Les Homélies de nos Prêtres

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"Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur"
 
Année A - 5 avril 2020

 

        imageÀ la question : « Comment mieux comprendre le récit de la Passion ? »

 

(approfondir en cliquant sur les liens)

            Je vous invite, en premier lieu, à une lecture approfondie de la Lettre aux Philippiens, que nous lisons en deuxième lecture !

            Pouruoi ? La clef et le meilleur commentaire possible de la Passion, nous le trouvons dans l'admirable chapitre 2 de cette lettre de Paul aux Chrétiens de la ville de Philippe, (ville antique de Macédoine orientale – Grèce - , fondée par Philippe II en 356 av. J.-C).

         Il s'agit d'un hymne christologique* qui nous trace en quelques lignes un tableau grandiose de tout le mystère pascal que nous allons célébrer cette semaine.

         Il est très important pour nous de ne jamais perdre de vue tous les éléments de ce mystère pascal, qui comprend, inséparablement, la passion du Christ et sa Résurrection.

         Si Isaïe nous montre comment dans la passion, il (le Serviteur souffrant) « se laisse instruire », il subit et souffre. Saint Paul nous rappelle qu’Il (Jésus) s’est « abaissé ». Alors qu’il est de condition divine ! Il s'est dépouillé, il s'est anéanti, se faisant obéissant jusqu'à la mort sur la croix.

         Descendu de la croix – émouvante Pietà –, enseveli. « Tout est consommé ! », a-t-il dit.

         Et c'est, dit-il, précisément parce qu'il a renoncé à faire valoir tout droit, qu'il a pu tout recevoir comme don, et que le Père l'a ressuscité. ⇒ La Vie a vaincu la Mort !

          Dans notre liturgie chrétienne, nous ne célébrons jamais un Christ mort. Nous célébrons toujours le Christ ressuscité ! Lui, le Christ qui est passé par la mort, mais que le Père a ressuscité !

         Dans la foi, monté aux cieux, il est à la droite du Père et il intercède pour nous. Et c'est pourquoi ce mystère demeure toujours pour nous le fondement de notre espérance.

         Avec le Christ, c’est tout le peuple des souffrants, des découragés et des persécutés (et nous pourrions dire, des confinés) que nous cherchons à accompagner.

         Malgré nos propres croix que nous portons souvent avec difficultés, notre vie est précieuse et cette vie a un sens véritable, car Dieu lui-même nous redit sa valeur !

NE L’OUBLIONS PAS ⇒ IL A DONNÉ SA VIE POUR NOUS !

         Tout au long de cette Semaine Sainte (seul, en famille, en collocation…, mais toujours en communion les uns les autres !) suivons Jésus, le Messie, sachant que si ce chemin passe par le jardin de Gethsémani et le Golgotha, il conduit aussi au sépulcre ouvert du matin de Pâques.

            Ainsi soit-il

                     par + Patrick Gaso

* « hymne christologique » : un chant dans lequel toute l’attention est centrée sur les « sentiments » du Christ, c’est-à-dire sur sa façon de penser et sur son attitude concrète et vécue. (Audience Benoît XVI)

Une Semaine Sainte inédite !

Une méditation du père Patrick Gaso :

       

image       Ces derniers jours, le téléphone de la Maison Paroissiale a sonné de nombreuses fois ! Certains appels étaient des messages d’amitié et de soutien, d’autres posaient de bonnes questions !

       ⇒  Allons-nous vivre à l’église les offices de la Semaine Sainte ? Comment récupérer des branches de rameaux ? Comment me confesser ? Comment allons-nous faire pour vivre un vrai triduum Pascal ? Et bien d’autres encore…

       Bref, des questions légitimes et pertinentes !

       Dans la situation d’isolement que nous vivons, je vous laisse imaginer une certaine déception ! Ne pas pouvoir se rassembler en Paroisse pour célébrer cette Semaine Sainte, recevoir une branche de buis, vivre le lavement des pieds, la Sainte Cène, le feu Nouveau, le Reposoir… recevoir les sacrements… partager la joie du Christ ressuscité… quelle déconvenue et agacement pour certains ! Oui, sans aucun doute ! Tous ces manques sont une véritable épreuve qui nous attriste. Cependant, toute privation nous invite à des opportunités à saisir !

       La situation dramatique que certaines familles vivent actuellement, notre confinement éprouvant nous oblige à creuser davantage le sens de cette Semaine si particulière. Nous sommes invités à nous mobiliser dans notre foi personnelle et à être inventifs pour vivre cette foi : seul, à distance, en famille… La situation actuelle nous invite à faire de notre maison, notre appartement… une petite église !

            Il est intéressant de noter que la Pâque juive (telle que Jésus l’a vécue) est essentiellement une liturgie familiale.

       Nous allons vivre, selon nos moyens, des célébrations et un approfondissement de notre foi dans cette église domestique, que nous formons dans nos foyers !

       image             À la question : Comment vivre cette Semaine Sainte ?                    

       Dans cette situation de crise, nous pouvons découvrir que Pâques, tel que le Christ et ses disciples l’ont vécue, contient une dimension de confinement !

       D’abord pour le Christ lui-même, car à Gethsémani, il vit une agonie qui contient angoisse et tristesse. À partir de son arrestation, le Jeudi Saint, il est seul. Il est de plus en plus privé de liberté : d’abord prisonnier, puis attaché à une colonne et finalement crucifié sans même pouvoir bouger les mains et les pieds. Au Vendredi Saint, seul et abandonné, il nous apprend cette intimité avec son Père et la force du Pardon.

       Le mystère du Samedi Saint est le confinement dans son absolu, la mise au tombeau, avec l’âme du Christ qui descend aux enfers où sont retenues prisonnières les âmes des justes. C’est de ces ténèbres que vont jaillir la lumière pascale et la vie nouvelle et immortelle.

       C’est tout cela que nous sommes invités à vivre, d’une manière renouvelée, peut-être parce que nous sommes moins sollicités, moins dispersés ! Peut-être aussi, et c’est ma prière, que nous prenions un vrai temps de « pause » avec Jésus ! La méditation de la Passion du Christ est cette invitation à contempler et vivre avec compassion, la souffrance et la mort tout en gardant un vrai regard d’espérance.

       Dieu nous rejoint dans toutes nos souffrances, petites et grandes ! Il est proche ! Il compatit ! Il nous encourage dans un don de nous-mêmes. Il nous redit qu’il est vainqueur sur toutes nos morts. Qu’il est le Chemin, la Vérité et la Vie !

Pas à pas, jour après jour, autrement, osons vivre ensemble cette semaine Sainte.

       Gardons ces liens de la charité et de l’espérance : prière personnelle et familiale, charité partagée avec les voisins et les amis, attention aux uns et aux autres, savoir consoler et accepter d’être aidé, remercier pour le dévouement des soignants, exprimer une vraie confiance en Dieu, dans la force de l’Epsrit !

        Belle et surprenante Semaine Sainte à tous !

              Bien fraternellement

                     + Patrick Gaso

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      Nous sommes en « Urgence sanitaire », vient de nous redire le Premier ministre en ajoutant, à minima, 2 semaines d’isolement supplémentaires qu'il annonce déjà difficiles. Les 5 continents sont presque en totalité confinés. Du jamais vu ! Un « être » invisible menace notre humanité. Il menace nos voies respiratoires. Tous les jours, les statistiques mondiales tombent. Une « guerre biologique », au sens figuré, devenue réalité. 

      Comment décrire ce virus sournois et virulent ? Il se faufile dans les accolades, dans les poignées de main et, à ce qu’il paraît, jusque dans l’air que nous respirons. C’est un petit microbe insignifiant, et pourtant, après avoir semé la désolation et la mort en Asie, il parvient à mettre à genoux le système sanitaire de chaque pays ! Il suspend le temps, les vies, le travail, les projets, les amours. Il met sous cloche des nations entières, privant ses citoyens des libertés fondamentales, fermant des écoles dans toute l’Europe, mettant en panique l’économie des petits comme des grands.

      Chaque jour, il fait fondre en larmes des infirmières, des médecins, du personnel soignant qui eux-mêmes tombent malades. Il met sur la paille des entrepreneurs, des commerçants, des restaurateurs... Il fragilise des familles par une promiscuité étouffante. Il fait balbutier autant les politiques que les experts ! Il touche sans distinction, nantis ou pauvres, autochtones ou migrants. Il accule des familles à vivre des deuils où les amis et les proches seront absents.

     L’horreur absolue ! Pourquoi Seigneur ? Combien de temps encore ? Vais-je tenir le confinement ? Suis-je touché ? Je m’inquiète pour ma famille…

                Ce qui est mis à l’épreuve, ici, c’est aussi notre espérance !

      Comme beaucoup, vendredi soir, je viens de vivre par Internet, la bénédiction "Urbi et Orbi" prononcée par le pape François. Célébration exceptionnelle d’un homme seul sous une pluie battante, face à une place Saint-Pierre entièrement vide.

      Commentant l’épisode de la Tempête apaisé (Mc 4, 35- 41), il a commencé ainsi : « Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble. » (Suite de l'homélie du Pape François sur ce lien)

      En dépit du confinement, nous avons à faire le choix d’avancer « ensemble ». C’est un véritable défi quand la crise où nous sommes nous met tout à l’envers.

      Il y a ceux qui sont dedans ! Pas question de sortir. Au contraire, il est question de demeurer, de rester chez soi. Chose parfois bien difficile pour mille raisons justes, y compris le chagrin ô combien lourd d’avoir des proches et des amis gravement malades, mourants. Mais ce douloureux sentiment d’impuissance devient aujourd’hui un combat collectif, une vraie solidarité, en faveur de la vie de tous.

            Il y a ceux qui sont dehors au service de tous : soignants, éboueurs, caissières, boulangers, cuisiniers, agriculteurs, informaticiens, magasiniers, livreurs, chauffeurs, militaires, policiers… et bien d’autres que j’oublie. Toutes ces personnes que nous applaudissons avec raison tous les soirs. Habituellement, ils nous sont pour la plupart peu visibles, mais ce sont eux qui portent notre quotidien.

      Il a suffi de quelques jours pour que la certitude devienne incertitude, que la force devienne faiblesse, que le pouvoir devienne solidarité et concertation. En silence, nous pouvons nous retourner en nous-mêmes et comprendre la valeur des mots solidarité et vulnérabilité.

      Dans cette prise de conscience, nous sommes tous invités à une plus grande solidarité et à une plus grande communion.

      Après cette première semaine où nos habitudes ont été violemment bousculées, ce temps de confinement est pour tous l’occasion de vivre une vie plus sobre, plus simple, plus respectueuse de mon attention à l’autre. »

      Nous avons aussi à transformer ces semaines en moment d’intériorité. Ne nous laissons pas étourdir pour un flot d’informations le plus souvent anxiogènes.

      Profitons-en pour lire la Parole de Dieu et pour prier les uns pour les autres. »

 

      Laissons Dieu parler à notre cœur. Questionnons-nous sur notre monde, sur le fonctionnement de notre société, sur notre manière de vivre et sur notre rapport aux technologies. »

      Ce virus veut nous couper le souffle, mais il ne parviendra pas à nous priver d’initiative et d’audace. Il ne parviendra pas à nous priver du souffle de Dieu, du souffle de l’Esprit !

               Restons bien en communion de prière et attentif à tous

                                        + Patrick Gaso


 

Oui Seigneur, en toi j'ai mis ma confiance! (à écouter ! Désolé pour la pub avant)

https://youtu.be/7MY6HRFe32Q

https://youtu.be/YkOxVGwHOuw

Dimanche 29 Mars 2020
5e Dimanche de Carême
1ère lecture : Ezékiel 37,12-14
2ème lecture : Romains 8,8-11
Évangile : Jean 11,1-45

   

    En ce cinquième dimanche de carême, l’Église nous propose trois lectures complémentaires afin de préparer les fêtes pascales. Ces lectures nous invitent à nous réjouir en fixant notre regard sur le Christ. Il révèle aujourd’hui dans l’Évangile qu’Il est source de vie, en rendant la vie à Lazare.

    Ces lectures nous font méditer sur le sens du baptême, naissance à la vie chrétienne et, aussi, sorte de renaissance, car nous passons, comme Lazare, de la mort à la vie.

    Comme nous le savons le baptême est un passage d’une vie mortelle à la vie éternelle avec et par Jésus Christ.  

    Dans la première lecture nous voyons que le Seigneur parle à travers le Prophète Ezékiel en disant « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple ». Dès le début, le Seigneur voulait nous faire sortir de notre situation mortelle à la vie et depuis notre baptême, nous sommes devenus « peuple » de Dieu, membres du Corps du Christ.

    Quant à la deuxième lecture, Saint Paul voulait faire comprendre aux romains en disant que « Nous sommes toujours sous l’emprise de la chair » mais grâce à notre Baptême, nous sommes devenus un homme nouveau.  L’Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus habite en nous et nous avons reçu ce même Esprit Saint par l’onction du Saint Chrême qui fait de nous fils et filles de Dieu.

    Dans l’Evangile, Jésus se dévoile en disant « Moi, Je suis la résurrection et la vie… ». À travers cette parole de Jésus, nous nous apercevons que la vie ne nous appartient pas. Nous ne sommes que des intendants, que de passage sur cette terre.

    Jésus rappelle à la vie Lazare qui était mort. Nous aussi, nous sommes morts par le péché mais à chaque fois que nous nous tournons vers Dieu, nous nous confessons. Dieu par Jésus nous rend la vie, nous fait renaître à une vie nouvelle.

    Nous sommes parfois occupés par notre vie quotidienne sans penser à notre vie spirituelle. Il est temps d’y penser. Jésus nous invite toujours à nous tourner vers Lui. Il veut nous rappeler qu’Il est source de vie.

    Nous aussi, comme Lazare, nous avons été morts mais grâce au baptême, nous sommes vivants, nous avons reçu la vie et à notre tour nous sommes invités à la partager, à témoigner de cette vie dans notre vie quotidienne. Quel que soit notre état de vie, Jésus aime chacun de nous tel il est. Il vrai que témoigner de Jésus, dans notre monde, n’est pas facile, cela nous coûte cher mais Il est toujours présent à nos côtés.  Il faut juste lui faire confiance. Il se dévoile qu’Il est « la vie ».

   Durant ce temps de carême, que chacun d’entre nous puisse découvrir et dire comme Marthe « Oui, Seigneur, je le crois, Tu es le Christ, le Fils de Dieu »

    Nous sommes invités à vivre ce carême comme un passage vers une vie plus juste, plus solidaire, plus ouverte à Dieu et aux autres. Avec le Christ, nous pouvons toujours triompher de nos peurs et retrouver le courage et l’espérance de repartir en avant. C’est chaque jour qu’il nous faut ressusciter avec lui.

    Que le Seigneur par son Esprit Saint ouvre nos oreilles et nos yeux pour accueillir cette vie   dans nos cœurs.

    Avec la situation actuelle que nous traversons, il est temps de nous réveiller, de sortir de nos tombeaux d’orgueil, d’indifférence, d’égoïsme. Unissons nos forces par la prière pour vaincre le mal. Rappelons qu’avec Jésus, c’est le bien qui aura le dernier mot, c’est l’amour qui triomphera toujours.

    Profitons de notre passage sur cette terre pour faire le bien en acceptant les œuvres de l’Esprit du Seigneur qui veut habiter en nous pour respecter la vie afin de préparer la vie éternelle auprès de Dieu

    Ayons le courage de sortir de notre tombeau pour vivre une vie nouvelle. Ne perdons pas l’espérance. Le Seigneur exauce toujours notre prière filiale. Soyons bienveillants les uns envers les autres et restons solidaires au sein de notre famille, de notre Paroisse, par la pensée et par la prière.

+ Dany Ramanatsitohaina  

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Bénédiction « Urbi et orbi » - 27 mars 2020

Vendredi 27 mars – Place Saint Pierre

Sur le parvis de la basilique Saint-Pierre nocturne et désert, symbole d'un monde confiné, les paroles de François et la bénédiction du Saint-Sacrement

"Le soir venu..." (Mc 4, 35).

Ainsi commence l’Évangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber.

D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage. Cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. 

Dans cette barque, nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : "Nous sommes perdus" (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.

Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre le comportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est à l’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : "Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?" (v. 40).

Cherchons à comprendre. En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, qui s’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : "Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ?" (v. 38). Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : "Tu ne te soucies pas de moi ?". C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.

La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. 

Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésie avec des habitudes apparemment "salvatrices", incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité.

À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos ego toujours préoccupés de leur image. Et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.

"Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?". Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : "réveille-toi, Seigneur !".

"Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?". Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : "convertissez-vous", "revenez à moi de tout votre cœur" (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir entre ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. 

Et nous pouvons voir de nombreux compagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues, ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show, mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les événements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. 

Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : "Que tous soient un" (Jn 17, 21). Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insufflent l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la coresponsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière ! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes ! 

"Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ?". Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais.

Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. 

Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés. 

Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf. Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.

Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant notre soif de toute-puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance. 

"Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?" Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi – solide comme le roc – de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que, de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu. Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort aux cœurs. Tu nous demandes de ne pas avoir peur. Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs. Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête. Redis encore : "N’ayez pas peur" (Mt 28, 5). Et nous, avec Pierre, "nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous" (1ère lettre de Pierre 5, 7).

Homélie du lundi 25 mars 2020, Solennité de l’Annonciation du Seigneur, année A

Livre d’Isaïe 7, 10-14. 8, 10. Psaume 39.

Lettre de la lettre aux Hébreux 10, 4-10. Évangile selon saint Luc 1, 26-38.

 

Nous voici bien éloignés physiquement les uns des autres, mais pas en pensée ni en prière.

Chers frères et sœurs, alors que nous vivons ces temps difficiles, j’aimerais, avec vous aujourd’hui, m’arrêter quelques instants, sur les deux attitudes de Marie, au moment où l’ange est entré chez elle.

Alors que nous ne savons pas combien de semaines durera ce confinement, peut-être pouvons-nous demander, pour chacun de nous , la grâce de vivre ces deux attitudes !

  • La première attitude de Marie est la confiance : Marie fait confiance.
  • La deuxième attitude : Marie est audacieuse.

“Le sixième mois, l’Ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une bourgade de Galilée appelée Nazareth …“Un peu à l’improviste, l’ange Gabriel fait irruption dans la vie de Marie. Marie accueille avec confiance la parole de l’ange. Elle entend cette salutation. Bien que Marie soit préparée de toute éternité, Dieu attend d’elle un “oui“ ; un “oui“ libre, profondément libre ! À Nazareth, Marie fait confiance, elle n’a pas d’autre projet que de laisser faire Dieu dans sa vie et de trouver grâce auprès de Lui.

Si Marie est confiante, elle est aussi véritablement audacieuse.

Et nous, comment réagissons-nous habituellement, sommes-nous facilement confiants et audacieux ?

Si je demande à quelqu’un dans notre assemblée de me rendre un petit service : « Peux-tu faire ceci ou cela qui est important pour moi, peux-tu m’aider ? » Peut-être allez-vous me répondre : « Oui ! Peut-être, mais de quoi s’agit-il ? Est-ce que ce sera difficile, peineux ? Me faudra-t-il beaucoup de temps pour rendre ce service ? Et… pourquoi moi, suis-je le seul compétent ? » Il me faudra, assurément, expliquer le pourquoi, le comment et la durée

De fait, peut-être aurait-il été normal qu’à l’instant où l’Ange dit à Marie : « Tu vas enfanter le Sauveur, notre Seigneur », il ajoute, au « OUI » de Marie, pour la rassurer : « Ne t’inquiète pas Marie, je vais tout t’expliquer. Tu verras, tout va bien se passer ! 

  • Alors déjà, Joseph va être très surpris. Il sera contrarié. Pourtant, ne t’inquiète pas, il aura un songe et une bonne solution sera trouvée, même si, au départ, il pense te répudier. 
  • Et puis encore, vers le huitième mois de ta grossesse, ce fou de l’Empereur Auguste va instaurer un grand recensement ; il te faudra faire cette longue route jusqu’à Bethléem. Vous aurez peut-être du mal à vous loger, mais tu verras, tout ira bien ! 
  • Après la naissance de Jésus, des mages vont arriver, les bras chargés de présents… C’est normal ! 
  • Plus tard encore, l’autre fou d’Hérode va faire assassiner tous les jeunes enfants, et il vous faudra vous enfuir en Égypte. 
  • Jésus sera un enfant très obéissant, mais quand il aura douze ans, il va faire une fugue : il restera trois jours complets dans la Temple de Jérusalem, tu auras peur de le perdre, mais là encore, ne t’inquiète pas. 
  • Quand il aura trente ans, beaucoup de disciples vont se regrouper autour de lui, et le suivre ; ils vont sillonner les routes, puis, trois ans plus tard, il sera condamné à mort, il va mourir sur la Croix. Mais… ne t’inquiète pas : Il va ressusciter ! Il sera vivant pour toujours ! »

 

Nous aurions pu imaginer que l’ange prenne le temps d’expliquer à Marie tout ce qui allait lui arriver. Nous aimerions tous cette explication, mais… après son « OUI », simplement : “l’ange la quitta“

Marie n’a aucune garantie, aucun détail sur son avenir. Pourtant, elle donne tout, tout ce qu’elle est, complètement, totalement. Non seulement, Marie fait confiance, mais elle entre, pleinement, dans le plan d’audace de Dieu, pour elle, comme pour nous.

Frères et sœurs, demandons, ce matin, d’être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint. En ces jours, c’est Lui qui nous dévoile le mystère de Pâques, petit à petit. 

Demandons simplement de faire confiance à Dieu, même si, autour de nous, le monde est plein de contradictions, de controverses et de tristesses et que parfois, nous avons du mal à tout comprendre ! Faisons confiance à Dieu ! Comme Marie, méditons sa Parole !

Entrons dans l’audace de Dieu, pour nous, pour nos familles, pour notre Paroisse et pour le monde !

Que Dieu soit béni pour Marie, confiante et audacieuse !

Que Notre-Dame de l’Espérance nous guide.

AINSI SOIT-IL !

Une Homélie du père Patrick Gaso pour ce 4° dimanche de Carême

(St Jean 9, 1-41 - Guérison de l'aveugle-né)

Ce quatrième dimanche de Carême nous invite de passer des ténèbres à la lumière ! Et cela dans la Joie !

Dès la première lecture, nous pouvons être frappé par la façon dont Dieu regarde l’homme : « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur ».

Toute la liturgie chrétienne est cette invitation de passer des ténèbres à la lumière!

Pouquoi ? Pour que notre vie en son cœur soit illuminée ! Il y a donc une écoute, une décision, une action et peut-être même, un combat ! Comme nous le précise St Jean dans son Prologue : « La lumière est venue dans le monde ! Les ténèbres ne l’ont pas accueilli ! »

   Mais est-ce si facile de sortir des ténèbres, de sortir de nos obscurités ? Cela peut paraître surprenant : certains ne le veulent pas ! Incompréhensible ! Il sera même difficile d'essayer de convaincre ! Il nous reste le témoignage et la prière !

   Mais nous-mêmes, acceptons-nous si facilement la lumière ?

L’évangile d’aujourd’hui nous montre trois attitudes différentes devant Jésus, lumière du Monde ! Les Pharisiens, les parents et l’aveugle : nous assistons à 3 réactions différentes !

-->  Les Pharisiens s'enferment de plus en plus dans leur refus.

Au début, ils semblent admettre le fait de la guérison : "Comment as-tu recouvré la vue ? Mais ensuite les plus hostiles accaparent le débat et jettent le doute dans l'esprit des gens : "Après tout, qu'est-ce qui nous prouve qu'il était vraiment aveugle ?"

Lors du dernier interrogatoire, ils ne cherchent plus du tout la vérité. C'est le drame des Pharisiens : ils croient voir et savoir et pourtant, il se ferment à la lumière :

  • "Cet homme ne vient pas de Dieu ! La preuve, il guérit le jour du sabbat !
  • "Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur !"

-->  Les parents de l'aveugle-né sont interrogés. Ils SONT en demi-teinte avec la vérité:

"Oui ! Nous sommes certains que c'est bien notre fils et qu'il est né aveugle. Comment maintenant il voit, nous l'ignorons ! Qui lui a ouvert les yeux, nous l'ignorons ! Interrogez-le !

Les Pharisiens disaient : "Nous savons !"

Les parents disent : "Nous ignorons", et nous ne voulons pas savoir.


-->  Mais c'est l'attitude de l'aveugle qui doit nous interpeller davantage au cours de cette montée vers la lumière de Pâques.

D'abord il n'a rien dit. Il a perçu la présence de Jésus devant lui, sans le voir.

Il a entendu ensuite des paroles étranges : "Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde". Mais à quoi bon parler de lumière à un aveugle-né ?

C'est alors qu'il a senti la boue appliquée sur ses yeux, comme si Jésus voulait signifier par là: "le Créateur a fait l'homme avec la glaise du sol, et moi je le recrée avec un peu de boue".

Et l'aveugle a obéi. Toujours sans rien voir. Il s'est rendu à la piscine de Siloé, la piscine de l'Envoyé, il s'est lavé à la piscine indiquée par Jésus, l'Envoyé de Dieu. Là encore, rien ! Mais au retour, il voyait.

La très belle conclusion du récit est pour chacun de nous en ce Carême : nous sommes aveugles de naissance, guéris par le baptême !

Il nous faudra apprendre sans cesse à voir le monde, les choses de la vie, les autres, nous-mêmes, avec le regard du Christ. Il nous faudra la même ouverture de cœur que cet homme. « Crois-tu au Fils de l´homme?» Il répondit : «Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui?» Jésus lui dit: «Tu le vois, et c´est lui qui te parle.» Il dit : «Je crois, Seigneur», et il se prosterna devant lui.

N’oublions pas cette phrase de la première lecture de ce dimanche de Carême, qui dit à propos de David : « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l´apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Ainsi soit-il

Homélie du mercredi 11 mars 2020, 2e semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 20, 17-28. Psaume 30. Lettre du prophète Jérémie.

 

    Voilà un texte biblique à la fois riche et surprenant ! Surprenant car les mamans sont vraiment incroyables ! Elles sont tout à fait capables de faire cette demande ! « Hey Jésus ! Mes enfants, peux-tu les prendre avec toi et les mettre à une bonne place ? »

    Remarquez, dans la scène, que c'est la maman qui a fait la démarche pour ses deux fils ! Les deux frères n’ont pas eu cette audace ! Peut-être ont-ils dit à leur maman : « S’il te plait maman, va demander à Jésus ! » 

    Pensez donc ! Être à la droite et la gauche du Seigneur dans le Royaume à venir, c’est une place privilégiée. Quel honneur pour la famille et quelle assurance pour la vie à venir !

    Avez-vous bien entendu la réponse de Jésus ? Elle est toute en douceur ; Il ne s’offusque pas et répond simplement que cela dépend du Père, et que, de toute façon, le partage de la gloire de Jésus suppose aussi le partage de tout son destin, y compris le baptême de souffrance, qui a commencé pour Jésus.

    Le projet de préséance des deux frères a, bien sûr, fait gronder les dix autres ! Mais là encore, tout en douceur, Jésus les appelle et prend ce prétexte pour donner une catéchèse sur la vraie grandeur. 

Le premier réflexe du disciple de Jésus doit être,

non pas d'être servi, mais de servir et de livrer sa vie.

D'un seul coup, sont balayées toutes les prétentions des deux frères ; mais surtout nous sommes ramenés, nous-mêmes, au quotidien de notre vie et à notre échelle de valeurs. Notre existence vaudra, non par les charges que nous aurons occupées ou par les travaux que nous aurons menés à bien, mais par la bonté que nous aurons semée et l'amour que nous aurons "mis en œuvres", parfois même, dans  des conditions parfois difficiles. Nous le savons, frères et sœurs, mais l’avons-nous bien compris pour nous-mêmes ?

     Et cela va très loin dans notre vie et très profond dans notre cœur. Jésus nous demande de mettre fin à tout réflexe de supériorité, à tout désir d'autoréalisation.

    Notons quand même la réponse extraordinaire et vraie des deux frères ; quand Jésus leur a demandé : "Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?", la réponse est immédiate : sans hésiter un instant, ils ont répondu : « Nous le pouvons ! », sachant bien qu'il s'agirait de souffrir avec le Christ. 

    Jésus n'a pas contesté ni récusé leur audace, qui était une belle preuve de leur amour. Et de fait, Jacques sera le premier à donner sa vie, puisque le roi Agrippa I le fera martyriser, très rapidement, dès l'année 44.

    La demande mal orientée de ces deux frères pourrait être aussi la nôtre, aujourd’hui ! Ayons plutôt cette audace dans le don de soi, du service total qui ira jusqu’au don de nous-mêmes pour le Christ !  Ce sera toujours un beau témoignage de foi et c’est cela que le Seigneur attend de chacun de nous !      

          Demandons d’être de bons serviteurs au service de notre famille, de la Paroisse et du monde !     

                                                                                                                            Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 9 mars 2020, 2e semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 6, 36-38. Psaume 78. Lettre du prophète Daniel 9, 4-10.

 

Voilà un court évangile, mais d’une densité incroyable !

Les paroles que nous venons d’entendre dans cet évangile de St Luc, peuvent donner le vertige à ceux qui les écoutent. Jésus exprime ici plus qu’une règle de bienséance, plus qu’un simple savoir-vivre dans le respect de tout le monde, plus que de vivre de non-violence, plus que de porter un regard de bonté sur les autres.

Jésus veut nous enseigner à propos d’un élément essentiel ; en réponse à la spirale de la haine, Il nous invite à répandre sur un monde en manque d’espérance et d’amour, une surabondance de miséricorde.

- Au lieu de déverser la haine, Il nous invite à faire le bien, 

- Au lieu de la malédiction, Il nous invite à bénir.

…/… « Car la mesure dont vous vous servez pour les autres, servira aussi pour vous. »

Pour nous en montrer la faisabilité, Jésus l’a vécue, vraiment, totalement. Il a supporté tous les coups sans en condamner les auteurs. Rappelez-vous ses mots au sommet de la Croix : « Père, pardonne-leur ! »

Pour chacun de nous, cela peut paraître trop exigeant ! Certains vont me dire :   je ne suis pas Jésus ! Il avait Lui, des grâces que je n’ai pas reçues !

Nous savons que nous ne sommes pas parfaits, et en l’affirmant, j’espère ne choquer personne. Il est vrai que nous ne sommes pas parfaits ! 

Le chemin proposé par Jésus peut même nous sembler surement trop étroit et la montée assez rude… mais il nous faut comprendre que :

- Oui ! Cette attitude est possible ; 

- Oui ! Nous pouvons imiter Jésus dans notre façon d’être, dans notre façon d’agir.

Des grâces nous sont données ! Je suis certain que plusieurs d’entre nous pourraient dire qu’à un moment ou à un autre : j’ai réussi à pardonner, j’ai réussi à réprimer un mouvement de colère, j’ai réussi à modifier mon regard pour qu’il ne soit pas un regard de haine… alors que cela me paraissait vraiment impossible !

 Pour avancer sur le chemin du Carême, il nous faut être pétris dans la contemplation de Celui qui a lancé au monde de tels propos, parce qu’Il était, lui-même, en vérité et en actes, la miséricorde incarnée.

Durant ces semaines qui nous conduisent à Pâques, il nous faudra vivre, pour nous-mêmes, cette miséricorde. Je suis persuadé que, tant que nous n’avons pas été personnellement et intérieurement bouleversés par la miséricorde de Dieu, nous aurons du mal à être miséricordieux comme Dieu est miséricordieux.

La foi nous l’apprend : il ne suffit pas d’être pleins de tendresse, de gentillesse, de bonté, d’amabilité, « les païens n’en font-ils pas autant ! » (Mt 5,46)

Ce temps de Carême nous pousse au-delà d’une simple gentillesse humaine. 

C'est Dieu qui voit, dans le secret, le don que nous faisons de nous-mêmes sans que personne sur terre ne le remarque. 

Lui seul sait la mesure avec laquelle nous donnons ou laissons prendre. Il prendra la même mesure pour nous combler, et il mettra sa joie à la faire déborder.

Ainsi soit-il

Homélie du mercredi 4 mars 2020, 1ere semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 29-32. Psaume 50. Lettre du prophète Jonas 3, 1-10.

 

Comme je vous le disais en introduction, il y a tout juste une semaine, nous fêtions le mercredi des Cendres ! C’est-à-dire, une journée de jeûne, une journée de pénitence. 

Tout au long de cette première semaine de Carême, la liturgie, l’Église, nous aident à mieux découvrir qui est Dieu pour chacun de nous, qui est Jésus pour moi. 

L’invitation est là :  comment mieux Le connaître pour lui ressembler, comment prendre du temps avec Lui. Pourquoi ? Afin qu’Il me permette de découvrir ce que je dois changer et convertir !

L’évangile que nous venons d’entendre fait suite à une guérison, plus précisément à un acte de libération : Jésus vient de chasser un Démon !

La foule a vu, elle a entendu et pourtant… elle Lui réclame un signe venant du ciel, un prodige supplémentaire qui les obligerait, en quelque sorte, à croire en Lui. C’est-à-dire : un signe du ciel pour prouver qu’il vient bien de la part de Dieu.

La réponse de Jésus est directe, presque cinglante : à ceux-là, comme à nous, « il ne sera donné que le signe de Jonas ». 

Nous avons entendu l’histoire de Jonas dans la première lecture, et nous savons qu’elle est bien connue dans notre monde chrétien, et aussi au-delà. 

Jonas est un prophète atypique, somme toute bien sympathique, peut-être en raison de son franc-parler et de son caractère un peu boudeur (et peut-être que pour les Français, cela parle davantage).

Pourquoi, aujourd’hui, Jésus me parle-t-il de Jonas ?

À vrai dire, le signe de Jonas se situe à deux niveaux :

  • Tout d’abord par son message de conversion qui a été entendu dans une ville étrangère, une ville païenne, par les habitants de Ninive.
  • Puis, un peu plus tard, lorsque Jonas a été avalé par le monstre marin ; il est resté invisible durant trois jours et trois nuits et cela fait référence à la mort de Jésus et au premier message de sa résurrection.

Ce jour-là, dans l’évangile, la parole de Jésus se situe au premier niveau, c’est-à-dire : une invitation à une écoute et à un vrai changement

Nous pouvons constater ici un paradoxe : Jésus, Fils de l’homme durant sa vie terrestre apporte, Lui aussi, un message de conversion et, alors que Jonas a été entendu et écouté par un peuple étranger, voilà qu’Il se voit contesté dans son propre peuple… et pourtant, Jésus est bien plus que Jonas

Comme si ce rappel ne suffisait pas, Jésus en appelle à la reine de Saba. Cette reine illustre, avait fait la démarche de venir depuis son lointain royaume, pour entendre la sagesse du roi Salomon. Si elle, l’étrangère, a fait ce long voyage pour entendre les proverbes d’un roi, pourquoi les auditeurs de Jésus se détourneraient-ils de Lui, alors que du milieu d’eux, Jésus leur dévoile la réalité, le mystère du Royaume ?

Surprenant !

Peut-être vivons-nous le même paradoxe ?

À notre génération comme à celle d’hier, il ne sera pas donné d’autres signes que celui de Jonas. Or, avec Jésus, en Jésus, il y a bien plus que Jonas, bien plus que la reine de Saba, bien plus que Salomon : Il est la Parole vivante !

Frères et sœurs, si nous entendons ce texte tout particulièrement à la fin de cette première semaine de Carême, peut-être est-ce parce que nous avons besoin de nous mettre davantage à l’écoute de la Parole de Jésus.

Un signe nous sera donné, un signe nous est déjà donné : un grand signe que les chrétiens reconnaissent ! C’est le signe du Fils de l’homme crucifié, c’est-à-dire le signe de Jésus en croix, le signe de Jésus donnant sa vie pour la multitude.

En ce jour, demandons, pour cette nouvelle semaine qui commence, la grâce d’une conversion, la grâce d’une écoute plus profonde de la Parole de Jésus !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 2 mars 2020, 1re semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 25, 31-46. Livre des Lévites 19, 1-2.11-18. Psaume 18b.

 

Ce qui est certain, c’est que l’évangile que nous venons d’entendre ne laisse pas indifférent ! Il nous fait réagir, dans un sens ou dans un autre.

Beaucoup aiment cet évangile, certains autres sont surpris. Pourquoi sont-ils surpris ? Parce qu’il y a un jugement ; Dieu juge ! Dieu sépare ! Dieu met à droite ou à gauche !

 C’est cela qui peut surprendre certains d’entre nous : 

Comment ? Un Dieu qui juge ?

Un Dieu qui émet une sentence de salut ou une sentence de condamnation ?

Est-ce possible ? Pourtant, Dieu est bon !

Dieu aurait-il des exigences, ou aurions-nous mal compris ?

De fait, en énumérant la gravité et les conséquences de nos actions humaines, Dieu veut souligner l’importance de la charité concrète dans l’existence quotidienne du chrétien.

Oui ! Dieu émet une sentence de salut ou de condamnation !

Sans aucun doute, cette affirmation vient mettre à terre l’idole “en sucre d’orge“ fréquemment édifiée par la mentalité contemporaine d’après-guerres. Autant le 19e siècle, avec le jansénisme, avait proposé une vision faussée de Dieu, doloriste, autant notre époque nous propose une vision faussée également, un peu mièvre et doucereuse.

Cet évangile nous provoque selon trois pistes de réflexion ; j’y ajouterai un défi.

  • Première piste : le service des déshérités, le service des pauvres, peut prendre de multiples formes. La charité doit nous rendre inventifs et, dès maintenant, c’est à l’aune de la charité que nous serons jugés aux yeux du Christ. Les belles paroles ne suffisent pas !
  • Deuxième piste : la portée de nos actes ne nous sera pleinement dévoilée que lors de l’avènement du Christ glorieux. N’attendons pas, dès maintenant, de gloriole, de fleurs, de sonnerie de trompette. Il nous faut simplement être certains de servir le Christ en servant nos frères.
  • Troisième piste : toute vie peut paraître enviable et bien remplie, mais elle reste parfois et même souvent difficile… Peut-être même sommes-nous malades, isolés, déçus… ! Au terme de notre existence terrestre, que pèsera cette vie devant notre Seigneur ? Il est bien difficile de le savoir. Pourtant, nous le savons, ce ne seront ni la richesse ni l’importance de notre compte bancaire qui feront la différence. De même, nous ne pourrons jamais ajouter un jour à notre vie par un moyen quelconque ! C’est dans l’aujourd’hui que nous pouvons aider, accompagner, aimer…

Frères et sœurs, une existence ne pèse que son poids d’amour !

 

Un défi ?

C’est un défi que nous recevons en ce début de Carême, un défi à la fois énorme, impossible avec nos simples forces et pourtant accessible, par la grâce de Dieu : imiter le Christ !

La première lecture est le rappel de ce défi ; elle nous lance une invitation : « Soyez saints, car moi, le Seigneur, je suis saint. » Voilà le défi de ce jour : celui de la sainteté

Ce matin, demandons pour chacun de nous cette force et la certitude que le Seigneur nous veut, pour toujours, auprès de Lui !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 1er mars 2020, 1er dimanche de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 4, 1-11. Livre de la Genèse 2, 7-9 ; 3,1-7a. Psaume 50.

Lettre de saint Paul aux Romains 5, 12-19.

 

Mercredi dernier, avec le rite des Cendres et le jeûne, nous sommes entrés en Carême. Mais que signifie : « entrer en Carême » ? Plusieurs personnes m’ont posé cette question !

Dans un langage un peu vigoureux, cela signifie :

- commencer un temps d’engagement particulier dans le combat spirituel qui nous oppose au mal présent dans le monde, en chacun de nous et autour de nous. 

- regarder le mal en face et se disposer à lutter contre ses effets, en particulier contre ses causes, jusqu’à la cause ultime, qui est combattre Satan.

En disant cela, certains vont me dire, « C’est vraiment exigeant » D’autres, « je n’ai pas tout compris », et d’autres encore : « ça va être laborieux ! »  

En réalité pas du tout ! Le Carême n’est ni un cauchemar ni une mission impossible ! Oh non !

J’ai donc plusieurs remarques à vous soumettre, ce matin. Je vais essayer d’être synthétique !

 

Première remarque : l’Évangile que nous venons d’entendre est appelé, habituellement, le récit des Tentations de Jésus. Il vaudrait mieux l’appeler autrement, j’aimerais l’appeler : l’Évangile de la Victoire de Jésus. 

Pourquoi ? Dieu est plus fort que notre péché. Si, à la fin de cette célébration, vous avez un peu de temps, je vous propose de venir contempler ce tableau (à votre droite) qui représente justement la fin de l’évangile que nous venons d’entendre. 

Il me semble intéressant de commencer notre Carême par la contemplation d’une victoire : Jésus victorieux ! Oui ! Jésus est victorieux !

Oui ! Jésus est victorieux, sur le Mal : c’est-à-dire sur Satan ! Comprendre cette réussite est important parce que nous avons besoin de cette victoire, besoin de comprendre que Jésus a su vaincre le Mal, que le Mal s’est comme brisé sur sa Personne. (Certains pourraient dire, dans un langage plus familier, que le « mal s’est cassé les dents » sur Jésus !)

§ Toute la vie du Christ est une victoire sur le Mal ! Toute sa vie est un NON à la mort, un NON au mensonge, un NON à l’idolâtrie, un NON à la haine et au péché.

§ Toute sa vie est une victoire et la Croix, dans cette perspective, est la victoire absolue, puisqu’elle est la victoire de l’amour et du pardon qui se donnent jusqu’au bout.

Frères et sœurs, cette victoire nous révèle quelque chose d’inouï : Dieu nous a donné son Fils pour que nos vies, notre humanité, notre histoire trouvent en lui, la source du salut.

Retenons que nous sommes sauvées parce que Dieu est plus fort que le Mal, plus fort que nos compromissions avec le péché !

 

Deuxième remarque : avant la Tentation de Jésus au désert, il y a eu un autre lieu où l’homme a été tenté !

C’est celui dont nous parle la première lecture : le jardin d’Éden, le « paradis terrestre », comme on le dit couramment. 

Ce jardin créé par Dieu, (selon le récit de la Création) devient, dans notre récit aussi, le jardin de la tentation

Nous y voyons Ève et Adam, nos ancêtres en humanité, nos “protoparents“, subir puis céder à la tentation. C’est là qu’ils sont tiraillés entre choisir leur volonté propre, ou choisir le respect de la volonté de leur Créateur qui leur a interdit de se substituer à Lui en mangeant le fruit de l’arbre du bien et du mal.

Vous connaissez l’histoire : alors qu’ils avaient reçu cet avertissement de ne pas manger du fruit de l’arbre, Ève et Adam vont franchir librement et en conscience, les limites inscrites par Dieu ! 

Pourtant, ils avaient été prévenus. Ils vont donc céder au Tentateur, céder au Diviseur, au « Diabolos » qui nous est décrit sous la forme d’un serpent.

De quelle tentation s’agit-il ? Il s’agit de la tentation, à la fois de se prendre pour Dieu et aussi de se passer de Lui ! Ce désir sera plus fort que leur attachement à leur Créateur. Ils vont donc faire le choix d’une rupture vis-à-vis de Dieu… et c’est le drame !

Ils en paieront les conséquences, entraînant avec eux toute leur descendance (c’est-à-dire nous tous). Par Adam, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture : « par un seul homme, le péché est entré dans le monde. »

Nous remarquons donc que la première lecture et l’Évangile de ce jour se répondent. 

La Tentation de Jésus au désert sera donc la réponse à l’échec de la première tentation dans le livre de la Genèse ! 

Pour Jésus, ce désert va être aussi le lieu des tentations. À nouveau, le Tentateur va jouer de séduction et de mensonges ! En se retirant au désert, Jésus accepte d’entrer dans ce combat, mais dans ce combat entre Dieu et Satan, entre Dieu et l’Adversaire des origines, par trois fois, Jésus remportera cette victoire !

Comme le dit encore saint Paul : par la désobéissance d’un seul, la multitude a été rendue pécheresse, de même, par l’obéissance d’un seul la multitude sera rendue juste ! Par son « oui » total à son Père, Jésus victorieux nous montre ce chemin de résistance et de victoire !

 

Troisième remarque : Nous entrons effectivement dans la première semaine de Carême, avec cette audace de croire que Dieu est présent au cœur de nos déserts… présent dans tous mes déserts où règnent mes conflits, mes contradictions, mes misères…

Il me faut le laisser éclairer ma vie, le laisser m’aimer au cœur même de ce qui cloche, de ce qui est tordu, jusqu’au plus petit détail honteux de ma vie que je voudrais oublier !

Voilà notre lieu de conversion : permettre à Dieu d’agir et de faire du neuf, du droit, du beau dans notre vie. 

Là est le lieu de notre combat durant ce temps de Carême ! Voilà, ce que signifie cette « Entrée en Carême » ! 

 

Retenons ces trois réponses de Jésus ! Inscrivons-les dans notre cœur et notre intelligence !

« L’homme vivra de la Parole de Dieu » c’est un appel à écouter Dieu, en lisant sa Parole, en la goûtant, 

«Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu » :c’est un appel à la confiance en Dieu.

« C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à Lui seul, tu rendras un culte » c’est un appel à choisir Dieu en toute occasion.

Ces trois réponses sont le secret de la victoire du Christ pendant ces quarante jours au désert et cela durant toute sa vie.

Voilà, frères et sœurs, ce que nous pouvons retenir pour cette entrée en Carême ! Ce sont les paroles de notre victoire et de notre certitude de bonheur dans le Christ. 

Nous fêterons cette victoire tous ensemble au dimanche de Pâques. C’est l’engagement et peut-être un défi pour chacun de nous !

Pour y arriver, gardons confiance et prions les uns pour les autres !

Demandons cette grâce pour chacun de nous, pour nos familles, pour notre communauté, pour notre paroisse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 23 février 2020, 7e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 38-48. Livre des Lévites 19, 1-2.17-18. Psaume 102.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 3, 16-23.

 

Un épisode en paroisse m’a marqué et me marque encore. 

Cela s’est passé au début de mon ministère, il y a quelques années déjà, en Nord Isère, un peu au-dessus de Bourgoin, en direction de Lyon. J’ai vécu là une situation assez particulière, à la fois dramatique et édifiante. À la sortie d’une discothèque, il y a eu lieu un grave accident, un accident stupide. Peu importe sur qui ont pesé les responsabilités ! Dans les deux voitures qui se sont percutées violemment, se trouvaient des jeunes. Les deux conducteurs étaient morts sur le coup. C’étaient des jeunes que je connaissais, des jeunes de la paroisse. Pour les funérailles du jeune qui conduisait la première voiture, l’église était bondée de ses amis, familles et connaissances. Vous pouvez imaginer la vive émotion.

Alors qu’allait commencer la célébration, j’aperçois la maman du conducteur de l’autre voiture, ouvrir la porte de côté de  l’église et entrer. (Les funérailles de l’autre jeune homme étaient prévues quelques jours plus tard).

Lorsque les deux mamans se sont aperçues, leurs regards se sont croisés et dans l’assemblée, il y a eu un silence intense. Elles se sont avancées l’une vers l’autre et se sont embrassées.

Pour ces deux mamans éprouvées, un signe de compassion s’est manifesté. C’était aussi le signe d’une réconciliation entre deux personnes qui auraient pu devenir ennemies. Nous avons vécu, à ce moment-là, une visitation de soutien et de pardon et le baiser de paix échangé était d’une rare intensité.

Si je vous raconte cet événement ce matin, c’est que ce jour-là, nous avons vécu quelque chose de très fort. En relisant les textes de ce dimanche, en particulier la phrase de Jésus : « Eh bien ! Moi je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent… », cet épisode a resurgi dans ma mémoire. 

Priez pour ceux qui vous ont fait du mal !

Que dire devant l’exigence d’une telle parole ? Comment réagissons-nous ?

Nous pouvons nous sentir incapables de faire une telle prière, d’oser un tel geste de pardon vers l’autre, en difficulté d’un tel amour parce que la souffrance est trop vive, trop intense en nous ! Sans doute faudra-t-il laisser le temps apaiser la douleur pour que la cicatrice puisse se refermer, petit à petit. Peut-être ?

Il peut y avoir aussi une autre solution, une décision courageuse et salutaire ! Celle, par exemple, que toute une assemblée meurtrie par la perte et le deuil, a vue et vécue ce jour-là : ces deux mamans qui se sont retrouvées et qui, très vite, ont perçu la nécessité de cet espace de paix ; Aimez ceux qui vous font du mal (volontairement ou non) ! Aimez même vos ennemis !

Frères et sœurs, dans notre assemblée, peut-être pensez-vous que nous ne vivons pas tous des situations aussi singulières et difficiles… C’est vrai ! Et en entendant cette parole : aimez vos ennemis, vous pouvez penser aussi que cette exigence n’est pas pour vous, que vous n’avez peut-être pas d’ennemis (du moins le pensez-vous !)… Mais est-ce si sûr ?

L’ennemi n’est pas seulement l’ennemi durant un temps de guerre, ou celui qui est responsable d’un drame qui vous est arrivé. L’ennemi, ou celui que je considère comme tel, est peut-être tout près de moi, dans mon voisinage, mon quartier, ma famille ou sur mon lieu de travail. Ce peuvent être également :

  • Des parents ou des enfants avec lesquels nous sommes brouillés… 
  • Un collègue de travail qui a reçu la promotion que j’espérais et pensais obtenir et, du coup, un fond de moi je ressens quelque chose qui me fait mal…
  • Un voisin indélicat que je ne supporte plus et quand je le croise dans l’escaler, je détourne la tête.

Comment trouver en nous, le courage de pardonner, si ce n’est en nous tournant à notre tour vers le Seigneur pour qu’Il nous donne sa force et nous redise sa présence aimante ! Ne l’oublions pas, le projet de Dieu pour chacun de nous, est un projet de paix, un projet d’espérance !

Bien sûr, nous l’expérimentons, la rancune, la colère, la vengeance sont comme une gangrène qui nous plonge dans une tristesse durable. Nous savons bien quand nous repensons à telle ou telle scène, que cela réactive en nous comme une sourde colère qui a du mal à s’effacer et qui impacte notre façon d’être.

Jésus ne nous propose pas une vie spirituellement rabougrie du style “œil pour œil“, “dent pour dent“… Pourtant déjà, la loi du Talion était un progrès incroyable par rapport à une vengeance privée et non contrôlée !

Le livre des Lévites que nous avons entendu en première lecture exprime cette progression qui culminera dans les paroles mêmes de Jésus : « Tu ne te vengeras pas. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Pour Jésus, il nous faudra faire comme un pas de plus, une étape supplémentaire à laquelle Il nous invite, car le cœur de son message est une conformité à Dieu : soyez parfait comme votre Père céleste est parfait !

Ce n’est pas seulement “soyez parfait“ tel un vernis esthétique, car nous ne recherchons pas un idéal héroïque !  Nous n’y arriverons pas avec nos propres forces (nous le savons bien !) Mais Jésus nous dit : soyez parfait comme votre Père céleste est parfait ! C’est bien à une invitation à une ressemblance, ! cela est bien différent ! 

Jésus nous propose, en quelque sorte :

  • d’aimer comme Dieu nous aime, ou encore : 
  • de nous aimer les uns les autres comme Dieu nous a aimé. 

Il s’agit d’avoir ce désir, un peu fou, d’imiter Dieu. Nous sommes conviés à lui ressembler, ou d’avoir les mêmes dispositions que Lui !

Frères et sœurs, il n’y a pas de recette miracle pour affronter les difficultés de la vie ; Dieu nous invite à nous laisser habiter par son regard, habiter par sa Parole, habiter par son cœur, et cela dans toutes nos relations, que ce soient celles avec tous ceux que nous côtoyons régulièrement ou celles au-dedans de nous.

Aimer comme Dieu aime !

Cela ne veut pas dire que nous pourrions annexer l’autre pour profiter de lui en prétendant que nous l’aimons pour le mettre dans notre poche ou imaginer ce qu’il peut nous rapporter !

  • Aimer comme Dieu aime, ce n’est pas faire partie d’une sorte de club privé en se désintéressant des autres parce qu’ils ne pensent pas comme moi.
  • Aimer comme Dieu aime, ce n’est pas simplement se donner bonne conscience en faisant un petit geste, avant de penser à autre chose et poursuivre son chemin.
  • Aimer comme Dieu aime, c’est aimer comme Jésus, d’un amour vrai dans un don sincère de soi.
  • Aimer comme Dieu aime, c’est aimer, même s’il n’y a pas de retour ou de réponse de l’autre, c’est-à-dire aimer d’un amour gratuit.
  • Aimer comme Dieu aime, c’est renoncer à la vengeance, c’est tenter de faire un pas vers l’autre, et demander la grâce du pardon.

Frères et sœurs, voilà ce qu’il nous faut (ré)apprendre et (re)découvrir.

Le Christ nous montre le chemin ! Pour le suivre, Il nous donne son Esprit de sainteté. En nous y disposant, nous recevons tout de Lui pour être, comme le dit saint Paul : « tout au Christ ».

Le premier moyen que l’Église nous donne est le baptême (et à sa suite, la Confirmation). Le deuxième moyen efficace est le sacrement du pardon, reçu dans la confession. C’est un moyen extraordinaire pour débloquer des situations parfois bloquées. 

- Comment réussir à demander pardon si, en moi-même, je n’ai pas un cœur consolé ?

- Comment recevoir un pardon si, en moi-même, mon cœur n’est pas dans la paix ?

Dans le geste de paix que nous allons échanger tout à l’heure, je vous invite à porter dans votre cœur, le nom d’une personne qui, peut-être, vous a fait du mal, à laquelle il vous est peut-être difficile de pardonner, et cela afin que se réalise ce que nous aurons demander quelques instants auparavant dans la prière du Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Non ! Ce ne sont pas des paroles en l’air ! Toutefois, il nous faut les incarner et les vivre.

Frères et sœurs, demandons pour cela, la force de l’Esprit Saint !

En lui, tout est possible, jusqu’au pardon reçu, au pardon donné, pour que la paix règne en chacun de nous et dans le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 17 février 2020, 6e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 8, 11-13. Psaume 118. Lettre de saint Jacques 1, 1-11.

 

J’aimerais, si vous me le permettez, durant quelques instants, relire avec vous la lettre de saint Jacques. Je ne crois pas me tromper si je vous dis que nous n’aimons pas les moments difficiles de notre vie. Pourtant, notre existence est souvent parsemée de ces moments difficiles qui sont des épreuves, et qu’il nous faut dépasser avec la grâce de Dieu. Souvent, une joie véritable existe parce que nous avons dépassé justement ces épreuves.

La phrase que je retiens ce matin dans l’épître de saint Jacques est cette formule un peu provocante que je vous relis : « Considérez comme une joie extrême, mes frères, de buter sur toute sorte d’épreuves. »

Saint-Jacques poursuit : « Une telle vérification de votre foi produit l’endurance. » Que dire de ces affirmations ?

- Une première remarque : par “épreuve“, il ne faut pas comprendre uniquement les choses horribles qui peuvent nous arriver. Ce peut être compris dans d’autres sens : une épreuve sportive par exemple, un examen, un concours, l’épreuve du baccalauréat, ou un moment où il nous faut faire nos preuves, où il nous faut montrer une vraie détermination ; c’est un cap à dépasser.

- Si je reprends la fin de cette citation : « Vous le savez, une telle vérification de votre foi produit l’endurance. », cela me permet de faire une deuxième remarque : qu’est-ce que l’endurance ?

L’endurance, comme la patience, n’est pas une résignation et encore moins une défaite. L’endurance est la vertu de celui qui est en chemin. Il n’est pas immobile ni replié sur lui-même. Au moment où arrive une épreuve, il peut arriver que nous soyons totalement tétanisés, avec l’impression que « le ciel nous tombe sur la tête ». Je peux ressentir une « impossibilité de réaction »… dans un repli sur moi-même ! Dit autrement : la patience chrétienne, l’endurance chrétienne, n’emprunte pas le chemin de la défaite, mais celui de la responsabilité, le chemin de la constance, le chemin de la persévérance.

Il ne fait aucun doute que nous avons tous vécu des épreuves, et nous pourrions le confirmer en interrogeant n’importe lequel d’entre nous dans notre assemblée. L’expérience de ces épreuves parfois douloureuses, parfois tenaces, reste difficilement communicable aux autres ; difficile de les partager, même si nous arrivons à les exprimer, à expliquer ce que nous ressentons ! Même si la prière des frères nous soutient et nous aide, toutes souffrances, toutes épreuves restent propres à ma personne, tout simplement parce que nous sommes tous uniques et que notre ressenti est lié à notre personnalité et à notre histoire.

Juste un exemple : il y a quelques années, j’ai connu deux personnes victimes d’un accident ; l’un, dans un accident de voiture, et l’autre en utilisant une scie circulaire. Ces deux personnes avaient perdu le petit doigt ; pour l’un des deux, ce n’était pas très important (il lui restait encore neuf doigts !), pour l’autre qui était pianiste, l’impact était bien différent ! Même accident, même drame, même perte… mais des conséquences totalement différentes.

En relisant l’épître de saint Jacques, je vois que c’est dans ces moments-là qu’il nous faut demander cette vertu de patience en implorant toute la force que le Seigneur peut m’apporter. D’ailleurs, la patience signifie “porter sur soi“, tant il me sera difficile de faire porter à un autre cette souffrance que moi seul peux éprouver.

Le mal n’est pas à rechercher pour lui-même ; il reste une énigme. Bien souvent, nous restons sans voix devant les difficultés de la vie. Pourtant, il nous faut le courage de demander de l’aide au Seigneur. Demander : Seigneur, donne-moi la patience pour porter toutes les épreuves de la vie. Donne à chacun la patience pour porter ses épreuves, nous sommes souvent si impatients ! Quand quelque chose ne va pas, notre réflexe est souvent de crier : « Seigneur, pourquoi ? » Comme Toi-même es patient envers nous, rejoins chacun de nous ! Nous Te présentons ce matin, nos souffrances, nos épreuves. Donne à chacun cette nécessaire vertu de patience ! Donne-nous un surcroît de foi et la confiance en ton Nom !    

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 12 février 2020, 5e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 7, 14-23. Premier livre des Rois 10, 1-10. Psaume 36.

 

Chers amis, Jésus aborde dans cet évangile une question intéressante !

Nous sommes dans l’évangile de saint Marc au chapitre 7e. Jésus y pose un cas de casuistique : il s’agit de s’interroger pour savoir quel aliment pouvait être bon, mauvais, autorisé, interdit… Bref, une réflexion un peu compliquée. 

En fait, le Christ veut nous interroger sur les origines du Mal en nous, et leurs conséquences que sont nos actions. D’où vient ce Mal ? 

Pour approfondir cette réflexion, Jésus affirme, tout d’abord, que tous les aliments sont purs. Une précision : dire que « tous les aliments sont purs », ne signifie pas qu’ils sont tous comestibles. 

J’ai encore en mémoire, lorsque j’étais curé sur le Plateau du Vercors, d’avoir célébré malheureusement les funérailles d’une famille (les parents et un de leurs enfants) décédées, car ils avaient mangé une omelette avec les champignons qu’ils avaient cueillis, et ces champignons étaient mortels…

Oser dire que « tous les aliments sont purs » ne nous choque pas !

Mais à l’époque de Jésus, cette affirmation était une véritable révolution spirituelle : n’oubliez pas, et encore aujourd’hui, qu’il y a encore beaucoup d’interdits alimentaires chez nos frères juifs.

Pour Jésus, la racine du Mal ne se trouve pas dans les aliments, mais elle se situe dans notre cœur. Ainsi, nous dit Jésus, la source du Mal ne se trouve pas dans les éléments qui nous entourent (même s’il si certains peuvent avoir une conséquence mauvaise !), mais vraiment dans le cœur de l’homme

Aujourd’hui, nous disons volontiers que le cœur est le lieu des émotions, de l’amour, des sentiments…

Pour les croyants de la Bible, le cœur était le lieu de l’intelligence et du discernement. Il servait autant à aimer qu’à comprendre, à agir, à décider, autant à vouloir qu’à ressentir. 

  • C’est donc le cœur humain et lui seul, qui prend l’initiative du Mal et l’homme se laisse corrompre par le Mal. 
  • C’est le cœur qui rend impurs ou purs, nos actions et notre agir. 
  • C’est bien le cœur de l’homme, dans sa liberté, qui pose notre relation aux choses, aux corps, aux personnes.
  • Le Seigneur énumère, comme nous venons de l’entendre, une longue série de misères : « Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidité, méchanceté, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. »

Bref, tout ce Mal, qui profondément fait mal et rend notre société malheureuse, vient du dedans de l’homme. C’est cela qui rend l’homme impur !

Jésus attire donc notre attention sur notre attitude, sur notre façon d’être vis-à-vis des autres ; si le cœur humain est fait pour aimer, pour accueillir, il peut aussi ignorer et refuser l’autre dans sa détresse. Il peut même tuer. L’homme, qui est fait pour la joie, pour l’accueil et la vie, pour construire le bonheur autour de lui, peut cependant s’enfermer dans une attitude négative ; il peut aller jusqu’à détruire l’autre et, in fine, créer son propre malheur.

C’est pourquoi il est si important, tout au long de notre vie, à la suite du Christ, que nous acceptions de connaître notre cœur, de prendre du temps 

  • pour découvrir “qui je suis“, c’est-à-dire de sonder notre liberté, 
  • pour comprendre si oui ou non, je désire profondément le Bien, si oui ou non, il reste encore dans notre cœur, des parcelles qui ont besoin d’être ‘nettoyées’, purifiées,
  • pour savoir si oui ou non, nous avons donné notre vie à Dieu.

Comment connaître l’état de notre cœur ? Le moyen est tout simple ! Cela demande des temps de prière, des temps de relecture, de regarder ce qui sort de notre cœur, par nos paroles, par nos gestes, par nos indifférences. 

Si d’aventure, en faisant ces relectures, nous ne sommes pas complètement satisfaits de nos découvertes, de ce que nous faisons, de ce que nous sommes… demandons la grâce d’une nouvelle conversion !

Demandons à Jésus : 

« Aide-moi à purifier mon âme, mon cœur de tout mal, 

fais grandir en moi le désir de rayonner des dons de ton Esprit autour de moi »

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 10 février 2020, 5e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 6, 53-56. Premier livre des Rois 8, 1-7.9-13. Psaume 131.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 2, 1-5.

Nous découvrons dans ce chapitre 6e de l’évangile selon saint Marc, la description du déroulement d’une journée type de la vie publique de Jésus (particulièrement en cette première période galiléenne). 

Cette période, nous le savons, a été un succès foudroyant pour le Fils de Marie et de Joseph, le prophète de Nazareth.

Ce qui me frappe spécialement dans tout ce chapitre 6e, est l’extrême simplicité des rapports entre le Messie et son peuple. « Après la traversée, abordant à Génésareth Jésus et ses disciples accostèrent. Ils sortirent de la barque, et aussitôt les gens reconnurent Jésus : ils parcoururent toute la région, et se mirent à apporter les malades ».

À chaque rencontre, nous retrouvons ce contact plein de simplicité de la part de Jésus. Il ne se dérobe pas, Il ne fuit pas l’enthousiasme de la foule. Il ne met pas, non plus, de limite à son pouvoir de guérison, et il laisse s’émaner de sa personne, cette force de salut des corps et des âmes, qui est en Lui.

Jésus laisse faire tous ces malades, tous ceux qui ont besoin de Lui, tous ceux qui espèrent en Lui, ceux qui désirent simplement Le toucher. Que souhaitent-ils ? Saisir « ne serait-ce que la frange de son manteau ? » 

Jésus se prête à ces contacts avec bonne grâce, car sous une forme très simple, la foi de ces Galiléens rejoint une aspiration profonde. Depuis la multiplication des pains, ils savent déjà ce qu’Il a fait, même si le merveilleux tient encore une place non négligeable dans cette foi.

Dans cet épisode, nous sommes témoins de la simplicité de Jésus, 

et également de la simplicité de ceux qui accueillent le Christ !

Ces hommes et ces femmes ne posent pas de préalable à la rencontre ; ils y vont « tout de go » ! Ils saisissent humblement l’espérance que Jésus leur offre ! Ils viennent au Fils, tels qu’ils sont, sans apparat, en espérant seulement toucher, « ne serait-ce que la frange de son manteau. »

En lisant cet évangile, peut-être vous êtes-vous posé cette question : pourquoi toucher la frange du manteau de Jésus ? On pourrait presque croire à un geste magique ! 

En fait, ce geste est bien connu : la frange du manteau rappelle aux juifs qu’ils doivent observer la Loi du Dieu. Si vous en avez la curiosité et la possibilité, cherchez dans le livre des Nombres au chapitre 15!

En voici trois versets : « Le Seigneur parla à Moïse et dit : “Parle aux Israélites ; tu leur diras, pour leurs générations, de se faire des franges aux pans de leurs vêtements et de mettre un fil de pourpre violette à la frange du pan du manteau… Vous aurez donc une frange, et sa vue vous rappellera tous les commandements du Seigneur. Vous les mettrez alors en pratique, sans plus suivre les désirs de vos cœurs et de vos yeux… Ainsi, vous vous rappellerez tous mes commandements… et vous serez des consacrés pour votre Dieu. » Vous serez saints pour votre Dieu !

La frange signifie les commandements de Dieu, la Loi de Dieu. Toucher la frange signifie donc toucher ce qui symbolise le cœur de l’être de Dieu, donc le Christ. À chaque fois, la guérison que Jésus opère en nous, montre en même temps, le rappel de son obéissance au Père : au-delà de la guérison physique, là est le Salut ! Adhérer totalement par le Christ, à la volonté du Père. (C’est ce que nous pouvons comprendre quand Jésus dit ; « Va, ta foi t’a sauvé ! »)

D’une certaine façon, et par analogie, nous approcher du Christ, c’est ce que nous faisons chaque matin, ici même dans cette église saint Louis : 

  • écouter sa Parole, 
  • vivre de son Eucharistie 
  • pour que mystérieusement, un salut s’opère en chacun de nous.

Puissions-nous, frères et sœurs, encore ce matin, nous approcher du Christ, en demandant humblement pour nous, et aussi pour celles et ceux que nous connaissons, le Salut, une foi audacieuse et la guérison de ce qui a besoin d’être guéri !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 5 février 2020, 4e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 6, 1-6. Deuxième livre de Samuel 24, 2.9-17. Psaume 31.

 

Ainsi commence cet évangile : « En ce temps-là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine… »

Désormais, devenu populaire, célèbre même pour ses miracles et son enseignement, Jésus revient dans son village d’origine, c’est-à-dire Nazareth. Comme il a coutume de le faire, il enseigne dans cette synagogue qu’il connaît bien.

Mais cette fois, aucune manifestation d’enthousiasme, aucun “hosanna !“. Mais au lieu d’écouter ce qu’il leur dit et de le juger en fonction de ses paroles, les nombreux auditeurs de la synagogue s’étonnent et se mettent à faire des remarques surprenantes : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? »

Ils ajoutent : « N’est-il pas le fils du charpentier ? » Nous le connaissons bien ; c’est le fils de Marie. Nous connaissons aussi toute sa parenté, ses frères et ses sœurs… (En fait, ses cousins) et : « Ils étaient profondément choqués à son sujet. »

Si nous traduisons leurs pensées, le fait de bien le connaître devenait (semble-t-il, pour eux), un obstacle pour l’entendre et le croire.

Le commentaire de Jésus est amer : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. » Cette phrase est devenue un proverbe presque célèbre sous une forme abrégée : « personne n’est prophète en son pays ». 

Sans doute, avons-nous pu faire cette expérience, même au sein de nos familles !

Frères et sœurs, n’écoutons pas passivement cet épisode comme une histoire passée, à la fois amusante et pathétique, car ce passage de l’évangile nous lance un avertissement implicite, que nous pourrions résumer ainsi.

« Toi qui écoutes cet évangile, veille à ne pas commettre la même erreur que les Nazaréens ! Ne dis surtout pas que : oh ! Oui, je connais bien Jésus ! »

Trop facile ! En réalité, cet évangile nous enseigne un élément important : face à sa Parole, face à sa présence, Jésus nous laisse libres. Il propose, il n’impose rien, ni ses dons ni sa façon d’être. Il fait de même aujourd’hui, pour chacun de nous. Quand nous entendons la Parole de Dieu, elle est toujours sous la forme d’une proposition :

Veux-tu m’écouter ? Veux-tu me suivre ? 

Veux-tu te convertir ?

Veux-tu venir jusqu’à moi ? Veux-tu prier avec moi ?

Toutes ces paroles, toutes ces questions sont des invitations : Jésus espère notre réponse !

Le constat que nous pourrions faire, peut-être avec étonnement, c’est que Dieu est “timide“. C’est un peu étrange de dire ces mots : Dieu est “timide“. En fait, il nous faut comprendre que Dieu ne s’impose pas. Il a bien plus de respect pour notre liberté que nous n’en avons nous-mêmes pour la liberté les uns des autres et même pour la nôtre. 

Il est possible que cela bouleverse notre représentation de Dieu… Nous qui disons que Dieu est Tout-Puissant, or voilà, qu’il se fait mendiant de notre réponse.

Comment réagissons-nous à ces questions ? Quelle réponse allons-nous Lui apporter ? 

Dire que « Nul n’est prophète en son pays » nous appelle donc :

  • à un réveil, 
  • à une reconnaissance de la présence de Dieu et de son fils Jésus, 
  • à une reconnaissance des signes qu’ils nous envoient, soit directement, soit par l’intermédiaire de leurs porte-paroles, de leurs témoins, des apôtres, des disciples.

Nous avons donc un acte de foi à poser, une audace à vivre et cela nous appartient : croire et Le suivre ! 

C’est cette grâce que nous pouvons demander pour chacun de nous ce matin : la grâce de suivre le Christ, d’entendre ses Paroles et de mettre nos pas dans les siens.

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 3 février 2020, 4e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 5, 1-20. Psaume 3. Deuxième livre de Samuel 15,13-14.30 ;16, 5-13a.

 

Voilà un récit d’évangile haut en couleur ! Jésus est audacieux ; voilà qu’il traverse le lac de Galilée (ou mer de Tibériade) et il se dirige en direction de l’Est, vers la Décapole. Il est donc en plein pays païen, c’est-à-dire non-juif. Notons donc que contrairement à la loi juive, les habitants de cette région élèvent des porcs, en grande quantité !

Quel est le désir de Jésus en venant dans cette région inamicale ? Jésus aurait-il le temps de tenter une prédication devant les foules ? De fait, non ! À peine a-t-il posé le pied sur ce territoire, qu’un malheureux se présente devant Lui. C’est un homme qui souffre doublement : sa psychologie est malade et en même temps, il est possédé. Comme souvent, et nous le savons bien, il n’est pas toujours facile de tracer une frontière entre la maladie d’une part, et l’emprise du Démon d’autre part.

Prenons le temps de six petites remarques :

  • 1 : le pays des Géraséniens est un pays qui ne reconnait pas le Dieu unique. C’est justement pour cette raison que Jésus veut les rejoindre pour leur porter la Bonne Nouvelle.
  •  2 : dans ce texte, nous ne trouvons ni parabole, ni prédication, mais une libération. Ce texte pourrait nous étonner. Jésus ne traverse-t-il pas ce pays pour évangéliser ?

Oui, sans doute, mais avant toute évangélisation, il y a un accueil de l’autre dans le présent de sa vie ! Pour Jésus, évangéliser n’est pas d’abord prononcer des paroles ou même de témoigner, mais libérer de ce qui empêche de vivre.

« Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et la vie en abondance », nous redit Jésus.

Y a-t-il donc des moments où nous nous trouvons dans un état ou dans une situation qui nous empêcherait de vivre ? Alors, de quelles libérations Jésus vient-il nous délivrer ? 

  • 3 : Jésus nous invite à regarder les emprisonnements qui peuvent aliéner l’Humain, et il veut nous en délivrer. 

Ce peut être de vivre en des lieux de mort, d’être enchainé par toutes sortes de choses… Nous voyons bien encore aujourd’hui, les chaines qui nous entravent, nous empêchent d’avancer, nous font mal…bref, ce qui nous divise à l’intérieur de soi ! 

D’ailleurs, sans doute avez-vous remarqué que le possédé de l’évangile ne dit pas “je“. À la question de Jésus : “ Quel est ton nom? “ la réponse fuse : « Mon nom est Légion, car nous sommes beaucoup. »  Ce « beaucoup » représente donc un grand nombre de contradictions dans lesquelles la Vie se laisse vaincre par la Mort. Or, le Christ est venu pour que la Vie triomphe !

  • 4 : L’ancien possédé revient à la vie.

Ce texte nous donne trois signes de vie : « Les gens voient le possédé assishabillé et revenu à la raison. » Et surtout, ayant retrouvé sa volonté propre, l’homme suppliait Jésus de pouvoir être avec lui. Ce désir « d’être avec Jésus » est déjà un signe de bonne santé !

  • 5 : Il y a plusieurs façons d’être avec le Christ ! Effectivement, Jésus lui propose une autre manière d’être avec Lui, non pas physiquement, mais par l’acte du témoignage : « Annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. »

Dans ce pays, de fait, Jésus n’a pas pu témoigner, alors, il passe le relais à quelqu’un d’autre pour que celui-ci puisse témoigner de la Bonne Nouvelle.

  • 6 : Avez-vous remarqué que, par trois fois, le Démon reconnaît la puissance de Jésus ? 

Le Démon sait qui est Jésus, et il comprend très bien l’action que Jésus est en train de vivre. Dès le moment où le possédé voit Jésus, le Démon crie : « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-haut ? »

Une des façons d’agir du Démon est le marchandage. Or, on ne marchande pas avec Dieu ! Au moment où les esprits impurs proposent un marchandage à Jésus : « Envoie-nous vers ces porcs » (animaux impurs), et nous te laissons cet homme, Jésus accepte, mais aussitôt, pour montrer que ce marchandage n’a aucun sens, le troupeau va s’engloutir dans la mer.

Peut-être pourrions-nous, tout au long de ce jour, réfléchir à ce texte si riche d’enseignements, car, d’une certaine façon, l’histoire de ce malheureux peut être aussi notre histoire. 

Quelles sont les chaines qui nous emprisonnent ?

De ‘quoi’ Jésus veut-il nous libérer ?                                                          

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 2 février 2020, Présentation du Seigneur au Temple, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 2, 22-40. Livre du prophète Malachie 3, 1-4. Psaume 23.

Lettre aux Hébreux 2, 14-18.

 

Chers amis, je vous invite maintenant à souffler vos bougies, mais gardez-les bien précieusement !

Nous voici, ce matin, dans cette belle fête de la présentation du Seigneur au Temple. C’est une fête importante, au point qu’elle supplante même la liturgie du 4e dimanche du temps ordinaire.

« Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. »

C’est une démarche cultuelle importante pour une famille qui accueille un fils !

Dans cette démarche, les parents de Jésus observent fidèlement les trois rites prescrits par la Loi. Quels sont-ils ?

  • Le premier rite est celui de la circoncision que le nouveau-né, de sexe masculin, reçoit huit jours après sa naissance.
  • Le deuxième rite prescrit que le 40e jour, la mère doit se présenter au Temple (ou à la synagogue) pour la purification rituelle. Ce rite n’a pas été conservé par les premières communautés chrétiennes. Ce n’est pas que la maman ait particulièrement commis un péché, mais il faut le comprendre comme une protection. Il y a eu tout d’abord écoulement de sang au moment de la naissance (pour les juifs, le rapport au sang est important), mais c’est aussi pour préserver la maman de tout rapport sexuel après un accouchement. C’est donc, pour la maman, une question de prudence et de respect !
  • Le troisième rite est celui auquel nous assistons ce soir par la lecture de l’évangile : c’est celui de la présentation de l’enfant nouveau-né (le fils premier-né) au Temple. La famille est pauvre. Elle ne peut pas offrir l’agneau prescrit, mais seulement deux colombes, l’offrande des pauvres.

Nous voilà arrivés au Temple de Jérusalem, et ce matin, nous sommes invités à faire un zoom. Il y a un monde incroyable, entre ceux qui se trouvent sur le parvis des gentils et ceux qui sont déjà entrés dans le Temple. 

Pour avancer, nous devons nous frayer un passage dans cette foule nombreuse pour arriver à ce jeune couple en train de discuter avec un vieillard. Marie serre dans ses bras l’Offrande du monde, le propre Fils de Dieu. Joseph, lui, porte dans ses mains ces petites deux colombes. 

Près d’eux, le vieillard Syméon est là, il n’est ni prêtre, ni rabbin, ni même lévite. Il n’était pas encore au Temple lorsque Marie et Joseph y sont entrés. Poussé par l’Esprit Saint, il vient d’arriver, sans doute, un peu essoufflé. 

C’est un homme juste et saint, un fils d’Israël qui attend la promesse d’Israël. Homme de foi et d’espérance, Syméon, sans un mot, reçoit l’Enfant des mains de Marie.

À cet instant mémorable, il y a comme un « arrêt sur image » : la Nouvelle Alliance est dans les bras de l’Ancienne !

C’est l’instant de fidélité que Dieu préparait depuis Abraham, c’est le moment, à la fois d’une nouveauté en la personne de Jésus, et en même temps, le signe que Dieu continue son œuvre de salut.

Syméon, illuminé par l’Esprit Saint, son cœur débordant d’une joie indicible, l’Enfant toujours au creux de ses bras… prononce des paroles prophétiques que l’évangéliste saint Luc nous transmet. 

Sans doute connaissez-vous ce beau cantique de Syméon (le Nunc Dimitis) chanté par tant de de moines et de moniales, de consacrés au moment du dernier office de la journée.

« Maintenant Seigneur, tu peux me laisser m’en aller dans la paix, car mes yeux ont vu le Salut que tu prépares… Lumière pour éclairer les nations ».

C’est par cette appellation de la « Lumière » que Syméon désigne ce tout petit bébé ! Nous l’avons manifestée cette lumière, nous aussi, au début de cette célébration, en portant ces cierges. Cette fête est aussi nommée : “la Chandeleur“ à cause des chandelles ou “candle“ en anglais. Ces cierges signifient que nous sommes, nous aussi, des porteurs de la lumière, mais Celui qui est la Lumière, c’est Jésus. Il est cette « Lumière qui se révèle aux nations ».

C’est Lui, le phare qui doit éclairer notre monde, trop souvent obscurci et enténébré. Que deviendrions-nous si nous mettions cette église dans le noir le plus complet ? Nous serions dans l’obscurité intégrale, dans l’incompréhension totale et dans l’incapacité de nous déplacer ne sachant pas où aller. 

Oui ! Jésus est Lumière ! Ne l’oublions pas.

Lui-même le déclare : « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres. »

En annonçant un destin universel, le salut pour tous les peuples, Syméon révèle que cet éclat tracera aussi une frontière entre ombres et lumière. Il nous faudra donc nous déterminer, faire un choix, décider où nous voulons aller, savoir où nous situer, être audacieux dans des situations parfois complexes et en demi-teinte, dans une société qui ne facilite pas notre discernement.

Toujours inspiré par l’Esprit, Syméon aura aussi une parole mystérieuse : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction. » Puis, en s’adressant à Marie, il ajoute : « … toi-même, ton âme sera transpercée d’un glaive… Ainsi, seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »

Je vous laisse imaginer l’étonnement de Joseph et de Marie. Comment ont-ils accueilli cette parole ? Cet enfant que Dieu donne à Marie, ce descendant de David, qui sera “la gloire d’Israël“ sera signe de contradiction et ne sera pas admis par tous. 

Nous le savons, le refus et la haine vont provoquer sa mort infamante sur la Croix. 

Mais au Golgotha, ce n’est pas seulement le côté de son fils qui sera percé d’une lance ; le cœur de Marie sera aussi transpercé !

Cette prophétie de Syméon, prononcée certes en termes redoutables, ne doit pourtant pas nous faire oublier que cette fête de la lumière est d’abord une fête de la joie.

Frères et sœurs, le Christ est notre lumière ! Il est notre soleil ! Non seulement, Il éclaire notre devenir, mais il nous illumine ! Peut-être savez-vous que les crêpes que nous avons goûtées ou que nous dégusterons aujourd’hui nous rappellent, de façon symbolique, la forme du soleil.

Cependant, cet aspect festif et convivial d’aujourd’hui devrait nous provoquer au moins avec deux questions :

  • Comment laissons-nous le Christ illuminer notre vie ?
  • Comment, en vivant notre mission de disciples, sommes-nous lumière autour de nous ? (Lumière dans la société, sur notre lieu de travail, dans notre paroisse, dans nos familles !)

C’est là qu’intervient la figure de la prophétesse Anne, et sans doute, est-ce une réponse et le modèle d’une fidèle consécration. Elle nous rappelle que toute vie est une invitation à la louange et au service.

La vieillesse (entendez bien !) n’est pas une désespérance. La vieillesse ne nous met pas “sur la touche“. En affirmant cela, je m’adresse plus particulièrement aux anciens de notre assemblée. Anne nous fait comprendre davantage notre vocation de priants devenant ainsi des témoins et des messagers pour les jeunes générations. 

Savez-vous que de nombreux jeunes qui aspirent à une vie consacrée sont en attente de votre espérance et de votre fidélité. 

Ce témoignage est nécessaire, afin qu’ils se consacrent, eux aussi, dans une vie de louange et de service. 

À 84 ans, Anne continue à mener cette vie simple et féconde dans la louange et le service. Quelle belle leçon !

Anne et Syméon sont les figures marquantes de ceux qui louent le Seigneur et qui ont l’audace de parler de Jésus à celles et ceux qui sont en attente du Sauveur. 

Alors, frères et sœurs, laissons-nous rencontrer encore et encore aujourd’hui, par Celui qui vient combler notre attente et faire de nous des lumières pour notre monde !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 29 janvier 2020, 3e semaine du temps ordinaire 2020, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 4, 1-20. Psaume 88. Deuxième livre de Samuel 7, 4-17
 
Si vous me le permettez, ce matin, je ne vais pas commenter l’évangile de ce jour. Pour cela, je vous invite à aller visiter le site de notre paroisse, dans la section des homélies, où vous pourrez y lire le commentaire de l’an passé.
Dans la dynamique du Dimanche de la Parole, je vais, avec vous, m’intéresser à la première lecture, au passage du deuxième livre de Samuel que nous venons d’entendre. J’espère que vous avez pu prendre le temps, ces deniers jours, de lire en entier le premier livre de Samuel, et peut-être aussi de commencer la lecture du deuxième livre.
Où en sommes-nous ? Les chapitres précédents du livre relatent la triste fin du roi Saül. Rappelez-vous ! Il avait commencé par être un prophète et un roi, puis il s’était détourné du chemin de Dieu en allant même jusqu’à s’adresser à une sorcière pour avoir des consignes. Puis le roi Saül meurt dans un grand combat, d’une façon très mystérieuse, aux côtés de ses fils. David apprend la nouvelle avec douleurs, puis il parcourt le pays. Là, le peuple le reconnaît comme roi et l’acclame. 
En réalité, David sera deux fois roi. À la mort du roi Saül, il est nommé roi d’une partie du pays nommée Hébron, dans la partie sud de la Judée. Plus tard, le reste du pays veut aussi David pour roi. Très vite, David fera de Jérusalem la capitale du pays ; c’est là qu’il va y construire son palais. Si vous vous rendez à Jérusalem, peut-être l’entendrez-vous nommée “la ville de David“.
Il emmène avec lui l’Arche de l’Alliance. Rappelez-vous aussi ! Lorsque Moïse est descendu du mont Sinaï avec les deux grandes Tables de la Loi, une Arche a été construite devenant ainsi la présence de Dieu. C’est à Jérusalem que cette Arche est présente.
David a donc la prétention de construire un temple grandiose pour le Dieu vivant. L’intention semble louable : construire un Temple à Jérusalem pour honorer Dieu, afin que les croyants aient un lieu pour L’adorer. Mystérieusement, Dieu le lui interdit en lui assurant que cette tâche sera assurée par son successeur. Voici le passage : «  … je te susciterai dans ta descendance un successeur qui naîtra de toi et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable, pour toujours, son trône royal. Moi, je serai pour lui, un père ; et lui sera pour moi, un fils.»
Ce qui est significatif dans ce contexte, c’est que le Seigneur à travers la prophétie de Nathan, promet à David un trône éternel. Ce successeur, ce fils de David, ne sera pas Salomon, bien que ce sera lui qui construira le Temple. Il s’agit du Messie, c’est-à-dire de Jésus. C’est Lui, le vrai successeur dont il est question ici. « C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable, pour toujours, son trône royal. » Jésus, fils de la lignée de David, construira donc un Temple bien plus grand, bien plus stable que celui de Salomon ; Il bâtira son Église. Comme Il le dit Lui-même en Matthieu 16,18 : « Je bâtirai mon Église et les portes du séjour des morts ne prévaudront rien contre elle. » ou encore, en Jean 2,19 : « Détruisez ce temple, et, en trois jours, moi je le relèverai ». C’est Jésus lui-même qui dans la nuit de Pâque rebâtira le temple de son corps.
« Moi, je serai pour lui, un père ; et lui sera pour moi, un fils.»
Cette Église est celle que nous formons ; une Église sainte, même si elle est peuplée d’hommes et de femmes pécheurs. Ce corps du Christ, cette Église sera la famille des enfants de Dieu, de l’ensemble des croyants qui pourront proclamer ensemble, comme nous le ferons tout à l’heure, la prière du Notre Père.
Frères et sœurs, puissions-nous prendre du temps pour relire les différents chapitres des deux livres de Samuel. Ils sont riches d’enseignements. Ils nous invitent à une méditation profonde et sans doute, à mieux comprendre le plan de salut de Dieu pour chacun de nous.
Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 27 janvier 2020, 3e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon Saint Marc 3, 22-30. Psaume 88. Deuxième livre de Samuel 5, 1-7.10

Voilà un évangile très intéressant qu’il nous faut comprendre plus profondément. Il fait suite au dimanche de la Parole que nous avons vécu hier. Ce matin, je vous propose d’entrer plus intimement dans ce texte et d’essayer de saisir ce que Jésus veut nous dire, avec une question qui nous interroge : qu’est-ce que le blasphème contre l’Esprit Saint ? 
Que se passe-t-il ? Une accusation est portée contre Jésus ! Elle est conséquente. Que lisons-nous : « Ce Jésus est possédé par Béelzéboul. » Littéralement, il est en accord avec le chef des démons ! Peut-être même est-il manipulé par un esprit impur ! 
Ce sont les scribes, arrivés exprès de Jérusalem, qui sont venus porter cette accusation. Remarquons que Jésus n’a pas encore été prêché dans la Ville sainte. Nous pouvons penser que ces scribes viennent justement en “avant-coureurs“ pour diffuser leurs critiques dans la foule afin de le discréditer. 
Jésus n’a pas peur ! Il les fait venir pour rétablir la vérité. Selon son habitude, il répond par une parabole, plus exactement par deux paraboles :
-         La première a trait au phénomène de division, un royaume, une dynastie, une famille ; tout cela ne tiendra pas s’ils sont divisés ! Satan ne va donc pas se faire des alliés pour se faire chasser lui-même : « Si Satan s’est dressé contre lui-même et s’il est divisé : il ne peut pas tenir. » À mots couverts, Jésus répond donc aux scribes que ce qu’ils lui disent est une bêtise, une ânerie, que cela n’a pas de sens !
-         La deuxième parabole est plutôt une contre-attaque ; si l’on veut entrer dans la maison d’un homme fort, pas de choix : il faut le ligoter, «… alors seulement, il pillera sa maison. »
Ce que Jésus est venu faire, c’est se montrer plus fort que la puissance du Mal. Il va ligoter l’adversaire, et enfin, délivrer les hommes que celui-ci a pris sous sa coupe. Pas de division en Jésus ! C’est Jésus qui vient ligoter Satan.
Nous ne connaissons pas les réactions des scribes aux paroles de Jésus, mais après ces paraboles, Jésus semble devoir parler plus clairement pour exprimer son enseignement. 
Jésus annonce une petite révolution, qui semble inconcevable pour les Pharisiens (ex : paralysé porté par les quatre porteurs qui passent par le toit) : « Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. »… les fautes contre le prochain et les offenses à Dieu, et même s’ils sont répétés. 
Voilà le principe et il est d’une générosité inouïe. Il est digne de l’amour que Dieu manifeste. 
Nous pouvons prendre conscience de la portée de son affirmation. C’est une révolution incroyable : Dieu pardonne tout ! Tout est pardonnable, mais poursuit Jésus : « Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable pour toujours. »
Qu’est-ce que cela signifie ? Ce que Jésus vise est très clair :
- S’il a expulsé Satan, c’est parce qu’il a, lui-même, ligoté l’homme fort, c’est-à-dire Satan. Satan est donc lié par Dieu.
- Blasphémer contre l’Esprit signifie dénier, refuser à Dieu son pouvoir sur le maître du mensonge. C’est le péché pour toujours, car en son essence même, il exclue la possibilité de l’intervention de Dieu. Comprenons vraiment ce que signifie le blasphème contre l’Esprit Saint : c’est exclure volontairement la possibilité que Dieu soit un Dieu d’amour, c’est exclure que Dieu intervienne favorablement et durablement dans ma vie. C’est pour cela que, traditionnellement, l’Église identifie ce péché à la désespérance volontaire et au refus volontaire de sa miséricorde.
Frères et sœurs, puissions-nous demander la grâce de croire toujours que Jésus a vaincu Satan et que Dieu m’aime d’un amour tel que si je me repens, si, avec confiance, je lui demande pardon, oui ! Il me pardonnera. Demandons aussi la force de l’Esprit-Saint pour ne jamais douter de cet amour !
                                                                                                                                           Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 22 janvier 2020, 2e  semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 3, 1-6. Psaume 143. Premier livre de Samuel 17, 32,33,37,40-51.s
Nous connaissons bien l’histoire épique de David et de Goliath. Pourtant ce matin, en quelques minutes, nous allons ensemble revisiter cet épisode, en ayant aussi en mémoire que, comme nous le savons, les chrétiens sont souvent appelés à un réel combat pour affirmer leur appartenance à Dieu.
Nous pourrons donc nous interroger sur la façon dont il nous faut combattre : de quelle manière ? Avec quelles armes ? 
Resituons, si vous le voulez bien, le contexte historique dans lequel nous sommes ! 
Saül est le premier roi en Israël. Il a suivi les directives et les conseils de Dieu, alors qu’il était jeune, au début de son mandat. Mais de fait, nous allons constater que, progressivement, il va oublier son Créateur. Avec le temps, une certaine confusion s’installe dans son esprit et, peu à peu, il s’est convaincu que ses victoires étaient vraiment les siennes et non celles de Dieu. Sa jalousie contre David sera grandissante.
Dans ce premier livre de Samuel, nous sommes donc dans les débuts, au moment d’un combat mémorable. Ce récit historique fait donc référence. Il oppose David, un tout jeune berger, au Philistin Goliath qui est un guerrier aguerri. Il y a donc une forte disproportion de puissance entre Goliath, une force brute, le héros des Philistins et la faiblesse de ce jeune David. Mais, en présence de Dieu, les rapports s’inversent.
Quels enseignements pouvons-nous retenir de ce texte, pour nous, aujourd’hui ?
Notons déjà, nous le savons, que Jésus est reconnu comme « fils de David ». En dépit de sa propre fragilité humaine, Il sera vainqueur de la mort, il fait triompher la vie !
Ce qu’il nous faut entendre, c’est que la fatalité est vaincue : le faible a vaincu le fort !
Depuis longtemps, dans les derniers siècles et les dernières décennies, ils sont nombreux à l’avoir expérimenté. Je pense, par exemple, à Mandela, qui va faire tomber l’apartheid et triompher le droit. Ce peut être aussi Jeanne d’Arc, humble jeune fille de Lorraine qui va réussir à faire couronner un roi ; ou encore, plus récemment, Gandhi qui renversera l’Empire colonial britannique avec la force de la « non-violence », du jeûne et de la prière ; c’est également l’exemple du pasteur Martin Luther King qui impose des droits civiques alors qu’il est noir, dans une société fondée et clivée par le racisme. Beaucoup n’auraient pas misé sur eux… et pourtant !
Pensons aussi à toutes ces personnes anonymes qui, dans la dureté du quotidien, font avancer l’humanité, jour après jour, au milieu de nous. Je pense aux jeunes mamans, aux jeunes papas qui élèvent patiemment leurs enfants, aux anciens confrontés au grand âge et qui pourtant demeurent là, disponibles, témoins fragiles, mais victorieux de la vie qui s’écoule. Je pense aussi aux soignants qui, bien au-delà de leurs intérêts, donnent vie, énergie et temps à leurs malades, aux couples parfois blessés dans leur fidélité et qui acceptent de se faire confiance à nouveau, aux visionnaires qui transfigurent le réel pour en manifester toute la saveur, et aux bénévoles (comme j’en connais beaucoup dans notre paroisse) qui proposent gratuitement leurs compétences au service de tous.
Dans nos combats les plus quotidiens, nous sommes, nous aussi, invités à voir grand et large ; oser croire ! Mettons toutes nos forces dans la mission en nous rappelant que “rien n’est impossible à Dieu !“ Face aux “Goliaths“ politiques, face à l’inertie d’une civilisation individualiste et impersonnelle, à la « culture de déchet », aux atteintes à l’anthropologie humaine par les lois de bioéthique insupportables, aux conjonctures défavorables, aux marchés qui dépriment face au monde monétaire odieux… affrontons, à notre tour, la force brute pour offrir un autre visage : celui de la justice, de l’amour, de l’espérance et de la confiance.
Nous savons que nos moyens sont bien souvent trop minces et faibles, mais si nous les mettons en commun, nous pourrons accomplir de grandes choses, avec l’aide de Dieu. Il est sûr que nous avons souvent l’occasion, et le devoir de batailler. Pourtant, gardons au fond de nous-mêmes cette assurance : c’est Dieu qui combat et remporte la victoire !
Frères et sœurs, très simplement, demandons cette audace de croire en toute justice que le faible peut vaincre le fort !
                                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 20 janvier 2020, 2e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 2, 18-22. Psaume 49. Premier livre de Samuel 15, 16-23

Voilà une page d’évangile qui pourrait nous laisser perplexes ! Certains me disent que cet évangile n’est pas simple à comprendre. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous ?

Il faut nous remettre dans le contexte. 

Une question est posée : Comment ce rabbi peut-il prétendre être l’Envoyé de Dieu, alors qu’il transgresse la Loi et n’observe pas les coutumes traditionnelles ? Cette question est posée à Jésus car, en effet, il ne jeûne pas, ainsi que ses disciples, comme ceux des pharisiens et de Jean le Baptiste.

La réponse de Jésus à ses contradicteurs parait manifester un certain étonnement ; Jésus leur demande pourquoi ils semblent choqués, étonnés ! Littéralement : « Le jeune rituel que vous pratiquez depuis tant de temps, n’avait-il pas pour finalité de hâter la venue du Messie ? Maintenant qu’il est présent devant vous, au milieu de vous, pourquoi donc continueriez-vous à jeûner ? »

Par cette question, Jésus effectue une sorte de retournement, car il sous-entend : “ vous devriez reconnaître qu’il est au milieu de vous, si du moins, vous vous reconnaissez parmi les invités de la noce“. 

Pour mieux comprendre à notre tour, il nous faut réfléchir à ce que signifie : « les noces de Dieu » et « l’attente du Messie par le peuple hébreux ».

L’image des noces de Dieu était bien connue dans l’Ancien Testament. Régulièrement, à travers les prophètes, nous entendions que ces noces étaient attendues et qu’elles étaient au cœur de l’espérance du peuple élu. Par exemple :

Dans le livre d’Isaïe : « Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. »

Il y a donc une relation nuptiale entre Dieu et le peuple. L’Époux n’est autre que Dieu lui-même auquel Jésus s’identifie. Alors, découle cette question : « Comment le jeûne du temps de l’attente ne serait-il pas interrompu alors que l’Époux est là ? »

Mais les interlocuteurs de Jésus ne semblent pas comprendre… Jésus continue en prenant des images et des paraboles. C’est tout d’abord l’image des deux vêtements et des deux sortes de vin. Il nous faut comprendre qu’en Lui, le passage du monde ancien au temps nouveau est déjà, en Lui, réalisé. Littéralement, il est inutile et même dommageable d’essayer de raccommoder l’ancien vêtement des usages rituels, au moyen du tissu nouveau de la grâce.

De même, il serait malvenu de verser le vin nouveau du Royaume, dans les vieilles outres de la religiosité ancienne.

Avec Jésus, nous constatons, à la fois une continuité et, en même temps, une rupture : reconnaître Jésus comme le Messie attendu, et accueillir gratuitement maintenant ce don que le Christ nous donne, dans l’Esprit.

Frères et sœurs, il nous faut reconnaître cette nouveauté du Christ dans notre vie !

Certes, Jésus ajoute : « Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, ce jour-là, ils jeûneront. »Littéralement, lorsque l’Époux leur sera arraché, les disciples de Jésus, alors, jeûneront. Cette allusion à la Passion ne devrait pas ternir, mais, tout au contraire, stimuler notre Action de grâce pour le don gratuit de la miséricorde, offert une fois pour toutes, dans la mort et la résurrection du Christ Sauveur. C’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie !

Une question m’a été posée récemment : et nous, pourquoi jeûnons-nous ? Pourquoi cela nous est-il demandé ? Pourquoi le jeûne du Mercredi des Cendres ou du Vendredi Saint, ou encore le jeûne eucharistique (le temps de jeûne, ce temps d’attente avant de recevoir le Corps du Christ) ?

Plusieurs réponses :

  • C’est pour stimuler notre « appétit » et avoir « faim », non pas de nourritures terrestres, mais avoir faim de Dieu.
  • C’est aussi parce que nous vivons l’absence du Christ et nous attendons son retour glorieux à la fin des temps.

Cela explique donc l’invitation, encore pour aujourd’hui, à une pratique du jeûne, qui est un jeûne plein d’espérance, car nous savons que le Christ est venu et que nous attendons sa re-venue dans la gloire !

Voilà ce qui nous est donné ce matin. Prenons soin de méditer ce texte durant notre temps de prière, de discerner et de découvrir, dans notre quotidien, la nouveauté que le Christ veut nous communiquer, mieux comprendre notre « faim de Lui » et en rendre grâce !   

                                                                                              Ainsi soit-il !  

 

 

Homélie du dimanche 19 janvier 2020, 2e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église Notre-Dame réconciliatrice, Grenoble, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Jean 1, 29-34. Livre d’Isaïe 49, 3.5-6. Psaume 39.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 1, 1-3.

 

Nous voilà déjà mi-janvier ! Il y a encore quelques jours seulement, nous nous réjouissions de la Nativité : joie des fêtes de Noël ! Nous entrons maintenant dans le temps ordinaire, ce temps que j’aime personnellement appeler : temps extraordinaire de l’ordinaire. 

Dans mes rencontres récentes de paroissiens, je m’aperçois et perçois une certaine fatigue ou lassitude. Il est vrai, après avoir vécu ces moments si forts en émotion des fêtes de Noël, vécues comme un pic, certains sont pris dans un « decrescendo », une certaine tiédeur ou une frilosité, un manque de dynamisme… Oh, rien de grave ! bref…une petite forme ! 

Quoiqu’il en soit, les textes de ce dimanche sont là pour nous redonner un peu de « peps » ! Il nous faut écouter et méditer attentivement chacune des lectures, et, entre autres, l’exhortation que nous offre le prophète Isaïe. Qu’avons-nous entendu ? 

« Je fais de toi la lumière des nations,

pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

Ne laissons pas notre lumière s’éteindre peu à peu ! Si elle l’est, nous allons la réanimer, car ces paroles s’adressent à vous, elles s’adressent à moi, elles s’adressent à nous. Elles nous rappellent le sens même de notre vocation, le sens de notre mission première. 

Quelle est la vocation de tout chrétien ? Elle est de manifester en nous et par nous la splendeur de Dieu, le plan de salut de Dieu, la victoire de Dieu sur la mort.

Nous sommes donc invités, en ce dimanche, à regarder et à redynamiser notre vocation de chrétien qui demeure un appel : à annoncer, à évangéliser, à aimer et à se laisser aimer.

Toutes les paroles de ce dimanche sont tournées, convergent vers cet appel. 

Que nous disent les textes de ce dimanche ?

  • Isaïe nous demande d’être lumière des nations pour le monde entier, pas seulement pour nos petites communautés paroissiales.
  • Le psaume nous demande de ne pas retenir nos lèvres, et de dire : “ton amour et ta vérité à la grande assemblée“.
  • La deuxième lecture de saint Paul nous dit que nous sommes tous appelés à être saints.
  • L’évangile nous donne d’entendre la présentation de Jésus par Jean le Baptiste, qui nous montre qu’il faut annoncer au monde qui est le Messie. Il nous dit cette phrase importante : « Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui, le Fils de Dieu. »

Toutes ces invitations sont importantes, elles s’adressent à chacun de nous et nous rappellent exactement le mouvement que l’Esprit Saint initie en nous, au moment où nous recevons le baptême. Il nous faut, sans cesse, réapprendre et redécouvrir (chaque jour un peu plus) aidés par l’Esprit Saint et par des témoins divers, à tout recevoir et à tout donner !  C’est-à-dire, recevoir le don gratuit de Dieu et devenir nous-mêmes, don de Dieu.

Nous le savons bien ! Pourtant, nos soucis, nos multiples sollicitations, nos manquements, une certaine fatigue ou une tiédeur… ont pu nous éprouver ou nous détourner de cette réalité du chrétien !

Frères et sœurs, prenons la ferme décision de tourner résolument notre vie vers Dieu afin qu’il devienne notre modèle d’humanité ; il est encore temps, et cela jusqu’à notre dernier souffle ! Par notre baptême, par notre confirmation, nous avons posé un acte d’engagement fort, un don total de toute notre vie, de tout ce que nous sommes pour entrer dans la connaissance intime de Jésus.

Oser dire que Dieu nous aime, implique de chercher et connaître la Source de cet amour, en vérité, pour que cet amour ne soit ni falsifié ni dénaturé. Il nous faut quotidiennement côtoyer Jésus-Christ, prier avec Lui et en Lui.

Les moyens sont nombreux : c’est l’eucharistie qui nous rassemble ce matin, la prière personnelle de chaque jour, cet apprentissage par la lecture de la Parole de Dieu, notre disponibilité et notre engagement dans les services, tout particulièrement dans le service de la charité vis à vis de nos frères et sœurs en humanité.

N’ayons pas peur ! Ne croyons pas que, en ce début d’année, que la barre soit placée trop haute ! Non ! Il ne s’agit pas de faire des choses difficiles… Quelle est l’invitation du psalmiste : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; Tu ne demandes ni holocauste, ni victime, alors j’ai dit : “voici, je viens.“ »

Frères et sœurs, demandons déjà l’audace d’ouvrir nos oreilles aux mots d’amour que le Seigneur nous susurre doucement en se penchant vers nous, comme Isaïe nous le révèle. Le Seigneur dit à chacun de nous : « Tu as du prix, tu as de la valeur à mes yeux. »

Chers amis, comprenez-vous que le monde « crève » de ne pas entendre cette certitude que : oui, chacun de nous, nous avons du prix aux yeux du Seigneur ! Il s’agit d’Amour, alors que notre société de surconsommation nous regarde comme une simple valeur marchande, ou comme un porte-monnaie à vider… « Tu as du prix à mes yeux ! » 

Notre monde est en attente de nouveaux Jean-Baptiste qui témoignent et indiquent la voie : celle d’une espérance, d’une vie qui prend sens, celle d’un véritable salut.

Même si cela n’est pas toujours simple, mesurons-nous « notre chance » en Occident ? Combien de frères et sœurs chrétiens à travers le monde, sont persécutés à cause de leur foi en Jésus, à cause de leur amour du Christ ? Combien de personnes aussi, dans notre société, restent en errance, en recherche d’un sens pour leurs vies, et ne connaissent pas le Christ, n’en ont même pas entendu parler, si ce n’est par la voix déformante de certains médias ?

Là, est notre vocation de chrétiens ! Catholiques, protestants, orthodoxes, ensemble, ne gardons pas pour nous seuls, ce trésor qui nous a été révélé ! Si nous ne témoignons pas, qui le fera ?

Frères et sœurs, le mois de janvier est le mois des bonnes résolutions. Nous avons souhaité toutes sortes de bonnes choses, nos meilleurs vœux aux membres de nos familles, à nos amis… Magnifique ! Ce matin, je vous propose à prendre une véritable résolution :

Soyons de nouveaux Jean-Baptiste !

Annonçons que Jésus est l’Agneau de Dieu, le Messie, Fils du Dieu vivant fait homme,

Mort et revenu à la vie !

Témoignons que la mort, quelle que soit sa forme, n’a plus de prise sur nous !

Relisons la Bible !

Nourrissons-nous des sacrements !

Soyons des membres actifs dans une communion fraternelle !

Soyons des serviteurs attentifs et offerts pour tous !

Soyons de nouveau Jean-Baptiste !

Demandons à l’Esprit Saint de nous aider à proclamer, dans une foi profonde, simplement, sans prosélytisme, et avec nos propres mots : « Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui, le Fils de Dieu. »

Demandons cette grâce pour chacun de nous, pour notre communauté, notre paroisse, de comprendre notre mission, de nous aider les uns les autres à répondre à cet appel et à être les missionnaires que le Seigneur attend !

Soyons de nouveaux Jean-Baptiste pour aujourd’hui !

 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 15 janvier 2020,1re semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 1, 29-39. Psaume 39. Premier livre de Samuel 3, 1-10.19-20.

Hier, une personne m’a posé une question, à la sortie de la messe. Elle me disait avoir du mal à comprendre le livre de Samuel. Je lui ai aussitôt demandé si elle avait pris le temps d’ouvrir la Bible et de lire ce livre. Elle ne l’avait pas fait … Pas encore !

Ce matin, frères et sœurs, je vais donc m’attarder un peu avec vous, sur cette première lecture du livre de Samuel ; bien que la belle-mère de Simon, dans l’évangile, aurait pu aussi, nous inspirer. 

À nouveau, je vous invite, à prendre le temps de lire, à votre rythme, les deux livres de Samuel. J’attire votre attention : la liturgie n'en propose que de courts extraits !

Le texte d’aujourd’hui est situé au 3e chapitre du Premier livre de Samuel. Nous sommes plus d’un millier d’années av. J.-C., environ en -1050 (av. J.-C.). Nous voilà à Silo, c’est-à-dire à une trentaine de kilomètres de la ville de Jérusalem.

 Depuis 150 ans, les douze tribus d’Israël ont conquis, peu à peu, une partie du pays de Canaan. À ce moment-là, il n’y a pas encore de rois pour ces douze tribus, Saül sera nommé un peu plus tard. Ces douze tribus sont alors dirigées par des juges, qui sont à la fois des chefs politiques et des religieux. Lorsque la situation est très mauvaise, ces juges sont appelés au secours, mais dès que tout va mieux, ils sont souvent contestés ! 

Autour des sanctuaires, se trouvent aussi des prêtres ; ils sont chargés des rites religieux. Le plus important de ces sanctuaires est celui de Silo, parce qu’il abrite l’Arche d’Alliance. Rappelez-vous ! Lorsque Moïse est redescendu du mont Sinaï, portant les deux tables de la Loi sur lesquelles étaient inscrits les dix commandements, il a été décidé de les placer dans une Arche richement décorée avec des anges, des chérubins. Cette Arche est abritée dans le sanctuaire de Silo. Dans les chapitres suivants, cette Arche d’Alliance sera perdue.

Le prêtre de ce sanctuaire s’appelle Éli. Ce nom “Éli“ signifie “mon Dieu“. Juste une petite remarque : c’est le mot qu’emploie Jésus en croix : «Eli, Eli, lama sabactani ? », c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » À côté des prêtres, et parfois en opposition à leur pouvoir, se trouvent des prophètes. Leur mission : entendre la Parole de Dieu et la transmettre au peuple. Cette mission est importante, car c’est une des rares possibilités pour que Dieu puisse guider son peuple. Autre remarque : le dernier des prophètes sera Jean-le-Baptiste.

À l’époque d’Éli, les prophètes exercent en groupe ; ils prient… ils entrent en transe. Ils dansent aussi. Le livre de Samuel précise que : « La parole du Seigneur était rare en ces jours-là, et la vision, peu répandue. » Bref, la communication entre Dieu et les hommes ne fonctionnent pas très bien. 

L’un d’entre eux va devenir un des plus grands prophètes d’Israël même si, pour l’heure, il n’est encore qu’un enfant ; il s’appelle Samuel ! Son nom signifie en hébreu : “Dieu exauce“.

Samuel a été confié au prêtre Éli par sa mère, Anne, comme nous l’avons lu hier, dans la première lecture. Anne était stérile. Elle espérait si fort avoir un enfant, qu’elle s’était engagée, si le Seigneur le lui permettait, à offrir cet enfant pour le service de Dieu. C’est ce qui s’est passé. Samuel est donc dans le sanctuaire, dans le Temple, donné en Action de grâce, par Anne, sa maman.

Nous arrivons maintenant à l’épisode de ce matin. Par trois fois (+ une), Dieu interpelle Samuel. Ce jeune garçon ne connaît pas le Seigneur, et il faudra l’intervention d’Éli pour que Samuel comprenne ce qui lui arrive et ouvre son cœur à la Parole de Dieu : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »     

Cet enseignement nous interpelle tous, car, il nous invite à une disponibilité de cœur lors de notre prière. Nous devrions lors de ces moments d’oraison redire avec foi : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »

L’enjeu de notre vie filiale n’est plus le don de Dieu (celui-ci est déjà donné !), c’est la façon dont nous allons répondre à l’appel de Dieu. 

« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »

Certains vont me dire que cette phrase est banalement pieuse. Pourtant, elle révèle nos combats intérieurs les plus profonds et s’opposent même à nos idées sur Dieu les plus ancrées, parce que spontanément, nous ne sommes pas totalement à son service ; c’est un constat. C’est souvent nous, qui demandons à Dieu d’être à notre service. Combien de fois demandons-nous au Seigneur de guérir, de réussir tel ou tel examen, qu’une réunion se termine bien, qu’un conflit familial s’arrête ou même simplement, qu’il fasse beau ! En quelque sorte, nous mettons Dieu à notre service, en lui demandant de répondre à nos attentes, à nos désirs.

Ne faudrait-il pas agir de façon inverse ? C’est ce que je retiens de cette lecture du livre de Samuel.

Frères et sœurs, avec confiance, puissions-nous avoir cette belle disponibilité de cœur dans notre prière, en nous mettant à l’écoute de la Parole de Dieu afin de pouvoir dire : 

« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

Homélie du lundi 13 janvier 2020, 1re semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 1, 14-20. Premier livre de Samuel 1, 1-8. Psaume 115.

 

Frères et sœurs, comme je viens de vous le dire en introduction, nous entrons aujourd’hui, dans le temps extraordinaire de l’ordinaire ! Chaque jour, à qui sait le voir, est un jour extraordinaire !

Tout au long des jours à venir, nous allons lire plusieurs passages du premier livre de Samuel. Prenez le temps de relire ce livre.

Ce matin, je vais davantage m’attacher à l’évangile et, en ce premier jour du temps ordinaire, il nous faut remarquer combien l’invitation est claire : c’est une invitation à la conversion.

Nous sommes après l’arrestation de Jean-le-Baptiste, arrestation brutale par les sbires d’Hérode. Son emprisonnement met une fin à sa mission du Précurseur.

Depuis la Première Alliance, les prophètes puis Jean-le-Baptiste, tous proclament et réclament cette conversion, ce retour à Dieu, et de fait, Jésus commence son ministère public dans cette continuité. Sans doute avez-vous remarqué que saint Marc emploie les mêmes mots pour Jean-le-Baptiste comme pour Jésus.

Proclamation ! Conversion !

Ce n’est pas un hasard ! Saint Marc, dans son évangile disait, quelques lignes, un peu plus haut : « Jean-le-Baptiste, dans le désert, proclamant un baptême de conversion… ». Et aujourd’hui, nous entendons : « Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait “Convertissez-vous !“ »

Cette insistance est là pour nous redire l’importance de la conversion. 

Si le contenu de la prédication est le même, le décor a changé. Jésus part pour la Galilée après son baptême sur les bords du Jourdain (que nous avons vécu hier). Après son passage au désert avec l’épisode des trois tentations, Jésus retourne en Galilée, près du lac de Tibériade. 

C’est là, qu’il va commencer sa prédication. « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

En quoi consiste la conversion à laquelle Jésus nous invite ?

Elle consiste tout simplement, à croire que ce don de Dieu est actuel, et que ce don est gratuit. C’est cette même gratuité que le prophète Isaïe annonçait déjà. Rappelez-vous en Isaïe 55 : « Vous tous qui avez soif, voici de l’eau, buvez gratuitement. » Cela nous permet de mieux comprendre l’expression :      « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile.“ C’est-à-dire à la « Bonne Nouvelle » que Dieu nous offre gracieusement.

Je voudrais souligner une petite subtilité qui n’est pas complètement exprimée par le français ; il s’agit de la conjonction de coordination “et“ : « Convertissez-vous et croyez », signifie souvent : “en plus“. En grec, cette conjonction de coordination veut dire “en plus“, comme en français, mais aussi : “c’est-à-dire“. Alors, nous devons comprendre : 

  • Convertissez-vous, c’est-à-dire : croyez en la Bonne Nouvelle ! 
  • Croyez à ce don gratuit que Dieu vous offre ! 
  • Croyez que Dieu vous veut du bien et qu’il veut, pour vous, la Vie !

Se convertir, c’est croire que la Bonne Nouvelle est nécessaire, qu’elle est bonne pour chacun de nous !

Dieu est amour ! Dieu est pardon ! Son amour et son pardon sont pour tous !

C’est ce que les premiers disciples comprennent au point que, à l’appel de Jésus, ils vont tout quitter : « aussitôt,quittant leurs filets, ils le suivirent », pour se mettre à sa suite.

Pour nous qui écoutons cet évangile, quelle question pouvons-nous nous poser ? Qu’avons-nous compris de l’amour de Dieu ? Comment désirons-nous, là où nous sommes, témoigner de cet amour, et l’annoncer ? A quelles conversions sommes-nous encore appelés ?

Aujourd’hui, comme hier, des prophètes sont indispensables pour annoncer la Bonne Nouvelle de Dieu. Soyons assurés, frères et sœurs, croyons vraiment que Jésus nous appelle, quelle que soit notre histoire. 

Nous le savons, toute mission en Église nous dépasse bien souvent, mais peu importe ! C’est le Seigneur qui est à la barre ; laissons-là nos filets, ceux de ce matin, et n’hésitons pas à le suivre !

                                                                                                                           Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 8 janvier 2020, mercredi après l’Épiphanie, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 6, 45-52. Psaume 71. Première lettre de saint Jean 4, 11-18.

 

J’ai un peu hésité à commenter la première lecture ou l’évangile. Finalement, je me suis décidé pour la première lecture : un petit passage de la première lettre de saint Jean. Je vous invite, autant que possible, à relire cette lettre, à la méditer, à la goûter. Pourquoi ? Car ce petit passage nous redonne le sens de la Fête de la Nativité que nous venons de vivre ! 

Comprenons-nous précisément, ce que Noël nous révèle ? 

La venue du Christ en notre chair veut nous redire au moins trois choses :

  • que Dieu est Père et qu’il est Amour, 
  • nous permettre de découvrir cet amour 
  • et nous faire entrer dans cet amour du Père, afin d’avoir part à la Vie éternelle !

Nous pourrions résumer ainsi ce que nous venons de vivre à Noël. Énoncer ces réalités, nous demande :

  •   D’entrer davantage dans cette connaissance de Dieu,
  • Comment pourrions-nous vivre Noël et ne rien changer dans nos vies ?

Dans le passage de saint Jean que nous venons d’entendre, le mot « Dieu » est répété plusieurs fois et le mot « nous » encore plus souvent. C'est comme un enchevêtrement entre Dieu et nous avec plusieurs conséquences : 

  • Conséquence en nous : Puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Il nous faut entrer dans cet amour pour pouvoir nous aimer les uns les autres !
  • Conséquence pour ceux qui nous observent : cette vie d'amour entre nous et les uns envers les autres rend Dieu présent au monde.

Là aussi, nous mesurons notre responsabilité de chrétien ! 

Si nous nous aimons entre nous, cela se voit ! Cela donne envie et pousse ceux qui sont autour de nous à s’interroger : « Vous n’êtes pas parfaits et pourtant vous manifestez une grande attention entre vous !  D’où vient cet élan d’amour gratuit ? »

Sans ce témoignage, Dieu est invisible, Dieu, personne ne l'a jamais vu. La visibilité de Dieu, la "demeure" de Dieu, c'est nous ! C'est nous qui rendons visible Dieu, particulièrement dans la façon dont nous nous aimons et dans la façon dont nous nous mettons au service des autres.

Littéralement : quand j'aime et que je me laisse aimer, je rends Dieu visible !

Mystérieusement, je découvre que Dieu ne peut pas se passer de moi (de nous) pour manifester sa présence et laisser découvrir son être profond… 

Peut-être le plus surprenant, c’est qu’il m’arrive (même en tant que Chrétien) de me passer de Dieu, de l’ignorer, et même de le refuser ! Je deviens alors un contre témoignage de l’amour de Dieu pour tous.

 Comment concrètement rendre Dieu présent ?

La lecture de la lettre de saint Jean fait mention de deux manifestations de Dieu Père : il a envoyé son Fils comme sauveur et il nous a donné part à son Esprit.

À Noël, nous reconnaissons Jésus comme Sauveur ! 

À Pentecôte, particulièrement nous sommes renouvelés dans l’Esprit Saint. 

Régulièrement, l'Église m'invite à redécouvrir ce mystère d’amour et être spirituellement au Cénacle avec les Apôtres et Marie. Dans ces moments de prière, Dieu se donne et fait sa demeure en moi !

Comme pour les Apôtres qui sortiront du cénacle, le jour de la Pentecôte, dans le souffle et le feu de l'Esprit Saint, il me faut sans cesse demander la force de l’Esprit Saint pour comprendre ce Mystère d’Amour qui s’offre à moi et en devenir un témoin !

Dieu très bon, Dieu créateur, envoie sur nous Ton Esprit. Qu’il nous transforme par ses dons. Qu’il remplisse nos cœurs et ravive en eux le feu de Ton Amour. Qu’il inspire à Ton Église une vraie vie fraternelle pour qu’elle devienne témoin de Ton Amour et qu’elle annonce ta Bonne Nouvelle aux femmes et aux hommes de ce temps. Nous Te le demandons par le Nom de Jésus-Christ, le Sauveur !   

Cette prière peut être la nôtre, ce matin !          

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 6 janvier 2020, lundi après l’Épiphanie, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 4, 12-17.23-25. Première lettre de saint Jean 3, 22 à 4, 6. Psaume 2. 

 

Jean le Baptiste a bien préparé le terrain. Il est celui qui a annoncé la venue du Messie ; c’est un homme passionné, passionné de justice, et sa parole juste contre la malhonnêteté du roi Hérode, le conduira en prison.

Quand Jésus apprend l’arrestation de Jean, « il se retire en Galilée. Il quitte Nazareth et vient habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée… » c’est-à-dire : au bord du lac de Tibériade, « …dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. »

Avec cette arrestation, Jésus se trouve à un tournant de sa vie ; en quittant la ville de Nazareth, il entre dans la période de sa vie publique.

À partir de ce moment précis, Jésus se met, lui aussi, à proclamer : 

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

Ce passage d’évangile que nous venons d’entendre est à relire dans le temps de la Nativité (temps que nous vivons) afin de percer et d’approfondir le mystère propre de l’Épiphanie et tout particulièrement celui de Noël. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » 

Hier encore, lors de l’eucharistie, en cette fête de l’Épiphanie, nous avons entendu la lettre de saint Paul aux chrétiens d’Éphèse. Elle est intéressante et je vous en relis quelques phrases : « Ce mystère…a été révélé maintenant… que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. »

Durant la nuit de Noël, rappelez-vous ! Nous entendions déjà cette annonce faite aux bergers : au petit matin, accompagnés par le chant des anges qui chantaient le Gloria, les bergers s’avancent jusqu’à Bethléem, découvrent l’Enfant Jésus et se prosternent devant lui. 

Le jour même de la Nativité, c’était, en quelque sorte, les bergers (premier cercle) qui entendaient la Bonne Nouvelle et voilà que ce cercle est en train de s’agrandir.

Hier, avec les mages, ce sont des païens qui la découvrent (La tradition nous informe qu’ils venaient d’Asie, d’Afrique, d’Europe). Nous voyons que c’est des limites du monde entier que tous ceux qui le souhaitent viennent, reconnaissent et se prosternent devant Jésus. 

Les prophéties de l’Ancien Testament trouvent leur accomplissement en la personne de Jésus : le Verbe fait chair ; et cela pour toutes les nations.

En guérissant toute infirmité et toute maladie dans le peuple, le Seigneur atteste que le Royaume se manifeste dans sa personne pour tous les peuples.

À la fin de la description de ce passage de l’évangile, nous lisons que : « De grandes foules le suivirent, venues de la Galilée, de la Décapode, de Jérusalem, de la Judée et de l’autre côté du Jourdain. »

 Nous savons que cette large invitation s’adresse à tous. Nous nous en réjouissons ! Cependant, nous sommes invités à nous interroger à nouveau ! Cette question n’est pas anodine : et nous, comment accueillons-nous cette nouvelle dans notre quotidien ?

C’est vrai, nous savons que Jésus est venu largement apporter la guérison, le Salut… mais, frères et sœurs, comment l’accueillons-nous, nous-mêmes ? Nous avons une réponse à donner !

Il ne suffit pas de nous engager dans une démarche certes sympathique et ouverte comme celle des mages en visitant l’Enfant divin, ou même en faisant le don de nous-mêmes, non ! Nous sommes invités à faire un pas de plus. Bien sûr, nous avons à nous prosterner devant Jésus, mais nous avons aussi à repartir par un autre chemin. 

Peut-être notre façon de vivre doit-elle changer ? 

Sans doute avons-nous des conversions encore à vivre ?

Comment est-ce que nous témoignons du Seigneur, aujourd’hui ?

Pour tout chrétien, cette affirmation est fondamentale : Dieu s’est fait chair ! Nous le savons. Nous en vivons et nous mettons notre foi en son Nom, Jésus-Christ ! Pourtant, une question demeure, essentielle, nécessaire : 

Qui transmettra la Bonne Nouvelle ?

Qui veut annoncer le Christ, aujourd’hui ?

Ce qui est certain, c’est que cela ne se fera pas sans nous !

Demandons cette audace pour chacun de nous, audace d’être aussi des “Jean-Baptiste“, des prophètes pour notre temps, et de désigner l’Agneau de Dieu : Jésus !

Ainsi soit-il !

Homélie de la solennité de Marie, Mère de Dieu, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 2, 16-21. Livre des Nombres 6, 22-27. Psaume 66.

Lettre de saint Paul aux Galates 4, 4-7.

 

Chers amis, avez-vous bien entendu et savouré la première lecture ?

Depuis hier soir, après une messe d’Action de grâce célébrée ici même, j’ai souhaité envoyer des messages, des mails en reprenant cette belle et profonde bénédiction :

 

« Que le Seigneur te bénisse et te garde,

Qu’il fasse, pour toi, rayonner son visage,

Que le Seigneur te découvre sa Face,

Te prenne en grâce et t’apporte la paix ! »

Cette bénédiction solennelle que nous avons entendue dans le livre des Nombres, est vieille, d’au moins, deux mille six cents ans ! Nous la recevons aujourd’hui, tout particulièrement, en ce premier jour de l’année 2020. 

Oui ! Nous changeons d’année ! 

En un sens, ce n’est guère qu’une petite unité de temps ajoutée, même si, cette année, ce sont deux petits chiffres qui changent : le 19 devient 20 ! 

Pourtant, c’est pour chacun de nous, l’occasion de faire mémoire de l’année qui vient de s’écouler avec les bons et beaux moments que nous avons vécus et ses moments plus difficiles ou douloureux. C’est aussi l’occasion de rendre grâce, comme nous l’avons fait hier soir dans cette église, l’occasion aussi de tourner une page… de choisir d’ouvrir une page neuve, libre, accueillante, où chacun pourra écrire sa vie, exprimer son amour, sa liberté, ses désirs et sa capacité de se mettre au service des autres.

Nous portons tous, au fond de nous, une espérance quand commence une année nouvelle. Ce renouveau est souhaitable et bon ! Nous partageons avec cette année nouvelle, ce même désir avec tous les humains de nombreux pays, selon les continents… 

Mais, plus qu’un simple changement de date, notre foi chrétienne colore cette nouvelle année d’une manière toute spéciale : 

  • Que sera cette année, dans ma vie de foi ?
  • Qu’est-ce que je veux expérimenter dans une espérance chrétienne ? 
  • Comment envisager cette année qui s’ouvre pour mes relations, dans l’ordre du pardon, de la connaissance, pour la serviabilité, du don de soi ? 
  • Quels sont mes nouvelles attitudes et mes changements personnels que je souhaite vivre réellement ?

Durant ces dernières heures, nous avons souhaité à de nombreuses personnes une bonne année et une bonne santé, nos meilleurs vœux… Au milieu de cette effervescence, de tous ces échanges, de ces invitations, de ces questionnements, une femme se tait. 

Elle reste immobile et silencieuse. 

D’ailleurs, c’est à peine si on la remarque ; mais cette femme voit… elle voit tout, elle entend tout ! Elle se rappelle tout, et, dans son cœur, elle, Marie, redit “oui“ à tout ! En un mot, elle prie !

Cette mère silencieuse, ce témoin attentif et discret sur tout ce qui concerne Jésus : c’est Marie ! Attentive à tout, elle devient cette mémoire vivante capable de s’étonner de toutes choses et de tout garder dans sa prière.

Elle ne pense pas à l’avenir, d’ailleurs l’avenir ne l’effraie pas, tout simplement parce qu’elle fait confiance à Dieu, en tout ! Elle est surtout attentive au présent, et c’est important de le retenir : elle est pleinement disponible au présent

Elle ne laisse remonter du passé que ce présent appelle, seulement pour en recevoir tout son sens. Dans l’évangile, il en sera toujours ainsi. Marie est toujours et tout entière dans le présent, aussi déconcertant soit-il ! Elle se rappelle le passé, retient le présent, tout en méditant tous les événements dans son cœur.

Dans cet Enfant qui lui est donné, Marie voit surgir du fond du passé, tous ces fils inattendus, inespérés, enfants conçus dans la stérilité ou rescapés de la mort et du péché ; tous ces fils qui ont constitué l’histoire d’Israël. C’est : Samson, David, Moïse, Jacob, Isaac… que Marie porte en elle, avec tous leurs destins extraordinaires suspendus au fil fragile d’une Parole et d’une annonce en forme de promesse. 

Alors, nous voyons tout le peuple d’Israël qui se met à espérer ce que tous les prophètes ont annoncé : « Il sauvera son peuple ; Il sera Père de tout un peuple. » 

En ce sens, Marie se souvient, elle accepte ce qui se passe dans sa vie, ce qu’elle comprend et ce qu’elle ne comprend pas. Marie dit “oui“ au présent.

« Comment tout cela se fera-t-il ? » a-t-elle demandé à l’ange lors de l’Annonciation. 

Elle laisse simplement l’avenir à Dieu, en Dieu, en toute confiance.

Depuis que l’ange l’a quittée, depuis qu’elle n’est plus visitée par les anges, Marie a cessé de se poser cette question. Son “oui“ est prononcé définitivement. Il l’éclaire de la lumière de la foi, et c’est au tour des autres, proches ou lointains, de faire maintenant cette même expérience. 

Aujourd’hui, ce sont les bergers qui viennent se prosterner devant l’Enfant Jésus et ils repartent tout joyeux de cette rencontre.

Dimanche prochain, nous serons avec les mages venus d’Orient, venus apporter l’or, l’encens et la myrrhe. Eux aussi vont se prosterner devant l’Enfant Dieu et repartir par un autre chemin.

Pour nous tous ici rassemblés, ce soir, au moment où nous entrons dans cette nouvelle année 2020, il est bon de regarder Marie, particulièrement en ce premier jour. 

Au moment où nous formulons tant de souhaits, alors que nous regardons l’avenir parfois avec un peu d’inquiétude, il est bon de faire confiance, de mettre tout ce que nous portons au fond du cœur, toute notre intelligence au service du présent, de ce présent qui préparera et prépare déjà l’avenir.

Frères et sœurs :

 Mettons-nous à l’école de Marie ! 

Prenons-là comme modèle, si vous le voulez bien : soyons présents au présent !

Accueillons dans la foi et l’espérance ce présent qui nous est donné ! 

Avec tout ce que nous sommes, ensemble et dans notre fraternité paroissiale, avec nos familles, construisons chaque jour, un avenir meilleur, un monde meilleur, un monde où nous recevons tout de Dieu, mais que nous transformons avec nos mains et notre cœur.

Le présent d’aujourd’hui a le visage d’un enfant : Jésus !

C’est la promesse de vie que Dieu nous donne. Dans le monde que nous habitons et que nous construisons tant bien que mal, nous savons que c’est cette Vie éternelle, cette proximité avec Dieu pour toujours que nous poursuivons, que nous recherchons et auxquelles Jésus nous invite à croire.

Chers amis, permettez-moi, dans le Seigneur, aujourd’hui, maintenant, de vous souhaiter une belle, fructueuse et sainte nouvelle année ! Puissions-nous tous ensemble, en nous retroussant les manches, en nous mettant au service les uns des autres, construire cette année 2020 comme Dieu le veut, dans la charité, la disponibilité, afin que le monde soit plus beau !

Reprenons tous ensemble, si vous le voulez bien, cette belle bénédiction que nous recevons comme une onction de grâce, ce soir, dans la paix et la joie :

« Que le Seigneur te bénisse et te garde,

Qu’il fasse, pour toi, rayonner son visage,

Que le Seigneur te découvre sa Face,

Te prenne en grâce et t’apporte la paix ! »

 

Ainsi soit-il !

Homélie du mardi 31 décembre 2019, 7e jour dans l’octave de la Nativité, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Première lettre de saint Jean 2, 18, 21. Psaume 95. 

 

Il est bien tôt, ce matin (8h) et pourtant, nous avons encore dans nos cœurs les chants et le merveilleux de la naissance de Jésus. 

À l’heure où nous goûtons encore un peu, cette joie et cette paix de Noël, l’Église nous propose de fêter, avec réalisme, la Sainte Famille : Marie, Joseph et l’Enfant Jésus. 

Il y a quelques jours, je discutais avec quelques familles éprouvées, et nous faisions le constat ensemble (et peut-être le faîtes-vous aussi ?) que la vie n’est pas un long fleuve tranquille…

Certes, nous vivons de vrais et de beaux moments de joie, mais d’autres sont parfois plus difficiles ; on ne comprend pas ! Tant personnellement qu’au sein de nos foyers, certaines situations nous laissent perplexes et même dans un certain désarroi !

Contempler la Sainte Famille, c’est nous ramener à une réalité, car cette famille qui nous est présentée en modèle, s’inscrit dans le concret d’une existence éprouvée. C’est une vraie famille comme il en existe tant de par le monde, jetée sur les chemins de la vie et vivant les chamboulements qui les accompagnent. 

Bien que dans la joie de cette naissance, la Sainte Famille a été, elle aussi, bien éprouvée. 

- Rappelez-vous l’évangile de Noël ! Le pays est occupé par les Romains et Marie, enceinte, est obligée d’aller jusqu’à Bethléem parce qu’il y a un recensement. Mais pas de place pour eux à Bethléem lorsqu’ils arrivent et je vous laisse imaginer l’angoisse de ce moment-là alors que Marie est sur le point d’accoucher ! 

- Et puis, Hérode, fou de jalousie va faire massacrer tous les enfants de moins de deux ans (les saints Innocents), provoquant ainsi la fuite en Égypte de Marie, Joseph et de l’Enfant Jésus dans la nuit, vers un pays étranger ; 

- ou encore, lorsque Joseph va présenter l’Enfant au Temple, pas d’argent, et il va faire l’offrande des miséreux, juste deux tourterelles … 

C’est sûr, c’est une vraie famille dans le réel de la vie !

Il est certain que les familles de tous les temps ont bien souvent un lot d’épreuves. Et vous, toutes, les familles ici présentes, vous vous battez souvent avec héroïsme, dans des conditions de vie souvent difficiles : dans l’ordre de la santé, dans des difficultés financières (fins de mois parfois délicates), parfois aussi dans des dialogues difficiles voire même des conflits au sein du couple, ou dans des liens familiaux ou des affections compliquées, peut-être même brisées.

Vous toutes, familles souvent héroïques et courageuses, regardez vers la famille de Joseph et de Marie ! Comme les vôtres, elle a connu déchirements et angoisses, se débattant dans les turbulences de l’histoire, et pourtant, elle nous apprend comment tenir debout, malgré les épreuves. 

 Frères et sœurs, nous avons quelque chose à apprendre ce matin, à retenir, à redécouvrir de la famille :

La famille demeure toujours un lieu essentiel ; elle est un don. 

Celui qui en parle beaucoup, parce qu’il l’a beaucoup étudiée, c’est saint Jean-Paul II. Peut-être avez-vous écouté ou lu ses catéchèses du mercredi sur la famille, sur l’amour conjugal ?

Pourquoi la famille est-elle si importante aujourd’hui, bien qu’elle ne soit pas considérée comme telle dans notre société actuelle ? Pourquoi l’Église insiste-t-elle tant sur les thèmes du mariage et de la famille ? 

Saint Jean-Paul II nous donne une réponse pertinente et juste : « La raison est simple, même si tous ne parviennent pas à le comprendre. De la famille dépend le destin de l’homme, de la famille dépend son bonheur, la capacité de donner un sens à son existence. Le destin de l’homme dépend de celui de la famille, et c’est pour cette raison que je ne me lasse jamais d’affirmer que l’avenir de l’humanité est étroitement lié à celui de la famille. »

Effectivement, c’est au sein de la famille que l’amour va se vivre réellement. C’est dans la famille que le sens du service et du don de soi vont s’apprendre et se vivre effectivement ; elle est le lieu où l’amour manifeste sa mystérieuse fécondité, où l’amour se transmet et s’apprend. 

Le Fils de Dieu lui-même a voulu naître et commencer son humanité au sein d’une famille. C’est ce que fêtons à Noël. 

Alors, ce matin, je souhaite partager avec vous quatre enseignements que vous connaissez sans doute, mais qu’il peut être bon de réentendre :

En préambule, je le dis avec beaucoup de délicatesse, je sais bien, en vous disant tout cela, que certaines familles sont éprouvées, parfois en difficultés d’amour ou même en rupture d’amour et nous pensons à tous ceux qui souffrent et qui espèrent un apaisement ou un changement.

Le premier enseignement nous est donné par l’attitude de Joseph. Il nous rappelle cette nécessaire détermination : Joseph est certes éprouvé, mais il demeure Joseph le courageux, le responsable et le résolu. Il partage avec Marie, la fidèle, une confiance totale dans la Parole de Dieu, bien que parfois, comme parents, ils puissent être dans l’obscurité de la foi au creux même des périls et de l’insécurité. Vous l’avez entendu par deux fois, c’est « dans la nuit » qu’ils quittent leur domicile, c’est-à-dire, dans l’obscurité.

Joseph et Marie témoignent que dans nos vies, dans nos joies comme dans nos peines,

 Dieu est là, Dieu reste proche !

Malgré tout ce qui peut nous arriver, Dieu est présent !

Le deuxième enseignement est la mission fondamentale et responsable que contient cet évangile de la Sainte Famille. Vous savez ce que signifie le nom de Jésus : Yeshoua, “Dieu sauve“ ? Ce Jésus : “Dieu sauve“  ne se sauve pas Lui-même, ne se défend pas Lui-même. Pourtant, il est Dieu ! Il a besoin d’une maman, il a besoin d’un papa. Il s’en remet totalement entre les mains de ses parents que sont Joseph et Marie. Dieu fait confiance à la famille dans sa mission éducatrice. Relisez la première lecture de ce jour : celle de Ben Sira le Sage.

Le troisième enseignement, c’est la force du sacrement de mariage. L’Église insiste beaucoup sur l’importance de recevoir le sacrement du mariage, sur sa force, sa pertinence. Tout au long de l’Ancien Testament, plus particulièrement dans les livres des prophètes (et notamment dans le livre du prophète Osée), l’amour conjugal est toujours présenté comme l’image par excellence des relations entre Dieu et son peuple, entre le Christ et l’Église, et comme le modèle de toute communion entre les époux. Le Sacrement de mariage est un véritable cadeau, même s’il n’est pas magique. Il est une force, un don et un secours pour les couples qui l’ayant reçu, le développe et le réactive sans cesse dans la prière, l’écoute et le pardon. Saint Paul, que nous avons entendu dans la deuxième lecture est très concret, il dit : « … revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » Comme vous le savez, dans toute famille, il faut beaucoup de patience ! Il ajoute : « Supportez-vous les uns, les autres, et pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. » Le pardon est un lieu essentiel d’amour dans la famille. Souvenez-vous quand saint Pierre demande à Jésus combien de fois il faut pardonner ! Jésus lui répond : il faut pardonner soixante-dix fois sept fois. En disant cela, Jésus est en train de viser ce qui se passe dans la famille. C’est là qu’il est possible de donner autant de pardons !

- Le quatrième enseignement : l’importance de la prière : prière personnelle, prière en couple, prière en famille. Il m’arrive souvent d’être invité dans des familles et, après le repas, de voir toute la famille qui se rassemble dans un petit coin prière et chacun exprime ses intentions et les confie à Jésus. Quand je vois et entends un tout-petit qui dit : « Merci petit Jésus pour… », je suis toujours très touché par leur confiance spontanée et vraie.

Marie et Joseph sont des témoins fidèles de la prière en couple et en famille.

Voilà les quatre enseignements que je souhaitais évoquer avec vous.

Je termine par un point important : la famille doit se comprendre aussi dans une dimension de fraternité et de communauté. De fait, dans cette église, nous formons, ce matin, une grande famille ! Par le don du baptême que nous avons reçu, nous sommes devenus frères et sœurs en Jésus. Regardez tout autour de vous : vos voisins de bancs sont des frères et des sœurs, et nous formons une famille, une vraie famille dans laquelle nous devrions pouvoir compter, les uns sur les autres.

Frères et sœurs, rendons grâce pour nos familles :

-     les familles dont nous sommes issus (même si nous avons oublié les prénoms et l’histoire de celles et ceux qui nous ont transmis cette vie de génération en génération), 

-     et pour nos familles présentes, nos proches, nos enfants et petits-enfants.

 

Demandons cette grâce d’une construction, d’un soutien sans cesse renouvelé dans l’amour, le don de soi, la transmission et le pardon !

Demandons aussi pour toutes les familles, la grâce de la fidélité et de l’audace de la confiance !

En ce dimanche de la Sainte Famille, que le Seigneur bénisse particulièrement toutes les familles et nous donne les grâces nécessaires pour répondre à nos missions !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

 

Homélie du lundi 30 décembre 2019, 6e jour dans l’octave de la Nativité, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 2, 36-40. Première lettre de saint Jean 2, 12-17. Psaume 95. 

 

Vous connaissez cet épisode de la présentation de Jésus au Temple. Aujourd’hui, nous en entendons la deuxième partie. Juste auparavant, c’est Siméon qui avait accueilli Jésus, dans ses bras. Quelques instants plus tard, Anne, la prophétesse, fait la rencontre de Jésus, comme nous le dit saint Luc dans l’évangile de ce jour.

Chaque mot de ce texte a une signification très précise :

- Le prénom Anne signifie en hébreu : “Dieu est miséricorde“.

- Fille de Phanuel signifie en hébreu : “Dieu est lumière“.

- … de la tribu d’Aser signifie en hébreu : “bonheur“.

En déployant ainsi la signification des noms, nous comprenons un peu mieux ce que l’évangéliste veut dire et comment il place l’appartenance de la veuve Anne, dans cet évangile.

Poursuivons !

L’âge de 84 ans, un âge vénérable pour l’époque (la durée de vie était alors beaucoup moins longue) représente probablement et de manière symbolique, le long temps d’attente d’Israël ; 8+4=12, n’est-ce pas ? Douze tribus d’Israël qui pleurent l’absence de l’Époux, après que le péché (rupture avec Dieu) les ait privés du jardin d’Éden, dont le chiffre symbolique est le 7. Si nous continuons, nous remarquons que 7x12= 84.

Tout cela veut dire que le temps de l’accomplissement est arrivé ! À travers la numérologie (Gematria en hébreu) dont les Hébreux sont friands, nous comprenons que le temps de l’accomplissement est enfin arrivé.

Par son assiduité au jeûne et à la prière, Anne fait donc figure non seulement de la veuve parfaite, mais aussi de l’humanité repentante, qui s’est tournée vers Dieu dans un désir ardent de Salut.

Le ministère prophétique de ces deux vieillards, Siméon et Anne, dont les yeux déjà s’éteignent, nous désignent Jésus comme la lumière, comme la miséricorde, et comme promesse de bonheur.

Frères et sœurs, voilà ce qu’il nous faut entendre à travers la signification des noms et des chiffres.

Telles sont les paroles d’espérance que le Père adresse à son Fils, et à tous ceux qui souffrent des « ténèbres du péché » et qui désirent ardemment le Salut que seul Dieu, peut donner.

Au terme de sa vie, relisant tout son cheminement avec le Seigneur pour en partager l’essentiel avec les croyants, saint Jean (que nous allons entendre tout particulièrement demain dans le Prologue), synthétise aussi son enseignement en quelques traits, en explicitant l’accomplissement de ces trois paroles prophétiques :

  • « Vous connaissez le Verbe lumière qui existe depuis le commencement. »
  • « Vous avez vaincu le Mauvais par la puissance de sa miséricorde. »
  • « Vous connaissez le bonheur d’être enfants du Père et de vivre de son Esprit. »

Pour nous-mêmes, à quelques heures du changement symbolique d’année, le Seigneur ne nous demande pas de choses extraordinaires. Vous le savez, le Seigneur n’agit pas dans l’extraordinaire, mais plutôt dans l’ordinaire, dans le quotidien de notre vie. 

  • Il nous demande de rester fidèles à sa Parole.
  • Il nous exhorte au combat spirituel, car les désirs égoïstes de la nature humaine (désir du regard, de la richesse, de l’orgueil) sont incompatibles avec l’amour du Père.
  • Il nous encourage à résister au Mauvais (Satan) en nous appuyant sur sa grâce, et sans cesse à nous relever de nos chutes en comptant sur sa miséricorde.

Une année se termine ! À chacun de relire ce qu’elle a été, ce qui a été vécu durant ces douze derniers mois. Frères et sœurs, plaçons toute notre confiance dans la Parole de Dieu, dans les combats qui sont les nôtres, et pour résister en toute occasion au Mauvais.

Demandons cela pour chacun de nous, pour nos familles et soutenons-nous par la prière, les uns pour les autres, les uns avec les autres.                                                          

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 29 décembre 2019, fête de la Sainte Famille, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 2, 13-15.19-23. Livre de Ben Sira le Sage 3, 2-6.12-14. Psaume 127. 

Lettre de saint Paul aux Colossiens 3, 12-21.

 

Il est bien tôt, ce matin (8h) et pourtant nous avons encore dans nos cœurs les chants et le merveilleux de la naissance de Jésus. 

À l’heure où nous goûtons encore un peu, cette joie et cette paix de Noël, l’Église nous propose de fêter, avec réalisme, la Sainte Famille : Marie, Joseph et l’Enfant Jésus. 

Il y a quelques jours, je discutais avec quelques familles éprouvées, et nous faisions le constat ensemble (et peut-être le faîtes-vous aussi ?) que la vie n’est pas un long fleuve tranquille…

Certes, nous vivons de vrais et de beaux moments de joie, mais d’autres sont parfois plus difficiles ; on ne comprend pas ! Tant personnellement qu’au sein de nos foyers, certaines situations nous laissent perplexes et même dans un certain désarroi !

Contempler la Sainte Famille, c’est nous ramener à une réalité, car cette famille qui nous est présentée en modèle s’inscrit dans le concret d’une existence éprouvée. C’est une vraie famille comme il en existe tant de par le monde, jetée sur les chemins de la vie et vivant les chamboulements qui les accompagnent. 

Bien que la joie de cette naissance, la Sainte Famille a été, elle aussi, bien éprouvée. 

- Rappelez-vous l’évangile de Noël ! Le pays est occupé par les Romains et Marie, enceinte, est obligée d’aller jusqu’à Bethléem parce qu’il y a un recensement. Mais pas de place pour eux à Bethléem lorsqu’ils arrivent et je vous laisse imaginer l’angoisse de ce moment-là alors que Marie est sur le point d’accoucher ! 

- Et puis, Hérode, fou de jalousie va faire massacrer tous les enfants de moins de deux ans (les saints Innocents), provoquant ainsi la fuite en Égypte de Marie, Joseph et de l’Enfant Jésus dans la nuit, vers un pays étranger ; 

- ou encore, lorsque Joseph va présenter l’Enfant au Temple, pas d’argent, et il va faire l’offrande des miséreux, juste deux tourterelles … 

C’est sûr, c’est une vraie famille dans le réel de la vie !

Il est certain que les familles de tous les temps ont bien souvent un lot d’épreuves. Et vous, toutes, les familles ici présentes, vous vous battez souvent avec héroïsme, dans des conditions de vie souvent difficiles : dans l’ordre de la santé, dans des difficultés financières (fins de mois parfois délicates), parfois aussi dans des dialogues difficiles voire même des conflits au sein du couple, ou dans des liens familiaux ou des affections compliquées, voire même brisées. 

Vous toutes, familles souvent héroïques et courageuses, regardez vers la famille de Joseph et de Marie ! Comme les vôtres, elle a connu déchirements et angoisses, se débattant dans les turbulences de l’histoire, et pourtant, elle nous apprend comment tenir debout, malgré les épreuves. 

 Frères et sœurs, nous avons quelque chose à apprendre ce matin, à retenir, à redécouvrir de la famille :

La famille demeure toujours un lieu essentiel ; elle est un don. 

Celui qui en parle beaucoup, parce qu’il l’a beaucoup étudiée, c’est saint Jean-Paul II. Peut-être avez-vous écouté ou lu ses catéchèses du mercredi sur la famille, sur l’amour conjugal.

Pourquoi la famille est-elle si importante aujourd’hui, bien qu’elle ne soit pas considérée comme telle dans notre société actuelle ? Pourquoi l’Église insiste-t-elle tant sur les thèmes du mariage et de la famille ? 

Saint Jean-Paul II nous donne une réponse pertinente et juste : « La raison est simple, même si tous ne parviennent pas à le comprendre. De la famille dépend le destin de l’homme, de la famille dépend son bonheur, la capacité de donner un sens à son existence. Le destin de l’homme dépend de celui de la famille, et c’est pour cette raison que je ne me lasse jamais d’affirmer que l’avenir de l’humanité est étroitement lié à celui de la famille. »

Effectivement, c’est au sein de la famille que l’amour va se vivre réellement. C’est dans la famille que le sens du service et du don de soi vont s’apprendre et se vivre effectivement ; elle est le lieu où l’amour manifeste sa mystérieuse fécondité, où l’amour se transmet et s’apprend. 

Le Fils de Dieu lui-même a voulu naître et commencer son humanité au sein d’une famille. C’est ce que fêtons à Noël. 

Alors, ce matin, je souhaite partager avec vous quatre enseignements que vous connaissez sans doute, mais qu’il peut être bon de réentendre :

En préambule, je le dis avec beaucoup de délicatesse, je sais bien, en vous disant tout cela, que certaines familles sont éprouvées, parfois en difficultés d’amour ou même en rupture d’amour et nous pensons à tous ceux qui souffrent et qui espèrent un apaisement ou un changement. J'ai une pensée et une prière pour les personnes qui vivent un célibat non choisi, une séparation, un veuvage où l'être absent manque beaucoup.

 

Le premier enseignement nous est donné par l’attitude de Joseph. Il nous rappelle cette nécessaire détermination : Joseph, est certes éprouvé, mais il demeure Joseph le courageux, le responsable et le résolu. Il partage avec Marie, la fidèle, une confiance totale dans la Parole de Dieu, bien que parfois, comme parents, ils puissent être dans l’obscurité de la foi au creux même des périls et de l’insécurité. Vous l’avez entendu par deux fois, c’est « dans la nuit » qu’ils quittent leur domicile, c’est-à-dire, dans l’obscurité.

Joseph et Marie témoignent que dans nos vies, dans nos joies comme dans nos peines,

 Dieu est là, Dieu reste proche !

Malgré tout ce qui peut nous arriver, Dieu est présent !

Le deuxième enseignement est la mission fondamentale et responsable que contient cet évangile de la Sainte Famille. Vous savez ce que signifie le nom de Jésus : Yeshoua, “Dieu sauve“ ? Ce Jésus : “Dieu sauve“  ne se sauve pas Lui-même, ne se défend pas Lui-même. Pourtant, il est Dieu ! Il a besoin d’une maman, il a besoin d’un papa. Il s’en remet totalement entre les mains de ses parents que sont Joseph et Marie. Dieu fait confiance à la famille dans sa mission éducatrice. Relisez la première lecture, de ce jour de Ben Sira le Sage.

Le troisième enseignement, c’est la force du sacrement de mariage. L’Église insiste beaucoup sur l’importance de recevoir le sacrement du mariage, sur sa force, sa pertinence. Tout au long de l’Ancien Testament, plus particulièrement dans les livres des prophètes (et notamment dans le livre du prophète Osée), l’amour conjugal est toujours présenté comme l’image par excellence des relations entre Dieu et son peuple, entre le Christ et l’Église, et comme le modèle de toute communion entre les époux. Le Sacrement de mariage est un véritable cadeau, même s’il n’est pas magique. Il est une force, un don et un secours pour les couples qui l’ayant reçu, le développe et le réactive sans cesse dans la prière, l’écoute et le pardon. Saint Paul, que nous avons entendu dans la deuxième lecture est très concret, il dit : « … revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » Comme vous le savez, dans toute famille, il faut beaucoup de patience ! Il ajoute : « Supportez-vous les uns, les autres, et pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. » Le pardon est un lieu essentiel d’amour dans la famille. Souvenez-vous quand saint Pierre demande à Jésus combien de fois il faut pardonner ! Jésus lui répond : il faut pardonner soixante-dix fois sept fois. En disant cela, Jésus est en train de viser ce qui se passe dans la famille. C’est là qu’il est possible de donner autant de pardons !

- Le quatrième enseignement : l’importance de la prière : prière personnelle, prière en couple, prière en famille. Il m’arrive souvent d’être invité dans des familles et, après le repas, de voir toute la famille qui se rassemble dans un petit coin prière et chacun exprime ses intentions et les confie à Jésus. Quand je vois et entends un tout-petit qui dit : « Merci petit Jésus pour… », je suis toujours très touché par leur confiance spontanée et vraie.

Marie et Joseph sont des témoins fidèles de la prière en couple et en famille.

 

Voilà les quatre enseignements que je souhaitais évoquer avec vous.

Je termine par un point important : la famille doit se comprendre aussi dans une dimension de fraternité et de communauté. De fait, dans cette église, nous formons, ce matin, une grande famille ! Par le don du baptême que nous avons reçu, nous sommes devenus frères et sœurs en Jésus. Regardez tout autour de vous : vos voisins de bancs sont des frères et des sœurs, et nous formons une famille, une vraie famille dans laquelle nous devrions pouvoir compter, les uns sur les autres.

Frères et sœurs, rendons grâce pour nos familles :

-       les familles dont nous sommes issus (même si nous avons oublié les prénoms et l’histoire de celles et ceux qui nous ont transmis cette vie de génération en génération, 

-       et pour nos familles présentes, nos proches, nos enfants et petits-enfants.

Demandons cette grâce d’une construction, d’un soutien sans cesse renouvelé dans l’amour, le don de soi, la transmission et le pardon !

Demandons aussi pour toutes les familles, la grâce de la fidélité et de l’audace de la confiance !

En ce dimanche de la Sainte Famille, que le Seigneur bénisse particulièrement toutes les familles et nous donne les grâces nécessaires pour répondre à nos missions !

AINSI SOIT-IL !

 

Homélie du jour de Noël 2019, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Livre du prophète Isaïe 52, 7-10. Psaume 97. 

Lettre aux Hébreux 1, 1-6.

 

Comme je vous le disais tout à l’heure en introduction, cette nuit, nous avons vécu la joie de la naissance du Fils de Dieu, de Jésus, dans une étable, à Bethléem. Ce matin, alors qu’il faisait encore nuit et que le jour se levait à peine, avec les bergers, en suivant l’invitation des anges, nous sommes venus nous prosterner devant la crèche. 

Frères et sœurs, je ne sais pas si nous mesurons combien la naissance de Jésus au cœur de la nuit, à Bethléem, est un événement historique qui concerne l’humanité tout entière, et plus encore, qui a modifié l’histoire de toute l’humanité. Si nous sommes encore en 2019 et, dans quelques jours en l’année 2020, c’est qu’il y a un “avant“ et il y a un “après“, et Celui qui est au centre : c’est le Christ !

Ce que nous avons entendu cette nuit, cette Bonne Nouvelle, n’est pas réservée à quelques privilégiés, elle est adressée à tous ! Chaque homme, chaque femme selon la disponibilité de son cœur peut être associé au salut que Jésus veut pour chacun d’eux.

Nous croyons que cet Enfant est vraiment le fils de Marie, conçu de l’Esprit Saint, qu’il est le Verbe de Dieu : Dieu incarné dans l’histoire humaine. C’est parce qu’il est vraiment homme et vraiment Dieu que sa venue en ce monde est une immense espérance pour l’humanité

Si la fête de Noël continue à fasciner tant d’hommes et de femmes, parfois même très éloignés de la foi chrétienne, n’est-ce pas parce que nous percevons que l’espérance dans un salut de toute l’humanité reste incertaine et difficilement atteignable par nos simples forces et moyens ?

Pour beaucoup de nos contemporains (et peut-être pour vous-mêmes d’ailleurs), une interrogation, une attente demeure, même si parfois elle est confuse. 

Combien de fois suis-je interpellé par ces questions : 

  • Qui peut m’expliquer le sens de ma vie ? 
  • Qui peut me dire mon avenir ? 
  • Pourquoi allons-nous mourir et que se passe-t-il après la mort ? 
  • Pourquoi ai-je au fond de moi, ce désir d’être profondément aimé et d’aimer en retour ? (Cette dernière question est peut-être la plus fréquente.)

N’avons-nous pas cette impression de tourner souvent en rond, sans trouver d’issue ou de solutions à nos interrogations ou nos questions existentielles ?

Quelles que soient les mutations de notre culture, quelle que soit notre sensibilité, un mystère demeure : l’amour, la vie, l’espérance, tout ce que nous désirons au plus profond de nous-mêmes… d’où cela vient-il ? Je le crois : tout vient de Dieu !

En ce jour, Dieu veut rejoindre tout homme pour apporter une espérance et une réponse !

Comment décrire le mystère de Noël ? 

C’est le moment où Dieu se laisse découvrir faible et petit, en se laissant deviner dans le sourire d’un enfant. Pourquoi ? Pourquoi un tel abaissement ? Pour que nous n’ayons pas peur de Dieu, bien au contraire.

Quand nous prenons conscience de cette initiative inouïe de Dieu dans notre histoire, du mystère du Fils de Dieu devenu homme, nous percevons alors les limites de notre intelligence, la faiblesse de nos mots, de notre vocabulaire, de nos idées… et nous ne pouvons qu’admirer, tout à tour, les deux faces du paradoxe, c’est-à-dire que :

  • Cet enfant est vraiment homme, qu’il est “de chez nous“, qu’il est le fils de Marie, qu’il est de notre chair, et cela nous le comprenons,
  • Et qu’il est à la fois et en même temps, Dieu, Fils de Dieu et Dieu Lui-même.

Jésus est en même temps vrai Dieu et vrai homme. Comme il est difficile de le comprendre et de l’expliquer même dans nos familles et à nos amis !

Cette nuit, nous avons accueilli l’Enfant et nous l’avons déposé dans la crèche. Nous avons chanté dans la joie : “Il est né le divin Enfant“. Ce matin, il nous est donné d’entendre cette longue méditation de l’évangile de saint Jean que l’on appelle le Prologue. 

Saint Jean retrace, dans ces lignes, tout le projet de Dieu, sa longue patience vis-à-vis des hommes, et l’amour persévérant avec lequel il a préparé depuis des siècles et des siècles, ce mystère de Noël.

Depuis la chute, depuis le péché originel, depuis cette rupture de l’homme avec Dieu… Dieu n’a pas désespéré de redonner à l’homme cette intimité qu’il avait dans le Jardin d’Eden.

Saint Jean nous dit surtout ce que le Christ a été depuis toujours et ce qu'il vient faire parmi les hommes et pour les hommes.

Il nous a fallu du temps pour comprendre que Dieu est Père, que Dieu est Fils, que Dieu est Esprit Saint ! Avant même qu’il y eût un monde, avant même qu’il y eût un temps à mesurer, Il était, comme Fils de Dieu, l’image parfaite de son Père, l’expression totale de son Père. 

Depuis longtemps, comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, Il a parlé par les prophètes, dans ce que nous appelons le Premier Testament. Le Fils de Dieu était annoncé comme Sauveur, (comme nous l’avons entendu dans le livre d’Isaïe) c’est-à-dire le Messie. À travers ces paroles, nous mesurons toute l’attente du peuple Hébreu qui attendait le Messie, qui attendait Celui qui allait révéler qui était Dieu.

Enfin ! Le Fils de Dieu s’est fait chair ! Il a établi sa demeure parmi nous ; alors Il pouvait dire : « Moi, Parole éternelle de Dieu, je vous parle du Père avec vos mots humains. » Après des siècles de révélations, nous entendons le Révélateur. Le Fils de Dieu a fait entendre avec une voix humaine qui était la sienne, le mystère du Père, l’amour du Père pour chacun de nous. Ce n’était plus par la voix des prophètes que nous entendions la Parole de Dieu, mais par la Parole même de Jésus ! Jésus nous apprend même à prier le Père, comme nous le ferons tout à l’heure avec la prière du Notre Père.

- C’est ce que nous entendons à chaque eucharistie !

- C’est ce que nous entendons à travers la Bible !

Frères et sœurs, il ne suffit pas de nous rappeler que nous sommes chrétiens, surpris et, je l’espère, émerveillés par l’audace de Dieu et de poursuivre notre vie de tous les jours comme si de rien n’était. Non ! L’invitation est là : vivre de la Vie même de Dieu ! Accepter la présence de Dieu en notre vie ! Devant un tel cadeau, comment pourrions-nous faire l’impasse sur cette bonne nouvelle ? 

Chaque Noël, cette nouvelle n’est-elle pas une invitation à entrer plus intimement dans ce mystère, plus encore, à changer ma manière de vivre ? J’espère que vous ne sortirez pas de cette église comme vous y êtes entrés ! J’espère que quelque chose de différent va se passer en vous ! Ce n’est pas juste un Noël de plus ! Il y a quelque chose de nouveau à découvrir, quelque chose que Dieu veut nous redire ce matin !

Frères et sœurs, en ce jour très saint, si nous sommes touchés par la naissance de Jésus durant cette nuit, à Bethléem, si cette naissance nous apporte quelque consolation et un peu d’espérance, demandons-nous sérieusement : 

  • Que dois-je faire pour que ma vie soit meilleure ? 
  • Que dois-je changer dans ma manière de vivre pour que le monde change ? 
  • Que dois-je changer dans ma manière d’être pour que le monde soit différent ?
  • Que dois-je changer pour mettre le Christ au centre de ma vie, pour me laisser bousculer par le don audacieux de l’Esprit Saint ?

Ne nous laissons pas submerger par les difficultés de l’existence ; il y en aura toujours ! 

Ne nous laissons pas dominer, non plus, par un “prêt à penser“ et les idées toutes faites que nous entendons au travers des médias ! 

Ne croyons pas non plus que nous pouvons nous attribuer le pouvoir de manipuler l’être humain et de l’utiliser comme un instrument ! 

Ne renonçons pas à la puissance de l’amour et à la force de la fidélité jusqu’au bout, car nous sommes faits pour aimer jusqu’au don total de notre vie !

Frères et sœurs, ne nous laissons pas voler la joie de Noël par une société qui nous pousse à consommer et qui nous entraine à oublier ce merveilleux mystère de la venue de Dieu en notre chair ! 

Ne nous laissons pas assombrir par la morosité ambiante ni par les difficultés de notre temps, car cela nous conduirait à une désespérance qui n’est pas chrétienne !

Choisissons ensemble et personnellement d’être les témoins joyeux de Jésus.

Comment comprendre Noël ?

  • Comprendre Noël, c’est comprendre que Dieu ne nous abandonne pas ! Jamais !
  • Comprendre Noël, c’est comprendre que le salut que Dieu nous propose est déjà là ! 
  • Comprendre Noël, c’est comprendre que le Fils de Dieu se fait proche et que, pour ne pas nous effrayer, pour que nous puissions le prendre dans nos bras, Il se fait petit Enfant, et son regard est un regard d’enfant.
  • Comprendre Noël, c’est comprendre que nous sommes faits pour la Vie éternelle.

Si nous prions pour la paix dans le monde, comme nous le ferons dans quelques instants, nous avons aussi à demander cette paix pour chacun de nous, en chacun de nous.

Frères et sœurs, oui ! Ce Noël est un don et un cadeau.

Puissions-nous l’accueillir en ouvrant notre cœur et en reconnaissant l’amour de Dieu pour tout homme !

Je termine en souhaitant à toutes et à tous un joyeux et saint Noël !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 25 décembre 2019, messe des bergers, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 2, 15-20. Livre du prophète Isaïe 62, 11-12. Psaume 96. 

Lettre de Tite 3, 4-7.

 

Chers amis, nous voici réunis pour célébrer « la messe des bergers », ou « la messe de l’aurore ». Il fait encore nuit au-dehors, et dans l’obscurité de cette église, simplement éclairée par quelques bougies, nous sommes invités à entrer davantage dans ce mystère de la nuit de Noël.

Peut-être vous rappelez-vous les trois messes basses de l’écrivain Alphonse Daudet ? Peut-être aussi vous souvenez-vous du curé dom Balaguère, ventripotent, salivant en pensant déjà à son repas de fête, ou aussi, de ce “pousse au crime“ de Garrigou. Grâce à ce conte, bien des Français, même totalement déchristianisés, ont continué à se rappeler que la liturgie eucharistique comporte trois messes différentes (Les trois Messes basses). 

En effet, ces trois messes sont une invitation à entrer davantage dans le mystère de Noël. Elles constituent, en quelque sorte, une progression de la lumière, et je vous propose très simplement ce matin, à la façon d’une méditation, de suivre ensemble, les étapes de cette illumination.

  • La messe de la nuit rappelle l’événement historique survenu il y a deux millénaires environ : une naissance ! La Vierge Marie accouche du reflet resplendissant de la gloire du Père, et ce reflet lumineux est cependant si modeste que seuls, Marie et Joseph le discernent vraiment.

           La nuit de Noël, le corps visible de Jésus sert à désigner le mystère invisible de notre Salut, mais dans la nuit, obscurcie par le péché, seuls les cœurs purs peuvent percevoir cette vérité.

  • Après la messe de la nuit, c’est la messe de l’aurore que nous vivons maintenant. Sans doute, est-ce la plus intime. Elle conduit à percevoir une nouvelle dimension de la venue du Messie. La lumière incertaine des premières lueurs du jour s’ajoute à la lumière qui vient de la crèche et touche les éloignés de Dieu comme les chercheurs de Dieu : celles et ceux qui sont en quête de sens. 

           Cette messe est aussi appelée “messe des bergers“. Effectivement, de nombreux bergers gardant leurs troupeaux étaient dans les champs autour du village       de Bethléem ; ce sont des gens humbles. Ils se sont laissés toucher par l’invitation des anges et par la petite lumière surgie dans la nuit.

  • La troisième étape : l’illumination connaît enfin son sommet dans la messe du jour que nous allons vivre ensemble tout à l’heure. On y proclame, en effet, le Prologue de l’évangile selon saint Jean. Ce texte est comme la clé de voûte du Nouveau Testament. Il nous renvoie à un nouveau « Commencement » et nous illumine en disant : « Le verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme. »

La lumière du Christ est pour chaque membre de l’humanité ; elle n’est pas le privilège d’une époque ou d’un lieu. La venue des mages à la crèche, dans quelques jours, nous le confirmera.

Je résume; aux trois messes de Noël correspondent trois extensions de la Révélation :

- La nuit, Jésus lumière est connu par les cœurs purs.

- À l’aube, Jésus lumière attire les plus humbles.

- Au jour, Jésus lumière s’offre pour tous les hommes, même les plus éloignés de Lui, même les païens.

 

Au terme de cette nuit, à la lueur du jour qui se lève peu à peu, l’Enfant de la crèche vient nous rappeler quatre aspects fondamentaux :

L’enfant est la vie, et cette vie doit être gardée précieusement, non pas cette apparence de vie à laquelle nous nous raccrochons souvent, ni cette impression de vivre par ce que l’on fait ou ce que l’on possède. 

L’enfant, c’est aussi la Parole. Il est la Parole de Dieu ; il est le Verbe de Dieu. Il est Dieu lui-même qui nous parle ! 

L’enfant est aussi la croix. La croix à venir, celle du Vendredi Saint.

l’enfant dans la mangeoire est aussi celui qui nous donne son corps, celui qui nous offre sa chair à manger. C’est ce que nous allons vivre dans quelques instants dans l’eucharistie.

Chers frères et sœurs, le jour va bientôt se lever, comme vous le voyez à travers les vitraux. Ce jour est celui de la nativité de Notre Seigneur. Avec les anges qui annoncent cette bonne nouvelle aux bergers, nous sommes invités, nous aussi, à entrer dans la louange de Dieu.

Glo… O, O O, O,… O…O…O… ria, in excelsis deo !

Glo… O, O O, O,… O…O…O… ria, in excelsis deo !

 

Homélie du dimanche 22 décembre 2019, 4e  dimanche de l’Avent, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 1, 18-24. Livre du prophète Isaïe 7, 10-16. Psaume 23. 

Lettre de saint Paul aux Romains.

 

À quelques jours de la naissance de l’Enfant-Dieu, les lectures que nous entendons en ce quatrième dimanche de l’Avent, nous redisent sa mission si particulière, et cela à travers déjà son double prénom : 

“Emmanuel“, c’est-à-dire “Dieu avec nous“, comme vous l’avez entendu, qui nous rappelle cette proximité de Dieu au cœur de notre vie, et 

- “Jésus“, pour nous rappeler que “Dieu sauve“. Dieu nous sauve et veut notre salut !

Si nous faisons un bond dans le passé, en ce dernier dimanche de l’Avent, Marie et Joseph sont encore en marche vers le village de Bethléem ; fatigue, chaleur, insécurité ! Notre regard se porte vers ce couple qui chemine, vers ces futurs parents, bien proches de nos situations humaines, de nos précarités, de nos difficultés.

Sur ce chemin, Marie et Joseph font mémoire de ces derniers mois vécus dans l’étonnement d’annonces surprenantes.

Cette semaine, nous entendions le récit de l’Annonciation, ce jour incroyable où l’ange Gabriel est venu rencontrer Marie dans le petit village de Nazareth. Aujourd’hui, nous réécoutons le récit de l’annonce à Joseph. 

Au départ, voici donc deux personnes, Marie et Joseph, qui font ensemble le beau projet d’épousailles, le projet de se marier, de devenir époux, de devenir une seule chair, de se donner radicalement, complètement l’un à l’autre. Ce sont des fiancés heureux ! Pourquoi ? .… parce que ce projet les motive et les fait vivre,  parce qu’ils s’aiment, tout simplement, profondément ! Ils connaissent ces temps de bonheur que sont la découverte de l’un et de l’autre, cet apprivoisement progressif, cet attachement à l’autre, ce désir qui grandit. Nous imaginons les projets qui se mettent en place, et puis… c’est le moment des fiançailles !

Mais voilà qu’arrive le temps de la souffrance ; Joseph connaît l’affreuse douleur morale d’apprendre, lors du retour de Marie de sa visite chez sa cousine Élisabeth, que sa fiancée est enceinte… et qu’il n’y est pour rien : ce n’est pas lui, le père ! Imaginez sa réaction ; tout son rêve de bonheur vole littéralement en éclats ! Il décide, alors, de rompre ses fiançailles. 

En même temps :

- Il respecte trop Marie pour la vouer à la réprobation de tout le village, et 

- Il respecte trop la loi de Dieu, pour fonder un foyer sur des bases aussi incertaines.

Alors, quoi faire ?

Il va donc simplement, mais la mort dans l’âme, rendre à Marie sa liberté. C’est la décision d’un “homme juste“,nous dit l’évangile. C’est la décision de quelqu’un qui veut s’effacer sans créer de scandale dans la vie de Marie et de son enfant. 

Mais voici que Joseph découvre dans le message de l’ange, que Dieu a un projet tout autre, et plus grand que l’amour, au sein de leur couple.

L’histoire que nous venons d’entendre nous invite à découvrir peut-être plus intérieurement, une confiance absolue en Dieu, tout simplement parce qu’elle nous renvoie d’une certaine façon aux propres histoires parfois difficiles et bouleversantes de notre existence. Il nous arrive, sans l’avoir provoqué, de nous trouver dans des situations compliquées et douloureuses que nous n’avons pas choisies : difficultés familiales, difficultés professionnelles, maladie d’un des conjoints, un couple vivant la douleur d’une stérilité, la venue d’enfants inattendus, des enfants malades, des enfants handicapés, de grands adolescents qui nous donnent parfois du souci, des enfants trop tôt adultes, trop tôt responsabilisés, qui deviennent les confidents des soucis de leurs parents, oubliant ainsi le temps indispensable de la croissance de l’enfant et de l’insouciance, ou encore un couple vivant l’infidélité de l’un des deux … Dans ces situations non choisies, nous sommes cependant invités à  grandir, à les dépasser, à faire confiance, et devant l’incompréhensible, à trouver une solution en Dieu.

Est-ce si facile ? Sans doute que non !

Face aux difficultés et aux doutes, dans toutes ces situations douloureuses, nous sommes tentés (tel un réflexe) de nous enfermer sur nous-mêmes, de croire que “tout est perdu“, qu’il n’existe pas ou plus de solutions, d’être coupés de toute espérance et parfois … d’en vouloir à Dieu et même de l’accuser de tous nos maux… 

Or, mystérieusement, comme pour Joseph, la réponse à nos problèmes humains qui paraissent insolubles à ce moment précis, peut trouver une solution en Dieu !

C’est au cœur même d’une disponibilité à Dieu que Joseph découvre sa réponse : une réponse à ses questions, une réponse à sa déconvenue ! Son cœur d’homme est profondément blessé, mais il va vivre l’audace de la confiance, l’audace de l’abandon. Voici que Dieu demande à ce futur époux de revenir sur sa décision et d’accepter une triple mission ! 

Il appartient à Joseph de dire “oui“ ou “non“ :

Première mission : prendre Marie chez lui, comme épouse ! Plus encore, entrer dans cette réciprocité de l’amour et du don total de soi à l’autre ! C’est comme un double “oui“ qui s’impose.

Deuxième mission : accueillir cet enfant et lui donner un nom, c’est-à-dire : assumer la paternité légale de cet enfant ! Donner un nom, c’est entrer dans une dynamique de l’amour et de la responsabilité : un amour responsable et juste. 

Troisième mission : être gardien de l’éducation de Jésus, découvrir cette mission de paternité : faire entrer Jésus dans le monde, lui faire aimer le monde, lui apprendre à œuvrer dans le monde, lui donner un métier, et nous connaissons le métier de Joseph.

Le “OUI“ de Joseph doit venir s’ajouter et compléter le “ OUI “ de Marie pour que Dieu puisse s’incarner dans une famille humaine, et ainsi rejoindre toutes les familles de la Terre.

Je termine en soulignant deux choses que nous pouvons apprendre ce matin, deux attitudes de Joseph pour nous aider et nous permettre de nous situer.

Ces deux attitudes sont l’audace et la prière :

L’audace, c’est accepter que Dieu nous invite à changer nos projets pour les ajuster à une mission qui, souvent, nous dépasse infiniment, une audace parfois dans nos moments de galère, de difficultés, une audace qui nous pousse à ne pas nous refermer sur nous-mêmes et à oser tout remettre à Dieu. Notre Dieu n’est pas un magicien, mais Il nous donne de trouver le vrai sens de nos existences, parfois même au sein de situations complexes.

La prière. Dans le vocable biblique, quand on parle de songe, il ne s’agit pas d’un rêve, c’est vraiment une attitude de prière. Dieu ne nous demande pas d’être des rêveurs, mais plutôt de vivre bien ancrés dans notre monde, d’ouvrir notre cœur tel un espace d’accueil, à la présence de Dieu. C’est dans la prière que Dieu se révèle plus particulièrement et que des pistes de vie nous sont données.

Chers amis, puissions-nous accompagner Marie et Joseph sur leur chemin, ou plutôt les laisser accompagner tous les couples, toutes les familles que nous connaissons. Marie et Joseph n’ont pas été préservés de toute difficulté, mais ils témoignent, à leur façon, d’une infinie tendresse, d’une infinie espérance !

Nous sommes à quelques heures de ce temps de Noël et je ne sais pas quel est votre état d’esprit… Êtes-vous encore affairé à chercher les derniers cadeaux et à terminer les préparatifs, ou êtes-vous prêts à entrer véritablement dans la prière pour une rencontre renouvelée avec Dieu ?

Noël n’est pas simplement une fête commerciale ni une sympathique réunion de famille : Noël est le projet de Dieu pour tout homme, le projet de Salut que Dieu souhaite pour chacun de nous !

Puissions-nous accueillir Jésus, l’Enfant-Dieu, dans notre vie, dans nos familles et ouvrir notre cœur, non pas à la joie des cadeaux qui sont si éphémères, mais à la grâce confiante de paix de Celui qui vient !

Demandons cela pour chacun de nous, pour nos familles et, plus largement, pour le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 16 décembre 2019, troisième semaine du temps de l’Avent, année A. 

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie non relue.

Évangile selon saint Matthieu 21, 23-27.  Livre des Nombres 24, 2-7.15-17. Psaume 24. 

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 1, 3-6.11-12.

 

Chers amis, nous continuons à préparer la venue de Jésus dans notre cœur !

Nous sommes au lendemain du dimanche de la joie, dimanche que nous avons vécu ensemble hier : dimanche de Gaudete

La joie est là, et pourtant, la polémique contre Jésus continue.

Nous sommes dans le Temple, à Jérusalem et Jésus enseigne. Enseigner dans le Temple était réservé à quelques rabbis bien autorisés. Tout le monde n’avait pas ce privilège ! 

C’est pourquoi les grands prêtres et les anciens du peuple s’approchent de Jésus et l’interpellent avec une question précise : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t’a donné cette autorité ? » Littéralement : « Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Quelle est ton origine ? » 

Selon son habitude, Jésus répond par une “contre-question“. En fait, Jésus demande à ce que l’on se détermine. Face à ses interlocuteurs, face aux personnes qui se trouvent devant lui, sa question est simple : « Le baptême de Jean, d’où venait-il ? Du ciel ou des hommes ? » Dites-moi, vous-mêmes, ce que vous croyez !

Comme les grands prêtres et les anciens du peuple, beaucoup de personnes essaient, encore aujourd’hui, d’esquiver toutes questions embarrassantes concernant personnellement la foi. Peut-être même, avez-vous vécu, tout comme moi, des situations parfois amusantes ou cocasses. En effet, dans les différentes rencontres dont j’ai l’opportunité, ou à l’occasion d’un repas, les questions fusent, les échanges sont nombreux, et il m’arrive de demander à une personne baptisée par exemple, et sans aucune provocation de ma part :

« Croyez-vous ? Êtes-vous une personne croyante ? » Les réponses sont compliquées et parfois un peu alambiquées : « Oui, je crois… mais… » Qu’il y a-t-il derrière ce “mais“ ?

Ou bien : « Ton baptême, d’où vient-il ? » Les réponses sont, là aussi, assez surprenantes : « Oui, j’ai été baptisé, oui bien sûr… je suis croyant, mais… pas pratiquant. »

De fait, je ressens une sorte d’appréhension ou de peur, comme une couche de vernis qu’il faudrait enlever pour aller en profondeur. Leurs vies pourtant, racontent une autre histoire, une belle histoire et souvent je découvre, pour peu que l’échange se poursuive, des situations riches, de belles dispositions spirituelles.

Chaque vie a une belle, une vraie valeur !

Je me pose la question, à chaque fois, de savoir comment les inviter à aller un petit peu plus loin, comment les inviter à se déterminer et à suivre Jésus ? Prendre le temps de cette réflexion est une richesse à la fois spirituelle, intellectuelle, humaine ?

Cette question demeure pour chacun de nous, encore, ce matin !

·       Alors, « Jésus est-il du ciel ou est-il des hommes ? » 

·       La fête de Noël que nous allons vivre dans quelques jours, est-elle une fête commerciale ou est-ce réellement la venue du Fils de Dieu dans notre humanité ?

Là aussi, dans la façon dont nous préparons ces fêtes, il nous faut nous déterminer. Si Jésus est vraiment l’Envoyé de Dieu, alors, aucun de nous n’a le pouvoir de modifier ou d’édulcorer son enseignement ! Nos vies devraient être le reflet clair de ce que Jésus nous a appris, dans la mesure où nous connaissons ses enseignements et que nous sommes capables de les mettre en pratique !

Est-ce le cas ? Est-ce bien ma façon de vivre ? Du moins, ai-je vraiment le désir de refléter, dans ma vie, l’enseignement du Christ ? Ma vie témoigne-t-elle véritablement de ma conviction que Jésus est descendu du ciel et qu’Il est le Fils de Dieu ?

Ces questions s’adressent à chacun de nous ; pour certains, la réponse est évidente et claire ; pour d’autres, peut-être y a-t-il un nouveau chemin à prendre et à préparer avec amour, des réponses pour les personnes de nos familles ou celles que nous allons côtoyer.

Frères et sœurs, que cet Avent soit pour nous l’occasion d’un sursaut de foi, d’un surcroît de confiance ! Approchons-nous de Lui toujours plus, encore plus, pour que nous nous laissions enseigner par Lui.

Demandons-Lui ensemble :

Seigneur, parle-nous encore à l’oreille de notre cœur, à l’oreille de notre intelligence,

Toi, Seigneur, qui as les Paroles de la vie éternelle !

Puissions-nous nous préparer et hâter par notre foi, le jour de la présence du Seigneur, le jour de sa gloire !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

  Homélie du lundi 9 décembre 2019. Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Luc 1, 26-38.  Livre de la Genèse 3, 9-15.20. Psaume 97. 

Lettre de saint Paul aux Ephésiens 1, 3-6.11-12.

 

Au début de ce mois de décembre, Marie est déjà à son huitième mois de grossesse. Elle se dirige sans doute difficilement vers la ville de Bethléem à cause, comme vous le savez bien, du recensement décrété par César Auguste (une folie : recenser le monde entier !). Sur cette route, Joseph est auprès d’elle, à côté d’elle. Ils avancent ensemble, tous les trois.

En ce temps de l’Avent, la liturgie de ce jour nous invite à vivre un “flash-back“, à un retour en arrière, à un zoom sur un épisode qui s’est passé il y a déjà quelques mois. Peut-être Marie est-elle en train de repenser à ce moment incroyable où, dans sa ville de Nazareth, l’ange de Dieu est venu la rencontrer. Avec Marie, nous sommes invités à faire mémoire de ce moment unique où l’Ange Gabriel est entré chez elle. Pour Marie, impossible d’oublier cette rencontre, impossible d’oublier son “oui“, son “fiat“ à Dieu qui la conduit à entrer dans l’inconnu de Dieu et aussi dans cette profonde confiance en Dieu.

L’Ange, en entrant, lui avait dit : “Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi“.

Oui ! Marie est comblée de grâce !

Fêter l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, c’est fêter la victoire de l’amour de Dieu en une personne de notre humanité nommée Marie. Marie est une créature, tout comme nous, et pourtant ! Le livre de la Genèse que nous venons d’entendre en première lecture,  nous redit avec Ève, la tragédie de l’origine, où l’homme et la femme se sont séparés de ce contact intime qu’ils vivaient avec Dieu. Cette séparation n’était pas dans son projet, mais Dieu ne nous abandonne pas ! Le ciel vient à notre secours ! Même si ce combat dure encore et que l’homme se défie de Dieu, Dieu aime profondément chacun de nous.

C’est là qu’est le péché des origines, dans cette rupture vis-à-vis de Dieu, que l’homme a commis ! Il n’en était pas ainsi dans le plan premier de Dieu ! Depuis, nous portons, de génération en génération, le poids de cette séparation avec Dieu, mais aussi une absence !

Marie, la première sauvée, nous ouvre un chemin qui nous mène à nouveau, à la porte du Royaume. Comme nous venons de le chanter, Marie, la première, nous montre le chemin !

Lors de la salutation de l’Ange, Marie avait été troublée ; là aussi, nous entendons pour chacun de nous, la réponse rassurante de l’Ange : “Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.“ De fait, l’Esprit Saint est toujours à l’œuvre, pour peu que nous soyons, nous aussi, accueillants à sa personne. C’est Lui qui, en ces jours, nous dévoile ce mystère de Noël, ce mystère de la Nativité, ce mystère de la naissance de Jésus, qui par anticipation, vient déjà préparer le cœur de sa maman. C’est Lui qui nous révèle la logique de l’amour !

Marie a bénéficié par anticipation du mystère du salut de Jésus, mort sur la Croix et ressuscité.

Frères et sœurs, la fête de l’Immaculée Conception est le rappel du projet de Dieu, projet de vie, rappel du salut pour chacun de nous.

Dieu veut nous sauver,

Dieu veut nous donner la vie,

Mais il ne peut le faire sans nous, il a besoin de notre “oui“ !

Marie nous apprend à dire “oui“, nous aussi.

 

En cette belle fête de l’Immaculée Conception, demandons pour chacun de nous de comprendre le projet d’amour de Dieu, même si parfois, il nous parait compliqué de tout comprendre ! 

Dieu veut notre salut ! Puissions-nous avoir la force de dire “oui“ au Christ.

Tout au long de ce jour, prenons le temps de faire mémoire, comme Marie, de cette bonne nouvelle et d’en rendre grâce !

Dieu nous aime, Il a envoyé son Fils, et Marie a dit “oui“, pour que l’humanité redécouvre cette proximité originelle et miséricordieuse de Dieu  !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 8 décembre 2019, 2eme  dimanche de l’Avent, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 3, 1-12. Livre du prophète Isaïe 11, 1-10. Psaume 71. 

Première lettre de saint Paul aux Romains 15, 4-9.

 

Voilà un texte qui peut réveiller, même de bon matin ! De quoi s’agit-il ?

Il s’agit de quelque chose qui dure depuis des siècles.

  • Notre temps a besoin de visionnaires !
  • Notre temps a besoin de prophètes !
  • Notre temps a besoin de “Jean-Baptiste“ !
  • Notre temps, (c’est-à-dire aujourd’hui) a besoin de chrétiens audacieux et décomplexés !
  • Notre temps a besoin de témoins, des hommes et des femmes vivant l’idéal de Dieu pour l’humanité !

Déjà, comme vous l’avez entendu dans la première lecture, 6 siècles avant la naissance du Christ, le prophète Isaïe a le cœur rempli d’espérance, de joie pourrait-on dire, dans l’attente d’un Enfant-Dieu, du Messie et il annonce Jean-le-Baptiste, qui préparera les chemins du Seigneur. Le Seigneur aura pour nom : l’Emmanuel, c’est-à-dire : “Dieu avec nous“.

Tout au long de ces derniers jours, en prenant le temps de méditer les lectures de ce deuxième dimanche de l’Avent, j’ai été frappé surtout par la première lecture.

Le tableau que nous brosse le prophète Isaïe m’a laissé songeur toute la semaine… Le petit garçon conduit ensemble le loup et l’agneau, le léopard et le chevreau, le veau et le lionceau. “Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra.“ et Isaïe insiste : “ Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute la montagne sainte.“

Quelle image surprenante !

En entendant ces mots, nous pourrions nous écrier : enfin ! : « Enfin ! Ça y est ! Ce que j’ai au fond de mon cœur, ce que nous avons au fond de notre cœur, ce désir profond se réalise ! L’homme et l’univers se réconcilient et retrouvent l’innocence et l’équilibre qu’ils avaient quand ils sont sortis des mains du Créateur ! ». La bonté, la douceur seraient présentes. 

Le drame est que notre réalité est tout autre ! La violence comme la bêtise humaine de ce monde nous blessent toujours profondément. Nous le constatons, notre société reste encore traversée par la soif du pouvoir et de l’argent, les dérives idéologiques, totalitaires, par une culture de mort tant sur la vie naissante que sur la fin de vie. 

Là, le Démon, le Diviseur, est diablement habile.

Nous le savons, tout dépend de Dieu, mais le monde dévoilé par le prophète Isaïe dépend aussi de nous ; il nous revient déjà de commencer à le rendre présent, déjà en nous et entre nous, et toujours plus présent.

Comment désirer ce monde, si nous ne réalisons pas ce que nous portons déjà au fond de nous-mêmes : ce désir profond, de paix, de bienveillance… ?

Comment faire venir ce monde ? D’abord, comme nous le rappelle saint Paul dans la deuxième lecture, par le souci de rester dans l’unité : déjà au cœur de nos familles, de rester dans la vraie fraternité, dans notre paroisse, mais aussi sans relâche, sans désenchantement, rester justement dans cette espérance et cette persévérance ! Les parents présents ce matin, comprennent bien ce que je suis en train de dire tant il faut être persévérant pour l’éducation des enfants et l’unité du couple.

Plus encore, il nous faut entendre le rude appel que lance Jean-le-Baptiste, ce cri qui résonne depuis plus de deux mille ans, et toujours actuel : 

« Convertissez-vous ! Convertissons-nous ! »

Mais que signifie nous « convertir » ? Cette question peut laisser certains un peu perplexes !

Pourtant, cette remise en question est importante et nécessaire. Je suis toujours surpris (et en disant cela je ne juge personne), beaucoup pensent qu’ils n’ont pas besoin de se convertir parce qu’ils sont persuadés d’être justes, de ne faire de mal à personne, et comme ils n’ont tué personne physiquement, ils pensent ne rien avoir à se reprocher.

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, nombreux sont ceux qui pensaient vivre parfaitement la Loi du Seigneur et n’avoir aucune leçon à recevoir de personne. Pourtant, la parole de Jean-Baptiste résonne jusqu’à aujourd’hui, un appel rude à la conversion : “Engeance de vipère, qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?“

Nous sommes chrétiens, nous avons été baptisés au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Nous avons été baptisés dans le Christ, nous sommes habités par l’Esprit Saint et nous participons à la vie de l’Église (votre présence ici, ce matin, le confirme…) et c’est merveilleux ! Certains rendent même des services dans différents domaines de la pastorale ! Merci à vous, c’est pour moi l’occasion de rendre grâce !

Alors, ai-je encore besoin de me convertir ? 

En toute lucidité, ne sommes-nous pas tentés de vivre pour nous-mêmes plutôt que de vivre de l’amour du Christ ? Le Christ est-il premier dans ma vie ?

Reconnaissons-le : souvent nous succombons, nous nous accommodons de situations dont nous percevons les limites et la justesse !

Je le crois profondément :

  • Tous, sans exception, nous avons à accueillir cette invitation de Jean-Baptiste à la conversion !
  • Tous, nous avons besoin de revenir à la Parole de Dieu, à l’appel qu’il nous adresse à suivre le chemin de la Foi, afin que l’Esprit Saint nous conduise vraiment !

C’est là, où nous avons peut-être à développer notre réflexion, notre compréhension, notre imagination, notre entraide, car la question demeure : 

Que veux-tu me dire Seigneur À quelle conversion suis-je appelé ?

Sachons-le, toute conversion est un don de l’Esprit Saint !

Je le redis avec force, c’est par notre conversion que nous porterons des fruits ! Aujourd’hui comme pour hier, notre temps a besoin de chrétiens audacieux et décomplexés, de prophètes, de missionnaires ! 

Dieu a besoin de nous !

Concrètement, si nous ne nous laissons pas attirer par les tentations d’une société consommatrice, ce temps de l’Avent est réellement un temps favorable pour comprendre comment réconcilier l’homme et l’univers !

L’Avent n’est pas une berceuse pour enfants sages !

L’Avent n’est pas (même si cela fait plaisir !) le moment où l’on va réfléchir, ou rêver 

aux cadeaux que l’on va recevoir ou offrir !

L’Avent est le temps de la vérité et de la décision, 

Le temps de l’engagement radical envers Dieu et envers l’homme !

Puissions-nous, frères et sœurs, laisser résonner en nous, cet appel pressant à la conversion que nous lance, aujourd’hui, Jean-le-Baptiste !

Chers frères et sœurs, convertissons-nous !

AINSI SOIT-IL !

 

Homélie du mercredi 4 décembre 2019, 1ere  semaine de l’Avent, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 15, 29-37. Livre du prophète Isaïe 25, 6-10a. Psaume 22.

 

Une chose est certaine : Jésus est réaliste ! Ce n’est pas un idéaliste !

L’évangile nous dit : « Il gravit la montagne et là, il s’assit. »

De son regard, Jésus observe cette foule nombreuse et si diverse. Ce qu’il voit tout particulièrement, ce sont “des boiteux, des aveugles, des estropiés, des muets…“, en fait, la misère que beaucoup d’entre eux portent, misère physiquemisère existentielle aussi. Nous pourrions compléter ce tableau en parlant également de misère spirituelle.

Avez-vous remarqué que cette foule est tout attentive à sa Parole ; tous attendent de Lui, un geste, une action, une parole guérissante. Jésus observe ; il connaît les besoins de la foule, il connaît ses besoins concrets et immédiats et tout particulièrement, la nécessité pour tous, de manger à sa faim pour pouvoir reprendre le chemin « sans défaillir en route ». Depuis trois jours, ils étaient restés auprès de Lui, comme nous le précise l’évangile. 

Certes, les malades sont guéris : c’est merveilleux ! C’est extraordinaire ! « Tous rendaient gloire au Dieu d’Israël ! »

Mais, Jésus est bien un réaliste ! La foule a faim et il lui faut rassasier sa faim de pain.

C’est notre quotidien ! Le quotidien de l’Homme est symbolisé par cette faim. À quoi serviraient les guérisons miraculeuses si l’homme ne recevait pas chaque jour, le pain qui rassasie, le pain qui va lui permettre de ne pas défaillir en chemin ?

Nous qui venons pratiquement chaque matin, en cette église saint Louis, nous savons que Jésus nous donne ce Pain, chaque jour, dans l’Eucharistie, qu’elle soit vécue dans l’Adoration, ou reçue en communion. 

Peut-être pouvons-nous nous sentir faibles dans notre foi ou dans notre corps ? Cependant, c’est dans l’eucharistie que nous célébrons chaque jour de la semaine, que s’opère maintenant le Salut du monde. 

Lorsque nous célébrons la Passion, à chaque eucharistie, dans le sacrifice eucharistique, c’est-à-dire la Mort et la Résurrection du Christ, le salut de Jésus arrive jusqu’à nous. Cette œuvre commence dans nos propres vies. C’est alors que la communauté que nous formons devient une communauté de ressuscités à l’image du Seigneur de gloire.

Quand chaque matin, nous quittons cette église, nous repartons rassasiés de l’amour du Christ, rassasiés de ce Pain de Vie que Jésus nous donne.

Je souhaite conclure avec une petite précision : nous ne pouvons pas rester passifs ou simples consommateurs !

Comme nous l’avons entendu dans l’évangile, les Apôtres se font “transmetteurs“ de ce Pain reçu et donné. Pour nous aussi, c’est par nos mains, par notre disponibilité que l’action de Jésus se prolonge autour de nous, pour ceux qui sont loin, pour celles et ceux que nous rencontrons sans même parfois les connaître, pour ceux qui n’ont pas encore fait la rencontre du Ressuscité.

Dans notre monde, au cœur même de notre société, ici au centre-ville, immense “désert“ d’une humanité à la fois repue et en manque de sens, nous pouvons nous tourner vers le Seigneur pour lui dire : « Seigneur, nous avons si peu de moyens… » Jésus nous demande : « Combien de pains avez-vous ? » En réponse, nous pouvons Lui confier notre pauvreté, un peu de pain… peu de choses.

Frères et sœurs, ce qui est extraordinaire, c’est que « ce peu de choses » suffit au Seigneur pour accomplir des miracles.

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 2 décembre 2019, 1re semaine de l’Avent, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 8, 5-11. Psaume 121. Livre du prophète Isaïe 4, 2-6.

 

L’évangile que nous venons d’entendre est bien situé, en ce début du temps de l’Avent, pour nous indiquer et pour nous expliquer l’attitude juste que nous devrions avoir, au moment où nous commençons cette nouvelle année liturgique. 

En effet, nous savons bien que le temps de l’Avent n’est pas seulement une préparation aux fêtes de Noël, aussi belles soient-elles, mais une préparation de notre cœur.

L’attitude de ce centurion de l’armée romaine, armée d’occupation, nous est donnée en exemple.

De fait, nous pouvons noter plusieurs attitudes :

- La première est que ce capitaine vient le supplier, non pas pour lui-même, mais pour un autre, un de ces petits, un de ces hommes simples que Jésus aime. Il vient simplement dire : « Seigneur, j’ai un serviteur, il souffre, il va mourir. ». 

Cet homme est humble et cela aussi a du prix aux yeux de Jésus. À la réponse de Jésus, le centurion redit son humilité en disant. : « Je ne suis pas digne de cet honneur que tu me ferais en descendant chez moi. » Il ne se sent pas digne ! Malgré le poids de son autorité humaine, militaire, malgré sa compétence d’officier, il ne se sent pas digne.

- Plus encore que cette humilité, ce qui va forcer l’admiration du Christ et le toucher profondément, c’est la convictiondu centurion, sa foi tranquille et audacieuse « Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Une parole, même de loin, de là où tu es… et mon serviteur, là où il est, sera guéri, car les choses doivent t’obéir. »

Cet étranger, ce romain a pressenti quelque chose du secret de Jésus et avec ces mots à lui, il exprime le mystère de la Parole créatrice et recréatrice de Dieu. Littéralement, il pose un acte de foi incroyable en exprimant sa conviction : « Je sais que tu peux commander à la souffrance et à la mort. ».

Cette foi, Jésus ne l’a pas trouvée chez les siens, chez les familiers du Temple et de la prière. Il la trouve chez cet étranger venu de l’Occident, c’est-à-dire chez un “non-juif “ - un “gentil“ - un païen qui avait pour toute richesse spirituelle cette droiture humaine, cette beauté du cœur.

Pourquoi entendons-nous cet évangile au tout début de l’Avent ?

Sans doute, est-ce pour éveiller notre foi, pour que nous désirions cette droiture du cœur, pour que nous prenions soin de celles et ceux qui en ont besoin d’une main secourable, pour comprendre que c’est aussi toujours possible pour nous !

Pour cela, nous devons reconnaître notre pauvreté, sans que cela entame notre espérance en Celui qui peut tout !

Ce que Jésus attend de chacun de nous, ce que Dieu espère de nous, ce n’est pas tant la quantité et la somme des cadeaux que nous allons offrir, ce n’est pas le repas somptueux que nous préparerons, c’est davantage un cœur humble, dépendant de Dieu, attendant tout de Lui !

Humilité ! Simplicité du cœur ! C’est cette prise de conscience que ce Centurion exprime parfaitement : “Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit.“ 

Moi aussi Seigneur, je sais que je ne suis pas digne que tu viennes en moi ;

Je ne suis peut-être même pas digne de venir vers Toi,

Mais je sais que ta Parole abolit toute distance,

Je sais que je peux toujours, toujours, aller vers Toi.

Près de Toi se trouve le pardon, l’amour, l’espérance et la vie.

Ce que je devine, ce que je sais, Seigneur, 

c’est que ton cœur se donne toujours lorsqu’une juste et humble demande lui est faite.

Frères et sœurs, puissions-nous commencer ce temps de l’Avent simplement dans notre prière, en reconnaissant que Dieu peut tout, qu’Il est venu, qu’Il viendra, qu’Il est déjà présent dans cette Eucharistie et qu’Il m’appelle vers lui !

                                                                                                                                  Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 1er décembre 2019,1er dimanche de l’Avent, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église N D Réconciliatrice, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 24, 37-44. Livre du prophète Isaïe 2, 1-5. Psaume 121. 

Première lettre de saint Paul aux Romains 13, 11-14a.

 

Depuis ce week-end, nous commençons une nouvelle année liturgique : c’est le temps de l’Avent, un temps nouveau ! Un temps remarquable ! Un temps qui sera ponctué par ces petites lumières qui vont former une couronne. Aujourd’hui, nous avons allumé la première lumière !

Permettez-moi, ce matin, de vous proposer trois petites clefs afin de nous permettre de mieux comprendre ce que nous allons vivre durant les prochaines semaines.

- Premier point : Le temps de l’Avent est un temps important : ce n’est pas juste un temps pour préparer les cadeaux, décorer le sapin (même si c’est aussi très agréable), c’est un véritable temps spirituel.

Commencer une nouvelle année liturgique n’est pas rien ! C’est pourquoi je me suis permis, mais avec sérieux, de commencer cette célébration en vous souhaitant une bonne année.

Qu’est-ce que le cycle liturgique ?

Ce n’est pas la reconduction, la répétition ou la superposition de ce que nous avons vécu l’année dernière, et j’espère que cet Avent sera complètement différent de l’Avent dernier…

Le cycle liturgique n’est pas un peu comme une roue de vélo. Attention ! Si vous rentrez dans ce nouveau cycle “la tête dans le guidon“, vous vous trompez ! Nous pourrions comparer le cycle liturgique, si vous me permettez cette image, à un château dans lequel il y a une petite tourelle. À l’intérieur de cette tourelle, un escalier en colimaçon nous permet de monter, étage après étage, jusqu’en haut de la tour crénelée. À chaque niveau, un petit « fenestron » nous donne de la lumière et nous permet de regarder le paysage. Étage après étage, tour de vis après tour de vis, nous observons à peu près le même paysage à travers cette petite fenêtre, mais nous prenons de la hauteur. Le paysage sera bien toujours le même, mais nous le verrons beaucoup plus loin et beaucoup plus large.

C’est la même chose pour le cycle liturgique. Pour chacun de nous, chaque année liturgique nous permet d’avancer un peu plus dans cette vision, dans la compréhension de ce que nous célébrons. 

Désolé de le dire ainsi ! Nous nous trompons si nous entrons dans ce temps de l’Avent, avec comme seule idée (ou préoccupation), de ne préparer qu’une fête de Noël…

- Deuxième point : même si cela peut vous paraître un peu naïf, fou ou idéaliste, j’attends, personnellement, le retour du Seigneur, la venue du Seigneur comme nous venons de l’entendre dans les textes de ce jour. Certes, Il est venu il y a deux mille ans (c’est ce que nous fêterons à Noël), oui, nous le savons ! Mais surtout, nous attendons la venue de Jésus en gloire.

Et vous-mêmes ? Est-ce bien cela que vous attendez ?

À chaque eucharistie, nous exprimons cette attente par deux fois, et même, nous le proclamons ! 

Par exemple :

  • Au moment du Credo (Symbole des Apôtres) quand nous disons : « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts… ». Cette attente est un des énoncés de notre foi !
  • Puis, lors de l’anamnèse pendant la grande prière eucharistique, nous chantons : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. » Chers frères et sœurs, à ce moment, croyons-nous ce que nous affirmons ?

- Troisième point : nous allons donc vivre quatre semaines importantes, quatre semaines de préparation, quatre semaines où nous allons, déjà, fêter ce bel anniversaire de la venue de Dieu en notre chair !

Si nous sommes réunis aujourd’hui dans cette église, c’est parce que Dieu est venu dans notre humanité ! Mais ces quatre semaines sont aussi à vivre d’une façon particulière pour que, non seulement le Christ entre dans notre vie, mais pour qu’Il entre aussi dans notre paroisse, dans notre monde.

Pour nous préparer à la venue du Christ, nous pouvons, nous devons accorder plus d’attention à sa présence, à sa Parole et (soyons fous !), en prenant de grands temps de prière, plus régulièrement, sans oublier aussi, celles et ceux qui vont peut-être vivre plus difficilement ces fêtes de Noël, particulièrement ceux qui sont dans la précarité. C’est aussi cela, Noël ! 

Ce n’est pas un petit Jésus en chocolat que nous allons fêter à Noël, c’est le Salut, l’Amour et l’attention que Dieu a pour chacun de nous. 

Chers amis, prenons du temps au service des uns et des autres ! N’est-ce pas là notre mission, frères et sœurs ?

Après ces trois points qui devraient nous permettre de comprendre un peu mieux ce que nous allons vivre, je conclus. 

Deux personnages vont nous être donnés durant ces quatre semaines :

  • Le premier est grand, très mince, portant une barbe hirsute et un manteau surprenant ; qui est-il ? C’est Jean-le-Baptiste qui va crier, à temps et à contretemps : « Préparez les chemins du Seigneur ! » Il nous faudra l’écouter et nous convertir !
  • Le deuxième personnage, incroyable, attachant (tellement présent dans cette église Notre-Dame Réconciliatrice) est Marie. En réponse à l’invitation de l’ange, elle a dit : « Je suis la servante du Seigneur. » Elle aussi va nous conduire, depuis l’Annonciation jusqu’à sa maternité et la naissance de Jésus, et nous inviter à nous mettre à genoux devant son Fils pour que nous puissions l’aimer et l’écouter. 

Frères et sœurs, soyons attentifs ! Ne nous endormons pas ! Sortons de notre sommeil ! Veillons ! Durant ces quelques semaines, nous sommes invités à demander au Seigneur de nous aider à être plus attentifs aux signes de Dieu. Veiller, ce n’est pas sommeiller ou nous blottir au creux de notre couette ; il s’agit d’une veille attentive, une veille dans l’espérance, une veille avec beaucoup d’audace.

Je souhaite donc à chacun de vous un bel Avent et surtout, une belle et sainte nouvelle année liturgique. J’espère qu’elle sera belle pour vous tous !

Permettez-moi une dernière demande, peut-être un peu étonnante. 

Je vous invite à formuler ce même souhait en vous tournant vers votre voisin de droite, vers votre voisin de gauche, vers ceux qui sont devant et derrière vous pour leur dire tout simplement : « Je te souhaite une belle et sainte année liturgique ! »

Prenons le temps de ce geste fraternel…

Belle année à chacun de vous ! Que le Seigneur soit béni ! Amen !

 

 

Homélie du lundi 25 novembre 2019, 34e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 21, 1- 4. Livre du prophète Daniel 1, 1-6.8-20. Cantique (Daniel3).

 

Chers frères et sœurs, nous connaissons bien le passage qui nous parle de cette veuve qui donne tout ce qu’elle a. Gardons-nous bien de ne voir, dans ce passage, seulement une petite anecdote, ou une sympathique leçon de morale ! 

Il ne s’agit pas de voir non plus, ici, quelques conseils de modestie ou de générosité ; notre réflexion doit être bien plus profonde. Il s’agit plutôt, pour chacun de nous, de se mettre en présence du Christ ressuscité, et plus exactement, en présence du Christ Roi de l’univers, que nous avons fêté hier. Le Christ Jésus est bien Roi de l’univers, mais il n’est pas du tout un roi à la manière de ce monde ; Il est un Roi dont la mission royale est d’être, sans aucune duplicité, au service de son peuple !

Ce que nous entendons dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est qu’il y a deux sortes d’hommes (en y mettant toutes les nuances que nous souhaitons) : ceux qui font semblant et ceux qui sont vrais, ceux qui sont dans l’apparence et ceux qui font le choix de la vérité. 

Ici, sans tambour ni trompette, la veuve de l’évangile, elle, ne fait pas semblant : en donnant ses deux petites piécettes, c’est sa vie qu’elle partage puisqu’elle donne, dans un geste d’une folle générosité, « tout ce qu'elle avait pour vivre. » À ce moment précis, cette veuve, sans aucune duplicité, est la figure du Christ qui s’offre lui-même pour notre salut !  C’est cela qui est pointé par l’évangile ! Ce que nous devons retenir, c’est que cet évangile n’est pas une leçon de morale, mais bien une parabole Pascale : l’annonce du salut et de la vie par le don vrai et gratuit de soi. Cela change tout !

Jésus est assis dans la salle des troncs du Temple de Jérusalem, Il est en train d’enseigner, mais en même temps, Il regarde les personnes qui passent devant Lui et Il voit le fond des cœurs. Il discerne ce qu’il y a derrière les attitudes et les comportements. De fait, Il fait tomber les masques et sépare en nous, le vrai et le faux. Pour Lui, il ne s’agit pas de nous juger, mais de nous inviter à prendre conscience, pour nous faire grandir, pour nous amener petit à petit vers la Vérité, pour nous faire vivre sous le regard de Dieu et non sous le regard des hommes. Ce changement de regard est important, car toute notoriété, tout prestige disparaitra au moment de notre mort ; nous le savons bien. Nous sommes faits pour être pour toujours avec le Christ, en vérité et sans masque ! Il nous demande de nous abandonner dans la confiance et la gratuité

Il y a quelques jours, je lisais un article très intéressant du Père Ceyrac, jésuite à Madras auprès des enfants des rues, cette phrase  est très belle. Il disait : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu » ! Dans notre société de surconsommation, cela peut nous faire réagir, du moins je l’espère. 

Frères et sœurs, en cette fin d’année liturgique, en cette 34e semaine du temps ordinaire qui en est le terme, prenons le tempsde méditer cet évangile où cette veuve met toute sa richesse en Dieu, faisant de sa vie une offrande et, sans doute, un sacrifice. Contemplons ce geste et demandons-nous, en cette semaine qui annonce le temps de l’Avent, quel nécessaire est-ce que nous pourrions donner, de notre temps, de notre argent… ou peut-être autre chose (un appel téléphonique à une personne seule, une visite auprès d’un malade…) chacun selon son discernement.

Demandons cette grâce pour nous tous, ici rassemblés, et plus largement pour nos familles, notre paroisse et pour le monde !                               

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 24 novembre 2019, solennité du Christ-Roi, 34e dimanche du TO, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 23, 35-43. Deuxième livre de Samuel 5, 1-3. Psaume 121.

Deuxième lettre de saint Paul aux Colossiens 1, 12-20.

 

Nous sommes au 34e dimanche du temps ordinaire et nous aimerions, pour cette belle fête du Christ-Roi de l’univers, terminer cette année liturgique sur une note joyeuse, un bilan positif ! 

Mais, aujourd’hui, l’évangile nous ramène à un moment précis : nous sommes dans la Semaine Sainte ; plus précisément, au Vendredi Saint, au Golgotha ! Hier, Jésus avait fêté sa Pâque, l’Eucharistie que nous allons vivre dans quelques instants. Puis, Il a été arrêté et condamné après un simulacre de procès. Aujourd’hui, nous contemplons Jésus, agonisant. Il nous faut imaginer cette scène et comprendre comment elle est en rupture avec cette fête du Christ-Roi ! On vient de crucifier Jésus ! Une inscription est placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le Roi des Juifs ! ».

 Jésus est donc Roi ! Mais un Roi surprenant, un roi cloué sur le bois de la croix.                                   

       

       Au pied de la croix de Jésus, de nombreuses personnes sont rassemblées. En pleurs et fortement éprouvées, elles ne semblent plus rien attendre de celui qui agonise. Une exception cependant : le bon larron ! Nous savons que de part et d’autre de Jésus, sont crucifiés deux condamnés à mort. C’est du bon larron, entré dans une relation avec Jésus, que nous apprendrons ce que peut signifier : « reconnaître Jésus comme Roi ». Mais commençons par contempler attentivement cette scène. 

       Elle pourrait s’intituler : la promesse du Roi !

       Luc mentionne d’abord la foule : comme souvent, elle est faite de badauds, de ces spectateurs qui s’arrêtent lors d’un accident, qui nourrissent leurs conversations de la souffrance et de la misère d’autrui, ici en l’occurrence de celle de Jésus crucifié. Puis viennent successivement les chefs religieux, - qui ricanent et se gaussent -, puis les soldats et le mauvais larron : chacun de ces groupes, à sa façon, témoigne, à l’égard de Jésus, d’agressivité et de mépris.

     Leurs propos constituent d’ailleurs l’ultime tentation de Jésus, tentation à mettre en parallèle avec celles vécues par Jésus au désert, juste après son baptême.

Au début de son ministère, le Diable avait tenté Jésus, en jouant sur la révélation qu’il venait de recevoir : « Si tu es le Fils de Dieu ... ». Jésus sera tenté par trois fois, et par trois fois, armé de la force de la Parole de Dieu, il rejette Satan.

À l’heure de la Croix, le Diviseur, le Diabolos, a trouvé en chacun de ces groupes un relais : « Si tu es le Messie, le fils de Dieu ..., si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ... ».

                                                                                                                                                                      

     Entre moqueries et dédain, il y a pourtant, comme une attente ! Malgré les invectives et les injures, il y a au fond de chaque personne humaine, une attente de Dieu. Certes, nous entendons une violence verbale méprisante, mais qui semble cependant chercher comme une preuve ultime de la Présence d’un Roi ou d’un Dieu de toute puissance !

Plusieurs fois on m’a posé cette question (et sans doute à vous aussi) : « Comment se fait-il que ce Jésusqui, tout au long de sa vie publique, a fait preuve d’une grande puissance de salut en faveur d’autrui, de miracles, de grands prodiges, a remis en vie des morts, n’en fasse pas maintenant usage à son propre bénéfice ? Comment Dieu peut-il ainsi terminer aussi lamentablement sa vie ? N’y a-t-il pas là, un mystère ? Un roi, qui souffre et meurt sur une croix !

Nous pourrions, nous aussi, être surpris, déstabilisés, et peut-être même honteux d’un tel roi ! Je connais des Chrétiens qui rêvent encore d’un Monarque qui règnerait dans une toute-puissance terrestre ! 

N’avons-nous pas encore, au moins un peu, à nous convertir sur l’idée même que nous avons de Dieu ! Oui, Jésus a refusé tout acte extraordinaire à son propre profit ! Du début à la fin de sa Vie, dans le don de lui-même, Jésus a vécu cette confiance, la plus totale et la plus folle en son Père ! Les miracles et les signes prodigieux révèlent l’attitude intérieure de cette relation à son Père, dans l’Esprit Saint !

  En cette fête du Christ-Roi, c’est Jésus en Croix que nous contemplons : un roi dénudé, ridiculisé, bafoué, maltraité ... Mais un roi quand même, dira saint Jean, dans son évangile, lors du dialogue avec Pilate : « Ma royauté n’est pas de ce monde » (Jn 18,36) ! La royauté de Jésus n’est pas selon ce monde. C’est un Roi aux mains nues, un roi non-violent en paroles comme en actes, un roi sans armée, (alors qu’il aurait pu avoir des milliers d’anges à son service), un roi sans défense, si ce n’est dans la puissance de l’Esprit Saint et l’Amour du Père

Jusqu’au bout, sa noblesse et sa royauté seront celles du service. C’est même la définition d’un Roi-serviteur. (Nous qui nous nous trouvons dans cette église saint Louis, nous avons l’exemple d’un roi, saint Louis, qui, à l’imitation du Christ, a été un Roi-serviteur, aimant son peuple.)

Un roi dont la Royauté ne s’impose pas, ni par la force, ni d’aucune manière, 

mais par le Pardon, la Compassion, la Miséricorde !

Un Roi dont la Royauté ne peut se comprendre que dans une rencontre intime :

 c’est-à-dire, un roi qui Règne en moi !

Une Royauté où, par mon baptême, je dois découvrir que je suis aussi roi ou reine, 

 Par cette tension sainte, à l’image et à l’imitation au Christ !

Ce que nous entendons aujourd’hui est un enseignement important ! 

Alors que dans la souffrance et les moqueries, Jésus vit ses derniers instants, il entend la question du bon larron et il répond à son humble prière. 

Sa réponse est absolument étonnante : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. » Chaque mot de cette brève réponse est précieux. 

Notre année liturgique se termine ! Elle se termine aussi sur ce dernier mot : « Paradis ! ».

Comme j’aimerais, frères et sœurs, qu’au moment ultime où il nous faudra remettre notre vie terrestre, en réponse à notre acte de foi et de confiance, tous, nous entendions cette même assurance ! « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. »

Là, est notre destination, là, est notre vie !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 17 novembre 2019, 33dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église St Vincent de Paul, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 20, 27-38. 2e livre des Martyrs d’Israël 7, 1-2.9-14. Psaume 16.

Deuxième lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 2, 16 à 3,5. Messe avec les enfants du catéchisme

 

En ce 33e  dimanche du temps ordinaire, l'année liturgique touche à sa fin. Tout à l’heure, nous avons visité l’église avec les enfants du catéchisme et je leur ai montré quelque chose : le lectionnaire que j’ai en main, le livre de la Parole de Dieu. Regardez ! En l’observant avec attention, vous constatez que nous arrivons pratiquement à la fin du livre. Toute l’année liturgique est contenue dans ce livre, dans cet évangéliaire. Début décembre, nous commencerons le Temps de l’Avent qui marque la nouvelle Année ! Comme vous le comprenez, l’année liturgique est différente de l’année civile. En ces deux dernières semaines, c'est le moment que choisit l'Église pour relire les textes de l'Évangile qui évoquent, à la foi la fin d’un monde et la fin du monde

Nous pouvons (peut-être) être surpris par le style de cet évangile, mais ne soyons pas effrayés ! Si le genre littéraire de ce passage de l’évangile est bien apocalyptique, il faut l’entendre de la bonne manière. Apocalypse ne veut pas dire : prophétie. Le mot « Apocalypse », ne l’oublions pas, signifie « révélation », révélation de ce qui va advenir (en anglais).

 

Révélation de quoi ? Pas de l’avenir, dans le sens des événements que les hommes vivent ou vont vivre, ni avenir lu dans une boule de cristal ! Ce temps qui s’écoule entre le commencement et la fin ne peut pas être décrit d’une façon précise. Je prends souvent une image pour parler de notre vie ; ce serait comme une tapisserie dont on regarderait l’envers. On ne peut pas vraiment en voir l’endroit, mais on peut deviner, à l’envers, des formes, des couleurs, qui nous évoquent des images, mais qu’on ne voit pas concrètement. Ce n’est que lorsqu’on passe devant la tapisserie qu’on peut en comprendre les motifs et la scène qui est représentée. Notre vie ressemble un peu à cette image : nous ne comprenons pas tout à ce que nous vivons, comme si nous observions l’envers de la tapisserie, mais nous sommes dans l’attente de tout comprendre en voyant, enfin, l’endroit ! Cette fin qu’on ne peut comprendre, comme le commencement, échappe à nos prises, à nos représentations.

 

Chaque année, à la même époque, nous entendons ces textes, mais avec, pour ma part, une compréhension toujours nouvelle. C’est pourquoi, j’aimerais m’arrêter quelques instants sur ce que nous vivons dans les différents temps liturgiques de notre église.

 

Essayons de revoir ensemble pour le comprendre, le cycle liturgique que nous offre l’Église ! Semaine après semaine, nous entendons des textes. C’est un peu comme un chemin sur lequel nous avançons avec le Christ, à la manière des deux disciples d’Emmaüs. 

Arrêtons-nous quelques instants sur ce que nous vivons dans les différents temps liturgiques de l’année.

Pour cela, je vais utiliser un PowerPoint :

 

La vie liturgique est un chemin que lequel nous avançons. D’année en année, nous fêtons nos anniversaires et nous avançons en sagesse et en intelligence (c’est bien ce que désirent les parents pour leurs enfants), mais l’année liturgique n’est pas comme une roue de vélo, qui revient toujours à son point de départ, elle ressemble davantage à un escalier en colimaçon ; à chaque tour de vis, vous montez quelques marches et vous voyez, par la petite lucarne, le même paysage, mais, petit à petit, vous allez vous apercevoir que le paysage que vous voyez est beaucoup plus beau et beaucoup plus loin. Le temps liturgique ressemble un peu à cette image. On ne recommence pas toujours au même point, mais petit à petit, année après année, nous grandissons. 

Du coup, en ce dimanche, le temps liturgique est presque terminé puisque nous sommes déjà au 33e dimanche du temps ordinaire et vous pouvez le vérifier avec la couleur de ma chasuble. Elle est verte, couleur du temps ordinaire. La semaine prochaine, nous fêterons le Christ, Roi de l’univers et nous allons entrer dans le temps de l’attente, dans le temps de l’Avent qui s’achèvera à Noël. Durant ce temps, nous attendons la venue du Christ en gloire.

À la fin de ce temps, nous fêterons Noël qui est l’anniversaire de la naissance de Jésus, dans un petit village qui s’appelle Bethléem. Durant le temps de l’Avent, la chasuble sera violette, puis elle sera blanche pour la Nativité de Jésus. Durant ce temps de Noël, nous fêterons l’Épiphanie, l’arrivée des Mages d’Orient auprès de Jésus, dans la crèche. 

Nous repasserons ensuite dans le temps ordinaire et, à un moment donné, nous entrerons dans un nouveau temps : le temps du carême. Il commencera par un jour très particulier : le mercredi des Cendres. En avançant encore dans le temps, nous arriverons au dimanche des Rameaux que nous avons fêté ensemble dans cette église. Puis débutera la Semaine Sainte avec le Jeudi Saint, puis le vendredi Saint : sommet de l’année  liturgique, c’est-à-dire que nous allons revivre avec le Christ un peu ce que nous venons d’entendre dans l’évangile, le don de Jésus pour nous, le dernier repas qui est l’eucharistie. Puis ce sera la Passion de Jésus et sa mort le Vendredi Saint, pour entrer dans la joie de la Résurrection : le dimanche de Pâques !

Débutera alors, un temps pascal très long où, durant plusieurs semaines, nous allons nous réjouir de la Résurrection du Christ et nous préparer à l’accueil de l’Esprit-Saint.

Si nous sommes là ce matin, dans cette église, c’est parce que le Christ est mort et ressuscité !

Si nous avons été baptisés, c’est pour vivre de la Vie même de Jésus !

Cette vie est plus grande que notre vie sur Terre, nous sommes faits pour la Vie éternelle ; c’est important de le comprendre et de le croire !

Le fondement de notre foi, c’est la Mort et la Résurrection de Jésus !

Puis, le temps pascal va s’achever par la fête de l’Ascension où nous fêterons la montée de Jésus vers son Père et notre Père. Jésus va demander aux Apôtres de se mettre en prière pour attendre et recevoir la force de l’Esprit Saint, le jour de la Pentecôte. Pour signifier la Pentecôte, la chasuble sera de couleur rouge.

Nous continuons le cycle du temps liturgique avec l’Assomption de la Vierge Marie, qui est montée corps et âme au ciel. Nous fêterons ensuite la fête de tous les saints, la Toussaint que nous avons vécue il y a quelques jours, et nous atteignons la fin du cycle. Chaque année, nous découvrons un peu plus, un peu mieux le cycle liturgique et nous grandissons dans son intelligence. Nous grandissons en connaissance, en amour du Christ et nous découvrons davantage, ce pour quoi nous sommes faits.

Un dernier mot ! 

Comment recevons-nous cet évangile ?

            De fait, je vois trois situations à la description et à l’accueil d’événements difficiles :

            - Nous pouvons trembler de peur ! Avec même un risque de panique ! Le risque de faire n’importe quoi !

            - Nous pouvons rester indifférents ! En disant : « D’ailleurs ma vie me laisse indifférent ! Je n’ai pas de but, ni d’attente ! »

            - Ou alors, certains peuvent dire : « c’est la fin ! On est foutu ! Il faut en profiter tant que cela est possible ! »

En réalité, il y a une quatrième réaction que je vous propose 

  Être vainqueur avec le Christ vainqueur !

Savoir que le Christ ne nous abandonnera pas !

Des guerres, des soulèvements, des tremblements de terre, des épidémies et des famines, Dieu sait s'il y en a eu au cours de l'histoire et Dieu sait combien, hélas, il y en aura encore, et pourtant, la terre est toujours là ! Non ! Dieu ne nous abandonne pas !

            Dans le concret de notre vie, le Seigneur est au milieu de notre lutte, au milieu de notre vie, il est avec nous, nous ne sommes pas seuls et laissés à nous-mêmes.

Nous ne sommes pas sans espérance ! « N’ayons pas peur ! » !  Alors, pas de démission ou de paresse, il nous faut vivre, avancer, travailler avec audace pour notre monde soit plus fraternel ! En ce jour, avec le Secours Catholique, faisons cet effort de décider d’être avec les pauvres.

Relisez la deuxième lecture de saint Paul. Nous avons ici-bas, des tâches à remplir et à collaborer humainement avec Dieu à la beauté du Monde ! Cela est notre responsabilité !

Gardons le Cap ! Puisons dans notre foi au Christ et dans la certitude de sa victoire, le courage, la ténacité et la patience nécessaires ! N'oublions jamais que c'est par notre persévérance que déjà nous transformons notre monde présent et que nous obtiendrons la vie qui vient !

Voilà le message que nous recevons en ce 33e dimanche du temps ordinaire, pour que nous grandissions dans l’amour du Christ !

Ainsi soit-il !              

 

Homélie du mercredi 13 novembre 2019, 32semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 17, 11-19. Livre de la Sagesse 6, 1-11. Psaume 81.

 

Jésus traverse la Judée et la Samarie !

Il est en route vers Jérusalem. Là, à l’entrée d’un village, Il guérit dix lépreux. Cette scène fait écho à l'une des toutes premières guérisons en Galilée. Le lépreux est un paria de la société, exclu du culte et de la vie sociale ! Nous connaissons bien ce texte et son interprétation !

Les dix lépreux s'approchent de Jésus en disant « maitre » comme le font les disciples. Ils implorent sa pitié sans lui demander formellement ni guérison, ni l’aumône.

Jésus les renvoie aux prêtres conformément à la législation pour que ces derniers constatent la guérison.

Jésus ne fait aucun geste de guérison, la guérison n'est donc pas instantanée.

Les dix hommes, dans la confiance, s'éloignent. La guérison se produit à distance.

Le récit met donc en valeur la puissance de la parole de Jésus.

La suite du récit raconte l'histoire d'un des lépreux qui, constatant qu’il est purifié, revient vers Jésus : il glorifie Dieu en venant se prosterner devant Jésus et le remercier. 

C'est alors seulement que nous apprenons qu'il s'agit d'un samaritain.

Pour un Judéen, les Samaritains sont des ennemis féroces. 

Religieusement, ils ont fait des choix particuliers :

  • Parmi les textes de la Bible, ils ne lisent seulement que le Pentateuque, 
  • Ils ne reconnaissent pas le Temple de Jérusalem, mais celui du mont Garizim,
  • Ils suivent un autre calendrier, ils ont d'autres rites…

Au-delà de toutes ces différences, il vient rendre grâce !

Souvent, une lecture de cet évangile veut nous montrer le contraste entre cet homme reconnaissant et une certaine ingratitude des neuf autres.

Nous pourrions faire une autre interprétation ! 

Ce samaritain prend conscience en chemin de sa guérison, comme les autres lépreux ! Je vous laisse imaginer la joie ! Ils sont guéris ! Alléluia ! Mais ce Samaritain va un peu plus loin que les autres ! Il comprend que sa guérison a pour origine Jésus ! Que c’est lui le seul prêtre, le seul grand prêtre qui peut vraiment guérir et le sauver !

C’est alors dans l’Action de grâce qu’il retourne vers Jésus ! C’est lui le vrai et unique prêtre !

Le retour de ce samaritain préfigure toute vraie conversion ! C’est au cœur même de la joie, de la bonne santé retrouvée, qu’il me faut retourner, dans l’Action de grâce vers l’unique et vrai prêtre : Jésus ! 

Ce samaritain annonce le salut et le retour à Dieu que feront toutes les nations qui reconnaîtront Jésus, comme Messie !

Ce que nous pouvons comprendre, c’est qu’une guérison ne débouche sur le salut complet de l'être humain seulement si ce dernier reconnaît l'initiative gratuite de Jésus à son égard. GUÉRI, MAIS PAS ENCORE SAUVÉ !  Ne faut-il pas que l’homme guéri réponde en s'engageant dans une vraie relation et une vraie reconnaissance de qui est Jésus ?   

Nous devons découvrir cela pour entendre :  « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ».

            Ainsi soit-il

Homélie du dimanche 10 novembre 2019, 32dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église St Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 20, 27-38. 2e livre des Martyrs d’Israël 7, 1-2.9-14. Psaume 16.

Deuxième lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 2, 16 à 3,5.

 

L’évangile que nous venons d’entendre, comme la première lecture de ce jour, nous invite à réfléchir : qu’est-ce que pour moi, la Résurrection ? Oui, cet évangile nous interpelle vraiment !

Nous venons de célébrer la Toussaint. Nous avons prié avec l’Église du ciel et l’Église de la terre. Nous avons prié aussi pour les défunts de cette année ; c’était la commémoration des fidèles défunts ! Là aussi, nous pouvons nous poser les questions : qu’est-ce que la mort ? Qu’est-ce que pour moi, la Résurrection ?

Ce sont des questions importantes !

En effet, si le Christ n’est pas ressuscité, s’il n’y a pas de résurrection, que faisons-nous ? On plie les bagages, on éteint les bougies, on ferme l’église, car il n’y a rien à voir ni à entendre. La résurrection est, de fait, pour nous chrétiens, le pivot de notre foi, par lequel tout tient, et il peut être bon de se demander : « Où en suis-je dans ma foi en la Résurrection ? Qu’est-ce que pour moi, la Résurrection ? »

 C’est une question que j’ai envie de vous poser ! Pour cela, je vous propose un petit exercice ; juste quelques minutes (trois minutes) pour réfléchir et partager avec vos voisins !

…/… Merci de ce partage !

 

En préliminaire – cela peut paraître une évidence – notons que la résurrection est confessée par toute l’Église ! Elle n’est plus objet de débat comme au temps de Jésus entre Sadducéens et Pharisiens. Nous qui sommes ici dans cette église, nous croyons que le Christ est ressuscité ! Nous croyons en la résurrection des morts : que nous ressusciterons corps et âme ! Je parle de la résurrection de la chair ! Si tel n’était pas le cas, nous risquons d’avoir des difficultés à proclamer ensemble, tout à l’heure, le Credo. 

Sommes-nous à l’aise sur ce sujet qui est le fondement de notre foi ? Certains ont peut-être des difficultés à croire en la Résurrection ! Pour nous y aider, il nous faut demander la grâce et la force de l’Esprit Saint. Ne confondons pas non plus, réincarnation et résurrection ! La différence est importante !

Même si elle procède d’une même intuition d’une vie après la mort, pour l'hindouisme et le bouddhisme, la réincarnation est le signe d'un échec !

L’homme reste perplexe face à la mort ! Depuis le début de l’humanité, l’homme comprend et espère que la mort ne peut pas arrêter la vie !

Quasiment toutes les religions expriment cela, d’une façon ou d’une autre !!! Normalement, nous portons tous, en nous, cette intuition d’une vie à venir !

Reprenons l’Évangile : il y avait sept frères. Le premier prend femme et meurt sans enfant. L’évangile fait référence à la loi du Lévira, toujours un peu en pratique chez nos frères juifs pratiquants. Cette loi doit assurer une succession patrimoniale, afin de protéger l’héritage et un soutien pour la veuve. Le deuxième frère épouse donc la veuve et lui aussi meurt sans enfant. Ainsi des sept frères. D’où cette question surprenante : "Eh bien, cette femme, à la résurrection, duquel d’entre eux sera-t-elle la femme, puisque les sept l’ont eue pour femme ?"

La réponse de Jésus comporte deux parties :

  • Première partie : pas de mariage dans le monde à venir :

Jésus leur dit : " Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui auront été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu".

C’est une erreur grossière d’imaginer l’autre monde sur le modèle du nôtre. D’imaginer le « monde à venir » (expression juive) comme étant la suite de ce monde-ci ! 

(Comme aime le dire le pape François, on n'a jamais vu un coffre-fort ou un camion de la Brinks suivre un corbillard ! )

Certes, comme à notre naissance, nous repartirons nus : sans emporter les biens matériels de ce monde. Certes, les liens d’affections seront toujours présents ! L’amour que l’on a su donner et recevoir ne sera pas effacé ! Mais, il y aura quelques changements ! 

Dans le « monde à venir », la sexualité dans le sens terrestre, ne sera plus. Je vois certains qui disent : « dommage ! »  Mais, la notion de fraternité au sens vrai, comme la notion du temps, aussi, sera tout autre ! Si nous avons quelques difficultés à comprendre, rappelons-nous cette citation du prophète Isaïe. 55 : « Mes chemins ne sont pas mes chemins, mes pensées ne sont pas vos pensées ! »

  • Deuxième partie : la certitude de la résurrection :

Jésus poursuit : "Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du Buisson ardent …".

Contre les sadducéens, Jésus prend le parti des pharisiens et il affirme nettement la foi en la résurrection.L’argument, dit-il, peut même être découvert dans la Torah, base unique de la foi sadducéenne : dans la scène du Buisson ardent, lorsque le Seigneur Dieu s’est révélé à Moïse, dans le désert du Sinaï, il s’est présenté comme le Dieu personnel des trois Patriarches (Abraham, Isaac, Jacob). Si Dieu conclut une Alliance avec eux, c’est que cette Alliance est toujours présente, il ne peut les abandonner à la mort !

Car si nous disons le contraire, cela signifierait que la mort serait plus puissante que Dieu ! Et Dieu ne serait pas Dieu. Or, Dieu est un Vivant, il donne la Vie, la Vie éternelle aux croyants.

Ce jour-là, il y avait là dans l’auditoire quelques scribes du parti des pharisiens : ils ont applaudi Jésus et prenant la parole, ils lui ont dit :" Maître, tu as bien parlé". Et plus personne n’osait l’interroger.

Frères et sœurs, croire en la résurrection, n’est pas une folie ! Pour le Chrétien, c’est une réalité !

     Tout ce que nous savons, c’est que notre corps sera glorieux, comme celui du Christ au jour de la Résurrection ! La Résurrection du   Christ n’est pas seulement le miracle d’un cadavre réanimé. Elle inaugure une dimension qui intéresse tous les hommes, de tous les temps !

Oui, frères et sœurs, nous le croyons : en Jésus, la Vie s’est manifestée !

C’est Lui, le Ressuscité, en venant à notre rencontre chaque jour, qui donne le sens à notre vie et annonce la Vie à venir !

Voilà ce que nous recevons ce matin ; demandons à l’Esprit Saint de nous aider à grandir dans la foi et de faire confiance en notre Dieu trois fois saint !

                         Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 6 novembre 2019, 31e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 14, 25-33. Lettre de saint Paul aux Romains 13, 8-10. Psaume 111.

 

La question qui pourrait être la nôtre ce matin, après avoir entendu l’évangile, est celle-ci : « Seigneur, j’entends bien que tu mets la barre un peu haute pour moi, pour être ton disciple, mais peux-tu m’expliquer comment être disciple ? »

C’est peut-être une question que vous vous posez ? Vous aimez Jésus… mais comment le vivre véritablement ?

La péricope que Jésus nous offre ce matin est tout à fait inédite. Il nous propose deux courtes paraboles qui sont comme enchâssées dans le texte, un peu pour piquer notre attention. Jésus nous présente la parabole de l’homme qui veut bâtir une tour, et celle du roi qui veut partir en guerre.

 

À la question : comment être disciple ? Voilà la réponse surprenante de Jésus. 

Au premier abord, ces deux paraboles semblent nous ramener à un bon sens terre à terre. Un promoteur qui commencerait à bâtir et ne dépasserait pas le sous-sol du bâtiment, une famille qui voudrait construire une maison immense sans en avoir les moyens… Ont-ils fait leurs comptes avant de commencer ? Quel est ce roi d’opérette qui s’imagine venir à bout d’un ennemi deux fois mieux armé et puissant que lui… s’il a mal calculé, tant pis pour lui ! Il ne lui reste qu’à faire la paix pour sauver la vie de ses hommes.

Littéralement, quand on n’a pas assez, il nous faut faire avec ce que l’on a ; c’est presque un dicton populaire ! Ou bien : avant d’agir, il faut réfléchir à deux fois ! Jusque-là, il n’y a rien de nouveau. Ce sont des choses que nous connaissons, qui semblent évidentes, transparentes, presque banales…

Mais il y a une phrase que Jésus ajoute, et qui transforme cette évidence en une interpellation pour notre intelligence. « De même, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. » C’est une sorte de retournement ; cela veut dire qu’il ne s’agit pas d’avoir ou de ne pas avoir, il s’agit d’un renoncement.

Avec cette remarque de Jésus, nous changeons de niveau de lecture. Le bon sens fait place à une certaine folie : celle de la folie des Béatitudes, celle de l’aventure de la foi. Cette phrase met le sens de lecture à l’endroit : c’est-à-dire que lorsqu’il s’agit de bâtir, lorsqu’il s’agit de guerroyer, on n’en a jamais assez, il en faut toujours plus ! 

Mais quand il s’agit de suivre Jésus, on possède trop !

On risque de s’appuyer toujours trop sur son avoir, de s’enfermer toujours trop dans le désir : encore plus, et plus encore… La prudence elle-même change de sens quand on ambitionne de servir Jésus ; un homme est toujours libre de bâtir une tour ou de déclarer une guerre ; mais s’il se sent démuni, la prudence lui commandera de ne pas entreprendre, ou même d’arrêter.

Tandis que : aimer Dieu de toutes nos forces, devenir disciple de Jésus n’est pas facultatif ; c’est même la seule urgence de notre vie. Il ne s’agit plus d’avoir ou de matériel, il ne s’agit plus d’un pouvoir !

  • En puisant à la source même de Celui qui est notre vie, 
  • il y a une autre condition pour suivre Jésus ; ce sera de lâcher prise.

La véritable richesse sera de rester libre de toute possession, et même de nous laisser appauvrir par Dieu, d’accepter de nous laisser dépouiller de nos misères : cela va jusque-là !

Entreprendre dans les biens immobiliers ou financiers, ou chercher à avoir du pouvoir ; pourquoi pas ? Là, n’est pas la question, à condition de bien connaître les limites du système. Mais, entreprendre avec Dieu et en Dieu, l’unique et vrai projet de notre vie, cela reste, sans aucun doute l’urgence à laquelle nous devons répondre par notre savoir, notre énergie et notre intelligence.

Voilà tout un programme de réflexion pour ce jour : comment être disciple dans les choix que nous poserons ?

Demandons de pouvoir le comprendre déjà pour aujourd’hui et de faire toujours le choix de suivre Jésus !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 4 novembre 2019, 31e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue 

Évangile selon saint Luc 14, 12-14. Saint Paul aux Romains 11, 29-36. Psaume 68.

 

Sans doute avez-vous l’habitude d’inviter pour un repas votre famille, des amis ! Il est aussi fort agréable aussi d’être invité !

Il existe bien des manières et occasions d’inviter à sa table ! Cela peut être lors d’un repas de famille, un repas dominical, un repas avec des amis que l’on n’a peut-être pas vus depuis longtemps, une rencontre d’affaires, un dîner de cérémonie, un peu plus pompeux, un repas de mariage ou un repas où l’on se retrouve lors d’un événement plus triste, un repas d’enterrement.

Que les personnes soient pauvres ou riches, toutes ces sortes de repas ont leurs rituels, plus ou moins raffinés, plus ou moins dépouillés, issus même parfois de la tradition familiale, mais toujours très révélatrice des sentiments de celui qui invite. Il m’est arrivé quelquefois d’être convié et que la qualité des mets servit diffère de la qualité de l’accueil ou l’inverse. Par exemple, un mets un peu brulé, mais un accueil très chaleureux.

« Dis-moi qui tu invites, et je te dirai qui tu es ! » nous demande Jésus.

La plupart du temps, celui qui invite s’attend à une certaine réciprocité et, même s’il pense avoir ouvert tout grand son cœur comme il l’a fait pour sa table, même s’il ne songe pas forcément à une prochaine invitation qui répondrait à la sienne, il espère bien que l’ambiance du repas va compenser sa peine et les frais qu’il a engagés.

C’est pourquoi sans doute, on s’invite souvent entre “gens de même condition“ pour qu’il n’y ait pas de gêne ni de fausse note. On invite des personnes qui ont déjà en commun : des liens d’affection ou d’amitié, des souvenirs, des goûts, des projets, des idées communes… On pense alors presque instinctivement que, plus le groupe sera homogène, plus nous créerons un moment convivial et joyeux.

Peut-être est-ce cela qui a pu gêner Jésus ce jour-là, lors du repas chez le chef des pharisiens ? En invitant Jésus, ce pharisien est certes généreux, mais peut-être aussi avec une arrière-pensée ! S’attendait-il à la réflexion de Jésus ? Pas certain !

Que lui dit-il en substance :

-  Lorsque Dieu invite, c’est par pure gratuité

- Il aime le premier sans même attendre de nous un “merci“.

- Il appelle et continue d’appeler quand bien même il n’y aurait aucune réponse de notre part. 

À son banquet, nous aimerions peut-être trouver, et sans surprise, des têtes bien connues, des privilégiés, des habitués, des personnes de la paroisse, des gâtés comme nous tous… 

         … mais de fait, chaque matin, la tablée s’agrandit !

         … chaque matin, une foule se presse, invitée elle aussi, une foule qui peut-être nous paraît étrangère.

Chaque matin une foule se presse, invitée elle aussi, et pour nous étrangère. Près du Seigneur, plus près que nous peut-être, nous apercevons des convives inattendus, dont le nom n'était écrit nulle part, si ce n'est sur le cœur de Dieu. 

Il n’est pas question de faire-part d’invitation, mais d’une audace à rejoindre celui qui nous invite à sa table ! Nos Eucharisties préfigurent le banquet où nous sommes déjà accueillis. Là aussi, l’invitation est large !

« Dis-moi qui tu invites, et je te dirai qui tu es ! »

En retravaillant cet évangile, cette phrase de Jésus me revenait en mémoire, une béatitude (dans le livre des Actes des Apôtres - Act 20,35) : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ! »

En voyant l’œuvre de générosité du Père, peut-être trouverons-nous de nouvelles idées pour nos invitations d’aujourd’hui, pour celles de demain ou des jours qui suivent, et peut-être même pour des personnes que nous ne connaissons pas ?

Ce matin, demandons au Seigneur l’audace d’ouvrir largement nos maisons, nos cœurs et nos initiatives pour accueillir celles et ceux que le Seigneur nous donne de rencontrer !      

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 3 novembre 2019, 31dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église ND réconciliatrice, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 19, 1-10. Livre de la Sagesse 11, 22 à 12, 2. Psaume 144.

Deuxième lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 1, 11 à 2, 2.

 

Nous connaissons bien l’histoire de Zachée ; certains l’ont même apprise au catéchisme. On ne sait toujours pas pourquoi Zachée voulait voir Jésus, mais l’essentiel nous est dit : il cherchait à voir Jésus ! L’évangile ne dit pas, non plus, que Jésus cherchait à voir Zachée, mais Zachée, perché sur son arbre, cherchait à voir Jésus. Malin, Zachée monte sur un sycomore et attend. Il voit Jésus s’avancer petit à petit. Jésus arrive, il va passer… Mais, là, il s’arrête !

Jésus lève les yeux pour rencontrer le regard de Zachée. Cette histoire, un peu incroyable, est celle de deux regards qui se rencontrent.

Dans cette rencontre, une surprenante expérience arrive à Zachée. Pourquoi ? Il n’est pas habitué à ce qu’on pose les yeux sur lui comme le fait Jésus. Ce qu’il connaît bien, lui, - le chef des collecteurs d’impôts, le traitre ou le collabo de l’occupant romain - ce sont des yeux qui se détournent sur son passage, des regards méprisants qui le blessent, même s’il sait bien où sont ses torts. 

Il était venu pour voir, et voilà que c’est lui qui est vu, et par quel regard ! Un regard ! Pas n’importe quel regard !

 Tout l’évangile atteste de ce regard de Jésus ! Un regard qui ne rejette jamais, qui ne fait pas de distinction entre les bons et les méchants, les purs et les impurs, un regard qui ne juge pas, qui ne condamne pas. Un regard qui accueille, qui ranime et qui redonne courage ! 

Un regard aimant, aimant sans mesure et qui, par conséquent, fait vivre.

Ils sont nombreux dans les évangiles, ceux qui pourraient en témoigner ! La Samaritaine, rencontrée au bord d’un puits, la pécheresse en larmes aux pieds de Jésus chez le pharisien Simon, la femme adultère, quand le regard baptismal de Jésus avait lavé son mal, et encore, au soir du Jeudi Saint, Pierre quand le regard de Jésus avait croisé le sien, dans la cour du grand prêtre, et bien d’autres encore...

Aujourd’hui le regard de Jésus s’adresse, en Zachée, au fils d’Abraham, au croyant qu’il n’a jamais cessé d’être, tout pécheur qu’il soit. Il était venu simplement pour voir Jésus, et il n’en croit pas ses oreilles quand il entend Jésus l’appeler par son nom. C’est comme si Jésus n’était venu à Jéricho que pour le rencontrer, lui, si indigne aux yeux de tous, et sans doute aussi à ses propres yeux. Étonnement qui se transforme en joie quand il entend Jésus lui demander de descendre vite de son arbre parce qu’il veut loger chez lui. 

Je note que Jésus :

  • Ne s’arrête pas aux apparences, même si la « Vox Populi » dit le contraire !
  • Pour la première fois de sa vie, Zachée se sent aimé sans condition !

Nous connaissons la suite ; en entrant dans sa vie, Jésus réveille chez Zachée ce qu’il y a de meilleur en lui. Le regard de Jésus transforme en Zachée, son propre regard sur ce qui comptait tant pour lui : l’argent. Il a suffi qu’une seule fois, il soit accueilli dans l’amour, à travers le regard de Jésus, pour qu’il devienne capable d’accueillir les autres avec la même générosité, surprenante : « Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » L’argent qui était, dans ses relations, une barrière, ouvre, à ce moment-là, à la Réconciliation !

Nous connaissons bien cette histoire de Zachée, elle peut nous amuser, mais elle nous interpelle ! Comment accueillons-nous cette Parole de Jésus ? Cette parole est importante : « Aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi »La Parole de Dieu est une Parole vivante, actuelle.  On peut se tourner vers son voisin et lui dire : « Jésus veut venir demeurer chez toi ! » Chez toi ? Oui ! Oui ! Chez toi !!!!

Non ! En réalité, il veut venir chez moi ! Jésus veut venir chez chacun d’entre nous ! C’est là que le Christ veut s’installer pour y apporter la liberté !  Quels que soient mes propres contradictions, mes difficultés, mes désirs, mes échecs, mes pesanteurs… « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » Mais moi, suis-je perdu ? Peut-être dans des aspects concrets de mon existence…Oui, si nous y réfléchissons bien… Le Fils de l’homme vient mettre en harmonie ce qui me tourmente. Il vient, par son pardon, restaurer au plus profond de ma personne… même ce que je croyais perdu.  Même la personne, apparemment la plus abîmée, la plus désespérée, garde en elle, un morceau de paradis. 

Frères et sœurs, c’est l’invitation que nous recevons ce matin : laissons Jésus venir chez nousPas seulement dans les parties les plus présentables, les plus belles de notre existence, ou dans la pièce la plus en ordre, en cadenassant à double tour nos pièces mal rangées dont on est moins fier. Non ! Jésus nous dit : il me faut demeurer chez toi… partout chez toi ; « Laisse-moi m’installer aussi  dans tes échecs, tes péchés, dans tes désirs d’enfance, dans ton quotidien ! »

Offre-toi à moi avec tout ce que tu es. En m’acceptant partout chez toi, tu t’accepteras partout chez toi, tu deviendras homme. Tu seras fils de Dieu, à chaque instant.

Dans le mystère de l’Eucharistie, c’est cela que nous célébrons. Jésus vient nous rejoindre. Il veut nous rejoindre ! Il veut établir sa demeure en nous ! Pour celui qui l’accueille vraiment, son Eucharistie vient alimenter chaque cellule de notre corps ! Il vient nous rejoindre plus largement au cœur de tout ce qui a besoin d’être sauvé dans notre histoire, nos petitesses, nos pardons à vivre, mais aussi nos fragilités ou tout ce qui nous empêche d’être pleinement des vivants !

Oui, c’est pour cela que Jésus est venu. Oui, Dieu vient demeurer en nous pour sauver en nous ce qui est désolation et mort !  Voilà la joie de Zachée, voilà notre Joie ! 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du samedi 2 novembre 2019, commémoration des défunts, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé

Évangile selon saint Jean (Jn 6, 37-40). Livre de la Sagesse 3, 1-9. Psaume 62.

 

Chers frères et sœurs en Christ, 

Chères familles, vous qui êtes toujours dans ce temps de deuil, ce qui nous réunit ce matin :

  • C’est bien sûr le souvenir des défunts qui nous ont quittés ces dernières semaines, ces derniers mois ou ces dernières années. Il nous faut faire mémoire de chacun d’eux et prier pour leurs âmes, car certains sont peut-être encore en chemin vers Dieu.
  • Ce qui nous réunit ce matin, c’est peut-être aussi le besoin de comprendre le sens de notre existence, le sens de notre vie, belle mais parfois aussi difficile, une vie qui avance ou qui passe à toute vitesse, de jour en jour, sans que nous arrivions à bien saisir ce que nous voulons vivre.
  • Ce qui nous réunit ce matin, plus profondément, c’est aussi de toucher du doigt que, malgré l’absence, l’amour ne meurt pas.

Combien de personnes que nous côtoyons et qui ne partagent pas forcément notre foi chrétienne, ont la conviction, profondément ancrée en eux-mêmes, qu’il n’est pas possible que ce qui a été le plus extraordinaire dans la vie : AIMER, puisse s’achever en poussière. Il n’est pas possible que tout ce que nous avons vécu avec les personnes que nous avons rencontrées, construit des vies entières, puisse disparaître totalement au moment de la mort. L’idée même d’un néant est impossible !

Nous découvrons au fond de nous-mêmes, ce pressentiment irrépressible : nous nous retrouverons un jour.

Ce constat est intéressant, car je l’entends même chez des personnes qui se disent athées. Quelles que soient nos origines ethniques ou religieuses, quel que soit le continent d’où nous venons, nous relevons une constante dans notre humanité, depuis le premier homme : l’humanité porte en elle ce pressentiment que la mort n’est pas la fin !

Si ce pressentiment est bien présent, il n’efface pas une certaine appréhension !

Saint Augustin l’exprime ainsi : « Tant qu’ils n’ont pas trouvé en Dieu, le repos, nos cœurs demeurent dans l’inquiétude. »

Il est possible que certains d’entre nous partagent, ce matin ces deux sentiments contrastés ? Ma prière pour nous tous, c’est que nous repartions tout à l’heure de cette église, le cœur apaisé, dans cette certitude que Dieu nous propose : la Vie éternelle.

Je sais qu’exprimer cette réalité suscite bien d’autres questions :

  • Quelles traces d’amour retrouvons-nous dans tout ce que nous avons semé sur terre ?
  • Comment serons-nous et arriverons-nous à nous reconnaître ?
  • Les liens que nous avons créés seront-ils toujours présents ?
  • Comment va se passer l’éternité au ciel ?

Dans un acte de foi, je vous le dis : oui ! Nous nous retrouverons ! … Mais transfigurés, radicalement tout autres. Toutes nos limites éclateront :

- notre épaisseur humaine pécheresse sera pacifiée… 

- Chacun sera reconnu dans son originalité !

- Chacun sera vu comme Dieu le voit dans sa beauté particulière…

Ne me demandez pas l’âge que j’aurai, si des cheveux garniront encore ma tête, seront-ils bruns, gris ou blancs… Nous n’en savons rien ! Ce que je sais, c’est que nous nous reconnaîtrons et que nous serons différents ! Que notre corps sera « glorieux » !

Déjà, saint Paul l’annonçait aux chrétiens de la ville de Corinthe, quand il dit ceci : « C’est un mystère que je vous annonce ; nous ne mourrons pas tous, mais tous, nous serons transformés. »

Poser cet acte de foi, c’est croire en la résurrection, c’est croire aussi à ce que l’Église nomme la Communion des saints. 

Comme vous le savez, il y a la terre, le purgatoire et le ciel. Ces trois lieux composent la même Église de Jésus-Christ, dans des états différents :

La terre, c’est ce que nous vivons, maintenant, c’est notre lieu de vie.

Le purgatoire, c’est le lieu où se trouvent les défunts dont l’âme a besoin d’être purifiée, ils ont besoin de nos prières. Le purgatoire est une chance qui nous permet de continuer, grâce à nos prières, cette route vers le ciel.

Dans le ciel, sont déjà parvenus les élus, que nous nommons les « Saints », connus ou non ! Nous croyons qu’ils prient pour nous. L’Église du ciel prie pour l’Église de la terre. C’est ce rappel que nous avons célébré hier dans la solennité de Toussaint.

Depuis la résurrection de Jésus, les chrétiens, à la suite des Apôtres et des premiers témoins, croient qu’il existe une façon de vivre qui conduit à la vie véritable. 

Soyons certains que sur cette terre, nous créons, nous construisons déjà notre ciel. Les liens que nous tissons dans l’amour vrai, dans l’amitié, demeurent éternellement. Tout ce que nous aurons inscrit sur cette terre nous sera compté au ciel. Le geste le plus humble porte son fruit, un regard de tendresse, l’attention donnée un instant, une parole qui aide et soutient, une rancune oubliée : toutes nos actions portent un fruit d’éternité ! Toutes nos démarches devraient conduire vers cette joie qui demeure éternellement !

Chers frères et sœurs, j’ai bien conscience que ce n’est pas facile de tout comprendre. Nous aimerions tant avoir cette connaissance d’un simple claquement de doigt… Mais il nous faut avoir la foi. La foi, n’est-ce pas de croire ce que nous ne voyons pas encore ! 

Mes amis, dans le monde d’aujourd’hui, il me semble indispensable que nous clamions avec force que notre vie humaine, que toute vie humaine est importante depuis son début (la gestation : l’enfant dans le ventre de sa maman) jusqu’aux derniers instants de la vie, en accompagnant les personnes âgées ou mourantes. Osons dire que notre vie humaine ne va pas en s’effritant, mais qu’elle chemine vers son accomplissement.  « La volonté du Père qui m’a envoyé… » nous dit Jésus, « … c’est que je ne perde aucun de ceux qu’Il m’a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour. »

Frères et sœurs, voilà le cadeau d’espérance que nous recevons ce matin, au moment même où nous prions pour les défunts morts cette année, une espérance qui ne repose pas sur des raisonnements humains, mais sur un événement qui est le socle de notre foi, à savoir la mort et la résurrection de Jésus.

Si nous sommes là dans cette église, si moi-même je suis prêtre, s’il y a tant de chrétiens dans le monde, c’est parce que Jésus est mort et ressuscité : telle est notre foi ; oui ! Je le crois !

Si nous le voulons, nous serons, pour toujours, avec le Seigneur.

Voilà ce qui pourra nous réconforter mutuellement et nous permettre de quitter cette église tout à l’heure, ragaillardis et apaisés dans cette espérance et cette foi.

J’aimerais terminer cette homélie par un chant, un chant que nous pouvons reprendre tous ensemble, car vous le connaissez : en Toi, j’ai mis ma confiance !

En toi j'ai mis ma confiance, ô Dieu très saint.
Toi seul es mon espérance et mon soutien.
C'est pourquoi je ne crains rien,
j'ai foi en toi, ô Dieu très saint (bis).

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

ainsi soit-il !

Homélie du lundi 28 octobre 2019, saints Simon et Jude, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 12-19. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 2, 19-22. Psaume 18A.

 

Si vous êtes familiers de la Parole de Dieu, et si vous avez pris le temps de lire les évangiles, vous avez pu vous apercevoir que tous les grands moments de la vie de Jésus sont ponctués par des veillées de prière. Jésus prie son Père, précisément aux moments particuliers de sa vie ! 

À la veille de choisir ses adjoints directs – les Apôtres - nous le voyons passer toute la nuit sur la montagne, non seulement à réfléchir, à discerner, mais à prier son Père. Il savait que, dès le lendemain, il allait jeter les bases de sa communauté messianique, donner une ossature à sa future Église et commencer le nouveau rassemblement du peuple de Dieu.

Au petit jour, il rejoint le groupe de ses disciples et là, il en choisit douze, douze seulement, pour être ses apôtres ! Douze, avec lesquels, il allait marcher, former, envoyer.

Douze apôtres, autant que de tribus en Israël : 

Sur quels critères Jésus s'est-il basé ? Nous ne le saurons jamais. Un point semble clair cependant : Jésus a voulu une équipe très diverse, et sans doute très polyvalente.

Parmi les Douze, on trouve aussi bien Simon, le patron d'une petite pêcherie galiléenne, que Matthieu le comptable, comme également Jacques le légaliste juif, ainsi que Philippe qui parlait grec, Simon le Zélote, le "résistant", et Jude, l’homme au grand cœur (appelé aussi Thaddée qui signifie « magnanime » en araméen), ainsi que "le disciple que Jésus aimait", "qui était connu du grand prêtre".

Mais parmi les disciples, on trouve aussi Judas, un homme efficace qui savait organiser l'intendance du groupe itinérant. Sans aucun doute, Jésus avait choisi Judas parce qu'il l'appréciait. Ne l'oublions pas : d'un bout à l'autre de sa vie avec Jésus, Judas a été libre, aussi libre que nous tous. "Il devint un traître", nous dit saint Luc ; c'est donc bien qu'il ne l'était pas lors de son appel ! Mystérieuse liberté de l’homme !

"Jésus descendit avec eux et s'arrêta sur la plaine".

Il y avait là un grand nombre de ses disciples et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon… des Judéens, des gens arrivés de la grande ville de Jérusalem, mais aussi des païens venus de la côte ; bref : une foule hétéroclite préfigurant l'Église de tous les temps. 

Beaucoup étaient là pour écouter Jésus, beaucoup avait besoin d’être guéris par Lui.

Jésus s'avança vers la foule, entouré des Douze qu'il avait choisis. À partir de ce jour-là, les Douze comprirent qu'ils étaient choisis et liés une fois pour toutes avec Jésus, qu’ils allaient partager tout de sa vie !

Ces apôtres pouvaient-ils imaginer la suite ? 

Non, pas encore ! Mais, déjà, leur joie était grande de pouvoir vivre de la Mission de Jésus et tout partager du destin de leur Maître.

En ce jour où nous fêtons saint Simon et saint Jude, voilà ce que nous recevons. 

Puissions-nous être dans l’Action de grâce pour le don que le Seigneur nous fait en nous appelant, nous aussi, à sa suite.                                                                                                                                                                                       

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 21 octobre 2019, lundi de la 29e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon Saint-Luc 12, 13-21. Lettre de Saint Paul aux Romains 4, 20-25. Cantique (Luc 1).

 

            Il n’y a pas si longtemps, le notable du pays était, de façon habituelle, sollicité par régler un arbitrage, ou gérer un souci. On s’adressait au maire, au notaire, à l’instituteur ou au prêtre, pour demander de l’aide et résoudre une difficulté.

C’est peut-être le prestige ou la qualité de son enseignement qui vaut à Jésus cette demande un peu insolite : « Dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »

Comme vous l’avez sans doute remarqué, Jésus refuse tout net de se substituer aux notaires ou aux juges ; mais à son habitude, il saisit l’opportunité d’élever le débat et répond au niveau du sens de la vie, en précisant deux points, que nous pouvons entendre, ce matin, pour nous-mêmes.

  • Le premier : gardez-vous de l’envie de posséder toujours plus, toujours plus… plus… plus !
  • Le deuxième : la richesse d’un homme ne lui garantit pas la vie !

Pour illustrer cette réflexion, Jésus nous donne la parabole du riche insensé. Notons bien qu’il s’agit d’une richesse honnêtement acquise. Cet homme a peiné et sa richesse est liée à la terre qu’il a su travailler. Voilà que son domaine lui rapporte une belle récolte. Jésus ne critique absolument pas cette richesse, ni son travail !

Mais quels vont être les réflexes de cet homme devant cette surabondance inespérée ?

Tout d’abord, il constitue des réserves ; sécurité en premier ! Puis, la réaction suivante et assez logique, c’est, puisqu’il y a surabondance et que les soucis s’éloignent, l’homme va, enfin, profiter de ses biens pour de nombreuses années : « Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence. »…  et l’homme s’installe (pourrait-on dire) dans des vacances perpétuelles.

« Tu es fou ! » lui dit Dieu, littéralement, tu es « in-sensé », cela n’a pas de sens. Pourtant, pourrions-nous penser, l’attitude de cet homme ne nous paraît pas si absurde, nous pourrions bien, dans une situation similaire, nous aussi, agir de même.

            En réalité, l’essentiel de l’homme échappe à tout calcul, et il n’y a de sécurité pour personne, face à la mort. 

C’est cela qu’est en train de pointer Jésus dans cette parabole ; c’est ce réflexe d’accumuler des biens et la tentation de se réfugier, de s’appuyer sur des réserves matérielles pour vivre sans horizon, sans projet fraternel, en restant au niveau de la jouissance immédiate.

Il me semble que Jésus parle aussi pour notre époque et pour nous. Avons-nous conscience que notre prochaine nuit pourrait être la dernière ? Dans une telle hypothèse, que provoque cette pensée en nous ? Ressentons-nous de la paix, de la joie, ou, au contraire, inquiétude et angoisse ?

Si ce sont ces derniers sentiments qui dominent en nous, peut-être pourrions-nous nous demander quelles richesses pourraient nous retenir, ou quelles sont les affaires courantes que je n’ai pas encore réglées, traitées ou remises à plus tard, ou encore, quelles situations nous empêcheraient d’accueillir la paix du Christ ?

Frères et sœurs, avec ces quelques phrases de l’évangile, le Seigneur nous plonge aujourd’hui, dans une réflexion profonde et une belle méditation.

Sans peur, essayons d’y réfléchir et de prendre simplement le temps de demander à Dieu, son aide pour comprendre et discerner nos actions et nos priorités.

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 20 octobre 2019, 29dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église St Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 18, 1-8. Livre de l’Exode 17, 8-13. Psaume 120.

Deuxième lettre de saint Paul à Timothée 3, 14 à 4, 2.

 

Connaissez-vous cette expression : “Ne pas baisser les bras“ ?

Il est vrai qu’un coup dur, une fatigue passagère, un mauvais moment à cause de la maladie ou d’un échec, arrivent vite. À ce moment-là, il se peut qu’une personne autour de nous, nous stimule en disant : « Allez, courage ! Ne baisse pas les bras, tu vas repartir ! »

Peut-être vous êtes-vous déjà demandé d’où pouvait venir cette expression ? Elle provient de la première lecture que nous venons d’entendre, plus précisément du passage du livre de l’Exode.

            Moïse, Aaron et Hour étaient montés sur le sommet de la colline alors que dans la plaine, se déroule un combat terrible entre le peuple d’Israël et les Amalécites. C’est un récit que les anciens ont beaucoup commenté sur l’efficacité de la prière d’intercession. 

Moïse est en prière, les bras levés. Tant que ses mains sont levées, les Hébreux gagnent le combat, mais dès que ses bras retombent, c’est le peuple des Amalécites qui est victorieux.

            Frères et sœurs, avez-vous déjà eu l’occasion de prier en levant les bras ? Quand vous priez le Notre Père, peut-être le faites-vous ? Quand le prêtre célèbre la messe, il élève souvent les bras également. Mais, essayez de tenir plusieurs heures de suite, les bras tendus vers le ciel, c’est difficile… Si je tiens les mains levées et si je dois tenir longtemps comme ça, si l’un de vous me soutient les bras, je vais pouvoir durer dans la prière. Les bras étendus nous font penser aussi à Jésus sur la croix. 

Moïse intercède pour le peuple entier, celui qui est dans la vallée et celui que nous formons. Il y a un combat dans la plaine. Il y a aussi un autre combat : celui de rester fidèle dans la prière sans baisser les bras ! 

Tout particulièrement dans les moments de crises ou de conflits, la fatigue de Moïse, comme celle que nous pouvons ressentir, à certains moments, ne doivent pas nous empêcher de persévérer dans une réelle attitude de prière !

Dans l’Église, il est important que le service de l’intercession, le service de la prière, soit toujours actif. D’expériences, nous savons bien que dans notre vie, nous vivons des hauts et des bas. Nos moments de vigueur doivent devenir un soutien pour les autres. Nos moments de lassitude seront compensés par le dynamisme des autres. 

Nous avons tous besoin, à un moment ou un autre de notre vie, d’un soutien fraternel, pour devenir comme pour Moïse, d’autres Aaron et Hour, afin de garder nos bras levés vers Dieu, sans jamais baisser les bras !

Ainsi ce passage de l’Exode nous rappelle la nécessité de la prière d’intercession. Il me sera, souvent, difficile d’en mesurer les fruits ! Et pourtant, même si ma prière semble invisible, cette mission est nécessaire. 

Savez-vous qu’il existe à travers le monde, des lieux qui rayonnent et sont des remparts efficaces contre les forces du Mal ? Je pense aux monastères (près de nous n’oublions pas les chartreux qui prient jour et nuit !), aux convents, aux abbayes, à toutes les communautés religieuses, également à toutes les personnes qui sont dans une prière fidèle et permanente partout dans le monde pour la mission, comme pour tous les hommes et les femmes. Cette prière persévérante, la leur comme la nôtre, est essentielle, indispensable, car elle est un rempart contre tous les combats qui nous fatiguent.

Frères et sœurs, si vous avez été attentifs à toutes les lectures de ce jour, vous avez sans doute perçu le fil rouge qui les réunit toutes, le fil conducteur qui les traverse : c’est celui de la prière persévérante !

Cette prière qui nous permet, non seulement de vivre en communion, en intimité avec Dieu, mais également de nous soutenir les uns, les autres dans tous les combats de nos vies. 

C’est ce que nous dit Jésus dans l’évangile, car cette veuve insistante nous conduit aussi sur le chemin de la prière. Cette veuve est habitée par son besoin, par son désir profond de justice, et voilà qu’elle se heurte à un juge sans justice… Sa prière, sa persévérance « insistante » lui donnent l’élan nécessaire pour être entendu ! Dans ce combat, elle obtient justice contre ce juge sans justice.

Jésus se sert de cet épisode (qui lui remémore peut-être un fait vécu), pour inviter les disciples à prier Dieu dans une foi inébranlable et cela sans faiblir ! Effectivement, sans la foi, comment tenir ?

Les conseils de saint Paul à son disciple, le jeune Timothée, dans la deuxième lecture, nous rappellent cette nécessité de la foi : « Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. » Les Saintes Écritures permettent d’entrer dans le salut de Dieu, là aussi, par la foi.

La foi est donc essentielle et c’est bien sur cette question de la foi que Jésus termine ce passage de la veuve et du juge sans justice. 

Retenons bien la dernière phrase de l’évangile : “Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Il y a donc un lien entre la prière persévérante et la foi. Pour le comprendre, il faut retenir que la foi est nécessaire pour prier et que le fait de prier, prouve qu’il existe en moi, une espérance. Avoir la foi, ce n’est pas seulement croire que Dieu existe (nous pouvons rencontrer des personnes qui disent que Dieu existe, mais qui n’ont pas la foi). 

La foi, c’est croire que Dieu agit et qu’il veut agir avec moi, en moi. Dieu n’agit pas seulement d’une façon générale, mais Il agit très précisément dans le concret de nos vies, dans le concret de ma vie. Son action est vraie, elle est réelle, même s’il m’arrive de faire le constat que sa réponse n’est pas toujours en lien avec ma demande.

Vous le savez, il y a “prière“ et “prière“ ! Si vous priez pour demander de gagner au loto dès ce soir, vraisemblablement, vous ne serez pas exaucé. Si un jeune prie pour la réussite de son examen, et pour lequel il n’a rien révisé, les chances qu’il réussisse sont minces ! Mais si notre prière sincère demande le changement de notre cœur, si son but est une réconciliation et un pardon, s’il y a une bonté, une générosité, si elle intercède pour que notre monde soit plus fraternel, mais surtout pour que mon cœur et ma vie se transforment, alors oui, le Seigneur va pouvoir agir !

Je peux aussi prier en formulant des exigences, et même en voulant le faire fléchir ! Prier, ce n’est pas tant mettre Dieu à mon service, mais plutôt comprendre comment la prière me rend disponible, ouvre mon cœur et mon intelligence pour recevoir ce dont j’ai vraiment besoin pour vivre… Ce que Dieu nous donne, c’est cette certitude que nous sommes aimés par Lui, et que nous sommes faits pour la Vie éternelle.

Dieu m’aime et il sait ce dont j’ai besoin !

Je termine avec trois points, qui résument dans une belle disponibilité, la force de la prière !

  • Premier point : la prière persévérante nous sort de nous-mêmes, de notre petit monde, parfois un peu clos. Elle nous ouvre aux désirs de Dieu pour le monde. Elle nous fait entrer, petit à petit, dans le projet de Dieu pour l’humanité, pour moi et nos proches. La prière parfaite est celle du Notre Père dans laquelle nous demandons d’abord à Dieu, et pour Dieu, qu’il réalise son dessein, et après seulement, ce dont nous avons besoin pour le quotidien de notre vie, de ma vie.
  • Deuxième point : la prière persévérante crée à la fois une chaîne d’amour, une véritable communion de frères et de sœurs, tournés ensemble vers le même Père, et aussi un soutien fraternel pour que personne « ne baisse les bras ». Comme j’aimerais que nous puissions vivre ainsi dans notre communauté paroissiale ! 
  • Troisième point : la prière persévérante développe une attitude fondamentale d’humilité et de pauvreté dans l’abandon confiant. Prier n’est pas fanfaronner ! Prier, c’est humblement demander à Dieu ce dont j’ai besoin.

Frères et sœurs, puissions-nous prier les uns pour les autres, et peut-être plus particulièrement en ces jours, pour notre communauté paroissiale et nos familles.

Que Dieu soit béni en toutes ses œuvres !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 16 octobre 2019, 28e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 42-46. Lettre de saint Paul aux Romains 2, 1-11. Psaume 61.

 

Ne trouvez-vous pas que les textes semblent durs ce matin ?

Que veut donc dire Jésus aux pharisiens et aux docteurs de la Loi ?

Vous le savez sans doute, les pharisiens et les docteurs de la Loi sont des juifs pieux qui aiment Dieu, en suivant un corpus de règles. Leur foi est belle, mais certaines attitudes ont besoin d’être réajustées. Par exemple :

  • Les pharisiens sont fiers, non pas du Seigneur, mais de leur façon d’observer la Loi
  • Les docteurs de la Loi énoncent pour tous, des règles très exigeantes, sans pour autant les observer eux-mêmes.

Dans cet épisode, Jésus dénonce avec sévérité leur façon de faire. Il leur reproche leur façon de se comporter ou de se « montrer ». Pourquoi Jésus fait-il tous ces reproches ? Sans doute parce qu’il a, en face de Lui, des hommes qui se posent en champion de la fidélité.

Jésus énonce plusieurs reproches, en fait, quatre :

-Le premier reproche adressé par Jésus, c’est qu’ils font erreur sur ce que Dieu attend des hommes : ils mettent leur fidélité dans des détails extérieurs, secondaires, superficiels comme l’exemple cité par Jésus de la dîme payée sur la menthe et sur la rue. En faisant ces choix, ils passent à côté de l’essentiel qui est de savoir s’ajuster au projet de Dieu pour l’humanité. C’est la notion de justice, telle que le Premier Testament l’entend : aborder le prochain avec miséricorde, avec le regard et le cœur de Dieu.

-Le deuxième reproche adressé aux pharisiens, est qu’ils utilisent la religion à leur profit. Ils tirent bénéfice de leur observance religieuse pour valoriser leur propre image. Là aussi, ils oublient que seuls sont grands devant Dieu ceux qui se font petits et qui reconnaissent avoir besoin de Dieu.

-Le troisième reproche est particulièrement dur et terrible ; Jésus leur dit : vous, les pharisiens, vous vous donnez en exemple, mais : « Vous êtes comme ces tombeaux qu’on ne voit pas… », c’est-à-dire des « lieux de mort » que rien ne signale.

-Le quatrième reproche s’adresse aux légistes, aux docteurs de la Loi, aux intellectuels, aux maîtres de l’opinion religieuse : « Vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter. » Littéralement, vous ne savez plus quoi inventer pour surcharger les autres, pour les enfermer dans une foule d’interdictions dont vous vous dispensez vous-mêmes. 

La première lecture que nous avons entendue fait écho à l’évangile : « Et toi, l’homme qui juges ceux qui font de telles choses et les fais toi-même, penses-tu échapper au jugement de Dieu ? » « Tu te condamnes toi-même, car tu fais comme eux, toi qui juges. »

Oui, Jésus adresse ces reproches, et il le fait avec une réelle fermeté. 

Ces attitudes peuvent aussi nous guetter si nous n’y prenons pas garde. Réfléchissons !

Où est l’essentiel que je veux vivre ?

Que veut Dieu pour moi ?

Comment dois-je me comporter, dans le quotidien de ma vie ?

Quels actes de miséricorde puis-je faire ?

Comment devons-nous réagir ? Quelle pourrait être la bonne attitude ?

Là encore, la lettre aux Romains de saint Paul nous redonne le cap à suivre : « Ceux qui font le bien avec persévérance et recherchent ainsi la gloire, l’honneur et une existence impérissable, recevront la Vie éternelle ! »

Frères et sœurs, peut-être pouvons-nous, tout au long de ce jour, réfléchir à ce que Jésus attend de nous ? Comment vivre notre vie chrétienne dans une véritable cohérence ? Comment ajuster notre cœur, au cœur miséricordieux de Dieu ? 

Je vous propose deux points, deux questions à méditer : 

  • Entre ma prière et mon quotidien, entre mes paroles et mon engagement, suis-je concret et cohérent ? 
  • Entre ma générosité personnelle et celle que nous réclamons des autres, comment suis-je en vérité ?

C’est cette cohérence que nous pouvons demander, pour chacun de nous, ce matin : osons poser des choix justes et vivre de l’Esprit Saint !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 14 octobre 2019, 28e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 29-32. Lettre de saint Paul aux Romains 1, 1-7. Psaume 97.

 

Les générations se suivent, et j’ai parfois l’impression qu’elles se ressemblent.

 Aujourd’hui comme hier, nous voulons des signes, nous aimons les signes ! Notre société fonctionne sous la modalité des signes, sur le mode impulsif et émotionnel.

Nous cherchons partout des signes de bonne volonté, des signes de compassion, et surtout, bien sûr ! … des signes d’amour. « Cette génération cherche un signe… » dit Jésus, tout comme la nôtre, et pourtant, l’unique « signe » nécessaire nous est donné.

Que se passe-t-il dans l’évangile ?

Quelque temps auparavant, alors que Jésus vient de chasser un démon, les foules amassées réclament encore et encore, un signe venant du ciel, un prodige, en quelque sorte, qui les pousserait à croire en Jésus. Ils ont le « signe » devant eux, mais ils ne le reconnaissent pas : Jésus est le Signe !

« Mais en fait de signe… », dit Jésus « … il ne lui sera donné que le signe de Jonas. »

Souvenez-vous, nous avons parlé de Jonas la semaine dernière ; que nous révèle-t-il ?

Comprenons que le destin de Jonas est signe à deux niveaux :

  • Tout d’abord parce que son message de conversion a été entendu et reçu par des étrangers, les habitants de Ninive, la grande ville païenne, ce qui préfigure par avance, l’annonce de la Bonne Nouvelle au-delà du monde juif. La Bonne Nouvelle du Salut est aussi pour les païens, c’est-à-dire pour nous tous !
  • Et puis, parce que Jonas a été avalé par le monstre marin (comme le note saint Matthieu dans son évangile parallèle) et qu’il y est resté invisible au monde durant trois jours et trois nuits. Trois jours : comme les jours qui séparent la mort de Jésus en Croix, du premier message de sa résurrection.

Ce qui est visé par Jésus, dans ce texte, ce sont particulièrement les hommes égarés par un paganisme ambiant. Son invitation est un appel à la conversion ! À ceux qui sont en attente, Il révèle qui est Dieu pour chacun de nous. 

            Le parallèle entre la génération de Jésus et la nôtre est saisissant !

Alors que Jonas a été écouté par tout un peuple d’étrangers, Jésus se voit contesté par son propre peuple, et pourtant Jésus est bien plus que Jonas. De même, Jésus est bien plus que la reine de Saba venue de son lointain royaume pour écouter la sagesse du roi Salomon.

             Frères et sœurs, à notre génération aussi, il ne sera pas donné un autre signe que celui de Jonas, c’est-à-dire celui du Christ : mort, ressuscité et entré dans la gloire ! Il ne sera pas donné d’autres signes que celui du Christ miséricordieux.

Mais chacun de nous pouvons refléter ce « Signe » !  Nous sommes signes pour notre monde ! Pourquoi ? Parce que Jésus Lui-même vient habiter notre vie, comme nous allons le vivre dans quelques instants, en recevant en notre corps, le Christ Lui-même. C’est comme cela que nous devenons « d’autres christs » ! Voilà le signe dont notre monde a besoin !

L’autre façon visible de manifester ce signe est celui de la Croix ! Nous le recevons le jour de notre baptême, nous le retraçons sur nous-mêmes à chaque célébration. Ce signe est celui de Jésus en Croix. Cette Croix est le lieu de la victoire ! Au-delà de la mort, c’est la Vie nous qui nous est donnée.

Frères et sœurs, réfléchissons, en ce jour, à la façon dont nous pouvons être « signe » du « Signe » qu’est Jésus Lui-même !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 9 octobre 2019, 27semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 11, 1-4. Psaume 85. Livre du prophète Jonas 4, 1-11.

 

Il était une fois Jonas…

L’histoire de Jonas, c’est ce que les Juifs appellent un « midrash », c’est-à-dire un récit mi-réel, mi-fictif, une de ces histoires qui nous invitent à réfléchir, que nous soyons petits ou grands. Depuis plusieurs jours, nous entendons le récit du périple de Jonas !

Il faut le relire en entier (Dix minutes, montre en main, pour lire le livre de Jonas !). Il se trouve dans le Premier Testament : quand les juifs racontent l’aventure de Jonas à leurs enfants, c’est pour leur faire découvrir que Dieu est plus grand que le peuple juif ; que le salut de Dieu est pour Ninive aussi, Ninive la Grande, Ninive la ville païenne par excellence, et pour toutes les nations. Quand des chrétiens racontent le livre de Jonas à leurs enfants, c’est pour leur annoncer Jésus-Christ, le vrai Jonas ; et pour parler, bien souvent, du baptême, de vrai poisson, de salut, de résurrection…

Rappelez-vous : Jonas est un prophète juif à qui Dieu demande d’aller avertir Ninive, la grande ville étrangère et païenne, pour qu’elle change de vie, qu’elle se convertisse et soit sauvée. C’est la mission que reçoit Jonas.

Or Jonas n’a aucune envie que Ninive soit sauvée… Alors il fuit ; il prend un bateau pour aller le plus loin possible, à l’opposé de Ninive. Mais la tempête secoue le navire. Les marins réveillent Jonas qui dormait. Jonas voit bien que c’est à cause de lui que la tempête se déchaîne, et il demande librement à l’équipage qu’il soit jeté par-dessus bord pour apaiser l’océan déchaîné. Aussitôt fait. Jonas est jeté par-dessus bord et la tempête s’apaise. Un gros poisson qui passait par là avale Jonas, le préservant ainsi dans son ventre, pendant trois jours et trois nuits. 

Puis la baleine le recrache… comme par hasard, sur la plage juste en face de Ninive ! Jonas comprend alors la persévérance de Dieu pour sauver les païens. Il parcourt à toute vitesse la ville en criant : « Convertissez-vous ! ». Les gens l’écoutent vraiment. À la grande fureur de Jonas, Dieu accorde le salut à Ninive. C’est le texte d’aujourd’hui. C’est le fameux épisode de ricin : Jonas est dégoûté que Dieu soit si bon avec les méchants. Assis sous un plant de ricin, il contemple la ville en joie. Le ricin lui fait un peu d’ombre, mais il se dessèche. Jonas attrape une insolation et maudit Dieu d’avoir laissé mourir le ricin. Alors Dieu lui dit : « Comment, Jonas, mon fils, tu pleures parce que le ricin s’est desséché, et tu n’aurais pas pleuré parce que Ninive aurait été détruite ? Sache que moi Dieu, j’ai plus de peine pour un humain qui se perd, que pour une plante qui se fane. »

Voilà l’histoire. Et vous devinez dans quel esprit les Juifs la racontent aujourd’hui : Jonas préfigure pour eux le peuple juif, chargé d’annoncer à toutes les nations de se convertir au Dieu unique. 

Vous devinez également l’autre lecture que les Pères de l’Église proposent. Pour eux, Jonas, c’est Jésus qui est envoyé pour le salut du monde entier. Jonas endormi au fond sur le bois du bateau, préfigure Jésus endormi dans la mort, sur le bois de la Croix. 

  • L’interrogatoire de Jonas par les marins préfigure la comparution du Christ devant ses juges. 
  • Jonas se sacrifie librement : « Prenez-moi et jetez-moi à la mer ». Jésus donnera librement sa vie dans sa Passion choisie volontairement. 
  • La répugnance des marins de jeter Jonas à la mer, annonce celle de Pilate qui hésite à livrer Jésus à la mort.
  • Plus encore, le séjour de Jonas dans le ventre du poisson, au milieu de la mer, préfigure la Passion et Résurrection du Christ et notre propre baptême ! 
  • Jésus lui-même nous met sur la voie de cette lecture symbolique (Mt 12, 38-41) :
    « Tout comme Jonas fut dans le monstre du ventre marin 3 jours et 3 nuits, ainsi le Fils de l’Homme sera dans le sein de la terre 3 jours et 3 nuits. Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront avec cette génération et ils la condamneront, car ils se sont convertis à la prédication de Jonas. Eh bien ! Ici, il y a plus que Jonas. »

Frères et sœurs, j’espère que vous aurez l’occasion de méditer le livre de Jonas, très court, et d’en faire une belle lecture spirituelle.

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 7 octobre 2019, lundi de la 27e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon Saint-Luc 10, 25-37. Livre du prophète Jonas 1, 1 – 2, 1.11. Cantique (Luc 1, 46-55).

 

              Voilà qu’en deux jours, nous entendons, coup sur coup, deux questions. 

Hier, pour ceux qui participaient à l’eucharistie dominicale, vous avez entendu cette demande des Apôtres : « Seigneur, augmente en nous la foi ! » Vous le savez bien, avoir la foi, n’est pas une question de taille, de quantité ou de poids. La foi n’est pas tant de faire des miracles ou de vouloir changer la nature des choses ; la foi est de laisser le Christ agir en nous. La foi est un don, un don que nous devons cultiver pour être au service des autres : une foi qui se met donc au service !

            Aujourd’hui, nous entendons une question très intéressante posée par un docteur de la Loi « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Cette question est toujours actuelle, une question que notre société aborde différemment. Nous pouvons faire référence à ce qui s’est vécu hier à Paris quand certains veulent changer la nature même de l’homme et créer, par le biais de la science, une vie où la nature n’a plus sa place. L’homme veut se prendre pour Dieu et nous savons que, avec les techniques transhumanistes, l’homme souhaite se débarrasser même de Dieu (et de la transcendance), veut devenir comme Dieu et technologiquement immortel ! Les choix bioéthiques qui sont posés aujourd’hui entrainent notre société dans une dérive dont nous ne mesurons pas la gravité.

   Dans notre évangile, cette question du légiste reflète également les débats théologiques de l’époque et, par la bouche de Jésus, il reçoit deux réponses. Jésus lui-même invite le légiste, qui est un docteur de la Loi, à reformuler sa question : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? »

  • Dans sa première réponse, Jésus cite l’Écriture, le Deutéronome : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même ! » et puis un passage du Lévitique, sur l’amour du prochain.

   À ce niveau théorique, tout est dit ; le légiste a raison, il n’y a rien à ajouter. Jésus continue et lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. » Littéralement, il lui confirme qu’il sait déjà ce qu’il doit faire.

  • La deuxième réponse est la parabole du bon Samaritain. C’est une réponse illustrée, dynamique, sous la forme d’un programme de réflexion : « Va, et toi aussi, fais de même. ».

Qu’a donc fait cet étranger Samaritain ? Il a simplement mis en œuvre la miséricorde dans un élan de foi. Il a mis en œuvre sa bonté envers le blessé rencontré sur la route. 

Cette charité se présente en trois moments distincts, et c’est sans doute aussi un enseignement pour nous. 

  1. Il y a tout d’abord le moment de l’émotion ; en arrivant près de la victime, le Samaritain est profondément remué à l’intérieur de lui-même : « Il le vit et fut saisi de compassion. »
  2. Puis vient le moment des premiers soins pour soulager le blessé, sans se laisser arrêter par la vue du sang et des plaies. Le Samaritain fait les gestes nécessaires, puis le monte sur sa propre monture. 
  3. Puis, lors du troisième moment, le Samaritain prévoit lui-même un relais de sa propre charité, non pas pour pouvoir se désintéresser ensuite du blessé, non pas pour laisser à l’aubergiste tout le poids des soins à venir, car comme nous l’entendons, le Samaritain repassera, mais pour aller jusqu’au bout. 

             L’invitation de Jésus est celle-ci : « Va, et toi aussi, fais de même. » C’est cela se rendre proche ! C’est cela aimer ! C’est cela sauver : savoir s’arrêter devant un homme souffrant, savoir trouver les gestes qui soignent et qui sauvent, savoir prendre en charge dans la durée ceux que la vie a blessés.

            Nous touchons là deux aspects des questions qui ont été posées, celle d’hier et celle d’aujourd’hui. Toutes deux ont la même finalité : la Vie éternelle vers laquelle nous essayons de tendre et qui passe aussi par une charité concrète qui se met au service et la foi qui nous permet d’unir les deux réponses.

            Alors, frères et sœurs, la route qui descend de Jérusalem à Jéricho passe devant chez

nous ! Nous l’empruntons chaque jour. C’est la route qui nous mène au travail, vers nos responsabilités, vers nos solidarités et nos fraternités, vers nos églises !

Puissions-nous ouvrir les yeux et demander à Jésus la force, la foi et la charité dont nous avons besoin chaque jour, pour être plus proches de celles et ceux que la vie a blessés.

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 6 octobre 2019, 27dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. Évangile selon saint Luc 17, 5-10. Livre du prophète Habacuc 1, 2-3.2, 2-4. Psaume 94.

Deuxième lettre de Saint Paul à Timothée 1, 6-8.13-14.

 

            Savez-vous qu’il faut du temps pour préparer une homélie ? Tout au long de la semaine, le prêtre prend le temps de lire les textes, le temps de les méditer, le temps de les savourer, le temps de la prière, le temps de se laisser imprégner de chaque parole que le Seigneur nous donne. Ce soir, je vous livre humblement, tout simplement ce qui m’a frappé durant toute cette semaine. C’est cette phrase que nous avons déjà entendue plusieurs fois : 

« Seigneur, augmente en nous la foi ! ».

Tout au long de cette semaine, j’ai demandé à de nombreuses reprises : « Seigneur, augmente en moi la foi ! »C’est cette question, cette invitation, cette demande que font les Apôtres à Jésus.

            Qu’aurions-nous fait à leur place ? 

Imaginez Jésus devant vous ; Il est là, Il vous écoute. Vous avez envie de lui confier quelque chose, mais les mots se bousculent dans votre bouche… alors, que lui demandez-vous ? Les réponses sont multiples ! Pour certains, ce peut être la paix, pour d’autres de l’argent pour pouvoir finir le mois, ou du travail pour ceux qui en cherchent et sont au chômage, pour d’autres encore du travail avec un peu moins de stress et que leur chef soit plus sympathique. Ce peut être la santé, la nôtre ou celle d’un proche, un confort matériel ou une réconciliation qui nous tient à cœur, que nous espérons.

Je ne crois pas me tromper en disant que, dans notre prière, chaque jour, nous demandons à notre Seigneur toutes sortes de choses pour nous-mêmes ou pour notre famille.

            Mais est-ce que ces demandes sont les plus essentielles pour nous ? Selon notre regard, sans doute, mais le sont-elles dans le plan de Dieu ?

  • Qui, par exemple ce matin, en se levant, a osé demander à Dieu, comme Salomon, la Sagesse ?
  • Qui, dans sa prière, a osé demander au Seigneur, “un esprit de force, d’amour et de pondération“, comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture ?
  • Qui, parmi celles et ceux qui ont lu avant de venir, les textes de ce jour, ont demandé : « Seigneur, augmente en moi la foi ! »

La foi, est-elle si simple, si évidente ? Si nous nous replaçons dans le contexte de l’époque : les Apôtres sont avec Jésus, Parole vivante, ils ont entendu son appel, ils ont accepté de tout laisser pour Le suivre. Ils ont écouté son enseignement, ils ont été témoins de signes et de miracles extraordinaires, et pourtant… dans l’évangile d’aujourd’hui, ils demandent à Jésus : 

« Seigneur, augmente en nous la foi ! »

Pourquoi cette demande ? N’ont-ils pas déjà tout reçu ? Je suis sûr que, en écoutant Jésus, pour entrer dans le Royaume de Dieu, pour suivre le Christ réellement, la foi est nécessaire. 

Quelle est la réponse de Jésus ? Elle semble assez énigmatique. À sa manière, il choisit un exemple assez surprenant : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde … » Avez-vous déjà vu une graine de moutarde ? Si vous la tenez au creux de votre main, vous verrez comme elle est minuscule. Elle est si petite qu’on la voit à peine ! Pourtant, en grandissant, elle devient un plant extraordinaire. « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : déracine-toi et va te planter dans la mer, et il vous aurait obéi. » C’est fou ! Vraiment Seigneur, j’ai besoin que tu augmentes ma foi… pour comprendre ce que tu veux dire !

Jésus insiste, et c’est important, sur la puissance de la foi. D’ailleurs, Saint-Luc dans son évangile, nous rapporte de nombreux signes et de miracles accomplis par Jésus, en s’appuyant sur la foi des personnes qu’Il rencontre. 

  • Souvenez-vous, en Luc 7, 50, de la jeune femme pécheresse à laquelle Jésus dit : « Ta foi t’a sauvée ! » 
  • Il en est de même pour le lépreux que Jésus a guéri grâce à sa foi. 
  • La femme hémorroïsse, cette femme souffrant de pertes de sang et qui se disait qu’en touchant ne serait-ce que le bas du manteau de Jésus, elle serait sauvée… à laquelle Jésus a dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix. »(Luc 8) À cause de leur foi, ils ont été guéris ! 
  • Et souvenez-vous encore de la fille de Jaïre qui était morte et qui retrouve la vie à cause de la foi de son papa. À sa demande, Jésus lui dit : « Ne crains pas, crois seulement. » … et elle sera sauvée.

   Qu’est-ce que cela veut dire ? La foi en Jésus peut tout !

Autour de nous, nous rencontrons des personnes qui ont une grande foi, une foi qui est belle, une foi qui permet au Seigneur d’agir réellement ! Pourtant, cette foi est toujours à redemander, à renouveler pour chacun de nous.

            La foi n’est pas « quelque chose » que l’on peut acheter dans un supermarché. Il n’est pas question d’argent, ni de quantité, ni d’échanges ou de troc ; la foi est un don ! Quand on a reçu un don, il nous faut l’utiliser, le cultiver, le faire rayonner... Il nous faut demander au Seigneur de nous aider à le partager, à le faire fructifier. Je précise que nous avons tous reçu des dons, mais il s’agit d’avoir confiance en Dieu. Il nous faut avoir un total abandon en Dieu ; la foi et les charismes sont des dons qui sont à mettre au service de la Mission ! Peut-être avons-nous du mal à les mettre en œuvre. 

            Notre foi doit être vraie, réelle. J’ai peut-être été baptisé tout petit, mais est-ce suffisant pour me dire chrétien et croire que je n’ai plus rien à faire ? Non ! 

  • Notre foi doit grandir, se fortifier ! 
  • Croire que Dieu peut tout si j’accepte de placer ma confiance en Lui ! 
  • Si petite qu’elle soit, la foi peut déplacer des montagnes. 
  • C’est cette foi en Dieu qui est le centre de toute vie chrétienne, elle est nécessaire !

            Je pourrais vous donner des témoignages incroyables de personnes que j’ai pu rencontrer dans ma vie de prêtre et qui ont posé, devant moi, des actes de foi d’une belle profondeur. Dans des moments difficiles, voire même dramatiques, grâce à la foi, il y a eu des tournants ! La situation n’a peut-être pas forcément changé, mais ils ont su se positionner différemment ! Ils ont su rebondir, ils ont su repartir, ils ont fait confiance en Dieu, encore et encore.

            Parfois, je me pose une question : pourquoi nos assemblées dominicales sont-elles si clairsemées ? Comment se fait-il que tant de personnes qui se disent chrétiennes montrent si peu d’allant vis-à-vis de Dieu ? 

Beaucoup de personnes baptisées ne pratiquent plus ; Mais, sont-elles seulement “chrétiennes“ ? Parfois, c’est juste une tradition familiale. 

Être chrétien, c’est vivre du Christ ! Combien de personnes n’ont pas fait vraiment la rencontre du Christ ? Qu’est-ce qui pourrait alors leur manquer ? Comment puis-je dire que j’aime mon conjoint si je ne prends pas du temps avec lui pour mieux le connaître, pour vivre une vraie intimité avec lui ? Comment peut-on se dire chrétien si je ne fréquente pas Dieu au quotidien ?

Comment puis-je dire que Dieu veut mon salut si je ne cherche pas à comprendre quel est le salut que Dieu veut pour moi ? Je ne peux pas dire que je crois en Dieu si je n’ai pas reçu pleinement les dons de l’Esprit Saint !

   Alors, que manque-t-il à de nombreux chrétiens ? 

Il leur manque de croire que Dieu veut du bien pour moi ; et ce bien n’est pas forcément ce que je crois bien pour moi, mais c’est celui que Dieu veut pour moi, c’est-à-dire le salut, la Vie éternelle. C’est petit à petit que nous le comprenons par la grâce du baptême, par le sacrement de confirmation qui me donnent d’entrer dans la foi. 

Je pose souvent la question de savoir qui, dans notre assemblée, n’a pas reçu le Sacrement de Confirmation ? Peut-être manque-t-il quelque chose pour connaître pleinement Dieu et vivre dans la plénitude des dons de l’Esprit Saint ! (Je vous invite à méditer la deuxième lecture de ce jour !)  

Jésus est venu pour nous sauver, mais si nous ne le croyons pas, si nous ne cherchons pas à Le suivre, si nous ne mettons pas nos pas dans les siens, comment pouvons-nous comprendre quel est le salut que Dieu veut pour nous… pour moi ?

            Frères et sœurs, ne pensons pas, pour autant, que notre vie chrétienne soit toute simple, facile, aisée et sans embûche ! Le chrétien porte les mêmes soucis, il supporte les mêmes problèmes que tous les hommes, mais, simplement, il y a quelque chose au fond de lui qui le pousse à espérer contre toute désespérance. 

C’est justement parce qu’il nous arrive parfois de chuter que notre foi est nécessaire et doit sans cesse être soutenue, affirmée, et réaffirmée.

Plus que jamais nous avons besoin de la foi pour accomplir notre mission dans ce monde où règnent l’injustice, l’incroyance et une certaine forme de folie.

Frères et sœurs, je souhaite, sans attendre, vous inviter à poser un acte de foi. 

Tournons notre regard vers Dieu, écoutons sa Parole, apprenons à mieux aimer nos prochains et à vivre les sacrements qui nous permettent d’être réconfortés en Dieu !           

Frères et sœurs, voulez-vous qu’ensemble, ce soir, nous redemandions d’être renouvelés dans notre foi ?

 Demandons au Seigneur : 

« Seigneur, augmente en nous la foi ! »

Seigneur, Tu le sais, je suis un pauvre pécheur, je ne fais pas toujours ce qu’il faut,

mais je sais que Toi, Seigneur, Tu peux m’aider.

Je sais que Tu veux pour moi mon bien et le salut.

Seigneur, ce soir, je veux, et nous voulons ensemble,

Te redemander de grandir dans la foi et d’être renouvelés !

Oui, Seigneur, augmente notre foi !

 

Je vous propose de le faire en chantant :

En toi j'ai mis ma confiance,
ô Dieu très saint.
Toi seul es mon espérance
et mon soutien.
C'est pourquoi je ne crains rien,
j'ai foi en toi, ô Dieu très saint (bis).

Frères et sœurs, je ne suis pas médecin, mais trois par jour, matin, midi et soir, prenez ce chant. En faisant ainsi, je suis sûr que notre foi à tous grandira !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 2 octobre 2019, 26semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 18, 1-5.10. Psaume 136. Livre de l’Exode 23, 20-23a.

 

            En relisant ces textes hier soir, je me suis endormi avec en tête une musique, une musique en lien avec les anges que nous fêtons aujourd’hui, une musique dont vous connaissez, sans doute, le refrain : « Glo…o…o…oria, in excelsis deo… » C’est la musique du chant : « Les anges dans nos campagnes ! ». 

Je sais : nous sommes au mois d’octobre et non à Noël ! C’est cependant l’annonce que les anges vont faire aux bergers qui sont dans les champs, pour les avertir de la naissance de Jésus.

Avez-vous remarqué l’insistance, ces jours-ci, des textes qui nous sont donnés sur l’esprit d’enfance ?

            Hier, nous fêtions Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus, et aujourd’hui nous faisons mémoire des saints Anges gardiens. Cela nous rappelle, à nouveau, la nécessité de nous conduire comme de petits enfants. Il ne s’agit pas de faire de l’infantilisme, mais plutôt de devenir comme de petits enfants, pour faire confiance, être disponible à Dieu et entrer dans le Royaume des cieux.

            Le passage d’évangile que nous méditons ce matin illustre ce thème de l’enfance en nous invitant à aller encore un peu plus loin. Comme nous le dit Jésus : “ Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux Cieux. “

            Ce que je comprends, c’est que Dieu ne nous laisse pas seuls ; certes, il nous faut poser un acte de foi, car avec nos yeux, aussi puissants soient-ils, nous ne voyons pas tout… Par exemple : nos yeux nous permettent de voir la lumière visible, la lumière du jour, mais ils ne voient ni les rayons X, ni les rayons ultra-violets, ni l’infrarouge… ces rayons font partie d’un monde invisible qui n’est pas perceptible pour les yeux humains. 

Oui, par ses créatures invisibles, Dieu veille sur nous avec un amour véritable, soucieux de nous voir arriver à bon port, c’est-à-dire près de Lui, au ciel. Pour s’en assurer, il nous donne une bonne escorte : les saints anges gardiens.

Déjà, dans le livre de l’Exode que nous venons d’entendre, il est écrit : “Je vais envoyer un ange devant toi pour te garder en chemin et te faire parvenir au lieu que je t’ai préparé. “ De même, si vous en avez la curiosité et un peu de temps, ouvrez le livre de Tobie dans l’Ancien Testament, et vous pourrez constater, là aussi, que les anges nous guident.

Je sais bien que ces mots peuvent surprendre dans une société qui mélange à loisir les anges avec les fées ou d’autres créatures magiques.

Je sais bien aussi que solliciter les anges peut faire sourire certains ! Et pourtant ! Je vous le redis : avez-vous pensé à prier votre ange gardien ce matin ? Nous sommes, là encore, invités à poser un acte de foi. Le Seigneur nous invite à croire vraiment que des êtres célestes veillent sur nous sans altérer notre liberté.

Mais attention : ne prenons pas notre ange gardien simplement pour un bon génie auquel nous pourrions demander de faire telle ou telle chose à notre place. Notre ange gardien ne sort pas de la lampe d’Aladin ! Non pas de confusion ! 

Notre ange gardien est près de nous, il prie pour nous pour que nous fassions les bons choix. D’une façon mystérieuse, il nous guide et nous accompagne, tout en nous laissant libres de nos choix.

            C’est pourquoi nous pouvons rendre grâce à Dieu pour ces êtres de lumière à qui il a confié de veiller sur chacun de nous, et de nous garder sur tous nos chemins (psaume 90).

 

Dans l’office des lectures de ce jour, nous pouvons lire un passage très intéressant de Saint-Bernard : « Si petit que nous soyons et si longue et dangereuse que soit la route qui nous reste à parcourir, qu’aurions-nous à craindre sous une si bonne garde ? On ne peut ni les vaincre, ni les égarer, et encore moins redouter qu’ils nous égarent, eux qui nous gardent sur tous nos chemins. Ils sont fidèles, ils sont sages, ils sont puissants : qu'aurions-nous à craindre ? Suivons-les seulement, attachons-nous à eux, et demeurons sous la sauvegarde du Dieu du ciel. »

            Frères et sœurs, même si certains aspects nous échappent, même si nous ne comprenons pas tout, croyons que, mystérieusement, nous avons, auprès de nous, un ange gardien. Confions-nous à lui comme à un ami. Puissions-nous lui redire notre désir de rester fidèles au Seigneur et croire qu’il prie pour nous !

             Les anges gardiens nous rappellent que nous avons été créés, nous aussi, pour louer et adorer Dieu ! 

Une proposition : ce soir ou dans la journée, rendons grâce pour cet être de lumière que le Seigneur a mis sur notre route pour nous guider sur tous nos chemins.

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du dimanche 29 septembre 2019, 26dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 16, 19-31. Livre du prophète Amos 6, 1a.4-7. Psaume 145. 

Première lettre de Saint Paul à Timothée 6, 11-16.

 

             Frères et sœurs, avez-vous pris le temps de lire les textes de ce jour avant de venir à la messe ?

             Il est souvent plus facile de les méditer et de suivre l’homélie si on s’y est préparé. Tout simplement, parce que le texte que nous venons d’entendre n’est pas facile à comprendre. 

Sans le temps de la réflexion, nous pourrions nous poser cette question : est-ce bien le but de Jésus de nous effrayer ? 

Je ne le crois pas ; Jésus veut nous faire réagir, il souhaite nous réveiller ! Jésus insiste sur ce que nous vivons, c’est-à-dire sur notre vie quotidienne, ni hier, ni demain, mais sur cet aujourd’hui, ici et maintenant, sur nos actions au service de ceux qui sont tout proche de nous, au service de celle ou de celui que nous côtoyons chaque jour, parfois sans le voir vraiment ! 

Un constat ! Regardons autour de nous ! Avons-nous pris le temps de saluer nos voisins de banc, à droite et à gauche, de connaître au moins leurs noms, et de leur demander, déjà, s’ils vont bien ?

            La parabole que nous venons d’entendre est ce message que Jésus veut nous faire passer au travers d’une histoire qui, hélas, n’a rien d’extraordinaire. Elle n’a rien à voir avec une transcription de l’au-delà, elle n’est pas non plus une critique de la richesse. Il est normal, en effet, qu’une personne qui possède une belle intelligence, une bonne santé, ou une force physique suffisante et qui a su créer de la richesse, en bénéficie. 

L’insistance de Jésus pointe surtout une fraternité que nous vivons ou que nous devrions vivre ici-bas. Ce ne sont pas les abîmes des Enfers ou de l’Hadès de la littérature grecque qui l’intéresse, mais plutôt nos abîmes sur notre terre, c’est-à-dire nos ruptures profondes qui sont des gouffres et des enfers individualistes, ce que les médias appellent nos fractures sociales.

            Jésus veut nous ouvrir les yeux ; Il nous interroge sur notre façon de vivre nos rapports à l’autre, sur la fraternité qu’aujourd’hui nous choisissons de vivre … ou non. Cette façon de vivre relève de notre liberté !

Il est vrai que, dans le texte que nous venons d’entendre, nous constatons une dramatisation de la scène que Jésus accentue volontairement, justement pour nous faire réagir.

L’histoire commence par la description de deux personnages. Les deux sont fils d’Abraham. 

  • L’un ne vit que pour paraître et manger ; il est vêtu d’étoffes fines, de pourpre et de lin fin, et fait des repas somptueux. Voilà, dans ce qui nous est décrit, l’essentiel de son univers. Rassasié chaque jour, le seul souci qui semble l’habiter est de chercher comment trouver encore du plaisir dans cette surabondance.
  • L’autre, Lazare, manque de tout. Le superflu du riche aurait suffi à le nourrir, mais il est tenu à l’écart, il ne peut franchir le portail de la maison du riche. Rejeté par les hommes, il lui faut même se défendre des chiens qui viennent se nourrir de lui en léchant ses ulcères.

  Les deux hommes meurent, nous explique Jésus, et contre toute attente, les situations s’inversent. 

Ce texte peut nous laisser perplexes. Il faudrait un plus de temps pour découvrir ensemble ce qu’il signifie : que représente le séjour des morts dans le judaïsme ?  Dans le christianisme ? Quel est le sens du bonheur et du malheur ? La richesse serait-elle un obstacle ? Pourquoi ce nom de Lazare ? À quelle conversion sommes-nous appelés ? Que veulent dire ces mots de la Bible : « Ils ont les Prophètes et Moïse. » ? Qu’est-ce que l’enfer, pour nous, chrétien ? Que signifie la résurrection des morts ? Bref, tous ces thèmes seraient à déployer encore et encore, mais une homélie ne peut tout dire et tout éclairer en même temps.

Ce que Jésus veut mettre en scène, c’est le sérieux de notre existence !

Nous ne vivons qu’une seule fois, c’est une certitude ! Nous avons devant nous, pour notre vie terrestre seulement quelques dizaines d’années, voire quelques années pour dire à Dieu et aux hommes, ce que nous avons vraiment dans le cœur et pour agir. 

Après notre mort, au-delà de cette mort commune à tous, nous n’aurons plus la possibilité d’agir comme nous pouvons le faire aujourd’hui, sur terre. Après notre mort, nous ne pourrons plus faire comme si nous étions des vivants, et, du coup, notre logique de vie va se poursuivre : une logique de l’égoïsme comme il y a une logique de l’amour. 

Les choix que nous posons aujourd’hui, dans notre vie terrestre, semblent marquer notre vie, après notre mort. Pour être encore plus direct : tant que nous sommes vivants, nous pouvons agir ! Après notre mort, tout sera différent, même si cela peut nous paraître assez flou.

Prenons une image ! Bien souvent, nous voyons la vie comme une tapisserie, une immense tapisserie que nous pourrions suspendre contre un mur. Dans notre vie, nous ne voyons pas l’endroit de cette tapisserie, c’est-à-dire que nous ne percevons pas complètement ce que représente le dessin, l’objet, le style, les couleurs... Bien souvent, nous ne voyons que l’envers de la tapisserie. Nous percevons des formes, des couleurs, quelque chose qui est exprimé, mais que nous devinons seulement. Nous ne voyons pas avec précision ce qui est représenté à l’endroit de la tapisserie. Au moment de notre mort, en découvrant enfin l’endroit, sans doute pourrons-nous nous rendre compte et mieux comprendre.

Frères et sœurs, même si aujourd’hui, tout cela nous semble difficile, notre intelligence, notre cœur, notre capacité d’aimer nous permettent d’agir et de faire beaucoup plus que nous le pensons. 

            Je note, cependant, un fait étonnant en constatant avec quelle légèreté laissons les jours s’écouler… sans vivre vraiment… avec quelle facilité nous oublions le temps qui passe… Trop souvent, notre société de consommation nous donne l’impression d’exister dans une spirale de l’achat, du confort, du dépaysement… sans mesurer que nos jours s’enfuient, emportant avec eux tant d’occasions de servir, de partage, tant d’occasions d’aimer et d’amour en retour…

  Je crois profondément que c’est ce message-là que Jésus veut nous donner ce soir.

            Avez-vous repéré que toute la parabole repose sur un seul mot, un petit mot qui exprime un sommet de tendresse, pour Jésus ? Ce mot est le mot “Père“ : papa. Lazare et l’homme riche dont on ne connaît pas le nom, ont le même père, ce père qui dit : « Mon enfant ». Comme souvent les « pères » dans les paraboles, Abraham nous parle, ici, de celui qui est notre Père, tel que nous l’appellerons tout à l’heure dans cette belle prière que nous pouvons lire dans l’évangile de saint Matthieu, 6.

Frères et sœurs, pour conclure, Jésus nous pose une question toute simple : 

  • Comment vivons-nous notre réalité fraternelle ?
  • Comment comprenons-nous que, par notre baptême, nous formons une même famille et que nous avons un seul Dieu et Père ?

  Cette question est plus que jamais d’actualité quand nous suivons les débats sociétaux et les discussions autour des lois de bioéthique.

            Comment faire de nos communautés chrétiennes d’authentiques lieux de fraternité ? C’est le défi de notre paroisse, défi auquel nous travaillons maintenant à la suite des Assises paroissiales : comment être une communauté fraternelle et priante au service de tous ?

Voilà la question que nous entendons ensemble, en ce 26e dimanche du temps ordinaire.

Ainsi soit-il !

 

Homélie du Mercredi 25 septembre 2019, Mercredi de la 25e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis de Grenoble, par P.Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 9, 1-6. Livre d’Esdras 9, 5-9. Cantique Tb 13, 2, 3-4ab, 4cde, 7, 8ab, 8 cde
 

Une nouvelle étape s’ouvre pour les Douze. Jésus les invite à entrer en mission, sans lui. Après la théorie, voici la pratique ! Après les avoir formés et fortifiés auprès de lui, Jésus les envoie maintenant annoncer non pas des choses ou des événements temporels, mais des guérisons et le Royaume de Dieu. En tant qu’« envoyés », les « douze » sont appelés à devenir « apôtres » : c’est-à-dire, appelés à prolonger la mission du Christ. Cette mission est la raison de la venue de Jésus en notre humanité. Elle est l’expression parfaite de tout son être de Fils, envoyé par le Père pour sauver les hommes.


Nous découvrons que comme l’apôtre d’hier, le disciple-missionnaire d’aujourd’hui est appelé, avant tout, à proclamer une parole « de salut » qui coïncide avec la personne même du Christ, le « Verbe fait chair » (Jn 1, 14). C’est toujours la personne du Christ que le Disciple-Missionnaire est invité à manifester aux hommes. C’est cette délicatesse du Christ que le chrétien doit annoncer !

Mais, annoncer le Christ, n’est sans doute pas facile ! En rupture avec l’esprit du monde, la personne que nous devons annoncer est celle d’un Christ pauvre, doux et humblemort et ressuscité ! Sa crucifixion nous annonce la vérité de notre condition sur Terre (le martyr est aussi un témoin) mais aussi la vie à laquelle le Christ nous appelle.  Cet appel est l’assurance que nous sommes aussi fils de Dieu, aimés du Père. Le véritable apôtre est libre de toute attache. Sans mépriser, pour autant, les réalités de ce monde, il demeure cependant tout tendu vers le Christ et ne veut rien savoir d’autre parmi les hommes, sinon Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié et ressuscité (cf. 1 Co 2, 2). 

Être disciple, c’est reconnaître que notre mission est d’orienter, sans cesse, le cœur de ceux que nous rencontrons vers l’Unique Nécessaire. 

Une condition ! Voyagez légers ! Telle est la consigne de Jésus à ses disciples. Cette économie de moyens n'est pas un manque de prudence. L’évangile de ce jour nous redit cet appel à nous mettre en marche, à « oser partir » simplement, sans artifice, à annoncer à temps et à contretemps la Bonne Nouvelle du Royaume. Être Chrétien, c’est être missionnaire !

C’est peut-être ce que nous avons à réentendre ce matin :

Se rappeler qu’être Chrétien, c’est être missionnaire !

C’est la personne du Christ que nous sommes invités à manifester à celles et ceux que nous croiserons aujourd’hui !

Ainsi soit-il

Homélie du lundi 23 septembre 2019, lundi de la 25e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis de Grenoble, par P. Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 8, 16-18. Livre d’Esdras 1, 1-6. Psaume 125.

Saint Pio de Pietrelcina (1887-1968)

 

Ce matin, il m’a semblé intéressant de vous redonner en quelques lignes la vie de Padre Pio.

C’est une figure très populaire dans l’Église catholique. Savez-vous que Padre Pio a vécu pendant cinquante ans avec les plaies du Christ ? Le sanctuaire de San Giovanni Rotondo, où vivait le célèbre capucin, au sud de l’Italie, est devenu le troisième lieu de pèlerinage de l’Église, en nombre de visites, après Guadalupe au Mexique et le Vatican. Sa canonisation par Jean Paul II a eu lieu en juin 2002. Sa vie fut un long combat contre les forces du mal. Ses armes : la prière continuelle et la croix du Christ.

Padre Pio naît le 25 mai 1887 à Pietrelcina, un petit village dans l’archidiocèse de Bénévent. Il est le quatrième enfant. Il est baptisé dès le lendemain et reçoit le nom de François. Il fait sa confirmation et sa première communion à l’âge de douze ans. Son goût pour la prière le pousse très tôt, à seize ans, au noviciat des Capucins à Morcone. Là, il prend le nom de frère Pio. Il fait profession solennelle le 27 janvier 1907. Il a 20 ans !

Le jeune frère reçoit l’ordination sacerdotale le 10 août 1910. Pour des raisons de santé, il restera dans sa famille jusqu’en 1916. En septembre de la même année, il est envoyé au couvent du mont Gargano de San Giovanni Rotondo. C’est un petit village très pauvre des Pouilles, mais son climat est plus clément. Ses frères et les habitants du bourg sont rapidement conquis par son humilité et sa piété. 

Un jour de septembre 1918, un événement important change sa vie.

Alors qu’il prie dans la petite église du monastère, mystérieusement, il reçoit les stigmates du Christ : deux plaies aux mains, deux autres aux pieds, et la dernière, en forme de croix, au thorax. Le jeune Padre Pio est le premier prêtre à recevoir les blessures de la crucifixion, 700 ans après le fondateur de sa famille spirituelle, François d’Assise (qui était diacre !).

Surpris par un tel cadeau de son Seigneur, il n’en dit rien, s’estimant trop indigne.

Dans les années 1930, le capucin est extrêmement populaire. Plusieurs membres de la Curie romaine doutent du caractère surnaturel de ses stigmates, de son don d’ubiquité, de son charisme de lire dans les cœurs, de ses miracles. Pourquoi ? On craint l’idolâtrie et la superstition. Il va vivre, dans l’obéissance, deux années sans contact avec la population.

Reconnu dans ses charismes, il va exercer à San Giovani Rotondo une mission intense.

Il vit en réalité une expérience mystique particulière. Enflammé de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain,Padre Pio participe aux souffrances du Christ pour la rédemption des hommes. Sa mission d’amour se réalise surtout par la direction spirituelle des fidèles, la réconciliation sacramentelle et la célébration de l’eucharistie. 

Son amour du Christ le rend ferme et intransigeant face aux péchés de ses pénitents qui affluent par milliers. Forgeur d’âmes, comme pour lui-même, il ne tolère pas de compromis.

Le moment le plus fort de son activité apostolique est la célébration de la sainte Eucharistie. Il y plonge comme dans un océan d’amour qui le régénère (il vivait des extases, parfois de plusieurs heures). Les fidèles qui y participent sentent bien que l’amour de Dieu le remplit et lui donne la force de souffrir jusqu’au bout. Sa messe quotidienne l’aide à être un témoin authentique du Christ. 

Son exemple en a encouragé plus d’un à prendre le chemin de la sainteté ! 

Padre Pio affirmait que la vie était un calvaire qu’il nous convenait de gravir joyeusement. Sa santé ne fut jamais très florissante, surtout au cours des dernières années de sa vie. Il mourut, serein, le 23 septembre 1968, à l’âge de 81 ans, en prononçant ces deux derniers mots : « Jésus, Marie ».

Ainsi soit-il

Homélie du dimanche 22 septembre 2019, 25e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis de Grenoble, par Mgr Guy de Kérimel.

Évangile selon saint Luc 16, 1-13. Livre du prophète Amos 8, 4-7. Psaume 112.

Lettre de saint Paul à Timothée 2, 1-8.

 

Savoir qui nous voulons servir, être dignes de confiance : voilà ce que nous pouvons retenir de cet évangile un peu complexe. Non ! Jésus ne fait pas l’éloge de la malhonnêteté ! Il ne nous encourage pas à imiter le gérant malhonnête ! Il fait l’éloge de son habileté à servir son maître, qui n’est pas l’homme riche dont il était le gérant, mais qui est l’argent malhonnête.

Puissions-nous avoir la même habileté à servir Dieu !

Puissions-nous être inventifs, créatifs pour faire fructifier les biens que Dieu nous a confiés, à commencer par nos propres personnes, par nos proches, notre monde et la création tout entière, mais aussi nos charismes et les dons de l’Esprit Saint reçus pour l’édification de l’Église et pour sa mission dans le monde !

Dieu a établi l’être humain gérant de la création visible ; Il lui a fait confiance et lui a demandé, en retour, une confiance totale. Dieu, en quelque sorte, a testé la confiance de l’homme en lui posant un interdit. Mais l’être humain a douté ; il n’a pas fait confiance à Dieu et il s’est mis sous la domination du Mauvais. Pourtant, Dieu ne l’a pas abandonné, invitant l’être humain à choisir, à accueillir la Parole de Dieu et l’Alliance qu’Il lui propose, ou à suivre ses penchants mauvais et à se mettre au service d’idoles, de faux dieux, dont le plus redoutable est l’argent, que Jésus appelle “l’argent malhonnête“.

Un regard sur notre monde actuel nous montre clairement que ses hiérarchies des valeurs mettent l’argent au sommet. Tout est soumis à l’argent, à la loi du marché. La souveraineté des pays est elle-même relative face à la domination mondiale du marché. C’est ce que le Pape dénonce avec vigueur, se faisant ainsi de farouches ennemis, dont certains dans des milieux soi-disant chrétiens.

La toute-puissance du marché gagne jusqu’à la famille, jusqu’aux enfants vendus et achetés, jusqu’à la marchandisation du corps humain. Cette loi du marché entraîne des rapports humains intéressés, des relations utilitaristes qui conduisent à la défiance et à la violence.

Cette logique a des incidences très graves, nous le savons, sur l’environnement, sur la terre qui n’est plus seulement cultivée, mais qui est exploitée, pillée. L’être humain dilapide les biens que Dieu lui a confiés en gérance ; il gaspille, il détruit, mais le goût du profit immédiat est plus fort. L’argent est souverain et soumet tout à sa tyrannie.

Il est donc temps que les chrétiens se réveillent !

Depuis des siècles, bien sûr, les chrétiens visent autre chose, mais il est temps, pour nous, de renouveler notre choix : 

Qui voulons-nous servir ?

En qui mettons-nous notre confiance ? En nos biens matériels, ou en Dieu ?

Comment gérons-nous nos biens, nos richesses, en vue de Dieu ?

… en donnant de notre argent malhonnête aux plus pauvres pour trouver le bien véritable : la charité, l’amour mutuel.

La seule alternative à la logique infernale, à la logique de mort d’un monde dominé par l’argent est la logique du don gratuit, du don de soi pour mettre au service de Dieu et des autres, les dons reçus.

Hier, votre paroisse a vécu un temps d’Assises paroissiales ; un certain nombre d’entre vous se sont rassemblés et assis ensemble pour discerner les choix qui vous semblent bons pour la paroisse dans le cadre des orientations diocésaines. Avant de décider des objectifs, vous avez prié, vous avez renouvelé votre confiance en Dieu, vous avez rendu grâce pour la confiance qu’il vous fait, vous avez pris la mesure des dons reçus et à faire fructifier.

Dieu vous fait confiance pour collaborer à son œuvre, ici et maintenant. Pour vous, son œuvre est d’édifier la paroisse, érigée il y a vingt ans, mais encore en voie d’être rassemblée en un seul corps, dans la diversité de ses membres.

Votre mission est de témoigner du Christ dans le territoire de la paroisse, en communion avec tout le diocèse et les autres paroisses.

Accomplir la mission que le Christ vous confie demande l’investissement de tous, la participation active en mettant en œuvre les dons reçus par chacun, charismes et autres. Les biens matériels de la paroisse, ses biens immobiliers, sont, eux aussi, au service de la mission. Ils ne sont pas une finalité en soi, mais des moyens mis à la disposition de la paroisse pour mettre en œuvre ses objectifs et accomplir sa mission. La paroisse n’est pas au service de ses biens matériels, ni au service de ses biens immobiliers ; ce sont ses biens immobiliers qui sont au service de la mission de la paroisse. Donc, votre mission n’est pas de faire vivre des bâtiments, mais d’accomplir la mission du Christ ici et maintenant.

Jésus, Lui-même, avec ses premiers disciples, n’a disposé d’aucun bâtiment, mais simplement de quelques ressources dues à la générosité, surtout de femmes. Rappelons-nous toujours qui nous voulons servir : Dieu ou l’argent ? Dieu, ou nos biens matériels ?

Tout choix comporte sa part de renoncement. En posant une option sur la future Maison paroissiale, choix encouragé par le diocèse, la paroisse accepte de renoncer à d’autres biens, de même qu’en choisissant de renforcer l’unité de la paroisse, elle renonce à d’autres manières de s’organiser, là encore avec les encouragements du diocèse.

Il est temps de rendre visible, ici en centre-ville, au cœur de l’agglomération, l’Église du Christ dans sa réalité actuelle : une Église toujours jeune, toujours en conversion, toujours en mission, une Église qui non seulement est loin d’être ringarde, mais qui est sans doute plus innovante que ne le pensent certains de notre monde. Ce n’est pas l’Église d’il y a 50 ans ou plus, mais l’Église du début du 3eme millénaire, l’Église fruit du Concile Vatican II, une communauté de frères et de sœurs, une communauté missionnaire où les plus pauvres se sentent chez eux, une communauté humble, fraternelle, digne de confiance, décomplexée, une communauté en sortie, soucieuse de permettre à nos contemporains de trouver des réponses à leur quête de sens, qui est énorme aujourd’hui… énorme ! 

Si nous savons écouter, si nous savons regarder, si nous savons être présents à ceux qui nous entourent, dans la rue et partout ailleurs, nous entendrons les cris du cœur humain. Le Pape nous invite à entendre les cris de la terre et aussi les cris des plus pauvres.

Alors, en vous investissant - surtout comme je le redirais à la Salette le week-end prochain - que personne ne dise : « Moi, je n’ai pas de charisme ! Je n’ai aucun don ! » C’est faux. Tous, nous avons reçu des dons et des charismes qui sont donc à mettre au service de la communauté, pour l’édification de la communauté. Nous avons donc tous notre part, ne serait-ce que par la prière et par le sourire. 

Le sourire n’est pas une spécialité de Grenoble, et pas toujours non plus des chrétiens de Grenoble. Dieu sait si, pourtant, le sourire est fondamental ! Dans la rue, le regard bienveillant, sourire aux personnes que nous rencontrons. Quelque fois, je suis frappé de certains regards fermés, et même parfois choqué. Les personnes qui arrivent à Grenoble me le disent tous. Moi-même, je l’avais déjà remarqué à mon arrivée et je continue toujours à en être frappé.

Le service, le charisme du sourire, le charisme d’un regard bienveillant, le charisme de l’écoute ! Alors, vous serez de bons gérants des biens que Dieu vous confie !

Amen.

Homélie audio Mgr Guy de Kerimel - Dimanche 22 septembre

Homélie du mercredi 18 septembre 2019, 24semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 7, 31-35. Psaume 110. Lettre de saint Paul à Timothée 3, 14-16.

 

Cette péricope évangélique devrait être relue, trois ou quatre fois au moins, pour découvrir combien elle est actuelle ! 

C’est à nous que Jésus s’adresse quand il dit : « À qui donc vais-je comparer les gens de cette génération ? À qui ressemblent-ils ? Ils ressemblent à des gamins… »

Est-ce une critique, un constat de la part de Jésus ?

Aujourd’hui, il me semble que ce constat est toujours actuel. Sans doute avez-vous remarqué que beaucoup de personnes réagissent sans prendre beaucoup de recul. Par exemple, si vous êtes familiers des sites internet et que vous lisez les commentaires de certains lecteurs écrits sur des sites pourtant sérieux, reconnus, vous pouvez être effarés ! La plupart des commentaires sur les réseaux sociaux ressemblent à des gamineries… faits par des “gamins assis sur la place…“ Ils peuvent être spontanés, primaires, violents, haineux, diffamatoires, la plupart du temps superficiels, non réfléchis, ni engagés.

Combien de fois, nous aussi, lors de conversations, ou même à la sortie d’une messe, nous pouvons entendre des commentaires pas toujours très justes.

Le texte que nous venons d’écouter nous décrit des hommes et des femmes comme insensibles à ce qui est vécu, insensibles à la joie, à la douceur de la musique : « Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. », insensibles aussi à la peine : « Nous avons chanté des lamentations, et vous n’avez pas pleuré. » … Un peu comme l’eau qui glisse sur les plumes d’un canard.

Certes, Jésus et Jean le Baptiste avaient des approches bien différentes, mais chacune de ces approches étaient une annonce du Plan de Dieu. Les prêches enflammés de Jean appelaient au repentir pour éveiller les âmes de ses contemporains à une prise de conscience profonde de leurs péchés. L’approche plus douce de Jésus a contribué à faire comprendre combien Dieu est miséricordieux. Dans nos vies, Dieu peut s’approcher de nous de diverses façons, toutes différentes pour nous faire changer, grandir et de fait… parfois, le changement n’est pas là (… de l’eau sur les plumes d’un canard !) 

Ce qui étonne Jésus, c’est le manque de discernement de ses contemporains. Ils ont pourtant entendu Jean le Baptiste ou lui-même, mais leurs conclusions sont trop rapides, erronées, à côté de la vérité. Ils s’arcqueboutent sur leurs certitudes.

Et pour nous ce matin, qu’en est-il ? Et pour notre génération ?

Nous entendons toutes sortes de choses et de discours, nous grandissons en intelligence, nous savons beaucoup de choses… mais que nous manque-t-il ?

Le texte répond à cette question, rapidement, mais il y répond quand il nous parle de la “sagesse de Dieu qui a été reconnue“.

Devant cette somme de superficialités, la sagesse de Dieu apporte non seulement une profondeur, mais aussi une épaisseur qui devrait nous permettre d’écouter Dieu qui nous parle au plus profond de notre cœur. Au plus profond de mon cœur, Dieu me confie des choses non seulement justes mais essentielles pour ma vie.

Certes, le texte s’achève un peu abruptement ; la conclusion de ce passage peut rester un peu énigmatique… De fait, c’est à chacun de nous de tirer la conclusion de ce passage. Dieu fait un cadeau à l’homme, un cadeau inestimable : c’est sa liberté, une liberté inaliénable ; nous sommes toujours libres d’agir ! Charge à l’homme de choisir en conscience, par cette liberté ; elle peut être l’instrument de son salut, (c’est ce que Dieu veut pour nous !) ou un moyen de rébellion et de perversion.

Frères et sœurs, efforçons-nous, déjà pour aujourd’hui, d’être les enfants de la Sagesse dont le Seigneur fait l’éloge dans l’évangile d’aujourd’hui !

Demandons ce matin, pour chacun de nous, de grandir en Sagesse et dans l’amour !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 15 septembre 2019, 23e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à la Collégiale Saint-André, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 15, 1-32. Livre de l’Exode 32, 7-11.13-14. Psaume 50.

Lettre de saint Paul à Timothée 1,12-17.

 

    Parmi les quatre évangélistes que vous connaissez (Matthieu, Luc, Marc, et Jean), saint Luc est souvent appelé l’évangéliste de la miséricorde. 

Pourquoi ? En particulier, à cause du chapitre 15éme que nous venons d’entendre.

  Que signifie le mot : miséricorde ? Être miséricordieux, c’est ouvrir son cœur à la misère de l’autre, des autres, pour enrayer cette misère, la soulager, la transformer. Tout le chapitre 15éme de saint Luc est un enseignement sur la miséricorde de Dieu.

L’évangile de ce jour nous rapporte trois paraboles pour essayer de nous faire réellement comprendre ce qu’est la miséricorde de Dieu, la profondeur de l’amour de Dieu.

Et vous ? Comment l’avez-vous compris ?

Ces trois paraboles semblent semblables sur bien des points, tout en présentant aussi des accents différents. Bien sûr, au temps de Jésus, elles s’adressent à ceux qui récriminent, ici, les scribes et les pharisiens, mais aujourd’hui, elles s’adressent à nous tous.

Remarquez que ces paraboles ne sont pas moralisantes ; elles veulent simplement nous montrer la gratuité du pardon, les bienfaits de la miséricorde, la tendresse de Dieu et son amour inconditionnel. Notons aussi surtout sa joie lorsque son espérance est comblée, lorsqu’un pécheur se convertit et se tourne vers Dieu.

Je vous propose de reprendre, en deux étapes successives, ces trois paraboles.

  • La parabole de la brebis perdue et retrouvée. Ici, le berger a un troupeau de cent brebis : un beau cheptel ! 

Comment peut-il abandonner quatre-vingt-dix-neuf d’entre elles pour aller à la recherche d’une « pauvrette » qui s’est égarée ? Est-ce bien raisonnable ?

Transposée dans le contexte de l’époque, les justes et les bien-pensants, ce sont les quatre-vingt-dix-neuf brebis, que le Christ abandonne pour aller chercher l’exclue, la brebis que l’on dit “perdue“. Comment le comprendre ? Cette brebis égarée a toute son importance et elle vaut autant, aux yeux de Dieu, que les quatre-vingt-dix-neuf autres. Au fond, le message de cette parabole est celui-ci : nous ne sommes pas sauvés parce que nous serions parfaits. Non ! Nous sommes sauvés par la gratuité de l’amour, parce que nous sommes prêts à nous laisser convertir par le Christ. Cela est source de joie, d’une joie pascale ! « Je vous le dis : c’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. » 

  • La deuxième parabole est celle de la pièce d’argent perdue, qui va être retrouvée. Cette parabole a un sens identique à la première, mais là, il s’agit non plus d’une brebis, mais d’une pièce de monnaie.

Dans le contexte de l’époque, cette pièce d’argent est l’équivalent d’une journée de salaire. C’est une somme importante ! Cette pièce vaut autant que les neuf autres pièces. Si on transpose à l’époque de Jésus, nous pouvons comprendre que la prostituée, l’exclu(e), le lépreux, l’étranger valent autant que le juste et celui qui se dit parfait.

  • La troisième parabole est celle du père et de ses deux fils. Nous la connaissons bien. On l’appelle la parabole du fils prodigue ; pourtant, c’est le père qui fait preuve d’une prodigalité extraordinaire.

Elle est composée de deux séquences : la première décrit l’attitude du père à l’égard du fils cadet, et la deuxième décrit son comportement vis-à-vis du fils ainé. Il est important de noter que chacun des deux fils a une image faussée, « pas juste », du père : 

  • le plus jeune pense qu’après les erreurs qu’il a commises, son père n’acceptera plus de le reconnaître comme son fils et qu’il s’estimera heureux si celui-ci l’accueille comme l’un de ses ouvriers : « Traite-moi comme l’un de tes ouvriers », dit-il à son père. 
  • Le fils ainé s’est comporté lui, en serviteur, mais pas comme un fils. Comme il le déclare lui-même à son père : « Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. » Ce fils se situe dans la servitude.

Manifestement, en y réfléchissant bien, les deux fils ne sont pas mieux ajustés l’un que l’autre sur le plan de leur relation avec leur père. À chaque fois, nous constatons que c’est le père qui sort, qui se précipite à la rencontre de ses fils pour leur dire tout l’amour qu’il porte à chacun d’eux, mais ceux-ci ne le comprennent pas !

Cela nous invite à une autre réflexion : quelle idée avons-nous, nous-mêmes, du Père ? Tout à l’heure, nous allons proclamer ensemble la prière du Notre Père, peut-être allons-nous la dire un peu mécaniquement, machinalement, sans vraiment penser à ce que nous disons… Mais, de fait, qu’avons-nous perdu que nous nous aimerions retrouver ? Où en sommes-nous de notre relation au Père, que nous ne comprenons pas toujours ? Nous qui sommes parfois des calculateurs, comment pouvons-nous relire autrement ces paraboles ?

Je vous invite à faire un peu de mathématiques. 

1% est le premier chiffre que je vous donne. Effectivement, dans la première parabole, il s’agit d’une brebis sur les cents. Elle représente donc 1% du capital. C’est une perte à laquelle nous pourrions ne pas faire vraiment attention, tellement elle est minime, 1% ! Pourtant, 1% après 1%, ce sont des patrimoines entiers qui s’érodent, qui se délitent. C’est aussi la vie familiale qui s’en va… 1% d’intérêt qui diminue, 1% de mon temps de prière qui disparaît peu à peu…, et, peu à peu, nous nous autorisons à pratiquer de moins en moins. « Mon père, 1%, ce n’est pas grave ! », mais si on cumule, les 1%, les uns après les autres, cela fait beaucoup, au bout du compte. La brebis perdue passe inaperçue et la plupart du temps, nous ne nous rendons même plus compte qu’elle s’est égarée… Moi-même, avec mon cœur de pasteur, il m’arrive d’être triste, ennuyé en constatant que je n’ai pas vu depuis longtemps tel ou tel paroissien. « Où est-il donc ? Aurait-il des besoins, des soucis ? Que faut-il faire ? Comment aller le rejoindre ? » Il y faut donc toute la vigilance d’un vrai berger, c’est-à-dire du Christ !

Jésus redouble la métaphore en passant de la brebis à la pièce d’argent, et là, il ne s’agit plus de 1%, mais de 10% ! Une pièce sur les dix pièces. Tout d’abord, il faut bien comprendre que la femme, dans l’Écriture, symbolise le peuple. Une femme perd une pièce d’argent qui représente 10% de son capital, une perte significative qui justifie un remue-ménage domestique pour tenter de la retrouver. Nous avons bien à l’esprit qu’à l’époque de Jésus, une pièce d’argent est frappée d’une effigie, celle de l’empereur César. Par analogie, les Pères de l’Église n’ont eu aucune difficulté à voir dans cette parabole, l’humanité en train de perdre sa ressemblance avec son Créateur au profit d’une idole humaine. L’argent, de temps en temps, ou parfois souvent, peut détourner par avidité ou désir du gain de Celui dont nous sommes ressemblance et image.

Dans la troisième parabole, c’est 100% ! 100% des fils qui ont perdu cette relation de gratuité au père. Peu importe que ce soit le fils cadet ou le fils ainé, nous aussi, nous qui sommes fils et filles de Dieu, peut-être avons-nous oublié notre ressemblance au Père, oublié son Amour, l’amour qu’Il a pour chacun de nous.

N’est-ce pas un peu “tristounet“ de rencontrer, dans notre société, tous ces chrétiens qui ont oublié, mis de côté la miséricorde de Dieu, alors que Dieu ne cesse de nous dire : 

« Je te cherche, je t’attends, je te pardonne et je t’aime tel que tu es ! »

Nous comprenons qu’il ne s’agit plus de calcul, mais d’un amour gratuit et miséricordieux que le Seigneur porte à tous. C’est cela l’Amour du Père, un amour qui est à 100%, quoi que nous fassions. Alors, souhaitons que chacun de nous redécouvre, à 100% et bien au-delà, cet Amour du Père, cet Amour que le monde réclame et dont il a tant besoin, cet amour que nos familles réclament et dont j’ai besoin au quotidien.

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 8 septembre 2019, 23e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis de Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 14, 25-23. Livre de la Sagesse 9, 13-18. Psaume 89.

Lettre de saint Paul à Philémon 9b-10.12-17.

 

Chers frères et sœurs, vous avez sans doute remarqué que certains textes, comme ceux-ci, nous bousculent… des textes denses. De fait, plusieurs fils rouges peuvent nous guider. L’un des fils rouges de ce matin qui nous aide à mieux saisir les lectures, est celui de l’amour :

  • Amour de la sagesse (dans le premier texte)
  • Amour d’un fils spirituel : Onésime qui est un esclave (dans la deuxième lecture)
  • Amour du Christ. (dans l’évangile)

Nous le savons très bien, toute notre vie, nous désirons aimer et être aimé ; l’amour est important, il est nécessaire ; plus encore, il est la condition même de notre vie. Mais l’amour véritable n’est pas n’importe quoi : l’amour est un don, il est une décision. L’amour a ses exigences et il nécessite des choix. Il oblige à prendre des risques, il pousse à faire des folies pour celui ou pour celle qu’on aime. Cette folie, ce peut être donner sa vie !

Tout au long de l’année, nous préparons des jeunes au sacrement du mariage. Ils viennent nous demander de l’aide pour tenir bon dans le temps. Dans notre paroisse, 18 mariages ont été célébrés, et à chaque célébration, j’ai répété la même chose aux fiancés : « Vous êtes des audacieux, vous êtes des fous de l’amour, et c’est merveilleux !  Nous allons vous aider à rester fidèles et unis dans cet amour. »

Saint Paul parlera justement de cette “folie de la Croix“, folie de l’amour du Christ pour chacun de nous, et folie d’amour qui est la nôtre si nous choisissons de marcher avec Lui. Nous pouvons noter une double folie :

  • Celle de Dieu qui va jusqu’au don suprême : le don de sa vie sur la Croix,
  • Celle du don que nous voulons faire de notre vie, pour Dieu.

Nous entrons dans une nouvelle année, nouvelle année scolaire, ou universitaire, …et une rentrée est toujours un moment fort, y compris au niveau spirituel. 

Pour certains, ce peut être l’arrivée dans une ville nouvelle, (et nous accueillons de nouveaux paroissiens ce matin), ou la rentrée dans une nouvelle paroisse, dans un nouvel établissement scolaire ou encore le début d’une nouvelle vie professionnelle.

Pour d’autres, ce peut être simplement la reprise d’une année que l’on espère un peu plus stimulante ou dynamique.

Quoiqu’il en soit, cette rentrée est une bonne occasion pour prendre de nouvelles résolutions : des résolutions simples, concrètes. Ne cherchons pas de choses extraordinaires, n’en faisons pas, non plus, une liste trop imposante ! Choisissons des résolutions pas trop nombreuses, accessibles, en nous promettant surtout de persévérer.

Une de ces résolutions, si vous le voulez bien, que nous pourrions choisir dans notre relation au Christ, c’est le désir d’une croissance humaine fraternelle, spirituelle, paroissiale ; le désir d’une croissance dans l’ordre de l’amour. Ce pourrait être un engagement dans l’un des services de la paroisse, pour aider, accompagner, former. J’espère que, cette année encore, vous serez nombreux à nous aider à être au service de tous, à commencer par les plus pauvres. Merci à chacun pour votre générosité : il est beau de se mettre gratuitement au service des autres. Cela me réjouit aussi, car la paroisse se doit de répondre à sa vocation missionnaire. 

Les textes d’aujourd’hui nous invitent à mieux comprendre le fondement même de notre vie chrétienne, son sens à la suite du Christ. Lors de notre baptême, nous avons reçu la vie qui s’enracine dans le Christ lui-même, plus exactement, qui s’enracine dans l’amour du Christ pour nous.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Je vous propose de nous laisser instruire, de nous laisser interroger par les lectures de ce jour. Êtes-vous prêts à écouter ce que le Christ veut nous dire ?

« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. »

Tout de suite, je vous rassure : oui ! Il est possible d’être disciple de Jésus ! Mais attention, ne faisons pas de contresens. 

  • Nous le savons, Jésus ne nous demande pas de mépriser qui que ce soit, et encore moins sa famille. Nous devons aimer notre famille ! Nous qui fêtons aujourd’hui la naissance de la Vierge Marie (8 septembre), nous le savons bien.
  • Il ne s’agit pas non plus de rechercher une croix, ou de vivre une certaine complaisance vis-à-vis de la souffrance, car la souffrance reste un mal.

Selon son habitude, Jésus nous demande de réfléchir, de nous déterminer, et de choisir. C’est ce que nous pouvons appeler la liberté humaine : c’est un don. 

Tout choix implique forcément un renoncement : choisir, c’est renoncer ! Par exemple, impossible d’aller dîner dans deux restaurants à la fois… impossible d’aller voir deux films en même temps, car nous ne pouvons pas nous couper en deux morceaux : il nous fait choisir. Si vous êtes ici ce matin, c’est que vous avez renoncé à aller vous promener à la campagne (ou vous le ferez plus tard !).

Choisir, c’est donc renoncer !

Trois questions importantes, incontournables se posent alors à nous, ce matin, des questions auxquelles nous ne pourrons répondre sans prendre le temps de nous asseoir, de réfléchir puis de discerner.

  • Première question : suis-je décidé à donner, à Jésus, la première place dans mon cœur ? Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de place pour les autres… mais la première place, pour Jésus.

Pour répondre à cette question, il me faut comprendre où je puise la force profonde et nécessaire pour ma vie quotidienne, où est-ce que je trouve mon espérance, où est-ce que je trouve ma joie ? Suis-je installé dans une routine que je subis (métro-boulot-dodo), où est-ce que je puise véritablement ma force et mon soutien pour ma vie familiale, amicale, paroissiale, en Jésus ? C’est bien Lui qui donne le sens de ma vie, à mon travail, à mes engagements, sens à tout ce que je suis appelé à vivre !

  • Deuxième question : en me mettant à la suite du Christ, je vais chercher à l’imiter, et

comme nous le savons, le disciple n’est pas au-dessus de son maître. Je vais donc forcément, à un moment donné de ma vie, être appelé à porter une (et peut-être plusieurs) croix sur mes épaules.

Il y aura la croix que nous allons recevoir des hommes autour de nous, qui vont nous la faire porter par bêtise, par colère, par rejet ou peut-être même par haine. De fait, nous constatons tous que le monde nous condamne à porter des croix. Il y a aussi les croix de la vie quotidienne.

Suis-ce prêt… désireux…capable… de les porter ?

Mais si certaines croix viennent des autres, il en existe que je me crée moi-même et qu’il me faudra porter aussi. Lors de ces moments difficiles, se pose une question : arriverais-je à être alors assez humble pour demander à Jésus, à mes frères et sœurs de m’aider à porter ces croix ? Est-ce que je suis prêt à confier à Jésus que je ne comprends pas tout et que j’ai la certitude qu’il est présent et qu’il m’aime. Suis-je prêt à poser cet acte de foi ?

Suis-je prêt à dire à Jésus, dans les moments difficiles, dans la souffrance de la maladie, ou dans d’autres souffrances : « Jésus, je sais que Tu es présent, et j’ai besoin de Toi et de la force fraternelle de la communauté paroissiale. »

  • Troisième question : elle est très radicale. Suis-je prêt à me défaire de tous mes biens, à me dessaisir de certaines de mes sécurités selon ce que l’Esprit Saint m’indiquera ? Ceux qui étaient présents cette semaine ont pu rencontrer Paul, séminariste, un jeune homme de 28 ans, ingénieur avec devant lui une belle carrière professionnelle. Pourtant, il a fait le choix de tout lâcher, de tout abandonner pour se mettre au service de l’Église et du Seigneur. De plus, nous savons bien que lors de notre mort, nous ne partirons pas avec notre fortune ou nos biens. Nous emporterons simplement ce que peut contenir notre cœur, ce que peut contenir mon cœur, c’est-à-dire l’amour.

Voilà les questions qui nous sont proposées, posées ce matin !

Je pourrais parfaitement comprendre que certains d’entre nous n’aient pas envie de les entendre ; elles sont dures, exigeantes et difficiles à comprendre, ou que d’autres soient même tétanisés par peur de choisir. En fait, suivre Jésus ne se décide pas sur un coup de tête ! Il s’agit de se lancer dans une aventure de longue haleine et, pour pouvoir durer jusqu’au bout, il faut se déterminer, dans la prière. Je ne pense pas qu’il soit possible d’y arriver tout seul. Vous connaissez le proverbe que je vous rappelle si souvent : « Un chrétien isolé est un chrétien en danger. » Je pense vraiment que c’est par, et dans une communauté priante et fraternelle, que nous pouvons vivre ensemble, cet attachement au Christ. Le jour où vous êtes las ou découragé, la communauté pourra prier pour vous. De même pour moi, le jour où vous me verrez trop fatigué, priez aussi pour moi ; j’ai besoin de vous et tout seul, je ne peux y arriver.

Comment faire ?

Je vous propose deux invitations, deux invitations qui nous permettront de prendre le temps de nous asseoir et de discerner ensemble ; deux invitations importantes pour lesquelles j’ai besoin de vous.

  • Première invitation : les assises paroissiales qui vont se tenir bientôt, les 21 et 22 septembre. Elles seront, pour chacun de nous, l’occasion de nous asseoir, de prier ensemble, de réfléchir pour discerner le cap à prendre, la bonne direction à choisir pour notre paroisse. Nous sommes aujourd’hui dans un renouveau et cette année qui commence sera, je vous l’assure, l’opportunité de beaux changements. D’ores et déjà, réservez toute la journée de votre samedi ! Le dimanche 22 septembre, notre évêque sera parmi nous pour bénir la nouvelle maison paroissiale. Nous vous attendons tous !
  • Deuxième invitation : il s’agit de vivre la session “Venez et voyez“. Combien de personnes se posent des questions sur le sens de leurs vies, des personnes aussi, dont les connaissances reçues au catéchisme sont si anciennes qu’elles réalisent qu’elles n’ont pas tout compris, pas tout retenu… Elles se demandent qui peut leur expliquer ce qu’est la Sainte Trinité, ce que sont les sacrements, comment être saint… Pourquoi l’Église ?… Cette session comprend trois soirées et un dimanche durant lesquels nous allons être nourris pour revisiter les fondements du christianisme, comprendre le projet de salut de Dieu pour chacun de nous. Vous savez que nous sommes tous appelés à la sainteté et à la Vie éternelle ? Comment pouvez-vous expliquer cela à vos familles, à vos enfants, à vos amis ?

Nous avons tous besoin de nous former pour transmettre ce que nous avons reçu ! Alors, prenons le temps de le faire, ensemble !

Depuis deux mille ans, une question est toujours posée :

Veux-tu devenir mon disciple ?

Je vous le redis, choisir de suivre le Christ ne peut se faire sur un coup de tête. C’est un choix amoureux, un choix déterminé !

Frères et sœurs, demandons, pour chacun de nous, que l’Esprit de sagesse nous inspire, et nous donne d’oser une réponse audacieuse pour notre salut, pour notre communauté et pour le monde !

Ainsi soit-il 

Homélie du mercredi 4 septembre 2019, mercredi de la 22esemaine du temps ordinaire année C.

Messe célébrée à Grenoble en église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 4, 38-44. Lettre aux Colossiens 1, 1-8. Psaume 51.

 

Après l’office à la synagogue de Capharnaüm, Jésus se rend chez Simon, peut-être pour y passer la journée. Dès son arrivée, il trouve une maison toute désorganisée, comme toute maison où se trouve un malade. La belle-mère de Simon est couchée, elle ne peut donc pas le recevoir ; elle n’a même plus la force de demander quoique ce soit ! Ce sont les autres habitants de la maison qui implorent Jésus en sa faveur. Alors, d’un mot, Jésus commande à la fièvre, de la même façon qu’il chasse les démons. Commander à la fièvre ! Chasser les démons ! Comme pour les démons qui sont expulsés, la guérison est instantanée.

Jésus guérit donc d’un mot cette femme, certes par sa parole, mais aussi, comme vous l’avez remarqué, par l’acte de foi de ses proches. Aussitôt, et sans un mot, la femme se lève et se met au service.

Peut-être vous êtes-vous demandé quelle était cette fièvre qui la clouait au lit ? Un coup de froid… un mal de tête… un virus ? Ou alors, est-ce que le texte que nous venons d’entendre pourrait être une invitation pour chacun de nous, à chercher plus loin ? Un enjeu important est présent ici pour nous, et tout particulièrement ce matin.

Quelles sont les guérisons que Jésus veut opérer en nous ?

Quelles sont les fièvres qui pourraient nous habiter ?

Certains pensent sans doute, qu’ils vont très bien, mais je vous propose de réfléchir un peu plus. La fièvre que relate l’évangile illustre les différentes fièvres dont nous pouvons être atteints et qui peuvent enflammer notre corps. La liste peut varier d’une personne à l’autre bien évidemment ; elle pourrait être en lien avec la sensualité, la colère, la mélancolie, la jalousie, la soif de pouvoir, le désespoir… 

Combien de fois nos convoitises sont comme un feu qui brûle et nous consume !

Bien des faiblesses que nous supportons ou que nous entretenons sont des portes d’entrée pour des fièvres encore plus graves : l’orgueil, l’envie, la haine, l’angoisse ou encore une image ternie de soi.

Ce que je sais, c’est que le Christ vient chasser ces foyers de destruction en mettant en notre cœur comme un baume de charité, de douceur, de confiance en soi et dans les autres. 

Ce que je sais, c’est que le Christ ne veut pas que nous soyons comme anéantis par toutes ces sortes de fièvre. Il veut nous voir sans cesse debout, nous remettre debout, dans une disponibilité de service !

« À l’instant même… », nous dit l’évangile, « …la femme se leva et elle les servait. » La belle-mère de Simon-Pierre se remet debout et se met au service, retrouvant immédiatement une charité active, car c’est bien le sens de la guérison que le Seigneur veut opérer en nous. C’est ce que le Christ vient réaliser en notre vie : nous libérer ce qui nous entrave, et tout d’abord nous libérer du péché pour que nous puissions aimer en vérité.

Peut-être est-ce le bon jour, aujourd’hui, pour demander pardon au Seigneur pour, par exemple, une complaisance ou une négligence que nous pouvons avoir vis-à-vis de ces fièvres intérieures ?

Deux petites idéespeuvent nous y aider : 

- Venez participer, ce soir si cela vous est possible, au groupe de prière. De fait, la louange, chanter ensemble, partager et prier est déjà une grâce et un baume de douceur que le Seigneur nous offre.

- Comme vous le savez, tous les matins, il est possible de recevoir le sacrement du pardon et de la réconciliation. C’est aussi le lieu de la guérison auquel le Seigneur nous invite. Il nous y attend !

Frères et sœurs, demandons, pour chacun de nous, le désir d’être guéri, encore et sans cesse, par Notre Seigneur !

Ainsi soit-il 

Homélie du lundi 2 septembre 2019, 22esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 4, 16-30. Psaume 95. Première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 4, 13-18

 

Ce texte est un évangile important, fondateur de la mission de Jésus. Il faudrait un peu plus de temps pour le développer vraiment. C’est pourquoi, brièvement, j’aimerais en retenir un seul mot. Voici le mot qui m’a nourri dans mon temps de prière ce matin: “aujourd’hui“.

Aujourd’hui, pour chacun de nous, commence une nouvelle année… d’une certaine façon, sans doute dans la continuité de ce que nous vivons, mais cependant, la fin des vacances et la rentrée scolaire marquent une nouveauté. 

Aujourd’hui :

- Les élèves rentrent en classe,

- Les professeurs sont prêts à les accueillir.

- Nous sommes invités, dans notre paroisse, à entrer dans un nouveau projet que nous sommes en train de préparer.

« Aujourd’hui », c’est le premier mot que prononce Jésus et le mot clé de la première homélie qu’il donne dans la synagogue de Nazareth, lieu de son enfance.

Imaginons la scène ! La communauté est là, rassemblée pour un sabbat ordinaire, mais tous attendent quelque chose de Jésus. On lui présente le Livre. Jésus lit le passage d’Isaïe et tous ont les yeux fixés sur Lui. Ils savent très bien tout ce qui s’est déjà passé, que ce soit à Capharnaüm ou dans d’autres lieux où Jésus a accompli des signes surprenants, extraordinaires. 

Nous savons aussi que les habitants de Nazareth connaissent la famille de Jésus. Ils le connaissent comme étant le fils de Marie et de Joseph et ils s’interrogent : « N’est-ce pas le fils de Joseph ? ».

 “Aujourd’hui“ :dit Jésus

“Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’écriture que vous venez d’entendre !“

Comment cela va-t-il s’accomplir ? Jésus s’applique à lui-même la parole du prophète : “l’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. “… pour une mission bien particulière, pour une œuvre de liberté, pour une œuvre de lumière, pour une œuvre de miséricorde.

Au moment où Jésus prononce ces paroles, c’est toute l’attention, l’espérance, l’attente du peuple juif, du peuple d’Israël qui est là, tendu vers la Parole de Jésus. Depuis de longs siècles, ils espèrent la venue du Messie, et voilà que Jésus leur dit : “aujourd’hui“

Alors : 

·      “Tous, dans la synagogue avaient les yeux fixés sur Lui.“ 

·      Tous s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, car c’est Dieu lui-même qui annonçait une réalisation nouvelle.

Si dans un premier temps, l’assemblée est dans l’étonnement, très vite, à la suite de l’homélie de Jésus, va naître une incompréhension qui va se transformer en colère, et gronder en eux jusqu’au refus de croire.

Et pour nous ? En ce 2 septembre 2019, pour cet « aujourd’hui », nous sommes invités à poser encore et sans cesse, un acte de foi. Lorsque le Christ-Messie nous redit au cœur de notre liturgie :“l’Esprit du Seigneur est sur moi“et lorsqu’il affirme avec conviction que “c’est aujourd’hui, que cette écriture s’accomplit pour vous qui venez de l’entendre“ 

- Qu’en est-il de notre “aujourd’hui“ ? 

- Où en sommes-nous de notre relation au Christ-Messie ?

Peut-être que certains de nous se trouvent pauvres en espérance, pauvres en joie ? Peut-être même fatigués de demander et d’attendre une guérison ?

Pourtant, et je le crois fermement, aujourd’hui, le Christ veut nous redire son amour, sa présence.

Aujourd’hui, par sa Parole et son eucharistie, Jésus vient jusqu’à nous, rayonnant de gloire, porteur de cette Bonne Nouvelle. Il nous envoie d’auprès du Père son Esprit saint, l’Esprit Paraclet pour qu’il soit à jamais avec nous. Ce que Jésus est en train d’affirmer pour chacun de nous, est ce surcroît d’espérance et de force, ce renouvellement dans la force de l’Esprit saint. En retour, il nous demande une seule chose, toute simple, mais porteuse de certitude, d’espérance et de paix : garder les yeux fixés sur Lui !

Frères et sœurs, en cet aujourd’hui, que ce soit l’occasion pour chacun de nous, de poser cet acte de foi ! Gardons aujourd’hui, ensemble, les yeux fixés sur Lui seul et davantage encore, au cœur de l’adoration qui va suivre notre célébration eucharistique ! 

Prendre du temps avec Jésus,

Garder les yeux fixés sur Lui, déjà, pour aujourd’hui !

Puissions-nous demander cette grâce pour toutes les familles, pour nous-mêmes, pour toute notre communauté paroissiale et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 1erSeptembre 2019, 22edimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Luc de Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 14, 1.7-14. Livre du livre de Ben Sirac le Sage 3, 17-18.20.28-29. Psaume 67. Lettre aux Hébreux 12, 18-19.22.24a.

 

L’évangile de ce jour est riche d’enseignements. Sans doute, avez-vous remarqué qu’il est constitué de deux parties, chacune portant un message particulier.

- La première partie est celle de la parabole des invités au repas.

- La seconde partie est un ensemble de remarques que Jésus fait à celui qui l’avait invité.

 

Commençons parla première partie, la parabole du repas !

Jésus, ici, ne se situe pas dans le domaine des convenances sociales ; c’est une parabole, c’est-à-dire une histoire qui porte un message, une leçon qui révèle les réalités du Royaume ! Jésus ne nous explique pas comment recevoir les parents, la famille, les amis, car, nous le savons bien, la façon de faire dépend des diverses cultures et des convenances locales. Une réception de mariage, par exemple, sera bien différente en Afrique ou en Europe, au Sénégal ou en France. Dans certains pays, la fête peut même durer plusieurs jours !

Ici, Jésus nous parle des convenances du Royaume de Dieu. Il exprime une vérité qui nous concerne tous dans la relation que nous entretenons avec Dieu.

Que nous dit-Il ? Ne faites pas les prétentieux, mais restez humbles devant Dieu. En d’autres mots, pour entrer dans le Royaume de Dieu, il faut se faire « humblement petits » ! Pourquoi ? Nous ne pouvons pas nous sauver nous-mêmes ; c’est Dieu qui nous sauve !

Prenons un exemple : en priant hier, je pensais à Jean Vanier, cet homme qui a créé l’Arche. C’était un grand monsieur par la taille et si humble par le cœur ; il est décédé il y a quelques mois, le 7 mai. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises et j’ai même pu vivre une retraite incroyable avec lui. Il avait, à sa façon, l’attitude essentielle d’humilité du chrétien. Il a été conduit à la pratiquer en se mettant au service des personnes qui portent un handicap, (handicap de toutes sortes). Il s’est mis à l’écoute de chacune d’elles. Je ne sais pas si vous le savez, mais comme Jean Vanier, bien d’autres personnes encore se sont mises au service et à l’écoute des autres. Dans notre paroisse, je connais des personnes toutes dévouées qui vivent ce don d’eux-mêmes, au service de ces petits du Royaume. Se conduire ainsi, c’est refuser de se faire valoir et de se considérer supérieur à eux. Sachez aussi que ce chemin d’humilité peut devenir réellement communicatif et un bel exemple ! 

Il est important de comprendre ce chemin, car il en va ainsi dans le Royaume de Dieu. Il s’agit de choisir la dernière place, de laisser Dieu agir en nous, à sa façon, pour nous rendre plus proches de Lui et des autres, à la place qu’Il a choisie pour nous. 

Voilà le premier message que nous pouvons entendre ce matin : 

  • Ne pas faire les prétentieux avec Dieu, se reconnaître petits, avec une juste humilité. 
  • Accepter d’avoir besoin de Dieu pour conduire notre vie
  • Prendre le temps de méditer cette phrase qui peut parfois choquer ou être difficile à comprendre : « Quiconque s’élève sera abaissé, et qui s’abaisse, sera élevé. »

Puis, dans la deuxième partie de l’évangile, nous lisons les remarques que fait Jésus à son hôte, un pharisien. Ce texte est percutant ; imaginez que vous soyez invité et que, dès votre arrivée, vous vous permettiez d’exprimer de telles remarques… Quelle serait la réaction de votre hôte ? 

Et pourtant, les paroles de Jésus s’appliquent aussi à nous ; c’est un peu comme s’il nous disait : « Dis-moi qui tu invites, et je te dirai qui tu es. » 

Là encore, Jésus ne vient pas briser nos convenances, nos usages, nos habitudes de politesse, car il est essentiel et génial d’inviter ses parents, de se retrouver entre amis, de réunir la famille et de faire la fête ensemble ! Je fais ce constat : la paroisse manque de ces rencontres festives. Ces moments de convivialité sont nécessaires au dialogue et à de vraies rencontres !

Ce que Jésus veut nous faire remarquer dans ce texte, c’est qu’un chrétien ne peut pas se limiter à ces seules invitations dans un cercle restreint. Pour vivre déjà ce Royaume de Dieu, il nous faut maintenant penser aussi aux autres, à ceux qui sont plus faibles et dans le besoin. 

Vous savez combien une visite auprès d’un malade est appréciée ! Un appel téléphonique, une petite carte envoyée des vacances pour une personne âgée est un vrai cadeau et procure un grand plaisir. 

Le chrétien est celui qui ne ferme pas sa porte aux autres et qui ne vit pas dans son petit monde confortable, bien clos. Il a à cœur de penser aussi à celles et ceux qui vivent autour de lui. Il me revenait, en mémoire hier soir, cette phrase de l’Évangile de saint Matthieu : « En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? » (Mat 5,46) C’est ainsi que Jésus nous met en garde !

Par exemple, le Pape François nous montre quelqu’un qui souhaite aller le plus loin possible vers les autres. Il nous invite à aller sans cesse vers ce qu’il nomme les « périphéries ». Il ne s’agit pas d’aller à l’autre bout du monde, mais parfois de regarder simplement le visage d’une personne croisée dans la rue, notre voisin de palier, notre collègue de travail et oser déjà un sourire. Le Pape François nous demande aussi de ne pas avoir peur de nous laisser déranger par les besoins des personnes autour de nous. 

Cette leçon, cette invitation, nous la retenons pour notre paroisse. C’est pourquoi, certes modestement, nous avons un projet que nous allons mettre en œuvre dans les semaines qui viennent : l’ouverture de notre nouvelle maison paroissiale 

Je ne sais pas si vous le savez ; nous allons aménager, juste à côté de l’église saint Louis, tout près, un magasin qui va devenir notre nouvelle maison paroissiale. (Si certains s’interrogent sur cette dépense, nous revendons les actuels bureaux de la Paroisse - au 1, rue de Sault – en espérant équilibrer l’achat). Nous aurons donc un accueil de plain-pied, avec une porte qui s’ouvrira automatiquement pour accueillir tous ceux qui se présenteront. Ils pourront être reçus, informés, écoutés. Cet accueil sera large et ouvert bien au-delà de notre paroisse. 

Le chrétien devrait mettre au premier plan cette gratuité, réelle, généreuse dans sa vie, vivre le don de soi au sein de sa famille, pour les autres. C’est ainsi que notre paroisse pourra vivre et répondre à sa mission actuelle. Une Paroisse, c’est une communauté d’hommes et de femmes !

Vous connaissez bien cette phrase que je cite volontiers : « Un chrétien isolé est un chrétien en danger. » Tout seul, on ne peut rien faire, mais ensemble, on peut tout espérer, on peut tout faire !

Aujourd’hui, je rends grâce et je remercie chaleureusement tous les bénévoles de la paroisse, et ils sont nombreux. Vous ne les connaissez peut-être pas tous, car certains d’entre eux sont très discrets : il y a ceux qui sont au service de la paroisse pour les célébrations, les musiciens, les chantres, ceux qui sont à l’accueil ou qui assurent l’entretien, les fleuristes, ceux qui ouvrent l’église le matin, puis la ferment le soir, ainsi que tous ceux qui assurent les services de la paroisse : préparation au mariage, baptême, funérailles, service auprès des jeunes, la communication, les documents administratifs, les charges financières… Impossible de tous les citer, ils sont nombreux à être généreusement au service des uns et des autres ! Merci à tous !

Ce matin, je m’adresse tout simplement à celles et ceux qui n’ont pas encore de service ; quel dommage ! C’est pourquoi je vous invite, en ce début d’année à venir nous rencontrer pour nous dire ce que vous souhaitez, ce que vous pouvez offrir de vos charismes, compétences, de votre temps... Nous avons besoin de vous, et je le répète, car c’est ensembleque nous pouvons déjà changer ce que nous sommes et ainsi transmettre autour de nous, cette joie du service.

Voilà l’invitation que j’ai envie de vous lancer ce matin ! 

Soyez attentifs aux différentes invitations et sollicitations que vous allez recevoir ; en ce début d’année, la paroisse prend un nouvel élan, elle va beaucoup changer. Les 21 et 22 septembre, vont se dérouler les Assises qui vont donner une impulsion, un « peps nouveau » pour notre paroisse. À cette occasion, vous êtes tous invités à donner vos idées, à dire ce que vous avez envie de vivre, ce qui manque, à exprimer vos désirs et même vos rêves… J’ai besoin de chacun de vous, nous avons besoin les uns des autres, pour ensemble construire notre paroisse. 

Dimanche 22 septembre, notre évêque, Mgr Guy de Kerimel, viendra bénir la nouvelle maison paroissiale et célébrer l’eucharistie.

Je sais bien qu’il n’est pas facile de vivre ce que Jésus nous demande. Pour y tendre, une attitude que j’essaie de développer déjà pour moi-même, nous est indiquée avec conviction par Ben Sirac le Sage dans la première lecture : c’est l’humilité. Il l’exprime si bien que je vais vous relire le passage : 

« Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. 

Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. 

Grande est la puissance du Seigneur, et les humbles lui rendent gloire.

La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. »

Alors, frères et sœurs, demandons au Seigneur de nous garder toujours conscients que c’est de Lui seul que nous recevons notre grandeur. Ce n’est pas nous qui nous faisons grands, c’est Lui qui nous élève !

Comme sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, remettons-lui notre petitesse et nos limites, tel un enfant qui se jette entre les bras de ses parents ! C’est ainsi que le Seigneur nous aime !

En ce début d’année, je souhaite que notre communauté paroissiale, enfin existe pleinement, qu’elle soit conviviale et fraternelle ! Qu’elle réalise joyeusement sa mission auprès de tous !

Frères et sœurs, demandons cette grâce pour chacun de nous, pour nos familles, notre paroisse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 28 août 2019, mercredi de la 21esemaine du temps ordinaire année C.

Messe célébrée à Grenoble en église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 23, 27-32. Lettre aux Thessaloniciens 2, 9-13. Psaume 138.

 

En relisant l’histoire de sainte Monique et de saint Augustin, je me disais que vous seriez peut-être intéressés si je vous les relatais, ce matin. Saint Augustin est, chronologiquement parlant, un des premiers grands philosophes chrétiens de l’histoire. Il a eu une action à la fois pastorale, mais aussi politique et doctrinale. Son œuvre est immense et souvent, nous le connaissons simplement par quelques citations. En voici quelques-unes :

“Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède.”

“Aime, et fais ce que tu veux.”

“Les riches : vous voyez bien ce qu'ils ont, vous ne voyez pas ce qui leur manque. ”

“Crois pour comprendre.”

“La prière est le plus grand rempart de l'âme.”

“La mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure.”

Aurelius Augustinus naît le 13 novembre 354 à Thagaste en Numidie (aujourd'hui Souk Ahras en Algérie).C'est donc un romain d'Afrique, issu d'une famille assez modeste : son père, Patricius, est un petit propriétaire foncier.L'éducation à donner au jeune Augustin cause de la tension entre ses parents car le père reste attaché à la religion du paganisme romain alors que sa maman, Monique, est une fervente chrétienne (l'Eglise la fête la veille de la fête de son fils : sainte Monique). 

Augustin sera élevé dans la religion maternelle.Il reçoit une formation intellectuelle solide et envisage un temps de devenir avocat mais, en réalité, il devient professeur dans sa ville natale, puis à Carthage, où il fonde une école de rhétorique, et enfin à Rome et à Milan. Pendant cette période, au désespoir de sa mère, il s'éloigne de la religion de son enfance, et mène une vie intense, une vie de débauche, dira-t-il dans les Confessions, une vie tourmentée, divisée entre son amourpour la femme avec laquelle il est lié, sa passionpour la littérature et le théâtre, et ses inquiétudes métaphysiques. Il est à la recherche de la vérité ; il en a soif !

Il découvre très tôt la philosophie, en lisant Cicéron,mais c'est d'abord au manichéisme qu'il seconvertit. C’est une religion qui connaît à cette époque, une grande expansion. 

Qu’est-ce que le Manichéisme ? C’est l’enseignement d’une vision dualiste et tragique du monde (le conflit entre le Bien et le Mal). Cette religion préconise une morale très ascétique par laquelle l'âme ferait son salut en s'arrachant au monde mauvais. Augustin, déchiré par ses conflits internes, est séduit par cette doctrine et y adhère pendant neuf ans. A son arrivée à Milan, il s'éloigne déjà du manichéisme. Il découvre alors le grand théologien chrétien Ambroise (plus tard saint Ambroise) qui lui fait découvrir le christianisme, et Augustin découvre, peu à peu, le Dieu vivant ; mais cette adhésion intellectuelle n'est pas encore décisive.

C'est dans un jardin de Milan que lui vient la révélation.Il entend une voix qu'il interprète comme celle de Dieu. Abandonnant l'enseignement, il se retire avec quelques amis et rédige ses premiers dialogues philosophiques. Puis ce sera trois ans de vie monastique et il se voit confier des charges ecclésiastiques. A partir de ce moment, la vie d'Augustin se confond avec l'activité qu'il exerce comme prêtre, puis comme évêque d'Hippone (395). Participant activement à tous les grands conflits qui secouent l'Eglise d'Afrique, il produit en même temps une œuvre immense, à la fois philosophique et théologique. 

Nous pouvons retenir que Saint Augustin est donc un jeune homme en quête d’un sens à sa vie. Dans sa recherche de vérité, il s’égare sur des chemins d’erreur… jusqu’à sa rencontre décisive avec le Christ. Par ce désir insatiable de vérité, son itinéraire de conversion est très actuel, bien qu’il ait vécu au 4ème siècle.On peut constater une certaine analogie avec la recherche de sens de certains jeunes, aujourd’hui.

 Ses trois œuvres les plus célèbres sont les Confessions (396-397), La Trinité (400-416), La Cité de Dieu(411-426). Si vous le pouvez, lisez une de ces trois œuvres !

La fin de la vie d'Augustin est assombrie par l'effondrement de l'Empire romain d'Occident. C'est dans une ville assiégée par les Vandales qu'Augustin meurt le 28 août 430 à Hippone (aujourd'hui Annaba au Nord-est de l’Algérie).

Voilà ce que je vous propose de retenir pour aujourd’hui. Ne craignons pas de relire sa vie afin d’aiguiser en nous, le désir de la Rencontre du Christ !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 26 août 2019, lundi de la 21esemaine du temps ordinaire année C.

Messe célébrée à Grenoble en église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 23, 13-22. Lettre aux Thessaloniciens 1, 1-5.8b-10. Psaume 149.

 

En lisant ces textes hier soir, il m’a semblé que nous pourrions commencer par lire ensemble et nous arrêter sur le début de cette première épître aux Thessaloniciens. 

Très souvent, l’homélie s’articule autour de l’évangile, mais aujourd’hui, j’aimerais vous donner le goût de lire cette lettre qui nous est proposée en première lecture. 

Nous allons en poursuivre la lecture tout au long des semaines à venir.

La première épître aux Thessaloniciens est belle ; selon les exégèses, elle est le document le plus ancien du Nouveau Testament. Il est possible qu’elle ait été écrite à Corinthe, vers l’an 51.

Savez-vous où se trouve Thessalonique ? Si vous êtes allés en Grèce, peut-être l’avez-vous visitée. Cette ville existe toujours, elle est même la deuxième localité la plus peuplée après la capitale.

Les lettres écrites aux chrétiens de Thessalonique sont au nombre de deux et d’après les deux premiers versets, nous pouvons penser qu’elles sont bien de la main, de la plume de Saint-Paul. Elles sont connues et citées depuis la plus haute antiquité chrétienne. Saint Ignace d’Antioche, saint Irénée, saint Polycarpe ou saint Justin, ou encore Tertullien s’y réfèrent.

L’Apôtre Saint-Paul associe à son nom, les noms de ses deux collaborateurs : Silvain et Timothée. Ne soyez pas étonnés si, de temps en temps, ce Silvain est appelé Silas, c’est le même personnage.

Les destinataires de cette lettre sont donc les membres de l’église de Thessalonique.

Thessalonique est une ville située à 150 kilomètres d’une autre ville qui se nomme Philippe. C’est une ville portuaire importante dont le port est animé de nombreux échanges commerciaux. Elle a été fondée par Cassandre de Macédoine en 315 avant Jésus-Christ. Le nom qu’il lui avait donné est dérivé de celui de son épouse, une sœur d’Alexandre le Grand.

En l’an 42 avant Jésus-Christ, Octave (le futur Auguste César) avait déclaré cette ville “libre“ qui est un statut important pour dynamiser et favoriser le commerce. En effet, les habitants de Thessalonique l’avaient soutenu dans sa lutte pour la conquête du pouvoir. Ce statut permettait aussi à la ville de se doter de sa propre administration juridique. Sa population était constituée essentiellement de romains et de juifs.

Précisons que le mont Olympe se trouve à quelques kilomètres au sud-Est de la ville. Dans l’antiquité, il était considéré comme le foyer des douze divinités païennes (les divinités du panthéon gréco-romain antique)

Paul arrive donc dans la ville de Thessalonique, accompagné de Silvain et de Timothée, après avoir vécu un moment difficile à cause de l’élite romaine dans la ville de Philippe (Ac 16,20-21)

. C’est à la suite de la prédication de Paul que l’église chrétienne est fondée. La majorité de ses membres est constituée de païens convertis, donc de Romains.

Selon sa façon de faire habituelle, Paul s’était tout d’abord approché des juifs de la ville, pour les persuader que les prophéties de l’Ancien Testament annonçaient la Passion et la mort de Jésus et que Jésus était justement ce Messie annoncé, promis et attendu. Ces compatriotes ne sont pas totalement convaincus par Paul, cependant, parmi les païens qui entendent les messages de Paul, certains se convertissent. Ce succès provoqua la jalousie des juifs qui déclenchent alors la persécution, à nouveau, de Paul et de ses amis, qui sont obligés de quitter assez rapidement la ville.

C’est à la suite de cette persécution que Paul écrit ces deux lettres aux chrétiens de Thessalonique. Cette ville fut ainsi la deuxième grande ville européenne, après la ville de Philippe, à entendre la prédication de Paul et à recevoir l’évangile. 

Dès le début et par la suite encore, la communauté chrétienne de Thessalonique a subi de lourdes tribulations, mais c’est avec énormément de joie et de ferveur que les Thessaloniciens ont accueilli l’évangile et la Parole de Jésus.

En vous proposant ce matin ces explications historiques, mon désir est de vous inviter à lire ces deux lettres, à les goûter, à vous imaginer la scène, Paul en train de proclamer, d’enseigner des païens qui vont devenir chrétiens.

En écoutant et en lisant ces lettres, puissions-nous, nous aussi, nous convertir et reconnaître le message de Grâce de notre Seigneur par ses témoins et ses apôtres !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 21 août 2019, mercredi de la 20esemaine du temps ordinaire année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 20, 1-16. Livre du livre des Juges 9, 6-15. Psaume 20.

 

J’avoue avoir un peu hésité à commenter soit la première lecture du livre des Juges, qui est une lecture truculente, soit l’évangile de ce matin. J’ai finalement choisi le texte de l‘évangile, mais je vous invite à relire cette première lecture, très intéressante.

Si j’ai finalement opté pour la parabole des ouvriers, des journaliers, c’est qu’elle est vraiment surprenante par sa « justice ». Comment aurions-nous réagi si nous nous étions trouvés dans la file des journaliers qui, ce soir-là, attendent leur salaire ? Peut-être aurions-nous protesté ou grogné en disant : « Regardez ces resquilleurs ; ils sont arrivés les derniers à la vigne et ils sont payés les premiers, au même salaire que nous ! » 

Peut-être avons-nous déjà eu ce genre d’attitude, par exemple : dans la file des clients qui attendent leur tour à la caisse d’un supermarché alors qu’une personne nous double sous prétexte qu’elle est pressée et n’a que trois petits articles à régler. Au fond de nous-mêmes, nous sentons comme un mouvement d’indignation et même d’une sourde colère.

Ou bien, imaginons une entreprise dont certains employés arrivés à 17H et repartis à 18H, recevraient le même salaire que les autres qui ont travaillé toute la journée ! Peut-être même serions-nous blessés dans nos convictions égalitaires et notre idée de justice.

« Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur ! »

 

Qu’est-ce que Jésus veut nous dire ?

Finalement, quel est le sens de cette parabole ?

Une des phrases qui pourraient nous permettre de mieux saisir le sens peut être celle-ci : « Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : “Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?“ »

Le ton est sévère ! Mais le maître de la vigne se radoucit aussitôt lorsqu’il entend la réponse de ces hommes : « Parce que personne ne nous a embauchés. »Il me semble que la pointe de la parabole se trouve en ces mots ; nous pouvons mieux saisir le réflexe du Maître de la vigne. Peut-être a-t-il pensé intérieurement que ces hommes-là risquaient de rentrer chez eux, une heure plus tard, sans salaire ; comment feront-ils pour nourrir leurs familles ? Les voilà chômeurs et, vraisemblablement, ce n’est pas de leur faute… Puisque je peux compenser leur malheur, je vais le faire !

Voilà pourquoi les ouvriers de la dernière heure reçoivent aussi un denier, une pièce d’argent, comme les autres. Là où nous serions tentés de trouver une injustice, il y a donc une charité courageuse qui brave les critiques et les incompréhensions.

Attention, ne voyons pas dans cette parabole un encouragement à la paresse, de la part de Jésus ! Si Jésus, dans ce texte, semble y mettre une pointe d’exagération, c’est parce qu’il veut ébranler nos habitudes de tout peser, de tout compter, de tout mesurer, de tout ramenerà une question de quantité… comme si Jésus, une fois de plus, voulait nous redire que Dieu ne réagit pas comme nous ; Dieu ne juge pas, il n’agit pas comme nous pourrions l’imaginer ! Ne comparons pas nos mérites, sinon nous serons paralysés dans nos efforts et, sans doute aussi, un peu agacés !

Comment pourrions-nous résumer cette parabole ?

Retenons deux choses :

- Dieu est bon ! Dieu est celui qui donne sans calcul.

- Ne regardons pas d’un œil mauvais celui qui est bon ! 

Et nous, comment regardons-nous le frère ou la sœur ? Peut-être, déjà pour aujourd’hui, pouvons-nous ouvrir nos yeux, les yeux de notre cœur et découvrir avec joie la bonté de Dieu. Ne serions-nous pas nous-mêmes, ces ouvriers de la dernière heure ? Jésus nous appelle “mon ami“ ! N’attendons pas 17H, ce soir pour aller à la vigne du Seigneur ; tout au long de cette journée, osons parler de Lui autour de nous, de Lui et de sa bonté !

Ainsi soit-il !

Homélie de la veille de l’Assomption de la Vierge Marie 2019, année C.

Messe célébrée en la Collégiale saint André, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 27-28.

 

Il est possible que certains d’entre vous soient surpris par cet évangile ; en fait, c’est celui de la veille du 15 août que nous propose la liturgie pour cette solennité. 

Rappelez-vous, le 30 mai dernier, nous célébrions l’Ascension de Jésus. Nous regardions Jésus monter au ciel, et nous nous posions la question : cela peut-il nous arriver aussi ? 

Aujourd’hui, c’est la fête de l’Assomption de la Vierge Marie qui nous rassemble. Il nous faut comprendre que Marie est montée “corps et âme“ au ciel.

Avez-vous déjà noté que fréquemment les enfants et certains adultes confondent un peu les deux mots : Ascension et Assomption ? Il est vrai qu’ils se ressemblent. 

De plus, dans un cas comme dans l’autre, c’est une montée et une entrée vers le ciel qui sont au centre de la célébration. Il y a donc un lien entre l’Ascension de Jésus et l’Assomption de Marie !

Mais, si je veux aller un peu plus loin, il y a, cependant, une différence importante.

Étymologiquement, « Assomption » vient du latin « assumere » : littéralement : « prendre avec soi, enlever, tirer ». L’entrée de Marie, corps et âme au Ciel, n’est pas une nécessité découlant de sa perfection, mais un don que Dieu fait à la Mère de Dieu. 

On n’emploiera donc pas, pour la Vierge Marie le terme d’ « Ascension »,mais « d’Assomption »- 

L’ « Ascension » qui est réservée à la montée de Jésus –  vient du latin « ascendo » :  qui veut dire que l’on monte soi-même. 

Dit autrement : 

-    Jésus, par son Ascension, monte vers son Père parce qu’il est Dieu,

-    Marie dans son Assomption,est enlevée au Ciel, par le don gratuit de Dieu.

Cette fête nous dit un départ et une montée, mais aussi une arrivée : c’est donc un chemin de la terre vers le Ciel ! Cette arrivée au Ciel nous donne de comprendre que Marie nous précède dans la gloire ! Il y a là, une révélation essentielle qui nous renseigne sur notre propre devenir ! Je m’explique !

Qu’un semblable départ couronne la vie de la Vierge Marie surprend et continue à interroger nos contemporains, les plus sceptiques ou les plus détracteurs.Marie, n’est-elle pas, comme nous, une créature ? Comment peut-elle avoir ce privilège ?

C’est pour cela, précisément, que cette fête nous concerne. En effet si Marie - qui est, assurément, l’une de nous - se voit ainsi introduite dans la gloire même de Dieu, comment ne serions-nous pas appelés, à notre tour, à entrer dans cette gloire ? 

Ainsi donc, au moment même où nous fêtons Marie, nous célébrons aussi, par anticipation (si telle est notre constant désir), ce salut dont Dieu couronnera nos vies. Par cette solennité, nous fêtons aussi notre propre salut. Marie, en entrant dans la gloire tout comme son Fils, voit se réaliser en elle ce qui est notre avenir.

Je discutais hier, avec un couple de la Paroisse déjà un peu avancé en âge, qui me disait, au sujet de cette fête, qu’elle était récente, et qu’ils se souvenaient parfaitement de son institution.C’est vrai que le dogme de l’Assomption est relativement nouveau, puisqu’un certain nombre de nos contemporains ont connu la date à laquelle a eu lieu la proclamation du Pape Pie XII, (le 1ernovembre 1950), affirmant que la Vierge Marie a été glorifiée en son corps et en son âme.

Cette définition du dogmedit simplement une reconnaissance : depuis des siècles, cette montée de Marie au Ciel était admise et acceptée. C’est pourquoi certains ordres religieux sont placés sous ce vocable : les Assomptionnistes, par exemple ! Ou encore la consécration de la France à Notre-Dame de l’Assomption par Louis XIII en 1638. (Oui, la France est toujours consacrée à Notre-Dame de l’Assomption).

Ce que nous pouvons retenir, c’est qu’en Marie, nous contemplons le projet de Salut de Dieu qui a déjà pleinement réussi, et qui est donc réalisable. Nous savons que, nous aussi, un jour, nous pourrons entrer dans la gloire du Ciel, si nous gardons ce désir en nous : en Marie la glorification d’une créature humaine est déjà accomplie. C’est bien ce que nous affirmons dans le chant : Marie, la première en chemin ! Marie nous montre le chemin de Ciel.

 

Je trouve aussi, en cette fête, le sens et l’origine du nom de notre Paroisse : Notre-Dame de l’Espérance. 

Comme le dit le Concile Vatican II,Marie est un « signe d’espérance assuré », pour « le peuple de Dieu en Pèlerinage ». (Constitution sur l’Église n°68). Par ces mots, il nous est redit cette espérance qu’il nous faut retrouver. En ce jour du 15 août, Marie nous dit de rester dans l’espérance.

L'Assomption de Marie fait donc comprendre que « notre mort n'est pas la fin, mais l'entrée dans la vie », et dès maintenant, les baptisés doivent apprendre de Marie « à devenir, eux-mêmes, des signes d'espérance et de consolation » dans un monde en souffrance et en manque de repères!

Alors que devons-nous faire ?

Nous pouvons, dans cette même espérance, déjà mettre en pratique cetteBéatitudeque nous venons d’entendre dans l’évangile de ce soir : « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! ». Comme Marie, ayons ce désir de nous mettre à l’écoute de la Parole de son Fils, car il a les Paroles de la Vie éternelle.

Ainsi soit-il

 

 

Homélie du mercredi 31 juillet 2019, saint Ignace de Loyola, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 13, 44-46. Livre de l’Exode 34, 29-35. Psaume 98.

Saint Ignace de Loyola (16° siècle) Fondateur de la Compagnie de Jésus (+ 1556)

 

  Aujourd’hui, nous fêtons saint Ignace de Loyola et je vous propose, ce matin, d’entendre quelques éléments de sa vie. Né en 1491 en Pays basque espagnol, issu d'une noble famille, il est le benjamin de cette famille de treize enfants. Ignace est d'abord page à la cour, puis chevalier rêvant de faire des exploits. 

En 1521, les Français assiègent Pampelune en Catalogne. St Ignace s'illustre parmi les défenseurs de la ville quand un boulet de canon lui broie la jambe et, en même temps, brise sa carrière. Il rentre au château familial en piteux état sur un brancard. Ayant épuisé la lecture des récits de chevalerie, il entame celle de la vie des saints. En lisant la vie des saints, il se dit : "pourquoi pas moi ?" et dès lors, il cherche à découvrir comment servir Dieu et ses contemporains...

 

À ce moment précis, il vit une conversion, totale, radicale, presque brutale. Il faut ajouter que saint Ignace est un homme avec un cœur ardent ! Dès qu'il peut marcher à nouveau, il se rend dans une grotte à Manrèse en Catalogne, non loin de l'abbaye bénédictine de Montserrat. Il y découvrira dans cet endroit paisible, au cœur de sa méditation, sa vocation propre, particulière : non pas la contemplation (comme les moines), mais le service de Dieu parmi les hommes.

Dès cette époque de ManrèseIgnace exprime sa propre expérience de Dieu dans un livret qui va devenir plus tard le livret des Exercices spirituels. Peut-être quelques-uns d’entre nous ont eu la possibilité de vivre ces exercices. Personnellement, j’ai eu cette chance, cette grâce à plusieurs reprises, dont la retraite de Trente Jours. Saint Ignace met en œuvre cette pédagogie de retraite spirituelle à Paris, auprès d’autres étudiants chercheurs de Dieu. C'est là qu'il commence plus précisément la rédaction de ses "Exercices spirituels" où il consigne ses propres expériences spirituelles. 

Après un pèlerinage en Terre Sainte, alors qu’il a environ trente ans, il commence des études de théologie à Paris. Il partage sa chambre avec un jeune étudiant : François-Xavier, qui deviendra saint François Xavier.

Le rayonnement de St Ignace et sa capacité à conduire les hommes vont faire de lui un grand maître du discernement, de l’action dans le monde, de l’évangélisation et de la prière. 

Le 15 août 1534, l'étudiant de quarante-trois ans et ses six jeunes amis étudiants également, font à Montmartre, le vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance et fondent, à ce moment-là ainsi la "Compagnie de Jésus" pour servir Dieu et l’Église alors en pleine réforme. Douze ans plus tard, ils feront profession solennelle à Rome. 

À la mort de St Ignace, en 1556, plus de mille compagnons sont en mission sur quatre continents, du Japon à l’Amérique du sud. Dans une intense activité, saint Ignace a inventé une nouvelle forme de vie religieuse adaptée à l’époque moderne. 

Aujourd’hui, on appelle couramment « Jésuites » les membres de la Compagnie de Jésus. Ils sont aujourd’hui près de vingt mille dans le monde. Leur devise est celle-ci : TOUT POUR LA PLUS GRANDE GLOIRE DE DIEU ET LE SALUT DES ÂMES. 

St Ignace de Loyola sera canonisé le 12 mars 1622, en même temps que saint François-Xavier et sainte Thérèse d’Avila. Le pape François, élu le 13 mars 2013, appartient à la compagnie de Jésus.

Je termine simplement avec cette prière que j’aime beaucoup et qui est celle de saint Ignace : Seigneur Jésus, apprenez-nous à être généreux, à vous servir comme vous le méritez, à donner sans compter, à combattre sans soucis des blessures, à travailler sans chercher le repos, à nous dépenser sans attendre d’autres récompenses, que celle de savoir que nous faisons votre sainte volonté !

Peut-être qu’aujourd’hui, ou demain ou les jours prochains, vous aurez envie de lire la vie d’un saint. C’est une bonne chose ; prenez le temps de le faire, et laissez-vous simplement édifier, imprégner, car rien n’est impossible à Dieu… et comme le disait saint Ignace : "Pourquoi pas moi ?"

                                                                                                                 Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du dimanche 28 juillet 2019, 17edimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Luc de Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 1-13. Livre de la Genèse 18, 20-32. Psaume 137.

Lettre de saint Paul aux Colossiens 2, 12-14.

 

Sans aucun doute, me semble-t-il, une des premières prières que nous apprenons lorsque nous sommes enfants, est celle du « Notre Père » (à peu près en même temps, avec celle du « Je vous salue Marie »). 

Comment avons-nous appris cette prière ? En écoutant nos parents, nos grands-parents, en allant à la messe, au catéchisme. Petit à petit, cette prière est entrée dans notre cœur, elle pénètre notre intelligence.

Il est vrai que, pour certains, réciter cette prière peut devenir à la longue, une sorte d’automatisme. Elle devient un enchainement de mots qui manquent de profondeur. On a perdu, le sens et la beauté de cette prière.

Je remarque également, en restant parfois longuement dans l’église que des personnes (pas forcément des paroissiens) qui y entrent sont comme hésitant. Savent-ils prier ? Peut-être n’ont-ils, tout simplement, pas été initiés ? 

Notre monde contemporain et matérialiste a une influence forte et beaucoup ont perdu la foi, beaucoup ont oublié le sens de la prière. Pourtant, on remarque un vrai désir de recherche de sens. C’est pourquoi vous pouvez trouver ici, sur ces petites tables, des prières qui sont offertes, prêtes à être découvertes et lues avec beaucoup de joie par qui le veut. 

La prière du Notre Père, telle que nous la connaissons, n’est pas une prière inaccessible ! Bien au contraire ! Elle est une invitation incroyable à une relation filiale, à oser s’adresser à Dieu comme un enfant à son Père ; c’est une véritable révolution ! Découvrir que Dieu n’est pas un Dieu lointain, mais un Père, tout proche ; c’est ce que souhaite nous expliquer Jésus, dans la page d’évangile que nous venons d’entendre. Avec une bonne dose d’Esprit Saint, la prière non seulement sera possible, mais elle sera nourrissante et enthousiasmante ! 

Écoutons-le nous apprendre sa prière, tel que nous le rapporte saint Luc : « Père… »

Jésus a osé renouveler complètement ce mot en osant dire à Dieu : « Abba »… « papa ».Incroyable d’oser appeler Dieu du nom de Père ! Bien souvent, nous pensons que Dieu est aux « abonnés absents », trop occupé ailleurs ! Pourtant, Dieu s’intéresse à nous comme un papa à ses enfants. Quand nous reprenons la prière de Jésus, nous osons, à notre tour, croire que « nous sommes aimés de l’amour même dont le Père aime son Fils Unique »(Jean 20, 17). Dieu n’est plus un inconnu, mais un Père qui me connaît et se fait proche !

« Que ton nom soit sanctifié… » 

« Que ton Règne vienne… »

Avant de dire à Dieu nos propres besoins, nous avons d’abord comprendre et prier aux intentions du Père. Et ses intentions sont celles-ci : que son Nom soit manifesté, que son Règne vienne !Oser dire que Dieu manifeste un amour paternel, montre à quel point il veut que s’étende l’amour du Père sur toute la terre des hommes. Comme nos mots humains sont pauvres pour exprimer cette réalité du Don ! C’est bien Jésus qui nous montre son Père. Mais reconnaissons-le, nous peinons, car nous ne le connaissons pas ou si peu. En priant ainsi, nous lui demandons de nous faire entrer dans ses projets, de pénétrer dans son intimité pour être transformés en fils et filles bien-aimés du Père !Reprendre les paroles de Jésus, révèle notre intention de devenir conformes à ce que le Père attend de nous. 

Ayant ainsi formulé le désir de connaître le Père et qu’il nous fasse entrer dans ses projets, nous lui demandons ensuite les moyens de les réaliser et de continuer notre chemin.

Comment ?

C’est la deuxième partie du Notre Père : 

« Donne-nous le pain… »

« Pardonne-nous… car nous-mêmes nous pardonnons… »

« Ne nous laisse pas entrer en tentation… »

C’est seulement du Père que nous pouvons recevoir le pain, le pardon et la libertéface au Mal (c’est-à-dire : Satan).  Seigneur, donne-nous au jour le jour, le pain dont nous avons besoin pour aujourd’hui, car nous te faisons confiance pour tenir maintenant. Et dans le « nous », sont présents tous ceux qui manquent de pain, car ma prière est vraie, si elle m’invite à partager.

Donne-nous le pardon indispensable,du fond du cœur, à ceux-là mêmes qui nous ont fait tort. Nous savons combien le manque de pardon défigure notre monde, défigure notre vie. 

Est-ce si simple ou si facile de demander pardon à quelqu’un ou de recevoir un pardon ? Seigneur, donne-nous le pardon indispensable dont nous avons besoin pour vivre, pour chacun de nous déjà, car nous sommes pécheurs… car je suis pécheur.

Il y a là, une exigence presque surhumaine… J’ai sans cesse besoin de l’aide de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, pour découvrir ce pardon, pour y entrer et pour le vivre !

Délivre-nous enfin de toute tentation ! Il y a les petites, celles qui reviennent sans cesse, mais il y a aussi la grande tentationqui est celle d’abandonner Jésus, d’oublier sa Parole, ses commandements, son invitation, ou même de Le rejeter… Finalement, c’est toujours le risque de perdre notre relation de fils, vis-à-vis du Père… d’oublier l’amour-dondu Père ! C’est bien chaque jour aussi qu’il nous faut nous battre contre le mal, avoir une meilleure maîtrise de soi, de conquérir notre liberté et exprimer concrètement notre être chrétien !

Tout seul, j’ai du mal à vivre en chrétien ; j’ai besoin de frères et de sœurs à côté de moi, j’ai besoin d’une communauté, d’une famille paroissiale pour ne pas chuter et nous entraider fraternellement.

Est-ce si facile de prier ? J’ai en mémoire l’histoire d’une petite fille du caté : c’était il y a quelques années. Elle vient me voir et me dit : « Mon Père, mon Père, la prière… Ça ne marche pas ! » « Ah bon, et pourquoi ? Explique-moi ! Comment fais-tu ? Pourquoi dis-tu cela ? » Elle reprend : « Je prie, je prie bien Jésus, mais Jésus ne fait pas toujours ce que je lui demande ! » Elle rêvait d’avoir la dernière poupée ! Un mot m’avait marqué : “toujours“. Cela veut dire que, dans sa prière, Dieu répondait ! Parfois, sa prière n’était pas complètement ajustée et elle ne voyait pas une réponse immédiate, mais quelle force que la prière des enfants ! Ils font preuve d’une audace incroyable… et Dieu répond. Cependant, la prière n’est pas magique ! Dieu sait ce dont nous avons besoin et Il nous le donne à sa façon.  Osons garder, dans notre prière, la fraicheur d’une âme d’enfant !

 

Permettez-moi, deux petites précisions :

Prier n’est ni un moyen de pression ni un acte de puissance,elle est plutôt l’expression d’une pauvreté par laquelle nous osons dire, à temps et à contretemps notre attente, notre désir, notre soif. Mais, elle est plus encore, l’expression de notre espérance, d’une confiance que je fais à Dieu car, que ma prière soit exaucée ou non dans son objet immédiat, nous croyons que nous sommes de cette multitude humaine pour laquelle Jésus-Christ a intercédé une fois pour toutes.

Prier à la suite de Jésus, c’est m’adresser à Dieu avec mes joies, mes peines, mes soucis quotidiens, en n’ayant pas peur d’être parfois un peu casse-pieds, à l’instar d’Abraham, (première lecture) ou de cet ami sans gêne de l’évangile ! Il n’y a pas à craindre d’être “sans-gêne“ car Jésus nous dit : « Le cœur de Dieu est un cœur de Père. Frappez ! Cherchez ! Demandez ! » Dans cette relation filiale, confiante, il n’y a pas à craindre d’être importun quand on parle à un vrai ami. C’est une force à demander pour que grandisse le désir et que s’affirme notre confiance en Dieu. 

Alors, frères et sœurs, acceptons de nous laisser façonner par ces motsque tant de chrétiens, depuis presque vingt siècles, ont prononcés et priés dans toutes les langues ! En faisant ainsi, notre prière sera de plus en plus vivante et vraie. 

Quelle joie de se découvrir enfants bien-aimés du Père !

Quand nous dirons ensemble la prière du Notre Père, nous ne prierons pas chacun de notre côté, nous allons nous redécouvrir encore et sans cesse, frères et sœurs dans le Christ.

Alors, n’ayons pas peur, prions et demandons d’être renouvelés dans la beauté et la profondeur de cette belle prière du Notre Père !

AINSI SOIT-IL !

Homélie du lundi 22 juillet 2019, sainte Marie-Madeleine, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 20, 1-11.18. Livre de la Genèse 18, 1-10a. Psaume 62.

Lettre de saint Paul aux Colossiens 1, 24-28.

 

Dans quel état d’esprit se trouve Marie-Madeleine ?

Dans la douleur du deuil ! Elle est bouleversée, mais aussi surprise et désemparée !

Voilà dans quel état se trouve Marie de Magdala, à l’aube du matin de Pâques. 

Elle est toute en larmes, tout près du tombeau. Elle tient dans ses mains les aromates qu’elle avait préparés, mais désormais inutiles ; le corps de Jésus n’est plus là… elle pleure, elle est frustrée, elle est surtout impuissante : elle ne peut plus aimer Jésus vivant, elle ne peut même pas l’honorer comme on le fait pour un mort.

Les pensées se bousculent vite dans sa tête, tout défile : la présence, le souvenir, la prière. C’était comme si tout cela lui était repris. Elle est là, toute remplie de son amour pour Jésus, mais elle a l’impression d’être venue pour rien…

En elle, il y a comme une colère désespérée qui gronde. “ Ils ont enlevé mon Seigneur. Je ne sais pas où on l’a déposé. “Où est-il ?

Pas un instant, Marie de Magdala ne pense que tous ces événements peuvent venir de Dieu. Non ! Elle perd toutes ses forces à chercher des coupables : qui l’a pris ?

À force de se crisper sur son impuissance à trouver son Maître, elle en vient même à perdre toute intuition et toute lucidité. Elle demeure en quelque sorte comme aveugle, alors même que Jésus se donne à voir, Lui “le Vivant“.

Marie-Madeleine est-elle un cas isolé ? Non ! L’épreuve qu’elle vit est aussi la nôtre à certains moments de notre vie. La fixation de notre regard sur nos chagrins, notre tristesse, notre douleur, notre incompréhension sur les événements de notre existence… notre colère, tous ces sentiments nous font oublier la présence extraordinaire du Ressuscité. Au cœur de notre vie, Il est là, présent, mais nous ne Le voyons pas ! Comme Marie-Madeleine, nous avons du mal à Le voir, nous avons du mal à espérer.

Pourtant, Marie-Madeleine, au fond d’elle-même, garde une vraie espérance ; il suffit que Jésus lui dise : “Marie ! “,pour qu’immédiatement, elle retrouve les réflexes d’autrefois et lui dise : “Rabbouni ! “c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend la parole pour ajouter aussitôt : “Ne me retiens pas…“, littéralement : « Ne cherche pas à me retenir ; le passé n’est pas revenu et il sera tout autre maintenant : il me faut monter vers mon Père.

Jésus s’est fait reconnaître, manifestant ainsi son pouvoir, sa victoire sur la mort ; Il est le Ressuscité ! Sans attendre, Il donne à Marie-Madeleine, une mission d’Apôtre : “Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. “

Voilà la réponse de Jésus à la solitude de Marie-Madeleine : 

un envoi et une mission personnelle.

Rendre témoignage au Ressuscité, c’est aussi la mission qui nous est confiée depuis notre baptême, par notre confirmation. C’est la mission que Jésus nous redonne chaque jour dans le cœur à cœur de l’eucharistie. Normalement, en sortant de la messe, nous devrions, nous aussi, être des apôtres ; oser dire à tous ceux que nous rencontrerons : « Le Christ est ressuscité ! Je l’ai rencontré, Il est vivant ! »

C’est cette rencontre personnelle du Christ, vivant et miséricordieux que nous vivons à chaque eucharistie.

Ce matin, osons fairedeux demandes :

  • La première est une Action de grâcepour toutes les Marie-Madeleine, celles du passé, celles que nous connaissons, toutes celles qui ont su, à travers les siècles, être les témoins aimantes de l’amour du Christ ; elles sont nombreuses ! 
  • Nous aussi, nous sommes, pour aujourd’hui, les témoins de Jésus et nous avons à accomplir la mission que Jésus nous confie : annoncer sa résurrection au monde.

Demandons simplement cela, et c’est déjà beaucoup,  pour maintenant et rendons gloire à Dieu !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 24 juillet 2019, mercredi de la 16e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 13, 1-9. Livre de l’Exode 16, 1-5.9-15. Psaume 77.

 

Je ne doute pas que cette période estivale soit pour nous l’occasion de faire de belles rencontres (familles, amis, imprévues…). Avez-vous vécu ces bons moments ? Ils nous donnent souvent l’occasion de discuter avec les personnes que nous rencontrons, sans parfois les connaître.

Hier, j’ai rencontré une famille et nous avons discuté ensemble ; les parents m’ont parlé du mariage d’un de leurs enfants, des études de l’autre, car l’un des enfants vient de réussir son baccalauréat, l’autre étudie à l’université. Nous avons parlé aussi du travail de l’un et de l’autre… du sens et de la force de la famille, comme de sa fragilité ; bref, nous avons eu une discussion très intéressante, amicale et passionnante. Nous sommes tombés d’accord pour garder une triple attitude :

  • Regarder le passé dans l’Action de grâce ; tout ce que nous avons vécu, l’histoire de notre famille, l’histoire de chacun de ses membres avec ses hauts et ses bas.
  • Vivre le présent, c’est-à-dire notre aujourd’hui, avec force et passion,
  • Préparer l’avenir dans l’espérance que Dieu est toujours à l’œuvre.

En lisant les textes d’aujourd’hui, il me semble y retrouver ces trois attitudes :

1- Regarder notre passé dans l’action de grâce, en évitant le danger de rêver à un passé qui serait meilleur, plus beau qu’aujourd’hui, au risque d’une idéalisation. Dans la première lecture du livre de l’Exode que nous venons d’entendre, Dieu sauve son peuple de l’esclavage et le fait sortir d’Égypte. Mais, dans le désert, dès le deuxième mois, les Hébreux récriminent contre Moïse.

Ils ont pourtant constaté la puissance de Dieu contre l’esclavage des Égyptiens et cependant :“Dans le désert, toute la communauté des fils d’Israël récriminait contre Moïse et son frère Aaron, et ils disaient : Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur… quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété. “

Il nous faut essayer de regarder le passé avec justesse, d’y trouver l’action de Dieu, car la réponse de Dieu à ses récriminations n’est pas la mort, mais dans le don de la manne. Dieu ne nous abandonne pas !

Dans notre histoire personnelle, il est toujours intéressant de chercher et de reconnaître tous les moments de la présence de Dieu. Gardons en mémoire cette certitude : Dieu ne nous abandonne pas !

2- Il nous faut vivre notre présent avec force et passion,sans récrimination autant qu’il soit possible, sans se laisser aussi, enfermer dans les souvenirs d’autrefois. Dieu nous invite à un engagement audacieux, dans notre vie d’aujourd’hui, au cœur de notre société, au sein de notre famille. C’est la mission que nous recevons. Posons-nous cette question : « Comment sommes-nous chrétiens, aujourd’hui ? Donc témoins du Christ !» 

Le point d’appui de l’espérance chrétienne est toujours l’initiative d’amour que Dieu a prise pour le monde. “Voici que le semeur sortit pour semer. “Cette sortie est vitale ! Le Fils est sorti du Père pour nous, les hommes, et pour notre Salut, pour semer la Parole qui rejoint l’homme et l’appelle au Salut. Nous voilà donc poussés à ne pas nous replier sur nous-mêmes, mais comme nous le demande le Pape François, à être « l’Église en sortie ».

3- Il nous faut regarder l’avenir avec espérance.L’initiative de Dieu se poursuit de génération en génération. Il suscite les hommes et les femmes nécessaires pour que sa Parole soit entendue, vécue, et porte du fruit, “ à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. “Croyons vraiment que la puissance et l’efficacité de Dieu sont toujours à l’œuvre. Dans la confiance, construisons chrétiennement notre société !

Frères et sœurs, je vous invite juste pour aujourd’hui, et déjà pour aujourd’hui, à vivre cette triple attitude :

  • en regardant notre passé, tout ce que nous avons vécu avec Action de grâce, 
  • à vivre notre présent passionnément,
  • à préparer l’avenir, le nôtre, celui du monde, avec espérance. 

Que nous en soyons conscients ou non : Dieu est toujours à l’œuvre dans notre vie, dans notre communauté chrétienne, et à travers le monde.

Ainsi soit-il ! 

Homélie du dimanche 21juillet 2019, 16e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 10, 38-42. Livre de la Genèse 18, 1-10a. Psaume 14.

Lettre de saint Paul aux Colossiens 1, 24-28.

 

Nous connaissons bien cette phrase : “Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. “

À Marie, Jésus va dire : “ Tu as choisi la meilleure part. Elle ne te sera pas enlevée.  “

Nous sommes toujours un peu surpris par cet évangile ; certains sont même un peu heurtés. Il me revient en mémoire ce que disait une maman qui se plaignait d’avoir du mal à entendre ce récit parce qu’elle met toute son énergie au service de sa famille, de ses enfants, de ses petits-enfants. Oui, bien souvent, elle doit s’agiter et même courir pour servir et répondre aux sollicitations de chacun !

Jésus serait-il en train de nous dire qu’il ne vaut pas la peine de se dévouer, de se démener pour sa famille, pour recevoir ses parents, ses amis ?

C’est ce que nous pourrions comprendre par une lecture trop rapide de ce texte. Mais, si nous y réfléchissons bien en cherchant la pointe de ce récit, nous pouvons comprendre que Jésus ne veut pas décerner un trophée ou un prix d’excellence à l’une ou l’autre des deux sœurs.

C’est à partir de ce fait de la vie courante que Jésus veut nous montrer - nous apprendre - nous redire quelle devrait être notre bonne disponibilité pour recevoir des visites de Dieu dans notre vie.

La question est posée : comment réapprendre à accueillir Dieu dans notre vie quotidienne ?

Que ce soit au travail, dans notre prière, lors d’une eucharistie, à la maison, comment faire ? Et surtout, ne me dites pas que Jésus ne vient jamais vous rendre visite !

Plus d’une fois, et toujours, Il est là, mais simplement, nous avons parfois du mal, à Le reconnaître et l’accueillir.

Dans cette scène racontée par saint Luc, ce sont Marthe et Marie qui sont les hôtesses, qui offrent l’hospitalité à Jésus, qui reçoivent le Fils de Dieu.

La première lecture - le livre de la Genèse - nous présente aussi un personnage qui reçoit. C’est Abraham qui est aux chênes de Mambré. Il se démène pour recevoir dignement trois personnages qui débarquent à l’heure la plus chaude du jour -  trois anges, qui sont compris comme dans la Tradition chrétienne, comme étant les trois personnes de la Trinité : le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

On reste ébloui devant l’accueil et la générosité d’Abraham ! Peut-être avez-vous déjà vu cette belle icône de Roublev qui nous représente aussi, ces trois personnages ? 

Les Pères de l’Église disaient : « Abraham en voit trois : il adore l’Unique ! »Abraham, comme Marthe, est dans le même esprit de service : il a fait tuer un veau, il se hâte en tous sens, son épouse Sarah pétrit la pâte et fait cuire des galettes. L’hospitalité chaleureuse des gens du désert s’exprime ainsi, simplement.

Quel est le message délivré dans ces deux scènes ?

Dans les deux cas, nous pouvons remarquer que des hôtes, Marie, Marthe et Abraham, comprennent que, finalement, ce ne sont pas eux qui reçoivent, ce ne sont pas eux qui accueillent les visiteurs, mais c’est le visiteur lui-même qui les accueille :les anges, Dieu, Jésus. Ce sont les visiteurs eux-mêmes qui leur apportent une présence, qui leur ouvrent une intimité.

On trouve dans cette lecture, comme un renversement : le visiteur accueille la personne visitée.

Je vous propose une petite clé de lecture qui est permise par la richesse du vocabulaire français. Le mot « hôte » est employé pour désigner à la fois la personne qui reçoit… et celle qui est reçue. Parfois, cela peut créer, parfois, un peu de confusion… On peut être l’hôte de l’hôte que l’on reçoit.

C’est une belle clé de lecture qui peut être appliquée aux textes de ce jour.

Dans la scène de l’évangile, les reproches de Jésus à Marthe (tu en fais trop !) seraient plutôt une mise en garde. Jésus veut nous dire d’être vigilant à ne pas vouloir faire beaucoup de choses et, en conséquence, de ne pas être assez présent aux personnes accueillies. 

C’est important ! Dans bien des appartements modernes, la salle de séjour et la cuisine forment une seule pièce. C’est le cas dans l’appartement dans lequel je suis accueilli.

Je trouve cela agréable. Pourquoi ? Eh bien, c’est parce que lorsque je suis occupé à cuisiner, j’aime bien aussi être avec celles et ceux que je reçois. Bien sûr, ils me voient m’agiter un peu, mais nous pouvons continuer notre conversation.

C’est aussi cette attention à l’autre que Jésus nous précise. Ne vous est-il jamais arrivé après le départ de votre famille ou d’amis, de réaliser que vous aviez peut-être trop regardé ensemble la télévision ou fait des choses insignifiantes, et que vous n’avez pas vraiment pris le temps de parler intimement, de vous confier et surtout d’écouter ceux qui étaient avec vous. « J’ai oublié de lui parler de son travail, de ses soucis, de ses examens, de ses projets … » Étions-nous, à ce moment-là, si distraits ou si préoccupés nous-mêmes, si peu disponibles ou si agités pour avoir oublié d’être réellement avec eux ?

Il m’arrive d’entendre des enfants se plaindre que leurs parents ne soient jamais avec eux, jamais là, toujours partis ailleurs… Parfois, c’est l’inverse et ce sont les parents qui protestent parce que leur enfant est toujours sur son portable ou sur sa console de jeux…

Dans ces textes bibliques d’aujourd’hui, l’accent est mis surtout sur le « faire » au lieu d’être mis sur « l’être avec ». L’essentiel, nous le savons bien, c’est : « être avec » !

Voilà donc un des messages de l’évangile pour nous ce matin : Jésus nous rappelle que les relations avec les autres ne sont pas d’un « faire déconnecté» - même si cela est sympathique de participer à un déménagement, par exemple -, mais c’est de prendre du temps pour les aimer.

Hier, j’ai célébré un mariage et c’est ce que j’ai essayé d’expliquer aux jeunes époux ainsi qu’aux autres couples présents dans l’assemblée : prenez du temps en couple ! Discutez avec votre conjoint ! Allez, vous promener, marcher ensemble et confiez-vous ce qui est au fond de vous-mêmes pour le partager à l’autre !

Comment faire, nous aussi ? C’est en nous écoutant, en prenant du temps, en nous intéressant aux personnes, à ce qu’elles sont et pas seulement à ce qu’elles font !

Quel message pouvons-nous retenir dès ce matin ?

Soyons des personnes actives et généreuses, comme Marthe, mais aussi animées par le désir de vivre à l’écoute de Jésus dans la prière comme Marie.

Finalement, il nous faut être à la fois, Marthe et Marie. Nous n’avons pas à choisir d’être l’une ou l’autre. Saint Ignace de Loyola, dans ses exercices spirituels nous dit : « Cherchez et trouvez Dieu en toutes choses ! » Chercher et trouver Dieu à chaque instant de notre vie !

Pour conclure, je souhaite que durant cet été – période privilégiée où l’on a, peut-être, un peu plus de temps - que nous puissions prendre quelques moments de pause :

- nous mettre à l’écoute de notre cœur, 

- de la Parole de Dieu avec notre conjoint, nos enfants, nos petits-enfants ou des amis, 

- nous promener dans la campagne

- de nous émerveiller devant un coucher de soleil, un paysage haut en couleur, un sommet de montagne encore enneigé, une mer agitée ou une rencontre inattendue… 

- Venir prendre un petit moment dans cette église ouverte toute la journée pour rester avec Jésus et prendre conscience que Jésus fait Lui-même vient vivre une pause chez moi, une visite comme Il a fait chez Marthe et Marie.

Oui ! Prenons surtout le temps d’accueillir Dieu et de nous mettre à son écoute !

Demandons cette grâce pour chacun de nous ici rassemblés ce matin et, plus largement, pour nos familles, nos amis et pour le monde !         

  Ainsi soit-il !

 

Homélie du mardi 16 juillet 2019, mardi de la 15esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 11, 20-24. Livre de l’Exode 2, 1-15a. Psaume 68.

 

La tonalité de l’évangile que nous venons d’entendre est celle du reproche.

Pourquoi ? Comme d’habitude, les controverses de Jésus nous invitent à nous positionner, à nous déterminer.

Quand Jésus appelle les villes de Corazine et de Bethsaïde à se convertir, nous entendons comme un cri de souffrance et d’indignation de notre Seigneur.

 A ses yeux, elles sont des villes privilégiées puisque la plupart de ses miracles y ont été accomplis. Plus que les autres villes, elles ont donc eu la possibilité d’authentifier, de reconnaître les œuvres et les signes extraordinaires de Jésus, de découvrir Jésus comme étant l’Envoyé de Dieu !

Le problème, c’est qu’elles ne se sont pas converties ! Elles n’ont pas changé leurs manières de vivre et d’agir ! Sans doute connaissez-vous l’expression : « C’est comme de l’eau qui glisse sur les plumes d’un canard. » Non seulement, elles n’ont pas fait pénitence, mais elles ont continué à vivre comme si de rien n’était. Pour Jésus - c’est bien là la pointe de son reproche - ce sont des villes incrédules et irresponsables.

Le reproche de Jésus est d’autant plus fort, qu’Il affirme que deux autres villes, Tyr et Sidon, qui sont des villes païennes, où de nombreux dieux sont honorés dans les diverses temples qui parcourent la cité, se seraient converties et auraient même fait pénitence, si les miracles de Jésus avaient eu lieu chez elles.

Jésus insiste aussi sur la ville de Capharnaüm, c’est une ville qu’Il connaît bien – c’est la maison de Simon-Pierre. Il annonce même un jugement assez terrible. Là encore, Jésus semble lui-même donner une réponse dans cette folle prétention de Capharnaüm à vouloir s’élever, par ses propres forces “jusqu’au ciel“ ! Ce qui signifie qu’elle n’a pas besoin de Dieu pour vivre, ou dit autrement en se faisant l’égale de Dieu elle croit se sauver elle-même !

Face à ce constat, le jugement tombe : “Au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins sévèrement que toi.“

 

Frères et sœurs, qu’est-ce que Jésus veut nous dire, aujourd’hui ?

Quelle est la pointe de ce que nous devrions entendre et comprendre ?

Peut-être sommes-nous dans une situation comparable à celle de Capharnaüm ? Vous connaissez l’expression que peuvent employer les parents quand ils rentrent dans la chambre de leurs enfants quand celle-ci est en grand désordre : « mais quel capharnaüm, cette chambre ! »

Ne pensez-vous pas que notre société est dans un désordre incroyable, multiple, complexe ? Comment sont notre cœur et notre tête, sont-ils aussi dans un vrai chaos, un vrai « bazar » et peut-être profondément embrouillés ?

En même temps, le Seigneur nous affirme que c’est de notre responsabilité ; je dois choisir, je dois me déterminer ! Je dois accomplir, tout simplement, ce que le Seigneur me demande de faire !

Rencontrer le Christ ; rencontrer le Messie : c’est un don que Dieu nous fait !

C’est aussi le point de départ d’une vie cohérente, d’une vie de plus en plus cohérente, plus généreuse et plus droite.

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ! Même si la rencontre du Christ ne change pas vraiment notre cadre de vie, elle doit cependant modifier profondément notre manière de vivre, de connaître, d’aimer, selon cet art de vivre chrétien.

Nous sommes sans doute nombreux, à avoir fait l’expérience de la rencontre du Christ vivant, à tel ou tel moment de notre vie : lors d’un pèlerinage, d’un temps de prière, d’une messe, d’une retraite …

Nous avons vu l’œuvre de Jésus ! Nous L’avons rencontré, peut-être même nous a-t-il parlé d’une façon ou d’une autre ? Dès lors, il y a un “avant“ et un “après“, rien n’est plus comme avant.

Lorsque j’ai fait cette rencontre, quelque chose a profondément changé en moi. C’est bien ce que nous vivons aujourd’hui, dans cette eucharistie : la rencontre du Christ ! Si nous nous retrouvons ce matin, c’est que l’eucharistie est importante pour chacun de nous.

De fait, nous connaissons l’invitation exigeante de Jésus ; c’est, bien sûr, une invitation à l’amour, mais aussi invitation à une vie droite, au choix préférentiel du Christ. Chaque réponse est toujours personnelle, toujours libre et sans contrainte. Le Seigneur nous appelle à un “oui“ libre, une réponse à redonner chaque jour.

 

Frères et sœurs, ce matin, demandons au Seigneur deux grâces :

- La première est celle de demeurer humbles dans notre foi, constants et fermes dans notre espérance, de ne jamais oublier cette rencontre fondatrice du Christ !

- La deuxième est que nous puissions prier pour celles et ceux qui n’ont peut-être pas fait encore cette rencontre du Christ, membres de nos familles ou amis, pour ceux qui n’ont pas vu l’œuvre de puissance de Dieu dans leurs vies.

Par la force de l’Esprit Saint, par l’intercession de la Vierge Marie, demandons que cette rencontre soit le début d’un beau renouvellement !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 8 juillet 2019, lundi de la 14esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 9, 18-26. Livre de la Genèse 28, 10-22a. Psaume 90.

 

La maladie, la mort, sont des événements malheureusement quotidiens de notre vie, et nous le savons bien !

La mission de Jésus embrasse tous les moments de notre vie, y compris les plus douloureux : Il vient nous guérir - autant que possible -, mais aussi nous sauver : nous sauver par miséricorde, de la mort pour nous donner la Vie éternelle. Soyons déjà assurés, qu’en cette humanité qui est la nôtre, Jésus agit avec puissance.

Nous venons d’entendre un seul récit, mais deux exemples de la miséricorde du Sauveur :

- Un notable s’approche de Jésus et se prosterne devant Lui. Il intercède pour son enfant : “Ma fille est morte à l’instant, Mais viens lui imposer les mains et elle vivra.“

- La femme au flux de sang s’approche du Maître, par-derrière, sans rien dire ; elle touche seulement la frange de son manteau, et c’est Jésus qui s’adresse à elle. En se retournant, Il lui dit : “Confiance ma fille ! Ta foi t’as sauvée.“

Vous pouvez remarquer que les modalités sont différentes, mais c’est toujours la même miséricorde que Jésus met en œuvre.

Pour peu que nous y soyons attentifs, cette miséricorde se vérifie également dans notre vie.

  • Tantôt notre foi se montre hardie, et nous osons parler à Jésus. Nous avons cette audace parce que nous pensons que notre demande est juste.
  • Tantôt notre foi reste plus timide, peut-être un peu épuisée. Nous ne trouvons pas les mots pour dire à Jésus notre confiance, mais, comme la femme de l’évangile, nous les disons en nous-mêmes, et finalement, ce sont nos gestes qui parlent pour nous.
  • Tantôt enfin, le Seigneur agit seul, comme s’il faisait lui-même les demandes et les réponses. Nous sentons qu’une force nous relève, sans aucun mérite de notre part. Nous expérimentons l’amour du Sauveur, la puissance de sa main. À ces moments-là, nous pouvons ressentir qu’il y a eu un avant et un après. Quelque chose a bougé, quelque chose a changé.

Dans ces moments de pure grâce, il nous faut oser dire : « Quelqu’un a imploré pour moi, a prié pour moi. Je ne sais pas qui, mais quelqu’un a supplié pour ma guérison, ma conversion. »

C’est un peu comme pour cette adolescente pour laquelle son père espère, qu’en venant voir Jésus, elle aura la vie, à nouveau.

Sans doute qu’au ciel, nous serons surpris de comprendre la force, la puissance de la prière et des intercessions, de celles et ceux qui ont intercédé pour moi et aussi, de moi-même pour les autres. J’espère qu’au Paradis, nous prendrons conscience des prières de ceux qui ont prié pour moi, sans même le savoir.

Je complète cette réflexion par un dernier point, au sujet de cette femme qui souffre d’hémorragie ; elle est à la fois désespérée et audacieuse ; elle n’ose pas se présenter à Jésus de face, mais elle s’approche de Lui, timidement, par-derrière. 

Est-ce de la timidité ou de la peur ? Finalement, elle se retrouve sur le devant de la scène. Elle était venue en souhaitant sa guérison, mais la Parole du Christ dépasse son espérance en chassant aussi la peur et la honte qui étaient les siennes. En touchant le vêtement du Christ, cette femme est invitée à témoigner d’une guérison encore plus grande : son Salut !

Peut-être pouvons-nous entendre, pour nous, une invitation à témoigner de ce que Dieu fait dans notre vie ? Témoigner autour de nous, lors d’une rencontre du groupe de prière, témoigner au cours d’une eucharistie… 

Je ne peux pas taire ce que le Seigneur fait pour moi !

Chers frères et sœurs, approchons-nous du Seigneur de la Vie, avec l’audace que l’Esprit Saint met en nos cœurs, en notre intelligence ! Osons implorer pour ceux que nous aimons et aussi pour tous ceux avec lesquels notre relation est plus difficile !

Osons, pour nous-mêmes, toucher la frange du manteau de gloire de Jésus !

Osons garder dans notre main, la main du Christ, qui, j’en suis certain, plusieurs fois dans notre vie, nous a relevés !

Demandons cette grâce et cette audace pour chacun de nous, ce matin !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 7 juillet 2019, 14e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Luc, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 51-62. Premier livre des Rois 19, 16b.19-21. Psaume 15.

Lettre de saint Paul aux Galates 5, 1.13-18. 

 

Il y a une expression que j’aime entendre et qui résonne dans l’évangile d’aujourd’hui. C’est celle-ci : « Réjouissez-vous ! » L’avez remarqué ?

Dans notre monde, il n’est pas fréquent d’entendre cette invitation : « Réjouissez-vous ! ». Littéralement : relevez la tête et souriez !

Nous l’avons entendue avec le prophète Isaïe : « Réjouissez-vous avec Jérusalem ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse ! Dans Jérusalem, vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse» 

La réaction de Jésus lui-mêmeaux soixante-douze disciples missionnaires revenant tout joyeux de leur mission, est dans la même tonalité ; nous retrouvons la même expression : « Réjouissez-vous ! » Pourquoi ? « … parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux ! »  

Cette joie qui nous est proposée n’est pas la joie du monde, la joie d’une possession ou celle d’un achat que nous venons d’effectuer. Il ne s’agit pas, non plus, d’une joie de victoire sur le Mal, comme la satisfaction d‘une revanche, mais cette joie est plus précise, elle est encore plus belle : c’est la joie de faire la volonté de Dieu « sur la terre comme au ciel. », dirons-nous tout à l’heure dans le Notre Père. C’est une joie que nous pouvons vivre dès maintenant d’une façon concrète, et une joie qui nous inscrit donc dans le ciel, dans l’espace de Dieu. « Car vos noms sont inscrits dans le cœur de Dieu » ! C’est cette joie qui nous fait naître de Dieu lorsque nous faisons sa volonté.

Quelle est la volonté de Dieu ?

Cette joie, nous avons envie de la goûter, nous avons envie d’en vivre ! Alors quelle est la volonté de Dieu ? Celle-ci est très simple, elle s’exprime en quatre mots : le salut de tous !Voilà ce que tout chrétien doit annoncer ! Dieu veut que tous soient sauvés ! Cette Bonne Nouvelle est annoncée à tous, et cela dans toutes les villes, dans chaque village et dans le monde entier! Comment ?

Pour répondre à cette question, permettez-moi d’emprunter quelques mots au Pape François dans son appel musclé, direct, prononcé pour l’évangélisation : 

Soyez proches des gens, à la fois frères et sœurs, doux, patients et miséricordieux. 

Aimez la pauvreté intérieure, comme liberté pour le Seigneur, et aussi extérieure, comme simplicité et austérité de vie.

N’ayez pas une psychologie de nantis, ou une psychologie de chrétiens atones et complexés.

Allez à l'essentiel qui est le Christ

Sinon,conclut-il : on risque de tourner en ridicule une mission sainte. Céder à l'esprit mondain, nous expose au ridicule : nous pourrions recevoir quelques applaudissements, mais ceux qui semblent nous approuver, nous critiquerons aussitôt le dos tourné. 

Nous sommes, frères et sœurs, les porteurs de Jésus-Christ, ses porte-parole pour le monde et les uns pour les autres.

Voilà ce que dit le Pape François. Il ne s’embarrasse pas de formule, mais il va à l’essentiel. 

L’envoi de ces soixante-douze disciples, (si je reviens à l’évangile), frères et sœurs, nous qui sommes dans cette assemblée dominicale, ce matin en cette église saint Luc, vient interroger notre zèle, notre désir d’annoncer le Christ, de travailler aujourd’hui à l’avènement de son royaume. 

La question est toujours la même : 

Sommes-nous brûlants du désir qui consumait Jésus ?« Je suis venu allumer un feu sur la Terre » nous dit-il« …et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé »(Lc 12, 49). 

La difficulté n’est pas tant le bois, mais le feu, de ce feu intérieur, dont semble parfois manquer notre Église et nous-mêmes. Mais c’est surtout notre manière de faire, de procéder, d’être chrétien que ce récit interroge. 

De fait, nous voyons ces soixante-douze disciples envoyés par le Christ, non seulement porter la bonne nouvelle du Royaume, mais réaliser très concrètement par ce qu’ils sont, la présence de ce Royaume !

Le résultat de cette façon d’être, c’est l’émerveillement.« Ils reviennent en s’émerveillant… »de ce que les esprits mauvais leur étaient soumis, ce que le Christ confirme, ajoutant qu’Il voyait Satan tomber du ciel, c’est-à-dire perdre tout pouvoir sur les hommes. Nous comprenons donc aussi l’importance de la présence de ces témoins, de ces disciples-missionnaires, c’est-à-dire de notre présence au cœur de la paroisse, au cœur de nos familles, au cœur de ce monde. 

La joie de la mission n’est pas réservée à quelques-uns seulement, elle est pour tous, et elle est toujours possible ! Nous la vivrons encore davantage au quotidien, ici même ! C’est le sens, pour ceux qui sont en lien avec notre paroisse, des Assises paroissiales que nous allons vivre en septembre prochain. Il nous faudra réfléchir, comprendre et définir pour les années à venir, le style de notre Mission, notre façon de témoigner en chrétien au cœur de notre ville. 

Serons-nous des chrétiens complexés et atones ? Ou serons-nous des chrétiens qui désirent profondément porter aux autres et partager avec eux le trésor qu’est le Christ ? Notre mission au sein de la paroisse commence par un témoignage et elle commence par du très concret, du simple : accueillir, écouter,faire du bien, pacifier, faire reculer le mal, soulager,accompagner, aider, guérir… pas forcément des discours compliqués, mais une manière de vivre, « un nouvel art de vivre de chrétiens » en actions ! Cela est toujours possible, dans une vie fraternelle simple et stimulante, tous les âges confondus, unis par une vie de prière.

Sans nul doute, les ouvriers sont encore trop peu nombreux ! C’est toujours le même constat. Il manque encore bien des bénévoles dans notre Paroisse ! Il manque toujours et surtout des personnes passionnées par le Seigneur, soucieuses de charité pour nos frères et sœurs fragilisés par la vie : il manque toujours des missionnaires pour annoncer le règne de Dieu ! C’était déjà le cas à l’époque de Jésus…

Mais n’ayons pas de crainte pour le devenir de notre Église ; c’est vrai qu’elle vit, aujourd’hui, une vraie pauvreté évangélique ; mais nous, ne restons pas, non plus, comme tétanisés face à l’ampleur de la mission : je sais que notre Seigneur a le souci du succès de la Mission. C’est pour cela qu’Il nous a envoyé l’Esprit Saint et, c’est une certitude : l’Esprit Saint est toujours à l’œuvre !

Le succès de la mission ne se mesure pas à l’aune des critères superficiels de notre société !Ce pourrait être un danger d’essayer de compter, de mesurer un tel succès. La réussite de toute mission est tangible, cela ne fait aucun doute, quel que soit le petit nombre des ouvriers, des nombreuxobstacles et des échecs, puisque cette réussite est déjà la victoire du Christ sur la mort. Ne l’oublions pas : le Christ est déjà vainqueur !

Par sa résurrection, Il a déjà vaincu la mort !

Alors, frères et sœurs, oui ! En ce dimanche, réjouissons-nous dans le Seigneur, car c’est Lui qui nous porte dans nos vies et nous conduit à la victoire, la Vie !                 

Ainsi soit-il

Homélie du dimanche 30 juin 2019, 13e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 9, 51-62. Premier livre des Rois 19, 16b.19-21. Psaume 15.

Lettre de saint Paul aux Galates 5, 1.13-18. 

 

Nous entrons dans la période estivale, une période où nous avons un peu plus de temps. Ces derniers jours, plusieurs personnes m’ont posé une question : « Mon père, quels livres me conseilleriez-vous d’emporter et à lire durant les vacances ? »

La réponse est assez simple : ce pourrait être un « bon Agatha Christie », (pourquoi pas ?) mais moi, je vous conseillerais plutôt d’emporter une Bible et de lire (ou relire), en particulier, l’évangile selon saint Luc.

Si vous saviez combien cette lecture est enthousiasmante ! Elle est très concrète et, pour l’esprit cartésien qui nous habite, il nous aide à suivre Jésus, car son déroulement est logique.

Il est composé de quatre parties bien distinctes :

- La première partie est constituée par les récits de l’enfance de Jésus.

- La deuxième partie, assez longue, est consacrée à son ministère en Galilée.

- Avant d’aborder la quatrième partie, consacrée à la Pâque du Seigneur - c’est-à-dire à sa mort et à sa résurrection -, nous découvrons la troisième partie qui pourrait presque s’intituler : “la longue marche vers Jérusalem“.

De fait, l’évangile que nous venons d’entendre ce matin, appartient au début de cette troisième partie. Si vous avez un peu en mémoire la carte de la Terre Sainte, à l’invitation du Christ : “Suis-moi !“, je vous invite à vous diriger vers Jérusalem et à marcher avec Lui. Quittons la Galilée, le lac de Tibériade, Capharnaüm, tous ces lieux où Jésus va annoncer ! Puis, avec Jésus, descendons vers Jérusalem, vers la Judée. Pour passer de la Galilée à la province de Judée, il nous faut traverser un autre territoire qui se nomme la Samarie.

En réalité, saint Luc ne veut pas nous donner un cours de géographie, mais il nous offre une véritable catéchèse, littéralement un petit condensé de toutes les réactions humaines que nous pourrions avoir, au moment même où nous côtoyons le Christ ! Il nous invite à marcher avec Lui vers le lieu de son Don ultime. Il nous invite, nous aussi, à partir pour cette longue marche, en commençant en Galilée, en traversant la Samarie vers Jérusalem ! Cette ville dans laquelle Jésus sera tout à la fois, acclamé et condamné sur le bois de la Croix. 

N’oublions pas que notre devenir ultime est d’être, comme Lui, enlevé de ce monde. Nous le savons : nous ne sommes pas faits pour rester indéfiniment sur cette terre, mais pour être avec Lui, dans la Vie éternelle.

Avec ce passage de l’évangile de saint Luc, nous sommes donc à un tournant décisif de la vie de Jésus ; Il sait donc très bien que cette route qui le conduit vers Jérusalem, le mène à la mort. Il n’est donc pas étonnant que, confronté à cette perspective, Jésus soit déterminé. Nous venons de lire : “Jésus prit avec courage la route de Jérusalem avec un visage déterminé. “Littéralement, le terme en grec est plus fort, signifiant : “Il durcit son visage“. 

Jésus veut aller jusqu’au bout de son chemin d’amour, d’un amour non violent. Pour nous aussi, c’est le seul chemin qui nous fait passer de la mort à la Vie.

En prenant cette décision, Jésus invite chacun de nous à Le suivre. En effet, sur cette route, il y a un appel, un appel à suivre Jésus dans un appel de plus en plus exigeant ! “Le fils de l’homme ne sait pas où reposer la tête“.Jésus sait très bien aussi que, répondre à son invitation - c’est-à-dire vivre en chrétien baptisé et annoncer l’évangile -, n’est pas de tout repos ! 

Son appel sera donc un appel à adopter sa manière de vivre. Observons alors, comment vit Jésus et faisons tout notre possible pour l’imiter ! Nous le savons, nous aurons à tenir dans la fidélité pour garder le cap. Cependant, ne nous décourageons pas et ne perdons pas le chemin, c’est-à-dire le Christ Lui-même !

Avançons ensemble quelques instants avec Jésus !

Nous traversons la Samarie ! Comme vous le savez, un différend important existe entre les Juifs et les Samaritains. Ils refusent alors d’accueillir Jésus et sa petite équipe parce qu’ils se dirigent vers Jérusalem. Que proposent Jacques et Jean en colère (ne sont-ils pas appelés les fils du tonnerre !) : “Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ?“ 

Depuis quelques mois, ils suivent Jésus, écoutent sa parole, mais ont-ils compris son enseignement  et le chemin vers la Croix que Jésus a entrepris… 

N’avons-nous pas parfois, nous aussi, un “jet de violence“ qui jaillit devant telle ou telle situation ? Pourtant, Jésus nous dit avec force : « Ne rendez pas le mal pour le mal, mais soyez vainqueurs du mal par le bien. » Suivre Jésus sans triomphalisme, c’est aller pas à pas, vers une véritable conversion.

 

Nous avons entendu aussi, que l’évangile est scandé par trois rencontres qui nous invitent à comprendre les trois attitudes des disciples qui veulent suivre Jésus.

- Première rencontre : voilà qu’un homme, sur la route, interpelle Jésus en prononçant cette phrase généreuse : “Je te suivrai partout où tu iras.“ Jésus a pu être honoré de cette affirmation, mais il a su découvrir une faille et mettre peut-être le doigt sur l’essentiel ; en effet, cet homme ne doute pas de sa capacité à le suivre jusqu’au bout. Il nous rappelle un peu l’Apôtre Pierre, déterminé lui aussi, puis capable un peu plus tard, de renier son Maître. Cet homme est sûrement sincère ; et nous que disons-nous ? Ne devons-nous pas être attentifs à ne pas trop compter sur nos propres forces ? Certes, il nous faut de l’enthousiasme, mais aussi demander la grâce de pouvoir tenir dans le temps.

- La deuxième rencontre est celle de cet homme qui entend Jésus lui dire : “Suis-moi.“Nous entendons, dans ces mots, un appel vocationnel. À beaucoup d’entre nous, Jésus dit : “Suis-moi.“Aie confiance N’aie pas peur ! Pas besoin d’être séminariste pour répondre à cet appel. Sans doute, Jésus a-t-il remarqué en cet homme, son désir de s’attacher et de s’engager à sa suite !

Le problème, c’est que cet homme semble avoir un agenda très chargé à respecter ; les choses sont toutes importantes : enterrer son père, n’est-ce pas le devoir d’un fils ? La réponse de Jésus peut paraître dure et cassante ; elle nous dérange peut-être… pourquoi cette réponse de Jésus ?

- La troisième rencontre est celle de cet homme qui donne une réponse bien légitime ; elle fait sans doute écho à la réponse d’Élisée à Élie dans la première lecture que nous avons entendue. Jésus appelle et l’homme répond : “Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord, faire mes adieux aux gens de ma maison.“ LittéralementSeigneur, je veux être avec toi, mais attends un peu … C’est un “oui“, certes, mais un “oui mais“ … un “oui plus tard “… Là aussi, la réponse de Jésus peut nous surprendre ; Jésus lui demande de ne pas regarder en arrière, vers le passé, mais de se tourner vers l’avenir, de creuser un sillon, c’est-à-dire une vie à accomplir, à réaliser.

Chers frères et sœurs, que devons-nous comprendre, pour nous, en ce dimanche ?

Que veut nous dire Jésus ?

Je vous propose deux interprétations rapides :

- La première interprétationest très concrète ; Jésus nous demande de ne pas rester immobile, de ne pas rester statique ! Il nous dit : marchez ! Allez de l’avant ! Soyez profondément libres dans votre façon d’être ! Ne vous laissez pas modeler par l’esprit du monde ou par la pression consumériste actuelle !

C’est ce que disait, déjà, saint Paul aux chrétiens de Galates dans la seconde lecture : “Ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage. “Nous constatons bien qu’aujourd’hui, nous avons beaucoup de sollicitations pour nous mettre sous « le joug » de différents esclavages. Saint Paul le réaffirme : “Vous avez été appelés à la liberté.“De fait, le chrétien est profondément libre et c’est Jésus qui nous rend libres.

Finalement, par les paraboles de l’enterrement du père, et celui de l’adieu aux gens de la maison, le Christ veut simplement nous inviter, si nous voulons marcher avec Lui, à nous libérer d’un certain nombre d’attaches ou d’esclavages qui nous tétanisent et nous empêchent, bien souvent d’avancer.

Jésus ne réprouve pas l’amour de la famille ; bien sûr que non ! Mais, Il veut nous prévenir du danger de l’immobilisme, du refus de nous laisse déranger, bousculer et de rester comme le dit le Pape François “bien confortablement installé dans son canapé“.

- La deuxième interprétationest également évidente ; entrer dans le Royaume de la Vie et de l’Amour (c’est le Royaume que Jésus nous propose), c’est, bien sûr, aimer les siens, se reconnaître frères et sœurs, mais aussi comprendre l’importance des actes que nous posons. 

- Tous nos gestes de patience, 

- tous nos actes d’amour à l’égard des autres, 

- tous les risques que nous prenons dans l’existence, 

- toutes les ruptures dans notre vie, volontaires ou non, 

tout cela… doit nous inviter à ne pas nous replier sur nous-mêmes, mais à avancer, en utilisant sans doute l’expérience du passé, mais sans rester figés dans un regard sans espérance ou découragé sur moi ou la société !

Frères et sœurs, la question que Jésus pose à ces trois hommes désireux de Le suivre est donc bien celle-ci : 

Dans un monde qui passe, l’Évangile c’est-à-dire la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu,

est-il pour toi le premier et le principal critère qui gouverne tes décisions ?

… et du coup, tout ce qui suit : l’amour du pauvre, cette facilité à s’engager dans la société, l’amour pour les uns et les autres.

À cette question, à cette invitation de Jésus, quelle est notre réponse, chers frères et sœurs ?

Cette réponse nous appartient !

Ce que nous pouvons faire, tout simplement, c’est de prier pour les uns et les autres, afin que nous arrivions à nous déterminer, à prendre le temps d’être avec Jésus.

Prions pour que l’Esprit de Dieu fasse de nous des êtres de décision, des êtres responsables toujours en capacité de discerner le vrai dans les événements de la vie, dans les événements du monde, toujours désireux d’accueillir le plus pauvre, celui qui a besoin de moi, et de garder en moi-même, la certitude de l’amour de Dieu et de la Vie éternelle.

Retenons ces deux critères :

  • Ne pas rester dans l’immobilisme, mais avancer,
  • Garder devant nous le but, c’est-à-dire le Christ et annoncer par toute notre vie, que le règne de Dieu est déjà là !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 24 juin 2019, Nativité de St Jean-Baptiste, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 1, 57-66.80. Livre du prophète Isaïe 49, 1-6. Psaume 138.

Actes des Apôtres 13, 22-26

 

Lors de la naissance d’un enfant, il n’est pas rare que les parents, la famille, les amis, en regardant ce petit bébé, puissent se dire : que deviendra-t-il ? Que deviendra-t-elle ?

C’est aussi cette question que tout le monde se pose lors de la naissance de cet unique enfant de Zacharie et d’Élisabeth. Ne l’oublions pas, cette maman était stérile ! 

Face à ce prodige, beaucoup d’entre eux pressentent pour cet enfant, un devenir particulier et ils expriment aussi une attente.

Dans ce contexte biblique, cette question : “Que sera donc cet enfant ?“ a une résonnance particulière. Ce « Que deviendra-t-il ? » est une vraie question, étant données les circonstances extraordinaires de sa naissance. Il semble évident que Dieu a un plan, un projet spécial pour lui.

Pour nous, la question est différente, puisque nous avons appris ce qui va advenir.

De fait, pour souligner l’importance de la naissance de Jean, l’Église célèbre le jour de sa nativité. Généralement, quand nous faisons mémoire d’un saint, nous retenons leur naissance à la Vie définitive, à la Vie éternelle, le “dies natalis“, c’est-à-dire le jour de leur passage de ce monde à l’autre, plus précisément, en réalité, le jour de leur naissance au Ciel. 

Notons que l’Église ne célèbre que trois naissances : celle du Fils de Dieu, celle de Marie et celle de Jean le Baptiste.

Aujourd’hui, nous célébrons la naissance de Jean en notre humanité. 

Cette naissance est capitale parce qu’elle marque la séparation entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. 

  • Le point central de l’histoire s’est déplacé. 
  • L’attente du peuple pour le Messie se réalise à ce moment.
  • Le Royaume de Dieu est à portée de mains.
  • La mission de Jean sera la proclamation de la venue du Messie.

Pourquoi ? Car : Dieu fait grâce !C’est bien la signification de son prénom, en hébreux, Yohänan : “Dieu fait grâce à tous les hommes“.

Chers frères et sœurs, que pouvons-nous apprendre de Jean, pour nous, ce matin ?

Jean est un prophète et plus qu’un prophète puisqu’il est envoyé par Dieu le Père, pour préparer la route de son Fils parmi les hommes.

Non seulement, Jean annonce la venue du Messie, mais il a eu cette mission importante de désigner Jésus, exprimée par ces mots : “Voici l’Agneau de Dieu, Celui qui enlève le péché du monde“.

La mission de Jean est la désignation du Messie ; elle est aussi la nôtre, à travers ce que nous sommes, à travers notre vie. Puisque nous sommes chrétiens, nous sommes invités à témoignerde deux bonnes nouvelles (au minimum) :

- Dieu fait grâce en notre vie !Ne l’oublions pas. Nous avons trop souvent tendance à ne retenir que les aspects les plus difficiles de la vie, et parfois, nous nous en plaignons… Dieu fait grâce !  La première grâce qu’Il nous offre, c’est cette assurance que nous sommes faits pour le Ciel et vivre pour toujours avec Lui.

- Nous sommes tous, des “Jean le Baptiste“,(d’une certaine façon). C’est notre deuxième mission. Nous avons tous à désigner l’Agneau de Dieu, à montrer et dire qui est Jésus pour nous !

Nous le savons : notre monde en a tant besoin !

“Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde“,c’est ce que nous entendons à chaque eucharistie. C’est bien Celui que nous sommes invités à désigner, par toute notre vie.

Ce matin frères et sœurs, demandons la grâce de garder cette fidélité à la mission de notre baptême. À travers notre prénom et un projet particulier pour chacun, Jésus nous redit que nous recevons, nous aussi, cette mission.

Ainsi soit-il !

Homélie du Mercredi 19 juin 2019, mercredi de la 11esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 6, 1-6.16-18. 2elettre de st Paul aux Corinthiens 9, 6-11. Psaume 111.

 

Nous sommes au mois de juin, mais ne trouvez-vous pas, chers frères et sœurs, que l’évangile de ce jour a un petit goût de Carême ?

En même temps, il est intéressant et il est bon de revenir aux fondamentaux, de se redire ce qui est essentiel à notre vie chrétienne. Pour mener le combat spirituel dans lequel chaque chrétien s’engage, le Seigneur nous redonne aujourd’hui, ses trois armes efficaces : l’aumône, la prière et le jeûne.

Peut-être avons-nous l’habitude d’utiliser ces moyens que le Seigneur nous offre, mais retenons que leur force va se révéler surtout suivant la manière dont on s’en sert.

Vouloir, à tout prix, obtenir une soi-disant reconnaissance des hommes est vain ; nous le savons bien ! L’objectif n’est pas d’exister ou de se valoriser aux yeux des hommes, mais de vivre dans le cœur de Dieu, dans cette intimité qui demeure dans le secret de notre cœur et dans le cœur de Dieu.

La prière consiste à entrer dans cette relation intime avec Dieu, dans un vrai dialogue, c’est-à-dire dans un échange de paroles, où l’on dit, où l’on s’écoute mutuellement, où je me donne.

Se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu !

Jeûner consiste aussi à faire de la place en nous pour permettre à Dieu de nous rejoindre.

Jeûner, ce n’est pas essayer de perdre quelques kilos superflus, c’est plutôt reconnaître que Dieu est notre unique nécessaire et que tout vient de Lui. En ce sens, si nous le comprenons bien, le jeûne est un chemin de libération, c’est-à-dire de maîtrise de soi sur les choses peut-être les plus simples de la vie.

Il peut se comprendre ou se conjuguer de différentes façons ; il n’est pas forcément un jeûne de nourriture.

L’aumône ! Nous touchons alors le sens premier de l’aumône qui est de donner, plus exactement de se donner à l’autre, avec la conviction, avec la certitude, que rien, non rien ne nous appartient. À chaque instant, nous recevons tout gratuitement de Dieu. Nos avoirs, nos biens, même s’ils sont importants, seront sans conséquence pour la Vie éternelle. Nous n’avons jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard ! (C’est une boutade, bien sûr.)

En écoutant la Parole de Dieu, nous avançons pas à pas, portés par la force de l’Esprit-Saint, dès lors que nous avons accepté la première conversion qui a décidé du sens de notre vie. C’est bien ce désir d’un intime cœur à cœur avec Dieu qui nous anime au plus profond de nous-mêmes.

Les moyens qui nous sont donnés vont tout simplement nous permettre d’entrer davantage dans le don de nous-mêmes à Dieu, et le don de nous-mêmes aux autres.

Frères et sœurs, n’attendons pas le prochain Carême pour accueillir et utiliser ces trois armes. Mettons-les en pratique, elles sont réellement efficaces !

Poursuivons simplement, notre chemin d’amitié avec Dieu, tout au long de ce jour !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 17 juin 2019, lundi de la 11esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 38-42. 2elettre de Saint Paul aux Corinthiens 6, 1-10. Psaume 97.

 

Voilà des paroles bien surprenantes de la part de Jésus, des paroles qui ont déclenché souvent de nombreux commentaires et des incompréhensions.

- Comment tendre la joue droite, lorsqu’on a été frappé, déjà, sur la joue gauche ? Est-ce possible ?

- Comment comprendre cette attitude provocante, car dans notre société, elle est souvent interprétée comme un signe de faiblesse ? Habituellement, seuls les faibles se laissent battre, frapper, insulter !

Par ces mots, que veut nous dire Jésus, particulièrement ce matin ?

Pour mieux le comprendre, il nous faut Le contempler et saisir ce qu’Il vient radicalement renouveler. Quelle est la nouveauté en Jésus ?

En sa personne, Il a tué la haine. C’est Saint Paul qui l’affirme dans l’Épître aux Éphésiens : « En sa personne, il a tué la haine. » (Ep 2, 14)

L’amour dans le Christ, ne laisse pas la moindre place à la vengeance ni au désir d’infliger à l’autre la violence qu’il a (peut-être) commise envers nous. Cela se manifeste d’une manière dense et très belle, sur la Croix, lorsque Jésus demande au Père de pardonner à ses persécuteurs, au moment même où ceux-ci le crucifient.

Ce ne sont pas seulement de belles paroles ! Jésus les vit intégralement pour Lui-même.

Le témoignage des nombreux martyrs qui ont vécu de telles souffrances, nous apprend que cela n’est pas une fable, ou une belle histoire pour les enfants.

Voilà le point capital ! 

Reconnaissons que, bien souvent, notre cœur est meurtri, lacéré, blessé, par les violences que d’autres ont commises envers nous, volontairement ou non. L’amour peut nous transformer au point d’enlever de notre cœur, toute trace de violence.

Si nous regardons l’histoire de notre vie, nous pouvons nous apercevoir que nous avons encore plein de traces de mauvaises expériences, paroles ou actes, qui nous ont été faites, qui nous font encore souffrir, et qui nous font encore mal.

Il nous arrive, de temps en temps, de sentir en nous-mêmes, monter une « bouffée de violence », de révolte contre le monde, contre l’autre ou les autres, parfois même contre celui qui ne m’a rien fait… mais, le plus souvent contre moi-même !

Le Christ nous a laissé un modèle, afin que nous puissions suivre son chemin.

- Lui, qui n’a pas commis de péchés, 

- Lui dont on n’a entendu aucun mensonge ou insulte sortir de sa bouche, 

- Lui qui a souffert et l’a accepté sans menacer ni insulter, 

- Lui qui s’est abandonné à Celui qui juge avec justice 

… Lui-même a porté nos péchés, dans son Corps, sur le bois, afin que morts à nos péchés, nous vivions par la justice et l’amour. 

Plus encore…“Par ses blessures, nous sommes guéris.“ complète saint Pierre.

Ce que Jésus est en train de manifester d’une façon extraordinaire, c’est cette victoire sur la haine, même au prix de notre mort ! Cette victoire déracine le mal de notre cœur, un mal encore présent dans ce monde. 

Cette victoire du Christ, nous ouvre à la Vie éternelle ! Plus encore, elle peut être un exemple, une invitation à nos agresseurs même, d’emprunter à leur tour, ce chemin.

Voyez ! La folie de Dieu va jusque-là !

Alors, si vous le voulez bien ce matin, humblement, peut-être même douloureusement, présentons au Seigneur toutes nos pensées de haine, toutes nos vieilles rancœurs qui sont autant d’acidité ou de vinaigre au fond de notre cœur !

Demandons-Lui de nous aider à apprendre à aimer comme Il aime,

à pardonner comme Il pardonne

et d’aimer, même nos ennemis,

peut-être simplement en priant pour eux, aujourd’hui !

À certains moments de notre vie, cela n’est pas simple ; c’est une grâce à demander, car avec Lui et l’Esprit Saint, rien n’est impossible à Dieu !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 16 juin 2019 - Ste Trinité + Jubilé de Sr Marie Danielle

Homélie du dimanche 9 juin 2019, Solennité de la Pentecôte, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 15-16.23b-26. Actes des Apôtres 2, 1-11. Psaume 103. 

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 8-17. Séquence.

 

 

Chers amis, 

Comme les Apôtres, avec Marie et les autres disciples, dans la “chambre haute“ à Jérusalem, nous voici rassemblés ce soir, unanimes (en tout cas je le souhaite) dans la prière, unanimes aussi dans l’attente d’un renouveau pour chacun de nous. Une fois de plus, l’Esprit Saint nous réunit en cet anniversaire de la première Pentecôte, anniversaire toujours actuel, toujours présent du don de l’Esprit Saint. Sans aucun doute, nous ne repartirons pas comme nous sommes arrivés ce soir.

- Pourquoi ? Parce que nous recevons de l’Esprit, à nouveau, une mission universelle, 

- Pourquoi ? Pour entendre que nos différences ne sont pas un obstacle pour former une communauté fraternelle, missionnaire, audacieuse.

- Pourquoi ?Pour accueillir à l’intime de nous-mêmes une Pentecôte intérieure, qui nous invite sans peur à oser annoncer, à mettre en action nos charismes et nos talents au service de la mission et de la fraternité. 

Soyons certains que c’est toujours l’Esprit Saint qui anime l’Église !

Mais est-ce si évident pour nous tous ? D’ailleurs, est-ce que je prie l’Esprit Saint ?

Qui est pour nous l’Esprit Saint ?

Il y a quelques jours, j’avais une rencontre avec des fiancés qui se préparent à recevoir le sacrement du mariage. Comme vous le savez, lorsque ces fiancés se donnent l‘un à l’autre lors de ce sacrement, l’Esprit Saint est présent, il est même communion d’amour ! Au cours de cette discussion, je ressentais qu’ils étaient un peu confus à propos du Saint Esprit ; non seulement, ils semblaient ne pas comprendre ce qu’était sa nature, mais de plus, ils semblaient n’avoir aucune idée de ce que l’Esprit Saint est supposé accomplir en eux.

Et nous, qu’en est-il pour nous, ce soir ? 

Qu’est-ce que l’Esprit Saint veut accomplir en nous ? 

Que veut-il nous donner, pour notre propre édification et aussi pour la mission ?

Pour être plus concret, je retiens, ce soir pour nous,trois enseignements.

Premier enseignement : pour nous chrétiens, le mystère de Pâques (la fête de Pentecôte est dans cette continuité) est une création toujours nouvelle, toujours actuelle. C’est un monde nouveau ; c’est une terre nouvelle ! L’expérience que vivent les Apôtres et les disciples, le jour de Pentecôte, est d’une nouveauté incroyable ! 

Posons donc cet acte de foi ! L’Esprit Saint promis par Jésus vient à nous, ce soir.

Cependant, certains vont me dire, si nous avons été sensibles à la première lecture, que cette journée a pu être calme et qu’elle ressemble aux autres jours, tous semblables, que nous n’avons pas entendu, en entrant, (ou pas encore) souffler un vent de tempête, ni vu de petites flammes briller au-dessus de nos têtes, que nous ne sommes pas encore trois mille se demandant ce qui nous arrive, et entendre chantées les merveilles de Dieu dans toutes les langues !

Pourtant ! L’Esprit Saint nous envoie oser une parole, nous aussi, jusqu’aux confins du monde, c’est-à-dire plus concrètement, jusqu’aux confins de notre monde : au pied de notre immeuble, chez notre voisin tout proche, au cœur de notre famille, sur notre lieu de travail…  car c’est là que nous sommes déjà envoyés !

Ce qui est sûr, c’est que nul ne peut entrer dans l’amour de Dieu sans entrer aussitôt dans son œuvre.À chaque fois que l’Esprit rassemble une communauté (comme nous ce soir), c’est pour la mettre en état de mission, en route vers la mission. 

À tous ces missionnaires, c’est-à-dire à nous tous, dans cette union à Dieu, l’Esprit Saint demande au moins trois choses :

-      Que nous participions avec audace et passionnément à l’unité !Que nous soyons une communauté fraternelle, audacieuse, qui se met en action.

-      Que nous soyons audacieux dans l’accueil de notre diversité !De fait, nous sommes tous différents par nos origines, nos langues, nos pays…

-      Que nous osions être des témoins joyeux du Christ

L’Esprit Saint est donné à tous et à nous, disciples-missionnaires, donné et redonné à de nombreux moments de notre vie, tout particulièrement dans les sacrements. Cela est vraiment nécessaire, car il nous arrive trop souvent d’être des chrétiens essoufflés, des chrétiens manquant de souffle !

Alors, chaque Pentecôte est aussi ce moment privilégié pour reprendre conscience que cette Église, aussi bien organisée soit-elles’il lui manque le souffle de l’Esprit, elle n’est plus du tout l’Église de Jésus-Christ !Elle devient une association caritative, certes sympathique, ou une ONG parmi tant d’autres. Ce qui anime l’Église, c’est le souffle de l’Esprit Saint qui conduit l’Églisedepuis plus de vingt siècles, même si nous constatons que l’homme est parfois inconstant ou décevant, et même un « anti-témoin » !

Deuxième enseignement donné par saint Paul, dans la deuxième lecture : « L’Esprit fait de vous des fils. Poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant : Abba ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. »

·      Nul ne peut appeler Dieu : “Abba“, Père ou dire la prière du Notre Père, sans l’aide de l’Esprit Saint !

·      Nul ne peut dire : « Jésus est Seigneur ! », sans l’aide de l’Esprit Saint,

·      Nul ne peut proclamer le Credo de l’Église, sans l’aide de l’Esprit Saint,

·      Nul ne peut communier au Précieux Corps et au Précieux Sang, sans l’aide de l’Esprit Saint,

·      Nul ne peut dire que nous sommes aimés de Dieu et que nous sommes faits pour le Ciel sans l’aide de l’Esprit Saint

On peut connaître toutes sortes de choses sur Jésus, on peut être aussi savant qu’un dictionnaire, on peut même connaître la Bible par cœur et toutes nos prières, et peut-être plus encore…

Mais sans l’Esprit Saint : 

·      Nous ne pouvons pas dire que nous sommes enfants de Dieu, fils et filles bien-aimés du Père,

·      Nous ne pouvons même pas dire que nous sommes héritiers avec le Christ ; héritiers de l’amour du Père, pour être avec Lui dans la gloire et la Vie éternelle ! 

- Le Troisième enseignementce soir, demande à être éclairé sur un point important : si l’Esprit Saint vient pour que notre volonté s’accorde avec celle du Christ, ce n’est pas pour le faire contre nous, ou sans nous. C’est un problème récurrent dont on me parle assez régulièrement ! Nous attendons que l’Esprit Saint fasse toutes choses à notre place : « Esprit Saint, ce serait bien si Tu pouvais faire ceci… Esprit Saint, ce serait bien si Tu pouvais accomplir  cela … » Par exemple, j’entends trop souvent des questions à propos des guerres qui arrivent partout dans le monde… Est-ce que c’est Dieu qui fait les guerres, ou est-ce l’homme ?

Permettez-moi une caricature certes « improbable et un peu provocante » : croire que je suis chrétien, tout en restant en pantoufles dans mon canapé devant la télévision, tout en espérant que le monde change et que mon voisin sur le palier d’à côté fasse la rencontre du Christ, sans que je bouge le petit doigt … Non ! Ça ne marchera pas !!! … en tout cas pas sans nous. De même pour un jeune qui passe ses journées sur son Smartphone ou devant une console de jeux et qui, au moment de l’examen devant sa page blanche, prie l’Esprit Saint pour qu’Il guide son stylo, non ! Ça ne marchera pas, pas plus sans nous !!!

L’Esprit Saint ne fera rien à notre place !

Par contre, si je cherche à ressembler au Christ, à vivre une vie de prière, si je veux que ma vie soit transformée par Lui, radicalement, alors oui, l’Esprit Saint sera là pour m’aider à avancer, pour me conseiller. À chaque effusion, à chaque sacrement reçu comme l’eucharistie que nous allons vivre dans quelques instants, l’Esprit Saint essaiera de faire naître ce désir en moi, mais il ne le fera pas à ma place ! 

Il me reviendra toujours de décider de choisir le Christ !

Choisir, c’est renoncer ! Choisir le Christ comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture, c’est “renoncer à l’emprise de la chair“.

Alors oui, frères et sœurs, osons demander d’être renouvelés dans l’Esprit Saint ! C’est vrai qu’en faisant cette demande, l’Esprit Saint va me transformer, Il va me conseiller. C’est sûr également, que si je commence à suivre l’Esprit Saint, je ne sais pas jusqu’où cela va me conduire !

L’Esprit Saint va bousculer au fond de moi ce qui doit l’être, Il va renouveler ce qui doit l’être !

C’est la grâce que je peux demander ce soir :

Que ce Souffle nouveau vienne sur notre monde meurtri, parfois déchiré,

sur moi et sur nous-mêmes alors que mon cœur peut être divisé,

qu’Il réveille en moi tous les dons,

tous les fruits qui trop souvent sommeillent en nous, ces dons reçus le jour de notre baptême, renouvelés le jour de notre confirmation.

Frères et sœurs, redemandons ses sept dons sacrés : le don de sagesse, ce don d’intelligence, ce don de conseil, ce don de force, ce don de science, ce don de piété,ce don de crainte respectueuse de Dieu : lequel est endormi chez nous ?

Qu’Il nous renouvelle aussi dans les fruits ! Si vous les avez oubliés, relisez la Lettre aux Galates, chapitre 5. Peut-être que là aussi, certains pourraient faire défaut  à ma vie !

S’il vous en manque un, deux ou tous, demandez-le (s) au Seigneur : « Seigneur, ce fruit-là, j’en ai absolument besoin ! » 

Avez-vous ce fruit de l’amour, lacharité, ce fruit de lajoie, celui de la paix ? Avez-vous celui de la longanimité,on l’appelle aussi la patience à supporter les souffrances et contrariétés et, comme le dit le Pape François, “supporter ceux qui nous cassent les pieds“ ? Depatience ! Êtes-vous patients ? Avez-vous le fruit de la serviabilité ? Avez-vous ce fruit de laconfiance ? De confianceen vous-mêmes, confiance dans les autres, confiance en Dieu ! Avez-vous ce fruit de labontécelui de la douceur, le fruit de la maîtrise de soi, c’est-à-dire ne pas s’énerver ou être « soupe au lait » ?

Frères et sœurs, en ce jour de fête de la Pentecôte, osons demander pour chacun de nous, les dons et le fruit de l’Esprit Saint dont j’ai besoin pour la Mission !

Viens Esprit de sainteté, viens Esprit de lumière,

Viens Esprit de Feu, Viens nous embraser !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 9 juin 2019 - Pentecôte

Homélie du mercredi 5 juin 2019, mercredi de la 7esemaine de Pâques, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 17, 11b-19. Actes des Apôtres 20, 28-38. Psaume 67.

 

Nous sommes à quelques jours de cette belle et grande fête de Pentecôte, début de l’Église missionnaire.

Il y a peu de temps, j’étais en réunion avec des jeunes couples. Tout naturellement, nous parlions de la Pentecôte et je leur ai posé cette question : 

« Qu’attendez-vous à l’approche de cette fête ?  Qu’attendez-vous de Dieu ? »

L’un d’entre eux m’a répondu qu’il attendait une explication, car il ne comprenait pas le sens de sa vie ; cette réponse a libéré la parole des autres. Un autre a répondu : « Une réponse à ma quête, car je cherche… » Un autre a surenchéri en disant : « Un approfondissement. » ou : « Un renouvellement ! »

Beaucoup d’entre eux sont restés sans réponse, ils ne savaient que dire…

Qu’attendez-vous de l’Esprit Saint ???

Non seulement ils ne savaient pas, mais ils avaient même du mal à formuler une demande ou à exprimer un but. 

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous ? Je m’aperçois que, au sein de la Trinité, l’Esprit Saint reste bien souvent un mystère.

Qu’attendons-nous de cette fête de Pentecôte ?

Pour ces jeunes, soit ils n’ont rien entendu, ou pas compris ce qui leur a été dit, soit personne n’a pris véritablement le temps de leur parler de l’Esprit Saint !

Or chaque jour, à qui sait entendre, l’Esprit Saint vient sur nous; à chaque eucharistie, c’est l’Esprit Saint qui nous permet de comprendre ce que sont le pain et le vin après la consécration : le Corps et le Sang du Christ. Chaque fois que nous vivons intimement un sacrement, c’est l’Esprit Saint qui me permet d’entendre « Jésus est Seigneur » et de comprendre comment mettre en œuvre les dons qu’il m’offre.

Alors, de quelle façon nous préparons-nous à cette fête ?

Comment attendons-nous ce renouvellement des dons et de la force de l’Esprit Saint pour chacun de nous ?

Une chose est sûre : nous vivons déjà des dons et des grâces de l’Esprit Saint, même s’ils sommeillent en nous !

Je constate que certains chrétiens pratiquants pourraient être tentés de vivre ce temps :

- dans l’indifférence,

- dans une certaine appréhension du bouleversement que l’Esprit Saint pourrait déclencher dans leurs vies : « N’allons pas trop vite, ou trop fort… tout doux ! »

- dans une espérance molle mêlée à une certaine lassitude…

Au contraire, soyons comme les vrais disciples unanimes dans la prière, regroupés filialement autour de Marie au Cénacle, unis dans une même confiance au Christ ressuscité.

Ne craignons pas d’écouter l’appel de l’Esprit Saint, même si cette écoute risque de nous engager toujours un peu plus dans la mission ! 

C’est vrai ! Si je dis au Seigneur : « Me voici ! », Il va me prendre au sérieux et me demander des choses que je ne soupçonne même pas. Nous savons qu’Il me donnera la force de les réaliser.

Alors, je vous invite à une méditation, pour aujourd’hui : où en suis-je de ma connaissance sur Celui qui ne cesse de venir aujourd’hui sur l’Église et sur chacun de nous, Celui que Jésus appelle “la promesse du Père“ et que Lui-même nous a promis et envoyé conjointement avec son Père ?

Frères et sœurs, de grâce, n’ayons pas peur !

Posons-nous les bonnes, les vraies questions ! Osons faire confiance à Dieu ! Faisons-nous “capacité“ ; ouvrons-nous, ouvrons notre cœur, afin que Dieu, par son Esprit Saint, emplisse notre vie en faisant une création nouvelle ! Ce sera Sa joie et aussi notre joie, pour nous-mêmes, et pour la communauté dans laquelle nous sommes “plantés“ ! 

Notre mission n’est-elle pas de témoigner de Dieu au cœur de ce monde ?

Viens, Esprit Saint, renouveler ma vie !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 3 juin 2019, lundi de la 7esemaine de Pâques, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 29-33. Actes des Apôtres 19, 1-8. Psaume 67.

 

Peut-être est-ce en lien avec le sacrement de l’onction des malades que nous avons vécu samedi dernier, en l’église saint Vincent de Paul, que ma méditation sur l’évangile d’aujourd’hui, s’est arrêtée sur une toute petite phrase que Jésus vient de nous dire : “Vous me laisserez seul…“ 

 

Je suis frappé par la solitudeque beaucoup de personnes, dans notre société, disent subir, même si des liens existent, même si l’on peut trouver des lieux où l’on peut partager et être accueilli.

Peut-être percevez-vous cette solitude dans laquelle beaucoup vivent, et peut-être nous-mêmes…

- C’est la solitude des personnes malades ou âgées. Je m’en aperçois quand je rends des visites dans des Ehpad,

- C’est la solitude des parents qui voient leurs enfants partir chacun de leur côté,

- C’est la solitude des époux au moment où ils traversent des difficultés,

- C’est la solitude aussi des adolescents, des jeunes derrière leurs écrans, peut-être pas tous… mais tout de même, affichant un nombre conséquent et incroyable d’amis virtuels, et exposant leurs vies à un certain voyeurisme, tout simplement parfois pour exister !

- C’est la solitude encore dans notre paroisse, où des chrétiens espèrent un soutien fraternel fort et qui s’aperçoivent, les années passant, que les liens s’étiolent, en oubliant d’être eux-mêmes force de vie et de propositions.

… /… et bien d’autres solitudes encore.

Jésus a, lui aussi, connu la solitude, beaucoup plus que nous pourrions l’imaginer ! On le pense toujours chaleureusement entouré de nombreux disciples, et de beaucoup de personnes qui accourent vers Lui pour poser des questions ou demander une guérison, ou d’autres choses, mais Jésus a vécu la solitude à plusieurs moments !

Rappelez-vous ! 

- En Jean 6 par exemple, une première fois après son discours sur le Pain de vie dans la synagogue de Capharnaüm, lorsque Jésus demande aux Douze : « Vous voulez partir, vous aussi et me laisser seul ? »

- La nuit de son agonie a été un autre moment terrible de solitude pour Jésus, lorsque revenant vers ses disciples, Il les trouve endormis. « Ainsi… », leur dit-il : «  … Vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ? » (Mt 26)

- Ou encore au moment de son arrestation lorsque tous les disciples sont partis ; Pierre l’a renié et Il est seul, devant ses accusateurs.

Jésus a donc souffert de solitude, mais Il ne s’y est jamais arrêté, car sa solitude humaine était  habitée par une présence infiniment douce, infiniment forte, celle de son Père, Source de sa mission et modèle de son action. À plusieurs reprises, nous l’avons entendu dire : « Je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi. » Nous l’avons aussi entendu dans l’évangile d’hier : « Mon Père et moi, nous sommes UN. »

Alors, que devons-nous faire ? Comment réagir ?

- Déjà par la prière, à l’intime de nous-mêmes, nous pouvons rechercher et vivre cette unité avec notre Dieu trois fois saint, pour demander, plus particulièrement en ces jours, la force de l‘Esprit Saint.

- Peut-être aussi, en vivant notre solitude, à l’image de celle de Jésus, c’est-à-dire en laissant dans nos journées, une place grandissante à la tendresse de Dieu,

- Sans doute aussi, en cherchant la paix, en vivant l’unité de, et dans la Trinité ; demeurer dans cette proximité “Père, Fils et Esprit Saint“, et dans l’amitié avec celles et ceux qui nous entourent.

Ce que je perçois, c’est que ce qui construit une amitié solide, c’est cette capacité que nous avons de nous mettre en mission, en action, c’est oser annoncer ensemble le Christ, se découvrir, au sein de notre communauté paroissiale, frères et sœurs porteurs d’une même mission : aller au-devant des autres, au-dehors, dans la rue, dans les Ehpad, dans nos familles.

Ayons cette audace d’annoncer le Christ ensemble et de nous découvrir frères et sœurs !

C’est à cette mission que nous sommes tous appelés, à former une communauté fraternelle forte !

Demandons cette grâce pour chacun de nous, et prions plus particulièrement pour les personnes isolées et souffrant de solitude !

Ainsi soit-il !

Homélie du jeudi 30 mai 2019, Ascension du Seigneur, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 24, 46-53. Actes des Apôtres 1, 1-11. Psaume 46.

Lettre aux Hébreux 9, 24-28 ; 10, 19-23. 

 

Cette fête de l’Ascensionexprime une réalité importante de notre foi chrétienne ; c’est réellement une fête majeure de notre vie unie au Christ ! Nous le savons, mais je ne suis pas complètement certain que nous mesurions véritablement ce qui se passe aujourd’hui ! 

Il y a quelques jours, alors que je me trouvais avec les enfants du catéchisme, nous parlions de la fête de l’Ascension. Alors, un jeune enfant (huit ou neuf ans) s‘exclama : « Moi, j’ai tout compris ! Jésus a pris l’ascenseur. » Ce n’est pas faux ! Jésus a pris l’ascenseur et, de fait, cet ascenseur est toujours disponible pour chacun de nous…

Comment comprendre cette fête de l’Ascension ?

Je vous invite, très simplement, à réfléchir ensemble quelques instants, sur le sens de cette fête. Pour cela, je vous propose quatre points, les voici :

1- C’est à la fois, la fin d’un rêve et le début d’une espérance nouvelle. 

2- C’est aussi un mystère d’absence et de présence.

3- L’Ascension du Seigneur est l’achèvement de son incarnation.

4- L’Ascension du Seigneur est une promesse, la promesse du don de l’Esprit Saint, qui est le début de l’Église.

 

- Premier point : C’estla fin d’un rêve

Pour les Apôtres, c’est la fin du rêve d’un rétablissement du royaume d’Israël tel qu’il avait existé au temps de la puissance du roi David. Comme le souligne le récit des Actes des Apôtres que nous venons d’entendre en première lecture, les disciples avaient encore ce rêve, même après la mort et la résurrection de Jésus. Au moment où ils sont réunis autour de Jésus, ils lui demandent en effet : “Seigneur est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir la royauté pour Israël ?“ (Ac 1,6). 

La trahison, l’arrestation, la Passion, la Mort et la Résurrection de Jésus n’ont pas complètement ruiné cet espoir. De fait, nous le savons bien, Jésus ne rétablira pas le royaume d’Israël ! Mystérieusement, ce rêve existe toujours à notre époque ! Nous aimerions tellement que d’un claquement de doigts, notre monde, notre société changent et que Jésus règne sur notre terre, tel un monarque omnipotent ! Ce n’est pas le plan de notre Seigneur ; c’est nous qui devons changer le monde !

L’Ascension est bien la fin d’un rêve et le début d’une espérance nouvelle !

Pourquoi ?

Celui qui monte au ciel devant les yeux ébahis de ses disciples, n’est pas quelqu’un qui nous abandonne,il estcelui qui nous entraîne à sa suite, Il nous guide vers notre devenir !Quand nous le voyons « s’en aller » comme les disciples l’ont vu « disparaître », nous pouvons certes, être troublés, saisis de crainte, peut-être même de doutes. Qu’allons-nous devenir s’il n’est plus là ?Mais Jésus leur avait dit pourtant, pour les préparer : “Il est bon pour vous que je m’en aille“, sinon vous n’aurez pas l’Esprit Saint.Il est bon pour vous que je m’en aille…

Jésus nous quitte, non pour nous abandonner, mais pour assurer à l’humanité une présence infiniment plus large !Il ne s’agit plus simplement d’être au milieu de quelques centaines de personnes, il y a presque deux mille ans, mais d’être présent à l’humanité entière (un peu plus de sept milliards aujourd’hui), à travers l’espace et à travers le temps. Cela est possible par la puissance de l’Esprit manifesté à travers la vie de son Corps qui est l’Église, et que nous sommes aussi. Nous sommes le corps du Christ, et le Christ est la tête ! Notre espérance est là !C’est notre certitude !

Comment pouvons-nous traduire cela ? “Là où la tête est passée, là aussi le corps tout entier passera !“(Les mamans qui ont déjà accouché, comprennent tout à fait ce que je suis en train de dire !)

 

- Deuxième point : Mystère d’absence et de présence. Dans les Actes des Apôtres, nous pouvons lire : “Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel.“

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Jésus est avec nous "jusqu'à la fin du monde" ! Notre société, notre époque parfois si contradictoires, ne doivent pas nous impressionner ou nous tétaniser. Pour nous, les chrétiens, ce n’est pas le moment d’être dans une attente stérile, peureuse ! Être chrétien, c’est agir,c’est oser avanceravec audace ; c'est aussi l'occasion de rendre grâces, d’être émerveillés de la Création, d’être désolés de l’orgueil de l’homme, mais d'entrer dans le pardon de Dieu. Ce n’est pas une raison pour craindre l'avenir, mais plutôt pour témoigner du Salut de Dieu en fonction de nos charismes et de nos capacités. Le monde a tant besoin de témoins du Christ qui osent témoigner de son amour !

Nous ne pourrons le faire qu’avec nos mains, notre cœur, notre intelligence pour changer, nous-mêmes tout d’abord, puis ceux qui sont autour de nous, puis, par contagion, par capillarité, changer peu à peu les esprits, afin que le monde entre dans une vraie solidarité, une réelle charité.

Pourquoi ne faut-il pas craindre l’avenir ? Parce que ce monde n'est encore qu'à l'aurore de la foi,et Jésus, le Seigneur du temps et de l'histoire, donne rendez-vous aux hommes et aux femmes de tous les temps. Nous avons une mission : préparer aussi nos enfants et les générations à venir à ne pas avoir peur ; mais avec confiance, annoncer cette espérance que Dieu a enracinée dans le cœur des croyants ! C’est la mission de notre Église.

Jésus est avec nous"tous les jours" ! Cela n’est pas une promesse, mais une réalité ! C'est sa présence au quotidien qui donne un sens à nos projets, à nos efforts, à tous nos gestes de charité, de compassion et d’amour que nous donnons autour de nous. Jésus est présent aux moments des grandes joies de son Église ; mais il l’est tout autant quand l'Église peine à trouver sa route, ou qu'elle doit “ramer contre vents et tempêtes“.

 

- Troisième point : L’Ascension du Seigneur est l’achèvement de son Incarnation pour un retour au Père !Prenons une image !L’Ascension est le pendant de Noël : à Noël, Jésus vient dans notre humanité, un petit bébé, tout comme nous, excepté le péché. À l’Ascension, c’est le sens inverse : Jésus remonte vers son Père. Déjà, l’Ancien Testament annonçait la venue du Messie, du Libérateur. Dès ses premières pages, l'Évangile s’ouvrait sur une incroyable espérance: celle de la naissance de l'enfant de Bethléem qui venait au monde pour êtrel’EmmanuelDieu avec nous. Ce même Évangile se referme, en cet aujourd'hui de l'Ascension, sur cette même assurance, étendue à toutes les nations et à tous les siècles : 

Le Christ est toujours avec nous, Il est l’Emmanuel ! Le Christ reviendra dans la gloire.

À chaque eucharistie, nous réaffirmons cette certitude ; savez-vous à quel moment ?

C’est au milieu de la prière eucharistique, juste après la consécration, lors de l’anamnèse. C’est alors que toute l’assemblée répond dans un acte de foi : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus. Nous célébrons ta Résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ! » 

 

- Quatrième point : que devons-nous retenir pour nous, ce matin ? 

Tout cela à la fois ! 

L’Ascension est l’annonce d’une espérance nouvelle, mais surtout et en plus, la promesse du Don de l’Esprit Saint : Dieu ne nous laisse pas seuls ! L’Ascension est l’annonce d’une espérance nouvelle, car elle nous invite à vivre notre propre Pentecôte, toujours renouvelée, toujours saisissante, toujours enthousiasmante ! 

N’ayons aucun doute ! N’ayons aucune peur !

L’évangile de ce jour nous dit que les disciples retournèrent à Jérusalem, juste après l’Ascension de Jésus et ils étaient “en grande joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu. “C’est l’assurance que Dieu ne nous abandonne pas. 

Cette certitude nous procure une joie profonde ! Cependant, nous savons bien que nous ne sommes pas parvenus au terme de notre chemin sur cette terre ; nous sommes des pèlerins ! Au cours de ce long voyage, Dieu nous accompagne avec son Esprit Saint, pour que nous avancions, dans une “succession de Pentecôte“.

Comment ?

À partir d’aujourd’hui, et cela jusqu’au jour de Pentecôte, neuf jours vont s’écouler, c’est une neuvaine !   

Je vous invite à vivre profondément, en communion les uns avec les autres, à entrer dans cette première Neuvaine, cette neuvaine originale ! Chaque jour, une, deux, dix fois par jour peut-être, le matin, le soir, dès que vous le pouvez,je vous invite activement à demander d’être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint.Prions, priez le Veni Creator ! Chantons l’appel à l’Esprit Saint ! Ouvrons notre cœur, afin que nous soyons comblés et renouvelés des grâces et des dons que le Seigneur veut nous donner pour être emplis de sa joie ! 

Portons autour de nous cette certitude que Dieu ne nous abandonne pas ! 

Demandons pour nous tous ici rassemblés, présents, et aussi pour celles et ceux qui n’ont pas pu être là, pour les membres de nos familles, nos amis et pour le monde entier, d’être renouvelés eux aussi joyeusement dans les grâces et les dons de l’Esprit Saint !

Viens Esprit Saint, viens en nos cœurs, viens Esprit Saint, viens Consolateur !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Jeudi 30 Mai 2019 - Fête de l'Ascension

Homélie du lundi 27 mai 2019, lundi de la 6esemaine de Pâques, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 26 à 16, 4a. Actes des Apôtres 16, 11-15. Psaume 149.

 

Comme pour celles et ceux qui participaient à l’eucharistie, hier soir, je me permets simplement de repréciser que nous sommes, aussi bien avec le chapitre 14equ’avec les chapitres suivants de l’évangile selon saint Jean (jusqu’au chapitre 17e), au moment du repas du Jeudi soir, c’est-à-dire lors de la Sainte Cène.

Judas vient de quitter la table pour accomplir sa triste besogne. Sur le ton de la confidence, Jésus explique aux disciples, à ses Apôtres, ce qui va advenir.

Ce matin, c’est bien un testament spirituel que nous entendons, avec les différents détails, les différents moments qui vont arriver dès l’arrestation de Jésus : sa Passion, sa mort, sa Résurrection, ainsi que ce que nous allons vivre dans quelques jours, son Ascension, c’est-à-dire le retour de Jésus vers son Père et la promesse du don de l’Esprit Saint. C’est ce que nous fêterons plus particulièrement le dimanche de Pentecôte, le 9 juin.

Nous sommes donc au chapitre 15e, toujours dans le discours de Jésus après la Cène. Après avoir entendu l’image de la vigne et des sarments, Jésus insiste longuement sur cette nécessité de l’amour fraternel avec ce commandement : « Aimez-vous les uns, les autres. » (Jn 15,17)

Et puis, d’un seul coup, le ton change ! C’est le thème de la persécution et même de la haine, qui devient central. C’est ce que nous venons d’entendre : « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi. »(Jn 15,18)

Quand saint Jean parle du « monde », il donne à ce mot une connotation très particulière ; pour lui, le “monde“ est celui du refus. Rappelez-vous le Prologue de saint Jean ! « La lumière est venue dans le monde, et le monde ne l’a pas reconnu »(Jn 1,10)

 Le monde ne l’a pas acceptée, il l’a même refusée ! C’est ce monde qui a poursuivi Jésus de sa haine, avant de la reporter sur ses disciples. 

C’est justement à propos de cette haine du monde vis-à-vis de Dieu, vis-à-vis de Jésus, que, pour la troisième fois, Il nous parle du Paraclet. Je ne suis pas certain que, durant ce repas, les disciples aient tout compris de ce que Jésus était en train de leur dire. Pour mieux saisir ses paroles, il va falloir qu’ils vivent réellement la mort de Jésus, sa Passion et sa Résurrection, et même encore un peu plus tard, le temps de la Pentecôte, afin que l’Esprit Saint leur explique tout ce qui s’est passé, et leur permette de se souvenir de ce que Jésus leur avait annoncé.

« Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. » (Jn 15,26)

Cette promesse que Jésus est en train de faire est à la fois importante et rassurante ; pourquoi ? Parce que, nous, comme les disciples, nous ne restons pas sans soutien, sans aide. C’est une promesse ! En même temps, nous percevons bien que ces paroles sont si denses qu’il faut les déployer l’une après l’autre, paisiblement, en les goûtant, en les découvrant, en les comprenant, et en rendant grâce.

C’est pourquoi il est bon, tout au long de cette courte semaine, de nous replonger dans ces chapitres, du 14eau 17e, peut-être pour goûter encore une fois ce que Jésus veut me dire.

Le Paraclet, c’est-à-dire à la fois : le Défenseur, l’Avocat, le Porte-parole, l’Intercesseur, nous est envoyé par Jésus, en fait conjointement, comme nous le disons dans le Credo, par Jésus et par le Père.

« Je vous l’enverrai…» dit Jésus. Jésus parle au futur parce que son heure n’est pas encore venue : c’est-à-dire l’heure de sa Passion et de sa mort, puisque nous sommes encore le Jeudi Saint.

Frères et sœurs, depuis le jour de notre baptême, jusqu’aux dernières secondes de notre vie terrestre, Dieu ne souhaite pas nous laisser sans une aide efficace ; ne l’oublions pas ! C’est pourquoi, depuis l’eau vive baptismale, depuis l’onction sainte que nous avons reçue, l’Esprit Saint nous est donné. Nous sommes invités, plus particulièrement, à lui demander son aide, à Le prier. 

Nous pensons bien à prier le Fils, à prier le Père, mais le faisons-nous pour l’Esprit Saint ?

Frères et sœurs, ouvrons nos yeux, ouvrons notre cœur, et décidons de suivre Jésus !

Mais ne cherchons pas trop loin ; cet Esprit Saint est déjà en nous, Il nous a déjà été donné ; encore faut-il nous ouvrir à Lui !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 26 Mai 2019 - 6° Dimanche de Pâques

Homélie du mercredi 22 mai 2019, mercredi de la 5esemaine de Pâques, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 1-8. Actes des Apôtres 15, 1-6. Psaume 121.

 

 

Voilà quelques mois déjà, que je célèbre régulièrement cette eucharistie, à 8h du matin, plusieurs jours dans la semaine, et je suis heureux d’y retrouver vos visages.

Je ne suis pas certain que nous nous connaissions tous ; je ne suis pas sûr que nous ayons même le temps de nous saluer et de faire connaissance. Certains sont vite pris par leur travail ou par leurs différentes occupations. Souvent même, en venant ici dès le début de la journée, nous avons déjà des projets, mille petites choses à faire. Certains viennent peut-être avec les épaules un peu chargées, en pensant à tout ce qu’ils auront à accomplir dans la journée, d’autres ont des préoccupations plus lourdes liées au travail, à la famille, à la maladie…

Sans aucun doute, tous, nous avons des projets, des désirs (en tout cas, je l’espère !) et des rêves ! Cela est essentiel !

Cependant la vie, notre quotidien, comme nous le rappelle cet évangile, nous invite souvent à nous positionner face à des réalités objectives, fondamentales, et parfois même, quelque peu abruptes.

- De fait, que voulons-nous dans cette vie qui nous est donnée ?

- Pourquoi ai-je en moi, ce désir d’aimer et d’être aimé ?

- Comment souhaitons-nous que notre vie soit féconde et porte du fruit ?

- Voulons-nous une vie qui vaille la peine d’être vécue, ou avançons-nous, tête baissée, sans trop savoir où aller ?

- Quels fruits voudrions-nous porter ?

Dans la méditation du chapitre 15ede son évangile, que nous dit saint Jean ? 

Le contexte est précis : nous sommes toujours dans le cadre du repas du Jeudi Saint. Judas vient juste de partir pour sa triste besogne.

Saint-Jean nous invite avec force : « Demeurez attachés à Jésus-Christ ! Restez greffés sur Lui, comme le sarment sur la vigne.» Autrement dit : « Ne vous coupez pas de la sève ! Ne vous éloignez sous aucun prétexte, de la source de l’amour ! Demeurez dans cet amour qui vous a été révélé, car là, dans cet amour précisément, tous vos désirs, tout ce que nous souhaitons peut se réaliser. »                                           

Demeurez ! Demeurez !

Ce verbe revient sans cesse sous la plume de saint Jean. Cette insistance pourrait presque nous surprendre et peut-être agacer certains d’entre nous : Demeurez !

L’enfance, et peut-être encore plus l’adolescence, sont des périodes où l’on privilégie davantage le moment présent, l’immédiateté, le spectaculaire. Quand nous écoutons certains jeunes, ils disent ne pas trop savoir de quoi sera fait leur avenir ; ils n’y pensent pas forcément et préfèrent vivre mille aventures à la fois, sans trop se soucier de demain…

En restant dans ce point de vue, nous risquons tous de rester de grands adolescents, dans un certain zapping, dans une sorte de “bougeotte“ si souvent vécue dans notre société, où il nous faudrait faire mille choses à la fois sans trop réfléchir ; et voilà que cette page d’évangile nous prend à contrepied.

Saint-Jean, lui, nous invite à la stabilité en Jésus : Demeurez !

C’est comme si saint Jean nous disait qu’il ne nous faut pas seulement entrevoir l’amour de Dieu, pas seulement courir après cet amour ; il nous dit que l’important, c’est d’y demeurer !

Ou encore ! Ne lisons pas trop vite ou en diagonale les évangiles ! Prenons le temps d’y demeurer !

Nous savons bien que nous ne devenons pas chrétiens du jour au lendemain. Notre conversion ne se fait pas forcément en un jour ; c’est l’affaire de toute une vie ! Nous savons bien que notre vie est un chemin, un mouvement, un long pèlerinage et pourtant, en même temps, un attachement, une stabilité en Jésus.

Dans le diocèse de Grenoble-Vienne, nous sommes privilégiés, car nous avons les Chartreux, témoins de cette stabilité, avec cette belle devise : « La Croix demeure tandis que le monde tourne ! »Le Christ est stable : le même hier, aujourd’hui et demain !

Alors, comment vivre, en y mêlant nos rêves, nos désirs, tout ce que nous voulons, toutes ces choses à la fois ? Nous le pourrons si nous restons attachés au Christ.

Nourrissons-nous de cette Parole ! Relisons-là et méditons-là sans cesse, en prenant le temps de la ruminer ! Il faut du temps pour que cette parole imprègne notre vie. Il faut du temps pour comprendre que le Christ est notre stabilité. Quels que soient notre âge, notre état de santé, c’est avec Lui que nous voulons vivre pour toujours !

L’important dès ici-bas, c’est de demeurer dans son amour : Lui avec moi et moi avec Lui !

Demandons cette grâce, déjà pour aujourd’hui !                     Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 20 mai 2019, lundi  de la 5edimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 14, 21-26. Actes des Apôtres 14, 5-18. Psaume 113b.

 

 

 

Dans les lectures de ce matin, il est question d’amouret d’Esprit Saint.

Comme vous le savez, il existe un lien très intime entre les deux : en effet, c’est l’Esprit Saint qui nous permet d’entrer dans une communion d’amour.

Ce matin, nous entendons cette certitude : le Père nous aime ! Peut-être que certains d’entre nous n’ont pas fait encore, cette expérience de l’amour du Père ? Cependant, croyez que le Père nous aime. Nous avons peut-être des difficultés à le comprendre, car il nous aime d’une façon concrète et non d’une façon sentimentale ou romantique. Cette magnifique nouvelle a été déposée dans le cœur de l’homme qui croit et qui reçoit cet amour.

Cet amour est un amour entier, exigeant, que l’homme est capable de recevoir, même si parfois, l’homme se reconnait inconstant. Pour cela, nous avons une aide extraordinaire : le Défenseur ! “… le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, Lui vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.“

La mission de l’Église est aussi, et avant tout, l’œuvre de Dieu ; il s’agit non seulement de l’œuvre qu’il nous faut réaliser pour Dieu, mais aussi de l’œuvre de Dieu à travers le témoignage des hommes. Ce témoignage s’adresse à tous, mais il passe et passera toujours dans une rencontre personnelle. En vous disant ces mots, je précise qu’il n’y a aucune supériorité, aucune suffisance : le monde a besoin de notre témoignage. Il peut arriver, parfois, que nous nous sentions en difficulté, ou pas tout à fait à la hauteur de ce qu’il faudrait être, mais qu’importe ! Le monde a besoin d’entendre qui est Dieu pour moi.

De quoi / qui témoigner ?

Dans la première lecture, les Apôtres, Barnabé et Paul le précisent : “Nous aussi, nous sommes des hommes pareils à vous, et nous annonçons la Bonne Nouvelle… “C’est-à-dire : nous sommes des hommes semblables à tous les hommes et notre mission est de vous annoncer la Bonne Nouvelle !

C’est bien ce que saint Luc veut rappeler aux chrétiens dans le passage tonifiant des Actes des Apôtres que nous venons de lire.

Quelle est notre mission ? Quelle est la mission des disciples ? Être témoins !

La mission des disciples est de raconter tout ce que Dieu a fait pour eux, tout ce que Dieu a fait pour nous, et surtout comment Dieu n’exclut personne, bien au contraire ! Nous entendons dans les actes des Apôtres, comment Il ouvre à chacun (aux païens, c’est-à-dire aux non-juifs), la porte de la foi.Aujourd’hui, comme hier, c’est Dieu qui ouvre la porte, c’est Lui aussi qui ouvre nos cœurs.

Il nous faut croire que ce témoignage chrétien est irremplaçable ; frères et sœurs, nous avons sans cesse à témoigner, tout en sachant que c’est Dieu qui fait le travail, c’est Dieu qui ouvre les cœurs, c’est Dieu qui convertit !

Comment oser témoigner ?

Le préalable pour tout témoignage est l’amour : “Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera…« le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, Lui vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

Nous sommes dans ce temps de Pâques, et nous nous dirigeons vers la fête de la Pentecôte. Il est nécessaire de réactiver en nous l’accueil de l’Esprit Saint. Redemandons les dons qu’il nous a donnés, les vertus nécessaires qu’Il nous procure afin que, à notre manière, à notre rythme, nous puissions entrer dans cet amour du Père pour nous : dans cet amour du Père pour moi !

Puissions-nous, tout au long de ce jour, faire entendre une parole que l’Esprit Saint fera surgir de notre mémoire ! En faisant ainsi, qu’il nous soit permis de faire éclore un amour pour Celui qui est à l’origine de tout amour ! Le monde attend notre témoignage, même si, parfois, il nous faut passer par le martyr.

Frères et sœurs, poursuivons notre route vers le temps de Pentecôte, en demandant la force de l’Esprit Saint !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 19 mai 2019, 5edimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 13, 31-33a.34-35. Actes des Apôtres 14, 21b-27. Psaume 144.

Apocalypse de saint Jean 21, 1-5a. 

 

Frères et sœurs, le passage de l’évangile selon saint Jean que nous venons d’entendre, constitue le début du testament spirituel de Jésus, au soir du Jeudi Saint.

Judas vient de sortir pour accomplir sa triste besogne et il s’enfonce dans la nuit du refus, la nuit de la trahison, dans la nuit de la tristesse. C’est ce moment que Jésus choisit pour parler à ses amis à cœur ouvert. Il leur explique successivement que le Père va le glorifier, que cette glorification suppose son retour auprès du Père, (et donc son départ), et qu’Il nous laisse comme gage de son amitié, un commandement nouveau.

Quel est ce nouveau commandement que Jésus donne à ses disciples ?

Il est unique, universel et il est si important que Jésus le répète jusqu’à trois fois en quelques lignes.

« Aimez-vous les uns, les autres »,dit-Il en le reliant à sa source : « … comme je vous ai aimés. »

Jésus redira ce commandement une nouvelle fois encore, dans ce même et long discours, au chapitre 15ede l’évangile de saint Jean “Mon commandement le voici : aimez-vous les uns, les autres, comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »(Jn 15, 13). 

Nous le savons bien, effectivement, Jésus, par amour, va donner sa vie sur le bois de la Croix ! Nous savons aussi qu’Il est victorieux de la mort ; Il est ressuscité !

Nous sommes toujours dans ce temps de Pâques, dans l’attente du jour de l’Ascension, jour où Jésus sera soustrait à notre regard : “Petits enfants, c’est pour peu de temps encore, que je suis avec vous.“C’est ce qu’Il vient de dire à ses disciples. Ceux-ci ont-ils tout compris ? Ce n’est pas certain. Nous sommes encore au Jeudi Saint. Il faudra attendre la Résurrection, l’Ascension et le temps de la Pentecôte pour entrer dans ce mystère.

Désormais, pour chacun de nous aussi, même si nous avons reçu le témoignage des Apôtres, il faudra croire sans voir, croire sans avoir vu ! 

Cependant, un lien tangible va demeurer entre Lui et nous, c’est ce commandement nouveau : “Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns, les autres.“

Hier, en méditant cette lecture et en préparant cette homélie, je me posais une question. Peut-être est-ce aussi la vôtre ? En quoi ce commandement est-il nouveau ? Déjà, dans l’Ancien Testament, nous entendions qu’il nous faut aimer notre prochain. Rappelez-vous ! Dans le Lévitique 19, 18, il est écrit : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même.“

Où se trouve donc la nouveauté dans ce que Jésus est en train de nous dire ?

Nous savons bien, au fond de nous-mêmes, que cet amour est nécessaire ; nous avons besoin d’être aimés et d’aimer à notre tour ou en retour. Où est donc la nouveauté de ce commandement ?

Je me permets très simplement de vous livrer trois points, trois points pour alimenter notre réflexion et aussi notre prière :

- Premier point : ce commandement ou alliance est nouveau parce qu’il est lié à la personne même de Jésus, et qu’il sera vécu dans le contexte bien particulier de la Passion. “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis“.C’est une Alliance nouvelle qu’Il nous invite à vivre ! Cependant, cette nouveauté est déjà inscrite dans l’histoire humaine et donc, dans la Première Alliance. 

Autrement dit : dans la Bible, lorsqu’on parle de commandements, en réalité, il s’agit d’une Alliance, c’est-à-dire d’une réciprocité entre Dieu et son peuple. Dans beaucoup de religions, on parle surtout de commandements au sens strict, mais le Dieu des Hébreux, notre Dieu, Lui, parle d’Alliance dans le sens du « Don ». Rappelez-vous les dix commandements que Moïse va chercher au Sinaï ! C’est une Première Alliance que Dieu conclut entre les hommes et Lui. 

Pourquoi ce commandement est-il nouveau ? En Jésus, l’actualisation de cette Alliance nouvelle et définitive est scellée par sa mort et sa glorification. C’est ce que dit saint Jean dans l’Apocalypse :« Moi, Jean, j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle. »

 Cette nouveauté porte un nom : Jésus !

- Deuxième point :Jésus a aimé jusqu’à l’extrême, chacun des siens qui étaient dans le monde. Cela nous demande vraiment une profonde réflexion ! Si j’interroge telle ou telle personne en lui annonçant : « Tu sais, Jésus t’aime ! », beaucoup sont dans le doute : « Moi ? Comment peut-il m’aimer avec ce que je suis et tout ce que je fais ? » Beaucoup pensent que Dieu ne les aime pas (peut-être parce qu’ils ont du mal à s’aimer eux-mêmes). Mais au contraire : Dieu nous aime d’un amour incroyable, tels que nous sommes ! Il faut peut-être le vivre, le découvrir et l’expérimenter pour le comprendre !

Jésus a donné sa vie pour que nous ayons la vie en abondance. Son amour n’est pas une simple philanthropie. Chacun de nous peut faire sienne la conviction qui bouleversait profondément saint Paul ; en Galates 2, 20 : “Il m’a aimé et s’est livré pour moi.“  Paul, lui le persécuteur, en est complètement saisi !

Jésus m’a aimé et Il est mort sur la Croix, pour moi !

- Troisième point :certains peuvent trouver paradoxal de lier commandement et amour. Si l’amour n’est pas libre, mais s’il est “commandé“, de quel amour s’agit-il ? C’est là qu’intervient aussi le don de la Pentecôte : l’Esprit Saint ! L’Esprit Saint est ce don original du chrétien : un don et des vertus qui ont été gravés dans le cœur des disciples du Christ, plus particulièrement, le jour de la Pentecôte, mais aussi le jour de notre baptême, le jour de notre confirmation, le jour où je reçois le sacrement de réconciliation, le jour où je viens communier au Précieux Corps de Jésus, le jour où je reçois le sacrement du mariage ou le sacrement de l’ordre, le jour où je reçois l’onction des malades. À chaque fois, sont gravés dans le cœur des disciples ce don et ces vertus.

Sans l’Esprit Saint, les disciples auraient été incapables de mettre en pratique les préceptes évangéliques ! Sans l’Esprit Saint, il nous est impossible de prier le Notre Père ! Sans l’Esprit Saint, il nous sera difficile de nous aimer les uns, les autres et de témoigner de cet amour !

Ce don est une loi nouvelle, un cadeau, c’est-à-dire une capacité renouvelée d’aimer. C’est l’Esprit Saint qui nous libère de toute peur, car, accolée à l’amour, il existe une peur paradoxale, une peur presque physique de ne pas être capable d’aimer comme je le souhaiterais, ou de ne pas être aimé en retour. En ce sens, l’Esprit Saint nous libère de toute peur ! 

L’Esprit de Dieu nous ouvre à cette disposition à aimer comme Dieu aime, sans qu’Il décide à notre place sans contrarier notre liberté ; Dieu ne s’impose jamais, mais son Esprit Saint nous influence, nous tourne vers le Bien, vers cette capacité d’aimer. Ainsi, bien inspirés, nous serons poussés à faire des choix qui vont augmenter, non seulement l’amour, mais aussi la paix, la tolérance, les bienfaits et tout ce qui peut rendre notre monde plus humain et plus fraternel.

Nous pourrions nous poser encore une question : pourquoi notre monde est-il si fragile ou maladroit quand l’amour est don gratuit ?

Est-ce parce que l’homme, dans sa méfiance, est moins apte à aimer ? Aurait-il des difficultés à se laisser inspirer par l’Esprit Saint ? 

Pourtant, l’Esprit Saint nous change intérieurement ; Il nous donne (et je le dis avec un peu d’humour), un “air de famille“ avec Dieu, tels les enfants du même Père !

Cette gratuité d’amour est toujours possible au sein de notre communauté paroissiale, entre nous. 

Pour terminer, je vous rappelle simplement les trois points que je viens d’énoncer ; ce commandement d’amour est possible :

- par cette Alliance nouvelle que Jésus scelle en sa mort et en sa résurrection,

- par ce désir de Jésus d’une vie pour chacun, désir d’une Vie éternelle,

- par le don de l’Esprit Saint qui nous est redonné, encore ce soir.

Frères et sœurs, entendons cet appel à aimer durant ce temps qui est le nôtre, ce temps de Pâques, ce temps de la Résurrection, dans ce temps de la nouveauté chrétienne.

Aimer ! Ce n’est pas aimer d’un amour mièvre, sentimental ou romantique, c’est aimer de l’amour même de Jésus.

En ce jour, demandons pour chacun de nous, cette grâce d’aimer de tout notre cœur, comme Dieu nous aime ! Plus encore, laissons-nous aimer par Dieu parce que Dieu nous aime !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 19 Mai 2019 - 5° Dimanche de Pâques

Homélie du mercredi 15 mai 2019, mercredi de la 4esemaine de Pâques, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Jean 12, 44-50. Actes des Apôtres 12, 24 à 13, 5. Psaume 66

 

Cet évangile est d’une richesse extraordinaire. 

Pour ce matin, je vous propose que nous nous arrêtions juste sur les premières phrases, particulièrement, sur cette réalité que : nous ne sommes pas créés pour vivre sous terre, dans l’obscurité ou la grisaille !Je le crois très profondément.

Dans l’évangile de ce jour,nous venons d’entendre une invitation pressante, « criante », à quitter la nuit pour le jour, à quitter les ténèbres pour la lumière ! 

Pourquoi ?

-   Parce que nous sommes faits pour la lumière !

-   Parce que notre société (comme nous-mêmes bien souvent par la façon dont nous vivons) fait parfois office d’éteignoir ! 

Non ! J’en suis intimement persuadé : nous ne sommes pas créés pour vivre dans l’obscurité et la grisaille ! Pourtant, cela nous arrive à plusieurs reprises tout au long des jours qui passent, des mois et des années …

C’est pourquoi, il nous faut entendre la Parole de Jésus. Elle nous redit avec force : « Moi, qui suis la lumière, je suis venu dans le monde ». Moi, la lumière... Voilà l’extraordinaire révélation sur le mystère intime de Jésus et sur la mission qu'il a reçue du Père : Nous éclairer ! Nous mettre dans la lumière !

"Je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres" (v.46). Cela fait comme écho au livre de la Genèse, au début de la Création : Il y eut un soir, il y eut un matin ! (Passage de la nuit au jour !)

Ainsi,selon Jésus, les ténèbres précèdent la foi :elles sont pour nous la nuit d'avant la foi.  Quand nous venons au monde, nous sommes dans une sorte de ténèbres jusqu’à ce que la lumière du baptême nous amène à la lumière du Christ !

-   C'est là que nous demeurons avant de rencontrer Jésus-lumière; 

-   C'est là que nous retournons quand nous quittons sa main.

Savez-vous que :

Toutes nos liturgies chrétiennes nous rappellent ce passage de l’obscurité à la Lumière !

La Vigile Pascale dit ce passage : La Vigile est Mère de toutes les veillées. Rappelez-vous ! Ici même en notre église Saint Louis, l’église était sombre, et c’est alors que nous avons allumé le feu pascal ! Nous sommes passés ensemble des ténèbres de la nuit à la Résurrection du Christ !

Le rite du Baptême est aussi ce passage de la mort à la vie ! Passage de la nuit au jour Le cierge que le baptisé reçoit brille de la lumière du Christ.

Même dans l’imagerie populaire cette distinction existe : Ne dit-on pas « Broyer du Noir ! » ou « être dans le brouillard ! ». À l’inverse ne dit-on pas : « Avoir une idée lumineuse ! » Cette phrase est parfois illustrée avec humour par une tête avec une petite ampoule qui s’éclaire ! Nous voyons bien que nous percevons ce passage des ténèbres, de la nuit, à la lumière ! 

Sommes-nous pour autant toujours dans la lumière ? Non ! 

Si à certains moments de notre existence, il nous arrive de revenir aux ténèbres – volontairement ou non - de revenir à la « noire tristesse », ou à une perte du sens de notre vie, nous devons avoir un seul réflexe :dans un acte de foi, venir, revenir à Jésus-lumière, entendre ses paroles et les garder. Osons demander de revenir à cette lumière par le sacrement de réconciliation, par la méditation de la Parole de Dieu ! Nous pouvons aussi prendre un temps d’adoration devant le Saint Sacrement où l’ostensoir représente souvent un soleil avec Jésus au centre ! 

Soyons fous :n’avons-nous pas alors à devenir comme des tournesols ! Ces tournesols sont des plantes extraordinaires qui sont attirées par le soleil, qui le suivent : c’est l’héliotropisme du tournesol.

Et nous-mêmes, est-ce que nous suivons ce Soleil, c’est-à-dire le Christ ?

Puissions-nous, ce matin, demander d’être à l’écoute de la Parole tout au long de ce jour ! Puissions-nous l’accueillir, la garder, en être nourris, illuminés et être, à notre tour, « lumière » pour le monde !

Ainsi soit-il

Homélie du lundi 13 mai 2019, Notre Dame de Fatima,année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Jean 19, 25-27. Psaume 41-42. Actes des Apôtres 11, 1-18.

 

Dans cet évangile, nous venons d’entendre les dernières paroles de Jésus, prononcées avant de remettre son souffle :« Femme, voici ton fils »« Voici, ta mère ! » (Jn 19, 26-27)

Sur la Croix, Jésus n’appelle plus sa mère : “maman“, mais Il l’appelle : “femme“, pour bien montrer qu’il ne la considère plus seulement comme sa mère, mais qu’Il est en train de la faire advenir : mère de l’Église. Sans doute percevons-nous cette différence de sens entre “maman“ et “mère“. 

Sur la Croix, Marie acquiert une nouvelle maternité ; elle n’est plus seulement la maman de Jésus, la mère de Jésus : elle devient Mère de l’Église.

Nous fêtons, ce matin, les apparitions de la Vierge Marie à trois petits enfants du village de Fatima. Cette fête illustre et déploie ce que Jésus nous dit dans cet évangile. Depuis que Marie est devenue notre mère à tous, elle ne cesse, en tant que « maman de tous », d’intercéder pour ses enfants auprès de son Fils, elle ne cesse de veiller sur ses enfants, de protéger et d’avertir ses enfants.

C’est en sa qualité de mère qu’elle apparaît en divers endroits de notre Terre. Son message est constant : rappeler à ses enfants d’être une fidélité à la vie chrétienne, au Christ, à Sa Parole, aux engagements liés à notre baptême.

Souvent, et je peux prendre l’exemple dans notre diocèse, lors des apparitions à Notre-Dame de l’Osier ou à la Salette, Marie met en garde ses enfants contre les dangers qui se profilent et la nécessité de la prière. C’est par fidélité à la mission que Jésus lui confie sur la Croix, qu’elle apparaît aux hommes pour protéger notre humanité, pour lui rappeler la nécessité de la conversion. 

Le 13 mai 1917, l’Europe est en guerre ! Partout dans le monde, la paix est menacée ! Les peuples s’entretuent et les enfants meurent. La Russie va basculer dans l’idéologie communiste qui va ravager, non seulement son pays, mais pendant un temps, toute l’Europe et même une partie du monde.

Ce jour-là, le ciel s’ouvre au-dessus de trois petits bergers dont vous connaissez sans doute, les prénoms : Francisco, Jacinta et Lucia. Marie apparaît pour leur révéler l’importance de la prière et de la conversion de pécheurs. À travers la vision de ces trois petits voyants, la Vierge Marie invite à attaquer l’empire du Mal à sa racine ; elle invite à accueillir Dieu à la place du péché. 

Retenons bien que, partout où Marie apparaît, elle invite chacun de nous :

-       à attaquer l’empire du Mal à sa racine, 

-       à accueillir Dieu à la place du péché.

D’une certaine façon, le Mal se déploie dans le monde véhiculant ses idéologies, hier et encore aujourd’hui. La négation de Dieu existe bien : notre France, et même toute l’Europe, sont entrées dans une période de déchristianisation. Nous assistons à la promotion de l’orgueil de l’homme, à un droit de mort sur les plus fragiles et les plus démunis. Beaucoup de nos contemporains ne semblent exister que dans une surconsommation désordonnée.

Il est urgent de remettre Dieu à la place du péché !

Aujourd’hui encore, le message de Fatima est toujours actuel :

- pour rappeler à l’homme qu’il peut choisir Dieu, 

- qu’il peut choisir la voie du Bien ! 

En perdant ses racines chrétiennes, notre société européenne propose, aujourd’hui, des chemins qui nous détournent de Dieu. Nous avons besoin des uns et des autres, de vraies communautés priantes pour rester ferme dans la Foi. Reconnaissons que, bien souvent, il est plus facile pour nous, de choisir une certaine forme de compromission, de moyen terme avec le péché, plutôt que de prendre le chemin de la conversion.

Frères et sœurs, ce matin, osons demander à Notre Dame, qu’elle nous aide à remettre Dieu au centre de notre vie, au centre de notre cœur, c’est-à-dire à remettre Dieu à la première place dans nos journées, au sein de nos familles, dans notre paroisse !

Oui ! Que Notre Dame de Fatima intercède pour nous !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 12 mai 2019, 4edimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 10, 27-30. Actes des Apôtres 13, 14.43-52. Psaume 99. 

Apocalypse selon saint Jean 7, 9.14b-17. Journée mondiale de prières pour les vocations.

 

Nous sommes toujours dans cette joie pascale du Christ ressuscité ! 

Chaque année, le quatrième dimanche de Pâques, l’Église universelle nous invite à prier pour les vocations dans l’Église. Ce dimanche est appelé : dimanche du Bon Pasteur. 

Le Christ, pasteur, connaît ses brebis, Il les appelle par leur nom et veille sur chacune d’elles. 

Je souhaite commencer cette homélie en apportant tout de suite quelques précisions essentielles, pour que nous ne restions pas dans le rêve ou dans un imaginaire idyllique des « verts pâturages » 

Trois petits points !

       -  Premièrement, et nous l’avons entendu plusieurs fois dans les lectures d’aujourd’hui : Jésus est le vrai pasteur ! Cela est vrai et c’est même le point fort, fondamental de notre foi !

       - Deuxième point : les bergers de la Bible n'ont rien de fade ou de romantique ou même de bucolique. Cela contredit peut-être les représentations que nous pourrions avoir spontanément. Les bergers exercent un métier dangereux qui exige autant d'habileté pour trouver, à la fois les bons pâturages et les points d'eau ! Ils sont aussi des combattants courageuxet vigilants, capables de défendre leurs troupeaux contre les fauves, les voleurs et les « faux-bergers ».

       - Troisième point : 

  • Non ! Les brebis (c’est-à-dire les Chrétiens, c’est à dire “nous“) ne sont pas des moutons de Panurge, soi-disant « des moutons bien obéissants » ! Cela se saurait !
  • Oui ! Jésus connaît ses brebis ! Dans notre monde en quête de sens, il est bon de recevoir cette confidence ce matin : «… Ces brebis…elles ne périront pas et personne ne les arrachera de sa main ».

       OUI, Jésus nous connaît ! Comment fait-il ? Souvent les enfants du catéchisme me posent cette question ! Ce qui est sûr, c’est que Jésus connaît chacun de nous à l’intime. Il nous le redit : « Tu as du prix à mes yeux » (Is 43,4) ! Dans cette réciprocité, Lui avec moi, moi avec Lui, il ne faut pas oublier que les brebis que nous sommes ont aussi une responsabilité. Il ne s’agit pas pour nous, simplement d’attendre « bêlement » !

       De quelles responsabilités s’agit-il ?

Il nous faut d'abord « ÉCOUTER ».« Shema Israël ! » « Écoute Israël ! » (Dt 6)  nous disent nos frères juifs. C'est là une attitude essentielle dans la relation entre deux êtres, un signe d'attachement authentique. Que penserions-nous de deux fiancés, ou de deux époux qui ne se parleraient pas, ne s'écouteraient pas ? 

       L’écoute est importante et c’est le vœu profond de l'amour : l'attention à l'autre. C'est vrai pour nos amitiés fraternelles et notre relation avec Dieu. C’est vrai aussi de ce qui doit exister au sein même de notre communauté paroissiale. Quand on aime quelqu'un, on écoute ce qu’il a à dire, et on lui fait humblement confiance.

ÉCOUTER, puis CONNAÎTRE,et SUIVRE.

       Ces verbes que l’évangile nous livre, nous invitent à un choix préférentiel, à une thématique du don radical de soi :un don radical de soi par AMOUR Écouter, connaître et suivre ! Nous sommes toujours dans le registre de l'intimité amoureuse, de la communion de deux êtres qui ne font plus qu'un. 

       Quand on écoute Jésus, quand on connaît le Christ, quand on souhaite Le suivre, on s'engage sur le chemin qu'il a déjà parcouru, dans une totale confiance, avec parfois de temps en temps l’ombre de la Croix, (et cela arrive, que nous le voulions ou non !).  Cette croix sera peut-être le lieu des incompréhensions, des indifférences, des soupçons et même, dans certains cas, du martyr. Combien de fois entendons- nous les Pères de l’Église nous redirent que dans l’amour, la croix est toujours présente, quelle que soit la vocation religieuse, sacerdotale ou dans le mariage. 

Le Christ a connu, lui aussi, tous ces désamours ! : « Dans l’amour, la croix est présente. »

       Cet appel que le Christ adresse à tous est une invitation au rassemblement d'un nouveau peuple « de toutes nations, races, peuples et langues. »(Ap 7) Plus largement, c’est le monde entier qui est invité à la rencontre du Christ ! C’est ensemble, par cette communauté que nous formons, que nous répondons, déjà, à cet appel. Les Actes des Apôtres que nous avons entendus dans la première lecture, ne sont pas une histoire ancienne ou passée. Comme les premiers Chrétiens, nous continuons à les vivre dans le quotidien de notre monde, toujours à évangéliser.

       Ne nous étonnons pas trop vite que notre voyage vers Dieu (c’est-à-dire vers la Vie éternelle) s'effectue souvent à travers tentations, contradictions et épreuves au sein même de l’Église. Les faits récents nous le rappellent. Nous le savons bien : « La vie n’est pas un long fleuve tranquille ! »

Non ! Il nous faut sans cesse prier pour ne pas trop dévier, ne pas nous embourber dans des chemins boueux et rester fidèles à notre vocation. 

       Même si certains qui sont consacrés à Dieu, sont devenus des “Judas“, n’oublions pas que c’est le Christ que nous suivons ! Nous devons prier pour les victimes, prier aussi pour les prêtres qui ont gravement fauté, sans oublier de rendre grâce pour ceux dont la fidélité humble est restée indéfectible !

       Notre vie de foi est un voyage aux nombreux imprévus, mais nous savons que Celui qui nous guide et accompagne notre marche, c’est le Christ, notre Berger. J’aime bien cette expression de la théologie des “petits pas“ : marchons avec Lui, pas après pas, jour après jour … 

Pour que notre Église, communauté de Jésus, puisse vivre aujourd’hui et demain, nous avons besoin de priants, de personnes qui avec audace donnent du temps dans une vie souvent bousculée, et parfois même toute leur vie. Supplions le Seigneur pour les vocations spécifiques de prêtres, de religieux, de religieuses, de laïcs consacrés et plus largement, de célibataires pour le Royaume et de familles engagées. C’est cette communauté paroissiale que nous formons dans toute cette diversité : c’est-à-dire : noustous,quelque soit notre âge, notre condition, quelque soit notre vocation. Comment peut-on dire que nous sommes chrétiens si, comme nous le dit le Pape François, nous restions installés au fond de notre canapé, ou indifférents aux besoins de nos contemporains ?

Toutdisciple-Missionnaireformant une Communauté où l’Esprit Saint souffle, est une communauté de frères et sœurs de Jésus ! Impossible de nous taire, nous devons en témoigner.

En ce jour d’intercession pour les vocations spécifiques, plus particulièrement pour les vocations sacerdotales, il nous est demandé de prier le Maître de la Moisson. Je connais des jeunes qui se posent la question d’un don total de leur vie et demandent au Seigneur ce qu’Il veut pour eux. Quand ils perçoivent une réponse, la question suivante est : comment répondre à son appel ?

Une difficulté peut alors venir quand leur désir d’une vie sacerdotale n’est pas bien accueilli dans leurs familles ou par leurs amis. Nous pouvons les aider et prier pour eux !

En ce jour particulier, notre prière pourrait être celle-ci : « Seigneur, donne-nous de saints prêtres, de saints religieux, saintes religieuses, de saint consacrés » ! Donne-nous des pasteurs selon ton cœur !

 Quand j’étais séminariste à Paray-le-Monial (ce lieu où Jésus nous donne son cœur à découvrir d’une façon plus particulière) il y a presque 26 ans déjà, nous récitions régulièrement, chaque jeudi soir, cette belle prière que Monseigneur Séguy, évêque d’Autun avait composée. En méditant ces textes, cette prière m’est revenue. La voici :

Seigneur Jésus, comme tu l'as demandé, nous nous tournons vers le Père, le Maître de la Moisson, pour le prier d'envoyer des ouvriers à sa moisson. C'est pourquoi, tous ensemble, nous disons :

     Père, envoie ton Esprit Saint sur ton Peuple, dans nos cœurs, nos communautés et nos familles. 

Accorde à ton Église un nouveau printemps, en appelant beaucoup de jeunes à tout laisser pour suivre Jésus et devenir ses prêtres, pour annoncer sa Parole, distribuer le Pain de Vie et rassembler son peuple. 

Dispose aussi les fidèles et notre communauté paroissiale à accueillir, reconnaître et soutenir tous les ouvriers de l'Évangile. 

Enfin, donne à chacun d'entendre l'appel que tu lui adresses et le courage d'y répondre. 

Oui Seigneur, donnes-nous de T’écouter, de Te connaître et de Te suivre !

AINSI SOIT-IL !

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 12 mai 2019 - 4° Dimanche de Pâques - Vocations

Homélie du lundi 6 mai 2019, lundi de la 3esemaine de Pâques,année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Jean 6, 22-29. Psaume 118. Actes des Apôtres 6, 8-15.

 

Peut-être avez-vous remarqué qu’avec mes confrères prêtres, nous passons chaque semaine plusieurs heures au confessionnal, ici, dans cette église ?

Nous y recevons bien sûr, des personnes qui demandent à recevoir ce cadeau qu’est le sacrement de réconciliation, mais régulièrement, il nous arrive d’y faire des rencontres surprenantes. Souvent, des jeunes viennent nous interroger sur la foi : « Qui est Jésus ? Pourquoi la vie ? Pourquoi la mort ? Pourquoi le mal ? », avec de nombreuses autres questions existentielles importantes. Ces dialogues sont d’une très grande richesse, et nous sommes heureux de pouvoir discuter ainsi. C’est toujours édifiant d’entendre ces questionnements d’aujourd’hui qui nous permettent de nous apercevoir que nous ne vivons plus du tout en chrétienté et que notre société a rendu difficile la lecture des belles valeurs essentielles et le sens de notre existence. Ces personnes ne sont pas forcément chrétiennes, parfois elles sont d’autres religions (Islam, par exemple), mais la plupart du temps, sans religion. Ce qui est certain, c’est qu’elles se posent des questions. Ces hommes, ces femmes portent en eux-mêmes des interrogations et cherchent des réponses.

De fait, ces quêtes sont bonnes et importantes ! Il est normal que notre intelligence nous pousse à nous interroger. Vous-mêmes, à un moment ou à un autre, vous avez sans doute, été interrogés sur votre foi, vos valeurs, votre compréhension du sens de la vie … ! Dans ces rencontres, prenez le temps d’entendre et de bien comprendre les questions posées pour essayer une réponse ou un témoignage.

Regardons quelques instants l’évangile de ce jour !

Des personnes cherchent Jésus. L’ayant trouvé, elles le questionnent : « Quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. ».

Il nous faut comprendre que la curiosité, le manque peuvent suffire pour oser bouger … Une attente, le désir de savoir, peut-être une première rencontre avec le Christ et, parfois sans même vraiment le savoir, me mettent en recherche ; il est toujours bon de chercher Jésus !

Mais que signifie : chercher Jésus ? 

C’est aller plus loin, avec cette demande, cette question sous-jacente : « Mais qui peut me guider ? »

Quelle qu’en soit la raison, c’est une bonne chose de vouloir suivre Jésus avec cette curiosité, cette soif existentielle et aussi intellectuelle, cette soif spirituelle, si nécessaires à chacun !

Mais l’essentiel est aussi de Le découvrir dans cette attente, c’est-à-dire de Le suivre ! Les raisons seront multiples, mais la raison première sera de le suivre par amour 

Pourquoi ? Parce que j’ai fait sa connaissance ! Parce que j’ai compris qu’Il m’aime ! Parce qu’Il donne sens à l’amour que je cherche, sens à ma vie. 

Cette relation doit mûrir et devenir une conviction profonde, une conviction d’amour ! Pour ceux qui étaient présents lors de la messe hier, c’est ce que nous avons entendu dans ce dialogue entre Jésus et Simon-Pierre. « Pierre, m’aimes-tu ? » Il en est ainsi de toute relation vraie ! 

La foi chrétienne est la conviction sincère que Jésus est nécessaire à mon bonheur !

- Non pas un bonheur de quelques instants, mais pour un « bonheur » de Vie éternelle !

- Non pas un bonheur qui serait limité dans le temps, mais une joie pleine, une joie qui remplit toute ma vie, quels qu’en soient les difficultés ou les imprévus !

Suivre le Christ ne sera jamais la garantie d’une vie facile et sans problème. Nous connaissons tous des difficultés, mais nous savons que Jésus est présent, même au cœur de nos problèmes.

Alors, que devons-nous faire ?

Cette question est essentielle ! Nous sommes invités à aimer, à nous laisser aimer ! Un seul peut nous combler : le Christ !

Aimer et me laisser aimer par Lui ! Cette réciprocité est invitation à une connaissance en profondeur ! C’est-à-dire : prendre du temps pour le connaître et le reconnaître dans le quotidien de ma vie ! Oser la prière, laisser l’Esprit-Saint m’enseigner, écouter sa Parole, vivre des Sacrements, participer à la Mission, comprendre le sens et les obligations d’une vie fraternelle en Paroisse, oser des temps de retraite spirituelle et de silence…

 C’est à ces conditions seulement, selon mes convenances, que ma foi devient chrétienne : croire en Lui, mettre mon espérance en sa Personne. C’est alors que nous croyons et pouvons travailler aux œuvres de Dieu ! C’est alors seulement que je crois en Celui qui m’a envoyé !

Frères et sœurs, nous sommes en cette troisième semaine de Pâques et nous nous dirigeons, peu à peu, vers ce temps de l’Ascension et de la Pentecôte. 

Puissions-nous continuer notre marche et demander, pour chacun de nous, la force de l’Esprit Saint ! 

Surtout, gardons cette fraicheur du cœur, et restons toujours curieux de Jésus !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 5 mai 2019 - 3° Dimanche de Pâques

 

Homélie du mercredi 1ermai 2019, saint Joseph, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église Saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon Saint Matthieu 13, 54-58. Psaume 89. Livre de la Genèse 1, 26 à 2, 3.

 

L’Évangile de ce jour nous rappelle, à sa manière, la compréhension parfois difficile des deux origines de Jésus : fils de David par Joseph, et fils de Dieu par l’Esprit Saint. 

Sans doute, avons-nous pu, nous-mêmes, nous interroger sur cette double origine de Jésus ! Si la première filiation est évidente aux yeux des hommes (fils de David par Joseph), la seconde ne se dévoile qu’à la lumière de l’Esprit, c'est-à-dire dans un acte de foi.

Les habitants de Nazareth reconnaissent bien la sagesse et les miracles accomplis par Jésus, mais ils sont scandalisés, car ils ne parviennent pas à en discerner l’origine. « D’où cela lui vient-il ? Comment le fils de Joseph, le fils du charpentier, qu’ils ont vu grandir parmi eux, peut-il accomplir de tels signes ? » 

« D’où lui vient tout cela ?»

La question est bien posée, elle est juste, mais la réponse semble difficile pour eux, ils sont comme “bloqués“ ! L’origine terrestre du « fils de Joseph» était trop bien connue par eux, pour qu’ils puissent dire qu’il est le « fils de Dieu ! ».

Les réactions des gens de Nazareth prouvent qu’ils ont connu un Jésus bien intégré dans la vie du village, travaillant dans l’atelier de saint Joseph, son papa, participant aux célébrations religieuses, aux fêtes locales. Tous le connaissaient bien. Mais ensuite, comme chacun de nous d’ailleurs, ils doivent faire un pas de plus dans la foi ! 

En positif, il faut remarquer que les objections des habitants de Nazareth attestent qu’il est bien vrai homme. Pour eux, l’humanité de Jésus est flagrante. Pour nous qui connaissons la mort et la Résurrection de Jésus, nous pouvons aller plus loin en reconnaissant que : le Fils de Dieu s’est rendu « semblable à nous en toutes choses, excepté le péché ». 

L’Incarnation bien réelle du Verbe de Dieu est restée pour beaucoup, un mystère que seul l’Esprit-Saint peut révéler !

Un dernier point !

Jésus s’est mis à l’école de Marie et de Joseph dans le village de Nazareth, c’est un fait ; rappelez-vous, lors d’un songe, Joseph s’est vu confier la responsabilité de l’éducation de Jésus. La réciproque n’en est pas moins vraie. En retour, Marie et Joseph ont accepté la présence du Fils de Dieu. D’une certaine façon, ils ont été “éduqués“ par le fils de Dieu. La proximité quotidienne du Verbe de Dieu fait chair fut, pour eux, un chemin de conversion. Jésus leur a enseigné à accueillir, dans l’ordinaire du quotidien, l’extraordinaire de la présence de Dieu ! Rappelez-vous l’épisode contrariant qu’ils ont vécu lorsqu’ils se sont rendus à Jérusalem alors que Jésus avait douze ans ! Jésus est resté durant trois jours dans le Temple à poser des questions et à donner des réponses qui ont émerveillé, stupéfié les docteurs de la Loi présents. Marie et Joseph ont été tout dépités lorsque, en retrouvant Jésus, il leur a répondu :« Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ?»(Lc 2,49). C’est précisément ce que les habitants de Nazareth n’arrivent pas (pour le moment) à faire au sujet de la personne du Christ. 

En cette fête du 1ermai, saint Joseph travailleur nous enseigne que, pour reconnaître la présence de Dieu dans notre quotidien, il nous faut faire un pas de plus et ouvrir notre cœur dans la foi.

Il nous faut, dans un acte de confiance :

accueillir l’inattendu de Dieu pour que notre cœur se transforme et 

accueillir son œuvre de résurrectionen nous, et autour de nous.

- d’une certaine façon, renoncer à la maîtrisede certains événements de notre vie. 

-nous dessaisir parfois de projets que nous voulons porter, et même de nos propres inquiétudes.

Il nous faudra nous aussi, accepter chaque jour, de faire un pas de plus dans la Foi !

Demandons à Saint Joseph d’intercéder pour nous ! 

Qu’en ce jour, nos yeux s'ouvrent, pour que nous puissions nous émerveiller de ce que nous vivons, de ce que nos mains peuvent produire, de ce que nos vies et nos familles peuvent apporter à notre société ! 

Gardons en mémoire que la Création est un don de Dieu.

Reconnaissons aussi l’extraordinaire de la présence de Dieu dans les événements les plus simples de notre quotidien. 

Demandons cette grâce pour nous tous, travailleurs, retraités, ou en recherche de travail !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 28 avril 2019, Dimanche de la Divine miséricorde, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Jean 20, 19-31.Actes des Apôtres 5, 12-16. Psaume 117.

Apocalypse de saint Jean 1, 9-11a.12-13.17-19.

 

Comme nous le disions tout à l’heure en introduction, ce dimanche est appelé : dimanche de la Divine Miséricorde. Auparavant, nous l’appelions : dimanche de Quasimodo, dimanche ‘in Albi’(en blanc, en référence aux néophytes de Pâques). Ce dimanche a été demandé à une religieuse polonaise, sœur Faustine. Vous connaissez peut-être ce tableau de Jésus Miséricordieux, décrit par Sœur Faustine, où rayonne de son Cœur, l’eau et le sang. Au bas du tableau est inscrite cette invitation : « Jésus, j’ai confiance en Toi ».

Cette fête a été demandée par le Christ Lui-même, et instituée par saint Jean-Paul II en l’an deux mille. Sans doute connaissez-vous la dévotion que saint Jean-Paul II portait à sainte Faustine, mais surtout au Cœur miséricordieux de Jésus. La miséricorde : un mot qui est déjà dans la Bible. Il exprime combien nos entrailles (et celles de Dieu) sont émues, touchées, bouleversées quand nous sommes dans la peine, dans la tristesse, ou quand nous subissons une offense. « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. » (Mt 5,7)

 

On peut s’étonner que, dans les textes d’aujourd’hui, ce mot de miséricorden’apparaisse pas. Peut-être est-ce l’occasion, pour chacun de nous ce matin, de faire quelques pas de plus et d’élargir notre interprétation de ce magnifique évangile.

 

À quel moment sommes-nous ? « C’était après la mort de Jésus… » c’est-à-dire le dimanche précédent de celui-ci : le dimanche de Pâques. Les disciples se sont enfermés, les portes sont verrouillées, par crainte des juifs. Ils sont prisonniers de la peur d’être reconnus comme des disciples de Jésus. Ils sont dans la crainte d’être arrêtés, eux aussi.

Ils savent bien que Jésus est mort ; pourtant, voici qu’Il vient, Il est là, au milieu d’eux ! Surprise ! Que va-t-il leur dire, à eux qui ont renié, déserté, lâché leur maître quand Il a été arrêté ?

 

“La paix soit avec vous ! Voilà ce que dit Jésus ! Sa première phrase est une promesse et une invitation : “La paix soit avec vous !“Pour un juif de cette époque, la paix est un grand don attendu du Messie, et promis par les prophètes. Cette paix est pardon de Dieu et plénitude de vie !

Sans un mot de reproche, Jésus leur offre cette paix, cette miséricorde, maintenant, gratuitement. D’un geste, Il leur montre les plaies de ses mains et de son côté, leur donnant à comprendre, un peu, ce qu’Il a souffert, par amour pour eux. Je vous laisse imaginer la joie des disciples, elle est communicative : Jésus est là, au milieu d’eux, Il est ressuscité ! Il est présent, non pas comme un juge qui condamne, mais comme celui qui fait miséricorde. Il insiste, en disant à nouveau : “La paix soit avec vous !“

À ce moment-là, cette parole s’élargit au-delà de ce petit groupe de disciples réunis dans la chambre haute : « “De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Ayant ainsi parlé, il souffle sur eux et il leur dit : “Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis “ » (Jn 20, 21-22)

« Recevez l’Esprit Saint » !Nous assistons, ici, à une Pentecôte. Littéralement : recevez l’Esprit-Saint pour que vous poursuiviez cette œuvre de Salut dont vous êtes les premiers bénéficiaires.

Quant à nous, rassemblés, ce matin, dans cette église saint Louis, disciples à travers les temps, cette paix et cette Pentecôte nous sont offertes.  A nous d’accueillir dans la foi, cette Parole de Dieu, comme les disciples l’ont accueillie au soir de Pâques.

 

Huit jours plus tard, (c’est-à-dire aujourd’hui), le personnage pivot de cet évangile est, sans conteste, saint Thomas. Son rôle est bien particulier. Il était absent lors de la première apparition de Jésus, le jour de Pâques (c’est-à-dire dimanche dernier). Il entend ce que ses amis lui racontent, mais il a du mal à croire : il semble incrédule. 

 

Thomas est souvent considéré comme le porte-parole de ceux qui ont du mal à croire sans preuve.

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais, en ce sens il est éminemment sympathique parce que nous lui ressemblons un petit peu… D’ailleurs, Thomas n’est-il pas notre “jumeau“ ? Vous avez vu que, dans l’évangile, Thomas est appelé aussi : “Didyme“, ce qui signifie “jumeau“ en araméen. Vous êtes-vous posé cette question : de qui est-il le jumeau ? Nulle mention d’un jumeau de Thomas parmi les disciples de Jésus !

L’évangile ne le dit pas… Peut-être que Thomas résume à lui seul tout un aspect de notre humanité, peut-être aussi pourrions-nous dire aussi qu’il est le “jumeau“ de chacun de nous ici rassemblé ?

Puis s’instaure un dialogue entre Jésus et Thomas. Nous pouvons repérer deux verbes : Voir(avec ses yeux), et croire (avec son cœur, dans un élan de foi). Voiret croiresont deux verbes qui sont régulièrement associés dans l’évangile selon saint Jean.

Pourquoi ? La raison est assez simple : l’Écriture se méfie d’une foi qui exige de voirpour se confirmer etcroire ! Cela reviendrait à tenter Dieu, à lui forcer la main pour qu’il prouve, par des signes, qui Il est. 

Comme nous le découvrons à travers l’Ancien Testament et les évangiles, que la vraie foi biblique vient, non pas par la vue, mais par l’audition !Elle consiste à se fier à la parole d’un autre au lieu d’exiger des preuves.

Il me semble que notre société moderne ne fonctionne plus tellement selon le mode de la parole donnée. Nous sommes davantage dans le choc des images, pour pouvoir croire à ce qui nous est dit. 

Il n’y a pas si longtemps, la parole donnée était une parole forte ! Quand un maquignon négociait une affaire, le “top là“ et la poignée de main suffisaient à sceller le contrat. Notre parole a-t-elle encore du poids ? Souvent, notre première réaction est le doute, la suspicion et le manque de confiance ! 

Je vous le redis : la vraie foi biblique vient, non pas par la vue, mais par l’audition !

Il m’est arrivé de me trouver avec des amis africains, ou malgaches… Ils me disaient l’importance d’entendre les anciens raconter l’histoire du village. Nul besoin de photos ou d’images, la parole seule suffisait et ces histoires se transmettaient de génération en génération.

 

Notre foi nait et se nourrit de l’accueil d’un témoignage qui, avec la force toujours neuve de l’Esprit Saint, nous rejoint aussi, de génération en génération, de siècle en siècle. C’est le sens de la parole de Jésus : “Heureux ceux qui croient sans avoir vu !“Ou encore, comme l’écrit saint Pierre, c’est une foi en Jésus : “Jésus-Christ, Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en Lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi.“

 

Prenons un exemple, pour être plus concret : si nous avons deux fiancés, souvent l’un des deux a véritablement besoin d’entendre l’autre, lui répondre à la question « Est-ce que tu m’aimes ? » : « Oui, je t’aime ! » Les cadeaux, les fleurs, les chocolats, un service rendu, ne remplaceront jamais cette parole  « Oui, je t’aime ! » Nous avons besoin de cette parole qui vient confirmer ce que peut-être, des signes peuvent signifier, mais qui ne remplacent pas la voix qui répète, en vérité : « Oui, je t’aime ! »

En attendant ce moment bienheureux où nous verrons Dieu face à face : notre Église chemine sous le régime du “croire sans voir“

Si nous sommes ici, ce matin, c’est que nous croyons sans avoir vu (sauf cas particulier !). Notre démarche de foi est possible parce que nous faisons confiance à la Parole des évangiles, nous faisons confiance aux personnes qui nous l’ont expliquée, nous faisons confiance à nos parents, qui nous ont témoigné, transmis à leur façon, la foi, leur foi.

Dans l’évangile de saint Jean, nous lisons au sujet des signes et autres miracles : “Ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.“ (Jn 20, 31). Nous sommes donc, frères et sœurs, les bienheureux, nous qui croyons, sans avoir vu !

Je termine par une petite précision sur saint Thomas : présenter saint Thomas comme “le sceptique“ au milieu d’un groupe d’Apôtres croyants est une simplification. La plupart des disciples ont vécu un sentiment de doute ou d’indécision. Nous le voyons bien : au moment de l’arrestation de Jésus, qui est resté auprès de lui ? Qui était là, au pied de la croix ? Même le témoignage des femmes qui se rendent au tombeau, comme nous l’avons entendu dans l’évangile, dimanche dernier, qui découvrent le tombeau vide et qui viennent annoncer cette bonne nouvelle aux Apôtres, leur semble délirant ; les Apôtres ne les croyaient pas !

La difficulté de saint Thomas n’est pas de douter ou d’être sceptique : c’est la difficulté à croire l’humainement impossible ! Saint Thomas ne demande pas la preuve de la divinité de Jésus, mais la preuve de son humanité. Saint Thomas sait que Jésus est Dieu, mais il a besoin de confirmer son humanité à travers le toucher de ses blessures.

Comme nous l’avons fait au cours de la Vigile pascale, je vais vous convier, dans quelques instants, à renouveler ensemble, à ré-exprimer la foi de votre baptême, à travers le Credo, mais sous une forme interrogative. Par trois fois, je vous demanderai de poser un acte de foi : « Croyez-vous ? » Chacun, selon son cœur, pourra répondre : « Je crois ! » non pas parce que nous sommes sûrs de nous, mais parce que nous sommes sûrs de Dieu. 

En résumé, retenons trois points :  

1- Notre foi est parfois chancelante, marquée par la peur ou le doute ! Ne soyons pas découragés !

2- Gardons en tête la parole de Dieu : « La paix soit avec vous ! »Jésus est présent non pas comme un juge qui condamne, mais comme celui qui fait miséricorde.

3- Nous recevons, nous aussi, l’Esprit Saint pour que, de génération en génération, nous soyons porteurs du message du Christ ressuscité.

 

Frères et sœurs, demandons la grâce de pouvoir dire comme saint Thomas, dans un véritable acte de foi : 

                                      “Mon Seigneur et mon Dieu !“

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 24 avril 2019, octave de Pâques, année C.

Messe célébrée en la paroisse saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 24, 13-35. Actes des Apôtres 3, 1-10. Psaume 104.

 

Ceux qui étaient présents ici même dimanche soir, peuvent reconnaître cet évangile que nous avons entendu, puis médité ensemble. Le dimanche matin, nous étions avec Marie-Madeleine au tombeau à la recherche du corps de Jésus. Au soir du dimanche de Pâques, il nous est rappelé ce chemin que ces deux disciples prennent vers Emmaüs. Ce chemin est important, car il pourrait être le nôtre spirituellement. L’un des deux disciples est nommé, Cléophas. Nous ne savons pas le prénom de l’autre homme. Qui est l’autre disciple ? Ce pourrait être l’un de nous… à des moments peut-être plus difficiles, à des heures sombres du doute et de la tristesse, aux moments de lassitude, de découragement… 

C’est bien un enseignement spirituel qui nous est donné ce matin. La tentation qui pourrait nous guetter, quand tout va mal, est peut-être de prendre la fuite, en quittant tout et partir en laissant derrière nous tous nos problèmes. Fuir ailleurs ou vers le village d’Emmaüs, alors que le Seigneur est là, tout proche !

Que s’est-il passé ? Les deux disciples avaient fait le choix de suivre ce Jésus de Nazareth durant sa vie publique. Ils avaient découvert en lui, un homme puissant par ses paroles et dans ses actes, et ils espéraient qu’il serait le libérateur d’Israël. Mais voilà… Avec la condamnation, la crucifixion et la mort de Jésus en Croix, tous leurs espoirs ont sombré… Bien sûr, ils ont entendu les rumeurs propagées par des femmes qui se sont rendues au tombeau de bon matin, mais elles n’ont pas eu raison de leur tristesse… et les voilà en route !

C’est pourtant à ce point de leur cheminement, que le Seigneur les rejoint, à ce point de leurs souffrances. Il va en premier lieu, les inviter à exprimer leurs souffrances, à exprimer leur découragement, à exprimer leur déception. Jésus est un fin pédagogue. Ce qui se passe durant cette rencontre sur le chemin d’Emmaüs, peut être, pour chacun de nous, un enseignement spirituel en quatre temps,car ce chemin est aussi le nôtre. 

Le premier temps exprimerce qui est au fond de moi. J’ai souvent besoin ne pas rester enfermé dans ma solitude, dans mon « discours intérieur » pourrait-on dire. Exprimer ce que je ressens permet un changement de perspective, un regard différent sur les événements de ma vie ! C’est comme une mise à distance par la parole qui permet de verbaliser mes souffrances ; combien cela est nécessaire ! Le simple fait de dire mes souffrances, les exprimer, c’est déjà les partager et, en même temps me décentrer de moi-même, un peu évacuer ce qui, aujourd’hui, me fait mal et que j’ai peut-être même des difficultés à comprendre moi-même.

Le second temps accepter dereconnaître notre perplexitédevant telle ou telle situation et entendre quelqu’un qui vient nous dire : « Comment ? Tu n’as pas compris ? Je vais t’expliquer ! Je vais t’aider ! » C’est ce que dit Jésus aux deux disciples : “Vous n’avez pas compris !“Je me pose souvent cette question : « Qui peut éclairer ma vie ? » ou « Qui peut m’aider à comprendre le sens des événements que je subis ? » C’est là où il me faut me retourner sans cesse dans la prière et, pauvrement, vers Dieu. Je ressens le besoin d’une réponse, besoin de ce soutien. C’est Jésus qui le fait admirablement  à travers sa Parole et sa Présence !

Le troisième tempsde ces deux pèlerins nous redit que nous ne marchons jamais seuls sur nos chemins de souffrance. Posons un acte de foi ! Le Christ y est présent ; Il nous a précédé sur ce chemin et Il est le seul à pouvoir réellement nous y accompagner ! Il me faut faire appel à ma mémoire et me souvenir des moments précieux où je savais qu’il était Là !

Posons cet acte de foi : je ne suis pas seul ! Jésus est présent !

Le quatrième temps : pour entendre ce mystérieux compagnon nous expliquer le sens de nos souffrances, il nous faut être attentifs ! Écouter ;se mettre à l’écoute de Jésus ! Tendre l’oreille ! Tendre son cœur ! L’écouter par les Écritures dans lesquelles Il interprète sa vie et, en même temps, la nôtre.

Ce peut être difficile de nous mettre à l’écoute d’un Autre :

  • Arrivons-nous à arrêter de ressasser nos problèmes ? Nous sommes bien souvent comme enfermés dans nos soucis et plaqués au sol, sans pouvoir bouger !
  • Puis-je m’ouvrir à une espérance que je croyais impossible ?

Frères et sœurs, nous sommes en pleine semaine de Pâques et, sans doute que cet évangile vient à propos dans notre vie. Ces quatre temps sont souvent nécessaires pour que nous puissions faire le point, exprimer notre souffrance, entendre qu’il est parfois difficile de saisir tout de ce qui se passe dans notre vie, comprendre que le Christ nous a précédé et nous accompagne. 

« Notre cœur n’était-il pas tout brûlant tandis qu’il nous parlait sur la route et qu’Il nous faisait comprendre les Écritures ? »

Ces quatre temps devraient aboutir à un cinquième temps : le temps d’une intimité plus grande avec le Christ.

Oser dire à Jésus à des moments précis : 

“Seigneur, reste avec moi ! Viens dans ma vie !

Oui, Seigneur, je veux rester avec toi et toi avec moi !

Accompagne-moi par ta prière et ton eucharistie !

Je veux laisser résonner la Parole, ta Parole et m’approcher de l’Eucharistie où toi-même rompt le Pain après m’avoir dévoilé l’Écriture.

Voilà ce que nous pouvons entendre ce matin.

Oui, Seigneur, Tu es la résurrection et la Vie

Avec Toi, de quoi aurions-nous peur ? 

Je veux Te suivre et que Tu sois, sans cesse, auprès de moi, ou plus exactement, que moi, je sois sans cesse avec Toi.

Ainsi soit-il ! 

Homélie du lundi 22 avril 2019, lundi dans l’octave de Pâques, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Matthieu 28, 8-15. Actes des Apôtres 2, 14.22b-33. Psaume 15. 
 
En ce lundi de l’octave de Pâques, l’évangile nous ramène dans les premières lueurs du dimanche, tout près du tombeau. 
Les saintes femmes qui n’ont pas pu terminer leur difficile besogne, lors de la mort de Jésus (le vendredi était la veille du grand sabbat), reviennent dès le dimanche, au tombeau avec tristesse, afin d’achever les soins funéraires du corps sans vie de Jésus.
Elles avaient aussi une préoccupation : comment allaient-elles rouler la pierre qui ferme le tombeau ? Leur cœur est triste ! Mais voilà que le tombeau est vide ! Où est Jésus ? On ne le sait pas !… En tout cas : pas encore. Et puis, un ange, un homme selon les évangiles, indique que ces femmes doivent devenir “apôtres des Apôtres“ et aller annoncer aux disciples ce qui s’est passé. C’est l’épisode que nous entendons ce matin, dans l’évangile selon saint Matthieu.
De ce récit, je vous propose que nous retenions ensemble trois mots, trois mots qui ont retenu mon attention ce matin, après la liesse du jour de Pâques, comme nous l’avons vécu tous ensemble hier :
Joie, crainte, frères.
Nous retrouvons ces trois mots dans l’évangile d’aujourd’hui, trois mots qui me font « atterrir » dans ma vie quotidienne après avoir vécu cette émouvante Semaine Sainte. 
Nous avons posé un acte de foi : Seigneur, je crois ! Je crois que Tu es ressuscité !Je crois que Tu es vivant dans mon existence, mais face à ce que je vis au quotidien, je constate que mon cœur et mon intelligence oscillent entre crainte et joie.
Dans l’évangile de ce jour, les saintes femmes s’approchent, elles ont reconnu Jésus ; elles touchent, saisissent ses pieds, se prosternent devant Lui avec, elles aussi, un mélange de crainte et de joie
Jésus ressuscité reprend les deux éléments de la parole de l’ange : 
“Je vous salue.“et puis, Il insiste : 
“Soyez sans crainte “.N’ayez pas peur ! Cet encouragement n’est pas superflu, car en rencontrant Dieu, nous sommes toujours menacés de retomber dans une certaine peur, même si cela peut paraître paradoxal. Imaginez que, d’un seul coup, Jésus apparaisse au milieu de nous ; que ferions-nous ? Certains pousseraient des cris de joie, d’autres pourraient être saisis et tout tremblants. De fait, nous pourrions être partagés entre la joie et la crainte. 
Nous pouvons décliner cette peur en différentes sortes d’inquiétudes :
- Peur de la nouveauté de Dieu qui peut m’obliger à changer mes choix, des attitudes dans ma vie, de rompre avec certaines habitudes, peur de me lancer dans l’aventure qu’Il me propose. Il est sans doute plus facile de rester dans son canapé et de choisir une vie plus “pépère“ !
- Peur de nos propres résistances, d’une certaine pesanteur qui persiste en nous,
- Peur de ne pas être à la hauteur de ce que devrait être mon témoignage de chrétien, de manquer d’arguments ou de conviction, de ne pas savoir expliquer à ma famille, à mes amis…
- Peur peut-être aussi d’affronter le refus des autres, peut-être de violences…
Hier matin, une dame est venue à ma rencontre et m’a demandé : « Que ferons-nous si une bombe éclate ici ? » Effectivement, nous pensons à ce qui s’est passé au Sri Lanka. 
“Soyez sans crainte “nous dit Jésus et Il confirme la mission donnée aux deux femmes, en modifiant juste un petit terme dans le message de l’ange. Il ne dit pas : “Allez dire à mes disciples…“, mais : “Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront.“
Après la joie et la crainte,nous entendons le mot “frères“.
Qui sont les frères de Jésus ?
Ce sont ceux qui, le jeudi soir, ont fui, sans courage et sans gloire, ceux qui, plus ou moins ouvertement, L’ont renié. Pourtant Jésus les appelle “frères“ puisqu’Il vient avec son pardon. Il leur donne rendez-vous en Galilée, Il les invite à se mettre en marche. Tous vont parcourir environ une centaine de kilomètres pour se regrouper au nom de Jésus, pour voir Jésus, pour L’entendre. Nous pouvons traduire ce geste par celui d’une église qui se met en marche. 
En effet, dès le premier jour de Pâques, nous voyons cette église qui chemine, qui se met en marche, en pérégrination. Dès la première aurore de la Résurrection, notre église avance, parfois même avec quelques difficultés, vers son Seigneur !
Les saintes femmes sont les premières en entendre le message de la Résurrection ; elles sont sans doute les plus courageuses. Ensemble, elles sont les premières messagères, elles sont apôtres des Apôtres.
À nous aussi, ce matin, Jésus rappelle sa Résurrection, Il redit cette joie qui doit être en nous, Il nous redit : “Soyez sans crainte “et Il nous invite à nous mettre en marche ! Car notre course sur cette terre n’est pas achevée : c’est vers le ciel que nous cheminons et c’est là où nous sommes invités à nous retrouver, ensemble !
Frères et sœurs, mettons-nous en marche à la rencontre du Ressuscité, à la rencontre de son pardon, de son amour, de sa victoire sur la mort !
“Soyez sans crainte “. N’ayons pas peur ! Restons dans la joie du dimanche de Pâques et soyons audacieux !
Allons annoncer à nos frères et sœurs, à nos familles, aux personnes que nous connaissons, à celles que nous ne connaissons pas : 
« Un monde nouveau est là ! Une espérance nouvelle est là !
Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité, alléluia ! »
C’est notre certitude, notre foi et notre espérance : le Christ a vaincu la mort !
Ainsi soit-il !
 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Lundi 22 avril 2019 - Octave de Pâques

Homélie du dimanche 21 avril 2019, Dimanche de Pâques, messe du soir, année C.

Messe célébrée par le Père Patrick Gaso, en l’église saint Louis de Grenoble. 

Évangile selon saint Luc 24, 13-35.

 

Frères et sœurs, nous voici arrivés au terme de la Semaine Sainte !

Nous sommes le Dimanche de Pâques, Dimanche de la Résurrection, Dimanche où nous retrouvons Jésus Vivant ! Cette nuit, nous avons célébré joyeusement, la Résurrection du Christ. De nombreux catéchumènes ont reçu le baptême un peu partout dans le monde, en France, dans notre diocèse (il y en avait soixante-quatorze) et ici, dans notre Paroisse. Nous-mêmes, en vivant le rite de l’aspersion, nous avons fait mémoire et demandé d’être renouvelés dans les grâces de notre baptême ! Nous le revivrons juste après cette homélie, par notre profession de foi, pour nous rappeler que nous sommes baptisés dans la mort et la résurrection du Christ.

D’une certaine façon, la liturgie de ce soir de Pâques, nous permet d’achever le cheminement spirituel que nous avons parcouru pendant tout le Carême, commencé le mercredi des Cendres et qui s’est déroulé durant quarante jours. Dimanche dernier, nous agitions nos Rameaux en chantant : rappel de l’entrée solennelle de Jésus dans la ville de Jérusalem. Puis, pas à pas, nous l’avons suivi chaque jour de cette semaine.

En effet, en ce dimanche soir, l’évangile nous présente le Christ ressuscité Lui-même. Il vient rejoindre les deux disciples qui marchent sur le chemin d’Emmaüs. Les récits que nous avons médités cette nuit, lors de la Vigile et lors de la célébration de ce matin, faisaient état d’une découverte : le tombeau vide ! De bon matin, les saintes femmes vont achever leur terrible besogne, c’est-à-dire embaumer et terminer les soins funéraires du corps sans vie de Jésus. Vendredi était la veille du sabbat ; il fallait faire vite ; elles n’ont pas eu le temps d’une sépulture convenable… Courageusement, elles y allaient ce matin-là, avec une préoccupation : comment allaient-elles rouler la lourde pierre qui ferme le tombeau ? Et voilà que, avec stupéfaction, elles découvrent que le tombeau est vide ! 

 Les disciples n’ont pas encore vécu de rencontre directe avec Jésus ressuscité.

En quittant Jérusalem, ce dimanche matin de Pâques, les deux disciples d’Emmaüs, Cléophas et un autre disciple dont nous ne connaissons pas le prénom, ont bien entendu les descriptions du tombeau vide. Mais cela n’a pas suffi à les convaincre que l’incroyable était arrivé ! De fait, ils ressentent en eux, en leur cœur, une profonde déception et une grande tristesse !

Pourtant, à trois reprises au cours de son ministère sur les chemins de Galilée, Jésus avait annoncé aux disciples : son arrestation, sa condamnation, sa mise à mort et aussi sa résurrection. Les disciples ont bien été témoins de l’arrestation de Jésus, d’un simulacre de procès, de sa condamnation et de l’exécution, c’est-à-dire de sa mise à mort sur le bois de la Croix. Mais ils n’ont pas compris que tous ces événements devaient déboucher sur sa résurrection. 

Ils ont bien vu Jésus crucifié, la lance du soldat le transpercer, ainsi que le sang et l’eau jaillir du côté du Christ ! Pour eux, que le tombeau soit vide ou ne le soit pas, l’histoire est terminée. Pour eux, apparemment : pas de “happy end“ ! Jésus est mort ! Le libérateur d’Israël est mort ! C’est bien dans une grande tristesse, profondément déçus, qu’ils rentrent chez eux, en cheminant sur la route d’Emmaüs ! 

Ne trouvez-vous pas, frères et sœurs, qu’il leur a manqué quelque chose pour qu’ils passent de la constatation du tombeau vide, à la foi ? Quelle est cette petite étincelle particulière, que le disciple que Jésus aimait a reçue devant le tombeau vide ? Selon les mots de l’évangile de saint Jean, Pierre et Jean courent jusqu’au tombeau, Pierre entre, regarde et ne voit rien, mais le disciple que Jésus aimait entre à son tour, voit la même chose que Pierre, mais il croit : « il vit et il crut », c’est-à-dire : il entre dans un regard de foi ! (Jn 20, 8) Il y a comme une petite étincelle qui a jailli dans son cœur et son intelligence. Les deux disciples d’Emmaüs, eux aussi ont regardé, mais ils n’ont pas cru. Pas d’étincelle… et ils sont repartis, sans espérance ! 

Et vous, frères et sœurs, avez-vous cette étincelle en vous ?

Combien de baptisés, qui pourtant ont été formés, catéchisés, sont devant le tombeau vide, sans croire ? On passe devant l’église, on passe devant la Parole de Dieu, on passe devant le Saint Sacrement, on vient communier … les yeux vides et éteints, comme si la foi était seulement un texte à apprendre, l’évangile, une jolie histoire ou une loi morale ! 

Certains chrétiens affirment pourtant bien connaître le catéchisme, mais il y a un problème : être chrétien, c’est rencontrer le Christ vivant ! C’est être un familier du Christ,c’est faire l’expérience du Christ Vivant !

Alors :

  • Comment entrer par le cœur dans l’intelligence de ces événements si extraordinaires ? 
  • Comment quitter le statut de témoins passifs, même si je reste dans une bienveillance sympathique, mais oser percevoir le sens concret et la signification existentielle de la Mort et de la Résurrection de Jésus ? 

Sommes-nous persuadés, intimement en nous-mêmes, que nous sommes faits pour la résurrection et que tout ce que nous vivons sur cette terre, nous oriente vers ce but : être avec Lui, pour la Vie éternelle ? 

Pour certain, sans une aide particulière du Seigneur et de l’Esprit-Saint, je peux rester comme bloqué. L’évangile de saint Luc nous montre que c’est le Christ ressuscité Lui-même qui donne aux disciples d’interpréter les évènements. Jésus est un fin pédagogue, Il est le pédagogue de la foi 

Sommes-nous restés, dans notre route, sans recevoir aucune aide ? Non ! Plus d’une fois, parfois sans le reconnaître, par divers moyens, Il nous a rejoints sur nos chemins ! Frères et sœurs, faisons un effort de mémoire et retrouvons les moments où le Christ a été présent dans notre vie, à tel moment précis, peut-être passé inaperçu et pourtant… le Christ était là, tout près de moi, en train de me soutenir, de me porter, de me donner à comprendre qui Il est, de redonner sens à ma vie !

L’Évangile révèle trois aspects déterminants de l’expérience qui va conduire les Apôtres, de la connaissance des événements à la reconnaissance de sa Résurrection.

Le premier de ces éléments tient à cette présence,toute en délicatesse, du Christ à leur côté sur le chemin. Jésus ressuscité, sans s’imposer, leur donne l’intelligence des Écritures. Il leur permet de relire les événements importants qui se sont déroulés à Jérusalem. Il le fait à la lumière de la Parole de Dieu, c’est-à-dire de l’Ancien Testament, à la lumière de Moïse et des prophètes, et Il leur donne les clés de lecture pour les interpréter.

Posons-nous cette question : si Jésus nous indique l’Écriture, quelle connaissance ai-je de la Bible ? 

La Bible est comme un mode d’emploi, une anticipation inspirée du plan de Dieu ! Ceux qui étaient présents, hier soir, lors de la Vigile Pascale, ont pu entendre les sept lectures importantes, étonnantes, qui permettent de repérer la présence de Dieu, sa présence salutaire auprès du peuple hébreu. Tout cela anticipe, prépare le Nouveau Testament. Le Christ fait l'unité entre l'Ancien et le Nouveau Testament.  Premier point : lire la Parole de Dieu!

Le deuxième élément est le moment de cette entrée dans la foi et le repas partagé avec le Christ dans l’auberge d’Emmaüs. À quel moment leurs yeux s’ouvrent-ils ? Est-ce quand Jésus est en train de leur parler ? Non, pas complètement même si l’on voit bien que leur cœur commence à bouillonner, au point qu’ils vont demander à Jésus : “ Reste avec nous !“littéralement, continue à nous faire comprendre le plan de Salut de Dieu pour nous ! « Reste avec nous », partage le repas avec nous ! 

Il ne s’agit pas de n’importe quel repas : l’Eucharistie ! Les mots employés par l’évangile de saint Luc sont exactement les mêmes que ceux que nous entendons dans le récit de la Cène et de l’institution de l’Eucharistie, « il prend le pain, il le rompt, il le bénit et il le leur partage »(Lc 24, 30). Cet inconnu qui les a accompagnés fait exactement la même chose que ce que Jésus a fait, le soir du Jeudi Saint au moment de la Cène. Alors, leurs yeux s’ouvrent, (c’est-à-dire) les yeux de leur cœur, et là, ils Le reconnaissent. 

Et moi, ai-je conscience que, dans l’Eucharistie, c’est la personne du Christ qui m’est donnée ?

Au moment où la Cathédrale Notre Dame a été incendiée, Monseigneur Aupetit a dit quelque chose de très beau en parlant de la Cathédrale Notre-Dame de Paris (nous pourrions dire la même chose de cette église) : « Comment se fait-il que des artisans de grands talents aient réussi à créer des monuments aussi incroyables ? » Notre église Saint Louis, date du XVIIe siècle ; Imaginez le nombre de corps de métiers, d’artisans, d’heures de travail qui ont été nécessaire pour la construire, avec les outils de cette époque ! Est-ce que c’est pour conserver un trésor extraordinaire d’or et d’agent ? Quel trésor ? Dans quel lieu est ce trésor ? Dans ce tabernacle ! À quoi sert-il ? L’unique trésor de cette église et de toutes les églises est un “morceau de pain“ ! On construit de magnifiques bâtiments pour y mettre un “morceau de pain“ ! Pour le croyant, ce “morceau de pain“ est le Seigneur Lui-même : c’est Lui, notre trésor ! Deuxième point : dans l’Eucharistie, je rencontre Jésus.

Le troisième élément : cette reconnaissance et l’intelligence de la Résurrection m’invitent au témoignage ! Après avoir pris le temps de lire la Parole de Dieu, après avoir vécu cette communion au Christ, je deviens témoin. Les deux disciples sont émerveillés de comprendre qu’ils ont partagé le repas avec Celui que tout le monde croyait mort, et qui s’est montré vivant. Ils ne prennent pas même le temps de terminer le repas, ils font demi-tour. Vous savez comment on appelle ce demi-tour ? C’est un retournement ou une conversion ! Ils se convertissent et se précipitent à Jérusalem pour annoncer l’aventure exceptionnelle qui leur est arrivée. 

Sommes-nous des missionnaires ? Osons-nous annoncer autour de nous que Jésus est ressuscité ? Sommes-nous émerveillés de cette rencontre avec Jésus ? Sommes-nous des disciples-missionnaires ?

Voilà les trois éléments que je souhaitais vous livrer ce soir.

Alors, comment arrivons-nous au terme de cette Semaine Sainte, en ce dimanche de Pâques ? 

Que recevons-nous aujourd’hui en ce jour de Pâques ? 

La joie !

La présence discrète, mais réelle de Jésus,

Sa Parole, que nous retrouvons dans la Bible !

Vivre l’Eucharistie d’une façon renouvelée et missionnaire !

Oui, frères et sœurs, Jésus est vainqueur de la mort !

Demandons la grâce qu’Il augmente en nous la Foi, qu’Il nous affermisse, qu’Il nous donne de vivre réellement en baptisé ! 

Seigneur, mets en chacun de nous, cette étincelle pour croire vraiment en ta Résurrection ! 

Fais que nous portions au monde cette Bonne Nouvelle !Comme les disciples d’Emmaüs, ayons cette audace et annonçons ensemble que le Christ est Ressuscité !

En sommes-nous persuadés ?

Le Christ est ressuscité !

Il est vraiment ressuscité, alléluia !

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 21 avril 2019 - Dimanche Pâques (Soir)

Homélie du samedi 20 avril 2019, Vigile Pascale, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Homélie après l’évangile selon saint Luc, 24, 1-12.

 

Frères et sœurs, cette veillée récapitule tout ce que nous vivons depuis le début du Carême.

Rappelez-vous ! Le Mercredi des Cendres en a marqué ce commencement par une journée de jeûne, et durant quarante jours, nous avons essayé de suivre le Christ, avec des hauts et des bas (reconnaissons-le !).  Nous y avons sans doute mis tout notre cœur ! Dimanche dernier, dimanche des Rameaux, nous sommes entrés dans une semaine vraiment particulière, unique pour le chrétien : la Semaine Sainte !C’est pas à pas, que nous avons suivi Jésus, de la vie à la mort et de la mort à la Vie !

Jeudi dernier, nous avons fait mémoire de l’institution de l’Eucharistie, du don du Sacerdoce, l’un et l’autre indissociables du lavement des pieds. Puis, nous avons entendu comment Judas, par un baiser, a trahi Jésus.

Le jour suivant, le Vendredi Saint, nous l’avons suivi, là encore, pas à pas, chez Caïphe, Hanne, Pilate, Hérode, puis entendu sa condamnation et vécu avec Lui, le portement de Croix.

Au soir du Vendredi, nous L'avons laissé au tombeau sans vie. 

Tout au long du Samedi Saint - jour du grand silence et de l’attente- Jésus est descendu aux Enfers, pour aller sortir de la mort, comme nous le retrouvons dans l’iconographie orthodoxe, nos « protoparents » : Adam et Ève. Le monde, préoccupé par ses affaires, n’en a pas encore conscience, mais le tombeau est vide ! La mort est vaincue, l'amour est plus fort, plus puissant que tout. La Vie nouvelle en Jésus irradie l’univers entier ! Le monde n’a pas encore saisi l’extraordinaire Cadeau de Jésus, de la Vie éternelle.

Toute l'histoire humaine que nous avons évoquée ce soir, depuis la Création et le jardin d’Éden, en passant par la libération de l’esclavage du peuple hébreu, les prophètes… toutes ces longues lectures de l’Ancien Testament que nous venons d’entendre, culminent dans le Christ.

Ce soir, au Feu pascal, nous avons vu s'allumer la flamme qui dit que désormais : le Christ est vivant, parce qu’il a triomphé de la mort ! Il a vaincu la mort ! Il est à jamais vivant ! Cette lumière éclaire, à qui veut le croire, le cœur de tout homme !

Chers amis, nous ne sommes pas venus en cette veillée, simplement faire mémoire de l'histoire du Christ, même si cette histoire pourrait se suffire à elle-même. Saint Paul nous disait, il y a quelques instants : nous avons été nous aussi, saisis par le Christ, « unis au Christ », « mis au tombeau avec lui », et que si nous vivons, c'est de sa vie que nous vivons, « …vivants pour Dieu en Jésus Christ ».

L'histoire du Christ n'est pas seulement la sienne ; le plus étonnant, c’est qu’à sa suite, elle est devenue la nôtre. Ce soir, c'est notre propre histoire, c’est la nouveauté de notre histoire personnelle que nous célébrons !

  • L’histoire humaine, marquée par le péché des origines, s’inscrit à la suite de celle du peuple de Dieu, -c’est la première Alliance-, 
  • puis l'histoire de l'incarnation du Fils de Dieu (en ces temps qui sont les derniers - c’est-à-dire la venue de Jésus en notre humanité), c'est l’histoire de cette Alliance renouveléepar le don de Jésus. 
  • Par le don de l’Esprit Saint, c’est notre histoire et c'est notre vie qui, ce soir, s’offrent à notre liberté, comme le don gratuit de Dieu 
  • Cette histoire du Salut ne se réduit pas à nos qualités ou à d’hypothétiques mérites ! Nos manquements et nos imperfections ne limitent en aucune façon ce cadeau dont la gratuité nous dépasse !  Même si nous mesurons notre finitude et nos manques : soyons sans crainte ! Dieu sait que nous ne sommes pas parfaits ! Patiemment, Il le sait !

Il attend de nous une audace et ce désir par notre vie, de le suivre ! Que se soit en France ou dans le monde, ils sont nombreux, ce soir, celles et ceux qui se sont préparés à proclamer leur foi, à se laisser saisir par le Christ, à entrer dans sa mort et dans sa résurrection, en recevant le baptême. (Ils sont soixante-quatorze catéchumènes dans notre Diocèse qui sont baptisés en ce moment et plusieurs milliers en France - 4 258 adultes ont baptisés dans la foi catholique au cours de la nuit de Pâques 2018).

Laurence sera baptisée dans quelques instants, et sera accueillie dans notre communauté et famille paroissiale.

Être baptisé ne veut pas dire que nous serions les meilleurs ou les plus purs ! Si nous faisons régulièrement l’expérience de nos difficultés à suivre ce chemin de sainteté, il nous est donné de vivre aussi le Pardon et la Miséricorde de Dieu. Beaucoup pourraient témoigner d’une proximité, d’une grâce, d’une rencontre à un moment particulier de sa vie avec Jésus sauveur. Ce moment est toujours le lieu d’un bouleversement intérieur, souvent d’un changement de cap !

Lors d'une réunion catéchuménale, une jeune femme qui était en recherche depuis longtemps déclarait tout de go : « C'est formidable, j'ai découvert un Dieu qui a des jambes. »J’ai trouvé cette façon bien originale de dire l'incroyable Incarnation de Jésus ! Pour elle, l'Incarnation lui paraissait impensable, car le Créateur ne peut pas se rabaisser jusqu'à accepter notre humanité, fragile, limitée, pécheresse et mortelle. Cette femme a découvert que c'est l'Incarnation qui distingue le christianisme de toutes les autres religions. Un Dieu qui prend un visage et des jambes d'homme, nous révèle qu'il n'est pas quelqu'un de distant, mais un Dieu proche qui s'est « mouillé» dans tout l'homme ! 

Ceux qui étaient là Jeudi Saint, ont pu vivre l’expérience, ou du moins redécouvrir, que notre Dieu, ose aller plus loin en se mettant à genoux devant nous (Lavement des pieds). Voilà que Dieu s’abaisse pour nous élever vers Lui. Même si certains sont encore surpris ou choqués par une telle familiarité, Dieu veut notre amitié et notre Salut !

Comme nous l’avons entendu tout à l’heure dans la lecture de l’Ancien Testament : « Mes pensées ne sont pas vos pensées. Mes chemins ne sont pas vos chemins. » (Is 55,8) Notre logique tout humaine a parfois du mal à comprendre que Dieu n’est pas limité par notre pensée parfois tordue et que sa logique nous dépasse !

Voilà ce que nous découvrons : un Dieu qui se fait proche, un Dieu qui prend notre humanité,

un Dieu qui subit la mort pour que nous soyons sauvés de la mort !

Être baptisé, c'est être libéré de toutes les formes d'esclavage comme le rappelait le récit de la mer des Roseaux. C'est être recréé à l'image même de Dieu malgré toutes les faiblesses, toutes les pauvretés, toutes les peurs, toutes les craintes qui peuvent nous habiter, avec cette certitude : 

L'amour est plus fort que tout.Il est vainqueur de la mort.

Baptisés, nous accueillons ce don que Dieu nous fait de sa propre vie pour que nous puissions en vivre et la partager avec tous nos frères et sœurs en humanité.

Chère Laurence, nous sommes, nous aussi, un peu comme les femmes de l’évangile qui arrivent au tombeau de Jésus. Nous sommes déjà au Dimanche matin de Pâques. Elles sont dans la peine et préoccupées. Oh, pour ces saintes femmes, leur préoccupation est noble. Elles veulent rendre hommage à Celui qui est mort et que l'on a dû enterrer à la hâte parce que le Sabbat pascal approchait. Elles se demandaient qui allait rouler l’énorme pierre qui fermait le tombeau : préoccupation tout humaine et tout à fait légitime ! 

Mais voilà que la pierre est déplacée et le tombeau est vide ! Leur vie est profondément bouleversée par le message qu’elles entendent : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée : ‘Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite.’ »

Voilà que ces femmes deviennent « apôtres des Apôtres ».

Frères et sœurs, ce soir, comme les saintes femmes, nous sommes à notre tour envoyés annoncer à tous nos frères que le Seigneur est ressuscité, qu’Il vient leur donner la vie, qu’Il vient renouveler leur espérance.

En poursuivant cette célébration par ton baptême, Laurence, par la rénovation des engagements de notre propre baptême - si nous avons déjà été baptisés- nous accueillons cette joyeuse nouvelle : le Christ est ressuscité ! Le Christ est vivant et nous sommes envoyés pour le dire au monde entier. 

C’est une véritable libération du cœur et de la parole, de notre langue, que nous devons demander !

Que cette joie rayonne aujourd'hui en nous, par nous et pour nous, pour que, dans toutes les difficultés et dans leurs épreuves, nos frères et sœurs puissent accueillir l'espérance que Dieu nous donne dans son immense amour. 

Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité, alléluia !

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Samedi 20 avril 2019 - Vigile Pascale

Homélie du vendredi 19 avril 2019, Vendredi saint, année C. 

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Passion selon saint Jean 18, 1 à 19, 42. Livre du prophète Isaïe 52, 13 à 53, 12. Psaume 30. 
Lettre de saint Paul aux Hébreux 4, 14-16 ; 5, 7-9.
 

 

 La Passion dont nous venons d’entendre le récit, est celle du Fils de Dieu dans notre chair, Jésus, vrai Dieu et vrai homme. Nous l’avons entendue dimanche dernier, dans l’évangile de saint Luc. Aujourd’hui, nous l’entendons à nouveau dans l’évangile de saint Jean. C’est un récit troublant et terrible : la mort de l’innocent ! Personnellement, plus j’entends ce récit, plus je suis touché, ému. C’est un récit que nous connaissons (peut-être avez-vous pris le temps de le méditer, aujourd’hui, lors du chemin de Croix), mais qu’il nous faut écouter sans cesse avec un cœur renouvelé, tant le combat est d’une violence inouïe ! Et pourtant ce combat à mort est un combat contre la mort, l’irréductible combat de l’espérance et de la vie !

Mais attention ! Il ne faut pas nous y tromper. Ce qui fait le prix de la mort du Christ, ce n’est pas la somme de souffrances qu’il a endurées, car la souffrance n’est jamais désirable pour elle-même... La souffrance n’est jamais un but ! 

Non, ce qui fait la fécondité universelle de cette mort, c’est que le Fils de Dieu lui-même, est entré librement et par amour, pour nous, dans notre mort humaine. Le but de Jésus, Son but, n’a pas d’autre désir que de nous « donner la VIE » ! Le Chemin de Croix d’aujourd’hui est à comprendre, non pas comme un chemin de mort, mais comme un Chemin de Vie, même s’il passe par la mort !

Au moment même, où on va lui arracher sa vie, « broyé, à cause de nos fautes » (comme l’annonçait déjà le Prophète Isaïe six siècles auparavant),Jésus dit, avec la liberté souveraine du Fils: 

« Si le Père m’aime, c’est que je donne ma vie. On ne me l’ôte pas. C’est moi qui la donne.»

Pesons bien ces mots que nous connaissons : « Donner sa vie» !

« Donner sa vie, pour donner la VIE !»

Il importe peu que le don de sa vie soit sanglant ou non, qu’il soit spectaculaire ou dans le quotidien de notre existence, qu’il soit héroïque (parce que c’est son métier) ou par un réflexe courageux. Ce qui est certain c’est que, si nous voulons vivre en disciple de Jésus, il nous faut entrer, personnellement, dans ce mouvement du don de soi. Ce mouvement, certes, ne nous est pas forcément spontané, mais la force même du Christ nous y entraîne. Il nous l’a promis « Je suis venu pour que vous ayez la vie en vous ! »C’est Lui, Jésus, qui est « la cause du salut éternel » C’est ce que nous avons entendu dans la deuxième lecture de l’Épître aux Hébreux !

Un des dangers qui pourrait être le nôtre serait de vouloir retenir sa vie, de vouloir la garder jalousement pour soi tout seul ; en réalité, c’est comme vouloir retenir de l’eau dans ses mains : elle s’écoule entre nos doigtsLe monde dans lequel nous sommes, un monde individualiste, un monde de consumérisme, dans la recherche d’un confort excessif, nous entraine bien souvent, à ne penser qu’à nous, en oubliant les autres…

Le signe de la croix est mis, tout particulièrement, en avant durant cette célébration du Vendredi saint. Sur cette croix, Jésus est là. Ce n’est pas la Croix que nous sommes invités à regarder pour elle-même, c’est le Christ en Croix que nous contemplons. C’est le Christ qui remet l’Esprit, en une ultime exsufflation (un dernier souffle), signe du don de l’Esprit Saint au monde !Cette croix, comme instrument de mort, devient « bois de vie » et, en même temps, Ostensoirde l’amour de Dieu !Ce Bois ordinaire de la Croix devient le trône de Jésus !

Tel est, frères et sœurs, le Royaume auquel nous appartenons : 

  • un royaume incroyable dont le roi est serviteur, 
  • un royaume dont le roi triomphe par la croix, 
  • un royaume où tout ce qui n’est pas donné, est perdu !

Nous le savons bien : toutes les religions nous présentent un Dieu comme quelqu’un qui est à une hauteur difficilement atteignable, un Dieu à satisfaire, un Dieu lointain, avec cette pensée que nous avons : « Je n’arriverai jamais à l’atteindre ! Il est inaccessible ! » Avec une question : « va-t-Il seulement s’intéresser à moi ? » 

Ce qui est le propre de notre religion chrétienne, c’est que, non seulement Dieu se fait proche de nous, mais aussi, comme nous l’avons vécu hier soir, Il se met à genoux, à nos pieds.

Un Dieu qui se met à genoux à nos pieds, pour nous élever, pour nous faire grandir et nous entrainer là où Il va, c’est-à-dire : au ciel ! Au ciel, où tous, comme ce larron qui ose une dernière demande salutaire, trouveront un véritable accueil !

Frères et sœurs, ce soir, tout est accompli ! Tout est accompli par celui qui s’est dépouillé de tout, pour tout donner ! 

Rendons grâce, ensemble, à Dieu pour son Fils, Verbe de Vie, et pour sa détermination à nous offrir la vie !

Osons demander la force de l’Esprit Saint pour comprendre ce mystère, pour que nous devenions, nous-mêmes, « d’autres christs », pour que nous donnions peut-être même notre vie, si cela nous est demandé, afin que le monde reçoive tout du Christ !                                                                                  

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Patrick Gaso - Vendredi 19 avril 2019 - Triduum Vendredi Saint

Homélie du jeudi 18 avril 2019, Jeudi saint, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Jean 13, 1-15. Livre de l’Exode 12, 1-8.11-14. Psaume 115. 
Lettre de saint Paul aux Corinthiens 11, 23-26.

 

Chers amis, nous faisons, ce soir, mémoire de l’institution de l’Eucharistie, mémoire du repas où Jésus a pris du pain et du vin, a béni ce pain et ce vin, en disant pour la première fois : 

« Ceci est mon corps », « Ceci est mon sang » 

… comme nous venons de l’entendre dans la deuxième lecture de saint Paul Apôtre aux Corinthiens.

En priant ce matin, j’ai eu une petite distraction et je me suis demandé qu’elle aurait été ma réaction, si j’avais été présent à ce repas ? Et vous-mêmes, est-ce que vous vous êtes posé cette question ? Comment les Apôtres ont-ils réagi ? Ont-ils compris que Jésus signifiait ainsi qu'il offrait son corps et son sang, réellement, pour le salut du monde ? 

Sur le moment, nous ne le savons pas très bien ! C’est la rencontre du Ressuscité, la rencontre du Christ vivant, dans les semaines et les mois suivants et encore aujourd’hui pour nous, qui permettra la compréhension en profondeur et l’actualisation de ce Mystère de Vie ! Ce n’est donc pas réservé à quelques privilégiés d’il y a deux mille ans ! Cette rencontre du Christ vivant est aussi pour nous. Si nous ne l’avons pas encore rencontré, posons-nous la question de comprendre pourquoi !

Le risque est de concevoir le christianisme comme une somme de lois ou de préceptes à suivre, ou un code de bonne conduite ; ce serait une erreur ! 

Être chrétien, c’est vivre du Christ et avoir rencontré le Christ ! 

Lorsque je rencontre un jeune (ou moins jeunes) qui doute et ne sait pas trop s’il est chrétien, la première question que je lui pose est celle-ci : « As-tu fait cette rencontre de Jésus vivant ? »

Oui, il faut rencontrer le Christ ! Comment ? Dans la prière, en écoutant sa Parole, dans le visage de l’autre, dans les sacrements, le baptême, dans l’Eucharistie. Tout au long de ces derniers jours, nous avons accueilli beaucoup de personnes au confessionnal (sacrement du Pardon) et beaucoup ont vécu la Miséricorde de Jésus comme une rencontre personnelle avec Lui. C’est d’abord cela être chrétien : faire l’expérience de son Amour !

C’est pourtant bien ce soir-là que cette phrase prend tout son sens : "Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout." Nous pourrions méditer cette phrase durant des heures… Ce soir-là, c’était la célébration de la fête de Pessah ! C’est-à-dire, pour le peuple Hébreu : le rappel du passage de l’esclavage à la liberté ! De l’Égypte à la Terre Promise !

Mystérieusement, ce que Jésus nous offre, ce soir-là, est bien davantage : Il nous promet effectivement un passage, bien plus précieux :le passage de la Mort à la Vie ! … et à la Vie éternelle !

Lors de nos Eucharisties (dominicales ou de semaine),nous revivons ce même dernier repas, ce même mystère ! Nous devons comprendre la densité et la gravité de ce repas, comprendre aussi qu’il n'avait rien d’un banquet festif comme nous aimerions vivre nos eucharisties. Nous voudrions que nos célébrations soient toujours très festives – des fois, elles le sont, des fois, non – il ne faut pas oublier que c’est toujours le Christ que nous célébrons dans le saint Sacrifice de la Messe ! Cela ne dépend ni du prêtre qui célèbre, ni des chants, ni même du lieu, mais souvent du désir que nous mettons ensemble pour nous préparer à la rencontre de notre Seigneur ! 

 Ce qui est certain, c’est que la succession des événements de cette dramatique soirée a marqué à vie, les disciples : les paroles et l’attitude de Jésus qui les ont saisies, la trahison de Judas par un baiser, le temps de prière difficile dans le Jardin des Oliviers puis l’arrestation de Jésus par les gardes, les disciples qui ont peur et se dispersent…Tous ces événements bouleversants vont remettre à plus tard la clé de compréhension de ce que Jésus a voulu démontrer ce soir-là. L’évangile nous le précise : plus tard, ils comprendrontle geste incroyable posé par Jésus ! Un geste d’esclave inconcevable pour un tel Maître et des paroles tellement surprenantes ! 

C’est bien sur ce geste que l’évangéliste saint Jean veut attirer notre attention ! Pas tant sur le pain, sur le vin et son institution (Saint Jean ne dit rien), mais sur un geste à la fois banal et singulier : le Lavement des pieds ;ce geste de Jésus prenant la tenue d’esclave pour laver les pieds de ses disciples. Nous avons entendu que ce geste a suscité de nombreuses réactions de la part des disciples. 

Et nous-mêmes, qu’aurions-nous dit ou fait ?

Imaginons que Jésus, en personne, vienne, maintenant, nous laver les pieds ? 

Nous pouvons noter, au moins, trois réactions et sans doute pouvez-vous en éprouver d’autres ? Deux sont une mise à distance et une autre est plus positive, plus enthousiaste :

 

  • La première réaction est celle de Pierre : non, je n’entre pas dans ce geste ! Je ne l’accepte pas !“C’est toi, Seigneur, qui me lave les pieds ? “Dieu peut-il entrer dans la partie la moins honorable, la plus basse de notre humanité et de mon intimité ?

 

  • La deuxième réaction est celle de Judas : je vais laisser Jésus me laver les pieds, et même les embrasser, mais intérieurement je ne bouge pas. Littéralement, je reste indifférent, froid, spectateur… Je reste dans un certain endurcissement du cœur. Les Pères de l’Église ont un mot pour signifier cette étroitesse d’un cœur qui ne s’ouvre pas : c’est la sclérocardie.

 

  • La troisième réaction est plus enthousiaste ! Oui, Jésus, je te donne tout ce que je suis ! Je reçois ce geste comme un exemple d’humilité à suivre même si je ne le comprends pas. Oui ! Je veux aimer comme tu m’aimes et comme tu t’es donné. Oui ! Je veux accueillir et imiter le don de ta vie pour mes frères ! Cette attitude est belle. J’espère qu’elle est la nôtre, ce soir.

 

La leçon que Jésus nous demande de vivre ce soir est une leçon de service. Il y a bien sûr une dimension d'humilité dans tout acte de service ; ici, c’est à la fois, un acte d’humilité, mais plus que cela ! Souvent, nous préférons rendre service plutôt que de demander de l’aide.

C’est aussi un acte d’amour pour faire grandir celui qui le reçoit !

En lavant les pieds de ses disciples, Jésus ne fait pas que le simple geste de s’abaisser: plus exactement, il les élève !

Par sa mort, Jésus redonnera à tous les êtres humains leur pleine dignité d'enfants de Dieu, et l'égalité de tous devant leur Père. À ce moment, nos pieds se ressemblent tous : peu importe la couleur, la taille, ou l’âge… il n’y a plus de juifs, ni de païens, ni de maîtres, ni d’esclaves… seulement la certitude d’un même amour préférentiel pour chacun ! N’a-t-il pas lavé aussi les pieds de Judas ?

Le lavement des piedset l’Eucharistiesont l’expression du même don total que Jésus fait de Lui-même et de sa vie pour le salut du monde. Ces deux signes sont la mémoire de l’amour du Christ jusqu’à l’extrême. Ils sont même indissociables !

Nous ne pouvons pas comprendre l’Eucharistie sans le concret d’une dimension de service ! 

Quand nous venons à l’eucharistie, en même temps que nous recevons le Corps du Christ, nous recevons cette invitation à nous mettre au service de tous. 

Dit autrement ! Jésus n'a pas simplement « donné sa vie » dans le sens où il a accepté de mourir !  Mais Il a « donné la vie » en donnant sa vie ! Il nous a « donné la vie » à tous en partageant sa propre vie ! 

 La force de ce qui nous est donné de vivre ce soir, est d’accepter de participer à la suite du Christ, à une vie féconde ! Notre fécondité est de Donner la Vie ! Quels que soient notre âge, notre vécu, notre état de vie, que nous ayons eu des enfants ou non … notre vie trouve son sens dans notre désir d’une vie féconde selon les possibilités, les charismes de chacun. Toutes les expressions d’une fécondité sont toujours possibles ! Nous sommes tous appelés à cette fécondité : à la fécondité du don !

"C’est un exemple que je vous ai donné, dit Jésus, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. " Ce que nous vivons ce soir devrait être signe d’unité et construction de la communauté paroissiale : une communauté d’amour et de vie où chacun se met au service de tous les autres, à commencer par les plus pauvres.

 À chaque Eucharistie, il nous faut (ré) apprendre la radicalité et la réalité du don, du cadeau de la vie reçue et de la vie donnée ! Apprendre à donner notre vie pour donner la vie ! 

L’Eucharistie nous pousse donc au service, comme le Christ s’est fait serviteur.

L’Eucharistie nous pousse aussi à l’évangélisation ; comment ne pas avoir le désir de proclamer partout dans le monde, le nom de Celui qui demeure au milieu de nous de manière à la fois si discrète et si puissante ?

Frères et sœurs, à chaque eucharistie, devenons ensemble témoins-missionnaires du Christ serviteur !

Voilà le mystère que nous pouvons découvrir en cette soirée du Jeudi Saint !         Ainsi soit-il ! 

Homélie du Père Patrick Gaso - Jeudi 18 avril 2019 - Triduum - Jeudi Saint

Homélie du mercredi 17 avril 2019, Mercredi saint, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 26, 14-25. Livre du prophète Isaïe 50, 4-9a. Psaume 68. Lettre de saint Paul aux Philippiens 2, 5b-11.
 

Nous entrons demain en Église, dans le Triduum Pascal : trois jours saints ! Trois jours essentiels qui sont au centre de notre expérience de foi pour la fortifier !

 C’est toute l’humanité qui est sanctifiée par l’offrande que Jésus fait de Lui-même : « Il nous a aimés jusque-là ». « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. » nous dit-Il. (Lc 22,15) Il nous faut revenir, sans cesse, à ce grand désir. C’est l’amour infini de Dieu qui vient sauver l’humanité pour nous redonner sens et espérance.

  • Alors que Judas mène ses tractations secrètes avec les chefs des prêtres, Jésus révèle au grand jour leur complot : « L’un de vous va me livrer». 
  • Judas marchande avec les ennemis du Seigneur sur le prix de sa trahison, et Jésus annonce qu’il livre sa vie gratuitement : « Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne », dit-Il (Jn 10, 17). 

Sa décision de Jésus est souveraine : « Mon temps est proche. L’heure est venue : voici que le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs» (Mc 14, 41). 

Les hommes tendent leurs filets, croyant saisir Jésus à l’improviste, mais ils n’auraient aucun pouvoir sur lui, si cela ne leur avait pas été donné d’en haut (Jn 19, 11). 

Le combat est déjà en action ! « Il vient le Prince de ce mondemais il n’a aucun pouvoir » annonce Jésus (Jn 14, 30).

L’évangile de ce jour nous projette déjà au soir du Jeudi Saint, lors du dernier repas. C’est au cours de ce repas que Jésus prononce cette phrase terrible qui dénonce l’abjecte trahison : « Je vous le dis, l’un de vous va me livrer » (Mt 26,21). 

Un souffle glacial semble traverser la pièce. Si l’angoissante réalité est là, c’est aussi l’angoisse gênée des apôtres qui se manifeste.

« Profondément attristés, ils se mirent à lui demander l’un après l’autre : Seigneur, serait-ce moi ? » Nous retrouvons même la duplicité de Judas qui demande à Jésus : « Rabbi, serait-ce moi ? » Les autres disciples l’ont interrogé du fond du cœur en reconnaissant Jésus comme Seigneur. Judas, lui, fait comme tout le monde, mais il se contente seulement du titre de « Rabbi » ! Ces deux appellations sont bien différentes. Elles nous renseignent sur notre foi et nous invitent, nous aussi, à nous déterminer : « Qui est Jésus pour moi ? ».

Aujourd’hui encore, le combat qui se joue dans la trahison de Judas, existe toujours dans notre monde. Des « Judas »au cœur froid sont toujours là, même au cœur de l’Église : je pense aux « Judas » qui ont commis ces crimes contre des enfants, et bien d’autres exactions… Ces « Judas »peuvent bien trahir et salir l’Église, mais ne doivent, en aucun cas, nous détourner de la personne du Christ-Seigneur.

Jésus, Lui, continue son œuvre de salut. « Le Fils de l’homme s’en va comme il est écrit à son sujet. Mais malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! » (Mt 26,24)

Durant ces trois jours saints, nous allons vivre l’affrontement prodigieux de la vie contre la mort. Le Maître de la vie meurt, mais Ressuscité, il est Vivant !Chaque détail de la liturgie va nous mettre, petit à petit, sur la voie de la compréhension de ce mystère inouï. 

Nous entendons Jésus, l’appel qu’Il lance à chacun de nous et la réponse que je souhaite lui dire !

Que ces trois jours Saints du Triduum Pascal soient vécus, pour chacun et en Communauté paroissiale, dans une profonde intimité avec notre Seigneur et Sauveur !
Demandons cette grâce pour nous tous, de goûter ces trois jours saints, dans une union profonde avec Lui !
Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 15 avril 2019, lundi saint, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Jean 12, 1-11. Livre du prophète Isaïe 42, 1-17. Psaume 26.

 

Notre Semaine Sainte débute par un acte d’amour incroyable : une surabondance d’amour !

Nous sommes dans le petit village de Béthanie, là où Jésus vient de réanimer Lazare. Nous connaissons aussi ses sœurs : Marthe et Marie. La joie est présente est devient une fête en l’honneur de Jésus !

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, une des sœurs se distingue par un geste étonnant. Marie de Béthanie nous a déjà été décrite comme une femme intuitive et libre. Sans doute, certains de ses amis pouvaient la juger : surprenante, imprévisible, spontanée. Nous connaissons l’épisode en Luc 10 : alors que tout le monde s’activait à la cuisine et au service, elle resta assise aux pieds de Jésus, en train de L’écouter, littéralement, en train de boire ses paroles ! 

Nous sommes aujourd’hui six jours avant la Pâque. Marie et sa sœur Marthe ont toutes les deux témoigné de leur foi : « Oui, Seigneur, je le crois, tu es le Christ, le Fils de Dieu qui doit venir dans le monde. »Alors que tous fêtent Lazare revenu de la mort, réunis autour de la table, leur frère reprend goût à la vie, mais Jésus, Lui, allait goûter la mort !

Par son attitude, Marie ne souhaite pas particulièrement se singulariser. Elle ne cherche pas plus à se distinguer… Simplement, Marie est cette femme capable, dans son discernement, de rejoindre l’essentiel. En chaque occasion, elle a l’art de poser les gestes que son cœur lui dicte… non pour braver les autres ou leur faire des reproches, mais parce que, en elle-même, sous la force de son amour, elle ressent cette nécessité intérieure d’agir.

Jésus a toujours pris la défense de Marie de Béthanie, car Il voit en elle, non pas une femme paresseuse ou excentrique, mais une femme capable de toutes les audaces pour suivre, jusqu’au bout, les intuitions, les certitudes de son cœur. Dit autrement, Marie de Béthanie est la femme croyante, prompte à s’oublier pour écouter les Paroles de Vie de son Seigneur.

Peut-être a-t-elle perçu, dans les éclats de chants et de fête, que Jésus, Lui, allait vers la mort. 

- Marie a voulu manifester à Jésus ce qu’elle entrevoyait, ce qu’elle pressentait du mystère de Dieu. Mais comme ces pressentiments sont au-delà de toute parole, Marie va les exprimer à travers ce parfum répandu, ses gestes, ses cheveux qui essuient les pieds de Jésus. Son geste, perçu comme un “gaspillage“ est en réalité un don démesuré, un peu fou, qui exprimait sa joie et sa reconnaissance profonde.

- En contrepoint, nous mesurons la fureur de Judas, qui manifeste déjà âprement, la rupture d’amour à venir. 

La réaction de Jésus est immédiate et bienveillante : 

« Laisse-là observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! » dit-il à Judas. 

Laisse-là ; elle a gardé ce parfum pour ma sépulture,

Laisse-là ; elle a su entrer, par amour, dans le mystère de ma mort,

Laisse-là ; c’est un geste qui la dépasse elle-même.

Et nous ? Sentons-nous déjà ce parfum ? Toute la maison est remplie de son odeur !

Au début de cette grande semaine, Marie de Béthanie, dans son geste prophétique, nous invite personnellement à renouveler notre prévenance, notre délicatesse, notre gratitude envers Jésus. 

À nous de trouver, dans le quotidien de notre vie, en cette semaine si particulière, le  geste que nous souhaitons faire et offrir, pour exprimer notre amour à notre Seigneur !

Frères et sœurs, demandons la grâce de rester intimement unis à Celui qui donne sa vie, pour que nous ayons la vie !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 14 avril 2019 - Dimanche des Rameaux

Homélie du mercredi 10 avril 2019, 5e  semaine de Carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon Saint-Jean 8, 31-42. Livre du prophète Daniel 3, 14-20.91-92.95. Daniel 3.

 

Le Carême que nous sommes en train de vivre est cette route qui nous conduit vers Pâques. Elle passe par une mort, pour nous guider ensuite, vers la résurrection, c’est-à-dire vers la vie ! Il ne s’agit pas de mort physique, mais de ce qui nous conduit à des morts spirituelles.

Comme les lectures bibliques que nous entendons, jour après jour, ce temps nous aide à nous déterminer, à faire le choix de Dieuet aussi, à repérer nos esclavages intérieurs, à en prendre conscience et à les regarder sous la lumière de Jésus.

Mais de quels esclavages s’agit-il ?

Je ne souhaite pas en faire une longue liste, je vous en donne seulement, quelques exemples. Ce peut être :

 - l’esclavage du temps mal dominé (combien de temps est-ce que je passe à faire certaines choses inutiles, comme le jeu sur internet par exemple, et qui peuvent déséquilibrer ma vie, ma capacité de m’ouvrir aux autres).

- l’esclavage des choses mal possédées, mal gérées (tel événement qui envahit et encombre mon esprit, mon intelligence, et peut m’empêcher de vivre sereinement)

- l’esclavage des désirs, des craintes, des tristesses,

- l’esclavage de mes regards sur les autres et sur moi-même, 

- l’esclavage de mes idoles, de mes pulsions, de mes tentations, de mes passions désordonnées…

Je vous laisse compléter cette liste, non pas pour nous en effrayer, mais pour prendre conscience de tous ces esclavages. Malgré nous, des esclavages demeurent et nous voilà, devant Dieu, avec notre soif de liberté renouvelée par tant d’années de luttes et d’échecs. 

Alors, nous pouvons légitimement nous poser des questions : Est-ce volontaire de notre part ? Sommes-nous libres ?

La liberté se définit par rapport à la vérité ; c’est la réponse de Dieu par la voix de son Fils. Nous venons d’entendre : « C’est la vérité qui fera de vous, des êtres libres ». Être libre de la liberté des fils de Dieu ! Cette liberté suppose donc une rencontre de la vérité, une expérience vécue de la vérité. Comme nous l’entendrons dans quelques jours, le dimanche des Rameaux, c’est ce que répond Jésus devant Pilate : “Je suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité“.

Une question se pose à nouveau : « Mais qu’est-ce que la vérité ? »

Qu’est-ce que la Vérité ? 

Bien évidemment, c’est le Christ ! Mais dans le quotidien de notre vie, instinctivement, nous nous référons à “notre“ vérité et nous sommes, bien souvent, autocentrés sur nous-mêmes. Je pourrais même concevoir la liberté comme une autonomie absolue, une possibilité de choisir ce que je veux, indifféremment, sans aucune référence autre que mon vouloir du moment : « Je fais ce que je veux ! », comme le disent les enfants…

Cette conception de la liberté est un mensonge, comme nous le dit Jésus. À certains moments de notre existence, nous pouvons faire le constat que notre rapport à la vérité est comme tordu, biaisé, aliéné. Prenons un exemple : aujourd’hui, combien de personnes, même parmi les chrétiens, s’expriment pour prôner une sorte de christianisme “thérapeutique“, en ne voyant aucun obstacle à l’avortement, à l’euthanasie, ou même à la GPA (gestation pour autrui) ou adhérent aveuglément au transhumanisme !

Combien de chrétiens se créent une religion à la carte, en choisissant ce qui leur convient, comme dans un supermarché, en laissant de côté ce qui leur paraît être trop compliqué ou exigeant !

Si nous ne sommes pas profondément déterminés à suivre le Christ, nous risquons d’aboutir à des scandales, au sein même de notre Église. Ce n’est plus le Christ qui est choisi !

La tentation de dissocier la foi de la pratique n’est jamais loin de nous. Jusqu’à quel point ces idées fausses risquent-elles d’influencer la façon de comprendre ce qu’implique véritablement : suivre le Christ ?

La vérité : c’est Jésus ! Le Christ est profondément libre et notre liberté passe par la sienne. L’homme trouve sa vérité dans sa relation avec Dieu ! C’est pour cela qu’il est important de demeurer dans sa Parole, de nous laisser nourrir par sa Parole, car sa Parole est vraie !

Frères et sœurs, le Carême n’est pas encore terminé. Nous avons quelques jours encore à vivre jusqu’au dimanche des Rameaux. Soyons attentifs à ce que le Seigneur veut nous dire encore et encore ! 

Pour nous y aider, n’hésitons pas à prier les uns pour les autres !

N’hésitons pas à vivre encore le sacrement de réconciliation pour nous libérer de nos esclavages et faire le choix de Dieu !

Demandons cette grâce ce matin, ensemble !                 Ainsi soit-il 

Homélie du dimanche 7 avril 2019, 5edimanche de Carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Jean 11, 1-45. Livre du prophète Ézéchiel 37, 12-14. Psaume 129.

Lettre aux Romains 8, 8-11. Textes de l’année A– 3° Scrutin

 

Ces derniers dimanches, nous avons entendu des textes majeurs, extraordinaires, poignants, fondateurs aussi. Après les évangiles de la Samaritaine et de l’aveugle-né, voici, avant que ne s’ouvre la Semaine Sainte, nous entendons un troisième et long récit de saint Jean sur Marthe, Marie et leur frère Lazare. 

Comme les deux précédents, il s’agit d’une catéchèse sur le baptême, plus particulièrement aujourd’hui, sur la « plongée » dans la mort et la Résurrection de Jésus. 

Si nous sommes là ce matin, c’est que nous croyons selon la foi chrétienne (même si nous le vivons à des niveaux différents de compréhension), à cette « mort » et « résurrection » que nous célébrons, chaque dimanche, plus explicitement lors du Sacrement de l’Eucharistie. 

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, le message est précis. Il peut encore surprendre certains dans notre assemblée. Il annonce déjà le récit de la Passion que nous lirons dimanche prochain. Nous connaissons bien ce message, nous pouvons le dire ainsi :Si l’on veut espérer avoir part à la Résurrection du Christ, il nous faut plonger avec lui dans la mort

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Nous allons relire ce texte, assez rapidement, et je vais vous partager deux détails étonnants.

Quel est le contexte de ce récit ? 

Nous venons d’assister à la résurrection, ou plus exactement, à la réanimation de Lazare (Lazare a, en quelque sorte, un surcroît de vie, quelques années de plus). Dans le quatrième évangile, c’est le dernier « signe » de Jésus et, sans doute, le plus important. Il se situe exactement six jours avant la Pâque juive, préfigurant en Lazare, ce qui va arriver à Jésus. Car c’est bien plus de Jésus que de Lazare dont il est question ici !

 Deux détails étonnants du récitnous le montrent :

Le premier détailest, d’abord, la surprenante finale du récit. Si vraiment Lazare est revenu de la mort, on s’attendrait à ce qu’il raconte son expérience de la mort, ce qu’il a vu ou perçu... comme dans les témoignages de certains dans la « vie après la vie. » Mais rien de tout cela ! Lazare ne dit rien ! Il disparaît à l’arrière-plan tandis que les projecteurs se fixent sur Jésus.

- Et puis, deuxième détail : avant même cette finale un peu frustrante, il y a ce retard de Jésus qui ne semble pas pressé de partir vers Béthanie, alors même qu’on lui dit que son ami est au plus mal. Voilà qu’il reste encore trois jours sur place avant de se mettre en route. Il ose même, ensuite, répondre aux reproches des deux sœurs : «Je me réjouis de n’avoir été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. ».

Il faut donner toute sa portée à cette réponse. À travers la mort de Lazare, la réponse de Jésus vise toutes nos morts, nos petites morts quotidiennes, mais aussi la mort, c’est-à-dire le terme de notre vie terrestre, avec cette certitude : Dieu n’a pas fait la mort ! Jésus montre que Dieu n’est pas du côté de la mort, mais de la vie, et que, s’il laisse à la mort, pour un temps son pouvoir, c’est parce que, à travers elle, il donne à l’homme, par la foi, l’espérance d’en sortir vivant et donc vainqueur !

Ne l’oublions pas : Jésus a vaincu la mort pour que, nous aussi, nous soyons vainqueurs de la mort !

Il est important de retenir que cette victoire, Lui-même, (Jésus) ne l’obtient qu’en subissant la mort. 

Comment pouvons-nous alors interpréter cet épisode ?

Finalement, au cœur du récit évangélique, ce n'est pas tant le miracle qui importe. Certes, la réanimation de Lazare est un évènement important ! Mais, il y a dans les Évangiles, d’autres épisodes d’un mort qui revient à la vie : la fille de Jaïre (Marc 5); ou le fils de la veuve de Naïm (Luc 7) !  

Ce qui est important et ce qu’il nous faut retenir, dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est surtout le dialogue de Jésus avec Marthe. Ce focus est au moment où Il dit : « Je suis la résurrection et la vie ! » Avez-vous entendu la magnifique réponse de Marthe : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu qui doit venir dans le monde. »?

Cette confession de foi de Marthe dans l'Évangile de Jean est bien plus plénière que celle des Apôtres. Elle est plus directe, plus concrète : Marthe est le modèle de la croyante. Et même Marie, sa sœur, accablée par le chagrin, sans professer verbalement sa foi, se tourne vers Jésus, et non vers le sépulcre. Dans son immense peine : elle choisit de regarder, non pas la mort, mais la vie, c’est-à-dire : Jésus.

Frères et sœurs, il nous faut donc, choisir nous aussi, la vie ! Choisissons le Christ !

Nous retrouvons là, les thèmes du baptême.

Nous faisons l'expérience de la mort de bien des façons au cours de notre existence.

  • Le texte du prophète Ezéchiel, que nous avons entendu, nous redit cette certitude de vie pour le croyant, au jour de son baptême : « Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez de nouveau. ».
  • Lazare, comme chacun de nous, du plus profond du royaume de la mort, entend le cri de Jésus :« Lazare, viens dehors ! »Il revient des enfers, comme le baptisé remonte de la piscine baptismale.
  • Avec Marthe, nous passons de la mort à la vie, en confessant la foi pascale de notre baptême, comme nous le disons en proclamant le Credo : « Tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »
  • Avec Marie, nous sommes invités à tourner notre regard vers le Seigneur.

Pour Jésus, la résurrection de Lazare est bien plus qu’un signe prodigieux. Il manifeste, clairement, qu’Il est le Messie. Cela n’est pas sans conséquence pour Lui, car, à partir de ce signe majeur et déterminant, beaucoup de juifs, parmi ceux qui étaient venus de Jérusalem vont croire en Lui, mais, dans le même moment, les responsables du Temple et les chefs du peuple vont décider de Le supprimer, de Le tuer.

Frères et sœurs, il ne nous reste que quinze jours d’ici à Pâques. Nous vivons donc les derniers jours du Carême !  Le temps du Carême n’est pas terminé ! Il n’est jamais trop tard pour se reprendre, peut-être même, pour certains, de commencer aujourd’hui, le Carême ! 

Dimanche prochain, (dimanche des Rameaux) nous entrerons dans la Semaine Sainte ! Nous agiterons nos Rameaux en chantant : « Hosanna, Ô Fils de David ! » Le vendredi suivant, nous dirons : « À mort, Jésus ! » 

Il est nécessaire de se préparer pour vivre cette semaine intensément parce qu’elle est au cœur même de notre vie chrétienne ! Prenez du temps pour vivre ensemble cette Semaine Sainte, jour après jour ! Il est surtout important, nécessaire, de se déterminer pour le Christ et de décider d’être vraiment chrétien !

Pour cela, prenons le temps de lire et relire, de méditer, de prier l’Évangile, de suivre Jésus pas à pas, pour être tout proche de Lui, à côté de Lui ! Simplement : être avec Lui !

En visant toutes nos petites morts, celles que nous allons confier lors du sacrement de réconciliation, et la mort elle-même qui nous touchera un jour ou l’autre, c’est à chacun de nous que Jésus redit : 

« Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ! »

Nous touchons là l’essentiel de notre foi chrétienne !

Cette question nous est posée à nouveau aujourd’hui : « Le crois-tu ? »C’est à chacun de nous d’y répondre : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ ! Tu es la Résurrection et la Vie ! »           

Ainsi soit-il !

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 7avril 2019 - 5° dimanche de Carême - 3° Scrutin (Textes année A)

Homélie du mercredi 3 avril 2019, 4esemaine de Carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Jean 5, 17-30. Livre du prophète Isaïe 49, 8-15. Psaume 144.

 

La fin du Carême approche et nous ne sommes plus très loin de la Semaine Sainte. Chaque jour, à travers la liturgie, nous pourrons constater que les textes que nous recevons, vont prendre une densité encore plus grande ; ils nous demanderont davantage d’assiduité, de méditation, de profondeur.

Certains vont peut-être me dire : « Ils sont ardus ! » Il est possible que ces textes soient plus difficiles à comprendre.

Il y a donc un enjeu ! Comment découvrir la richesse qu’ils veulent nous transmettre et comment les comprendre spirituellement ?

Une des pistes pour « goûter » ces textes est de s’ouvrir à la prière des psaumes !

Que nous disent-ils ? Par exemple, celui de ce jour : 

Le Seigneur est tendresse et pitié, 

Lent à la colère et plein d’amour ;

La bonté du Seigneur est pour tous, 

Sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Rien que ces quelques mots pourraient nous inviter à des heures et à des heures de méditation…

Ou bien encore, un peu plus loin, nous lisons dans ce psaume : « Il est fidèle en tout ce qu’il fait ! ».

Ces extraits résument l’enseignement de la liturgie de ce jour, avec des textes qui se répondent.

          - Comment décrire Dieu ? Et finalement qui est-il ?

          - Comment Jésus priait-il ces psaumes en priant son Père ?

          - Que nous disent-ils du Père ?

A bien y réfléchir, un premier constat nous révèle une surprise ! Cette bonté, cette tendresse si discrète, nous présentent le Père comme, accomplissant à la fois le rôle d’une mère, dans ses entrailles, et celui d’un père. 

La première lecture du prophète Isaïe nous aide peut-être mieux à saisir ce mystère divin : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. » C’est bien Dieu qui parle !

Ce que Jésus veut nous révéler, c’est l’amour du Père, c’est la tendresse d’un Père qui se penche sans cesse sur chacun de nous avec une sollicitude maternelle, tout en restant profondément Père.

C’est l’expérience que nous décrit le prophète Isaïe, l’expérience de ceux qui reviennent de loin. « Cieux, criez de joie ! Terre exulte ! Montagnes, éclatez en cris de joie ! Car le Seigneur console son peuple ; de ses pauvres, Il a compassion. »

C’est parce que Dieu a été bouleversé jusqu’en ses entrailles devant la tristesse de nos choix, devant notre solitude, devant l’éloignement mis par l’homme devant son Dieu, qu’Il est venu nous sauver et qu’Il a envoyé son Fils. Il est un Père attentif qui vient en aide à ses enfants. 

Toujours dans la première lecture, nous entendons : « Au temps favorable, je t’ai exaucé, au jour du salut, je t’ai secouru. »

Il nous faut donc comprendre la mission de Jésus venant en notre humanité. Sa mission est de nous faire découvrir qui est le Père, plus exactement l’amour du Père pour chacun de nous.

Cet amour n’est pas fugitif ou temporaire… il veut nous faire découvrir que nous sommes faits pour la Vie éternelle, pour cette résurrection qu’Il annonce… Ce ne sont pas de vains mots ! C’est bien cette réalité qu’il nous faut découvrir : un amour éternel !

Depuis deux mille ans environ, nous croyons que c’est en Jésus que Dieu réalise cette promesse, comme notre Seigneur Lui-même l’a annoncé. 

Le texte d’Isaïe « Deuxième chant du Serviteur » (Is 49, 8-15) n’est pas sans rappeler la première homélie-mission de Jésus dans la synagogue de Nazareth (Lc 4,16) ! « Aux prisonniers : « Sortez ! » Aux captifs des ténèbres : « Montrez-vous ! » Au long des routes, ils pourront paître ; sur les hauteurs dénudées seront leurs pâturages. Ils n’auront ni faim ni soif ; le vent brûlant et le soleil ne les frapperont plus. Lui, plein de compassion, les guidera, les conduira vers les eaux vives. »

 

À six siècles d’intervalle, l’annonce du prophète Isaïe se réalise en Jésus. La mission de Jésus est là aussi ! quel mystère surprenant avons-nous à découvrir et à méditer !

Alors, que devons-nous faire aujourd’hui ?

Comment prier plus particulièrement en ces jours qui viennent ?

Simplement… en prenant du temps avec Jésus. « Le Fils fait seulement ce qu’il voit faire par le Père. »Toute l’œuvre de Jésus, y compris sa Passion, est la manifestation de ce que le Fils a vu faire par le Père.

Prenons le temps de méditer cet enseignement et de s’inspirer de l’action du Christ !

Prenons le temps de la méditation, de rechercher cette intimité avec Jésus dans l’adoration, de se mettre à l’écoute de sa Parole…

Ainsi, petit à petit, nous aussi, nous entrerons dans ce mystère de vie.

À quelques jours de la Semaine Sainte, il est toujours temps de prendre ce temps avec Jésus !

N’ayons pas peur de demander cette grâce pour chacun de nous !

Osons lui demander d’apprendre à l’imiter, pour nous aussi, ressembler au Père !     

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 1eravril 2019, 4semaine de carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Jean 4, 43-54. Livre du prophète Isaïe 65, 17-21. Psaume 29.

 

La puissance de Dieu est dans sa parole !

De bon matin, j’ai une question à vous poser : 

« Chers amis, croyez-vous à la puissance de Dieu dans sa parole ? »

« Croyez-vous à la toute-puissance de Dieu quand Il parle… quand Il nous parle ? » 

En êtes-vous persuadés à l’intime de vous-mêmes, au plus profond de votre cœur ?

Lorsque je discute avec telle ou telle personne, il m’arrive d’entendre qu’au-delà d’une action de Dieu que je perçois, l’acte de foi n’est pas toujours évident ! En effet, il est vrai de dire que même lorsque Dieu agit avec puissance, Il laisse toujours un espace pour notre foi. Dieu ne nous oblige pas de croire !En ce sens, la logique de Dieu nous surprendra toujours ! 

Nous savons bien que Dieu, déjà, crée du nouveau dans le cœur des hommes et des femmes ! 

Et pourtant, alors que nous avons pu constater beaucoup de signes, la foi, pour autant, ne semble pas une évidence ! L'Église de Jésus ne cesse de connaître l'épreuve, une purification de ses manquements et de ses fautes, hier comme aujourd’hui ! Est-ce là, un point de blocage ?

L’épisode que nous venons d’entendre nous redit avec force, la puissance de Dieu dans sa parole.

Voilà un homme, un fonctionnaire royal, qui vient de faire, à pied, les trente kilomètres qui séparent le petit village de Capharnaüm de Cana. C’est un chemin difficile, très éprouvant pour les marcheurs.Mais surtout, ce papa a eu le courage de laisser là-bas, près du lac, son fils mourant. Pourquoi ? Parce que Jésus, dit-on, opère des guérisons étonnantes. C'est, du moins ce que racontent les pèlerins qui sont remontés de Jérusalem après la fête de Pâques, au pays de Galilée,

lorsque Jésus a dit au fonctionnaire royal : "Ton fils vit", non seulement cet homme n'avait rien pour constater l'évidence du miracle, il n’avait aucun moyen de le vérifier (pas de smartphone, pas d’Internet !)

Pourtant, le père n'insiste pas ! Il ne réclame plus la présence physique de Jésus auprès de son enfant. Il n'a que la parole de Jésus, mais, sur cette parole, il reprend la route. Cela lui suffit ! Il a commencé à croire sans n’avoir encore rien vu. Si vous avez une bonne mémoire, ce n’est pas sans nous rappeler l’épisode de Pierre et du disciple que Jésus aimait, lorsqu’ils entrent dans le tombeau, au matin de Pâques. (Jn 20,1-8)

Plusieurs heures après, en retournant à Capharnaüm,il trouve ses serviteurs qui lui apprennent ce qu'il sait déjà : « Ton fils vit !… La fièvre l’a quitté. »  Ils arrivent avec la certitude de l'expérience, et ils trouvent chez cet homme, chez ce père, la certitude de la foi. Eux ont vu, lui a cru.

Dieu le Père, comme Jésus son Fils, aiment être crus sur parole :

car c'est alors que notre foi leur rend gloire.

Cela nous interpelle ! Alors, je vous repose la question du début de cette homélie : 

Croyons-nous à la puissance de Dieu ?

Croyons-nous à la force de la louange et de la prière ?

Est-ce vraiment en Dieu que nous espérons ?

Car c’est Lui qui a les paroles de la Vie éternelle. Comme le psaume le dit, on ne peut ajouter une coudée, une année de plus à notre vie.(Mt 6,27)

Il y a donc un enseignement spirituel pour nous, dans cet Évangile :

Dieu aime que notre confiance en Lui soit « humainement folle » !

Il aime remplir des mains vraiment vides, des mains qui ont tout lâché pour tout recevoir de Lui, pour recevoir ses dons. Mais la difficulté, c’est que souvent, nous hésitons à laisser ce que nos mains renferment, plus encore, nous voulons avoir encore et encore, un signe pour croire ! 

Frères et sœurs, en ce temps de Carême, nous voici invités à entrer dans la foi, sans signes particuliers, simplement par confiance, par pure confiance en la Parole du Christ. C’est alors seulement, forts de cette confiance, que nous pourrons voir les signes que Dieu ne manquera pas de mettre sur notre route.            

Demandons, pour chacun de nous, ce matin, un surcroît de foi et de confiance, en nous soutenant, ensemble, dans la prière !                                                                                                                

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 31 mars 2019, 4edimanche de Carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Luc 15, 1-3.11-32. Livre de Josué 5, 9a.10-12. Psaume 33.

Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 5, 17-21. Dimanche de Laetare

 

Dans cette parabole, c’est toute la pédagogie de Dieu qui se déploie pour que nous puissions comprendre l’amour incroyable de Dieu pour nous. 

Le fil rouge, ou plutôt le « fil rose » de ce 4edimanche de Carême, estune certitude de JOIE ! Dieu nous attend ! Dieu nous espère ! Dieu est patient ! Il veut pour nous, non la mort, mais la vie !

Retenez ce petit fil, car il est, non seulement important pour nous, mais il nous permettra de mieux suivre et interpréter les textes de ce jour.

Comment pouvons-nous comprendre ? 

Cela passe par une prise de consciencede ce que nous vivons au quotidien, dans nos engagements, sur la façon dont nous formons une vraie communauté, comment nous vivons nos liens familiaux et relationnels. Après cette prise de conscience et de discernement, si nous ne sommes pas pleinement satisfaits, nous ne pouvons pas rester les bras croisés ; nous avons forcément à prendre une décision :choisir à nouveau le bien et renoncer au mal ! C’est une décision personnelle qui exprime d’une certaine façon, un désir d’avancer et qui, en même temps, révèleune faim, une soif et une insatisfactionJe vois bien que je suis peut-être appelé à un choix de vie cohérent, à vivre sans doute autrement, à me donner et non pas à rester replié dans mon canapé ! 

Le résultat doit être un sursaut, une action, une réaction c’est-à-dire une conversion, un changement de cap, changement d’attitude, une conversion que personne ne peut vivre à notre place. 

St Paul le dit d’une façon magistrale :« Nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »Il y a donc une réconciliation, peut-être avec nous-mêmes, sans doute avec les membres de notre famille, avec nos amis, avec ceux que nous côtoyons chaque jour ; une réconciliation, aussi, avec Dieu.

 Quel que soit notre vie, notre âge ! Jeunes ou moins jeunes, célibataire, fiancé, marié, seul, ou vivant un veuvage, cette parabole nous éclaire et nous aide. L’histoire de ce fils cadet est celle de tousles naufrages spirituels : on réclame une autonomie et une indépendance ! On commence par gaspiller l'héritage du Père : puis on a faim, on « crève de faim » ! On éprouve la solitude, alors : on devient esclave et malheureux !

Cette parabole est surtout un magnifique exemple de ce que doit être le retour vers Dieu. Quand vient le moment de vérité, du fond de notre misère, on se tourne vers Dieu, on mesure le gâchis que nous avons pu faire, parfois malgré nous, on est invité à lâcher toute arrogance, et on décide de reprendre un chemin de vie, de reprendre la route vers Dieu, vers le Père qui est source de l'amour et de la paix !Certains d’entre nous, j’en suis persuadé, ont vécu cela à un moment de leurs vies ! D’autres le vivront un jour ou l’autre ! Pour de nombreux saints, ce chemin de conversion a été le leur : un retour au Père !

Il me faut, pour reprendre le chemin,un sursaut de lucidité, dans un d’un acte de FOI, il n’est pas bon de rester au dépit et à l’amertume, mais il me faut entrer dans une voie de libération : celle de la contrition du cœur !

Il nous faut comprendre que, nos misères, nos erreurs, même nos faux pas ne peuvent pas faire durablement obstacle, pour peu que nous acceptions d’abaisser tout orgueil et d'être aimés même si je ne m’en crois pas digne. La grâce à demander est que nous nous laissions rejoindre par le regard de Dieu, quand son amour se fait miséricorde pour moi !

Dit autrement : tant que le croyant, aux prises avec son péché, dans des situations de blocages choisies ou non, en reste au stade du dépit : son amertume ne fait que grandir !Tant qu’il reste courbé sur lui-même, prostré dans son impuissance, désespéré d'avoir gâché l'image qu'il se faisait de lui, il risque d’en vouloir à la terre entière et particulièrement à lui-même !

Mais, quand vient, au contraire,la vraie contrition, cet éclairage que Dieu me donne de ma vie, non seulement je peux rentrer en moi-même, mais j’ose me lever, je me mets debout, je me mets en marche vers le Père, sûr d'avance que je serai écouté, compris, pardonné, parce que je suis certain d'être aimé tel que je suis ! Non pas tel que j’aimerais être, ou paraître devant les autres, mais d’être aimé dans ma pauvreté, dans ma fragilité même !

Dans la pensée de Jésus, c'est bien le père qui est au centre de la parabole ; Il est le lieu de la Miséricorde !

À la question : pourquoi le monde va-t-il mal ?Pourquoi si peu de compassion, si peu de solidarité, ou si peu de charité ?La réponse peut paraître surprenante ! Le Père ne contraint pas la liberté de ses fils, la liberté des hommes !Illaisse faire,il nous renvoie à notre intelligence, à nos mains, à notre cœur, il fait même droit à nos revendications. Si le Père nous laisse prendre un tel risque, il ne cesse pourtant pas d'attendre et d’espérer notre retour, parce qu'il ne cesse pas de nous aimer.

Frères et sœurs, en ce temps de Carême, Il est important de ré-entendre l’amour disproportionné du Père ! Il est bon de reconnaître que nous sommes ses enfants, imparfaits et aimés tels que nous sommes ! Je crois malheureusement que beaucoup ont oublié à quel point, à quelle intensité, notre Dieu nous aime et attend que nous revenions à lui !

Oui !Notre Dieu est un Dieu patient ! Il me laisse faire toutes mes folies et même tous mes caprices ! Il ne désespère jamais que nous revenions à Lui !

Dans mes moments de lucidité, je peux même être désespéré de mon ingratitude,maisà chaque instant de mon existence, Dieu attend mon retour vers Lui, déjà pour me redire qu’il m’aime tel que je suis ! Si aujourd’hui, je célèbre avec une chasuble rose, « Aurore joyeuse de la Résurrection », c’est pour nous redire que :

Toute conversion est comme une petite Pâque que nous pouvons vivre !

Ne dit-on pas : « qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion ! »

Alors, oui ! Réjouissons-nous ! N’est-ce pas l’aurore de cette joie PASCALE qui nous est déjà donnée de vivre, en ce Dimanche de Laetare !

Il est bon dans les prises de consciencede mon quotidien, de penser à demander régulièrement miséricorde et de retourner vers le Père par le sacrement de réconciliation !

   Ainsi soit-il !

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 31 mars 2019 - 4° Dimanche de Carême C

Homélie du mercredi 27 mars 2019, 3e  semaine de Carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Matthieu 5, 17-19. Livre du Deutéronome 4, 1.5-9. Psaume 147.

 

Je souhaite simplement m’arrêter quelques instants, avec vous, sur cette phrase que nous venons d’entendre : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »

Qu’est-ce que Jésus veut nous dire ?

Avez-vous remarqué que Jésus commence par ces mots : « Ne pensez pas… » ? 

Si Jésus s’exprime de cette façon, c’est bien parce que certains, autour de lui, le pensent ; et peut-être le pensons-nous, nous aussi ? Peut-être aussi autour de nous, nos familles, nos amis, nos relations professionnelles le pensent-ils ?

Mais qu’est-ce qu’il ne faut pas penser ?

- Ne pensez pas que l’Ancien Testament soit périmé.

- Ne pensez pas que les commandements, la Loi, les préceptes de l’Ancien Testament, (ou comme on l’appelle de temps en temps, du Premier Testament), soient des histoires qui appartiennent au passé et soient obsolètes ! »

- Ne pensez pas que Jésus soit venu mettre en place une « religion molle », tiède, peu exigeante ; une religion sans commandements.

Il m’arrive d’entendre, comme vous aussi sans doute, des phrases telles que celles-ci : « Oh, il n’y pas plus de loi ni de commandements ; il suffit d’aimer ! » ou bien : « Il n’y a plus d’obligations, il suffit de se laisser guider par l’Esprit ! », ou encore : « Fais ce qui te semble bien, laisse-toi guider par ce que ton cœur te dit ; la vie est trop courte : profites-en ! »

Attention ! L’Évangile de Jésus n’est pas une invitation à un laisser-faire infantilisant, ou à une religion allégée ou même, à une religion “bisousnours“ : tout le monde est gentil, tout le monde est beau !

Vous pourriez me répliquer que saint Augustin a dit : « Aime, et fais ce que tu veux ! »

Comprenez bien ! Dans cette phrase, le premier mot est : « Aime ! » et ce verbe signifie réellement : « Tout donner », jusqu’à mourir à soi-même, pour donner vie à l’autre ; (peut-être que les mamans qui sont dans notre assemblée peuvent encore mieux comprendre ce que cela veut dire.)

De même, la petite Thérèse de Lisieux nous redit : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même.» Donc, ne doutons pas de la cohérence du message de Jésus !

Le Nouveau Testament n’est donc pas l’abrogation du Premier Testament ; 

Le Premier Testament annonce le Nouveau, et le Nouveau accomplit le Premier Testament.

C’est ce que Jésus explique, ou expliquera aux deux disciples, les pèlerins d’Emmaüs, lorsqu’Il va les inviter à relire sa vie (la vie du Christ), “en partant de la Loi de Moïse, les psaumes, et les Prophètes“.

C’est pour cette raison qu’à presque chaque eucharistie, nous entendons un texte de l’Ancien Testament. La nouveauté de l’Évangile, c’est la pleine révélation du Salut en Jésus que le Premier Testament annonçait déjà !

Dit autrement : tout est déjà dans le Premier Testament, mais il fallait l’Incarnation, il fallait la mort et la résurrection de Jésus, pour que tout s’éclaire enfin ! Il fallait l’Eucharistie, c’est-à-dire la dernière Cène, le Jeudi saint comme nous allons le vivre bientôt, pour que nous puissions aller jusqu’au bout, jusqu’au plein accomplissement du Premier Testament.

L’Eucharistie nous montre, ce qu’est l’amour accompli, l’amour de Jésus qui aime jusqu’au bout. Cette vie offerte est pleinement donnée, une fois pour toutes.

Comme je vous le disais au début de cette célébration, en ce temps de Carême, peut-être pouvons-nous nous ressaisir et prendre le temps de relire les textes fondamentaux de l’Évangile.

Nous sommes presque à la mi-Carême… Décidons-nous !

Pour cela, demandons la force de l’Esprit Saint pour chacun de nous, afin que nous puissions vivre de l’évangile et témoigner de la Bonne Nouvelle du Christ !

Oui, Jésus, envoie ton Esprit saint sur chacun de nous !

Jésus, Toi qui as promis d’envoyer l’Esprit à ceux qui te prient,

Ô Dieu, pour porter au monde ton Feu, voici l’offrande de nos vies !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 27 mars 2019, 3e  semaine de Carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Matthieu 5, 17-19. Livre du Deutéronome 4, 1.5-9. Psaume 147.

 

Je souhaite simplement m’arrêter quelques instants, avec vous, sur cette phrase que nous venons d’entendre : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »

Qu’est-ce que Jésus veut nous dire ?

Avez-vous remarqué que Jésus commence par ces mots : « Ne pensez pas… » ? 

Si Jésus s’exprime de cette façon, c’est bien parce que certains, autour de lui, le pensent ; et peut-être le pensons-nous, nous aussi ? Peut-être aussi autour de nous, nos familles, nos amis, nos relations professionnelles le pensent-ils ?

Mais qu’est-ce qu’il ne faut pas penser ?

- Ne pensez pas que l’Ancien Testament soit périmé.

- Ne pensez pas que les commandements, la Loi, les préceptes de l’Ancien Testament, (ou comme on l’appelle de temps en temps, du Premier Testament), soient des histoires qui appartiennent au passé et soient obsolètes ! »

- Ne pensez pas que Jésus soit venu mettre en place une « religion molle », tiède, peu exigeante ; une religion sans commandements.

Il m’arrive d’entendre, comme vous aussi sans doute, des phrases telles que celles-ci : « Oh, il n’y pas plus de loi ni de commandements ; il suffit d’aimer ! » ou bien : « Il n’y a plus d’obligations, il suffit de se laisser guider par l’Esprit ! », ou encore : « Fais ce qui te semble bien, laisse-toi guider par ce que ton cœur te dit ; la vie est trop courte : profites-en ! »

Attention ! L’Évangile de Jésus n’est pas une invitation à un laisser-faire infantilisant, ou à une religion allégée ou même, à une religion “bisousnours“ : tout le monde est gentil, tout le monde est beau !

Vous pourriez me répliquer que saint Augustin a dit : « Aime, et fais ce que tu veux ! »

Comprenez bien ! Dans cette phrase, le premier mot est : « Aime ! » et ce verbe signifie réellement : « Tout donner », jusqu’à mourir à soi-même, pour donner vie à l’autre ; (peut-être que les mamans qui sont dans notre assemblée peuvent encore mieux comprendre ce que cela veut dire.)

De même, la petite Thérèse de Lisieux nous redit : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même.» Donc, ne doutons pas de la cohérence du message de Jésus !

Le Nouveau Testament n’est donc pas l’abrogation du Premier Testament ; 

Le Premier Testament annonce le Nouveau, et le Nouveau accomplit le Premier Testament.

C’est ce que Jésus explique, ou expliquera aux deux disciples, les pèlerins d’Emmaüs, lorsqu’Il va les inviter à relire sa vie (la vie du Christ), “en partant de la Loi de Moïse, les psaumes, et les Prophètes“.

C’est pour cette raison qu’à presque chaque eucharistie, nous entendons un texte de l’Ancien Testament. La nouveauté de l’Évangile, c’est la pleine révélation du Salut en Jésus que le Premier Testament annonçait déjà !

Dit autrement : tout est déjà dans le Premier Testament, mais il fallait l’Incarnation, il fallait la mort et la résurrection de Jésus, pour que tout s’éclaire enfin ! Il fallait l’Eucharistie, c’est-à-dire la dernière Cène, le Jeudi saint comme nous allons le vivre bientôt, pour que nous puissions aller jusqu’au bout, jusqu’au plein accomplissement du Premier Testament.

L’Eucharistie nous montre, ce qu’est l’amour accompli, l’amour de Jésus qui aime jusqu’au bout. Cette vie offerte est pleinement donnée, une fois pour toutes.

Comme je vous le disais au début de cette célébration, en ce temps de Carême, peut-être pouvons-nous nous ressaisir et prendre le temps de relire les textes fondamentaux de l’Évangile.

Nous sommes presque à la mi-Carême… Décidons-nous !

Pour cela, demandons la force de l’Esprit Saint pour chacun de nous, afin que nous puissions vivre de l’évangile et témoigner de la Bonne Nouvelle du Christ !

Oui, Jésus, envoie ton Esprit saint sur chacun de nous !

Jésus, Toi qui as promis d’envoyer l’Esprit à ceux qui te prient,

Ô Dieu, pour porter au monde ton Feu, voici l’offrande de nos vies !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 24 mars 2019 - 3° dimanche de Carême - Scrutin Année A

Homélie du dimanche 24 mars 2019, 3edimanche de Carême, année A - Scrutin.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Jean 4, 5-42. 

Livre de l’Exode 17, 3-7. Psaume 94. Lettre de saint Paul aux Romains 5, 1-2.5-8. 

 

 

« Si tu savais le don de Dieu ! »

Nous avons tous dit à un moment donné de notre vie : « J’ai soif ! » ou : « Maman, Papa, j’ai soif ! », ou encore : « Papa, Maman, donne-moi à boire ! »

Peut-être avons-nous aussi entendu cette demande ? Combien de fois l’avons-nous exprimée nous-mêmes, quand nous étions enfants et que la soif se faisait sentir ! Combien de parents ont entendu leurs enfants manifester ce besoin avec insistance, tant ils voulaient être contentés. Parfois même, cela a pu être au milieu de la nuit, et il faut se lever pour donner un verre d’eau : « Maman, j’ai soif ! ».

L’expérience de la soifnous est familière ! Par temps de chaleur, ou après avoir fait une longue marche, quand notre gorge est sèche, et que nous aspirons à boire une eau bien fraiche ! 

Dans la première lecture, comme vous l’avez entendu, les Hébreux ont soif ; ce n’est pas très étonnant : ils sont dans le désert ! Depuis longtemps, ils sont dans « cette terre aride, altérée, sans eau », comme nous le dit le psaume 62. Face à leurs récriminations, à cette soif, Dieu dit à Moïse de frapper le rocher et “il en sortira de l’eau.“Si nous pouvons ressentir une soif physique, il y a aussi une soif spirituelle,que la Bible appelle la “soif de Dieu“ !

Quand Moïse a frappé le rocher, au milieu de ce désert porteur de la mort, l’eau a jailli : cette eau qui fait vivre ! Moïse a posé un acte de foi ! Il est important de noter cela maintenant dans une réelle espérance ; au milieu de ce désert aride, l’eau qui fait vivre a jailli : dans nos déserts, croyons que l’eau peut jaillir !

Comme Jésus vrai homme, comme la Samaritaine de l’évangile, nous aussi, nous avons soif ; plus exactement : nous avons des soifs ! Nous ne disons plus : « Maman j’ai soif ! », mais au fond de nous : « Seigneur, j’ai soif !». 

Il y a une soif ardente en nous :

  • cette soif physique, parce que notre corps a besoin d’être hydraté, 
  • soif d’aimer et d’être aimé, 
  • et cette soif spirituelle,

toutes ces soifs, nous pouvons les exprimer à Jésus, vrai Dieu qui peut largement nous abreuver.

 Dieu seul peut satisfaire nos soifs les plus profondes, car nul mieux que Lui, connaît notre cœur.Certaines fois, dans notre vie quotidienne, lors de nos échanges ou nos rencontres, nous avons cru trouver une réponse à nos soifs, mais nous avons pu être déçus. En Jésus, seul, est la source qui ne déçoit pas !

C’est cette expérience que vit la Samaritaine de l’Évangile. Il serait trop long de reprendre en détail tout ce qui se passe dans cet épisode (je vous invite vraiment à le relire, à le méditer, à le goûter tout au long de cette semaine). Nous découvrons que cette femme de Samarie, dans sa soif, a vainement cherché le bonheur ; elle pensait le trouver en puisant dans des relations multiples, mais sans lendemain.

Avec toute la douceur qui est la sienne, avec pédagogie, Jésus, alors qu’il sait exactement ce qui a été vécu par cette femme, sans la juger, il lui propose une eau qui, enfin, la comblera vraiment.

Vous avez remarqué en écoutant l’évangile, que la Samaritaine est étonnée : elle ironise, elle se moque même un peu de Jésus …“Seigneur, tu n’as rien pour puiser…“ Mais Jésus propose une eau bien différente et il faudra à la Samaritaine, un bon moment pour comprendre que Jésus lui offre beaucoup plus que l’eau pure d’un puits ! C’est petit à petit qu’elle progresse sur le chemin que Jésus lui ouvre. 

C’est au moment où le soleil est au zénith, en plein midi, alors qu’il fait très chaud que cette rencontre a lieu. Est-ce par défiance des villageois qu’elle décide de sortir à cette heure-là ? Peut-être !

 Passé le moment de surprise de rencontrer un homme auprès du puits, elle découvre qu’il connaît beaucoup de détails sur sa vie. Elle est saisie ! Alors, elle devine ! Faisant un pas de plus, elle se demande : « Ne serait-il pas le Sauveur, le Messie ? ». 

Lavée et désaltérée par la rencontre avec cet homme, elle découvre, émerveillée, Jésus, le Messie attendu. Laissant sa cruche, elle va trouver ces gens dont elle a, sans doute, un peu peur à cause de leurs médisances, de leurs regards. Elle court au village, pour partager la fontaine qui vient de jaillir de son cœur avec ses frères et sœurs samaritains.

Et nous ?? Quelles sont nos soifs ? Quelles sont vos soifs ?

Pour trouver cette eau, faut-il aller jusqu’en Samarie, à Sykar pour puiser un peu de cette eau ? Ou pouvons-nous la trouver déjà, ici même, en cette église saint Louis, au cœur de cette eucharistie ?

Comment faire pour nous laisser rafraichir par Dieu, et recevoir la vie qu’Il veut nous donner, me donner :

« Si tu savais le don de Dieu ! »

 … nous redit Jésus. « C’est toi qui demanderais à boire tout de suite ! » … et le Christ déverserait des “piscines olympiques“ de cette eau spirituellement rafraichissante.

Le don de Dieu, le don de l’Esprit Saint, c’est bien cette source : don d’amour du Père !

En même temps, l’image de la piscine n’est pas tout à fait juste, car elle signifierait que cette source serait un apport extérieur à nous ! Non ! Cette source n’est pas extérieure à nous-mêmes : “Celui qui boira de l’eau que, moi, je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en luiune source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. “Cela veut dire que nous avons, déjà en nous-mêmes, cette “source“ pour notre vie spirituelle. 

À quel moment l’avons-nous reçue ? C’est au jour de notre baptême. À chaque fois que nous entendons ou que nous lisons la Parole de Dieu, l’Esprit Saint vient nous abreuver, Il vient nous donner tout ce dont nous avons besoin. 

Il peut exister un petit problème : peut-être que nos “canalisations“ sont un peu bouchées, entartrées, peut-être même obstruées … Serait-il nécessaire d’appeler un plombier ? Non ! Il faut simplement s’ouvrir à la grâce. Cette eau vive est déjà en nous-mêmes, elle nous est déjà donnée et si cette source est profondément en nous, elle devient jaillissante, elle sera même difficile à contenir ; elle devient débordante aussi pour les autres et sera alors visible à travers nos actions, notre regard, nos gestes, notre aide, 

Esprit saintque nous avons reçu au jour de notre baptême, renouvelé à notre confirmation,

Esprit saintqui est la source intarissable de la vie de Dieu en nous,

Esprit saintqui nous est donné pour la Vie éternelle : 

C’est ce même Esprit saint qui est la source vive en chacun de nous !

Dans le Credo que nous allons proclamer tout à l’heure, nous dirons avec foi tous ensemble : « Je crois en l’Esprit saint qui est Seigneur et qui donne la vie. »C’est cette vie qui est jaillissante en nous !

Voilà pourquoi l’Eau vive donnée par l’Esprit saint, désaltère notre vie, hydrate notre vie alors que, parfois, nous sommes comme desséchés. L’eau vive donnée par l’Esprit Saint nous redit que nous sommes aimés de Dieu comme des fils, des filles et que nous pouvons aimer Dieu comme ses fils et qu’avec la force de sa grâce, nous pouvons vivre en fils de Dieu, comme Jésus !

En ce temps de Carême, écoutons-nous l’Esprit saint ?Au plus profond de notre prière, si nous prêtons l’oreille à cette Source vivequ’est l’Esprit saint en nous, nous entendrons cet appel à la conversion. Avec infiniment de douceur, il nous dit et nous redit : « Dieu t’aime ! »

Par cette certitude d’amour, nous devenons des fontaines jaillissantes pour nos frères et sœurs en humanité.                                 « Si tu savais le don de Dieu ! »

C’est cette expérience fondamentale que notre sœur de Samarie a vécue profondément il y a presque deux mille ans, près du puits de Jacob. Il était nécessaire qu’elle entende cette invitation de Jésus, pour qu’elle devienne fontaine jaillissante. 

Il est nécessaire, pour nous, que nous l’entendions encore aujourd’hui ! 

Que l’Esprit saint susurre à nos oreilles : « Dieu t’aime ! Dieu t’aime d’un amour que tu n’imagines même pas, un amour qui va venir combler toutes tes soifs ! » Cette expérience est toujours actuelle et, en écoutant Jésus, nous pouvons la vivre à notre tour !

Alors, ce dessèchement que nous pouvons porter en nous va être réhydraté, pour laisser jaillir cette source, pour qu’elle devienne un geyser d’amour pour notre monde !

Encore faut-il écouter Jésus nous redire : « le Messie, “je le suis, moi qui te parle.“ C’est moi !» 

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 17 mars 2019, 2edimanche de Carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue

Évangile selon saint Luc 9, 28b-36.Genèse 15, 5-12.17-18. Psaume 26.

Lettre de saint Paul aux Philippiens 3, 17 à 4, 1.

 

Si vous avez été attentifs, et si vous avez une bonne mémoire, vous savez que, chaque année, lors du deuxième dimanche de Carême, nous entendons le récit de la Transfiguration. 

Avez-vous une explication ?

Comme vous le savez, la liturgie ne laisse rien au hasard ! 

Après avoir rappelé le combat de Jésus au désert, tenté par le Diable, la liturgie d’aujourd’hui nous le présente glorieux et lumineux, rempli de la présence de son Père. Ce choix est important, car, avant la « défiguration » du Vendredi saint, le texte de ce jour met, devant nos yeux, Jésus transfiguré, éblouissant, qui se révèle comme le Fils bien-aimé de Dieu, l’Envoyé du Père. Jésus accomplit les promesses de Dieu, Il réalise la Nouvelle Alliance avec Lui. Dans les mouvements de l’histoire des hommes, nous le savons, le Christ est au cœur de l’Histoire du Salut ; ne l’oublions pas !

C’est pour cette raison que la liturgie va nous rappeler, dans les dimanches qui viennent, les quatre grands moments de l’Histoire du Salut tirés de l’Ancien Testament. Ces moments éclairent aussi la mission de Jésus. Ce sont : l’alliance de Dieu avec Abraham, la révélation du nom de Dieu, la Pâque (Pessa’h pour les Hébreux)) de l’entrée dans la Terre Promise et le retour des exilés de Babylone. 

Soyons attentifs à repérer et à revivre ces différentes évocations au cours de ce Carême !

L’événement de la Transfiguration que nous rapporte saint Luc, les intègre déjà, par la présence de Moïse et du prophète Élie à côté de Jésus. 

Que pouvons-nous dire de cet épisode de la Transfiguration ?

Saint Luc situe la scène sur une montagne qui n’est pas nommée. De quelle montagne s’agit-il exactement ? Aujourd’hui, nous l’identifions comme étant le Mont Thabor, en Terre sainte. Là encore, ce n’est pas sans raison, car dans les Écritures, la montagne est un symbole très présent pour exprimer, la proximité avec Dieu.  Souvent en ces lieux, Dieu se révèle, par exemple : le don des dix commandements à Moïse sur le mont Sinaï, ou la montagne de l’Horeb avec Élie. 

En répondant à l’invitation de Jésus de gravir la montagne, les disciples, Pierre, Jacques et Jean, semblent être prêts, intérieurement, à une rencontre ; le sont-ils complètement ? Non, pas tout à fait, car cette rencontre dépassera toutes leurs attentes. Leurs réactions nous l’indiquent. Les disciples sont à la fois stupéfaits, éblouis, et, en même temps, accablés de sommeil et totalement dépassés. Ils semblent même souhaiter que ce moment dure, qu’il s’éternise : “Faisons trois tentes…“À ce moment-là, même s’ils gardent le silence, ils réalisent que Jésus est bien plus que ce qu’ils peuvent comprendre. L’éclat qu’ils perçoivent chez Lui n’est pas seulement extérieur ; ce n’est pas un homme qui parle bien ou fait simplement des signes extraordinaires… La lumière qui les éblouit provient d’une source intérieure ! Pour le moment, ils ne peuvent en dire plus, mais ils resteront marqués à jamais par cette expérience fondatrice.

Cet épisode, présent dans les évangiles est décrit aussi dans les épîtres. En effet, dans la seconde lettre de saint Pierre, ce disciple retraduit l’événement qu’il a vécu ce jour-là ; voici ce qu’il dit : « En effet, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires, sophistiqués, que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur (ils ont vu !),car Il a reçu de Dieu le Père, l’honneur et la gloire, quand depuis la gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : celui-ci est mon Fils, mon Bien-aimé. En Lui, j’ai mis toute ma joie ! Cette voix venant du ciel, nous l’avons, nous-mêmes, entendue, quand nous étions avec Lui, sur la Montagne sainte. » (2Pi, 1, 16-18)

Voilà ce que relate saint Pierre et nous entendons, combien cette expérience l’a profondément bouleversé !

De cet événement de la Transfiguration, les témoins en ont retenu l’essentiel : Jésus, est le Fils bien-aimé du Père, Il est le Salut du monde. C’est ce que proclame la voix qui se fait entendre de la nuée : “Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le !“

Ce récit de la Transfiguration annonce aussi le prochain départ qui va « s’accomplir à Jérusalem ». Ce départ sera la remise de la vie du Christ à son Père ; lieu de sa Passion !

La vie tout entière de Jésus est une marche vers ce moment unique, où Il offre tout ce qu’Il est pour le salut de toute l’humanité.

Ce faisant, Jésus accomplit en plénitude l’Alliance que Dieu a commencée depuis les jours d’Abraham.

Toute la venue de Jésus, son incarnation, sa présence parmi les hommes dans notre humanité, sa marche vers Jérusalem, n’ont pas d’autre but que d’offrir Sa vie pour le salut du monde, pour notre salut.

Il nous faut comprendre que le projet de Dieu est bien antérieur à l’appel des Apôtres. Dès le livre de la Genèse, l’Alliance de Dieu avec Abraham est présente. Cette Alliance nous est relatée dans la première lecture. Elle nous raconte l’instant où Abraham prend conscience que son Dieu s’est lié avec lui, par pure gratuité, et qu’Il ne l’abandonnera jamais, lui et sa descendance.

La Nouvelle Alliance en Jésus, viendra compléter et accomplir pleinement, l’Alliance qui est déjà en œuvre. Son accomplissement est vécu dans l’offrande qu’Il fait de sa vie.

Alors, en cette journée sans soleil, que pouvons-nous en retenir ?

Peut-être allez-vous me dire que ce texte est ancien, que nous n’avons pas vu Jésus nous-mêmes, que ce serait plus facile si nous étions montés avec Lui sur la montagne pour le voir éblouissant !

Que devons-nous comprendre ?

Cette Alliance est toujours actuelle, quelles que soient les tribulations de l’Église, quel que soit le péché des hommes, c’est une certitude, même dans l’actualité d’aujourd’hui ! L’Alliance est toujours donnée ! Le Seigneur n’abandonne pas son Église ; il la purifie !

Ce chemin du Carême n’est pas seulement l’occasion de nous souvenir des événements de la vie de Jésus. Il nous fait entrer dans un monde au-delà de nos espoirs humains ! Il nous fait même toucher du doigt, le mystère d’un Dieu qui se fait petit enfant, proche de nous, comme Il le fait pour Abraham et bien d’autres encore.

Ce n’est pas un Dieu inaccessible que révèle la lumière éblouissante de la Transfiguration, bien au contraire : la rencontre unique de Dieu qui se fait proche ! 

Quelle invitation recevons-nous ? Il s’agit de nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, à l’écoute de l’Esprit Saint.

Le visage de Jésus si familier, puis transfiguré, sera dans quelques jours tragiquement défiguré lors de sa Passion. La Transfiguration dans cet éclat divin est une invitation à ne jamais baisser les bras, à rester ancré dans cette espérance que Dieu conduit l’Église !

Au cours de cette eucharistie, rendons grâce à Dieu pour son action et son projet de vie pour chacun de nous, même si cela nous dépasse, même si nous ne comprenons pas tout : Oui ! Dieu est là !

N’oublions pas que, jour après jour, nous marchons vers la transformation de l’humanité tout entière dans le Fils unique ; c’est ce que nous promet la seconde lecture qui est remarquable. Comme l’annonce saint Paul, nous sommes citoyens des cieux !

Oui ! Frères et sœurs, nous sommes faits pour la lumière du ciel !

Demandons maintenant la grâce et l’ouverture du cœur pour comprendre ce grand mystère ! 

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 18 mars 2019, 2e semaine de carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon Saint-Luc 6, 36-38. Livre du prophète Daniel 9, 4-10. Psaume 78.

 

Un paroissien m’a posé une question intéressante, cette semaine ; la voici : 

« Comment réaliser que je progresse dans la vie spirituelle ? » Comment comprendre cette question ? Comment savoir si j’avance, si je progresse ?

Est-ce une question que vous vous posez ? 

Ce temps du Carême est favorable pour y réfléchir.

Une partie de la réponse se trouve dans les lectures de ce jour et dans les versets qui précèdent. Je vous invite donc à reprendre ces lectures pour les méditer.

- D’un côté, Jésus montre comment la haine impitoyable (avec tout ce qui l’accompagne : la malédiction, la calomnie, la médisance, et même une condamnation aux enfers …) Tout cela relève d’une certaine logique individualiste et sectaire d’une partie de notre société.

- D’un autre côté, il peut exister une autre logique : la logique de Dieu. 

Bien sûr, nos choix ne sont pas toujours aussi tranchés et bien souvent, nous fonctionnons dans ces deux logiques !

Les paroles que nous venons d’entendre dans cet extrait de l’évangile de Saint-Luc peuvent nous donner le vertige. Il nous faut bien comprendre qu’ici, Jésus exprime plus qu’une règle de bienséance, plus qu’un simple savoir-vivre dans le respect de tous, plus qu’une attitude de non-violence, plus aussi que de porter un regard de bonté sur ceux qui nous entourent ! En réponse à une spirale de la haine et de la colère, Jésus nous invite à répandre dans notre monde en manque d’espérance, en manque d’amour, une surabondance de miséricorde

Cette surabondance de miséricorde est à donner sans distinctionaussi bien sur « les bons, que sur les méchants. » (Mt 5,45)

- Au lieu de répandre la haine, faisons du bien !

- Au lieu de répandre la malédiction, ne maudissons jamais ; au contraire : il nous faut bénir ! 

Sans oublier que « la mesure dont vous vous servez pour les autres, servira de mesure aussi pour vous. »

Pour nous montrer que tout cela est possible, regardons la vie de Jésus : il nous montre le chemin. Il a pleinement supporté tous les coups, sans condamnation, allant jusqu’au pardon ! 

« Père, pardonne-leur ! » dira-t-il, au sommet de l’infamie, lorsqu’il sera cloué sur le bois de la Croix.

J’entends bien les réflexions des uns et des autres : "Mon père, ce que vous me dites est bien gentil… mais je ne suis pas Jésus ! Lui, Il est Dieu… Il a tout de même quelques facilités que je n’ai pas ! D’ailleurs, mon père, si vous connaissiez le nombre de fois où je n’y arrive pas ! Que puis-je faire?"

- C’est vrai que nous ne sommes pas parfaits !

- C’est vrai que nous sommes pécheurs !

- Mais c’est vrai, aussi, que le Seigneur le sait ; c’est pourquoi, même si nous trouvons ce chemin trop étroit, la montée trop rude et difficile, nous savons qu’avec Dieu, tout est possible ! Il nous faudra oser lui redemander sans cesse, cette grâce !

Alors comment pouvons-nous progresser dans la vie spirituelle ?

 Pour avancer sur notre chemin de vie comme dans celui du Carême, il nous faut être pétris par la contemplation de Celui qui a lancé au monde, de tels propos. Il est Lui-même, en vérité et en actes, la miséricorde incarnée. C’est de lui que nous pouvons tout apprendre !

Il y a, cependant, une expérience que nous devons vivre ! 

Car ce qui est sûr, c’est que, tant que nous n’aurons pas été bouleversés par Sa miséricorde, nous aurons peut-être du mal à être nous-mêmes miséricordieux.

Si je n’ai pas vécu pour moi-même, une miséricorde, la miséricorde que Dieu veut pour moi, si je ne l’ai pas expérimentée véritablement, peut-être aurais-je du mal, en retour, à être miséricordieux envers les autres.

La foi nous l’apprend : « Il ne suffit pas d’être plein de tendresse, de gentillesse, de bonté et d’amabilité, même si ce sont de bons sentiments », car … « les païens n’en font-ils pas autant ? »

Notre « être de chrétiens » nous entraine au-delà, c’est-à-dire à imiter le Christ. 

Il est possible que cela prenne du temps ! Ce désir de suivre le Christ à demander et à redemander sans cesse, discrètement, sans trompette ni fanfare ; Dieu voit dans le secret de nos cœurs, le don que nous faisons de nous-mêmes, sans que personne sur terre, peut-être ne le remarque.

Lui seul sait la mesure avec laquelle nous nous donnons, ou nous nous laissons prendre !

Ce qui est sûr, c’est que le Seigneur se servira de la même mesure pour nous combler, et Il mettra sa joie à la faire déborder !

Frères et sœurs, ce temps est favorable pour vivre cette expérience de la miséricorde !

Comment ? En vivant peut-être le sacrement du pardon.

Comment ? Peut-être par la lecture de la Parole de Dieu.

Comment ? Tout simplement en nous mettant au service des uns et des autres, comme le Christ.

Demandons cette grâce pour chacun de nous, humblement, et aidons-nous par la prière, les uns pour les autres !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

 

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - 17 mars 2019 - 2°dimanche de Carême

Homélie du mercredi 13 mars 2019, 1eresemaine de Carême, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 29-32. Livre du prophète Jonas 3, 1-10. Psaume 50.

 

Mercredi dernier, nous avons commencé le temps du Carême par la célébration des Cendres ; déjà une semaine ! Tout au long de cette première semaine de Carême, l’Église nous invite, nous aide, à mieux découvrir qui est Dieu pour chacun de nous.Plus encore, elle nous aide à entrer dans une intimité plus profonde avec Jésus. C’est de cela, dont il est question dans l’évangile d’aujourd’hui.

Jésus vient de chasser un Démon, il vient d’accomplir des signes hors du commun, mais voilà que la foule réclame un autre signe, un signe venant du ciel, un prodige qui les contraindrait à croire en Jésus. La foule demande un signe du ciel qui prouverait que Jésus vient bien de la part de Dieu. Reconnaissons que nous avons cette attitude parfois, nous aussi.

À cette foule, comme à nous : « En fait de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas. »Est-ce que l’histoire de Jonas vous rappelle quelque chose ? Peut-être avez-vous lu le livre de Jonas ? Si vous ne l’avez pas encore ouvert, faites-le aujourd’hui, c’est passionnant et pas très long à lire !

Pour les contemporains de Jésus, l’histoire de Jonas est bien connue : c’est un prophète atypique, et qui est, somme toute, bien sympathique ! Est-ce en raison de son franc-parler ? Est-ce à cause de son caractère un peu boudeur ? Bref, Jésus nous parle de Jonas. Pourquoi prend-il cet exemple ?

Le destin de Jonas peut se comprendre à deux niveaux :

- Le premier niveau est un message de conversionqui a été annoncé et entendu par les habitants de Ninive, la grande ville païenne.

- Un deuxième niveau : rappelez-vous ! Jonas a été avalé par le monstre marin, une baleine, et il est resté invisible au monde durant trois jours et trois nuits ; trois jours, comme les jours qui séparent la mort de Jésus, du premier message de sa résurrection.

On peut penser que, ce matin dans l’évangile, nous nous situons plutôt au premier niveau : c’est-à-dire à un appel à la conversion. Jonas a bien été envoyé au peuple de Ninive pour qu’il se convertisse.

Or, Jésus est bien plus que Jonas : Il est la sagesse même de Dieu, venue converser avec les hommes pour qu’ils reconnaissent que Dieu ne les abandonne pas.

Jésus fait référence aussi, à la reine de Saba. Son histoire est relatée au chapitre dixième du premier livre des Rois (si vous ne la connaissez pas, lisez-là : il n’est pas très long, non plus !) La reine de Saba est venue de son lointain royaume d’Éthiopiepour entendre la sagesse de Salomon. Elle était venue de très loin pour écouter ce prodige de Sagesse, comme Jonas vient de loin annoncer l’urgence d’une conversion à Dieu.

À notre génération, il ne sera pas donné d’autres signes que celui de Jonas. Jésus nous le redit : « Il y a bien plus que Jonas, il y a bien plus que la reine de Saba… et plus que Salomon. » C’est Jésus, le Fils de Dieu qui est le signe ultime de Dieu en sa personne.

Nous avons à redécouvrir tout au long de ce Carême, que, pour nous chrétiens, le signe qui nous est donné, c’est le signe du Fils de l’homme, c’est le signe de Jésus en croix, c’est le signe de la résurrection, c’est Jésus !

Puissions-nous continuer à vivre le temps du Carême et, pourquoi pas lire, aujourd’hui, le livre de Jonas, et découvrir l’histoire de la reine de Saba, dans le livre des Rois !

Gardons notre regard fixé sur le Christ ! Ne le perdons pas de vue : c’est Lui, le signe !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - 10 mars 2019 - 1er dimanche de Carême

Homélie du Père Patrick Gaso - Mercredi 6 mars 2019 - Mercredi des Cendres

Homélie du lundi 4 mars 2019, 8esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue

Évangile selon saint Marc 10, 17-27. Livre de Ben Sira le Sage 17, 24-29. Psaume 31.

 

La journée vient tout juste de commencer, et peut-être avez-vous en tête mille préoccupations, des soucis très concrets, des engagements précis : « Que dois-je faire aujourd’hui ? Quels sont mes rendez-vous ? Ai-je pensé à établir une liste de courses ? Ah oui, il ne faut pas que j’oublie mon rendez-vous chez le médecin ou rencontrer mes fournisseurs… je dois aller chercher les enfants à la sortie de leurs cours… » Vous savez ce que je veux dire, car ces préoccupations nous concernent tous !

Voilà qu’un homme se présente devant Jésus pour lui poser une question. Est-ce pour demander une guérison ? Est-ce pour lui ou ses proches ? Non. A-t-il en tête une liste de demandes ? Pas du tout. Est-il préoccupé par un souci précis ? Oui !

Cet homme accourt vers Jésus pour lui poser une question particulière : " Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ?“

Cette question peut paraître surprenante. Sans être forcément dans notre liste des préoccupations de ce jour, elle nous est cependant posée concrètement maintenant.

Cette question est essentielle. Peut-être y pensons-nous de temps en temps ? Peut-être nous gêne-t-elle aussi ? 

- Soit parce que nous n’avons plus le courage de nous la poser, 

- Soit parce que nous pressentons bien qu’à frais nouveaux, une conversion sera nécessaire.

 

En discutant avec les uns et les autres, au sujet d’une vie biologique exceptionnellement longue, je m’aperçois que beaucoup de personnes vont préférer s’en remettre aux progrès de la science, au transhumanisme (par exemple), pour réaliser dans une technologie déshumanisante, ce que Dieu déjà, nous propose sans artifice.

La question de cet homme est essentielle et réaliste : que demande-t-il ? Il veut, dès aujourd’hui, une vie qui puisse traverser la mort ! Il veut, avec les choses qui passent, c’est-à-dire notre vie actuelle, construire, dès aujourd’hui, une vie “définitive“ : la Vie éternelle.

Cet homme a raison ; n’imaginons pas que notre quotidien va durer toujours et toujours…ne rêvons pas !

 

“Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ?“,c’est-à-dire pour avoir en partage, la vie définitive ? La réponse de Jésus est simple : “Tu connais les commandements“ ; les observes-tu ?

L’homme répond : « oui, je les observe. »

Sans doute avez-vous remarqué ce verbe : “Jésus l’aima.“

Alors, Jésus ajoute : “Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres … puis viens et suis-moi ». Littéralement : « dégage-toi de ce qui pourrait être un frein » ! 

 

J’ose croire que pour cet homme sa tristesse n’a été qu’une étape vers le don de soi !

 

Dans notre vie, peut-être se trouve-t-il un “oui“ que nous n’avons pas encore dit à Dieu, un “oui“ en attente qui, aujourd’hui, nous rend tristes ? Peut-être… 

 

Frères et sœurs, ne soyons pas comme cet homme qui possédait de grands biens ! Ne restons pas crispés sur nos trésors, que ce soit une certaine aisance, le confort, la culture, le pouvoir, ou tout simplement, les années qu’il nous reste à vivre sur cette terre !

Ne me répondez pas que vous ne possédez pas de trésors ! Il y a toujours quelque chose qui nous freine et que nous pouvons abandonner à Dieu. 

Pour être vraiment libres, il nous faut apprendre/réapprendre et accepter un vrai détachement pour être totalement avec le Christ dans le projet de vie qu’il nous propose.

Ce qui est sûr, c’est que pour aujourd’hui encore, Il nous offre sa Parole, Il nous offre sa Sagesse, Il nous offre sa Vie !

Quand nous quitterons cette église, ce matin, après avoir communié tous ensemble à la vie que Dieu nous apporte, ne repartons pas avec un arrière-goût de tristesse ou d’incomplétude dans notre quotidien !

Bien au contraire, soyons assurés de son regard qui aime et qui m’invite !

Laissons résonner dans notre intelligence et dans notre cœur, cette invitation : “Viens, suis-moi !“

 

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 3 mars 2019, 8edimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Luc, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 6, 39-45. Livre de Ben Sira le Sage 27, 4-7. Psaume 91. 

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 54-58.

 

« Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur »nous redit le psaume 91 de ce jour !

Une des raisons de rendre grâce est de nous retrouver ici, dans cette église, de dimanche en dimanche !Cette joie de rencontrer des frères avec qui nous partageons la foi. Nous sommes, en effet, plongés dans un monde où « la foi » et même « la vie fraternelle » ne sont plus guère partagées et vécues. 

 

Aussi, goûtons cette forcequi nous est donnée de nous retrouver ici, dans la foi et de renouveler nos raisons de vivre. Pourquoi ?Pour continuer les beaux moments de partages comme celui que nous avons vécu la semaine dernière avec le Père Gaston, mais aussi pour avancer dans une vie où les épreuves et les combats ne nous sont pas épargnés : c’est pourquoi, nous avons besoin de la présence de frères et sœurs en Christ, mais aussi plus largement de la présence de vrais amis.

 

S'il y a incontestablement de la joie à être ensemble, ce serait pourtant naïveté d'ignorer qu'il y a parfois entre nous, des différences et que la vie de notre communauté paroissiale peut connaître des tensions et même des conflits. 

Déjà, dans la première communauté chrétienne, il y a eu quelques obstacles, comme le montre l'exigence rapportée par l'extrait de ce dimanche de l'évangile de saint Luc (Luc 6,39-45). Il nous donne différents principes de régulation dans les relations entre « frères » : « Qu'as-tu à regarder la paille dans l'œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! Comment peux-tu dire à ton frère : 'Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite ! Enlève d'abord la poutre de ton œil, alors tu verras clair ! » (Luc 6,41-42).

Cette exigence devrait éclairer notre vie personnelle et le fonctionnement de notre communauté chrétienne. Nous allons l’approfondir en deux points :

 

- Premier point : cette parole définit donc une exigence personnelle.

La parole de Jésusnous demande de commencer par ce que l'on appelle aujourd'hui « un travail sur soi », c’est-à-dire :enlever ce qui empêche de voir clair.Nous n’avons pas forcément des poutres (quoique nous pourrions en discuter…), mais souvent de petites pailles qui peuvent bloquer notre vision. Ce travail commence par une disponibilité intérieure ; écarter ce qui résonne dans notre tête, comme un tourbillon perpétuel qui fait écran et nous empêche de voir la réalité. Ainsi, pour vivre en amitié ou en fraternité, un travail de conversion est régulièrement nécessaire. Il nous faut bonifiernotre cœur : « l’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ». De même, dans notre prière personnelle, il nous faut éliminer ce qui occupe notre esprit en vain et nous empêche d'entendre la Parole de Dieu.

La parole de Jésus ne concerne pas seulement notre vie personnelle.

 

- Deuxième point : cette parole définit aussi une exigence collective !

Elle concerne la communauté chrétienne comme telle. 

Les lectures de ce jour nous invitent dans un accueil de tous, à ne pas accabler de reproches ou de leçons de morale nos frères.« On juge l’homme en le faisant parler », comme le dit Ben Sira le Sage (1relecture), cela suppose une capacité d’écoute et un discernement ! Vouloir corriger l'autre alors qu'on est aveugle sur soi-même, c’est bien le problème ! 

L'appel posé par Jésus est clair !Il concerne la vie de la communauté chrétienne ! Cette exigence posée par Jésus sera d’autant plus difficile à vivre si certains sont rendus aveugles par une poutre énormedans l’œil ! Ne voyant plus rien, ils risquent d’être à l’origine de dangers, d’incompréhensions et de drames terribles, tels que nous les découvrons douloureusement, ces derniers temps, dans les médias.  

 

Ces révélations en cascade sur l’hypocrisie et les scandales dans l’Église nous laissent tous un peu “groggy“.Entre effet de sidération, désir de défendre tant bien que mal l’institution, volonté de démêler le vrai du faux, et accueil d’une douloureuse vérité, nos premières réactions resteront souvent gauches et maladroites. Sans doute faudra-t-il du temps pour relire ce qui est en train de nous arriver, entamer un authentique processus de réforme, et guérir bien des blessures. Je pense aux victimes et à leurs familles !Le travail de vérité que l’Église doit vivre concerne tous ses membres, mais sans oublier que, si les actes de certains sont objectivement abominables, qu’il y a, assurément, de la droiture et de la bonté parmi notre communauté, et beaucoup de sainteté dans le peuple de Dieu.

 

Dieu n’abandonne pas son Église, au contraire, il travaille à la purifier, y compris du mal qui est en elle et qu’elle pourrait s’obstiner à ne pas voir.Il nous donne la possibilité de nous dégager de la gangue d’ambiguïtés et d’aveuglements qui a rendu possibles les faits qui conduisent aux crises que nous connaissons. La Parole de Dieu est toujours bonne, c’est du cœur mauvais de l’homme, que peuvent sortir le mal et la perversion !

 

Oui, frères et sœurs, malgré toute notre tristesse, il est bon d’être ensemble dans la même célébration et dans le partage de la même foi. L’Esprit Saint travaille pour insuffler sans cesse, en nous, un cœur renouvelé dans l’espérance et, je le crois, dans la bienveillance. Ne l’oublions pas, Dieu nous a fait à son image ! 

Venant dans notre humanité, il n'est pas venu dans la splendeur, dans un éclat de force ou dans le prestige des grands, il est venu par le chemin d'une humanité vraie et humble ! Il vient aujourd'hui encore dans notre communauté par ce même chemin d'amitié et d'écoute, d'accueil et de partage.

 

C’est pourquoi rendre grâce au Seigneur est toujours possible et nécessaire !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 27 février 2019, 7esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie non relue

Évangile selon saint Marc 9, 38-40. Livre de Ben Sirac le Sage 4, 11-19. Psaume 118.

 

Ce matin, nous entendons un texte qui est intéressant pour nous, intéressant pour notre mission de chrétiens.

C’est ce thème que je vais essayer de développer modestement maintenant.

Hier à l’époque de Jésus, comme pour nous aujourd’hui, être pleinement disciple n’est pas chose facile. Au début de son ministère, Jésus avait choisi pour disciples des hommes comme les autres, avec leurs qualités et leurs limites.

Comment ces hommes vivaient-ils leur statut de disciples ? Peut-être comme une promotion… Peut-être comme un honneur ; d’autant plus que, dans leur cas, c’était le Rabbi Jésus qui les avait choisis : « Toi, suis-moi ! »

Il est clair que ces humbles pécheurs du lac de Galilée n’étaient pas disposés à perdre les prérogatives liées à leur état. Nous savons bien qu’il y aura forcément, par la suite, comme une transformation, des conversions et une maturation qu’il leur faudra vivre.

Dans les passages précédents de cet évangile lus les jours derniers, nous avons vu comment Jésus tentait déjà avec une infinie patience d’élever leur motivation. Que leur a-t-il demandé ? Jésus invitait ses disciples à renoncer à rechercher le pouvoir et la gloire personnelle pour se mettre au service des plus petits.

Pour l’instant, nous avons l’impression que c’est peine perdue : les disciples ne semblent pas écouter vraiment ce que Jésus leur dit !

Dans la petite péricope de ce matin, nous ne quittons pas le terrain des jeux de pouvoir. 

Que se passe-t-il ? 

L’ironie du sort veut qu’un étranger a osé se servir du nom du Maître pour expulser des esprits mauvais. Il a réussi son entreprise là, où les disciples sont demeurés en échec. Rappelez-vous l’épisode que nous entendions avant-hier : celui de l’enfant possédé et épileptique que les disciples n’ont pu délivrer. Voilà une raison de plus, pour les disciples, d’empêcher, en quelque sorte ce “concurrent“ d’agir. 

Littéralement pensent les disciples : « s’il continue à agir ainsi, il risque de nous faire de l’ombre ». 

A demi-mot, ils viennent dire à Jésus : “… il n’est pas de ceux qui nous suivent.“

Cette phrase est très intéressante ! Le “nous suivent“ trahit un décentrement qui n’est pas anodin : depuis quand s’agit-il de suivre les disciples et non le Maître ? Ce lapsus tout à fait révélateur, ne trahirait-il pas une appropriation de la mission ou du ministère ?

La réponse de Jésus est remarquable ; elle tranche singulièrement avec le discours revendicateur et accusateur des disciples. Essayons de traduire ce que Jésus veut nous dire : « si cet homme a pu faire autorité sur ces esprits mauvais en utilisant mon nom, c’est sans aucun doute, qu’il m’était étroitement uni par la foi. Sinon, comment pourrait-il mal parler de moi alors qu’il vient explicitement, de puiser dans mon autorité pour faire le Bien ? Réjouissez-vous donc avec moi de ce que l’action de l’Esprit Saint déborde notre petit groupe ! »

Il est probable que le comportement quelque peu mesquin des disciples nous choque ; pourtant, sommes-nous tellement différents d’eux dans nos pratiques quotidiennes ?

Le Seigneur nous invite à nous réjouir du succès honnête des autres, et même des succès de nos rivaux directs qui excellent parfois avec facilité dans le domaine où nous nous efforçons péniblement de porter du fruit. Pourtant, tout ce qui se fait de bien, de beau, de vrai autour de nous, ne peut se faire qu’avec l’aide de la grâce et devrait donc susciter notre reconnaissance.

En ce jour, demandons à l’Esprit Saint de nous aider à prendre autorité sur tous nos sentiments, sur nos sentiments négatifs, sur nos jalousies, afin que notre louange chante plus fort que nos envies !

Demandons cette grâce de nous émerveiller de ce qui se vit de beau autour de nous et de chanter les louanges de Dieu !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 25 février 2019, 7esemaine du temps ordinaire, année C. 

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 9, 14-29. Livre de Ben Sira le Sage 1, 1-10. Psaume 92.

 

Nous entendons ce matin, un texte très instructif de la vie de Jésus ! Nous pouvons y découvrir plusieurs thèmes dans l’épisode de ce jour : le démon et la maladie, l’échec des disciples devant cette maladie, la guérison opérée par Jésus, les reproches que Jésus va faire aux disciples, l’analyse de la déclaration du père de l’enfant malade, et aussi la force de la prière dans la guérison…

Cependant, dans ce récit, je note un fil rouge qui pointe une idée, une seule idée : la foi !

 

Cette « foi » que nous avons reçue au jour de notre baptême, foi renouvelée lors de notre confirmation, la foi qui nous pousse à être présents ce matin, ici, dans cette église saint Louis.

Dans cet évangile, Jésus et quelques disciples (Pierre, Jacques et Jean) descendent de la montagne où s’est déroulé un épisode majeur, celui de la Transfiguration. C’est donc en l’absence de Jésus qu’un homme a demandé aux disciples de délivrer son fils possédé. Nous avons entendu que les disciples n’y parviennent pas !

En arrivant près du groupe des disciples, la discussion est vive. Face à une foule stupéfaite, Il demande des précisions : “De quoi discutez-vous avec eux ?“

Le père raconte à Jésus comment le Démon domine son fils et il termine son intervention par une prière : “Si tu peux quelque chose, viens à notre secours…“Oui Jésus, si tu peux…

Cet homme semble, à ce moment, mettre en doute les compétences de Jésus ; peut-être aussi a-t-il été refroidi par l’incapacité et l’échec des disciples ?

Sans faire de reproches, Jésus souhaite faire réfléchir cet homme… et donc, nous aussi, à ce sujet.

L’amour du père pour son fils est perceptible : sa prière est vraie et poignante ! Elle nous fait découvrir l’amour d’un papa attaché à son enfant et sa réponse est directe : Je crois…“dit-il en s’adressant à Jésus, “…viens au secours de mon manque de foi !“ 

Si le dialogue de Jésus avec ce pauvre père désemparé nous touche si fort, c’est qu’à travers sa réponse, Jésus dénonce et conteste la timidité de notre propre foi. Nous savons bien que Jésus nous sauve et pourtant… Pourtant, il reste tant de “si“ qui trainent encore dans notre cœur !

Remarquons que dans la prière de cet homme, il n’y a aucun marchandage : « Si tu guéris mon fils…» Non ! Ce papa exprime seulement une prière, un souhait qui dépend de Dieu seul : « Viens Jésus, nous sauver ! ».

Si l’homme ne peut aller à Dieu, Dieu seul peut venir à lui ! Dieu seul peut venir vers nous !

Cette déclaration du père est aussi la nôtre : « …viens au secours de mon manque de foi ! »

La réponse de Jésus est invitation à un acte de foi :

« Tout est possible pour celui qui croit ! »

Frères et sœurs, si nous pensons que la foi est certitude, peut-être allons-nous en manquer ?

D’où cette prière que je peux faire régulièrement, peut-être chaque matin : 

« Seigneur, viens au secours de mon manque de foi ! »

C’est alors qu’il nous faut comprendre que justement, la foi, la vraie foi, consiste en un acte de confiance dans une prière !

Si ma prière est juste et vraie, Jésus va pouvoir l’exaucer !

Au-delà de la maladie, la prière est capitale. L’évangile d’aujourd’hui nous le redit : la prière sert à nous libérer de toutes sortes d’emprise du Démon.

Dans une prière confiante, frères et sœurs, osons redire encore et encore tout au long de ce jour : 

“Tout est possible pour celui qui croit !“

Ainsi soit-il !         

Homélie du dimanche 24 février 2019, 7edimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Luc, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Luc 6, 27-38. Lecture du premier livre de Samuel 26, 2-7-9.12-13.22-23. 

Psaume 102. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 45-49.

Départ du Père Delmas

 

Chers frères et sœurs, je ne sais pas comment vous réagissez en écoutant cet évangile ?

En entendant toutes les recommandations de Jésus, nous aurions presque envie de lui répliquer : « Mais, Jésus, es-tu vraiment sérieux ? Voudrais-tu vraiment que nous agissions de façon aussi naïve ? Faudrait-il nous laisser écraser sans nous défendre, et aller jusqu’à aimer ceux qui nous détestent et qui nous font du mal ? Est-ce possible ? »

 

Oui ! Difficile à comprendre et à accepter ! Oui sans doute ! Mais, c’est cette attitude-là que Jésus nous demande d’avoir. Remarquons que, cette fois-ci, Jésus ne parle pas en image, Il ne nous raconte pas une parabole qu’il nous faudrait décoder : mais son message est clair, il manifeste très explicitement des exigences malaisées à suivre.

 

Dans la deuxième lecture, la lettre aux Corinthiens dont nous avons entendu un extrait, saint Paul nous donne le fondement théologique qui peut nous permettre de mieux comprendre le message de Jésus. (Il serait sans doute bon que vous preniez du temps pour relire et méditer les lectures de ce jour !)

 

Même si nous été créés à l’image de Dieu avec, en notre être, une semence de vie divine et la capacité de vivre en communion avec Dieu, le message de Jésus réclame de notre part une acceptation et une décision de ressembler à Celui qui nous a créés.

Nous savons que le péché est venu rompre cette harmonie. Une fois que l’unité de notre propre être a été rompue, notre communication avec Dieu a été en même temps, interrompue ! C’est ce qui s’est passé dans le jardin d’Éden, il y a fort longtemps, nous en vivons encore les conséquences et nous les reproduisons à notre tour !

 

Une précision s’impose : Dieu n’est pas et ne sera pas notre ennemi ; Dieu ne sera jamais notre ennemi ! C’est à cause de notre défiance que nous mettons une distance entre Lui et nous, une distance qui parfois, nous oppose à Lui et fait de nous, ses ennemis. Loin de se décourager, c’est Dieu lui-même qui revient sans cesse vers nous. C’est toujours Lui qui veut nous permettre de reconstruire l’unité perdue de notre être. 

C’est Dieu lui-même qui nous a envoyé son Fils unique, né comme nous de la terre, vrai homme et vrai Dieu, pour nous rendre capables de raviver en nous la flamme de la vie divine. Il veut progressivement, nous reconfigurer à l’image de son Fils, chacun à son rythme.

 

Dans cet évangile, les recommandations de Jésus sont exigeantes : « Aimer nos ennemis, faire du bien à ceux qui nous haïssent, présenter l’autre joue à celui qui nous frappe, ne pas réclamer à celui qui nous vole… » Tout cela n’a, en réalité, rien d’extraordinaire… Vous allez me demander pourquoi ? Tout simplement parce que c’est ce que Dieu fait tous les jours à notre égard. 

Combien de fois, frères et sœurs, sommes-nous redevables à Dieu ?

Combien de fois est-ce que nous récriminons contre Lui ?

Combien de fois lui faisons-nous porter nos propres péchés ?

 

Entre ceux qui refusent l’existence de Dieu, ceux qui l’accusent de tous les maux, beaucoup s’interrogent : où est-il ton Dieu ? Que fait-il ? Pourtant, Il ne cesse de revenir vers nous, de nous redire qu’Il nous aime et qu’Il veut que nous soyons à Lui. 

Ce que fait Dieu chaque jour pour nous, il veut que nous le fassions pour les autres. À tous ceux qui le lui demandent, il apprend la force humble du pardon et de la miséricorde.

 L’invitation est là, disponible pour chacun de nous :  

Soyez donc miséricordieux comme notre Père céleste est miséricordieux.

 

 

La première lecture que nous avons entendue nous présente un exemple de pardon magnanime : celui de David à l’égard du roi Saül.

 

Après sa victoire stupéfiante contre le géant Goliath, champion du clan adverse qu’il a terrassé avec sa fronde, David est intégré dans l’armée d’Israël. Mais de combat en combat, sous l’autorité du roi Saül, il brille par ses exploits et son commandement au point qu’il va susciter la jalousie féroce du roi Saül qui décide, alors, de le tuer. Il devient trop gênant pour lui. David est pourchassé, ne gardant que très peu de personnes autour de lui pour le défendre et le protéger. Voilà que se présente une occasion unique, inespérée de tuer Saül qui dort, la lance à son côté. Il lui suffirait de saisir cette lance et de la lui planter dans le cœur. 

David ne le fait pas ! Pourquoi ?

À cet instant, David a compris que Saül est plus grand que ses actions. Ses actions, même les plus basses, ses actions, même les plus viles, ne disent tout de lui. Cela signifie qu’il ne faut jamais réduire une personne à ses actes

- Ce n’est pas parce que j’ai volé une fois, que je suis un voleur pour toute la vie, 

- Ce n’est pas parce que j’ai tué que je suis un meurtrier pour la vie ! 

David comprend que Saül est plus grand que ses actions et que, par-dessus tout, il a reçu l’onction divine.

 

Comment mettre en pratique les recommandations de Jésus ? C’est de prendre conscience :

  • que chaque personne que nous rencontrons,
  • chaque individu
  • quelle que puisse être son attitudeenvers nous ou dans la société,

demeure toujours une personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, une personne à qui Dieu offre sans cesse sa miséricorde

Dieu agit ainsi pour chaque personne, comme il le fait pour chacun de nous.

 

Frères et sœurs, ne soyons pas naïfs, non plus ! Il ne s’agit pas de ne pas regarder et nommer la réalité des actes telle qu’elle est, par exemple : 

  • de ne pas identifier comme crime ce qui est un crime, 
  • une lâcheté ce qui en est une, une faiblesse ce qui est faiblesse, 
  • une offense, ce qui est offense. 

Ce n’est pas ce que Jésus veut dire quand Il nous demande de ne pas juger. Par exemple, David n’excuse pas l’attitude de Saül, mais il laisse le jugement ultime à Dieu.

 

S’il nous est permis de reconnaître comme mal ce qui est mal, si c’est même pour nous, un devoir de dénoncer l’injustice et de prendre tous les moyens pour faire prévaloir la vérité là où règne le mensonge, il n’en reste pas moins que nous ne savons pas ce qui est dans le cœur des autres personnes, que Dieu seul le sait, que Dieu seul en est le juge.

 

Le respect pour chaque personne créée à l’image de Dieu et objet de son amour miséricordieux, exige que nous ayons, à son égard, la même attitude que Dieu. 

« Qui suis-je pour juger ? » 

Nous pouvons l’exprimer autrement : 

Plus nous aimons nos frères pour eux-mêmes,

Plus grandit en nous, la ressemblance à Dieu Père !

 

Cette ressemblance n’est pas une récompense à laquelle nous pourrions renoncer, mais c’est le sens et le but même de notre vie sur terre. C’est aussi l’amorce, en nous, de la Vie éternelle. C’est ce germe que Dieu a mis en chacun de nous.

 

Père Gaston Delmas ! Durant cinquante ans, vous avez vécu, enseigné, partagé, célébré dans cette église. En arrivant dans cette paroisse comme curé, j’ai pu observer et constater le fruit de toutes ces années de votre ministère.

Je découvre au sein de cette communauté autour de l’église Saint Luc, ce désir de l’amour de l’autre, ce souci de l’autre, l’accueil de l’autre.

Vous avez su, à votre façon, former à cette attitude évangélique, les paroissiens du Relais saint Luc qui vous ont été confiés. 

C’est une Action de grâce que nous pouvons, tous ensemble, vous redire !

Merci à chacun de vous !

Merci, Père Gaston, merci pour votre fidèle prière.

 

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 24 février 2019 - Saint Luc

Homélie du mercredi 20 février 2019, 4esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Marc 8, 22-26. Livre de la Genèse 8, 6-13.20-22. Psaume 115.

 

Nous venons d’entendre un passage de l’évangile de saint Marc qui est truculent ! Je vous invite vraiment à prendre le temps de le relire.

Comme dans l'épisode du sourd bègue, Jésus s'écarte de la grande foule pour opérer le miracle, et il recommande à l'homme guéri de quitter son ancien monde et de retrouver sa véritable famille, de rentrer dans sa maison dans une certaine discrétion : “Ne rentre même pas dans le village.“ C’est la finale de l’évangile.

Si vous avez écouté le texte avec attention, un détail peut vous frapper dans cette guérison d'un aveugle : Jésus lui rend la vue en deux fois ! Pourquoi ces deux étapes ?  Est-ce à cause de l'aveugle ou peut-être est-ce parce que son cas était si difficile qu’il faudra à Jésus une guérison en deux étapes ?

L'étrange manière de faire de Jésus cache, en réalité, une visée pédagogique :c'est une sorte de catéchèse en acte, à la manière des prophètes, une catéchèse qui nous est adressée. Dans un premier temps, l'aveugle commence seulement à voir, mais il distingue mal les hommes, des arbres. Dans un deuxième temps, sa vision devient tout à fait nette. 

Si nous transposons pour notre vie de chaque jour, dans notre vie de chrétiens au XXIèmesiècle, c'est bien ce qui se passe pour tout aveuglement spirituel,et instinctivement nous rapprochons cette guérison opérée dans le port de Bethsaïda, de la question posée par Jésus dans la barque, juste quelques heures auparavant avec ses disciples. Que leur disait-Il ? 

« Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ? Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, vous avez des oreilles et vous n’entendez pas ! »

Même quand on vit journellement aux côtés de Jésus, (et c’est ce que nous essayons de faire, honnêtement, avec joie) il nous faut du tempspour entrer dans sa Parole ; même quand Jésus est là, présent dans notre vie, il nous faut du temps pour nous ouvrir à sa lumière.

Pourtant, nous le savons bien :

combien de fois, sommes-nous comme des aveugles, tâtonnants à certains moments de notre vie !

-  le Christ est bien là, agissant,mais cette certitude ne nous épargne pas le cheminement de la foi, ni le labeur de l'espérance, et c'est, souvent petits pas après petits pas, que nous émergeons à la lumière des Béatitudes.

Il nous faut du temps pour cheminer dans notre vie chrétienne, pour entrer dans cette connaissance, dans cette lumière que Jésus nous propose !

Mais, si nous acceptons de rester avec Lui, si nous acceptons aussi une certaine pauvreté de notre part, la grâce d’une vision claire revient, de vraies perspectives réapparaissent, le visage de Jésus devant nous se précise, et du coup, nous pouvons voir plus loin, plus loin dans l'avenir de l'Église, plus loin dans notre route de service, plus loin dans le cœur de Dieu, plus loin aussi dans notre désir de sainteté.

C’est vrai, nous sommes parfois comme cet aveugle ! Tout cela est parfois mystérieux et échappe même à notre logique !L’important est de décider de rester avec le Christ, de respecter les patiences du Seigneur, de croire en sa capacité de guérison et surtout, ne pas le croire absent parce notre aveuglement nous cache encore sa présence. De fait, chaque jour, chaque heure, à chaque instant, Il est présent dans notre vie !

Frères et sœurs, avançons résolument avec le Christ et, tout au long de cette journée, soyons dans l’action de grâce tout en posant, en même temps, cet acte de foi : 

Le Christ est là ; Il nous accompagne !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi18 février 2019, 6esemaine du temps ordinaire, année C. 
Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue
Évangile selon saint Marc 8, 11-13. Livre de la Genèse 4, 1-15.25. Psaume 149.
Mémoire de François-Régis Clet
 

Dans l’évangile de ce matin, un mot a tout spécialement, retenu mon attention, ou plutôt une expression : “Jésus soupira au plus profond de lui-même“.

Il nous arrive souvent, sans doute aussi, de soupirer quand nous nous trouvons dans telle ou telle situation… peut-être parce que nous sommes fatigués ou parce que la situation nous surprend, nous dérange, nous inquiète ou alors nous fatigue. Certains soupirs ne passent pas inaperçus !

Toujours dans le même évangile, à propos de la guérison d’un sourd-muet, il y a deux jours, nous entendions déjà un soupir de Jésus.

Aujourd’hui, à peine débarqué sur la rive à nord-ouest du lac, dans la région de la ville de Dalmanoutha, Jésus voit arriver un groupe de pharisiens qui cherchent à obtenir de Lui un signe venant du ciel, un signe qui vienne clairement de Dieu. On pourrait penser que les pharisiens souhaitent simplement un supplément de lumière et demandent à Jésus d’annoncer plus explicitement sa mission. En réalité, il y a du défi et de l’agressivité dans leurs questions et c’est un piège, ni plus ni moins, qu’ils tendent à Jésus.

  • Si Jésus accepte de faire un prodige éclatant, ils pourront l’accuser de se mettre en valeur ; -
  • s’Il refuse, ils pourront dire qu’il n’est pas même au niveau des grands prophètes comme Élie ou Moïse.

C’est à ce moment-là que Jésus soupire au plus profond de lui-même, avec cette phrase interrogative : « Pourquoi cette génération cherche-t-elle un signe ? »

Comment pouvons-nous comprendre ce soupir, ce matin ?

Peut-être est-ce l’immense déception de Jésus devant l’attitude si négative des pharisiens !

Pourtant, quelques heures auparavant, Jésus a nourri une foule de quatre mille hommes, avec seulement quelques pains et de petits poissons. S’ils n’ont pas alors reconnu, dans ce miracle, la puissance, la générosité, la bonté, l’extraordinaire de Dieu, l’œuvre de grâce de Jésus, comment pourraient-ils se rendre compte de qui est Jésus à travers un autre signe ?

« Amen, je vous le déclare, aucun signe ne sera donné à cette génération ! »

Je me suis posé une question en pensant à moi-même : « Est-ce que le Seigneur soupire de moi ? »

Frères et sœurs, nous sommes de cette génération, nous qui vivons sans cesse en retrait de l’audace de Dieu, nous qui parfois boudons ses choix, sa loi, ses demandes, nous qui parfois passons sans les voir à côté des merveilles que Dieu réalise… Nous, qui parfois, ne faisons pas ou si peu confiance à Dieu !

Les Juifs demandent des signes, disait Saint-Paul, les Grecs recherchent la sagesse ; et nous-mêmes ? Nous qui avons à la fois l’attitude de « juifs et de grecs », nous voudrions, à certaines heures tout cela ! Nous voudrions que le Salut nous vienne dans un fauteuil et que la Parole de Dieu nous soit présentée comme “sur un plateau“.

Peut-être le Seigneur soupire-t-il de temps en temps, en nous écoutant, en nous voyant agir ?

Peut-être est-Il déçu de nous-mêmes, de notre attitude ? 

Pourtant, Dieu ne perd jamais l’espérance que chacun de nous puisse non seulement se convertir, mais aussi Le choisir, chaque jour. 

Le Salut est toujours un événement et, à chaque instant, c’est Jésus, inattendu, inouï qui “débarque sur notre rive“ et qui veut être cru sur sa Parole.

Je termine avec un dernier point : certains vont sûrement me dire que : s’ils ne voient pas, s’ils ne touchent pas, non, ils ne croient pas… C’est pour cela qu’ils réclament un signe.

Mais de fait, si nous y réfléchissons bien : si je vois, si je touche, je ne suis plus dans le « croire », dans l’acte de foi. À ce moment-là, je ne fais que savoir ! Or, c’est bien dans le fait de « croire sans voir », que le Seigneur nous invite, c’est-à-dire dans la confiance en sa personne !

Frères et sœurs, aujourd’hui, ne décevons pas Jésus, ne le faisons pas « soupirer » encore une fois !  Choisissons et osons la confiance !

En ce jour où nous faisons mémoire de saint François-Régis Clet, sachons que lui, a osé avec audace témoigner du Christ et qu’il a donné jusqu’à sa vie pour l’honorer !

Ainsi soit-il !    

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Homélie du dimanche 17 février 2019, 6edimanche du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, Collégiale saint André, par le Père Patrick Gaso. 
Évangile selon saint Matthieu 20, 1-16. 
Lors de la célébration de la Sainte Eucharistie dans la forme extraordinaire du rite.

 

Chers amis, c’est une joie d’être parmi vous ce matin !

Nous venons d’entendre cet évangile selon saint Matthieu ; n’avons-nous pas envie de dire, nous aussi : « Ces derniers venus n’ont travaillé qu’une heure, une seule, et tu les traites comme nous, comme nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur ! Qu’est-ce que cela veut dire ? »

Imaginons que vous ouvrez le journal du matin et, en le lisant, vous apprenez qu’un industriel important, directeur d’une entreprise multinationale, a tout à coup décidé de payer ses ouvriers et ses cadres, sans tenir compte du temps réel de leur travail, et qu’il a donné à chacun le même salaire !

Imaginons le tollé de protestations et le “bazar“ avec, sans aucun doute, des grèves et de la colère. Les patrons qualifieraient ce chef d’entreprise d’inconscient, les syndicats crieraient à l’injustice et chaque ouvrier s’exclameraient : « C’est inadmissible, provocateur, immoral ! »

De même, cette phrase : “Les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers“que nous entendons souvent, qui est passée dans le langage courant, peut être vécue comme une injustice. Elle est cependant une façon d’exprimer dans un style un peu abrupt, le renversement que représente l’appel du Christ dans la vie de ces hommes.

Selon les règles de la vie sociale, selon les règles de la simple équité, il convient que ceux qui sont les plus responsables, ceux qui travaillent le plus, ceux qui se dépensent le plus, reçoivent un salaire et une reconnaissance plus grande. E voilà que Jésus, à travers cette parabole, leur fait entrevoir ce que le prophète Isaïe disait : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins, oracle du Seigneur. » (Is 55, 8)

Cela signifie, si j’essaie de le traduire, que : “ma manière de comprendre et de conduire le monde ne correspond pas à ce que vous attendez spontanément“ comme pourrait nous répondre Jésus. En effet, si vous voulez entrer dans les pensées et les chemins de Dieu, il faut accepter d’être décalés par rapport aux critères habituels qui fonctionnent en ce monde. Ce décalage est manifeste dans cette parabole.

Nous pouvons comprendre aussi, que ce message est en contradiction avec la pensée commune de notre époque et que le Christ l’exprime en parabole parce que de toute évidence, la parabole ne s’applique jamais littéralement. Elle suppose un espace d’interprétation ; la parabole nous adresse un message qui est à déchiffrer, que nous devons essayer de nous approprier ; elle ne peut être simplement être une transposition littérale !

Et nous, ce matin, que devons-nous comprendre ?

Pour mieux comprendre le sens de la parabole de Jésus, certes surprenante, rappelons que nous ne devons pas perdre de vue qu’il s’agit du Royaume de Dieu.

Pourtant, nous percevons la force de la Parole du Christ et l’invitation qui nous est faite de réfléchir. Cette parabole nous dit que la manière dont Dieu gère ses relations avec l’humanité, n’est pas strictement conditionnée par l’image que nous nous faisons de la justice, mais qu’elle est déterminée par la miséricorde, par la générosité, par la surabondance de l’amour ! Tout cela ne fait de tort à personne. Ces attitudes ne sont pas contraires à la justice, car si nous lisons convenablement ce texte d’évangile, Jésus reproche à un des ouvriers qui murmuraient : “ Mon ami, je ne te lèse en rien : n’est-ce pas d’un denier que nous sommes convenus ?“.En effet, tout ce qui a été convenu est réalisé : ceux qui ont été embauchés pour un denier ou une pièce d’argent, ont reçu ce salaire ; mais ce que le Christ veut nous faire découvrir, c’est que Dieu ne s’enferme pas dans les strictes limites de la rétribution et de la justice ; mais Il entre, avec les hommes, dans une relation de gratuité et de miséricorde.

Nous devons comprendre qu’Il veut donner plus que ce qui a été convenu,il veut donner au-delà de ce qui est mérité, il veut montrer à travers sa façon de rétribuer les ouvriers de sa vigne qu’il n’y a pas de limite à l’amour de Dieu.

J’ai bien conscience que ce que le Christ essaie de nous dire, bouleverse nos schémas, mais de cet enseignement, nous pouvons tirer plusieurs conséquences. J’en ai noté au moins trois, que je comprends comme trois conversions à vivre :

- La première conversionconsiste à nous convaincre que la miséricorde de Dieu est plus grande que l’idée que nous nous en faisons. Selon la miséricorde de Dieu, il n’est jamais trop tard ! En effet, ce qu’il nous comprendre par cette parabole, c’est que jusqu’à la dernière heure de nos journées, jusqu’à la dernière heure de notre vie, jusqu’à l’ultime moment de notre existence, nous pouvons encore, travailler à la Vigne du Seigneur ; nous pouvons encore répondre à son appel. 

- La deuxième conversion est de croire que le Maître a une place pour moi. J’entends souvent quelqu’un me dire, et peut-être vous aussi dans les membres de votre famille ou parmi vos amis : « Je ne trouve pas ma place ; ma vie n’a pas de sens ; je ne suis utile à personne, ni dans l’Église, ni dans la société. Je vis dans une certaine routine, triste et monotone. Le Seigneur ne doit pas avoir besoin de moi dans sa Vigne. Ce sont les autres qu’Il appelle ! Que les autres s’y rendent, eux qui sont utiles ! » 

Ma conversion consiste à passer de : “Personne ne m’a embauché“ à : “J’ai une place unique dans la Vigne du Seigneur“. 

Pour vivre cette conversion, il me faut entendre le Seigneur me dire au plus profond de mon cœur : « Toi aussi, va à ma Vigne ! J’ai besoin de toi ! Tu as quelque chose à apporter que toi seul peux apporter !  Fais-moi confiance ; va à ma Vigne !»

Frères et sœurs, croyez que cette parole est vraie même si beaucoup d’entre nous, aujourd’hui, ferment leurs oreilles et n’entendent plus cet appel. Je pense entre autres, aux vocations sacerdotales et religieuses, mais aussi aux familles dans le désir d’une vie de sainteté.

La troisième conversion est peut-être plus subtile ; la voici : lutter contre le “murmure“ contre Dieu.Il s’agit de ne pas être trop centré sur soi, sur un éventuel salaire, sur des conditions de vie plus faciles ou aisées, et sans doute, pas assez sur la Vigne du Seigneur. Vivre tête baissée, le nez “dans le guidon“ pour essayer d’amasser toujours davantage, de s’enrichir dans une vie superficielle, c’est-à-dire ne penser qu’à soi jusqu’à oublier la Vigne du Seigneur. Dit encore autrement : passer de : “se chercher à travers le Royaume de Dieu“ à : “chercher d’abord le Royaume de Dieu et attendre tout de Dieu“. Comme le dit saint Matthieu au chapitre 7e :« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné en plus. »

Voilà ce que ce texte me permet de comprendre dans l’affirmation du Seigneur :

  • Mes pensées ne sont pas vos pensées.
  • Ma miséricorde, je la donne librement sans mettre de limites à mon Amour.

Je rappelle les trois conversions qui nous sont demandées :

  • La miséricorde de Dieu est plus grande que l’idée que nous nous en faisons
  • J’ai besoin de toi à ma Vigne : entends ! Écoute ! Réponds à mon appel !
  • Cesse de murmurer contre Dieu ; cherche son Royaume et tout le reste te sera donné de surcroit.

Oui chers frères, Il ne cesse pas de nous appeler, Celui qui nous invite à travailler à sa Vigne.

Que cette certitude éclaire pour nous, le chemin que nous devons encore parcourir, les conversions qui nous sont demandées, et nous motive, à chaque instant, dans l’action de grâce, dans l’ordre de a charité !

Demandons cette audace pour nous tous, ici rassemblés ce matin, pour notre paroisse, pour notre diocèse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

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Homélie du dimanche 17 février 2019, 6edimanche du temps ordinaire, année C.
Messe célébrée à Grenoble, église Notre Dame Réconciliatrice, par le Père Patrick Gaso. Homélie relue
Évangile selon saint Luc 6, 17.20-26. Livre du prophète Jérémie 17, 5-8. Psaume 1.
Lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 12-16-20.

 

Chers frères et sœurs, quelle belle page d’évangile ! 

Que ce soit dans l évangile de saint Matthieu ou dans celui de saint Luc, les Béatitudes interpellent ; en même temps, elles intriguent. Pourquoi ? Tout simplement parce que tout homme, à un moment donné de son existence, s’est mis en recherche de ces Béatitudes, parfois même sans connaître le Christ. En effet, nous portons tous en nous, ce même désir de bonheur, le désir d’aimer et d’être aimé : le désir du bonheur durable ! Je ne pense pas que quelqu’un puisse dire le contraire !

Ces Béatitudes sont célèbres, oui bien sûr ! Mais en même temps, si nous y regardons bien, elles pourraient être comprises aussi comme complètement scandaleuses.

Y avez-vous déjà réfléchi ?

“Heureux, vous qui pleurez maintenant… “Lequel d’entre nous oserait dire ces mots à une maman qui vient de perdre son enfant ?

- Lequel d’entre nous pourrait traverser les bidonvilles ou les rassemblements de migrants ou de déportés qui constellent notre planète, en répétant ces paroles de Jésus ?

- Lequel d’entre nous pourrait dire à un haïtien ou à un habitant du Quart monde : “Heureux, vous qui avez faim…“ pourtant, c’est bien ce qui est écrit, et c’est même présenté comme une bonne nouvelle ! Alors, que faut-il en penser ?

Ce texte semble un peu grincer de tous les côtés : « Heureux, vous les pauvres, vous qui avez faim, vous qui pleurez… » Beaucoup de personnes n’ont pas compris ce texte !

Nietzche lui reprochait de glorifier le faible et l’imbécile, Marx lui reprochait de dévier les énergies prolétaires vers la fausse consolation d’un au-delà, Freund démasquait certains mécanismes de compensation cachés dans notre subconscient, L’économiste, lui, sourit à l’éloge de la misère. À l’inverse, les mots : « Malheureux, vous les riches, les repus… », sont entendus comme le cri révolutionnaire d’un Jésus subversif.

Et nous-mêmes ? Comment comprenons-nous ces Béatitudes ?

Si vous avez pris le temps de les relire et de les méditer une par une, qu’en avez-vous pensé ?

Personnellement, j’ai été longtemps perplexe devant ce texte, en “ruminant“ ces mots, sans bien parvenir à les justifier dans mon esprit. Tout au long de cette semaine, en préparant cette eucharistie, j’ai pris le temps de me laisser pétrir par cette Parole de Dieu, à la lumière de ce que nous vivons. Comme je vous le disais tout à l’heure, nous avons vécu en Paroisse, il y a quelques jours, de beaux moments :

-  entre autres, il y a tout juste une semaine, samedi dernier, le sacrement de l’onction des malades donné à quarante personnes de la Paroisse et des environs, présentes pour recevoir ce sacrement de paix et de force. 

- Lundi dernier, nous fêtions Notre Dame de Lourdes, et pendant quelques instants, j’ai eu l’impression de me retrouver à Lourdes ; nous avons prié pour les malades. Vous êtes-vous déjà rendus à Lourdes ?

En méditant les textes de ce jour, une belle rencontre m’est revenue en mémoire, une rencontre qui a jeté pour moi, une étincelle définitive sur ces paroles brûlantes et m’a permis enfin, de les comprendre de l’intérieur. 

Cela date un peu, c’était en 1989… Cette année-là, je découvrais la ville de Lourdes pour la première fois, et c’était au cours d’un pèlerinage. À ce moment-là, je n’avais encore pensé à entrer au séminaire…

Comme vous le savez, dans la ville de Lourdes, une foule nombreuse déambule dans un mélange surprenant de dévotions, de pèlerinages, de prières et, en même temps, une sorte de cour des miracles. Durant ce pèlerinage, nous étions en binôme et je me trouvais avec un jeune homme : Christophe. Nous avions à peu près le même âge : 28 ans. Christophe est un malade tétraplégique, c’est-à-dire dans l’impossibilité de bouger ses quatre membres. Installé dans un fauteuil roulant, il devait faire fonctionner ce fauteuil grâce à une petite boule, coincée sous son menton et qui lui permettait de se diriger à droite, à gauche, d’avancer ou de reculer. Comme il le disait lui-même, il était tout léger : « Trente-cinq kilos, tout mouillé ! » Il appréhendait en permanence de tomber et de se casser un os quand nous le portions dans nos bras pour le mener à la toilette. Puisque beaucoup d’entre vous connaissent bien Lourdes, je passe sur le détail d’une expérience humaine mémorable, profonde et durable de toute personne qui se met au service des malades. 

Pourtant, je retiens une phrase que je souhaite partager avec vous, tout simplement. Il s’agit d’une parole de Christophe, pratiquement le jour du départ, à quelques heures de notre retour à Grenoble. Avec sa toute petite voix que l’on pouvait entendre seulement en s’approchant tout près de lui, il me dit : « Tu sais Patrick, tu as un problème. » Vous imaginez que j’ai été très surpris ; je l’ai regardé et j’ai attendu la suite : « Patrick, tu as un problème car, avec tes jambes, tu peux aller partout où tu le veux… » et il a pris l’analogie de la montre : « Tu peux aller à dix, à un quart, à la demie, à moins vingt… tu peux aller partout, mais tu ne vas pas très loin… Moi, sur mon fauteuil, je ne peux aller que de moins cinq à plus cinq, mais j’ai un “midi“ que tu n’as pas : le Christ ! »

J’ai mis du temps à comprendre ce qu’il voulait me dire. Devant mon regard interloqué, devant mon silence qui en disait long (de fait, le Christ n’était pas mon “midi“ à l’époque), il continua d’une voix toute joyeuse : « Jésus est vivant ! Il est là ! Il est ma joie ! » De fait, à ce moment-là, son visage rayonnait d’une joie profonde que je n’ai jamais oubliée !

“Heureux, vous les pauvres…“

Ce jour-là, de nous deux, c’était lui le plus heureux, certainement !

Ce jour-là, j’ai compris trois choses que je vous confie simplement :

  • J’avais tout d’abord à redéfinir le mot “pauvre“ dans mon vocabulaire ; qu’est-ce qu’il signifie ?
  • Une deuxième chose : seuls les pauvres ont le droit de dire « Heureux les pauvres ! »
  • La troisième chose : j’ai compris en même temps, que cette parole-là : « Heureux les pauvres ! », seul un pauvre avait pu l’inventer, un pauvre, un homme qui souffre, un affamé, un homme méprisé et détesté. Seul Jésus, l’Innocent absolu, pouvait exprimer ces paroles-là ! Après Lui, seuls peuvent les reprendre celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, participent à sa Passion.

Les Béatitudes ne sont pas des paroles de consolationà dire à ceux qui se trouvent dans le malheur. Ce sont des paroles à entendre lorsque l’on vit dans la souffrance, à les entendre et à les comprendre comme venant du Christ souffrant. Christophe, lui, les avait bien entendues ainsi.

Celui de nous deux qui souffrait le plus ce jour-là, celui qui avait le plus besoin d’accueillir cette parole, c’était moi. Ce jour-là, j’ai appris que les pauvres nous évangélisent.

Aujourd’hui, cette parole est pour nous tous aussi ; nous avons besoin de l’entendre et de la laisser retentir dans cette part intime de nous-mêmes, dans ce lieu secret peut-être où nous sommes souffrants, affamés, désespérés peut-être, lieu où nous nous ressentons pas reconnus ou trop mal aimés.

Frères et sœurs, prenez le temps aujourd’hui, demain ou dans les jours qui viennent, de relire cette page des Béatitudes, dans la foi. 

Laissons monter du fond de nos peines ou dans la joie, les paroles que nous avons ent