme il le fait pour chacun de nous.

 

Frères et sœurs, ne soyons pas naïfs, non plus ! Il ne s’agit pas de ne pas regarder et nommer la réalité des actes telle qu’elle est, par exemple : 

  • de ne pas identifier comme crime ce qui est un crime, 
  • une lâcheté ce qui en est une, une faiblesse ce qui est faiblesse, 
  • une offense, ce qui est offense. 

Ce n’est pas ce que Jésus veut dire quand Il nous demande de ne pas juger. Par exemple, David n’excuse pas l’attitude de Saül, mais il laisse le jugement ultime à Dieu.

 

S’il nous est permis de reconnaître comme mal ce qui est mal, si c’est même pour nous, un devoir de dénoncer l’injustice et de prendre tous les moyens pour faire prévaloir la vérité là où règne le mensonge, il n’en reste pas moins que nous ne savons pas ce qui est dans le cœur des autres personnes, que Dieu seul le sait, que Dieu seul en est le juge.

 

Le respect pour chaque personne créée à l’image de Dieu et objet de son amour miséricordieux, exige que nous ayons, à son égard, la même attitude que Dieu. 

« Qui suis-je pour juger ? » 

Nous pouvons l’exprimer autrement : 

Plus nous aimons nos frères pour eux-mêmes,

Plus grandit en nous, la ressemblance à Dieu Père !

 

Cette ressemblance n’est pas une récompense à laquelle nous pourrions renoncer, mais c’est le sens et le but même de notre vie sur terre. C’est aussi l’amorce, en nous, de la Vie éternelle. C’est ce germe que Dieu a mis en chacun de nous.

 

Père Gaston Delmas ! Durant cinquante ans, vous avez vécu, enseigné, partagé, célébré dans cette église. En arrivant dans cette paroisse comme curé, j’ai pu observer et constater le fruit de toutes ces années de votre ministère.

Je découvre au sein de cette communauté autour de l’église Saint Luc, ce désir de l’amour de l’autre, ce souci de l’autre, l’accueil de l’autre.

Vous avez su, à votre façon, former à cette attitude évangélique, les paroissiens du Relais saint Luc qui vous ont été confiés. 

C’est une Action de grâce que nous pouvons, tous ensemble, vous redire !

Merci à chacun de vous !

Merci, Père Gaston, merci pour votre fidèle prière.

 

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 24 février 2019 - Saint Luc

Homélie du mercredi 20 février 2019, 4esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Marc 8, 22-26. Livre de la Genèse 8, 6-13.20-22. Psaume 115.

 

Nous venons d’entendre un passage de l’évangile de saint Marc qui est truculent ! Je vous invite vraiment à prendre le temps de le relire.

Comme dans l'épisode du sourd bègue, Jésus s'écarte de la grande foule pour opérer le miracle, et il recommande à l'homme guéri de quitter son ancien monde et de retrouver sa véritable famille, de rentrer dans sa maison dans une certaine discrétion : “Ne rentre même pas dans le village.“ C’est la finale de l’évangile.

Si vous avez écouté le texte avec attention, un détail peut vous frapper dans cette guérison d'un aveugle : Jésus lui rend la vue en deux fois ! Pourquoi ces deux étapes ?  Est-ce à cause de l'aveugle ou peut-être est-ce parce que son cas était si difficile qu’il faudra à Jésus une guérison en deux étapes ?

L'étrange manière de faire de Jésus cache, en réalité, une visée pédagogique :c'est une sorte de catéchèse en acte, à la manière des prophètes, une catéchèse qui nous est adressée. Dans un premier temps, l'aveugle commence seulement à voir, mais il distingue mal les hommes, des arbres. Dans un deuxième temps, sa vision devient tout à fait nette. 

Si nous transposons pour notre vie de chaque jour, dans notre vie de chrétiens au XXIèmesiècle, c'est bien ce qui se passe pour tout aveuglement spirituel,et instinctivement nous rapprochons cette guérison opérée dans le port de Bethsaïda, de la question posée par Jésus dans la barque, juste quelques heures auparavant avec ses disciples. Que leur disait-Il ? 

« Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ? Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, vous avez des oreilles et vous n’entendez pas ! »

Même quand on vit journellement aux côtés de Jésus, (et c’est ce que nous essayons de faire, honnêtement, avec joie) il nous faut du tempspour entrer dans sa Parole ; même quand Jésus est là, présent dans notre vie, il nous faut du temps pour nous ouvrir à sa lumière.

Pourtant, nous le savons bien :

combien de fois, sommes-nous comme des aveugles, tâtonnants à certains moments de notre vie !

-  le Christ est bien là, agissant,mais cette certitude ne nous épargne pas le cheminement de la foi, ni le labeur de l'espérance, et c'est, souvent petits pas après petits pas, que nous émergeons à la lumière des Béatitudes.

Il nous faut du temps pour cheminer dans notre vie chrétienne, pour entrer dans cette connaissance, dans cette lumière que Jésus nous propose !

Mais, si nous acceptons de rester avec Lui, si nous acceptons aussi une certaine pauvreté de notre part, la grâce d’une vision claire revient, de vraies perspectives réapparaissent, le visage de Jésus devant nous se précise, et du coup, nous pouvons voir plus loin, plus loin dans l'avenir de l'Église, plus loin dans notre route de service, plus loin dans le cœur de Dieu, plus loin aussi dans notre désir de sainteté.

C’est vrai, nous sommes parfois comme cet aveugle ! Tout cela est parfois mystérieux et échappe même à notre logique !L’important est de décider de rester avec le Christ, de respecter les patiences du Seigneur, de croire en sa capacité de guérison et surtout, ne pas le croire absent parce notre aveuglement nous cache encore sa présence. De fait, chaque jour, chaque heure, à chaque instant, Il est présent dans notre vie !

Frères et sœurs, avançons résolument avec le Christ et, tout au long de cette journée, soyons dans l’action de grâce tout en posant, en même temps, cet acte de foi : 

Le Christ est là ; Il nous accompagne !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi18 février 2019, 6esemaine du temps ordinaire, année C. 
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue
Évangile selon saint Marc 8, 11-13. Livre de la Genèse 4, 1-15.25. Psaume 149.
Mémoire de François-Régis Clet
 

Dans l’évangile de ce matin, un mot a tout spécialement, retenu mon attention, ou plutôt une expression : “Jésus soupira au plus profond de lui-même“.

Il nous arrive souvent, sans doute aussi, de soupirer quand nous nous trouvons dans telle ou telle situation… peut-être parce que nous sommes fatigués ou parce que la situation nous surprend, nous dérange, nous inquiète ou alors nous fatigue. Certains soupirs ne passent pas inaperçus !

Toujours dans le même évangile, à propos de la guérison d’un sourd-muet, il y a deux jours, nous entendions déjà un soupir de Jésus.

Aujourd’hui, à peine débarqué sur la rive à nord-ouest du lac, dans la région de la ville de Dalmanoutha, Jésus voit arriver un groupe de pharisiens qui cherchent à obtenir de Lui un signe venant du ciel, un signe qui vienne clairement de Dieu. On pourrait penser que les pharisiens souhaitent simplement un supplément de lumière et demandent à Jésus d’annoncer plus explicitement sa mission. En réalité, il y a du défi et de l’agressivité dans leurs questions et c’est un piège, ni plus ni moins, qu’ils tendent à Jésus.

  • Si Jésus accepte de faire un prodige éclatant, ils pourront l’accuser de se mettre en valeur ; -
  • s’Il refuse, ils pourront dire qu’il n’est pas même au niveau des grands prophètes comme Élie ou Moïse.

C’est à ce moment-là que Jésus soupire au plus profond de lui-même, avec cette phrase interrogative : « Pourquoi cette génération cherche-t-elle un signe ? »

Comment pouvons-nous comprendre ce soupir, ce matin ?

Peut-être est-ce l’immense déception de Jésus devant l’attitude si négative des pharisiens !

Pourtant, quelques heures auparavant, Jésus a nourri une foule de quatre mille hommes, avec seulement quelques pains et de petits poissons. S’ils n’ont pas alors reconnu, dans ce miracle, la puissance, la générosité, la bonté, l’extraordinaire de Dieu, l’œuvre de grâce de Jésus, comment pourraient-ils se rendre compte de qui est Jésus à travers un autre signe ?

« Amen, je vous le déclare, aucun signe ne sera donné à cette génération ! »

Je me suis posé une question en pensant à moi-même : « Est-ce que le Seigneur soupire de moi ? »

Frères et sœurs, nous sommes de cette génération, nous qui vivons sans cesse en retrait de l’audace de Dieu, nous qui parfois boudons ses choix, sa loi, ses demandes, nous qui parfois passons sans les voir à côté des merveilles que Dieu réalise… Nous, qui parfois, ne faisons pas ou si peu confiance à Dieu !

Les Juifs demandent des signes, disait Saint-Paul, les Grecs recherchent la sagesse ; et nous-mêmes ? Nous qui avons à la fois l’attitude de « juifs et de grecs », nous voudrions, à certaines heures tout cela ! Nous voudrions que le Salut nous vienne dans un fauteuil et que la Parole de Dieu nous soit présentée comme “sur un plateau“.

Peut-être le Seigneur soupire-t-il de temps en temps, en nous écoutant, en nous voyant agir ?

Peut-être est-Il déçu de nous-mêmes, de notre attitude ? 

Pourtant, Dieu ne perd jamais l’espérance que chacun de nous puisse non seulement se convertir, mais aussi Le choisir, chaque jour. 

Le Salut est toujours un événement et, à chaque instant, c’est Jésus, inattendu, inouï qui “débarque sur notre rive“ et qui veut être cru sur sa Parole.

Je termine avec un dernier point : certains vont sûrement me dire que : s’ils ne voient pas, s’ils ne touchent pas, non, ils ne croient pas… C’est pour cela qu’ils réclament un signe.

Mais de fait, si nous y réfléchissons bien : si je vois, si je touche, je ne suis plus dans le « croire », dans l’acte de foi. À ce moment-là, je ne fais que savoir ! Or, c’est bien dans le fait de « croire sans voir », que le Seigneur nous invite, c’est-à-dire dans la confiance en sa personne !

Frères et sœurs, aujourd’hui, ne décevons pas Jésus, ne le faisons pas « soupirer » encore une fois !  Choisissons et osons la confiance !

En ce jour où nous faisons mémoire de saint François-Régis Clet, sachons que lui, a osé avec audace témoigner du Christ et qu’il a donné jusqu’à sa vie pour l’honorer !

Ainsi soit-il !    

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Homélie du dimanche 17 février 2019, 6edimanche du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, Collégiale saint André, par le Père Patrick Gaso. 
Évangile selon saint Matthieu 20, 1-16. 
Lors de la célébration de la Sainte Eucharistie dans la forme extraordinaire du rite.

 

Chers amis, c’est une joie d’être parmi vous ce matin !

Nous venons d’entendre cet évangile selon saint Matthieu ; n’avons-nous pas envie de dire, nous aussi : « Ces derniers venus n’ont travaillé qu’une heure, une seule, et tu les traites comme nous, comme nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur ! Qu’est-ce que cela veut dire ? »

Imaginons que vous ouvrez le journal du matin et, en le lisant, vous apprenez qu’un industriel important, directeur d’une entreprise multinationale, a tout à coup décidé de payer ses ouvriers et ses cadres, sans tenir compte du temps réel de leur travail, et qu’il a donné à chacun le même salaire !

Imaginons le tollé de protestations et le “bazar“ avec, sans aucun doute, des grèves et de la colère. Les patrons qualifieraient ce chef d’entreprise d’inconscient, les syndicats crieraient à l’injustice et chaque ouvrier s’exclameraient : « C’est inadmissible, provocateur, immoral ! »

De même, cette phrase : “Les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers“que nous entendons souvent, qui est passée dans le langage courant, peut être vécue comme une injustice. Elle est cependant une façon d’exprimer dans un style un peu abrupt, le renversement que représente l’appel du Christ dans la vie de ces hommes.

Selon les règles de la vie sociale, selon les règles de la simple équité, il convient que ceux qui sont les plus responsables, ceux qui travaillent le plus, ceux qui se dépensent le plus, reçoivent un salaire et une reconnaissance plus grande. E voilà que Jésus, à travers cette parabole, leur fait entrevoir ce que le prophète Isaïe disait : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins, oracle du Seigneur. » (Is 55, 8)

Cela signifie, si j’essaie de le traduire, que : “ma manière de comprendre et de conduire le monde ne correspond pas à ce que vous attendez spontanément“ comme pourrait nous répondre Jésus. En effet, si vous voulez entrer dans les pensées et les chemins de Dieu, il faut accepter d’être décalés par rapport aux critères habituels qui fonctionnent en ce monde. Ce décalage est manifeste dans cette parabole.

Nous pouvons comprendre aussi, que ce message est en contradiction avec la pensée commune de notre époque et que le Christ l’exprime en parabole parce que de toute évidence, la parabole ne s’applique jamais littéralement. Elle suppose un espace d’interprétation ; la parabole nous adresse un message qui est à déchiffrer, que nous devons essayer de nous approprier ; elle ne peut être simplement être une transposition littérale !

Et nous, ce matin, que devons-nous comprendre ?

Pour mieux comprendre le sens de la parabole de Jésus, certes surprenante, rappelons que nous ne devons pas perdre de vue qu’il s’agit du Royaume de Dieu.

Pourtant, nous percevons la force de la Parole du Christ et l’invitation qui nous est faite de réfléchir. Cette parabole nous dit que la manière dont Dieu gère ses relations avec l’humanité, n’est pas strictement conditionnée par l’image que nous nous faisons de la justice, mais qu’elle est déterminée par la miséricorde, par la générosité, par la surabondance de l’amour ! Tout cela ne fait de tort à personne. Ces attitudes ne sont pas contraires à la justice, car si nous lisons convenablement ce texte d’évangile, Jésus reproche à un des ouvriers qui murmuraient : “ Mon ami, je ne te lèse en rien : n’est-ce pas d’un denier que nous sommes convenus ?“.En effet, tout ce qui a été convenu est réalisé : ceux qui ont été embauchés pour un denier ou une pièce d’argent, ont reçu ce salaire ; mais ce que le Christ veut nous faire découvrir, c’est que Dieu ne s’enferme pas dans les strictes limites de la rétribution et de la justice ; mais Il entre, avec les hommes, dans une relation de gratuité et de miséricorde.

Nous devons comprendre qu’Il veut donner plus que ce qui a été convenu,il veut donner au-delà de ce qui est mérité, il veut montrer à travers sa façon de rétribuer les ouvriers de sa vigne qu’il n’y a pas de limite à l’amour de Dieu.

J’ai bien conscience que ce que le Christ essaie de nous dire, bouleverse nos schémas, mais de cet enseignement, nous pouvons tirer plusieurs conséquences. J’en ai noté au moins trois, que je comprends comme trois conversions à vivre :

- La première conversionconsiste à nous convaincre que la miséricorde de Dieu est plus grande que l’idée que nous nous en faisons. Selon la miséricorde de Dieu, il n’est jamais trop tard ! En effet, ce qu’il nous comprendre par cette parabole, c’est que jusqu’à la dernière heure de nos journées, jusqu’à la dernière heure de notre vie, jusqu’à l’ultime moment de notre existence, nous pouvons encore, travailler à la Vigne du Seigneur ; nous pouvons encore répondre à son appel. 

- La deuxième conversion est de croire que le Maître a une place pour moi. J’entends souvent quelqu’un me dire, et peut-être vous aussi dans les membres de votre famille ou parmi vos amis : « Je ne trouve pas ma place ; ma vie n’a pas de sens ; je ne suis utile à personne, ni dans l’Église, ni dans la société. Je vis dans une certaine routine, triste et monotone. Le Seigneur ne doit pas avoir besoin de moi dans sa Vigne. Ce sont les autres qu’Il appelle ! Que les autres s’y rendent, eux qui sont utiles ! » 

Ma conversion consiste à passer de : “Personne ne m’a embauché“ à : “J’ai une place unique dans la Vigne du Seigneur“. 

Pour vivre cette conversion, il me faut entendre le Seigneur me dire au plus profond de mon cœur : « Toi aussi, va à ma Vigne ! J’ai besoin de toi ! Tu as quelque chose à apporter que toi seul peux apporter !  Fais-moi confiance ; va à ma Vigne !»

Frères et sœurs, croyez que cette parole est vraie même si beaucoup d’entre nous, aujourd’hui, ferment leurs oreilles et n’entendent plus cet appel. Je pense entre autres, aux vocations sacerdotales et religieuses, mais aussi aux familles dans le désir d’une vie de sainteté.

La troisième conversion est peut-être plus subtile ; la voici : lutter contre le “murmure“ contre Dieu.Il s’agit de ne pas être trop centré sur soi, sur un éventuel salaire, sur des conditions de vie plus faciles ou aisées, et sans doute, pas assez sur la Vigne du Seigneur. Vivre tête baissée, le nez “dans le guidon“ pour essayer d’amasser toujours davantage, de s’enrichir dans une vie superficielle, c’est-à-dire ne penser qu’à soi jusqu’à oublier la Vigne du Seigneur. Dit encore autrement : passer de : “se chercher à travers le Royaume de Dieu“ à : “chercher d’abord le Royaume de Dieu et attendre tout de Dieu“. Comme le dit saint Matthieu au chapitre 7e :« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné en plus. »

Voilà ce que ce texte me permet de comprendre dans l’affirmation du Seigneur :

  • Mes pensées ne sont pas vos pensées.
  • Ma miséricorde, je la donne librement sans mettre de limites à mon Amour.

Je rappelle les trois conversions qui nous sont demandées :

  • La miséricorde de Dieu est plus grande que l’idée que nous nous en faisons
  • J’ai besoin de toi à ma Vigne : entends ! Écoute ! Réponds à mon appel !
  • Cesse de murmurer contre Dieu ; cherche son Royaume et tout le reste te sera donné de surcroit.

Oui chers frères, Il ne cesse pas de nous appeler, Celui qui nous invite à travailler à sa Vigne.

Que cette certitude éclaire pour nous, le chemin que nous devons encore parcourir, les conversions qui nous sont demandées, et nous motive, à chaque instant, dans l’action de grâce, dans l’ordre de a charité !

Demandons cette audace pour nous tous, ici rassemblés ce matin, pour notre paroisse, pour notre diocèse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

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Homélie du dimanche 17 février 2019, 6edimanche du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église Notre Dame Réconciliatrice, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue
Évangile selon saint Luc 6, 17.20-26. Livre du prophète Jérémie 17, 5-8. Psaume 1.
Lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 12-16-20.

 

Chers frères et sœurs, quelle belle page d’évangile ! 

Que ce soit dans l évangile de saint Matthieu ou dans celui de saint Luc, les Béatitudes interpellent ; en même temps, elles intriguent. Pourquoi ? Tout simplement parce que tout homme, à un moment donné de son existence, s’est mis en recherche de ces Béatitudes, parfois même sans connaître le Christ. En effet, nous portons tous en nous, ce même désir de bonheur, le désir d’aimer et d’être aimé : le désir du bonheur durable ! Je ne pense pas que quelqu’un puisse dire le contraire !

Ces Béatitudes sont célèbres, oui bien sûr ! Mais en même temps, si nous y regardons bien, elles pourraient être comprises aussi comme complètement scandaleuses.

Y avez-vous déjà réfléchi ?

“Heureux, vous qui pleurez maintenant… “Lequel d’entre nous oserait dire ces mots à une maman qui vient de perdre son enfant ?

- Lequel d’entre nous pourrait traverser les bidonvilles ou les rassemblements de migrants ou de déportés qui constellent notre planète, en répétant ces paroles de Jésus ?

- Lequel d’entre nous pourrait dire à un haïtien ou à un habitant du Quart monde : “Heureux, vous qui avez faim…“ pourtant, c’est bien ce qui est écrit, et c’est même présenté comme une bonne nouvelle ! Alors, que faut-il en penser ?

Ce texte semble un peu grincer de tous les côtés : « Heureux, vous les pauvres, vous qui avez faim, vous qui pleurez… » Beaucoup de personnes n’ont pas compris ce texte !

Nietzche lui reprochait de glorifier le faible et l’imbécile, Marx lui reprochait de dévier les énergies prolétaires vers la fausse consolation d’un au-delà, Freund démasquait certains mécanismes de compensation cachés dans notre subconscient, L’économiste, lui, sourit à l’éloge de la misère. À l’inverse, les mots : « Malheureux, vous les riches, les repus… », sont entendus comme le cri révolutionnaire d’un Jésus subversif.

Et nous-mêmes ? Comment comprenons-nous ces Béatitudes ?

Si vous avez pris le temps de les relire et de les méditer une par une, qu’en avez-vous pensé ?

Personnellement, j’ai été longtemps perplexe devant ce texte, en “ruminant“ ces mots, sans bien parvenir à les justifier dans mon esprit. Tout au long de cette semaine, en préparant cette eucharistie, j’ai pris le temps de me laisser pétrir par cette Parole de Dieu, à la lumière de ce que nous vivons. Comme je vous le disais tout à l’heure, nous avons vécu en Paroisse, il y a quelques jours, de beaux moments :

-  entre autres, il y a tout juste une semaine, samedi dernier, le sacrement de l’onction des malades donné à quarante personnes de la Paroisse et des environs, présentes pour recevoir ce sacrement de paix et de force. 

- Lundi dernier, nous fêtions Notre Dame de Lourdes, et pendant quelques instants, j’ai eu l’impression de me retrouver à Lourdes ; nous avons prié pour les malades. Vous êtes-vous déjà rendus à Lourdes ?

En méditant les textes de ce jour, une belle rencontre m’est revenue en mémoire, une rencontre qui a jeté pour moi, une étincelle définitive sur ces paroles brûlantes et m’a permis enfin, de les comprendre de l’intérieur. 

Cela date un peu, c’était en 1989… Cette année-là, je découvrais la ville de Lourdes pour la première fois, et c’était au cours d’un pèlerinage. À ce moment-là, je n’avais encore pensé à entrer au séminaire…

Comme vous le savez, dans la ville de Lourdes, une foule nombreuse déambule dans un mélange surprenant de dévotions, de pèlerinages, de prières et, en même temps, une sorte de cour des miracles. Durant ce pèlerinage, nous étions en binôme et je me trouvais avec un jeune homme : Christophe. Nous avions à peu près le même âge : 28 ans. Christophe est un malade tétraplégique, c’est-à-dire dans l’impossibilité de bouger ses quatre membres. Installé dans un fauteuil roulant, il devait faire fonctionner ce fauteuil grâce à une petite boule, coincée sous son menton et qui lui permettait de se diriger à droite, à gauche, d’avancer ou de reculer. Comme il le disait lui-même, il était tout léger : « Trente-cinq kilos, tout mouillé ! » Il appréhendait en permanence de tomber et de se casser un os quand nous le portions dans nos bras pour le mener à la toilette. Puisque beaucoup d’entre vous connaissent bien Lourdes, je passe sur le détail d’une expérience humaine mémorable, profonde et durable de toute personne qui se met au service des malades. 

Pourtant, je retiens une phrase que je souhaite partager avec vous, tout simplement. Il s’agit d’une parole de Christophe, pratiquement le jour du départ, à quelques heures de notre retour à Grenoble. Avec sa toute petite voix que l’on pouvait entendre seulement en s’approchant tout près de lui, il me dit : « Tu sais Patrick, tu as un problème. » Vous imaginez que j’ai été très surpris ; je l’ai regardé et j’ai attendu la suite : « Patrick, tu as un problème car, avec tes jambes, tu peux aller partout où tu le veux… » et il a pris l’analogie de la montre : « Tu peux aller à dix, à un quart, à la demie, à moins vingt… tu peux aller partout, mais tu ne vas pas très loin… Moi, sur mon fauteuil, je ne peux aller que de moins cinq à plus cinq, mais j’ai un “midi“ que tu n’as pas : le Christ ! »

J’ai mis du temps à comprendre ce qu’il voulait me dire. Devant mon regard interloqué, devant mon silence qui en disait long (de fait, le Christ n’était pas mon “midi“ à l’époque), il continua d’une voix toute joyeuse : « Jésus est vivant ! Il est là ! Il est ma joie ! » De fait, à ce moment-là, son visage rayonnait d’une joie profonde que je n’ai jamais oubliée !

“Heureux, vous les pauvres…“

Ce jour-là, de nous deux, c’était lui le plus heureux, certainement !

Ce jour-là, j’ai compris trois choses que je vous confie simplement :

  • J’avais tout d’abord à redéfinir le mot “pauvre“ dans mon vocabulaire ; qu’est-ce qu’il signifie ?
  • Une deuxième chose : seuls les pauvres ont le droit de dire « Heureux les pauvres ! »
  • La troisième chose : j’ai compris en même temps, que cette parole-là : « Heureux les pauvres ! », seul un pauvre avait pu l’inventer, un pauvre, un homme qui souffre, un affamé, un homme méprisé et détesté. Seul Jésus, l’Innocent absolu, pouvait exprimer ces paroles-là ! Après Lui, seuls peuvent les reprendre celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, participent à sa Passion.

Les Béatitudes ne sont pas des paroles de consolationà dire à ceux qui se trouvent dans le malheur. Ce sont des paroles à entendre lorsque l’on vit dans la souffrance, à les entendre et à les comprendre comme venant du Christ souffrant. Christophe, lui, les avait bien entendues ainsi.

Celui de nous deux qui souffrait le plus ce jour-là, celui qui avait le plus besoin d’accueillir cette parole, c’était moi. Ce jour-là, j’ai appris que les pauvres nous évangélisent.

Aujourd’hui, cette parole est pour nous tous aussi ; nous avons besoin de l’entendre et de la laisser retentir dans cette part intime de nous-mêmes, dans ce lieu secret peut-être où nous sommes souffrants, affamés, désespérés peut-être, lieu où nous nous ressentons pas reconnus ou trop mal aimés.

Frères et sœurs, prenez le temps aujourd’hui, demain ou dans les jours qui viennent, de relire cette page des Béatitudes, dans la foi. 

Laissons monter du fond de nos peines ou dans la joie, les paroles que nous avons entendues en première lecture, celles du prophète Jérémie : “Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance“, ou celles du psalmiste : 

“Heureux l’homme qui se plait dans la loi du Seigneur… parce qu’il est comme un arbre planté près d’un ruisseau qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt.“

Nous connaissons la Source vive : c’est le Christ Lui-même ! Laissons retentir les Paroles de Jésus au fond de notre cœur !

Ainsi soit-il !

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Homélie du mercredi 13 février 2019, 4esemaine du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue
Évangile selon saint Marc 7, 14-23. Livre de la Genèse 2, 4b-9.15-17. Psaume 103.

 

Chers amis, ce matin, le Christ veut nous interroger sur l’état de notre cœur ! Sans aucun doute, pour la très grande majorité d’entre nous, il fonctionne bien, il bat ; mais spirituellement, qu’en est-il ?

Pour approfondir cette réflexion, Jésus affirme, tout d’abord, que tous les aliments sont purs. Je précise cependant que dire que « tous les aliments sont purs », ne signifie pas qu’ils sont tous comestibles. Ne mangez pas d’amanite phalloïde, par exemple… sauf si vous avez envie de voir le Seigneur très rapidement !

Aujourd’hui, cet enseignement du Christ ne nous choque pas ; cela nous semble tellement évident ! Mais à l’époque de Jésus, son affirmation était une véritable révolution spirituelle : n’oubliez pas, et encore aujourd’hui, qu’il y a encore beaucoup d’interdits alimentaires chez nos frères juifs.

Jésus vient de réaffirmer en quelque sorte, l’optimisme de la Genèse ; rappelez-vous : à la fin de chaque journée, lors de la Création, Dieu disait que tout « cela était bon ». De même, Jésus proclame que rien dans le monde matériel, concret, n’est mauvais en soi : la Création est bonne !

Certes, tout n’est pas parfait ni idéal puisqu’il y a encore toutes sortes de catastrophes, tremblements de terre, tempêtes, le froid et la chaleur excessive, mais fondamentalement, la Création est bonne, dans le sens de la bonté que Dieu veut pour l’homme !

Oui, aujourd’hui chers amis, le Christ nous interroge sur notre cœur.

Ainsi, comme nous le dit l’évangile, la source du Mal ne se trouve pas tant dans les choses, mais dans le cœur de l’homme. Pour les croyants de la Bible, le cœur servait autant à aimer qu’à comprendre, autant à vouloir qu’à ressentir. 

  • C’est donc le cœur humain et lui seul, qui prend l’initiative du Mal et se laisse corrompre par le Mal. 
  • C’est le cœur qui rend impurs ou purs, nos actions, notre agir. 
  • C’est bien le cœur de l’homme, dans sa liberté, qui pose notre relation aux choses, aux corps, aux personnes.

Le Seigneur énumère une longue série de misères : « Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidité, méchanceté, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. »

Bref, tout ce Mal, qui profondément fait mal et rend notre société malheureuse, vient du dedans de l’homme.

Jésus attire donc notre attention sur notre attitude, sur notre façon d’être vis-à-vis des autres ; le cœur humain est fait pour aimer ! Le cœur humain est fait pour accueillir ! Il ne peut ignorer et refuser l’autre dans sa détresse. L’homme, qui est fait pour la joie, pour construire le bonheur autour de lui, peut cependant s’enfermer dans une attitude négative ; il peut aller jusqu’à détruire l’autre et, in fine, créer son propre malheur.

C’est pourquoi il est si important, tout au long de notre vie, à la suite du Christ, que nous acceptions de connaître notre cœur, de prendre du temps pour découvrir “qui je suis“, c’est-à-dire pour sonder notre liberté, pour comprendre si oui ou non, je désire profondément le Bien, si oui ou non, il reste encore dans notre cœur, des parcelles qui ont besoin d’être ‘nettoyées’, purifiées, savoir si oui ou non, nous avons donné notre vie à Dieu.

Pour connaître l’état de notre cœur, le moyen est simple : il suffit de regarder ce qui en sort. 

Cela nous invite alors, à faire un examen de conscience, à réfléchir et comprendre de quelle façon parlent ma bouche et mes gestes ; est-ce pour dire du bien ? Est-ce pour dire du mal ? De quelle façon mes mains servent-elles ? Est-ce pour servir pour le bien ou pour le mal ?

Si d’aventure, nous ne sommes pas complètement satisfaits de nos constats, demandons la grâce d’une nouvelle conversion !

Chers amis, osons demander pour chacun de nous d’accepter de regarder ‘l’état de notre cœur’ ; ne soyons pas dans la peur, mais soyons sûrs que Dieu nous aime et qu’Il nous a fait profondément pour aimer et être aimés !

Ainsi soit-il !

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Homélie du lundi11 février 2019, 5esemaine du temps ordinaire, année C. ND de Lourdes
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue
Évangile selon saint Marc 6, 53-56. Livre de la Genèse 1, 1-19. Psaume 103.
 

Avec l’évangile de ce matin, nous terminons le chapitre 6e de l’évangile selon saint Marc. Cette finale est éloquente ! Rappelons-nous : Jésus vient de nourrir cinq mille hommes de l’autre côté du lac et, au cours de la nuit, Il a rattrapé les disciples tandis qu’ils s’épuisaient à ramer sur une mer agitée, et cela, en marchant sur les eaux.

Si certains disciples sont encore au stade de la stupeur, la foule, elle, est entreprenante et rapide. Elle ne reste pas dans une attente statique ou un enthousiasme passif. Dès que Jésus débarque à Gennésaret, le premier réflexe de cette foule ne sera pas d’acclamer Jésus, ou de lui réserver une sorte de triomphe populaire ; pas du tout ! `

Au contraire, dès qu’Il est reconnu, la foule le quitte momentanément et : “… parcourant toute cette région et ils se mirent à transporter les malades sur leurs grabats…“Vous le savez sans doute, combien, il est lourd et exténuant de transporter un malade sur un brancard. Cela nous montre bien la confiance communicative et l’enthousiasme pratique de la foule.

Pour tous ces malades qui sont apportés à Jésus, pour tous ces désespérés, c’est le rendez-vous de la foi, une foi que Jésus sait admirablement deviner jusque dans les réflexes, les gestes très simples, presque ordinaires qu’ils font en venant vers Lui. Jésus les a laissés faire, comme Il a laissé faire tous les malades qui voulaient toucher “ne fût-ce que la frange de son manteau“.

Malades d’hier, malade d’aujourd’hui : nous faisons en ce 11 février, mémoire de Notre Dame de Lourdes, de l’apparition de la Vierge immaculée dans la grotte de Massabielle à sainte Bernadette. Sans doute que beaucoup de notre assemblée ont pu vivre un pèlerinage dans cette ville de Lourdes en accompagnant des personnes souffrantes.

Peut-être avez-vous été aussi interpellés par cette question qui traverse toute l’humanité : comment comprendre la souffrance : quelle soit physique ou morale ?

Pour essayer de répondre à cette question, je vous invite à lire ou à relire les pages admirables que saint Jean-Paul II a écrites au moment où il était frappé, lui-même, par la maladie. Très attaché à la dévotion mariale, il s’était rendu plusieurs fois à Lourdes (en tant que prêtre ou Souverain pontife). 

En relisant, en priant sur les textes qu’il a écrits, j’ai lu dans une compréhension nouvelle ces quelques phrases que je vous livre : 

« La douleur et la maladie font partie du mystère de l’homme sur la terre. Certes, il est juste de lutter contre la maladie, car la santé est un don de Dieu, mais il est également important de savoir lire le dessein de Dieu lorsque la souffrance frappe à notre porte. La clef de cette lecture est constituée par la Croix du Christ. Le Verbe incarné est venu à la rencontre de notre faiblesse en l'assumant en lui dans le mystère de la Croix.Depuis, chaque souffrance peut acquérir un sens, qui la rend singulièrement précieuse. Celui qui sait l'accueillir dans sa vie, fait l'expérience de la façon dont la douleur, illuminée par la foi, devient une source d'espérance et de salut.»

La maladie nous aide à comprendre le mystère de l’homme, comme pour le lépreux, le paralysé, le boiteux, le tourmenté, le désespéré. Lorsque nous sommes malades, nous faisons l’expérience de la fragilité humaine. Nous ressentons fortement en nous, le désir de guérir, le désir de ne plus souffrir. C’est en Jésus que nous trouvons le soutien et la réponse à nos attentes les plus profondes. Dans sa Croix, toute souffrance peut acquérir un sens, même si la maladie ne cesse pas, pour autant, d’être une épreuve.

Saint Jean-Paul II ajoutait : « Comme le bon Samaritain, chaque croyant doit offrir de l'amour à celui qui vit dans la souffrance.Il n'est pas permis de "passer son chemin" face à celui qui est éprouvé par la maladie. Il faut plutôt s'arrêter, se pencher sur la maladie et la partager généreusement, en soulageant les peines et les difficultés. »

 Tout au long de ce jour, peut-être pourrons-nous prier pour les personnes malades que nous connaissons, peut-être aussi pour nous-mêmes, et d’être renouvelés dans une espérance.

Peut-être pourrions-nous prier aussi pour les pèlerins de Lourdes (valide ou non), et plus largement pour tous les malades !

Ainsi soit-il !    

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Homélie du mercredi 6 février 2019, 4e semaine du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.  Homélie relue
Évangile selon saint Marc 6, 1-6. Lettre aux Hébreux, 12, 4-7. 11-15. Psaume 102.
 

Si vous avez été attentifs à cet évangile, vous avez pu constater que ce qui nous est relaté ce matin,  est ce que nous avons déjà entendu dimanche dernier, mais dans la version de Saint-Luc. Mais c’est le même épisode, c’est la même expérience de Jésus entrant à Nazareth ; Il se rend à la synagogue de son enfance le jour du sabbat. Après avoir lu un passage du livre d’Isaïe, son enseignement, choque profondément. Nous entendons effectivement, la difficulté qu’ont ses auditeurs pour croire en Lui.

Pourquoi Jésus choque-t-il sa famille et les habitants de Nazareth ?

L’évangile de ce jour ne nous le dit pas totalement. Pourquoi ne voient-ils pas en Lui, Jésus, le Messie annoncé ou au moins un Prophète ? Quelles sont les évidences, pour eux, et qui les stoppent dans leurs questionnements ?

Vous l’avez entendu :

  • “D’où lui vient cette sagesse ?… N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie…“ …
  • Puisqu’il est charpentier, sa mission de prophète est étrange ! Oui, sa mission de prophète les dérange.
  • N’est-il pas le fils de Marie, nous connaissons ses cousins et cousines !
  • De plus, puisqu’il est du pays, puisqu’il est “de chez nous“, qu’il y a toutes ses racines, rien ne le distingue de nous ; rien ne doit le singulariser.

Ces remarques nous rappellent le Prologue de saint Jean : « il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas accueilli. »

 En raison de leur attitude, les “Nazôréens“ (c’est comme cela qu’ils sont nommés aussi dans la Bible) deviendront, paradoxalement, dans l’évangile de Marc, le modèle des incroyants, le modèle de ceux qui regardent et ne voient pas, entendent et ne comprennent pas.

Du fond de leur aveuglement, ils manifestent leur hostilité ; ils étaient profondément choqués à son sujet.

Comment traduire cette attitude ?

Les auditeurs de Jésus refusent d’admettre ce qui, en Jésus, les dépasse. Oui, bien sûr, ils ne peuvent que reconnaitre sa sagesse, la réalité de ses miracles, mais ils se montrent totalement incapables d’entrer dans un acte de foi. C’est sans doute pour cela qu’ils restent “fermés“.

Frères et sœurs, c’est toujours par une « fermeture du cœur » que la foi finit par s’étioler dans nos vies.

Alors, comment pouvons-nous comprendre, pour nous-mêmes, l’évangile de ce matin et le danger qui peut nous guetter ?

Peut-être qu’à force de côtoyer Jésus, l’Envoyé de Dieu, à force d’entendre résonner sa Parole, et cela même au sein de notre prière, Jésus devient presque “trop connu“ ; Il n’est plus dérangeant ! Il n’est plus aussi stimulant !

À force d’habitude, peut-être même que sa Parole n’a plus rien de prophétique pour moi ?

Nous sommes si habitués à sa sagesse que dire que Jésus est Amour, ne nous surprend plus… on le sait… Nous n’en sommes même plus émerveillés !

Pour beaucoup de chrétiens, sa présence s’est même banalisée ; observez comment, bien souvent, nous récitons le Notre Père… N’est-ce pas trop souvent d’une façon presque mécanique, sans réellement peser chaque mot ?

Jésus est tellement “de chez nous“ que nous sommes souvent tentés de cesser de marcher “vers chez Lui“ !

C’est pourquoi Jésus pourrait aussi s’étonner, de notre manque de foi.

Inutile de nous mentir ; nous pressentons bien que nous avons à nous situer face à Jésus de Nazareth et que ce choix décide du sens que nous voulons donner à notre vie.

Pour nous ici rassemblés, comme le Christ avant nous, il nous faut redire ce « oui ! », sans peur, sans craindre d’être méprisés lorsque nous témoignons de Lui, dans notre travail, auprès de nos amis, peut-être même dans nos familles, pour nos enfants et petits-enfants. Pour l’expérimenter régulièrement, nous savons bien qu’il n’est pas facile non plus, d’être prophète dans nos milieux, dans les lieux que nous fréquentons chaque jour. Mais est-ce une raison pour perdre toute audace prophétique ?

Ce matin, j’ai envie de vous confier une dernière réflexion, une pensée que je partage avec vous : en priant sur les textes d’aujourd’hui, j’ai relu avec beaucoup d’attention la Lettre aux Hébreux que nous avons entendue en première lecture. Une phrase m’a particulièrement touché et marqué.

La voici :

“ Frères, vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché, et vous avez oublié cette parole de réconfort, qui vous est adressée comme à des fils…“

Puissions-nous méditer cette Parole et, tout au long de ce jour, nous redéterminer pour Jésus, afin d’être tout simplement, intimement avec Lui !                                      

Ainsi soit-il !

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Homélie du lundi 4 février 2019, 4e semaine du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.  Homélie relue
Évangile selon saint Marc 5, 1-20. Lettre aux Hébreux 11, 32-40. Psaume 30.

 

Si vous connaissez la cartographie de la Terre Sainte, vous savez, sans doute, que du côté du lac de Tibériade en direction de l’Est, il y a ce qu’on appelle “la Décapole“, c’est-à-dire : les dix villes. (Du grec ‘deka’ et ‘polis’ désignent, dans l'Antiquité, dix villes principalement situées à l'est du Jourdain)

Jésus traverse donc le lac, justement en direction de l’Est, et il arrive dans ce territoire païen ; là, comme vous l’avez entendu, les habitants, contrairement à la loi juive, élèvent des porcs en quantité (animal impur !).

Dans cette région hostile, Jésus n’a pas même le temps de tenter une prédication devant les foules ; car, à peine descendu de la barque, voici qu’un malheureux se présente à Lui. Il souffre terriblement, doublement pourrait-on dire : il souffre d’une maladie mentale et il est possédé.

Comme bien souvent, il n’est pas toujours facile de tracer une frontière entre la maladie et l’emprise du Démon. Jésus va le guérir contre les puissances du Mal qui travaillent le monde et le cœur des hommes.

À la question : « Quel est ton nom ? », l’Esprit du Mal répond par la voix du malade : « Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux. » Chez les Romains, peut-être le savez-vous, une légion est composée de six mille hommes !

À lui seul, Jésus va donc vaincre une légion, c’est-à-dire une armée de démons. C’est le signe que le règne de Dieu a fait irruption avec Jésus, dans le monde et que le règne du Mal est appelé à disparaître.

Comme vous pouvez le remarquer, si le monde des humains peine à comprendre qui est Jésus, les démons, eux, le savent très bien et le reconnaissent comme Jésus, le Fils du Dieu Très-Haut.

C’est par trois fois, que le Démon va reconnaître la puissance du Fils de Dieu :

  • Au moment où le possédé entre en contact avec Jésus, il se prosterne en criant d’une voix forte : « Que me veux-tu Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ?“
  • Quand les démons supplient Jésus de ne pas les expulser, de ne pas les chasser en-dehors du pays. Par ces mots, ils reconnaissent que Jésus peut le faire.
  • Enfin, quand les démons proposent un marchandage à Jésus : « Envoie-nous vers ces porcs, et nous entrerons en eux. » c’est-à-dire : « Tu nous laisses les porcs, animaux impurs, et nous t’abandonnons cet homme. »

Jésus accepte, mais pour montrer que ce marchandage n’a pas de sens : aussitôt, le troupeau se précipite du haut de la falaise et s’engloutit, noyé dans la mer.

Comment traduire cette scène pour nous, ce matin ?

Nous reconnaissons Jésus, comme fils de Dieu. Mais, parfois, nous sommes tentés, nous aussi, de marchander avec le Seigneur : « Seigneur, laisse-moi ce petit coin d’égoïsme ! Laisse-moi cette petite paresse, ce manquement à telle ou telle chose ! » Littéralement, nous demandons : « Seigneur, laisse-moi vivre à ma façon, laisse-moi « mes porcs » ! ».

À travers ce récit du possédé, Jésus nous répond sans se lasser : « Laisse-moi te libérer ! Laisse-moi te sauver ! » Jésus donne toujours à la fois son pardon et sa confiance !

Une fois revenu à la raison, à son bon sens, l’ancien possédé supplie immédiatement Jésus de se mettre à son service, de rester avec Lui, et de repartir avec Lui, en Galilée. Mais Jésus lui répond, et c’est une marque de confiance : « Rentre à la maison auprès des tiens…“ et sois un témoin ; “Annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. »

La rencontre de Jésus, cette guérison, la mission… à qui veut le comprendre, c’est l’histoire bien sûr, de ce malheureux ; c’est aussi notre histoire :

Quand nous rencontrons Jésus,

Quand nous Le laissons nous guérir et

Quand Il nous envoie en mission.

Puissions-nous Le reconnaître et répondre à son amour par notre amour !                  

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Gaso - Audio - Dimanche 3 Fevrier 2019

Homélie du dimanche 3 février 2019, 4e dimanche du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Jacques, par le Père Patrick Gaso, Doyen.
Évangile selon saint Luc 4, 21-30. Livre du prophète Jérémie 1, 4-5.17-19. Psaume 70.
Lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 31 à 13, 13.

 

Chers frères et sœurs, nous entendons, ce matin, la suite de l’évangile de dimanche dernier ; ce n’est peut-être pas pour rien ! La liturgie de ce matin a même pris le soin de nous remettre en mémoire la déclaration du Seigneur devant la foule, dans la synagogue de Nazareth : “Aujourd’hui, s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre.“

En actualisant la prophétie d’Isaïe, Jésus tente de dire et de faire entendre, l’intimité de son rapport au Père, à ses proches, ceux de son pays, là où Il a grandit à Nazareth. Mais ça ne marche pas … Il n’est pas compris ! Il provoque l’étonnement : “N’est-il pas le fils de Joseph ?“ disent ses proches.

Face à cet étonnement, nous aurions presque pu nous attendre à une réaction de Jésus un peu différente ; mais la parole qu’il prononce nous surprend, nous aussi ; elle semble même être provocante : “Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.“

En exprimant cette pensée, Jésus fait référence aux célèbres prophètes, et Il en cite deux : Élie et Élisée. Il est donc question dans cet évangile, de prophètes, d’accueil et de rejet.

Un prophète ? Mais que doit donc faire un prophète ?

Si vous demandez à quelqu’un de prévoir le temps qu’il fera au mois de février (c’est apparemment une réelle préoccupation !) si la neige sera présente, si elle sera abondante, il n’est pas sûr qu’il puisse vous donner facilement une réponse.

Si vous lui demandez à quelle date l’église saint Jacques sera reconstruite ; la réponse risque d’être, avec raison : « Je l’ignore ! Je ne suis pas prophète »

Dans l’esprit de chacun de nous, le prophète est celui qui prédit l’avenir : une sorte de devin, une espèce de “madame Irma“. Effectivement, si vous posez la question autour de vous, c’est le sens qui lui est habituellement donné. Mais est-ce le vrai sens ? Si vous ouvrez un dictionnaire comme le Petit Larousse par exemple, voilà la définition qui nous est donnée : « Le prophète est une personne qui proclame la Parole divine. » Voilà la définition juste ! C’est ce que signifie ce mot d’origine grecque : “celui qui parle au nom de Dieu“. Si nous relisons toute la partie de la Bible que nous appelons les livres prophétiques, nous pouvons déterminer des traits communs à tous ces hommes :

- Tous ont été choisis par Dieu, même si parfois, ils ont accepté ce choix avec quelque réticence ; rappelez-vous Jérémie et ses “jérémiades“, Jonas qui ne voulait absolument pas se rendre à Ninive, et ainsi de suite… Mais tous sont là pour porter un message au nom de Dieu, à leur époque.

- La plupart des prophètes de l’Ancien Testament, ainsi que Jean le Baptiste qui est le dernier des prophètes, prennent position par rapport aux idées et aux coutumes de leurs temps. Ils ne se gênent pas pour attaquer, parfois violemment, les autorités civiles et religieuses. Ils sont libres, libres à l’égard du pouvoir, libres par rapport au poids des habitudes, libres de la pression de l’opinion publique.

- Ils ne font qu’obéir à Dieu et avancent régulièrement à contre-courant, bien souvent martyrisés. Ils sont sans cesse en butte à la malveillance et à la persécution : non accueil et rejet !

C’est pourquoi nous pouvons entendre ce matin : “Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.“ Nul n’est prophète en son pays, justement parce qu’il aime son pays et qu’il aime Dieu. Dans certains cas, nous pouvons transposer ces mots en disant : « Nul n’est prophète en sa famille. » Peut-être est-ce aussi votre expérience ?

Il y a quelques jours, je me trouvais avec une grand-mère ; elle était totalement désolée et me demandait : « Mon père, faites quelque chose ! J’aimerais tant que mon petit-fils soit baptisé ; mais ses parents ne le veulent pas. » Sans doute est-ce quelque chose que vous entendez autour de vous, ou que vous vivez vous-mêmes ? Que ce soit au travail, que ce soit en famille ou avec des amis, il n’est pas toujours facile d’annoncer la Parole de Dieu et d’en être témoin.

Dans la synagogue de Nazareth, Jésus est donc compris comme un prophète, seulement; tout d’abord séduits et curieux, les habitants de Nazareth sont étonnés, puis très vite, méfiants. “N’est-il pas le fils de Joseph ?“, celui que nous connaissons bien !

Après avoir attiré les foules par sa prédication en Galilée et réalisé bien des prodiges et des miracles, Jésus sera de plus en plus abandonné, contredit, persécuté par beaucoup en Israël, jusqu’à ce qu’Il soit conduit hors de la ville, celle de Nazareth aujourd’hui, comme Il sera conduit hors de la ville de Jérusalem un peu plus tard, pour être crucifié. Dans le passage de l’évangile que nous avons lu ce matin, saint Luc termine ainsi : “Mais Lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin“, allusion sans doute au “passage“, à la mort et la résurrection de Jésus et au chemin qu’Il poursuit avec tous ses disciples encore aujourd’hui, chemin qu’il nous faut prendre, nous aussi.

Ne croyons pas que la société d’hier était meilleure que celle d’aujourd’hui ou que notre monde contemporain serait plus préservé, plus juste qu’auparavant. Aujourd’hui plus que jamais, notre monde a besoin de prophètes, aussi bien pour réveiller ceux qui dorment sur leurs lauriers, ou comme le dit le Pape François, pour faire sortir : « Ceux qui s’endorment au fond de leurs canapés ».

Aujourd’hui plus que jamais, notre monde a besoin de prophètes ! Pourquoi ? Pour redonner le sens des enjeux, pour donner une espérance à ceux pour qui la vie n’a plus de sens.

Frères et sœurs, ne nous laissons pas endormir par les discours ambiants à propos de bioéthique, de transhumanisme ou contre la famille et l’enfant à naître. Jésus est le contraire du politicien en campagne qui fait tout pour séduire son électorat, qui promet toutes choses. Jésus ne cherche nullement à plaire : c’est important ! Il est profondément conscient des réalités et des urgences. Il annonce avec fidélité, non pas Lui-même, mais seulement la Parole de son Père, la Parole de Dieu.

Peut-être allez-vous me demander : « Où sont les prophètes d’aujourd’hui ? Où sont-ils ceux qui osent annoncer à temps et à contretemps, à crier qu’il faut changer le monde, qu’il ne va pas aussi bien qu’on le dit, qu’il faut se convertir, qu’il faut s’aimer davantage ? L’amour jamais ne disparaitra heureusement : nous le savons, nous l’avons entendu !

Alors, où sont les prophètes d’aujourd’hui ?

En réalité, ils sont déjà là. Ils se trouvent déjà parmi vous, dans cette assemblée. Rappelez-vous, depuis le jour de leurs baptêmes, tous les baptisés y sont appelés ; il y a quelques années ou quelques dizaines d’années… qu’a dit le prêtre au moment de votre baptême ? Il a dit : « Je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit. » À ce moment-là, nous sommes devenus prêtres, prophètes et rois ! Oui ! Nous sommes prophètes depuis le jour de notre baptême ! Nous sommes marqués de l’huile sainte pour que nous demeurions, éternellement, membres de Jésus-Christ : prêtres, prophètes et rois.

Frères et sœurs, nous sommes les prophètes d’aujourd’hui !

Forcément, il nous faut de l’audace, du courage ensemble et en communauté, épaulés par de solides pasteurs, par votre curé le Père Sliwa, pour oser annoncer le Christ et reconstruire notre monde, d’une certaine façon, au sens propre et au figuré !

Comment être prophète aujourd’hui ?

Il s’agit tout d’abord de regarder le temps présent avec lucidité, sans adopter systématiquement les idées reçues, sans se laisser berner par la propagande, par les publicités, les “fake news“, vous savez, ces fausses nouvelles trafiquées !

Oui, regarder le temps présent avec lucidité !

Oser refuser la manière d’être, souvent consensuelle et triste de nos contemporains, tout en restant dans une attention bienveillante, vraie et juste dans nos relations. Il ne s’agit pas de partir affronter le monde en disant : « Je suis superman ! Je suis une wonder woman ! »

Les lectures de ce matin sont éloquentes : nous devons montrer et vivre un amour adulte (c’est la deuxième lecture) et tenir en même temps, sans tremblements, dans les combats à venir (c’est la première lecture).

Pour cela : pas de secret ! Il est important de redire la force de la prière, la nécessité de se former pour comprendre les enjeux, de ne pas rester seul, (la force et le soutien de la communauté sont essentiels) et enfin de discerner pour nous ajuster à la volonté de Dieu, à sa vision, à son projet de vie pour notre humanité et pour chacun de nous.

Pour cela, il nous faut de la force et de l’audace !

Frères et sœurs, ne nous laissons pas abattre par les difficultés et les épreuves, bien au contraire ! Ne nous laissons pas perturber par ce triste incendie qui nous affecte ! Nous voyons bien que la force et le lien de notre communauté ne se limitent pas à un bâtiment ; nous sommes nous-mêmes les pierres vivantes ! Bien sûr, nous avons besoin d’un lieu pour nous rassembler et prier, mais nous savons que c’est bien chacun de nous qui formons l’Église.

Le Seigneur attend de nous que nous soyons les prophètes d’aujourd’hui ! Croyez que cela est sûr et certain ! Il nous revient d’être les témoins de l’amour de Dieu pour tous et pour chacun.

Frères et sœurs, n’ayons pas peur !

Au contraire, soyons ces témoins et ces prophètes les uns pour les autres !

Un dernier mot ! Vous l’avez entendu sans doute maintes et maintes fois : quand je suis venu la première fois, le matin même de l’incendie, j’ai été profondément saisi par cette Croix dressée au-dessus des ruines. Cette Croix demeure ! Ne l’oublions pas : là est le vrai sens ! C’est le Ciel qui nous est désigné et annoncé ; c’est le Ciel qui nous est promis !

En toute occasion, rendons grâce à Dieu pour tous les moments bons et ceux, parfois difficiles qu’Il nous permet de vivre, personnellement et en famille, en communauté, en paroisse, dans notre diocèse !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 30 janvier 2019, 3e semaine du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue
Évangile selon saint Marc 4, 1-20. Lettre aux Hébreux, 10, 11-18. Psaume 109.

 

Dans cette péricope de l’évangile que nous venons d’entendre, j’aimerais m’arrêter avec vous sur une toute petite phrase. La question de Jésus, question qui nous est posée à nous aussi ce matin, est directe. Je crois vraiment qu’elle nous concerne tous. Voici la question : « Sommes-nous les hommes d’un moment ? ».

De qui Jésus parle-t-il ? Comme nous venons de l’entendre, Jésus s’adresse à ceux qui reçoivent la Parole semée dans des endroits pierreux : “Ce sont les gens d’un moment“, dit Jésus. Le grain lève vite, car la terre peu épaisse et elle profite de la moindre pluie, mais dès que le soleil chauffe un peu, faute de racines profondes, le grain se dessèche et meurt.

Ce que Jésus décrit là avec des mots très simples et à travers ces paraboles, c’est bien notre vie de croyants, avec ses grandeurs et aussi ses misères. Oh, nous sommes capables d’enthousiasme, et en nous, la Parole de Dieu trouve un écho ! Nous la recevons aussitôt avec joie, comme le dit Jésus ; et cette joie est sincère. Vraiment, chaque Parole de Dieu atteint notre cœur au plus profond de nous-mêmes. La Parole de Dieu éveille en nous l’espérance d’un commencement nouveau, d’une nouvelle générosité, l’assurance de fruits à venir… mais reconnaissons-le, la graine de la Parole de Dieu a parfois tant de mal à prendre racine !

Les débuts sont prometteurs puis, tout à coup, les racines encore fragiles rencontrent et butent sur le roc, la pierre, la dureté, et la graine s’épuise.

Si des épreuves et des persécutions surviennent à cause de la Parole, aussitôt, nous risquons de nous décourager. Qui aurait pensé qu’il y avait si peu de terre et que le moindre coup de chaleur allait tout faire griller en une matinée ?

Nous sommes les hommes d’un moment !

Ce n’est pas la graine qui est en cause ; nous le savons bien ! Elle est même excellente, car c’est la Parole de Dieu ; rien ne peut mieux ensemencer notre cœur que la Parole de Jésus ! Mais combien de fois faisons-nous le constat que nous pouvons manquer de profondeur, de racines ? Cette Parole qui voudrait tant germer en nous rencontre rapidement la couche la plus dure de nos refus, de nos peurs et de nos tristesses.

Alors, que pouvons-nous faire ?

Surtout : ne pas nous décourager ! Ne pas rester bien caché ou installé au fond de notre couette !

Que faire pour que la graine semée résiste au temps et grandisse ?

La réponse est simple : un accueil en terre profonde !  La mise en œuvre pour certains peut-être un peu laborieuse, mais elle est toujours possible, car une chose est sûre : nous avons de la bonne terre en nous. Mais si nous voulons la profondeur, il nous faut aussi de la fidélité et de la constance : c’est cette audace qu’il nous faut acquérir.

Sans se décourager pour être une terre profonde et tenir bon dans la durée, il faut aussi du temps pour la croissance. Il nous sera nécessaire également de nous accoutumer à la longue patience de Dieu et accepter d’attendre, pas à pas les fruits à venir.

Dès aujourd’hui, dès ce matin, dès maintenant, le Seigneur nous dit : « Choisissez ! La graine est bonne, toujours bonne. On ne peut l’accuser ! »

Frères et sœurs, il est encore et toujours temps : choisissons la terre que nous voulons être ; quelle profondeur désirons-nous ? Là est la question :

Voulons-nous être des hommes d’un moment ?

Ou voulons-nous être des hommes qui accueillent la Parole et portent du fruit, dans la durée ?

Cette réponse nous appartient ; à nous de choisir avec la grâce de Dieu !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 28 janvier 2019, 3e semaine du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie non relue
Évangile selon saint Marc 3, 22-30. Lettre aux Hébreux, 9, 15.24-28. Psaume 97.

 

Voilà un passage de l’évangile qui peut laisser certains perplexes et qui demande quelques explications.

Comme nous venons de l’entendre, l’accusation est lourde : “ Ce Jésus est possédé par Béelzéboul ; “ En langage courant et littéralement, cela signifie que les scribes pensent que Jésus est “de mèche“ avec le chef des démons et qu’Il est manipulé par un esprit impur. Ces critiques se propagent dans la foule.

Jésus fait venir les scribes auprès de Lui pour rétablir la vérité et, selon son habitude, Il leur répond par des paraboles.

La première parabole a trait au phénomène de division, qu’elle soit dans un royaume, une dynastie ou une famille ; tout cela ne tiendra jamais s’ils sont divisés. À  mots à peine couverts, Jésus répond donc aux scribes que c’est « une ânerie » que d’affirmer ce qu’ils prétendent de Jésus au milieu de la foule.     

La deuxième parabole est une contrattaque musclée : si l’on veut entrer “dans la maison d’un homme fort et piller ses biens“, il faut d’abord le ligoter ; alors seulement après, on pourra le piller. De fait, c’est bien cela que Jésus est venu faire : se montrer plus fort que la puissance du Mal, ligoter l’adversaire et délivrer les hommes qu’il a pris sous sa coupe.           

Après ces deux paraboles, Jésus expose clairement son enseignement, et c’est peut-être là que nous pouvons avoir quelques difficultés de compréhension. Que nous dit-il ? “Tout sera pardonné aux enfants des hommes“, tout ! … du moment qu’ils se tournent vers Dieu et qu’ils se repentent. Les fautes contre le prochain, les offenses à Dieu, même répétées, tout peut être pardonné ! Tout sera pardonné ! Voilà le principe qui est d’une générosité incroyable, inouïe et inconnue jusqu’alors… une prodigalité digne de l’amour que Dieu veut donner.

Quand aujourd’hui nous entendons ces mots, nous pensons que c’est tout à fait normal… Dieu  ne condamne pas ! Mais ce n’était pas du tout le cas à l’époque de Jésus. Pour pouvoir obtenir le pardon de ses fautes, il fallait faire acte de pénitence, de sacrifices et bien d’autres d’actions, et encore, on n’était pas certain d’être complément délié de toutes entraves…

Jésus affirme que tout est pardonnable, mais : « Si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. » Il restera sans pardon à jamais. Dans le cadre de l’incident que rapporte l’évangile ce matin, Jésus vise de façon très précise le blasphème contre l’Esprit Saint, c’est-à-dire ceux qui refusent de voir à l’œuvre, en Lui, la puissance de Dieu… ceux qui refusent de voir en Jésus, Dieu lui-même.            

Blasphémer contre l’Esprit, c’est dénier, c’est refuser à Dieu tout pouvoir sur le maître du mensonge ; c’est le péché pour toujours, le péché à jamais, car, en son essence même, il exclut la possibilité de l’intervention de Dieu. C’est à cause de cette gravité que l’Église identifie ce péché avec une désespérance et le refus de la miséricorde.

Pour mieux me faire comprendre : dans ce cas de refus total, Dieu ne peut rien faire contre la liberté de l’homme. Si jusqu’au bout, l’homme refuse Dieu, Dieu ne peut pas agir, il ne peut rien faire, même s’il en est désolé, même s’il le voulait vraiment. Paradoxalement, le refus de l’homme peut rendre Dieu impuissant ! Le rejet que l’homme oppose dans ce cas-là empêche toute action de Dieu, et empêche tout pardon.

Comment chercher et trouver le sens de la parole rude de Jésus dans notre vie de tous les jours ?

Nous pourrions comprendre qu’il ne nous appartient pas de porter un jugement sur autrui. Personne ne peut dire, aucun de nous ni même le prêtre, qu’un pardon peut ne pas être donné. Dieu seul sait ce qu’il se passe à l’intime de l’homme, à l’intime de sa liberté, Dieu seul mesure les conditionnements qui pèsent sur la foi et l’espérance des hommes ! Dans bien des cas, nous pouvons prier pour l’Esprit-Saint nous libère de toutes nos fermetures !

Frères et sœurs, ne restons pas nous-mêmes sans espérance !
Ne nous fermons pas à Dieu, ni à sa Parole, ni à son amour !
Croyons, croyons vraiment qu’Il est plus fort que Satan !
Croyons que Dieu a vaincu la mort, qu’il a vaincu le Mal et qu’il est le Vivant pour toujours !
Lui seul possède les paroles de la Vie éternelle.

Finalement, si notre liberté reste ouverte au mystère du Salut, c’est un message plein d’espérance que nous recevons aujourd’hui. Pour cela, rendons gloire à Dieu !

Ainsi soit-il !    

Catéchèse du dimanche 27 janvier 2019, 3edimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon Saint-Luc 1, 1-4 ; 4, 14-21. Livre de Néhémie 8, 2-4a.5-6.8-10. Psaume 18B.

Lettre de Saint-Paul aux Corinthiens 12, 12-30.

 

La Parole de Dieuest un cadeau ! En entendant à nouveau, les textes de ce dimanche, essayons de réfléchir ensemble sur ce cadeau. Je vous invite donc, ce matin, à une petite catéchèse.

Je vais tout de suite faire appel pour commencer, à votre imagination !

Imaginez une maison ou un appartement, vous êtes en ville ou à la campagne, je vous laisse choisir ; vous venez tout juste de vous y installer. Vous découvrez l’agencement des pièces… et puis, vous avez la curiosité de monter au grenier et là, sous la poussière, parmi tous les objets et meubles rassemblés, un peu entassés, vous apercevez un vieux coffre, un vieux coffre à souvenirs ; vous l’ouvrez et vous en faites l’inventaire.

Vous y trouvez : les photos un peu jaunies du mariage d’un jeune couple, des photos d’enfants, une généalogie et puis, retenues par un joli ruban bleu … des lettres d’amour, les lettres que le couple s’écrivait secrètement durant leur temps des fiançailles, le sermon du mariage, quelques prières composées pour les grands moments de leur vie, des souvenirs de voyage, toutes sortes de cartes postales avec une petite écriture toute fine, des photos de famille, un voile de mariée, un poème composé et offert par les enfants lors de leur cinquantième anniversaire de mariage…

En fait, dans ce coffre, vous découvrez l’histoire d’un couple, d’une famille : c’est le coffre à trésor d’une belle histoire d’amour qui, en dépit du temps, semble garder toute sa fraicheur.

Frères et sœurs, en ce dimanche, la liturgie nous invite, à sa façon, à ouvrir le coffre de notre propre famille. Nous aussi, comme Église, nous avons à vivre et nous vivons une histoire d’amour, une belle histoire d’amour ! Notre coffre à souvenirs, c’est la Parole, le livre de la Parole : la Bible ( histoire de notre passé et pourtant histoire toujours actuelle !)

C’est ce livre que nous ouvrons à chaque eucharistie, à chaque moment de prière, à chaque moment important de notre histoire !  Peut-être est-il posé (en tout cas je l’espère) sur votre table de nuit ou dans votre coin de prière. 

La Bible est une bibliothèque de soixante-treize livres qui racontent l’extraordinaire histoire de nos ancêtres dans la foi. On y trouve des livres d’histoire, des textes de loi, des poèmes, le plan de la construction du Temple, des paroles de sagesse, les messages des prophètes et enfin, le témoignage de tous ceux qui ont connu Jésus-Christ. Ces livres sacrés, qui n’en forment plus qu’un seul pour nous, doivent sans cesse être redécouverts par les chrétiens.

Ce Livre est un trésor de l’humanité (UNESCO),

le livre le plus traduit dans toutes les langues et le plus largement distribué et vendu !

 

C’est pourquoi tous les jours, et au moins chaque dimanche, la Parole de Dieu est proclamée dans notre assemblée. La Parole de Dieu est donc centrale dans notre vie de foi. Nous le savons ! Mais pourquoi cette Parole laisse-t-elle si indifférents ou si distants tant de chrétiens de notre Communauté ?

Souvent, nous quittons l’assemblée dominicale, sans même nous souvenir des textes qui ont été lus, ce qui a été dit et commenté. Est-ce dû à l’habitude, à une indifférence, à une fatigue ? Est-ce alors de la paresse ?

 

J’ose à peine faire un sondage pour demander qui a pris le temps d’une vraie préparation, de lire les textes du jour, avant de venir, ce matin à l’Eucharistie ! Quand les lectures sont longues, comme celles de ce dimanche, il n’est pas si simple d’entrer dans la connaissance et dans la compréhension de ce qui est lu (forcément) rapidement lors de nos célébrations ! Cela demande, en tout cas je le sais, un peu de préparation ! Pourtant, nous sommes d’accord pour nous redire et rappeler le sens profond de la Parole de Dieu, afin de mieux nous l’approprier, de mieux l’entendre, de mieux nous en nourrir. 

 

Vous savez que nous sommes dans la semaine de l’unité des chrétiens ; nos frères protestants nous témoignent sans cesse de l’importance de l’Écriture ! 

Il existe des conditions objectives essentielles pour l’accueillir. Lesquelles ? 

  • Prier l’Esprit-Saint, car c’est lui qui me conseille et me guide.
  • Avoir des oreilles pour bien écouter, mais surtout garder un cœur ouvert et curieux ! 
  • Savoir accueillir cette Parole dans une attitude paisible de respect et d’écoute ! 
  • Demander à Dieu que cette Parole m’atteigne, me touche au plus profond de moi-même, car c’est Lui qui me parle, comme il a parlé à tant d’hommes et de femmes avant nous. 

Oui ! Notre Dieu nous parle : Il me parle !

La Parole de Dieu est le « lieu » d’une rencontre extraordinaire ! Dieu me parle parce qu’Il veut se faire connaître ; Il a des choses à me dire ! Même si mon cœur et mes oreilles peuvent se fermer, le dialogue reste toujours possible, toujours ouvert…

 

N’est-ce pas là l’expérience fondamentale que tout chrétien doit faire ?

En Jésus-Christ, la voix du Père se fait audible ; Dieu se fait proche. L’Esprit nous ouvre à sa Parole !

 

Alors, que savons-nous de Dieu Trinité ? Que savons-nous même du Christ ?

Dans le meilleur des cas, notre connaissance du Christ commence par des histoires saintes que nous avons entendues, des souvenirs du catéchisme, des images, des flashs, « Noël et la crèche », « Jésus qui multiplie les pains », « Jésus qui transforme l’eau en vin »… Un certain nombre d’images sur la personne de Jésus traversent notre mémoire collective et se transmettent d’une génération à l’autre… et c’est une bonne chose. Combien de fois des personnes me confient : “Je ne l’ai pas appris par mes parents, mais par ma grand-mère ! » ou bien : « J’ai vu mon grand-père prier, et cela m’a donné envie… ».

Cette connaissance élémentaire de la personne de Jésus est le commencement par lequel nous entrons petit à petit dans un questionnement à son sujet, dans une connaissance de sa personne. Avec le temps, nous grandissons et nous essayons de comprendre : cela est sain ! À quoi correspondent ces images ? À quoi renvoient-elles ? Sont-elles une histoire idéalisée de Jésus ou correspondent-elles à l’histoire réelle du Christ en notre humanité ? Il serait intéressant de savoir qu’elle est l’image du Christ que vous avez en vous-mêmes ?

Autrement dit : 

- Le Christ auquel, je crois, est-il bien ce Jésus de Nazareth, le Fils de Marie, juif parmi les juifs, né à un moment précis de l’histoire humaine, qui a souffert de la part des hommes, qui est mort et ressuscité, tel que des témoins l’ont vu et entendu, tel qu’ils nous l’ont rapporté à travers leurs expériences ? (C’est le Credo que nous proclamons chaque dimanche).

Pour vraiment connaître le Christ, il est nécessaire de se plonger dans sa Parole.

Je ne veux blesser aucune personne, mais je sais que pour beaucoup de nous, une “mise à jour“ est peut-être nécessaire, voire sans doute indispensable.

Comme nous venons de l’entendre ce matin, le ministère public de Jésus commence dans l’évangile selon Saint-Luc, par cette visite à la synagogue de son enfance, où Il va commenter un texte du prophète Isaïe ; nous découvrons déjà là, un aspect de son ministère : annoncer la Parole de Dieu et la commenter, c’est-à-dire nous permettre de la comprendre. Pour cela, Jésus va prendre des images, choisir des paraboles.

Notre liturgie dominicale est une actualisation de cette Parole du Christ qu’il nous faut commenter pour mieux la comprendre avec l’apport de différents textes bibliques (première et deuxième lectures, le psaume…) qui s’éclairent les uns les autres. C’est le l’objet de nos liturgies.

 Le premier texte, le livre de Néhémie exprime avec force, cette actualisation de la Parole divine : lors de la lecture du Livre (perdu et retrouvé dans le Temple) par le prêtre Esdras devant le peuple réuni, ils font la redécouverte de la Parole de Dieu qu’ils avaient oubliée en terre d’exil. Tout attentif, le peuple était réuni comme un seul homme, écoutant les commentaires et comprenant le sens de cette Parole. 

Comme eux, nous sommes aujourd’hui rassemblés pour écouter la proclamation de la Parole de Dieu, telle qu’elle est toujours annoncée lors des offices à la synagogue, chaque sabbat… comme elle est annoncée chaque dimanche à l’église de notre paroisse.

Ce rassemblement que nous vivons chaque dimanche, est bien une invitation de notre Seigneur. En s’adressant à chacun, il a quelque chose à nous dire et à nous faire comprendre. À chacun, Il veut annoncer une Bonne Nouvelle !

Cette Bonne Nouvelle est celle de Jésus commentant le livre d’Isaïe : Dieu a décidé, encore une fois, de faire grâce ! ; cette Parole s’accomplit aujourd’hui pour nous et je vous invite à le croire !

Pour notre assemblée chrétienne, l’acte de foi fondamental est d’accueillir cette Parole de Dieu comme une Parole qui nous est adressée, à la fois en communauté, mais aussi personnellement.

 Au rythme de l’année liturgique, nous accueillons et méditons la Parole de Dieu comme une Parole adressée à l’Église de notre temps pour nourrir notre foi et fortifier notre espérance. 

N’est-ce pas, là aussi, le sens de notre présence à cette Eucharistie : accueillir un renouveau dans notre espérance, un renouvellement de notre foi dans la joie de la communion au Corps du Christ ?

C’est pourquoi, il est difficile de venir à la messe :

  • sans s’y être (un peu) préparé, 
  • sans avoir pris le temps de goûter la Parole de Dieu, 
  • sans avoir préparé notre cœur…
  • même si nous savons bien que nous sommes préoccupés par les mille petits détails de la vie quotidienne… 

 

Pour terminer ce temps de réflexion, j’ajoute un dernier mot ; notre évêque vient de rédiger une nouvelle lettre pastorale que nous pourrons lire dans quelques semaines. J’ai eu la possibilité de la parcourir ! 

Le titre donné à cette lettre pastorale est celui-ci : Que devons-nous faire ? Il me semble que ce titre est très à propos pour notre assemblée. Dans cette lettre, il est écrit que ce qui fait l’Église, c’est : 

  • l’écoute de la Parole mise en œuvre dans l’Eucharistie, 
  • le témoignage 
  • et le service des pauvres.

Alors que devons-nous faire ? 

Cette question s’adresse à chacun de nous personnellement. Que dois-je faire ? 

Notre évêque nous écrit : « J’invite donc les familles, les mouvements, les services, les communautés à prendre les moyens de se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Sans cette écoute renouvelée, il n’y aura pas de transformation joyeuse de notre communauté. » 

Il est intéressant de se rappeler que la joie de notre communauté dépend de notre façon de nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu !

Concrètement que devons-nous faire ? 

La réponse donnée est une invitation simple et exigeante.

Il faut créer des « petites fraternités locales ». Plusieurs personnes vont se retrouver un soir de la semaine, à un moment de la journée pour prendre le temps de lire ensemble la Parole de Dieu. Il ne s’agit pas de faire des explications théologiques ou exégétiques ; il s’agit d’accueillir la Parole et peut-être d’en faire simplement un partage.

Ces fraternités locales doivent être des cellules vivantes de la Paroisse. Si ces petites fraternités se mettent progressivement en place, nous grandirons, petit à petit, dans une communauté de plus en plus priante, de plus en plus unie, de plus en plus disponible, non seulement à l’accueil de la Parole, mais au service de chacun.

Ces fraternités locales nous permettront de vivre de véritables partages fraternels dans lesquels approfondirons : le sens de l’adoration, de l’engagement, de la mission(du service), le désir de formationet de l’évangélisation.

Frères et sœurs, pour notre plus grande joie, mettons-nous à l’écoute de la Parole de Dieu !

Que cette Parole accomplisse et transforme non seulement notre communauté, mais aussi chacun de nous, personnellement !

Demandons cette grâce pour notre communauté, pour nos familles et pour notre paroisse !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Gaso - Audio - Dimanche 27 Janvier 2019

Homélie du mercredi 23 janvier 2019, 2e semaine du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue
Évangile selon saint Marc 3, 1-6. Lettre aux Hébreux, 7, 1-3.15-17. Psaume 109.

 

Les adversaires de Jésus, comme nous venons de l’entendre dans l’évangile, observent, scrutent Jésus pour pouvoir l’accuser. Cela signifie, et c’est sous-entendu, qu’ils l’ont déjà condamné.

Spectacle dérisoire d’ennemis jurés entre pharisiens et hérodiens qui s’allient pour faire périr l’Envoyé de Dieu.

Jésus leur tend la main une nouvelle fois (au sens propre comme au sens figuré).

“Lève-toi, viens au milieu.“ Par cette invitation, Jésus annonce sa mission ; il dit ce qu’il est venu faire : faire le bien et non le mal. “Mais eux se taisaient“.

Comme l’homme à la main desséchée, ils sont malades, comme secs et durs au plus profond d’eux-mêmes, malades d’un système que l’on a vidé de son sens, malades de la Loi de Dieu que l’homme s’est approprié pour en faire une loi de mort.

Il y a un constat que nous pouvons faire nous-mêmes autour de nous, et parfois aussi en dedans de nous-mêmes :

  • Pour son malheur, l’Homme est tellement prompt à reconnaître Dieu comme responsable de tous les maux de la terre : dès que quelque chose ne va pas, le reproche est souvent le même : « Dieu, que fais-tu ? Où es-tu ? »
  • Pour son malheur, l’Homme est tellement lent à reconnaître ses propres refus au lieu de laisser Dieu opérer le salut !

Jésus ne cache pas sa colère. Pourtant, sa colère n’est pourtant pas une condamnation de ces hommes.

 Jésus est navré, peut-être que le mot est faible. Jésus est navré, désolé, affecté, atterré même de constater “l’endurcissement de leurs cœurs“. Cette expression sera aussi employée pour les disciples. Elle ne fait donc pas de ces gens les ennemis de Jésus, mais le Seigneur est comme excédé de leur hypocrisie.

Dès le début de la Genèse, l’invitation est récurrente ; elle est toujours d’actualité :
Renoncer au mal ! Faire le choix du bien !

… et cela chaque jour que Dieu fait.

Le Christ nous pose encore aujourd’hui cette même question : est-il permis de sauver une vie plutôt que de la détruire ? Cette question récurrente nous est posée aujourd’hui, dans tous les débats de bioéthique. Est-il permis de tuer, même la vie qui est déjà là et qui est en train d’éclore ?

L’incompréhension demeure :

- Jésus veut prendre des mesures pour sauver la vie de cet homme malade,

- les pharisiens, eux, sont occupés à trouver le moyen de mettre à mort Jésus.

Frères et sœurs l’invitation est limpide :

  • elle est de chasser de notre vie toute hypocrisie qui pourrait nous conduire à accuser faussement Dieu de tous nos maux,
  • de chasser de notre vie toute hypocrisie qui vide nos pratiques religieuses de leur sens.

Il est là, le médecin qui nous dit : « Étends la main ! ». Le geste est concret.

Il est là, le médecin qui nous restaure dans notre capacité à agir selon la volonté de Dieu :

Renoncer au mal ! Faire le choix du bien !

Ne restons pas dans une attitude de repli, de couardise ou de vengeance : nous avons besoin, nous aussi, de cette fraicheur du Christ, pour chasser toute sécheresse en nos cœurs, pour nous relever et guérir afin de Le servir.

Cependant, une question est posée à chacun de nous : quel bien fais-je pouvoir faire aujourd’hui ?

 Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 21 janvier 2019, 2e semaine du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie non relue
Évangile selon saint Marc 2, 18-22. Lettre aux Hébreux, 5, 1-10. Psaume 109.
Lettre de Saint-Paul à Tite 2, 11-14 ; 3, 4-7.

 

Voilà une page d’évangile qui pourrait nous laisser perplexes !

Pourtant, bien souvent quand les évangiles rapportent côte à côte plusieurs paraboles de Jésus, celles-ci se mettent en valeur les unes, les autres. C’est bien le cas aujourd’hui, tout du moins si nous recevons ces paraboles pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire non pas pour des énoncés clos, définitifs, mais comme une invitation à réfléchir, discerner et agir !

Ce matin, nous entendons trois petites paraboles que nous allons rapidement interpréter :

- La première parabole est sans doute la plus évidente à un premier degré. Que dit-elle ? « On ne se met pas à jeûner quand la noce commence. » Très simplement, car ce serait faire un affront aux jeunes mariés. Imaginez que vous soyez invités à un mariage et qu’au moment de passer à table, vous refusiez en disant : « Oh non ! Je jeûne. » De plus, cette attitude pourrait détoner dans l’ambiance de joie des deux familles. J’en conclus rapidement qu’il faut savoir s’adapter aux divers moments de l’œuvre de Dieu. Il y a un temps pour l’ascèse, il y a aussi le temps de la joie pour les amis de l’Époux. Jeûner est une bonne chose, mais il est nécessaire de discerner les moments et de comprendre le pourquoi du jeûne chrétien !

- La deuxième parabole nous fait réfléchir davantage. Nul doute que les couturières en herbe savent de quoi il s’agit ! Il existe deux façons, deux manières de raccommoder :

- ou bien l’on raccommode un vieux vêtement avec un tissu usagé ; dans ce cas, nous n’aurons aucune surprise au lavage, mais le raccommodage aura seulement un peu « maquillé », caché la déchirure, sans pour autant rajeunir le vêtement qui ne durera plus très longtemps,

 - ou bien on répare le vieux vêtement avec une pièce neuve et, dans ce cas, au lieu de le réparer, on prépare de plus grandes déchirures, pires que le premier accroc.

On débouche donc sur une simple conclusion de bon sens : faut-il oui ou non, raccommoder un vêtement quand l’étoffe est trop ancienne ? Cela sert-il à quelque chose, car on ne ferait que prolonger la durée de vie d’un vêtement qui a peut-être déjà fait son temps ? Là encore, il y a un discernement à opérer ; il y a des moments où il faut faire “peau neuve“ et changer de vêtement. C’est ce que le Christ est précisément en train de nous dire : puisque l’évangile est là (c’est bien lui, ce vêtement neuf) c’est lui qu’il faut revêtir sans essayer de le « rafistoler » avec les usages pharisiens qui ont fait leur temps. Il nous faut donc choisir la nouveauté de l’évangile !

- La troisième parabole : celle du vin et des outres ! Des quatre combinaisons que nous pourrions imaginer, une seule sera la bonne. Que l’on verse du vin vieux dans de vieilles outres, que l’on verse du vin vieux dans des outres neuves, que l’on mette du vin nouveau dans de vieilles outres, le résultat risque d’être le même : une catastrophe ! On perdra le vin qui sera gâché et les outres qui peuvent éclater. On se retrouvera sans vin et sans outre.

L’allusion est claire : “À vin nouveau, outres neuves !“ Il faut des outres qui résisteront à la pression du vin qui travaille ! De toute évidence, Jésus voit dans le vin un symbole de l’évangile, de la nouveauté absolue qu’il apporte. “À vin nouveau, outres neuves !“ car tout vient de Dieu !

Saint Paul le dira d’une autre façon quand il nous demande, au sujet du baptême : « Séparons-nous du vieil homme pour revêtir l’homme nouveau ! »

Alors, comment résumer en une phrase ce que nous venons d’entendre ? Je vous propose :

Jésus est l’Époux qui apporte la joie, la fraicheur et la nouveauté.

Voilà ce que nous entendons ce matin ; l’invitation est claire ; relisons cet évangile ! Prenons soin de le méditer durant notre temps de prière, de discerner et découvrir, dans notre quotidien, la nouveauté que le Christ veut nous communiquer !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Gaso - Audio - Dimanche 20 janvier 2019 - Église St Louis

Homélie du dimanche 20 janvier 2019, 2e dimanche du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.
Évangile selon saint Jean, 2, 1-11. Livre du prophète Isaïe 62, 1-5. Psaume 95.
Lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 4-11.

 

Nous connaissons bien ce miracle qui s’est déroulé à Cana ; il est dans toutes les mémoires.

Ce soir, j’ai envie de vous faire une confidence : si vous saviez le nombre de fois où l’on m’a demandé de “faire Jésus“, en me présentant une carafe d’eau ! Voulant dire : « Débrouille-toi ! Change cette eau en vin ». Je vous le confirme : je n’ai jamais réussi ! Je n’ai jamais réussi à changer l’eau en vin ; j’ai un peu essayé, mais … ça ne marche pas !

Par contre, ce qui est vrai, c’est que depuis mon ordination, je peux transformer du vin en Sang du Christ. Mais à ces moments-là, ce n’est pas moi tout seul qui le fait, mais, par la succession apostolique, c’est l’Esprit Saint qui agit en moi.

De fait, ce miracle de Cana est dans toutes nos mémoires ; qui ne connait pas cet épisode ? Qui n’a pas entendu comment le Fils de Dieu, à la prière de Marie, sa mère, sauve la réception lors d’un mariage, mais aussi comment il commence à révéler sa gloire. L’évangile nous le dit à la fin : “Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui.“

Vous qui êtes ici ce soir, sans aucun doute, vous avez dû entendre plusieurs homélies, beaucoup de commentaires sur cet épisode de Cana.

Par exemple, il est vrai que les noces à Cana nous montrent :

-  l’importance de la nuptialité entre un homme et une femme ou encore,

- l’Alliance de Dieu avec l’humanité ; ou bien 

- Jésus, qui par ce mariage souhaite faire comme son Père ; Il place au sommet de la Création l’homme et la femme, lorsqu’il crée une alliance toute particulière entre Adam et Ève.

- la place de Marie comme femme et mère en établissant le parallèle avec Marie au pied de la Croix : « Femme, voici ton fils ; voici ta mère. »

Frères et sœurs, aujourd’hui, je vous invite à aborder ce miracle sous un autre angle.

Durant quelques instants, nous allons nous tenir du côté des serviteurs, vous savez celles et ceux qui étaient au service de cette réception, celles et ceux qui n’ont rien dit… mais qui ont tout vu. Ils n’ont fait que des actions tout ordinaires, en collaborant bien sûr, mais sans le savoir, à un grand miracle, du moins à un signe surprenant ; ils ont tout vu, mais ils n’ont rien dit !

Au début, il y a la remarque de Marie : “Ils n’ont plus de vin.“ Ils ont eu simplement à faire à Marie, la maman de Jésus qui, se tournant vers les serviteurs leur dit : “Tout ce qu’il vous dira, faites-le“. Puis Jésus demande à ceux qui servaient : “Remplissez d’eau les jarres“.

Voilà des serviteurs en plein désarroi ; après les ablutions rituelles des convives, ils avaient vidé les jarres. Comme vous le savez, avant tout repas, il fallait pour des raisons d’hygiène mais aussi par obligation de prière, faire des ablutions : se laver les mains, le visage, la tête. Sitôt les convives installés au repas, on vidait les jarres, on les rinçait. Et voilà que Jésus leur demande de les remplir à nouveau d’eau propre ! Cela implique d’aller jusqu’au puits, de remplir une vingtaine de seaux par jarre, et il y en avait six… « Tout ce travail pour rien ! », peuvent penser les serviteurs ! « À quoi bon toute cette eau puisque les convives, maintenant, sont attablés ? »

Il faut vraiment que Marie se soit montrée convaincante ; sa certitude était si impressionnante ! “Tout ce qu’il vous dira, faites-le“ Pour elle, ils vont obéir sans rechigner puisqu’ils vont remplir les jarres “jusqu’au bord“. Puis Jésus leur demande de faire quelque chose de surprenant : “Puisez et portez-en au maître du repas.“ Là aussi, nous pouvons imaginer le désarroi des serviteurs (porter de l’eau au maître du repas ?) et nous assistons à un curieux manège : ceux qui parlent ne savent rien et ceux qui savent tout, se taisent.

Entre les jarres et le verre du maître du repas, l’eau s’est changée en vin ! Or, les serviteurs savent bien qu’ils ont puisé de l’eau. Alors, on entend le maître du repas féliciter le marié qui, lui, ne comprend rien !

Pourtant, pas un mot sur Marie ; silence total des serviteurs !

Jésus vient d’opérer un miracle mais, jusqu’au bout, il a voulu se servir de l’action des serviteurs. C’est avec “l’eau de l’obéissance“ que Jésus a régalé la noce.

L’évangéliste ne nous dit pas, et c’est peut-être frustrant, comment ce miracle a été salué, ni comment les rôles et actions de Marie et de Jésus ont été reconnus. Il mentionne très sobrement : “Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit“. C’était lors d’un mariage et ses disciples ont commencé à percevoir sa gloire, c’est-à-dire l’union indicible du Père et du Fils.

Si simple et si dépouillé, notre récit se montre plein d’enseignements pour nous, humbles ouvriers de l’évangile. Je vous invite vraiment à relire ce texte, à prendre le temps de la méditation et d’essayer de vous situer en différents lieux de cette scène, dans les différents rôles parmi les invités, parmi les serviteurs. Je suis sûr que vous vivrez des heures et des heures de belle méditation !

Ce que je souhaite retenir ce soir pour chacun de nous comme pour moi-même, c’est que nous sommes certains de rester dans la volonté de Dieu quand nous suivons “à la lettre“, les directives de notre maman du ciel.

“Tout ce qu’il vous dira, faites-le“.

Toute la spiritualité de Marie est là, dans ce simple conseil qu’elle donne à tous ceux qui veulent bien lui faire confiance : “Tout ce qu’il vous dira, faites-le“.

D’une façon similaire, c’est ce qu’elle a dit lors de l’Annonciation : “Qu’il me soit fait selon ta parole“. C’est bien cette même attitude du cœur, toute à l’écoute de la volonté de Dieu, et c’est là, à cette liberté de cœur qu’elle veut, patiemment nous conduire.

Ensuite, par notre obéissance, nous devenons ouvriers de tous les miracles que Dieu veut à travers notre temps et dans le monde. Dans notre langage actuel, celui du 21é siècle, nous emploierons peut-être le mot de serviteurs, mais davantage ceux de disciples missionnaires, d’évangélisateurs, d’annonciateurs de l’évangile et de la Bonne Nouvelle.

Finalement, qui permet ce signe étonnant ?

Que dit Jésus à toutes les personnes qu’il guérit ? Que dit-il à toutes ces personnes qui viennent le trouver, comme nous le lisons dans les évangiles ? La parole est toujours la même : “Ta foi t’a sauvé“. Ici, ce sont les serviteurs qui permettent ce signe étonnant. Par leur obéissance, par leur foi, ce signe a été rendu possible. Jésus aurait pu, sans aucun doute, assurer seul la joie de toute la noce, mais il a voulu donner à ces serviteurs très humbles, la joie d’avoir puisé de l’eau au puits.

C’est Jésus qui fait tout ! C’est Jésus qui nous donne de tout faire dès lors que nous nous laissons toucher par la Parole de Dieu, dès lors que nous ne sommes pas rebutés par la mission qu’il nous demande !

À ce propos, il est intéressant le lire les écrits des Pères de l’Église. Dans un de leurs commentaires, on peut lire que les invités n’ont pas pu boire tout le vin nouveau, ce vin excellent que le Christ a permis. Les invités n’ont pas tout bu et, encore aujourd’hui, nous en buvons. Bien que serviteurs, si nous le comprenons, nous sommes toujours aussi les invités de la noce du Fils de Dieu.

Frères et sœurs, osons cet acte de foi, cet acte d’obéissance, cet acte d’amour !

Que ce soit à la Salette, que ce soit à Notre Dame de l’Osier ou à Lourdes ou dans de nombreux sanctuaires mariaux, vous le savez bien : quand Marie vient jusqu’à nous, elle nous redit avec confiance : « Faites tout ce qu’il vous dira ! » Elle nous montre comment et à travers elle, nous pouvons écouter son Fils.

Je termine avec un dernier point : par notre baptême et par notre confirmation, nous sommes à l’écoute de l’Esprit Saint (du moins, c’est ce que j’espère !) et nous lisons la Parole de Dieu. Je crois profondément que nous sommes désireux de servir notre Seigneur dans les différentes missions qu’il nous propose ; nous sommes, nous aussi, ses serviteurs !

Mais nous qui connaissons les signes que Jésus accomplit, même si parfois nous avons du mal à percevoir la finalité, les fruits ou même les transformations qui nous dépassent, nous savons que Dieu agit réellement !

Ne soyons donc pas inquiets de transporter peut-être des centaines de litres d’eau sans comprendre à quoi cette eau pourrait servir : faisons confiance ! Jésus ne nous appelle plus “serviteurs“ ; du moment où nous nous mettons à sa suite, Il nous appelle “ses amis“. Amis de Dieu, c’est là un titre extraordinaire que nous recevons de la part de Jésus.

Voilà ce que nous entendons, ce jour à Cana de Galilée, en cette fête des noces !

En toute occasion, que Dieu soit béni !   

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 16 janvier 2019, 1re semaine du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie non relue
Évangile selon saint Marc 1, 29-39. Lettre aux Hébreux 2, 14-18. Psaume 104.
Messe votive pour la famille

 

Nous sommes dans le premier chapitre de l’évangile selon saint Marc. Dès le premier jour où Jésus, après son baptême est revenu chez lui, en Galilée, il est happé par sa mission. Il est tout entier déjà, dans sa mission. Bientôt, nous le savons, il ne saura même plus où reposer sa tête.

De toute la région, on vient vers Lui :

- soit pour l’entendre, car Il prêche dans les synagogues avec une autorité surprenante : « Jamais homme n’a parlé comme celui-ci ! »,

- soit pour guérir : “On lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons.“

Pour quelques petites heures seulement, nous sommes invités à entrer dans la maison de Simon et d’André, et c’est dans l’intimité quasi familiale de ses quatre premiers disciples que Jésus va agir. Plus exactement, nous sommes dans l’ordinaire de la vie, dans la simplicité d’une famille, avec ses hauts et ses bas, ses moments joyeux et ceux qui sont plus douloureux. Ce moment-là est assez difficile parce que la maîtresse de maison, la belle-mère de Simon, est alitée avec de la fièvre (et vous savez combien la présence d’une femme, d’une maman, est importante dans la famille). La maîtresse de maison étant malade et alitée, le rythme de la maison est sans doute perturbé, voire bloqué. Un proche qui souffre est cependant un épisode fréquent de la vie familiale, de la vie quotidienne ! Mais son état semble préoccupant puisque, sans attendre, on parle de la malade à Jésus.

Le miracle que Jésus va accomplir va étonner par sa sobriété, son manque de merveilleux ; rien d’extraordinaire, aucune parole d’autorité ! Jésus guérit et relève par un geste tout simple : tout se déroule dans la discrétion et la douceur : Jésus s’approche, la saisit par la main et la fait lever. Jésus est debout, en mouvement, la malade est couchée, immobile, dormant peut-être d’un sommeil agité à cause de sa fièvre. Le constat est saisissant et notre attention se focalise sur le geste de Jésus : “Il la fit lever.“

En Jésus, le mouvement de la vie vient à la rencontre de notre humanité inerte et passive. Le mouvement que Jésus vient insuffler en chacun de nous, arrive souvent aux moments où nous nous trouvons sans réaction. Jésus nous relève, nous réveille de notre sommeil, nous ressuscite de toutes nos morts. Il s’agit bien d’une résurrection dont il est fait le récit aujourd’hui !

C’est donc dans la relecture à la lumière de Pâques. Dans la sobriété de cet épisode de la guérison de la belle-mère de Pierre, dont nous pouvons discerner l’action du salut du Fils de Dieu.

Comme l’évangile nous le redit en quelques mots, la réaction de la femme est immédiate : “…et elle les servait.“

Toute résurrection, toute remise debout de notre corps, de notre âme, de notre intelligence, de notre psychisme, est pour le service, pour servir les autres. C’est bien au sein même de la famille que nous nous mettons au service de tous.

À la fin de l’épisode, nous constatons que, très vite, ce n’est plus une femme, mais des centaines et des milliers de personnes qui seront à la recherche du Messie.

C’est parce qu’Il se livre tout entier, totalement au Père dans sa prière silencieuse, que Jésus se laisse prendre par tous ceux et celles qui le réclament. C’est parce qu’Il vit dans le Père, dans la prière, dans cette intimité du Père qu’Il peut, sans lassitude, chaque jour, et encore aujourd’hui, être partout présent.

Seigneur, ce matin, nous sommes peut-être dans ce “haut“ ou dans ce “bas“, peut-être en pleine forme, peut-être fatigués, voire épuisés !

Seigneur, ce matin, nous voulons te présenter tous ceux qui te recherchent sans même peut-être le savoir ! Nous voulons te présenter chacune de nos familles ; nous voulons aussi, nous qui sommes réunis dans cette église, te présenter tout ce qui fait l’ordinaire et l’extraordinaire de notre vie.

Viens Seigneur à chaque moment, et surtout aux moments les plus difficiles, nous relever, nous remettre debout afin de mieux te servir, tout simplement !                                                                                                        

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 14 janvier 2019, 1ere semaine du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie non relue
Évangile selon saint Marc 1, 14-20. Lettre aux Hébreux 1, 1-6. Psaume 96.

 

Dans la Parole de Dieu, ce qui est toujours étonnant, c’est cette insistance et cette persévérance ! En effet, dès le début de son ministère public, la première proclamation de Jésus est une parole d’espérance : j’ai une bonne nouvelle, la Bonne Nouvelle de Dieu, la Parole de Dieu !

C’est cette espérance que nous avons à accueillir ce matin. Le contenu de cette bonne nouvelle d’espérance tient en quelques mots : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. ».

Les temps sont accomplis, c’est-à-dire les temps que Dieu gardait en attente, ces temps que l’homme avait du mal à comprendre, voilà que nous pouvons le voir en Jésus : c’est-à-dire, ce plan d’amour de Dieu. Voici que clairement, il est manifesté. Après avoir parlé par les prophètes, Dieu nous parle par son Fils. La voix d’homme que nous entendons est celle du Fils de Dieu, la voix du Christ, la voix du Fils.

Il a fallu du temps à l’homme pour le comprendre.

En réponse à cette annonce inouïe que Dieu nous fait, s’exprime une demande.

Que demande-t-il ? Deux choses indissociables :

Convertissez-vous ! Croyez à la Bonne Nouvelle !

La conversion et la foi sont impossibles à vivre l’une sans l’autre. Si nous nous convertissons, si nous tournons le dos à nos idoles (et elles sont nombreuses !), c’est pour répondre à l’Envoyé, c’est pour servir le Dieu vivant, venu en notre humanité en la personne même de Jésus-Christ.

Inversement, venir à Jésus, accueillir le Messie de Dieu, c’est entendre un appel qui nous fait prendre, en quelque sorte, une autre route ! C’est accepter de devenir autre : c’est cela la conversion !

Une conversion du regard, une conversion du cœur qui nous préparent à l’accueil et à la mission de Jésus.

D’une façon incroyable, Jésus a besoin de nous pour annoncer cette Bonne Nouvelle ! Il a besoin de nous pour redire sans cesse : « les temps sont accomplis : le royaume est là. » Et cela ne se fera pas sans nous !

La conversion et la foi, c’est ce qui nous donne de vivre au quotidien, que ce soit l’eucharistie célébrée chaque matin dans cette église, que ce soit dans notre temps de prière, l’annonce ou le témoignage, ou bien encore cette disponibilité du cœur et de l’intelligence que nous devons avoir au service de tous, au service des plus défavorisés, au service de ceux qui vivent dans la précarité, au service de ceux qui sont peut-être sourds à l’appel de Dieu.

« Venez ! Suivez-moi ! Venez derrière moi ! », dit Jésus à Simon ou à André, à Jacques et à son frère Jean, ou à chacun d’entre nous. « Je vous ferai devenir pécheurs d’hommes. »

  • À peine ont-ils rencontré Jésus que les disciples sont déjà appelés.
  • À peine appelés, ils sont envoyés.

Cette mission, les premiers disciples devront la vivre dans la foi, car on a beau savoir comment pêcher le poisson, on n’est jamais prêt pour la pêche des hommes !

Nous aussi, il nous faudra vivre cette mission dans la foi. Soyons assurés, croyons vraiment que Jésus appelle chacun de nous. Le problème, c’est que parfois, nous sommes sourds à son appel. Il peut arriver, bien souvent, dans notre mission, que nous ne voyions pas forcément de fruits. Nous voyons peu de choses ; de temps en temps peut-être, il nous est donné de constater de beaux germes, mais la plupart du temps, nous marchons en aveugle. Pourtant, nous sommes invités à continuer à avancer ! La pêche est toujours une pêche invisible, elle se pratique souvent de nuit, avec pour seuls filets : la prière, l’offrande, le désir et la volonté de l’accueil.

Nous le savons, toute mission en Église nous dépasse bien souvent, mais peu importe ! C’est le Seigneur qui est à la barre ; c’est le Seigneur qui est au commandement ! Nous avons simplement à Le suivre, avec détermination et espérance.

Laissons-là nos filets, ceux de ce matin, et n’hésitons pas à suivre Jésus !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Gaso - Audio - Dimanche 13 janvier 2019 - Baptême du Seigneur

Catéchèse du dimanche 13 janvier 2019, fête du Baptême du Seigneur, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.
Évangile selon Saint-Luc 3, 15-16.21-22. Livre du prophète Isaïe 40, 1-5.9-11. Psaume 103.
Lettre de Saint-Paul à Tite 2, 11-14 ; 3, 4-7.

 

Comme je vous l’annonçais tout à l’heure, j’aimerais avec vous réfléchir sur le baptême que nous avons reçu ! Certains l’ont reçu il y a peu de temps, d’autres, il y a déjà quelques années, voire même quelques dizaines d’années…

Ce baptême reçu est une grâce, mais je ne suis pas complètement certain que nous arrivions à mesurer la force rayonnante de cette grâce. C’est pourquoi j’aimerais, durant ces quelques instants, réfléchir avec vous sur ce don extraordinaire.

Sans doute savez-vous que les quatre évangiles, celui de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean rapportent un récit du baptême de Jésus. Mais chacun des évangélistes y apporte une petite touche personnelle. Saint Luc que nous lisons cette année, insiste davantage, dans son évangile,  sur la force de l’Esprit Saint : “Après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus.“

Comme pour Jésus, lorsque nous avons été baptisés, l’Esprit Saint est aussi descendu sur nous. Bien sûr, nous l’avons entendu et appris au catéchisme ! Bien sûr, nous le savons ! Mais quelle incidence cela a-t-il sur notre foi ? L’Esprit Saint est descendu sur nous : est-ce que cela change quelque chose pour nous ?

Au début de cette eucharistie, nous avons fait sur nous le signe de Croix en disant : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. » Ce geste est-il machinal ? Où pensons-nous vraiment à ce que nous faisons et disons ?

De même lorsque nous proclamons le Credo avec toute l’Église : « Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie. », est-ce que, là aussi, nous mesurons ce que nous sommes en train de dire ?

« Avec le Père et le Fils, Il reçoit même adoration et même gloire.» Là, nous parlons de la Trinité. Cela ne devrait-il pas nous interroger ? Pourtant, une question subsiste : connaissons-nous vraiment l’Esprit Saint ?

Nous sommes un peu plus familiers du Père, lorsque nous disons la prière du Notre Père. Nous sommes aussi proches du Fils pour peu que nous lisions les évangiles ; mais, qui est l’Esprit Saint pour moi ? Suis-je en relation avec Lui ?

Dans le livre des Actes des Apôtres, qui est aussi de Saint-Luc, au chapitre premier, Jésus nous dit : “Vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés sous peu de jours. » et encore un peu plus loin : “Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous ; vous serez alors mes témoins.“ Nous connaissons effectivement l’épisode de la Pentecôte où les disciples sont en prière dans la chambre haute. Alors se posent sur eux comme des langues de feu… et l’Esprit Saint leur est donné en abondance.

Ce que Dieu veut nous donner : c’est l’Esprit Saint !

Le véritable don de Dieu : c’est l’Esprit Saint !

La vie chrétienne sans l’Esprit Saint n’est pas possible ! C’est Lui qui nous permet d’être présent dans cette église ce matin ! C’est Lui qui nous invite à prier ensemble ! C’est Lui qui nous permet de croire que nous sommes appelés à la résurrection ! C’est l’Esprit Saint qui nous fait comprendre que le saint sacrifice de la messe, est bien le Corps et le Sang du Christ présents sur l’autel. Le baptême nous donne de vivre de l’Esprit Saint !

Le véritable fruit de la prière, frères et sœurs, c’est l’accueil renouvelé dans notre cœur, de l’Esprit Saint !

Les Pères de l’Église qui ont bien réfléchi, nous redisent sans cesse que le vrai but de la vie chrétienne consiste en l’acquisition de l’Esprit.

C’est ce que nous dit saint Jean dans son évangile (chapitre 14, verset 26) : “L’Esprit Saint que le Père vous enverra en mon nom, Lui, vous enseignera tout.“ Dit autrement : nous sommes pauvres, nous ne savons pas comment expliquer ces mystères, mais par le don de l’Esprit Saint, nous le comprenons pour nous-mêmes et nous pouvons l’annoncer, à notre tour.

Prenons une image pour être plus concret : le saint Curé d’Ars, saint Jean-Marie Vianney employait l’image de l’eau qui imprègne une éponge pour parler de lui : « Sans le Saint-Esprit, nous sommes comme une pierre du chemin. Prenez dans une main une éponge imbibée d'eau et dans l'autre un petit caillou ; pressez-les également ; il ne sortira rien du caillou et de l'éponge vous ferez sortir l'eau en abondance. L'éponge, c'est l'âme remplie du Saint-Esprit, et le caillou, c'est le cœur froid et dur où le Saint-Esprit n'habite pas. C'est le Saint-Esprit qui forme les pensées dans le cœur des justes et qui engendre les paroles dans leur bouche. »

Lorsque nous recevons le sacrement du baptême, comme pour le sacrement de confirmation, nous sommes marqués du don de l’Esprit Saint. Si le baptême nous fait comprendre, nous enracine plus profondément dans la filiation divine (nous sommes vraiment tous enfants de Dieu !) la confirmation nous unit plus fermement au Christ ; elle augmente en nous les dons de l’Esprit Saint ; elle nous accorde une force spéciale, la force de l’Esprit Saint pour répandre et défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ.

Nous voyons bien que les trois sacrements que nous appelons les “sacrements de l’initiation chrétienne“ : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, sont les sacrements de croissance de la vie chrétienne. Ce n’est pas pour rien que ces sacrements nous sont donnés ! Par ces trois sacrements, nous sommes enracinés dans le Christ ! Nous recevons la vie de Dieu qui nous rend capables de vivre en véritables chrétiens. Ils sont, selon les Pères de l’Église qui emploient cette image, comme les racines d’un arbre qui s’enfouissent dans la terre pour une assise forte. L’Esprit Saint nous apporte cette assise pour nous permettre de grandir et de porter du fruit.

Il est important de comprendre que l’identité chrétienne n’est pleinement constituée que si celui qui a été baptisé, a été aussi confirmé dans le don de l’Esprit Saint, et participe aussi à l’assemblée eucharistique.

Baptême, confirmation, eucharistie.

Je suis habité par une question ; je vous la pose très simplement : ne faudrait-il pas faire un lien entre une baisse du nombre des pratiquants et une diminution aussi du nombre des personnes confirmées ? Je ne peux qu’inviter toutes les personnes baptisées, qui n’ont pas encore reçu le sacrement de confirmation à se préparer et à demander à recevoir ce sacrement.

 D’ailleurs, combien d’entre vous sont déjà confirmés ?

…/…

Je propose donc à tous ceux qui n’ont pas levé la main, de venir me trouver à la fin de la messe pour vous inscrire à la prochaine session de préparation à la confirmation. Soyons logiques !

Pour ceux qui sont baptisés et confirmés, je vous engage à continuer à participer à l’eucharistie pour vous nourrir du Pain de Vie, c’est-à-dire du Corps du Christ, comme vous le faites déjà aujourd’hui ; Dieu merci !

Vivre de notre baptême et de l’Esprit Saint suppose au moins deux attitudes :

- Première attitude : prier ! Par la prière, demandez l’Esprit Saint. Dieu donne l’Esprit Saint à tous ceux qui le lui demandent. Parfois, nous le demandons dans notre prière en souhaitant que Dieu ne vienne pas trop nous déranger et ne bouleverse pas trop ma façon de vivre. Du coup, cela suppose :

- Une seconde attitude : être disposé à ce que l’Esprit Saint nous change, nous dérange et nous bouscule. Si vous pensez qu’on peut être des “chrétiens plan, plan“ c’est raté ! On ne peut pas inviter l’Esprit Saint à venir remplir notre vie sous réserve qu’il nous laisse comme avant ! Souvent nous avons peur ; nous préférons rester tels que nous sommes. Or, l’œuvre de l’Esprit Saint, c’est de nous brûler de charité et de nous configurer au Christ. Alors, l’Esprit Saint fera de nous des missionnaires du Christ ! Des disciples missionnaires dont notre temps a tellement besoin !

Alors frères et sœurs, en ce jour du baptême de notre Seigneur et en faisant mémoire de notre propre baptême, nous sommes invités à accueillir de façon nouvelle, la Vie du Christ ressuscité en nous, le don de l’Esprit Saint en nous. En même temps, nous restons comme toujours, profondément libres. Je suis alors face à un choix.

Par ce baptême reçu, je suis entré dans une vie nouvelle, même si à ce moment-là, j’étais tout petit, petit… et que même si je ne l’ai pas choisi, aujourd’hui, je suis, nous sommes en âge de le choisir ! Chaque jour, je peux, à nouveau, choisir cette vie !

Hier, je relisais dans le livre du Deutéronome, les mots que Dieu adresse à son peuple. “Dieu dit : je mets devant toi, la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction ; choisis donc la vie !“ Dieu nous dit : « Choisis bien pour vivre ! Ne fais pas “l’idiot“ !  Choisis la vie !»

Et nous, que choisissons-nous ?

C’est, pour une part, le sens du dialogue que je vais avoir avec vous dans quelques instants, frères et sœurs, en vous invitant à renouveler les promesses de votre baptême.

Dans un premier temps, je vais vous demander de renoncer au Mal, et par trois fois, vous direz : « Je le rejette ! »

  • Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, rejetez-vous le péché ?
  • Pour échapper au pouvoir du péché, rejetez-vous ce qui conduit au Mal ?
  • Pour suivre Jésus-Christ, rejetez-vous Satan qui est l’auteur du péché ?

Au fond de vous-mêmes, vous direz, à nouveau : « Je le rejette ! » Jésus alors nous donne la Vie et nous libère des ténèbres et de la mort !

Il nous illumine de sa lumière et nous invite à entrer dans un véritable choix en répétant par trois fois : « Je crois ! » Je crois en Dieu le Père, en son fils Jésus-Christ, et en l’Esprit Saint !

Frères et sœurs, en ce début d’année, je vous en supplie : choisissons ensemble la Vie, la Vie en Dieu ! Croyons que l’œuvre de l’Esprit Saint est capable de transformer notre cœur de pierre en un cœur de chair ! Croyons qu’il nous rend capables d’aimer comme le Christ, capables de comprendre que nous sommes faits pour la Vie éternelle ! Je crois profondément que c’est ce témoignage que nous pourrons et devons donner ensemble, en communauté paroissiale.

C’est cette grâce que nous pouvons tous demander ce matin !

AINSI SOIT-IL !

 

Homélie du mercredi 9 janvier 2019, mercredi après l’Épiphanie, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, Curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Marc 6, 45-52. Première lettre de Saint-Jean 4, 11-18. Psaume 71.

 

Nous connaissons bien cet épisode que l’évangile nous propose, aujourd’hui ! Il nous révèle à nouveau une belle expérience spirituelle, avec ces disciples qui peinent tout au long de la nuit. Et voilà que la Parole de Dieu nous renseigne sur un combat quotidien dans notre vie de foi et qui, je le crois, nous touche tous.

Une question est en arrière-fond : « Quoi qu’il arrive, ai-je confiance en Jésus ? »

Je vais essayer de développer maintenant cette question !

Que se passe-t-il ? Après avoir accompli une multiplication des pains enthousiasmante (cinq mille hommes nourris avec cinq pains et deux poisons !), Jésus envoie ses disciples en barque, pour le précéder sur l’autre rive, en direction du petit port de Bethsaïde, “pendant que lui-même renvoyait la foule.“ Après avoir prié, vers la fin de la nuit, Jésus se dirige vers ses disciples qui peinent en pleine tempête, mais eux ne le reconnaissent pas.

Ce qui est sûr, c’est que les disciples avaient déjà la certitude qu’ils n’avaient rien à redouter quand Jésus était auprès d’eux. Vous avez lu, dans l’évangile de Marc quelques versets plus tôt, que les disciples avaient déjà connu une tempête alors que Jésus dormait dans la barque ; mais c’est comme si cette première frayeur puis cette première délivrance n’avaient servi à rien ; les disciples ne voyaient qu’une seule chose : leur solitude ! Au beau milieu de la tempête, ils étaient seuls.

On ne sait pas comment, puisqu’il était en prière sur la montagne, mais Jésus s’aperçoit de leur désarroi et : “Il vient à eux en marchant sur la mer.“

Les disciples auraient dû se souvenir que Jésus avait déjà calmé les flots en furie ; mais non ! C’est comme s’ils n’avaient aucun souvenir ; ils n’ont pas même reconnu Jésus qui refaisait les gestes de Dieu et “pensèrent que c’était un fantôme et ils se mirent à pousser des cris… ils étaient bouleversés.“ Aucun réflexe de foi, même quand Jésus les a rejoints dans la barque, même lorsqu’Il leur a parlé et que le vent est brusquement tombé ! Ils étaient, nous dit saint Marc : “au comble de la stupeur.“

Pourquoi ? Parce que leurs cœurs étaient endurcis, “leur cœur était endurci“, et cela depuis des heures. De fait, “ils n’avaient rien compris au sujet des pains“. La marche de Jésus sur les flots ne leur avait pas ouvert davantage les yeux et le cœur.

Pour nous, ce matin, l’expérience spirituelle des disciples devrait nous faire réfléchir. Nous revivons le désarroi des disciples lorsque nous sentons grandir en nous l’angoisse de notre solitude… Quand tout va bien, nous pensons que Dieu est bon avec nous ! Mais quand vient le moment de l’épreuve, quelque chose se passe en notre cœur, et nous sommes plongés dans l’expérience et la détresse de la solitude ; les Pères de l’Église nomment ce sentiment : « la sclérocardie » (c’est-à-dire une étroitesse du cœur, il se resserre et se sclérose).

Il est vrai qu’une tempête en pleine mer est une épreuve. Pour les hommes du temps et du pays de Jésus, la mer, les flots symbolisaient toutes les révoltes, tous les dangers et surtout la mort. Pour nous, le danger serait d’en rester aux révoltes, aux tempêtes que nous traversons et de croire que nous sommes seuls dans ces moments de tristesse, de ne pas voir la présence de Jésus, Lui qui vient sans cesse au-devant de nous, Lui qui est toujours avec nous et qui nous redit, avec une patience persévérante : « Confiance ! C’est moi ; n’aie pas peur ! »

Dans la première lecture que nous avons entendue, saint Jean nous affirme : “Il n’y a pas de crainte dans l’amour ! L’amour parfait bannit la crainte.“

Sommes-nous dans l’amour ? Oui ou non ? C’est bien là que se trouve la question.

Si la peur s’insinue en nous, (c’est bien ce qui se passe dans ce sentiment de solitude), peut-être est-ce parce que nous ne croyons pas suffisamment que Jésus a prié pour nous sur la montagne, ou que pour nous, il a dompté les eaux, qu’il est pour nous, le Dieu de la Vie. Nous constatons que notre foi peut vaciller.

Est-ce grave ? Est-ce grave de ne pas être sûr d’avoir la foi ?

Ne soyons pas troublés pour autant : confiance ! N’ayez pas peur, les disciples sont aussi passés par là ! Quand nous relisons la vie des saints, nous voyons bien que leur foi va et vient, elle fait le “yoyo“. Mais à un moment donné, ils se déterminent et disent : « Oui, Seigneur ! J’ai confiance en Toi ! »

Ce matin, demandons pour chacun de nous, et tout particulièrement si nous vivons des moments difficiles, un surcroît de confiance et de paix ! Cela nous sera donné par le Christ Lui-même et aussi par la communauté que nous formons, par les personnes que nous rencontrons, les membres de notre famille qui nous invitent à la confiance en nous disant qu’ils sont là aussi, pour nous aider.

Soyons nous-mêmes pour nos frères et sœurs, des témoins de confiance et de paix de la part du Seigneur !

Demandons cela pour chacun de nous, ce matin !                                         

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi après l’Épiphanie, 7 janvier 2019, année C.
Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Matthieu 4, 12-17. 23-25. Première lettre de saint Jean 3, 22 à 4, 6. Psaume 2.

 

La liturgie ne cesse pas de nous surprendre et cet évangile peut nous sembler étonnant et déconcertant en ce temps de Noël. Hier encore, nous étions là, devant la crèche avec les mages, à nous prosterner devant l’Enfant Jésus et voilà, que nous passons pratiquement et sans transition de la naissance du Seigneur pour nous projeter au début de son ministère public.

Jean le Baptiste a bien préparé le terrain : des foules sont là, en attente. Quand Jésus apprend l’arrestation de Jean, il se retire en Galilée ; il quitte Nazareth, la ville qui l’a vu grandir et va habiter à Capharnaüm, petite ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtalie.

Aujourd’hui, Jésus se retrouve de nouveau à un tournant de sa vie. Il quitte donc cette période cachée à Nazareth pour entrer dans sa vie publique.

En disparaissant, Jean invite en quelque sorte Jésus, à prendre sa suite. À partir de ce moment-là, Jésus se met lui aussi, à proclamer : “Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche.“

Ce passage est à relire avec ce temps que nous vivons en la nativité de Jésus.

Ces versets sont propres à approfondir le mystère de l’Épiphanie et particulièrement aussi celui de Noël. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les mots du prophète Isaïe : “Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière.“

Hier encore, fête de l’Épiphanie, nous avons entendu saint Paul dans sa lettre aux chrétiens d’Éphèse : “Il a été révélé maintenant … Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’évangile.“

Arrivons-nous à percevoir le lien, la continuité entre Jésus de la crèche qui attire à Lui jusqu’au monde païen (la visite des Mages païens), et Jésus au début de son ministère où l’on voit toutes les nations venir vers Lui ? La liturgie de Noël l’annonçait déjà ; cet évangile le confirme. Les prophéties trouvent leur accomplissement en la personne de Jésus, le Verbe fait chair, lumière pour toutes les nations.

En guérissant toute maladie et toute infirmité dans le peuple, le Seigneur atteste que le royaume qui se manifeste dans sa personne s’adresse à tous les peuples.

Pour nous ce matin, la question est de savoir comment, moi, j’accueille cela ?

Bien sûr, nous le savons ! Nous savons que Jésus est venu pour chacun de nous, qu’Il est venu plus largement pour tous, c’est-à-dire à ceux qui auront entendu sa Parole et compris par notre témoignage de sa présence et son action en notre vie.

Alors, cet évangile me fait-il bouger personnellement ? Suis-je interpellé ? Saint Jean nous indique le bon discernement : chacun peut demander ce qu’il veut à Dieu, à deux conditions

  • Croire « dans le nom de son Fils Jésus-Christ »
  • Et de nous aimer « les uns les autres »

Bien souvent, dans notre vie, dans notre cheminement, nous sommes aussi à la croisée des chemins. Que faisons-nous ? Restons-nous dans notre routine ou nous mettons-nous en route avec une audace supplémentaire ? Il ne suffit pas de nous engager sur le chemin de l’humilité ouvert par les mages, par exemple en visitant l’Enfant Jésus, il ne suffit pas de rester dans le don de nous-mêmes, même si c’est déjà bien d’être humble et dans le don de soi, Il nous faut, nous aussi, nous prosterner devant Jésus !

Il nous faut, nous aussi, oser nous convertir, changer notre façon de vivre et oser témoigner de Lui !

Aujourd’hui encore, pour tout chrétien, cette affirmation est fondamentale. Si vous êtes là ce matin, c’est que Dieu s’est fait chair, Il a pris notre humanité, Il s‘est fait homme pour nous montrer le chemin et nous mettons notre foi dans son nom, “Jésus-Christ : le Seigneur sauve“, comme le dit l’Apôtre saint Jean dans la première lecture.

Cependant, une question demeure pour chacun de nous : qui transmettra cette Bonne Nouvelle ?

Qui aura l’audace de témoigner de Lui, aujourd’hui et dans les jours qui viennent ?

Là aussi, le Seigneur attend de nous que nous puissions l’annoncer !

Frères et sœurs, demandons cette grâce pour chacun d’entre nous, pour la paroisse, pour le diocèse, pour le monde, de témoigner du Christ en nous aimant les uns, les autres, en l’adorant et en disant tout le bien que le Seigneur fait en notre vie !

Ainsi soit-il !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    

Homélie du Père Gaso - Audio - Dimanche 6 janvier 2019 - Fête de l'Épiphanie

 
Homélie du dimanche de la Solennité de l’Épiphanie du Seigneur 2019, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, Curé.
Évangile selon Saint-Luc 2, 41-52. Livre du prophète Isaïe 60, 1-6. Psaume 71.
Lettre de Saint-Paul aux Éphésiens 3, 2-3a.5-6.

 

Cette page d’évangile que nous venons d’entendre ainsi que toutes les lectures de ce jour nécessiteraient plusieurs dizaines d’heures d’homélie pour arriver à découvrir et à comprendre toutes les richesses que contient la Parole de Dieu.

En cette fête de l’Épiphanie du Seigneur, je vous invite à un voyage ; je vous propose une petite escapade dans le désert. Imaginez que nous quittons la froidure de ce mois de janvier et que nous nous trouvons sous le chaud soleil du désert. Et maintenant, continuons ce périple et montons sur le dos d’un chameau ; partons en voyage comme ces mages l’ont réalisé il y a quelque deux mille ans ! Si vous voulez bien l’imaginer, vous allez même sentir le sable vous fouetter un peu le visage. Et… nous voilà prêts pour faire un voyage intérieur en quatre étapes : un itinéraire spirituel qui, je l’espère, pourra nous faire vivre, à notre tour, in fine, cette rencontre de l’enfant roi.

Voici les quatre étapes que je vais développer un peu plus longuement :

  • Première étape : les mages ont quitté leur pays pour suivre une étoile ; ils sont audacieux !
  • Deuxième étape, on les a aidés à ouvrir le livre des Écritures et ils ont été attentifs.
  • Troisième étape : ils ont trouvé l’Enfant qu’ils ont adoré ; ce sont des adorateurs.
  • Quatrième étape : ils sont repartis chez eux par un autre chemin ; ils sont capables de changer.

Cet itinéraire spirituel est pour chacun de nous en cette nouvelle année.

- Première étape : ces mages sont audacieux ! Pourquoi ? Parce qu’ils ont au fond d’eux-mêmes un désir puissant qui les met en route. Ils ont ressenti que quelque chose d’important se passait, quelque part… et ils ont voulu voir. Alors, ils se sont mis en route, ils ont quitté leur confort, leur tranquillité pour s’embarquer dans ce qu’il faut bien appeler : une sacrée aventure !

Avez-vous ressenti qu’au cours de notre vie, à plusieurs reprises (peut-être), une étoile s'est mise aussi à clignoter pour vous ? Mais : à quel moment me direz-vous ? Un coup de foudre, une rencontre essentielle, une lecture inspirante, un témoignage qui nous a “pris aux tripes“, peut-être aussi lors d’un moment de joie profonde, ou un moment de grande peine, ou soyons fous… peut-être en écoutant une homélie.

Sans forcément quitter notre pays, nous avons pu nous sentir tout à coup, invités, appelés à abandonner certaines de nos habitudes, à nous déterminer… alors, nous nous sommes mis en route et nous avons avancé sur un chemin nouveau. De fait, et si nous y réfléchissons bien, nous sommes bien plus audacieux que nous le croyons, car au fond de notre cœur, de notre intelligence, nous sommes des chercheurs : des chercheurs de Dieu et des chercheurs de vérité. Je suis intimement persuadé qu’il y a une véritable audace en chacun de nous, une audace qui ne demande qu’à s’exprimer. C’est vrai, cela suppose un élan, un courage ! J’aime beaucoup cette citation de saint Augustin qui dit : « Mon cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. ».

Oui, Seigneur ! Mon cœur te cherche !

- Deuxième étape : ces mages se sont mis en route et en recherche. Mais, ils ne savent pas tout ! Aussi savants et intelligents qu’ils soient, ils ont besoin de chercher de l’aide. C’est aux grands prêtres et aux scribes qu’ils vont s’adresser et leur demander qu’ils ouvrent l’Écriture pour eux. Ils vont être attentifs à la Parole de Dieu.

Dans nos vies, nous avons bien sûr des intuitions, des questions qui nous poussent à mettre du sens sur ce qui nous arrive. Seul, bien souvent, je risque de tourner en rond sans trop savoir où aller, de perdre du temps et même de me décourager. Il n’est pas bon de rester seul ! « Un chrétien isolé est un chrétien en danger ! » J’ai besoin que l’on m’aide et que l’on m’éclaire. Je crois profondément que la communauté paroissiale que nous formons est une aide extraordinaire. Certes, nous ne connaissons pas tout sur tout ! Mais si chacun y met un petit peu du sien, si chacun a vraiment le désir d’aider l’autre, nous irons tous bien plus loin. Pourquoi ? Parce que je crois profondément que Dieu a un projet pour chacun de nous, et que notre fraternité est une grâce !

Oh, bien sûr, certains vont se dire solitaires, et penser : peut-être que seul, avec du temps, j’arriverai à avancer ; mais que de temps gagné avec l’aide des personnes qui sont autour de moi ! La Parole de Dieu que nous avons peut-être entendue maintes et maintes fois, éclairée par un partage fraternel, pourra prendre un sens et un élan nouveau.

Par exemple : Rappelez-vous, au soir de la Résurrection, les deux disciples qui repartent vers Emmaüs, tout tristes parce qu’ils n’ont pas tout compris des événements du Vendredi Saint… C’est le même fonctionnement ; simplement, nous sommes parfois lents à croire et à comprendre les événements de notre vie, nous dit Jésus. Partant de Moïse, c’est à dire de la Torah, des prophètes, des psaumes, Jésus leur interprète, dans toute l’écriture, ce qui Le concernait.

Nous aussi, nous avons besoin d’ouvrir la Bible et d’être aidés ! C’est pourquoi saint Jérôme nous dit dans cette belle citation : « Ignorer les écritures, c’est ignorer le Christ. »

- Troisième étape : les mages (qui ne sont pas des rois, car ils n’ont pas de royaume) ont trouvé l’Enfant qu’ils ont adoré. Les mages, ces savants, ces hommes à la frontière du monde païen et du monde juif, sont audacieux dans leur recherche ; ils sont attentifs à la Parole de Dieu et, arrivant à Bethléem, ils ont trouvé, non pas un roi dans la force de l’âge comme ils le pensaient, mais un enfant couché dans une mangeoire : l’Enfant Dieu ! Et immédiatement, ils ont reconnu celui qu’ils cherchaient, la joie au cœur, ils se sont prosternés pour l’adorer en lui offrant leurs présents.

Que veut dire ce verbe “adorer“ ? Là encore, je crois profondément que nous portons, au fond de notre cœur, un vrai désir d’adoration. Nous sommes faits pour adorer. Dans l’adoration, nous nous donnons vraiment ; dans cet échange, je me donne et je reçois tout ! Adorer, c’est reconnaître Dieu comme le Créateur : Il est celui pour qui j’existe et par qui j’existe ! Adorer est un acte libre, joyeux, paisible.

Avons-nous déjà fait l’expérience d’un temps d’adoration, pris un temps d’adoration de Jésus présent dans l’hostie consacrée ?

- Quatrième étape : après avoir adoré l’Enfant Dieu, joyeux de cette rencontre du Christ, les mages sont repartis. L’évangile nous précise qu’ils sont repartis empruntant un autre chemin. Cela est un enseignement pour chacun de nous, car, lorsque nous avons rencontré le Seigneur, nous ne pouvons plus rien faire comme avant : notre cœur est différent, nous changeons ! Un nouveau chemin s’ouvre devant nous. La rencontre de Jésus n’est pas une fuite des difficultés ou des souffrances de la vie réelle. Elle n’est pas plus le refuge d’un cocon douillet à l’abri des duretés de la vie. Au contraire, quand on a fait la rencontre du Christ, quand on l’a trouvé, lorsque l’on vit un cœur à cœur avec Lui, le Seigneur nous renvoie toujours à nos tâches quotidiennes, mais dans une espérance, dans une confiance renouvelée, au sein de la communauté de frères et de sœurs que nous formons.

D’une certaine façon, nous vivons ces différentes étapes ce matin au cours de cette Eucharistie : nous avons eu l’audace de sortir de la tiédeur de notre lit un peu plus tôt, nous avons pris le chemin de l’église, nous sommes attentifs à la Parole de Dieu, nous avons pris le temps d’adorer le Seigneur, de faire la rencontre bouleversante de la grandeur incroyable de Dieu dans la simplicité des espèces du pain et du vin, nous avons chanté les louanges de Dieu et, au moment de l’envoi, à la fin de la messe (« allez dans la paix du Christ ! ») nous repartons dans nos tâches quotidiennes, l’espérance et la joie au cœur.

Nous ne repartons pas tout seuls, c’est toute une assemblée qui repart ensemble, dans cette communauté qui est un lieu de soutien, tous ensemble, témoins du Christ

Chers frères et sœurs, en cette fête de l’Épiphanie, à l’image des mages :

  • Osons nous mettre en route, à notre tour, d’une façon nouvelle !
  • Laissons-nous guider en ayant à cœur de rechercher ensemble le Christ !
  • Plus encore, ayons soif de Lui !
  • Il est pour chacun de nous, le Chemin, la Vérité, la Vie !
  • N’oublions pas d’être attentifs à toutes les étoiles que Dieu met sur notre route !
  • Surtout, n’oublions pas que, nous-mêmes, nous sommes des étoiles et des lumières pour celles et ceux que nous allons rencontrer !

Ce n’est pas folie d’affirmer cela ; non, pas du tout ! Nous sommes des étoiles, et ce n’est pas moi seul qui le dis. Vous écouterez attentivement tout à l’heure la bénédiction finale ; voilà ce qu’elle nous dit :

… et que Dieu fasse de vous des lumières pour guider vos frères sur leurs chemins.

Traditionnellement, au début de chaque année nouvelle, nous échangeons des vœux avec les uns et les autres, avec nos amis, avec les membres de nos familles ; des vœux de bonne santé bien sûr, des vœux d’unité au sein des familles, des vœux de paix, de paix intérieure.

Voici les vœux que j’ai à cœur de souhaiter à chacun de vous ce matin. Ces vœux résument un peu cet itinéraire spirituel que nous révèle l’évangile de ce jour :

Comme j’aimerais que nous puissions tous être des hommes et femmes audacieux,
capables de nous désinstaller de nos logiques parfois étriquées !
Comme j’aimerais que nous puissions être tous ensemble, attentifs à la Parole de Dieu !
Comme j’aimerais que nous puissions être des adorateurs,
aimant Dieu, Lui, qui est source de toute vie !
Comme j’aimerais que nous puissions être capables de discernement, et choisir de nous convertir afin de pouvoir, ensemble, annoncer le Christ !
Puissions-nous être une communauté paroissiale solide, fervente et fraternelle !

Voilà, frères et sœurs, ce que nous pouvons recevoir ensemble, ce matin !

AINSI SOIT-IL !

Homélie du vendredi 4 janvier 2019, vendredi avant l’épiphanie, année C.
Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Jean 1, 35-42. Première lettre de saint Jean 3, 7-10. Psaume 97.

 

Aujourd’hui, nous sommes au début de l’évangile selon saint Jean. Nous venons d’entendre une page importante. Si vous avez été attentifs, ou si vous avez pu prendre le temps de lire cette péricope avant de venir à l’eucharistie, ce matin, vous avez pu voir que tout, dans ce passage, est d’une rare intensité. Cela se joue dans les regards que quelques paroles très sobres viennent illustrer.

Nous sommes au bord du Jourdain, Jean le Baptiste est là, en train de baptiser des foules. Jésus se trouve là, lui aussi. L’évangile précise : “Il allait et venait“, Jésus va et vient non loin du groupe des disciples de Jean-Baptiste. Le Précurseur pose son regard sur Jésus, et comme hier, retentit à nouveau le témoignage : “Voici l’Agneau de Dieu“. La voix ne crie plus, elle annonce, elle envoie !

Littéralement, la voix indique qui il faut suivre : l’Agneau. Jean est venu pour préparer sa route ; et maintenant qu’Il s’est manifesté, son ministère s’achève : “Il faut que Lui grandisse, et que moi, je diminue“, dira Jean, au chapitre 3 verset 30. Sans dire un mot, les deux disciples quittent Jean et, sur sa parole, se mettent à la suite du Christ.

Sur ce point, le quatrième évangile veut souligner l’importance des médiations ; c’est, en effet, sur la parole du Précurseur, que ces deux hommes vont suivre le Seigneur.

Les entendant s’approcher, Jésus s’arrête et se retourne. Qui sont-ils ? L’un d’eux est André, nous dit l’évangile : “le frère de Simon-Pierre“ ; l’autre demeure inconnu. Probablement s’agit-il de celui qui sera désigné tout au long de l’évangile comme « le disciple que Jésus aimait ».

Jésus leur pose une question : « Que cherchez-vous ? ». Par cette question importante, Jésus invite ces hommes à une prise de conscience et à nommer leur désir. Telle est encore et toujours, la pédagogie de Jésus à notre égard. Sa seule présence nous interroge sur l’orientation profonde de notre vie et nous remet devant la responsabilité de lui donner un sens. Cette question pourrait être posée à vous tous, ce matin : en venant à huit heures dans cette église saint Louis : que cherchez-vous ?

“Que cherchez-vous ?“ Pourquoi êtes-vous là ?

Cette question traversera tout le quatrième évangile. Quelles seront les réponses ? Elles seront similaires et exprimeront le désir d’une proximité avec Jésus, car si vous êtes là ce matin, c’est pour Lui, dans votre désir d’être avec Lui !

Jésus leur propose donc de se mettre en route à sa suite, les invitant à un “voir“ nouveau, c’est-à-dire déjà, à une conversion du regard et à demeurer avec Lui.

Remarquez qu’à ce stade de l’évangile, saint Jean reste particulièrement discret sur le lieu où le Maître demeure : “Où demeures-tu ?“ Il leur répondit : “Venez, et vous verrez.“ Il faudra attendre le dialogue entre Jésus ressuscité et Marie de Magdala pour découvrir le terme de cette invitation quand Jésus va lui dire : « Va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » (Jn 20, 17) Voilà le dénouement de l’intrigue : la demeure de Jésus n’est autre que le sein du Père ; ce n’est que petit à petit que Jésus pourra introduire ses disciples dans cette perspective. Pour le moment, Il leur donne de se rassasier de sa présence.

Alors, que s’est-il passé en cette fin d’après-midi autour de la dixième heure ? Nous ne le savons pas, mais la relation qui s’est instaurée avec le Maître durant ces instants privilégiés comble à ce point l’attente d’André, qu’il ne peut s’empêcher d’aller chercher son frère, de s’en ouvrir à lui, et de l’inviter à aller rencontrer Jésus. Nous constatons que la médiation continue ; son témoignage est une profession de foi qui révèle et nous invite à un autre regard que celui de la simple perception sensible : « Nous avons trouvé le Messie. »

Et nous, si nous prenions la décision en ce début d’année, de demeurer chaque jour avec le Christ, de prendre conscience de son appel et de mon désir personnel d’être avec Lui pour toujours ?

À notre tour, d’oser le désigner comme étant le Seigneur de ma vie !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 2 janvier 2019, mercredi avant l’épiphanie, année C.
Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Jean 1, 19-28. Psaume 97. Première lettre de saint Jean 2, 22-28.

 

En cette année qui commence tout juste, l’évangile veut stimuler notre curiosité. Loin de nous alanguir dans notre canapé, (du moins je l’espère !) ou de ronronner devant d’éventuels cadeaux parfois éphémères, nous sommes invités à quitter la proximité de la crèche pour faire un bond de trente années.

Au bord du Jourdain comme à Jérusalem, la foule s’interroge : « As-tu vu Jean ? Oui, celui qui baptise ! L’as-tu rencontré ? » Mais quel Jean ? « Mais oui, le fils de Zacharie et d’Élisabeth ! »

De plus en plus, dans la ville Sainte, les croyants les plus lucides, les plus sincères n’avaient que cette question à la bouche ; Jean, le prophète intriguait ; pourquoi ? Par son style de vie, par son ascèse, par la vigueur de sa parole qui interpellait et appelait à changer, oser une conversion. Ce sont des centaines de fidèles qui, en Israël, venaient vers lui sur les bords du Jourdain, tous ceux qui ne voulaient pas manquer ce formidable sursaut spirituel.

Les autorités religieuses sont inquiètes. Des prêtres et des lévites viennent officiellement poser à Jean une question essentielle : “Qui es-tu ?“ Et surtout : “Que dis-tu sur toi-même ?“

Littéralement : « Si tu es le Messie attendu, tu dois en avoir conscience, tu dois le savoir ! Si tu es Élie, ou un prophète tel que Moïse, celui que nous attendons  pour la dernière ligne droite de l’histoire du monde, dis-le-nous franchement ! »

La réponse du Baptiste est claire : “Je suis la voix de celui qui crie dans le désert“! C’est-à-dire : Je ne suis pas la parole définitive, je suis juste une voix, une alarme, un cri qui surprend, qui touche, qui fait se retourner et qui appelle à la conversion !

 Son message est un programme de vie : “Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe“, préparer dans le désert le chemin du Seigneur !

Jean le Baptiste vit ce qu’il annonce ; il exprime son espérance ! C’est cette espérance qu’il veut crier :

  • Le moment tant attendu est venu !
  • C’est maintenant que Dieu vient visiter et guider son peuple à travers le désert de la vie et les épreuves, pour y découvrir le sens de son avenir, découvrir qui est Dieu, car Dieu a pris notre humanité. »

Cette bonne nouvelle, nous la connaissons, nous venons de la vivre et de fêter cette naissance dans notre humanité du Sauveur.

Que nous manque-t-il ? Le monde a toujours besoin de “nouveaux Jean-Baptiste“ !

Notre temps a encore et toujours besoin d’entendre des voix vigoureuses. Les chercheurs de Dieu, aujourd’hui comme hier, ne manquent pas, mais que vont-ils trouver si personne ne les interpelle ?

Le baptême que Jean donnait dans l’eau du Jourdain était, pourrait-on dire, un rite d’éveil, de conversion au sérieux de la foi !

Il se déclinait selon trois aspects :

  • il lave. L’eau lave ce qui est souillé,
  • Il comble. L’eau comble une soif qui empêche de se dessécher,
  • Il bouleverse nos habitudes. L’eau, par une immersion, dit aussi cette petite mort par laquelle nous devons passer.

Mais Jésus, Lui, vient plonger les hommes dans l’Esprit Saint qui est la force incroyable de Dieu, cette force dont nous avons tant besoin pour le suivre et témoigner de Lui.

Et nous, en ces premiers jours de la nouvelle année, nous sommes invités à raviver la foi reçue à notre baptême.

Soyons les “Jean-Baptiste“ pour notre temps ! Osons croire que notre seul exemple (même modeste)  peut changer la vie des personnes que nous croisons et les oriente vers Dieu !

Demandons cette grâce pour chacun de nous ce matin afin que notre monde change, et que moi-même, je me convertisse !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 31 décembre 2018, 7e jour dans l’octave de la Nativité, année C.
Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Première lettre de saint Jean 2, 18-21. Psaume 95.

 

Chers frères et sœurs, nous sommes au terme de l’octave de Noël. Nous sommes aussi au terme de l’année 2018, et en ce 31décembre, à la veille d’une nouvelle année.

L’Église nous invite à revenir au cœur du mystère de l’incarnation en méditant, à nouveau, le prologue de saint Jean que nous avons entendu au matin de Noël. L’évangile d’aujourd’hui que nous venons de réentendre, nous éclaire, à nouveau, sur le projet de Dieu, sur la puissance de vie que Dieu veut pour chacun de nous et pour le monde.

L’année 2018 s’achève donc dans quelques heures. Comment s’est-elle déroulée ? A-t-elle été belle et lumineuse, ou difficile et triste ? C’est à chacun de vous de le dire. A-t-elle été enthousiasmante ou épuisante ? Peut-être tout cela à la fois.

Ce matin, je vous propose une relecture en quatre points de l’évangile que nous venons d’entendre, et peut-être, aussi, de notre vie. Je pourrais décliner cette relecture comme décrivant : un drame, une transformation, un avenir et la joie d’une nouveauté.

- Un drame ? Le voici : “Le Verbe était la vraie lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde… mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.“ Tel est bien le drame de notre humanité ! Devenue aveugle à la vraie lumière, elle affirme effrontément que Dieu est mort et se hâte, aussitôt, d’usurper sa place. Cet aveuglement peut être aussi, à certains moments de notre existence, le nôtre ! On découvre dans la première lecture une force contraire : qui est « l’anti-Christ » : il est celui qui nie le Père et le Fils. Nous sommes obligés hélas, de nous rendre à l’évidence : les « Anti-Christs » sont particulièrement nombreux de nos jours ; le drame est là, toujours là !

- Cela suppose donc une transformation. Ne croyons pas que ces propos de rejets visent uniquement les ennemis extérieurs de la foi chrétienne ! Le mal peut venir aussi de l’intérieur : n’est-ce pas aussi « l’Anti-Christ » qui alimente en chacun de nous un travail de « sape », un travail de désespérance ! Il se tapit dans la part obscure de nous-mêmes, ce que saint Paul désigne comme étant le « vieil homme ». Ce « vieil homme » qui est en nous, appartient au monde ancien et refuse de se conformer à la Parole du Christ. Jusqu’à notre toute dernière respiration, il nous faudra combattre ce « vieil homme » pour que naisse, en nous, « l’homme nouveau ». Dans ces combats, l’Esprit Saint nous aide dans notre prière et par les sacrements - tout particulièrement par le sacrement du pardon. Il nous aide, si nous lui demandons, à chasser le « vieil homme » en nous et de redécouvrir « l’homme nouveau ».

- Ce drame et cette transformation nous indiquent un indubitable avenir. Nous le savons bien, nous en faisons le constat : dans notre monde, rien ne dure, tout passe ! N’oublions pas cette réalité : ce monde passe ! Alors, ne mettons pas beaucoup de notre énergie dans les succès artificiels ! Quand notre Dieu s’est fait chair, il nous ouvre à un avenir ! le Verbe nous apprend cette nécessité que nous avons de naître à la vie nouvelle ; il nous faut croire ! Naître à la vie de Dieu, c’est connaître son projet, sa vision ; c’est-à-dire le comprendre avec notre intelligence (elle est faite pour cela !) ; c’est aussi Le contempler (notre âme y est toute disposée). Il nous faut connaître Dieu, accepter Celui qui vient, comprendre qu’il est notre devenir, notre avenir. Il est notre origine et notre terme, il est Alpha et l’Oméga, sans Lui, notre vie n’a pas de sens. Nous savons bien, dans la foi, qu’il y a pour chacun de nous, un avenir que le Seigneur souhaite !

- Après ce drame, cette transformation et cet avenir que Dieu indique à chacun de nous et en communauté, nous rejoignons la joie d’une nouveauté !

Une année se termine certes ; une nouvelle année commence ! Que sera-t-elle ? Passionnante quoi qu’il arrive… si nous l’avons décidé. Que ferons-nous ? Que serons-nous ? Notre avenir est toujours ouvert et ré-ouvert ; rien n’est écrit d’avance. Notre discernement, éclairé par la prière, nous aidera dans nos choix ; l’appui de nos frères et sœurs en humanité nous aidera aussi à faire les bons choix en cette vie et pour cette année.

Chers amis, il nous revient dans le temps de cette nouvelle année, à travers les plus ordinaires de nos choix et de nos décisions, de faire basculer la nuit et de révéler la lumière du Christ au monde. Dans ce travail de recréation, nous ne serons jamais seuls ; la famille, la force de la communauté paroissiale, la prière… nous y aideront. Jésus l’a promis : Il nous bénit, Celui qui, de Noël à Pâques, nous a donné sa vie, pour toujours !

Cette nouvelle année passera, sans doute, par des drames, mais aussi par des transformations, par la certitude d’un avenir, toujours dans la joie d’une nouveauté dans le Christ !

Soyons donc dans l’Action de grâce pour l’année écoulée et vraiment dans la confiance pour celle qui vient ! N’oublions pas qu’en ce début d’année, le Seigneur veut nous combler de bénédictions :

« Que le Seigneur te bénisse et te garde,
Qu’Il fasse pour toi, rayonner Son visage,
Que le Seigneur te découvre Sa face,
Te prenne en grâce et t’apporte la paix ! »

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Gaso - Audio - Dimanche 30 décembre 2018 - Fête de la Sainte Famille

Homélie du dimanche de la Sainte Famille, dimanche 30 décembre 2018, année C.
Messe célébrée à Grenoble, Collégiale Saint-André, par le Père Patrick Gaso, Curé.
Évangile selon Saint-Luc 2, 41-52. Premier livre de Samuel 1, 20-22.24-28. Psaume 83.
Première lettre de Saint-Jean 3, 1-2.21-24.

 

Chers amis, chers frères et sœurs, l’Église nous propose de fêter la Sainte Famille à l’heure où les guirlandes de nos sapins clignotent encore, à l’heure (en tous cas je l’espère), où nous goûtons la joie et la paix de Noël ; oui, un Sauveur nous est né !

Si l’Église nous invite à regarder davantage la Sainte Famille, c’est pour nous redire, même si nous le savons, l’importance de la famille. Nous sommes tous issus d’une famille que nous n’avons pas choisie. Nous savons aussi que la vie n’est pas, comme je vous le disais tout à l’heure, un long fleuve tranquille.

La Sainte Famille, Marie, Joseph, Jésus, qui nous est présentée en modèle, s’inscrit dans le concret d’une existence éprouvée. Il est possible que certains s’imaginent que la Sainte Famille était vraiment une famille extraordinaire, sans problème… Mais de fait, c’est une vraie famille comme il en existe tant de par le monde, jetées sur les chemins de la vie et vivant les chamboulements qui les accompagnent.

Rappelez-vous l’évangile de Noël ! Marie enceinte, obligée d’aller jusqu’à Bethléem parce qu’il y a un recensement. Pas de place pour eux à Bethléem lorsqu’ils arrivent et je vous laisse imaginer l’angoisse de ce moment-là ! Et puis, la folie meurtrière d’Hérode qui va condamner, faire massacrer, tous les enfants de moins de deux ans (les saints Innocents), par pure jalousie, provoquant ainsi la fuite en Égypte de Marie, Joseph et de l’Enfant Jésus ; ou encore, dans l’évangile que nous venons d’entendre, la fugue de Jésus à l’âge de douze ans lors de son pèlerinage à Jérusalem, qui fait vivre à Marie et Joseph, des moments difficiles et angoissants ! Une vraie famille dans le réel de la vie !

Et vous toutes, familles que je perçois souvent héroïques, vous qui vous battez dans des conditions de vie souvent éprouvantes, de l’ordre de la santé, dans des difficultés financières, parfois aussi dans des dialogues difficiles voire même des conflits au sein du couple, ou dans des liens familiaux ou des affections compliqués, voire même brisés, ou peut-être aussi des séparations par la mort d’un conjoint et un veuvage douloureux ou la mort d’un enfant…  Vous toutes, familles souvent héroïques, regardez vers la famille de Joseph et de Marie ! Comme les vôtres, elle a connu déchirements et angoisses, se débattant dans les turbulences de l’histoire.

Pourtant, la famille demeure toujours un lieu essentiel ; elle est le premier lieu où se vit l’amour, l’accueil. C’est le lieu où l’amour manifeste sa mystérieuse fécondité, ou l’amour se transmet et s’apprend. L’éducation à l’amour se fait au sein même de la famille. Le Fils de Dieu lui-même a voulu naître au sein d’une famille et c’est ce que fêtons à Noël. Il aurait pu arriver entouré de cohortes d’anges et d’archanges, en disant : « Me voilà ! C’est moi ! » Non ! Jésus a fait le choix de venir bébé, petit enfant, au sein d’une famille humaine.

Dans mon ministère de prêtre, de curé, j’entends souvent que certaines familles sont véritablement éprouvées,  parfois en manque d’amour, ou en rupture d’amour. Comme prêtre, je me trouve souvent désemparé, ne sachant pas comment aider… Quand on me le demande, j’essaie d’accompagner, mais ce n’est pas toujours simple. Vous savez bien qu’au sein même des familles, il n’est pas toujours facile d’accompagner, de soutenir que ce soit des frères ou sœurs, des cousins, cousines qui vivent des moments douloureux.

C’est pourquoi je retiens quatre enseignements que vous connaissez sans doute, mais qu’il peut être bon de réentendre :

- Le premier enseignement nous est donné par l’exemple de Saint-Joseph. Là, je m’adresse plus particulièrement aux papas. Sa position d’époux est difficile, délicate et parfois même, il ne comprend pas tout au mystère que Dieu lui confie. Mais son attitude est constante. Il nous rappelle cette nécessaire détermination : Joseph, certes éprouvé, mais Joseph le courageux, le responsable et le fidèle. En un mot, il est juste, comme l’évangile nous le dit, c’est à dire : il est ajusté à Dieu. Il partage avec Marie, et là je m’adresse aux mamans, une confiance totale dans la Parole de Dieu, bien que parfois, comme parents, ils puissent être dans l’obscurité de la foi au creux même des périls et de l’insécurité.

Joseph et Marie témoignent que dans nos vies, dans nos joies comme dans nos peines,

 Dieu est là, malgré tout, Il est toujours proche, Il est présent !

Même si nous sommes dans ce questionnement : « Seigneur, où es-tu ? » osons croire en sa présence fidèle, dès maintenant !

- Le deuxième enseignement est un paradoxe : un paradoxe surprenant. Vous savez ce que signifie le nom de Jésus : “Dieu sauve“ ? Ce Jésus : “Dieu sauve“  ne se sauve pas Lui-même, ne se défend pas Lui-même, Il ne se sauve pas tout seul. Pourtant, il est Dieu ! Il a besoin d’une maman, il a besoin d’un papa. Il s’en remet totalement entre les mains de ses parents que sont Joseph et Marie. Si nous y réfléchissons bien, notre expérience est similaire. Nous avons fait confiance à nos parents, comme Jésus a confiance en ses parents.

 Je ne sais pas si vous mesurez comme moi, à la fois :

- l’importante, l’immense considération que Dieu a pour l’Homme, la confiance que Dieu a pour chacun de nous,

- et aussi l’immense responsabilité qui incombe aux familles dans l’éducation, dans l’accompagnement, pour guider chaque enfant vers le mieux pour lui, et comment être des témoins pour eux.

Dieu veut la vie et confie cette tâche à des femmes et à des hommes croyants. Les parents sont en première ligne dans cette transmission, et en disant cela, je n’oublie pas les grands-parents, les parrains et marraines, toutes les personnes qui ont une importance et une présence auprès de la famille. Quel que soit notre état de vie, quel que soit notre âge, que nous ayons les cheveux blancs ou non, demandons cette grâce d’accompagner la vie, d’accompagner toute vie, qu’elle soit intra-utérine ou naissante. Cela est aussi de la responsabilité des parents ! Je dis cela avec le plus possible de délicatesse en pensant à tous les couples en attente et en espérance d’enfants.

- Le troisième enseignement, c’est la force du sacrement de mariage. Tout au long de l’Ancien Testament, plus particulièrement dans les livres des prophètes (et notamment dans le livre du prophète Osée), l’amour conjugal est toujours présenté comme l’image par excellence des relations entre Dieu et son peuple, entre le Christ et l’Église, et comme le modèle de toute communion entre les époux. Le sacrement de mariage n’est pas magique, mais il est une force pour les couples qui décident vraiment de le recevoir librement et dans la prière.

- Le quatrième enseignement : la famille doit aussi se comprendre dans une dimension de fraternité et de communauté. J’aspire et j’espère que nous prenions conscience qu’une communauté paroissiale est aussi une grande famille.

 C’est comme cela que devrait se vivre cette dimension fraternelle et charitable d’une vraie communauté paroissiale. La famille paroissiale est aussi constitutive de notre désir de témoigner du Christ, de notre attachement à Lui.

La famille est donc une école de l’amour, de l’Amour, avec un grand “A“ ;

La famille est aussi une école du pardon, du Pardon avec un grand “P“ !

Ce sont les deux piliers essentiels qui constituent le socle de toute famille et qui représentent un véritable défi pour notre société actuelle. Dans un monde en constante révolution dans lequel sont remises malheureusement en question les valeurs fondamentales de la famille, il est bon de rappeler ces piliers et de redire combien la famille est essentielle.

En ce dimanche de la Sainte Famille, que le Seigneur bénisse particulièrement toutes les familles et nous donne les grâces nécessaires pour répondre à notre mission !

AINSI SOIT-IL !

Homélie du jeudi 27 décembre 2018, fête de saint Jean, année C.
Messe célébrée à la Cathédrale de Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon Saint-Jean 20, 2-8. Psaume 96. Première lettre de Saint-Jean 1, 1-4.

 

Chers frères et sœurs, permettez-moi de vous dire « merci » !

Pourquoi vous remercier ? Parce que vous êtes présents ici, ce soir, dans cette cathédrale. Vous avez pris la décision d’y venir régulièrement et de vivre dans son intégralité, en tout cas je l’espère, ce temps de l’octave de Noël. Bravo !

Je vous dis ces mots parce que beaucoup de chrétiens n’ont finalement vécu qu’une partie seulement des célébrations de Noël.

Beaucoup sont venus pour la veillée, le soir du 24 décembre où nous avons vécu cette naissance de Jésus dans le concret d’une famille, près du champ des bergers.

Le matin du jour de Noël, le 25 décembre, nous avons entendu le Prologue de saint Jean, et nous avons davantage pris le temps de comprendre le Plan de Dieu. Mais beaucoup de chrétiens se sont arrêtés là.

Sans doute allez-vous me dire que c’est déjà bien. Mais s’arrêter au merveilleux de la crèche me paraît être un peu court, car dès le lendemain de la Nativité, la liturgie nous a permis de faire un petit bond dans le temps des Actes des Apôtres et nous avons entendu la mort du premier martyr : saint Étienne, témoin du Christ.

Aujourd’hui, nous faisons un saut de presque trente-trois ans pour nous rendre au matin de Pâques, à l’annonce de la résurrection de Jésus.

Si l’Église nous invite à avancer en « zigzag » (car demain, nous fêterons les Saints Innocents et ainsi de suite), c’est pour découvrir que la naissance de Jésus permet de manifester la venue de la lumière et du pardon dans un monde de guerre. Cette naissance montre ce côté fragile dans un monde de mensonges. Par sa venue, Jésus établit la lumière, par son amour vainqueur, dans le monde qui vient. À la résurrection, la vérité de son amour vainqueur est là et la lumière brille dans les ténèbres ; sa lumière brille dans nos vies.

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, saint Jean a encore dans les yeux les scènes tragiques du Vendredi saint ; et quand au matin de Pâques, Marie-Madeleine arrive en courant à la recherche de Jésus, le disciple que Jésus aimait, Jean, court, court avec Pierre pour se rendre compte de la vérité des paroles de Marie de Magdala : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Qui a pris le corps de Jésus ?

Jean aime profondément Jésus, et c’est sans doute pour cette raison qu’il se précipite. En même temps, par sa course, il nous aide, dans notre propre course, à retrouver l’ardeur de l’amour de Jésus pour le faire grandir encore en nous. Nous voyons Pierre et le disciple que Jésus aimait qui arrivent près du tombeau ; ils traversent un petit jardin en contrebas du Golgotha. Jean se penche, regarde rapidement puis s’efface pour laisser entrer Pierre le premier, Pierre qui est l’ainé et le responsable. Pierre regarde attentivement ; les linges sont là, posés à plat, on voit la place du corps, de la tête, le suaire bien roulé, à part, à sa place. Intérieurement, il pense que les femmes ont raison : on a enlevé le Seigneur ! De fait, il cherche un corps mort, un cadavre !

Pierre regarde, mais il ne voit pas, en tout cas, pas encore…

C’est alors, nous dit l’évangile, que le disciple que Jésus aimait entre à son tour ; lui, il voit et il croit !

En fait, ne nous trompons pas : Jean ne voit rien ; il ne voit pas encore le Christ ressuscité, mais il voit “en creux“, dans son intelligence, dans sa foi, l’accomplissement de la promesse du Christ dans les linges posés à leur place. Tous les deux ont vu la même chose, mais la foi a ouvert les yeux de Jean. La foi, c’est croire sans voir !

Frères et sœurs, nous sommes encore dans la contemplation du mystère de la Nativité. Dans cette nuit de Noël, nous avons prié, nous nous sommes prosternés devant l’Enfant Jésus.

En fait, qu’avons-nous fait ? Avons-nous juste regardé ?

  • En sommes-nous restés seulement au merveilleux sympathique, et bien vite repris par notre quotidien ?
  • Ou alors : avons-nous vu et avons-nous cru réellement que cet Enfant est notre salut ?

Frères et sœurs, en prière devant nos crèches, demandons d’être renouvelés dans la grâce de la foi, c’est-à-dire de croire sans voir… de croire sur la parole des Apôtres, des disciples, des martyrs… témoins bien avant nous de cette foi au Christ ressuscité.

Demandons cette grâce, cette béatitude de « Heureux ceux croient sans avoir vu ! » (Jn 20,29)

Ainsi soit-il

Homélie du mercredi 26 décembre 2018, fête de Saint-Étienne, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Matthieu 10, 17-22. Psaume 30. Actes des Apôtres 6, 8-10 ; 7, 54-60.

 

La liturgie est toujours surprenante !

Alors que nous sommes encore dans la joie de Noël, presque sans transition, nous expérimentons le martyre et la folie des hommes. Est-ce terminé ? He bien non ; encore aujourd’hui, il suffit de regarder ce qui se passe dans le monde pour constater que cette folie continue. Devant les épreuves et l’horreur que connaissent de nombreux pays de notre monde, nous pouvons peut-être nous surprendre à demander à Dieu dans notre prière : « Mais Seigneur, où es-tu ? »

L’évangile d’aujourd’hui nous place devant deux certitudes, deux certitudes apparemment opposées :

- À la fois, le Seigneur continue à nous envoyer : “Voici que moi, je vous envoie dans le monde“,

- Et le Seigneur sait que la mission dépasse nos forces ; il sait combien nous sommes démunis : “Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups.“ nous dit-il.

Passées la beauté, la paix et la simplicité de la crèche et de l’enfance, nous voyons bien que le monde est parfois âpre et rude et que la mission du chrétien peut être risquée et dangereuse ; mission qui, de notre point de vue, paraît impossible aux hommes seuls, mission qui ne devient envisageable, imaginable qu’avec la force de Dieu.

Si nous regardons le rapport des forces, uniquement de notre point de vue humain, sans doute y aurait-il de quoi désespérer : “brebis au milieu des loups“ : nous risquons bien d’être battus, ou dévorés d’avance ! De nos jours, des chrétiens encore sont enfermés, torturés, tués par des “loups“ ; regardons ce qui se passe en Moyen-Orient et dans différents autres pays du monde. Combien de chrétiens n’ont pas pu célébrer ouvertement la fête de Noël !

Pourtant chaque jour, et jusqu’au dernier jour, le Christ nous redit : “Je vous envoie“. Lui-même est venu dans notre humanité pour vivre ce que nous vivons.

La première lecture nous présente le martyre de Saint-Étienne dans le livre des Actes : un homme plein de “la grâce et de la puissance de Dieu“ ; sa sagesse laissait ses contemporains sans voix. L’Esprit Sant inspirait ses paroles ; il est le premier à aller jusqu’au bout du témoignage en faveur de Jésus, non seulement par ses paroles, mais aussi en actes. Saint-Étienne nous montre jusqu’où va le don de soi et, en même temps, il nous rappelle son corollaire : le pardon. En effet, par la parole, celle qu’il donne au moment de remettre son esprit, par la vision lorsqu’il s’endort dans la mort, il indique la porte d’entrée empruntant celle que Jésus lui-même a prise lors du Vendredi Saint.

Le martyre d’Étienne ne vient donc pas troubler la paix de Noël ; il nous enseigne que le Verbe s’est fait chair pour pardonner et nous apprendre à pardonner jusqu’au don de sa vie : telle est la volonté du Père qu’Il vient accomplir. Comme nous le redit saint Matthieu : “Ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous.“

Finalement, nous n’avons pas à nous demander si nous aurons, ou non, la force du martyre, si nous aurons, ou non, la force des mots du pardon, c’est Dieu lui-même qui l’accomplira en nous.

Alors : Que dire à Jésus ? Quelles consignes nous donne l’Enfant désarmé de la crèche pour cette confrontation avec le monde du refus ? Car, si nous le comprenons bien, la crèche est encore et toujours en contradiction avec le monde, même actuellement en France.

La réponse est toujours la même : courage ! N’ayez pas peur ! Ne craigniez pas ! Ne vous laissez pas voler la joie de Noël ! Ne vous laissez pas assombrir, attrister par le défaitisme ou par une désespérance qui n’est pas chrétienne !

Le Christ a sauvé le monde !

Nous sommes faits pour vivre avec Lui jusqu’à la fin des temps !

Ne l’oublions pas !

Choisissons ensemble et personnellement, à notre façon, chacun selon son charisme, d’être les témoins joyeux du Verbe fait chair.

Osons témoigner de Lui au cœur de nos journées, dans nos familles, sur nos lieux de travail ! Ne laissons pas échapper la moindre occasion pour L’annoncer, pour sa plus grande joie, pour notre plus grande joie !

Demandons cette audace pour chacun de nous ici rassemblée, aujourd’hui !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Gaso - Audio - Messe du jour - Noël 2018

Homélie du jour de Noël 2018, année C.
Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.
Évangile selon Saint-Jean 1, 1-18. Livre du prophète Isaïe 52, 7-10. Psaume 97.
Lettre aux Hébreux 1, 1-6.

 

Frères et sœurs, je ne sais pas si vous étiez nombreux cette nuit, dans cette église ou dans une autre, à vivre la joie de la naissance à Bethléem du Fils de Dieu, de Jésus. Les textes que nous avons entendus cette nuit sont des textes remarquables de présence, d’intimité, de description. Il y a eu aussi la messe de l’aurore, pour celles et ceux qui étaient disponibles et pas trop endormis, où nous avons entendu le récit des bergers venant honorer Jésus à la crèche, dans la mangeoire où Marie et Joseph l’ont déposé. Ce qui était remarquable, c’était la joie des bergers, une joie incroyable, car ils avaient vu de leurs yeux, l’impossible, et cet impossible est devenu possible ! Ce qui était invisible est devenu visible ! Ce qui était inaudible est devenu audible en la personne même de Jésus !

La naissance de Jésus au cœur de la nuit, à Bethléem est un événement historique qui concerne l’humanité tout entière, et plus encore, qui a modifié l’histoire de toute l’humanité ; il y a un “avant“ et il y a un “après“.

Cette bonne nouvelle n’est pas réservée à quelques privilégiés, elle est adressée à tous ! Elle est pour chacun de nous ici présente et bien au-delà ; et chaque homme, chaque femme selon la disponibilité de son cœur, peut être associé au salut que Jésus veut pour chacun d’eux.

Nous croyons que cet Enfant est vraiment fils de Marie, conçu par l’Esprit Saint, qu’il est le Verbe de Dieu : Dieu incarné dans l’histoire humaine. C’est parce qu’il est vraiment homme et vraiment Dieu que sa venue en ce monde est une immense espérance pour l’humanité. Si la fête de Noël continue à fasciner tant d’hommes et de femmes parfois mêmes très éloignés de la foi chrétienne, n’est-ce pas parce que nous percevons, justement déjà, que l’espérance du salut de toute l’humanité reste incertaine et difficilement atteignable par nos simples forces et moyens ?

Pour beaucoup de nos contemporains (et peut-être pour vous-mêmes d’ailleurs), une interrogation, une attente demeure, même si parfois elle est confuse : « Qui peut m’expliquer le sens de ma vie ? Qui peut me dire mon avenir ? Pourquoi allons-nous mourir et que se passe-t-il après la mort ? Pourquoi ai-je au fond de moi, ce désir d’être profondément aimé et d’aimer ? »

Nous savons bien par nous-mêmes, que nous tournons souvent en rond, sans réponse. Quelles que soient les mutations de notre culture ou de notre sensibilité, un mystère demeure, ce mystère vient de Dieu et veut atteindre l’homme ; c’est ce même mystère de Noël où Dieu se laisse découvrir, non pas entouré de cohortes d’anges et d’archanges, mais en se faisant tout petit, en se laissant deviner dans le sourire d’un enfant. Pourquoi ? Pour que nous n’ayons pas peur de Dieu, bien au contraire.

Quand nous prenons conscience de cette initiative inouïe de Dieu dans notre histoire, du mystère du Fils de Dieu devenu homme, nous percevons alors les limites de notre intelligence, la faiblesse de nos mots, de notre vocabulaire, de nos idées… et nous ne pouvons qu’admirer, tout à tour, les deux faces du paradoxe, c’est-à-dire que :

  • Cet enfant est vraiment homme et qu’il est “de chez nous“, qu’il est le fils de Marie et cela nous le comprenons,
  • Et qu’il est à la fois et en même temps, Dieu, Fils de Dieu et Dieu Lui-même.

Comme il est difficile de le comprendre et de l’expliquer même dans nos familles et à nos amis !

Les textes de ce matin nous invitent à entrer plus profondément, peut-être plus théologiquement dans cette réflexion. Saint Jean, que nous avons entendu dans cette longue méditation de l’évangile que l’on appelle le Prologue, nous offre un chemin pour entrer plus avant dans ce mystère de l’Incarnation. Plus encore, pour entrer dans la contemplation de l’Incarnation (pour ceux qui font un peu de latin, d’italien ou d’espagnol : nous entendons “in carne“, c’est-à-dire : dans la chair). Nous sommes dans l’instant de Noël. C’est ce que nous avons vécu cette nuit, mystère tout au long de l’histoire humaine de la  présence fidèle de Dieu dans notre vie. Saint Jean retrace tout le projet de Dieu, sa longue patience vis-à-vis des hommes, et l’amour persévérant avec lequel il a préparé depuis des siècles et des siècles, ce mystère de Noël.

Saint Jean nous dit surtout que le Christ est pour les hommes, (ce qu’il est depuis toujours, ce qu’il vient faire parmi les hommes). De toute éternité, Il était avec Dieu et Dieu lui-même : Dieu avec Dieu et en Dieu !

Il nous a fallu du temps pour comprendre que Dieu est Père, que Dieu est Fils, que Dieu est Esprit Saint ! Avant même qu’il y eut un monde, avant même qu’il y eut un temps à mesurer, Il était, comme Fils de Dieu, l’image parfaite de son Père, l’expression totale de son Père.

J’ai bien conscience, en vous disant tout cela, que l’affirmation de Dieu en trois personnes n’est pas simple à comprendre. Je vous invite à relire ce Prologue, pour vous-même…à méditer tout cela tranquillement et avec persévérance pour entrer davantage dans le mystère de l’amour de Dieu.

Depuis longtemps, comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, Il a parlé par les prophètes, dans ce que nous appelons le Premier Testament. Le Fils de Dieu était annoncé comme Sauveur, c’est-à-dire le Messie. À travers ces paroles, nous mesurons toute l’attente du peuple Hébreu qui attendait le Messie, qui attendait Celui qui allait révéler qui était Dieu. Enfin ! Le Fils de Dieu s’est fait chair ! Il a établi sa demeure parmi nous ; alors Il pouvait dire : « Moi, Parole éternelle de Dieu, je vous parle du Père avec vos mots humains. » Après des siècles de révélations, nous entendons le Révélateur. Le Fils de Dieu a fait entendre une voix humaine qui était la sienne. Ce n’était plus par la voix des prophètes que nous entendions la Parole de Dieu, mais par la Parole même de Jésus !

- C’est ce que nous entendons à chaque eucharistie !

- C’est ce que nous entendons à travers la Bible !

Il ne suffit pas de nous rappeler que nous sommes chrétiens, sans doute surpris et, je l’espère, émerveillés par l’audace de Dieu et de poursuivre notre vie de tous les jours comme si de rien n’était. Non ! Ce qui s’est passé, c’est la Vie même de Dieu ! C’est la présence de Dieu en notre vie ! Comment pourrions-nous faire l’impasse sur cette bonne nouvelle ? Cette nouvelle n’est-elle pas une invitation à entrer plus intimement dans ce mystère, plus encore, à changer ma manière de vivre ? J’espère que vous ne sortirez pas de cette église comme vous y êtes entrés ! J’espère que quelque chose de différent va se passer en vous !

Frères et sœurs, en ce jour très saint, si nous sommes touchés par la naissance de Jésus durant cette nuit, à Bethléem, si cette naissance nous apporte quelque consolation et un peu d’espérance, demandons-nous sérieusement :

  • Que dois-je faire pour que ma vie soit meilleure ?
  • Que dois-je changer dans ma manière de vivre pour que le monde change ?
  • Que dois-je changer dans ma manière d’être pour que le monde soit différent ?
  • Que dois-je changer pour mettre le Christ au centre de ma vie, pour me laisser bousculer par le don audacieux de l’Esprit Saint ?

Ne nous laissons pas submerger par les difficultés de l’existence ; il y en aura toujours ! Ne nous laissons pas dominer, non plus, par le “prêt à penser“ et les idées toutes faites que nous entendons au travers des médias ! Ne croyons pas non plus que nous pouvons nous attribuer le pouvoir de manipuler l’être humain et de l’utiliser comme un instrument ! Ne renonçons pas à la puissance de l’amour et à la force de la fidélité jusqu’au bout, car nous sommes faits pour aimer jusqu’au don total de notre vie !

Frères et sœurs, ne nous laissons pas voler la joie de Noël par ce raz de marée commercial !

Ne nous laissons pas assombrir par la morosité ambiante et vivre dans une désespérance qui n’est pas chrétienne !

Choisissons ensemble et personnellement d’être les témoins joyeux de Jésus.

Peut-être allez-vous me demander : finalement, comment comprendre Noël ?

Trois points rapides :

- Comprendre Noël, c’est comprendre que Dieu ne nous abandonne pas ! Jamais !

- Comprendre Noël, c’est comprendre que le salut que Dieu nous propose est déjà là !

- Comprendre Noël, c’est comprendre que le Fils de Dieu se fait proche et que, pour ne pas nous effrayer, pour que nous puissions le prendre dans nos bras, Il se fait petit Enfant, et son regard est un regard d’enfant.

Frères et sœurs, voilà ce que nous pouvons retenir de Noël afin que nous puissions repartir pour cette nouvelle année, le cœur plein de joie, plein d’espérance et formant une véritable communauté de chrétiens.

Entrons véritablement, pleinement dans cette joie !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Gaso - Audio - Messe de la Nuit - Noël 2018

Homélie de la messe de la nuit de Noël 2018, Année C.
Messe célébrée en l’église Saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.
Évangile selon saint Luc 2, 1-14. Livre du prophète Isaïe 9, 1-6. Psaume 95.
Lettre de saint Paul à Tite 2, 11-14.

 

Frères et sœurs, en cette nuit incroyable, nous célébrons la naissance de Jésus. Nous sommes invités à nous approcher de Jésus-Enfant, auprès de cette crèche ou près de celle que vous avez installée chez vous. Faites-le ! Approchez-vous ! Nous sommes invités aussi à méditer sur la signification de cette naissance qui a tellement marqué l’histoire de l’humanité et, nous le croyons, qui a réellement modifié l’histoire de l’humanité.

En priant ce matin entre deux confessions, deux phrases que nous venons d’entendre dans la lecture de ce soir, m’ont invité à entrer plus profondément dans ce mystère de Noël.

Les voici :

- Dans la première lecture : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » (Is 9,1)

J’ai été marqué par cette transition : Ténèbres à lumière. Idem : Nuit à jour.

- Dans l’évangile : « Ne craignez pas, car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple. » (Lc 2,10) C’est ce mot “joie“ qui m’a impressionné !

Nous avons là, le schéma pascal, le schéma baptismal de la nuit de Pâques, cette lumière que nous recevons, le passage de la nuit, des ténèbres à la clarté du jour qui procure en chacun de nous, une joie extraordinaire. C’est bien cette joie lumineuse à laquelle nous sommes tous invités !

Frères et sœurs, en cette nuit de Noël :

  • Je vous invite à accueillir la lumière qui émane de la crèche, à vous laisser éclairer par cet Enfant-Jésus, qui vient de naître. Lui-même se présentera un peu plus tard, dans l’évangile de Jean, comme la lumière. Il dit : « Je suis la lumière du monde ; celui qui marche à ma suite ne demeure pas dans les ténèbres. » (Jn 8,12)
  • Je vous invite aussi à entrer dans cette joie. Osons cette joie ! Laissons notre cœur être comblé de joie, parce que cet Enfant, nous le croyons, est la réponse au désir de bonheur de toute l’humanité ; Jésus est la joie du monde ! Lui-même nous le dit dans l’évangile de Jean : « Je suis venu pour que vous soyez comblés de joie ! » (Jn 15,11)

En cette nuit, nous fêtons la naissance d’un Enfant, la naissance de Jésus !

Je ne sais pas comment est votre cœur ce soir… Dans quelles dispositions êtes-vous ? C’est vrai que ces derniers jours nous ont peut-être été un peu bousculés. Pour certains, nous avons été presque « obligés » (par le consumérisme tapageur ambiant) à entrer dans un « esprit de fête » ! Autour de nous, nous entendons que Noël est la fête de la famille, la fête des enfants, la fête de la lumière. Cela est à la fois faux et vrai, je m’explique :

  • Faux, au sens où avant tout, elle est la fête de la naissance de Jésus, de cet Enfant qui, nous le croyons, est Dieu ; Dieu né d’une femme, Dieu fait homme, Dieu qui est la lumière qui éclaire tout homme.
  • Vrai, car en même temps, oui, Noël est la fête de la famille car Dieu est né dans une famille avec Joseph et Marie. C’est aussi la fête des enfants car Dieu s’est fait enfant. C’est la fête de la lumière car cet Enfant est la lumière du monde.

En discutant ces derniers jours avec les uns et les autres, je me suis aussi demandé pourquoi tant de personnes fêtent Noël, bien qu’ils ne soient pas chrétiens, même s’ils fêtent Noël d’une façon païenne. Ce que je dis n’est pas une critique, mais je fais simplement une remarque et un constat : pourquoi tant de gens viennent-ils dans les églises à Noël, alors qu’ils n’y viennent pas les autres dimanches ? C’est assez surprenant !

Je pense que la naissance de Jésus rejoint en nous et dans le cœur de beaucoup de personnes quelque chose de très profond : le besoin de redevenir des enfants, de retrouver l’émotion des souvenirs familiaux de l’enfance. Il ne s’agit pas d’infantilisme mais de retrouver cette grâce de l’enfance ! L’évangile nous invite à redevenir en quelque sorte, “comme“ des enfants ! Quel est le propre des enfants ? C’est d’avoir un père, une mère, c’est-à-dire des parents et cela répond au besoin de sécurité, de savoir que l’on peut s’en remettre à quelqu’un de solide, qui ne nous juge pas, et dont la parole ne change pas selon la mode, quelqu’un qui nous aime.

- En cette nuit de Noël, le premier message que je me permets de vous adresser, à la lumière de la crèche, c’est que Dieu est Père, un Père plein d’amour, un Père plein de miséricorde. Vous êtes aimés de Dieu, à l’âge qui est le vôtre aujourd’hui ! L’avenir de vos vies, l’avenir du monde, l’avenir de la vie de vos familles… est dans les mains de notre Dieu-Père et dans le discernement qu’il nous donne pour agir avec sagesse. Cela est important, car Dieu veut du bon et du bien pour chacun de nous.

Dieu s’est fait Enfant pour que nous devenions vraiment enfants de Dieu. Dieu est Père au sens le plus fort du mot, Père de tous les hommes, notre Père et mon Père. Quand nous dirons ensemble tout à l’heure le « Notre Père », ce Père commun fait de chacun de nous des frères et des sœurs en Jésus. Nous le croyons, ce Père est quelqu’un sur lequel nous pouvons nous appuyer véritablement.

- Mon deuxième message !  La liturgie de ce soir nous invite aussi à entrer dans un mystère surprenant, peut-être difficile à comprendre, particulièrement si notre représentation de Dieu n’est pas très ajustée ou faussée…

L’Enfant Jésus que Marie a porté dans son corps, l’Enfant qu’elle porte dans ses bras, l’Enfant qu’elle nourrit de son sein, cet Enfant est véritablement le sien, mais il est aussi son Dieu ; Jésus est homme, mais aussi vrai Dieu ! La Bible nous dit précisément qu’une créature a engendré son Créateur.

Il nous faut entrer dans ce mystère pour comprendre jusqu’où Dieu s’est abaissé pour venir nous sauver ! Je constate que beaucoup de personnes “bloquent“ littéralement sur ce mystère. Pourtant, la Bible nous dit qu’une créature a engendré son Créateur. Marie a porté Jésus dans son ventre… et pourtant il est vrai Dieu.

Il est Dieu ! Cependant, c’est bien Marie qui l’emmaillote, qui le cajole, qui le dépose dans une mangeoire, là où mangent les animaux. Ce mystère se double, car il annonce aussi l’Eucharistie : cet Enfant se fera notre nourriture pour que nous ayons la Vie éternelle. Si vous prenez le temps de méditer ce mystère, je vous assure que vous vivrez des heures et des heures de méditation merveilleuse ! Sans être théologien en herbes, il nous faut vraiment passer par là pour comprendre le mystère de l’incarnation.

- Le troisième message est celui de la joie. Je vous invite à recevoir cette joie qui est promise à tous les hommes, sans exception. Cela veut dire, qu’une joie particulière, intérieure est promise à chacun de nous, ici présents. Surtout, ne me dites pas que vous ne le méritez pas ; au contraire ! Jésus est venu pour chacun de nous, quel que soit notre histoire, pour que la tristesse et ce qui en est la source soient détruites en nos cœurs.

Ce soir, frères et sœurs :

  • que l’humilité de Jésus Enfant fasse disparaître tout orgueil de notre cœur.
  • que toute amertume, que toute violence soient arrachées de notre cœur ainsi que la jalousie et la peur de ne pas être aimés qui en sont la source.
  • que Jésus, révélation de l’amour du Père, guérisse notre cœur ; c’est une grâce que nous pouvons demander ce soir.

En même temps, vous allez me dire, comment se réjouir, comment parler de paix ou de joie dans un monde où l’avenir peut paraître obscur, dans un monde qui va mal, sinon très mal, un monde où le mal paraît être plus fort que le bien ?

L’Écriture nous le promet : « Je vous donnerai un avenir et une espérance. » Je crois vraiment que l’Enfant de la crèche, fils de Marie, fils de Dieu, vrai Dieu et vrai homme est l’avenir et l’espérance de ce monde.

- Mon quatrième message est une supplique : accueillons la grâce de Noël. La liturgie que nous vivons ce soir n’est pas la simple évocation d’un événement qui s’est déroulé il y a deux mille ans ; elle nous rend présents à l’événement.

En cette nuit de Noël, Jésus Enfant nous visite ! Que devons-nous faire ? Ouvrir notre cœur à la grâce de Noël, comme l’ont fait tant d’autres avant nous. Ce n’est pas pour rien que nous sommes là, ce soir ; nous avons quelque chose à recevoir de Dieu ; encore faut-il l’accueillir, le désirer et le garder !

Frères et sœurs, en cette nuit, n’ayons pas peur ! Approchons-nous du Christ ! Laissons-nous approcher par le Christ pour que nous ayons la grâce de découvrir que Dieu est quelqu’un, non pas une simple idée, non pas juste une morale ni même une belle générosité ; nous avons à découvrir un enfant emmailloté dans une mangeoire qui est le Christ ! Laissons-nous approcher par le Christ pour quitter nos ténèbres, ces ténèbres qui nous privent de la lumière du Christ !

Laissons-nous approcher, toucher par le Christ pour que nous soit accordée en cette nuit, la joie d’un cœur simple, débarrassé de tout ce qui nous encombre ! Si vous saviez tout ce que nous gardons, qui nous encombre et qui s’entasse et s’entasse jusqu’à déborder… Osons dire : « Seigneur, je te donne tout cela ! Viens me guérir de ce qui me blesse au plus intime de moi-même, viens me donner ta joie ! »

Frères et sœurs, en cette nuit, je peux me laisser rejoindre par Dieu ! Je peux décider de le laisser éclairer mes nuits, mes fragilités, mes doutes, mes peurs ! Là est sa puissance. Dieu est venu, non pas entouré d’une armée de légion d’anges ou d’archanges ; Dieu est venu dans l’intimité, dans l’humilité de la crèche avec le visage d’un enfant frêle et désarmé. Face à cet enfant, ma vie se dévoile et prend sens. Dieu se fait l’un de nous ; il nous montre le chemin. Dieu nous regarde et son regard est celui d’un enfant. Pourrions-nous avoir peur d’un enfant ?

Finalement, en nous donnant son Fils né de Marie, Dieu nous invite à être audacieux, à être capable de sortir de notre quotidien, de notre routine, de notre canapé, de notre télévision, à quitter notre fatalisme :

        Risquons-nous à Lui faire confiance ! Osons changer ! Commençons à nous convertir en changeant notre regard !

Alors, frères et sœurs, mon vœu le plus cher est que ce Noël soit dans la foi, une nouvelle renaissance pour chacun de nous ! Ne repartons pas comme nous sommes venus, mais différents !

Alors, oui ! Cette fête, cette veillée, ce Noël sera tout autre !

Permettez-moi de vous souhaiter à tous, un joyeux et audacieux Noël, à chacun de vous et à vos familles !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 24 décembre 2018, 4e semaine de l’Avent, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Luc 1, 67-79. Psaume 88. Deuxième livre de Samuel 7, 1-5.8b-12.14a.16.

Comme je vous le disais tout à l’heure, nous sommes au dernier jour du temps de l’Avent, à la veille de Noël. Aujourd’hui, la liturgie nous invite à entendre ou à ré-entendre le Cantique de Zacharie. Peut-être la savez-vous ? Ce cantique est chanté par des milliers de religieux, de religieuses, de prêtres et de diacres, de laïcs, tous les matins, chaque matin. En même temps, il reste neuf, neuf comme la tendresse de Dieu, chaque matin pour le monde, comme le dit le livre des Lamentations. (Lm3,23)

Ce cantique commence par une exclamation : “Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël !“. Celui que nous chantons aux laudes du matin, c’est bien le Dieu qui choisit et maintient un choix d’amour pour chacun, le Dieu de l’appel et des promesses.

Avec Zacharie, nous sommes invités à faire mémoire de l’Histoire sainte et, en même temps, de deux grandes promesses faites et accomplies par Dieu :

- La première promesse est la promesse faite à David et à toute sa lignée, promesse que nous avons entendue dans la première lecture : “Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur.“

- La deuxième promesse est le serment fait à Abraham et à ses descendants : « Il s’est rappelé son Alliance sainte, le “serment juré à Abraham“, notre père dans la foi. »

Notre Dieu tient non seulement ses promesses mais il a aussi le souci de nous !

Puis, le cantique de Zacharie mentionne celui qu’on appellera le Baptiste, ou mieux encore : le “prophète du Très haut“, car il “marchera devant, à la face du Seigneur et il préparera ses chemins.“

Jean est celui qui fait le pont entre :

-              Le premier Testament et la Nouvelle Alliance

-              Entre les promesses et leurs accomplissements.

Alors, et très logiquement, le Cantique s’achève sur la louange du Messie, l’astre d’en haut qui vient nous visiter et illuminer ceux qui habitent les ténèbres, nous illuminer à notre tour, nous qui sommes assis dans les ténèbres et l’ombre mortelle, afin de “conduire nos pas au chemin de la paix“.

Si nous sommes attentifs, avec ce cantique, nous entendons un résumé de l’Histoire du Salut. C’est toujours l’amour de notre Dieu que nous retrouvons au point de départ, comme le rappelle le nom mystérieux que Zacharie donne au Messie : “l’astre levant venu d’en haut“.

C’est sur le visage d’en enfant, d’un bébé, d’un petit d’homme, que se lève la lumière de Noël, l’aurore du Salut. Nous savons que cette lumière qui vient d’en haut, c’est Dieu, notre Père, qui la fait briller dans la nuit de Noël en répandant sa gloire sur la face du Christ, sur le visage du Messie-Enfant.

Nous sommes à quelques heures de la fête de Noël, de cette nuit si extraordinaire. Nous sommes peu nombreux ce matin, et pourtant, je crois fermement que notre prière va accompagner celles et ceux que nous allons retrouver cette nuit.

Oui, Seigneur, tes pauvres sont bien encore enfouis dans les ténèbres ; en cette nuit de Noël si proche maintenant, Seigneur, fais paraître ton jour sur le visage de Jésus !

Frères et sœurs, gardons cette certitude au fond de notre cœur, en cette nuit, pour nous-mêmes, pour toutes les familles pour lesquelles nous prions, pour les personnes auxquelles nous pensons, que chacun de nous peut se laisser rejoindre et laisser éclairer ses nuits dans lesquelles il est, par Jésus :

Viens Seigneur Jésus !

Viens illuminer notre cœur !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 23 décembre 2018, 4e dimanche de l’Avent, année C.
Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Luc 1, 39-45. Livre du prophète Michée 5, 1-5a. Psaume 79.
Lettre aux Hébreux 10, 5-10.

 

Frères et sœurs, nous sommes à quelques heures de la nuit de Noël ; pourtant, nous sommes toujours dans le temps de l’Avent. Si nous sommes attentifs aux différentes lectures qui nous sont données, aujourd’hui, nous sommes invités, avec Marie, à relire les mois qui ont précédé la venue de Jésus en notre humanité.

À l’Annonciation, Marie a reçu cette incroyable nouvelle par l’ange Gabriel qu’elle mettrait au monde l’Enfant Dieu. Et Marie a dit “oui“ ! “Oui“ au projet de Dieu ! Le “oui“ de Marie est total, sans aucune retenue ; elle donne à Dieu tout ce qu’elle est. Par son « Fiat », Marie se voue tout entière à la volonté de Dieu, sans savoir à l’avance les chemins et les situations qu’elle devra découvrir et affronter.

Sitôt l’annonce de la maternité d’Élisabeth et le départ de l’ange, Marie bondit littéralement à la rencontre de sa vieille cousine, vers le haut pays de Juda ; celle-ci en est à son sixième mois de grossesse. Vous vous rappelez la parole de l’ange : “Et voici qu’Élisabeth ta cousine, a conçu elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : la femme stérile.“ Et l’ange a ajouté : “Car rien n’est impossible à Dieu !“ Il est important, pour nous, d’entendre cette affirmation ! Est-ce que nous mesurons ce que ces mots signifient : rien n’est impossible à Dieu !“ Cela veut dire que, bien souvent, c’est nous qui mettons des limites à l’action de Dieu.

Voilà donc Marie en train de courir, en toute hâte vers sa cousine. S     ans doute se dit-elle qu’une jeune femme sera bien utile dans la maison jusqu’à la naissance. Mais plus particulièrement, Marie se devait d’aller fêter sur place l’œuvre de Dieu, même si, en elle-même, elle portait un secret encore inconnu de tous, un signe bien plus immédiat de son amour pour le monde.

L’évangile d’aujourd’hui nous fait assister à cette rencontre mémorable dans la maison de Zacharie, en terre de Judée ; les deux femmes se saluent ; elles se saluent d’une façon particulière ; à la fois amicale et solennelle !

Pour nous qui relisons cette rencontre, nous le percevons : elles sont sur le seuil de la Nouvelle Alliance.

Nous savons qu’Élisabeth est avancée en âge, elle est vieillissante. Marie est encore toute jeune. À elles deux, elles résument toute l’Histoire Sainte :

- Derrière Élisabeth toute ridée, se profilent de longs siècles de préparation, d’attente et d’espérance du Messie.

- Avec Marie, rayonnante, sans tache ni ride, c’est l’Église annoncée par Jésus, l’Église de Jésus.

Elles ont des points communs : non seulement cette espérance, le don d’elle-même à Dieu et aussi cette maternité commune. Elles ont surtout en commun le fait que leurs maternités les engagent tout entières dans le plan d’amour de Dieu. Toutes deux portent des enfants de l’impossible : Élisabeth était âgée et stérile ; Marie avait décidé de rester vierge. Toutes deux témoignent dans leur chair que : “Rien n’est impossible à Dieu.“

Cependant, on peut noter une différence entre les deux bébés qu’elles portent :

  • l’un, par miracle, est le fils de Zacharie,
  • l’autre, par miracle, est le propre Fils de Dieu.

Marie et Élisabeth se saluent ; c’est cependant Marie qui salue la première, elle, la servante qui porte le propre Fils de Dieu, le Serviteur. Mais dès que le son de sa voix parvient à Élisabeth, celle-ci sent son enfant tressaillir dans son sein. Bien sûr, les mamans pourraient le dire : il n’y a rien d’extraordinaire, pour une maman enceinte de six mois, de sentir son bébé bouger en elle. Mais voilà que mystérieusement, l’Esprit Saint fait danser d’allégresse le petit Jean-Baptiste. À cet instant, l’Esprit Saint dévoile à Élisabeth la portée de la jubilation de l’enfant.

Au moment même de l’arrivée et de la salutation de Marie, dans un grand cri, Élisabeth annonce ce que l’Esprit vient de lui révéler ; son exclamation est une double bénédiction : “Tu es bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de tes entrailles est béni.“

En un éclair, Élisabeth comprend la maternité de Marie, qui pourtant ne se voit pas.

En un éclair, le temps d’un cri de jubilation, Élisabeth comprend ce qui se passe ; tout de suite, elle se situe à sa vraie place. Elle, l’ancienne, s’efface devant la jeune mère du Messie et elle s’exclame, en s’adressant à Marie : “D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?“

Ensuite, elle ajoute, en quelque sorte, mon enfant a compris avant moi, puisqu’il a tressailli d’allégresse lorsque toi, Marie, la porteuse du Messie, tu t’es approchée de moi.

Ainsi, le face-à-face des deux mamans ne fait que transcrire la rencontre invisible des deux enfants. Souvent, dans l’iconographie, c’est-à-dire dans la représentation par la peinture dans l’art de l’icône, vous verrez Marie et Élisabeth lors de cette rencontre, portant dans leurs ventres, leurs deux enfants dessinés qui jubilent; rencontre invisible et pourtant bien réelle, rencontre de deux enfants cachées dans le sein de leur maman qui tressaillent d’allégresse.

  • Jésus revêt sa mère de la dignité de Mère de Dieu et nous fêterons ce beau nom de la Vierge le 1er janvier.
  • Jean le Baptiste éveille sa mère à l’accueil du mystère de l’œuvre de Salut de Dieu.

Plus surprenamment, en arrivant, Marie portait son secret ; Élisabeth le cri au monde !

Élisabeth commençait tout juste à s’habituer à son propre bonheur et voilà qu’elle découvre à livre ouvert, une annonce dans le cœur de la Vierge, une nouvelle attendue depuis des siècles, une joie encore plus indicible que la sienne. Par cet évangile, nous devenons témoins de la Béatitude de ces deux femmes qui ont bâti leurs vies sur la promesse de Dieu !

Pour la première fois dans le monde, la venue du Messie est reconnue ; Celui qui était attendu depuis des siècles est réalité ! Pour la première fois, Marie, jeune mère, est accueillie comme porteuse de l’espoir du peuple de Dieu !

À ce moment-là, bien sûr, tout est en devenir, mais déjà tout est là, tout s’accomplit selon la Promesse : le Christ est venu, Il vient et Il viendra !

Si j’ai pris le temps de reprendre avec vous cette scène, cet épisode extraordinaire, c’est que nous aussi, nous avons une visitation à vivre, une rencontre avec le Christ, là où nous en sommes, même si notre tête peut être encombrée de mille petits soucis ou autres préparatifs.

À quelques heures de Noël, nous voici exhortés à renouveler notre regard, notre intelligence, notre capacité d’émerveillement ! Nous savons bien que, de temps en temps, au fond de nous, cette capacité de s’émerveiller de Dieu s’est éteinte ou s’est bien ramollie…

Bien évidemment, beaucoup d’entre nous connaissent d’avance tous les événements qui composent la naissance du Messie. J’ai entendu un enfant qui disait : « Oh, à Noël, il n’y a pas de suspense ! On connaît la fin ! »

Osons regarder Noël avec un regard nouveau, avec un cœur différent ; ne faisons pas de ce Noël une simple répétition de l’année dernière ! Accueillons le don renouvelé de Noël ! Laissons notre cœur être comblé de joie, parce que cet enfant, nous le croyons, est la réponse au désir de bonheur et d’avenir de toute l’humanité.

Frères et sœurs, je vous en supplie, ne manquons pas le rendez-vous avec Jésus enfant, Jésus de la crèche, par un quelconque manque de disponibilité intérieure, par lassitude, par un manque d’espérance ou simplement par routine.

En cette fête, que nous soit accordée la simplification de notre cœur si souvent embrouillé et encombré !

Ne restons pas seuls, même au cœur d’une foule souvent désorientée, soyons donc vigilants à rejoindre toute l’assemblée de l’église en prières, de rejoindre notre communauté qui attend avec ferveur l’accomplissement des temps.

Noël n’est pas simplement un anniversaire que nous fêtons chaque année ; Noël est un rendez-vous, une visitation que nous fixe notre Dieu pour réaliser sa Promesse ! Plus encore, Dieu nous invite à une rencontre personnelle toujours nouvelle.

Prenez donc du temps, temps de prière devant la crèche que vous avez chez vous ou dans les églises où vous pourrez en admirer de magnifiques. Et puis, par notre prière, aidons-nous les uns, les autres, à vivre ce temps de Noël comme un cadeau merveilleux que nous fait notre Seigneur.

Que l’Esprit Saint, au fond de nous-mêmes nous enfante à l’espérance, nous fasse jubiler de joie !

Demandons cette grâce pour chacun de nous, ici rassemblés, pour l’église dans le monde et pour toute l’humanité !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Gaso - Audio - Dimanche 23 décembre 2018 - 4eme Semaine Avent 2018

Homélie du mercredi 19 décembre 2018, 3e semaine de l’Avent, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Luc 1, 5-25. Psaume 70. Livre des juges 13, 2-7.24-25a.

Bien souvent, quand nous parlons de l’Annonciation, nous pensons immédiatement à l’Annonciation à Marie. De fait, et nous oublions qu’il y a eu aussi une annonciation à Zacharie.     

Au centre du récit de l’annonce faite à Zacharie, nous venons d’entendre les paroles de l’ange Gabriel décrivant la personnalité spirituelle et la mission du Baptiste.

Quel est le nom que Zacharie donnera à l’enfant ? Ce sera le nom indiqué par l’ange, donc choisi par Dieu, Jean, « Yohannan » en hébreux, est à lui seul le résumé du message que le Baptiste proclamera (Nous savons bien que ce nom posera un petit problème lors de la naissance. L’acceptation de ce nom par Zacharie lui permettra de retrouver l’usage de la parole).

La traduction de ce prénom est : « Dieu fait grâce ».

Parce que Jean sera porteur de cette bonne nouvelle : “Dieu fait grâce au monde“, il sera la cause de joies, non seulement pour ses parents (nous l’imaginons bien !) mais aussi pour beaucoup d’autres.

“Il sera grand devant le Seigneur“ ajoute l’ange, c’est-à-dire que Dieu aura toujours pour lui, non seulement un grand amour et un grand dessein, mais il indique d’avance le chemin de sa double consécration :

 - Jean le Précurseur sera d’une part comme autrefois Samson (c’est-à-dire il sera saint et serviteur de Dieu)

- et d’autre part, l’Esprit fera de lui un prophète, et cela dès le sein de sa mère, comme Élisabeth le vérifiera le jour de la Visitation. Pour nous qui connaissons la suite, nous comprenons l’allusion.

Dieu annonce d’avance son projet ; quel est le rêve de Dieu ? Le Salut du monde, le salut des hommes. Si nous fêtons Noël dans quelques jours, oublions les cadeaux, oublions le paganisme de la fête et voyons réellement pourquoi Jésus Dieu est venu dans notre humanité : c’est pour nous sauver !

Dans cette mission prophétique de Jean, l’ange annonce qu’elle se déploiera sous le signe d’Élie, l’homme de Dieu, l’homme de Feu, avec la force spirituelle, la puissance d’Élie.

Frères et sœurs, n’oublions pas que cette mission est commune à chacun de nous, et cela dès le jour de notre baptême. Elle se résume en cinq points :

  • Ramener les hommes au Seigneur leur Dieu
  • Marcher devant sous le regard de Dieu
  • Ramener le cœur des pères vers leurs enfants
  • Ramener les rebelles à la sagesse des justes
  • Préparer au Seigneur un peuple bien disposé, c’est-à-dire résolument ouvert au Salut de Dieu.

Nous le comprenons bien : c’est une mission tout entière tournée vers l’espérance. L’avenir que Dieu veut pour l’humanité ne pourra pas se faire sans que l’homme y participe.

En découvrant la mission du Baptiste, c’est aussi notre mission que nous avons à découvrir.

Une dernière chose : il m’arrive d’entendre dire qu’il est difficile de témoigner de Dieu, d’oser l’annoncer dans sa famille ou à ses amis. Ne soyons pas trop étonnés si notre bouche demeure muette, sans voix.

 Si nous sommes parfois incapables de proclamer la Bonne Nouvelle et les louanges de Dieu, je vais formuler une hypothèse : peut-être résistons-nous secrètement à l’Esprit Saint, à la mission que Dieu veut pour chacun de nous ?

Frères et sœurs, osons nous ouvrir totalement, résolument au mystère d’amour de Dieu pour chacun de nous !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 17 décembre 2018, 3e semaine de l’Avent, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Matthieu 1, 1-17. Psaume 71. Livre de la Genèse 49, 1-2.8-10.

Comme je vous le disais en préambule, à partir du 17 décembre, chaque jour la liturgie va nous permettre de revisiter notre histoire sainte, l’histoire du Salut que le Seigneur veut pour notre humanité.

Mettons notre cœur et notre intelligence pour comprendre ce que Dieu veut pour nous !

Au temps de Jésus, et aussi maintenant, la façon de se présenter était de dire : “fils de …“, “fils de Jacob“, “Ben Isaac“, “Ben Abraham“. Pour nous, lecteurs modernes de ce XXIe siècle, la généalogie de Jésus au début de l’évangile de saint Matthieu, peut paraître un peu longue, et pour certains, même un peu fastidieuse. Pourtant, c’est la manière, dans le monde sémitique, de se reconnaître et de dire qui je suis à travers cette filiation.

La longue généalogie que nous venons d’entendre, se termine avec la naissance de Jésus. À travers cette longue liste d’engendrements successifs, c’est l’Histoire sainte que saint Matthieu nous offre de découvrir. Cette longue histoire reprend sans ménagement, la vie de ces hommes et de ces femmes, de ces rois, certains bons, d’autres rusés, mais tous pécheurs. Leurs existences sont parfois conduites avec droiture mais parfois aussi avec des erreurs, des idolâtries, des vengeances et des infidélités. (À ce propos, reconnaissons que la Bible ne cache rien !)

Cette longue liste généalogique, ou livre des ancêtres du Christ est répartie selon trois périodes bien distinctes, comprenant chacune quatorze générations, d’Abraham jusqu’au roi David, de David à la déportation à Babylone, de la déportation à Babylone, au Christ. Ce chiffre de “quatorze“ doit être bien compris comme un chiffre symbolique. Remarquez, si vous avez fait vous-mêmes le décompte, que cette dernière ne mentionne que treize générations par les pères. Marie a une place toute particulière !

Cette généalogie ascendante de Jésus nous montre des chainons essentiels ; par exemple, l’histoire de la promesse faite à Abraham, qui passe par la royauté de David et par l’alliance de Dieu avec Israël. Jésus est ainsi situé par son enracinement, dans la lignée des pères :

  • “fils d’Abraham“ rattache Jésus au peuple élu,
  • “fils de David“ le rattache à la lignée de David d’où sortira le Messie.

Et c’était la promesse, la conviction que David portait que, de sa lignée, sortirait le Messie.

Mais son nom propre est Jésus-Christ, c’est-à-dire “Jésus le Messie“, et Lui seul peut porter ce nom en vérité. Si les deux premières périodes de la généalogie s’articulent autour de personnages qui sont connus, (on a entendu leurs noms, on sait ce qu’ils ont fait) il n’en n’est pas de même pour la période qui suit la déportation à Babylone. On connaît peu de choses de ces personnages-là ! Il est important de noter que Jésus hérite d’un peuple obscur qui a perdu, pourrait-on dire, sa prestance royale. Le Sauveur s’inscrit donc dans une lignée d’inconnus.

Ainsi, à travers la généalogie juive, c’est la généalogie de l’humanité blessée, déchue qui s’annonce en filigrane. Cependant, nous comprenons combien ce Salut est important !

Frères et sœurs, nous sommes seulement à une semaine de Noël ; n’ayons pas peur de regarder nos existences avec leurs joies mais aussi avec leurs poids de péchés pour les présenter humblement à Dieu, telles qu’elles sont, sans tromperies. Notre histoire n’est sans doute pas plus édifiante que celle du peuple d’Israël ; elle a connu des hauts, elle a connu des bas… nous avons, nous aussi, besoin d’être sauvés et notre Sauveur, c’est Jésus !

L’évangile d’aujourd’hui nous redit que :

Dieu ne craint pas de s’insérer au cœur d’une telle histoire, au cœur de “mon“ histoire.

N’oublions pas (cela est important !), n’oublions pas que depuis notre baptême,

nous sommes, nous aussi, des “Ben Adonaï “, c’est-à-dire des fils et des filles de Dieu !

Ne l’oublions pas !

                                                               Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 16 décembre 2018, 3e dimanche de l’Avent, dimanche de Gaudete, année C.
Messe célébrée en l’église saint Luc par Père Patrick Gaso, curé.
Évangile selon saint Luc 3, 10-18. Livre du prophète Sophonie 3, 14-18a. Cantique Isaïe 12.
Lettre de saint Paul aux Philippiens 4, 4-7.
 

Frères et sœurs, nous l’avons compris : nous vivons aujourd’hui le dimanche de la joie ! Je ne sais pas si votre cœur est joyeux ou non ? Le mien est plutôt dans la joie. Comme je vous le disais en préambule tout à l’heure, la couleur rose de ma chasuble essaie de traduire cette joie.

Pourquoi un tel dimanche ?

Les chrétiens font écho et sont porteurs, au plus profond d’eux-mêmes, du plus formidable message de joie et de bonheur, même si cela ne se voit pas forcément sur notre visage, mais le Seigneur est là ! Il vient ! Il est avec nous ! Il est l’Emmanuel, Dieu avec nous pour toujours  ! C’est une certitude et c’est la cause de notre joie.

- Déjà, cette bonne nouvelle était annoncée dans le Premier Testament. Le prophète Sophonie, lui aussi, nous invite dans la première lecture, à bondir de joie, à faire avec Dieu, un “tour de danse“ : “Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations !“ Tressaille d’allégresse : “Le Roi d’Israël, le Seigneur, est en toi.“

- Dans la lettre aux Philippiens, saint Paul surenchérit : “Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie.“

En observant nos visages, nous pourrions nous poser une question : sommes-nous réellement dans la joie ? Avec toutes ces invitations, comment faire le contraire ? Ha ! Je vois déjà quelques sourires dans notre assemblée…

Hier, je me trouvais avec les enfants de l’aumônerie du lycée Pierre Termier ; nous avons lu cet évangile et je leur ai posé une question : « Voulez-vous être heureux ? » Comme vous le savez, les jeunes d’aujourd’hui réfléchissent un peu autrement que nous, alors que nous étions jeunes. « Voulez-vous vivre dans la joie, dans cette joie que le Seigneur veut vous donner ? » leur ai-je demandé. Les réponses étaient intéressantes et très précises. Bien sûr, la réponse était “oui“…  mais pas n’importe comment ! Nous ne voulons pas être déçus : aidez-nous !

Vendredi soir, je rencontrais des fiancés pour préparer leur mariage. Préparer un mariage, c’est bigrement stimulant !  « Voulez-vous être un couple uni et rayonnant ? » leur ai-je demandé. Là encore, après avoir échangé un regard brillant, tous les deux ont répondu “oui“, mais ils avaient aussi des questions pertinentes quand ils voient leurs familles ou leurs amis autour d’eux s’unir puis se désunir : comment faire pour éviter cela et rester un couple stable, solide dans le temps ? Aidez-nous !

Et vous-mêmes, réunis ici dans cette assemblée, regardez votre cœur : « Voulez-vous être heureux ? Oui ou non ? » … Incroyable ! « Voulez-vous être heureux ? » J’ai eu un petit doute durant quelques instants en entendant vos réponses un peu trop faibles. Certains vont me dire, à juste titre, que l’âge et l’expérience leur ont appris que ce n’est pas toujours évident ; ce n’est pas si simple… la vie n’est pas un long fleuve tranquille… Mais, oui ! Au fond de nous, il y a cette certitude que nous sommes faits pour la joie même si cela semble parfois difficile. Nous aspirons tous au bonheur.

Frères et sœurs, vous avez raison de désirer cette joie ; il n’y a pas de honte ni d’inconscience à ce désir ; je le redis : nous sommes faits pour la joie !

Pourtant, une question se pose : cette joie de Dieu est-elle réellement possible en notre vie ?

Oui, sans aucun doute, mais attention ! Il nous faut découvrir de quelle joie il s’agit.

Que dit le monde lorsqu’il parle de joie ?

Nous connaissons la réponse : si nous arrivons à associer la jeunesse, la beauté, la richesse, la gloire, l’harmonie amoureuse et l’enthousiasme tout au long de notre vie, alors, avec le regard du monde : oui, notre vie sera réussie et les médias nous diront que c’est cela être dans la joie ; tel est l’idéal qui nous est proposé, mais nous le savons bien, cette joie sonne vide ;

  • la jeunesse disparaît au bout d’un certain temps,
  • la beauté aussi… bien qu’il y ait de jolies rides,
  • la richesse souvent fluctue au cours du temps,
  • la gloire ne va pas très loin quand elle est accordée par les hommes et
  • pour l’harmonie amoureuse, passée les coups de foudre du début, même si l’amour demeure, ce sera plus calme et
  • nous connaissons les différentes phases de l’enthousiasme avec ses hauts et ses bas.

De cette joie-là, nous ne pouvons pas être comblés. Notre société nous sature d’images idéalisées et face à un tel constat :

- soit nous entrons dans une frénésie galopante, dans une surenchère à tout vouloir, quel que soit le prix à payer

- soit nous tombons dans la mélancolie, voire même dans un certain désespoir de penser ne jamais pouvoir être heureux, car ces critères de succès semblent inatteignables ! En nous-mêmes, nous ressentons alors une désolation pleine d’amertume et de tristesse et nous regardons envieux, les grands de ce monde, les acteurs, les sportifs ou les politiciens, croyant qu’ils sont les seuls à pouvoir être heureux.

En réalité, la joie n’est pas le plaisir ni le bienêtre de consommation ; encore faut-il le comprendre et l’accepter et ne pas se laisser piéger par la publicité ambiante ! Hier, les jeunes de l’aumônerie m’ont agréablement surpris parce qu’ils avaient déjà fait cette analyse.

Alors, cette joie en Dieu est-elle possible ? Oui, bien sûr ! Mais que devons-nous faire ?

Remarquez que dans l’évangile, Jean le Baptiste ne parle pas de pénitence ou d’ascèse. De manière très concrète, il répond : oui, mais seulement à trois conditions que nous allons découvrir maintenant :

- La première condition est la conversion. Pour le Baptiste, le chemin de la joie passe par la conversion, conversion du cœur, conversion de l’intelligence. Nous portons en nous un désir de bonheur bien plus grand que nous, et seul Dieu peut dilater notre désir à sa mesure qui est d’aimer sans mesure. Nous ne serons vraiment libres que dans la mesure où nous aimons ; aimer d’un amour de compassion, d’un amour gratuit c’est-à-dire d’un amour qui est décentrement de soi ; cela nous oblige à convertir notre regard, notre cœur, notre intelligence. Il nous faut discerner et avoir l’audace de choisir le bonheur vrai.

- La deuxième condition : accomplir des choses simples et essentielles poursuit le Baptiste : “Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas… Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort“ Les chemins du bonheur empruntent ceux du partage et de la justice ; il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ; et pour cela, il nous faut être justes dans notre vie, bienveillants dans notre façon d’agir.

- La troisième condition : être plongés dans le don du pardon. Le Baptiste, après avoir invité à partager sa garde-robe et à ouvrir son garde-manger, appelle à ouvrir son cœur. Il nous invite à nous plonger dans la miséricorde de Dieu. Pour cela, il nous faut comprendre que le péché provoque une rupture de la joie.

Alors, frères et sœurs, à la question : “Que devons-nous faire ?“, l’évangile répond qu’il faut nous convertir, plus particulièrement osez comprendre ce qui, au fond de mon cœur, m’empêche réellement d’être dans la joie ; la vie sans le pardon devient rapidement un enfer. Le pardon est le don gratuit de Dieu, c’est le cadeau de Dieu qui est au centre du sacrement du pardon et de la réconciliation. Me reconnaître pécheur, je peux le faire tout seul. Mais demander pardon à Dieu, si je crie : « Dieu, je te demande pardon ! », je ne suis pas sûr d’entendre la réponse d’une façon claire et directe. Mais m’entendre dire par un autre qui a été ordonné pour cela, par un prêtre : « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, je te pardonne tous tes péchés », je ne peux le faire seul. J’ai besoin de l’Église et de ses ministres pour m’entendre signifier le pardon de Dieu, pour que mon cœur revienne dans la paix.

Effectivement, il nous faut nous convertir, nous poser les bonnes questions : « Que devons-nous faire ? » : reconnaître que nous avons besoin d’entrer dans un pardon vis-à-vis de moi-même, vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis des autres.

C’est alors que la joie est possible et elle devient joie de Dieu et joie en Dieu.

Cette joie-là se partage, elle devient communication et communicative : joie de se savoir aimé de Dieu et d’aimer ! Vous le savez bien, rien n’est reçu qui ne soit donné. Rien n’existe pour soi sinon dans l’autre et pour l’autre. Rien ne dure sinon dans l’amour.

Frères et sœurs, à la question : “Que devons-nous faire ?“, la réponse est de nous convertir, de nous plonger dans la joie et le don du pardon, comprendre que seul l’amour renouvelle la joie.

Dans la paroisse, il y a des moments extraordinaires où cette joie est  partagée dans l’accueil de tel ou telle. C’est pourquoi je laisse maintenant la parole à l’équipe « Charité et Solidarité » pour expliquer ce qui se vit dans l’ordre du partage et de la joie dans notre paroisse.

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 12 décembre 2018, 2e semaine de l’Avent, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Matthieu 11, 28-30. Livre d’Isaïe 40, 25-31. Psaume 102.

Avec l’évangile de ce jour, nous recevons une invitation surprenante ; il est un peu plus de 8 heures du matin, nous sommes encore un peu assoupis, sous la couette, et voilà que le Seigneur nous propose de prendre son joug : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le fardeau, … prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples. »

Comment réagissez-vous à cette invitation ? Que dites-vous ?

Peut-être : « Non seulement j’ai des soucis, mais le Seigneur me demande, en plus, de prendre son joug ? C’est trop ! Comment y arriver ? » Notre première réaction pourrait être de dire : « Non, Seigneur ! Pas aujourd’hui ! »

Pourquoi pourrions-nous avoir cette attitude ? Parce que nous pouvons comprendre cette invitation en terme de poids, de lourdeur, de charge. Peut-être avons déjà nous-mêmes, comme beaucoup de personnes autour de nous, des difficultés à vivre simplement cette vie, certes avec de belles joies mais aussi avec des peines, des souffrances, des maux… Certains vont me répondre qu’ils n’ont pas envie d’en rajouter !

- Pourquoi Jésus nous parle-t-il de joug ? Veut-il nous surcharger davantage ? Que veut-il nous dire ?

De fait, il nous faut lire, relire ce passage, dans une méditation et une écoute attentive de ce que Dieu veut susurrer à l’oreille de mon cœur et sortir d’une première impression peut-être un peu négative. Que dit-il ? « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples. » Le Seigneur reconnaît bien que j’ai déjà un poids à porter.

- Quel est donc ce joug que Jésus veut me donner à porter en plus ?

Si nous y regardons de plus près et pour peu que nous ayons un peu en image ce qui se passait il n’y a pas si longtemps dans les fermes ou dans les labours, un joug n’est pas un fardeau à proprement parler ; le joug est une aide. Effectivement, c’est une barre de bois que l’on pose sur la nuque des bœufs, mais en réalité, le joug aide les bêtes attelées à tirer plus facilement leurs charges. C’est bien là son but !

- En nous proposant son joug, en étant “côte à côte“, auprès de Lui, Jésus nous offre de l’aide pour porter notre fardeau, car un joug est toujours prévu pour être porté à deux. (nous ne sommes plus seuls !)

- Jésus nous parle bien de “mon“ joug, c’est-à-dire son joug qu’il nous invite à porter un peu avec lui ; et il est celui qui est attelé en premier ! Il nous propose cette place à côté de Lui. Si vous interrogez un fermier, il vous dira que lorsque deux bêtes reliées par un joug tirent une charge, il y en a toujours une, la première, la plus robuste, qui marche légèrement en avant de l’autre ; c’est elle qui tire le plus la charge. C’est précisément ce que propose Jésus à chacun d’entre nous !

- Là, pour le coup, le texte prend une autre saveur ! Jésus vient m’aider véritablement à porter ma vie ! Il y a comme un retournement de situation pour peu que nous nous mettions à l’écoute de la Parole de Dieu !

- Plus encore ! Nous sommes invités à aller un peu plus loin pour comprendre cette réalité que Jésus nous propose ! Le mot “joug“ a la même origine que celle que nous trouvons dans la réalité des époux. Ne parlons-nous pas de “conjugalité“ ? Je sais que ce n’est peut-être pas très “glamour“ mais, quand un homme et une femme disent ce “oui“ et décident de s’unir, ils choisissent de porter ensemble cette même charge du couple : famille, enfants, travail. Il y a un “côte à côte“ qui fait que le couple regarde et avance ensemble, parfois, c’est l’un qui tire en premier, à d’autres moments, c’est son conjoint. Ce couple fait le choix de porter le même joug et, en conséquence, nous entrons dans une nuptialité, dans une alliance.

C’est bien d’une alliance dont parle Jésus !

Il nous faut retenir que, dans l’invitation de l’évangile de ce jour, Jésus veut faire alliance avec moi !

- C’est en accueillant au cœur de ma vie la présence de Jésus que je vais enfin pouvoir trouver le repos auquel j’aspire, le repos qu’il me promet ! À ce moment, je deviens disponible pour porter aussi cette charge de la mission, de l’évangélisation, de l’annonce, avec Lui : le joug de l’évangile ! C’est à ce moment précis que je deviens son disciple !

Voyez le cheminement que Jésus nous propose de faire à travers cette invitation !

Frères et sœurs, disons “oui“, acceptons la proposition de Jésus ! Choisissons, aujourd’hui, de nous mettre à l’école de la douceur et de l’humilité du cœur de Jésus ! Oui ! Dieu veut faire alliance avec nous ; Il veut faire le don d’une alliance pour notre salut, pour le salut de celles et ceux qui sont ici, et plus largement encore pour le salut du monde !

Confiance ! Joyeusement, portons avec Lui notre monde !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 10 décembre 2018, 2e semaine de l’Avent, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon Saint-Luc 5, 17-26. Psaume 84. Livre du prophète Isaïe 35, 1-10.

Frères et sœurs, nous venons d’entendre et presque d’assister à un “process“ de libération, c’est-à-dire à une succession d’étapes pour arriver jusqu’au pardon, au don du pardon de Jésus. La conséquence est que : “Tous rendaient gloire à Dieu !“ Peut-être, portez-vous ce désir au fond de vous-mêmes, mais voilà…

De fait, il peut arriver que des obstacles nous empêchent d’aller jusque-là. Dans ce récit de la guérison d’un homme que ses compagnons font passer par le toit, sur son brancard, nous assistons à un obstacle, une difficulté importante : que ce soit la foule, que ce soit un mur, des tuiles… ! Bref, un obstacle nous bloque. Sans doute avons-nous fait cette expérience et ce constat dans notre propre existence. Parfois ces obstacles sont dus à des causes extérieures, parfois imprévisibles, mais il arrive que ces causes soient propres à nous-mêmes !

Combien de fois, le Seigneur veut nous consoler, nous redire son amour, nous cajoler, mais nous nous heurtons à des difficultés : difficultés matérielles ou financières, difficultés de fermeture, la solitude, le découragement… Nous voyons que ces obstacles s’accumulent autour de nous et nous n’avons même plus la force de réagir.

Comment lever ces obstacles à la consolation que le Seigneur veut nous donner?

Voilà la question que j’entends aujourd’hui, dans l’évangile. Il est vrai que ce n’est pas toujours facile de se laisser consoler par le Seigneur ! Pourquoi ? Parce qu’il faut bien souvent nous dépouiller de nos peurs, de nos égoïsmes, de ces choses qui sont notre fort interne : que ce soit l’amertume, que ce soit les plaintes, que ce soit beaucoup d’autres choses. Pour que cette consolation advienne, nous sommes invités déjà à réfléchir, à faire un examen de conscience :

Comment est mon cœur ? Ai-je une quelconque amertume ? Pourquoi suis-je triste ?

Comment est mon langage ? Comment est-ce que je vois le monde autour de moi ?

Ai-je besoin de cela pour exister ? Suis-je capable d’accepter l’aide des autres ?

Est-ce que j’ose demander de l’aide ?

C’est à ces moments-là qu’il faut un ressort supplémentaire, un vrai « courage », que l’on peut accueillir ou acquérir dans la prière ! Oser demander au Seigneur la grâce du courage parce que, dans le courage, il vient lui-même déjà nous consoler. Ce courage peut venir au-dedans de nous. Vous connaissez l’expression qui nous dit que c’est lorsque nous touchons le fond, qu’il n’y a pas d’autre solution que de rebondir. Ce peut être aussi insufflé par des amis, par des paroissiens, des frères et sœurs en Christ qui vont pouvoir nous apporter cette pichenette de force pour que nous puissions reprendre souffle et redémarrer.

                Mais ce n’est pas toujours facile de se laisser consoler, de montrer une faiblesse ! Pour beaucoup, il est plus facile de consoler les autres que de se laisser consoler. Bien souvent, nous sommes attachés au négatif, nous sommes attachés à la rancœur, à la blessure du péché en nous ! Souvent, nous restons abattus, parfois même nous préférons rester là, seuls, sur son lit, comme celui de l’Évangile, isolé… là-bas, et ne pas se lever.

C’est à ce moment-là que nous entendons-nous : “Lève-toi” ; c’est la parole de Jésus, qui toujours nous redit : Lève-toi !”.

Lève-toi !” pour aller au confessionnal,

Lève-toi !” pour entendre la Parole de Dieu,

Lève-toi !” pour sortir de ta torpeur !

Frères et Sœurs, nous pouvons demander ce matin pour nous-mêmes et aussi pour celles et ceux que nous connaissons autour de nous, le désir de la consolation, le désir déjà du courage ! Oser “Se laisser consoler par le Seigneur“!

  • Le courage, parce que Dieu sauve !
  • La simplicité, non seulement de faire confiance à Dieu, mais aussi de se laisser porter par les autres ! Ayons aussi cette compassion en portant les autres !

Bref, soyons des mendiants de la consolation du Seigneur ! Demandons cette grâce pour chacun de nous pour aujourd’hui et pour les jours qui viennent et trouvons le courage pour y répondre !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 9 décembre 2018, deuxième dimanche de l’Avent, année C.
Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.
Évangile selon saint Luc 3, 1-6. Livre du prophète Baruc 5, 1-9. Psaume 125.
Lettre de saint Paul aux Philippiens 1, 4-6. 8-11.

Frères et sœurs, êtes-vous bien installés ? Êtes-vous confortablement bien disposés ? Très bien ! Car c’est un petit enseignement, un peu plus consistant qu’à l’habitude, que je vous propose ce matin.

Si nous avons bien écouté, si nous avons été attentifs aux lectures d’aujourd’hui, l’appel est clair ! Vous l’avez découvert comme moi : frères et sœurs, nous sommes invités à la conversion, oui ! à la conversion.

- Pour les chrétiens de l’église de Philippe en Macédoine, Paul retrace ce chemin de conversion et de croissance : “ Celui qui a commencé en vous un si beau travail, le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus.“

Qui a commencé ce travail en vous, … L’Esprit saint, bien sûr !

Dans quel but ? Pour annoncer l’évangile, pour annoncer la Bonne Nouvelle, pour être prêt à accueillir la venue du Christ, et le dire. Saint Paul nous dit que Dieu veut que tous.

- Dans l’évangile, à propos de Jean le Baptiste, il est dit qu’il proclamait “un baptême de conversion pour le pardon des péchés“.

Alors, peut-être allez-vous me demander : qu’est-ce que se convertir ?

La réponse est simple : c’est changer ! Dans ma façon de vivre, dans ma façon de penser,  dans ma façon d’observer les événements de ma vie, il y a en moi quelque chose qui doit changer !

Se convertir n’est pas d’abord, le fruit d’un effort, même si parfois cela demande un long travail. En réalité, se convertir, changer : c’est laisser le Seigneur entrer dans mon existence.

La conversion, c’est laisser le Seigneur entrer dans ma vie !

On va changer lorsqu’on aura vraiment fait la rencontre du Seigneur. S’il en est besoin, l’effort est simplement la réponse à Dieu ; je prends la mesure de ce que Dieu a déjà fait pour moi et ce qu’il est en train de faire, encore et toujours, en moi. Vous le savez bien : être chrétien n’est pas seulement une adhésion à une idée, ce n’est pas une adhésion à une morale, ni même simplement à des convictions !

Être chrétien, c’est la rencontre et la relation avec un événement et une personne.

- Qu’est-ce que cet événement ? C’est l’événement Pascal avec le Feu de l’Esprit dans lequel nous sommes plongés ; c’est le baptême dans l’Esprit saint que nous avons reçu, et qui nous est redonné lors du sacrement de la confirmation. (Permettez-moi une petite parenthèse : un nouveau cycle de préparation à la confirmation va commencer maintenant, dans notre paroisse, pour celles et ceux qui ne sont pas encore confirmés. Peut-être y en a-t-il dans notre assemblée ?)

- Qui est la personne ? C’est Jésus. C’est la rencontre avec la personne même de Jésus qui modifie profondément notre existence. Frères et sœurs, si vous avez déjà fait cette rencontre : ne l’oubliez pas ! Si vous l’avez pas encore faite, (c’est possible pour certains), mettez-vous à genoux et demandez-Lui.

Nous sommes dans le temps de l’Avent, qui n’est pas seulement le temps où nous nous préparons à fêter la naissance de Jésus, à fêter noël. Ce temps est le moment où nous nous rendons disponibles à la venue du Seigneur. Il est important de remettre les mots sur ce que nous vivons ; le temps de l’Avent est le temps où nous nous rendons disponibles à la rencontre toujours renouvelée du Seigneur.

Les Pères de l’Église parlent des “trois venues du Seigneur“.

- La première venue est l’Incarnation : chaque année, de Noël en Noël, nous sommes invités à saisir de mieux en mieux cet événement ; la grandeur, la délicatesse, la beauté de la venue en notre humanité, de Dieu qui s’est fait homme. Ne vivez pas le même Noël que l’année dernière ou la précédente ! Ce Noël sera forcément différent cette année, parce que nous grandissons en intelligence. J’ai cependant et vraiment la certitude que nous n’avons pas encore pris toute la mesure, toute la portée de cet événement. Ne prenons pas le risque de passer Noël comme les Noël précédents ! Comprenons-nous ce que nous dirons à Noël ? Je vous cite quelques petites phrases afin qu’elles entrent tout doucement dans notre cœur :

  • “Dieu invisible s’est rendu visible à nos yeux.“ C’est bien ce qui se passe à Noël ! La Parole de Dieu, n’est plus seulement “audible“, elle devient “visible“.
  • Ou encore : “Engendré avant le temps, Il est entré dans le cours du temps“ ; l’éternité est entrée dans notre temps.

C’est dans ce mystère que nous sommes invités à entrer à Noël. Par là, nous sommes libérés de la peur et nous entrons dans la joie : voici les fruits de ce mystère : paix et joie!

- La deuxième venue du Seigneur est celle que nous attendons. À toutes les eucharisties, comme nous le redirons tout à l’heure en chantant l’anamnèse : « Nous proclamons ta mort, nous célébrons ta résurrection. Nous attendons ta venue dans la gloire. » Ou encore, lorsque nous confessons notre foi en proclamant le Credo : « Il viendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. » Nous sommes dans ce temps où nous devons raviver en nous le désir de la venue glorieuse du Seigneur. C’est ce désir que nous devons raviver en nous, tout simplement, parce que, de temps en temps, ce désir s’éteint ! Il est bon de se rappeler que la figure de ce monde va passer. Ne mettons pas beaucoup de notre énergie dans les succès artificiels de notre monde qui va mourir ; nous le savons bien : le Christ peut surgir à n’importe quel moment, et nous ne savons ni le jour, ni l’heure. Une question me touche profondément à chaque fois qu’elle est posée : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » ou serons-nous occupés ou préoccupés par autre chose…

- La troisième venue, c’est aujourd’hui ; c’est aujourd’hui dans notre vie. Jésus vient nous parler, Il vient nous guérir, nous rassurer, nous aimer à travers sa Parole, dans ses sacrements, dans la communauté que nous formons qui doit être fraternelle et charitable. Au travers de tous les événements de notre vie, le Christ est présent, même si parfois nous l’oublions. Le temps de l’Avent est le temps de cette disponibilité au Seigneur qui, aujourd’hui veut nous parler, qui aujourd’hui, veut nous rencontrer ; mais croyons-nous vraiment qu’Il peut visiter notre vie aujourd’hui, et la transformer ? Je vous invite à retenir cette question afin de vous la poser quand vous en aurez le temps :

Croyez-vous que le Seigneur peut visiter votre vie aujourd’hui et la transformer ?

Ces mots ne sont pas une critique car, nous le savons bien, même si nous venons à la messe chaque dimanche, trop souvent nous vivons comme si Dieu n’existait pas, comme s’il ne pouvait pas venir dans notre vie pour la transformer. Sans doute vous souvenez-vous du livre de l’Apocalypse où il est dit : “ Voici que je me tiens a ta porte et je frappe.“ Ap, 3,20.

Durant le temps de l’Avent, quelqu’un frappe tout doucement à la porte de mon âme pour que je prenne le risque de m’ouvrir à la présence de Dieu.

Voulons-nous Le laisser entrer ?

Alors frères et sœurs, pour entrer dans ce chemin de conversion, permettez-moi trois conseils :

- Le premier : c’est écouter ; plus précisément, il s’agit de faire silence à l’intérieur comme à l’extérieur. On peut vivre sans télévision ; on peut vivre sans téléphone portable ; on peut vivre sans ordinateur… au moins quelques heures dans la journée ! Ce silence retrouvé peut nous permettre de descendre au plus profond de notre cœur ; mais souvent, nous nous laissons tenter par l’agitation perpétuelle, un certain activisme un peu frénétique, la superficialité, la sur-occupation de nos journées quand bien même ce serait d’être occupé à ne rien faire… Nous avons une difficulté avec le silence et l’intériorité ! Tant de personnes ont du mal à entendre la voie du Seigneur car elles ne savent plus trouver le silence où Dieu se rend présent et nous parle.

Comment trouver ce silence qui permet un véritable dialogue avec Dieu ?

Nous pouvons déjà nous taire. C’est un début mais ce peut être insuffisant car nous pouvons être agités intérieurement. Il s’agit aussi de ne plus se préoccuper des apparences et de ce que les autres peuvent penser de moi. (Vous savez, nous avons souvent un “petit moulin“ qui tourne dans notre tête, et c’est terrible !) Le silence, c’est se mettre en vérité devant Dieu, à découvert, être en paix dans notre cœur. Le sacrement du pardon est un des moyens extraordinaires pour éviter de nous fuir nous-mêmes et, finalement, de fuir tout simplement Dieu. C’est le premier conseil : le silence pour découvrir notre intériorité.

- Le deuxième conseil : nous désencombrer. Dans l’évangile de Luc, 21 : “ Tenez-vous sur vos gardes de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les débauches, l’ivrognerie et les soucis de la vie.“ Je suppose que vous n’êtes pas trop concernés par les débauches et l’ivrognerie (quoi que ?) mais je suis certain que votre vie vous cause, vous pose des soucis. Parfois notre cœur est alourdi par toutes sortes de choses, de pensées, de tracas, de préoccupations matérielles ou par la maladie ; tout cela est sans aucun doute légitime mais ne prennent-ils pas une place excessive ? Alors, il n’y a plus de place pour une joie simple, une simple joie. Frères et sœurs, je vous invite à supprimer de vos cœurs, de vos placards tout ce qui est inutile. Il nous faut redécouvrir le beau, le bien, le vrai et c’est toujours une grâce à redemander. Deuxième conseil : se désencombrer de tout ce qui est inutile !

- Le troisième conseil : se laisser surprendre par Dieu ; accepter d’être dérangé, bousculé ! En réalité, souvent nous préférons demeurer tels que nous sommes, bien confortablement installés dans notre canapé. Nous aimerions bien que Jésus soit présent dans notre vie à la condition que : « Seigneur, ne change rien ! Ne me bouscule pas trop, Seigneur ! » Bien sûr, je suis persuadé que nous croyons en Dieu, que nous sommes fascinés par Jésus, que nous sommes serviables, sensibles aux souffrances de nos frères et sœurs, mais quand Dieu nous demande d’aller plus loin, de faire quelque chose de plus et d’inattendu, nous avons peur que cette demande modifie trop de choses en nous : de fait, nous avons peur des exigences de la Foi !

Être chrétien, ce n’est pas être parfait ! D’ailleurs, nous ne sommes pas parfaits et je le dis d’une façon un peu crue : ni vous, ni moi, nous ne sommes parfaits ! Être chrétien, c’est suivre Jésus malgré nos fragilités, malgré notre imperfection ! C’est aussi nous laisser constamment déranger, bousculer par Lui, pour notre bien et notre devenir.

Frères et sœurs, le Seigneur vient !

Il a des choses à nous dire et peut-être même des paroles que nous n’avons pas prévu d’entendre !

Laissons-nous surprendre par Dieu !

Homélie du Père Gaso - Audio - Dimanche 9 décembre 2018 - 2eme Semaine Avent 2018

Homélie du samedi 8 décembre 2018.
Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, année C.
Messe célébrée à Grenoble, Basilique St Joseph, par le Père Patrick Gaso.
Évangile selon st Luc 1, 26-38. Livre de la Genèse 3, 9-15.20. Psaume 97. St Paul aux Ephésiens 1, 3-12.

Frères et sœurs, peut-être avons-nous déjà préparé la crèche dans notre maison, comme dans cette église mais peut-être en un peu moins grand ?

Peut-être êtes-vous en train de faire les achats pour les cadeaux de Noël, ou de réfléchir à ce que vous allez cuisiner pour le réveillon avec vos familles ?

Ce soir, je vous invite à une réflexion un peu différente, autre. Il est bien possible que les mamans puissent mieux saisir ce que je vais vous dire.

Nous voici dans le temps de l’Avent, à quelques semaines du 25 décembre. Pour le dire autrement : Marie est à son huitième mois de grossesse. Au début de ce dernier mois avant la naissance, Marie, alors que nous pourrions l’imaginer alitée, comme cela est nécessaire parfois, Marie est en train de se diriger, sans doute un peu péniblement, difficilement vers la ville de Bethléem. Pourquoi ? À cause, comme vous le savez bien, du recensement décrété par César Auguste qui voulait compter le “monde entier“ de l’époque !

Nous retrouvons Marie, ce soir, sur cette route. Joseph est auprès d’elle, juste à côté d’elle. Peut-être est-elle assise sur le dos d’un âne avançant pas à pas ? Imaginons le regard de Joseph, peut-être inquiet, lui demandant sans cesse : « Marie, est-ce que ça va ? »

En ce temps de l’Avent et durant ce voyage vers Bethléem, la liturgie nous invite à un “flashback“, (pardonnez-moi cet anglicisme). Dans ce retour en arrière, nous voyons Marie sur son âne en train de prier et peut-être que durant ce voyage, elle se remémore ce moment unique où l’Ange Gabriel est entré dans sa vie, est entré chez elle, huit ou neuf mois plus tôt. Pour Marie, impossible d’oublier cette rencontre, impossible d’oublier son “oui“, son “fiat“ à Dieu qui l’a conduit à entrer dans l’inconnu de Dieu et aussi dans cette profonde confiance en Dieu. Ce soir, avec Marie, nous sommes invités à faire mémoire de ce moment unique !

L’Ange, en entrant, lui avait dit : “Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi“.

Oui, c’est vrai ! Marie est celle qui est comblée de la grâce du Seigneur !

Fêter l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, c’est fêter la victoire de l’amour de Dieu en une personne de notre humanité nommée Marie. Marie est une créature, tout comme nous, et pourtant ! De cette femme à la fois toute simple et remarquable, va dépendre le plan de salut que Dieu a pour chacun de nous. Ce n’est pas anodin que nous ayons entendu, en première lecture, le livre de la Genèse, qui nous redit avec Ève, le combat tragique de l’origine, tel que nous pouvons aussi le relire dans notre existence, à chaque fois que nous sommes tentés, à chaque fois que nous désobéissons à l’amour de Dieu. Nous savons bien que ce combat dure encore… ce n’est pas une fatalité car le ciel vient à notre secours !

Marie, la première sauvée, nous ouvre un chemin qui nous mène à nouveau, à la porte du Royaume. Marie nous montre ce chemin, et bien souvent nous le chantons : Marie, la première en chemin ! Ce soir, nous pourrions avoir une prière toute simple :

Marie, nous voulons te suivre à la suite de ton Fils.

Lors de la salutation de l’Ange, Marie avait été troublée, un trouble légitime ; là aussi, nous entendons pour chacun de nous, la réponse rassurante de l’Ange : “Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.“ Cette réponse est valable pour nous tous, quelque soit notre âge, quelque soit notre vie, nos joies ou nos difficultés :

Sois sans crainte, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

 De fait, pour peu que nous soyons nous aussi accueillants à sa personne, l’Esprit Saint est toujours à l’œuvre ; il continue son œuvre en nous. C’est Lui qui, en ces jours, nous dévoile le mystère de Noël, ce mystère de la Nativité, ce mystère de la naissance de Jésus, qui par anticipation, vient déjà préparer le cœur de sa maman. Vous l’avez sans doute compris : Marie est préservée de tout péché par une grâce particulière de la mort de son Fils. Mais, comment est-ce possible puisque Marie est née bien avant Jésus, en tout cas dans notre logique humaine, et que Jésus va mourir plus tard.… ? Dans l’histoire et dans le temps de Dieu, la mort de Jésus vient préparer le corps et le cœur de Marie. C’est Lui qui nous révèle la logique de l’amour !

Marie a donc bénéficié par anticipation du mystère du salut de Jésus, mort sur la Croix et ressuscité.

La fête de l’Immaculée Conception, que nous fêtons aujourd’hui, est le rappel du projet de Dieu, projet de vie pour chacun de nous.

Ne l’oublions pas frères et sœurs :

Dieu veut nous sauver !
Dieu veut nous donner la vie !
Mais il ne peut pas le faire sans nous !
Marie nous apprend à dire “oui“, à dire “fiat“, nous aussi.

Durant ce temps de l’Avent, dans cette rencontre renouvelée avec Jésus, peut-être va-t-il nous demander, d’une façon ou d’une autre, de redire “oui“ à une mission, à un service, à tel effort ; ou “oui“ simplement pour retrouver la force, sa force, dans le sacrement de réconciliation.

 En cette belle fête de l’Immaculée Conception, puissions-nous rendre grâce à Dieu, lui demander pour chacun de nous, la force et l’audace de dire ce “oui“ à Jésus !

Demandons cela pour nous ce soir, et aussi pour nos familles, pour tous ces jeunes, pour notre communauté paroissiale et pour le monde !

Oui ! Le Seigneur veut faire de belles et de grandes choses en chacun de nous !

Puissions-nous lui ouvrir notre cœur !

AINSI SOIT-IL !

Homélie du mercredi 5 décembre 2018, 1ere semaine de l’Avent, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Matthieu 15, 29-37. Psaume 22. Livre du prophète Isaïe 25, 6-10a.
 

Frères et sœurs, que de situations parfois tourmentées, de misères, que de désespoirs autour et au milieu de nous… et peut-être même en nous-mêmes !

“… Jésus gravit la montagne et là, il s’assit.“ De son regard, il observe la foule, cette foule ! Ce qu’il voit tout particulièrement, c’est la misère que beaucoup portent. Avez-vous remarqué que tous sont attentifs à sa Parole ?

“… Jésus fut saisi de compassion pour cette foule“, non seulement pour leurs misères, mais aussi parce que depuis trois jours, ils étaient restés auprès de Lui, nous précise l’évangile.

Ces trois jours évoqués par Jésus sont importants, car ils traduisent qu’il ne s’agit pas tout simplement pour cette foule, de venir pour être guérie, mais qu’elle veut demeurer, rester auprès du Christ, vivre en sa présence.

Oh, bien sûr, la faim est là ! Le ventre gargouille sans doute, mais, au-delà d’une faim matérielle, le souci de Jésus est pour chacun, oui ! pour chacun de nous. Il opère des guérisons qui touchent nos infirmités et aussi nos pauvretés.

Frères et sœurs, c’est de nous dont il s’agit. Le Christ prend notre bonne volonté, il reçoit même le peu que nous avons, il prend ce que nous sommes… Et Lui, le Seigneur de gloire agit et fait son œuvre.

Aujourd’hui encore, et c’est une évidence pour moi, Il veut opérer le Salut du monde au travers de nos cœurs et par nos mains. Le Sauveur du monde est déjà venu, nous le savons bien, et nous allons le fêter dans quelques jours et il va venir, encore. Nous l’attendons dans le Christ de gloire et, par son Esprit Saint, Il est déjà là !

Il dit toujours : “Je ne veux pas les renvoyer à jeun, ils pourraient défaillir en chemin“, et dans cet immense désert, disproportionné, avec le peu que nous pouvons faire, Jésus nous dit, nous demande : “Combien de pains avez-vous ?“ Alors, humblement, nous lui répondons et nous lui confions nos manques de moyens : « Seigneur, je n’ai que peu de choses : sept petits pains et quelques petits poissons. »

Ce qui est extraordinaire, c’est que ce “peu de choses“ suffit au Seigneur pour faire des miracles !

Nous avons besoin d’être guéris pour devenir “guérissant“ !

Nous avons besoin d’être nourris pour nourrir !

Nous avons besoin d’être avec Lui pour témoigner de Lui !

C’est vraiment ce que chacun de nous doit comprendre !

D’une certaine façon, Jésus nous demande à nous, d’accomplir ces miracles, à travers ce que nous sommes, à travers la communauté que nous formons. Surtout, ne me dites pas que c’est impossible ! Je peux en témoigner. Quand nous nous réunissons tous ensemble, quand nous écoutons la Parole de Dieu à plusieurs, quand nous lui faisons confiance, des signes prodigieux se passent autour de nous ; il suffit d’ouvrir nos yeux !

C’est dans l’Eucharistie que nous célébrons que s’opère maintenant le Salut du monde. Lorsque nous célébrons la Passion, la mort, la Résurrection, le Salut de Jésus arrive jusqu’à nous, et cette œuvre de Salut commence dans nos propres vies.

C’est alors que notre communauté devient une communauté de ressuscités à l’image du Seigneur de gloire. Christ, Pain de vie au milieu de nous, continue son œuvre.

“Alors la foule était dans l’admiration en voyant des muets qui parlaient, des estropiés rétablis, des boiteux qui marchaient, des aveugles qui voyaient.“

Nous ramassons les morceaux, car ils sont nombreux encore, ceux qui ont faim !

Mais déjà, frères et sœurs, relevons la tête ! Regardons ce que Dieu fait en nous et autour de nous ; alors, si nous croyons et si nous montrons une œuvre de foi, tous rendront gloire à Dieu !

Demandons cette audace pour notre communauté, pour nos familles et pour nous-mêmes !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 3 décembre 2018, 1ere semaine de l’Avent, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Matthieu 8, 5-11. Psaume 121. Livre du prophète Isaïe 2, 1-5.

 

Pour manifester l’universalité de l’appel de Dieu à travers le monde, qu’il soit de l’Orient ou de l’Occident, nous entendons cette péricope, ce passage dans l’évangile de saint Matthieu.

Un centurion vient trouver Jésus et Jésus avait bien des raisons d’entendre et d’exhausser cet officier romain :

- La première est que ce capitaine vient le supplier, non pas pour lui-même, mais pour un autre, un de ces petits, un de ces “sans grade“, un de ces hommes simples que Jésus aime. Un officier de l’armée d’occupation qui faisait preuve d’humanité et de sens social, ce n’était pas si courant sans doute. Il vient simplement dire : « J’ai un serviteur, il souffre, il va mourir. » C’est un peu comme Marie à Cana. Rappelez-vous cette phrase de Marie : « Ils n’ont plus de vin, fais quelque chose, Jésus ! »

- Cet homme est humble et cela aussi a du prix aux yeux de Jésus. Que dit-il ? Je ne suis pas digne, de cet honneur que tu me ferais en descendant chez moi. Il ne se sent pas digne ! Malgré le poids de son autorité humaine, militaire, malgré sa compétence d’officier, il ne se sent pas digne.

- Plus encore que cette humilité, ce qui va forcer l’admiration du Christ, c’est la conviction du centurion, sa foi tranquille et audacieuse : « Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. » Une parole, même de loin, de là où tu es… et mon serviteur sera guéri, car les choses doivent t’obéir.

Cet étranger, ce romain a pressenti quelque chose du secret de Jésus et avec ces mots à lui, il exprime le mystère de la Parole créatrice et recréatrice de Dieu. Littéralement dit-il : « Je sais que tu peux commander à la souffrance et à la mort. »

Cette foi, Jésus ne l’a pas trouvée chez les siens, chez les familiers du Temple et de la prière. Il l’a trouvée chez cet étranger venu de l’Occident, c’est-à-dire chez un “non-juif “, un “gentil“, un païen qui avait pour toute richesse spirituelle cette droiture humaine, cette beauté du cœur.

Alors, pourquoi entendons-nous cet évangile au tout début de l’Avent ?

Nous commençons cette longue période de l’Avent qui passera, bien sûr, par Noël mais qui ira bien au-delà de Noël, puisque nous attendons le re-venue du Christ. Sans doute, est-ce pour éveiller notre foi en chacun de nous, pour avoir le désir de cette droiture du cœur, de prendre soin de celles et ceux qui en ont besoin, pour comprendre que c’est aussi possible pour nous ; nous connaissons notre pauvreté, nos fragilités mais cela ne doit pas entamer notre espérance en Celui qui peut tout.

Ce que Jésus attend de chacun de nous, ce n’est pas tant la quantité et la somme des cadeaux que nous allons préparer et offrir, c’est bien l’humilité, cette simplicité du cœur. C’est cette attitude qui attire l’action de Dieu. La foi du centurion trouve son expression dans la conscience de son indignité qu’il confesse : “Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit.“ Pas plus digne d’ailleurs si nous y réfléchissons bien quand, il y a deux mille ans, dans le petit village de Bethléem, Jésus est entré dans notre humanité.

Moi aussi Seigneur, je sais que je ne suis pas digne que tu viennes en moi ; je ne suis peut-être même pas digne de venir vers Toi, mais je sais que ta Parole abolit toute distance, et je sais que je peux toujours, toujours, aller vers Toi. Un mot, un seul mot, un mot de Toi, de là où Tu es, un mot de Toi pour moi, un mot pour ma famille, un mot dans cette église et ma vie, en Toi, à nouveau fera son œuvre.

Au moment où nous allons accueillir au milieu de nous, le Corps du Christ, au moment où nous dirons ensemble tout à l’heure : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir », demandons que notre cœur s’ouvre afin d’accueillir toute grâce de la part de Dieu !

                Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 2 décembre 2018, premier dimanche de l’Avent, année C.
Messe célébrée en l’église saint Vincent de Paul Père Patrick Gaso, curé.
Évangile selon saint Luc 21, 25-28.34-36. Livre du prophète Jérémie 33, 14-16. Psaume 24.
Première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 3, 12 à 4, 2.

 

Ces derniers jours, plusieurs questions intéressantes m’ont été posées !

L'Avent, pourquoi ?
Comment se préparer au mystère de Noël (différent de la fête de Noël) ?
Est-ce que Noël est encore une fête de famille ?

 

Avec la première bougie de cette couronne que nous venons d’allumer, commence, aujourd’hui, le temps de l’Avent – AVENT - et non AVANT ! L’Avent est, hélas !, devenu pour notre société et beaucoup de chrétiens, un “avant-Noël“. AVANT !

    Que voyons-nous autour de nous ?

Nous voyons un déferlement d’illuminations, d’incitations à acheter tout ce qui nous sera nécessaire pour un bon réveillon, une fête, des cadeaux plus ou moins onéreux : tout cela ne fait que renforcer cette impression. L’Avent serait donc un « marché vers Noël », plus ou moins religieux, mais assurément commercial !

N’est-il pas urgent de passer d’un « Marché de Noël » au « Mystère de Noël » ?

 En ouvrant la nouvelle année liturgique par ces quatre semaines de l’Avent (AVENT), c’est un tout autre message que nous recevons et que nous transmet l’Église. Oui ! Nous attendons la venue à nouveau du Christ ressuscité, la venue du Christ en Gloire ! C’est-à-dire : une attente au-delà de Noël. Oui, cela est vrai, il y a deux mille ans, dans le village de Bethléem, Dieu a pris notre condition humaine pour nous parler du Père, pour nous révéler que Dieu est plus fort que la mort. Il s’est fait « Petit enfant », tout comme nous ! Noël est le rappel de cet évènement extraordinaire !

Et pour nous ? Et après ? Qu’attendons-nous du Christ ?

Sommes-nous persuadés de son retour parmi nous ?

Les disciples, après l’Ascension de Jésus vers son Père, pensaient que le retour de Jésus parmi eux était une question de jours, de semaines, de mois. Ils étaient persuadés d’être entrés dans un Avent, c’est-à-dire dans une attente qui ne durerait que peu de temps.

Mais les années, puis les siècles passèrent. Et nous sommes toujours dans cette attente : nous sommes toujours dans l’Avent de la re-venue en Gloire de Jésus ! Il nous faut comprendre que le temps de l’Église est un temps de l’attente !

- Alors, quand cela se passera-t-il ? Dans combien de temps ? « Dans combien d’années ou de siècles vas-tu revenir Seigneur ? » Cette question restera sans réponse. C’est Jésus lui-même qui nous le rappelle : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour, ni l'heure ! »

- Alors, que devons-nous faire ?

Approfondir notre foi pour comprendre cela ! Déjà pour nous-mêmes ! Faire comprendre dans la confiance, ce mystère d’attente, autour de nous, à nos proches, à nos enfants ! Mais aussi, vivre ce temps ensemble : en Église, en communauté paroissiale ! Vivre ce temps de l’Avent en famille ! Vivre réellement ce temps qui nous est donné pour demander au Seigneur d’« affermir nos cœurs » (2e  lecture), et découvrir que ce temps est déjà un cadeau d’espérance !

 Chers amis, permettez-moi cette audace : je vous invite à vivre ce temps en Chrétien, et non de façon païenne ! À avoir l’audace de vivre ce temps autrement ! Un « Pas à pas… en Avent ! » Vivre ce temps à la maison, au Caté, en aumônerie, rejoindre la communauté chrétienne rassemblée chaque dimanche.

Et vous, chers Parents, je vous invite à faire le choix d’une réflexion pour permettre à vos enfants d’avoir un regard différent sur ce temps de l’Avent et de la Nativité :

  1. Attendre Noël à travers la liturgie et les textes en découvrant et méditant les textes bibliques lus pendant l’Avent
  2. Nourrir leur cheminement personnel et leur vie spirituelle avec des prières de l’Église et leur propre prière
  3. Comprendre que le chemin de l’Avent a des conséquences pour leur vie quotidienne
  4. Vivre un vrai temps de l’Avent en famille par diverses activités ! Voici quelques exemples qui vous sont proposés.

Je m’adresse à vous, maintenant, chers enfants !

Voici quelques petites idées que vous pourriez proposer à vos parents :

  1. Papa, Maman : expliquez-moi ce monde qui passe et ce Royaume qui vient. Si vous ne le savez pas, demandez-le !
  2. Papa, Maman : Ne faites pas passer vos cartes bleues au rouge ! Mais apprenez-moi à découvrir la joie simple et humble de la Nativité. Pas un « Noël paillette », mais un Noël ensemble et en famille, si cela est possible !
  3. Papa, Maman : donnez-moi cette chance d’entendre la Parole de Dieu, en nous lisant l’histoire de Jésus, son amour pour tous et son amour du Père, sa mission de nous sauver, tous, même si parfois je ne comprends pas tout !
  4. Papa, Maman : aidez-moi à vivre en chrétien. Construisons ensemble, une couronne, une crèche. Trouvez un petit coin tranquille dans la maison où nous le mettrons, où nous pourrons nous retrouver chaque soir pour prier avec un calendrier de l’Avent. ( Je vous propose d’aller voir sur le site de la Paroisse en page accueil. Vous y trouverez un tutoriel pour réaliser facilement en Famille, un beau calendrier de l’Avent.
POUR MA PART, JE VOUS SOUHAITE
UN SAINT ET UN MERVEILLEUX TEMPS DE L’AVENT !

 

 

Homélie du mercredi 28 novembre 2018, 34e semaine du temps ordinaire, année B.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Luc 21, 12-19. Psaume 97. Apocalypse de saint Jean 15, 1-4.

 

En écho à la fête du Christ Roi, la liturgie nous fait méditer, tout au long de cette semaine, un chapitre de l’évangile selon saint Luc ; chapitre où Jésus nous parle à la fois de l’avenir et aussi du temps présent.

Mais attention, ne nous trompons pas !

Si Jésus nous parle de sa venue, il nous fait comprendre qu’il est inutile de faire des plans sur la comète ou de faire une quelconque prévision. De fait, aucun calcul n’est possible ! Cependant, nous pouvons repérer trois certitudes qui ressortent clairement :

- La première est que l’histoire du monde, avec la venue de Jésus, est entrée dans sa phase définitive, même si celle-ci doit encore durer de longues années, voire même des siècles.

- La seconde certitude est que les consignes de Jésus, urgentes pour aujourd’hui, resteront valables jusqu’à la fin des temps. Il s’agit toujours d’espérer, de veiller et d’être fidèles.

- La troisième certitude : dire notre appartenance au Christ, dire que nous sommes chrétiens, être des témoins de Jésus, est un défi pour tous les temps.

Dans l’évangile que nous lisions hier et dont nous entendons la suite ce matin, Jésus annonçait de grands signes pour la fin des temps. Aujourd’hui, il envisage le temps de l’Église qui sera pour les disciples, le temps du témoignage et, peut-être celui d’un martyr : “On portera la main sur vous et l’on vous persécutera“ dit Jésus. “On vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaitre devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. “

Certes, les disciples seront confrontés à l’adversité à cause de mon nom, dit Jésus, c’est-à-dire, dans son langage : à cause de ce que je suis pour vous et pour votre salut. Et nous le savons bien : « Le disciple n’est pas au-dessus du Maître. »

Choisir d’être témoin de Jésus, annoncer sa Parole, c’est et sera un défi !

À l’époque des premiers chrétiens, il suffit d’évoquer le nom de l’empereur Trajan ou celui de Néron pour frémir aux souvenirs des horreurs perpétrées contre les disciples du Christ. Si vous en avez l’occasion, regardez cet excellent film qui s’appelle : “Paul, Apôtre du Christ“. Vous y verrez comment étaient traités les chrétiens dans les premiers siècles.

Aujourd’hui, ces persécutions continuent ! Il y a eu plus de martyres au XXe siècle que durant les dix-neuf siècles précédents de l’histoire de l’Église. Je ne sais pas si vous le savez ; et cela continue…

Les Paroles de Jésus ne visent donc pas un temps bien particulier de l’histoire mais toute l’histoire !

Alors frères et sœurs, n’ayons pas peur ! Ne craignons rien ! Ne rougissons pas de notre appartenance au Christ ! Croyons qu’Il nous donne déjà et continuera à nous donner sa Parole de sagesse !

Reprenons fièrement le flambeau de la foi missionnaire que nous transmettent les générations de témoins audacieux et courageux de l’Évangile !

Vivons simplement le temps présent en témoignant de notre foi, au cœur même de la société, de nos familles et auprès de nos amis ! Nous découvrirons alors le fruit que ces témoignages porteront, même si nous ne les verrons peut-être pas nous-mêmes.

Demandons cette grâce pour chacun de nous !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 26 novembre 2018, 34e semaine du temps ordinaire, année B.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Luc 21, 1-4. Psaume 23. Apocalypse de saint Jean 14, 1-3. 4b-5.

Ne me faites pas dire ce que Jésus ne nous dit pas : Jésus n’est pas contre la richesse, cependant l’évangile que nous recevons ce matin nous pose une question : que faisons-nous de nos biens ?

Gardons-nous de ne voir dans le passage d’aujourd’hui, presqu’anecdotique, seulement une anodine leçon de morale. Il ne s’agit pas d’entendre ici d’abord quelques conseils de modestie ou de générosité.

Comme toujours, il s’agit plutôt pour nous, de nous mettre en présence du Christ ressuscité, plus exactement du Christ Roi de l’univers que nous avons fêté hier, et que nous devons comprendre comme un Christ serviteur.

Le Christ Jésus est bien Roi de l’univers mais il n’est pas du tout roi à la manière de ce monde ; Il est un Roi serviteur !

Ce que nous entendons dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est qu’il y a deux sortes d’hommes : ceux qui font semblant et ceux qui sont vrais, ceux qui sont dans l’apparence et ceux qui font le choix de la vérité. Ici, sans tambour ni trompette, la veuve de l’évangile, elle, ne fait pas semblant : en donnant ses deux petites piécettes, c’est sa vie qu’elle partage puisqu’elle donne, dans un geste d’une folle générosité, « tout ce qu'elle avait pour vivre. » À ce moment précis, cette veuve est la figure du Christ qui s’offre lui-même pour notre salut : « pour enlever les péchés de la multitude. » C’est cela qui est pointé par l’évangile ! Ce que nous devons retenir, c’est que cet évangile n’est pas une leçon de morale, mais bien une parabole de Pâques : l’annonce du salut et de la vie par le don gratuit de soi. Cela change tout !

Jésus est assis dans la salle des troncs du Temple de Jérusalem, Il est en train d’enseigner mais, en même temps, Il voit le fond des cœurs et discerne ce qu’il y a derrière les attitudes et les comportements. De fait, Il fait tomber les masques et sépare en nous, le vrai et le faux. Pour Lui, il ne s’agit pas de juger mais de nous faire grandir, pour nous amener petit à petit vers la Vérité, pour nous faire vivre sous le regard de Dieu et non sous le regard des hommes. Ce changement de regard est important car toute notoriété, tout prestige disparaitra au moment de notre mort ; nous le savons bien. Nous sommes faits pour être pour toujours avec le Christ, en vérité et sans masque ! Il nous demande de nous abandonner dans la confiance et la gratuité.

Il y a quelques jours, je lisais un article très intéressant du Père Ceyrac, Jésuite à Madras auprès des enfants des rues, cette phrase  très belle. Il disait : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu » ! Dans notre société de surconsommation, cela peut nous faire réagir, du moins je l’espère.

Frères et sœurs, en cette fin d’année liturgique, prenons le temps de méditer cet évangile où cette veuve met toute sa richesse en Dieu, faisant de sa vie une offrande et, sans doute, un sacrifice. Contemplons ce geste et demandons-nous, en cette semaine qui annonce le temps de l’avent, quel nécessaire est-ce que nous pourrions donner, de notre temps, de notre argent… ou peut-être autre chose, chacun selon son discernement.

Demandons cette grâce pour nous tous ici rassemblés, et plus largement pour nos familles, notre paroisse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 25 novembre 2018, Solennité du Christ, Roi de l’univers, année B.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Vincent de Paul par le Père Patrick Gaso.
Évangile selon saint Jean 18, 33b-37. Livre du prophète Daniel 7, 13-14. Psaume 92.
Apocalypse de saint Jean 1, 5-8.

Avec la directrice, le corps professoral, les familles et les élèves du Collège La Salle-l'Aigle, Mémoire de St Jean-Baptiste de la Salle (tricentenaire de sa mort).

Chers amis paroissiens, chers amis du collège La Salle-l'Aigle,

En cette année jubilaire du tricentenaire, nous rendons grâce à Dieu pour saint Jean-Baptiste de la Salle ; quand nous parlons de “tricentenaire“, nous fêtons les trois cents ans de son entrée au ciel, c’est-à-dire le moment où saint Jean-Baptiste de la Salle est mort et est monté vers le Père.

Depuis 1950, il est le patron mondial des éducateurs et des enseignants. Vous en voyez une très belle image projetée derrière moi où l’on voit saint Jean-Baptiste de la Salle en train d’enseigner dans une classe. D’une nature discrète, il laissera aux Frères des écoles chrétiennes et au corps enseignant, le soin de mettre en œuvre ses intuitions. De fait, son œuvre est remarquable ! Il a transmis le bon sens de ses vertus, l’audace de son ouverture aux plus pauvres (cela est important à son époque) afin que tous puissent recevoir une éducation complète, avec le génie de sa pédagogie. Nous savons bien que l’éducation reste un défi de chaque instant, tant pour les parents que pour les professeurs, les éducateurs, les enseignants (oh combien vous qui êtes ici, vous connaissez bien ces difficultés.)

À son exemple, saint Jean-Baptiste de la Salle nous invite à prier pour ceux qui ont la tâche enthousiasmante et parfois difficile, d’apprendre aux enfants à devenir libres en connaissant la vérité. Je dis cela en reprenant les mots du Christ.

La fête de ce jour, le Christ Roi de l’univers, nous invite pédagogiquement, à répondre à une interrogation. Sans aucun doute, vous avez chez vous un crucifix, quelque part dans votre maison. Peut-être aussi avez-vous remarqué s’il est un peu comme celui qui est projeté, qu’il y a au sommet de la Croix quatre petites lettres, un sigle : INRI. Je vous signale tout de suite qu’il ne s’agit pas du tout du nom de l’artiste … ni d’une marque de fabrique…

En majuscule, les lettres I et J s’écrivent pareillement. Savez-vous ce que ces quatre lettres signifient ? En faisant un petit sondage, je me suis aperçu que beaucoup n’en connaissaient pas le sens, ce qui me permet de vous l’indiquer. En réalité, ces quatre lettres sont un acronyme de l’expression latine : Jésus Nazarenus Rex Judaeorum, que l’on peut traduire en français par : Jésus le nazaréen, roi des juifs, ou encore Jésus le Nazaréen, roi des judéens.

Roi des Juifs, c’est déjà bien, et la fête d’aujourd’hui semble encore plus universelle puisque nous disons que Jésus-Christ est le Roi de l’univers. Voilà un titre qui ne manque pas de panache : Roi de tout l’univers ! Littéralement, Il est un “super, méga Roi“, au-delà de tous les pays, pourrait-on dire.

Mais voici que l’évangile de ce jour pourrait nous surprendre ; pourquoi ? Parce que pour illustrer la fête d’aujourd’hui, les liturgistes ne se seraient-ils pas trompés ? Les biblistes n’auraient-ils pas pu trouver un texte un peu plus glorieux à nous présenter que celui de la rencontre avec Pilate ? N’oublions pas le contexte de cette rencontre : nous sommes à quelques heures de la mort de Jésus en croix.

Alors : pourquoi un tel récit ?

Sans doute parce qu’il nous faut comprendre cette royauté au prisme de l’événement de la Passion. Nous ne pouvons pas faire l’économie du lien entre la Royauté et la Passion de Jésus, et comprendre sous le regard de la vérité, que cette confrontation avec Pilate, montre la Parole souverainement libre de Jésus. “Ma royauté n’est pas de ce monde“, dit Jésus.

Selon son habitude et sa pédagogie, Jésus reprend les mêmes termes que ceux de son interlocuteur, mais dans une pédagogie qui peut nous surprendre. Il nous invite, sans cesse, à aller plus loin.

Rappelez-vous !

- Déjà l’eau que Jésus proposait à la Samaritaine n’avait pas le même goût que l’eau du puits de Jacob.

- Déjà, les guérisons physiques de ceux qui rencontraient Jésus exprimaient aussi une guérison intérieure.

- Déjà, au moment de la Cène, en montrant les espèces du pain et du vin, Jésus désignait son Corps et son Sang.

 À chaque fois, nous sommes invités à faire un pas de plus pour reconnaître la vraie mission du Christ. Pourtant, les évangiles nous montrent que la foule des contemporains de Jésus était pressée de le nommer Roi temporel !

Oui Jésus est Roi, mais pas du tout comme les foules et le monde l’entendent !

Oui Jésus est Roi face à Pilate, mais les rôles sont comme inversés !

Pilate est Procurateur d’un des plus grands empires qui ait dominé le monde ! Pourtant là, Pilate est complètement dépassé et ne sait même plus comment réagir ; en réalité, Pilate n’a aucune liberté, et de fait, il n’a aucune autorité. Son pouvoir est soumis à des pressions, celles de Rome et de l’Empereur mais aussi à celles des puissants de Jérusalem.

En face de Lui, c’est bien Jésus qui parle avec autorité. Pourquoi ? Parce que Lui, Jésus est souverainement libre ! Il rend témoignage à la Vérité, son Royaume n’est pas à la mesure humaine.

Cependant, Jésus a manifesté chaque jour la force de sa Royauté ; comment ?

- Par des paroles de miséricorde,

- Par des exigences de vérité,

- Par des gestes qui soulagent et qui font vivre,

- Par le respect et la tendresse pour les plus petits.

- Par son émerveillement, sa confiance dans l’infinie bonté de son Père qui est maintenant “notre Père“.

Frères et sœurs, je vous invite vraiment à réfléchir et à percevoir comme ils sont dérisoires les symboles des pouvoirs terrestres ; qu’ils sont vains les hommes dans leurs comportements quand ils s’aveuglent sur eux-mêmes !

L’homme est-il libéré de cette vanité ? Hélas non ! Encore aujourd’hui, il nous faut comprendre que la confrontation, les affrontements avec les “pilates“ de toutes les époques ne sont pas terminés ; ils se poursuivront jusqu’à la fin des temps parce que le combat de la Vérité habite encore notre espace et notre temps : démocratie, monarchie, oligarchie… quelque soient les gouvernements, nous constatons que les royaumes de la terre sont encore faussés, soumis à des pressions, fragiles et les civilisations toujours mortelles.

Le vrai pouvoir n’est pas dans une couronne, mais d’abord dans le service pour l’autre.

Saint Jean-Baptiste de la Salle l’avait bien évidemment compris dans son attention aux plus jeunes, aux plus fragiles et aux plus pauvres. À nous aussi de le comprendre !

Oui ! Nous le savons bien : « Rien n’est reçu qui ne soit donné ! », rien n’existe pour soi sinon dans l’autre et pour l’autre et surtout : « Rien ne dure sinon dans l’amour ! »

Oui, le Christ est Roi parce qu’il est d’abord un Roi serviteur.

Il donne à chacun de ceux qui le lui demandent la force de lutter contre le Mal qui défigure notre humanité ; plus encore, Il donne à l’homme, c’est-à-dire à chacun de nous, sa véritable place et sa véritable mission.

Je voudrais ajouter une dernière chose. Ne l’oublions pas : depuis notre baptême, depuis que nous avons été baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, nous sommes prêtres, prophètes, et rois car nous aussi, et cela va peut-être vous surprendre, nous participons à cette royauté. Je pourrais appeler chacun de vous, très simplement : roi et reine, à l’image du Christ. C’est bien ce titre royal que nous pourrions porter nous aussi.

Frères et sœurs, rendons grâce pour le Christ, Roi de l’univers !

Frères et sœurs, rendons grâce pour ceux qui se mettent au service, en devenant serviteurs de ceux qui nous sont confiés !

AINSI SOIT-IL !

Homélie du lundi 19 novembre 2018, 33e semaine du temps ordinaire, année B.
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue
Évangile selon saint Luc 18, 35-43. Psaume 1. Apocalypse de saint Jean 1, 1-4 et 2, 1-5a.

Pour ceux qui participaient à l’eucharistie hier et pour ceux qui ont entendu la première lecture de ce matin, vous pouvez constater que c’est le livre de l’Apocalypse qui va nous accompagner dans les jours qui viennent et tout au long de cette semaine. Ces textes nous introduisent à la grande fête du Christ, Roi de l’univers, qui dimanche prochain, marquera la fin de l’année liturgique. Ils nous invitent, d’une façon renouvelée, au nouveau temps de l’Avent.

Le mot “apocalypse“ a pris dans notre langage courant, le sens de “catastrophe“. Quand nous entendons parler de situations apocalyptiques, il s’agit souvent d’inondations, de tsunami, de crack boursier, d’une importante pandémie ou de guerre nucléaire… En fait, ce n’est pas tout à fait le sens juste de ce mot. Le mot “apocalypse“ signifie ici : “révélation“, découverte. C’est une révélation de l’avenir qui a déjà commencé au matin de Pâques.

Le livre de l’Apocalypse est un texte magnifique de l’Apôtre Jean. Peut-être certains d’entre vous l’ont-ils déjà lu ? Il peut ne pas être toujours simple d’accès. Jean l’a rédigé à la fin de sa vie, aux environs des années 100. Il est écrit sous la forme d’une lettre aux sept églises d’Asie mineure qui vivaient des moments difficiles en raison des persécutions romaines. Ce livre concerne d’abord des événements devant se produire non pas dans le futur mais dans l’immédiat. Cependant Jean les présente comme ceux qui arriveront à la suite de l’histoire et préfigurent la fin des temps.

L’auteur s’adresse aux églises d’Asie mineure mais aussi à chacun de nous ; il appelle à la constance dans la foi. Tant à l‘époque que pour nous maintenant, il y aura des épreuves qui seront à traverser. Il affirme tenir son message de la part de Dieu : “Celui qui est, qui était et qui vient“ ; littéralement de la part de Celui qui remplit intégralement notre temps humain ainsi que le temps de Dieu. Il écrit aussi de la part “des sept esprits qui sont devant son trône“ et de la part de Jésus qui a reçu l’onction, le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre.

Cette brève introduction va nous permettre d’entrer dans le livre de l’Apocalypse, plus exactement dans le livre de la Révélation. Dans cette première vision est décrite la sublime majesté du Christ, pour nous donner plus de force et donner plus de force au message destiné aux sept églises d’Asie, mais plus largement, à toutes les églises, à toute l’Église.

Comme les Hébreux avec Moïse au Sinaï, Jean perçoit tout d’abord derrière lui une voix, comme un formidable coup de trompe, prélude à une grande manifestation divine. Elle lui commande de décrire sa vision pour la faire connaître aux églises. Se retournant, Jean voit sept chandeliers d’or. Ces chandeliers représentent les sept églises dont la lumière qu’elles tiennent du Christ, doit éclairer les hommes.

Le fait que ces sept chandeliers portent sept branches indique la perfection du message évangélique. Au milieu des chandeliers, apparaît comme un Fils d’homme ; c’est évidemment le Christ ressuscité qui, par la place qu’il occupe, manifeste sa relation intime avec son Église. Comme le dit saint Paul, le Christ et l’Église ne font qu’un : un seul corps.

Peut-être allez-vous me dire : voila des notions bien compliquées, surtout tôt le matin ! Mais pourtant, je vous invite, si vous en avez le temps et le désir à lire et relire ce livre de l’Apocalypse.

Peut-être avons-nous des difficultés à entrer davantage dans la Parole de Dieu, des difficultés à nous ouvrir au Christ ressuscité ? Peut-être avons-nous besoin d’une lumière… peut-être sommes-nous un peu aveugles ou aveuglés ?

La prière que nous pouvons avoir ce matin, en lien avec l’évangile de ce jour, comme cet aveugle mendiant de Jéricho est une demande : demandons la grâce de voir le plan de Dieu pour notre humanité.

L’ayant vu, l’ayant compris, mettons-nous à la suite du Christ !

Suivons le Christ car c’est bien Lui qui a les Paroles de la Vie éternelle !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 11 novembre 2018, 32e dimanche du temps ordinaire, année B.
Messe célébrée en la Basilique saint André par le Père Patrick Gaso, curé.
100e anniversaire de l’armistice en présence des représentants officiels.
Évangile selon saint Marc 12, 38-44. Premier livre des Rois 17, 10-16. Psaume 145.
Lettre aux Hébreux 9, 24-28.

Chers frères et sœurs, chers amis,

Les lectures que nous entendons aujourd’hui sont celles de ce dimanche ; peut-être pouvons-nous en tirer notre miel !

Gardons-nous de ne voir dans l’anecdote que nous rapporte l’évangile d’aujourd’hui qu'une anodine leçon de morale. Il ne s’agit pas d’abord ici d’entendre quelques conseils de modestie ou de générosité. Il s’agit plutôt de se mettre en présence du Christ ressuscité. La vie, l’expérience humaine, notre quotidien nous invitent à nous découvrir, nous invitent à nous déterminer :

Sommes-nous dans l’apparence ou sommes-nous dans la vérité ?       

C’est la question qui nous est posée ce soir.

L’évangile nous redit, certes avec des degrés, qu’il y a au moins deux sortes d’hommes : ceux qui font semblant et ceux qui sont vrais. Certains, par exemple, peuvent donner des sommes importantes pour lesquels on fait sonner les trompettes dans le Temple au temps de Jésus, mais qui, en réalité, même si cela reste honorable, bienfaisant, n’ont fait que céder une très petite partie de leur superflu. 

La veuve de l’évangile, elle, ne fait pas semblant : c’est sa vie qu’elle partage puisqu’elle donne, dans un geste d’une folle générosité, « tout ce qu'elle a pour vivre. » Jésus l’a vue, Il a remarqué son geste, certes anodin ; mais par là, elle est la figure même du Christ qui s’offre lui-même « pour enlever les péchés de la multitude. » Dans la première lecture que nous avons entendue, sur la parole du prophète Élie, la veuve de Sarepta, (encore une veuve) dans la confiance, ose accomplir une démarche semblable.

Ce que nous devons retenir, c’est que ces textes ne sont pas des leçons de morale, mais bien des paraboles de Pâques : l’annonce du salut et de la vie par le don gratuit de soi. Cela change tout !

Ce don peut-être imperceptible, peut passer inaperçu aux yeux des hommes, mais il est un don incroyable qui fait vivre quand on découvre l’offrande de soi ! N’oublions jamais que la résurrection du Christ est inséparable de sa passion. Elle en est la face lumineuse, car mystérieusement, seul ce qui est donné est sauvé ! Je lisais récemment, à propos du Père Ceyrac, Jésuite à Madras auprès des enfants des rues  cette phrase  très belle. Il disait : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu » ! Dans notre société de surconsommation, cela peut nous faire réagir, du moins, je l’espère.

Ce don de soi n’est jamais anodin ! Visible ou non, il concourt à la vie et nous invite au respect : c’est le papa ou la maman qui se donne totalement à ses enfants, c’est ce militaire qui risque sa vie, c’est ce gradé qui montre l’exemple, c’est un Arnauld Beltrame qui incarne cet idéal du dévouement, au prix de sa propre vie, c’est un Père Hamel, victime de la folie sanguinaire ! Connus ou non, ils sont nombreux à nous montrer un chemin !

Le souvenir de la Grande Guerre nous invite à la gratitude, à une reconnaissance de l’offrande vraie, envers tous ceux qui sont morts pour que notre pays reste libre et en paix. Nous ne devons jamais l’oublier ! La France continue de vouloir cette liberté et cette paix que nous savons toujours fragile et jamais définitivement assurée. Les événements récents nous montrent combien cette précarité est grande !

C’est toujours de ce don de soi que la paix devient possible ! La paix ne vient jamais d’une attitude de repli sur soi, d’indifférence envers les autres ou de peur, ou encore de découragement. Certes, il y aura toujours un combat, mais ce combat est toujours celui du don de soi.

La paix ne peut être ni égoïste, ni intéressée. Elle est au contraire la conséquence de relations gratuites, d’engagement de service, de décentrement de soi pour permettre à l’autre d’exister vraiment. La paix exige un don de soi durable, elle demande aussi de prendre sur soi. Peut-être y a-t-il à découvrir et à approfondir, pour les jeunes générations d’aujourd’hui, ce qui est le don de soi, pour le monde, pour notre société. Peut-être y a-t-il pour certains, une marche, une étape à franchir ?

« Telle qu’elle a été souhaitée, pour cette année, le sens de cette commémoration est aussi de rendre hommage aux combattants qui étaient pour l’essentiel des civils que l’on avait armés ». Quand on compte le nombre de morts, on est impressionné ; beaucoup, avant d’entrer dans le combat, n’avaient sans doute jamais touché une arme de leurs vies !

Monseigneur de Kerimel a exprimé son désir que nous fassions mémoire de celles et ceux qui sont morts durant cette guerre et dans les camps. En Isère, 20 prêtres, 14 grands séminaristes, et 9 petits séminaristes, ont été tués au combat, ou sont morts d’une maladie contractée au front.

Dans l’horreur des tranchées, « au plus près des hommes », ces aumôniers militaires, prêtres, séminaristes « sont venus apporter une lueur d’espérance et un maintien de dignité », une vraie fraternité. Fidèles jusqu’au bout à leur engagement, ils nous entraînent au don ultime, à un siècle de distance, au-delà des apparences et de la sauvagerie. Pour eux, la présence de Dieu en chaque homme est une évidence qui implique le respect de la dignité humaine et une fraternisation avec tous.

Encore aujourd’hui ce don de soi est visible, et j’ai la joie de le constater régulièrement à travers mille petits services qui sont rendus dans notre société ; ce don de soi est visible, au service d’hommes et de femmes, surtout vers les plus fragiles, les plus blessés, les plus démunis, quelle que soit leur nationalité !

Oui ! Nous entendons encore le cri de douleur de notre humanité souffrante. En ces temps troublés, il est essentiel de se souvenir que la Paix est un don que les hommes ne doivent jamais cesser de demander à Dieu ! Dieu y répond concrètement en suscitant en vérité, des hommes et femmes, artisans de Paix, de fraternité, de solidarité !

C’est la prière que nous pouvons avoir ce soir, ce week-end, afin que le monde puisse vivre véritablement dans la Paix que Dieu veut donner à chacun.

Puissions-nous, à notre niveau, être ces hommes et ces femmes, artisans de paix !

Ainsi soit-il !

Je ne sais pas comment vous “fonctionner“ mais, moi-même, lorsque je me lève le matin, j’ai parfois de drôles d’idées ! C’est ce qui est arrivé ce matin en me levant ; j’avais en tête cette question : le Seigneur va-t-il venir aujourd’hui ? Il faut dire qu’en me couchant, j’avais relu une dernière fois l’évangile (durant la nuit, le cerveau travaille…). Au lever, je me posais donc ces questions : est-ce que c’est le jour du Seigneur ? Est-ce que je verrai mon Seigneur face à face ?

Qui d’entre nous, ce matin, s’est levé en se disant que c’est peut-être aujourd’hui que le Seigneur va venir ? Pourtant, nous l’attendons bien ce Seigneur !

Au moins chaque dimanche, si ce n’est plusieurs fois par semaine, nous le chantons quand nous répondons au prêtre qui nous dit : « Il est grand le mystère de la foi ! » Nous répondons : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus. Nous célébrons ta résurrection ! Nous attendons ta venue dans la gloire. »

Avons-nous conscience de ce que nous chantons ou de ce que nous disons ? Nous attendons ta venue dans la gloire ; c’est-à-dire que tout notre être de chrétien est tendu dans cette attente, dans cette espérance ! Au fond de nous, nous la désirons ardemment et nous croyons que le Christ viendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. Mais spontanément, peut-être répondons-nous aujourd’hui : « Oh, pas tout de suite Seigneur ! Attends encore un peu ! Pas maintenant !»

    Pourtant, chaque jour nous rapproche de cette heure qu’il ne nous appartient pas de connaître.

    Pourtant, nous devrions être prêt à accueillir notre Seigneur à tout instant.

    Nous savons que le Seigneur connaît bien le cœur de l’homme et il sait combien nous sommes éparpillés dans les multiples préoccupations qui nous sollicitent sans cesse. Même si nous sommes conscients intellectuellement que la venue définitive du Seigneur constitue l’événement vers lequel toute notre histoire et celle de l’humanité convergent, il est certain que nous nous ferons néanmoins surprendre car : “C’est à l’heure où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas. “ C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. D’où la nécessité de se tenir prêt !

    La question de Pierre est intéressante : “Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien est-ce pour tous ?“ Peut-être Pierre pense-t-il qu’ils ont tout donné pour suivre Jésus ; « Nous t’avons déjà donné notre vie, notre avenir : est-ce vraiment pour nous que tu dis cela ou est-ce pour les autres ? »

    Jésus répond : « Non ! C’est bien pour toi. C’est pour celles et ceux qui se sont donnés, qui se donnent chaque jour ! »

    Alors, frères et sœurs, comment faire pour vivre cette attente ?

    Tout d’abord, ne nous angoissons pas dans une fièvre stérile car je connais quelques personnes qui s’angoissent ou même qui sont saisis par la peur. D’autres peuvent craindre de ne pas être suffisamment bien, suffisamment parfaits ; c’est vrai, mais ça, le Seigneur le sait ! Cependant : « N’ayez pas peur ! » Le pire serait d’attendre sans rien faire, prenant l’attitude du schtroumpf grognon pensant que tout est foutu…

    Non ! Confiance nous dit le Seigneur. Confiance !

    Je suis certain comme nous le dit le psalmiste avec assurance : “ J’ai confiance, je n’ai plus de crainte. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut.“ Et encore, notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

    Forts de cette certitude, n’oublions pas pour autant que c’est dans l’aujourd’hui de notre vie que le Seigneur veut nous trouver lorsqu’Il viendra. Nous sommes invités à vivre intensément chaque jour comme s’il était peut-être le dernier mais à accomplir en même temps nos tâches quotidiennes paisiblement, en nous donnant vraiment à celles et ceux que nous rencontrons, en étant vraiment impliqués dans notre société, dans l’Église, en assumant pleinement nos responsabilités familiales, professionnelles, sociales, fraternelles, en ayant le souci de nous former sans cesse pour pouvoir discerner, en gardant cette conscience vive que nous ne sommes finalement que les intendants d’un Maître qui peut survenir à chaque instant et à qui il nous faudra rendre compte.

    Frères et sœurs nous avons beaucoup reçu ; en avons-nous réellement conscience ?

    Nous connaissons la volonté de Dieu ; cette volonté est enthousiasmante : être avec Lui pour toujours !

    N’ayons pas peur ! Bien au contraire, soyons dans la joie, car un jour nous Le verrons face à face !

    Ainsi soit-il !

Peut-être pour les plus anciens d’entre nous, nous nous souvenons que parfois, et il n’y a pas si longtemps encore, dans les villages, un des notables du pays était sollicité pour faire un arbitrage. On allait trouver monsieur le maire du village, l’instituteur, le notaire ou le curé pour gérer un différent.

Sans doute est-ce donc le prestige de son enseignement qui vaut à Jésus cette demande un peu insolite : “Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage.“ 

Vous avez pu remarquer que Jésus refuse tout net de se substituer à un notaire, à un juge, ou à un quelconque notable ; selon son habitude, Il saisit l’opportunité d’élever le débat ; Il répond au niveau du sens même de la vie en précisant deux choses :

  • La première : « Gardez-vous de l’envie de posséder toujours plus, plus, plus ! »
  • La deuxième : vous le savez bien, notre avoir, nos richesses ne nous garantissent pas la vie.

Ces remarques semblent être du simple bon sens. Mais Jésus va un peu plus loin et, pour cela, Il raconte cette parabole du riche insensé. Il est important de souligner qu’il s’agit pour cet homme, d’une richesse honnêtement acquise ; elle est le fruit d’un travail, d’un savoir, la richesse d’un homme dont la terre a bien fructifié. C’est bien ! Jésus ne critique pas ce bien. Mais quelle va être l’attitude, le réflexe de cet homme devant la chance, devant cette surabondance inespérée ?

  • En premier lieu, il souhaite mettre à l’abri des aléas sa récolte: sécurité d’abord ! Il va constituer des réserves.
  • Un autre réflexe accompagne logiquement le premier : puisque le souci s’éloigne, la sécurité semble assurée, l’homme va enfin jouir de l’existence. Propriétaire de quantité de biens à sa disposition pour de longues années, il se dit : “Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.“Profite de la vie ! 

L’homme s’installe alors pour des vacances perpétuelles, avec une limite de temps, bien sûr….

C’est à ce moment-là que Dieu intervient : “ Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie.“Littéralement : « Tu es insensé, tu as perdu le sens, tu ne sais pas où tu vas, tu ne comprends pas. Ce que tu penses et dis n’a pas de sens ! » Pourtant, pourriez-vous me répliquer, le calcul de cet homme riche ne paraît pas si faux ! 

En réalité, l’essentiel de l’homme échappe à tout ce raisonnement : face à la mort, il n’y a de sécurité pour personne ; elle se présente, obstinée, inattendue, importune comme la limite absolue qui oblige à donner un sens à la vie, au travail, à toutes nos relations familiales, amicales, professionnelles.

Par cette parabole, Jésus vise ce réflexe d’accumuler des biens et la tentation de s’appuyer sur des réserves matérielles sans horizon, sans projet fraternel, juste dans l’idée d’une jouissance immédiate. Si l’on s’enrichit pour soi-même, comme le dit Jésus, on ne sera pas “riche en vue de Dieu“, rien de ce trésor ne restera et passera dans la vie définitive. Nous savons bien que tout ce que nous pouvons amasser en cette terre ne nous suivra pas au ciel.

Mais si un croyant s’enrichit en vue de Dieu, s’il met toutes les ressources et l’intelligence de son cœur au service du dessein de Dieu pour les hommes et les femmes de notre temps, pour le monde, sa gérance généreuse libérera son cœur et un vrai trésor d’amour l’attendra auprès de Dieu.

Je sais bien que les paroles de Jésus sur l’au-delà peuvent nous déranger parce que nous recherchons des choses concrètes et que nous avons du mal à imaginer et à comprendre une vie au-delà de notre vie terrestre. Il peut nous arriver parfois de nous attacher, de nous crisper sur tel ou tel bien…

Cependant, quelle chance ! Au milieu du tourbillon de vie de notre existence, au moment où nous sommes tentés de refermer nos mains sur l’immédiat, cette parabole nous permet de percevoir en nous la voix d’un Père qui nous murmure avec bonté, un profond amour et sans doute avec humour : “ Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie.“ Tu es fou ! Tu es folle ! Mon projet pour toi est bien plus grand que ce à quoi tu penses ! 

Je te propose un bien beaucoup plus précieux : être avec moi pour toujours !

Et cela, frères et sœurs, n’a pas de prix !

Ainsi soit-il !