Les Homélies de nos Prêtres

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Homélie du lundi 5 avril 2021, lundi dans l’octave de Pâques, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 28, 8-15. Actes des Apôtres 2, 14.22b-33. Psaume 15.

 

Hier, nous avons vécu un dimanche de Pâques particulier (règles sanitaires et confinement). Comme tous les dimanches de Pâques, il a été un jour rempli de joie et d’espérance, dans la liesse, mais aussi porteur de certaines interrogations.

Une certitude : oui, le Christ est ressuscité, mais avec aussi une question : comment allons-nous continuer notre route ? Qu’allons-nous faire ? Comment vivre les prochains jours, les prochaines semaines ?

L’évangile de ce matin nous donne quelques pistes et en le relisant hier soir, trois petits mots ont retenu mon attention ! 

Après l’allégresse partagée de ce Dimanche de Pâques, j’ai noté trois mots importants : Joie – Crainte – Frères. Ce sont trois mots que Jésus a prononcés et qui vont nous aider peut-être à atterrir dans notre quotidien après cette Semaine Sainte…

Une certitude ! J’ai un acte de foi à poser : Seigneur, je crois que tu es ressuscité et que Tu es vivant dans ma vie.Mais, face aux évènements de ma vie et ses aléas, je peux osciller entre crainte et joie !

Dans le texte de ce jour, en saint Matthieu, les Saintes femmes " s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui ", avec ce mélange de crainte et de joie que les Évangiles ont souvent noté de façon très précise. Tout au long de cette semaine, ces deux sentiments seront bien présents dans les récits des apparitions. Ils sont peut-être présents en nous et même coexister.

Que va leur dire Jésus ? Il reprend deux éléments de la parole de l'ange, au moment de l’Annonciation à Marie. D'abord Il redit, « Je vous salue » puis avec insistance, Il poursuit :" Soyez sans crainte … n'ayez pas peur ! » L'encouragement n'est pas superflu, car, en rencontrant Dieu, nous sommes souvent tentés, menacés de retomber dans une forme de peur associée, paradoxalement, à la joie de la rencontre. De fait, croire en Jésus ressuscité devrait bousculer fortement ma façon de vivre !

Dire : Seigneur, je crois que tu es ressuscité et que Tu es vivant dans ma vie, c’est peut-être avoir :

  • Peur de la nouveauté de Dieu, qui va peut-être me pousser à rompre avec mes habitudes …
  • Peur de l'aventure que Dieu apporte toujours, et obligé de quitter mon canapé, ma vie tranquille.
  • Peur de mes propres résistances et de ma pesanteur, et parfois même je porte une certaine désespérance au fond de moi.
  • Peur de ne pas être à la hauteur dans mon témoignage de chrétien, ou ne pas oser témoigner !
  • Peur du refus des autres, etc …Que vont dire mes amis, ma famille, mes collègues ? Aurais-je l’audace de dire que je vais à la messe et que ce dimanche, nous avons chanté la résurrection du Christ ?

« Soyez sans crainte ! Allez annoncer… », nous dit Jésus. Que vos peurs ne vous bloquent pas ! Et Il confirme la mission donnée aux deux femmes, mais en précisant l'un des termes. Il ne dit pas :"Allez dire à mes disciples", mais : "Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »

Notons ce changement, ce pas supplémentaire qui est proposé : nous ne sommes pas juste des suiveurs de Jésus, des disciples ; nous sommes ses frères. 

Qui sont les frères de Jésus ? Ce sont ceux qui, le jeudi soir, ont fui sans courage et sans gloire, ceux qui l'ont renié plus ou moins ouvertement. "Mes frères", dit Jésus, parce que le Ressuscité vient avec son pardon pour chacun d’eux ! Et Il leur donne rendez-vous en Galilée. Il les met en marche. Tous devront faire une bonne centaine de kilomètres, tous devront se regrouper au nom de Jésus, pour voir Jésus, pour entendre Jésus : c'est, symboliquement l'Église en marche, dès le premier jour, dès la première aurore de la résurrection.

Les saintes femmes sont les premières à entendre le message de la résurrection ; elles sont, ensemble, les premières messagères courageuses, présentes, déterminées, bravant la peur d’une arrestation alors que les disciples sont encore enfermés à double tour ; elles deviennent Apôtres des Apôtres, comme les nomment les pères de l’Église. 

Ce matin, le Christ nous redit : « Je suis la résurrection et la vie », « Vous êtes mes frères. »

Soyons sans crainte, nous dit aussi Jésus, et restez dans la joie !

Nous aussi, nous sommes invités à nous mettre en marche à la rencontre du Ressuscité, de son pardon, de son amour, de sa victoire sur le Mort ! Pas de Crainte ! Ni de Peur ! Mais la joie de ce dimanche de Pâques à annoncer à tous nos frères : un monde nouveau est là, une espérance nouvelle est là avec le Christ Ressuscité ! 

Frères et sœurs, que cette joie que le Christ nous donne, que personne ne peut nous ravir, soit profondément la nôtre !

Le Christ est Ressuscité, Il est vraiment ressuscité, Alléluia !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du vendredi 2 avril 2021, Vendredi saint, année B. 

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Passion selon saint Jean 18, 1 à 19, 42. Livre du prophète Isaïe 52, 13 à 53, 12.
Psaume 30. Lettre de saint Paul aux Hébreux 4, 14-16 ; 5, 7-9.
 

Chers amis, en ce Vendredi Saint, nous célébrons la Passion de notre Seigneur. Il n’est pas simple de prendre la parole après un tel récit, si dense et si grave ! Notre regard est fixé sur le Christ !

Alors qu’Il est maintenant élevé de la terre, Il continue d’attirer à Lui tous les hommes de ce monde : ceux ignorent le Christ comme ceux qui le cherchent, ceux qui se moquent de lui, comme ceux qui pleurent devant tant de souffrances endurées !

Mystérieusement, la Croix est au centre de notre vie, au centre de notre foi ; non pour nous conduire à la Mort, mais pour nous élever vers la Vie ! Elle nous rappelle que la Vie nous est donnée par le Christ !

Oui, le récit que nous venons d’entendre, ce récit de la Passion, montre, avec pudeur, combien le Christ a souffert ! À travers les larmes et sa sueur, Il désire conduire la vie jusqu’à son terme, c’est-à-dire son projet de salut du monde. 

Avez-vous remarqué que, dans ce long récit de la Passion que nous venons d’écouter, qu’une question précise est posée. Elle se situe au début du récit et c’est la première prise de parole : « Qui cherchez-vous ? » demande-t-il à ses bourreaux venus l’arrêter. Oui, « Qui cherchez-vous ? ». 

Ils répondent tout tremblants en lui disant l’acte d’accusation qu’ils ont reçu des juges : « Es-tu Jésus de Nazareth ? »La réponse de Jésus est sans ambiguïté : « C’est bien moi. Je le suis »

En échos, nous qui connaissons un petit peu la Bible, nous comprenons que, lorsque Jésus leur répond : « C’est bien moi. Je le suis », cela fait référence à d’autres paroles : « Je suis celui qui est, qui était et qui vient. » Je suis le Christ Jésus, le Fils éternel de Dieu le Père : « Serviteur de Dieu » !

Jésus, comme son nom le précise, accomplit sa mission jusqu’au bout. Il donne sa vie en sacrifice pour le salut du monde. Jésus est le Sauveur !

En même temps, ce serviteur de Dieu est aussi le véritable Grand prêtre, comme nous l’avons entendu dans l’épître aux Hébreux ! La Croix par laquelle Jésus vit sa Passion devient l’autel où le Christ est à la fois, la victime et le prêtre. 

Frères et sœurs, par notre baptême, nous faisons de notre mieux pour marcher à la suite du Christ, à notre rythme. Mais le seul sacrifice qui vaille, c’est d’offrir nous aussi, notre vie dans nos combats quotidiens, comme dans les circonstances particulières qui nous sont imposées, tel ce temps de confinement qui n’en finit plus et qui nous fait changer nos habitudes, nos manières de vivre, nos rencontres et nos projets, qui nous fait perdre quelque chose d’essentiel : l’amitié, la fraternité et oblige à une distance avec l’autre. 

Comme Jésus, il nous faut librement accepter ce qui peut nous faire souffrir, pour que la vie renaisse et finisse par triompher. Il ne s’agit pas de rechercher la souffrance (quelle qu’elle soit), mais de nous laisser accompagner par le christ, dans ces moments difficiles !

Nous vivons cette Semaine Sainte de manière tout à fait particulière. En regardant longuement le Christ sur la Croix, nous pouvons décider à faire de nos vies, des vies encore plus offertes à Dieu, afin de partager, du mieux possible, à tous ceux et celles qui nous entourent, cette espérance et cette certitude que Jésus est Sauveur, que Lui seul a les paroles de la Vie éternelle !

Oui, il y a un mystère, le mystère de la Croix que, au fil des ans, nous essayons d’approcher petit à petit. Ce mystère de la Croix met en pleine lumière d’incroyables paradoxes ; j’en ai noté trois, mais il y en a bien d’autres :                                                                            

  • Premier paradoxe : L’instrument du supplice, la Croix, devient le chemin du salut et de la vraie vie. 
  • Notre foi aussi est paradoxale, car bien des croix que nous portons, que nous subissons, marquent notre existence ; à ces moments-là, nous pensons être seuls, isolés, mais pour le croyant, le Christ n’est jamais absent ! Lui-même porte nos croix, avec nous !
  • Un autre paradoxe étonnant : même si les hommes se détournent du Christ, ou pire le rejettent, Lui, Jésus, n’abandonne jamais sa mission de Salut pour tous ! Sans cesse, il nous appelle à la Vie !

Alors, cette question que nous avons entendue, retentit pour moi, pour nous : « Qui cherchons-nous ? Qui cherches-tu en venant dans cette église ? » Jésus attend de chacun de nous, une réponse de foi.

Frères et sœurs, choisissons le Christ ! Faisons-Lui confiance et rendons grâce pour sa vie donnée ! Demandons que, après ce temps vécu sur cette terre, nous soyons avec Lui pour l’éternité !                                                                                                                                     

 Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du lundi 29 mars 2021, lundi saint, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Jean 12, 1-11. Livre du prophète Isaïe 42, 1-17. Psaume 26.

 

En ce début de Semaine Sainte, certains s’interrogent peut-être : que faire ? Comment agir ? Comment vivre ces jours Saints ? Un indice : Aimer et se laisser aimer !

En effet, l’évangile de ce jour nous propose d’être les témoins d’un acte d’amour incroyable ! Notre Semaine Sainte débute par une surabondance d’amour

Ce jour-là, c’est-à-dire, six jours avant la Pâque, nous nous retrouvons dans le petit village de Béthanie. C’est dans ce village que Jésus venait de « réveiller Lazare d’entre les morts. »

La joie est présente et elle devient une fête en l’honneur de Jésus et de Lazare ! Ce sont les deux sœurs qui sont à l’initiative de cette fête : Marthe et Marie. La fête bat son plein !

Marthe est déjà au service, quant à Marie … elle semble ailleurs !

Marie de Béthanie apparaît dans l'Évangile comme une femme très intuitive. Sans doute, beaucoup de ses amis devaient la juger, à certaines heures, comme une femme surprenante et imprévisible.

 Marie ne faisait pas exprès de réagir autrement que les autres ! Elle ne cherchait pas forcément à se singulariser. Simplement, c’était une femme qui, en chaque occasion, rejoignait l’essentiel, et elle posait les gestes que son cœur lui dictait : non pour braver les autres ou leur faire des reproches, mais par une sorte de nécessité intérieure, qui était la force même de son amour.

Jésus, lui, a toujours pris la défense de Marie de Béthanie, car Il voyait en elle, non pas une femme paresseuse ou une excentrique, mais une femme capable de tous les courages pour suivre jusqu’au bout les certitudes de son cœur ! Qu’a-t-elle pu ressentir ce jour-là ? Une intuition qui déborde de son cœur !

Son frère, Lazare, reprenait goût à la vie, Jésus, lui, allait goûter la mort.

ou encore…

Jésus allait vers la mort, et tous ces gens ne pensaient qu’à la fête !

Marie a voulu dire à Jésus ce qu’elle entrevoyait, ce qu’elle pressentait du mystère de Dieu qui traversait sa vie de prophète. 

Mais comme ces choses-là sont au-delà de toute parole, Marie les a dites avec son parfum et ses cheveux, avec son gaspillage définitif, avec un geste démesuré et un peu fou… Elle manifeste, de cette façon, son amour pour Jésus !

Face à cet amour, notons la remarque aigre de Judas qui exprime déjà la rupture d’amour à venir et sa future trahison !

  • "Laisse-la", dit Jésus à Judas : elle a gardé ce parfum pour ma sépulture.
  • "Laisse-la": elle a su entrer, par amour, dans le mystère de ma mort.
  • "Laisse-la": c’est un geste qui la dépasse elle-même. 

Peu importe, déjà, toute la maison est remplie de son parfum ! 

Marie de Béthanie, au début de cette grande et belle semaine, dans son geste prophétique, nous invite à renouveler notre prévenance, notre délicatesse, notre gratitude envers notre Seigneur Jésus !

Frères et sœurs, en ce début de Semaine Sainte, une semaine que nous commençons par ce geste d’une surabondance d’amour, sans effroi, peur ou angoisse, à nous de trouver le geste que nous souhaitons pour exprimer tout cela à Celui qui donne sa vie pour chacun de nous ! 

Demandons cette grâce pour nous tous réunis, pour nos familles, pour notre fraternité paroissiale !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 24 mars 2021, 5e semaine de Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 8, 31-41. Livre du prophète Daniel 3, 14-20.91-92.95. Cantique Daniel 3.

 

Ces quelques versets de l’évangile selon saint Jean, au chapitre 8, appartiennent au long échange que Jésus a eu avec les Juifs sur le lieu même du Temple. Nous sommes donc à Jérusalem. Peu de temps auparavant, Jésus avait hésité à entrer dans cette ville et à monter au Temple. En effet, certains Juifs, certains Pharisiens surtout, cherchaient à le faire périr. Mais, Jésus y était monté avec audace. Le peuple célébrait alors, la grande fête de Soukkot, une fête importante nommée la fête des Tentes, en souvenir de l’assistance que Dieu avait manifestée tout au long de l’exode de son peuple. 

Dès son arrivée sur l’esplanade du Temple, les ennuis débutent… Jésus avait commencé par sauver de leurs mains une femme prise en flagrant délit d’adultère. « Femme, personne ne t’a condamnée – Personne Seigneur. », c’est l’évangile de lundi dernier. En l’invitant à repartir sans paroles de reproches ni de condamnation, Jésus lui révélait qu’il n’était que miséricorde. 

Aucun blâme, aucun manque de confiance. Tandis que ceux qui s’étaient érigés en justiciers n’ont pas compris cette miséricorde. Enfermés dans leurs propres péchés, ils n’y ont pas cru. 

C’est alors que commence, avec l’évangile d’aujourd’hui, un long échange de Jésus avec les Juifs qui croyaient en lui. Il fallait en effet que ces croyants pleins de bonne volonté sachent que la miséricorde était en fait, l’œuvre de Dieu. 

  • Il fallait qu’ils reconnaissent que lui-même ne faisait rien qu’il ne l’ait déjà vu faire par le Père. 
  • Il leur fallait reconnaître que Dieu était Père
  • Il leur fallait découvrir que, dès les origines, Dieu est miséricorde

L’avons-nous déjà compris pour nous-mêmes ? Ce long échange entre Jésus et les Juifs présents ce jour-là au Temple, est plein d’autres enseignements.

  • À propos de l’appartenance à un peuple : De qui sommes-nous fils ? 
  • À propos des œuvres de vie : « Si vous êtes enfants d’Abraham, faites donc les œuvres d’Abraham. Or, vous cherchez à me faire mourir. » 

Pour nous, ce matin, pour nous qui sommes croyants, il faut noter cette insistance sur l’écoute de la Parole de Dieu : « Si vous demeurez dans la parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. » nous dit Jésus.

À quelques jours de la Semaine Sainte, prenons un peu de temps et méditons ces deux questions : sommes-nous en vérité ? Sommes-nous libres ?

L’évangile de ce jour nous encourage à nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, à l’école du Christ. Chers frères et sœurs, recevons cette page d’évangile comme un encouragement à nous déterminer encore et encore pour devenir vraiment fils et filles de Dieu. 

Bien plus, à quelques jours de la Semaine Sainte, demandons cette grâce de vivre en disciples pour devenir vraiment fils et filles de Dieu avec et dans le Fils

Continuons à préparer notre cœur à vivre pleinement les jours saints !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 22 mars 2021, 5e semaine du temps du Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 8, 1-11. Livre du prophète Daniel 13, 1-9.15-17.19-30.33-62. Psaume 22.

 

 

Deux histoires : celle que nous avons entendue dans cette longue première lecture (l’histoire de Suzanne) et celle de l’évangile : la femme adultère.

Dans les deux textes aujourd’hui, il est question du regard que nous portons ou que les autres portent sur nous. Quand vous lisez la Bible, vous pouvez être surpris de noter tant de regards ! Que de regards dans les Évangiles ! Mais tous les regards ne sont pas semblables ! Certains regards tuent, d’autres sont un accueil, beaucoup restent passifs ou indifférents… 

Il y a d’abord le regard de convoitise des deux anciens qui veulent abuser de Suzanne, puis le regard pur du jeune Daniel qui va la sauver d’une condamnation injuste par la grâce de Dieu. Il y a le regard des scribes et des pharisiens sur cette femme qui est sortie de chez elle sans son attestation dérogatoire et sans son masque…(faisons un peu d’humour). Il y a aussi leurs regards sur Jésus pour le mettre à l’épreuve…

Puis, il y a le regard de Jésus dans une situation apparemment bloquée comme celle qu’a pu vivre Suzanne : un piège. Mais, quelle sagesse ! Jésus va s’en sortir de façon magistrale par cette phrase désormais célèbre : « Que celui qui est sans péché soit le premier à lui jeter la pierre ». 

Il y a encore un regard sur soi-même, celui des plus anciens parmi les accusateurs, qui révèle en profondeur la vérité du cœur. Laissant tomber les pierres de leurs mains, c’est tout penauds qu’ils rentrent chez eux.

Enfin, il y a le regard de cette femme accablée, accusée, inquiète de son sort, pour laquelle Jésus va laisser renaître une immense espérance par sa miséricorde, une miséricorde qui libère du regard des autres et du jugement, mais aussi une miséricorde qui donne envie de s’en sortir et de progresser sur le chemin d’une vie plus sainte, un chemin sans péché.

Pour nous ce matin, laissons-nous nous regarder par notre Seigneur Frères et sœurs, laissons-nous aimer par sa miséricorde plus forte que le péché ! Rappelons-nous l’une des dernières phrases de saint Jean-Paul II dans son dernier livre : « c’est la miséricorde qui aura le dernier mot » !

Apprenons aussi, à l’école du Christ, à regarder à sa façon, les personnes qui nous entourent, nos relations, notre monde ! Avec Jésus et par Lui, il y a toujours un progrès possible, un espoir, une renaissance. 

Personne n’est perdu ! Personne ne doit être désespéré ! L’espérance peut toujours entrer et habiter dans nos vies.  

À quelques jours de la Semaine sainte, laissons-nous regarder et aimer par le Christ !

                                                                                                                                    Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 21 mars 2021, 5e dimanche du temps du Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 12, 20-33. Livre du prophète Jérémie 31, 31-34. Psaume 50.

Lettre de saint Paul aux Hébreux 5, 7-9.

 

Chers frères et sœurs, 

Je me souviens d’une expérience qui m’avait marqué quand j’étais petit enfant à l’école primaire ; on nous avait donné des lentilles ou des haricots, nous les mettions sur du coton, nous arrosions, et nous observions… (peut-être cet exercice rappelle-t-il des souvenirs à certains d’entre vous ?). Chaque jour, nous regardions en nous demandant ce qui allait bien se passer. Petit à petit, un petit germe sortait de la lentille, puis il devenait comme une petite plante avec des radicelles et des racines, puis, à la fin, et c’est ce qui est intéressant, la petite lentille était toute rabougrie et sèche ! À l’époque, cette expérience m’avait impressionné : la richesse de la terre, la pousse des plantes, son mécanisme de transformation, la photosynthèse… Bref, j’étais en admiration devant la création et la manière dont la nature se développe ! 

Si je vous raconte cette expérience, c’est qu’avec l’équipe paroissiale et surtout l’équipe  “l’Église verte“, nous avons travaillé, sous l’impulsion du pape François, sur son Encyclique Laudato Si. C’est vrai, le monde dans lequel nous vivons, voulu et créé par Dieu est surprenant et il est beau ! À différents moments de notre existence, nous en prenons conscience et nous en rendons grâce ! En ces jours derniers, sans doute êtes-vous nombreux à vous promener, à profiter des rayons réconfortants du soleil, à admirer la nature qui s’éveille ! 

Dans ce même esprit, nous avons vécu en Paroisse, hier, un temps de prière et de réflexion sur ce thème : « Nous habitons tous la même Maison ! » La Terre est un bien commun à respecter et à partager. Nous ne sommes que les intendants de cette Terre qui est un cadeau. Elle ne nous appartient pas et il est de notre devoir de la préserver, d’en prendre soin et de la transmettre à toutes les générations futures.

L’équipe « Église Verte de la Paroisse » m’invite à vous redire que la conversion écologique à laquelle le Pape nous invite n'est pas uniquement de l'ordre d'une maîtrise efficace et respectueuse de la Création, mais elle est de l'ordre d'une relation vitale à tisser avec tous les êtres vivants. Le pape nous rappelle l’urgence d’une écologie intégrale qui respecte notre nature humaine. Nous le savons bien : nous ne sommes que de passage sur cette terre !

C’est bien le sens de l’évangile que nous entendons aujourd’hui, le sens même du Carême et de notre route vers Pâques, car ce que le Christ nous promet, c’est la Résurrection et la Vie éternelle ! Quel mystère que cette création que Dieu nous confie ! 

Je reviens à cette métaphore champêtre de l’évangile de la graine tombée en terre : qu’est-ce que cela veut dire qu’un grain tombe en terre, meurt et donne du fruit ? Comment comprenons-nous cette parabole ? Comment pouvons-nous donner du fruit ? Qu’est-ce que la mort ? L’allusion semble évidente ! Jésus se compare Lui-même à ce grain de blé qui tombe en terre. De fait, nous le savons : Jésus va offrir sa vie, mourir puis Il va ressusciter. 

Mais, Jésus ne ressuscite pas seul. Son projet est de nous entrainer avec Lui dans cette résurrection : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 20,24). L’image est parlante et très intéressante. Elle évoque, à la fois une disproportion et une incroyable fécondité. Mais elle me frappe surtout par l’opposition radicale entre deux réalités : d’un côté, une solitude stérile, de l’autre une abondance de fruits

L’explication de Jésus peut nous surprendre. Mais, que veut-il que nous comprenions ? La vie ne mériterait-elle pas d’être aimée ? Jésus la mépriserait-il ? Bien au contraire ! Nous savons bien qu’il est venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance (cf. Jn 10,10). 

Pour Lui : aimer la vie, c’est la donner ! « Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle » (Jn 12,25).

La mort, la vraie mort n’est pas physique, mais c’est plutôt le refus de se donner ou encore le repli stérile sur soi-même. Saint Luc dans les Actes des Apôtres résume le parcours de Jésus en disant en une petite phrase : « Là, où il passait, il faisait le bien ! » (Act 10,38). Il est celui qui se donne entièrement, jusqu’au bout !

Que pouvons-nous retenir pour nous, à quelques jours de la Semaine Sainte, cette semaine la plus importante, la plus significative de notre vie chrétienne ? Une proposition : si vous le pouvez, prenez quelques jours de congé pour vivre pleinement le Triduum pascal, c’est-à-dire les trois jours saints : jeudi, vendredi, samedi. 

Retenons trois points :

- Premier point : alors qu’Il s’apprête à affronter sa mort, Jésus nous invite à comprendre notre existence à la lumière de son propre passage de la mort à la vie. Il laisse entrevoir aux disciples que son chemin, même s’il passe par la croix, est pour mener à la victoire. La mort est vaincue par Jésus !

- Deuxième point : la vraie mort est la stérilité de celui qui ne se donne pas, de qui ne dépense pas sa propre vie, mais veut la garder jalousement. 

- Troisième point : il n’est pas question de haïr sa vie ni de haïr la vie. Il n’est pas question de masochisme ni de tristesse, mais simplement d’aimer la vie de Dieu et de vivre ici‑bas selon Dieu pour vivre éternellement avec lui. L’homme ne doit pas agir en propriétaire ! La foi, la vie sont des cadeaux que nous recevons. Un seul est propriétaire : Celui qui, comme le grain de blé, nous a aimé et s’est livré pour nous !

Frères et sœurs, je réitère mon invitation : notre temps de Carême n’est pas terminé. Prenons le temps de la prière, pour comprendre ce à quoi nous invite Jésus : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera ». (Jn 12,26). Le mystère de sa Pâques, c’est ce que nous sommes appelés à vivre comme Lui et avec Lui en prenant comme Lui et avec Lui la place du serviteur.

Nous avons quelques jours encore pour nous préparer, pour recevoir le pardon sacramentel et pour entrer plus profondément dans ce mystère de vie que le Seigneur nous propose.

Que l’Esprit Saint nous guide en cette dernière semaine avant la Semaine Sainte !                                                                                                                        

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 17 mars 2021, 4e semaine de Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 5, 17-30. Livre du prophète Isaïe 49, 8-15. Psaume 144. 

 

Comment expliquer les textes de ce jour qui sont d’une très grande profondeur ? Comment les comprendre spirituellement et humainement ? Sans doute nous faudrait-il beaucoup de temps, bien plus que nous n’en avons ce matin !

Je crois que la lecture du psaume nous donne une piste et peut nous aider à entrer dans la puissance de ces textes ! 

Que nous dit le psaume d’aujourd’hui ? 

                « Le Seigneur est tendresse et pitié ; la bonté du Seigneur est pour tous, 

                sa tendresse, pour toutes ses œuvres. Il est fidèle en tout ce qu’il fait » (Ps 144).

Cet extrait du psaume résume l’enseignement de la liturgie de la Parole de ce jour, avec des textes qui se répondent ! « Dieu est tendresse et pitié ! »

     Nous avons, peut-être, des difficultés à comprendre ou à expérimenter cette réalité de la Bonté de Dieu ! Sommes-nous persuadés que Dieu est bon ? 

C’est toute l’originalité du peuple hébreu ; en effet, ils ont cette certitude que Dieu est “un“, unique, et qu’Il nous aime, contrairement aux autres dieux qui sont adorés en Égypte, en Grèce ou chez les Romains ou chez les Babyloniens qui sont des dieux dominateurs, durs et qui réclament sacrifices sanglants et hommages.

Oui, Dieu nous aime ! Sa bonté, sa tendresse toute discrète sont tout à la fois celles d’une mère et celles d’un père. 

Les termes de la première lecture nous aident à mieux saisir ce mystère divin : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi je ne t’oublierai pas ! ».

     Le Père se penche sans cesse sur chacun de nous avec une sollicitude maternelle, tout en restant profondément Père : « Cieux, criez de joie ! Terre, exulte ! Montagnes, éclatez en cris de joie ! Car le Seigneur console son peuple : de ses pauvres, il a compassion. » (1ère lect). 

     C’est parce que Dieu a été bouleversé jusqu’en ses entrailles maternelles et en même temps, en son cœur paternel, que, devant la tristesse de nos choix et notre solitude, Il est venu nous sauver. Voilà le mystère d’amour de Dieu. 

Il est un père attentif qui vient en aide à ses enfants, malgré nos erreurs, malgré nos égarements : « Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je suis venu à ton secours » (1ère lect).

     Nous le croyons : c’est en Jésus que Dieu réalise cette promesse comme Notre Seigneur l’annonçait lui-même dans son homélie (sa première prise de Parole) donnée à la synagogue de Nazareth au début de son ministère (Lc 4, 18-21). Déjà, Il annonce ce qu’il va faire : « Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés… » Jésus reprend, en l’accomplissant, ce que le prophète Isaïe avait annoncé six siècles auparavant.

     Quel mystère surprenant, mystère de tendresse, de bonté, d’amour, d’un Dieu unique ! Un mystère toujours à méditer ! 

Frères et sœurs, nous pouvons, dans notre prière d’aujourd’hui, prendre le temps de nous laisser toucher par la bonté et la tendresse de notre Dieu ! Demandons cette grâce pour chacun de nous, pour nos familles, notre paroisse et pour le monde !

                                                                                                                           Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 15 mars 2021, 4e semaine du temps du Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 4, 43-54. Livre du prophète Isaïe 65, 17-21. Psaume 29.

 

Chers amis, comme je vous le disais hier, nous sommes à la Mi-carême. Encore trois petites semaines jusqu’à Pâques ; trois petites semaines pour nous préparer ! Le temps passe très vite et l’évangile de ce jour nous invite à nous recentrer sur le Christ. Hier, c’était le dimanche de Laetare, dimanche de la joie, et je vous invite à poursuivre dans cette tonalité avec l’évangile de ce jour.

Que se passe-t-il ? Jésus vient de vivre une rencontre profonde, un peu extraordinaire avec les samaritains du petit village de Sikar (c’est là qu’a eu lieu la rencontre avec la Samaritaine, près du puits de Jacob). Il a passé deux journées intenses avec eux.

Il les quitte et arrive, dans notre évangile, en terre de Galilée, à Cana (là, où avait eu lieu le signe de l’eau changée en vin). Là, Jésus ne se méprend pas sur l'accueil qu'on lui réserve ; est-ce le Fils de Dieu, le Messie qui est attendu ? Pas du tout : on fait fête surtout au guérisseur, rien de plus ! On ne s'interroge ni sur son message ni sur sa personne.

La première demande du haut fonctionnaire s'en tient effectivement à ce que les gens racontent de Jésus : un guérisseur : « Je t'en prie, descends guérir mon fils qui se meurt ! »

Dans un premier temps, Jésus semble écarter la demande, tout comme Il avait fait pour la syro-phénicienne, la femme aux petits chiens. Il semble ne voir en lui qu'un Galiléen parmi tous les autres, aussi peu ouvert que les autres à son message et Il dit : « Si vous ne voyez signes et prodiges, vous ne croirez donc jamais ! »

Mais l'homme insiste, avec de l'émotion dans la voix : « Seigneur, descends avant que mon petit ne meure ! »; et cette fois, c'est à un papa, à un père que Jésus répond : « Va, ton fils vit ! »

Le changement d’attitude de ce père est flagrant ; il n'insiste plus ! Il ne réclame plus une présence physique de Jésus auprès de l'enfant. Il n'a que la parole de Jésus : “Va, ton fils est vivant“, et il reprend la routeIl a commencé à croire sans avoir encore rien vu.

Le changement s’opère : c’est le second signe important noté dans l’évangile de Saint-Jean !

Plusieurs heures après, dans la grande descente vers son village de Capharnaüm, il trouve ses serviteurs qui lui apprennent ce qu'il sait déjà : « Ton fils vit ! »

Les serviteurs arrivent avec la certitude de l'expérience, 

et ils trouvent, chez cet homme, la certitude de la foi.

Eux ont vu, lui a cru sans avoir vu !

En dialogue avec le père, ils vont découvrir que la guérison, qu'ils croyaient fortuite, était en réalité l'effet, à distance, d'une parole recréatrice Jésus. C’est important, spirituellement parlant pour nous. Nous aimerions tous que Jésus soit tout près de nous, mais pourtant, Il est là et Il agit !

En dialogue avec ses serviteurs, l'homme va pouvoir mesurer la délicatesse de Jésus : le Messie, qui fait advenir son salut dans l'espace du monde, laisse des repères dans le temps des hommes, pour que celui qui a cru ne puisse plus douter. 

C’est cette démarche de foi du « CROIRE SANS VOIR » que nous sommes invités à vivre joyeusement tout au long de ce Carême !       Dans trois semainesnous fêterons la résurrection de Jésus, le dimanche de Pâques et pourtant, nous n’avons rien vu ; nous n’étions ni au pied de la Croix, ni au tombeau, et encore moins dans la chambre haute ! Cependant, la foi est de croire sans avoir vu

Frères et sœurs, demandons pour chacun de nous, un surcroit de foi. Pour accompagner notre carême, cessons de demander un “guérisseur“ mais demandons humblement la foi !                    

                                                                                                                                                Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 14 mars 2021, 4e dimanche du temps du Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 3, 14-21. 2e livre des Chroniques 36,14-16.19-23. Psaume 136.

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 2, 4-10.

 

Chers amis, en ce 4e dimanche de Carême, nous sommes donc arrivés en ce dimanche appelé dimanche de Laetare. Le temps passe très vite, déjà la Mi-Carême ! 

Au milieu de nos joies et de nos soucis, de nos épreuves, voilà que brille déjà la lumière de Pâques. Que signifie ce nom de : dimanche de Laetare ? Littéralement : Réjouis-toi, Jérusalem ! … car le Christ nous a sauvés. Réjouis-toi, Église, réjouis-toi chrétiens : « soyez pleins d’allégresse » nous dit l’antienne d’ouverture. Les ornements violets de la pénitence font aujourd'hui place à une couleur plus douce, plus radieuse : le rosé des premières lueurs pascales. C’est aussi le passage du violet au blanc, avec cet intermédiaire du rose. Frères et sœurs, nous sommes invités à un regain d’espérance.

Pourquoi ce Dimanche de la Joie et de la Bonne Nouvelle ? La réponse est simple et combien importante : parce que "Dieu est riche en miséricorde"... Nous venons de l’entendre dans la seconde lecture de saint Paul aux Éphésiens !

·    Parce que Dieu veut nous sauver ! Il veut notre salut !

·    Parce que Dieu veut que tous soient sauvés ! Est-ce que nous mesurons bien le projet de Dieu pour chacun de nous ?

Ô Seigneur, qu’il est grand ton Nom, Je chanterai tes louanges, je chanterai ton Nom.

C’est ce refrain qui a accompagné ma méditation hier soir, et qui m’aide à entretenir, toute la journée, une réelle joie intérieure. Puisqu’il est question de louanges et de joie dans le Seigneur, notre paroisse est ce lieu où expérimentons de beaux émerveillements ! C’est toujours l’Esprit Saint qui agit ! 

Je le dis humblement, mais réellement ! Nous vivons de beaux moments avec les différentes équipes de la Paroisse : que ce soit, dans l’accompagnement vers le mariage, le baptême … ou par exemple : les catéchumènes adultes qui, bientôt, vont recevoir le sacrement du baptême au matin de Pâques, ou encore tous les enfants et adolescents qui vont vivre leur profession de Foi ou la 1re Communion ! Quelle joie dans les cœurs ! Même les funérailles sont le lieu de belles rencontres et de soutien ! Oui, nous vivons de belles choses !

Est-ce pour autant que notre monde va bien ? Non ! Bien sûr ! Mais, ces beaux moments de fraternité, de partage, de prière… sont autant de petites et grandes joies !

Tout comme vous, je sais bien que ces derniers mois ont été difficiles et continuent de l’être. 

Tout comme vous, je rencontre des personnes qui souffrent : souffrances physiques, souffrances morales ! Problème de la vie que l’on subit, problème aussi parfois que l’on peut se créer soi-même !

Ce dimanche de Laetare est le rappel de notre espérance chrétienne ! Au-delà de toute contrariété, au-delà de toute déception, il nous faut expérimenter cette Bonne Nouvelle. 

Oui, "qu’il est grand ton Nom, toi Seigneur qui est riche en miséricorde"... 

Oui, Dieu connaît notre misère du cœur ! Dans nos ténèbres, Seigneur, Tu révèles ta Lumière !

 Ce dimanche nous redit cette certitude inébranlable de la miséricorde de Dieu qui, à la fois révèle, démasque mon péché et me rend supportable la révélation de toutes mes faiblesses.

La gratuité de son amour doit (ou du moins devrait) me faire prendre conscience, par contraste, de tous mes petits calculs d'épicier dans mes relations avec Dieu et avec les autres. Dieu n’entre pas dans ces calculs !

 « Si notre cœur vient à nous accuser, Dieu est plus grand que notre cœur ! » nous dit l’Apôtre saint Jean. Nous ne sommes jamais réduits à l’état de nos péchés, nous valons bien davantage !

Sans doute la plus grande désespérance que je peux éprouver dans cette vie, la plus grande peine que je peux ressentir, c’est le manque d’espérance sur moi-même, et parfois même, de me croire exclu de l’amour de Dieu !

Or, il me faut comprendre et me souvenir que notre pauvre humanité a du prix à ses yeux... nous avons du prix à ses yeux ! Oui, et j’ose le dire avec force pour chacun de nous : j’ai du prix aux yeux de Dieu !

Dieu ne se décourage pas ! Son plan de salut pour l’humanité est toujours présent, même s’il dépasse notre compréhension : la première lecture nous parle de la déportation à Babylone (durant 70 ans) puis de la libération par le roi Cyrus qui permet le retour avec la construction du nouveau Temple. Cet exemple nous redit l’importance de notre vie pour Dieu et parfois cette longueur du temps qui appartient à Dieu:

En ces temps qui sont les derniers : "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique..."

Frères et Sœurs, en ce beau dimanche de Laetare, gardons dans notre cœur ces deux certitudes : 

  • Dieu est riche en miséricorde. 
  • Dieu aime passionnément notre humanité : Il a tant aimé le monde qu'il a envoyé son Fils unique. Il est notre créateur ! Il ne nous abandonne pas.

Comprendre et reconnaître ces certitudes est déjà un grand pas ! 

Mais soyons fous ! Nous pourrions repartir de cette Eucharistie en faisant un pas de plus ! Je peux ce matin ou ce soir décider de faire un pas de plus et prendre une résolution !

Comment ? C’est tout simple : il nous reste trois petites semaines d'ici Pâques pour entendre le Christ nous dire : "Je te pardonne tous tes péchés : entre dans ma JOIE ! Ce qui alourdit ta vie, ce qui te met en colère ou dans la tristesse, "Je te pardonne tous tes péchés“

Trois semaines pour comprendre notre appel et, à nouveau, choisir la vie, choisir de regarder le Christ et recevoir la miséricorde de Dieu dans le sacrement du pardon : recevoir la paix ! Prendre le temps de vivre le sacrement du pardon afin de nous présenter, à Pâques, devant le Christ, rénovés, apaisés !

 

Les yeux levés vers TOI, Seigneur !

Donne-moi le désir de recevoir la MISÉRICORDE DE DIEU :

c’est-à-dire la paix du pardon reçu et donné !

Ô Seigneur, qu’il est grand ton Nom, Je chanterai tes louanges, je chanterai ton Nom. 

                                                                                                                                Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 10 mars 2021, 3e semaine de Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 5, 17-19. Livre du Deutéronome 4, 1.5-9. Psaume 147. 

 

Ce sont des textes très intéressants que nous entendons ce matin ; sans doute faudrait-il plusieurs heures (!!!) pour  bien les comprendre. C’est pourquoi je vous invite à poursuivre leur méditation tout au long de ce jour.

Cependant, je souhaite m’arrêter avec vous, quelques instants, sur cette petite phrase de l’évangile :

         « Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi et les prophètes ! »

         « Ne pensez pas… » Si Jésus affirme cela, c’est bien parce que certains le pensent. C’est donc une précaution et une invitation que Jésus nous lance.

Vous allez me dire : « Très bien, mais qu’est-ce qu’il ne faut pas penser ? »

         - Ne pensez pas que l’Ancien Testament soit périmé. 

         - Ne pensez pas que la Loi, les commandements, les préceptes de l’Ancien ou du Premier Testament soient quelque chose du passé et qu’ils soient obsolètes.

         - Ne pensez pas non plus que Jésus soit venu mettre en place une religion « molle », une religion peu exigeante, une religion sans commandements !

Regardons et écoutons autour de nous ! Il m’arrive d’entendre dire : « Il n’y a plus de loi, il suffit d’aimer ». (C’est un peu les slogans de mai 68 que nous entendons encore aujourd’hui). « Il n’y a plus de commandement, il faut seulement se laisser guider par l’Esprit », ou encore : « Fais ce que tu veux. Laisse-toi aller à ce que ton cœur te dit ! »

Attention ! Que disons-nous, nous-mêmes ? Nous savons bien que nous avons à transmettre ces enseignements aux jeunes générations. C’est d’ailleurs ce que nous entendons dans le livre de l’Exode : « Tu transmettras cet enseignement à ton fils et aux fils de tes fils. »

Comment transmettons-nous ces commandements et ces enseignements ?

Mais déjà, les vivons-nous nous-mêmes ?

L’Évangile de Jésus n’est pas qu’une invitation à « un laisser-faire enfantin » ou à une religion « allégée «  ni  même à « une religion bisounours »… Ne vivons pas une religion amoindrie !

Je vous cite en exemple une question que l’on me pose assez souvent : « Père, pourquoi parlez-vous de Satan, du Diable ? Il n’existe plus ! » Nous le constatons bien durant le temps du Carême : il y a un vrai combat contre les forces du Mal !

Il y a donc un enjeu, nous redit la 1re lecture du Deutéronome. C’est l’écoute, la transmission et l’enseignement !« Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Enseigne-le à tes fils, et aux fils de tes fils ». 

Mais quels sont ces décrets et ordonnances ? Nous les retrouvons dans les premiers Livres de la Bible ! Par exemple, dans le livre de l’Exode, les commandements (Ex 20, 1-17) cités dans la lecture de dimanche dernier. Ils sont comme des garde-fous : 

- Pendant six jours, tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, le jour pour Dieu.

- Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.

- Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient. »

Ces commandements sont importants, il nous faut les entendre, les comprendre et les observer. C’est ce que Jésus est en train de nous redire.

Le Nouveau Testament n’est donc pas l’abrogation de l’Ancien Testament !

Le Premier annonce donc le Nouveau ! Le Nouveau accomplit le Premier Testament !

Tout était déjà dans le Premier Testament, mais il fallait la naissance du Christ. Il fallait l’Incarnation, la Mort et la Résurrection… pour que tout s’éclaire pour nous. Il fallait l’eucharistie que nous allons vivre dans quelques instants, pour que nous puissions aller au plein accomplissement de l’Ancien Testament.

Frères et sœurs, demandons ce matin, la grâce de redécouvrir ces commandements, de mieux les comprendre et de les observer, sans oublier que l’accomplissement parfait de la Loi en Jésus : c’est l’Amour !                        

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

Homélie du lundi 8 mars 2021, 3ème semaine du Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 4, 24-30. 2e livre des Rois 5, 1-15a. Psaume 41-42. 

 

Nous connaissons bien le passage d’évangile que nous venons d’entendre. Jésus est dans la synagogue de Nazareth, tous avaient le regard fixé sur Lui. Jésus s’est levé, Il a ouvert le Rouleau du Livre du Prophète Isaïe, puis Il a prononcé cette phrase surprenante : 

« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » Lc 4,21

Toute l’assemblée le regarde, les yeux fixés sur Lui. Elle semble attendre quelque chose… et voilà que la liberté inouïe du Messie rencontre l’incrédulité et le scepticisme des Nazaréens (et plus largement des hommes et des femmes) engoncés dans leurs convictions - une certaine étroitesse qui peut être, parfois aussi, la nôtre- « N’est-ce pas le fils de Joseph ? » Lc 4,22. Encore une fois, on ramène la divinité de Jésus à un simple aspect humain !

En méditant cet évangile, j’ai été conduit à une petite réflexion ce matin :

 Je peux penser la Foi et les actions de Dieu dans ma vie, comme dans le monde, comme quelque chose de grandiose ou de spectaculaire ! Mais en fait, qu’attendons-nous de ce Carême ? Rien peut-être … ou beaucoup, trop ! J’attends du Seigneur, peut-être “du grand et du lourd“, du prodigieux ou du magique ! Or Dieu n’est jamais dans le spectacle ! 

Un exemple : si nous méditons l’épisode que nous avons entendu en première lecture : Naaman le Syrien, malade de la lèpre, se résigne à se déplacer et, après quelques péripéties, il : «va voir Élisée pour être guéri ». Le texte nous montre déjà une certaine démesure puisque ce général de l’armée du roi emporte avec lui dix lingots d’argent, six mille pièces d’or et dix vêtements de fête (pourquoi se prépare-t-il à faire la fête ?)

Mais à l’invitation : « Va te baigner sept fois dans le Jourdain », la colère le gagne devant la simplicité de ce geste : « Il s’énerve, il s’indigne et s’apprête à partir ». Pourquoi ? Parce que cet homme s’attendait à une sorte de spectacle, d’incantation magique, bref à une sorte de mise en scène. Mais le style de Dieu est tout autre : avec simplicité, Il guérit d’une autre façon, bien souvent sans bruit ! 

L’Esprit Saint agit avec simplicité et dans l’intimité des cœurs !

La même chose arrive avec Jésus, quand il revient à Nazareth et va à la Synagogue. Il lit la Parole de Dieu, fait une homélie inspirée et là, les gens le regardaient, ils étaient surpris, ils étaient satisfaits, mais certes, encore étonnés. Ils attendaient pour croire en Lui, qu’Il fasse encore quelque chose de merveilleux. Mais, cela ne marche pas comme ils le pensaient ; alors, ont commencé les bavardages, les critiques, la colère. L’attitude des gens s’est transformée, et ils ont voulu le tuer. De l’admiration, de l’étonnement, ils passent à la volonté de le tuer. Ceux-ci aussi voulaient du spectacle et du miraculeux. Littéralement : Qu’il fasse des miracles et nous croirons ! Or, la foi n’est pas un spectacle et rarement spectaculaire !

C’est la Parole de Dieu et l’Esprit Saint qui agissent dans l’intimité de nos cœurs !

Pour chacun de nous, frères et sœurs, ce Carême 2021 pourrait être l’occasion de mieux accueillir Jésus, cela sans artifice, sans mise en scène ou sans même vouloir « l’épater » par des décisions trop difficiles à tenir ! C’est par des choses simples que nous avancerons humblement dans la foi. Sachons l’accueillir déjà, par la prière, par la lecture, par le jeûne, dans la discrétion d’une simple aumône !

J’ai en mémoire cette citation de Saint François de Sales : « le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit. »

Demandons pour chacun de nous, encore ce matin, la grâce d’une conversion simple et humble !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 7 mars 2021, 3e  dimanche de Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Vincent de Paul, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 2, 13-25. Livre de l’Exode 20, 1-17. Psaume 18b. 

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 1, 22-25.

 

Surprenant ! Jésus est en colère ! Voilà une attitude inhabituelle qui peut nous troubler. Pourquoi ? La colère ne semble pas cadrer avec le personnage - doux et humble de cœur - et pourtant… Les moments où les Évangiles montrent Jésus en colère sont peu nombreux, mais ils existent bel et bien. Et sa colère (on pourrait l’appeler : une sainte colère) dans le Temple est l’épisode qui marque, sans doute le plus, nos mémoires. Si l’on vous demande à quel moment Jésus est en colère, c’est sûrement cette scène qui vous reviendra à l’esprit.

Il faut dire que cette histoire est haute en couleur : Jésus arrive dans le Temple à quelques jours de la Pâque (une grande fête), Il observe ce qui se passe puis se fabrique un fouet ; d’un seul coup, à grands coups de fouet, Il chasse du Temple les marchands, les bœufs, les brebis et les colombes ; tous fuient devant lui ; Il disperse l’argent des changeurs et renverse leurs tables. Quelle aventure ! Imaginez les regards stupéfaits, interrogatifs et sans doute, vindicatifs !

Avant d’aller plus loin, il faut bien comprendre ce qui se passe, et pour cela quelques précisions sont indispensables.

Si vous avez eu la chance d’aller en pèlerinage à Jérusalem, souvenez-vous de cette grande maquette qui représente la ville de Jérusalem et le Temple à l’époque de Jésus ! Le Temple de Jérusalem comprenait une cour immense avec de belles colonnades : le parvis des Gentils, appelé aussi parvis des Païens, et le Temple proprement dit, c’est-à-dire l’édifice du Temple, avec le lieu saint et à l’intérieur, le lieu très saint. Dans le premier lieu saint, seuls les juifs pouvaient pénétrer. Quant au lieu très saint - (le Saint des saints) - personne n’y entrait, sauf le Grand prêtre, une fois par an. Souvenez-vous de l’épisode de Zacharie (père de Jean le Baptiste), en saint Luc (Lc 1,9) ; il avait été désigné, cette année précis pour être le Grand prêtre et c’est dans ce lieu-là qu’il reçoit l’apparition de l’ange. 

Les marchands dont il est question ici, étaient installés non pas dans l’édifice du Temple, mais sur le parvis des Gentils. Ils étaient là pour assurer le commerce des animaux destinés aux sacrifices : les bœufs, les brebis et les colombes (l’offrande des pauvres). Je vous laisse imaginer l’odeur, à la fois des animaux vivants et celle de ceux qui étaient brulés.

Comme les gens venaient souvent de très loin pour les fêtes religieuses, trois fois par an, cette pratique rendait les sacrifices plus commodes. En réalité, cela facilitait la vie des pèlerins, car ils pouvaient trouver sur place les animaux qu’ils désiraient offrir en sacrifice. 

Mais, cela posait un problème, parce que ces animaux devaient être payés. Or, la monnaie romaine qui était en circulation alors, portait l’effigie de César. Et, comme on le sait, César avait le statut d’un dieu. Pour les juifs, la monnaie romaine était donc une monnaie idolâtre, elle ne pouvait en aucun cas pénétrer dans le Temple. C’est pourquoi avec les marchands, il y avait aussi des changeurs. Ces changeurs prenaient aussi une petite commission sur toutes les transactions.  Bref, un véritable lieu de négoce et de trafic !                          

Jésus est là, Il observe et entend ce brouhaha, ces marchandages, et l’odeur, la fumée… La colère de Jésus monte. D’ailleurs, Il n’est pas le seul à avoir été en colère ; sa colère se rattache aussi à celle des prophètes. Bien avant Lui, les prophètes n'y allaient pas, non plus, de main morte pour dénoncer ce lieu commercial et ces pratiques. On voit en Jésus, le vrai désir de rétablir la dignité de ce lieu saint « L’amour de ta maison fera mon tourment ! »

Je vous donne deux exemples :

- Isaïe disait de la part de Dieu (Is 1,11) : « Je suis rassasié de vos holocaustes de béliers et de la graisse des veaux. N'apportez plus vos offrandes inutiles. C'est pour moi une fumée insupportable. Recherchez plutôt le droit et la justice. » 

- Amos renchérit (Am 5,22) : « Le sacrifice de vos bêtes grasses, je ne le regarde plus. Écartez de moi le bruit de vos cantiques. Que je n'entende plus la musique de vos harpes. »

Pour nous, aujourd’hui, que pouvons-nous comprendre ? Le Temple n’existe plus, alors, en quoi cette histoire nous concerne-t-elle ? Je vous propose trois points de réflexion :

- Déjà, le geste énergique de Jésus met un terme au rituel des sacrifices. En chassant du Temple tout le monde, Jésus montre bien qu'il entend mettre fin à cette religion sacrificielle. Ce ne sont plus des animaux qu’il faut apporter, mais nous-mêmes, notre cœur dans un profond désir de conversion ! Il n’est pas besoin de négociation, d’achat ou de marchandage, mais seulement de nous offrir, nous-mêmes !

Jésus n’est pas venu abolir la loi, mais l’accomplir parfaitement dans son obéissance totale au Père. Il propose ainsi un chemin qui libère ses frères et sœurs des lourdeurs et des limites des temples faits de main d’homme.

- Jésus annonce la disparition du Temple de Jérusalem. De fait, c’est vrai, en 70, il disparaitra.  Mais quand Jésus dit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai », à l'écoute de cette parole, la méprise des assistants est totale. « Mais lui parlait du sanctuaire de son Corps. » Le vrai Temple, c’est son Corps ressuscité. Les premiers chrétiens après la résurrection ont compris le sens profond des paroles de Jésus. « Ils se rappelèrent et ils crurent ». 

L’enseignement de ce dimanche est non seulement fondamental pour notre foi, mais il est des plus importants pour notre préparation à Pâques. Je vous le demande : n’apportez rien d’extérieur à vous-mêmes, quand vous venez devant l’Autel ! Aucun animal, mais seulement vous-mêmes, votre cœur, devant Jésus. En ce temps de Carême, nous sommes invités à approfondir le mystère de Jésus qui donne sa vie pour nous. C’est Lui-même qui s’offre en sacrifice : « Un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. » 

Les textes choisis par l’Église, pour ce 3e dimanche de Carême, veulent nous guider vers les réalités essentielles de notre foi en Jésus qui n’est pas seulement un grand personnage, mais qui est le Fils de Dieu vrai homme, Jésus de Nazareth, le fils de Marie, le Sauveur de l'humanité. 

Demandons, frères et sœurs, de pouvoir vivre un saint Carême sans artifice, en implorant simplement pour chacun de nous, la conversion de notre cœur et l’offrande de nos vies à Celui qui est la Vie !

                                                                                                                             Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 3 mars 2021, 2ème  semaine de Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 20, 17-28. Livre du prophète Jérémie 18, 18-20. Psaume 30.

 

Plusieurs fois, j’ai entendu des paroissiens, regretter, un peu dans la nostalgie ou dans la lamentation, le temps et l’époque de Jésus. Combien de fois ai-je entendu : « J’aurais tant aimé vivre à son époque, passer des heures à l’écouter et être assis à côté de Lui ! »  

Souvent, j’ai eu envie de leur répondre : « effectivement, écouter Jésus, avec une limonade bien fraiche », ce pourrait être merveilleux et confortable ; mais peut-être est-ce là, une sorte de rêve et une idéalisation de ma présence auprès de Jésus !

Peut-être pensons-nous parfoisqu’autour de Jésus, il y a une place à prendre. « Siéger à sa droite ou à sa gauche »… « Siéger et être assis » ? Mais, avons-nous bien compris son message et son invitation ?

Ce que nous dit Jésus et qu’Il nous rappelle sans cesse, c’est : « Je suis le chemin ! » ; ou encore : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il me suive… »

Nous sommes donc « en marche à sa suite » en mouvement et jamais installés ! Nous sommes invités à aller de l’avant !

Dans l’Évangile de saint Matthieu, nous sommes situés à la fin du ministère galiléen de Jésus, aux portes de son entrée à Jérusalem : la tension est extrême entre Jésus et les autorités religieuses de son temps. 

Il n’est pas question de s’asseoir ou de “boire une limonade“ ! C’est l’heure du combat du « pouvoir », l’heure du « combat du Roi Messie » qui va vers son dénouement : il est temps de se ranger en ordre de bataille et de s’armer pour la victoire !

Les deux frères (Jacques et Jeanveulent être associés étroitement à l’action de Jésus et ils le disent. Leur demande, quoiqu’audacieuse, semble légitime… car ils ont très bien compris et entendu ce qui va arriver au Messie ! La demande de la maman est assez extraordinaire aussi !

  Jésus n’a pas contesté leur audace, qui était une belle preuve de leur amour. De fait, ils boiront la coupe de Jésus, la coupe du martyr. Jacques sera le premier à donner sa vie, puisque le roi Agrippa I le fera martyriser dès l'année 44.

Frères et sœurs, en ce temps de carême, que demandons-nous dans notre prière à la suite du Christ ? 

« Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » nous redit Jésus ! Quelle est notre réponse ?

La foi chrétienne n’est pas un statu quo ou un chemin de domination du monde, mais elle nous convie à aller dans le monde, à la suite du Christ serviteur.

Demandons au Seigneur qu’il fasse grandir en nous la force de vraiment participer à la mission de notre maitre, à sa mission. 

Ainsi se dessine, pour nous, dans les lectures de ce matin, la figure du disciple du Christ ! Puissions-nous méditer sur le chemin qui nous est proposé et apporter notre réponse !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 1er mars 2021, 2e semaine du Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 36-38. Livre du prophète Daniel 9, 4-10. Psaume 78. 

 

Les deux premières semaines du temps du Carême, sont, pourrait-on dire, “une entrée en matière“. Rappelez-vous ! Lors du premier dimanche, l’évangile évoquait les tentations de Jésus au désert, et hier, nous avons écouté l’évangile de la Transfiguration. Ces deux dimanches nous ont invités à entrer progressivement (entre tentations et illumination) au cœur de ce Carême.

Les paroles de miséricorde et de pardon que nous venons d’entendre dans l’évangile de saint Luc, peuvent donner le vertige à qui les écoutent. Tout simplement, parce qu’elles dépassent ce que nous pouvons imaginer de vivre ; elles sont exigeantes ! 

Jésus exprime ici bien plus qu’une règle de bienséance, bien plus qu’un simple savoir-vivre dans le respect de tout le monde (pardonnez et vous serez pardonnés), bien plus que de vivre dans la non-violence, bien plus que de porter un regard de bonté sur les autres.

Jésus, en réponse à une spirale de la haine, nous invite à déverser sur un monde en manque d’espérance, en manque d’amour… une surabondance de miséricorde, que ce soit « sur les bons comme sur les méchants » (Mt 5, 45).

  • Au lieu d’être animé par la haine, il s’agit de faire du bien ; 
  • Au lieu de répandre la malédiction, car il ne faut jamais maudire, il nous faut bénir : « car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. » nous dit Jésus.

Et pour nous en démontrer cette faisabilité, Jésus l’a vécue totalement ! Il a supporté tous les coups sans condamner, et ses dernières paroles ont été : « Père pardonne-leur. »

Il est vrai que nous pouvons dire que : « Je ne suis pas Jésus ! Lui était Dieu. Je n’ai pas cette force en moi et si je regarde ma vie, je peux faire le constat que je chute régulièrement ! »

C’est vrai ! Nous pouvons tous faire ce constat : nous ne sommes pas parfaits ! Nous pouvons trouver ce chemin bien étroit et la montée trop rude ! Mais Jésus nous redit : « Oui, cela est possible avec la grâce que je veux te donner ! »

Pour avancer sur le chemin du Carême, il nous faut être pétris par la contemplation de Celui qui a lancé au monde de tels propos parce qu’Il était lui-même, en vérité et en acte, la miséricorde incarnée. Si nous avons trop de mal à croire que cette façon de vivre soit possible, peut-être nous faut-il faire encore et encore, l’expérience de la miséricorde profonde de Dieu.

Tant que nous n’aurons pas été bouleversés jusqu’aux entrailles par sa miséricorde, nous aurons du mal à être miséricordieux comme le Père. 

C’est parce que j’ai été “miséricordié“, que je peux être, à mon tour, miséricordieux.

La foi nous l’apprend. Il ne suffit pas d’être plein de tendresse, de gentillesse, de bonté, d’amabilité. Les païens n’en font-ils pas autant ? Notre « être chrétien » profond nous pousse au-delà d’une simple amabilité ! Nous sommes invités à témoigner en actes et en paroles de Celui qui nous habite profondément.

C'est Dieu qui voit, dans le secret, le don que nous faisons de nous-mêmes même si personne sur terre ne le remarque. 

Lui seul sait la mesure avec laquelle nous nous donnons ou nous nous laissons prendre. Ce qui est sûr, et c’est Lui qui le dit, c’est que : « la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. »  Lui-même prendra la même mesure pour nous combler, et Il mettra sa joie à la faire déborder.

Frères et sœurs, au début de cette 2e semaine du Carême, prenons au sérieux le chemin que Jésus nous propose. Fixons nos yeux sur le terme (la Pâque, la résurrection), et prenons ensemble et avec courage, la ferme détermination de suivre le Christ !

Demandons cela pour nous-mêmes ce matin, pour nos communautés, notre paroisse et pour le monde !                                                                                                      

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 28 février 2021, 2e  dimanche de Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 9, 2-10. Livre de la Genèse 22, 1-2. 9-13. 15-18. Psaume 115. 

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 31b-34.

 

Chers frères et sœurs, le temps file étonnamment vite et nous sommes déjà au 2e dimanche du temps du Carême. Chaque année, les deux premiers dimanches du Carême ont un but pédagogique précis : nous faire prendre de la hauteur et nous redonner le sens de ces quarante jours ! Pourquoi ? Il est nécessaire tout au long de ces jours de nous préparer à vivre pleinement la Semaine Sainte : la Mort et Résurrection de Jésus et nous aider et préparer à vivre avec foi, la fête de Pâques, cette vie nouvelle qu’Il veut nous donner ! 

Le 1er dimanche nous a d’abord conduits avec le Christ au désert, poussé par l’Esprit, puis le 2e dimanche (c’est-à-dire aujourd’hui) nous entraine sur la montagne de la Transfiguration.

Les tentations au désert du premier dimanche sont comme un prélude à la victoire du Sauveur sur le Mal, sur Satan. Les lectures de dimanche dernier nous apprennent, à l’imitation de Jésus, cette capacité comme Lui, à dire un “non“ catégorique à Satan et à toute compromission avec le péché.

La Transfiguration sur la montagne de ce dimanche réaffirme quant à elle, cette annonce de la victoire lumineuse du Christ sur le crépuscule de la mort. Les Apôtres (peut-être comme nous) ont eu du mal à tout comprendre, à tout saisir ! Que signifie : « Ressuscité d’entre les morts ? » 

Je vous propose, en prenant un peu de hauteur, de relire ensemble les lectures de ce dimanche.

Nous avons donc deux montagnes à gravir : celle de la Moriah (la tradition y voit l'actuel Rocher de la fondation situé sur le mont du Temple, au-dessus du mur des Lamentations à Jérusalem, qui se trouve actuellement sous le dôme du Rocher) et celle du mont Thabor ( à quelques kilomètres du lac de Galilée). 

Sur ces montagnes, nous voyons deux pères, deux fils, deux paroles venues d’en haut, deux paroles à écoutervraiment attentivement, deux révélations du dessein de Dieu, aujourd’hui, pour nous.

Si sur la montagne de la Moriah, c’est un père, Abraham, certes obéissant, mais dans la tristesse terrible de donner son fils unique en holocauste, sur le mont Thabor, nous n’avons pas un père qui monte avec son fils, mais un Fils qui monte vers son Père, librement ; un Fils, Jésus, qui n’a jamais eu le moindre soupçon sur l’amour de son Père. 

Ce lumineux récit de la Transfiguration prend une coloration particulière quand on l’écoute à la lueur de la première lecture du récit du sacrifice d’Isaac.

Prenons le temps de relire les textes de ce jour et observons comment ils sont magnifiquement agencés et comment ils s’éclairent l’un, l’autre !

Car, comme tout l’Ancien Testament, c’est à la lumière de Jésus-Christ que tout prend sens, et particulièrement aujourd’hui en reliant le sacrifice d’Isaac à la Transfiguration de Jésus.

Il nous faut comprendre que l’Ancien Testament annonce le Nouveau et le Nouveau Testament éclaire l’Ancien !

Que nous enseignent alors ces deux événements ainsi reliés ? D’abord, ils nous invitent à accueillir le Christ comme le nouvel Isaac, mais Il fait bien davantage, puisque c’est le Christ lui-même qui s’offre en sacrifice d’expiation. C’est à la lumière de cette Transfiguration que la mort du Christ doit se comprendre ! Arrêtons-nous quelques instants sur le sens de ces mots.

Pourquoi parler de «sacrifice expiatoire» au sujet de la mort du Christ ? Il est vrai que cette expression sonne difficilement à nos oreilles modernes. 

Que signifie le geste que fait Jésus le Vendredi saint au moment où Il va s’offrir et mourir en croix ? C’est bien ce mystère dans lequel nous serons plongés au terme du temps du Carême : le Christ a donné sa vie afin de nous racheter du mal et de nous affranchir de la mort. Mystère de mort et de vie !

Jésus qui était sans aucune complicité avec le péché, a vaincu le mal par la pureté totale de son être, par le don de son amour ou encore, par son offrande parfaite. 

Il a ainsi expié le poids considérable du péché qui avait fermé l’humanité à la vie véritable et Il nous a ouvert les portes de la Vie éternelle ; Aucun être sur terre n’aurait jamais pu mériter par lui-même cette Vie éternelle.

Non seulement nous ne pourrons pas y arriver tout seuls, mais, vraisemblablement, nos péchés seront autant d’obstacles supplémentaires !

Dans le sacrifice d’Isaac, le fils ne semble pas vraiment comprendre ce qui lui arrive, tandis que Jésus-Christ fait consciemment cette offrande : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. » (Jn 10,18), dit-il sans ambiguïté. Seul le Fils de Dieu pouvait réaliser cette offrande parfaite ; lui qui resplendit de lumière lors de la Transfiguration, lui qui éclaire toutes les obscurités de l’humanité pour lui redonner vie.

Voilà donc, de manière résumée, le grand mystère de foi que le Carême nous appelle à contempler encore et encore pour en vivre davantage. 

Cet épisode de la Transfiguration nous est donné comme un point d’étape pour nous dire : « N’ayez pas peur ! Vous le savez : j’ai vaincu le Mal ! J’ai vaincu la mort ! »  Avancez en confiance, dans ce chemin de vie en regardant le Christ et en choisissant de l’imiter.

Comme je vous le précisais en préambule : il nous faut prendre un peu de hauteur pour mieux comprendre le sens des quarante jours du Carême !

J’ai bien conscience de notre besoin de temps pour mieux entrer dans ce mystère de foi. Si je résume, retenons que :

  • Notre regard doit se fixer d’abord sur Jésus, sur sa manière de combattre contre Satan. Nous savons bien que pour nous, certaines tentations peuvent encore nous bloquer. C’est pourquoi le sacrement du pardon nous est tout particulièrement proposé pour nous permettre d’avancer, faire la paix en nous-mêmes et vaincre Satan.
  • Aujourd’hui encore, dans la confiance, nous sommes conduits à contempler le Christ rayonnant de sa lumière divine pour que nous continuions à fonder notre marche vers Pâques, sur Lui et sur Lui seul. 

La Transfiguration est une lumière puissante qui guide notre chemin. Cette voix venant du Ciel nous y appelle : « Écoutez-le ! » Prenons le temps d’écouter Jésus !

C’est une certitude que j’ai personnellement et qui s’adresse à chacun de nous ; cette Parole est toujours pour nous ! Écoutons notre Seigneur plus attentivement encore, en ce temps de Carême !

Bonne route vers Pâques à tous

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du mercredi 24 février 2021, 1ere semaine de Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 29-32. Livre du prophète Jonas 3, 1-10. Psaume 50. 

 

Comme je vous le rappelais en introduction, il y a une semaine, nous étions réunis pour commencer le Carême avec le mercredi des Cendres : une journée de jeûne et en recevant les Cendres. Tout au long de cette première semaine du Carême, l’Église nous invite, d’une façon plus intime, à découvrir qui est le Christ pour moi, et le sens de ces 40 jours ; un temps de grâce !

Que signifie le Carême pour chacun de nous ?

  • Renoncer aux faux dieux et choisir le Dieu unique,
  • Comprendre que c’est une route vers Pâques et que la Résurrection en est le terme,
  • Vivre le Carême avec Jésus (Chemin de Croix les vendredis)
  • Mieux découvrir la puissance de Jésus sur le Tentateur. C’est l’évangile que nous avons entendu dimanche dernier rappelant les tentations de Jésus au désert ! 

Combien ce Tentateur est puissant et peut nous faire dévier ! N’oublions pas que Jésus est toujours vainqueur et toujours plus fort que Satan !

Jésus vient de chasser un démon ; la foule devrait être reconnaissante et pourtant, cette elle réclame "un signe venant du ciel", un prodige, un peu magique, qui les contraindrait à croire en Jésus. Un signe de la part de Jésus pour prouver qu’il vient bien de la part de Dieu ! Ce geste qu’il vient de réaliser ne leur suffit pas ; il faut encore et encore des signes, pour transformer notre cœur endurci !

 Mais à ceux-là, comme à nous, il ne sera donné d'autres signes que celui de Jonas, nous dit Jésus. Cette réponse peut nous surprendre, et même peut-être nous contrarier. Que veut dire notre Seigneur ?

Jésus veut mettre ici en exergue un double paradoxe en faisant appel à des personnages historiques bien connus de la Bible : Jonas et la Reine de Saba. 

Pour les contemporains de Jésus, l’histoire de Jonas est une des mieux connues de la Bible. Jonas a été écouté par tout un peuple d'étrangers et tous ont choisi de se convertir, alors que Jésus, Lui, se voit contesté dans son propre peuple. 

Et pourtant, Jésus est « bien plus que Jonas » !

Il est la Sagesse même de Dieu, venue converser parmi les hommes.

Jésus rappelle alors l'exemple de la reine de Saba. Elle avait parcouru une longue distance depuis son Royaume d'Arabie pour entendre la sagesse de Salomon. (1er livre des Rois 10, 1-13)

Elle venait de loin pour écouter, tout comme Jonas venait de loin pour annoncer l’urgence d’une conversion ! Si elle, l'étrangère, s'est mise en route pour entendre la sagesse d'un roi, pourquoi allons-nous refuser Celui qui vient jusqu’à nous ?

Et pourtant, Jésus est « bien plus que Salomon » !

À "notre génération" aussi, il ne sera pas donné d'autres signes que celui de Jonas ! Or il y a :

Plus que Jonas ! Plus que la Reine de Saba ! Plus que Salomon !

Quel est le signe ultime ? Pour nous Chrétiens, le grand signe, c'est le signe du Fils de l’Homme, le signe de Jésus en Croix et sa Résurrection ! C’est ce que nous pouvons découvrir lors des chemins de Croix, les vendredis de Carême.

Peut-être pouvons-nous (et c’est une invitation pour aujourd’hui) relire tout simplement :

  • le livre de Jonas ; il est très court et comporte quatre chapitres 
  • et l’histoire de la Reine de Saba (1 Rois 10,1-29.) 

Ces lectures nous aideront à mieux comprendre ce que Dieu veut nous dire à travers sa Parole et comment vivre ce Carême d’une façon simple et profonde !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 22 février 2021, fête de la Chaire de saint Pierre, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 16, 13-19. Livre de la Genèse 9, 8-15. Psaume 22. 

Première lettre de saint Pierre Apôtre 5, 1- 4. 

 

« Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? »

Depuis deux mille ans, cette même question est posée. Elle traverse allégrement, les vingt derniers siècles : « Qui est Jésus ? Que dites-vous de Lui ?» 

Encore aujourd’hui, même si personne ne conteste la véracité de la présence de Jésus dans notre histoire, cette question demeure une réelle interrogation : « Qui est vraiment Jésus ? »  

Depuis cet épisode dans la ville de Césarée-de-Philippe, bien des réponses ont été données, nombreuses, diverses... mais ces réponses, même les meilleures, restent toujours incomplètes. 

Pourquoi ? Parce que le mystère de Jésus nous dépasse tellement ! Il est  vrai homme, et Il est vrai Dieu. Il est le Fils de Dieu venu nous sauver. Il est pour nous le Salut, Parole de la Vie éternelle. Toutes ces réponses sont justes, mais toutes sont encore incomplètes ; le mystère demeure : Jésus est tellement plus que toutes ces réponses !

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, pour toi, qui suis-je ? »

Voilà la question essentielle. Jésus continue de nous l'adresser. Il convient de la laisser résonner longuement dans notre cœur et dans notre intelligence et oser une réponse, peut-être balbutiante, mais dans un réel acte de foi : « Seigneur, Tu es tout pour moi ! »

Nous sommes en temps de Carême : une grâce et une chance ! Je vous le redis à chaque eucharistie, avec cette question en corollaire : quelle est la place de Jésus dans ma vie ? Est-ce que je le laisse dans un coin, à l'écart, pour me souvenir de Lui seulement quand j'ai besoin de son secours, quand une “tuile“ me tombe sur la tête ? Ou bien, au contraire, est-il l'ami auquel j'aime parler, me confier, mon Maître qui éclaire mon chemin par sa Parole, par sa présence ?

À la question de Jésus : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, pour toi, qui suis-je ? », la réponse de saint Pierre est belle, juste, directe, précise : 

« Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » 

À ces mots, Jésus exulte en action de grâces, de prière de louange : 

« Heureux es-tu Simon, fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » 

Notons cette précision qui pourrait nous échapper ! Nous sommes à Césarée-de Philippe. Cette ville est parsemée (de nombreux temples et de lieux sacrés, une immense statue de César Philippe s’élève au cœur de cette cité, une multitude de dieux et de faux dieux sont présents, de nombreux devins pratiquent la divination et les augures lus à travers les entrailles d’animaux éviscérés… Quand Jésus dit à Pierre : « ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela », il fait justement référence à toutes ces pratiques pour signifier que la réponse de Pierre n’est pas une divination qu’il aurait pu vivre à travers les entrailles des animaux, mais que c’est le Père qui est aux cieux qui lui révèle qui est réellement Jésus ! 

Aussitôt, Jésus change le nom de son apôtre (telle une nouvelle naissance) : Simon devient Pierre, le roc sur lequel sera bâtie l'Église du Christ.

Pierre ! Un symbole qui évoque la solidité, la stabilité, la consistance : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. » 

Désormais, malgré ses faiblesses, Pierre devra être prêt pour devenir le chef de l'Église : comme le Christ, il peut, lui aussi, poser sur ses frères un regard de miséricorde, parce que lui-même a bénéficié de la miséricorde de Jésus. Rappelez-vous son triple reniement et la triple question de Jésus : « M’aimes-tu ? », près du lac, après sa résurrection.

Cela nous permet de comprendre correctement le symbole des clefs et le pouvoir des clefs que le Christ a remises à Pierre. Gardons-nous de penser l'Église en rapport de pouvoirs, de suprématie, de domination ! Il s'agit d'abord de servir ; la mission de l’Église est de veiller au Bien de tous : biens spirituels, et biens fraternels. 

La mission de l’Église est toujours la même : annoncer la foi en Jésus-Christ ! C’est cette même foi que nous professons dans le Credo. C'est cette même foi que nous exprimons à la fin de la prière eucharistique : « Par lui, avec lui et en lui » !

En cette fête, frères et sœurs, que le Seigneur renouvelle en nous la Foi et l’amour de son Église. Nous savons que l’Église, composée d’hommes et femmes, n’est pas parfaite ; un seul est parfait : c’est le Christ ! Puissions-nous L’aimer et faire ce qui nous est demandé : témoigner de Lui au cœur de ce monde !               

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 21 février 2021, 1er dimanche de Carême, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 1, 12-15. Livre de la Genèse 9, 8-15. Psaume 24. 

Première lettre de saint Pierre Apôtre 3, 18-22. 

 

Chers amis, vous le savez : depuis mercredi dernier, mercredi des Cendres, l’Église est entrée en carême, et toutes les églises de la Paroisse, ce jour-là, ont accueilli de belles et nombreuses assemblées, désireuses de se préparer à vivre ce Carême. 

De fait, à cette occasion, j’ai entendu beaucoup de questions de personnes qui m’ont interpellé pour me demander ce qu’est réellement le Carême ? Pour certains d’entre eux, la notion de Carême restait un peu abstraite, dans un doux mélange avec d’autres religions, un tantinet rigoriste et contraignant… bref : compliqué…

 Il m’a donc paru intéressant, ce matin, premier dimanche de Carême, de redonner quelques pistes pour, à nouveau, réexpliquer et essayer de mieux comprendre le sens de ce temps du Carême. ; et comme cela, si l’on vous interroge, à votre tour, vous aurez quelques précisions pour répondre et donner quelques explications. 

Depuis mercredi dernier, nous sommes donc entrés en Carême. À la lumière des lectures que nous venons d’entendre, voici trois indications qui vont éclairer ce que nous vivons :

1 - Déjà, depuis le mercredi des Cendres, nous sommes en chemin et le but est très concret puisque nous sommes en chemin vers Pâques. Pour cela nous avons quarante jours pour nous préparer. Le Carême est donc un moyen concret pour se préparer à la fête de Pâques ! Cette fête est la Résurrection de Jésus !

2 - Deuxième indication, Dieu nous offre un long chemin, une route qui nous conduit à cette promesse de Vie. En échos à la première lecture du Livre de la Genèse, ce temps du Carême nous est donné pour découvrir et pour vivre la réalité centrale de notre vie chrétienne, à savoir : Dieu est avec nous ! Il existe un mystère d’alliance que Dieu a scellé avec chacun d’entre nous au jour de notre baptême. Durant le Carême, nous allons donc faire mémoire de cette alliance et de cette promesse de Vie.

3 - Dernière et troisième indication ! Le Carême c’est aussi regarder Jésus ! C’est Le contempler, L’imiter autant que possible ! Ce qui veut dire que nous ne sommes pas seuls : bien sûr Jésus est là, mais il y a là aussi un compagnon de route, qui nous guide et qui nous aide dans tous les combats que nous avons à mener : c’est l'Esprit Saint ! C’est lui qui nous est donné au jour de notre baptême, renouvelé lors de notre confirmation, Esprit Saint qui anime non seulement l’Église et aussi notre vie chrétienne ; c’est lui qui nous aidera particulièrement dans la lutte et le combat spirituel contre le Démon, contre Satan ! Bigre !

C’est un peu tout cela que de l’évangile de ce jour nous donne de découvrir !

Aujourd’hui, nous avons écouté l’évangile selon saint Marc, et en quelques lignes, celui-ci plante l’ambiance de ces 40 jours de Jésus au désert et les tentations que Satan va imaginer pour provoquer Jésus.

Si vous avez l’occasion d’entrer dans cette église pour prier, vous pourrez observer ce très beau tableau (à votre droite) qui représente cet épisode.

Saint Marc décrit la vie de Jésus d’une façon directe, spontanée, concrète, un peu à la façon d’un reporter, avec des phrases courtes et percutantes. Il nous dit que Jésus, après son baptême, et « aussitôt poussé par l’Esprit au désert ».Surprenant ! Jésus vient justement d’être baptisé et d’être désigné comme le Fils bien-aimé, celui qui va opérer la grande Alliance entre Dieu et les hommes, et voilà que l’Esprit de Dieu l’envoie vers l’esprit du Mal : c’est-à-dire vers Satan !

Déjà, comment comprendre ce que représente le désert ! Le désert est un lieu complexe ! Peut-être y êtes-vous déjà allés lors d’un pèlerinage ou d’un goum ? C’est le royaume des grands contrastes : tantôt brûlant à midi et tantôt glacial au cœur de la nuit. C’est un lieu qui met souvent les nerfs à vif, car il n’est pas aussi silencieux que nous pourrions le croire. On y entend de nombreuses voix et murmures.

Quand nous disons « désert » nous pouvons penser « silence » ! Mais, non ! Dans le ‘silence du désert’, comme nulle part ailleurs, nous pouvons entendre des voix intérieures, la voix de notre cœur, avec nos affolements et nos aspirations, avec nos peurs et nos espérances. Nous pouvons y entendre aussi la voix de nos doutes lancinants et de nos mirages éphémères, mais aussi la violence de nos insatisfactions et même celles de nos rancœurs récurrentes. 

Il peut être souvent le lieu d’un combat en nous-mêmes, mais aussi d’un combat pour Dieu et contre Satan !

Pourquoi Satan ? Parce que discrètement, mais réellement bien présent, Satan est là ! Avec son habitude perverse, il combat contre Dieu et contre nousLa voix de Satan joue alors, à travers toutes ces voix comme le vent dans les tourbillons du sable. 

Certains sont peut-être sceptiques ! Mais savez-vous que la plus grande trouvaille de Satan, c’est de faire croire qu’il n’existe pas ! 

Pour autant, celui qui arrive à s’apaiser, pour celui qui arrive à prier, il y en est une qui finit par faire taire toutes les autres voix : la voix du Père ! C’est cette voix qu’il me faut, avec discernement, écouter pour me désintoxiquer de mes angoisses, de mes peurs et de mes mauvais penchants !

 Ne l’oublions pas et n’ayons pas peur ! Satan ne gagne pas face à Jésus ! Jésus est vainqueur même si le Tentateur reste toujours présent ! « Votre adversaire, le démon, comme un lion qui rugit, va-et-vient, à la recherche de sa proie » (1 P5, 8-9)

En résumé : le désert est le lieu biblique de la rencontre et du combat, de l’écoute et de la solitude, de l’exode et d’un dépouillement.

C’est ce que nous pouvons expérimenter, d’une façon nouvelle, durant ce temps du Carême.

À la lumière de cet évangile, plusieurs expériences nous sont proposées ! 

Par exemple :

  • L’expérience du besoin (avoir faim par exemple) nous fait éprouver notre fragilité. Nous ne pouvons pas nous auto-suffire !
  • L’expérience de nos responsabilités (se jeter du haut du temple, comme le propose Satan à Jésus, est une expression de la fuite parfois tentante, de nos responsabilités) nous fait éprouver notre solitude quand nous devons faire des choix. 
  • L’expérience de l’idolâtrie (c’est-à-dire de l’oubli de Dieu, de sa présence) nous fait découvrir qu’en suivant de faux dieux, nous laissons la porte entrouverte à nos propres péchés et à l’écoute de la voix de Satan. 

Est-il besoin de rappeler que ce chemin du Carême se nourrit de la Parole de Dieu, d’une vraie vie de prière et aussi des gestes que l’Église nous a proposés le Mercredi des Cendres : la prière, l’aumône et le jeûne ? 

Ces trois gestes sont à la portée de toutes et de tous. Je vous invite à les identifier pour vous-mêmes et à oser les vivre, sans faire des résolutions intenables, mais de façon réaliste, en choisissant des projets simples et réalisables. J’en suis certain, chacun de nous peut trouver de petites choses pour mieux vivre, pour mieux aimer, pour mieux prier !

Je souhaite terminer en vous donnant envie de vivre vraiment ce Carême. Soyons fous !

La tâche est peut-être audacieuse, car je pense que très peu d’entre nous se sont dit ce matin « chic, c’est le Carême » ! Cependant, frères et sœurs, choisissons une résolution, celle de prendre le Carême comme une grâce et une chance ! 

En définitive, nous pouvons encore nous poser la question : pourquoi Dieu désire-t-il que nous vivions le Carême comme au désert : deux réponses rapides :

·       Pour approfondir notre intimité avec le Seigneur, prendre du temps avec Lui, lâcher ce qui m’empêche de m’approcher de Lui.

·       Un temps pour laisser Dieu agir en moi. Oui, je le crois vraiment : le Seigneur veut faire de grandes choses en chacun de nous si nous nous laissons faire par Dieu !

 Frères et sœurs, en cette ouverture du Carême, recevons cette invitation à la disponibilité de cœur : « Seigneur, je veux Te laisser agir en moi, car c’est Toi qui as les Paroles de la Vie éternelle ! »

Beau et saint Carême à chacun de vous !                                                                                                                                                                                                                                           Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi des Cendres, 17 février 2021, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 6, 1-6. 16-18. Livre du prophète Joël 2, 12-18. Psaume 50.

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 5, 20 à 6, 2.

 

 

Votre présence nombreuse ce matin, de si bonne heure, montre l’importance que représente pour nous tous, ce temps du Carême et, en particulier, son premier jour : le mercredi des Cendres. J’aime dire que tout recommence avec le Carême. C’est, du moins, comme cela que je le comprends.

Pourquoi cette affirmation ? Parce que nous savons bien que tout seuls, nous n’arriverons pas à nous sauver ! Tout seuls, nous sommes pauvres et malheureux ! Mais, avec le Christ, tout devient possible !

Qu’attendons-nous ? Nous attendons qu’au terme de ce temps, Dieu nous relève et qu’Il nous renouvèle ! Tout ce que nous vivons, toute la liturgie que nous déployons tout au long de l’année converge vers Pâques. Tout converge vers la Résurrection ! C’est bien là, le chemin que l’Église nous propose et que nous souhaitons prendre et vivre avec le Christ !

  Nous devons comprendre ce temps du carême, comme étant un temps de libération, mais aussi comme un chemind’humilité et parfois, et même souvent, d’un combat intérieur ! 

Plus exactement : c’est un temps de Conversion et de Vie ! C’est cela que nous sommes invités à vivre !

Cette Conversion est aussi ce désir renouvelé de la sainteté ! Il faut déjà en avoir le désir et comprendre que dans tous les combats (petits ou grands que nous connaissons bien), Dieu nous donne les dons et les grâces nécessaires pour y arriver. (Il n’y a pas de recettes systématiques, mais quelques simples moyens que nous pouvons déjà choisir : le Jeune, la Prière, l’Aumône…)

Ce temps de Carême débute, en communauté, par le rite des Cendres ! Ce rite remonte aux temps bibliques. Les Cendres sont simplement les rameaux qui ont été concassés et brulés afin d’en faire une fine poussière. Les rameaux utilisés sont ceux qui manifestaient notre joie au début de la Semaine Sainte. Ils sont aussi le signe du côté versatile de l’homme : le dimanche des Rameaux au début de la Semaine Saint nous crions : « Hosanna, Fils de David » et le Vendredi Saint : « Crucifie-le ! » 

C’est pourquoi ce Carême que nous débutons est le temps favorable d’un choix éclairé afin d’essayer de prendre le chemin le plus droit possible. 

Nous allons recevoir ces Cendres, (d’une façon un peu particulière en cette année de Coronavirus), et en même temps, nous recevons aussi deux paroles : l’une, tirée de l’Ancien Testament et l’autre du Nouveau Testament. 

L’Ancien nous dit : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière ! » 

Et le Nouveau : « Convertissez-vous et croyez à l’évangile ! ».

Cette phrase de la Genèse : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière ! » rappelle que nous sommes des créatures et non pas des dieux. Et avec notre condition d’hommes ou de femmes, c’est notre fragilité qui est rappelée, fragilité, que nous vivons en ce temps de pandémie, fragilité si visible dans la maladie ou la mort. 

   Avec la Parole « Convertissez-vous et croyez à l’évangile ! », nous nous rappelons aussi que le Christ peut, si nous le voulons, nous libérer de notre condition de pécheur et de notre condition de mortel. « Convertissez-vous ! » Dit autrement : cessez de fixer la terre, redressez-vous, tournez-vous vers la Vie qui vient ! Le Christ nous a sauvés et Il nous invite à la Vie éternelle !

 Certains vont peut-être me dire : j’aimerais bien vivre une vraie conversion, mais j’ai trop de soucis, de problèmes, de questions…

Le temps du Carême est justement là, pour nous y aider et oser dépasser tous mes blocages.

  Dans quelques instants, les cendres seront déposées sur notre tête (prudence sanitaire oblige). Par ces Cendres, c’est donc notre fragilité et notre finitude qui sont signifiées. Elles nous rappelleront d'où nous provenons. 

Mais cette liturgie, dans ce désir de Conversion, nous redit qu’au terme de la Semaine Sainte, comme dans notre vie, la résurrection nous est toujours proposée !

Il y a cependant une décision que nous devons prendre (personne ne pourra la prendre à notre place) : faire le choix ou non de nous engager totalement à la suite du Christ ! Comptons sur la prière de nos frères et sœurs, car c’est en communauté que nous avançons, mais cette décision nous appartient personnellement ! Votre présence ce matin me fait percevoir que vous êtes déterminés à entrer vraiment dans ce temps de grâce qu’est le temps du Carême.

Prions vraiment les uns pour les autres et avançons ensemble !

                                                                                                                           Ainsi soit-il !

 

  

         

 

Homélie du lundi 15 février 2021, 6e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Marc 8, 11-13. Livre de la Genèse 4, 1-15.25. Psaume 49. 

 

 

Pour nous ce matin, en cette avant-veille de notre entrée en carême, je propose une réflexion toute simple, toute brève !

Reconnaissons-lel’évangile de ce jour a quelque chose de déroutant, et pour certains même, de décourageant. Alors que la plupart d’entre nous sont en attente (et même en exigence) d’un signe, de diverses confirmations éclatantes, de manifestations puissantes… voilà que Jésus, Lui, refuse de nous donner le signe que nous voudrions. 

Pour quelle raison ? Peut-être perçoit-Il qu’il s’agit d’un piège qui sera éventuellement utilisé contre lui plutôt qu’une demande pour solidifier la foi des demandeurs ? Voilà l’enjeu !

Jésus refuse de donner le genre de signe que cette génération demande.

Mais pourquoi un tel refus ? N’avons-nous pas tous besoin de signes ?

Or, aucun signe ne peut parler aussi fort que Sa personne même. Aucune preuve ne peut être plus évidente que ses « œuvres » comme la multiplication des pains qui précède de quelques versets, notre texte. Jésus ne donne pas de signe parce qu’Il réalise dans Sa personne la Parole que nous venons d’entendre. Il est « signe » (Lc 4,21). C’est Lui le signe ! Tout comme Jonas fut un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l'homme le sera pour cette génération (Lc 11,30).  

Pour nous, le signe du Royaume, c’est Lui !

Pour nous, la miséricorde de Dieu, c’est Lui !

Pour nous, la Vie éternelle, c’est Lui !

Nous voulons des signes parce que, au fond de nous, nous voulons la facilité et l’évidence ! Dit autrement : nous voulons ne pas avoir besoin de réfléchir ! 

En refusant de donner un signe, Jésus provoque nos regards sur l’inédit : Sa personne est le chemin pour apprendre à découvrir le visage de Dieu. Sa personne est cette porte étroite (Mt 7, 13) venue vers nous parce que nous ne pouvions plus aller vers Lui. 

Au fond que recherchons-nous ? Cette évidence qu’un signe de grande puissance nous dispenseraient finalement de Le chercher dans la prière, de Le découvrir présent, simplement, dans notre vie ?  Nous voulons des signes parce que nous ne savons pas voir qu’il y a autour de nous de vrais témoins, des hommes et des femmes qui nous montrent humblement comment Jésus a transformé leur vie !

Ce que Jésus veut nous faire découvrir ce matin :

- C’est que tout signe qui ferait du bruit risque de ne pas Lui rendre témoignage. 

- Tout signe qui susciterait l’enthousiasme superficiel des foules pourrait faire obstacle à la puissance de la discrétion que Jésus a choisie en se faisant l’un de nous. 

Oui, tout cela semble bien mystérieux et peut-être même que certains pourraient être déçus… 

Jésus préfère convaincre non pas à force de signes, d’arguments d’autorité, mais en touchant nos cœurs, dans un cœur à cœur. C’est là, dans ce lieu secret qu’Il vient maintenant nous redire Sa présence réelle dans cette consécration de ce pain et de ce vin. 

Dans quelques instants, nous allons vivre ensemble cette eucharistie ; tel est le plus beau signe de Sa présence parmi nous dans ce Pain et ce Vin consacrés.

Frères et sœurs, demandons simplement la grâce d’être unis au Christ, sans feux d’artifice ni étincelles, juste “être avec Lui“.                                              

 Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 14 février 2021, 6e dimanche du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 1, 40-45. Livre des  Lévites 13, 1-2.45-46. Psaume 31. 

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 10, 31-11,1. 

 

Saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean sont les auteurs des quatre évangiles. Bien qu’ils soient bien différents dans le style, tous les quatre témoignent du Christ et de sa mission. 

L’évangile de saint Marc, dont nous venons d’écouter un court passage, est un des premiers évangiles. Il est daté des années 60, 70. Saint Marc écrit en grec ; vraisemblablement, ce n’est pas sa langue maternelle et son style est particulier. Cet évangile est facile à lire. Il comporte seize chapitres écrits dans un style de reporter : des mots simples, des phrases courtes, des détails vivants, des paroles percutantes ; tout cela est bien dans la manière de l'évangéliste saint Marc, qui travaille à partir des évènements que saint Pierre a vécus et qu’il nous transmet.

L’évangile de ce jour rapporte, d’une façon très précise, justement une scène bien concrète. Les phrases sont imagées et courtes : un lépreux vient à Jésus. Il vient à Jésus comme à la chance unique de sa vie :

·     il supplie à genoux,

·     il veut recouvrer la santé,

·     il veut redonner un sens à sa vie

… plus exactement, il est surtout en train de demander à Jésus qu’il puisse reprendre sa place dans la communauté. En effet, comme nous l’avons entendu en première lecture, du livre des Lévites, les lépreux sont mis à part, car jugés impurs et sans doute contagieux.

En effet, impur, intouchable, on les considère comme frappés d'un châtiment terrible, et ils sont mis, avec tous les autres lépreux, au ban de la société. 

C’est le cas de cet homme. Il ne peut entrer dans aucune ville ni aucun village ; tout au plus peut-il mendier aux portes de la ville afin de vivre, et tout le monde doit s'éloigner de lui.

Ce lépreux se présente donc devant Jésus et Jésus a pitié de lui. Il fait même un geste surprenant : Jésus n’a pas peur : il le touche, et le guérit.

 Cependant, Il veut garder la discrétion, parce qu'Il veut faire l'œuvre de Dieu sans éclats, sans propagande, comme le Serviteur de Dieu qui ne crie pas sur les places. (Isaïe 42,2)

Mais, une fois guéri, cet homme laissera sa joie éclater. Il s'empresse de proclamer la nouvelle, de sorte que Jésus, Lui, ne peut plus entrer ouvertement dans une ville : « il se tient dehors, dans les lieux déserts » et c’est la foule qui vient à lui de toutes parts comme nous le dit l’évangile.

Étrange récit, qui oppose ainsi deux sortes de contagion :

  • la contagion de la lèpre, qui éloigne tout le monde du lépreux, et nous comprenons bien ce que cela signifie avec ce que nous vivons actuellement en ce temps de pandémie, qui éloigne tout le monde les uns, des autres,
  • la contagion de la sainteté, qui attire à Jésus tous les hommes.

Il y a un autre paradoxe :

- Le lépreux ne peut entrer en ville à cause de la crainte des habitants pour la lèpre ;

- Jésus, non plus, ne peut entrer désormais dans aucune ville ou village, à cause de l'enthousiasme des foules.

Revenons un instant sur la démarche résolue du lépreux.

« Si tu le veux, tu peux me guérir ! », dit-il à Jésus. Notons déjà l’audace qu’il manifeste en s’approchant de Jésus. De même, le lépreux ne dit pas : « Si tu le peux… », mais : « Si tu le veux ! »

Littéralement, le lépreux est en train de dire : « Moi, je ne peux rien contre ce mal. Personne n'y peut rien. Mais toi, il te suffit de le vouloir, et la maladie obéira ! »

Quelle foi, quelle confiance, dans cet appel du lépreux !

  En entendant ce bel acte de foi, nous ressentons de la joie et de l’admiration de Jésus ! Il a aimé la spontanéité de cet homme, la véhémence de son désir, sa confiance puisqu'Il a répondu sans attendre, à cet appel audacieux :"Je le veux : sois purifié !" dit-Il en le touchant.

Jésus le veut ! Jésus veut toujours, à toute heure de notre vie apporter une guérison, un Salut. Il le veut en réponse à notre désir dans la foi ! Mais, il y a un paradoxe. Parfois, c'est nous qui ne le voulons pas vraiment, ou du moins, nous n’allons pas jusqu’au bout de notre démarche. C’est comme si je restais à distance de sa Personne. 

Attention ! Je fais juste un constat sans faire de jugement : nous touchons ici, la liberté de chacun !

Alors que Jésus ne met aucune distance (il touche réellement le lépreux), nous pouvons mettre une distance entre nous.

Pourquoi ? Nous connaissons bien les misères qui nous collent au cœur… toutes ces lèpres multiples dont je vous laisse établir une liste, ces plaies douloureuses qui peuvent nous empêcher, réellement, de vivre, d’entrer en contact avec les autres, d’avoir un regard bienveillant sur le monde ou sur nous-mêmes.

 Au fond de nous, nous disons : « Après tant d'années, c'est incurable ! Je suis incurable ! Ainsi va le monde, ainsi va la société, rien ne peut changer ! »

C'est alors que s’insinue en nous une peur, une perte d’audace et d’espérance ; nous n'osons plus faire confiance ni à soi, ni à Dieu.

Nous nous en tenons à ce que nous voyons en nous, sans regarder suffisamment ce que Jésus nous donne à voir en Lui, tout ce qu’Il peut et veut nous apporter : sa miséricorde, son désir de nous faire vivre, la force de son amitié de Sauveur.

Souvent c'est l'image de nous-mêmes qui nous désole et qui nous tétanise et nous pétrifie sur place ! Nous n’osons plus avancer, nous n’osons même plus aller vers le Christ ! 

La première pauvreté de cœur que Dieu nous demande, n’est-ce pas de lâcher justement l'image déformée de nous-mêmes pour ne garder dans les yeux que son visage à lui.

« Mon modèle à moi, c'est le Christ », nous redit saint Paul avec une force incroyable.

Frères et sœurs, est-ce que nous croyons que nous pouvons ressembler au Christ ?

Avons-nous au fond de notre cœur le désir de ressembler à Jésus ?

Croyons-nous même que cela soit possible ?

Peut-être avez-vous lu ce livre nommé : “L’imitation de Jésus-Christ“. (Il a été écrit à la fin du Moyen-Âge - livre le plus imprimé au monde après la Bible)

Si vous l’avez dans votre bibliothèque, je vous invite à le lire ou le relire. 

Oui, il est possible d’imiter le Christ, à condition de ne pas nous mettre des barrières, des limites, des contraintes qui sont nos propres limitations ou nos propres phantasmes ! Et puisque vous êtes réunis dans cette église, j’ose penser que vous avez ce désir, d’une juste intimité avec le Christ.

Oui, frères et sœurs, nous sommes invités à une conversion : conversion du cœur, du regard, de mon passé, de mon présent et de mon avenir, conversion de toutes mes lèpres : UNE CONVERSION pour UNE GUÉRISON ! À Dieu tout est possible !

Jésus veut prolonger son geste de miséricorde et plus encore, un geste de ‘re-création’ à travers et pour chacun de nous. 

Pour cela, tout se passe, comme le décrit saint Marcen trois actes :  

  • Acte de foi, acte d’audace : « Si tu le veux, tu peux me guérir ! »
  • Acte d’Espérance, envers et contre tout : « Je le veux : sois purifié ! »
  • Acte de Charité, parce que nous voyons bien que nous avons besoin de nous aider les uns, les autres. Quand je n’en peux plus, mon frère, ma sœur me relève et me soutient. Cet acte est aussi un acte de proclamation ; oser dire au monde qui est mon Sauveur, qui est le Christ pour moi : « Il se mit à proclamer » « Sans chercher mon intérêt », dit saint Paul.

Frères et sœurs, quelles que soient les lèpres qui me paralysent (nous pourrions les décrire de multiples façons), demandons dans cette eucharistie, un surcroit de foi, un surcroit d’espérance, un surcroit de charité !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 10 février 2021, 5e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 7, 14-23. Livre de la Genèse 2, 4b-9.15-17 Psaume 103. 

 

Dans l’évangile de ce jour, le Christ veut nous interroger sur l’origine du mal et la conséquence de nos actions ! C’est une question que nous pourrions nous poser, nous aussi ; ce pourrait être même un sujet du bac de philosophie… D’où vient le mal ?

L’évangile d’aujourd’hui fait directement suite à celui d’hier, où Jésus reprochait aux pharisiens leur rigorisme quant aux rites de purification et surtout un attachement excessif à la tradition des hommes. Bref, leur manque d’amour !

En fin pédagogue, Il s’adresse maintenant à la foule et approfondit son propos. Ce qu’Il est en train de dire est une quasi-révolution. Pourquoi ? Il est possible que nous ne mesurions pas complètement le choc incroyable que provoque son propos dans le contexte de son époque ! 

En effet, Jésus affirme fermement que le mal ne vient pas d’une cause extérieure, mais bien de l’intérieur de l’homme.

Ce que Jésus affirme est tellement surprenant que les disciples sont totalement déroutés par cet enseignement : « Êtes-vous donc sans intelligence, vous aussi ? » va leur dire Jésus. Il est en effet plus simple de penser, comme le font les pharisiens, que l’impureté vient du monde qui nous entoure, à cause des autres, et que l’on peut s’en préserver en suivant un rituel, et surtout en se mettant à part des autres. 

Par contre, examiner son for intérieur, y reconnaître des pensées perverses est beaucoup plus difficile.

Le Christ précise pour ses disciples que le mal vient bien du « cœur » de l’homme.

Prenons le temps d’une petite explication ! Le cœur, dans la pensée hébraïque, est le siège de l’intelligence et de la volonté ; il est le lieu où se prennent les décisions bonnes ou mauvaises, où s’exerce finalement la liberté de l’homme, de commettre le bien ou le mal. Pour nous, aujourd’hui, le cœur est plutôt le lieu où s’exprime un ensemble de sentiments, plus ou moins dictés par un ‘ressenti émotionnel’… 

Jésus énumère les nombreux péchés humains et montre ainsi notre difficulté et parfois notre incapacité à faire le bon choix, quand nous sommes livrés à nous-mêmes. Saint Paul l’affirme aussi dans la lettre aux Romains : “Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas”.

Le constat de Jésus pourrait être désespérant. Nous avons l’impression que le combat contre le mal est perdu d’avance pour les hommes, quand l’homme ne prie pas, quand il ne réfléchit pas, quand il ne prend pas de décisions. Ce serait ne pas tenir compte de la bonne nouvelle annoncée dès le début de l’évangile de Marc. N’oublions pas : le Christ est vainqueur du Mal et de la Mort 

À ses disciples, Jésus veut communiquer son discernement et son intelligence.  Aux croyants, l’Esprit Saint donne cette force de décider de choisir le Bien et le Bon. Cependant, nous pouvons, parfois, et peut-être malgré nous, créer notre propre malheur quand nos choix, nos décisions nous conduisent sur des routes sans-issues ou sur des chemins de perdition ! 

C'est pourquoi, il est si important, tout au long de notre vie à la suite du Christ, que nous acceptions de connaître notre cœur, de prendre le temps de la prière, du discernement, du cœur à cœur avec Dieu, c'est-à-dire de sonder notre liberté et notre volonté : qu’est-ce qui, aujourd’hui me contraint, qu’est-ce qui, aujourd’hui, me conduit sur un chemin que je ne voudrais pas ?  

La question sous-jacente est de savoir si, oui ou non, j’ai donné ma vie à Dieu !

Finalement, où est-ce que j’en suis ? Que se passe-t-il dans ma vie et dans mon cœur ? Pour connaître dans quel état est mon cœur, le moyen est bien simple : il suffit de regarder ce qui en sort ! Comment je me comporte ? Comment est ma relation avec les autres ?

Et, si besoin, si nous ne sommes pas complètement satisfaits de ce qui sort de notre cœur : osons et demandons la grâce d’une nouvelle conversion !   

Voilà ce que nous pouvons retenir de l’évangile de ce jour !                                     

 Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 8 février 2021, 5e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 6, 53-56. Livre de la Genèse 1, 1-19. Psaume 103. 

 

À partir d’aujourd’hui et jusqu’au mercredi des Cendres, nous allons entrer dans un cycle de lecture des livres de la Genèse et des autres livres du Pentateuque. 

Je vous propose donc de réentendre une petite introduction à ce premier Livre :

La Genèse est donc le premier livre du Pentateuque (Pentateuque signifie cinq, les cinq premiers livres ou Thora). Elle raconte, comme son nom l’indique (genèse signifie commencement), les origines du monde et le début de l’action de Dieu parmi les hommes. Bien que faisant partie de la loi de Moïse, elle contient essentiellement des récits qui concernent les ancêtres du peuple d’Israël, ses pères. Elle inaugure ainsi une histoire qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui et intéresse à la fois le peuple juif et aussi l’Église du Christ.

Ce livre rapporte divers épisodes de la vie des patriarches, qui ont été groupés de façon à montrer que Dieu intervient constamment auprès d’Abraham et de sa famille en vue de préparer le salut du monde. C’est pourquoi les récits patriarcaux sont précédés d’un prologue, qui situe Abraham et ses descendants au sein des peuples de la terre et contient certains des chapitres les plus célèbres de la Bible : la Création (c’est la première lecture de ce jour) Adam et Ève (la création de l’homme et de la femme) le déluge, la tour de Babel... qui forment comme un raccourci saisissant de la marche de l’humanité ici-bas, avec ses entreprises et ses échecs.

Ce livre de la Genèse, riche par ses thèmes et ses figures, se retrouve dans de nombreux passages de la Bible (AT et NT), ainsi que dans la tradition orale, tant juive que chrétienne. Ainsi, la Genèse s’ouvre par le récit de la création et celui de l’attitude d’Adam au jardin d’Éden (comme nous le verrons dans les prochains jours). L’histoire du déluge servira de toile de fond au drame de la fin des temps, préfigurant aussi l’image du baptême. La destinée d’Abraham commence avec une promesse, sans cesse confirmée par Dieu, qui éclaire et détermine le sort de ses descendants proches et lointains, dont les patriarches et tout le peuple hébreu attendent l’accomplissement. C’est également cette même promesse que l’Apôtre Paul saluera la réalisation dans le Christ. 

L’Église lira le premier livre de la Bible pour apprendre le mystère de l’origine du monde et le sens de sa destinée, pour y découvrir aussi les premières étapes de l’œuvre de Dieu en faveur des hommes. 

Ce livre n’est pas à lire comme la recension d’un livre purement historique, mais on peut dire, avec tous les théologiens et les spécialistes du texte biblique, que le Livre de la Genèse est le livre dans lequel les fondements des choses, des êtres et des enjeux, sont déjà contenus en puissance. Pourquoi en puissance ?  Car on peut dire, avec juste raison, qu’il convient, pour comprendre ce livre, d’avoir présent à l’esprit deux projets :

- Premier projet : la fidélité de Dieu dans le plan du Salut. Dieu a un plan de Salut pour l’homme, même si les hommes régulièrement se montrent infidèles. 

- Deuxième projet : c’est essentiellement celui qui est le centre de cette histoire : Jésus-Christ, « la Parole faite chair » ; nous découvrons ainsi dans ce projet, l’annonce de la venue du Fils de Dieu c’est-à-dire : son Incarnation – la Pâques – la Pentecôte.

La Genèse est la pierre fondamentale de l’édifice de la Révélation, et l’Apocalypse (qui est le dernier livre de la Bible)en est la clé de voute. Sans fondamentalisme, je vous lance cette invitation pressante : lisons, méditons, étudions et goûtons ce Livre de la Genèse, ainsi que les premiers livres de la Bible, en laissant l’Esprit de Dieu graver en nos cœurs, les grandes vérités qu’ils contiennent. 

Demandons cette grâce et ce désir de lire la Parole de Dieu et de s’en nourrir !    

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 7 février 2021, 5e dimanche du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 1, 29-39. Livre de Job 7,1-4.6-7. Psaume 146.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 9, 16-19.22-23.

 

Il y a une invitation que je vous transmets très souvent : avant de nous retrouver pour la messe, prenons le temps de lire et de méditer les différents textes du dimanche : pour l’eucharistie de ce matin, il était judicieux de lire (ou relire) le livre de Job, vous imprégner de l’évangile, chanter le psaume…  

Les lectures de ce dimanche sont remarquables et elles mériteraient un peu plus de temps qu’une simple homélie et une lecture priante pour entrer dans les mystères de la souffrance, de la mort et de la vie !

Si nous nous arrêtons sur cette première lecture et sur ces mots, nous risquerions d’entrer dans une désespérance. Pourtant, le Seigneur nous appelle à l’espérance !

Jésus est venu nous redire qu’à chaque instant de notre vie, Dieu est bel et bien présent !

Alors, frères et sœurs, je vous invite (dès que possible) de relire ces textes et les méditer, en famille, en fraternités locales, en groupes bibliques.

Voici quelques idées que je vous partage pour ce matin :

Le livre de Job est instructif pour notre vie. Certes, la vie est pleine de beaux événements - d’aventures plus ou moins passionnantes -, mais comme nous l’avons entendu dans le Livre de Job (1re lecture), beaucoup expriment que : « la vie de l’homme sur la terre est une corvée… qu’il ne compte que des nuits de souffrance » (Jb 7, 1-3). À différents moments de notre vie, nous pouvons reprendre à notre compte ces mots, exprimer ces plaintes ! Combien d’hommes et de femmes à travers les siècles ont vécus leurs existences avec ce sentiment d’accablement ! Certes, la maladie, les difficultés habituelles de l’existence, la vieillesse ou les troubles personnels (psychologiques ou démoniaques) sont des fardeaux, parfois bien lourds pour certains et pour leur entourage. Certains d’entre nous ont fait cette expérience, peut-être que d’autres auront à les affronter !

Je le crois vraiment : Dieu est bel et bien présent à chaque instant de notre vie ! Par son témoignage, Jésus nous l’affirme.

La puissance de sa parole et de ses gestes sont mises au service de ces hommes et ces femmes qui subissent les peines de l’existence, des peines très variées : une simple fièvre pour la belle-mère de Simon, à certains moments le découragement qui nous plaque au sol, mais aussi des maladies plus graves, ou quand des esprits mauvais nous tourmentent, ou même un simple virus…

Ce faisant, Jésus rend visible, pour ces gens, le Salut que Dieu envoie. À qui sait ouvrir les yeux et son cœur, cette présence est visible. Dieu n’est pas absent, Il vient faire toutes choses nouvelles. À travers ces gestes, il donne un signe concret de la vérité de ce qu’Il annonce.

C’est pourquoi tous les gens de Capharnaüm et des alentours se pressent en foule autour de la maison de Simon et d’André. Ils sont intéressés par la puissance que Jésus possède pour les soulager de leurs misères.

Mais l’évangile de saint Marc nous fait comprendre tout de suite qu’il y a un décalage entre l’attente de cette foule et la mission de Jésus. Peut-être ressentons-nous ce décalage en nous, ou le percevons-nous autour de nous ? Comment Jésus vient-Il guérir ? Et de quelle guérison veut-il pour nous ?

En effet, le récit commence par la scène de la guérison de la belle-mère de Pierre. Celle-ci est atteinte de fièvre, et Jésus la guérit ; il n’y a rien de spectaculaire dans cette guérison et on ne comprendrait pas pourquoi ce petit miracle serait rapporté si ce n’était pour faire ressortir un élément qui transparaît au travers des termes utilisés.

En effet, l’évangéliste utilise des mots qui sont habituellement réservés à la description de la Résurrection. Reprenons ce texte, comme il est écrit en grec, dans sa version originale. Il est dit qu’elle était couchée (en grec) et non pas qu’elle était au lit. Elle était étendue, comme le sont les morts. Et il n’est pas dit qu’Il la guérit, mais qu’Il la fit se lever ! L’expression « faire se lever » désigne habituellement dans l’Évangile, l’action de ressusciter ; redonner VIE !  L’évangile se place ainsi sous le signe de la Résurrection. On ne peut pas comprendre la suite, si on n’a pas compris cela en premier lieu.

Quand Jésus intervient dans l’existence de quelqu’un, c’est pour le faire passer d’une situation de mort à une situation de vie, c’est cela la Résurrection. C’est cette « guérison ultime » qu’il souhaite pour chacun de nous !

Ici, sans que les choses soient dites, il nous est donc donné de percevoir que toutes les relations que Jésus établit avec les humains sont placées dans cette perspective de la résurrection qui devient la réalité profonde de son ministère. Littéralement, quoiqu’il puisse nous arriver (maladies, vieillesse …) Nous sommes faits, par la grâce de Jésus, pour une vie, une Vie éternelle.

Cette résurrection doit se comprendre alors dans son sens véritable. Elle ne désigne pas seulement le fait de survivre à notre propre mort (cela est déjà prodigieux), mais elle est le fait que vivre dès maintenant, nous place dans la réalité de la présence de Jésus à nos côtés. C’est cela qui est désormais l’aspect essentiel du message de Jésus : Dieu avec nous, jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20). C’est ce message qu’il nous faut faire découvrir au monde, lui offrir !

Et l’évangile d’ajouter : « Il parcourut donc toute la Galilée, proclamant la Bonne Nouvelle dans leurs synagogues, et chassant les esprits mauvais. » (Mc 1, 39). Notons ce double sens : une résurrection et une annonce !

Tout ceci peut nous faire réfléchir sur la manière dont nous-mêmes, nous vivons notre relation au Christ. Évitons de devenir aveugles en devenant des résignés, des accablés, au point d’oublier la présence du Christ ressuscité auprès de moi, au cœur même de mon mal-être ?

Face à la souffrance de l’humanité, hier comme aujourd’hui, Dieu ne répond pas par des « abracadabra » de magicien. En Jésus, Il vient nous rejoindre, Il vient rejoindre l’homme dans son quotidien souvent sans bruit, mais toujours dans une grande délicatesse. Comme nous en faisons nous-mêmes l’expérience, il y a des moments où, face à la douleur de ceux qu’on aime, on ne peut rien faire d’autre que de partager et « être avec » silencieusement. Lui aussi est là, avec prévenance, en silence et en prière !

C’est pourquoi encore aujourd’hui et toujours, notre Église (avec un E), comme notre Paroisse, ont cette mission d’être proche de ceux qui sont abattus, malades, désespérés ou qui semblent être perdus. Nous avons, nous aussi, la mission de redonner espérance, redonner courage, redire la présence du Christ à nos frères et sœurs. Je pense aux soignants, à toutes les personnes qui entourent les malades.

À chaque mission que Jésus nous donne, il y a un envoi. Je termine donc en citant simplement la 2° lecture de Saint-Paul aux chrétiens de la ville de Corinthe, qui nous redit l’urgence de l’action : « …ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. »

Voilà, chers frères et sœurs, quelques idées pour découvrir la beauté et la richesse des textes de ce jour ! Prenons le temps d’une bonne méditation et de prier les uns pour les autres !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 3 février 2021, 4e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 6, 1-6. Lettre aux Hébreux 12, 4-7.11-15. Psaume 102. 

 

Aujourd’hui, frères et sœurs, nous poursuivons notre lecture de l’évangile selon saint Marc et nous arrivons au chapitre 6e. Jésus se rend dans son lieu d’origine, à Nazareth ; dans ce village où il a grandi, dans ce village où vit sa famille au sens large. 

Selon son habitude, le jour du sabbat, il entre dans la synagogue et « il se mit à enseigner. », avec cette parole d’autorité que nous lui connaissons.

Nous assistons alors, à une réaction un peu surprenante des auditeurs, avec une question que nous pouvons nous poser : pourquoi sa famille est-elle ainsi choquée ? 

L’évangile de ce jour ne nous le dit pas. D’ailleurs, d’une façon un peu récurrente, nous constatons que saint Marc décrit la scène et ses conséquences, mais ne donne que très peu de détails sur les faits.

Pourquoi cette famille (au sens large) n’adhère-t-elle pas à la Parole de Jésus ?

… Ou plutôt, quelles sont les évidences qui les stoppent dans leur questionnement ?

Ces questions peuvent être les mêmes, pour chacun de nous ! Nous connaissons bien Jésus, cela fait tellement de temps que nous le fréquentons ! Nous le connaissons depuis qu’Il est tout petit ; Il est le fils du charpentier ; alors, que signifie cette mission de prophète ?

… et puisqu’il est le fils de Marie et que nous connaissons bien ses cousins et cousines, puisqu’Il est du pays, puisqu’Il a grandi ici, qu’Il y a ses racines… rien ne Le distingue de nous ! Rien ne devrait Le singulariser à ce point !

Voici les raisonnements que nous pourrions avoir et les évidences qui pourraient nous dispenser de nous laisser toucher par sa Parole !

Saint Jean, dans son Prologue, exprime le même constat : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas accueilli. » (Jn 1,11) 

De fait, en raison de leur fermeture, les habitants de Nazareth deviendront, dans l’évangile de Marc et d’une façon paradoxale, le modèle des incroyants, c’est-à-dire le modèle de ceux qui regardent et ne voient pas, de ceux qui entendent, mais ne comprennent pas.

Du fond de leur aveuglement, la réaction est toujours similaire : elle bloque la compréhension, voire même, elle suscite une certaine hostilité. D’une façon réservée, saint Marc ajoute : « Ils étaient profondément choqués à son sujet. » En grec, le verbe employé a un sens encore plus fort que “choquer“ ! Littéralement, ils refusent d’admettre ce qui, en Jésus, les dépasse. Oh, bien sûr, ils reconnaissent bien sa sagesse et la réalité de ses miracles, mais quelque chose les empêche d’entrer dans la foi.

Disent-ils, au moins, que Jésus est un prophète remarquable ? Non ! Ils semblent rester fermés, même à cette évidence.

Alors, comment pouvons-nous comprendre cette attitude et réfléchir à notre posture personnelle, ce matin ? 

Ne croyez-vous pas, frères et sœurs, qu’à la longue, nous risquons de ‘trop nous habituer à Jésus’ ? Nous connaissons les miracles accomplis, nous savons le Bien qu’Il fait, nous savons aussi qu’Il nous annonce la Vie éternelle, mais, d’une certaine façon, nous le ‘connaissons tellement’, que nous poursuivons notre vie quotidienne sans prendre le temps de nous arrêter… C’est ainsi que notre foi risque de s’étioler au milieu du train-train de nos vies.

Certes, nous pouvons admirer la sagesse, reconnaître les miracles et, malgré tout, manquer de foi. Au lieu d’y découvrir l’action divine du Fils de Dieu, bien souvent nous nous arrêtons sur l’humanité de Jésus, pour essayer de combler le manque immédiat de ce que nous vivons ! 

Nous arrivons même à mettre une confiance excessive dans nos techniques humaines pour accompagner la transformation de notre monde. Nous sommes aussi persuadés d’avoir réussi à créer des sécurités, mais nous pouvons constater qu’elles sont vite secouées, comme nous le vivons actuellement, par un minuscule virus !     

Plutôt que d’affronter l’inconnu, de chercher l’origine de sa Sagesse et de sa puissance, les habitants de Nazareth se limitent à ce qui est connu, sécurisant : c’est-à-dire son origine terrestre !

Littéralement, ils refusent de sortir de leur zone de confort ! Là aussi, c’est une façon d’être qui peut être la nôtre : nous sommes bien avec tout ce que nous avons autour de nous et ces repères nous satisfont.

Peut-être manquons-nous un peu d’ambition dans notre foi dans le Seigneur ?

Désirer grandir dans la foi nous demandera toujours de sortir de notre zone de confort,

de prendre le risque de dépendre totalement de Dieu, et cela, quoiqu’il arrive !

Frères et sœurs, nous le savons, c’est Lui qui a les paroles de la Vie éternelle !

Demandons, ce matin, de faire tout simplement confiance en Dieu, de L’accueillir d’une façon toujours nouvelle dans notre vie, de nous laisser aimer par Lui, de L’aimer en retour et d’avancer avec Lui dans notre vie !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 1er février 2021, 4e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 5, 1-20. Lettre aux Hébreux 11, 32-40. Psaume 30. 

 

Sans doute avez-vous entendu déjà, de nombreux commentaires de cette rencontre des Géraséniens avec Jésus. L’évangile d’aujourd’hui n’est pas sans lien avec celui d’hier ! 
J’aimerais, ce matin, réfléchir avec vous sur la « foi des démons » : dans les deux textes (celui d’hier : Mc 1, 21-28 -année B- et celui de ce jour : Mc 5, 1-20), il est question d’hommes possédés par des esprits mauvais, une reconnaissance des démons et une Parole d’autorité !

Que se passe-t-il dans l’évangile de ce matin ?

Jésus traverse le lac en direction de l'Est, et il arrive en plein pays païen, là où les gens, contrairement à la Loi juive, élèvent des porcs en quantité. (Les porcs étant un aliment impur).

Dans cette région hostile, Jésus n’aura pas le temps de tenter une prédication devant les foules. À peine pose-t-il un pied, voici qu’un malheureux se présente. Celui-ci souffre doublement : une maladie mentale et il est possédé. 

Jésus va le guérir contre les puissances du Mal qui travaillent le monde et le cœur des hommes. À la question : « Quel est ton nom ? », "Nous sommes légion", répond l'esprit du Mal par la voix du malade.

(Pour information, chez les Romains, une légion, c'était six mille hommes !)

À Lui seul, Jésus va donc vaincre une légion de démons : en accomplissant ce geste, c'est le signe que le Règne de Dieu fait irruption, avec Lui, dans le monde. 

J’attire votre attention sur un fait important : si le monde des humains peine à comprendre qui est Jésus, les démons, eux, le savent bien !

            Comme hier « Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu » (Mc 1, 24), la parole de cet homme possédé est juste, conforme. Il reconnaît la divinité de Jésus : « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t’adjure par Dieu, ne me tourmente pas ! » C’est l’esprit mauvais qui s’exprime ainsi.

De la bouche de l'homme possédé, on vient donc d'entendre ce qui pourrait apparaître comme une profession de foi ! Le démon reconnaît qui est Jésus, « le Fils du Dieu très haut ! » Les mots sont justes, mais c'est tout, sauf une relation au Christ. Il utilise plutôt son savoir pour se protéger. Il sait déjà ce que Jésus va faire, et c'est même un cri de peur que le Démon exprime à cet instant !

Or, peut-il y avoir la foi sans une vraie relation à Dieu, à Jésus ?

Comme hier, comment pouvons-nous comprendre cette ‘profession de foi’ ? 

Un constat s’impose : sans une vraie relation à Dieu, à Jésus, les mots de la foi ne suffisent pas ! Dire ne suffit pas ! Il nous faut vivre une vraie et profonde relation ! La foi est le don de Dieu et s’incarne dans une rencontre !

Le « savoir » seul, s'il n'est pas animé par l'amour, n'est pas la foi. C’est une simple connaissance et non une reconnaissance ! C'est même ce qu'on appelle la foi des démons : et précisément, cette foi ne sauve pas ! Si vous avez l’occasion de lire quelques textes des Pères de l’Église, vous pourrez retrouver comment les démons reconnaissent Jésus et sa divinité. Ils ont, certes, une expression de foi, mais cette foi exprimée ne sauve pas. 

Cette constatation nous ramène à une actualité pressante ; prenons un exemple de notre quotidien ! Sans doute faudra-t-il que l'enfant apprenne son catéchisme, mais si cela se fait sans qu'une relation ne se noue entre le Christ et lui, qu'en restera-t-il à l'âge adulte ? La foi n’est pas juste une affaire de paroles, mais elle est le fruit d’une véritable rencontre avec le Christ vivant, présent ! 

Il nous faut le comprendre ; ne soyons pas, nous-mêmes, comme les démons, exprimant une parole, mais ayant oubliés, ou mis de côté cette relation d’amour avec le Christ

Dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est l’histoire de cet homme dans cette rencontre avec Jésus.

Au-delà de tout marchandage, la mission de Jésus est une mission de libération.

« Laisse-moi te libérer ! » « Laisse-moi te sauver ! » « Laisse-moi te redonner vie ! » 

Jésus a cette Parole d’autorité contre les forces démoniaque, et en même temps, il annonce son pardon et sa confiance complétés par cette invitation personnelle : « annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde ! »

Puissions-nous, au cours de ce jour et des jours à venir, retrouver, renouer d’une façon nouvelle notre relation à Jésus, Lui redire que nous l’aimons et nous laisser aimer par lui ! 

Osons alors témoigner !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 31 janvier 2021, 4e dimanche du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église Notre-Dame Réconciliatrice, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Marc 1, 21-28. Livre du Deutéronome 18,15-20. 

Psaume 94. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 7, 32-35. 

Entrée en église de Louise (Catéchumène)

 

Jésus enseignait ! 

« Aussitôt, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait », nous dit l’évangile.

Dans cet évangile, à quatre reprises, saint Marc, précise qu'à la synagogue de Capharnaüm, un jour de sab­bat, Jésus enseignait. 

Tous étaient frappés par son ensei­gnement, car il enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes. Et, à la fin de l’évangile, tous s'in­terrogeaient : « Qu'est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec auto­rité ».

Notre curiosité n’est-elle pas piquée au vif ? Quel est donc le contenu de cet enseignement qui a stupéfait tous les gens présents ?

Marc ne le dit pas, ou plutôt, il rapporte une seule phrase de Jésus : « Tais-toi ! Sors de cet homme ! »  N’est-ce pas étrange ? Et c'est d'autant plus étrange que les mots de cet homme, même s'il est possédé, ne semblent pas faux, quand il affirme : «Tu es le Saint de Dieu ». Alors pourquoi ce silence in­timé à quelqu'un qui dit quelque chose de juste ?

Oui, cette scène est étrange, elle nous déroute. Or, nous le savons, souvent le Seigneur pour nous conduire, commencepar nous dérouter, afin que nous nous posions les bonnes questions. 

Attachons-nous donc à com­prendre, au-delà des mots, ce qui se passe, soit du côté de l'homme qui parle, soit du côté de Jésus qui enseigne, avec ces questions sous-jacentes : quels sont les enjeux, ceux d’hier à la syna­gogue de Capharnaüm, et ceux d’aujourd'hui dans la caté­chèse chrétienne ?

Dans la bouche de l'homme tourmenté, on vient donc d'entendre ce qui pourrait apparaître comme une profession de foi : « Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu » ; sans doute pourrions-nous tous dire ces mots sans problème ! Mais la suite nous paraît bizarre : « Tu es venu pour nous perdre », dit l’homme possédé. Ce qui est parfaitement vrai !

Ces mots prononcés sont justes, mais ils expriment tout, sauf une relation. « Je sais fort bien qui tu es » n'ouvre pas encet homme un intérêt pour Jésus, ni un amour pour Jésus et, encore moins le désir de Le suivre. Il utilise plutôt son savoir pour se protéger. C'est un cri de peur que cet homme exprime ! Peur de ce que Jésus pourrait faire…

Or, peut-il y avoir la foi sans une relation à Dieu, sans une relation profonde à Jésus ?

Les mots de la foi ne suffisent pas ! La foi est un don de Dieu et s’incarne dans une rencontre !

Pour prendre un exemple bien concret : que signifierait un « je t’aime » d’un jeune homme à une jeune fille, s’il manque un réel attachement ? Que voudrait dire le cadeau d’un joli bouquet de fleurs, si le geste n’exprime aucun sentiment ? Dans un autre domaine, sans doute faudra-t-il que l'enfant apprenne son catéchisme ; mais si cela se fait sans qu'une relation se noue entre le Christ et lui, qu'en restera-t-il à l'âge adulte ?

Aujourd’hui, Louise vient de faire son entrée en église et a prononcé de belles paroles, disant qu’elle voulait suivre le Christ, mais si ce sont des mots « en l’air », que voudra dire son baptême ? Tout le cheminement que Louise a déjà commencé et est invitée à poursuivre, est une découverte personnelle du Christ vivant, du Christ présent, du Christ sauveur !

Le « savoir » seul, s'il n'est pas animé par l'amour, n'est pas la foi. C’est une simple connaissance et non une reconnaissance ! C'est même ce qu'on appelle la foi des démons (et là je cite les Pères de l’Église) : et précisément, cette foi ne sauve pas ! Cet homme possédé, à ce moment-là, n’est qu’une caricature de croyant. Sans jugement de ma part, c’est, hélas, un constat que nous pouvons faire aujourd’hui ! 

Le croyant ne peut pas être une sorte de perroquet, même d'une espèce catholique... qui ne ferait que répéter ce qu’il a entendu ! Que voudra dire la prière du Notre-Père, si elle est une simple récitation ! 

C’est un engagement, une disposition du cœur, c’est quelqu’un qui aime et qui croit que Dieu m’aime tel que je suis ! 

C'est pourquoi Jésus va libérer cet homme possédé : il commence à faire taire l’esprit mauvais ! 

En cela, aussi, cet esprit avait vu juste ! « Es-tu venu pour nous perdre ? » demande-t-il. C’est ce combat que Jésus mène contre les esprits impurs, les esprits mauvais, contre Satan.

« L’esprit impur… poussant un grand cri, sortit de lui. 

Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient 

entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? »
 

Jésus « enseigne avec autorité et pas comme les scribes » : c’est-à-dire sans faire référence à tel ou tel Rabbi, comme le faisaient les rabbins de l’époque ! 

Remarquez aussi que Jésus ne dit pas lui-même qu'il a l'autorité, qu'il faut lui obéir.

Jésus enseigne et sa Parole a une puissance nouvelle, comme aucune autre !

C'est sa présence qui accrédite sa Parole, d'autant que cette Parole agit et fait ce qu'elle dit. 

Mais, « comme notre cœur est lent à croire » (Cf. Lc 24 – Emmaüs). 

Il nous arrive, souvent, d’avoir cette lenteur à nous laisser pénétrer vraiment, par cette Parole !

Jésus patiemment donc, va enseigner ses disciples, et, petit à petit, les éclairer. Cela n’est possible que dans un accompagnement, un compagnonnage. Il semble donc privilégier la découverte lente et personnelle dans un cœur libre et aimant. Il nous donne, comme nous le faisons dimanche après dimanche, jour après jour, le temps de l'écouter, d'apprendre et d'accueillir son invitation à le suivre. Il nous relève de nos fautes et de nos échecs. Non seulement Il accepte nos questions, mais c’est Lui-même, à travers l’Évangile, qui les provoque et les suscite.

Durant cette eucharistie, frères et sœurs, prions particulièrement pour les parents et grands-parents qui sont les premiers éducateurs de la FOI ; prions aussi pour tous les enseignants, pour tous les catéchistes, pour tous ceux qui désirent témoi­gner de Jésus. Prions aussi pour tous les chercheurs de Dieu et tous les catéchumènes !

Comprenons que la foi n'est pas une affaire seu­lement de paroles, même si elles sont justes, mais de liberté et de charité en actes, au fil des jours. La foi est surtout dans notre histoire personnelle, la rencontre vraie avec le Christ ressuscité ! Nous ne sommes pas une religion du Livre, mais de la rencontre avec notre Sauveur !

Voilà ce que nous pouvons découvrir dans l’évangile de ce jour ! Demandons la grâce de pouvoir continuer notre chemin, avec le Christ, pour le Christ, avec nos frères et sœurs en humanité !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 27 janvier 2021, 3e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 4, 1-20. Lettre aux Hébreux 10-11-18. Psaume 109. 

 

Comme vous le pensez peut-être : enfin, une parabole avec son explication ! 

De fait, cette parabole a suscité de nombreux commentaires. Retenons déjà ce matin que cette parabole donne la clef de toutes les paraboles. Elle traduit la condition pour pouvoir entendre la parole de Dieu et la voir fructifier en nous. 

La question que Jésus nous pose est directe : qui sommes-nous ? 

« Sommes-nous les hommes d’un moment » ? Ou bien : « Sommes-nous attentifs à persévérer même dans l'épreuve ? » ; nous comprenons bien qu’il y a, en quelque sorte, une charnière, un choix en résonnance à ces questions.

Nous sommes capables d'enthousiasme et, en nous, la parole de Dieu trouve un écho ; nous la recevons avec joie, comme dit Jésus, et cette joie est sincère ; écouter la Parole de Dieu, écouter vraiment chaque parole de Dieu atteint notre cœur, éveille en nous l'espérance d'un nouveau commencement, et suscite un sursaut de générosité, des fruits nouveaux !

Mais la graine de la parole de Dieu a, parfois, tant de mal à prendre racine !

Les débuts sont souvent prometteurs. Puis tout à coup, les racines encore fragiles rencontrent la dureté du roc, et la graine s'épuise ! Si alors des épreuves ou des persécutions surviennent à cause de la Parole de Dieu, aussitôt nous nous décourageons !

Qui aurait pu penser qu'il y avait si peu de terre ? Vient alors un coup de chaleur, et tout grille en une matinée. Nous sommes ainsi, comme le dit Jésus : « les hommes d'un moment » !  

La graine n’est pas en cause, elle est excellente : rien ne peut mieux ensemencer notre cœur que la parole de Jésus ; mais, parfois malgré nous, il nous arrive de manquer de profondeur et de constance ! Cette Parole, qui pourtant voudrait germer en nous, rencontre rapidement la couche plus dure de nos tristesses, de nos peurs, de nos doutes, de nos refus.

Alors que faire ? 

Que faire pour que la graine résiste à toutes sortes de complications, grandisse en chacun de nous et porte du fruit ? 

La réponse est simple, et en même temps, parfois laborieuse à mettre en œuvre, une croissance est toujours possible !

Il y a déjà un constat que nous pouvons faire : nous avons de la bonne terre en chacun de nous, cela est certain ! Mais, si nous voulons la fidélité, il nous faut faire le choix personnel de la profondeur et de la constance. Il ne faudra pas oublier de nourrir cette terre en l’arrosant des sacrements et de la prière !

Frères et sœurs, ne nous décourageons pas ! Pour être une terre profonde et tenir dans la durée, il nous faudra du temps pour la croissance et aussi accepter d’avoir besoin des uns et des autres ! Les bons paysans, professionnels de la terre, peuvent nous confirmer que la graine ne devient pas plante en un claquement de doigts ! Il nous faudra de même, nous habituer aux longues patiences de Dieu et parfois aussi, savoir attendre dans la durée, les fruits !

Cependant, il nous revient, frères et sœurs, de poser un acte libre : « Choisissons ! », il est encore temps : la terre en nous est bonne, mais comment faire pour accueillir pleinement, en nous, la Parole de Dieu ? 

La question est là :

  Voulons-nous être les hommes d'un moment, ou les hommes et les femmes dans la durée ?

Puissions-nous prendre le temps, tout au long de ce jour, de laisser résonner en nous cette question et de répondre selon notre cœur, à l’invitation du Seigneur !

Ainsi soit-il !                                                                              

 

 

Homélie du dimanche 24 janvier 2021, 3e dimanche du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 1, 14-20. Livre de Jonas 3, 1-5.10. Psaume 24.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 7, 29-31.

 

Frères et sœurs : les temps sont accomplis ! Mais n’ayez pas peur ! Ne craignez pas ! C’est le Christ qui nous le dit.Pour mieux comprendre ces mots, il nous faut lire la Parole de Dieu. Rappelez-vous : il y a deux semaines, nous avons entendu le récit du Baptême de Jésus. Ce baptême a été le moment important qui a ouvert, à nouveau, la communication avec le Ciel. Ce qui avait été fermé par le péché des origines (par Adam et Ève) est à nouveau ouvert ! 

Nous avons vu les cieux s’ouvrir ! L’Esprit Saint est descendu, il est donné ! Dieu le Père inaugure une communication nouvelle avec nous. Après avoir longtemps parlé par les prophètes, (c’est toute l’histoire du Premier Testament), Dieu nous parle par son Fils, par la voix de son Fils ! Oui, les temps nouveaux sont accomplis !

Si le Pape François nous invite en ce 3° dimanche ordinaire, à mieux comprendre l’importance de lire la Bible, c’est parce que nous pouvons faire le constat que nous ne connaissons pas, ou si peu, la Parole de Dieu ! Certes, chaque dimanche des passages de la Bible sont proclamés, mais nous lisons juste une petite partie de la Parole de Dieu. Nous entendons des textes choisis, qui sont en fait, de courts passages de la Parole de Dieu. Il nous manque souvent les articulations du texte, le contexte, la situation ou les enjeux. Tout ceci pour mieux nourrir notre prière et notre compréhension de l’action de Dieu et des hommes. Il nous manque souvent aussi une vision d’ensemble et des clés de lecture ! Ne faudrait-il pas davantage d’assiduité à l’écoute de la Parole dans une lecture continue de la bible ?

Je note la joie de ceux qui participent aux différents groupes de lectures bibliques, comme les Fraternités locales et bien d’autres. 

Les Pères de l’Église nous partagent cette image très parlante du “mâchouillage“ de la Parole de Dieu, de sa manducation. C’est cette invitation que nous recevons à vivre plus intensément !

Alors, oui, les Temps de l’attente sont accomplis ! Dès le début de son ministère public, la première proclamation de Jésus est une parole d'espérance 

J'ai pour vous une bonne nouvelle, la bonne nouvelle de Dieu.

Cette bonne nouvelle d'espérance tient en quelques mots : le Règne de Dieu est là !

Frères et sœurs, ô combien avons-nous besoin d’entendre cette Bonne Nouvelle ! 

En réponse à cette annonce inouïe que Dieu nous fait, que nous demande-t-Il ? 

Nous entendons deux invitations indissociables :         

  • Convertissez-vous !
  • Croyez ! (croyez justement à la bonne nouvelle !)

Ces deux invitations : la conversion et la foi sont impossibles à vivre l'une sans l'autre. Si nous nous convertissons, si nous tournons le dos à nos idoles, à ce qui nous emprisonne et nous entrave, c’est pour répondre à Jésus ; c'est pour servir le Dieu vivant. Notre conversion n’a pas d’autre sens que de se mettre au service du Christ ; vivre avec et pour Lui !

Réciproquement, croire en Jésus-Christ, c'est entendre un appel qui nous fait prendre une autre route, c'est accepter de changer, et cela nous conduit à la conversion ! Rappelez-vous les mages, des païens venus d’Orient et qui sont à la recherche de Dieu ; ils font la rencontre de l’Enfant Jésus, ils se sont prosternés (Épiphanie)… et ils repartirent par un autre chemin ! Ce n’est pas uniquement la route qui est ici signifiée, mais la disposition de leur cœur : ils se sont convertis !

La conversion et la foi (ou la foi et la conversion), c’est ce qui nous donne de vivre au quotidien l’Eucharistie, les temps de prière, la lecture de la Parole de Dieu, qui nous invite et nous presse pour l’Annonce du kérygme, qui dit l’unité entre nous et tous les chrétiens, et ouvre à une disponibilité aux personnes en précarité ! 

C’est cette conversion, cette même foi qui nous réunit nombreux ce matin dans cette église.

Il y a donc une urgence à choisir le Christ, à le choisir sans cesse, jour après jour !

Je peux en témoigner : combien de personnes qui entrent dans cette église, chrétiennes ou non, portent au fond de leur cœur, la recherche du Dieu vivant, le désir de Dieu, peut-être même sans Le connaître.

Oui ! Il y a donc une urgence à choisir le Christ ! Nous n’avons que cette vie terrestre pour cela ! C’est pour cette raison que saint Paul écrit aux Chrétiens de Corinthe : « Je dois vous le dire : le temps est limité. » Les gens de Ninive l’ont bien compris ! Ils se sont convertis, ils se sont détournés de leurs idoles ! Ils ont fait le choix de Dieu. Ce qui est extraordinaire, c’est que Dieu lui-même se « convertit » en renonçant à ce qu’il avait prévu ! Il avait averti la ville de Ninive de sanctions effroyables, mais, devant le retournement de ses habitants, Dieu renonce, Lui-même, à ce qu’il avait annoncé.

Mystérieusement, nous pouvons changer, le cœur de Dieu par notre conversion ! Il nous faut le découvrir, le méditer et le comprendre. Ce qui reste toujours surprenant, ce qui étonne encore et encore beaucoup de nos contemporains, c’est que Dieu s'échine à vouloir avoir besoin de l'homme pour réaliser son Plan de Salut. Ne pourrait-Il pas agir tout seul ? Non ! Dieu a besoin de nous, comme Il a besoin de Jonas pour annoncer cet appel à la conversion aux habitants de Ninive !

Dieu ne veut pas faire sans l'homme, Il ne veut pas faire sans nous.

Il vient me chercher dans ma famille, dans le quotidien de ma vie, dans mon travail !

Dieu veut simplement nous rejoindre dans notre réalité humaine pour être avec Lui. Il espère notre réponse, Il attend parfois longtemps notre réponse. 

Chacun de nous peut entendre : « Viens, suis-moi » ! Ne crains pas !

Alors, avec détermination, prenons le temps de nous nourrir de sa Parole, de nous nourrir de son Eucharistie, de nous nourrir de la prière, de nous nourrir des rencontres avec les autres et le tout Autre ! 

Laissons-nous interpeller par le Christ ! 

Comme les premiers disciples, laissons là nos filets qui parfois nous entravent, nous emprisonnent, nous bloquent, et suivons Jésus !    

Frères et sœurs, demandons cette audace pour chacun de nous, déjà, ce matin !                                                                                                                                                             

                                                                                                                                                              Ainsi soit-il !

 

 

 

 

Homélie du lundi 18 janvier 2021, 2e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 2, 18-22. Psaume 109. Lettre aux Hébreux 5, 1-10.

Ce qui est extraordinaire avec Jésus, c’est sa capacité à rebondir ! On lui pose une question ; Il y répond en pédagogue, en nous invitant à une réflexion plus profonde !

Si vous le souhaitez et que cela vous est possible, je vous invite à prendre un peu de temps pour relire l’évangile de ce jour, afin de le goûter, de le « mâcher » pour nourrir notre prière. 

Il faut nous remettre dans le contexte. 

Une question est posée à Jésus « Pourquoi, alors que les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »

Nous pourrions traduire cette question ainsi : comment ce rabbi peut-il prétendre être l’Envoyé de Dieu, alors qu’il transgresse la Loi alors que ses disciples n’observent pas les coutumes traditionnelles ? 

La réponse de Jésus est une suite d’explications qui sont enchâssées les unes aux autres.

Souvent, quand un texte d’évangile rapporte plusieurs paraboles, plusieurs images, nous pouvons constater qu’elles se mettent en valeur les unes, les autres. 

Et c'est le cas aujourd'hui, au moins si nous recevons les paraboles pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire non pas des énoncés clos et définitifs, mais de petits programmes de réflexion. Il y a comme un processus de raisonnement qui nous est donné.

La première parabole est sans doute la plus transparente : on ne se met pas à jeûner quand la noce commence. C’est presque une évidence ! Pourquoi ? Imaginez que vous soyez invités à une noce, ou pour un dîner chez des amis et que vous ne mangiez rien : 

        - ce serait faire affront aux jeunes mariés, ou à vos amis

        - cela détonnerait dans l'ambiance de joie de cette fête !

Petite conclusion : il faut savoir s'adapter aux divers moments de l'œuvre de Dieu. Il y a un temps pour l'ascèse (et pour le jeûne) et ce temps-là n'est jamais révolu ; il y a aussi le temps de la joie pour les amis de l'époux, mais c'est lui avec qu'il s'agit de se réjouir. « Les invités de la noce pourraient-ils jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? »

La deuxième parabole nous invite à une réflexion plus profonde ; car il y a plusieurs manières de raccommoder :

        - ou bien on raccommode du vieux avec de l'usagé : dans ce cas on n'aura aucune surprise au lavage, mais le raccommodage n'aura pas rajeuni le vêtement, et il durera encore un peu de temps,

        - ou bien on raccommode le vieux avec une pièce neuve, et dans ce cas, au lieu de réparer, on prépare de plus grandes déchirures.

Petite conclusion : on débouche donc sur une simple question de bon sens : faut-il, oui ou non, raccommoder ? Quand l'étoffe est trop ancienne, cela ne sert à rien, car on ne fait que prolonger un vêtement qui a déjà fait son temps. Il est des moments où il faut savoir faire peau neuve et changer le vêtement. Puisque l'Évangile est là, c'est lui qu'il faut revêtir d’une façon nouvelle, dit Jésus ! La nouveauté est là, elle nous demande un discernement et un changement ; en termes bibliques : une conversion au Christ !

Pour la troisième parabole, celle du vin et des outres, je m’adresse aux œnologues qui aiment le bon vin : pour le vin nouveau, il faut des outres neuves qui résistent à la pression. De toute évidence, Jésus voit dans le vin un symbole de l'Évangile, de la nouveauté absolue qu'il apporte. 

La parabole du Vin et des Outres nous redit cette force et cette tension de la nouveauté de l’Évangile !

Petite conclusion : la grâce de Jésus nous invite à aller plus loin ; elle nous donne à la fois le contenu et le contenant. En même temps qu'elle verse le vin nouveau, elle rajeunit l'outre. À vin nouveau, outres neuves, si nous désirons suivre le Christ.

 

Comment résumer en une phrase l‘évangile de ce jour :

Jésus est l'Époux qui apporte la joie (la joie des Noces) le discernement (avec ce tissu neuf qu’il nous faut choisir) et la nouveauté (avec les outres neuves qui nous permettent d’accueillir la nouveauté de l’évangile).

Frères et sœurs, il nous faut reconnaître cette nouveauté du Christ dans notre vie ! À chacun de nous, de prendre le temps de la méditation pour comprendre comment ces petites paraboles vont nous faire grandir dans notre vie de foi.

                                                                                              Ainsi soit-il !  

 

 

Homélie du dimanche 17 janvier 2021, 2e dimanche du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Vincent de Paul, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 35-42. Premier livre de Samuel 3, 3b-10.19. Psaume 39.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 6, 13c-15a-17-20. Accueil des fiancés.

 

Nous avons la joie d’accueillir, pour cette eucharistie en l’église saint Vincent de Paul, les couples de fiancés de la Paroisse qui se préparent à vivre avec enthousiasme, la célébration de leur mariage ! Quelle grande joie et quelle belle espérance ! 

Dans leur démarche, pas à pas, jour après jour, découverte de l’un après découverte de l’autre dans une réciprocité amoureuse, j’ose le dire : le Seigneur est bien présent, comme Il le sera tout au long de leur vie, dans les bons moments, comme les moments plus difficiles ! 

Je le redis régulièrement : les sacrements que nous recevons en Église ne sont pas magiques, mais j’ai cette certitude que Dieu est toujours présent, quels que soient les événements de la vie ! 

Chers fiancés, le sacrement que vous préparez est une grâce et une chance pour votre couple.

Nous voici, en ce jour, au 2e dimanche du temps ordinaire ! Juste un petit rappel : Dimanche dernier, la belle fête du Baptême du Seigneur dans le Jourdain a marqué la fin du temps de Noël et inauguré l'entrée de Jésus dans son ministère public, après trente années de vie cachée à Nazareth. 

Ce qui est assez extraordinaire avec la liturgie, c’est qu’elle nous entraine, en une semaine, de la crèche avec l’Enfant Jésus à 30 années plus tard.

Aujourd’hui nous entendons la première partie de l’évangile selon Saint Jean, qui nous présente la vie publique de Jésus, son ministère, avec un regard et une question.

D'abord, un regard ! Nous l’avons entendu dans l’évangile, la présence de Jésus au bord du Jourdain suscite chez Jean le Baptiste cette révélation : « Jean Baptiste posant son regard sur Jésus qui allait et venait dit : « Voici l'Agneau de Dieu ! »

Pour nous, cette désignation “Agneau de Dieu“ ne signifie peut-être pas grand-chose, mais, dans le vocabulaire biblique, dans la compréhension des juifs de l’époque, c’est l’annonce du Messie et enfin, l’accomplissement des « Temps nouveaux ». 

C’est pourquoi les deux disciples de Jean « entendirent ce qu’il disait, et suivirent Jésus ».

 

Arrêtons-nous quelques instants sur ce regard !

C’est ce même regard que nous aurons juste avant la communion, au moment où le prêtre élève et montre dans l’hostie consacrée, le Christ présent ! « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »

 C’est un regard de foi ! Pour le chrétien croyant, c’est accepter que Jésus, non seulement soit réellement présent dans cette hostie, mais qu’Il soit aussi une nourriture, un viatique pour notre vie chrétienne ! Dieu vient en moi et se donne en nourriture ! Lors de chaque eucharistie, le même miracle se produit : Jésus est présent dans le Pain consacré ! Dieu vient à moi, vient en moi !

Ensuite, nous entendons une question !

Les premiers mots de Jésus ouvrant son ministère public expriment cette question...

« QUE CHERCHEZ-VOUS ? »

Jésus interroge donc les deux disciples ! Remarquons que cette question est aussi la nôtre à des moments importants de notre vie ! Elle rejoint toutes nos questions existentielles : qu’est-ce que je cherche vraiment ?

Que cherchez-vous ?

Littéralement : quel est le sens de ma vie ? Quel est le sens que je veux donner à ma vie ? 

Certains fiancés vont répondre : 

  • le bonheurune vie féconde, à faire du bienà construire notre couple sur du solide, créer une famille… Être acteur de paix et de bienveillance… Bref, des projets qui correspondent à nos aspirations ! 

La question rebondit, si je vous dis « Qui cherchez-vous ? »

  • Pour elle : l’homme idéal ? 
  • Pour lui : la femme parfaite ? 

Sans enlever vos illusions, car vous l’avez déjà expérimenté, pour atteindre cet idéal, il y a encore du travail ! Cependant, en chacun de nous, il y a un vrai désir de perfection, un désir d’accomplissement.

Celui que nous cherchons, dans un cœur en attente, n’est-ce pas le Christ, comme André et Simon-Pierre ? Seul le Christ nous révèle l’idéal de la perfection et le chemin que nous avons à parcourir ! 

Cette question traverse le texte Biblique, car elle reviendra vers la fin de l'Évangile selon saint Jean, au dimanche de Pâques.

Vous le savez sans doute, de bonne heure, au dimanche de Pâques, Marie-Madeleine est sortie au petit matin. Elle va jusqu’au tombeau et devant le tombeau vide, elle pleure ! Où est le corps du Christ ? ... À ce moment, Jésus ressuscité s'adresse à Marie-Madeleine : « Marie, qui cherches-tu ? » lui dit Jésus « Qui cherches-tu... ? » 

C’est Lui, Jésus, que Marie-Madeleine cherche de tout son cœur !

Que nous en ayons conscience ou pas, cette question essentielle interpelle toujours de nombreux contemporains qui sont en attente de Dieu !

Et toi, personnellement : « Que cherches-tu ? » c'est-à-dire : quel est ton désir, ton désir profond, au point de tout quitter et de tout donner ? De te donner tout entier !

À cette question de Jésus, les disciples répondent à leur tour par une autre question : « Maître, où demeures-tu ? » La réponse de Jésus est remarquable de liberté : « Venez et voyez ! » Il n’impose rien et Il les invite, librement, simplement, à faire eux-mêmes l’expérience d’une rencontre avec Lui ! 

C’est ce que nous faisons à chaque eucharistie quand nous lisons la Parole de Dieu et Le recevons dans la communion.

En effet, les disciples sont allés, ils ont vu… à vrai dire on ne sait pas quoi, on ne sait pas ce qu'ils se sont dit, mais l'étonnant, oui, l'étonnant c'est qu'après avoir demeuré ce jour-là auprès de Lui, c'était environ quatre heures du soir... ils sont sortis transformés ! 

De chercheurs de Dieu, ils sont devenus d’audacieux témoins de Jésus... 

André, qui a fait l’expérience de la rencontre du Christ, va trouver son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » et André amène son frère à Jésus... 

Ils quitteront tout pour suivre Jésus !

Certaines personnes de notre assemblée pourraient en témoigner toujours aujourd’hui : la rencontre du Christ nous transforme profondément. Pour vous qui allez recevoir bientôt le Sacrement du mariage, ma prière est que vous sortiez transformés de cette rencontre intime avec Jésus.

Je souhaite ajouter une dernière remarque pour la conclure mon homélie.

Après avoir entendu la question de Jésus, après avoir osé faire sa rencontre, il nous faut faire un pas de plus : vous avez sans doute observé que les lectures de ce jour se répondent dans une même thématique.

Le Psalmiste exprime avec force cette attente et cette recherche profonde : Il dit : « D’un grand espoir, j’espérais le Seigneur : il s’est penché vers moi… alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

De même dans la 1re lecture, le jeune Samuel, à l’appel du Seigneur répondra : « Me voici » ! « Parle, ton serviteur écoute » ! Et il se met donc à l’écoute de la Parole du Seigneur.

Chers amis, quel que soit notre âge… notre projet de vie, que nous soyons célibataires, fiancés, mariés, consacrés, prêtres… ou dans d’autres états de vie… 

À la question de Jésus qui franchit le temps et l'espace :

     - « Pourquoi, me cherches-tu... ? »

     - « Que cherches-tu... ? Qui cherches-tu ? »

… ma réponse libre doit m’inviter à une vraie disponibilité ; oser dire « Me voici, Seigneur, je t’écoute » ! Cette écoute de l’autre qui est vrai dans le couple, est encore plus nécessaire vis-à-vis de Dieu ! 

 

Frères et sœurs, osons nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, c’est Lui que nous cherchons de tout notre cœur. C’est Lui qui donne sens à notre vie ! 

Puissions-nous Le découvrir et nous mettre à son service !    

                                                                                                                                                                                                                                              Ainsi soit-il !

 

 

 

 

Homélie du lundi 11 janvier 2021, 1re semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 1, 14-20. Lettre aux Hébreux 1, 1-6. Psaume 96

 

Les temps sont accomplis ! Hier, nous avons vécu le Baptême de Jésus, nous avons vu les cieux s’ouvrir ! Effectivement, les temps sont accomplis !

L’Esprit Saint est descendu, il est donné ! Dieu le Père inaugure une communication nouvelle avec nous. Tous ont entendu que le Fils, c’est-à-dire Jésus, est celui dans lequel le Père a mis tout son amour, toute sa joie. Le plan d'amour de Dieu est annoncé maintenant ; après avoir parlé par les prophètes, Dieu nous parle par son Fils, et la voix d'homme qu'on entend est celle du Fils de Dieu, la voix du Fils !

Dès le début de son ministère public, la première proclamation de Jésus est une parole d'espérance : j'ai pour vous une bonne nouvelle, la bonne nouvelle de Dieu.

Le contenu de cette bonne nouvelle d'espérance tient en quelques mots : le Règne de Dieu est là. « Dieu est avec nous : Emmanuel ! » C’est bien ce que cherche notre cœur !

En réponse à cette annonce inouïe que Dieu nous fait, que nous demande-t-Il ? 

Nous entendons deux invitations indissociables :     

  • Convertissez-vous !
  • Croyez ! (croyez justement à la bonne nouvelle !)

Ces deux invitations :  la conversion et la foi sont impossibles à vivre l'une sans l'autre. Si nous nous convertissons, si nous tournons le dos à nos idoles, c'est pour répondre à l'Envoyé, c’est pour répondre à Jésus ; c'est pour servir le Dieu vivant.

Réciproquement, croire en Jésus-Christ, accueillir le Messie de Dieu, c'est entendre un appel qui nous fait prendre une autre route, c'est accepter de devenir autre, et cela nous conduit à la conversion ! Rappelez-vous les mages qui font la rencontre de l’Enfant-Jésus (Épiphanie)… et ils repartirent par un autre chemin !

La conversion et la foi, c’est ce qui nous donne de vivre au quotidien l’Eucharistie, les temps de prièrel’Annonce, le témoignage, cette disponibilité aux personnes les plus défavorisées, à celles et ceux qui vivent dans la précarité ! Ce sont les fruits que nous pouvons vivre simplement si nous nous convertissons et si nous croyons.

Ce qui reste toujours surprenant, et ce qui étonne encore et encore beaucoup de nos contemporains, c’est que Dieu s'échine à vouloir avoir besoin de l'homme pour réaliser son Plan de Salut. Ne pourrait-Il pas agir tout seul ? Cet appel des disciples témoigne avant tout de cette réalité étonnante : 

Dieu ne veut pas faire sans l'homme, Il ne veut pas faire sans nous.

Il vient chercher celui-ci dans son travail, dans le quotidien de sa vie !

Dieu ne nous demande pas l’impossible, il veut simplement nous rejoindre dans notre réalité humaine en étant avec Lui. Il veut passer à travers celle-ci pour que l'appel à la conversion retentisse auprès de tous. Dieu nous demande d’être fidèles et de témoigner des merveilles qu’Il réalise dans nos vies.

Chacun de nous peut entendre : « Venez, suivez-moi ; venez après moi », comme l’a dit Jésus à Simon et à André, puis à Jacques et à Jean, et : « je ferai de vous des pécheurs d'hommes ».

Frères et sœurs, prions pour que nous découvrions comment faire retentir nous aussi, cet appel du Christ dans notre travail, dans nos engagements, comme dans nos familles.

Ne soyons pas inquiet, nous le savons, toutes missions en église, nous dépassent souvent. 

Alors, avec détermination, laissons là nos filets qui parfois nous entravent, et suivons Jésus !         

Demandons cette grâce pour chacun de nous !                                                                                                                                                                                                                      

 Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 10 janvier 2021, fête du Baptême du Seigneur, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 1, 7-11. Livre du prophète Isaïe 55, 1-11. Isaïe 12. 

Première lettre de saint Jean 5, 1-9.

 

Les quatre évangiles nous parlent du baptême de Jésus ! Ce baptême est un événement nécessaire dans la vie publique de Jésus ! Pourquoi insister sur l’importance de ce moment où Jésus est plongé dans l’eau du Jourdain ? Le Baptême de Jésus apporte une double réponse : 

     - La première est celle de la réalisation du Plan de Salut du Père en son Fils Jésus par l’Esprit Saint (La Trinité est présente) 

     - La seconde est la réponse à notre attente et à toutes nos soifs : soif de vivre ! Soif de connaître ! Soif de croire ! Soif de Dieu !

Toutes ces soifs sont bien présentes en nous-mêmes, car nous pressentons vraiment que notre vie est bien plus grande que celle que nous vivons sur cette terre ! 

Dans un paradoxe surprenant, à la suite du Christ, par notre baptême, nous avons été invités, nous aussi, à un passage vers la Vie en passant par une plongée (au sens figuré) « par la Mort » ! Pourquoi évoquer la mort en ce jour ? Tout simplement, car le mot de “baptême“ en grec, signifie « être plongé » dans l’eau. Nous savons que l’eau est, à la fois, source de vie (croissance) mais aussi, qu’elle est source de mort (noyade).

Que se passe-t-il dans l’évangile que nous venons d’entendre ? 

Voici Jésus survenant sur le bord du Jourdain où baptise Jean. Ce fleuve sur lequel tout a commencé a une signification particulière. Il prend sa source sur le mont Hermon à 500 m d'altitude et descend jusqu'à la Mer Morte, 430 m en dessous du niveau de la mer ; en fait le point le plus bas de la terre. Déjà, nous pouvons comprendre que ce fleuve exprime réellement une descente et symboliquement, une profondeur !

Ce baptême que Jésus vient demander à Jean est un baptême de conversion. Il est le signe public qu'on regrette ses péchés et qu'on veut changer son style de vie, c’est-à-dire qu’on décide de vivre une descente intérieure et profonde en nous-mêmes pour une vie nouvelle ! Ils sont nombreux à accourir d’un peu partout, auprès de Jean ; ils viennent de Judée, de Jérusalem, Pharisiens, scribes, bref un « tout un peuple » (Lc 3,21) venant jusqu’au bord du Jourdain.

Surprenante situation, où Jésus attend son tour dans la foule de pécheurs ! D'emblée, Jésus rejoint les pécheurs là où Dieu travaille leur cœur, là où ils décident de se convertir. Que Jésus, qui es saint, sans péché, se présente au milieu des pécheurs, voilà qui est surprenant ! Mais qu’il s’abaisse dans les eaux, comme un pécheur ! Cela nous remue et bouscule beaucoup nos schémas. Pourquoi Jésus doit-il recevoir le baptême ?

Jean lui-même, voulait l'en empêcher, comme l’écrit saint Matthieu : « C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi et c'est toi qui viens à moi ! »

Ce récit dans l’évangile de saint Marc est d'une grande sobriété. Le baptême lui-même n'est pas décrit. Jésus a simplement effectué un double mouvement. Il est descendu dans les eaux et Il en est remonté. La descente dans le Jourdain traduit le mouvement même de Dieu venant à la rencontre de l'humanité pécheresse. ­

Jésus est plongé par Jean-Baptiste dans l'eau et en ressort… Cela préfigure l'image de sa mort et de sa résurrection. En se faisant baptiser dans le Jourdain, Jésus nous montre qu’il veut, (selon la parole de l’épître aux Hébreux) : « se faire semblable en toutes choses à ses frères ». De fait, Jésus a vécu ce que nous avons vécu, nous aussi, quand nous avons été baptisés. Il nous entraine à sa suite !

Il y a donc ce double mouvement de descente et de montée : « Les cieux s'ouvrirent et il vit l'Esprit de Dieu descendre sur lui » !

J’aimerais m’arrêter quelques instants sur ce qui se passe, car je voudrais réfléchir avec vous, sur trois éléments importants : le texte dit : « Et aussitôt, en remontant de l’eau …     
        1 - il vit les cieux se déchirer
        2 - l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.
        3 - Il y eut une voix venant des cieux :
                       « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve toute ma joie. »

Dans ce verset, nous pouvons mieux comprendre le projet que Dieu veut pour notre Salut ! Dieu est remarquable pour sa persévérance et malgré les contradictions des êtres humains, il garde ce désir d’une grande proximité avec chacun. 

Rapidement, voici quelques pistes de réflexion :

Les cieux se déchirent ! Les cieux s’ouvrent !

S’ils s’ouvrent, c’est qu’ils étaient fermés… Comment cela peut-il se faire ? À quel moment ont-ils étaient fermés ?

Pour pouvoir le comprendre, retournons au livre de la Genèse, au chapitre 3

Rappelons-nous le contexte : nous sommes dans le jardin d’Eden, et Dieu avait l’habitude, « à la brise du jour » (Gn 3,8) de converser intimement avec Adam et Ève. Nous connaissons l’histoire malheureuse de la convoitise et la proposition du serpent de manger du fruit défendu. Ils en ont mangé… Certes, il y a un péché de désobéissance ! Mais le drame survient peu après, juste au moment où Dieu vient, comme d’habitude à la rencontre d’Adam et Ève, et ceux-ci se cachent ! Plus exactement, ils se dissimulent et ont peur de Dieu. Ils ne répondent pas à l’appel de Dieu : « Adam, où es-tu ? » Dieu comprend alors qu’ils ont mangé du fruit défendu. 

Tout aurait pu s’arranger, nous savons la bienveillance que Dieu a vis-à-vis de sa créature. Mais, l’attitude de l’homme brise tout dialogue de confiance. À ce moment précis, il se passe quelque chose d’effrayant : l’homme refuse le contact avec Dieu ! 

Dieu n’est pas fautif ! La conséquence de ce refus, c’est que quelque chose se ferme à cet instant : le dialogue ne semble plus possible et Adam et Ève quittent le jardin d’Éden, ce jardin de la Rencontre. C’est à ce moment-là que les cieux se ferment : non par la volonté de Dieu, mais par la bêtise de l’homme.

Dieu n’aura de cesse que de vouloir ré-ouvrir les cieux, mais ses nombreuses tentatives n’aboutissent  pas. À travers les prophètes, à travers tout l’Ancien Testament, Dieu va chercher à communiquer, sans grand succès… « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils » (lettre aux Hébreux chap. 1)

Il envoie donc son Fils : c’est le temps de l’incarnation. C’est la fête de Noël que nous venons de fêter, l’Enfant-Dieu de la crèche…

Jésus commencera son ministère public par un geste d’obéissance, un geste d’une grande humilité, un geste qui va permettre à Dieu, en Jésus-Christ, de nous montrer le chemin qu’il nous faudra suivre.

La conséquence est immédiate : au moment où Jésus sort de l’eau du Jourdain, les cieux s’ouvrent, ils se déchirent ! L’Esprit Saint est donné ; comment décrire la troisième personne de la Trinité ? Lors de la Pentecôte, il apparaît sous forme de langues de feu, avec Ezéchiel, l’Esprit Saint est action, à d’autres moments, l’Esprit est un souffle, lumière ou colombe.

Comment décrire l’amour de Dieu ? Nos mots humains s’épuisent et restent faibles !

« Les cieux s’ouvrent et, comme une colombe, l’Esprit descend. » Immédiatement, par cette ouverture, on entend la voix du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi je trouve ma joie. »

Ce sont les mots du Père exprimant sa relation aimante à Jésus et lui assignant sa mission. La communication entre Dieu et les hommes est enfin retrouvée ! 

Jésus aura cette mission de nous faire découvrir, entendre, écouter la voix de son Père, comprendre le Salut qu’Il veut pour chacun de nous, et combien nous avons du prix pour Lui.

C’est justement au moment du baptême de son Fils Jésus que s’ouvre pour nous, cet incroyable événement : à nouveau, nous entendons la voix du Père !

Par le don de l’Esprit Saint, nous faisons la joie du Père. Cette même parole de bénédiction a été prononcée au jour de notre baptême, et, pour chacun de nous, à ce moment-là, les cieux se sont réouverts. 

            Lors de célébrations baptismales d’enfants ou d’adultes, nous entendons que Le baptême libère du péché « originel » ! Comment comprendre ?

Le péché originel, est donc ce péché de désobéissance, de défiance et d'orgueil de nos premiers parents, c’est aussi la sortie du Jardin d’Éden et la fermeture des cieux.

Au jour de notre baptême, nous entendons, dans l’oreille de notre cœur : 

« Tu es mon fils bien-aimé, ma fille bien-aimée ; en toi je trouve ma joie.

Je te fais le don de la force de l’Esprit Saint, avec ses dons et son fruit,

afin que tu puisses entrer pleinement, par l’amour que je te donne,

dans le plan de Salut que j’ai préparé pour toi ! »

Frères et sœurs, voilà quelques clefs de lecture pour redécouvrir une épiphanie (ou révélation) ce qui était caché et qui se révèle aujourd’hui en pleine lumière ?

Réjouissons-nous aussi dans le Seigneur en cette fête, de nous avoir amenés ce soir, sur les bords du Jourdain et de faire mémoire, dans l’Action de grâce, de notre propre baptême !    

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 6 janvier 2021, mercredi après l’Épiphanie, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 6, 45-52. Première lettre de saint Jean 4, 11-18. Psaume 71. 

 

Pour notre vie spirituelle, le passage d’aujourd’hui est intéressant ! 

Il nous montre une expérience éprouvante des disciples et nous renseigne, d’une certaine façon, sur un combat quotidien dans notre vie de foi, un combat qui nous touche tous ! Une question est sous-jacente :

Quoi qu’il arrive, ai-je confiance en Jésus ?

Quoiqu’il puisse nous arriver au quotidien, dans notre vie, ai-je confiance en Jésus ?

Que se passe-t-il dans cet épisode ? Après une multiplication des pains enthousiasmante (c’était l’évangile d’hier : cinq mille hommes nourris dans l’allégresse !), Jésus renvoie les disciples en barque avant lui, en direction du petit port de Bethsaïde. « Quand il les eut congédiés, il s’en alla sur la montagne pour prier », nous dit l’évangile. Sans doute, ressentait-Il cette nécessité de prière et d’Action de grâce ! 

Mais, voyant les disciples en grande difficulté, voilà que Jésus vient à eux en marchant sur la mer. Il vient à eux vers la fin de la nuit, en pleine tempête, mais eux ne le reconnaissent pas ! Surprenant, les disciples ne reconnaissent pas Jésus !

Ils ne voyaient qu'une chose : leur solitude ! Sans doute aussi une peur ou la crainte dont nous parle saint Jean dans la première lecture !

Ils auraient pu se souvenir que Jésus avait déjà calmé les flots en furies ! 

     Mais non !  Ils n'ont pas reconnu Jésus, qui refaisait les gestes de Dieu. Ils ont même cru voir un fantôme, ils ont poussé des cris, ils ont été "bouleversés". Ces mots décrivent bien l’affolement qui régnait dans la barque. Cela peut arriver, à certains moments de notre vie, que nous soyons, à ce point, bouleversés… Peut-être les disciples avaient-ils un cœur endurci, un manque de confiance, dans la solitude d’une nuit agitée ! L’évangile nous dit surtout : « …car, ils n’avaient rien compris au sujet des pains. »

Pour nous, ce matin, cette expérience spirituelle des disciples devrait nous faire réfléchir.

Jésus prie seul, dans la montagne ; cependant, Il voit, Il sait ses disciples en difficulté sur la mer.

Que pouvons-nous comprendre ?

La prière précède l’action ! La prière, dans la solitude, n’isole pas le Christ de ses frères, au contraire. Elle est le lieu de la perception de leur détresse et la source de sa compassion pour eux. 

La prière précède l’action ! Être uni au Christ priant nous permet, à nous aussi, de discerner la véritable détresse de ceux qui nous entourent et d’entrer dans une vraie compassion à leur égard. Littéralement, quand je suis moi-même, en prière, je ne me coupe pas du monde, mais je suis, au contraire, complètement relié au monde. En vous disant ces mots, je pense à tous les monastères de moines et de moniales et à l’importance de leurs prières dans leur solitude au rythme des offices, mais dans une prière qui est nécessaire et toujours connectée au monde. C’est un beau témoignage de foi ! 

Frères et sœurs, demandons donc, lors de moments difficiles, un plus grand désir de prière, un surcroit de confiance et de paix pour nous. Soyons aussi, pour nos frères et sœurs, des témoins de confiance et de Paix de la part du Seigneur.

Je vous propose une petite résolution pour ce jour : portons, dans la prière, une personne en difficulté et demandons au Seigneur de nous éclairer sur les gestes de compassion que nous pourrions poser à son égard.           

La prière précède l’action !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 4 janvier 2021, lundi après l’Épiphanie, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 4, 12-17.23-25. Première lettre de saint Jean 3, 22 à 4, 6. Psaume 2.

 

Alors que nous sommes encore dans le temps de Noël, cet évangile peut nous déconcerter. Nous avons encore l’image du petit bébé Jésus de la crèche, et d’un coup, nous sautons plus de trente années pour nous retrouver au début du ministère public de Jésus. 

Mystérieuse liturgie qui nous entraine dans toutes sortes de zigzags historiques, afin que nous comprenions mieux la mission du Christ.

Jean le Baptiste a bien préparé le terrain. Il est celui qui a annoncé la venue du Messie ; c’est un homme passionné, passionné de justice, et sa parole juste contre la malhonnêteté du roi Hérode le conduira en prison.

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean, « il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée… », c’est-à-dire : au bord du lac de Tibériade, « …dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. »

Avec cette arrestation, Jésus se trouve à un tournant de sa vie, car en quittant la ville de Nazareth (temps de sa période de vie cachée), il entre et s’expose dans sa vie publique.

La figure de Jean le Baptiste va disparaître, invitant ainsi Jésus à prendre, en quelque sorte, sa suite

Effectivement, à partir de ce moment précis, Jésus se met, lui aussi, à proclamer : 

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

Le passage d’évangile que nous venons d’entendre est à relire dans le temps de la Nativité (temps que nous vivons) afin de percer et d’approfondir le mystère propre de l’Épiphanie et tout particulièrement celui de Noël.

 Comme je le précisais hier soir, Noël et l’Épiphanie sont deux grandes fêtes majeures, deux versants d’une même et unique fête : la reconnaissance de Jésus venue en notre chair. C’est ce que dit saint Jean dans la première lecture : « Tout esprit qui proclame que Jésus-Christ est venu dans la chair, celui-là est de Dieu. » C’est bien la même chose qui nous est dite par ses deux fêtes : Noël s’adresse davantage au peuple Hébreu et l’Épiphanie davantage aux nations, aux païens, c’est-à-dire à chacun de nous.

L’Épiphanie nous rappelle aussi, à travers cette étoile, ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe : « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » 

Hier encore, lors de l’eucharistie, en cette fête de l’Épiphanie, nous avons entendu dans la lettre de saint Paul aux chrétiens d’Éphèse, cette « lumière » qui éclaire toutes les nations. Je vous en relis quelques phrases : « Ce mystère…a été révélé maintenant… que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. »

Durant la nuit de Noël, rappelez-vous ! Nous entendions déjà cette annonce faite aux bergers : au petit matin, accompagnés par le chant des anges qui chantaient le Gloria, les bergers s’avancent jusqu’à Bethléem, découvrent l’Enfant Jésus et se prosternent devant lui. 

Hier, avec les mages, ce sont des païens qui se prosternent devant Jésus (La tradition nous informe qu’ils venaient d’Asie, d’Afrique, d’Europe : limites du monde connu à cette époque). 

Les prophéties de l’Ancien Testament trouvent leur accomplissement en la personne de Jésus : le Verbe fait chair est Lumière; et cela pour toutes les nations.

 Nous savons que cette large invitation s’adresse à tous. Nous nous en réjouissons dans une joie profonde ! Cependant, nous sommes invités à nous interroger à nouveau ! Cette question n’est pas anodine : et nous, comment accueillons-nous cette nouvelle dans notre quotidien ? Que devons-nous faire ?

C’est vrai, nous savons que Jésus est venu largement apporter la guérison, le Salut… et, nous devons nous laisser guérir de toute maladie et de toute infirmité ; mais, frères et sœurs, comment accueillons-nous, nous-mêmes cette nouvelle ? Nous avons une réponse à donner !

Il est vrai que bien souvent dans notre vie, dans notre cheminement, nous sommes à la croisée des chemins ; là aussi, comme pour les mages, nous sommes invités à la conversion. Comme eux, nous pouvons repartir par un autre chemin

  • Bref, nous n’avons jamais terminé de nous convertir !
  • Dans notre façon de vivre,
  • Dans notre désir de témoigner du Seigneur,
  • Dans nos décisions, petites et grandes, comment choisissons-nous le Christ ?

C’est un chemin d’humilité que les mages ont ouvert en visitant l’Enfant divin ; il nous faut bien souvent, faire de même.

Frères et sœurs, mettons notre foi dans le nom de Jésus

Demandons avec audace d’être aussi des “Jean-Baptiste“ des prophètes pour notre temps, et d’annoncer le Christ à temps et à contretemps !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 3 Janvier 2021, Solennité de l’Épiphanie du Seigneur, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 2, 1-12. Livre du prophète Isaïe 60, 1-6. Psaume 71. 

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 3, 2-3a, 5-6.

 

Chers amis, nous avons fêté Noël il y a quelques jours et, aujourd’hui, nous vivons la solennité de l’Épiphanie. Noël et l’Épiphanie sont deux belles fêtes solennelles de l’Église. En réalité, elles sont, toutes les deux, les versants d’une seule et même fête : pourquoi ?

  • La fête de la naissance du Sauveur et de sa manifestation dans l’humanité (Noël), seuls des juifs, les bergers de Bethléem, en furent les témoins, 
  • Pour l’Épiphanie, ce sont les mages venus d’Orient, qui sont les témoins et qui vont se prosterner devant Jésus. Ces mages représentent le monde païen (non-juif). 

Nous pouvons constater que Noël a plus de relief dans notre pays et dans certains pays voisins, ainsi que dans le continent américain. La solennité de l’Épiphanie est plus fêtée en Orient, mais aussi en Espagne. (Par exemple, chez eux : on n’offre pas de cadeaux à Noël, mais à l’Épiphanie).

Dit autrement, si à Noël, la Nativité du Seigneur, la venue au monde du Sauveur, a pour seuls témoins, les bergers, les humbles de la société d’alors (Luc 2, 17), l’Épiphanie est la fête de l’apparition, de la manifestation (traduction littérale du terme grec έπιφάνεια) du Sauveur aux yeux du monde, aux yeux des nations, aux yeux des païens.

D’une certaine manière, cette fête nous concerne au premier chef, car la plupart des membres de l’Église n’appartiennent pas au peuple de la première Alliance. C’est le baptême que nous avons reçu qui nous fait entrer dans l’Église et qui nous révèle que nous sommes enfants d’un même Père et frères de Jésus.

Cette solennité constitue à elle seule, comme un mini-évangile, un résumé du Salut que saint Matthieu veut nous faire découvrir. Rappelons-en quelques éléments...

- Les mages : ils représentent les païens (ce ne sont pas des rois !) qui ont su, mieux que les Juifs, accueillir le messie. Ce sont des savants - un peu à la manière des savants du  18e siècle en Europe - savants dans plusieurs domaines : l’astronomie, la physique, les sciences, les mathématiques, la botanique. Ils sont en recherche ! Ils représentent donc les non-juifs, qui ont su accueillir le Messie, mieux que les juifs eux-mêmes. 

Ce thème est cher à saint Matthieu ; souvenez-vous : à la fin de son évangile, il sera le seul à rapporter l’intérêt porté par la femme de Pilate - une païenne – sur le salut de Jésus. Dès le début, les païens, les étrangers, sont là auprès de l’Enfant Jésus, tandis que les autorités juives (les chefs des prêtres, les scribes et le roi Hérode) ne se déplacent même pas ! Hérode demande simplement aux mages d’aller voir et, une fois trouvé, de revenir lui raconter ce qu’ils ont découvert. Nous savons qu’Hérode est dévoré par la jalousie et qu’il fera assassiner, quelque temps plus tard, tous les enfants de moins de deux ans. 

- L’étoile : sans elle, les mages ne découvriraient pas le Fils de Dieu. Est-ce un astre ? Peut-être, mais nous devons comprendre cette étoile comme étant l’image de la foi : un don que Dieu nous fait. Elle est comme un signe dans la nuit, le signe d’un Dieu qui n’abandonne pas les hommes dans leurs ténèbres, mais se plaît à les rassurer en leur rappelant sa fidélité. Cette étoile est importante car, à plusieurs moments de notre vie, une étoile est apparue pour nous conduire et nous guider !

Les mages, nous dit l’évangile, « furent remplis de joie à la vue de l’étoile… » Peut-être est-ce pour nous une invitation à considérer, avec émerveillement, toutes les étoiles qui ont guidé notre route vers le Christ ? Réfléchissons bien : combien y en a-t-il eu de ces événements, de ces rencontres, de ces paroles, des célébrations, des versets bibliques, qui ont été comme des étoiles à certaines périodes sombres de notre vie et qui l’ont éclairée ? Ils nous ont aidés à choisir le chemin à emprunter et les décisions à prendre…

N’oublions pas que nous pouvons être telle une étoile - modestement sans doute -  lors d’un échange, d’un témoignage avec des personnes qui sont en recherche d’une aide, d’une attention, d’un soutien !

 

L’or, l’encens et la myrrhe... Ces cadeaux que les mages vont Lui offrir ont une signification précise.

De l’or, comme à un roi : car il s’agit que Jésus soit Seigneur de notre vie, qu’il règne sur nos désirs, nos projets, nos pensées, nos actes, nos choix... Jésus est Roi, mais pas n’importe quel roi ; Il n’est pas un monarque puissant comme ceux que nous découvrons dans nos livres d’histoire. La fragilité même de cet Enfant de Bethléem nous montre que ce roi n’a pour seule puissance que celle de son amour. Jésus n’est tout-puissant que par amour !

De l’encens, comme une prière à Dieu : car en Jésus, c’est plus qu’un prophète que Dieu nous envoie. Nous disons du Seigneur Jésus qu’il est désormais assis à la droite du Père ; c’est une manière de dire qu’Il est l’égal du Père, vrai Dieu né du vrai Dieu. C’est Lui qui nous permet d’entrer dans la connaissance du Père, par l’Esprit Saint.

De la myrrhe enfin ! C’est le cadeau le plus surprenant. C’est cet onguent qu’on utilise pour les soins funéraires. Jésus n’a pas fait semblant d’entrer dans notre histoire. Les mages lui offrent de la myrrhe, car Lui qui était immortel, a accepté, pour nous, de devenir mortel. Il nous a donné sa mort en gage de notre résurrection ! Cette myrrhe est déjà l’annonce de sa mort et de son ensevelissement.

Enfin cet évangile se termine par une révélation : c’est par un autre chemin que les mages sont conviés à regagner leur pays. C’est l’image même de la vie chrétienne, c’est-à-dire de la conversion à laquelle nous sommes tous invités. Nous pouvons suivre un chemin, pensant qu’il est le bon puis, un peu plus tard, une étoile brille, Dieu nous révèle ce à quoi nous sommes appelés et comment Le suivre, avec Lui et pour Lui. Quand on a découvert Jésus, on ne peut pas continuer comme avant... Il faut parfois changer de cap, prendre une autre route ! 

Frères et sœurs, en ce début d’année, demandons à Dieu qu’il en soit ainsi dans chacune de nos vies, pour que l’amour du Christ soit vraiment manifesté partout où des hommes, comme les mages de l’évangile, sont en quête d’un monde meilleur, d’une rencontre avec le Christ !

N’oublions pas que chacun, chacune d’entre nous, sont des lumières les uns pour les autres et que notre mission est aussi d’illuminer notre monde !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du 1er janvier 2021, Solennité de Marie, Mère de Dieu, année B

Messe célébrée en l’église de saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 2, 16-21. Livre des Nombres 6, 22-27. Psaume 66

Lettre de saint Paul aux Galates 4, 4-7. Journée mondiale de la paix.

 

Nous le savons ! Pour entrer dans la vie, nous passons par le corps d’une maman. Pour entrer dans la nouvelle année, nous passons par le cœur d’une Mère. Dans sa délicatesse liturgique, l’Église nous fait célébrer Marie, Mère de Dieu, en ce premier jour de l’année.

Parce que nous sommes accueillis dans le corps d’une maman, dès les premiers instants de notre vie intra-utérine, la porte de la vie s’ouvre pour nous ! Marie, la Vierge Marie, par son accueil maternel, est aussi cette porte d’entrée dans la nouvelle année ; « Porte du Ciel », dit cet hymne marial du temps de l’Avent et de Noël : L’Alma Redemptoris Mater. On y chante la Vierge Marie : «Porte du Ciel toujours ouverte ».

Marie est « Mère de Dieu », car elle a donné naissance au Fils de Dieu dans la chair ; c’est pourquoi elle est : « porte du ciel toujours ouverte ». Littéralement : porte qu’on traverse, per via caeli, c’est-à-dire la porte par laquelle on passe, pour aller là où quelqu’un nous attend. 

Marie n’est donc pas une porte pour s’y arrêter, mais une porte pour aller vers son Fils. Marie a donné naissance à Celui qui dira ensuite (dans l’évangile de saint Jean, Jn 10, 7) : « Je suis la porte des brebis ; personne ne va vers le Père sans passer par moi ». Marie est donc la porte qui ouvre à la porte des brebis ; et ainsi, nous entrons dans le cœur de la très Sainte Trinité.

Alors, en ce jour de passage à la nouvelle année, nous sommes vraiment invités à entrer en 2021 par la porte qu’est le Christ, en passant par la porte qu’est Marie.

 

Je vous propose cette méditation, en demandant l’intercession de Marie « Mère de Dieu », pour nous aider à découvrir comment vivre cette année avec foi et espérance.

Célébrer le jour de l’an par cette fête mariale, c’est donc s’ouvrir plus profondément au mystère de la présence de Marie sur notre chemin de foi, puisqu’on va jusqu’à la prier « maintenant et à l’heure de notre mort ». Marie nous accompagne tout au long de notre vie terrestre ; Marie accompagne tous les engendrements. Elle nous montre son fils et nous conduit à Lui. C’est la vocation de la Vierge Marie que nous pouvons découvrir en ce premier jour de l’année !

L’année 2020 est terminée ! Nous l’avons plus ou moins fêtée dans des conditions particulières…Nous avons vécu de beaux momentsmais reconnaissons que cette année a été difficile, frustrante, douloureuse ! Nous avons été privés de notre liberté, privés de rencontres, privés de douces réunions familiales et amicales… et ce masque qui couvre notre visage et nous empêche de découvrir pleinement ceux que nous rencontrons. Beaucoup ressentent cette situation sanitaire avec peur et angoisse. Un minuscule virus a montré notre fragilité ! Nous nous pensions si fort être tout-puissants ! Encore ce soir, nous ne savons plus très bien comment réagir ! Tout cela se mêle en nous et dans notre mémoire ! En même temps, nous portons au fond de nous cette espérance, cette certitude que Dieu est avec nous, qu’Il ne nous lâche pas.

Une nouvelle année commence ! Que sera-t-elle ? Que serons-nous ? Notre avenir est sans cesse ouvert et réouvert, et il ne se fera ni par la force, ni par la violence, ni par le pouvoir, ni par la richesse. 

Ce qui semble évident, c’est qu’il n’y aura pas de paix sans « la culture du soin » ! Il n’y aura pas de paix sans que nous collaborions ensemble en formant une véritable communauté de frères qui s’accueillent réciproquement, qui s’appuient sur eux, en prenant soin les uns des autres, particulièrement des plus faibles.

Ce que je viens de vous dire ne vient pas de moi, mais du très fort message du pape François en ce 1er janvier. J’espère que nous allons réussir à mettre en œuvre cette  « culture du soin », ensemble, dans notre paroisse, tout au long de cette année. Je vous invite à lire en entier ce message qui a été placé sur le site de la paroisse.

En cette journée mondiale de la paix, que le manteau de Marie, Mère de Dieu, vienne envelopper toutes les familles éprouvées par cette pandémie, mais aussi par toutes les difficultés que chacun de nous peut rencontrer. Que sa prévenance maternelle pour l’enfant Dieu se prolonge en une même prévenance pour chacun de ses enfants à travers le monde.

Ne perdons ni espérance, ni joie, ni soucis de l’autre !

Un des dangers serait de nous replier sur nous-mêmes, et cela serait terrible ! Demandons la grâce, pour chacun de nous, de garder le cœur ouvert aux autres et surtout à Dieu !

     Dans la première lecture du livre des Nombres, nous avons entendu une très belle bénédiction que je ne me lasse pas d’entendre et ré entendre.

Cette bénédiction solennelle est vieille d’au moins deux mille six cents ans ! Nous la recevons particulièrement en ce 1er jour de l’An !

Que le Seigneur te bénisse et te garde,

Qu'il fasse pour toi rayonner son visage.

Que le Seigneur te découvre sa face,

Te prenne en grâce et t'apporte la paix.

Belle et sainte année à tous !                                                                 

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du jeudi 31 décembre 2020, 7e jour dans l’octave de la Nativité, année B.

Messe d'Action de grâce pour l'année écoulée.

Messe célébrée en l’église saint-Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Première lettre de saint Jean 2, 18-21. Psaume 95. 

 

Chers frères et sœurs, nous sommes au terme de l’octave de Noël. Il y a juste une semaine, nous nous retrouvions dans cette église Saint-Louis (certains dans une autre église peut-être), et nous célébrions la naissance du Sauveur. 

Lors de la nuit de Noël, l’évangile selon saint Luc a été proclamé, nous faisant participer, au cœur même de la nuit, à cet événement si simple et naturel de la naissance, pour une maman, de son fils premier né. 

En même temps, nous redécouvrons un événement qui nous dépasse ; cet enfant né de Marie, est le Fils unique de Dieu : Dieu parmi nous, Dieu comme nous !

Ce soir, il nous est donné de méditer à nouveau - comme lors de la messe du jour de Noël - le prologue de l’évangile selon saint Jean. Ce prologue nous invite au cœur de ce mystère, il nous éclaire, à nouveau sur le projet de Dieu, sur la puissance de vie que Dieu veut pour chacun de nous et pour le monde, et pour comprendre le Salut de Dieu. 

Au commencement, et depuis toujours, existe le Verbe de Dieu, Lui qui est Dieu lui-même, par lequel tout a été créé. Il est Vie et source de toute vie, Lumière et principe de toute lumière. Il vient nous communiquer cette Vie et cette Lumière qu’il est depuis toujours.

Tout au long de cette octave de Noël, jour après jour, nous avons été invités à contempler le mystère éternel de Dieu. Enfin, pourrions-nous penser ! Contempler Dieu, Le toucher, L’entendre, vivre par lui et de Lui ! Cependant, en venant dans notre humanité, Dieu se heurte à un triple refus :

-        la Lumière a rencontré les ténèbres, et celles-ci ne l’ont pas reçue; 

-        le Créateur est venu visiter sa création et celle-ci ne l’a pas reconnu; 

-        le Verbe est apparu parmi les siens et les siens ne l’ont pas accueilli

Mystère de l’homme qui refuse de comprendre que son Créateur aime profondément sa création !

Frères et sœurs, ce qui a commencé la nuit de Noël recommence chaque jour. Il appartient à chacun de nous de savoir accueillir Jésus avec le cœur ouvert, dans notre vie de tous les jours, et de discerner la présence de Dieu au quotidien !

Une année se termine ! Nous avons vécu de beaux moments, mais reconnaissons que cette année a été difficile, frustrante, douloureuse ! Nous avons été privés de toutes sortes de choses : déjà, de notre liberté, de rencontres paroissiales, de réunions familiales et amicales. Beaucoup ressentent cette situation sanitaire avec peur et angoisse. Un minuscule virus a montré la fragilité de l’homme ! Encore ce soir, nous ne savons plus très bien comment réagir ! Tout cela se mêle en nous et dans notre mémoire !

Une nouvelle année commence ! Que sera-t-elle ? Passionnante quoi qu’il arrive, si nous l’avons décidé ! Que serons-nous ? Notre avenir est sans cesse ouvert et réouvert, et il ne se fera ni par la force ni par la violence, ni par le pouvoir, ni par la richesse. Nous sommes invités à entrer dans le cœur même de Dieu, à nous laisser habiter par une vie tellement puissante que nous traverserons tout, y compris tous les bonheurs et toutes les peines ! Y compris la mort et toutes nos petites morts !

C’est là, et pas ailleurs, qu’est la source de notre joie ! Une joie qui grandit à chaque fois que nous courrons vers la lumière, la joie confiante, profonde et calme de ceux qui choisissent de s’associer à la mission du Christ, dans la prière.

Il nous revient, frères et sœurs, dans les mois à venir, à travers les plus ordinaires de nos choix et de nos décisions, de faire basculer l’obscurité de la nuit et de mettre à chaque instant Dieu au monde. Dans ce travail de recréation, déjà en nous-mêmes, et autour de nous, nous ne serons jamais seuls. Dieu l’a promis, Il nous bénit, celui qui, de Noël à Pâques, nous a donné sa vie.

Demain, nous allons entendre, dans le livre des Nombres, une magnifique prière :                  

« Que le Seigneur te bénisse et te garde,

Qu’Il fasse pour toi, rayonner Son visage,

Que le Seigneur te découvre Sa face,

Te prenne en grâce et t’apporte la paix ! »

Frères et sœurs, gardons cette bénédiction dans nos cœurs !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 30 décembre 2020, 6e jour dans l’octave de la Nativité, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 2, 36-40. Première lettre de saint Jean 2, 12-17. Psaume 95. 

 

Nous connaissons cet épisode de la présentation de Jésus au Temple :

  • D’une part, quarante jours après sa naissance, pour la purification de Marie, 
  • et d’autre part pour la présentation du premier-né à Dieu. 

Aujourd’hui, nous entendons la deuxième partie de l’évangile. Après que Siméon ait accueilli Jésus, dans ses bras, Anne, la prophétesse, « survenant à cette heure même, proclamait les louanges de Dieu et parlait de cet enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. »

Chaque mot de ce texte a une signification très précise :

- Le prénom Anne signifie en hébreu : “Dieu est miséricorde“.

- Fille de Phanuel signifie en hébreu : “Dieu est lumière“.

- … de la tribu d’Aser signifie en hébreu : “bonheur“.

En déployant ainsi la signification des noms, nous comprenons un peu mieux ce que l’évangéliste veut dire et comment il place l’appartenance de la veuve Anne, dans cet évangile. Dieu est miséricorde et lumière, car Il est bonheur !

Poursuivons !

L’âge de 84 ans, un âge vénérable pour l’époque (la durée de vie était alors beaucoup moins longue) représente probablement et de manière symbolique, le long temps d’attente du peuple Hébreu ; 8+4=12, n’est-ce pas ? Douze tribus d’Israël qui pleurent l’absence de l’Époux, après que le péché (rupture avec Dieu) les ait chassés du jardin d’Éden, dont le chiffre symbolique est le 7 (les sept dons de l’Esprit et les sept sacrements). Si nous continuons, nous remarquons que 7x12= 84.

Tout cela veut dire que le temps de l’accomplissement est enfin arrivé ! À travers la numérologie (Gematria en hébreu) dont les Hébreux sont friands, nous comprenons que le temps de l’accomplissement est enfin arrivé.

Par son assiduité au jeûne et à la prière, Anne fait donc figure non seulement de la veuve parfaite, mais aussi de l’humanité repentante, qui s’est tournée vers Dieu dans un désir ardent de Salut, dans le désir de sa venue.

Le ministère prophétique de ces deux vieillards, Siméon et Anne, dont les yeux déjà s’éteignent, nous désignent Jésus comme la lumière, comme la miséricorde, et comme promesse de bonheur.

Frères et sœurs, voilà ce qu’il nous faut entendre à travers la signification des noms et des chiffres.

Telles sont les paroles d’espérance que le Père adresse à son Fils, et à tous ceux qui souffrent des « ténèbres du péché » et qui désirent ardemment le Salut que seul Dieu, peut donner.

Au terme de sa vie, relisant tout son cheminement avec le Seigneur pour en partager l’essentiel avec les croyants, saint Jean (que nous allons entendre tout particulièrement demain dans le Prologue), synthétise aussi son enseignement en quelques traits, en explicitant l’accomplissement de ces trois paroles prophétiques :

  • « Vous connaissez le Verbe lumière qui existe depuis le commencement. »
  • « Vous avez vaincu le Mauvais par la puissance de sa miséricorde. »
  • « Vous connaissez le bonheur d’être enfants du Père et de vivre de son Esprit. »

Pour nous-mêmes, à quelques heures du changement symbolique d’année, le Seigneur ne nous demande pas de choses extraordinaires. Vous le savez, le Seigneur n’agit pas dans l’extraordinaire, mais plutôt dans l’ordinaire, dans le quotidien de notre vie. 

  • Il nous demande de rester fidèles à sa Parole.
  • Il nous exhorte au combat spirituel, car les désirs égoïstes de la nature humaine (désir du regard, de la richesse, de l’orgueil) sont incompatibles avec l’amour du Père.
  • Il nous encourage à résister au Mauvais (Satan) en nous appuyant sur sa grâce, et sans cesse à nous relever de nos chutes en comptant sur sa miséricorde.

Retenons pour nous, aujourd’hui que Dieu est lumière, qu’Il est miséricorde et qu’Il veut notre bonheur !

C’est ce que nous redit la prophétesse Anne.

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 28 décembre 2020, fête des saint Innocents, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu, 2, 13-18. Première lettre de saint Jean1, 5 à 2, 2. Psaume 123.

 

Entendre ce texte, aujourd’hui, nous bouleverse et nous fait frémir. Il y a encore quelques heures, nous étions émerveillés et réjouis par la naissance de l’Enfant dans la crèche ; c’était la liesse, la fête : « Jésus est né, alléluia ! » et, tout de suite après, la liturgie nous met face au drame du monde et à la folie de l’homme pour nous faire mieux comprendre la difficile mission de Jésus. 

Nous avons fait un bond en avant et nous voilà juste après l’Épiphanie, en cette octave de Noël, à quelques jours de la visite des mages venus honorer Jésus. Les mages ont suivi l’étoile, ils ont cherché le roi d’Israël, ils sont passés par Jérusalem et ont consulté Hérode. Hérode, lui, n’a pas bougé d’un pouce dans son attitude ; il est violent, jaloux.

« Alors, Hérode, voyant que les mages s’étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région. » nous dit l’évangile de ce jour. 

Nous sommes tous confrontés, d’une façon ou d’une autre, à la barbarie de l’homme, à la douleur, à la mort…

  • Pourquoi ?
  • Pourquoi tant de violence ?
  • Pourquoi cette haine, cette folie d’Hérode ? 
  • Pourquoi les soldats ont-ils obéi et accompli leur geste terrible ? Car ce sont bien eux qui ont tués les enfants.
  • Pourquoi la mort de tant d’innocents ?

Ces questions traversent le temps et viennent jusqu’à nous, et malheureusement, ces mêmes cris retentissent encore.

Je vous laisse imaginer la douleur des parents ! C’est comme si résonnaient à nos oreilles, les cris de douleur de ces pauvres mères meurtries par la mort de leurs enfants et, comme le dit le prophète Jérémie : “Rachel pleure ses enfants“.

En ces jours, la souffrance de Jésus est à son comble. Il est tout petit, c’est un bébé, et il n’aura pas fallu attendre longtemps pour voir se déchainer la haine du monde contre lui. Alors qu’il est le Sauveur, lui-même terminera sa vie terrestre, cloué sur une croix.

À Noël, l’ombre de la croix est déjà présente ! N’est-ce pas ce que nous chantons dans le cantique « Il est né le Divin Enfant » : « … de la crèche au crucifiement, Dieu nous livre un profond mystère » !

Nous sommes toujours tellement saisis de stupeur et d’horreur devant toute cette violence, devant ce déferlement de violence de l’homme contre l’homme !

Ne pensons pas que cela s’inscrive dans une histoire passée ! Que d’endroits en ce monde ou, à l’instant même, au moment où nous sommes ici dans cette église (en relative sécurité) des drames similaires sont en train de d’être vécus : comment ne pas penser à tous ces enfants innocents qui, aujourd’hui encore, souffrent et meurent injustement, victimes de la folie des hommes, de l’inconscience des hommes, victimes d’avortement, victime de violences physiques ou morales ?

N’hésitons pas à nommer l’ennemi, Satan, le démon, le Diviseur… qui par l’inconscience consensuelle des hommes, continue à tuer et détruire à son gré, comme si l’homme donnait “carte blanche“ à sa folie meurtrière. C’est lui qui sort vainqueur de nos désaccords, c’est lui qui se réjouit de toutes ces violences !

Ce qui certain, c’est que Dieu est innocent du tout mal qu’Il ne veut pas ! Dieu n’est pas l’auteur du mal et Il laisse l’homme à sa liberté, même si l’homme parfois, est capable librement des pires atrocités … Cependant, Dieu continue son plan de salut ! Il sait où Il veut nous amener. 

Jésus va grandir en sagesse et en intelligence, obéissant à ses parents, comme nous l’avons entendu hier, dans l’évangile, offrant sa propre vie, pour que nous ayons la vie. Jésus sera sauvé de la mort par l’obéissance de Joseph et de Marie afin qu’Il puisse accomplir sa mission ; “et ils partirent en Égypte“, nous dit l’évangile. C’est ainsi que la Parole s’accomplit ; “d’Égypte, j’ai appelé mon fils“ mais l’homme entendra-t-il cet appel ?

La grâce que nous pouvons demander pour nous, et, bien sûr pour le monde, de libérer notre cœur de toute violence, de toute injustice et de tout mal !

Accueillons aussi dans notre prière, toutes les mères, tous les pères inconsolables et portons à Dieu, dans cette eucharistie, le refus de tous ceux qui ne savent pas que Dieu les aime et qu’il fait de la Vie de toutes nos morts ! C’est Lui qui est la source de la Vie !

En cette octave de Noël, puissions-nous en être assurés, mais surtout Le suivre pas à pas !

Ainsi soit-il !

Homélie du jour de Noël 2020, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Livre du prophète Isaïe 52, 7-10. Psaume 97.

Lettre aux Hébreux 1, 1-6.

 

Noël ! Heureux Noël ! Joyeux Noël ! 

Peut-être avez-vous reçu beaucoup de messages sympathiques, amicaux et familiaux ? Comme nous aimonsprofondément ce temps de Noël ! À cause, peut-être, de merveilleux souvenirs d’enfance, d’une recherche de sens et d’espérance… 

 Personnellement, je trouve une grande douceur dans cet événement caché dans la petite ville de Bethléem. Comme l’annonçait Isaïe cette nuit : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné. Sa paix sera sans fin. ».

Que s’est-il passé donc en cette nuit de Noël ? 

 

Messe de la nuit

- Lors de la messe de la Nuit, Marie, douce et délicate, totalement unie à Dieu, pleine de grâce, forme la Sainte Famille avec son époux Joseph. Marie, porte en elle l’Enfant de la promesse, celui qui était attendu de toute éternité. Il est là : promesse de vie ! Sans doute se rappelle-t-elle l’annonce de l’ange Gabriel ?

Cette famille est pourtant refusée par toutes les auberges de Bethléem, et doit trouver un refuge dans une grotte où dorment des animaux. Dans cet abri pauvre, mais cependant chaleureux, une simple mangeoire (signification prophétique) sera le berceau du nouveau-né. La première maison du Verbe fait chair, du roi des rois, n’est donc pas un palais majestueux. C’est une modeste grotte semblable à celle que des fouilles archéologiques ont révélée à Bethléem.

C’est là que Marie, dont la virginité a été préservée par pure grâce du Père, met au monde son enfant. 

Cela peut nous paraître banal aujourd’hui ; mais à l’époque où il n’y a ni hôpital ni clinique, chaque naissance est déjà un miracle familial et intime. Joseph assiste avec pudeur Marie et recueille dans ses bras son fils qu’il nomme Jésus comme l’ange lui avait dit de le faire. Ce prénom n’est pas anodin, car il désigne déjà la mission de l’Enfant-Dieu : Jésus veut dire : « Dieu sauve ».

 

Messe de l’aurore

Ce matin, ici même à 8 heures, nous avons vécu la deuxième messe de Noël, nommée la messe de l’Aurore. Cette église était dans l’obscurité la plus totale, juste quelques petites lumières brillaient. Comme pour nous, ce matin, ce sont des générations qui ont vécu cette attente, tels des veilleurs d’espérance. Cette naissance aurait pu être secrète et inconnue si les anges innombrables n’étaient allés annoncer la nouvelle. À qui l’annoncent-ils ?

Aux pauvres d’abord, aux humbles. Cette nouvelle est annoncée, dans un premier temps, aux bergers qui vont venir s’associer à la joie du ciel et de la terre en chantant les louanges de Dieu : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes que Dieu aime ». Mais, plus largement, les païens – des non-juifs – sont invités aussi à cette rencontre. Nous connaissons la quête des Mages lors du dimanche de l’Épiphanie.

La Nativité est, pour les croyants, l’accomplissement de la promesseune promesse attendue comme nous l’avons entendu lors de la lecture de la lettre aux Hébreux, en 2e lecture. Dieu est venu, Il a pris notre humanité ! Il est présent ! Nous pourrions tous nous réjouir, comme j’espère que nous le faisons tous, mais c’est aussi un drame : « Le monde ne l’a pas reconnu ! »

« Jésus, Tu es venu chez les tiens et les tiens ne t’ont pas reçu ».

Un drame ancien qui date de deux mille ans, mais qui est encore et toujours présent. C’est aussi le drame de notre société qui a abjuré sa foi, refusant de reconnaître le Christ et de L’accueillir. Cependant, lors de cette messe, il est bon de réentendre la joie simple des bergers qui a irradié cette naissance ; ils deviendront les premiers témoins et annonceront la naissance de Jésus.

 

Messe du jour de Noël

- Après avoir entendu le merveilleux de la naissance dans la nuit, nous sommes invités à prendre un peu de hauteur pour comprendre cet événement et mieux découvrir le Plan de Dieu pour chacun de nous. 

Saint Jean, dans cette longue méditation qui ouvre son évangile (appelée le Prologue), nous offre un chemin pour entrer plus avant dans ce mystère de l'Incarnation. Il déroule, pour ainsi dire, le mystère tout au long de l'histoire humaine, depuis les lointaines origines du monde. Il retrace en quelques lignes tout le projet de Dieu, sa longue patience vis-à-vis des hommes et de leurs péchés, et l'amour persévérant avec lequel Il a préparé, depuis des siècles, cette fête de Noël.

Saint-Jean nous dit surtout ce que le Christ a été depuis toujours !

De toute éternité, il était avec Dieu, et Dieu lui-même, Dieu avec Dieu ; Dieu qui est Père, Fils et Saint Esprit ! Nous découvrons que Dieu est unique et que, en même temps, Il n’est pas solitaire et se dit en trois personnes : Père, Fils et Esprit Saint. Avant même qu'il y eût un monde, avant même qu'il y eût un temps à mesurer, il était, comme Fils de Dieu, l'image parfaite de son Père, l'expression totale de son Père.

Parlant par les Prophètes que nous entendons dans le Premier Testament, ce Fils de Dieu était annoncé comme Sauveur, c’est-à-dire le Messie. Toute l’attente du Peuple Hébreu est là !

     Enfin ce Fils de Dieu s'est fait chair, il a établi sa demeure parmi nous, et il pouvait dire : "Moi, parole éternelle de Dieu, je vous parle du Père avec vos mots humains". Tout ce que vous avez cherché à savoir, tout ce que vous n’avez pas pu comprendre, je viens vous le dire dans un langage que vous comprenez. Après des siècles de révélation, nous avons entendu le Révélateur : le Fils de Dieu a fait entendre une voix humaine qui était la sienne.

Frères et sœurs, il ne suffit pas de nous rappeler que nous sommes chrétiens, peut-être surpris ou émerveillés par l’audace de Dieu, et de continuer notre vie comme si de rien n’était. Noël est un moment unique à vivre !

CHAQUE NOËL EST UNE INVITATION À ENTRER PLUS INTIMEMENT DANS CE MYSTÈRE DE PROXIMITÉ AVEC DIEU, À CHANGER MA MANIÈRE DE VIVRE !

Ne nous laissons pas submerger par les difficultés de l’existence, ou les difficultés sanitaires ! Ne nous laissons pas dominer par le « prêt-à-penser » et les idées toutes faites, ne croyons pas que nous pouvons nous attribuer le pouvoir de manipuler l’être humain et de nous en servir comme d’un instrument ! Ne renonçons pas à la puissance de l’amour et à la force de la fidélité jusqu’au bout !

Ne nous laissons pas voler la joie de Noël !

Ne nous laissons pas assombrir par une morosité ambiante, et tomber dans une désespérance qui n’est pas chrétienne ; croyons vraiment que le Christ nous sauve !

Chers frères et sœurs, la joie de Noël nous est donnée comme un cadeau extraordinaire afin que la joie de Noël habite nos cœurs et ne la quitte jamais.

Puissions-nous, frères et sœurs, tout au long de ces jours, chanter les louanges de Dieu !

 

Saint et joyeux Noël à chacun de vous et à vos familles !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

 

 

Homélie du vendredi 25 décembre 2020, Noël, messe des bergers, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 2, 15-20. Livre du prophète Isaïe 62, 11-12. Psaume 96.

Lettre de Tite 3, 4-7.

 

 

Chers amis, merci, déjà, de votre présence de si bonne heure, après avoir passé, sans doute, une douce veillée de Noël, et avoir pris le temps d’accueillir le mystère de la naissance de Jésus ! Nous voici réunis pour célébrer « la messe des bergers », ou « la messe de l’aurore ». Il fait encore nuit au-dehors, et dans l’obscurité de cette église, simplement éclairée par quelques bougies, nous sommes invités à entrer davantage dans ce mystère de cette nuit de Noël.

Comme je vous le disais en introduction, la messe d’hier soir ne suffit pas ni même celle que nous vivons maintenant. Nous participerons tout à l’heure à la messe du jour de Noël qui nous invitera à prendre un peu de « hauteur théologique » et il nous faudra peut-être toute une vie pour saisir pleinement le mystère qui se dévoile à nos yeux. 

Peu de chrétiens connaissent cette messe de l’aurore. Pourtant, rappelez-vous les trois messes basses de l’écrivain Alphonse Daudet ! Peut-être aussi vous souvenez-vous du curé dom Balaguère, ventripotent, salivant en pensant déjà à son repas de fête, ou aussi, de ce “pousse au crime“ de Garrigou. Grâce à ce conte, bien des Français, même totalement déchristianisés, ont continué à se rappeler que la liturgie eucharistique comporte trois messes différentes (Les trois Messes basses). 

En effet, ces trois messes sont une invitation à entrer davantage dans le mystère de Noël. Elles constituent, en quelque sorte, une progression de cette lumière de la Nativité, et je vous propose très simplement ce matin, à la façon d’une méditation, de suivre ensemble, les étapes de cette illumination.

 

  • La messe de la nuit rappelle l’événement historique survenu il y a deux millénaires environ. Dieu a pris notre humanité  en naissant dans la petite ville de Bethléem ! La Vierge Marie a accouché du reflet resplendissant de la gloire du Père, et ce reflet lumineux est cependant si modeste que seuls, Marie et Joseph le discernent vraiment. En cette nuit de Noël, le corps visible de Jésus sert à désigner le mystère invisible de notre Salut, mais dans la nuit obscurcie par le péché, seuls les cœurs purs peuvent percevoir cette vérité. Certains vont s’arrêter au merveilleux de la nuit de Noël, mais il nous faut entrer en profondeur et devenir des témoins, comme les bergers, à la fin de nuit qui sont venus, ont vu et vont annoncer leur rencontre si particulière avec cet enfant. 

 

  • Après la messe de la nuit, c’est donc la messe de l’aurore que nous vivons maintenant. 

Sans doute, est-ce la plus intime ! Cependant, elle nous conduit à percevoir une nouvelle dimension de la venue du Messie. La lumière incertaine des premières lueurs du jour s’ajoute à la lumière qui vient de la crèche et touche chacun de nous, les plus éloignés de Dieu comme les chercheurs de Dieu : celles et ceux qui sont en quête de sens… et ils sont nombreux ceux qui cherchent un sens à la vie, à leur vie. Ces arbres que vous pouvez observer dans l’église, et dont les branches sont constellées de nombreux petits papiers porteurs de prière, montrent l’urgence de la mission. Cette messe est aussi appelée la “messe des bergers“.

Effectivement, à la lecture de l’évangile nous le comprenons ; de nombreux bergers gardant leurs troupeaux étaient dans les champs autour du village de Bethléem ; ce sont des gens humbles, et les voilà interpellés, avertis, émerveillés par ce qu’ils entendent, si bien qu’ils se laissent toucher par l’invitation des anges et par la petite lumière surgie dans la nuit. Ils décident de se rendre à Bethléem pour rencontrer l’Enfant dans cette mangeoire. C’est le cœur plein d’espérance et de joie, qu’ils repartiront, témoins de ce qu’ils ont vu ! À nous aussi d’ouvrir notre cœur à la lumière qui surgit dans la nuit !

  • La troisième étape est la sortie de la nuit : l’illumination connaît enfin son sommet dans la messe du jour que nous allons vivre ensemble tout à l’heure. 

On y proclame, en effet, le « Prologue » de l’évangile selon saint Jean. Ce texte est comme la clé de voûte du Nouveau Testament. Il nous renvoie à un nouveau « Commencement » et nous illumine en disant : « Le verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme. » Le Prologue nous permettra d’entrer davantage dans l’histoire du Salut, de prendre de la hauteur et de quitter la crèche pour quelques instants, afin de comprendre comment, de toute éternité, avant même que le monde soit créé, Dieu a un projet de vie pour chacun de nous. Cette lumière illumine sans cesse notre monde !

La lumière du Christ est pour chaque membre de l’humanité ; elle n’est pas le privilège d’une époque ou d’un lieu. La venue des mages à la crèche, dans quelques jours, nous le confirmera.

 

Je résume ; aux trois messes de Noël correspondent trois extensions de la Révélation : 

        - La nuit, Jésus est lumière et Il vient rencontrer chacun de nous.

       - À l’aube, Jésus lumière attire les plus humbles, les témoins, ceux qui vont aller rencontrer le Christ et témoigner : les missionnaires.

       - Au jour enfin, Jésus lumière s’offre pour tous les hommes, pour toutes les nations, pour toutes les civilisations, même les plus éloignées de Lui, et même pour les païens. Il offre une espérance et donne le sens de la vie et ce pour quoi nous sommes faits.

Frères et sœurs, dans quelques instants, nous allons vivre ensemble cette eucharistie ; je vous invite à faire le rapprochement entre la mangeoire où Jésus est couché, emmailloté où Il préfigure le Pain de vie et son Corps donné, sa Vie donnée pour que nous ayons la Vie.

Chers frères et sœurs, le jour va bientôt se lever, comme vous voyez cette lumière du matin à travers les vitraux de cette église. Ce jour est celui de la Nativité de Notre Seigneur. Avec les anges qui annoncent cette bonne nouvelle aux bergers, nous sommes invités, nous aussi, à entrer dans la louange de Dieu. Ne restons pas dans l’obscurité ! Devenons de lumineux témoins de l’amour du Christ !

Je souhaite à tous un joyeux, saint et merveilleux Noël !

                                                                                                                             Ainsi soit-il !

Homélie de la messe de la nuit de Noël 2020, année B.

Messe célébrée en l’église saint louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon Saint-Luc 2, 1-14. Livre d’Isaïe 9, 1-6. Psaume 95. 

Lettre de saint Paul à Tite 2, 11-14.

 

Frères et sœurs, nous allons mettre en acte ce que nous venons de chanter. Nous allons vivre l’instant de la naissance de Jésus très simplement ; je vais aller maintenant déposer l’Enfant Jésus dans la crèche. Si les enfants, les parents et bien d’autres souhaitent faire ce chemin avec moi, ils sont les bienvenus ! 

Nous nous prosternerons ensemble quelques instants devant Jésus dans la crèche. 

Nous chantons : « Gloria, gloria, in excelcis Deo ! »

Cette procession que nous venons de vivre, humblement, est un geste que des chrétiens, de génération en génération, ont accompli avec foi !

C’est un geste d’admiration, de vénération et de reconnaissance. 

C’est un geste qui nous invite à découvrir un mystère que nous devons approfondir ! 

Que sommes-nous donc en train de vivre ce soir : le Mystère de la Nativité ! 

Que se passe-t-il à Noël ? La naissance d’un enfant ! Cela est vrai ! Mais, pas de n’importe quel enfant !  

Chers amis, dans chaque nuit de Noël, il y a dans cette Nativité de Jésus, un secret qui ne peut être pleinement révélé ou totalement compris ! Pourquoi ?

C’est parce qu’il y a une telle grandeur dans cette petitesse, une telle profondeur d’amour dans cette simplicité, qu’on ne sait trop comment faire pour en parler. Nos mots humains ont du mal à exprimer un tel événement ! 

Comment faire pour traduire la clarté qui jaillit de cette nuit, et la Parole de vie qui monte d’un tel silence ?

Ce que nous savons, ce que nous pouvons dire, c’est que cette naissance est une Joyeuse et Bonne Nouvelle,qu’elle nous est annoncée aujourd’hui, qu’elle est chantée par toute la terre, et qu’une troupe innombrable d’anges chante avec nous ! (Lc 2,10-13). A ceux dont les cœurs s’ouvrent à ce mystère, leur joie devient communicative !

Comment témoigner de Noël ? Comment l’expliquer ? Peut-être allez-vous rencontrer des personnes (familles, petits-enfants, amis…) qui vous questionneront ? 

Nous pouvons dire qu’il y a un triple émerveillement dans cet immense mystère :

  • qui, tout d’abord, se déroule « au plus haut des cieux » ;
  • puis ce message va retentir sur toute la terre ; 
  • et se vit, enfin, en jaillissant au plus profond de notre cœur.

 

À partir de ces trois étapes, réfléchissons sur le sens de cette Naissance du Fils de Dieu !

1- Frères et sœurs, le mystère de Noël que nous vivons ce soir, se déroule d’abord au « plus haut des cieux » (Lc 2,14). Avant même que le temps et le monde soient créés, avant même le Big Bang : Dieu a un projet de vie !

Ce mystère a son origine au cœur même de l’amour trinitaire (Dieu, Père, Fils et Esprit Saint : c’est le signe de Croix que nous fait sur nous au début de toute célébration)

Parce que « Dieu est amour » en effet, qu’Il l ne peut être isolé, solitaire. Dieu est dialogue, relation, partage, amitié. Il est donc Trinité : un seul Dieu et trois personnes ! C’est parce qu’Il est la Vie, Qu’Il nous la transmet. « À son image donc », Dieu nous a tous créés » (Gn 1,27).

C’est parce que nous étions « perdus par suite de nos fautes », que cette nuit, d’en haut, Il nous envoie son salut. Ou, plus exactement encore, qu’Il nous envoie son Fils Jésus, qui est Lui-même notre Sauveur ! Première étape : Dieu veut le salut de tous !

2- Cette nuit de Noël et son message retentissent sur toute la terre et traversent tous les continents ! L’événement de cette Nativité est célébré par plus de 2,4 milliards de chrétiens sous toutes les latitudes. Nous ne sommes pas seuls à célébrer ce grand mystère ! Nous sommes en communion avec tous les peuples de monde depuis notre église. 

C’est dire l’incroyable retentissement de la naissance de Jésus ! Des conditions parfois difficiles n’ont pas empêché de vivre, même discrètement, cette fête (je pense aux périodes de guerres, aux années difficiles de persécutions, ou d’interdiction politiques…). Dans toutes les familles, même discrètement, Noël a été célébré et fêté ! 

Peut-être pouvons-nous y voir un parallèle entre ce qui s’est passé il y a 2000 ans et ce que nous vivons aujourd’hui. Comme vous l’avez entendu dans l’évangile, ils étaient nombreux ceux qui étaient déplacés, bousculés par ce grand recensement forcé dans tout l’Empire romain, un peu comme aujourd’hui la crise qui touche le monde entier et qui désorganise profondément nos modes de vie, de liberté et de pensée. Deuxième étape : Dieu veut le Salut de tous les peuples !

3- Je termine en interrogeant l’espérance que nous avons au plus profond de notre cœur ! Je veux croire encore que, sans infantilisme, nous avons encore un cœur d’enfant : un cœur qui continue d’espérer contre toute désespérance !

Il y a quelques jours, j’ai posé une question aux enfants lors de la séance de catéchisme ; c’était celle-ci :« Pourquoi Jésus est-il venu sur la terre ? » Une petite fille a levé la main et a répondu : «  Pour nous sauver ! » Sa réponse était juste, mais qu’est-ce que cela signifie ? Elle a poursuivi avec sérieux : « Jésus est venu sur terre parce que Dieu aime tous les hommes. Il est venu nous parler de son Père, et dire que nous sommes ses fils et filles bien-aimés. » Après quelques instants de réflexion, elle a ajouté : «  Si Dieu nous a créés, en effet, c’est par amour, c’est pour être mon ami, pour nous faire partager sa vie. » Quelle belle réponse !

En cette fête, il nous faut comprendre qu’il n’y a que l’amour qui peut nous rendre vraiment heureux. L’amour ne se mesure pas à ce que l’on possède ou à ce que l’on fait dans sa vie : il se mesure au contraire à ce que l’on fait de sa vie et à l’amour qu’on est capable de donner gratuitement, sans parfois même ne rien espérer en retour. Juste parce que l’on aime ! 

L’amour, tel que nous le découvrons cette nuit, est la valeur sûre. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». C’est le commandement que Jésus donnera à ses amis. Lui-même a montré l’exemple. Comme Il l’a dit : « Il n’y a pas de plus amour que de donner sa vie pour ses amis ». Le mystère de la mort sur la Croix est le rappel de la Vie qu’il veut nous donner ! Troisième étape : l’amour de Dieu jaillit au plus profond de notre cœur

Frères et sœurs, de cette nuit de Noël, retenons ce mystère d’amour ; il est un chemin de vie. Jésus nous invite à réussir notre vie en nous aimant les uns les autres et en faisant confiance à Dieu. Il nous rappelle, en cette nuit, que nous sommes créés pour le Ciel, pour le Royaume de Dieu. Dès 

Pour conclure, je vous invite à découvrir la pédagogie de Dieu. Pas de signe grandiose ou imposant lors de sa naissance ! C’est dans le visage d’un enfant que Dieu se laisse découvrir ! Pourquoi ? Peut-être pour nous redire de ne pas avoir peur de lui ! Qui peut craindre devant le sourire d’un bébé ? Mais, c’est bien ce bébé, Jésus, qui la source du Salut, la source de l’amour !

En cette nuit très sainte, c’est cette joie que chantent les anges dans la nuit de Noël, c’est aussi cette bonne nouvelle qui bouleverse les bergers, et ce mystère qui nous bouleverse tous ce soir ! Permettez-moi de souhaiter à tous un très beau et saint Noël !

                                                                                                                Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 23 décembre 2020, 4e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 57-66. Psaume 24. Livre du prophète Malachie 3,1-4.23-24.

 

Comme vous avez pu le constater, les textes de ces derniers jours sont comme une récapitulation du mystère de la vie de Jésus, pour nous préparer à vivre Noël dans une meilleure compréhension de ce mystère.

Tout ce qui avait été annoncé il y a fort longtemps s’accomplit maintenant. Chaque jour, nous avons pris le temps de découvrir une petite partie du sens de cette Nativité.

Le prophète Malachie que nous avons entendu en 1re lecture nous le dit : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que j’envoie mon messager pour qu’il prépare le chemin devant moi ! » 

Cette fois, tout est prêt ! Tous les personnages sont en place, tous ceux dont Dieu a besoin. Et le dernier, celui qui est comme intimement lié à la venue de Jésus, ce dernier qu’est Jean-Baptiste, voilà que, lui aussi, vient de naître au monde ; c’est le récit de l’évangile d’aujourd’hui. 

La première lecture nous l’a d’ailleurs donné à entendre, à comprendre : ils sont tous les deux intimement liés, Jean et Jésus ; le premier annonce le second, il est le précurseur de la Bonne Nouvelle : le nouvel Élie, dira Jésus ! (Mt 17,11 : Jésus leur répondit : « Élie va venir pour remettre toute chose à sa place.)

Jean va nous aider à nous préparer à accueillir le Sauveur annoncé, le Sauveur promis et attendu ! Depuis des siècles, le peuple hébreu est dans cette attente !

Rappelez-vous : Zacharie, son père, avait douté et s’était étonné de l’annonce qui lui avait été faite, d’un fils qui venait. La stérilité d’Élisabeth rendait toute grossesse impossible ! Il faudra qu’il découvre, comme chacun d’entre nous, que : « rien n’est impossible à Dieu ». Il en était resté sans voix jusqu’à ce que s’accomplisse la promesse. Et voilà que nommant son fils, reconnaissant ainsi l’accomplissement de la promesse, obéissant à ce qui lui avait été demandé, il l’appellera : Jean. Zacharie reconnaît ainsi que Dieu lui a fait grâce et a exaucé ce qui fut la prière de toute une vie.

Mais plus largement que cela, plus que l’arrivée d’un enfant au sein d’une famille, Jean le Baptiste, dans sa mission de précurseur, est celui qui va annoncer la venue du Sauveur. Il nous redit à nous aussi, par ce prénom qu’il reçoit, cette Bonne Nouvelle : « Yohanan »en hébreu car « Dieu-fait-grâce ».

Alors ce matin, à quelques heures de Noël, peut-être pourrions-nous, nous aussi, porter d’une façon ou d’une autre, ce prénom, qui est Bonne Nouvelle : Dieu-fait-grâce. Il nous suffit, très simplement, de faire mémoire de notre vie pour y reconnaître les moments où Dieu a fait grâce !

Alors, frères et sœurs, laissons résonner en nous ce prénom ! Laissons notamment résonner en nous ce qu’il éveille du passage de Dieu dans notre vie, passage qui déjà fut de l’ordre du salut, d’un passage des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, une pâque...

Comme Zacharie qui entre dans la louange, celle du Benedictus que nous chantons chaque jour, chaque matin, et que nous réentendrons tout particulièrement demain, comme Zacharie, laissons monter en nous la louange de ce jour, là maintenant, telle qu’elle veut jaillir en nous, même si notre cœur est encombré ou triste. 

Oui ! Dieu fait grâce ! Nous pouvons nous appuyer sur cela pour croire et annoncer la venue du Sauveur aujourd’hui encoreDans quelques heures, nous fêterons la naissance de l’Enfant Jésus. Que dès maintenant, notre cœur s’y prépare !                                      

     Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du lundi 21 décembre 2020, 4e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Luc 1, 39-45. Psaume 32. Cantique des Cantiques 2, 8-14.

Messe de Rorate (Messe de l’aurore)

 

Hier, nous avons entendu le récit de l’Annonciation, l’ange Gabriel venant à Nazareth et annonçant à Marie, une jeune femme vierge, qu’elle allait mettre au monde le Sauveur du monde ! Quelle joie et quelle espérance ! Ce jour-là, jour de la visite de l'Ange Gabriel, Marie a remis toute sa vie entre les mains du Père.

"Voici la servante du Seigneur"

C'était à la fois un don et une offrande, mais aussi une décision du cœur de Marie ; cette parole annonçait un avenir plein de mystère où une grande humilité confiante sera nécessaire face à toutes les épreuves que Marie et Joseph devront traverser !

"Qu'il me soit fait selon ta parole", ajoute Marie ; et par là, elle se voue tout entière à la volonté de Dieu, sans savoir d'avance par quels chemins Dieu la fera passer ni par quelle nouveauté. 

Bien souvent, nous cherchons à savoir, lorsque nous envisageons d’accepter de donner notre vie au projet de Dieu, quelles en seront les conditions : comment ? Pourquoi ? Dans combien de temps ? Par quels chemins ? 

Or, Marie dit « oui » à tout, sans savoir d’avance par quels chemins Dieu la conduira !

Sitôt l’ange parti après l’annonce de cette double maternité (la sienne et celle de sa parente), Marie, littéralement « bondit » à la rencontre de sa cousine Élisabeth, elle qu’on appelait la femme stérile! 

Nous assistons alors à une rencontre mémorable ; dans la maison de Zacharie, les deux femmes se saluent sur le seuil de la Nouvelle Alliance : l'une est vieillissante, avancée en âge, l'autre est encore toute jeune, toute fraiche; mais à elles deux, elles résument toute l'histoire sainte. Derrière Élisabeth, toute ridée, se profilent de longs siècles de préparation, et Marie, rayonnante et légère, sans tache ni ride, annonce l'Église de Jésus.

Elles ont en commun à la fois leur espérance et leur maternité, mais surtout le fait que leur maternité les engage tout entière dans le plan de Dieu ! Leurs deux enfants sont des enfants de l'impossible : Élisabeth était stérile, et Marie avait décidé de rester vierge.

Toutes deux témoignent dans leur chair que rien n'est impossible à Dieu; les deux bébés qu'elles portent redisent cela ! L'un, par miracle, est le fils de Zacharie, l'autre, par miracle, est le propre Fils de Dieu. 

Cette rencontre donne lieu à un tressaillement d’allégresse de l’enfant d'Élisabeth, puis la voilà toute remplie de l’Esprit Saint qui va dire cette salutation extraordinaire : "Bienheureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur !" 

Là où est Marie, là où nous rencontrons Marie, là est aussi l'Esprit Saint ! 

C'est la béatitude de tous ceux qui ont bâti leur vie sur la promesse de Dieu.

Tout s'accomplira selon la promesse : le Christ est venu, Il vient, et Il viendra. Il est venu dans l'humilité, il vient dans l'intimité et dans cette Eucharistie.

Si nous sommes, ce matin, dans l’obscurité de cette église saint Louis, c’est pour réaffirmer notre espérance et notre attente du nouveau Jour. Si nous sommes dans le noir, c’est que, peut-être, nous ne comprenons pas tout, nous ne percevons pas tout ! 

Croyons que Dieu fait de nous des veilleurs dans un monde parfois ténébreux. 

Frères et sœurs, nous savons que la lumière du monde, c’est le Christ !

                                                                                                                                    Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 20 décembre 2020, 4e dimanche de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 1, 26-38. 2e livre de Samuel 7, 1-5.8b-12.14a.16. Psaume 88.

Deuxième lettre de saint Pierre aux Romains 16, 25-27.

 

 

  En ce 4e dimanche de l’Avent, nous sommes déjà à quelques jours de la naissance du Messie. Il me semble que ce temps de l’Avent est passé à une vitesse incroyable, ne le trouvez-vous pas ? Notre cœur est-il prêt à accueillir vraiment le Messie ? Je le perçois comme vous, il est vrai que le contexte sanitaire nous bouleverse…

L’évangile de ce jour veut nous inviter à rejoindre Marie à quelques heures de la naissance du Messie. Sans doute avez-vous déjà préparé une belle crèche ? Dans ma crèche, j’ai un petit santon qui représente Marie ; mais c’est Marie de l’Avent, avec un ventre déjà bien rond. Bientôt, elle va mettre au monde l’Enfant Jésus. C’est elle, plus précisément, que l’évangile nous permet de rejoindre.

  Marie et Joseph sont donc en route, pour une longue marche vers le village de Bethléem pour ce recensement de toute la terre, demandé par l’empereur romain, Auguste ! Fatigue de la route, chaleur du jour, froid de la nuit, une certaine insécurité… Sur ce chemin difficile, Marie et Joseph avancent comme le font de nos jours d’autres familles que nous connaissons pour lesquelles le chemin peut être rude à certains moments.

  Cette marche est longue, à pied, aidé sans doute, par un âne. Le bébé, en Marie, est de plus en plus vigoureux. Elle ne connaît pas encore son visage. Elle a hâte du premier face-à-face, hâte de le voir, hâte de l'appeler Jésus pour la première fois et de le voir sourire en entendant la voix de sa maman. Mais elle a hâte surtout de donner au monde ce Fils que Dieu lui a confié.

  Et pour nourrir son attente dans cette longue marche de Nazareth à Bethléem, Marie fait mémoire de son histoire avec le Fils de Dieu : presque neuf mois déjà où elle a été tout pour lui parce que déjà, il était tout pour elle ! Huit mois durant lesquels elle a gardé dans son cœur les paroles si mystérieuses de l’Ange et chaque jour, elle redit son « OUI » confiant à Dieu !

  Comment vit-elle tout cela ? Il est bien difficile de le savoir vraiment ! Tant d’événements ont eu lieu depuis la visite de l’ange et Gabriel l’a quitté sans indications précises ! Sitôt l’ange parti, elle a très vite bondi chez sa cousine pour une visite à Élisabeth ! C’est elle qui lui a confié qu’elle portait en son sein un enfant ! Marie est restée six mois avec elle, nous dit l’évangile. Et puis, il y a eu la tristesse de Joseph en voyant sa fiancée enceinte à son retour (que penser ?) et puis encore, son acceptation du Plan de Dieu grâce au songe ! Voilà ensuite que Marie est obligée de vivre une nouvelle précarité avec ce voyage à Bethléem… puisqu’arrivent les jours où elle doit enfanter… Marie fait mémoire !

    Certains pourraient penser que par son « OUI », tout allait devenir simple pour Marie, qu’un chemin facile, aisé allait se dérouler tranquillement devant elle !

 Non ! Nous le savons bien !

  Ni pour Marie ni pour chacun de nous, la vie ne saurait être un long fleuve tranquille ! En faisant mémoire de tous ces événements, Marie avance la Première en chemin !

Même si le message de Dieu la bouleverse parce que l'irruption de son amour est toujours bouleversante, elle poursuit sa route…

  • Même si ce chemin vers Bethléem est éprouvant, 
  • Même si la naissance du Sauveur sera vécue dans la précarité d’une étable, 
  • Même si la folie du Roi Hérode obligera la Sainte Famille à la fuite en Égypte,
  • Même si de nombreux événements de la vie de Jésus vont bouleverser son cœur…

   Quand Dieu appelle, il ne triche pas avec nous ! Il ne nous dit pas que le chrétien aura une vie facile, qu’il ne sera pas affecté par des difficultés de toutes sortes ! Dieu nous assure simplement qu’Il sera là dans tous les moments de notre vie : les bons comme pour les moins bons !

Ce que nous savons, c’est qu’il a un projet de vie pour chacun de nous et le Ciel en est le but ! Certes, il est vrai que les chemins que nous prenons pour y arriver ne sont pas toujours les plus faciles, mais, in fine, c’est bien là que Dieu nous attend ! 

Marie poursuit sa route, elle fait mémoire. Marie n’est pas naïve ! Elle sait les aléas de la vie et pressent que sa disponibilité à Dieu demandera à certains moments du courage ! Pour relater cette recherche, son étonnement, son discernement, plusieurs fois les évangiles l’exprimeront avec délicatesse, en une phrase : « Marie méditait tout cela dans son cœur », dans la force de l’Esprit Saint ! Marie ne comprend pas tout, mais elle fait confiance en tout !

Sa réponse est là ! Elle n’a pas changé ! « Voici la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi selon ta parole ».

Marie n'a pas d'autre projet que de laisser faire Dieu et de trouver grâce auprès de Lui.

Marie, par son « OUI », est la première des rachetés. Comme nous, elle doit tout à la miséricorde de Dieu. Toute la beauté de Marie, toute sa jeunesse d'âme, toute sa noblesse de cœur, toute sa grandeur de servante lui viennent de la Résurrection qui est dans le Christ Jésus (Rm 3,24). 

Et dans un paradoxe surprenant, Sa Sainteté est le premier fruit de la mort rédemptrice de son Fils.

Chers frères et sœurs, méditons sur ces mystères des merveilles de Dieu que nous chantons ce matin avec l'ÉgliseCette Annonciation est déjà l'aurore d'un monde renouvelé, « l'aurore avant le jour du Christ » !

Ce temps de la Nativité que nous allons vivre dans quelques jours est une lumière d'espérance qui, d'avance, traverse l'opacité de notre mondeC'est la certitude que Dieu travaille toujours à faire toutes choses nouvelles, quelles que soient les difficultés que nous connaissons actuellement (difficultés dues à la pandémie, difficultés dans nos familles, dans notre cœur, notre travail…)

La nouveauté qui vient du cœur de Dieu, est toujours une invitation pressante où notre liberté doit s’exercer ! 

Comme pour Marie, par son « FIAT » nous sommes invités à entrer dans un projet qui nous dépasse : un projet de Salut ! Nous le savons : nous ne comprenons pas tout, nous ne savons pas tout ! Celui qui sait, Celui qui nous guide : c’est le Christ !

Que ce soit à Nazareth, à Bethléem ou ici au centre-ville de Grenoble, aujourd’hui et même en ce temps de Covid, dans notre vie et dans nos familles, il nous faut réentendre, déjà pour nous-mêmes, que : « Rien n’est impossible à Dieu » !                                                

En ce quatrième dimanche de l’Avent, il nous reste quelques jours encore pour avancer et préparer véritablement notre cœur, pour le désencombrer de toutes choses inutiles (les cadeaux, l’angoisse, la peur, la solitude…), prier face à la crèche, face à la naissance de Celui qui vient nous sauver ! 

Voilà la Bonne Nouvelle que nous entendons aujourd’hui !

Marie, par son “oui“ nous y invite !      

     Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 16 décembre 2020, 2e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 7,18b-23. Psaume 84. Livre du prophète Isaïe 45,6b-8.18-21b-25.

 

L’évangile que nous venons d’entendre est important ! Il met le doigt sur notre perplexité, nos interrogations dans notre rapport à Dieu ! 

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » 

Peut-être vous êtes-vous déjà posé cette question ? Est-ce que Jésus est bien le Sauveur ? Si c’est exact, comment peut-Il permettre ce que nous vivons ? 

 Dans cette église Saint-Louis, en plein centre-ville, beaucoup de personnes entrent, durant la journée, elles passent… Ce ne sont pas forcément des personnes chrétiennes, mais elles sont en recherche, perplexes en essayant de comprendre le monde dans lequel nous vivons. En ces temps bouleversés, ces interrogations expriment une inquiétude que l’on peut comprendre.

Elles rejoignent, à quelques siècles de distance aussi, celle de Jean le Baptiste : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Le Précurseur est-il pris d’un doute, lui qui pourtant avait vu « l’Esprit descendre sur Jésus et demeurer sur lui » (Jn 1, 33) ? C’est ce que nous pourrions supposer dans une lecture trop rapide ! Ou bien, ne souhaite-t-il pas que ses disciples, déconcertés par le comportement de celui que leur Maître leur désigne comme le Messie, se rendent compte par eux-mêmes de son identité !

Il est vrai que Jésus ne correspond en rien à l’image que les disciples s’étaient faite de lui : où est-il donc ce « plus puissant » (plus puissant que Jean) qui « baptiserait dans l’Esprit Saint et le feu », qui exercerait le jugement et séparerait le grain de la paille, amassant la récolte dans son grenier et brûlant la balle au « feu qui ne s’éteint pas » (Lc 3, 16-17) ? 

Voilà que, tout au contraire, Jésus s’intéresse aux malheureux, prend du temps avec les malades, s’adresse à la foule des petites gens qu’Il déclare bienheureux. Qu’est-ce que cela veut dire ? 

Que peut-il bien attendre de ces marginaux, de ces hors-la-loi de Dieu ? Sans compter qu’en mangeant avec les publicains et les pécheurs, Il se met à dos les chefs religieux qui auraient dû être des alliés dans la grande réforme qu’Il est supposé instaurer. 

Pour les disciples de Jean, cette question demeure : Est-il Celui qui doit venir ?

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

L’expérience que vont faire ces disciples en voyant Jésus œuvrer, a dû, sans doute, provoquer un bouleversement intérieurement : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée !

Quel est le sens de ces signes ? Pourquoi, le Messie, reste-t-Il ainsi dans la pénombre avec les pauvres, errant de village en village, dormant à la belle étoile et se nourrissant de ce qu’on lui offre ? 

Pourquoi favorise-t-Il de miracles et de prodiges des personnes sans aucun « poids » religieux ou politique ? 

Avant de nous scandaliser de l’attitude des disciples du Baptiste, demandons-nous si cette question lancinante ne nous a pas traversés nous-mêmes, tant il est vrai que le Dieu que nous révèle Jésus-Christ ne correspond pas - ou si peu - à la représentation que nous nous étions faite du Tout-Puissant ! 

Pour beaucoup de personnes autour de nous, Noël reste une énigme, voire un scandale ! Dieu (avec toute sa force) se présente à nous en étant un enfant ! Allons, soyons sérieux ! C’est impossible !

Pourtant ! Dieu, dans la petitesse de l’Enfant de la crèche, vient jusqu’à nous en prenant notre condition humaine. Est-ce pour ne pas nous effrayer ? Nous redire que tout est possible ? Oui ! La logique de Dieu peut nous échapper, mais elle nous dit déjà sa pédagogie !

Tel est notre Dieu, et il n’en est pas d’autre. Il est Celui qui nous sauve !

Frères et sœurs, demandons, en ce temps de l’Avent, de nous laisser pétrir par ce mystère et de continuer à avancer dans la confiance, même si nous ne saisissons pas tout ! 

Demandons-Lui la grâce de garder un cœur ouvert et disponible pour accueillir sa présence !

                                                                                                                     Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 14 décembre 2020, 3e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 21,23-27. Psaume 24. Livre des Nombres 24,2-7.15-17ab.

Messe de Rorate.

 

Hier, nous avons été invités à vivre, d’une façon simple et intense, le Dimanche de la Joie. Quel que soit l’état de notre cœur, la joie que Jésus nous donne est bien réelle !

 Mais après la joie de ce dimanche, la polémique contre Jésus continue !         

Nous sommes dans l’évangile de saint Matthieu, au chapitre 21e. Que se passe-t-il ? Jésus est dans le Temple de Jérusalem et Il enseigne ! Enseigner ? Sans doute savez-vous que seuls quelques Rabbis sont autorisés à enseigner dans le Temple. Ce sont eux qui ont le privilège de transmettre, d'instruire le peuple ! Cependant, Jésus enseigne.

« Les grands prêtres et les anciens du peuple s’approchèrent de lui et demandèrent : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t’a donné cette autorité ? »

Littéralement, et nous entendons bien les questions qui sont sous-entendues : « Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Quelle est ton origine ? »

Jésus répond, à son habitude, par une contre-question ! En fait, Il demande simplement à ses détracteurs (aux grands prêtres et aux anciens) qu’ils se déterminent en vérité sur leur foi !

Les grands prêtres et les anciens du peuple, comme beaucoup de chrétiens aujourd’hui, essayent d’esquiver cette question embarrassante, car elle révèle une sorte d’ambiguïté dans leur vie de foi. 

       Nous entendons chez eux, comme aussi peut-être chez certaines personnes que nous connaissons, comme une division intérieure. Il m’arrive assez souvent, lors d’un repas ou d’une rencontre, de demander directement à une personne baptisée : « Crois-tu que Jésus vient nous sauver ? », ou encore, à l’approche de ces fêtes : « Quel sens donnes-tu à Noël ? Quel est le cadeau que Jésus veut te faire ? » J’ai souvent cette réponse un peu alambiquée : « Oui, je le crois. » Mais aussi souvent : « Plutôt un oui, mais… ! » Bref, la réponse que j’entends régulièrement dit l’inverse et son contraire : « Oui, je suis baptisé. Oui, je suis croyant, mais non-pratiquant ! » 

Aujourd'hui, encore, pour certains croyants, je constate des réflexes de fermeture ou des allergies plus ou moins conscientes qui les empêchent d'accueillir en vérité le message de vie de Jésus ! Pour d’autres, des contradicteurs de tous bords (des responsables politiques, des agnostiques, athées, idéologues, et bien d’autres…) voudraient faire taire volontairement le Christ, étouffer sa Parole, accuser l’Église de biens des maux et ridiculiser les chrétiens…

Et nous qui sommes croyants, comment est-ce que nous nous déterminons vis-à-vis de Jésus ? Je suis souvent impressionné par l'ampleur des actions qui montre un combat qui dépasse notre condition humaine et qui met en évidence le déchaînement des forces du Mal contre notre Seigneur !

Littéralement, ce qui s’est passé il y a deux mille ans, le combat contre Satan, contre le Mal, continue encore aujourd’hui ! Cependant, nous croyons que le Christ est vainqueur, et si nous en sommes vraiment persuadés, rien ne peut nous toucher ! 

Alors, à mon niveau que puis-je faire ? Peut-être déjà, affirmer ma fidélité au Christ comme nous le faisons ce matin en venant à l’eucharistie, en témoignant de ma foi, en me mettant au service ! Parfois, il suffit de peu de choses, un sourire, une main tendue…

Ma vie témoigne-t-elle clairement de ma conviction que Jésus est descendu du Ciel, qu’il est le Fils de Dieu, que le plus grand cadeau que je puisse recevoir à Noël, c’est : sa vie, sa présence concrète dans ma vie ? Qu’il nous montre le chemin vers le Ciel, vers son Père et notre Père et, qu’ensemble, en communauté, nous pouvons rester ferme dans la foi et la prière…

Frères et sœurs, que cet Avent soit pour nous l'occasion d'un sursaut d’espérance, d'un surcroît de confiance, en vérité. Approchons-nous de Lui encore plus, puisqu'Il veut nous enseigner, nous faire comprendre qui Il est. Plus encore, Il veut nous nourrir par son Eucharistie !

Demandons-lui la grâce de vraiment nous préparer à Noël : « Parle-nous encore, Seigneur, avec l'autorité du Père, toi qui as les Paroles de la Vie éternelle ! »

Fais-nous attendre et hâter par la foi le jour de Ta présence, le jour de Ta gloire.

Demandons cela pour chacun de nous, personnellement, en famille, en communauté, en paroisse et pour le monde, en vérité !                                          

                               Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 13 décembre 2020, 3e  dimanche de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon Saint-Jean 1, 6-8.19-28 Livre du prophète Isaïe 61, 1-2a.10-11.

Cantique (Luc 1).

Deuxième lettre de saint Pierre aux Thessaloniciens 5, 16-24. 

Dimanche de Gaudete.

 

Chers amis, en étant attentifs aux différentes lectures de la liturgie de ce dimanche, vous avez, sans doute, pu vous apercevoir qu’elle est parcourue par un fil d’or : celui de la JOIE

Ce fil d’or est un fil ténu, mais bien réel ; il éclaire, à qui sait le découvrir, d'un discret éclat les nuits sombres de notre existence. Nous allons essayer ensemble de le repérer.

Une précision importante s’impose cependant ! La joie ne provient pas d’abord du pouvoir d’achat. Je sais bien que nous le savons tous, et que c’est une évidence… De nombreux témoignages montrent qu’elle ne se rencontre guère dans les pays parvenus à un haut niveau de vie et parmi les populations aisées. Ce serait même l'inverse que nous constatons si nous avons eu l’occasion de parcourir le monde et de rencontrer différents peuples : des pauvres (selon nos critères) rayonnent de joie alors que beaucoup d'autres, richement comblés, ne la trouvent pas. C’est juste un constat !

Quelle est donc cette joie ? Laissons le prophète Isaïe, Jean-Baptiste, Paul et la Vierge Marie nous l’apprendre.

Selon l'opinion courante, la joie serait le sentiment d'être rassasié, d'être en possession de ce que l'on convoitait, d’être encensé… Dès lors qu’on peut se procurer et jouir de ce que l’on ambitionne, nous ressentons du plaisir. Mais, nous l’avons déjà tous remarqué, ce plaisir est souvent éphémère et, passé le moment de plaisir, reste comme un vide en nous-mêmes qui nous laisse foncièrement insatisfaits. Là, ne réside pas la joie ! 

Je vous donne un exemple personnel, mais que beaucoup d’entre vous ont dû vivre. J’ai un cadeau à choisir : je réfléchis aux goûts, à la personnalité de la personne qui va le recevoir et je me mets en quête de ce présent. Il y a une vraie satisfaction à rechercher, à décider quel sera le cadeau et j’éprouve le plaisir par anticipation de trouver le bon cadeau à offrir, à imaginer le regard brillant de celui qui va le recevoir : excitation intense de ce moment ! Sitôt le cadeau offert, un vide s’installe, nous passons vite à autre chose. Pour entretenir cette joie, nous réfléchissons au prochain cadeau qui ferait plaisir… Nous surfons sur quelque chose qui, de fait, reste illusoire.

Quelle est donc vraiment cette joie ? Au fond de chacun de nous, il y a une joie véritable à laquelle nous aspirons, toute notre vie ! La joie véritable vient de la rencontre de l’Autre, (c’est-à-dire de Dieu, de Celui qui notre Créateur, de Celui qui nous a créés par amour) et à travers les autres. En reprenant les trois lectures que nous avons entendues, cette « Joie » est introduite ainsi : 

-        Elle pétille dans la « nuptialité » nous dit Isaïe lorsque cet Autre « m'a enveloppé du manteau de l'innocence, il m'a fait revêtir les vêtements du salut, comme un jeune époux se pare du diadème, comme une mariée met ses bijoux » (1re lecture). 

-        Elle éclate en chant et en danse dans le Magnificat de Marie, dans le psaume : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s'est penché sur son humble servante ! »

-        Elle est le fruit de la rencontre de Dieu dans la prière, ajoute saint Paul : « Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c'est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus » (2e lecture).

Jean-Baptiste, dans l’évangile, est le prophète qui se tient en marge du système de consommation et d’un paraître : vêtement en poils de chameau, quelques sauterelles grillées en alimentation. Il puise sa joie ailleurs que dans ce qui nous complique souvent l'existence. Il se présente d’une façon simple, comme une voix qui crie dans le désert. 

C’est ainsi que Jean prête sa voix à Dieuil en est le “résonateur“, et sa voix dit une joie intime : Dieu vient visiter son peuple ! Jean est dans la plénitude d’une vie totalement libre et totalement habitée par le Sauveur.

Sa joie est de dire que le Messie est déjà présent, qu’Il est l’Envoyé du Père. Jean insiste : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. » Jean s’efface complètement ! Sa joie est d’être simplement tout à Lui ! 

Sa rencontre du Messie est une indication précieuse de la Vraie Joie ! Elle est dans cet échange d’un Amour reçu et donné ! Elle est aussi particulièrement dans le don de soi et le service accompli ! Plus encore, l’invitation est d’entrer dans la joie même de Dieu ! Bien souvent, c’est dans la relecture paisible de toutes mes années d’existence, même dans les moments douloureux, que ces « joies » tracent un fil d’or ! Par exemple : j’ai aussi l’intuition de cette joie intérieure au moment même où Jésus dira du haut de la Croix « Tout est accompli » !

C’est cette audace qui anime la joie de Jean le Baptiste ! Ce n’est pas celle d'une possession illusoire, mais celle de tout recevoir de l’amour de Dieu. C’est cette joie qui surgit en nous lorsque nous tendons l'oreille de notre cœur à la voix du Christ. C’est également la joie de la rencontre du Dieu vivant, dans la prière qui se prolonge dans une vraie relation aux autres. C’est ce que nous essayons de vivre du mieux dans nos communautés paroissiales.

Chers frères et sœurs, nous ne sommes pas naïfs et nous connaissons bien le contexte actuel, combien ce temps est pesant, difficile ; nous ne comprenons pas tout, nous sommes bridés dans nos libertés sans savoir vraiment où nous allons… 

Nous ne pourrons pas entrer dans la joie de Noël sans passer par une certaine expérience de pauvreté et même de renoncement, à l'école de Jean le Baptiste.

À Bethléem, Dieu arrive comme un pauvre et il nous faut un cœur de pauvre pour nous réjouir avec Marie, Joseph et les bergers. Nous cherchions peut-être Dieu dans la santé, la réussite professionnelle, l’amitié ou le bonheur de vivre : bien sûr, heureusement, Il est dans tout cela ! Jésus Sauveur est toujours présent ! Soyons-en assurés !

De même, il est toujours présent en nous soutenant, particulièrement, au sein de toutes sortes d’épreuves que nous traversons (maladie, précarité, situations familiales difficiles…), Jésus Sauveur, est là, proche de chacun ! Plus mystérieusement, Il demeure la source de la seule joie que personne ne pourra nous ravir, celle du Magnificat des pauvres, celle de cet émouvant Jean Baptiste heureux de n’être que le témoin de la lumière. 

Alors, que vivrons-nous à Noël ?

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai lu dans la presse, après l’annonce de Premier ministre qui annonçait un certain déconfinement : « On a sauvé Noël ! »

Ne nous trompons pas ! Chers frères et sœurs, c’est plutôt Noël qui vient nous sauver dans la venue du Seigneur !

Tel est le fil d’or que je portais dans ma prière ces derniers jours, et que je vous souhaite de découvrir et de voir traverser la trame de nos vies !

Puissions-nous, toujours en ce temps de l’Avent, entrer plus profondément dans cette joie que Dieu nous propose !

                                                                                                                             Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 9 décembre 2020, 2e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 11, 28-30. Psaume 102. Livre du prophète Isaïe 40, 25-31.

 

Voici l’invitation surprenante que nous recevons ce matin !

     « Venez à moi, prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples… »

Pourquoi Jésus parle-t-il de joug ? Que signifie prendre le joug de Jésus ?

Ce sont des questions pour nous pouvons nous poser.

Si l’on y regarde de plus près, un joug n’est pas forcément un fardeau à proprement parler. Effectivement, c’est un poids, parfois lourd, mais dont la fonction est aussi une aide !

Physiquement qu’est-ce qu’un joug ? Sans doute avez-vous à l’esprit cet exemple : le joug est une barre de bois posée sur le dos des bêtes attelées afin qu’elle les aide à tirer plus facilement leur charge. C’est bien là son but ! Être ensemble ou à deux au moins, pour œuvrer et avancer !

Le joug est donc une réalité, mais aussi un moyen !

Je vous propose un autre exemple, pour mieux comprendre ce que certains peuvent éprouver dans les études : 

Il est des maîtres d'école ou des professeurs qui savent, par leur douceur, leur pédagogie, faire aimer les mathématiques ou le grec… là où d'autres, au contraire, par leur aigreur, leur intransigeance, les font détester. Le poids du joug n'est pas dans le joug, il est dans l'attitude du maître qui nous le propose. Rappelez-vous l’école, il y a quelques années où les cours que nous avons reçus pouvaient être un poids pour certains écoliers ; le joug des études !

- Un maître doux et humble ne peut que proposer un joug doux et humble, et ce joug sera simplement celui de devenir disciple, un joug facile à porter, car le maître souhaite, avant tout, que son disciple devienne peu à peu son égal. 

- Alors qu’un maître dur et orgueilleux ne pourra proposer, lui, que le joug de l'esclavage.

Autrement dit : en nous proposant, SON JOUG, en étant côte à côte avec Lui, Jésus, doux et humble, nous offre de l’aide pour porter le poids de la charge et avancer dans l’annonce de la Bonne Nouvelle ! Dans tous les cas, ce joug est prévu pour être porté à deux : Jésus et moi ! 

Mais là, Jésus apporte une précision pour aller plus loin ! Il dit : « mon joug » ! C’est bien SON joug qu’il nous invite à porter un peu avec Lui ! Il est celui qui y est attelé en premier et Il nous propose la place à son côté, près de Lui. Les fermiers le savent : lorsque deux bêtes reliées par un joug tirent une charge, il y en a toujours une, plus forte, plus audacieuse, plus robuste, qui marche légèrement en avant de l’autre. Jésus est bien celui qui est le plus déterminé, le plus robuste et le plus audacieux !

Il nous appartient donc d’aider, à notre façon, avec nos propres forces, Jésus à porter son joug. N’oubliez pas et c’est la finale de la première lecture du prophète Isaïe : « Tous ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles ; ils déploient comme des aigles d’aigle, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer.» 

C’est précisément ce que fait Jésus avec chacun d’entre nous, si nous acceptons de devenir ses disciples, en mettant notre confiance en Lui ! Frères et sœurs, soyons prêts à répondre dans la joie à cette invitation et demandons à Jésus la force de répondre !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 7 décembre 2020, 2e semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 5, 17-26. Psaume 84. Livre du prophète Isaïe 35, 1-10.

Messe de Rorate.

 

Nous connaissons bien ce récit de la guérison d’un homme dans un brancard que ses compagnons font passer par le toit pour qu’il voit Jésus. Nous pouvons parfaitement bien imaginer la scène : Jésus est en train d’enseigner à une foule nombreuse, puis ces quatre hommes qui portent sur une civière, un homme paralysé… L’audace de ces porteurs et ensuite la force du pardon de Dieu et les péchés qui sont remis.

Je souhaite, ce matin, m’arrêter sur un petit point, mais si important ! Je veux parler de quelque chose qui nous arrive assez régulièrement.

Que se passe-t-il ? Les quatre hommes sont arrêtés par une foule nombreuse ; impossible de passer ! Obstacle, difficulté contrariante, porte qui se ferme : j’aimerais bien avancer vers Jésus, mais je ne le peux pas, la foule m’empêche de passer et de plus des murs se dressent tout autour de moi…! Bref : j’ai un problème…

 De fait, un obstacle me bloque ! C’est un constat ! Comment faire ? Je ne peux pas avancer !

Cette situation de blocage nous arrive assez souvent dans notre vie.

- De fait, il y a des obstacles qui sont des causes extérieures, parfois imprévisibles, des situations pour lesquelles je ne peux rien, si ce n’est (quand c’est possible) d’essayer de les contourner, d’être imaginatif. C’est ce que font les porteurs qui décident de passer par un autre chemin, pourtant difficile ! Ils sont très ingénieux ! Ils grimpent sur le toit, déplacent quelques tuiles et font descendre, on ne sait trop comment, le brancard juste devant Jésus. 

Nous connaissons l’adage : « une porte se ferme, une fenêtre s’ouvre ! » C’est une phrase que nous pourrions mettre en application, charge à nous de trouver des personnes ingénieuses pour nous aider.

- Mais il arrive que ces obstacles soient propres à nous-mêmes ! C’est nous-mêmes qui mettons des limites ! Le chemin est libre, possible, peut-être un peu ardu, mais c’est moi-même qui me bloque. C’est nous qui nous arrêtons… nous qui baissons les bras !

Là, se trouve un vrai combat, un combat spirituel.

Le Seigneur veut pourtant me consoler (comme nous l’a dit, hier, le prophète Isaïe, dans la première lecture), mais je me heurte à des difficultés qui m’enferment sur moi-même : difficultés matérielles, financières, des situations de solitude, de fermetures aux autres, de découragement… Là aussi, vous n’imaginez pas le grand nombre de fois où j’entends : « Mon père, je suis nul, je ne vaux rien. » Quelle erreur ; nous avons tous une immense valeur : personne ne peut être nul ! Ne nous décourageons jamais !

Comment écarter ces obstacles pour nous ouvrir à la consolation que le Seigneur veut nous donner ?

Il nous faut nous dépouiller, sans doute, être aidés pour quitter nos peurs, quitter nos égoïsmes, quitter ces sentiments qui obstruent notre fort interne : l’amertume, les plaintes, les blessures … pour que cette consolation que Dieu veut donner puisse advenir. Peut-être pouvons-nous prendre le temps d’un examen de conscience : comment est mon cœur ? Pourquoi ai-je, en moi, quelques amertumes ? Pourquoi suis-je triste ? Suis-je tourné vers la louange ou vers la plainte ? Suis-je capable d’aider les autres ? Est-ce que j’ose demander de l’aide ? Et puis, depuis combien de temps est-ce que je ne me suis pas confessé ? N’y aurait-il pas quelque chose qui viendrait encombrer mon cœur : un poids, une blessure, une offense ?

Nous l’entendons dans l’évangile d’aujourd’hui : le Seigneur donne son pardon, Il remet les péchés.

Il faut à ce moment-là  un vrai « courage » ! Oser demander au Seigneur la grâce du courage parce que, dans le courage, déjà, Il vient lui-même nous consoler. 

Ce courage peut venir du dedans de nous, mais parfois aussi il peut être insufflé par des amis, des paroissiens, des frères et des sœurs en Christ.

     Je sais que ce n’est pas toujours simple, pas toujours facile de se laisser consoler, d’accepter de montrer une faiblesse ! Pour beaucoup, il est plus facile de consoler les autres que de se laisser consoler. Ne restons pas abattus ! Ne restons pas seuls sur notre propre brancard, comme le paralysé de l’Évangile, isolé, là-bas, sans capacité de se lever. 

Il me faut entendre : “Lève-toi” !

 C’est la Parole de vie de Jésus, celle que le Seigneur veut donner à chacun de nous, cette Parole qui retentit même au-delà de la mort : “Lève-toi !” ».

Ne l’oublions pas : même la mort n’est pas un obstacle.

Quand le Seigneur nous dira : “Lève-toi !”, ce sera le temps de la Résurrection, pour chacun de nous.

Voilà ce que nous pouvons retenir ce matin : parole de consolation, parole d’espérance !

Nous, qui sommes dans l’obscurité de cette église, n’oublions pas que le soleil qui se lève, c’est le Christ Lui-même, notre lumière !         

                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 6 décembre 2020, 2e  dimanche de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Marc 1, 1-8. Livre du prophète Isaïe 40, 1-5.9-11. Psaume 84. 

Deuxième lettre de saint Pierre aux Corinthiens 3, 8-14.

 

Frères et sœurs, chers amis,

           Déjà dimanche dernier, pour reprendre la parole du prophète Isaïe qui l’affirme, nous avons été consolés par notre Seigneur, nous avons pu vivre ensemble l’eucharistie, prier ensemble ! « Consoler, consoler mon peuple… » dit Isaïe. Je ne le sais pas pour vous, mais après ce long confinement, j’éprouvais un grand désir de retrouver, à nouveau, notre fraternité et de vivre enfin l’Eucharistie en communauté paroissiale. C’est pour moi une grande joie et une belle consolation ! Dimanche dernier, l’invitation des lectures était claire : 

Être des veilleurs ! Car nous attendons, selon la promesse du Seigneur,
un ciel nouveau et une terre nouvelle ! (Lettre de Saint-Pierre)

Pour cela : ne nous laissons pas voler la joie de Noël !

 

Aujourd’hui, 2e dimanche de l’Avent, Jean le Baptiste nous pose une question essentielle : 

Comment préparons-nous la venue du Seigneur ?

Comment préparons-nous notre cœur à accueillir d’une façon renouvelée,

 la venue du Seigneur dans notre vie ?

Cette question est pertinente, car l’actualité sanitaire nous oblige, malgré nous, à vivre ce temps de l’Avent et Noël, autrement ! Comme vous, je constate que nos repères et nos habitudes sont bousculés !

            Alors, comment répondre à l’invitation de Jean ? 

Relisons les textes…

            Dans la première lecture du prophète Isaïe, nous entendons : « Tracez droit dans les terres arides une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets en large vallée ! »

       De fait, et nous le ressentons bien, c’est une image qui nous est proposée. Pour illustrer ce texte, nous avons ici comme une photo de l’intérieur du cœur de l’homme, plus exactement, un instantané de nos chemins de vie !

Que voyons-nous ? 

  • En vérité, nous pouvons y voir des chemins pas toujours droits, des lieux parfois abîmés par la vie, par des blessures, par notre histoire… des inégalités de terrains liés à notre personnalité, des creux, des précipices !
  • Les ravins sont nos occasions de chute, nos situations de péchés, mais aussi des lieux dominants, des points forts. Des moments de joie, mais aussi des moments sombres et difficiles ! 
  • Les montagnes, les collines sont les lieux habités par nos appétits de pouvoir, de puissance, de domination, d’orgueil… qui peuvent nous éloigner de l’autre et même nous isoler ; et nous nous sentons seuls…

Toutes ces situations anciennes ou actuelles qui marquent mon existence, les bouleversements de ces derniers mois, peuvent rendre difficile, où comme bloquer, l’accueil du Sauveur en nous ! Je constate qu’il n’est pas rare, dans l’église, durant la journée et au long des rencontres et discussions, d’entendre des personnes qui ont le cœur lourd, chargé, morose, un cœur qui a du mal à se réjouir des fêtes à venir.

Alors, nous retrouvons cette question : comment nous préparer en vérité ? 

Une prise de conscience, un changement, une conversion est nécessaire ! Pour reprendre l’image du prophète Isaïe, il nous faut combler les creux et égaliser les “bosses chaotiques“ du terrain intérieur de notre âme, de notre intelligence, de notre affect, plus particulièrement parvenir à unifier notre vie et la pacifier…

Dans l’Évangile, saint Marc nous rappelle donc l’urgence d’une vraie conversion. Pour cela, il fait mention de deux baptêmes : il y a le baptême de Jean le Baptiste et l’annonce du baptême de Jésus.

Le baptême de Jean-Baptiste est un baptême d’eau. Saint Marc nous dit : « Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. » Tout d’abord, notons que Jean attire à lui une foule nombreuse en attente qui cherche à changer, à se convertir. Le baptême de Jean-Baptiste consiste donc à se reconnaître pécheurs et à confesser publiquement son péché, ses manquements. 

Ne croyons pas qu’il était plus simple hier de se reconnaître pécheurs ! Pour nous aussi, il est vrai qu’il faut du courage, un certain degré de vérité sur soi-même et de l’humilité, pour accepter de reconnaître son péché… Particulièrement aujourd’hui peut-être, où nous sommes dans une société individualiste où il est interdit d’interdire (souvenez-vous du slogan de mai 68) où, « chacun fait ce qu’il lui plait »(1982), en oubliant que celui qui est à côté de moi a besoin (et surement !) de moi…

       Reconnaître ses péchés ! De fait, notre liturgie catholique résiste à l’air du temps et nous invite avec réalisme, à réfléchir aux conséquences de nos actions : en parole, en pensée, par action et omission !

Nous vivons cette première étape au début chaque messe dans le rite pénitentiel, notamment à travers la prière du : « Je confesse à Dieu » et du chant du Kyrie. Seigneur, prends pitié ! Ô Christ, prends pitié ! À cet instant, nous nous reconnaissons publiquement pécheurs. Nous n’énumérons pas nos péchés, mais nous reconnaissons que nous avons besoin de la miséricorde de Dieu.

Mais, comme pour le baptême de Jean-Baptiste, tous les péchés ne sont pas remis (vous connaissez, je pense, la distinction entre les péchés véniels et ceux qui sont mortels). Au début de chaque eucharistie, nous sommes pardonnés des péchés véniels. C’est le baptême de Jésus qui accomplira le rite préparatoire du Précurseur ; lui-même le dit : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi. Moi je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

Le baptême administré par Jésus sera un baptême dans l’Esprit Saint qui remettra tous les péchés. Cela est vrai, nous avons été baptisés, j’ai été baptisé, mais je reste libre, et comme le dit saint Paul, je suis capable du Bien comme du Mal ! Alors, se pose à nous une deuxième question par rapport à ma conversion : parce que mon péché demeure, est-ce que je suis disposé à recevoir le pardon sacramentel 

Cela veut dire en clair : est-ce que je me confesse régulièrement ?

           En cette deuxième semaine de l’Avent, la liturgie nous invite à regarder quels sont, dans notre vie, les pardons qui n’ont pas été demandés, ceux qui nous blessent ou ceux qui ont pu blesser l’autre. Depuis combien de temps n’avons-nous pas reçu le sacrement du pardon ? Je vous rappelle qu’il y aura des confessions avant Noël. Tout au long de la semaine, des prêtres sont disposés à vous écouter et à vous donner ce beau sacrement du pardon, afin que ce qui est compliqué ou douloureux dans notre vie soit apaisé, unifié par Dieu. Ne passons pas à côté de la libération, de la paix et de la consolation que Dieu veut nous offrir… pour retrouver une paix intérieure.

Ne nous laissons donc pas voler la joie de Noël par le virus et ses conséquences ! Mais ne nous volons pas, nous-mêmes, cette joie en gardant un cœur encombré par la tristesse et le péché ! Pour le virus, je ne sais trop que faire, mais je peux agir, déjà, pour retrouver la paix dans ma vie personnelle.

Frères et sœurs, soutenons-nous les uns les autres, dans notre propre conversion, pour témoigner, édifier notre paroisse, notre famille, donner à voir le visage du Christ et vivre ensemble, vraiment la joie de Noël ! 

C’est la grâce que nous pouvons demander pour chacun de nous : puissions-nous accueillir la consolation et la miséricorde de Dieu !

                                                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 2 décembre 2020, 1re semaine du temps de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Matthieu 15, 29-37. Psaume 22. Livre du prophète Isaïe 25, 6-10a.

 

Nous entendons aujourd’hui, des textes qui sont réconfortants ; ils nous redisent le désir de Dieu de nous nourrir(Première lecture avec les festins fabuleux qu’Isaïe nous annonce), ou dans le psaume où le berger prend soin de chacune de ses brebis, ou encore dans l’évangile où nous imaginons de grandes foules qui accourent vers Jésus et Jésus qui est attentif à cette foule.

Quelle est cette foule diverse que Jésus rencontre ? … Boiteux, aveugles, estropiés, muets… mais sans doute aussi, celles et ceux qui les accompagnent… Bref, une vraie cour des Miracles ! Tous sont affamés, assoiffés, pas seulement de pain, pas seulement d’eau, mais aussi de la Parole et des gestes de consolation et de guérison de notre Seigneur.

Face à tous ces gens qui viennent à lui, Jésus sent monter en lui un sentiment de « pitié », plus exactement, le texte grec nous dit que Jésus est bouleversé intérieurement, remué jusqu’au plus profond de ses entrailles. Lorsque l’on sait qu’en hébreu « entrailles maternelles » et « miséricorde » ont la même racine, la conclusion s’impose : Jésus est bouleversé de voir cette foule !

Devant la souffrance de ces hommes et de ces femmes, douloureux héritage du péché des origines, Jésus est ému jusqu’aux entrailles. Il n’a qu’un seul désir : les sauver et les rétablir dans leur dignité de fils et de filles de Dieu. C’est le sens de toute sa vie et de sa venue sur cette terre ! C’est sa mission : rétablir chacun de nous dans la dignité de fils et de filles de Dieu, et ceci au-delà de toute maladie et de toute misère !

Autant que possible, Jésus va guérir ces hommes et ces femmes, de leurs maladies physiques et de leurs maladies psychologiques ; chasser les Démons. Mais cela ne lui suffit pas. Il veut aller plus loin : leur donner à manger.

De fait, nous n’avons pas le détail de ses enseignements ! Mais nous avons des indications très précises qui nous entrainent dans un contexte pascal : il y a le « lac » (Appel des disciples et l’annonce du Royaume), « la montagne à gravir » (les Béatitudes, la prière, le Golgotha) et puis la mention de ces « trois jours » (qui annoncent sa Pâques) !  

Ces trois jours évoqués par Jésus sont importants : ils nous redisent que nous sommes dans un contexte pascal : mort et résurrection. Ils traduisent qu'il ne s'agit pas simplement pour la foule de venir se faire guérir. Elle veut demeurer auprès du Christ, vivre de sa présence. Rester auprès du Christ est bien le désir des foules.  

Au bout de ces trois jours, le Christ leur donne le pain qui leur permettra de ne pas défaillir en chemin. C'est l'Eucharistie, pain de la route, Présence réelle du Christ, Corps du Christ, qui nous permet à nous aussi de ne pas défaillir en chemin et de rester dans la présence de Celui qui est source de toute guérison. Nous savons bien que le mois de confinement que nous venons de vivre, sans pouvoir nous nourrir du Corps du Christ, nous a fait défaillir. Nous avions faim de Lui !

Ayons donc à cœur de nous nourrir de l'Eucharistie, non seulement le dimanche, mais aussi en semaine, comme vous le faites aujourd’hui.

Je termine avec un dernier point ! Remarquons encore que le Seigneur part de ce que nous lui donnons : sept pains et quelques petits poissons, autrement dit, pas grand-chose de ce que nous possédons. Et nous ? Qu’avons-nous à proposer ? Que portons-nous dans notre besace ?

Et bien, même de ce pas grand-chose, ce peu que nous avons, le Seigneur veut en avoir besoin. Jésus veut avoir besoin de l’offrande de nos vies unie à sa propre offrande pour nous sauver et sauver le monde. Il veut nous associerd’une façon toute particulière au mystère de la Rédemption. Dit autrement : ce que nous vivons n’est pas magique, mais il faut que nous apportions un peu de nous-mêmes pour que le Seigneur puisse faire des miracles !

Frères et sœurs, demandons au Seigneur de nous aider à donner tout ce que nous sommes pour qu’Il vienne transformer nos vies !                                                                    

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 30 novembre 2020, 1re semaine de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 4, 18-22. Psaume 18a. Lettre de saint Paul aux Romains 10, 9-18.

 

"Venez, suivez-moi", dit Jésus.

Jésus prononce ces mots deux fois en marchant au bord de la mer de Galilée. À ces invitations, quatre hommes le suivent, quatre hommes qui vivaient de la pêche. Quatre gaillards sans doute solides, professionnels et aussi des chercheurs de Dieu. 

Ne croyons pas que cet appel s’est arrêté au bord du lac de Galilée… non, l'appel de Jésus est toujours d’actualité et il nous concerne tous. Sans aucun doute, à un moment précis de notre existence, nous l’avons entendu ! Dans notre vie à tous et à toutes, Jésus est passé et il passe, en disant sans cesse : "Toi, viens, suis-moi!"

Que nous soyons célibataires, fiancés, mère ou père de famille, religieuse ou consacrés, artisan, employé ou moine, prêtre, l'évangile d'aujourd'hui fait retentir dans notre vie, et donc dans notre cœur, l'appel de Jésus. Ce n’est pas un appel anodin, mais plutôt un appel profond, un appel amoureux !

Essayons donc de comprendre, à partir de l'exemple des Apôtres, ce que le Maître attend de nous.

Premier Enseignement : il est clair, tout d'abord, que c'est bien Jésus qui appelle.

"Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, dira Jésus lors du dernier repas : mais c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez, vous, et que vous portiez du fruit" (Jn 15,26).

L’appel de Jésus est sobre, sans artifice ni effets spéciaux, sans séduction particulière ! Notons que ce n'est pas nous qui faisons cadeau à Dieu de notre vie. Ce n’est pas nous qui avons fait à Jésus l'honneur de le suivre, mais c’est Lui qui nous fait cadeau de Sa vie, en nous invitant à Le suivre ! C’est Lui qui nous a fait suffisamment confiance pour nous prendre à son service.

Quand Jésus appelle, il nous faut accepter certaines ruptures. C'est là un deuxième enseignement que nous suggère l'exemple des premiers Apôtres : ne dit-on pas que choisir, c’est renoncer !

À l’appel de Jésus, ils ont tout quitté, leurs filets, la barque, leur père dans la barque. Ils ont vécu là une rupture avec leur métier, avec leurs habitudes, leur gagne-pain et une certaine forme de sécurité. Ils ont dû accepter de lâcher l'avenir prévu, préparé (qui semblait tracé pour eux) et les filets apprêtés pour la pêche selon des techniques longuement éprouvées ; et cela pour suivre Jésus.

À travers les ruptures, c'est bien notre vie qui continue, c’est bien une réponse personnelle à donner à Jésus, en confiance ! Même si pour chacun, chacune d'entre nous l'appel de Jésus apporte un changement dans notre façon d’être ou de faire et qu’il demeure un mystère, il nous faut le découvrir et l’approfondir dans la prière. Le mystère des choix de Dieu reste bien souvent surprenant !

C'est le mystère des choix de Dieu, de Dieu qui est libre, profondément libre, divinement libre ! C’est Lui qui sait à la fois le bonheur qu'il nous offre et l’invitation qu'il nous propose.

Ce « Viens, suis-moi ! », fait de nous des appelés heureux, des baptisés qui fondent leur vie dans une amitié avec le Christ, bref des passionnés de Jésus Seigneur. Il est le lieu d’un vrai bonheur, d’une profonde joie ! 

Dans les jours qui viennent, en ce début de l’Avent, je vous propose de faire mémoire des petits et des grands appels reçus, de les redécouvrir et de réfléchir pour comprendre comment ou si nous y avons répondu. Soyons toujours dans l’Action de grâce, car Dieu n’a pas fini de nous surprendre et de nous appeler, sans se lasser.

Frères et sœurs, mettons-nous à la suite du Christ !

                                                                                                             Ainsi soit-il !

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Homélie du dimanche 29 novembre 2020, 1er dimanche de l’Avent, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 13, 33-37. Livre du prophète 63,16b-17.19b ; 64,2b-7.

Psaume 79. Lettre de saint Paul aux Corinthiens 1, 3-9.

Frères et sœurs, nous ne sommes peut-être pas nombreux ce matin – environ la trentaine autorisée par la loi en ce temps de confinement – mais en repartant tout à l’heure de cette église saint Louis, j’aimerais que nous soyons des témoins audacieux d’une joie et d’une vraie espérance !  Alors, je le redis à tous avec force :

Ne nous laissons pas voler notre joie ! Ne nous laissons pas voler notre espérance !

Gardons cette joie et cette espérance dans notre cœur !

Nous le savons, les temps que nous vivons ont, pour beaucoup, une tonalité particulière de peine et d’angoisse, peut-être même de colère. Cette pandémie nous soumet à des contraintes qui nous bouleversent indiscutablement : modes de vie confinés, habitudes bouleversées, peur de l’autre et des contacts, manque de proximité dans nos rencontres familiales, paroissiales, fraternelles qui nous font cruellement souffrir… N’oublions pas les familles touchées par la maladie ou un décès ! Je suis marqué aussi par le dévouement des soignants et des accompagnants.

Bref, nous le constatons, de jour en jour, de semaine en semaine, cependant, nous restons proches de tous celles et ceux dont l’horizon s’assombrit professionnellement, humainement, socialement…

C’est donc dans ce contexte bien particulier, que nous entrons dans la sobriété audacieuse de ce temps de l’Avent :temps de l’attente, de la promesse, temps de l’espérance ! …Noël marque dans le concret de notre existence cette nouveauté extraordinaire !  Ce temps où le Christ déjà venu nous annonce sa re-venue ! La question est sur toutes nos lèvres : que sera Noël cette année ? C’est vrai, nous étions habitués à un Noël à notre mesure, selon nos habitudes et nos souhaits, au point d’oublier parfois l’essentiel de cette extraordinaire Nativité ! Sans doute, nous faudra-t-il vivre un Noël différent, plus intime, plus profond…

Plus que jamais, dans ces bouleversements nous avons besoin de nous poser, de réfléchir, de discerner en évitant toutes divisions, sans entrer dans des colères dévastatrices ou des rancœurs, car le risque serait de nous renfermer sur nous-mêmes, de nous replier sur nous-mêmes… 

Oui, ne nous laissons pas voler notre espérance !

Aujourd’hui, avec cette couronne de l’Avent devant l’autel, cette première bougie allumée est, un peu, comme une balise pour garder le cap !

La première étape sur ce chemin que nous recevons du Christ est un appel pressant !

VEILLEZ ! Voilà le maitre mot de ce dimanche : VEILLEZ !

Mais veiller à qui ? Veiller à quoi ? Veiller : qu’est-ce que c’est ?

Veiller, ce n’est pas attendre. Ce n’est pas qu’attendre. 

Veiller ne peut pas être réduit à une attente passive ou somnolente !

Il me semble que deux éléments constituent la notion de « veille », deux éléments qui font de nous des veilleurs.

Veiller : c’est être vigilant dans une situation particulière : celle de la nuit ! Cette vigilance devient d’autant nécessaire que l’obscurité, généralement, nous prive des repères habituels !  Il nous faut donc être vigilant parce que notre capacité de discernement, d’analyse, de vision est moindre du fait d’une certaine opacité. Cette vigilance au cœur de la nuit nous rappelle l’expérience commune de tout homme à certains moments de son existence et cette certitude : « Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment ! »

Cela est vrai pour la « veille » au sens propre et c’est vrai aussi pour la « veille » au sens métaphorique employé par Jésus dans la parabole de l’évangile.

La nuit, en ce temps de pandémie est bien d’actualité, elle est bien là ! Nous ne comprenons pas tout, sans trop savoir où nous allons. Cette nuit peut être aussi la nôtre, plus personnelle, quand je ne sais plus distinguer le bien et le mal, le chemin vers Dieu et le chemin qui me détourne de Lui !

Pour la Bible, et donc pour nous, la nuit signifie le temps des erreurs, des compromissions, des égarements, des excès et du mal, des tentations du Prince des Ténèbres.

C’est souvent dans la nuit que le voleur rôde et qu’il perce le mur de la maison pour y prendre les richesses matérielles et aussi notre richesse, notre espérance. La nuit peut être aussi le lieu des tromperies et des images déformantes ! C’est souvent dans la nuit que les hommes font ce qu’ils craindraient de faire en plein jour.

D’où vient cette nuit ? S’il fait nuit, c’est que la Lumière éclairant le monde n’est pas là. Elle n’éclaire pas tout homme. Elle n’éclaire pas encore complètement ma vie et mon devenir. Et, comme nous l’entendrons encore dans la nuit de Noël, nous sommes encore : « le peuple qui marche dans les ténèbres », « les habitants du pays de l’ombre ». (Lecture de la nuit de Noël (Is 9, 1-6))

Si nous sommes donc “dans“ la nuit, il est important de comprendre que nous ne sommes pas “de“ la nuit.

Nous ne sommes pas des fils des ténèbres, mais des fils de lumière, des fils du jour. Non pas des personnes apeurées ou craintives, mais des hommes et des femmes qui avancent d’un pas assuré et confiant dans la Parole du Seigneur. Nos interrogations et nos doutes ne sont pas un obstacle, mais une opportunité pour approfondir le projet de vie que nous avons reçu au jour de notre baptême.

 C’est le Christ qui vient éclairer notre vie et lui donner son sens ultime !

C’est pour cela que cette invitation à veiller résonne si fortement, c’est pour cela que vous êtes là ce matin ! En chacun de nous, nous portons ce désir de veille, c’est-à-dire de ne pas donner raison à la nuit, de ne pas nous soumettre à toutes les lois de la nuit, mais d’agir au cœur de la nuit comme si nous étions en plein jour. C’est cela le propre de l’action d’un veilleur. C’est cela que le Christ nous demande d’être, dans notre société, pour aujourd’hui.

 

Je termine, en ce temps de confinement, par deux attitudes du veilleur :

- Veiller, c'est entrer davantage dans la prière. C'est descendre plus profondément dans son cœur.  C'est consacrer plus de temps à la prière personnelle, à ce dialogue du cœur à cœur avec Dieu, ou comme le disait sainte Élisabeth de La Trinité lorsqu’elle était en prière : « Je me tais. Je l'écoute. Je l'aime. » C'est quitter les distractions, les évasions, les futilités du dehors, les peurs qui nous menacent, oser couper le rabâchage médiatique … pour entrer dans le sanctuaire de notre cœur profond où nous attend la lumineuse présence divine. 

Veiller, c'est aussi avoir les yeux grands ouverts, regarder les autres, et surtout les plus démunis, avec un regard purifié par la prière. C'est faire peut-être des dons généreux en argent pour les plus démunis, et aussi des gestes simples de solidarité qui sont autant d'actes d'espérance posés au-delà de la fatalité !

Notre évêque pour le temps de l’Avent nous invite à rester dans l’espérance et à prier une neuvaine, pour demander l’intercession de la Vierge Marie pour la fin de la pandémie. C’est aussi cette prière, cette veille que le Seigneur nous demande ! Vous la trouverez sur le site de la paroisse ou sur celui de notre diocèse. 

Marie nous apprend à être veilleurs, comme elle-même ne cesse de veiller sur chacun de nous ! Je termine en lisant cette prière avec vous :

 

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Commentaire de l’Evangile du 33ème dimanche du temps ordinaire

Année A (Mt 25, 14-30)

Vous l’avez compris, le maître qui part en voyage après avoir distribué des talents à ses serviteurs et « qui revient longtemps après », c’est le Christ. Les serviteurs sont les disciples, c’est-à-dire les baptisés, et les talents sont les dons que Notre Seigneur nous confie.

Au temps de Jésus, le « talent » est une monnaie romaine, de grande valeur : un talent était un lingot en argent ou en or qui valait six mille deniers. Un denier était, pour un soldat romain, le salaire d’une journée de travail.

Un talent, c’est donc l’équivalent du salaire de six mille journées de travail, vingt années environ… Une fortune !

Le premier et le deuxième serviteur qui ont reçu respectivement cinq talents et deux talents en présentent le double au retour de leur maître. Logiquement, le troisième qui n’a reçu qu’un talent aurait dû lui en présenter deux ; le double, comme les deux autres !

Nous reviendrons sur l’attitude de « ce serviteur bon à rien ». Pour l’instant, il nous faut répondre à une première question : quels sont ces dons inestimables, quel est ce trésor que nous possédons tous ?

+ Nous pouvons déjà penser aux dons naturels, à commencer par le don merveilleux de la vie et de ce que nous sommes dans le monde créé. La Bible, dans le récit inspiré de la Création, distingue nettement la création de l’homme et de la femme de celle des autres créatures : à eux seuls Il dit : « … soumettez-la ». En conséquence, le Catéchisme de l’Église Catholique affirme : « L’homme est le sommet de l’œuvre de la création »

+ Mais nous pensons aussi à d’autres dons, si importants pour notre dignité humaine, nous qui sommes appelés à la vie éternelle : la Parole de Notre Seigneur, particulièrement celle déposée dans l’Évangile ; le Notre Père que Jésus nous a laissé comme modèle privilégié de toute prière ; les sacrements, à commencer par le Baptême et le Pardon qui nous renouvellent dans l’Esprit Saint ; puis, au centre et au sommet de tous, l’Eucharistie, où son Corps, pain de la vie éternelle, est donné en nourriture, et son Sang versé pour le salut de tous. En un mot, le royaume de Dieu, le Christ Lui-même, présent et vivant au milieu de nous. Quels que soient la nature de ces talents et leur nombre, c’est ce trésor que le maître Jésus confie à ses disciples, à ses amis, à chacun d’entre nous.

C’est le moment de revenir à l’attitude du troisième serviteur. Bien qu’il soit mauvais, c’est lui qui va nous aider à approfondir le sens de cette parabole. Ce serviteur qui a reçu un seul talent ne l’utilise pas mais le cache. Pourquoi ?

Il donne lui-même la réponse lors du retour du maître : « Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n'as pas semé, tu ramasses là où tu n'as pas répandu le grain. J'ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t'appartient. »

Voilà le grand drame du péché ! L’homme de la parabole qui a une idée fausse de son maître, c’est l’homme pécheur mais aussi l’humanité en général qui, touché par le péché, ne peut plus voir Dieu tel qui est mais une figure déformée. Dieu n’est plus un père parfaitement bon et juste, attentif à sa petite créature, mais un mauvais maître, un despote, une personne dure et sévère qui considère ses serviteurs comme des esclaves pour rentabiliser ses biens et qui ne manque pas une occasion de les punir pour leurs fautes.

Le serviteur de la parabole, ayant une idée très négative de son maître, a peur de lui et cette peur le paralyse. Alors il cache le talent pour le protéger et le restituer au maître. Mais le maître n’a pas confié ses talents à ses serviteurs pour être conservés mais pour qu’ils soient utilisés d’une manière profitable. Celui qui vit dans la peur de l’autre cherche des refuges et des sécurités et n’accomplit rien. Pour progresser, entreprendre, prendre des initiatives, il faut un minimum de confiance.

Dieu, en tant que père, a sans aucun doute des exigences à notre encontre, mais ce sont les exigences d’un amour incommensurable !

Habituellement, un père forme d’ambitieux projets pour ses enfants, il ne veut pas que leur vie soit vide et ne débouche sur rien de bon. Au contraire, il a l’ambition que ses enfants aient une vie belle et bien remplie, qui leur permette d’épanouir leur personnalité et de trouver le bonheur.

Jésus est venu parmi nous pour purifier notre regard et notre cœur, afin que nous soyons capables d’accueillir Dieu tel qu’Il est, pour rétablir notre confiance en Lui.

Nous devons donc accueillir tout message de Jésus sur Dieu : sa parole, ses actions, l’accueil qu’il réserve à tous, particulièrement aux pécheurs, mais aussi ses réprimandes qui manifestent l’intérêt qu’il porte à notre vie afin que nous ne la perdions pas.

Pour résumer, nous devons accueillir et servir Jésus lui-même qui est l’icône parfaite du Père.

Père X. Brac de la Perriere ⴕ

Homélie du dimanche 15 novembre 2020, 33e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Sans assemblée !

Évangile selon saint Matthieu 25, 14-30. Livre des Proverbes 31,10-13.19-20.30-31. 

Psaume 127. Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 5, 1-6.

 

À la lecture de cet Évangile, nous pourrions nous demander : Que faut-il comprendre par ces « talents » reçus par ces serviteurs ? Que signifient-ils ? Faut-il les assimiler à une somme d’argent ? Sans hésitation, NON ! Même si une thématique financière pourrait aider à une interprétation première du texte ! 

Élargissons notre compréhension ! N’avons-nous pas, nous aussi des talents ? 

Ils sont nombreux assurément ! Il y a d’abord notre vie, notre santé.  Il y a notre famille, notre ascendance, notre culture, notre être d’homme ou de femme. Puis, il y a nos connaissances, nos habiletés, nos savoir-faire, nos compétences. 

Ajoutons à cela notre beauté, nos goûts, nos amis, nos relations, notre profession, nos engagements, la paix dans laquelle nous vivons et… notre FOI.

Dans cet évangile, ce n’est donc pas l’argent qui est moteur ou en serait la cause ! Ce qu’il nous faut comprendre, c’est précisément ce que ces serviteurs ont reçu de la part du Maître, c’est-à-dire :

     Un geste de Confiance : Dieu leur confie des talents avec un vrai discernement !

     - Une espérance qui les invite à un projet enthousiasmant : une Alliance avec Lui ! 

Alliance qui révèle son projet de salut à l’égard de toute l’humanité !

Plus largement, Jésus souligne que si le peuple de la Première Alliance (c’est-à-dire le peuple hébreu) a été comblé de tous ces dons, c’est pour que ce peuple élu devienne témoin de la Fidélité et de la Miséricorde de Dieu !

In fine, (à la toute fin), même si ce mot n’a pas bonne presse, il y aura un jugement !

Le Jugement le voici : 

Il sera demandé à chacun : qu’as-tu fait de ce que tu as reçu !

Voilà pourquoi, trois situations sont évoquées ! Deux serviteurs qui ont fait prospérer les biens qu’ils ont reçus selon leurs charismes. Ils ont pris un risque audacieux et cette audace a porté du fruit ! Et puis, il y a celui qui a vécu dans l’anxiété et qui a enfoui ce trésor, pour le rendre intact au moment venu !

Si j’actualise pour ce dernier : Le Jugement, sera aussi de nous demander ce que nous avons fait de ce que nous avons reçu !

Comme souvent dans les paraboles de Jésus, l’effet escompté est de nous faire réagir ! 

Cependant, le message de la parabole est clair : les dons de Dieu ne sont pas faits pour être économisés, enfouis ou cachés. 

Aujourd’hui, nous qui sommes disciples du Christ, nous faisons partie de ces hommes et de ces femmes qui ont reçu des talents (au pluriel !) nous, qui avons reçu une richesse considérable à travers la tradition chrétienne qui nous a été transmise :

     - par la foi que nous avons reçue, 

     - par la parole de Dieu qui nous est donnée, 

     - par la fraternité…

Bref, autant de richesses que le Seigneur nous confie ?

Mais que devons-nous en faire ?

La foi chrétienne ne nous est pas donnée pour que nous en fassions une pièce de musée 

  • Elle nous est donnée pour être l’animation de notre vie, le dynamisme de notre liberté, la fécondité des vertus que Dieu met en nos cœurs, fraternelle et charitable, en particulier pour les plus fragilisés par la vie. 
  • Elle nous est donnée pour affronter les difficultés de cette existence et lui donner son sens véritable !
  • Elle nous est donnée pour nous ouvrir et rencontrer des hommes et des femmes qui ne la partagent peut-être pas, ou sont en recherche du sens de leur vie. 
  • Elle nous est donnée comme un bien à faire fructifier au service de tous !

La Foi est un don ! C’est un talent donné ! La première façon de faire fructifier ce DON, c’est de le faire fonctionner, c’est de le mettre en œuvre, c’est de le mettre en pratique, c’est de chercher comment ce trésor que nous avons reçu, peut rejoindre, non seulement nos proches, mais encore quantité d’hommes et de femmes qui vivent autour de nous et qui l’ignorent. 

Bref, la foi chrétienne porte la plénitude de son fruit quand nous acceptons de la risquer dans notre vie en ce monde ! 

Nous ne sommes pas envoyés par le Christ pour monter la garde autour d’un trésor à ne pas dissiper : nous sommes envoyés par le Christ pour ouvrir ce trésor à tous ceux qui peuvent y trouver quelque espérance.  

Saint Paul disait aux Thessaloniciens (2ème lecture) : « Ne restons pas endormis comme les autres » (1 Th5,6).

Aucun chrétien en ce monde ne peut se dispenser de se poser ces questions 

Comment est-ce que j’ouvre les trésors de la foi pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui ?

Qu’est-ce que je fais pour que le Christ soit connu, pour que sa parole soit entendue, pour que son espérance soit reçue ?

 

Frères et sœurs, finalement, quel est le désir du Christ ? 

Il n’a qu’un désir : celui de nous dire :

« Entre dans la joie de ton maître ! »

Pour notre joie et que cette joie devienne contagieuse !

                                                                                                                   Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 2 novembre 2020, commémoration des fidèles défunts, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 1-7. Livre de Job 19, 23-27. Psaume 24.

 

Chers amis, hier nous avons vécu la solennité de la Toussaint, avec cet appel, cette belle invitation à la sainteté, une sainteté qui est possible, toujours possible ! … À nous de le décider avec humilité.

Aujourd’hui, en cette journée du 2 novembre, nous faisons mémoire de tous les défunts de nos familles, de notre Paroisse… Déjà, hier après-midi, nous avons vécu une belle célébration où nous avons prié pour tous les défunts de notre paroisse qui sont morts cette année. Nous prions aussi pour ceux qui sont morts directement ou indirectement du Covid : une menace toujours présente. Nous faisons également mémoire des morts de l’attentat de Nice, là où la folie de l’homme se déchaîne ! Peut-être avez-vous encore en mémoire les visages des trois personnes assassinées : Nadine, Simone, Vincent. Nous constatons bien que tout cela nous bouleverse au plus profond de nous-mêmes.

 

Face à la maladie et la mort, nous restons bien souvent perplexes et sans réponse ! Nous le savons bien, l’existence de chacun a eu sa part de joie (il y a une véritable joie à vivre sur cette terre), mais aussi sa part de souffrance, car tout ne va pas toujours comme nous le souhaiterions : un certain individualisme par exemple, un monde qui, par certains côtés, est déboussolé…. Nous voyons bien que nous sommes “inégaux“ dans la part de souffrance, de situations difficiles qu’il nous faut vivre et qui nous laissent parfois sans voix. 

Nul doute qu’à certains moments, le poids des différents fardeaux a pu être ou reste encore pesant et difficile. Nous pouvons tous faire mémoire de certaines situations qui nous blessent encore personnellement ou nous contraignent dans notre quotidien. 

 

En première lecture, nous avons entendu un texte du livre de Job, dans lequel il est « abasourdi » par les malheurs en cascade : par la mort des siens, par la perte de son troupeau et de ses biens. Face à toute tentation de désespérance, il nous redit cette certitude : « Nu, je suis sorti du ventre de ma mère, nu, j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris : que le nom du Seigneur soit béni ! » (Job 1,21) Est-ce une phrase que nous acceptons de reprendre pour nous-mêmes : « Nu, je suis venu au monde et nu, nous repartirons ».

La vie, nous le savons, n’est pas un long fleuve tranquille !  Le Christ n’a jamais promis une vie facile ! Il nous dit simplement qu’avec Lui, en devenant ses disciples, les tensions du quotidien, la souffrance, la mort… tout ce que nous construisons prend, avec Lui, un sens différent et nous oriente vers la vraie vie !

 

Frères et sœurs, tout ce que nous construisons sur cette terre devrait être orienté, non seulement par la charité les uns envers les autres, mais vers la construction de ce que nous voulons vivre par-delà la mort. Tout ce que nous créons par amour sur cette terre, (comme le contraire de l’amour : la haine, le mensonge…), aura valeur d’éternité !

 

      Comment comprendre cela ? J’entends souvent cette question nombre de fois ! Pourquoi la mort, si nous sommes faits pour la vie ? Mort, où est ta victoire ?

Ce que nous pouvons dire, nous le savons bien, c’est que la mort ne fait pas de distinction entre les jeunes et les moins jeunes, les riches et les pauvres ; pas même d’ailleurs entre les bons et les moins bons. Peu importe pour la Mort, que l’on soit mère de famille, grand-père attentif, prêtre dévoué ou tout jeune enfant. Cela reste un mystère !

On comprend alors que la mort soit souvent représentée dans l’imaginaire, comme une « faucheuse », elle qui coupe l’élan de la vie sans ménagement. 

La mort restera toujours un lieu de combat, un lieu de révolte ou de résignation ; tout simplement parce que pressentons que nous sommes faits pour bien plus que la mort ! 

Notre logique humaine est comme dépassée ! C’est pourquoi notre espérance chrétienne ne repose pas sur des raisonnements, mais sur un évènement majeur, sur cet événement qui est le socle de notre foi : la Résurrection de Jésus-ChristSi nous sommes là, ce matin, ensemble dans cette église saint Louis, c’est parce que le Christ est ressuscité et que sa résurrection résonne encore aujourd’hui et pour toujours ; et Il nous redit que : nous sommes faits pour la vie !

 

Je voudrais terminer par un dernier point ! Pourquoi prier pour les morts ?

C’est une question qui revient souvent ! La réponse est simple ! C’est parce que les défunts ont besoin de notre prière.  La mort n’efface pas comme par magie tout le mal fait et le péché commis. Nous ne sommes pas des saints, même si nous sommes appelés à la sainteté ! Rares sont ceux qui, à l’heure de la mort, sont purifiés au point de pouvoir s’immerger directement dans la sainteté de Dieu. Il en existe quelques-uns qui ont vécu saintement cette vie (parfois seulement quelques heures ou quelques jours), mais pour beaucoup, la vie n’a pas été exempte de défauts, de maladresses ou de péchés. C’est là où la notion de purgatoire intervient.

Le purgatoire est précisément cet état dans lequel les âmes des défunts se purifient. Il n’est pas une chambre de torture et ne doit pas être un motif de peur. Le purgatoire est compris comme une étape, un "sas" de préparation avant d’aller au Paradis. Il est la dernière chance donnée à l’homme de devenir ainsi apte à entrer au Ciel et dans la sainteté de Dieu. C’est sur ce point que notre prière est importante ! Nous pouvons prier tant que nous sommes dans cette vie terrestre, tant que nous sommes capables d’aimer en vérité ! Par notre prière pour les âmes du Purgatoire, nous pouvons porter avec eux, leur fardeau et même l’alléger. 

 

C’est pourquoi l’Église, dès les premiers temps, n’a jamais cessé de prier pour les défunts, comme nous le faisons aujourd’hui. C’est pourquoi nous prions particulièrement pour eux, aujourd’hui, en demandant aux générations suivantes après notre mort, de prier pour nous. C’est un vrai témoignage de charité fraternelle que nous offrons à Dieu et à notre monde, pour que cette prière continue de génération en génération.  Hier, aujourd’hui et demain, notre désir est le même : entrer dans la vision béatifique, c’est-à-dire demeurer auprès de Dieu pour toujours.  

Cela reste un mystère qu’il nous faut méditer et découvrir dans l’attente de notre propre entrée au Ciel.

Ne risquons pas d’être anxieux ou des ingrats ! Quelle grâce et quelle chance de pouvoir connaître le Fils et de savoir qu’avec Lui, non seulement la résurrection est possible, mais que cette vie en Dieu que nous désirons, est donnée à tous ! 

À chacun de nous de s’y préparer !

Alors, frères et sœurs, prions  pour les défunts de nos familles, de notre paroisse, les défunts dont nous avons connaissance, les défunts de la France et du monde !

Par notre prière, déjà pour aujourd’hui, demandons au Seigneur de les accueillir dès maintenant et pour toujours auprès de Lui !              

       

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Patrick Gaso - 2 novembre 2020 - Commémoration de tous les fidèles défunts.

Homélie du dimanche 1er novembre 2020, Solennité de la Toussaint, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12a. Apocalypse selon Saint-Jean 7, 2-4.9-14. Psaume 23.

Première lettre de saint Jean 3, 1-3.

 

Ce message de “joie et d’espérance“ que nous recevons en cette fête de la Toussaint arrivera-t-il à transformer nos cœurs ? Laisserons-nous l’actualité dans laquelle nous vivons, nous voler la beauté de cette fête de la Toussaint ? C’est un enjeu, un vrai défi auquel il va nous falloir répondre !

Même si les temps que nous vivons sont affligeants, terribles et même déchirants (je parle du confinement, du virus et de ce massacre ignoble de Nice et ailleurs), nous devons comprendre cette fête de la Toussaint comme un jour de joie et de victoire

Chaque année, nous rendons grâce à Dieu parce que la vie continue au-delà de la mort. Nous rendons grâce à Dieupour cette multitude d’hommes, de femmes et d’enfants de tous les temps et de tous les lieux qui sont aujourd’hui, au Paradis, avec Lui. 

Dans son langage codé, le livre de l’Apocalypse, que nous avons entendu en première lecture, nous parle de vie et bonheur. « Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque de Dieu ». L’Est, dont parle Saint-Jean, est le lieu où se lève le soleil, c’est le côté de la vie, de la lumière et de la chaleur.

Cette solennité nous révèle le but de notre vie, qui n’est pas la mort, mais la Vie !

Tous les dimanches, comme nous le ferons ensemble tout à l’heure, nous proclamons avec le Credo : « Et exspecto resurrectionem mortuorum, et vitam venturi sæculi - J’attends la Résurrection des morts et la vie du monde à venir »

Sommes-nous vraiment dans cette attente ? Ou sommes-nous totalement obnubilés par ce qui se passe autour de nous au point que nous oublions le Salut que Jésus nous apporte ?

Nous le savons bien ! Derrière cette question, en fait, s’en cachent beaucoup d’autres : que se passe-t-il à notre mort ? Pourquoi ce virus ? Qu’est-ce que l’on entend par « les fins dernières », par « le jugement dernier », le ciell’enfer, le purgatoire ? Il serait trop long, ce matin, de vouloir répondre ici à toutes ces questions. Mais, cette fête nous interpelle et nous pose cette question : la Résurrection du Christ, est-elle une réalité pour moi ? Nous l’entendons aussi lorsque Jésus dit au bon larron repenti, au moment de la Croix : « aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis » (Luc 23, 43) : est-ce une réalité pour moi ? 

Saint Pierre, dans sa 1re épître nous invite à une audace : « nous devons rendre compte de l’espérance qui est en nous » (1 P 3, 15). Or, cette espérance, la voilà : la Croix de Jésus n’a pas été vaineC’est le point de départ de toute vie chrétienne et ce n’est pas une utopie, un rêve pieux, ni un beau discours pour calmer nos angoisses existentielles ! 

Non, c’est une réalité vécue et annoncée par le Christ ! La mort du Christ en croix a ré-ouvert le Ciel pour que chacun de nous y trouve sa place : « Je pars vous préparer une place », nous dit Jésus, « et là où je suis, vous serez aussi » (Jn 14, 3). Voilà le plan de Vie que le Seigneur nous prépare !

Cette solennité nous est donnée, pour nous redire le vrai sens de notre vie, nous indiquer que la sainteté est ce chemin vers le Ciel et que cette sainteté est toujours possible ! Par-delà les difficultés, les échecs et les épreuves (nous en avons tous !), il y a cette espérance inouïe : nous sommes tous en train de devenir des saints !

Certains sont peut-être sceptiques… « Moi, saint ? » 

Oui ! Des saints, pas encore ceux du calendrier, mais ceux de notre entourage, et nous en connaissons sûrement. Nous fréquentons, peut-être même, sans le savoir des ‘graines de saints’ : Qui sont-ils ?

Regardons attentivement autour de nous ! 

  • Cette mamie qui prie chaque jour pour ses petits enfants ! 
  • Cette personne qui offre sa souffrance dans la prière ! 
  • Ce couple qui accueille un enfant porteur de handicaps et qui l’entoure avec un amour incroyable ! 
  • Ce parent qui travaille, plus que de raison, pour subvenir aux besoins de la famille ! 
  • Ce père de famille qui récite chaque jour, le chapelet ! 
  • Ce jeune qui prend du temps pour apporter un peu de chaleur aux plus défavorisés ! 
  • Cette fille qui refuse de faire comme les autres et garde son corps pour son époux ! 
  • Cette personne qui décide de refaire confiance à son conjoint adultère, etc… 

La liste est longue des personnes qui vivent à leur façon cette invitation à la sainteté du Christ ; il nous suffit, avec réalisme, d’ouvrir nos yeux sur le monde ! 

Sont-elles parfaites ? Je ne sais pas ! Sans doute, non ! Mais, ce que je sais :

Un chrétien ce n'est pas quelqu'un qui ne tombe jamais,

mais quelqu'un qui se relève toujours par la grâce de Dieu !

Oui, sans doute, nous sommes remplis de défauts ! Oui, et alors ! La sainteté, ce n'est pas la perfection. Les saints ne sont pas des sortes de top-modèles de la spiritualité. 

Et puis, ne l’oublions pas ! Un seul est Saint, et c’est Dieu. Mais, il communique Sa Sainteté à tous par l'Esprit Saint.

Par le jour le plus beau de notre vie, celui de notre baptême, nous sommes imprégnés, comme le dit le livre de l’Apocalypse, du « sceau qui imprime la marque du Dieu vivant. » Ce jour-là, nous avons reçu l’Esprit Saint. Nous portons la dignité royale de fils, de fille de Dieu dans le Fils Unique qu’est Jésus. Même nos fautes et nos ratés ne nous enlèvent pas cette grandeur. Même défigurés par le péché, nous gardons la noblesse de notre ressemblance avec Dieu. Frères et sœurs, soyons-en sûrs et ne désespérons jamais ni de nous ni de personne !

L’évangile nous rappelle cette ressemblance divine dans cette route royale des Béatitudes. Jésus y dresse son autoportrait, c’est-à-dire l’icône charnelle du Dieu invisible. La sainteté qui nous est donnée par le baptême et l'Esprit Saint, n’est pas la course à la perfection. Il suffit de regarder le Christ, de suivre son chemin et d’avoir le désir de l’imiter du mieux qu’il nous est possible.

Cette ressemblance divine est le don intime que Dieu nous fait de lui-même. Paradoxe en ce temps de confinement : Dieu se rend contagieux et cette contagion est un bonheur !

 

À partir du texte des béatitudes, je vous confie deux petites clés qui peuvent nous aider :

- La première clé est la compréhension du mot « heureux » ! Il revient plusieurs fois dans le texte ! Il n’est pas à comprendre dans le sens courant ! Nous ne sommes pas dans un bonheur commercial et éphémère ! Il nous faut comprendre que, dans la Bible et pour Jésus, le seul vrai bonheur, le seul bonheur durable, est de vivre en présence de Dieu ; notre cœur est fait pour cela ! Heureux, ici, peut se traduire par : en route vers Dieu pour le ciel ! Là est notre joie !

- La deuxième clé pour entrer dans les Béatitudes, pourrait bien être celle qui est au centre du passage : « Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde ! » C’est la seule Béatitude qui emploie le même mot dans les deux membres de la phrase : « À ceux qui font miséricorde, Dieu fera miséricorde. »  Comprenons que la clé importante à retenir est cette miséricorde que nous recevons et que nous donnons.

Finalement, que devons-nous faire ?

Nous devons prier et croire vraiment que nous sommes faits pour le ciel ! Quoiqu’il puisse nous arriver sur cette terre, nous sommes faits pour le ciel ! Le Saint Curé d'Ars disait avec réalisme et humour : "Les saints n'ont pas tous bien commencé, mais ils ont tous bien terminé ! » 

Cette certitude du Ciel devrait nous redynamiser en ce temps de reconfinement, en ce temps certes éprouvant, pour nous remettre en route dans une espérance nouvelle. 

Demandons cette espérance pour chacun de nous ce matin, pour nos familles, notre paroisse, pour la France et pour le monde !

                                                                                                                                    Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 1er novembre 2020 - Solennité de Toussaint

Homélie du jeudi 29 octobre 2020, 30e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 13, 31-35. Psaume 143. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 6, 10-20.

 

Que nous enseignent les lectures de ce jour ? 

En méditant les lectures de ce jour, j’ai été frappé de voir combien elles correspondent à ce que nous vivons. Ces lectures nous enseignent, elles nous revigorent, nous ré-envoient, pourrait-on dire !

La première lecture de saint Paul aux chrétiens d’Éphèse m’a frappé :

« Frères, puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. » Il insiste à nouveau en nous disant : ne quittez jamais le bouclier de la foi !

Nous ne vivons pas très bien ces derniers jours, avec le confinement qui reprend, l’assassinat dans la basilique de Nice et d’autres méfaits ailleurs… Peut-être avez-vous entendu sonner le glas cet après-midi, à 15H, ici comme dans toutes les églises de France pour prier pour les victimes de Nice, un homme, deux femmes qui se trouvaient dans cette Basilique.

Les différentes situations de notre quotidien (dans la société ou dans notre vie personnelle) peuvent parfois nous pousser à un désespoir ou à un rejet de l’espérance ! L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on !

Jésus a eu aussi son lot de douleurs et de contradictions ! Vous avez entendu certains pharisiens de l’évangile ! Ils ont l’air de se préoccuper gentiment du sort de Jésus ! Mais ne soyons pas dupes ! En feignant de l’avertir des intentions meurtrières d’Hérode Antipas, ils cherchent surtout à éloigner Jésus de la ville sainte. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’impact de Jésus sur les foules leur fait de l’ombre et les dérange ! 

Ce nouveau confinement, ces contaminations, ce virus… pourraient aussi nous éloigner de Dieu, de notre Mission, nous faire perdre notre confiance et notre espérance…

La réaction de Jésus est sans équivoque : rien ne peut le détourner de sa mission ! Ni les contraintes, ni les intrigues politiciennes des hommes, ni les situations complexes, pas même la mort ! 

Ses actions demeurent constantes et il se montre inébranlable. Sa sollicitude est donnée à tout homme. Que veut-Il ? Il veut rencontrer chacun, « expulser les démons et faire des guérisons ». Ses actions et signes prouvent qu’il vient de Dieu et agit en son Nom. 

         Cet évangile est riche et je vous propose de retenir trois enseignements pour nous, aujourd’hui !

- Nous recevons un premier enseignement ! Son exemple devrait nous donner la confiance nécessaire pour avancer face à nos propres difficultés et à nos luttes. Aux creux des moments difficiles, tournons-nous vers Lui parce qu’il nous à invite à persévérer dans la mission, à cette audace de croire que notre société attend notre témoignage de foi. Le monde a soif ! Il a faim d’espérance ! Il cherche un sens ! Soyons sûrs que Jésus nous accompagne. Il est toujours avec nous : il est l’Emmanuel !

- Nous recevons aussi un second enseignement ! Reconnaissons que nos difficultés peuvent nous entraîner vers un repli sur soi ! Le risque est de se replier dans un certain “Calimérisme“ ! (Rappelez-vous : Caliméro est un petit poussin tout noir coiffé de sa coquille et qui se plaint sans cesse : « le monde est trop injuste ! ») Frères et sœurs, ne nous replions pas sur nous-mêmes !

Au moment où se dessine sa Passion, Jésus pleure sur Jérusalem, sur cette ville qui, pourtant, devrait montrer l’exemple. Cependant, le cœur du Christ ne se ferme pas aux autres. Il n’a pas été absorbé par ses propres problèmes. Il offre librement sa vie pour ses frères. Il ne rejette jamais ! Il n’a pas d’amertume envers ceux qui l’ont fait souffrir. Il a aimé, et Il ne cesse jamais d’aimer même ceux qui s’acharnent sur Lui !

- Nous recevons aussi un troisième enseignement ! Aux yeux des hommes, quand une situation semble délicate, difficile… entendons que rien n’est impossible à Dieu ! En même temps, Il ne permet pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces ! Ce qu’Il nous donne, c’est cette fraternité, ce sont des frères et sœurs en Christ, avec lesquels nous allons pouvoir prier, même à distance en ce temps de confinement ! L’enjeu est de rester unis par la prière, et dans une même espérance ! Oui ! Dieu nous donne la force d’avancer, ensemble !

Comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, Dieu désire attirer à lui tout homme et toute femme pour nous redire son amour, sa protection. Laissons Dieu nous attirer à lui.

N’oublions pas : quoiqu’il puisse arriver, Christ est vainqueur, Lui seul donne sens et espérance à nos vies ! Puissions-nous garder cette certitude en mémoire, tout au long des jours qui viennent !                                                                                                                                           

           Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 28 octobre 2020, 30e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 6, 12-19. Psaume 18A. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 2, 19-22.

 

Tous les grands moments de la vie de Jésus sont ponctués par des veillées de prière ! Peut-être l’avez-vous déjà remarqué ? Jésus prie ! À la veille de choisir ses adjoints directs (les Apôtres), nous le voyons passer toute la nuit sur la montagne, non seulement à réfléchir, mais à prier son Père. Il savait que, dès le lendemain, il allait jeter les bases de sa communauté messianique, donner à ce moment précis, une ossature à sa future Église et commencer le nouveau rassemblement du peuple de Dieu. 

Ce peuple de Dieu n’est pas particulièrement extraordinaire, c’est un peuple cabossé, malade, en attente et divers. D’ailleurs, nous sommes nous-mêmes dans cette situation, aujourd’hui.

Au petit jour, Jésus rejoint le groupe de ses disciples et Il en choisit douze, douze seulement, pour être ses Apôtres ! Douze avec lesquels Il va vivre une expérience surprenante, inédite, particulière. Douze avec lesquels Il va marcher, qui vont se laisser former, annoncer et envoyer.

Douze apôtres, autant que de tribus en Israël.

Sur quels critères Jésus s'est-il basé pour choisir ces douze Apôtres ? Nous ne le saurons jamais. Un point semble clair cependant, c'est que Jésus a créé une équipe très diverse, et sans doute très polyvalente.

Parmi les Douze, on trouve aussi bien Simon, le patron d'une petite pêcherie galiléenne, qui sera appelé Pierre plus tard, que Matthieu le comptable, aussi bien Jacques le légaliste juif, que Philippe qui parlait grec, aussi bien Simon le Zélote (un des apôtres que nous fêtons aujourd’hui avec Jude), le "résistant" qui est contre l’occupation romaine, que Jude, l’homme au grand cœur (appelé aussi Thaddée qui signifie : magnanime » en araméen), ainsi que "le disciple que Jésus aimait", "qui était connu du grand prêtre" (saint Jean).

Mais parmi tous ces disciples, on trouve aussi Judas, un homme précieux et compétent parce qu'il savait organiser l'intendance du groupe itinérant. Jésus l’avait choisi parce qu'il l'appréciait. Ne l'oublions pas : d'un bout à l'autre de sa vie avec Jésus, Judas a été libre, aussi libre que nous tous. C’est bien plus tard "Qu’il devint un traître", nous dit saint Luc; c'est donc bien qu'il ne l'était pas lors de son appel par Jésus !

"Jésus descendit avec eux et s'arrêta dans la plaine".

Il y avait là un grand nombre de disciples et une grande foule de peuples, des Judéens, des gens arrivés de la grande ville de Jérusalem, mais aussi des païens venus de la côte ; bref : une foule hétéroclite préfigurant, d’une certaine façon, l'Église de tous les temps.

C’est entouré des Douze qu'il avait choisi que Jésus s'avança vers la foule.

À partir de ce jour-là, les Douze comprirent qu'ils étaient choisis et liés, une fois pour toutes avec le Maître et qu'ils ne pourraient plus reculer. C’est petit à petit qu’ils comprendront qu’une mission énorme, gigantesque leur sera confiée et, en même temps, que c’est le Christ qui fait tout et qui allait tout donner, jusqu’à donner sa vie pour tous.

Ces Apôtres pouvaient-ils imaginer la suite ? Non, pas encore ! Mais, déjà, leur joie était grande d’être avec Jésus, de tout partager avec Lui et de pouvoir participer intimement à sa Mission. 

Frères et sœurs, nous ne savons pas de quoi sera fait demain, mais je vous invite à goûter, déjà, la joie d’être avec Jésus, de Lui faire confiance.

N’oublions pas : c’est Lui qui a les paroles de la Vie éternelle !

Demandons pour chacun de nous, puisque par notre baptême, nous sommes appelés nous aussi à Le servir, demandons d’avancer avec Lui simplement, dans la confiance.

Demandons-le aussi pour nos familles, notre communauté et pour le monde !

                                                                                                                                    Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 26 octobre 2020, 30e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 13, 10-17. Psaume 1. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 4, 32 à 5,8.

 

Cette femme, quel âge avait-elle ? L'Évangile ne le dit pas !

Ce qui est sûr, c'est que depuis dix-huit ans, elle marchait toute courbée. 

 Se redresser était devenu pour elle non seulement douloureux, mais rigoureusement impossible. De fait, elle s’était résignée maintenant à marcher en regardant ses pieds, à faire de petits pas, à ne plus voir loin devant elle, et à regarder les gens comme par en dessous !

Elle est tellement résignée qu'elle ne songe même plus à demander quelque chose à Jésus. Elle est simplement là, en prière, le jour du sabbat.

Vous avez remarqué que c'est Jésus qui prend l'initiative et qui l'interpelle : « Femme, te voici délivrée de ton infirmité ! » Et Il pose les mains sur elle.

À certains moments de notre vie, ne trouvez-vous pas que cette femme a notre démarche, qu’elle a nos traits et qu’elle partage notre histoire ? À certains moments de notre vie, nous sommes, nous aussi, courbés, le regard bas et trainant ! D’une certaine façon, cette femme courbée, c'est aussi nous.

« Femme », dit Jésus (et dans sa bouche, c'est toujours un terme de respect, qu'il s'agisse de sa Maman, d'une pécheresse ou de toute autre femme) « Femme, te voilà délivrée, définitivement ! » 

Et à l'instant même, sous les mains de Jésus pour ainsi dire, la femme accomplit le geste qu'elle croyait pour toujours impossible : elle se dénoue, elle se déplie, elle se libère, elle se redresse ! La voilà qui s'éveille à l'Action de grâces !

Sabbat ou non, explique Jésus, et surtout le jour du sabbat, il fallait bien que cette fille d'Abraham soit déliée de ses chaînes. 

N’y a-t-il pas encore en chacun de nous, même si nous avons du mal à nous en apercevoir, de lourdes chaînes qui nous courbent et qui nous font presque tomber ? À bien regarder, n’y a-t-il pas une secrète, mais réelle courbure qui existe en nous-mêmes ? N’avons-nous pas ce désir de redevenir libres et souples et surtout d’entrer dans l'Action de grâces et la louange ? 

Frères et sœurs, je note deux choses pour nous ce matin, deux choses que je livre à votre méditation :

  • Le Christ vient renverser toute résignation ! Il y a des choses que nous pensions impossibles dans notre vie, mais croyons que le Christ vient bouleverser nos craintes et nos peurs ! Il nous libère de notre résignation face à une infirmité, un blocage spirituel, une blessure qui demeure encore et qui nous fait mal : il suffit au Christ d’une parole pour nous en libérer ! Il lui suffit d’une parole pour que nous puissions entrer dans la louange !

 

  • L’évangile dit : « Un esprit la rendait infirme ». Encore faut-il que nous admettions la réalité de cette action maléfique, pour pouvoir demander au Christ de manifester sa puissance ! Ne l’oublions pas, le Christ a vaincu Satan ! « Délivre-nous du Mal » dirons-nous tout à l’heure dans la prière du Notre Père. Oui Seigneur, prions-nous chaque jour, délivre-nous du Mal, du Malin, du démon !

Le Christ a bien remarqué l’infirmité de cette femme et son cœur, attentif à nos misères, est pris de compassion pour chacun de nous.

Alors, frères et sœurs :

Osons quitter toutes nos résignations et croyons que notre Dieu est le Dieu de l’impossible

Restons en présence du Sauveur et écoutons-Le !

Sachons nous réjouir et entrer dans la louange, alors, la joie de la foule sera aussi la nôtre !

                                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 25 octobre 2020, 30e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Matthieu 22, 34-40. Livre de l’Exode 22, 20-26. Psaume 17.

Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 1, 5c-10.

 

Chers amis, quand vous quitterez l’église, à la fin de cette messe, on vous remettra une petite feuille. Vous pourrez y lire les annonces et une courte introduction que je vous propose. Son but est de vous aider à mieux comprendre l’évangile de ce jour et de prendre le temps de le méditer.

De fait, certains chiffres nous permettent de mieux intégrer, de mieux comprendre la Bible. Des chiffres expriment une quantité, un poids, une mesure (par ex : un kilogramme de pommes de terre). 

Dans la Bible, des chiffres ont un sens plus profond, plus subtil ; ils nous permettent d’éclairer et de mieux concevoir la Parole de Dieu.

Prenons rapidement quelques exemples :

·    Le chiffre 1 symbolise Dieu, l’unique, un seul Dieu.

·    Le chiffre 2 pointe une certaine dualité qui existe au fond de nous qui doit être unifiée (nous verrons pourquoi tout à l’heure)

·    Le 3 dit la Trinité : Dieu Père, Fils et Esprit-Saint

·    Le chiffre 4 dit les quatre éléments, les quatre points cardinaux, donc l’espace, le cosmos, l’univers. 

·    Le chiffre 6 (les 6 jours de la Création)

·    Le chiffre 7 représente la perfection. Rappelez-vous l’épisode où Pierre demande à Jésus combien de fois il faut pardonner : jusqu’à 70 fois 7 fois…

·    Le chiffre 12 nous parle d’élections, des douze tributs d’Israël,  des douze Apôtres, des douze corbeilles pleines lors de la multiplication des pains, des douze étoiles qui couronnent la Femme, des douze portes de la Jérusalem céleste, des douze anges et des douze fruits de l’arbre de Vie.

·    Le chiffre 40 représente le temps, les quarante jours que les Hébreux vont passer dans le Désert, le temps du Carême pour chacun de nous, le temps durant lequel Jésus va être tenté, le Déluge qui se prolonge pendant 40 jours et 40 nuits, c’est aussi le temps du passage à une humanité nouvelle. Les Hébreux séjournent 40 ans dans le désert. Moïse reste 40 jours sur le mont Sinaï, Élie marche 40 jours. Jésus jeûne 40 jours…

·    Le chiffre 72 = 6x12 : ce sont les Disciples missionnaires.

·    666 : c’est le chiffre de la Bête, du Démon.  

·    144 000 personnes seront marquées du sceau du Dieu vivant (Livre de l’Apocalypse), soit : 12x12x1000 : ce sont tous ceux qui sont sauvés, ce chiffre dit l’infini ! C’est ce que nous entendrons dimanche prochain lors de la lecture d’un passage de l’Apocalypse.

La bible est donc riche en chiffres ! Et chaque chiffre a un sens et une signification !

Si j’introduis mon homélie de cette façon, c’est que la question qui est posée dans l’évangile est très intéressante. Certes, le docteur de la Loi interroge Jésus pour le mettre à l’épreuve, mais il a, en plus, une idée derrière la tête, une question plus précise ; dans l’évangile de ce jour de St Matthieu (22,34-40), nous entendons cette question : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » 

Si je vous parle commandements, sans doute allez-vous penser au chiffre dix : le chiffre 10 pour les dix commandements (les deux Tables de la Loi ou les dix Paroles) évidemment. 

En réalité, pour les juifs à l’époque de Jésus, suivre tous les commandements n’était pas si simple.

Pourquoi ?

Le chiffre 365 ne dit pas les jours d’une année civile, mais les 365 interdits recensés dans le Premier Testament : « ne fait pas… »

- Le chiffre de 248 : toujours dans l’Ancien ou le Premier Testament, représente les 248 prescriptions positives auxquels tout croyant juif a le devoir d’obéir : « Fait… » (par ex : Les ablutions, le nettoyage de la vaisselle…) 

Selon la tradition juive, la Torah et la Tradition comptent 613 mitzvot ou commandements, si nous faisons le total : 365+248 = 613 ! 

Mais alors, comment faire pour suivre et hiérarchiser tous ces commandements ? Quel est le plus important ? Quel est donc le premier ?

Nous retrouvons alors la question que le docteur de la Loi pose à Jésus.

C’est une question intéressante, car nous comprenons bien que Jésus apporte un changement !

Si nous passons du Premier (ou Ancien) Testament au Nouveau, l’Évangéliste Matthieu nous fait découvrir que dans le Christ nous quittons le champ de la Loi pour entrer dans celui des Béatitudes avec le chiffre 8 pour les le 8 Béatitudes !

- Et enfin, le chiffre 2 pour les deux commandements d’amour de Jésus. C’est ce que nous entendons ce matin.

- 613 interdits et prescriptions dans le Premier Testament qui deviennent seulement deux commandements dans le Nouveau. Mais ces deux commandements accomplissent les 613 anciens. Gardons bien cela à l’esprit lorsque nous lisons cet évangile !

Sa réponse est impeccable ! Jésus connaît parfaitement les Livres Sacrés. Cette question est pour lui l’occasion de donner un enseignement majeur qui nous fait accéder au cœur même de la Révélation évangélique et nous révéler qui est Dieu !

Le commandement « d’aimer le Seigneur de tout son cœur et de toute son âme… » se trouve explicitement dans le livre du Deutéronome (Dt 6, 5) ; Shema Israël que tous juifs pieux récitent matin et soir « Écoute, ton Seigneur ton Dieu est l’unique ». Aujourd’hui encore, ce verset (et d’autres aussi) se trouve dans l’encadrement des portes d’entrée (un petit boitier « Mezouzah).

Quant à l’autre commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », il a été déjà formulé dans le livre du Lévitique (Lv 19, 18). Commandement d’amour vis-à-vis de notre prochain !

La question que nous pourrions nous poser est celle-ci : où est donc est la nouveauté de l’enseignement apporté par Jésus ?

La nouveauté est d’abord dans le fait que Jésus, précisément, associe ces deux commandements qui, dans les Écritures, étaient formulés en deux passages bien distincts. Personne ne semble avoir eu cette audace avant lui.

Mais surtout, Jésus recentre toute la législation sur l’AMOUR. Il n’invente pas les termes de sa réponse : il joint deux versets qui sont séparés dans les Écritures, tout en leur laissant une hiérarchie !

  • TU AIMERAS TON DIEU : le rapport à Dieu n’est pas celui d’un esclave craintif.
  • DE TOUT TON CŒUR : dans la Bible, le cœur n’est pas le siège des sentiments et des passions, mais celui des décisions et des engagements. C’est le centre de la personne, là où elle se construit par ses volontés et ses projets.
  • DE TOUTE TON ÂME : ce qui signifie de toute ta vie. À tel point que, s’il le faut, le croyant ira jusqu’à donner sa vie (comme le Christ l’a donnée pour nous) et acceptera le martyre plutôt que de manquer à son Dieu.
  • DE TOUT TON ESPRIT c'est-à-dire de toute TA PENSÉE : car la foi ne se réduit pas à une impression, ni à un sentiment ; elle doit être réfléchie, rationnelle. Aimer Dieu, ce n’est pas se laisser porter par une éducation, les autres, ou l’habitude : c’est chercher à (re)connaître Dieu dans ma vie, et s’appliquer à comprendre ce qu’il veut.

À ce commandement, il s’ajoute UN SECOND qui lui est semblable : TU AIMERAS TON PROCHAIN COMME TOI-MÊME. Aimer son prochain tout en respectant un juste amour pour soi ! S’aimer n’est pas toujours simple, car je sais qui je suis ! Est-ce que je suis capable d’un peu d’amour pour moi et de reconnaître l’être étonnant que je suis ?… Je sais que je ne suis pas parfait… mais, malgré cela, je suis aimé de Dieu. Je suis créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. C’est tout un travail de réconciliation avec Dieu et moi-même qu’il me faut faire, pour aimer aussi mon prochain !

Aimer Dieu sans aimer son frère est donc contradictoire ! (1 Jn4,20) ! 

Aimer son prochain n’est pas très en vogue aujourd’hui dans notre société individualiste et particulièrement en ce temps de distance sociale et sanitaire. Le Pape François explique ce risque dans Fratelli Tutti au N°36 : la peur de l’autre : Le “sauve qui peut” deviendra vite “tous contre tous”, et ceci sera pire qu’une pandémie. ! 

Je suis donc, invité à aimer comme Dieu aime ! TOUTE NOTRE VIE DÉPEND DONC DE L’AMOUR ! « L’amour est l’accomplissement parfait de la Loi ! » nous redit Saint Paul dans la lettre aux Romains 13, 8- 10)

Jésus termine ce court passage de l’évangile en ajoutant : « Tout ce qu’il y a dans l’Écriture - dans la Loi et les Prophètes - dépend de ces deux commandements ! »

Notre vocation, dans l’écoute de la Parole de Dieu, est d’aimer.

Mais, Dieu est-il entendu, compris ? Il faut du temps pour aimer et se laisser aimer et il faudra encore du temps ! Nous savons bien que, quelques chapitres plus loin, certains parviendront à faire condamner Jésus et nous serons à l’opposé de l’amour. Mais même sur la Croix, Jésus témoignera comment il a vécu et appliqué fidèlement son enseignement. Jusqu’au bout, Il va nous aimer et donner sa vie pour que nous ayons la vie !

La question du Docteur de la Loi peut être aussi la nôtre : ma vie est une multitude de sollicitations, de projets, de directions, de rencontres, de décisions, d’impossibilités, de défis, de contraintes : Qu’est-ce qui est prioritaire, Premier ? Ou plutôt : Qui est Premier dans ma vie !

La réponse de Jésus est aussi pour nous !

Elle est là, pour redonner le sens véritable de notre vie !

L’amour n’est donc plus une injonction, mais invitation et imitation ! L’AMOUR EST DON ! Il est Don de Dieu ! Encore faut-il se faire capacité pour l’accueillir. C’est de Lui seul que nous pouvons recevoir la force de l’aimer de tout notre cœur et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes.

Frères et sœurs, dans ces temps un peu difficiles et compliqués, demandons la grâce de choisir d’écouter notre Seigneur et de mettre l’amour de Dieu au cœur de nos vies !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 25 octobre 2020, 30° semaine du temps ordinaire, Année A.

Homélie du mercredi 21 octobre 2020, 29e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 12, 39-48. Cantique (Isaïe 12). Lettre de saint Paul aux Éphésiens 3,2-12.

 

Ce matin, nous entendons la suite de l’évangile d’hier. Quel est son message ? Clairement : Jésus viendra de nouveau ! Il est déjà venu (c’est au moment de son incarnation, évènement que nous fêterons dans quelques semaines, à Noël), mais Il reviendra (Nous le proclamons, dans la foi, à chaque eucharistie, au moment de l’anamnèse). Nous sommes familiarisés depuis longtemps avec cette certitude. Les chrétiens savent que Jésus reviendra, et cependant, quand on y pense sérieusement, il y a là quelque chose de surprenant, de bouleversant.

Nous savons que Jésus est présent : dans l’Eucharistie, dans les Sacrements, dans sa Parole, ou quand deux ou trois sont en prière au nom de Jésus, Il est là ! Oui, Il est là, présence réelle, dans notre vie présente, aujourd’hui, maintenant ! Les Apôtres l’ont connu dans son humanité, nous le connaissons certes autrement, et cependant il nous annonce, avec force, une autre venue : « Je reviendrai ! ». Cela devrait mettre notre cœur de chrétien en joie.

Il reviendra, non pas pour démolir ce que nous aurons construit avec Lui et pour Lui, mais pour achever, accomplir à sa manière, à la manière de Dieu, tout ce que nous vivons, tout ce que Dieu veut pour nous. Il reviendra inaugurer ce qu’il appelle Lui-même : « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » !

Cette promesse peut nous laisser perplexes… Nous aimerions bien savoir quand, Seigneur ? Nous ne le savons pas ! Comment Seigneur ? Nous ne le savons pas plus ! Mais il est certain qu’Il reviendra. Pour cette raison, il nous demande de vivre comme des gens qui l’attendent. C’est sans doute un des paradoxes du chrétien d’être, à la fois pleinement dans le monde, et, en même temps, tendu vers l’espérance du Ciel.

Aux scribes, aux intellectuels, aux maîtres à penser, aux Apôtres, et, plus largement encore, à chacun de nous, Jésus dit : « Attention ! Vous connaissez la volonté de votre Maître ; il vous a confié la responsabilité de sa maison (comprenons : de sa Création). Il ne s’agit pas simplement de tuer le temps, ni de tout laisser aller, de s’activer à des choses sans grande importance, ou de ne penser qu’à soi… », Mais il s’agit plutôt d’être attentifs et responsables, dans une dynamique d’attente et, en même temps, de joie ! 

Ce qu’Il nous demande, c’est un réflexe de prudence élémentaire : si notre maison est ouverte à tous les vents, si nous vivons sans profondeur, sans savoir ni pour qui ni pour quoi, sans réagir devant l’assoupissement ou la facilité, nous risquons de nous retrouver, un beau matin, cambriolés, à la fois physiquement, mais aussi intérieurement, comme privés brusquement de tous les fruits de notre travail et de notre espérance ! Il nous faut donc veiller pour ne pas manquer sa visite !

Qu’il revienne à minuit ou à une heure impossible, ou même au petit matin, s’il nous trouve attentifs à notre poste, prêts à L’accueillir, le Seigneur nous dira : « Passe-moi ton tablier. Assieds-toi : mange les bonnes choses que tu as réchauffées pour moi ». Alors la mesure de notre fidélité sera la mesure de notre bonheur, et si nous avons su nous entraider pour veiller à plusieurs, c’est ensemble que nous mangerons ce dîner servi par le Christ. Il y a là comme un autre paradoxe : nous croyons, nous, servir le Seigneur, en réalité, c’est Lui qui nous sert. Relisons l’évangile d’hier : « il passera pour les servir ». 

Finalement, les questions qui nous sont posées ce matin pourraient être celles-ci ! 

  • Y a-t-il encore en nous, place pour l’espérance et l’accueil ? 
  • Attendons-nous vraiment le retour du Seigneur ? 
  • Ou bien avons-nous encore l’illusion de pouvoir accomplir par nous-mêmes et pour nous-mêmes, notre propre vie ?

Frères et sœurs, voilà trois questions que je vous propose de méditer au cours de ce jour !      

                                                                                                                                         Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 19 octobre 2020, 29e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 12, 13-21. Psaume 99. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 2, 1-10. 

 

Il n’y a pas si longtemps encore, le notable du pays était souvent sollicité pour faire un arbitrage. Ce pouvait être : le maire, le notaire, l’instituteur, le médecin, le curé On pouvait exposer son problème et on attendait de ce notable qu’il donne une réponse, qu’il trouve une solution.

 C'est sans doute le prestige de son enseignement qui vaut à Jésus cette demande un peu insolite : "Maitre, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage". 

Jésus refuse tout net de se substituer au notaire ou au juge. Mais, selon son habitude, il saisit l’opportunité d’élever le débat, et répond au niveau du sens de la vie en disant deux choses, que je peux résumer ainsi :

      - "Gardez-vous de l'envie d'avoir toujours plus",

      - "Vous le savez : les biens d'un homme ne lui garantissent pas la vie".

Pour expliquer cela, il donne cette parabole du riche insensé.

Il s'agit, notons-le, d'une richesse honnêtement acquise : c’est la richesse d'un homme dont la terre a bien rapporté grâce à son savoir et à son travail. Jésus ne critique pas cette richesse ! 

Mais quels vont être les réflexes de cet homme devant la chance, devant cette surabondance inespérée ?

  • D'abord il veut se mettre à l'abri des aléas. Sécurité d'abord et il va constituer des réserves !
  • L'autre réflexe suit logiquement : puisque le souci s'éloigne, l'homme va enfin profiter : " Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence ».  Et l'homme, même s’il ne s'installe pas dans des vacances perpétuelles, déjà il a pour objet, au moins de bien profiter de la vie !

Pour certains, le calcul de cet homme riche ne semble pas si faux ! Que peut-on lui reprocher ?

Mais, « Tu es fou ! », lui dit Dieu. Littéralement, tu es « insensé » ; c’est la traduction exacte, c’est-à-dire : « Ta réaction n’a pas de sens ! »

Ce que Jésus vise dans sa parabole, c'est le réflexe d'accumuler des biens et cette tentation de s'appuyer sur des réserves matérielles pour vivre sans horizon, sans projet fraternel, bien souvent au niveau de la jouissance immédiate. 

Les paroles de Jésus sur l'au-delà peuvent nous déranger, parce nous voulons du concret, nous avons peut-être du mal à comprendre ce que peut être une vie au-delà de cette vie terrestre ! Nous oublions que nous ne sommes que de passage sur cette terre. « Nu, je suis venu au monde ; nu, j’en repartirais ! » nous dit Job.

La seule chose que nous pourrons sans doute garder, c’est ce qui a rempli notre cœur, c’est-à-dire la façon dont j’ai su aimer et la façon dont je me suis laissé aimer. Toutes ces relations, tous ces liens d’amitié, d’amour, de charité, c’est cela qui va perdurer au-delà de notre mort. Nos richesses, cet héritage que nous laisserons : qui l’aura ? Nous avons juste à espérer que nos héritiers ne se querelleront pas trop !

       Frères et sœurs, en cette période tourmentée et déstabilisante, au milieu du tourbillon de notre existence, au moment où nous sommes peut-être tentés de refermer les mains sur l'immédiat, avec cet évangile, nous pouvons entendre en nous la voix du Père, qui nous murmure, avec bonté et humour : 

" Ne sois pas dans l’angoisse et la peur de manquer ! ..." C’est un bien plus précieux que je te propose : « être avec moi pour toujours » !

Ce matin, demandons pour chacun de nous, la simplicité, l’attention à l’autre et aux autres, cette capacité de faire de notre vie un vrai “je t’aime“. Si nous possédons des biens (ce n’est pas un mal !), puissions-nous être fraternels et partager !

       Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche18 octobre 2020, 29e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 22, 15-21. Livre du prophète Isaïe 45,1.4-6. Psaume 95.

Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 1, 1-5b.

 

Extraordinaire évangile qui nous raconte le subtil piège que les pharisiens et les Hérodiens, pour cette fois ensemble, ont tendu à Jésus pour le faire condamner ! 

Remarquez que le coup est intelligent ! Il s'agit d'amener Jésus à choisir entre deux opinions politiques opposées qui chacune, pourraient le faire condamner à mort. On lui demande après de nombreuses flatteries : « Est-il permis ou non de payer l'impôt à César ? »

C’est une question qui semble anodine, mais qui en fait, est un piège ! Si Jésus répond OUI, les pharisiens crieront au scandale, puisque payer l'impôt à César, c'est en quelque sorte se montrer favorable à l'empire de Rome, et par conséquent admettre la divinité de César. N’oublions pas que César était considéré comme un dieu sur la terre comme pour Pharaon. Si, au contraire, Jésus répond que NON, il ne faut pas payer l'impôt à l’empereur César, alors il devient un opposant politique. Les pharisiens seront les premiers à le dénoncer aux amis d'Hérode pour le faire condamner comme un rebelle à l'autorité occupante.

Jésus semble être habilement piégé : être un mauvais citoyen ou être un citoyen sacrilège ! Mais, sa réponse est brillante, nette, directe : « Hypocrites ! »  « Montrez-moi la monnaie de l'impôt. », dit Jésus.

Coupant court aux flatteries mensongères, il prend ses opposants en flagrant délit de contradiction puisqu’ils portent sur eux la monnaie de l’impôt, représentant l’effigie de l’Empereur. Autant dire qu’un juif pieux n’était pas supposé la posséder ! Rappelez-vous, on nous en parle à plusieurs reprises dans l’évangile. Au moment d’entrer dans le Temple, les juifs devaient changer l’argent romain qu’ils portaient sur eux. C’est pourquoi il y avait des changeurs qui se tenaient dans le parvis du Temple ! L’argent romain était considéré comme idolâtrique et ne devait pas, par conséquent, entrer dans le Temple.

La réponse de Jésus retentit et surprend encore aujourd’hui : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »  Étonnante et remarquable réponse ! Bref ! Le piège n'a pas fonctionné.

De fait, Jésus ne répond pas à la question posée ! Il fait beaucoup mieux. Il la transforme, interpelle et en fait comprendre les conséquencesIl nous invite à réfléchir à notre tour.

Car attention ! Pour le croyant, la réalité de la terre, qu’elle soit régie par César ou un autre, disparaitra un jour pour faire place au nouveau Royaume.

Par le baptême, par le don de l’Esprit, le chrétien se découvre citoyen du ciel.

L’homme est renvoyé à sa vraie nature qui est d’être avec Dieu et « Citoyen du Ciel » !

L’enjeu véritable et important est celui-ci :

« Tout en étant de ce monde, et en même temps, de passage en ce monde, à qui voulons-nous appartenir ? »

C’est la question que Jésus nous pose ce dimanche : à César ou à Dieu ? Voilà la conversion que Jésus attend de nous tous. La réponse n’est pas si simple ; c’est à chacun de nous de répondre et de répondre en vérité.

  • Attention, ne nous trompons pas ! La pièce de monnaie n’est pas en cause pour elle-même ! L’argent, nous le savons bien, est juste un moyen et non une fin !
  • L’argent, comme le pouvoir politique, est une création de l’homme. Bien géré, cela est nécessaire pour un bien “vivre ensemble“ respectueux et solidaire ! 

Une dernière réflexion ! Si cette pièce d’argent porte le signe évident de César Tibère, c’est-à-dire son visage, où peut-on trouver le signe de Dieu dans le monde ? 

Je vous le redis : il est important de comprendre que l’homme n’appartient ni au politique, ni aux puissances d’argent, ni aux mécanismes économiques.

Nous trouvons le signe de Dieu dès le livre de la Genèse, où il est écrit que nous sommes créés à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26-27) : « Dieu créa l’Homme à son image ». 

Tout homme est une histoire sacrée et l’homme est à l’image de Dieu. 

Plus encore, le baptême reçu, nous configure d’une façon originale au Christ (prêtre, prophète et roi) et nous découvre frères et sœurs ! Nous le redirons tout à l’heure en récitant le Notre Père ! Une fraternité encore plus large est à redécouvrir et à mettre en action, comme nous le redit avec force le Pape François dans sa dernière encyclique Fratelli tutti ! Il nous faut comprendre que ce monde ne pourra véritablement répondre à sa vocation que si nous nous reconnaissons frères et sœurs.

Cela, notre époque semble l’avoir oublié ! C'est là que se situent les questions de justice sociale, de développement, de liberté, de charité, de la Mission telle que nous essayons de la vivre aujourd’hui, mais aussi du sens de ma vie, de notre vie et de notre avenir ! Nous percevons que ce désir du Ciel qui nous habite tous au plus profond de nous, est là, ancré dans notre cœur : être à Dieu pour toujours !

Ces questions ne doivent pas nous laisser indifférents. Nous savons bien les contraintes que nous subissons aujourd’hui, les restrictions, certaines limitations de notre liberté, avec ce virus qui rôde, les ordres et les contre-ordres et la peur qui peut s’installer. Cependant, ne craignons pas ! N’ayons pas peur ! Prenons soin, bien sûr des uns, des autres ; cela est évident, nécessaire, indispensable. 

Soyons passionnés par ce monde, mais choisissons d’appartenir à Dieu ! Ou dit autrement : rendons donc à ce monde ce qui est à ce monde, mais n’oublions pas que nous sommes à Dieu !

  • C'est tout cela que nous recevons aujourd’hui, en ce 29e dimanche du temps ordinaire. 
  • C’est tout cela que la Parole de Dieu nous enseigne avec perspicacité et profondeur. 

Demandons la grâce, pour chacun de nous, de la laisser résonner en notre cœur et faisons un choix juste et vrai  !                         

                                                                                                                                       Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 14 octobre 2020, 28e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 42-46. Psaume 1. Lettre de saint Paul aux Galates 5, 18-25.

 

Comment traduire ce mot « Malheureux » ? Peut-être par « quelqu’un qui n’est plus heureux ! » On pour pourrait dire aussi « C’est dommage ! » Ou même « Hélas ! » …

Ce qui est certain, c’est cette profonde douleur de Jésus devant la part de nous-mêmes qui oublie que l’accomplissement de la loi ne peut se faire que dans l’amour.

Malheureux homme qui, dès lors qu’il a accompli les obligations et les lois de sa religion, croit qu’il est en règle avec Dieu et qu’il peut se faire juge de ses frères. Il se trompe de Dieu, car Celui que Jésus nous révèle ne veut pas être servi, mais être aimé et rencontré gratuitement. 

Il se fait homme au milieu des hommes pour que nous nous approchions sans crainte de lui. Il ne nous appelle plus « serviteurs », mais « amis » (cf. Jn 15, 15).

Contrairement, à une idée récurrente, notre Dieu n’est pas le grand inquisiteur qui compte nos faux pas et nous contraint à observer les multiples préceptes de la religion. Il est celui qui juge selon la vérité, avec bonté et patience, dans l’amour. Il fallait observer la loi, sans abandonner l’amour ! Divin équilibre du jugement de Dieu !

Un double malheur me guette 

·            Le premier : être fier de son observance de la Loi et valoriser une belle image de soi-même

·            Le deuxième : Croire que Dieu ne peut plus m’aimer tant les chemins que j’ai pris m’ont éloigné de Lui.

 

En fait, si le Dieu que nous cherchons et que nous rencontrons dans le visage de Jésus ne nous surprend plus, s’il ne nous convoque pas en dehors de nos habitudes et de nos certitudes bien pensantes, à l’écart de nos chemins, bien conformes aux préceptes moraux que nous nous fixons et aux lois de l’Église, est-il encore vraiment le Dieu de Jésus Christ, le Dieu qui m’a créé, le Dieu qui donne sa vie pour moi, le Dieu qui donne et qui pardonne sans limites ?

Frères et sœurs, aujourd'hui encore le Seigneur attend de nous une vraie cohérence 

  • entre la prière et la vie, entre les paroles et l'engagement concret, 
  • entre notre générosité personnelle et ce que nous réclamons des autres. 

Aujourd'hui encore, sa tendresse me rejoint personnellement. Ce n’est pas une condamnation, mais bien une invitation musclée ! Osons faire ce choix et vivre de l’Esprit Saint !

Ainsi soit-il ! 

Homélie du lundi 12 octobre 2020, 28e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 29-32. Psaume 112. Lettre de Saint-Paul aux Galates 4,22-24.26-27.31 à 5,1. 

 

Ce matin, je souhaite m’arrêter sur cette petite phrase : « Cette génération cherche un signe… »

Il serait sans doute intéressant de compter le nombre de fois où nous demandons un signe à Dieu dans notre vie, une certitude que telle ou telle chose se situe dans son projet, ou une aide dans des décisions de choix de vie ? Nous serions peut-être surpris de comptabiliser toutes ces demandes ! Inconsciemment ou non, nous sollicitons sans cesse des signes à Dieu, comme si nous voulions qu’Il nous aide d’une façon très concrète. De fait, nous recherchons, ou même nous réclamons souvent des signes rapides et surtout efficaces !

En écoutant l’évangile de ce jour, nous pourrions nous poser cette question : pourquoi Jésus semble-t-il condamner cette recherche de signe ?

Peut-être parce que nous restons trop centrés sur nous-mêmes ou que la réponse de Dieu à cette recherche ne correspondra pas toujours à notre demande ! Bien souvent, la réponse est un silence, alors que nous attendons une réponse claire, précise ! Ce n’est pas que Dieu serait silencieux, mais sa réponse est une réponse qu’il nous faut découvrir et comprendre, bien souvent dans la prière et dans le temps !

Souvent, une note de déception s’empare de nous ! Le silence de Dieu peut sembler terrible à certains moments. « Dieu ne me répond pas ! » Pourtant, Dieu parle dans ce silence ! Par exemple : rappelez-vous l’épisode d’Élie sur le Mont Horeb (1 Roi 19, 11-14). Élie  réclame un signe, lui aussi, et il s’aperçoit que Dieu s’est laissé découvrir dans le silence d’une brise légère ! 

Dans l’évangile de ce jour, Jésus dit pourtant qu’il donnera un signe, celui « de Jonas » ! Quel est donc le signe de Jonas ?

En fait, c’est un double signe que nous découvrons dans l’histoire de Jonas. La Bible raconte que Jonas est envoyé par Dieu pour convertir la ville de Ninive, la grande ville païenne ! Vous connaissez son périple, ses refus, sa fuite et comment, il va passer trois jours et trois nuits dans le ventre d’un gros poisson.

Il prêche donc la destruction de Ninive, mais il sait que cette ville sera pardonnée par le Seigneur si elle se détourne de sa méchanceté. Et là, la ville se convertit. Jésus dit : « Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas ». Le premier signe est celui d’une ville qui se convertit et change radicalement, car tous les habitants se tournent entièrement vers Dieu ! 

Mais l’histoire de Jonas a deux sens. Elle donne un signe à travers la conversion de la ville de Ninive, mais Jonas en reçoit un pour lui. Après la conversion totale de Ninive, Jonas est en colère, il a été écarté comme un illuminé qui prêche le malheur et l’échec. Alors, il demande au Seigneur de le laisser attendre la mort. Jonas préfère mourir !

C’est là, où il devient à nouveau « signe », car Dieu donne un signe de sa miséricorde pour tous, et pour lui particulièrement. Il n’a pas été prophète uniquement pour sauver Ninive. Dieu l’a envoyé pour lui révéler son cœur. Et pour s’ouvrir à ce mystère d’amour, Jonas devait passer par l’échec, par un certain silence de Dieu, pour se convertir et enfin découvrir la Miséricorde de Dieu !

Frères et sœurs, je vous invite (et moi également), si vous le voulez bien, à prendre le temps, aujourd’hui ou dans les jours qui viennent, à relire notre vie autrement, à y découvrir le signe que Dieu nous a envoyé et que nous n’avons peut-être pas su voir, découvrir et comprendre : le signe de la Miséricorde de Dieu pour moi ! Plus encore, découvrons qui est « Signe » pour moi !

Voilà ce que Jésus nous propose de comprendre, aujourd’hui, dans cet évangile !

Rendons grâce à Dieu pour sa miséricorde !

Ainsi soit-il 

Homélie du dimanche 11 octobre 2020, 28e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église Saint-Vincent de Paul, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 21, 33-43. Livre du prophète Isaïe 5, 1-7. Psaume 79.

Lettre de saint Paul aux Philippiens 4, 6-9.

Messe de rentrée de la Paroisse

 

Chers amis, ne trouvez-vous pas que les invités à la Noce de la parabole, c’est un peu chacun de nous ? Nous savons bien que Dieu invite, nous invite tous aux Noces de l’Agneau ! … pour vivre quelque chose de grandiose !

A chaque eucharistie, nous le redirons tout à l’heure et nous l’entendrons à nouveau : « Heureux les invités au repas du Seigneur » ! Il y a des moments où, nous disons oui à Dieu, et nous répondons à son invitation d’un cœur léger, mais parfois la peur, ou bien la paresse, ou encore le découragement, ou un emploi du temps trop chargé finissent par transformer « cette joie des Noces » en refus ou en indifférence. Et puis il y a d’autres moments où, après avoir rechigné, (« Non, je n’irai pas ! »), après s’être fait attendre, après avoir déployé des stratégies de fuites plus ou moins conscientes, nous finissons par regarder la réalité en face, par nous souvenir de l’invitation de Dieu, et par décider de transformer notre non en oui. Quelle joie !

Ce que cette parabole nous rappelle, c’est que, finalement TOUS SONT CONVIÉS, sans distinction et librement, « les mauvais comme les bons » nous dit l’évangile, « et la salle de noce fut remplie de convives. »

En cette messe de rentrée, cette parabole est pour nous comme une catéchèse, faisant le lien entre :

- le festin préparé pour tous les peuples, l’Agneau Pascal, Jésus-Christ crucifié, 
- et le bon Berger (entendu dans le psaume) venu rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. 

Mystère pascal et mystère de l’Église, profondément unis en chaque eucharistie, tissant chaque jour un peu plus l’habit de fête qui est la tenue de service de tous les invités aux noces de l’Agneau. A nous de comprendre que l’habit de fête est, tout simplement la tenue de service, pour être au service de tous !

Ne soyons donc pas étonnés ! Cette invitation à rester en tenue de service est toujours un grand défi pour chacun de nous en particulier, et aussi pour notre communauté paroissiale ! Notons bien que ce n’est pas le seul défi qu’il nous faut relever… il y en a plusieurs ! Ces défis sont nombreux, tant pour notre paroisse, que pour la société. 

Nous le savons, depuis la fin de l’hiver dernier, un virus s’acharne à bouleverser nos modes de vie. Et voici que sa présence inquiétante plane, à nouveau, sur cette rentrée pas comme les autres, ravivant l’incertitude et le doute, la méfiance et la peur. 

Décidément, et sans baisser les bras, que nous le voulions ou non, il nous faut apprendre à vivre autrement ! Bien sûr, nous prenons soin de tous et nous appliquons les consignes sanitaires nécessaires, et nous l’avons fait dès les premiers jours. Ce n’est pas une option !

J’ai entendu, comme vous, au cœur du confinement, le rêve d’un « monde d’après » débarrassé des incohérences et des injustices du « monde d’avant ». 

Mais aujourd’hui, nous sentons bien qu’entre l’avant et l’après, il y a le présent, un présent pendant lequel nos relations quotidiennes, familiales, paroissiales ou professionnelles, se voient fortement et parfois gravement affectées, que ce soit par la douleur de la maladie, l’épreuve de la solitude, (pensons à nos anciens qui se trouvent en EHPAD), la menace du chômage, les difficultés éducatives. Pour tous, il est même devenu difficile d’élaborer des projets à long terme. Par exemple, lors d’un rendez-vous hier avec des fiancés, nous nous interrogions pour savoir si leur mariage pourrait être célébré ? Les professions de foi, les premières communions risquent d’être un peu décalées…

Notre Paroisse n’échappe pas à cette réalité. Elle partage les angoisses et les interrogations de ce temps. Mais, elle ne doit surtout pas se décourager ni se replier sur elle-même en attendant que l’orage passe. Engourdie, elle aussi, par les masques et les gels, les ordres et les contrordres, notre Communauté paroissiale se sait appelée par son Seigneur à accompagner la famille humaine sur ce chemin que nous savons compliqué et incertain. Elle sait aussi que, même si les vents sont contraires, le Christ est sur le bateau, Il est notre balise, notre GPS, et notre paroisse sait qu’elle peut mettre en Lui toute sa confiance et toute son espérance. L’Esprit de Dieu n’est pas absent de nos vies, bien au contraire ! C’est bien dans ces conditions-là, avec ces contraintes et ces limites bien réelles, « ici et maintenant », que nous devons accueillir, vivre et annoncer l’Évangile du Christ. Vivre et réinventer la FRATERNITÉ ! C’est cette fraternité qui nous construit ! Nous en avons besoin ! Les embrassades, la convivialité de toutes nos rencontres joyeuses nous manquent terriblement ! Il nous faut retrouver et donc ré-inventer la façon de vivre cette fraternité, essentielle à notre vie chrétienne !

Chers amis, ne nous laissons donc pas paralyser par la peur et le découragement ! Nous avons à prendre soin les uns des autres, bien sûr ! Notre foi nous appelle à vivre dans l’espérance pour garder le cap, pour être encore et toujours dans le service et une disponibilité à tous. Ce ne sont pas de vains mots, ni seulement de belles paroles ; c’est ce que nous avons et devrions vivre chaque jour !

De fait, depuis plusieurs mois, en Équipe paroissiale, nous travaillons sur tous ces défis. Durant le confinement, nous nous sommes retrouvés deux fois par semaine, dans le respect des consignes et donc, comme beaucoup d’entre vous, en utilisant les différentes techniques des médias (skype, zoom et autres …)

​Ces défis sont ceux de notre société (je pense aux lois de Bioéthique, à la vie naissante, au soutien des personnes âgées), les défis familiaux (accompagner les parents, les enfants, les ados, l’aumonerie), les défis professionnels (le travail, les difficultés financières) et bien d’autres défis encore… Nous en sommes pleinement conscients !

C’est pourquoi, il est de notre devoir et de notre responsabilité de relever en paroisse, à notre niveau, déjà au moins là où nous sommes, ces défis, qui sont appelés les 5 essentiels de notre vie paroissiale :

     • Le défi d’une communauté paroissiale qui est un lieu de fraternité 
     • Le défi d’une communauté paroissiale qui prie et célèbre dans la confiance
     • Le défi d’une communauté paroissiale qui ose la rencontre et annonce l’évangile 
     • Le défi d’une communauté paroissiale qui est un lieu de service et d’accueil de tous
     • Le défi d’une communauté paroissiale qui donne envie de se former.

Le travail réalisé à partir des Assises (qui vous sera présenté dans quelques instants) et les lectures des dernières encycliques Laudato Si’ et Fratelli tutti, devraient nous aider à avancer et à mieux comprendre notre mission.

Merci à vous tous déjà disponibles à la Mission dans notre Paroisse et qui souvent, sans faire de bruit, êtes bien présents. Merci aussi, et ce n’est pas un vain mot, à vous tous qui allez accepter et vous engagez à vous mettre en tenue de Service, humblement et chacun selon vos possibilités et vos charismes !

C’est bien ce service et cette fraternité que je vous invite à vivre intensément tout au long de cette année, en paroisse, en famille, dans nos communautés.

Merci par avance et que le Seigneur, par son Esprit Saint, nous bouscule et nous guide sur ce chemin de la Mission pour un jour participer, dans la joie, au festin des noces éternelles  !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 11 octobre 2020, 28e Dimanche du temps ordinaire - Messe de Rentrée de la Paroisse

Homélie du mercredi 7 octobre 2020, 27e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 26-38. Cantique (Luc 1, 46-55). Livre des Actes des Apôtres 1, 12-14

Notre-Dame-du-Rosaire

 

La mission de Jésus, en prenant notre condition humaine, est de nous faire connaître le Père et le plan du Salut qu’il souhaite pour chacun de nous !

     Cette mission de Jésus, nous la connaissons ! Mais, elle est toujours d’actualité, il s’agit de nous laisser transformer par la prière de Jésus pour nous tourner vers le Père !

     Cependant, est-ce si facile ? Ne vivons-nous pas, parfois au quotidien, des obstacles, des empêchements ? Déjà, en nous-mêmes : notre pesanteur, notre inconstance, nos refus… mais il y a aussi quelqu’un qui veut s’opposer à notre relation au père ! On l’appelle : le Tentateur , le Diable, le Diviseur, Satan ! Avons-nous conscience de son existence ? Il est si malin, qu’il a réussi à nous faire croire qu’il n’existait pas ! Nous pourrions facilement le vérifier en posant la question aux personnes que nous rencontrons dans la rue. Et pourtant, il est bien présent !

Le catéchisme de l’Église Catholique nous redit : 

« Le mal n’est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, l’ange qui s’oppose à Dieu. »(CEC 2851). (Lucifer= Ange de lumière)

Jésus, lui-même, au soir de sa Passion prie encore son Père de nous garder du Mauvais (Jn 17,15). 

Il est frappant de voir, aujourd’hui, par la multiplication des magnétiseurs, coupe-feu, voyants et médiums en tout genre, comment le démon étend de nouveau son pouvoir sur les personnes qui se trouvent affligées de différents maux psychologiques, physiologiques et spirituels. Parfois quand un problème se présente, les personnes ne se tournent pas vers Dieu, mais plutôt vers des individus qui risquent de les conduire en des méandres difficiles, compliqués et aussi, de surcroit très onéreux !

Rappeler son existence n’est pas une question de superstition ou d’obscurantisme primaire ! L’action du démon est réelle et s’étend sur toutes les dimensions du monde créé. 

C’est pourquoi, dans la prière du Notre Père que nous récitons régulièrement, selon la version de Luc ou celle de saint Matthieu, nous demandons : « Ne nous laisse pas entrer en tentation. Délivre-nous du Mal ! » ; c’est-à-dire : délivre-nous du Mauvais.

Cette dernière demande du Notre Père nous place sous la protection du Seigneur et nous assure que celui qui est enfant de Dieu et ne s'expose pas à l'action du démon n’a rien à craindre du tentateur.

En ce jour, où nous faisons mémoire de Notre-Dame du Rosaire, nous avons aussi une autre arme ! Le chapelet est une « arme » efficace contre le Démon ! Prière simple, mais puissante !

Prier le Rosaire, c’est contempler l’histoire du monde entier du point de vue de Dieu et se réjouir avec Lui de voir le Christ faire toutes choses nouvelles. Le chapelet nous invite à entrer de nouveau, dans l’histoire du Salut que Dieu veut pour chacun de nous. Le « oui » de Marie nous le rend possible ! Invoquer le nom de Marie nous met donc en présence du Christ qui, Lui-même, nous met en présence de son Père et de notre Père.

Puissions-nous, frères et sœurs, rejeter les séductions du Malin et faire le choix de Dieu en toute occasion, renoncer à toute pratique démoniaque et demander l’aide de la Vierge Marie. Demandons cette grâce pour chacun de nous réunis ce matin, pour nos familles et pour le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 5 octobre 2020, 27e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 10, 25-37. Psaume 110. Lettre de Saint-Paul aux Galates 1, 6-12. 

Sainte Faustine

 

En préparant cette célébration et, en particulier cette homélie, je me suis demandé si vous connaissiez tous Hélène Kowalska, celle qui sera sœur Faustine puis sainte Faustine que nous fêtons aujourd’hui. Il m’a semblé intéressant de relire ensemble sa vie.

Elle est née en Pologne le 25 août 1905dans une famille très modeste. Elle recevra peu d’instruction (seulement trois années d’école) et devra aller travailler, dès l’âge de 16 ans, comme servante. Elle sera canonisée le 30 avril 2000 par saint Jean-Paul II, le jour de l’instauration de la fête de la Divine Miséricorde, le 2e dimanche de Pâques. Sainte Faustine avait été béatifiée en 1993.

À l’âge de 18 ans, elle demande à ses parents de pouvoir entrer au couvent, mais les moyens financiers manquent, et elle devra travailler pour payer sa dot avant d’entrer dans la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde à Varsovie à l’âge de 20 ans. (C’était l’usage à l’époque).

Elle sera religieuse pendant treize ans avant de mourir des suites de la tuberculose le 5 octobre 1938.

Animée d’une profonde vie mystique, et d’une façon surprenante, elle verra Jésus lui apparaître et lui formuler des demandes : 

     - faire peindre le tableau de Jésus miséricordieux (vous pouvez en admirer un, superbe, dans la chapelle de la basilique du Sacré-Cœur,

     - faire réciter le chapelet à la miséricorde divine,

     - diffuser le message universel de la Miséricorde Divine

Jésus s’adresse souvent à des personnes avec un cœur simple ! Elle aura aussi d’autres apparitions, notamment celle de sainte Thérèse qui l’encouragera dans son désir de sainteté.

Sainte Faustine nous a laissé son Petit journal, rédigé à la demande de son directeur spirituel, le père Sopocko. Elle y évoque ses expériences mystiques, et y cite ce que Jésus lui demande en s’adressant à elle.

C’est le 13 septembre 1935 à Vilnius, que le Seigneur inspire à Sainte Faustine le Chapelet à la Miséricorde Divine. À maintes reprises, le Seigneur insiste pour qu’elle encourage les gens à le réciter (Petit Journal, 1541 ; 848).

Pourquoi ? Parce que cette prière du chapelet est une prière toute simple, porteur de grâces incroyables, inestimables, en particulier pour notre salut et celui des autres (Petit Journal, 811 ; 848 ; 1541).

 

Voici un petit extrait de l’homélie du pape Jean-Paul II lors de sa canonisation :

Il s’adresse directement, familièrement, dans le tutoiement d’un pape polonais à une sainte Polonaise :

« Et toi, Faustine, don de Dieu à notre temps, don de la terre de Pologne à toute l'Église, obtiens-nous de percevoir la profondeur de la miséricorde divine, aide-nous à en faire l'expérience vivante et à en témoigner à nos frères. Que ton message de lumière et d'espérance se diffuse dans le monde entier, pousse les pécheurs à la conversion, dissipe les rivalités et les haines, incite les hommes et les nations à la pratique de la fraternité. Aujourd'hui, en tournant le regard avec toi vers le visage du Christ ressuscité, nous faisons nôtre ta prière d'abandon confiant et nous disons avec une ferme espérance :                                        

« Jésus, j'ai confiance en Toi ! »

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 4 octobre 2020, 27e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église Saint-Vincent de Paul, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 21, 33-43. Livre du prophète Isaïe 5, 1-7. Psaume 79.

Lettre de saint Paul aux Philippiens 4, 6-9.

 

Les lectures de ce dimanche nous parlent de la Vigne, des vignerons, du fruit de la Vigne : qu'est-ce que la vigne dans la Bible ? Que nous faudrait-il entendre et comprendre ce matin ?

À quatre reprises, dans l’Ancien Testament, Dieu compare son peuple à une Vigne. Dieu a planté cette vigne avec grand soin. Il a pris toutes les dispositions pour qu’elle prospère et porte beaucoup de fruits. Or, cette vigne, c’est-à-dire le peuple, le déçoit terriblement en n’offrant finalement qu’une récolte misérable, avec des fruits terriblement amers. Quand Jésus s’adresse à ses interlocuteurs, ils comprennent très bien son propos et le sens de cette parabole !

- Ils savent qu’elle est choyée par Dieu, qu’Il a tout donné et qu’en retour elle est décevante !  Le devenir de cette vigne (peut-être le nôtre aussi ?) n’est-il pas une sorte de raccourci de l'histoire de l'humanité ? 

- Avons-nous conscience que chaque eucharistie, que toutes les Eucharisties que nous célébrons font échos, justement, à cette Vigne.

- À chaque Eucharistie, en effet, nous rappelons le plan de Dieu sur l'homme par les deux thèmes de la création, symbolisée par la joie du vin (le fruit de la vigne), et celui de la rédemption (symbolisée par le sang versé). Nous comprenons bien l’analogie avec l’eucharistie !

Ce que Dieu offre à l'homme, dans sa création, c'est comme un vignoble à cultiver, du raisin à récolter, du vin à goûter… Et le vin, précisément, est un produit du travail de l'homme. Il y faut tout un savoir-faire nécessaire pour transformer de belles grappes de raisin en un vin capiteux. 

Ainsi, l'image du vin nous dit que Dieu n'a pas achevé sa création. Il nous l'a donnée pour que nous puissions, nous-mêmes, l'achever. Il nous a donné la vigne, qu’il nous faut cultiver ; il faut cueillir le raisin, puis le transformer pour qu’il devienne ce vin. C’est cette transformation, cette mission que Dieu nous confie. Comme le maître de la parabole, Il s'est discrètement retiré. Ce retrait n'est pas un désintérêt, mais une façon de mettre en évidence le sens des responsabilités et la liberté des hommes que Dieu ne se lasse pas d’aimer.

Voilà le constat ! La réalité semble décevante ! À une telle discrétion et à une telle confiance, les vignerons n’ont répondu que par l'insolence et la mort. L'homme d'aujourd'hui, comme du temps de Jésus, veut se passer de Dieu et gérer la vigne à son seul profit. Il s'en croit le propriétaire et l'actualité nous montre à suffisance, la folie de ce crescendo dans l'appétit d'avoir et d'avoir toujours plus. Le libéralisme sauvage et sans retenue, que nous avons vu s'amplifier sur toute la planète, entraîne d'innombrables dégâts à la fois, humains et en même temps, écologiques… C’est un premier constat sur lequel je vais revenir.

C'est alors que nous percevons le second thème de la parabole, celui du sang versé : signe de la rédemption. Les refus obstinés des hommes ne peuvent pas empêcher Dieu de poursuivre son projet d'amour. Ce qui est fou, c’est que Dieu continue, s'obstine à croire en l'homme. Il ose le risque suprême : Il décide d'envoyer son propre Fils et Il a la “folie“ de croire que : « Ils respecteront mon propre fils ». Il entreprend la démarche incroyable, celle qui s’est déroulée pour nous il y a deux mille ans : l'incarnation, la venue “in carne“ dans notre chair, du Fils de Dieu, Jésus.  « Dieu a tellement aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique », dit saint Jean. 

Hélas ! Ce fut la tragédie : « Voici l'héritier : allons-y, tuons-le ! » Nous connaissons la suite ; Jésus meurt sur la croix. Les hommes ne l’ont pas reconnu.

Mauvais calcul, prévient Jésus : vous voulez tuer l'héritier pour avoir l'héritage, mais Dieu ne renoncera pas à son plan de Salut :

           - l'héritage passera à d’autres, aux Gentils (nations païennes), qui seront le peuple de la nouvelle alliance, c’est-à-dire : nous,

           - il passera à d'autres vignerons, ses propres Apôtres, qui prendront en main le peuple de Dieu.

Cette erreur dramatique, ce mauvais calcul, guette encore notre monde. En sommes-nous conscients ?

Quel est-il ?

           - Vouloir se passer de Dieu, et pire encore : se prendre pour des dieux !

           - Rejeter le Créateur, et pire encore : mettre à genoux la Création.

Au début de ce troisième millénaire, le constat que nous faisons semble toujours le même, malheureusement. Nous exploitons, à la fois la personne humaine et la création ! Cette vigilance que nous devrions avoir de la Création (au sens large : Nature et humaine) est une réalité décevante. Nous essayons de le crier au monde, mais celui-ci est pris dans une spirale de folie à vouloir plus, plus… et toujours plus.  

C’est pourquoi, à la suite de Saint-François d’Assise, dont le pape François reprend le nom, l’intuition et la quête, va par son Encyclique Laudato Si’, nous montrer l’urgence. Sans doute avez-vous lu cette encyclique ? Si vous ne l’avez pas fait, il est toujours temps de la découvrir ! Nous vous invitons à la lire ensemble cette année. Beaucoup, parmi ceux qui l’ont lue, chrétiens ou non chrétiens, sont impressionnés par la clairvoyance et la profondeur de la réflexion du pape François.

Le travail que nous commençons aujourd’hui dans la Paroisse est une invitation à une triple conversion : Conversion à DieuConversion du cœurConversion écologique.

Je le redis : nous ne sommes pas propriétaires, mais plutôt gérants de cette terre qui reste l’œuvre du Créateur, ce Dieu que les psaumes nous invitent à louer. À partir des œuvres créées, nous reconnaissons la main de Dieu et nous nous élevons vers la miséricorde du Père (LS77). C’est en Jésus ressuscité que la création marche jusqu’à la plénitude de Dieu (LS83). L’homme est responsable de cette création qui lui est confiée, et nous aurons des comptes à rendre.

« Chaque créature a une fonction, et aucune n’est superflue […] tout est caresse de Dieu » (LS84) dit le pape François.

Voici la prière qui peut être la nôtre ce matin : 

Apprends-nous, Seigneur à respecter toute la création,

à la servir au lieu de nous en servir,

à savoir admirer sa beauté. 

La Création ne nous appartient pas ! Seigneur, Tu nous la confies comme un dépôt à entretenir, à faire fructifier et tu souhaites pour nous de grandir dans le respect de la loi naturelle. 

Seigneur, donne-nous la sagesse et la patience des cultivateurs !

Ainsi soit-il !

Homélie du Père Patrick Gaso - Dimanche 4 Octobre 2020 - 27° Dimanche du TO - Lancement Année Laudato Si'

Homélie du mercredi 30 septembre 2020, 26e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 9, 57-62. Psaume 87. Livre de Job 9, 1-12.14-16. Saint-Jérôme

 

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, il y a une phrase que beaucoup de théologiens et de saints ont essayé de comprendre, plus exactement de comprendre le sens de l’affirmation de Jésus quand Il dit : « mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête » ! 

C’est une phrase qui nous interroge sans doute, comme elle a interrogé beaucoup de familiers de la Parole de Dieu ; de fait, si nous lisons avec attention l’Évangile, nous constaterons que le seul moment où Jésus reposa sa tête, c’est au moment de la Croix, comme le dit saint Jean : « Tout est accompli ! Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. » (Jn 19,3).

Cette réflexion donne une certaine tonalité à l’évangile que nous venons d’entendre ! Nous le savons, Jésus n’a de cesse d’avoir cette initiative d’appeler des hommes et des femmes ordinaires, tout simples, à sa suite.

Mais, Il nous avertit que le disciple doit être prêt à l’itinérance, c’est-à-dire à ne pas savoir, lui aussi, où reposer sa tête, et donc à quitter d’une certaine façon, sa zone de confort et d’être audacieux.

Sans doute est-ce une manière de nous avertir que partout, et à chaque instant, nous risquons d’être rejetés. 

  • Le Fils de l’homme est à la fois celui qui est mis à mort et celui qui est exalté à la droite du Père.
  • Il est à la fois : « le faible humilié et le Christ glorieux ». Quel paradoxe ! On ne peut pas choisir de suivre l’un plutôt que l’autre. 

L’un et l’autre seront donnés et nous devons avoir cela en tête quand nous affirmons que nous sommes chrétiens !

Aux appels du Christ, nos réponses sont, bien sûr, personnelles ! Bien souvent, elles disent à la fois ce que l’on quitte et une aventure qui commence, un passé ou un avenir, un regard en arrière ou un regard en avant ! Une sécurité ou une audace ! Peut-être une peur ou un acte de confiance ! 

Bref : à chaque fois que Dieu appelle quelqu’un à son service, tout cela à la fois peut s’embrouiller dans notre tête !

Enterrer son père, faire ses adieux à ses proches avant une séparation longue ou définitive sont des actes qui renvoient à ce qu'il y a de plus profond en nous : la gratitude vis-à-vis de ceux qui nous ont donné la vie, la communion avec ceux qui nous sont les plus proches. 

Cela n’est pas un reproche en soi !

Maisannoncer le royaume implique non de renoncer à ces liens

mais de les hiérarchiser correctement relativement à l'urgence du royaume.

C’est bien cela que Jésus veut nous faire comprendre dans le texte de ce matin. Enterrer et saluer sont certes, des attitudes tout à fait louables, mais si elles sont figées, tournées vers le passé, elles n'ouvrent pas vers un avenir.

Jésus n'invite pas à délaisser les siens. Bien au contraire, et nous le savons bien, rappelons-nous comme Il prendra soin, au moment de sa mort sur la croix, de confier sa mère, désormais seule, à son disciple bien aimé ! Jusqu’au dernier moment, Jésus prend soin de sa famille !

Mais l’insistance de cet évangile est de nous faire comprendre que Jésus nous invite à nous situer dans nos préoccupations, nos désirs, nos relations mêmes les plus légitimes, tout cela, dans la perspective du Royaume des Cieux et de son annonce dans notre monde qui en a tant besoin ! Pour le dire autrement :

C’est en étant résolument ouvert à une communion en Dieu

qui mène à leur achèvement et dépasse toutes les autres communions,

que nous pouvons vivre sur terre,

Car, il nous faut comprendre que tout amour, l’amour vrai, trouve sa source dans le lien à Dieu !

Suivre Jésus, aimer Dieu donne une force supplémentaire à toutes les relations que nous vivons ici-bas. C’est le Don que Dieu nous fait ! C’est le projet de vie que Dieu a pour nous !

Demandons cette grâce de comprendre les enjeux de notre vie (en discernant le plus important, le plus accessoire) et la force d’une vraie réponse à l’appel de Dieu !    

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 28 septembre 2020, 26e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 46-50. Psaume 16. Livre de Job 1, 6-22.

 

Comme vous l’avez sans doute remarqué, nous commençons un nouveau cycle, avec la lecture quasiment en continu (sauf les jours de fête) du livre de Job. J’aimerais très simplement ce matin, vous inviter à aller un peu plus loin, en prenant le temps de lire ce livre. Pour vous y aider, je vous propose une petite introduction au livre de Job ! Découvrons ensemble qui est Job !

La Bible est déclarée « patrimoine de l’humanité » par l’Unesco. La Bible nous rejoint dans notre vie quotidienne, et nous devrions la lire régulièrement pour nous en nourrir. Vous avez bien noté que, lors des célébrations eucharistiques, nous en écoutons seulement certains passages. La lire dans son intégralité nous parle autrement et nous permet de mieux comprendre le projet de Dieu ! Dieu n’est pas absent de notre quotidien, particulièrement parmi les écrits de Sagesse (que nous retrouvons dans l’Ancien Testament). 

Ce sont par exemple : le savoir-faire et le savoir-vivre (Livre des Proverbes), le sens de l'existence (Livre de Qohèleth), celui de l'amour (Cantique des cantiques), de la présence de Dieu dans la création et dans l'histoire (Ben Sirach le Sage et le Livre de la Sagesse), de la prière (Psaumes). Il y en a un qui nous parle de la souffrance de l'homme : c'est le livre de Job.

Job est un personnage à la fois réel et fictif. Il est réel en tant qu'il représente la souffrance de combien de femmes et d'hommes par le monde, souffrance d’hier, d’aujourd’hui et vraisemblablement celle de demain ? Il est encore réel parce que son auteur réfléchit sur l'épreuve qu'a vraiment subie le peuple d'Israël pendant son exil à Babylone. Mais il est fictifau sens où l'auteur n'a pas voulu décrire une situation historique singulière, mais une situation que tous peuvent rencontrer à un moment donné de leur existence. Le Livre de Job est donc à lire, car c’est un livre dont la lecture est enrichissante pour tous et pour tous les temps. 

L'auteur du livre biblique de Job décrit un personnage qui a vécu sans doute au Ve siècle avant Jésus-Christ, après le retour de l’exil à Babylone. 

À travers toute la tradition chrétienne, Job a constamment été reconnu comme le modèle du Juste souffrant et donc une figure de Jésus. On cite souvent la patience et la fidélité de Job dans son malheur. Parfois aussi, on le met en évidence comme celui qui a eu l’audace de discuter avec Dieu, sans contrarier ni maudire Dieu. Il est celui qui ose prier Dieu au cœur même de sa souffrance, non seulement afin d'accepter sa condition, mais parce qu'il cherche à comprendre si l'épreuve douloureuse telle qu’il la vit, a un sens pour l'homme, un sens pour Dieu. Le texte que nous venons d’entendre met en évidence un paroxysme de souffrance : Dieu peut-il abandonner son peuple ? Peut-Il laisser tomber l’homme qu’Il a créé ? C’est une question que nous pouvons nous poser !

C’est parce que Job a été considéré comme le modèle de la patience et de la confiance que la dévotion populaire en a fait un saint à part entière. C’est à ce titre qu'il a sa place dans le calendrier liturgique romain, où sa fête est inscrite au 10 mai. 

Ce qu’il nous faut comprendre aussi, c’est que le livre de Job n'est pas seulement qu’un livre biblique ou qu’un livre inspiré. C'est encore un des grands textes du patrimoine spirituel de l'humanité. Dans la Bible, il indique un moment clé de la réflexion d'Israël sur sa propre histoire, après la détresse de l'exil. Il dit comment le peuple de Dieu, et nous avec lui, pouvons rester fidèles à Dieu et continuer à Le prier quand souffrent les hommes, et surtout les tout petits, les innocents ? La souffrance n'est pas à rechercher pour elle-même, mais elle peut être le lieu où l'être humain est amené à se poser les questions essentielles, fondamentales sur sa propre vie et le destin du monde. « Pourquoi la souffrance ? Est-elle normale ? Est-ce juste ? » La souffrance et la mort semblent mettre en question l'existence même d'un Dieu bon et tout-puissant. 

Que veut notre Dieu pour moi, pour nous ?

Toutes les questions sur la souffrance, la maladie, l’échec, la mort se trouvent en germe dans le livre de Job, si nous le lisons et relisons attentivement. C’est cette invitation que je vous propose ce matin. Prenez le temps de le lire, seul, en petits groupes, en fraternités locales !            

  Ainsi soit-il ! 

Homélie du mercredi 23 septembre 2020, 25e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 9, 1-6. Psaume 118. Livre des Proverbes 30, 5-9. St Padre Pio

 

Puisqu’aujourd’hui, nous fêtons saint Padre Pio, il m’a semblé intéressant de relire avec vous, son histoire et sa vie. Je vous en propose donc une courte biographie.

Le Padre Pio, né Francesco Forgione, voit le jour en 1887, le 25 mai, à Pietrelcina en Italie, dans une famille catholique et très pieuse. Il est le troisième d'une famille de quatre enfants. Comme il était de coutume à l’époque, il sera baptisé le lendemain même de sa naissance, en l'église paroissiale Sainte-Anne. En 1903, il commence son noviciat chez les frères capucins au couvent de Morcone, et choisit le nom de frère Pio. Il prononce ses vœux en 1907. Il est ordonné prêtre en 1910.

Des problèmes de santé l’empêchent de demeurer au couvent, il lui est donc accordé de rester dans la maison paternelle à Pietrelcina. En 1916, il arrive, enfin, au couvent de San Giovanni Rotondo (dans les Pouilles, à 130 km au nord-est de sa ville natale). 

En août 1918, il commence à ressentir des douleurs aux pieds et aux mains, et le prêtre vit alors quelque chose de rare, une transverbération, c’est-à-dire qu’il va recevoir les stigmates. Les stigmates (les marques de crucifixion du Christ) apparaissent sur son corps en septembre 1918. Cinq plaies sanguinolentes sont alors visibles sur ses mains, ses pieds et son thorax. Le bruit se répand un peu partout que le prêtre est un saint, capable de miracles. Le conseil des capucins le fait examiner par des médecins en 1920 afin de déterminer s'il s'agit d'automutilations ou non. Les médecins déclarent que ses blessures sont inexpliquées, même s'ils restent sceptiques.

Partageant sa vie entre l’autel et le confessionnal, Padre Pio reçoit une mission de Jésus : « Sanctifie-toi, et sanctifie les autres ». Padre Pio s’offre en victime pour les pécheurs et pour les âmes du Purgatoire.

Sa renommée s’étend rapidement et « Autour de Padre Pio, le surnaturel était naturel. » Parmi les phénomènes mystiques, on notera : les stigmates, les bilocations (être vu au même moment en deux endroits distants de centaines ou de milliers de kilomètres), la faculté de lire dans les consciences (plusieurs personnes l’ont entendu leur dire des péchés qu’ils cachaient ou avaient oubliés), de parler ou lire des langues qu’il n’avait jamais étudiées comme le français, l’anglais..., les parfums (aujourd’hui encore, de nombreuses personnes ont pu sentir ce parfum de violette émanant de ses plaies), le don de prophétie (parler au nom de Dieu), des extases (certaines messes pouvaient durer plusieurs heures !), le fait de vivre en dormant très peu et en mangeant très peu...

Tout ceci ne doit cependant pas faire oublier l’humanité de Padre Pio, l’amitié qu’il manifestait à ceux qui l’entouraient, le soutien qu’il leur apportait. Padre Pio a été un saint extrêmement attachant et très proche de nous.

On sait qu’il a beaucoup souffert et a été persécuté, pour des raisons diverses ne dépendant pas de lui, et même par les autorités ecclésiales (mais sans jamais avoir été condamné, car il n’y a jamais rien eu de répréhensible, ni aucune désobéissance au cours de sa vie)

En 1923, il lui est interdit de célébrer des messes publiques, de montrer ses stigmates ou même d’en parler. Il est cependant défendu par des milliers de fidèles. Les interdictions sont levées en 1933. La popularité de ce prêtre est immense, et il est reconnu par les fidèles non seulement comme un saint thaumaturge, mais aussi comme un prêtre aux capacités qui dépassent l’ordinaire. Il est également dit qu'il prédit l'élection du futur Pape Jean-Paul II

Ses stigmates disparaissent à la fin de sa dernière messe. Il meurt le 23 septembre 1968 à San Giovanni Rotondo, et est canonisé par saint Jean-Paul II en 2002.

Benoit XVI a synthétisé ainsi sa mission : « La première préoccupation de Padre Pio a été que les personnes retournent à Dieu, qu’elles puissent expérimenter sa miséricorde et, intérieurement renouvelées, qu’elles redécouvrent la beauté et la joie d’être chrétiens, de vivre en communion avec Jésus, d’appartenir à son Église et de pratiquer l’Évangile. »

Telle a été la mission de Padre Pio ! Rendons grâce pour sa vie et demandons d’autres “Padre Pio“, selon la volonté de Dieu, pour notre temps !                                           

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 20 septembre 2020, 25e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 20, 1-16. Livre du prophète Isaïe 55, 6-9. Psaume 144.

Lettre de saint Paul aux Philippiens 1, 20c-24.27a.

 

Ce matin, dans notre paroisse, le catéchisme a repris ; environ une cinquantaine d’enfants étaient présents, prêts à découvrir ou redécouvrir qui est Jésus ! Pendant que les enfants étaient en train d’échanger avec leurs animateurs, j’ai pu discuter avec leurs parents : un bon moment de discussions qui m’a permis de pointer et préciser avec eux certains éléments essentiels de l’ordre de la foi.

Je constate que régulièrement, il est nécessaire de rappeler que la Bonne Nouvelle que nous acclamons, que nous lisons, que nous annonçons… n’est pas d’abord une doctrine, ou juste un enseignement : c’est une personne que nous découvrons, la personne même de Jésus. C’est bien ce que saint Paul dit lorsqu’il s’adresse aux chrétiens de Philippe (2electure) « En effet, pour moi, vivre c’est le Christ ! »

Certes, la Bonne Nouvelle est aussi un message qui tente d’expliquer avec nos mots humains, notre intelligence et notre compréhension ce qu’est le Royaume de Dieu : c’est-à-dire expliquer notre devenir, ce pour quoi nous sommes créés, le sens de notre vie, ce qu’il va se passer après notre mort !

 C’est pourquoi dans l’évangile selon saint Matthieu que nous lisons très régulièrement ces derniers temps, et dans cette longue série de paraboles, nous entendons à chaque fois la même introduction, comme pour nous dire : rappelez-vous ! : « Le Royaume de Dieu est comparable à… », ce qui revient à dire : voici, comment vous pouvez comprendre qui est Dieu et mieux Le connaître !

Sans artifice, dans le concret de sa vie, le Christ nous montre qui est Dieu et comment il est son Fils : depuis sa naissance dans la fragilité de la crèche, son effacement dans le petit village de Nazareth, jusqu’à sa mort sur la croix. 

Cette proximité de Dieu fait homme (l’incarnation de Dieu dans notre chair), montre une audace surprenante dans ce désir de rejoindre tout homme ! Pour de nombreuses religions ou courants philosophiques, l’idée même d’une incarnation de Dieu est incongrue ! 

Un Dieu qui prend notre humanité puis va mourir sur une croix pour le Salut de tous, reste un scandale pour les Juifs et une folie pour les autres. Cela nous dépasse ! Dans l’imaginaire des hommes, et peut-être pour vous aussi, Dieu est un “super héros“, mais en aucun cas, un Dieu qui se fait mendiant de notre amour jusqu’à donner sa vie ! 

C’est peut-être pourquoi, il est souvent difficile de comprendre qui est Dieu pour moi et d’imaginer ce que je suis pour Lui.

Cette compréhension est aussi à compléter par les Paroles du Fils de Dieu. Suivre et écouter Jésus nous permet de découvrir progressivement, dans le souffle de l’Esprit Saint, qui est son Père et notre Père !

Revenons à l’évangile de ce jour ; c’est une étrange parabole et une surprenante justice ! 

Si nous nous étions trouvés, nous aussi, dans la file des ouvriers journaliers qui ce soir-là, après avoir travaillé à la vigne toute la journée, attendaient leur salaire, nous aurions sûrement grogné – et sans doute, moi le premier : "Regardez-moi ces resquilleurs ! Ils sont arrivés les derniers à la vigne, et ils sont payés les premiers !" … et payés autant que nous ; c’est de la folie ! 

Prenons un exemple bien concret : après avoir fait vos courses au supermarché, la file d’attente à la caisse est si importante, qu’une personne arrive…et double tout le monde sous prétexte qu’elle est pressée et qu’elle a acheté peu d’articles ! Ou encore : imaginez une entreprise qui verrait arriver certains de ses employés à 17h et repartir les premiers, à 18h, puis recevoir le même salaire que vous qui avez travaillé la journée entière ; comment réagissez-vous ? Vous laissez passer ou vous protestez ?

De plus, ce soir-là, nous aurions probablement été blessés dans nos convictions égalitaires : "Ces derniers venus n'ont travaillé qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons porté le poids du jour et la chaleur !" Imaginez la levée de boucliers des syndicats et les manifestations dans la rue, martelant un slogan du type : « À travail égal, salaire égal » !

Il ne s’agit pas, non plus, de remettre en question ce principe de la justice distributive ni de laisser les chefs d’entreprise considérer les travailleurs comme de simples ‘unités de production’ ou de simples numéros ! Ce n’est pas ce que dit Jésus et, pour vous en persuader, je vous invite à lire ou à relire les encycliques sur la position sociale de l’Église !

Dans cette parabole volontairement dérangeante, quel est donc le sens des paroles de Jésus ! Ce qui est en question, c’est l’image que nous nous faisons de Dieu. Qui est Dieu pour nous ?

« Mes pensées ne sont pas vos pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins », disait déjà le prophète Isaïe que nous avons entendu en première lecture.

Ce constat de la pensée de Dieu est déjà inscrit dans le Premier Testament. Il sera repris par de grands théologiens affirmant qu’on ne peut rien dire de Dieu, car notre langage humain est trop pauvre. Ce que nous pouvons dire au sujet de Dieu est au-delà de notre compréhension, au-delà de notre intelligence, au-delà de nos mots ! Il n’est pas possible d’enfermer Dieu dans nos concepts et le « mettre dans une case ». Effectivement, cela reviendrait à dire qu’on pourrait penser que Dieu est à portée de notre raison et qu’il est une simple projection de nos caprices ou de nos idéaux.

Je le redis différemment : c’est pourquoi Jésus dans son enseignement ne procède pas par des raisonnements logiques, mais par des images successives, qu’il emploie à travers les paraboles.

Dans cette parabole, le propriétaire de la vigne obéit donc à deux logiques :

  • la logique de la raison, et c'est la justice,
  • la logique du cœur, et c'est le don.

Toutes les deux sont nécessaires. Il faut être juste dans ce que nous sommes, dans ce que nous faisons. Mais, tout autant, il faut être bon, il faut être généreux dans nos actes. Il faut laisser parler sa tête autant que son cœur.

Pourquoi ? Dieu ne règle pas sa conduite sur une justice purement humaine et rétributive telle que nous pourrions la concevoir. Il aime aussi les derniers venus, les retardataires, les sans-mérites. Et nous-mêmes, sommes-nous des ouvriers de l'aube ou des ouvriers de la onzième heure ? Qui peut se vanter d'avoir toujours été fidèle ou disponible à la Mission ? Ne sommes-nous pas, nous aussi, des “derniers venus“ ?

L'important, c'est que nous reconnaissions Dieu comme celui qui, le premier nous a aimés. Ceci nous permet de répondre à l'appel du prophète : « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver », nous disait Isaïe dans la première lecture.

Telle est la logique évangélique ! 

Que souhaite Jésus pour nous ? À la fois, nous orienter vers le Royaume et déjà le préparer par notre façon de vivre sur cette Terre.

Comment ? 

  • Par une humanité transformée, enfin libérée de la corruption, transfigurée par le Christ dans son regard sur la vie et sur l’autre, 
  • une humanité qui acquiert – petit à petit – le même regard que Jésus sur Zachée, sur Marie-Madeleine, sur Pierre, sur les bourreaux ou sur le brigand crucifié à côté de lui. 

« Ton regard est-il mauvais parce que moi je suis bon ? ». Voilà ce à quoi l’humanité est appelée, et voici la Bonne Nouvelle que nous devons sans cesse nous rappeler : le regard du Seigneur est plein de bienveillance et il met le dernier, le mal-aimé, le petit, le fragile, l’enfant à naître, à la première place.

Oui, Seigneuravant de vouloir changer le monde, aide-moi à changer moi-même d’abord ! Transforme mon regard sur Toi et sur les autres, mets dans mon cœur ta bonté, mets dans mes mains un peu de ta générosité.

Demandons cela pour chacun de nous ce soir, pour notre paroisse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 16 septembre 2020, 24e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 7, 31-35. Psaume 32. 1re lettre de Saint-Paul aux Corinthiens 12,31à13,13.

 

 

La première lecture de ce matin, l’Épitre aux chrétiens de Corinthe, est souvent choisie par les fiancés, avec cette certitude : “L’amour ne passera jamais“

Généralement, lors des célébrations de mariage, le texte s’arrête à cette affirmation. Aujourd’hui, nous allons un peu plus loin avec une insistance, dans ces versets, sur une connaissance en lien avec notre croissance humaine :

 « Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant. » 

Mais, pour moi, est-ce si sûr ? « Ai-je dépassé ce qui était propre à l’enfant ? » C’est la question que Jésus pose comme en échos dans l’évangile.

Nous pourrions l’aborder d’une autre façon, en nous interrogeant, par exemple : ai-je une stature d’adulte ? Est-ce que je raisonne comme un adulte ?

C’est une bonne question à nous poser dans le contexte infantilisant de notre société actuelle !

En clair : suis-je toujours et encore dans un registre enfantin ? Je vous assure que c’est une vraie question, car lorsque je rencontre certains de nos contemporains, qui ont pourtant dépassé largement le stade de l’enfance, je suis surpris parfois par leurs façons de raisonner, leurs façons d’appréhender telle ou telle situation et de faire des choix. Évidemment, il ne faut pas confondre gaminerie et esprit d’enfance ! Combien de fois sommes-nous pris, nous-mêmes, à des enfantillages ? 

Gaminerie ? Prendre au sérieux ce qui ne l’est pas ! Donner de l’importance à ce qui n’en a pas ! Certaines grandes personnes peuvent avoir une attitude d’adolescent attardé ou de gamin ; ils disent : « Je n’aime pas ! » ou « Je ne veux pas ! » ou même : « J’m’en fous ! » Peut-être avez-vous fait ce constat vous-mêmes, autour de vous ?

Dans l’évangile, Jésus dit de ces gamins qu’ils sont « assis » comme sans but, c'est-à-dire qu’il n’y a dans leur vie spirituelle aucun mouvement, sinon celui d’une mauvaise insatisfaction ! 

Beaucoup se plaignent que le monde ne réponde pas complètement à leur attente, ils sont constamment insatisfaits et bougons ! Alors que la vie s’ouvre, pleine de promesses, devant chacun de ces gaminsIl est vrai que s’ouvrir à la vie, assumer ses responsabilités, demande un effort, une constance, une persévérance ! C’est peut-être dans ce sens-là que la question se pose : notre monde est-il adulte ? 

Pour Jésus, beaucoup de Pharisiens réagissent ainsi : ils ont refusé le baptême de Jean et en même temps ils attendent la venue du Messie, et maintenant qu’ils voient en Jésus, Celui qui semble être le Messie, ils le refusent, ils se raidissent. Quelle inconstance !

Plus encore, pour garder leur autonomie, pour se rassurer sur leurs façons de penser, la critique devient agression, puis d’agression, elle devient meurtre : « Jean Baptiste est venu ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : ‘C'est un possédé !’ Le Fils de l'homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : ‘C'est un glouton et un ivrogne. » Quel raisonnement surprenant !

Notre génération reste piégée dans cette attitude insatisfaite ! Des choix qui n’en sont pas, des compromis tièdes, des slogans mensongers, et nous constatons que certains explosent : « Je ne sais plus où j'en suis, je suis pris par la vitesse de la vie, le manque de perspective… Je m’ennuie, je suis entrainé dans des achats compulsifs, sans réel besoin ! Je veux être heureux, mais je ne sais pas comment faire, comment choisir ? » …

Choisir ? Pour certains c’est « Oui », mais sans trop s’engager et sans faire d’effort. Beaucoup trop restent passifs ! Ils semblent plus préoccupés d’eux-mêmes que du Bien commun et invoquent une litanie de bonnes raisons pour ne pas suivre le Christ, pour de ne pas croire et s’engager !

Peut-être nous manque-t-il de grandir humainement et spirituellement, dans le don de soi, l’amour et l’ouverture du cœur ? Avec discernement, n’hésitons pas à éteindre télévision, radio, Internet qui, bien souvent, nous infantilisent, nous abrutissent et nous paralysent ! Osons la confiance en suivant le Christ ! Nourrissons-nous de Lui et grandissons dans l’amour humainement et spirituellement!

Voilà l’essentiel de ce que nous recevons aujourd’hui !                      

  Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 13 septembre 2020, 24e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu18, 21-35. Livre de Ben Sira le Sage 27, 30 à 28,7. Psaume 102.

Lettre de saint Paul aux Romains 14, 7-9.

 

La thématique de cet évangile fait suite à celle de dimanche dernier ; sans doute l’avez-vous remarqué ? Il s’agit d’abord du pardon, non pas du péché. 

Notre religion chrétienne n’est pas une religion du péché, même si le péché est le lieu d’un tristesse : elle est celle d’une découverte du pardon de Dieu, de son amour inconditionnel. Nous ne sommes pas en train de nous flageller. Nous savons que nous sommes tous pécheurs, mais nous croyons que Dieu veut la vie pour chacun de nous. Certes face à l’offense et au mal dont l’homme est capable, la question de Pierre est bien concrète ! « Combien de fois dois-je pardonner ? »

Pour beaucoup d’entre nous, cette question nous intéresse tout simplement parce qu’elle est aussi la nôtre ! Nous avons tous vécu des situations douloureuses, complexes, offensantes et parfois même répétitives d’où cette question : « Combien de fois dois-je pardonner ? »

Dans notre vie de tous les jours, sans chercher de graves offenses, les exemples sont nombreux : les parents s’adressant à leurs enfants : « Combien de fois, je vais te dire de ranger ta chambre ! », la fiancée à son fiancé : « Tu m’aimes combien ? Beaucoup ? Pourquoi tu ne me le dis pas assez de fois ?» ou : « Stop ! Cela déjà quatre fois que je te demande de descendre la poubelle, et tu ne bouges pas ! »

En réalité, la question de Pierre est significative d’un état d’esprit, d’une façon d’aborder la vie, la vie familiale, la vie entre amis, entre collègues, avec les personnes que nous côtoyons, et la vie spirituelle en communion avec Dieu. Cette question résume donc aussi la nôtre :« Lorsque telle personne commet des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? »

Autrement dit, l’Apôtre Pierre envisage le problème du péché, de l’offense et du pardon avec une mesure, une logique comptable : jusqu’à combien de fois est-ce concevable ou convenable de pardonner ? Au-delà d’un quota ou de la mesure fixée par nos soins, par la société, ou par la bienséance, la personne sera alors considérée comme coupable, voire irrécupérable ; quelqu’un dont on ne pourra plus tirer grand-chose ! Pire : une personne qui sera à éviter à tout prix et à ne plus fréquenter !

Dans toute relation cette réalité peut être présente ! Il y a toujours des moments critiques d’une véritable saturation ! Par exemple : face à certaines situations tendues, on n’en peut plus et on risque bien de jeter l’éponge et tout abandonner ; ceci se vit dans la vie conjugale, amicale y compris paroissiale. 

C’est cette question existentielle qui interroge notre bon saint Pierre ! Pour lui-même, il n’a pas encore fait l’expérience en vérité du pardon du Seigneur, (il la fera un peu plus tard) lui qui le reniera par trois fois au soir de la Passion (un reniement que l’on peut comprendre comme impardonnable !) Il lui faudra attendre après la Résurrection, cette rencontre au bord du lac avec Jésus, quand il lui demandera par trois fois : « M’aimes-tu ? »

Pour Pierre, pardonner c’est encore : jusques à quand je pourrai prendre sur moi pour surmonter l’offense. Ne nous faisons pas d’illusion, c’est bien souvent de cette manière courante dont nous abordons le problème du pardon. Pour nous, pardonner, veut dire : Seigneur, jusques à quand je peux tenir et supporter telle personne, telle offense ? 

Encore aujourd’hui, le problème du pardon devient donc ainsi un problème de limites.

Or précisément, sur ce sujet, Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois.  » Sept fois ! C’est le chiffre que proposait saint Pierre, estimé, à l’époque comme un chiffre de « perfection », le chiffre de la patience humaine. La réponse de Jésus est stupéfiante : jusqu’à 70 fois sept fois ! Soit : 490 fois ! À qui pouvons-nous ou devons-nous pardonner autant de fois dans notre vie, si ce n’est peut-être à des proches, à des membres de nos familles, à un conjoint, à ceux que l’on rencontre tous les jours ! 

Jésus vient, ici, introduire une certaine démesure ! Ce que nous devons comprendre, c’est bien que le pardon doit dépasser nos aigreurs et étroitesses. Le pardon n’est pas un lieu de reproches, c’est un lieu qui doit devenir une force de résurrection ! C’est un lieu où l’homme est invité à se remettre debout, tant pour l’offensé que pour l’offenseur ! C’est un lieu qui nous fait vivre ou plutôt nous fait revivre. Frères et sœurs, comprenons que le pardon nous remet debout ! Inversement, le “non-pardon“ fait naître en nous comme une acidité, une amertume, un « vinaigre » qui vient nous ronger et pourrir notre vie.

C’est aussi le sens de la parabole que nous venons d’entendre ! Volontairement (Vous connaissez la façon de parler de Jésus !), elle étonne par sa disproportion ! 

Ce débiteur est libéré et dispensé de sa dette : une dette colossale équivalente à plusieurs dizaines de millions d’euros ! C’est extraordinaire ! Le pardon généreux du maître aurait dû lui ouvrir le cœur et le faire revivre. Cependant la suite est sombre ; au lieu d’exploser de joie, le débiteur, dès qu’il voit l’un de ses compagnons débiteurs, il lui tombe dessus pour le faire rembourser une dette minime (juste quelques centaines d’euros) en comparaison de la sienne et il est sans la moindre pitié. Pourtant, en reprenant la même attitude, ce débiteur se prosterne, demande un peu de patience… mais la grâce du pardon se heurte à la dureté d’un cœur comptable !

Ce que Jésus nous demande dans la question du pardon, ce n’est plus de l’envisager sous l’angle habituel d’une comptabilité, de la fatigue ou encore de la lassitude !

Oui, il faut pardonner, pardonner sans cesse et sans fin, aller jusqu’au bout du pardon, en comprenant qu’il n’y a aucune limite au pardon. Je sais bien que cette exigence est folie et que certains peuvent être choqués. Mais ce que nous révèle en profondeur cette parabole : si nous devons pardonner, c’est parce que nous sommes nous-mêmes objets de pardon. 

Nous sommes foncièrement des êtres pardonnés par Dieu et recréés par lui. Et si nous n’étions pas pardonnés sans cesse, si notre vie ne reposait pas constamment sur le pardon de Dieu, nous serions perdus. Avons-nous conscience de cela ? Lors de chaque célébration, au début de chaque messe, nous demandons pardon (c’est le temps de la prière pénitentielle) et nous recevons, pour les péchés véniels, le pardon de Dieu, afin que nous puissions vivre pleinement, le don de l’eucharistie qui suit.

Au fond, le pardon est un des éléments clefs de notre vie chrétienne. Le pardon est un élément vital, car selon que nous pardonnons ou que nous ne pardonnons pas, nous signifions par-là que le monde peut être régénéré, vivifié, ou non, par Dieu. Si nous nous refusons au pardon reçu et donné, nous risquons de vivre dans une désespérance de colère, de violence et de mort. 

Ce qui est surprenant, c’est que beaucoup de catholiques ont connaissance du Pardon sacramentel de Dieu, mais de façon étonnante, ils font le choix de ne pas le recevoir ! Cette attitude me surprendra toujours…

Alors oui, Seigneur : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » C’est ce que redirons ensemble dans la prière du Notre Père. Voilà le lieu de vie que le Seigneur veut donner à chacun de nous en ce dimanche.

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 9 septembre 2020, 23e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 20-26. Psaume 44. Première lettre de Saint-Paul aux Corinthiens 7, 25-31.

 

Nous avons souvent l’occasion d’entendre le récit des huit Béatitudes dans l’évangile de St Matthieu. Aujourd’hui, nous écoutons saint Luc. L’évangéliste semble avoir retenu des Béatitudes surtout les éléments les plus propres à raffermir une communauté éprouvée et menacée par le contexte politique de la diaspora. Vous savez qu’il est toujours très intéressant de découvrir les situations humaines dans lesquelles se situe l’annonce de la Bonne Nouvelle de l’Évangile.

Nous sommes, vraisemblablement, juste après la destruction de Jérusalem dans cette vaste et grande dispersion de la première communauté judéo-chrétienne. Effectivement, la communauté est pauvre, éprouvée et menacée.

Saint-Luc est le seul, parmi les évangélistes, à renforcer les Béatitudes par leur pendant négatif.

  • Par quatre reprises, Jésus dit : « Bienheureux êtes-vous ! »,
  • Puis quatre fois également : « Malheureux êtes-vous ! »

 

 On peut ainsi aborder le message de Jésus par deux côtés : 

  • Le côté des reproches, par où l’homme sentira le manque qui le ramènera à l’essentiel, 
  • Et le côté de la promesse, où chaque appel à l’héroïsme devient une offre de bonheur.

Nous sommes donc invités, en ces temps qui sont les nôtres, de saisir les nuances de la pensée de Jésus, à regarder ces quatre Béatitudes successivement par leur envers et leur endroit

Je ne vais pas avoir le temps de toutes les déployer, mais je vais m’appliquer à vous donner quelques pistes afin d’alimenter votre méditation.

« Malheureux, vous les riches », dit Jésus. Malheureux, pourquoi ? Pas simplement par le fait qu’ils sont riches, car Jésus n’a jamais dénigré la richesse. Il avait des amis parmi des personnes aisées. Je cite quelques exemples : Matthieu et Zachée étaient riches, Marthe et Marie avaient des ressources, et Jeanne, qui suivait la troupe des disciples, était l’épouse de Kouza, l’intendant d’Hérode. 

Malheureux, pourquoi alors ? - « Parce que, dit Jésus, vous tenez déjà votre récompense ». Est riche, pour Jésus, celui qui n’attend plus rien de Dieu parce qu’il a refermé les mains sur son avoir, sur ses biens, sur tout ce qu’il possède et qu’il a mis « toute sa consolation » dans une sécurité matérielle. C’est cela qui le rassure ! Être riche, selon Jésus, c’est n’avoir plus en soi cet espace de désir que seul Dieu peut comblercette blessure d’espérance que Dieu seul peut guérir en la ravivant sans cesse. Si vous possédez une belle intelligence, si vous êtes créatif, tant mieux, c’est merveilleux, continuez ! Mais ne faites pas de votre richesse la seule possession qui vous importe ; elle reste éphémère.

« Heureux, au contraire, vous les pauvres », dit Jésus, « parce que le royaume de Dieu est à vous », parce que votre richesse est ce règne de l’amour qui s’accomplit en vous.

Jésus ne dit pas : « Heureuse la misère », car la misère est un mal qu’il nous demande d’éliminer ; mais bien plutôt : « Heureuse la pauvreté » qui ouvre le cœur aux dons de Dieu. Celle-là, et celle-là seule, est source de vraie joie. Si vous en avez la possibilité, prenez le temps de méditer sur la vie de saint François d’Assise, celui qui a épousé Dame pauvreté ; ce saint nous permet de comprendre ce que veut dire être pauvre en étant riche de Dieu.

Je vous laisse relire la suite de cet évangile !

Mais retenons que : Heureuxmalheureux, nous sommes tout cela à la fois ; mais chacune de nos misères n’est que l’envers d’une Béatitude que Jésus nous offre. Il suffit pour la recevoir de remettre notre cœur à l’endroit, c’est-à-dire dans le bon sens !

 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 7 septembre 2020, 23e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 6-11. Psaume 5. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 5, 1-8.

 

Je sais bien que nous sommes en début de matinée et que c’est peut-être un peu tôt pour vous faire cette proposition… Je vais vous inviter, pendant quelques instants, à vous imaginer à l’intérieur de la synagogue, vraisemblablement celle de Capharnaüm. Posons le décor : nous sommes en plein office de sabbat et toute l’assemblée est en train de prier, nous entendons des chants, des psaumes, des prières en hébreu. Dans cette foule, il y a deux hommes qui se trouvent en présence l’un de l’autre : Jésus, en train d'enseigner et une autre personne, plus loin, cachée par l’assemblée, une personne qui porte un handicap : sa main est desséchée.

Nous sentons cependant, comme une tension, pesante, dans cette synagogue. Dans l’assemblée, tous regardent Jésus, certains lui sont favorables, d’autres au contraire, sont dans l’attente du moindre faux pas. L’homme à la main paralysée, desséchée, lui, ne dit rien. Sa main inerte semble parler pour lui. Il est là comme témoin d’une humanité souffrante et impuissante. De fait, il n’a rien demandé, il est simplement là, il est simplement venu prier, comme tant d’autres. Il est même surpris qu’on puisse s’intéresser à son infirmité ; Jésus le fait se lever devant tous les autres et, pour une fois, il est le centre d’intérêt. 

Les pharisiens se soucient-ils pour autant de cet homme ? Il semble que non ! Pour eux, il n’est qu’un prétexte, un moyen, pour mettre Jésus en difficulté, en échec : peu importe la guérison d’un infirme ! Ce qu’ils veulent, c’est prendre Jésus en défaut, et cet homme à la main desséchée n’est finalement qu’une pièce à conviction pour le futur procès.

Jésus le sait. Il sent bien venir le coup, il connaît le raisonnement de ses adversaires. Ce faisant, il va jusqu’au bout de sa mission ; Il prend l’initiative, il n’a pas peur. Avant même cette guérison, il prend même le temps de poser une question à cette assemblée. Il les interroge, Il les met devant leur responsabilité : “ Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? De sauver une vie ou de la perdre ? “ « Que répondez-vous ? » demande Jésus. 

Il y a comme un retournement ? D’accusé, Jésus se fait accusateur ! 

Personne ne parle ! Personne n’a le courage de prendre position ! Tout le monde sait bien que sauver une vie est plus important que de la perdre ! Mais la lâcheté va jusque-là ! Jésus que l’on voulait prendre au piège prend l’attitude du juge. Il prend son temps ! Après cette question, il attend et promène son regard sur toute l’assemblée, les fixant les uns après les autres. Mais personne n’intervient… Jésus attend encore, Il scrute le cœur de chacun. Les braves gens qui lui sont favorables n’osent rien dire, parce qu’ils craignent les représailles. Les pharisiens se taisent, car ils risqueraient d’être démasqués.

Savez-vous qu’il existe des moments où le silence est coupable ? Parfois, ne rien dire est coupable, surtout quand c’est Jésus qui pose la question.

“Étends la main“ dit-il à l’homme. D’un seul coup, cette main qui était desséchée se dénoue, s’articule, bouge ! Elle est guérie, elle vit ! L’homme a été guéri en faisant ce geste tout simple sur l’ordre de Jésus. Il a cru suffisamment en Jésus pour commencer à faire un geste qu’il savait impossible ! Il a posé un acte de foi. Tout seul, devant cette foule qui ne se prononce pas, il a fait confiance à Jésus, qui, de fait, était alors encore plus seul que lui.

Frères et sœurs, que dire, pour nous, ce matin ? N’y a-t-il pas des choses desséchées en nos vies que le Christ veut dénouer et redonner à la vie ? Savons-nous faire de toutes nos paralysies, un bel acte de foi ? Je vous propose, ce matin, de nous laisser simplement interpeller par Jésus, d’entendre sa Parole, de l’écouter quand il me parle dans ma prière et peut-être aussi, d’oser lui présenter nos paralysies, les sécheresses de notre corps, de notre cœur, dans notre intelligence.

Osons faire confiance ! 

                                                                                                                        Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 6 septembre 2020, 23e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu18, 15-20. Livre du prophète Ezéchiel 33, 7-9. Psaume 94.

Lettre de saint Paul aux Romains 13, 8-10.

 

En écoutant cet évangile, il m’est revenu en mémoire cette expression de saint François de Sales, une figure très intéressante d’un évêque (un saint !), qui est venu plusieurs fois faire des conférences, essentiellement à l’église Saint-André, à Grenoble. Cet homme était un grand connaisseur en humanité et j’aime reprendre ces mots : « Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie ! »

L’homme est capable de belles choses, extraordinaires, et en même temps, il peut être surprenant d’intolérance, de maladresse, de bêtise et de même de méchanceté ! « Se mettre d’accord… prier ensemble », comme le dit l’évangile, “faire communauté“ est toujours un vrai défi !

En bâtissant son Église comme une fraternité, Jésus ne s'est pas fait d'illusion. Il connaît très bien les tensions, les dissensions, les misères et les mesquineries humaines que l'on rencontre dans toutes les communautés, qu’elles soient paroissiales ou au sein de la famille, ou encore dans la fraternité que formait les douze Apôtres : rappelez-vous la trahison de Judas qui est éloquente !

Jésus s’adresse, ici, à ses disciples. Il s’adresse donc à chacun de nous, à nous qui sommes rassemblés dans cette église. Il est question d’offenses, de rencontres pour essayer de discuter, de correction fraternelle et surtout, il est question de réconciliation. Il s’agit de comprendre comment nous vivons en relation les uns, les autres et comment réaliser concrètement cette unité qui passe forcément par un « appel à aimer ».

Bien sût, certains rêvent de belles réussites ou de succès variés, mais à quoi aspirons-nous tous vraiment ? Nous savons bien qu’au fond de nous, nous rêvons tous, pour nous-mêmes et autour de nous, d’un pays, d’une communauté, d’une famille apaisée et fraternelle, d’une vie où je peux faire confiance à celui ou celle que je rencontre.

Mais, nous le savons tous, cela n’est ni simple ni facile, et déjà en nous-mêmes ! Un des enjeux de notre vie ensemble est d’arriver à se supporter (supporter mon voisin (mais, là je peux déménager), mon conjoint, supporter mes enfants, mes parents …) et en même temps de bien vivre ensemble. Cependant, il y a ce mal qui est là entre nous, qu’on peut appeler le péché, et plus largement toutes ces petites choses qui viennent brouiller la relation, toutes ces petites choses (mimiques ou sourires un peu moqueurs ou indélicats) qui viennent la perturber et parfois même la meurtrir profondément. 

C’est un sujet très délicat ! Pardon par avance si mes propos peuvent raviver des situations actuelles ou des souvenirs difficiles !

Nous nous posons tous ces questions : 

  • Comment faudrait-il réagir quand nous sommes touchés par un tel mal, telle parole, tel geste ? 
  • Quelle attitude trouver vis-à-vis d’une personne qui nous a blessés au point que la relation entre nous est cassée ?
  • Que faire de ce lien meurtri quand l’autre appartient à ma famille ? 
  • Comment réagir si cet autre n’a même pas vu, n’a même pas remarqué tout le mal qu’il me fait ou qu’il a pu me faire ?

… Dans de tels moments, je ressens une douleur, comme un poignard dans mon cœur !

Que fait-il faire ? Comment réagir ? Faut-il se taire ? Faut-il juste subir ? J’ai que certains réagissent, au moins, selon ces trois modalités : (en disant cela, je ne juge personne)

 - L’expérience montre combien le mal subit dont on ne parle pas devient comme un « poison intérieur » ! Cette rumination du mal que l’on m’a fait ou que j’ai ressenti, crée en soi une amertume, une rancœur va jusqu’à “pourrir ma vie“ : la mienne… et de celles de ceux qui m’entourent !

- Une autre réaction possible serait de riposter pour se venger, en disant il va me le payer : œil pour œil, et dent pour dent (Loi du Talion).

- Une autre solution que beaucoup choisissent consiste à en parler à des tiers (sa voisine par exemple ou son collègue de bureau, son ou sa meilleure amie) pour se plaindre ou pour accuser celui qui les a offensés. Mais là encore, nous nous enfonçons dans une impasse ! Parler nous soulage quelques instants, mais la souffrance est toujours là !

Et vous, frères et sœurs, comment réagissez-vous ? Avez-vous remarqué qu’aucune de ces trois pistes évoquées n’a été retenue par l’évangéliste Matthieu. À chaque fois, l’invitation est la même : « Si ton frère vient à pécher, va le trouver ! » Rencontre-le ! Explique-toi avec lui ! Et si tu n’y arrives pas, va demander de l’aide, va chercher un conseiller, un médiateur, quelqu’un qui va essayer de vous permettre de vous écouter vraiment pour pouvoir vous accorder.

La piste que Jésus veut nous redire, ici, est la meilleure et sans doute la plus exigeante : « Va rencontrer celui qui t’a blessé ! » Il ne s’agit pas d’être un redresseur de tort, ou de lui faire la leçon : mais d’aller le rejoindre en l’aimant davantage !

En réalité, ce que nous entendons dans cet évangile est une procédure de miséricorde que nous relate saint Matthieu.Tout doit être tenté pour maintenir ce lien, dans la communion fraternelle, celui ou celle qui est sur le point de s’en exclure.

La correction fraternelle exige courage et délicatesse d'un côté, 

humilité et compréhension de l'autre.

Elle ne se conçoit que dans un climat d'amour.

Elle passe par un dialogue vrai, une reconnaissance de l’offense faite et, si possible un acte de réparation ! Dire simplement à haute voix : « Je le reconnais. J’en demande pardon. » et d’entendre en retour : « Même si je ne comprends pas tout, je te pardonne. »

Mais là, si le frère s'endurcit et refuse d'écouter, il ne reste plus qu'à l'abandonner à la miséricorde du Pasteur suprême ! Lui fera l'impossible pour ramener la brebis égarée. Mais cela ne nous décharge pas de l'aimer, de continuer à l’aimer, puisque nous devons aimer « même nos ennemis », comme nous le rappelle le même évangile (Mt 5, 43).

Dans la foi, il faut croire à l'efficacité - inobservable par nos moyens humains - de la prière. Et plutôt que de critiquer les autres, prions pour eux !

Voilà une bonne manière d'être responsable de ses frères. C’est bien l’exemple que nous donne Jésus jusqu’à ses derniers instants, au moment de sa mort sur la croix : « Père, pardonne-le leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » L’amour se donne jusqu’au bout et nul n’est au-dessus du Maître !

 

Je sais bien que certains souffrent encore aujourd’hui d’actions passées, de blessures encore à fleur de peau !

Faut-il pour autant désespérer quand nous ne voyons pas le succès de nos efforts de réconciliation et rester désemparés ? NON ! Si l’autre ne change pas, moi, je peux toujours changer ! Cela ne veut pas dire oublier, mais cela veut dire aimer encore, aimer davantage ! Comme prêtre, et je le dis brièvement, j’ai pu vivre des moments incroyables de pardons donnés aux derniers instants, sur le lit de mort, à une personne avec laquelle le mourant a pu rester en querelle toute une vie ! À ce moment-là, quelque chose d’extraordinaire se passe : un échange de pardons ! 

Ne désespérons jamais qu’un pardon puisse être donné ! N’oublions pas ce que dit l’évangile : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel ! » Désirons un Ciel de paix, sans éprouver le regret d’avoir accompli ce geste de pardon au cours de mon existence terrestre !

 

Depuis 2000 ans nous sommes héritiers d’une promesse, nous formons une communauté par le baptême que nous avons reçu ! Nous en faisons partie ! Même si la vie n’est pas toujours facile, nous en sommes responsables ! La force du pardon est toujours là !

 Il y a donc une audace, et même une folie pour certains de rechercher la paix et la miséricorde !

Sans être naïf pour autant, je dois choisir :

  • Une vie où l’offense va me torturer jusqu’à l’excès, avec un poison intérieur ?
  • Ou cette folle espérance que l’amour est et sera la clé de toutes les réconciliations ? Et déjà en commençant par moi-mêmedans le Sacrement du Pardon, afin que cette tristesse soit effacée et que la paix du Christ me soit donnée ! Ce sacrement est déjà une grâce !

Je termine par un dernier point que je laisse à votre méditation, comme une façon de vérifier si je suis bien dans cette disposition de miséricorde.  Je le sais, je ne suis pas parfait, je suis capable de faire du mal : alors, suis-je prêt, moi aussi, à être corrigé fraternellement, à entendre ce que l’autre veut me dire et à entrer dans une instance de réconciliation ? C’est de moi, à ce moment-là, que dépendra la paix qui sera reçue.

Choisissons d’être pour nous, pour nos familles, nos communautés, nos lieux de travail, pour le monde… des artisans de miséricorde et de paix, des acteurs d’amour et de don de soi !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 31 août 2020, 22e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 4, 16-30. Psaume 118. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 2, 1-5.

 

Nous sommes au début du ministère public de Jésus, dans la ville de Nazareth, et dans le texte que nous venons d’entendre, j’aimerais retenir un seul mot : “aujourd’hui“. Voici le premier mot et le mot clé de la première homélie de Jésus dans la synagogue de son enfance, lieu où la communauté de Nazareth s’est rassemblée. 

Imaginons la scène ! La communauté est là, rassemblée pour un sabbat ordinaire. On lui présente le Livre. Jésus lit le passage d’Isaïe et tous ont les yeux fixés sur Lui ; mais voilà que le commentaire de Jésus éveille tout de suite l’attention de ces hommes et de ces femmes. Nous savons bien que les habitants de Nazareth connaissent la famille de Jésus. Ils le connaissent comme étant le fils de Marie et de Joseph et ils s’interrogent : « N’est-ce pas le fils de Joseph ? ».

      “Aujourd’hui“ : dit Jésus

“Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’écriture que vous venez d’entendre !“ Depuis de longs siècles, le peuple juif espère la venue du Messie, et voilà que Jésus leur dit : “aujourd’hui“.

Comment cela va-t-il s’accomplir ? Jésus s’applique à lui-même la parole du prophète : “l’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. “… pour une mission bien particulière, pour une œuvre de liberté, de lumière et de miséricorde.

Au moment où Jésus prononce ces paroles, c’est toute l’attention, l’espérance, l’attente du peuple juif, du peuple d’Israël qui est là, tendue vers la Parole de Jésus. C’est aussi bien sûr, la nôtre, avec cette certitude que Jésus Messie, Fils de Dieu, mort et ressuscité, est Celui qui nous donne la Vie.

     Cet “aujourd’hui“ est aussi notre aujourd’hui !

Alors : « Tous, dans la synagogue avaient les yeux fixés sur Lui. » Tous s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, car c’est bien la grâce de Dieu lui-même qu’il annonçait à tous, une réalisation, plus encore : une actualisation.

Si, dans un premier temps, l’assemblée est dans l’étonnement, très vite (et c’est paradoxal), à la suite de l’homélie de Jésus, va naître une incompréhension qui va se transformer en colère, et gronder en eux jusqu’au refus de croire. L’homme est surprenant quand ses sentiments deviennent complexes et contradictoires.

     Et pour nous, ce matin ?

Cet “aujourd’hui“ est toujours d’actualité ! Il y a un acte de foi à poser encore et sans cesse, lorsque le Christ-Messie nous redit au cœur de notre liturgie : “l’Esprit du Seigneur est sur moi“ et lorsqu’il affirme avec conviction que : “c’est aujourd’hui, que cette écriture s’accomplit pour vous qui venez de l’entendre“ 

  • Sommes-nous aussi dans la contradiction ?
  • Qu’en est-il de notre “aujourd’hui“ ? 

Peut-être Jésus nous trouve-t-il ce matin, pauvres en espérance, pauvres en joie ? Peut-être même fatigués de demander ou d’attendre une guérison ?

  • Pourtant, et je le crois fermement, aujourd’hui, le Seigneur nous renvoie dans le monde, forts de sa Parole.
  • Pourtant aujourd’hui, par sa Parole et en son eucharistie, Jésus vient jusqu’à nous, rayonnant de gloire, porteur de cette Bonne Nouvelle. Il nous redit qu’il est, à jamais, avec nous, que sa présence est sans cesse actuelle. 

En retour, il nous demande une seule chose, toute simple, mais porteuse de certitude, d’espérance et de paix : poser un acte de foi ! Poser un acte de foi au quotidien, même si nous ne comprenons pas tout. Il nous demande également degarder les yeux fixés sur Lui

Frères et sœurs, que tout au long de ce jour, soyons avec le Christ, les yeux fixés sur Lui ! C’est ce que nous vivons au cœur de l’adoration à l’issue de cette messe ou lors de la communion ! Gardons les yeux levés vers Lui ! Regardons vers Jésus présent ! Écoutons-Le nous dire, encore et toujours, qu’Il nous aime !

Puissions-nous demander cette grâce pour toutes les familles, pour chacun de nous, pour toute notre communauté paroissiale : gardons les yeux fixés sur Lui !                                

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 2 septembre 2020, 22e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 4, 38-44. Psaume 32. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 3, 1-9.

 

Après l'office dans la synagogue, Jésus se rend dans la maison de Simon-Pierre, peut-être pour y passer la journée, peut-être aussi pour s’y reposer. Mais celle-ci est toute désorganisée, parce que la maitresse de maison est malade. La belle-mère de Simon, couchée, ne peut rien faire, pas même recevoir dignement Jésus. Elle n'a même plus la force de demander quoi que ce soit et ce sont les autres qui implorent Jésus en sa faveur.

Et voilà que Jésus, d'un mot, commande à la fièvre, comme Il chasse les démons ! 

La manière est la même : commander à la fièvre, chasser les démons ! Comme pour les démons qui sont expulsés, la guérison est instantanée !

     Jésus guérit d'un mot cette femme, certes par sa Parole, mais aussi à cause (ou grâce) de la foi de ses proches ! Nous constatons combien l’intercession est puissante. En effet : « À l’instant même, la femme se leva et elle les servait. »

     En lisant ce texte, nous ne pouvons que nous réjouir que, d’un seul coup, juste sur la Parole de Jésus, la maman soit guérie et se lève. Nous pourrions cependant nous poser une question : de quelle fièvre souffrait-elle ? Est-ce juste un coup de froid, un virus ? Ou bien, le texte nous invite-t-il à aller un peu plus loin ? L’enjeu est là, pour nous !

Quelles sont les guérisons que Jésus veut opérer en nous ?

Bref, quelles sont nos fièvres ? Dit autrement, quelle peut être la fièvre qui nous tiraille, qui nous épuise ou nous terrasse ? Cette fièvre que relate l’évangile, illustre les différentes fièvres dont nous pouvons être atteints et qui peuvent enflammer notre corps. La liste peut varier d’une personne à une autre, mais cette fièvre que je ressens peut être en lien avec : la sensualité, la colèrela mélancoliela jalousie, la soif de pouvoirla fièvre du désespoir, la contrariété

Combien de fois nos convoitises sont comme un feu qui brûle et nous consume ? Bien des faiblesses que nous supportons ou que nous entretenons sont des portes d'entrée pour d'autres fièvres plus graves encore : l'orgueill’envie, la haine, l’angoisse, l’image ternie de moi-même… 

Ce que je sais, c’est qu’en invoquant avec foi, l’Esprit-Saint, le Christ vient chasser ces foyers de destruction en mettant en notre cœur comme un baume de charité…

Je vous propose de relire la lettre aux Galates, au chapitre 5, dans laquelle vous pourrez retrouver le fruit de l’Esprit Saint que Dieu veut nous donner pour apaiser nos fièvres. « Voici le fruit de l’Esprit Saint : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi ». 

La conséquence sera rapide ; armés de ces cadeaux divins“Aussitôt“ nous dit l’évangile, nous allons nous relever comme la belle-mère de Simon-Pierre, et nous relever et servir, retrouvant immédiatement une charité active. C'est aussi cela que le Christ réalise en notre vie : Il nous libère de ce qui nous entrave, tout d'abord du péché et de toute lourdeur, pour que nous puissions aimer en vérité.

Frères et sœurs, prenons le temps, aujourd'hui, de demander au Seigneur de nous libérer des fièvres (péchés, passions, désespérances…) qui nous entravent afin que le Seigneur nous comble de la force de son Esprit Saint et de ses fruits, ceux qui nous manquent et dont nous avons grand besoin ! “Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi ». Le plus nécessaire est sans doute la maîtrise de soi.

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 30 août 2020, 22e dimanche du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu16, 21-27. Livre du prophète Jérémie 20, 7-9. Psaume 62.

Lettre de saint Paul aux Romains 12, 1-2.

 

Dimanche dernier, l’Évangile nous avait rapporté ce que l’on appelle habituellement la profession de foi de Césarée. Jésus avait posé une question à ses disciples : “Pour vous, qui suis-je ?“ Pierre avait dit à Jésus cette phrase extraordinaire, « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). Cette profession de foi de Pierre marque un tournant essentiel dans l’Évangile. Pour la première fois, Jésus est désigné comme Messie !

Pierre a donc reçu une révélation importante directement de Dieu, le Père. Il a compris intérieurement qui est Jésus ; et Jésus va s'appuyer principalement sur lui pour accomplir sa mission. « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église. » Pierre a donc de quoi être fier. Jésus, cet homme qui fait de nombreux miracles et qui attire des foules immenses, compte sur lui. Whaoooo ! Quel privilège !

Alors quand Jésus, dans l'évangile d'aujourd'hui, commence à annoncer qu'il va beaucoup souffrir et être tué, cela ne correspond plus tout à fait aux projets de Pierre. Pierre imagine certainement plutôt un triomphe de Jésus ; une entrée triomphale dans Jérusalem et l’action de chasser les Romains. Avec toute son assurance fraîchement acquise, il va donc se permettre de prendre Jésus à part et lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. »Pardonnez-moi l'expression... mais quel culot ! 

Un simple pêcheur du lac de Tibériade se permet de corriger le Fils de Dieu ! Alors Jésus le reprend avec une sévérité impressionnante : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute ! », littéralement, : « Pierre, tu n’as rien compris »

Pour Pierre, vous pensez bien que c'est la douche froide. Son bel enthousiasme est cassé net ; car cet enthousiasme était fondé sur une illusion de succès mondain. Mais, Jésus ramène Pierre à la réalité. 

Être disciple, c'est accepter de prendre sa croix et même, par amour, de perdre sa vie pour finalement la garder. En fait, pour être un vrai disciple, on voit bien que l'enthousiasme des débuts ne suffit pas. Il faut de la constance et un véritable feu intérieur.

Certes, Pierre a bien ce feu intérieur, et il va le montrer dans la suite de l’évangile, mais, à ce moment précis, sans doute a-t-il, plus ou moins consciemment, l’image d’un messie qui vaincra les difficultés de ce monde. Cette image rejoint de fait, l’attente d’Israël d’un Messie Sauveur ! Je fais le constat que beaucoup de personnes, encore aujourd’hui, ont en eux-mêmes, une image très similaire !

       C’est là, que cet évangile nous rejoint et nous parle ! 

Si nous percevons bien cette incapacité de Pierre et des disciples à entrer spontanément dans ce chemin difficile à la suite du Christ, nous percevons aussi nos propres difficultés par rapport à Jésus. Nous sommes, peut-être un peu comme Pierre en pensant que Jésus, en claquant des doigts, va vaincre toutes les difficultés de ce monde, et surtout qu’il le fera sans avoir besoin de nous !

Les principales erreurs que nous commettonsou les principales résistances que nous éprouvons ne concernent pas simplement la vie et la mort de Jésus, elles concernent aussi notre propre existence, le regard que nous avons sur notre vie. Si nous avons du mal à reconnaître le Messie, Fils de Dieu, dans Jésus de Nazareth, crucifié, mort et ressuscité, ce n’est pas simplement parce que c’est difficile à comprendre, c’est aussi parce que cela nous dévoile le chemin de notre propre vie, nos souffrances et les croix que nous portons.

Comme Pierre, nous refusons d’entendre toute souffrance quand de son côté, le Seigneur affirme qu’il n’y a pas de véritable amour sans sacrifice. C’est peut-être là-dessus que nous buttons, car nous pensons que le véritable amour serait « tranquilou » et que je pourrais aimer sans me donner complètement.

Prenons un exemple ! Souvent, le samedi, nous célébrons des mariages et, régulièrement, le texte qui est choisi par les mariés est ce très bel évangile dans lequel Jésus affirme : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Donner sa vie par amour !

       Si nous réfléchissons, nous pouvons faire le constat que cela est vrai ! 

J’espère que vous l’exprimez et que vous le vivez vraiment ! Donner sa vie par amour ! Cela est vrai dans les rapports amoureux, cela est vrai aussi dans la vie de couple, la famille, également dans l’exercice d’un métier, d’une profession !

Est-ce si facile ? Non ! Il suffit d’évoquer certaines situations parfois douloureuses, pour comprendre que l’amour « coûte cher » : 

·     Pardonner à un ennemi qui nous a blessés et humiliés. 

·     Aimer fidèlement un conjoint, malgré les désaccords et la maladie. 

·     Continuer à aimer nos enfants ou nos ados quand ils nous font tourner en bourrique ! 

·     Garder le sens du partage quand tout, dans notre société, nous incite à entasser et à dépenser pour soi tout seul. 

·     Rester honnête dans les affaires quand les règles économiques et politiques sont celles de la jungle. Gagner sa vie sans tricher et sans frauder. 

·     Prendre parti pour les pauvres et les délaissés de nos sociétés. 

·     Se dire chrétien, aimer Jésus et vivre pour Lui dans un milieu laïc et incroyant. 

Chacun de nous pourrait donner de nombreux exemples de cet amour exigeant qui demande don de soi, abnégation et certainement sacrifices. Pour aimer de façon authentique, il faudra y mettre le prix et être déterminé !

C’est ce que Jésus est en train de dire à Pierre dans l’évangile d’aujourd’hui : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu ». Littéralement : tu raisonnes d’une façon trop humaine ! Ce n’est pas comme cela que Dieu pense et agit. En choisissant l’amour, avec tout ce que cela comprend de joie, mais aussi de souffrance, nous construisons une vie en abondance qui se transforme en vie éternelle. 

La force de Jésus est dans l’amour ; c’est ce qui transparait dans l’évangile ! Et en même temps, l’amour est ce qu’il y a de plus fragile, car l’amour dépend aussi de l’autre !

Professer la foi au Christ, vouloir être de ses disciples, marcher à sa suite, ce n’est pas simplement et seulement une intention du cœur, c’est une véritable transformation de notre manière de vivre, c’est une véritable conversion !

        Voilà, frères et sœurs, ce que nous pouvons entendre aujourd’hui dans les lectures de ce jour !

       Puissions-nous les garder dans notre cœur, les méditer et aimer comme Jésus aime !

                                                                                                                              Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 26 août 2020, mercredi de la 21e semaine du temps ordinaire année A.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 23, 27-32. 2e lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 3, 6-10.16-18. Psaume 127.

 

Voilà un évangile qui vient remettre les pendules à l’heure !

C’est bien une série de reproches que le Seigneur adresse aux scribes et aux pharisiens qu’il qualifie « d’hypocrites ».Alors que nous entendons cet évangile, posons-nous ces questions : ces mots sont-ils seulement pour eux ? Ou bien, sont-ils aussi pour nous !

Je vous propose de découvrir les attitudes décrites par Jésus ; il y a là, je crois vraiment, un enjeu important ! Je retiens trois expressions dans cet évangile :

- « Une belle apparence » 

Le souci de l’apparence introduit un hiatus, un écart dans ma vie. N’y a-t-il pas un danger d’authenticité quand je prends telle ou telle apparence selon les circonstances ? Danger de paraître, danger de me déguiser, danger d’être une sorte de « caméléon » ! Je peux aussi me conformer à l’image que les autres aimeraient recevoir de moi ou que j’aimerais donner aux autres. Cela me rend finalement vulnérable à la parole de l’autre sur moi, à son avis sur moi : donc vulnérable à la manipulation ! C’est bien ce que nous pouvons remarquer dans les effets de groupe, de mode, ou de marques.

Il y a donc un danger de vouloir faire faussement bonne figure. Non seulement, nous nous trompons nous-mêmes en déformant ce que nous sommes, mais nous trompons aussi les autres ! Nous avons donc à retrouver un juste positionnement. 

Détectons cette tendance lorsque nous tentons d’enjoliver les choses, de paraître plus que nous sommes. Le risque est grand de nous perdre, de devenir l’objet des sollicitations extérieures… et de me piéger moi-même !

- « Vous bâtissez les sépulcres des prophètes » Le Seigneur continue ses reproches. Nous pouvons peut-être dire que là, l’erreur en moi vient de ne pas réagir de la bonne manière et de ne pas respecter l’autre pour ce qu’il est. Un prophète est là pour que la Parole de Dieu soit reçue et produise en l’autre ce qu’elle propose. Peut-être avons-nous du mal à entendre tel conseil avisé que le Christ propose pour me faire grandir ?

Entendons cet avertissement de Jésus. Il me recommande de considérer ce qui nous est dit et non celui qui nous le dit. Une parole de vérité peut germer en toute personne, la plus humble, la plus simple, la plus éloignée de moi. Vivre de la Parole de Dieu requiert de nous laisser déplacer par elle. Ne tuons pas les prophètes ! Il m’est arrivé d’être surpris par la parole d’une personne toute simple et l’entendre me dire des choses d’une grande profondeur et que j’avais besoin d’entendre. Soyons donc attentifs et acceptons d’être dérangés dans nos habitudes.

    -  La conséquence, nous dit l’évangile, est celle-ci : « Vous témoignez contre vous-mêmes » 

Un contre-témoignage devient donc un piège ! C’est une tentation du Démon :  nous attirer loin de la vérité, de nous attirer hors de Dieu… Il est le Père du mensonge et de la ruse ! Il ne cherche qu’à nous détourner de la vie en Dieu !

Ne tombons pas dans l’hypocrisie pour faire bonne figure, pour faire semblant de recevoir des paroles sans les vivre vraiment, et pour nous mettre à la place des autres ; soyons chacun de nous, là où nous sommes, humblement, loin de toute fumée d’apparence et de tout artifice… Témoignons simplement du Christ ! Ne cachons pas ce que nous sommes ; Dieu nous aime tels que nous sommes ! À nous de nous laisser aimer humblement par Lui !

Frères et sœurs, que la Vierge Marie nous aide ! Sa parole est souvent discrète, mais son oui au bien, à la grâce, est unique et vrai ; et son non au mal, au péché, est ferme et sincère. Demandons son aide pour réaliser notre vie selon le plan de Dieu.       

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 24 août 2020, 21e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Jean 1, 45-51. Psaume 144. Apocalypse de st Jean 21, 9b-14.

Saint Barthélémy

 

Nous sommes au début de l’évangile selon saint Jean et nous venons d’entendre deux courts dialogues de Nathanaël : l'un avec Philippe, l'autre avec Jésus ; ces deux dialogues nous donnent d’entrevoir, d’apercevoir davantage l'essentiel de la personnalité de Nathanaël (qui veut dire en hébreu : Dieudonné !) appelé aussi Barthélemy.

Le petit port de Beitsaïda vient de donner coup sur coup trois disciples : André et Pierre, les deux frères, et également Philippe. Aussitôt appelé, Philippe profondément touché par la personne de Jésus, répercute l’appel et il s'en va trouver son ami Nathanaël, dont il sait la piété et la justesse de sa foi.

Il lui dit plein d’enthousiasme : "Celui dont il est écrit dans la Loi de Moïse et les Prophètes, nous l'avons trouvé ! C'est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth."

La remarque quelque peu désabusée de Nathanaël est pourtant pertinente ; les Écritures ne parlent pas de Nazareth (une petite bourgade), mais désignent Bethléem comme lieu d’origine du Messie (Mi 5, 1). 

Pourtant, cela ne l'empêche pas d'entendre le témoignage de Philippe, et de sa propre rencontre avec Jésus :

  • le Messie est venu: tout concorde avec les Écritures ;
  • nous l'avons trouvé : pour nous, c'est un nom, un  visage, une voix.
  • « Viens et vois ». Fais comme nous : mets-toi en route vers lui.

Philippe, en vrai témoin, en vrai serviteur de la parole, s'efface : il ne va pas imposer à Nathanaël sa manière, sonexpérience, sa découverte de Jésus. Il lui dit seulement sa joiesa certitudeet il l’invite : « Viens et Vois ! ».  

Nathanaël accepte la démarche. Jésus regarde l'homme qui s'approche, et il dit à son sujet : "Voici un véritable fils d'Israël. Il n’y a pas de ruse en lui “.

Nathanaël a entendu. D'emblée il se sent rejoint dans ce qui a été l'effort intense de sa vie. Ce qu'il a été, ce qu'il  a voulu être, Jésus le voit, Jésus l'a vu. 

Ce que je retiens pour nous ce matin est cette invitation enthousiaste, une invitation libre : « Viens et Vois ! ». Elle devrait être pour nous, aujourd’hui comme hier, au cœur de la première annonce de la Bonne Nouvelle (kérygme, la foi), au cœur de notre façon d’annoncer le Christ, car seuls, la présence de Jésus, sa Parole vivante, et le rayonnement de son Esprit d’amour, peuvent triompher de nos résistances et nous permettre d’oser cette rencontre ! Ce n’est pas à force de longs discours et de grandes démonstrations que nous pourrons convaincre les personnes que nous rencontrons ou peut-être même nos familles ! C’est la présence du Christ dans l’Esprit Saint qui va favoriser et permettre toute conversion.

Le mérite aussi de Nathanaël est de ne pas s’obstiner dans un scepticisme, mais de demeurer ouvert à l’imprévu de Dieu, dont l’action au cœur de l’histoire est toujours déconcertante.

En un éclair, Nathanaël se découvre précédé par le regard de Jésus. Et parce qu'il se sait reconnu, il reconnaît à son tour Jésus pour ce qu'il est : le Messie envoyé de Dieu et le Roi attendu par Israël. Jésus l'a vu espérer, et parce que Jésus, dans son amour, a pris l'initiative, Nathanaël peut croire en le voyant: "Rabbi, c'est toi, le Fils de Dieu ! C'est toi, le roi d'Israël!" 

Frères et sœurs, demandons cette grâce, déjà pour ce matin, à la fois la joyeuse audace appelante de Philippe : « Viens et Vois » (le parcours Alpha qui commence par exemple) et la réponse de foi de Nathanaël !                                                                 

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 23 août 2020, 21e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 16, 13-20. Livre du prophète Isaïe 22, 19-23. Psaume 137.

Lettre de saint Paul aux Romains 11, 33-36.

 

Bien souvent vous voyez les prêtres uniquement lors des célébrations, comme ce matin. J’ai même entendu certaines personnes, quelques-unes étaient de passage, en vacances à Grenoble et qui croient que les prêtres ne « travaillent » que les dimanches. De fait, la plupart du temps, on ne nous voit pas le reste de la semaine ; pourtant notre activité est dense ! Bien sûr, nous avons des temps de prières personnelles, comme chacun de vous (du moins je l’espère !), mais il y a aussi une multitude de rencontres très diverses ! En tant que curé de la Paroisse, il y a une partie administrative importante, une partie « managériale » et une vision de la paroisse que nous partageons avec une équipe paroissiale que je trouve formidable. La Paroisse ne peut fonctionner que grâce à la disponibilité des bénévoles, laïcs hommes et femmes.

Mais la mission du prêtre comporte aussi beaucoup de rencontres parfois inattendues, mais souvent en lien avec la vie humaine, qu’elles soient à la fin d’une messe, en marchant dans la rue, ou en prenant le tram… ! Nous entendons des questions, des sollicitations pour des rencontres et aussi des préparations que nous organisons avec les différents services : (par exemple) préparation aux mariages, aux baptêmes, le caté, les funérailles (l’accompagnement des familles en deuil est un lieu de charité extraordinaire), la solidarité… sans oublier les équipes liturgiques… et bien d’autres encore ! Il y a aussi une forte demande de personnes qui ont un peu oublié ce qu’ils ont entendu au catéchisme et beaucoup ont le désir de comprendre le sens de la vie et pour certains de redécouvrir le Christ. Bref, de nombreuses rencontres souvent extraordinaires et les semaines passent très vite ! 

Lors de ces nombreuses rencontres, il m’arrive souvent de mettre les « pieds dans le plat », c’est-à-dire de poser des questions un peu directes, comme celles-ci : « Le christ est-il présent dans votre vie de fiancés ? »« Est-ce que vous priez ensemble, tous les deux ? » Ou encore lors d’une demande de sacrement, par exemple pour un baptême ou un mariage : « Témoignez-vous du Christ dans votre vie familiale et même professionnelle ? » 

Parfois la réponse est claire ! OUI ou NON ! C’est respectable ! Mais souvent, il y a comme une gêne ! Comme si cela était beaucoup trop intime ! Je note une sorte de pudeur, alors qu’ils semblent moins exigeants en termes de pudeur sur d’autres points de vue… Ils n’osent pas trop dire comment ils prient ou même s’ils prient…

Voyez le lien avec l’Évangile d’aujourd’hui. Dans l’évangile de ce jour, le Seigneur Lui-même, invite ses disciples à dire, à exprimer à haute voix, la foi qui les habite. Il les pousse à dire ce qui est au fond de leur cœur : « Pour vous, qui suis-je ? » Vous remarquerez que seul Pierre, l’incroyable Simon-Pierre, ose une réponse ! Et quelle belle réponse ! Quel beau témoignage ! « Oui, Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

Pour nous, à cette question, quelle serait notre réponse ? Avons-nous l’occasion de dire notre foi ? Nous l’exprimons, certes, tant par la messe dominicale, comme aujourd’hui, que par des actes de charité et notre prière personnelle, en famille ou en couple… Mais le fait d’expliciter, de dire à voix haute, de témoigner, nous met dans une tout autre dynamique. Oser ouvrir notre bouche pour dire qui est Dieu, pour moi !

Je demande souvent aux enfants : allez interroger vos parents afin qu’ils vous expliquent qui est Jésus pour eux ! Parfois les parents sont un peu mal à l’aise…

Et nous, pourquoi sommes-nous si réservés, nous, les cathos, parfois même atones (sans-voix) ? C’est une question que je me pose ! Pourquoi avons-nous tant de difficultés à exprimer ce qui est au plus profond de nous-mêmes ? Pourtant nous savons que le Seigneur nous aime et nous L’aimons ! En France, beaucoup de familles sont catholiques, on se marie à l’Église, on baptise les enfants, on fait « tout ce qu’il faut », car cela nous tient à cœur. Ce sont de belles familles ! 

Mais, ne faudrait-il pas aller au-delà ? Surtout aujourd’hui, où les valeurs chrétiennes ne sont pas portées par la société ; nous le savons bien ! Regardez les lois de bioéthique et les incohérences perverses qui ont été votées ! C’est à chaque famille, à chaque parent, à chaque grands-parents, à chaque jeune de témoigner du Christ, de témoigner de son amour. 

Quand nous ouvrons notre bouche, quand nous osons une parole, quelque chose se passe en nous, en ceux qui sont autour de nous. Comme le dit Jésus : bienheureux es-tu ! « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas ! » C’est une Béatitude ! Quand nous ouvrons notre bouche, il y a comme un déclic, un passage, quelque chose de différent lorsque l’on passe d’une foi intériorisée à une foi proclamée. Quelle joie d’annoncer le Christ !

Oui, aujourd’hui, le Seigneur nous demande de dire notre foi, déjà pour nous-mêmes : 

Qu’est-ce qui m’a attiré dans la personne de Jésus ?

Pourquoi suis-je ici ce matin, dans cette église ?

Comment dire à haute voix ma relation à Dieu ? Notre vie chrétienne ne se limite pas à l’assemblée dominicale ! Notre église ne doit pas être l’Église du Dimanche seulement. Elle doit l’être chaque jour, car nous formons une communauté de frères et de sœurs!

N’ayons pas peur ! Ne prétextons pas une fausse pudeur, pour nous cacher derrière un pilier (il y en a quelques-uns dans l’église Saint-Louis !) pour ne pas être repéré et interpellé ! Soyons audacieux : « Aujourd’hui, les temps sont favorables pour oser une parole ! »

N’ayons donc pas peur de dire que nous sommes chrétiens, non pas dans l’esprit d’un repliement identitaire (ce serait contraire et stérile), mais lorsque l’occasion se présente dans notre vie de tous les jours, en famille, avec des amis, dans le monde professionnel, avec intelligence et discernement ; témoignons de Celui qui est notre vie ! 

Prenons un exemple : dans son exhortation “La Joie de l’Évangile“, le pape François nous dit : “Lorsque l’occasion s’y prête, n’hésitons pas à dire que l’on prie pour quelqu’un“. En effet, souvent, lorsque l’on rencontre quelqu’un qui nous confie quelque chose de douloureux de sa vie personnelle qui pourrait être une intention de prière, nous disons : « Je penserai bien à vous… à toi » La pensée n’a pourtant jamais sauvé personne. Mais si à ce moment-là, j’ose dire : « Je prierai pour vous, pour toi ! », je rentre tout à fait dans une autre logique et la personne à qui l’on s’adresse le comprend très bien. La prière est essentielle ! Dieu fera ce qu’il est possible pour que la personne change, voit les choses autrement… car il y a une grâce qui est donnée.

Oui, nous sommes souvent trop pudiques en matière d’expression de notre Foi ; peut-être est-ce cette conception de la laïcité à la française ! Nos amis américains, par exemple, sont beaucoup plus “détendus“ sur ce sujet ! Ils ne disent pas au revoir, mais plutôt : « God, bless you ! Que Dieu te bénisse ! »

Ce qui est certain, c’est que par une trop grande timidité ou pudeur, nous laissons nos contemporains assoiffés se tourner vers d’autres paroles, d’autres idoles qui ne sont pas la Parole de Dieu.

En ce jour particulier où nous célébrons la Résurrection de notre Seigneur, prenons conscience de cette urgence, soyons fous, demandons le courage de dire notre foi, l’audace de témoigner du Christ ! 

N’ayons pas peur ! Commençons déjà en famille où nous sommes en terrain ami pour ainsi dire. N’ayons pas peur de dire pourquoi nous sommes Chrétiens.

Demandons cette audace pour chacun de nous, par l’intercession de saint Louis que nous allons fêter après-demain (mardi 25 août) et par l’intercession de Notre-Dame de l’Espérance ! 

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 17 août 2020, 20e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 19, 16-22. Cantique 32. Livre du prophète Ezéchiel 24, 15-24.

 

"Viens, suis-moi", dit Jésus. Voilà l’invitation de Jésus !

Il est intéressant de faire une certaine analogie entre le texte de ce jour et l’annonce de l’ange Gabriel à Marie qui traduit aussi cette invitation : "Viens, suis-moi" à laquelle Marie a répondu “oui“. Suivre Jésus, c'est tout le programme de l'Évangile.

Aujourd’hui, ce jeune homme pose de bonnes questions qu’il nous faut entendre intérieurement. "Viens, suis-moi". Voilà l’invitation qui nous est adressée. Suivre Jésus, voilà bien tout le programme de l’évangile. Pour être plus précis, ce qui nous est proposé, ce n'est pas seulement de suivre une file d’attente à la caisse d’un magasin (je le dis avec un peu d’humour) ou suivre un enseignement, ni davantage d’adopter une morale, mais bien de suivre la personne du Fils de DieuJésus de Nazareth, vrai Dieu et vrai homme ! C'est s'attacher à sa personne et cela pour la vie !

Suivre Jésus est donc une décision qui engage toute une existence et qu'il faudra ratifier de nouveau à chaque étape ! Le “oui“ est à redire, à confirmer chaque jour.

Suivre le Christ, cela peut alors nous emmener très loin, c’est une belle aventure, car c'est partager son destin de voyageur, sa mission, ses joies, une certaine solitude et sans aucun doute des combats ! 

Se mettre à la suite du Christ, exige de chacun de nous, une vraie liberté, à la fois intérieure, mais aussi une prise de recul sur cette forme de conditionnement que nous impose notre société individualiste et publicitaire ; une société qui nous présente le bonheur à travers des achats ou des façons d’être. 

Se mettre à la suite du Christ, c’est tout le sens de la parole du Nazaréen dans un chemin de perfection : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. » Attention ! Ne nous trompons pas sur cette notion de perfection ; Jésus ne nous demande pas d’être des « supermen » ou des « Wonder women » ! La perfection, c’est d’imiter le Christ parfait, avec nos difficultés, nos faiblesses, mais avec la volonté d’être le plus proche possible du chemin qu’Il nous propose.

Qui nous dira comment faire ? Qui nous dira jusqu'où aller ?

C’est l’Esprit Saint, jour après jour. C’est lui que nous avons invoqué au début de cette célébration. Comment ?C’est jour après jour, dans la méditation de la Parole de Dieu, dans le service de nos frères, dans notre prière, que l’Esprit Saint va nous guider, qu’il va nous dire peu à peu comment avancer, quelles bonnes décisions choisir ! Nous avons aussi à demander la grâce d’une réelle fidélité. Cela sera l’histoire de notre vie, de nos décisions, de nos choix ! Il n’existe pas deux personnes identiques ! Il n’y a pas un chemin identique, mais il y en a une multitude qui mène à une seule Personne : le Christ !

Quel que soit, notre âge, notre état de vie, notre situation familiale ou professionnelle, notre richesse, nos responsabilités, nos chemins sont beaux, même s’ils sont parfois difficiles… Nous sommes tous concernés ! Tous, nous avons à mettre notre trésor, non pas dans les biens de cette terre, mais dans le ciel ; tous, d'une manière ou d'une autre, nous avons à nous libérer le cœur et les mains, pour suivre Jésus là où Il nous veut, là où Il nous a placés. Ce qu’il nous faut faire ce matin, c’est ouvrir nos oreilles et notre cœur et entendre le Christ nous redire  a 

Ne sois pas triste ! Dès aujourd'hui, n’hésite pas : suis-moi, car je veux te révéler mon projet de vie éternelle et te redire combien je t’aime !                   

         Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 16 août 2020 – 20e Semaine du temps ordinaire, année A

Messe célébrée en l’église Notre-Dame réconciliatrice, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu15,21-28. Livre du prophète Isaïe 56, 1.6-7. Psaume 66.

Lettre de saint Paul aux Romains 11, 13-15.29-32.

 

Voici un évangile surprenant ! Peut-être avez-vous eu le temps de le découvrir et de le lire avant de venir à la messe ? Cependant, je souhaite attirer votre attention car, dans une lecture trop rapide, il pourrait nous apparaître difficile et même nous surprendre !

    Je vous propose donc, tout simplement, d’entrer ensemble dans la logique de ce texte.

Un premier constat ! Jésus n'avait pas souvent l’occasion d'admirer la foi chez son Peuple, que ce soit à Nazareth, et même à Jérusalem : « Si vous aviez de la foi aussi gros qu’un grain de moutarde !» Mais par deux fois au moins l'occasion lui a été fournie d’admirer la foi chez des étrangers (des non-juifs) : rappelez-vous le centurion de l’armée romaine dans le village de Capharnaüm et cette femme cananéenne, c’est-à-dire cette femme du Liban. "Femme, grande est ta foi," lui dit Jésus.

          - Un deuxième constat ! Comment donc s'y est prise cette femme libanaise pour interpeller à ce point Jésus ? (En cet été 2020 tout particulièrement, pensons à prier pour le peuple libanais qui a subi cette double explosion qui a endeuillé Beyrouth, le Liban est sous le choc, choc à la fois économique et politique.)

    Comment s’y est prise cette femme libanaise ? Tout d'abord elle a décidé de ne pas manquer son heure, de ne pas manquer le passage du Messie dans son pays et dans sa vie. Avant même d'avoir pu l'approcher, elle crie vers Jésus. « Elle nous poursuit de ses cris », se plaignent même les disciples. Mais elle persévère et continue à crier : « Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ».

    De fait, elle ne connaît pas encore Jésus ! Mais, elle sait, au moins, ce qu'on dit de Lui dans son pays, et, arrivée aux pieds de Jésus, elle continue à prier sans se lasser : « Seigneur, viens à mon secours ! » Avons-nous cette prière persévérante régulièrement dans notre vie ?

    Dans un premier temps, Jésus semble écarter sa demande, un peu comme pour Marie lors du mariage à Cana : « Femme que me veux-tu ? ». Il s'en explique à ses disciples en prononçant cette phrase surprenante : « Je n'ai été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël », et pour la femme agenouillée devant Lui, il trouve une autre explication très imagée, tirée de la vie de tous les jours : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens ». Notons bien que Jésus ne dit pas : « pour le donner aux chiens », mais « aux petits chiens », la nuance est grande !

    La femme est intelligente et elle saisit l'image au bond, et grâce à l’expression « aux petits chiens », elle va révéler toute l'audace de sa foi. Elle va insister, discuter, faire pression respectueusement sur le cœur du Messie d'Israël : « Certes, moi, l'étrangère, je ne fais pas partie de la famille ; mais pour les petits chiens, il y a au moins les miettes » qui tombent de la table et ils s’en nourrissent ! Quelle audace !

    « Le salut vient des juifs » dira Jésus à la Samaritaine, mais ils ne sont pas les seuls bénéficiaires : la « Justice » de Dieu et son projet de « Salut » sont pour tous les hommes de bonne volonté et qui n’ont pas refusé de croire (Relisez la deuxième lecture). Tous sont appelés à la Vie et au Salut dans la maison de l’unique vrai Dieu, dont Jésus nous révèle le visage de Père. 

    À cet instant, imaginons le regard de Jésus se posant sur cette femme ! Regard plein de compassion et d’une jubilation intérieure, car Il voit la foi de cette femme et lui dit :  

« Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »

Nous connaissons la suite : sa fille qui était tourmentée par un démon est guérie.

Qu’allons-nous retenir pour nous, ce matin, en cette église Notre-Dame réconciliatrice, en ce 20e dimanche au milieu du mois d’août ? 

Je vous propose deux remarques rapides pour élargir notre compréhension :

Première remarque : le Salut voulu par Dieu, n’est pas un Salut pour une petite fraction d’hommes ou de femmes, même s’il nous faut approfondir l’élection du peuple d’Israël, mais c’est bien, un Salut pour tous, en tout cas pour tous ceux qui le veulent ! L’épître aux Romains nous le redit avec force : Dieu veut faire « miséricorde à tous les hommes » ! Et même le prophète Isaïe annonce l’incroyable nouvelle pour son époque : Ma maison s'appellera « Maison de prière pour tous les peuples ». (1re Lecture)

- Deuxième remarque : « Femme, grande est ta foi, dit Jésus, qu'il t'advienne selon ton désir ». Tout est donc dans la force du désir, de notre désir, de notre capacité à oser demander, véritablement. Ce n'est pas l'amour du Seigneur qui a des limites, c'est notre désir, notre constance, notre capacité à nous donner qui se limitent et qui se lassent ; c'est notre prière qui s'arrête trop tôt, comme si nous n'avions pas droit à la miséricorde.

Marie, que nous avons fêtée hier pour son Assomption, n’a pas eu une vie évidente ! Sa sainteté s’est faite progressivement, petit à petit. Cependant, elle fait confiance, même quand elle ne comprend pas tout. En cela, elle nous montre comment suivre son Fils.

 

Prions ensemble avec ces mots, ce matin : 

Seigneur donne-moi, donne-nous, d’être renouvelés dans la foi !

Qu’elle soit plus grande, plus profonde, plus audacieuse !

Ainsi soit-il !

Homélie du samedi 15 août 2020, solennité de l’Assomption, année A.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 1, 39-56. Apocalypse de saint Jean 11, 19a ;12, 1-6a.10ab.

Psaume 44. Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 15, 20-27a.

 

Avez-vous remarqué que souvent, certains confondent Ascension et Assomption. Les deux mots ont une tonalité proche. Il est vrai que dans les deux cas, nous fêtons une entrée dans le Ciel et dans la Gloire de Dieu ! L’Ascension est la montée de Jésus et l’Assomption, celle de Marie.

Aujourd’hui, c’est la fête de l’Assomption de la Vierge Marie qui nous rassemble. Que veut dire cette fête de l’Assomption ? 

Voici quelques repères : par cette Solennité de l’Assomption, nous croyons fermement que Marie, à la fin de sa vie terrestre, est montée « au Ciel » avec son corps, alors que les saints n’y sont pour l’instant qu’avec leur âme seulement. Donc, Marie est montée corps et âme.

Si nous voulons le dire autrement, tous les saints connus et inconnus attendent la Résurrection, à la fin des temps pour être « au Ciel » aussi avec leur corps : le but de notre existence est la vie éternelle ! Au fond de nous-mêmes, nous le savons bien, nous le pressentons, nous sommes créés pour cela : pour la vie éternelle corps et âme ! C’est ainsi que nous pourrons nous reconnaître quand nous serons dans la Vie en Dieu. (C’est aussi pour cette raison que l’Église attache une grande importance à notre corps).

Dans un acte de foi, ce que nous croyons dans le mystère de l’Assomption, nous l’espérons pour nous-mêmes et nous l’attendons pour chacun de nous. 

Pour la Vierge Marie, cette Assomption est déjà accomplie ! Par là, elle ressemble encore plus à son Fils qui, lui aussi, est au ciel avec son corps ! 

Cela permet de mieux comprendre la place et la proximité exceptionnelle de Marie, dans sa relation avec l’Église du Christ (Je pense aux apparitions mariales de la Salette, à celles de Lourdes et à bien d’autres encore à travers le monde où Marie nous redit avec force de nous mettre à l’écoute de la Parole de son Fils.)

Nous le savons, Marie est une créature comme nous ! Par son « oui », par son « FIAT », elle intercède pour nous auprès de son Fils ! C’est la mission de Marie, c’est la mission d’une maman. Certains d’entre nous peuvent penser que Marie était privilégiée ou qu’elle devait avoir des facilités particulières !

En réalité, il n’en est rien !

- Comme pour nous, rien n’est fait d’avance : ni pour elle, ni pour nous ! Il y a la liberté de Marie, comme nous avons, nous-mêmes notre liberté ! Dieu ne cesse de nous proposer d’entrer dans son projet de Salut ! Mais, nous décidons … ou non, comme Marie qui a choisi de dire « oui » à l’ange Gabriel ! La sainteté de Marie s’est donc construite petit à petit. 

- Comme pour nous, tout ce qu’elle avait reçu était déjà en germe en elle ! Tout au long de sa vie, elle a choisi d’accepter de faire la volonté du Père, même si elle ne comprenait pas tout ! Il en est de même pour nous : nous ne comprenons pas tout ce que Dieu nous propose. Il y faut cette adhésion, cette foi qui nous permet de dire « oui ». C’est cette même adhésion qui nous permet d’être là, ce matin, pour cette eucharistie. Plusieurs fois dans l’évangile l’expression : « Marie méditait tout cela dans son cœur » nous rappelle que, sans tout comprendre, elle fait confiance en tout !

Elle laisse simplement résonner la Parole de Dieu dans son cœur afin que l’Esprit Saint lui donne d’avancer et de s’adapter sans cesse à la mission de son Fils Jésus, qui la dépassait complètement. 

Donnons quelques exemples !

  • En acceptant le message de l’Ange à l’Annonciation, Marie ne sait pas concrètement ce qui va se passer ; elle se précipite simplement chez sa cousine Élisabeth. Elle découvre là, à la fois le tressaillement de Jean le Baptiste qui s’agite dans le ventre de sa cousine et le dévoilement de sa mission : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?». (Luc 1,43)
  • Il y aussi l’inattendu de Noël à Bethléem ( on aurait pu imaginer que le Fils de Dieu naisse dans un palais !) 
  • puis l'exil en Égypte, 
  • la vie cachée de Jésus
  • sa vie publique que Marie va suivre de près et de loin et qui commence à Cana (« Femme, que me veux-tu ? », 
  • ou encore au pied de la Croix, (Marie sait qui est son Fils et elle accepte d’être là : quel acte de foi !) 
  • Sa présence auprès des apôtres lors de Pentecôte dans la chambre haute où l’Esprit Saint va expliquer toute chose… 
  • Ce qu’il nous faut comprendre, c’est que Marie a adhéré pleinement, même dans les moments d'obscurité et de souffrance, au projet d'amour de Dieu !

Comment comprendre les conséquences pour notre foi, et même pour notre vie de tous les jours ?

En fait, l'Assomption nous rappelle que la vie de chaque chrétien, comme celle de Marie, est un chemin d'imitation à la suite du Christ, même si parfois ce chemin est difficile ! ! Il nous faut entendre son enseignement, le suivre dans sa façon d’être et voir le but que Jésus nous désigne !

Ce chemin a un objectif bien précis la victoire définitive du Christ sur le péché et sur la mort et le désir de la pleine communion avec Dieu.

Ce que Jésus veut nous dire, c’est que nous sommes faits pour la Vie éternelle ! 

Nous sommes faits pour le Paradis ! Dans l'Assomption de Marie, nous contemplons ce que nous-mêmes sommes appelés à devenir, au terme de notre chemin sur la terre. 

Plus précisément, il s’agit pour chacun de nous de faire le choix d’être au ciel totalement, avec notre corps et notre âme, comme Marie à la suite de Jésus !

Cette fête de l’Assomption nous enseigne ainsi que l’enjeu de la vie humaine, de notre vie terrestre est le Ciel ! L’enjeu de notre vie n’est pas simplement d’améliorer notre bien-être sur cette terre, bien sûr : manger, être en paix et en sécurité, avoir des amis fidèles, être en bon terme avec sa famille… tant de choses que notre monde présente comme étant nécessaires pour être heureux… mais nous le savons bien : toutes ces choses-là passent ! 

 L’enjeu, c’est ce qui nous attend après notre mort ! Aujourd’hui, on peut vivre plus vieux, on peut guérir de nombreuses maladies, ou du moins, on peut soulager certaines souffrances. Ces avancées médicales sont magnifiques, même si un minuscule virus « Covid » nous éprouve cruellement actuellement !

Mais, de la mort, on ne guérit pas : c’est notre chemin à tous, la mort est notre commune épreuve.

C’est le Christ et sa victoire sur la mort qui comptent vraiment !

Alors, frères et sœursl’aventure de Marie est aussi la nôtre, comme celle de toute l’humanité ! C’est notre joie ! C’est notre espérance !

Avec tous les pèlerins des sanctuaires mariaux du monde qui fêtent en ce jour cette belle solennité, prions pour que :

Que Notre-Dame nous aide sur le chemin de la sainteté et

qu’elle intercède pour nous afin que nous comprenions la volonté de Dieu pour nous

et le salut qu’Il nous propose !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du dimanche 19 juillet 2020, 16e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Luc, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 13, 24-43. Livre de la Sagesse 12,13.16-19. Psaume 85.

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 26-27.

 

Autour de cette église, de jolies maisons ont aussi un beau jardin ; en venant jusqu’ici ce matin, je suis passé dans le jardin derrière le musée. J’ai traversé ce jardin généralement bien entretenu. Pourtant, ce matin, j’ai remarqué qu’il y avait des mauvaises herbes assez hautes qui dépassaient du gazon.

Que faire quand, dans un joli gazon, on voit de mauvaises herbes pousser ? Il est fort probable que l’idée nous vienne de les enlever à la main ou mieux (ou pire), de mettre un désherbant !

C’est ce que Jésus est en train d’expliquer par cette parabole. Il s’agit bien de mauvaises herbes dans l’image de l’ivraie dont parle le texte de l’évangile qui vient d’être lu. Les désignations sont simples et nous les comprenons bien ! L’ivraie représente ce qui nuit, ce qui est nocif et étouffe… le mal, en somme, dans notre monde, mais aussi en chacun de nous. Le bon grain, c’est ce qui est bon, c’est le bien, ce qui produit du fruit. 

Globalement, nous comprenons le sens de la parabole ! Mais ce qui reste un mystère, c’est l’attitude du propriétaire qui représente Dieu. Sa réaction peut nous surprendre tant elle semble résignée. Ce qui semblerait normal, pour nous les « rapides », serait de s’occuper d’enlever rapidement les mauvaises herbes comme je le disais. Et pourtant le propriétaire dit dans le texte de l’évangile : « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ». 

         Pourquoi une telle attitude ? Pensez-vous qu’un agriculteur ferait le même choix ?

Alors, comment devons-nous qualifier l’attitude du propriétaire, donc de Dieu ? En un mot, bien plus que nous, je dirais que « Dieu est humain » ! Il est profondément humain et il veut que nous le soyons. Que pouvons-nous dire ? Dieu a bon cœur, qu’il est compréhensif, qu’il n’écrase pas, qu’il espère tout, mais surtout, qu’il sait que notre cœur est « complexe » !

Les mauvaises herbes et le bon grain ici sont une image qui nous représente. Nous ne sommes pas 100% bons ! Nous ne sommes pas, non plus, 100% mauvais ! On a du mauvais, mais aussi de bons côtés en nous. Nous ne sommes pas, non plus, ni des choses ni des objets qu’on manipulerait sans risque. Nous sommes des personnes avec des sentiments, de la bonne volonté, mais aussi des faiblesses et des fragilités. Impossible d’agir avec les personnes sans les respecter, sans prendre le temps de leur donner une chance ! C’est pourquoi, Dieu qui agit « humainement » pourrait-on dire avec nous, veut donner une chance à chacun et nous donner tout le temps dont nous pourrions avoir besoin. Il est patient ! Je ne sais pas comment nous le comprenons ; pour moi, c’est bigrement encourageant. 

Comment Dieu fait-il pour être si patient ? Son secret, c’est de regarder non seulement le mal, le mauvais, mais aussi ce qui est bon dans les personnes, dans le monde, en nous aussi. C’est comme cela que Dieu agit, et comme cela que Dieu voudrait que nous agissions à notre tour ! 

Pourquoi Dieu agit-il ainsi ? C’est la pointe de cette parabole, le message essentiel, le message qu’il faudrait imprimer en très grand pour que nous ne l’oubliions pas, c’est le suivant :

         Nous sommes toujours en croissance spirituelle.

         Nous n’avons jamais fini de « grandir » humainement et spirituellement !

Le Royaume de Dieu se développe, en nous et autour de nous, au fil des ans.

         La Parole de Dieu porte du fruit dans la patience !

Il faut compter avec le temps quand on grandit, quand on se développe. Regardez les enfants. Quelle patience, ils ont demandé parfois à leurs parents pour les éduquer et les accompagner ! 

 

Je souhaite terminer en mentionnant qu’il y a, ici, deux dangers dont il faut prendre conscience, deux écueils à éviter.

- Le premier est celui de vouloir aller trop vite. Dieu nous dit ici de prendre le temps qu’il faut. Il y a un dicton qui le résume bien : « Tirer sur une fleur ne la fait pas pousser plus vite ». Dieu fait confiance aux capacités de grandissement, de croissance en dedans de nous. Il fait confiance à l’Esprit dont nous parle saint Paul dans la deuxième lecture, l’Esprit qui agit en nous ! Il vient à notre secours ! Dieu fait preuve de réalisme, Il fait preuve de tolérance. Ainsi nous aussi, nous sommes invités à faire de même. 

Le second danger est à l’opposé, c’est celui de se renfermer. Du style : « Tout est pourri. Il n’y a plus rien à faire. Moi, je m’en fous. C’est mon destin. Pas de moyen de changer, et puis, il y a le covid et le monde va à sa perte ! » Bref,  on se renferme dans un repli, un cocon « caliméro », dans un entre-soi, on se blottit dans son canapé et on n’en bouge plus. Alors que Dieu ici, nous redit : « Je le sais bien ! Tout n’est pas parfait dans le monde, il a bien des ambigüités, dans l’Église aussi, dans toute vie, dans ta vie, mais ne sois pas défaitiste ou fataliste. À travers l’ivraie, le bon grain va pousser quand même, avec le temps. » 

Et Dieu complète : « fais ton possible pour éviter l’étouffement du bon grain, ne cultive pas la tristesse et continue ta croissance, abandonne le reste entre mes mains. » 

L’enseignement d’aujourd’hui est très stimulant, encourageant ! En même temps, ce n’est pas la facilité qui est prêchée. Il faut se retrousser les manches, continuer à  faire sortir le bon qui est en nous, même s’il faut accepter cette nécessité du temps et faire le constat que tout ne soit pas parfait instantanément ! 

Dieu le sait et Il nous fait confiance afin que nous portions du fruit, et cela : Il en est certain !

                                                                                       Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 15 juillet 2020, 15e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 11, 25-27. Livre du prophète Isaïe 10, 5-7.13-16. Psaume 93.

 

Qui n’a pas eu le désir de rencontrer le Christ, de se déplacer avec Lui à travers les villes de Capharnaüm, de Jérusalem, de Nazareth, de discuter avec Lui et, peut-être même, de prier avec lui, de Le voir prier son Père ?

Qui n’a pas eu le désir d’entrer dans sa prière, dans la connaissance de cette intimité qui unit le Fils au Père, et le Père au Fils ?

En méditant l’évangile de ce jour, il nous est donné de contempler un peu plus Jésus en prière, et de voir comment Il entre dans la louange.

Ce jour-là Jésus a prié tout haut, et de telle façon que les disciples ont retenu la prière de Jésus et l’ont mémorisée. Cela nous permet encore aujourd'hui d'entrer un peu plus dans son lien à son Père.

La prière de ce jour, celle qui nous est donnée dans l’évangile, est une prière de louange, une prière d'admiration, une sorte de cri du cœur de Jésus vers son Père :

" Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange".

Qu'est-ce qui fait monter ainsi la louange dans l'âme de Jésus ? Tout simplement, Il s'émerveille de la manière dont Dieu, son Père, s'y prend avec les hommes. Non pas à la façon de notre monde, mais avec une vraie espérance pour chacun de nous ! Par sa prière, Jésus manifeste que Dieu espère en chacun de nous !

C’est cette bienveillance qui caractérise le Père. C’est cette bienveillance qui conduit le Père à faire briller le soleil ou pleuvoir sur les justes comme sur les injustes. Dieu ne juge pas ; Il donne à chacun ce dont il a besoin, charge à nous d’user de notre liberté pour transformer ce don. Surtout, Il donne aux hommes ce qu'Il donne au Fils, c'est-à-dire tout. Frères et sœurs, c’est une découverte qu’il nous faut approfondir dans notre propre prière !

Dieu veut que nous nous réjouissions dans les hommes comme Il se réjouit dans le Christ. Rappelez-vous, au jour du baptême, ses paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en Lui j’ai mis tout mon amour. » Pour cela, il a décidé de faire de nous des frères en son Fils, de son Fils. 

Avec Dieu, même les plus petits ont leur chance, contrairement à notre monde, dans lequel ce sont les nantis, les puissants, les intellectuels qui dominent. Non ! Avec Dieu, les plus petits ont leur chance :

Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits".

Il me faut avoir une âme de pauvre pour entendre ce que Dieu veut me dire. Car les petits, c’est nous ! Je dis cela sans aucune honte, sans fausse modestie ou misérabilisme ! C’est cette certitude qui me fait désirer de tout recevoir de Dieu qui est Père, et me faire capacité pour cela !

 Quelle est l’invitation recevons-nous, ce matin ?

 À la prière de Jésus, dans sa relation à son Père, nous pouvons entrer nous aussi, dans cette louange :

"Oui, Père, Seigneur du ciel, Seigneur de notre terre,

sois loué de nous avoir révélé,

à nous, les petits, les indignes, à nous les pauvres,

que les pensées de ton cœur sont des pensées de louange, de confiance et de paix.

Ce matin, demandons la grâce de rester dans la louange du Christ tout au long de ce jour pour cet amour bienveillant.

Que nous soyons en soucis ou dans la joie, demandons la faveur d’une simple louange, tournés vers le Père comme Jésus nous y invite ! 

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 13 juillet 2020, 15e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 10, 34 à 11,1. Livre du prophète Isaïe 1, 10-17. Psaume 49.

Deuxième lettre de saint Paul à Timothée 4, 6-8.17-18.

 

Nous avons déjà entendu cet évangile il y a peu de jours. Justement, à l’issue de cette messe, une personne était un peu outrée, comme agacée par les paroles de Jésus. En effet, l’Évangile de ce jour nous interpelle et il mérite une explication pour une meilleure compréhension !

       Que nous dit-il : N’ayez pas peur de perdre votre vie à cause de moi !

       … Ou encore … « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ». 

À dire vrai, ces paroles de Jésus, mal comprises, peuvent effectivement, nous déranger et même nous agacer !

Alors attention au contresens ! Jésus ne nous dit pas de ne pas aimer notre prochain ou nos parents ! N’oublions pas qu’à l’époque où l’Apôtre Matthieu rédige son évangile, nous sommes toujours dans un contexte de persécution qui, dans certaines familles, a provoqué des déchirements, des dénonciations.

Prendre le chemin de Jésus, c'était courir le risque d'être incompris de la société, mais parfois aussi de ses parents, de ses amis et de son entourage, et d'être même rejeté par eux… Cette situation existe encore aujourd’hui ! J’ai en mémoire le souvenir d’un jeune homme qui rentrait au séminaire, et ses parents lui ont fermé leur porte … Ils n’ont pas compris son choix !

Ce que nous redit l’Évangile, c’est que : l'attachement à Jésus est plus fondamental encore que les liens du sang.Pourquoi ? Tout simplement parce que Jésus veut élargir le sens de la famille !

Il établit des liens nouveaux entre disciples.

La prière du Notre Père en est l’illustration ! L'Évangile devient une école de la fraternité. Et la source de cette fraternité nouvelle : c’est le Christ qui est notre frère ! Tous (et également dans notre assemblée), nous sommes frères et sœurs, tous enfants du même Père : frères et sœurs, les uns des autres.

Oui ! L’appel de Jésus est radical : il ose nous appeler à perdre notre vie à cause de lui, à perdre notre vie pour être avec Lui. C’est Lui notre seul bien !

À la réflexion, notre vie spirituelle nous invite à découvrir un mouvement surprenant perdre pour gagner ! Ce mouvement « perdre pour gagner » s’enracine dans notre condition humaine. Le plus beau déploiement humain suppose de renoncer à savoir ce que l’on devient. La foi : n’est-ce pas croire sans voir ? Il faut donc développer ses talents, tirer profit des expériences de sagesse de la vie, mais progresser aussi dans la capacité à tout remettre, à ne rien mesurer soi-même : au bout du compte, nous le savons bien, nous n’emporterons rien après notre mort. La beauté d’une vie ne vient pas de ce qu’elle est ou dans un avoir, mais de sa fécondité.

C’est donc à une vraie fécondité que nous devons nous employer !

Quel que soit notre état de vie, notre âge, notre santé, cette fécondité existe et elle est multiple. Elle ne se mesure pas selon nos critères ! Cette certitude qui nous surprendra toujours : nos critères ne sont pas ceux de Dieu ! « Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier si c’est au prix de sa vie ? »(Mc 8,36)

Finalement, c’est dans le don de soi, dans un abandon confiant à Dieu que notre vie prend sens ! Interrogez, pour cela, la sagesse des anciens ! C'est dans les petites choses du quotidien (accueil, service, écoute, partage) que se joue la sincérité de notre témoignage. 

Gardons en mémoire cette parole de Saint Augustin : « La mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure ».

Frères et sœurs, prenons le temps, en ce temps de vacances, de méditer, de retravailler, pour nous laisser saisir par la Parole de Dieu !

Je vous rappelle l’évangile du semeur, celui de dimanche : c’est autant de graines qui sont plantées dans notre cœur pour que nous puissions porter du fruit, et du fruit en abondance !

Demandons à l’Esprit Saint de nous aider à mieux comprendre ce que Jésus veut me dire !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 12 juillet 2020, 15e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 13, 1-23. Livre du prophète Isaïe 55, 10-11. Psaume 64.

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 18-23.

 

Nous connaissons bien cette parabole du semeur. Ce que j’apprécie dans cette parabole du Semeur, c’est le réalismede Jésus. Vous avez entendu comme moi qu’il ne nie pas l'échec, il ne nie pas le gâchis que l'on fait de la Parole de Dieu. Il dit clairement que les graines de la Paroles sont semées largement, mais qu’elles sont nombreuses toutes ces graines qui sont… mangées, séchées, étouffées, emportées par le vent... Nous pourrions penser que Dieu semble effectivement semer en pure perte ! Et en même temps, Il accepte le risque que sa Parole ne soit pas reçue !

Ces graines, ces semences ne sont pas en cause ! Dans l'explication de cet évangile, Jésus met d'ailleurs surtout l'accent sur le terrain qui accueille le bon grain. Si la semence, c’est-à-dire la Parole de Dieu, ne lève pas, ne grandit pas, ne porte pas de fruits, ne transfigure pas notre vie… la faute n'en est pas à l'impuissance de Dieu ou à une mauvaise qualité de la semence, mais bien aux obstacles opposés par le terrain. 

Or, le terrain, c'est nous, c'est nos vies, nos âmes, nos compréhensions, nos passions, nos refus... nos capacités d’entendre et de nous mettre en route. 

Jésus énumère les obstacles que la Parole de Dieu peut y trouver : il en cite trois !

Remarquons, qu’il n’y a pas d’accusation ou une culpabilisation de la part de Jésus ! 

Je tiens donc à préciser, un peu comme dans les films quand ils sont trop près de la réalité que :

  • Toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite !

Mais, remarquons que toutes ces situations sont parfois très proches de celles que nous vivons ! Si Jésus les cite, c’est qu’elles sont voulues pour nous faire réagir. C’est bien son intention en nous racontant cette parabole. Alors, quels sont ces obstacles ?

 

Premier obstacle : l'indifférence ! La Parole de Dieu parce qu'elle n'est pas désirée n'est pas entendue, n'est pas accueillie ! Vous connaissez l’expression ‘comme de l'eau sur les plumes d'un canard’ : ça glisse ! On n'en ressent pas forcément le besoin et une infinité d'autres choses nous accaparent et retiennent toute notre attention : plaisir, honneurs, sensualité, paraître, richesse, loisirs … qui viennent comme des oiseaux picorer ces graines et les faire disparaître.

Deuxième obstacle : la dureté, la raideur, le sol pierreux. Notre cœur se referme sur lui-même (littéralement, une « slérocardie »), nous croyons en savoir assez sur Dieu et nous nous fermons à tout progrès dans la connaissance de Dieu. Dans notre enfance, notre foi a levé, et puis à la longue, faute d'être nourrie, faute de bonne terre et de racines profondes, elle s'est desséchée. De fait, en même temps, c’est moi-même qui me suis desséché.

Troisième obstacle : les épines, les ronces, les mauvaises herbes qui poussent avec le bon grain et qui, peu à peu, finissent par étouffer la Parole alors qu’elle serait sur le point de donner du fruit. Ce sont nos défauts, nos vices, nos compromissions, l'égoïsme et l'orgueil, nos manques d’amour, notre difficulté d’engagement, nos découragements, notre manque de persévérance… Alors, le Malin, (le Toto, le Diable) est très fort pour nous faire désespérer. Bref : tous nos soucis, toutes ces choses qui encombrent l'âme, toutes ces choses que nous n'avons pas eu le courage de déraciner à temps et qui, petit à petit, envahissent et étouffent notre vie. Bien souvent, nous avons dans ces cas-là, l’impression d’un immense gâchis, et d’une tristesse ! Je n’arrive plus à comprendre ce qui est nécessaire à ma vie ; ai-je cette impression à certains moments de ma vie ? Si oui, interrogeons-nous ! 

     Jésus n'oppose pas, non plus, ceux qui portent ou non du fruit. Il ne fait pas de différence, Il ne cherche pas un « retour de production » ou un retour sur investissement, comme certains économistes insistants ! Non ! Il souligne simplement que chacun est responsable de son ouverture comme de son aveuglement, et qu'il ne tient qu'à nous d'être de ses disciples. Au fond, cela se passe surtout à l'intérieur de chaque cœur humain. C’est notre liberté ! Si nous ne décidons pas d’ouvrir notre cœur, rien ne poussera !

     Alors ! chers amis, si vous êtes là ce matin, et je le crois profondément, c’est que votre cœur est ouvert et que la Parole de Dieu a du sens pour vous. Vous savez accueillir la Parole de Dieu, vous savez qu’elle nourrit votre vie, vous savez qu’elle vous hydrate ! 

Peut-être, nous arrive-t-il d’être parfois incrédules et fermés, durs d'oreille et durs de cœur ? 

Cependant, nous avons le désir d’être disciples de Jésus, heureux de voir, heureux d'entendre, heureux de scruter l'Évangile, heureux de laisser résonner chaque parole de Jésus dans ma vie dans ma prière - Comme nous le proposent les Béatitudes -. Cette attitude nous invite à être dans l’Action de grâce. La question de l’accueil est posée encore aujourd’hui et elle restera posée jusqu’à la rencontre ultime avec notre Créateur, nous rappelant chaque jour, l’enjeu de ma liberté et les fruits à offrir.

Une question demeure et peut-être est-elle sur vos lèvres :

Alors, Dieu sèmerait-il en pure perte ?

Non ! Je ne le crois pas ; je sais seulement que Dieu est patient ! Il sait qu’un jour ou l’autre, il y aura des fruits pour toutes ces graines qu’Il a semées dans le cœur de chacun de nous ! 

     Ma courte expérience de prêtre me montre que je n’ai pas le droit de désespérer : je peux témoigner que j’ai vu des personnes qui semblaient fermées, hermétiques et qui un beau jour, s’ouvrent à la Parole Dieu. Ce qui a été semé pendant des années, d’un seul coup, germe et donne de beaux fruits. Même jusqu’aux derniers souffles de notre vie sur cette terre, de beaux fruits sont et seront possibles, des fruits extraordinaires, à quelques minutes mêmes de la mort d’une personne : fruits de pardon, de réconciliation, de paix…! C’est comme s’il se passait, à ce moment-là, un réflexe de vie et enfin, un cœur qui s’ouvre.

Chers frères et sœurs, rendons grâce au Seigneur pour sa Parole qu’Il vient sans cesse déposer en nos cœurs !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du 15ème dimanche du temps ordinaire - dimanche 12 juillet 2020

Homélie du lundi 6 juillet 2020, 14e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 9, 18-26. Livre du prophète Osée 2.16-17b-18.21-22. Psaume 144.

 

Nous faisons mémoire, aujourd’hui, de sainte Maria Goretti. Connaissez-vous son histoire ?

Un titre m’avait marqué : sainte Maria Goretti, l’impossible pardon !

 

Le drame se passe le 5 juillet 1902. Dans une petite ferme, à Nettuno, au sud de Rome, vivent deux familles que la misère a réunies sous le même toit. Dans la famille Goretti, le papa Luigi est mort et Assunta, la maman, travaille courageusement aux champs avec ses deux grands fils tandis que Maria, surnommée Marietta, l’aînée, s’occupe de la maison et de ses petits frères et sœurs. L’autre famille, les Serenelli, est composée d’un garçon, Alessandro (17 ans), et de son vieux père infirme. 

Maria a 11 ans. C’est une jeune fille pieuse, douce et courageuse, faisant de son mieux pour soulager sa maman qui croule sous le poids des soucis. Maria n’ose pas lui dire combien elle a peur d’Alessandro et de ses mauvais regards et de sa présence excessive. Ce jour-là, tout en surveillant sa petite sœur qui dort Alessandro entre et il pousse Maria dans la cuisine et veut abuser d’elle. Elle résiste avec force et repousse ses tentatives.

Fou de colère, le garçon saisit un couteau et, à quatorze reprises, animé par une rage meurtrière, il la frappe sauvagement. 

Maria se traîne jusqu’au palier, appelant au secours sa maman ! 

Tandis que l’on descend Maria sur une civière, les forces de l’ordre doivent protéger le jeune homme de la colère des voisins. Sans eux, l’assassin aurait été tué par les mains des villageois sans autre forme de procès. 

Un triste convoi se met en route : la voiture des gendarmes conduit Alessandro en prison ; et l’ambulance conduit Maria à l’hôpital.

Les dernières heures de Maria sont marquées par de terribles souffrances. Les religieuses qui la soignent sont édifiées par le courage de cette enfant qui demande qu’on la rapproche de la statue de la Sainte Vierge. Elle brûle de fièvre. 

Le Père Signori entre dans sa chambre. La fillette a un imperceptible mouvement, une courte hésitation en se remémorant la violence de la scène, les gestes, les menaces et les coups. Puis la paix revient sur son visage et dit :  

« Pour l’amour de Jésus, je lui pardonne et je veux qu’il soit un jour avec moi dans le Paradis. Que Dieu lui pardonne, car moi, je lui ai déjà pardonné. » 

Elle reçoit alors, avec ferveur, la communion et le sacrement de l’extrême-onction. Maria est morte en ce 6 juillet 1902, elle n’avait pas encore douze ans. Dans les couloirs de l’hôpital, on n’entend qu’un murmure :   - « La sainte est morte ! »  Ses obsèques, au matin du 8 juillet, soulevèrent une émotion immense à Nettuno, son petit village.   
Au cours du procès d’Alessandro, dans la salle d’audience, à la surprise de participants, Assunta Goretti, la maman de Maria, déclare d’une voix ferme :  - « Monsieur le Président, je lui pardonne du fond du cœur. », désignant Alessandro, l’assassin de sa fille.  

Alessandro Serenelli est condamné à trente ans de prison (il a échappé à la prison à vie parce qu’il était mineur au moment des faits). C’est un prisonnier difficile, violent, craint par ses codétenus et méprisé par les gardiens.  

Une nuit de 1910, il fait un rêve : il voit Maria dans un jardin, toute vêtue de blanc. Elle cueille quatorze grands lys et les lui tend. Au moment où il va les prendre, ils se transforment en autant de lumignons allumés comme des cierges. Puis Maria disparaît et il s’éveille, troublé. Dans son cœur endurci, une petite source trouve son chemin et le repentir commence à naître.

Alessandro est libéré en 1929, après avoir passé vingt-sept ans en prison, dont les dix-neuf années d’un comportement exemplaire.

Maria Goretti est proclamée bienheureuse par le pape Pie XII le 27 avril 1947. Trois ans plus tard, elle est canonisée par le même pape Pie XII, le 24 juin 1950. Aux deux cérémonies, qui attirèrent une foule impressionnante sur la place Saint-Pierre, assistaient Alessandro et Assunta Goretti : c’est la première fois qu’une mère voit la canonisation de sa fille. 

Alessandro est devenu membre du tiers-ordre franciscain et jardinier du couvent des capucins à Ascoli Piceno, dans les Marches. Il mourut le 6 mai 1970, à 87 ans, au couvent de Macerata (Marches), après avoir laissé un testament très édifiant. Peut-être aurez-vous la curiosité de le chercher et de le lire ?

Maria Goretti est fêtée le 6 juillet, jour de son entrée au Ciel.

Ce que je retiens de cette famille Goretti, c’est la force du Pardon !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 5 juillet 2020, 14e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 11, 25-30. Livre du prophète Zacharie 9, 9-10. Psaume 144.

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 9.11-13.

 

       À force de le dire, vous le savez et je le répète très souvent : notre Dieu est un Dieu surprenant ! Certains diront même que sa logique nous échappe complètement ! Cela n’est pas complètement faux ! 

Pourquoi est-il donc surprenant ? Parce que nous avons, sans doute, une représentation trop humaine de Dieu ! Nous l’imaginons selon notre façon de réagir, de penser ! Déjà, par la bouche du prophète Isaïe, le Seigneur essayait de nous avertir clairement : « mes pensées ne sont pas vos pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins. » (Is 55,8)

     C’est pourquoi notre Dieu se plaît à désarçonner un monde imbu de lui-même en révélant ses secrets aux petits et aux humbles. 

     Il nous redit que l’on ne creuse pas le mystère du Royaume de Dieu avec nos calculs, nos diplômes ou à coup de Wikipédia sur la nébuleuse d’Internet, mais surtout avec son cœur et à force d'aimer. Plus encore, il nous invite à être humbles, il nous faut laisser de la place à Dieu :

     Celui qui se vide de soi-même, se remplit de Dieu, mais celui qui est plein de soi va se priver de Dieu. 

     Il me semble alors nécessaire de demeurer un peu plus longuement sur les confidences de Jésus, pour nous en étonner et nous en émerveiller !

     Je retiens deux points d’étonnement :

- Premier point : Celui à qui « le Père a tout confié », celui qui ne fait qu’un avec lui et dont il a seul une totale connaissance, n’est lui-même qu’un pauvre parmi les pauvresun « doux et un humble ». C’est comme cela que Jésus se définit lui-même ! Sa naissance n’est même pas fastueuse ! Une étable et quelques bergers ! Dieu se fait petit et humble ! En se manifestant ainsi, Il bouscule de fond en comble nos représentations faussées de Dieu. Jésus est un Sauveur qui déploie sa puissance dans la faiblesse et sa force dans la douceur. L’esprit du monde ne l’influence pas !

     Il ne se laisse pas plus démoraliser devant le refus de l’élite et la timide acceptation des gens simples. Il reste fidèle à sa mission, malgré l’adversité ou le poids du quotidien : annoncer la Bonne Nouvelle, faire connaître son Père, le salut de tous…

     C’est une très grande leçon à tirer pour nos vies de tous les jours. Nous sommes invités à prier à travers notre quotidien, à partir de nos soucis et à oser trouver le chemin de l’Action de grâces au sein même de situations difficiles que nous traversons. 

       Marie a compris cette disponibilité du cœur lors du message de l’Ange au moment de l’Annonciation et elle le chante par son Magnificat « Il s’est penché sur son humble servante. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! » (Luc 1,48)

L’évangile de ce jour nous montre la jubilation de Jésus parce que nous sommes ces pauvres que Dieu préfère. Connaissant notre dénuement, Il ne nous abandonne pas, il nous redit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le fardeau, et moi, je vous donnerai le repos ». Oui !  Dieu prend le parti des pauvres, des petits et des faibles. C’est une prière, une supplication que Dieu adresse à nos cœurs endurcis !

Deuxième point d’étonnement : 

La compréhension fausse de Dieu !

  • Dieu est absent », « Dieu est fou » ou « Que fait Dieu ? » ! Ces expressions sont récurrentes dans les différentes discussions paroissiales ou amicales auxquelles je participe. Pourquoi ces réactions aussi tranchées ? Parce que Dieu n’agit pas comme j’aimerais qu’il le fasse…  Parce que Dieu n’est pas assez ferme et fort comme je le voudrais ! Souvent, la difficulté est que Dieu est compris comme un Dieu magicien. 

 J’ai déjà entendu maintes fois cette demande : « Moi, je veux un Dieu qui m’écoute et qui peut réaliser tous mes souhaits ! » J’entends cela souvent ! Dieu nous écoute incontestablement, quant à réaliser tous nos caprices … Rien n’est moins sûr !

       - N’oublions pas que Dieu ne passera pas outre notre liberté !

Or, Dieu a choisi une voie différente ! Il ne s’agit pas de tout accepter sans réagir ! Mais, il s’agit de regarder comment Dieu agit : Il s’offre lui-même pour que nous inviter à faire de même ! Oui, frères et sœurs, nous sommes invités, toujours et sans cesse à  oser « une imitation de Jésus », dans son mode d’action, de la façon dont Il agit, dans sa relation à son Père dans la force de l’Esprit Saint.

     En réalité, sa vie n’est guère différente de la nôtre ! Au joug pesant d’une vie parfois éprouvante face à la maladie et de la mort, au joug écrasant d’une société répressive, au joug exigeant de lois arbitraires, Jésus substitue son fardeau léger. Il offre un sens à nos vies fatiguées, humiliées. 

Il n’en supprime ni la fatigue, ni les larmes, ni le sang, mais ce qu’il exige de nous, il nous donne de pouvoir de lui offrir ces peines, ces fardeaux que nous avons du mal à porter. Il accepte de rejoindre notre vie dans notre condition mortelle, pour la refaire, la revivifier par le dedans et tracer un sentier qui sera celui de la liberté des fils et filles de Dieu. 

Littéralement, Il nous dit qu’Il sait que le chemin que nous vivons sur cette terre n’est pas simple ou facile, mais « … que ce chemin où lui-même est présent est chemin de vie… pour la Vie éternelle. »

Dans cette liberté qui est nôtre, notre intelligence réfléchit et s’interroge ! Nos questions sont bonnes et justifiées.

Face aux mystères de la souffrance et de la mort, face aux questions de la violence et de la bêtise humaine, nos doutes peuvent s’entremêler à nos espoirs déçus 

Nos questions et même nos doutes sont légitimes ! Ils expriment notre intelligence et notre capacité d’analyse. Ce n’est pas grave, ils sont même essentiels pour nous aider, dans une précieuse liberté, à mieux comprendre l’urgence d’un changement et d’une conversion !

Une des questions les plus partagées peut être celle-ci : 

       - Où est donc notre joie ?

       - D’où vient-elle ?

       - Jaillit-elle de notre vie, de ses épreuves et de la prière ? 

Dans la vie chrétienne, la vraie joie, nous le savons bien, ce n’est pas dans la possession ou dans l’avoir (car nous laisserons tout quand nous quitterons cette vie) mais c’est sans cesse d’entrer dans la joie d’un autre, de Dieu, et des autres, de nos frères et de sœurs en humanité, de se réjouir de ce qui est beau et simple

Là aussi, c’est accepter de tout recevoir et de devenir pauvre de soi-même. Porter son fardeau avec Jésus, laisser l’Esprit Saint imprimer en nos cœurs la ressemblance avec le Fils de Dieu, devenir comme lui « doux et humble de cœur ». Ce choix de vie est un chemin de joie. 

Si nous sommes certains d’être aimés jusque dans notre pauvreté, alors la louange viendra habiter nos cœurs. En préparant cette célébration, ce chant me revenait sans cesse aux lèvres (voici les paroles) :

 

Ô Jésus, Tu es doux et humble de cœur,

rends mon cœur semblable au tien. (bis)

Jésus, Fils de David, aie pitié de moi, Jésus j'ai confiance en toi !

Ouvre mes yeux, Seigneur fais que je voie, Jésus j'ai confiance en toi !

 

Ainsi soit-il

Homélie du mercredi 1er juillet 2020, 13e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 8, 28-34. Livre du prophète Amos 5, 14-15.21-24. Psaume 49.

 

Voilà une drôle d’histoire : un troupeau de démons dans un troupeau de porcs et tout fini dans le lac.

La conclusion semble simple ! Les forces du Mal ne peuvent conduire qu’à la mort !

 

Que se passe-t-il ? Le territoire qui borde la rive est du lac de Tibériade, et que l'on appelait "la Décapole" (les dix villes), était, à l'époque de Jésus, une région à la population fortement mélangée. On y trouvait en majorité des païens, des non-juifs, donc des mangeurs de porc. Ces habitants passaient, à l’époque, pour des hommes méfiants et peu fréquentables. L'une de ces dix villes s'appelle Gadara.

En montant vers Gadara depuis le lac, on traverse une région montagneuse assez escarpée. La pierre est trouée de grottes. Ces cavités sont le refuge traditionnel des voyageurs et des nomades, voire des brigands et des possédés. Ces grottes étaient souvent aussi des sépulcres, c’est-à-dire des tombeaux, désaffectés ou non. C'est là, justement que deux êtres sauvages habitent, inapprochables au point que personne ne peut passer par ce chemin. Là, ils s'en prennent directement à Jésus. 

La question que posent les deux possédés est centrale dans le récit de saint Matthieu que nous venons d’entendre : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici, avant le temps, pour nous tourmenter ? » 

Surprenante question ! Rappelons-nous que nous sommes ici, en plein territoire païen : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? »

Comme souvent dans les Évangiles, les possédés sont doués d'une mystérieuse clairvoyance, qui leur fait à la fois craindre et reconnaître l'identité de Jésus, Fils de Dieu. La plupart des personnes ne perçoivent rien, mais ces démoniaques (habités par des démons) eux savent ! Même si leur compréhension est comme un miroir déformant, ils ont saisi l'essentiel de la mission de Jésus : la victoire de l'Envoyé de Dieu a déjà commencé ; le salut est déjà présent sur la terre des hommes. Jésus est venu combattre le Mal et jeter dehors tous les démons, pour nous conduire à la Vie éternelle, et nous faire découvrir son Père.

Les démons s’affolent et tentent alors de se réserver un domaine, une zone de pouvoir ; et ils marchandent avec Jésus. Que disent-ils ? "D'accord, nous quittons ces hommes, mais laisse-nous aller vers les animaux, vers ces animaux impurs !"

Mais on ne marchande pas avec Dieu qui sauve, et le message pour nous est limpide : au service de Dieu, le partage du cœur est impossible. La suite du récit le montre clairement : le transfert vers les porcs ne sert à rien, et tout le troupeau se précipite dans le lac. 

Toute la puissance du mal est d'avance vaincue par le Christ.

À la fin du récit, il y a une surprise. On aurait pu penser qu’après cette libération, ceux qui sont présents et qui ont vu, reconnaissent Jésus et se convertissent. Mais non ! L’homme est à ce point aveugle qu’il va rejeter Jésus. La finale est sans équivoque : « les gens le supplièrent de partir de leur territoire. »

Et nous, ce matin, que pouvons-nous garder de ce texte pour aujourd’hui ? Tout simplement qu’il n'y a pas de position de repli ou de demi-mesure ! Il n’y a pas de marchandage avec Jésus !

Le Sauveur est là, déjà vainqueur ! C’est une certitude ! C'est Lui qu'il nous faut suivre ; c'est Lui qui a la vie et la Vie éternelle.

              Quelle attitude spirituelle pouvons-nous avoir ?

             Entendons cette invitation : laissons tout le troupeau de nos misères sauter dans le lac et suivons, pas à pas, le Christ !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 29 juin 2020, solennité des saints Pierre et Paul, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 16, 13-19. Livre des Actes des Apôtres 12, 1-11. Psaume 33.

Deuxième lettre de saint Paul à Timothée 4, 6-8.17-18.

 

Le 29 juin, l’Église honore à la fois saint Pierre et saint Paul, les deux piliers de l'Église. 

Jamais la Tradition ne les a fêtés l'un sans l'autre : ils sont inséparables et pourtant différents.

Simon-Pierre est Fils de pêcheur et pêcheur lui-même, simple, sans grande éducation  ni grande culture qui l’auraient préparé à jouer un rôle de premier plan, mais il a cette intelligence du cœur et cette recherche de la Vérité. Simon-Pierreest de Capharnaüm en Galilée, ville située au bord du lac de Tibériade. 

Paul est un juif de la diaspora. Il est originaire de Tarses en Asie Mineure, pharisien disciple de Gamaliel (un Rabbi important et reconnu pour ses enseignements et son orthodoxie), et qui plus est : Paul est citoyen romain. Notons-le !

Tous deux verront leur vie bouleversée par la rencontre avec Jésus de Nazareth, dans des circonstances, certes, bien différentes.

Après une pêche miraculeuse, le Seigneur interpelle Simon : « Viens derrière moi. Je ferai de toi un pêcheur d’hommes » (Mc 1, 17). 

Saul, « animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur » (Ac 9, 1), est enveloppé de lumière sur le chemin de Damas, tandis qu’une voix retentit : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes ». Conversion soudaine et durable !

Simon devenu Pierre laisse ses filets et son foyer pour suivre le rabbi, Jésus.

Saul devenu Paul se met à la disposition des apôtres. Pierre reçoit de l'Esprit Saint la révélation de l’identité de son Maître : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». 

Paul se voit confier par Dieu « l’annonce de l’Évangile aux païens (aux non-juifs), comme il l’avait confié à Pierre, son apostolat pour les Juifs » (Ga 2, 7).

Pierre reçoit la charge de paître le troupeau de l'Église : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». 

Tous deux donneront le suprême témoignage du martyr : 

Pierre sera crucifié et Paul, lui sera décapité. 

C’est ensemble qu’ils représentent, dans la complémentarité de leur mission et charisme respectifs, le ministère apostolique de l’Église tout entière. De même pour nous, nos charismes sont différents et c’est ensemble, que nous pourrons porter la mission, car nous sommes complémentaires et tous aimés de Dieu. Tous les deux nous redisent qui est Jésus pour eux et font une profession de foi extraordinaire. Voilà ce qu’ils nous disent : Jésus est le Christ, le fils du Dieu Vivant ! Magnifique profession de Foi en Jésus ! … et ils vont donner leur vie, pour Lui !

Avec saint Pierre et saint Paul, confions notre Église, notre église locale (notre Diocèse) ! Confions aussi les jeunes qui songent à une vocation (sacerdotale ou religieuse). Nous avons besoin d’hommes et de femmes qui se donnent pour le Seigneur. 

Laissons-nous renouveler dans cet appel missionnaire reçu au jour de notre baptême, afin que nous puissions être fidèles au Christ à travers l’institution pétrinienne et au charisme paulinien ! 

Demandons cette grâce de la fidélité pour chacun de nous !                              

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 28 juin 2020, 13e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 10, 37-42. Deuxième livre des Rois 4, 8-11.14-16a. Psaume 88.

Lettre de saint Paul aux Romains 6, 3-4.8-11.

 

Les vacances vont bientôt commencer. Peut-être sommes-nous encore dans le souci des élections, mais peut-être aussi, déjà dans la tête et le cœur de chacun, il y a un désir de repos, le rêve des voyages, même si nos déplacements, cet été, risquent d’être limités. 

C’est dans cette ambiance quelque peu bouleversée par le déconfinement que nous avons à recevoir les paroles de Jésus qui nous invitent à une audace !

Déjà, comme nous l’avons entendu dans la 1re lecture du livre des Rois, nous découvrons comment Dieu se révèledans l’accueil de l’autre, dans l’inattendu. Dans la 2e lecture de saint Paul aux Chrétiens de Rome, l’invitation est claire : chassez les ténèbres et vivez une vie nouvelle en Dieu, dans la lumière ! Il s’agit d’une invitation à un changement profond.

Cependant, ce que nous entendons, dans l’évangile, nous laisse un peu perplexes. Reconnaissons-le, les propos de Jésus, même s’il parle d’amour sont surprenants et même violents. Le style littéraire est précis et court, comme une série de sentences… qui peut nous dérouter. Mais, nous le savons bien, la Parole de Dieu est volontairement stimulante , elle est une invitation à la réflexion : 

« Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. » « Qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. » « Qui veut garder sa vie la perdra. »  La pointe que Jésus veut nous faire comprendre ce matin est celle-ci, elle se présente en deux postulats :

 

- Premier postulat ou évidence : L’amour vrai est exigeant.

  Jésus ne cherche évidemment pas à négliger l’amour que nous devons à nos parents. Ne faisons pas de contresens ! Au contraire, dans un autre passage de l’évangile, il dénonce l’hypocrisie de certains pharisiens qui, sous prétexte de servir Dieu, priveraient leurs familles de leur héritage légitime. (Marc 7, 11-13). Dans le passage de ce jour, il nous invite à aimer nos proches, non point selon les critères de la terre, mais à la manière de Dieu. Oui ! L’amour vrai est exigeant !

  Dans le domaine des affections familiales, pour Jésus, adopter un comportement nouveau, c’est aimer dans l’ordre. Il y a des hiérarchies dans l’amour. Il n’y a pas d’amour vrai sans des choix exigeants. Prenons un exemple : nous admettons tous qu’il est anormal d’aimer plus sa voiture que sa femme, de préférer son chien à son enfant ou son Smartphone à un dialogue familial. Dire cela semble une évidence, et pourtant, notre société nous invite elle toujours à cette cohérence ?

  Que devons-nous comprendre ? Nous pouvons retenir qu’il y a une hiérarchie dans l’ordre de l’amour et qu’en aimant Dieu par-dessus tout, on donne à tous ses autres amours leur fondement solide.

  L’autre difficulté, ce n’est pas tant d’aimer, mais de durer dans l’amour ! Posons-nous cette question : pourquoi et comment j’aime, dans ma famille, autour de moi et même un juste amour de moi-même ? Est-ce que j’aime ce que je suis et qui je suis ? Aimer Dieu et se laisser par lui, me permet, à mon tour d’aimer comme il m’aime !

 

- Deuxième postulat ou évidence : L’amour vrai est accueillant… L’amour vrai se donne !

Il n’y a pas d’amour sans un véritable don de soi. Nous avons toujours tendance à nous évader dans de belles idées (par exemple : La recherche d’un amour idéalisé, vouloir à tout prix plaire et séduire… ou, sur la question de la Paix qui reste accolée à l’amour : prier et demander la paix dans le monde, alors que ma vie et mon cœur sont dans la rancune ou l’amertume !

Jésus, lui, ramène toujours au concret et à la simplicité de nos actions et de nos sentiments. Il parle d’ « accueillir » avec simplicité, de « donner un simple verre d’eau fraîche ». Oui ! L’amour vrai est accueillant !

La femme de Sunam invitait le prophète Élisée « pour qu’il vienne manger chez elle » (2 Rois 4, 8). Dans notre monde d’anonymat, ces simples gestes d’hospitalité ne sont pas si faciles. Parfois, c’est une violence qu’il faudrait faire en nous-mêmes pour accueillir, et peut-être plus particulièrement en ce temps où la fraternité est bien mise à mal par la peur du virus, où parfois je considère l’autre comme un danger pour moi. Ne pouvons-nous pas, avec intelligence, accueillir l’autre et nous laisser accueillir par lui, ouvrir sa porte et ne pas fermer son cœur : ce ne sont pas là des actions d’éclat, mais des gestes modestes qui sauvent le monde. Comment inventer d’autres gestes pour montrer mon affection, mon amitié à celui que Dieu me donne ?

Il n’y a pas de petit geste ! Je relisais un passage de la petite Thérèse de Lisieux qui prend l’exemple d’une petite épingle qu’elle ramasse par amour !

On pourrait transposer pour nous-mêmes en disant : « il n’y a pas de petits gestes. » Le moindre comportement, lorsqu’il est rempli d’amour, a une valeur d’éternité.

N’oublions pas, voilà les deux postulats que je vous invite à retenir aujourd’hui : 

L’amour vrai est exigeant,

L’amour vrai est accueillant… L’amour vrai se donne !

En commençant nos vacances d’été, voilà de belles pistes de réflexion, pistes que nous pouvons vivre pour nous-mêmes, en famille, entre amis, et dans le monde.

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 24 juin 2020, Nativité de saint Jean-Baptiste, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 57-66.80. Livre du prophète Isaïe 49, 1-6. Psaume 138.

Actes des Apôtres 13, 22-26

 

       Il y a une question que beaucoup de parents se posent à la naissance d’un enfant ou au moment où l’on prépare son baptême (En rattrapage du confinement, nous célébrons de nombreux baptêmes) : « Que va-t-il (elle) donc devenir ? » Dans le regard des parents, nous pressentons comme une attente, une espérance ! Quel devenir ?

       Cette question dans le contexte biblique d’aujourd’hui, n’est pas sans importance ! 

       « Que va donc devenir cet enfant ? » Les parents de Jean méditent cette phrase dans leur cœur. Le cœur plein d’espérance, ils confient leurs questions au Seigneur afin qu’Il vienne les éclairer. Rappelons-nous les circonstances extraordinaires qui ont accompagné la naissance de Jean : Élisabeth était stérile, Zacharie a une apparition alors qu’il était en train de faire l’offrande dans le Temple de Jérusalem. Il restera sans voix ! Bref, il semble évident que Dieu a un plan spécial pour cet enfant.

       De fait, pour souligner cette importance, l'Église ne célèbre que trois naissances : celle du Fils de Dieu, celle de sa mère, et celle de Jean-Baptiste. De tous les autres saints, nous retenons et fêtons uniquement le jour de leur naissance à la vie définitive – c'est-à-dire le jour de leur passage de ce monde à l’autre : leur naissance au Ciel !

       La naissance de Jean Baptiste est capitale, car elle marque la “séparation“ entre le Premier (Ancien) et le Nouveau Testament. Le point central de l’histoire s’est déplacé : l’attente du peuple pour le Messie s’est réalisée là, à ce moment précis. Le Royaume de Dieu est à portée de mains. 

La mission de Jean sera la proclamation de la venue du Messie. Il annoncera à temps et à contretemps, en criant dans le désert, la venue de Jésus. Oui ! « Dieu fait grâce » !  C’est bien la signification du prénom de Jean, Yohanann. 

Oui ! « Dieu fait grâce » à Élisabeth de cet enfant qu’elle espérait, Dieu fait grâce à son peuple, Dieu fait grâce à tous les hommes d’hier et d’aujourd’hui !

 

Qu’apprenons-nous de Jean aujourd’hui ?

Jean est celui qui annonce, il est un prophète, et plus qu’un prophète, puisqu’il est envoyé par Dieu pour préparer la route de son Fils parmi les hommes. Non seulement il a pu annoncer la venue du Messie, mais il l'a montré à ses contemporains, en prononçant cette phrase au moment du baptême de Jésus : "Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ".

C’est ce que nous entendons à chaque Eucharistie ! Nous aussi à notre niveau, par nos voix, notre comportement, notre espérance… nous désignons le Christ et nous annonçons sa présence au milieu de nous. 

Chers frères et sœurs, soyons, à notre façon, des “Jean le Baptiste“, c’est-à-dire des annonceurs du Christ pour notre temps ! 

Demandons cette grâce pour chacun de nous, notre paroisse, notre diocèse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 22 juin 2020, 12e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 7, 1-5. Deuxième livre des Rois 17, 5-8.13-15a.18. Psaume 59.

 

Frères et sœurs, lorsque nous venons à la messe de 8 h, le matin, prenons-nous le temps, au moins, de lire les textes du jour ? 

  • Comment comprenons-nous les paroles de Jésus lorsque nous prions, personnellement et ensemble ?
  • Que veut nous dire Jésus dans cet évangile, pour aujourd’hui ?

Il est intéressant de se poser cette question, car il est bien possible que la réponse va rythmer notre journée et celles à venir. 

Ce matin, pour nous auditeurs, Jésus nous dit que nous ne pouvons pas être lucides sur les autres tant que nous restons aveugles sur nous-mêmes. 

Jésus écarte d'un mot toutes nos illusions de claire vision sur nous-mêmes, en nous parlant de la paille et de la poutre. 

Cette image nous parle : nous sommes souvent très prompts à nous apitoyer :"Oh ! Le pauvre, avec sa poussière dans l'œil ! Viens, je vais t'enlever cela tout de suite !" Et l'autre se laisse faire, car on est toujours confiant lorsqu'on a une poussière dans l'œil.

Instinctivement, nous voulons bien faire et faire du bien ! Nous avançons vers celui dont les yeux pleurent et ne voient plus, et avec le coin d'un mouchoir, nous le délivrons de son moucheron ou de sa poussière dans l'œil. 

En fait, croyant bien faire - et c’est parfois le risque - nous ne faisons qu'ajouter aux souffrances des autres (même si notre intention est sincère) car nos propres misères nous aveuglent et rendent nos gestes maladroits, alors qu’ils se voulaient libérateurs ! (Inutile de vous redire en ces temps où les gestes barrières sont nécessaires, qu’un lavage des mains est au moins le minimum obligatoire)

Jésus passe à ce moment du geste concret, à une disposition intérieure qui doit anticiper l’action. C’est pourquoi il insiste : il y a un ordre à respecter. 

  • d'abord, voir clair, puis éclairer les autres ;
  • d'abord, se mettre en cause, avant de reprendre ses frères ; 
  • d'abord, se convertir, ensuite seulement aider ou peut-être contester ses frères ou sa communauté.

Pour Jésus, avant toute parole, même bienveillante, une sagesse, « une sagesse de la Foi » est nécessaire pour la rencontre de l’autre, pour aider l’autre, pour le reprendre ! De la paille à la poutre, de la poussière au jugement, Jésus change encore de registre ! Quand on rencontre l’autre, évitons, toute précipitation, tout jugement hâtif !

D'ailleurs - et c'est là que la parole de Jésus prend toute son urgence– en jugeant notre frère, nous préparons notre propre jugement. 

Nos jugements sont toujours proportionnés à nos compréhensions, mais la sévérité de Dieu sera proportionnée à la nôtre. « De la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera » nous redit-Jésus.

Quand nous paraîtrons devant Lui, il nous dira : « Montre-moi ton centimètre », et il prendra nos mesures avec notre mesure et Il nous jugera selon nos propres mesures !

Au fond, si nous voulons éviter toute mauvaise surprise, le plus sûr et le plus simple est d'emprunter à Dieu sa Mesure, pour la lui rendre au bon moment.

Mais la mesure de Dieu n'est pas facile à manier ; Dieu ne juge pas selon la manière des hommes ; elle ne porte ni chiffre ni marque, et elle est infiniment élastique, généreuse et sans limites (sauf celle que nous y mettons !)

Cette mesure de Dieu a un nom : miséricorde, une miséricorde délicate, sage et sans jugement, une miséricorde qu’il nous faut nous-mêmes apprendre, une miséricorde qui relève et guérit !

Voilà la grâce que nous pouvons demander ce matin à travers la lecture de l’évangile : mesurer avec la mesure même de Dieu !

       Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 21 juin 2020, 12e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 10, 26-33. Livre du prophète Jérémie 20, 10-13. Psaume 68.

Première lettre de saint Paul aux Romains 5, 12-15.

Entrée en église de trois adultes (Caroline, Abiba, Awasa)

 

Chers amis, de dimanche en dimanche, ces dernières semaines, nous avons vécu de belles fêtes. Ces dernières fêtes, depuis PâquesPentecôte, la très Sainte Trinité, la fête du Saint Sacrement et vendredi dernier la fête du Sacré-Cœur, nous ont presque habitués à des célébrations prestigieuses, à des messages forts.

Or, voici qu’avec ce 12e dimanche du temps Ordinaire, nous reprenons un rythme plus classique, plus habituel ! De fait, nous expérimentons aussi, après les débuts du post-confinement, la joie de pouvoir bouger, une certaine liberté retrouvée, mais cependant notre vie de tous les jours reprend un rythme plus régulier avec une certaine constance ! 

       Pour autant, ce 12e dimanche du temps ordinaire n’est pas anodin !

Frères et sœurs, qu’avons-nous compris des lectures de ce jour La question que j’ai perçue personnellement en méditant ces lectures peut être celle-ci :

Comment vivre vraiment en chrétien notre vie de tous les jours ?

Chers paroissiens et vous qui faites, aujourd’hui votre entrée en église, il est bon de rappeler que nous sommes tous en chemin vers le Ciel !

Dans l’attente de cette vie à venir, « comment vivons-nous chrétiennement cette vie terrestre ? Nous avons des joies, certes ! Mais, peut-être avons-nous des craintes tant dans notre vie relationnelle que dans notre vie spirituelle ? 

Peut-être avons-nous des questions :« Qu’est-ce que le Seigneur va me demander ? Comment témoigner de ma foi chrétienne ? Comment vivre ma vie de famille ? Comment me comporter dans mon travail ? Comment ma famille va-t-elle réagir ? Je pense à vous trois qui venez de familles non chrétiennes ? » Toutes ces questions sont intéressantes !

       L’évangile d’aujourd'hui réunit des conseils que Jésus a donnés en diverses occasions à ses disciples.

Ces recommandations pourraient avoir comme thème : « Ne craignez pas, soyez sans crainte ». Soyez libres dans votre cœur ! 

Les paroles de Jésus nous projettent dans les situations inédites qui nous attendent. Il a envoyé ses amis proclamer la Bonne Nouvelle du Salut, mais il tient aussi à les avertir des difficultés et des obstacles qu'ils rencontreront. 

N’oublions pas, nous qui sommes chrétiens, déjà baptisés ou en chemin, que : « Le disciple n'est pas au-dessus du maître ». (Luc 6, 40) 

Pour être très concret, je vous propose deux points rapides et une conclusion :

 

Premier point : Ne soyons pas étonnés de ce qui ne se voit pas !

En ce qui concerne les disciples, les paroles de Jésus invitent à faire confiance en découvrant en chacun ses charismes et les dons de Dieu.

« Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière », avons-nous entendu il y a un instant. 

En d'autres termes, ce qui est là, en nous, ne semble pas toujours visible au grand jour. 

Nous le savons, les débuts d’une semence sont souvent modestes et cachés. 

  • Il n’est pas toujours facile en voyant une graine de deviner l’arbre qui va pousser ! 
  • Combien de Mozart, de futurs ingénieurs, d’hommes d’affaires talentueux, de théologiens parmi ces jeunes et moins jeunes qui sont ici ? Ce qu'ils portent en eux n'est pas encore révélé, et pourtant, nous croyons qu’en chacun de nous, la semence est là et va se développer. 

Il en est ainsi de la Bonne Nouvelle lorsqu'elle a été accueillie comme une semence. On n'en voit pas toujours les fruits, mais elle est bien présente. Elle est là !

Ce qui est là dans le secret, même si on ne le voit pas, est présent.

À quels moments tout cela va-t-il se révéler : Ce sont dans les moments simples de la vie !

  • Lors d’une rencontre (dans un sourire, une main tendue, une bonne action, un témoignage…),
  • Mais aussi lors du refus d’une situation injuste ou de lois contraires au respect de la Vie 

Dans tous les cas, ma parole doit devenir un témoignage tant dans ma famille que dans la société civile. (Je pense, par exemple, à l’euthanasie, au début et à la fin de la vie.)

C’est souvent là, dans ces moments précis d’une expression de foi que les enjeux existentiels sont présents. Le secret de nos cœurs, de notre générosité, de notre amour sera révélé un jour : « Ne craignez pas d’aimer », dit Jésus, « …de semer de belles choses, ayez confiance. La confiance vécue dans la foi chasse la crainte. » Petit à petit, selon la façon dont vous vivez, cela sera révélé autour de vous, ou du moins, cela se verra un jour ou l’autre !

Par exemple : le témoignage de fidélité des parents, leur témoignage tout simple d’une fidélité d’amour et de constance, va porter du fruit ! En ce jour de la fête des Pères, plusieurs d’entre nous pourraient le confirmer ! Je ne dis pas qu’un amour soit toujours parfait, nous savons bien que la vie d’un couple aura des hauts et des bas inévitables, mais quel beau témoignage peut être donné dans la durée !

 

Deuxième point : Ne soyons pas étonnés si la vie peut être parfois un combat !

Dans notre monde changeant et instable, il y a un roc solide. Le Seigneur notre Dieu est le rocher sur lequel on peut s'appuyer en tout temps. Comme le prophète Jérémie persécuté dont fait état la première lecture, nous pouvons dire : « le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable ». Oui ! La vie peut être parfois un combat ! 

« Ne craignez pas, nous répète Jésus ce matin : votre Dieu, celui en qui vous croyez, est un Dieu de bonté et de miséricorde. Vous pouvez vous fier à lui en tout temps et lui faire confiance ». 

Notre Dieu n'est pas seulement un Dieu de majesté, un Dieu inaccessible, il est aussi un Père, un proche, un familier soucieux de nous ! Il nous soutient. Plus extraordinaire encore, Il croit en nous. Il veut notre bien ! Il ne cherche pas à nous écraser, au contraire, il s’intéresse à nous, à tout…même à nos cheveux…nos plus petits soucis ne lui sont pas étrangers. « Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux ». (Matthieu 10, 30-31) 

En même temps, il n’est pas un Dieu magicien qui agirait à notre place ! Ne soyons donc pas étonnés si la vie peut être parfois un combat !

En guise de conclusion, je reprends ma question du début : « Comment vivre vraiment en chrétien dans notre vie de tous les jours ? »

Dans l’évangile d'aujourd'hui, Jésus nous fait une promesse. « Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je prononcerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux ». 

En d'autres mots, Jésus nous dit : « Ne craignons pas de nous prononcer pour Lui dans nos milieux de vie, au travail, dans nos familles, à la maison. Ne craignons pas de témoigner de notre foi, de nos valeurs, de ce qui est beau et grand pour nous. Ne craignons pas de le dire, même si parfois j’ai l’impression de ne pas être pleinement entendu, cela portera du fruit un jour, peut-être !

C’est cela : « confesser Jésus-Christ ! »

C’est cela confesser sa foi en Jésus-Christ ! …

Même si parfois, mon témoignage semble maladroit : ne craignons pas !

Une dernière remarque de Jésus qu’il nous faut encore méditer : Risquer sa vie n’est pas si grave, nous dit-il ! Le drame n’est pas la mort, le drame serait de perdre son âme, de perdre la vie éternelle !

Demandons au Seigneur, la grâce de comprendre son enseignement et, qu’ensemble, nous puissions le mettre en pratique !                                                                           

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 17 juin 2020, 11e  semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 6, 1-6.16-18. Premier livre des Rois 2, 1.6-14. Psaume 30.

 

J’avoue avoir un peu hésité à commenter l’évangile de ce jour et l’actualiser avec ce que nous avons vécu en ces mois de confinement ! C’est dans le secret de notre maison que nous avons prié le Père. 

Mais, j’aimerais, aujourd’hui, vous parler davantage de la première lecture.

Nous terminons aujourd’hui le cycle d’Élie dans la Bible ! 

 Rappelez-vous, nous suivons ses périples depuis plusieurs jours, en particulier parmi les textes que nous avons entendus dernièrement : La veuve de Sarepta, la drôle histoire d’Élie avec les prophètes de Baal au mont Carmel qui invoquent leurs dieux pour allumer l’holocauste sans succès (Élie réussit là où les autres ont échoué), ou encore sa rencontre avec Dieu dans « le murmure d’une brise légère », le meurtre de Naboth, lundi dernier et aujourd’hui : comment il est enlevé au ciel !

Je vous invite à relire les chapitres 17 à 21 du 1er Livre des Rois et les 2 premiers chapitres du 2e livre des Rois. N’hésitez pas à le faire, c’est réellement très instructif !

Le prophète Élie est un grand prophète, le plus grand avant Jean-Baptiste. Il a mené de grands combats pour la gloire de Dieu et cela l’a conduit à s’opposer à la reine Jézabel, femme cruelle et sans scrupules. Élie a encouru sa fureur à cause de tous ces faux prophètes qu’il a dénoncés et éliminés. 

Élie est aussi un personnage important dans le Nouveau Testament.

Rappelez-vous l’épisode de la Transfiguration : Moïse et Élie se trouvaient aux côtés du Christ Jésus sur cette montagne. 

L’évangile de Marc, par exemple, voit en Jean-Baptiste, la personne d’Élie qui serait revenu sur terre avant la venue du Seigneur ! Remarquez que Jean-Baptiste et Élie s’habillent de façon similaire et qu’ils ont la même fougue. (2 Rois 1,8 et Marc 1,6). Plus loin dans cet évangile, Jésus lui-même laisse entendre que Jean-Baptiste est Élie revenu sur terre (Marc 9,13). Lorsque les gens se demandent qui est Jésus, certains affirment qu’il est Élie attendu pour annoncer la fin des temps.

Les récits décrivant la vie du prophète Élie sont remplis d’événements extraordinaires et souvent insolites. Mais aucun n’égale son enlèvement au ciel sur un char de feu au cœur même d’une tempête, car Élie ne peut mourir comme tout le monde. Élie est enlevé de la terre, le lieu de vie des humains, pour aller vers le ciel, le lieu de Dieu. On surnommait Élie « l’homme de Dieu ». Peut-être même savez-vous que son nom « Élie » est une redondance du nom Dieu (El-ya : Dieu est Dieu). Le nom « Élie » est déjà une profession de foi.

L’un des éléments importants du récit entendu ce matin est le manteau d’Élie. C’est l’instrument dont il se sert pour séparer les eaux en deux, comme le bâton de Moïse, au moment du passage de la mer des Joncs (ou la Mer Rouge - Exode 14,16.22) et du passage du fleuve Jourdain (Josuée 3,13-17). Nous pouvons comprendre qu’Élie a reçu une mission et accompli des gestes semblables de ceux donnés par Dieu à Moïse. Ce manteau deviendra le symbole de la transmission de sa mission et de ses pouvoirs à Élisée qui, à son tour, séparera les eaux. (Rq : un peu à l’image du bâton transmis de coureur en coureur lors des courses relais).

Ce récit, très imagé, est donc centré sur la transmission de la mission prophétique d’Élie à Élisée. Les chapitres suivants du Livre des Rois raconteront les diverses actions d’Élisée qui resteront dans la même ligne que celles de son maître.

Ce que je retiens du prophète Élie, c’est qu’il avait demandé, avec insistance, à voir la face de Dieu et que sa Mission prophétique continue toujours pour annoncer le Dieu unique.  

                                          Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 15 juin 2020, 11e  semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé

Évangile selon saint Matthieu 5, 38-42. Premier livre des Rois 21, 1-16. Psaume 5.

 

Frères et sœurs, avec les lectures de ce jour, nous abordons un sujet difficile, compliqué, douloureux parfois : pourquoi tant d’agressivité de la part des hommes ? 

Personnellement, il m’arrive, tout comme vous, sans doute, de m’interroger sur l’attitude juste qu’il faut adopter face à la bêtise et encore plus, face à la méchanceté de l’homme ? Nous sommes tous confrontés à ce genre de situation.

Les lectures de ce jour abordent cette question ! Jésus va même nous montrer un chemin exigeant. Il nous redit que l’on dépasse la haine avec le pardon, que l’on construit un monde réconcilié grâce à l’amour. En ce sens, nous sommes d’accord, mais est-ce si simple ?

La 1re lecture nous parle de la mort infâme de Naboth. Il est tué tout simplement parce que le roi Acab enviait sa vigne ; une envie, un caprice ! (une remarque : le texte ne le dit pas, mais Naboth ne veut pas vendre sa vigne, tout simplement parce que s’y trouve, sans doute, le cimetière de ses ancêtres. C’est donc un bien patrimonial). Ainsi, c’est donc par la ruse et la délation qu’il la lui arrache. Cette situation illustre celle de tant d’autres innocents qui sont bafoués dans l’histoire, par la bêtise, le caprice, l’envie d’un homme, d’un monarque. Elle nous montre le mal qu’un cœur fermé à la Parole de Dieu peut infliger aux autres. C’est dans ce contexte de méchanceté, de fermeture aux commandements de Dieu, qu’il faut situer la loi du Talion (Exode 21, 23-25).

Cette loi a été établie pour limiter tout dérapage excessif ! Elle signifie que l'on souhaite infliger à une personne une vengeance égale à celle qu'elle nous a fait subir : œil pour œil, dent pour dent. Face à l’agressivité qui fermente dans le cœur de l’homme, cette loi était déjà un progrès.

Partant de ce qui était considéré comme un progrès, Jésus nous invite à faire un pas de plus, comme nous l’avons entendu dans l’évangile de ce jour : « Vous avez entendu qu’il a été dit : « œil pour œil, dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ». Ne mettez pas dans votre cœur autant de méchanceté que dans le cœur de celui qui vous a fait du mal : préservez-vous ! Ne rentrez pas dans cette spirale de la violence, de la vengeance ! 

Il ne s’agit pas pour Jésus, d’abolir la loi, ou de laisser un vide, mais plutôt de l’accomplir, de la parfaire ou mieux de l’améliorer (cf. Mt 5, 17).

Alors que dans l’Ancien Testament, c’était un droit de rendre coup pour coup, l’évangile lui nous invite à renoncer à notre droit pour un bien supérieur. Il s’agit là d’un enseignement nouveau, d’une justice nouvelle, qui illustre la proximité du Royaume de Dieu que Jésus est venu bâtir sur la loi de l’amour du prochain.

Ce que Jésus veut nous redire et qui peut nous surprendre : c’est que même l’ennemi reste un frère à qui je dois vouloir le bien. Cette demande semble inaccessible, et pourtant, elle est possible !

Le contexte de notre société d’aujourd’hui n’est pas forcément différent de celui du temps de Naboth, victime des puissants. Cependant, au temps de Naboth, Élie et bien d’autres prophètes exerçaient leur mission, et cela, ils le faisaient sans avoir peur ! Ils avaient cette force de caractère et la capacité de résister !

Jésus nous propose de devenir des artisans de paix, en arrêtant toute violence inutile. Cela ne veut pas dire qu’il nous faut devenir des « beni oui-oui » ou des personnes molles et sans conviction ! Il nous faut garder le cap et être déterminé dans bien des domaines qui nous posent question et font appel à notre conscience, comme les lois de Bioéthique, les droits de l’homme, la liberté religieuse,  la vie naissante, la pauvreté… en observant toujours la loi de l’amour telle que Jésus nous l’enseigne.

Seigneur, envoie ton Esprit Saint, qu’Il nous donne la force de chercher à vaincre le mal par le bien, et à répondre à la haine par l’amour ! Mets la paix en notre cœur, dans nos familles, dans nos communautés afin que cette paix se propage autour de nous !                  

 Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 14 juin 2020, Solennité du Saint-Sacrement, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 6, 51-58. Livre du Deutéronome 8, 2-3.14b-16a. Psaume 147.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 10, 16-17.

 

Frères et Sœurs, j’ai une question importante à vous poser !

Croyez-vous vraiment que vous allez vivre éternellement ?

Je sais bien que nous avons l’habitude d’écouter l’Évangile d’une oreille sans doute attentive, mais souvent en mettant quelques nuances dans ce que nous entendons, en prenant parfois un peu de distance.

Alors, ce matin, je vous redemande :

Croyons-nous vraiment que nous allons vivre éternellement ?

Si nous répondons « OUI », je peux réellement poser une seconde question : 

Croyons-nous que si nous mangeons la chair et buvons le sang de Celui qui va mourir et ressusciter, nous vivrons éternellement de la vie du Christ ?

Il nous faut répondre, et, si vous êtes là ce matin, j’ose croire que votre réponse est « OUI ». 

Quelque soient nos réponses, et même si elles sont encore balbutiantes ou déterminées, nous sommes tous invités à un « croire », à poser un acte de foi !

L’Eucharistie que nous vivons, chaque jour, nous est donnée pour solliciter, non pas seulement notre esprit curieux, non pas seulement notre intelligence, mais surtout notre foi.

Effectivement, un « croire », n’est pas un « voir ». Il s’agit d’entrer dans une disponibilité de cœur et d’intelligence pour comprendre ce que Dieu est en train de me dire dans un acte de Foi sans « voir » !

Tout à l’heure, celles et ceux d’entre vous qui s’avanceront pour recevoir l’Eucharistie, comme des personnes humbles qui reçoivent leur vie de quelqu’un d’autre, quand le prêtre ou le ministre extraordinaire de la communion leur présentera l’hostie en disant : « Le corps du Christ » ils seront devant un prodige bien plus important que la manne qui venait du ciel au temps des Hébreux dans le désert (1re lecture). Ils seront devant un mystère bien plus grand qui dépassera la réaction première, cette réaction un peu outrée des juifs dans l’Évangile.

Lorsque ce pain consacré sera présenté en entendant : « le Corps du Christ », nous allons répondre : « Amen. J’y crois, je le crois vraiment ». Ce n’est parce que la personne ou le prêtre qui leur présente le corps du Christ seraient plus fiables qu’un autre que nous allons donner notre réponse ! 

Ce n’est pas moi que vous allez croire, ce n’est pas moi qui vous ai dit : « Celui qui mange MA chair et boit MON sang a la vie éternelle », non ! C’est le Christ ! Votre réponse « Amen » est adressée au Christ.

Je crois en ce qu’Il m’a dit, je crois ce qu’Il a dit. Je crois en ce qu’Il nous dit pour aujourd’hui :

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang, aura la vie éternelle », dès maintenant !

Il nous faut reconnaître que toutes explications humaines à ce mystère nous dépassent ! Ce sont souvent les moyens que nous mettons en œuvre qui disent une expression de notre compréhension et de notre foi ! Par exemple !

Nous avons encore en mémoire l’incendie de la Cathédrale Notre-Dame de Paris en avril 2019 ! À cette occasion, Mgr Aupetit a eu des paroles saisissantes, juste quelques jours après cette énorme catastrophe : 

« Une question angoissante… », nous dit-il, a surgi dans mon cœur : « Où est le corps du Seigneur » ? A-t-on pu sortir le Saint Sacrement des flammes ? Le Corps de Jésus qui était dans le tabernacle de la Cathédrale ? » Il continuait en disant : « C’est pour ce Corps, humble sous l’apparence d’une miette de pain qu’a été construite cette cathédrale. Qu’est-ce qui est le plus précieux ? La cathédrale, le trésor ou la miette de pain ? »

Dans cette église saint Louis, posons-nous cette question : qu’est-ce qui est le plus précieux ? La chaire, l’orgue, ces tableaux accrochés au mur, ou Celui qui est dans le tabernacle ?

La miette de pain, c’est le Corps de Dieu, le Corps du Christ, son Corps ressuscité, insaisissable sauf s’il se donne.Et il se donne : « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne ». Rappelez-vous, le soir du Jeudi Saint, nous entendons : « Prenez, mangez, ceci est mon Corps ».

  • Cette miette de pain, c’est la Vie de Dieu qui se communique. 
  • Cette miette de pain donne à ceux qui la reçoivent la Vie éternelle. Elle nous ouvre les portes du ciel, elle nous fait participer à la résurrection du Christ. Nous fêtons cette résurrection aujourd’hui et chaque dimanche, et elle appelle notre propre résurrection.
  • Cette miette de pain nous redit que notre vie terrestre est marquée par la faim ! Mais, outre la faim physique, l’homme porte en lui une autre faim, une faim qui ne peut être satisfaite par la nourriture ordinaire ! Cette faim est une faim de vie, une faim d’amour, une faim d’éternité qui ne peut être rassasiée que par le Seigneur qui se donne à nous !

Si vous êtes ici ce matin, c’est que cette faim est présente et qu’elle vous tenaille ! 

Cette faim de Dieu est différente des autres faims, même si celles-ci peuvent sembler « appétissantes » et « satisfaire davantage des besoins humains ». De quelles faims humaines, parlons-nous ? Nous les connaissons, ce sont : l’argent, le succès, la vanité, le pouvoir... Mais, non, elles ne nous comblent pas, peut-être un instant, mais un manque est toujours là ! Nous restons toujours affamés d’éternité !

Dans l’Eucharistie que nous vivons ce matin, l’Amour du Seigneur se communique : un amour si grand qu’il nous nourrit de lui-même, un amour gratuit, toujours à la disposition de toute personne affamée, qui a besoin de refaire ses forces pour repartir à nouveau !

Aujourd’hui, en fêtant cette solennité du Saint Sacrement (ou du Corpus Christi, de la Fête-Dieu), c’est sur notre relation à l’Eucharistie que nous sommes interrogés !

Frères et sœurs, n’entrons pas dans la messe sans transition, sans préparation, sans une réelle intériorité, en tombant dans la routine ! À chaque fois, nous vivons une rencontre extraordinaire, soyons-en persuadés ! Ne repartons pas sans avoir pris le temps d’accueillir Celui qui veut faire sa demeure en nous ! Et surtout sans avoir compris que nous sommes envoyés pour vivre la communion, et devenir, à notre tour, porteurs du Christ pour le monde. 

Frères et sœurs, que cette solennité dynamise notre vie chrétienne ; 

Qu’elle nous donne de comprendre toujours plus ce que nous sommes, car au moment même où nous recevons Jésus : le Corps du Christ, nous devenons, nous-mêmes, corps du Christ pour le monde !

Puissions-nous garder cette certitude en mémoire !

Ne repartons pas tout à l’heure comme si rien ne s’était passé, mais toujours émerveillés de l’amour de Dieu qui se fait, pour nous, nourriture de Vie !                                                                                                                                                                                                                                                            

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 10 juin 2020, 10e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 3, 16-18. Premier livre des Rois 18, 20-39. Psaume 15.

 

Depuis quelques jours, nous lisons le chapitre 5de l’Évangile selon saint Matthieu. Plus précisément, nous sommes sur une des collines proches de Capharnaüm, au bord du Lac de Tibériade. Là, Jésus vient d’exposer à ses disciples la Loi nouvelle de l’Évangile. L’important enseignement de ce jour intervient juste après le discours des Béatitudes.

Certes, il apporte une Loi nouvelle, mais ce serait se méprendre que d’entendre celle-ci comme une suppression de la Loi juive. En effet, Jésus l’affirme avec force : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes… Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise. » 

Autrement dit, Jésus n’est pas un révolutionnaire qui serait venu réduire à néant la Loi juive. Jésus n’a jamais condamné sa pratique. Il s’y est même conformé à différents moments de sa vie, par exemple, pour l’impôt du Temple (Mt 17, 24-27) ou pour la Loi de la Pâque (Mc 14, 12ss). Jésus le précise lui-même : « je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »

Qu’est-ce cela peut bien signifier ? Quand Jésus proclame qu’il est venu accomplir la Loi, cela veut dire qu’il veut la mener, par sa personne même, à sa perfection. Toujours dans l’évangile selon Saint Matthieu (22, 37) ou dans celui de saint Marc, il rappelle que le plus grand des commandements est le suivant : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force, et ton prochain comme toi-même » (Mc 12, 28-34). 

Toute cette Loi nouvelle se comprend dans l’observance de ce double précepte de l’Amour qui résume en fait toute la Loi du Royaume.

Jésus montre ici que le principe qui doit sous-tendre la pratique de chaque précepte de la Loi est toujours celui del’AmourLà, est donc « la Révolution » !

Jésus est donc venu réorienter chaque observance de la Loi par rapport à sa finalité : l’Amour de Dieu et l’amour du prochain ne font qu’un ; l’amour que le prophète Élie porte à son Dieu lui permettra d’être le témoin confiant devant tous les prophètes des dieux de Baal. 

À nous de croire, dans la foi, du même amour que Dieu porte à chacun de nous. Cette finalité est le moteur de la pratique de la Loi en chacun de ses préceptes. Voilà en quoi consiste la perfection de l’observance de la Loi.

Cela, Jésus ne s’est pas contenté de l’enseigner. Il l’a lui-même vécu.

En donnant sa vie par amour pour nous, Jésus a conduit la pratique de la Loi jusqu’à sa réalisation maximale : la sanctification des hommes. Par son obéissance, il a montré combien Il aimait le Père et par son sacrifice, combien Il aimait les hommes. 

Frères et sœurs, essayons tout au long de ce jour, autant qu’il nous est possible, de vivre ce double commandement de l’amour !

 

Oui, Seigneur, donne-nous d’aimer comme tu aimes,

à chaque instant, au creux de chacune de nos actions,

et de croire que tu nous aimes, afin qu’à travers nos gestes,

Tu sois glorifié !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 8 juin 2020, 10e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12. Premier livre des Rois 17, 1-6. Psaume 120.

 

Il y a comme une analogie que nous pourrions établir avec l’épisode où Moïse monte sur le mont Sinaï (texte que nous avons entendu hier, en première lecture). Si Jésus gravit la montagne, comme Moïse, c'est aussi pour donner la Loi de Dieu, mais cette Loi est nouvelle. Chacun des préceptes de cette nouvelle loi commence par un mot particulier : "heureux". Ce mot, en grec, renvoie à la béatitude du Ciel, et non pas, comme nous pourrions peut-être le comprendre, à un simple bonheur humain. C'est à la fois une promesse et un don, d'où l'emploi du présent, "le royaume des Cieux est à eux", et en même temps du futur, "ils seront". "Heureux les pauvres de cœur, les pauvres en esprit."

Nous n’avons pas le temps de méditer en détail chaque phrase ; néanmoins, je vais en commenter une, la première. 

"Heureux les pauvres de cœur." Jésus n'a pas dit : « Heureux ceux qui vivent dans la misère, heureuses les mères dont les enfants meurent de faim ». Il précise, et chaque mot a son importance :"Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre."

De quelle pauvreté Jésus veut-il nous parler ? Déjà, à son époque, ce mot de "pauvre" a une longue histoire. Dans les textes les plus anciens (Ancien Testament) le pauvre (ou les Anawims), c'était l'homme courbé, abaissé, opprimé, incapable de résister et de tenir tête, celui qui devait toujours céder aux puissants. L'accent était mis non sur une indigence, mais sur l'humiliation du pauvre, celui qui est mis en esclavage. 

Ainsi la première Béatitude de Jésus ne s'adresse pas précisément aux mendiants, aux indigents, mais à tous ceux qui ont un cœur assez pauvre pour se retrouver humble devant Dieu, les mains ouvertes pour recevoir de Lui seul la force et l'espérance

Jésus ne dit pas non plus : "Vous qui manquez de tout, restez dans la misère"; il ne prêche pas un fatalisme plus ou moins résigné, gardant les bras croisés. Il n'est pas non plus question pour Lui de freiner la promotion humaine et le progrès social, mais Il s'adresse à tous les hommes, ceux qui ont de quoi vivre et ceux qui n'ont même pas le minimum. Il ne fait pas de différence, Il dit à chacun : "Gardez un cœur de pauvre", devant vos frères et sœurs et devant Dieu. Dieu ignore les classes sociales, riches ou moins riches, parce que, en tous, Il voit un fils, une fille, qui a besoin d'être aimé, d'être pardonné, d'être sauvé.

Beaucoup jugent sur des signes extérieurs, sur des signes parfois trompeurs de richesse ou de pauvreté. Dieu, Lui, regarde le cœur, car on peut être riche avec un cœur de pauvre, et pauvre avec un cœur de riche.

La nouveauté de cette première Béatitude est donc cette invitation nécessaire, que nous pouvons accueillir comme une grâce de conversion pour nous aujourd’hui 

Si vous en avez le temps, relisez ce texte et essayez de vous identifier à chaque phrase, en vous posant cette question : « Quel est le bonheur auquel le Seigneur m’appelle ? »

Ainsi soit-il !              

Homélie du dimanche 7 juin 2020, solennité de la Ste Trinité, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 3, 16-18. Livre de l’Exode 34,4b-6.8-9. Cantique (Daniel 3).

Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 13, 11-13.

 

En ce dimanche de la Sainte Trinité, je vous invite à réfléchir aux gestes que nous faisons au début de chaque eucharistie quand nous disons : “Au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit “ ! À quoi ou à qui pensons-nous ?

La Trinité fait partie de notre vie chrétienne, mais en comprenons-nous le sens, la pertinence ?

- Souvent, on me pose cette question (et peut-être vous est-elle posée à vous aussi ?) lors de rencontres interreligieuses : « Avons-nous le même Dieu ? »

Que répondre à ce moment-là ?

La réponse n’est pas simple, car nous n’avons pas le même regard sur Dieu !

De fait, on ne peut pas dire que nous avons le même Dieu, non ! 

Pourquoi ? … parce que notre Dieu, le Dieu des chrétiens est “un“, unique et, en même temps, il se dit en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint Esprit

Notre Dieu est UN Dieu TRINITAIRE. Il ne s’agit pas de trois dieux (ce serait une erreur grave !) mais Il est un seul Dieu en trois personnes.

À vrai dire, dire cela, échappe à notre logique humaine ! Nous le percevons !

Je le redis, tout cela peut nous dépasser et nous surprendre, car cette formule ne rentre pas dans nos catégories de mathématiques (les mathématiciens peuvent en perdre leur latin ou leur grec !). Nous savons très bien que 1+1+1= 3, mais dire que 1= 3 devient alors un acte de foi !!! 

Ce n’est pas moi qui le dis, ce n’est pas une invention ni une lubie de la part des chrétiens ! Nous pouvons l’affirmer parce que Jésus lui-même le dit : « Dieu est trinitaire, parce qu’Il se révèle à nous de façon trinitaire : Père, Fils et Esprit Saint. » 

Il le dit explicitement dans l’évangile s’adressant à ses Apôtres : « Allez ! Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du saint Esprit ! » (Mt 28,19) 

Voilà donc les trois personnes de la Sainte Trinité, bien exprimées, bien distinguées ! 

Par ailleurs, Jésus-Christ nous dit pour montrer l’unité entre son Père et Lui : « Mon Père et moi, nous sommes un ! » (Jn 10,30) “Mon Père et moi“ : distinction des personnes ; “nous sommes un“ : voilà l’unité de la nature de Dieu ! Un = trois !

Saint Jean, l’Apôtre, nous dira encore à la suite du Christ, dans sa première Épitre : “Il y en a trois dans le ciel qui rendent témoignage à la vérité : le Père, le Verbe et le Saint Esprit, et ces trois ne font qu’un !“ (1 Jn 5,7-8)

Frères et sœurs, nous voilà devant un mystère, mystère de la Sainte Trinité, mystère d’un Dieu unique qui se dit en trois personnes, et nos explications humaines restent bien pauvres pour expliquer ce mystère.

En faisant un peu d’histoire des civilisations, nous voyons que toutes les religions, y compris celle d’Israël dans le Premier Testament, font de Dieu le Maître absolu de toutes choses : Dieu au-dessus de tous les hommes et Maître de la vie comme de la mort, Maître du bonheur et du malheur, Maître des personnes et des choses. En disant cela, nous voyons encore qu’il y a une grande différence entre notre perception de Dieu, 

  • celle d’un Dieu qui se fait proche, 
  • et celle de l’époque du Premier Testament, où Dieu, tout en se faisant connaître par les prophètes, reste lointain. Les hommes n’avaient pas encore cette intimité telle que nous pouvons la découvrir maintenant en Jésus-Christ. 

La grande révélation que Jésus de Nazareth nous apporte, c’est qu’il appelle Dieu, non plus : “Seigneur“ ou “Maître“, mais “Père“, “Abba“. 

Appeler Dieu ainsi est une nouveauté bouleversante ! 

Pour Dieu, les hommes et les femmes ne sont pas ou plus des esclaves, ni même des serviteurs ou des servantes, mais nous sommes pour Dieu, des amis, des fils et des filles bien-aimés ! Désormais, aucune forme d’esclavage ne pourra être justifiée, pas davantage qu’une attitude craintive ou servile ! 

Rien que cela devrait nous mettre dans cette joie que Paul recommande : “Joie du Dieu d’amour et de paix qui est avec nous“, paroles que nous avons entendues dans la deuxième lecture.

Plus incroyable encore : en Jésus, Dieu va donner sa vie pour que nous vivions. Cette vie est donnée librement et par amour ! Où pouvons-nous trouver dans toute l’histoire des religions, cette réalité d’un Dieu qui nous aime ? 

Dans le mystère de la Trinité, Dieu se révèle à nous, non pas comme un Dieu seul, lointain, égoïste, mais comme un Dieu aimant qui se fait proche, un Dieu qui se laisse découvrir, un Dieu qui accepte d’être vulnérable !

Nous pourrions nous poser une autre question : est-ce que ce mystère de la Trinité était connu avant Jésus, c’est-à-dire dans le Premier Testament ?

Peut-être avez-vous fait cette recherche ? La réponse est “oui“ ! Même s’il n’est pas fait mention de la Trinité de façon explicite. Nous pouvons découvrir, dans une lecture attentive, la référence à un Dieu qui se dit en plusieurs personnes. 

Voici déjà trois passages ou trois pistes dans le Premier Testament :

La première piste : au début du livre de la Genèse, quand Dieu a créé Adam, il exprime sa décision par une phrase surprenante. Il ne dit pas : “Je vais faire l’homme à mon image“, mais il dit : “Faisons l’homme à notre image !“ Ce “nous“ n’est pas un “nous“ de majesté comme l’emploierait un monarque : il emploie un pluriel comme pour signifier qu’il n’était pas seul dans cette action de création !

« Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ! » (Gn 1,26) S’il n’y avait qu’une seule personne en Dieu, la phrase aurait été au singulier : « Je vais faire l’homme à mon image et à ma ressemblance. » Notons déjà ce premier indice !

Deuxième piste : si vous regardez la grande reproduction de l’icône de Roublev (XVe siècle) qui se trouve à votre gauche dans cette église, elle nous évoque l’histoire du chêne de Mambré (Gn 18). Rappelons-nous, quand Dieu veut détruire Sodome, il envoie trois anges qui ont visage humain. Ils vont chez Abraham. Il y a un dialogue savoureux entre eux. Ce qui est très surprenant, c’est qu’Abraham parle à ces trois anges et s’adresse à eux comme s’ils étaient une seule personne ! 

Saint Augustin en fait un très beau commentaire ; il dit qu’Abraham en vit trois, mais “il n’en adora qu’un“. Déjà, nous voyons comme un dévoilement : la mention de la Trinité. Les trois anges représentaient les trois personnes de la Sainte Trinité qui ne forment qu’un seul Dieu ! Relisez ce chapitre (Gn18,3) et vous pourrez le constater par vous-mêmes !

Troisième piste : dans le Livre d’Isaïe (Is 6,3), le prophète nous dit qu’il vit des séraphins dans une vision, un songe, tout près du trône de Dieu, et qui chantaient en chœur. C’est ce même chant que nous reprenons à la messe au moment du “Sanctus“. Nous chantons : “Saint, saint, saint !“ Pourquoi disons-nous trois fois “saint“ si ce n’est justement pour rappeler cette Trinité que nous aimons et que nous adorons ? Ce n’est pas nous qui l’inventons ! Ce mot, ainsi répété trois fois, marque clairement l’existence des trois personnes de la Sainte Trinité !

Nous pourrions continuer ainsi la liste de ces signes “avant-coureurs“ dans différents passages bibliques. Ainsi, c’est petit à petit, et particulièrement par la Révélation en Jésus, que nous comprenons que Dieu est unique (cela est vrai !) mais qu’il se dit en trois personnes.

C’est pour cette raison que la solennité de la Sainte Trinité est sans doute l’une des plus belles fêtes du calendrier chrétien. 

Dans le mystère de la Trinité, Dieu se révèle à nous, non pas comme un Dieu solitaire, mais comme un Dieu aimant qui se fait proche.

Pourquoi ? Nous ne pouvons pas aimer tout seuls, sans personne autour de nous. La Trinité est donc l’inverse de la solitude. 

  • L’amour vient de Dieu le Père, c’est en Lui qu’est la source ! 
  • Cet amour vient à nous par la grâce qui nous est faite par Jésus-Christ, son Fils.
  • Pour recevoir ces grâces et y communier, il nous faut recevoir l’Esprit Saint et prendre part à cette communion qui nous unit, ensemble.

Pour conclure, je vais prendre une image. (Comme toujours, les images ont toujours des limites.) La Trinité est le modèle idéal de notre vie chrétienne, notamment, le modèle de l’unité de l’Église, unité qui est sur le modèle de la Trinité : l’Église est cependant diverse ! Dans l’assemblée que nous formons, nous sommes tous différents, mais lorsque nous participons à une même action : « aimer », nous sommes dans une unité plus grande : nous avons un seul cœur et un seul esprit en Dieu. 

Cette image nous fait penser à la Trinité : l’Église est une, elle est le peuple de Dieu que rassemble Jésus-Christ.

La Trinité est donc cette communion d’amour !

Chacun et ensemble, nous sommes invités à entrer au cœur même de cette Trinité !

Pour cela, frères et sœurs, rendons grâce au Seigneur qui nous associe profondément, chacun à notre façon, à la richesse de l’amour qui unit le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 3 juin 2020, 9e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 12, 18-27. Psaume 122. 2e lettre de saint Paul à Timothée 1, 1-3.6-12.

 

Voilà un évangile très intéressant qui nous pose, finalement, au moins deux questions essentielles !

· Est-ce sérieux de soutenir la foi en la résurrection?

· Est-ce que la mort met fin à l'amour conjugal ? 

Développons rapidement ces deux points !

Un lien de charité particulier est établi dans le mariage, quand deux époux se donnent l’un à l’autre pour la vie, cela pour vivre ce même lien sacramentel jusque dans l’éternité. Dans la controverse avec les Sadducéens, le Christ apporte une réponse à cette question. 

Tout d’abord, il y a ceux qui nient la résurrection. Vous avez compris que les Sadducéens lisent la Thora d’une façon stricte et Jésus leur répond en dénonçant une vision fausse de la vie éternelle : « Vous vous égarez ! ». Celle-ci n’est pas une suite logique de notre vie terrestre ni une vie terrestre « augmentée ». 

Dit autrement : elle est d’une nature radicalement différente de notre vie ici-bas. Saint Jean nous le dit de la même façon :« Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. » (1 Jn 3,2)

Une chose est certaine : nous ressusciterons ! Jésus nous le dit : nous serons semblables aux anges, c’est-à-direimmortels.

Pour cette raison, la procréation n’aura plus lieu d’être. La génitalité ne semble plus nécessaire ! Désolé pour certains !

Cependant, cette nouvelle réalité n’exclut pas une continuité avec l’amour vécu sur terre. Le couple qui a reçu le sacrement du mariage pour consacrer un véritable amour, verra cet amour perdurer au-delà de la mort. Il sera, sans doute, vécu différemment, mais le lien créé ne s’effacera pas ; il sera tout autre. 

Dieu n’est-il pas le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ? C’est en raison de la fidélité de cette alliance initiée dès les patriarches, et accomplie en Jésus-Christ, que Dieu nous ressuscitera. 

Il nous faut comprendre que l’amour des époux, vécu réellement dans le sacrement du mariage, s’enracine dans cette alliance de Dieu avec l’humanité. Cette Alliance, elle aussi, en est un des plus beaux signes. La parole de Jésus indique donc que, loin d’être la fin d’un amour conjugal, la vie éternelle est le lieu où tout don personnel et toute communion interpersonnelle initiés sur terre trouvent leur plénitude grâce à la glorification de tout notre être dans l’union éternelle avec Dieu.

Jésus va le dire Lui-même : l’union des époux est comparable à l’amour de son Père, au don de Dieu pour chacun de nous. Ce que nous créons sur cette terre sera vécu en plénitude dans l’union éternelle avec Dieu.

Notre Dieu est le Dieu qui fait vivre de sa vie, en lui et par lui. Le rencontrer authentiquement est cette invitation à entrer dans sa vie. Il n’est plus possible de considérer la résurrection comme un concept, une idée qui décrit et explique l’au-delà, comme une continuité après notre mort, mais comme un don fait à tous ceux qui veulent vivre de la vie de Dieu. 

Quand ? Maintenant ! Car la vie au-delà de la mort se joue dans la rencontre avec le Dieu de la vie ! Quand ? Maintenant, dans tous les cas, durant notre vie terrestre. C’est bien maintenant que nous préparons notre ciel ; c’est toujours maintenant que nous préparons ce que nous allons vivre de toute éternité.

Nous sommes invités à faire l’expérience inouïe qu’au cœur de toutes les morts où nous nous sommes laissés enfermer, l’appel à la vie de Dieu nous rejoint et nous sauve.

La mission de Jésus est de nous faire connaître le Père et que nous choisissions de vivre cette Vie éternelle avec Lui. Libre à nous d’accueillir et d’accepter cette invitation.

Seigneur Jésus, déploie la puissance de ta résurrection dans nos vies, viens à notre rencontre et transforme-nous par ton Esprit de vie. Mets en nous un cœur nouveau, qui batte au rythme de ton amour. Mets en nous un esprit nouveau qui s’ouvre aux réalités spirituelles et nous donne d’en vivre dès à présent. Donne-nous Seigneur, le désir de la Vie éternelle !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 31 mai 2020, Solennité de la Pentecôte, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 20, 19-23. Livre des Actes des Apôtres 2, 1-11. Psaume 103.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 3b-7.12-13. 

 

Longtemps, je me suis posé cette question : comment a-t-il été possible qu’une petite poignée d’hommes, pas très aguerris, et qui n’avaient pas fait beaucoup d’études, soient devenus vraiment les témoins du Christ, et cela à travers le monde entier ? 

Où est la clef ? Quelle est la force qui va transformer ces êtres fragiles, peureux, enfermés dans leur chambre haute par peur des responsables Juifs, pour que, brusquement ils osent ouvrir les fenêtres, quitter le confort intérieur, sortir dehors et s’adresser à tout le monde, dans des langues étranges, sans crainte ?

Quelle est cette force qui est capable de surmonter les limites et les faiblesses humaines pour accomplir ce que Dieu a voulu ?

Le récit de la Pentecôte nous donne la clef de cette force. C’est le don de l’Esprit Saint, celui que nous avons reçu au jour de notre baptême, renouvelé lors de notre confirmation. Depuis presque 2000 ans, ce don est pour tous et c’est lui qui accompagne l’Église dans les vicissitudes de ce temps ! Que nous dit saint Luc dans la lecture des Actes des Apôtres ? « Soudain un bruit survient du ciel comme un violent coup de vent… » et fait entendre des bruits extraordinaires, comme un fracas de tonnerre ! Et puis l’Esprit Saint, tel une flamme de feu, se pose sur chacun d’entre eux. « Tous furent remplis d’Esprit Saint ! »

J’aurais aimé, ce soir, voir quelques flammes se poser sur nos têtes afin d’être nous aussi et de façon visible, renouvelés dans l’Esprit Saint !!!

La Pentecôte : c’est le début de l’Église, humble, vacillante, fragile où des hommes et des femmes vont se mettre en route, où nous découvrons une assemblée (ecclésia) : une assemblée de disciples-missionnaires !

Dépassant une attitude de crainte et de peur, l’Esprit Saint ouvre la mission des Apôtres et des disciples : mission là, où on habite, mais aussi mission aux quatre coins du monde ! Nous le lisons dans le Livre des actes des Apôtres ; certains sont allés vers l’Égypte, d’autres vers l’Asie, d’autres vers l’Afrique, d’autres vers l’Europe ; chacun avec ses charismes, mais, chacun porteur d’une audace missionnaire !

2000 ans nous séparent, pourtant, c’est la même Église, le même souffle, la même audace ! Certes, la technologie a évolué, mais la mission reste assez semblable : rejoindre tout homme pour témoigner du Christ !  La mission est l’enjeu d’une joie communicative, mais aussi de situations parfois difficiles ; nous le voyons bien autour de nous et s’il en est besoin, relisez le Livre des Actes des Apôtres qui nous relate l’histoire de la 1re communauté chrétienne. C’est assez peu différent de ce que nous essayons de vivre nous aussi. Ce qui est certain, c’est que l’Audace que donne l’Esprit Saint, leur a fait découvrir la joie de mettre en tout en commun, mais elle leur a permis aussi d’affronter l’incompréhension, d’affronter l’indifférence, d’affronter la moquerie, d’affronter la violence, et pour certains d’affronter la mort. C’est toujours la même force de l’Esprit Saint qui nous est donnée. 

Frères et sœurs, je vous propose de faire ensemble deux constats :

Il y a un premier constat : l’Esprit Saint n’est pas donné pour que l’on aille mieux, ou pour avoir plus de confort ou un meilleur confort ! Je précise : l’Esprit n’a pas été donné aux Apôtres simplement pour leur permettre de faire des rencontres sympathiques, il leur a été donné pour qu’ils transmettent le message du Christ, mort et ressuscité : c’est-à-dire le Salut de Dieu, cette espérance, cette certitude que Dieu nous aime. Dès la première génération des Apôtres, nous avons des récits dans l’Évangile et dans les lettres apostoliques (souvent les deuxièmes lectures que nous entendons, celles de saint Paul, saint Jean, ou saint Jacques…) où nous est raconté comment ils ont annoncé, imposé les mains pour donner et permettre de recevoir l’Esprit de Vérité !

Il y a évidemment un autre constat : nous ne sommes pas fondamentalement différents des autres : nous ne sommes ni meilleurs ni pires que les Apôtres ou les premiers disciples ! Nous espérons tous la santé, l’amour, la richesse, la réussite, parfois même la puissance et un certain prestige…Tout cela habite nos cœurs, pour beaucoup d’entre nous et autour de nous ! Mais nous pouvons, parce que nous sommes des chrétiens baptisés, être témoins de l’Évangile.

Comment pouvons-nous témoigner de cette Bonne Nouvelle ? Justement parce qu’à travers notre manière de vivre, ce que nous choisissons de faire, la façon dont nous le faisons, nous montrons qu’il y a en nous, une force nous permettant de dépasser les joies et les peurs qui habitent le cœur de tout homme et de toute femme. L’Esprit Saint nous donne cette capacité de nous aimer, de nous donner, de comprendre que Dieu a un projet de vie pour nous, que le Ciel devient possible, parce que nous sommes faits pour cela. Une communauté chrétienne dans laquelle règnent des tensions et un oubli des plus pauvres, ne peut guère témoigner de la présence de l’Esprit Saint !

Il est donc vrai qu’être chrétien implique un choix, une détermination !

Dieu nous laisse libres, profondément libres ! Par exemple : je peux choisir de rester dans la douceur de mon canapé, c’est mon choix ! Mais je peux aussi choisir de me lever, je peux choisir de vivre la mission avec les charismes et la force que me donne l’Esprit Saint ! Chacun est unique ! C’est en nous mettant au service les uns les autres que nous pourrons permettre à notre communauté de vivre pleinement de tous les charismes nécessaires à la mission. C’est ainsi que saint Paul nous redit que nous formons ainsi un seul corps !  

Il est vrai que cette décision de vivre en Chrétien, à certains moments, peut être de l’ordre d’un combat !

  • Il n’est pas toujours simple d’annoncer le Salut en Jésus-Christ dans un monde aveuglé par la violence qui finalement semble peu différente de celle rencontrée par les premiers disciples ! 
  • Il y a toujours une audace qu’il nous faut choisir pour nous mettre en route pour la mission avec d’autres !

Dans ce combat audacieux pour la vie, comme pour l’amour ou la fidélité, nous savons qu’il nous faut choisir et recommencer tous les jours et chaque matin :

  • Ce que je sais, c’est que l’Esprit Saint me donne de vaincre déjà en moi toutes les peurs et les tristesses de mes erreurs passées, présentes ou même d’une peur de l’avenir ! C’est ce que nous venons d’entendre dans l’évangile. Que dit Jésus au moment où Il voit les disciples réunis et apeurés, confinés dans la chambre haute, au dimanche de Pâques ? « La paix soit avec vous ! » Peut-être est-ce de cela dont nous avons besoin : la paix que Dieu nous donne, cette paix intérieure. 
  • Le corollaire de la Paix, c’est le Pardon donné et reçu ! « Le Christ Jésus, n’est-il pas venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, je suis le premier des pécheurs » dira Saint Paul à Timothée (1tm 1,15)
  • Ce que je sais aussi c’est que l’Esprit Saint ne fera pas à notre place ! Il nous laisse libres ; à nous de nous déterminer à avancer ! Par contre, si je cherche à ressembler au Christ, à vivre une vraie vie de prière, si je veux que ma vie soit transformée radicalement par Lui ; alors oui ! L’Esprit Saint sera là pour m’aider, à chaque instant ! Savez-vous qu’à chaque sacrement, je peux vivre une effusion de l’Esprit Saint, une effusion d’amour ? Chaque eucharistie, chaque confession, au moment du baptême, du mariage, de la confirmation, quand je lis la Parole de Dieu, je peux me laisser transformer par l’Esprit Saint ! L’Esprit Saint essayera de faire naître en moi ce désir, mais il ne peut pas le faire sans moi ! Il me revient toujours de décider ! Je vous le redis (et vous connaissez bien cet adage) : Choisir, c’est aussi renoncer.

Frères et sœurs, qu’en ce jour de Pentecôte, avec la prière puissante de la Vierge Marie, l’Esprit Saint réveille en nous tous les dons déjà déposés en nous et les fruits qui trop souvent sommeillent !

- Dons de Sagesse, Intelligence, Conseil, Force, Science, Piété, Crainte de Dieu 

- N’oublions pas les Fruits de Charité, Joie, Paix, Longanimité (patience à supporter les souffrances, les contrariétés), Serviabilité, Confiance dans les autres, Douceur, et peut-être le plus difficile, la Maîtrise de soi.

Demandons vraiment, frères et sœurs, d’être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint !

 

Jésus, Toi qui as promis d´envoyer l´Esprit, à ceux qui te prient,

Ô Dieu, pour porter au monde ton feu, voici l´offrande de nos vies !

 

Homélie du mercredi 27 mai 2020, 7 semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 17, 11b-19. Livre des Actes des Apôtres 20, 28-38. Psaume 67.

 

Plus nous approchons de la fête de Pentecôte, plus les textes que nous entendons sont un peu plus compliqués à comprendre. Sans doute nous faut-il un souffle supplémentaire d’Esprit Saint pour entrer dans ce mystère d’unité, mystère de vérité, mystère aussi de la mission que Jésus nous propose.

Nous ne sommes pas de ce monde, bien que nous y habitions ; de fait, nous sommes faits pour le monde à venir. Qui nous révèle cette promesse ? C’est l’Esprit Saint !

Nous l’entendons bien, mais il peut y avoir une difficulté : qu’est-ce que le monde à venir ? Qui est, pour nous, l’Esprit Saint ? Comment se mettre à son écoute ? Comment le laisser agir, travailler en nous ?

D’une façon assez générale, nous ne savons pas trop quoi penser ! Je m’aperçois que, bien souvent, au sein de la Trinité, l’Esprit Saint reste un mystère… même pour des chrétiens assidus à la Parole.

 

Qui est l’Esprit Saint pour vous ?

Nous le savons, l’Esprit Saint est la troisième personne de la Trinité. Ce week-end, nous allons fêter la Pentecôte et cette solennité est une joie pour l’Église tout entière. C’est une fête qui nous réaffirme le don de l’Esprit Saint. Elle nous invite à la prière et à nous ouvrir à ce que Dieu veut pour nous.

N’oublions pas, non plus, que l’Esprit Saint habite déjà en nous : le jour de notre baptême, renouvelé à notre confirmation. Il est redonné, réactivé à chaque sacrement, par exemple dans l’eucharistie que nous allons vivre dans quelques instants. Il est redonné dans notre prière quand nous l’écoutons et le laissons nous guider ! 

 

Comment l’attendons-nous ?

Cette question doit nous interroger sur notre disponibilité ! Acceptons-nous vraiment d’être renouvelés ? Comment vivons-nous des grâces et des dons de l’Esprit Saint ?

Les constats sont multiples : 

- Certains ne connaissent pas vraiment l’Esprit Saint et peuvent être indifférents à cette fête. 

- D’autres sont peut-être encore préoccupés ou inquiets par cette étrange période que nous venons de vivre ; un certain climat anxiogène est encore perceptible.

- D’autres encore gardent un reste d’appréhension au fond de leur cœur, car ils pressentent bien que l’Esprit Saint sera l’occasion d’un bouleversement dans leurs vies.

- Certains ont une espérance un peu molle, passive… « Si la venue de l’Esprit Saint me fait du bien, pourquoi pas ? » Une espérance mêlée de lassitude de celles et ceux qui se laissent paralyser par leur misère et qui, en se reconnaissant trop pécheurs, pensent que l’Esprit Saint ne peut plus venir en eux.

Au contraire, croyons-nous à Celui qui ne cesse de veiller sur l’Église et sur chacun de nous ? Sommes-nous comme les disciples, unanimes dans la prière, groupés filialement autour de Marie, la maman de Jésus, habités par une vraie confiance, comme elle, même si nous ne comprenons pas tout ! Où en sommes-nous de Celui que Jésus appelle la promesse du Père et que Lui-même nous a promis ?

Pour moi, je vous le confie très simplement, l’Esprit Saint est une force que j’attends, une aide, une lumière, Dieu Lui-même qui vient renouveler au fond de moi ce qui a besoin d’être renouvelé ; Dieu Esprit Saint est vivant, passionné, aussi éternel que le Père et le Fils, fondateur de l’Église, instigateur de toute mission !

Sommes-nous prêts à accueillir la Personne divine qui a pour noms : Don et Amour, Avocat et Vérité, Celui qui scelle l’union du Père et du Fils et qui scelle, ici-bas tout ce qui s’unifie dans un cœur et dans le monde. C’est Lui qui vient réveiller notre vie dans une tornade d’amour, mais aussi dans la brise légère du matin de Pâques. C’est Lui qui continue à faire toutes choses nouvelles.

Frères et sœurs, n’hésitons pas !

De ce mercredi matin jusqu’à dimanche, il reste juste quelques jours. Prenons du temps ! Chantons ou récitons un beau chant à l’Esprit Saint ! Demandons à être renouvelés ! Regardons peut-être avec curiosité quels sont les dons et les fruits de l’Esprit que le Seigneur veut me donner et qui ont besoin d’être renouvelés, ravivés ! De grâce, frères et sœurs, n’ayons pas peur de ce qui peut nous arriver ! Soyons des témoins courageux, audacieux, lumineux pour notre monde !

Faisons-nous “capacité“ afin que Dieu, par son Esprit Saint emplisse totalement notre vie, en faisant de chacun de nous, une création nouvelle !

Demandons cela pour nous-mêmes, pour nos familles, pour notre paroisse et pour le monde ! 

                                                                                                               Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 25 mai 2020, 7semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 29-33. Livre des Actes des Apôtres 19, 1-8. Psaume 67.

 

J’aimerais m’arrêter, aujourd’hui, sur cette expression de Jésus : « Vous me laisserez seul, mais je ne suis pas seul ! »

Quel est le contexte ? Nous sommes juste avant sa Passion et Jésus évoque l’abandon qu’il va vivre dans les heures à venir !

Personnellement, lors de ces dernières semaines, je reste frappé par la solitude que beaucoup de personnes, dans notre société, nous disent subir (même, si autour d’eux, des liens et des affections existent) ! Solitude particulière que nous avons tous ressentie durant ces semaines du confinement, isolement parfois désespérant. 

- Solitude des personnes malades ou âgées, solitude de ceux qui sont morts seuls, sans leurs familles dans les services de réanimation, même s’ils étaient bien entourés par les membres du personnel médical.

- Solitude lors des funérailles célébrées en nombre très restreint,

- Solitude des parents, qui sont loin de leurs enfants "chacun de leurs côtés";

- Solitude des époux, qui traversent parfois des difficultés ;

- Solitude des adolescents et des jeunes derrière leurs écrans (certes, pas tous !), affichant un nombre conséquent d’amis virtuels et exposant, malgré tout, leur vie à un certain voyeurisme.

- Solitude aussi parfois dans notre Paroisse, à différents niveaux, par un manque de disponibilité dans les services d’accueil, de soutien et de charité. 

Personnellement, j’ai été très marqué lors de la célébration de la Vigile Pascale, que j’ai dû vivre seul dans cette église, sans les chants joyeux et les Alléluia de Pâques. J’ai allumé un feu, béni le cierge Pascal, chanté l’Exultet, lu les sept lectures… C’est dans cette apparente solitude que j’ai porté dans la prière chacun des membres de notre Paroisse.

 

Jésus a connu la solitude, beaucoup plus qu'on ne le pense. Il nous en parle à plusieurs reprises.

Rappelez-vous :

 - Une première fois après son discours sur le pain de vie, dans la synagogue de Capharnaüm : Lorsque Jésus est en train de dire : “ceci est mon Corps“ et vous allez le manger ; trop difficile à comprendre pour les disciples !… et il demande aux Douze: "Est-ce que vous aussi, vous allez partir?" (Jn 6,66).

 - Un autre moment, terrible, de la solitude de Jésus a été la nuit de son agonie, lorsque, revenant vers ses disciples, il les trouve endormis : "Ainsi, leur dit-il, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi?" (Mt 26,40).

- Mais encore au moment de son arrestation : "Alors, raconte saint Marc, ses disciples l'abandonnèrent et prirent la fuite" (Mc 14,50).

Jésus a donc souffert de la solitude, mais il ne s'y arrête jamais, car sa solitude humaine est habitée par une présence infiniment douce et forte, celle de son Père, source de sa mission et modèle de son action.

"Je ne suis pas seul, disait Jésus, parce que le Père est avec moi".

J’ai été marqué aussi par plusieurs personnes qui m’ont témoigné, alors qu’elles entraient dans l’église saint Louis, au cœur même de ce confinement, qu’elles ressentaient la présence apaisante de Dieu. De belles confidences, touchantes, sur le réconfort de cette solitude habitée par Dieu ! « Le Père est avec moi et je continue à Le prier ! » Témoignages magnifiques de la présence du Père, du Fils, et de l’Esprit Saint soutenant nos existences troublées ! Solitude qui est toujours habitée par Dieu dans l’aujourd’hui, parfois malmenée de nos vies !

Dans cette neuvaine que nous vivons entre l’Ascension et Pentecôte, demandons cette disponibilité à l’Esprit Saint ! Demandons sa force ! Demandons la guérison de ce que nous avons pu vivre ou subir ! Témoignons de la présence de Dieu en notre vie et redisons au monde notre espérance ! C’est lui qui est ce lien d’amour entre le Père, le Fils et moi et le Père, entre le Fils et nous ! Nous ne serons jamais seuls si l’Esprit Saint habite en nous !                                                                                                                                                                                           Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 24 mai 2020, 7 dimanche de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 17, 1b - 11a. Livre des Actes des Apôtres 1, 12-14. Psaume 26.

Première lettre de saint Pierre 4, 13-16.

Après de longues semaines d’absence (période de confinement), nous voici enfin rassemblés pour célébrer l’Eucharistie. Même si nous avons eu l’occasion de vivre des célébrations par Internet, la Télévision ou la LettreInfo – je ne sais pas pour vous – mais, pour moi, la fraternité paroissiale m’a beaucoup manqué.  Cependant, vous étiez présents dans ma prière de chaque jour, sûr en retour que nous étions en communion les uns avec les autres. Je crois que nous n’avons pas fini de découvrir et de comprendre ce que nous avons vécu de cette rupture brutale, lors de ce long temps de confinement.

Peut-être avons-nous pris conscience de notre liberté qui, durant un temps, nous a été un peu confisquée et bien d’autres choses auxquelles nous étions bien habitués, sans peut-être en prendre conscience parce que vécues dans une certaine routine.

Ce dont nous pouvons déjà apprendre de ce confinement, c’est que dans notre vie quotidienne, il peut exister un grand danger : celui de s’habituer ! Celui de ne plus faire attention à tel effort, à telle personne que nous avions pris l’habitude de rencontrer chaque jour sans mesurer le plaisir de la relation, à telle situation ! Il y a eu beaucoup d’échanges par la radio, ou par internet en visioconférence, heureusement, mais nous avons tous constaté et souffert du manque de contact et de proximité ! Plus de gestes de tendresse entre petits-enfants et grands-parents par exemple… ! 

De même, beaucoup ont vécu en téléspectateurs les diffusions de célébration eucharistique ! Heureusement, un lien a pu rester tangible, bien que confinés.

Certains m’ont expliqué que ce temps de confinement a été, pour eux, l’occasion de redécouvrir la Messe, en la regardant autrement, en découvrant des gestes et paroles qu’ils ne remarquaient plus ! Ils faisaient ce constat : ne sommes-nous pas trop habitués à la Messe ?

Dans le post-confinement que nous vivons, nous ne devons pas oublier ces constats, ce temps pris à lire la Parole de Dieu, ou la prière en famille… Nous ne devons pas tirer un trait sur tout cela et repartir comme avant ! 

J’ai eu pendant ce confinement des rencontres sympathiques : sans doute, là aussi, tout simplement parce que nous avions plus de temps ! Lors des courts moments d’escapade, durant “l’heure de sortie permise“, beaucoup sont entrés dans l’église ouverte pour prier, se confier.

Lors de ces rencontres, mais aussi par des appels téléphoniques, par Skype, Whatsapp ou les réseaux sociaux, beaucoup de questions m’ont été posées : la maladie, la mort, la solitude, la difficulté de la promiscuité…, mais aussi sur la liturgie eucharistique, la prière, le chapelet, la Bible…

Comment interpréter et comprendre le sens de certaines phrases dites de façon habituelle lors des célébrations ; par exemple alors que je me trouvais près du baptistère, une personne est venue me poser des questions sur le Credo. Que signifie : Est mort Est descendu aux enfers ? Ou qu’est-ce que la Communion des saints ? Ou : est assis à la droite du Père 

Une autre personne m’a confié avoir entendu le prêtre dont la célébration était retransmise à la télévision, prononcer une phrase qu’elle n’avait jamais remarquée auparavant. Il a dit, juste après la préparation des dons et la prière sur les offrandes : « Prions ensemble, au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église ! » Que signifie, ici, le mot de sacrifice ? Cette question a ouvert une discussion passionnante sur la façon dont le Christ s’offre Lui-même en sacrifice unique. Ou encore pourquoi dit-on : « Pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde ! » ?

Bref, j’ai trouvé ces échanges très riches, en me disant qu’effectivement,  il serait bon  de redécouvrir le sens véritable des expressions ou des prières dites au cours de la messe et que nous récitons parfois machinalement. 

J’espère que, pour chacun de nous, ce confinement a été l’occasion d’un approfondissement de notre manière de vivre, du sens de notre vie… peut-être aussi d’une prise de conscience sur la précarité, la fragilité de notre corps, de découvrir que la maladie pouvait survenir et tout chambouler, que la mort pouvait frapper de façon inattendue autour de nous… Nous avons sans doute fait cette expérience d’être totalement démunis et de nous appuyer sur la prière ; c’est aussi pour nous l’occasion de remercier tout le personnel médical et les soignants qui se sont donnés sans compter pour assurer les soins des personnes malades.

Dans ce temps de confinement, nous avons eu aussi de beaux moments. Beaucoup m’ont témoigné de cette joie d’avoir passé de longs moments en famille, de redécouvrir son conjoint, d’avoir passé du temps avec ses enfants. 

Ne balayons pas trop vite ces trois derniers mois, comme un mauvais souvenir en souhaitant revenir trop rapidement « au monde d’avant ». Normalement, et sans angoisse, le chrétien connaît la finitude de ce monde ! Nous naissons, nous vivons, nous œuvrons, nous développons une vraie fécondité aux différentes saisons de notre existence, puis, un jour, nous retournons vers le Père ! 

Le chrétien sait qu’au-delà de cette mort physique, nous sommes faits pour la Vie éternelle. Le Christ n’est-il pas venu dans notre humanité pour nous redire l’amour du Père et la promesse de Vie. Nous savons, bien évidemment, que cette Vie éternelle sera bien différente de celle que nous vivons aujourd’hui.

L’évangile de ce jour, nous donne de belles pistes de réflexion. Jésus y exprime ce qu’a été sa mission : « glorifier le Père », c’est-à-dire faire que Dieu soit connu et reconnu pour ce qu’Il est. C’est la mission de Jésus, et c’est ce qu’il a fait : « J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m’as donnés. »

Remarquez que cette révélation n’a pas été simple ou évidente à comprendre. Voyez ce qui s’est passé pour les Apôtres ! Il a fallu qu’ils accompagnent longuement Jésus, qu’ils se trompent d’abord sur son identité (ils pensaient que Jésus serait un roi terrestre !), qu’ils deviennent les témoins bouleversés de sa mort, qu’ils doutent encore devant l’évidence grandissante de sa résurrection, avant de deviner à travers Jésus, Celui qu’Il leur a présenté comme étant « mon Père et votre Père ». 

Il faudra le don de l’Esprit Saint pour comprendre ce mystère d’amour, ce mystère filial, ce mystère de vie que Dieu nous propose ! C’est cette expérience fondatrice que les Apôtres vont vivre à la Pentecôte.

Je souhaite terminer en reprenant la première lecture de ce dimanche (1er chapitre des Actes des Apôtres)

Vous le savez, Jésus est monté au Ciel, les Apôtres Le regardent, et les anges leur demandent : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel, vous avez une mission : annoncer, et pour cela : allez priez ! » C’est ce qu’ils vont faire. Ils vont monter dans la “chambre haute“ et se mettre en prière ; c’est cette longue et belle neuvaine de l’Ascension à Pentecôte. 

Frères et sœurs, il nous est bon de regarder l’Église au premier instant de sa constitution ! Jésus est parti, mais l’Esprit n’est pas encore venu. Saint Luc nous transporte au premier étage d’une maison de Jérusalem. L’Église est là, en germe, en attente.

Les onze Apôtres sont là avec Pierre à leur tête. Mais ils ne sont pas seuls : il y a aussi des « frères » et quelques femmes. Dominant ces trois groupes (Apôtres, frères et femmes), se tient « Marie, la mère de Jésus », penchée sur le berceau de l’Église, comme elle le fut sur celui de Jésus, le jour de sa naissance. Communauté en silence et en prière, qui attend non sans appréhension, le don de l’Esprit Saint. 

Cette prière persévérante et joyeuse est la seule à pouvoir donner la force de supporter avec calme certaines souffrances que nous pourrions endurer  « comme chrétien » à la suite du Christ

Je vais peut-être vous surprendre, mais ne nous laissons pas distraire par une reprise trop rapide. Restons encore un peu confinés, c’est-à-dire, en silence, en prière dans la « chambre haute » de Jérusalem. Que la liberté que nous retrouvons après ce confinement ne soit pas une dispersion, mais le besoin d’une vraie prière intime avec Dieu dans la chambre haute de notre Cœur.

C’est là que Jésus a vécu la semaine Sainte, juste avant sa passion, une prière ample et brûlante. Cette prière de la jeune communauté du Cénacle, nous l’avons entendue, nous la reprenons à notre compte et nous la prolongeons dans l’attente de la Pentecôte, pour accueillir une nouvelle Pentecôte de l’Esprit Saint dans notre Vie.

Croyons que le temps qui se termine est un temps qui va porter du fruit. Nous avons prié pour nos familles, nous avons prié pour les défunts, nous allons panser les blessures et nous allons repartir différents. L’Esprit Saint va nous redonner le sens de la Vie présente et à venir !

Dans joie de nous retrouver en cette eucharistie, gardons cette allégresse comme nous y invite saint Paul dans la deuxième lecture !

À quelques jours de Pentecôte, gardons le CAP ! Demandons, comme les Apôtres en Prière au Cénacle avec Marie, la force de l’Esprit Saint ! C’est Lui, l’Esprit de Vérité qui nous fait comprendre toutes choses, c’est Lui qui nous fait connaître et découvrir notre Dieu : Père, Fils et Esprit Saint !

Ainsi soit-il !              

 

Homélie du vendredi 22 mai 2020, 6e semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, maison paroissiale, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 16, 20-23a. Actes des Apôtres 18, 9-18. Psaume 46.

 

Aujourd’hui, Jésus nous parle de « peine » et aussi de « joie » ! … comme si ces deux sentiments, ces deux expressions pouvaient être comparables.

Nous restons dans la tonalité de la fête que nous avons vécue hier : l’Ascension de notre Seigneur : cette joie de Le voir au ciel et en même temps la peine de la séparation !

Dans cet évangile d’aujourd’hui, nous sommes encore, dans le long discours après la Cène ! Jésus vient de laver les pieds des disciples et de vivre la première eucharistie. Alors que Judas est parti commettre son méfait, Jésus tente d’expliquer aux Apôtres ses dernières recommandations. 

Comment ont-ils reçu ses paroles mystérieuses ? Il leur faudra le temps ! L’expérience la mort et la résurrection du Messie est essentielles, mais le don de l’Esprit-Saint est indispensable sera l’instant de vérité et le début de la Mission.

Pour mieux leur faire comprendre ce qui est en « devenir » ou en « gestation », Jésus prend un exemple tout simple : celui de la femme sur le point d’enfanter !

" La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée."

Cette parole du Seigneur est inépuisable : c’est une parole venue du tréfonds de l'expérience humaine. Aussi loin que remonte l’humanité, nous savons que l’enfantement est toujours un moment éprouvant, difficile et, en même temps, vécu dans la joie de l’enfant qui vient de naître.

L'image de la femme qui enfante dans la souffrance était déjà connue du Premier Testament. 

- Dans le livre d'Isaïe : elle décrit la cité sainte, saisie par les douleurs et donnant le jour à un peuple nouveau, au temps du Messie.

- Ou encore ! La femme qui enfante, c'est la communauté des disciples directs de Jésus : leur souffrance, lors de la mort du Christ, ne sera qu'une épreuve provisoire, transitoire. Bientôt ils se réjouiront que Jésus, nouvel Adam, soit passé au monde définitif, au monde de son Père.

- La femme dans les douleurs, c'est également l'Église, en bute tout au long du temps à la persécution du "monde", au sens johannique, c'est-à-dire au monde du refus !

- C’est aussi la femme dans l’Apocalypse sur le point d’enfanter et l’on voit la Bête qui s’apprête à dévorer l’enfant.

Nos souffrances, celles que nous venons de vivre avec l’arrivée du virus, comme les souffrances de l'Église demeurent mystérieuses ! La souffrance n’est pas une fin en soi, mais elle peut être transformée, mystérieusement, par une grâce particulière, en une expérience de grande fécondité ! Attention ! La souffrance n’est pas à rechercher pour elle-même !

« Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie ! ». Saint Paul nous dit la même chose : " J'estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. " (Romains 8,18) Quand Jésus parle de cette joie que personne ne pourra nous enlever, en réalité, il parle de la Vie éternelle au Ciel. 

La fête de l’Ascension que nous avons vécue hier est bien ce chemin vers le Ciel que le Christ veut nous montrer et qu’il souhaite que nous prenions !! C’est ce pour quoi nous sommes faits : le Ciel !

Nous pouvons, là encore, établir une analogie de l’enfantement : si la “Tête“ c’est-à-dire le Christ est monté au Ciel, tout le corps, c’est-à-dire l’Église, notre communauté, montera également à sa suite vers le Ciel. 

Demandons au Seigneur la grâce d’être renouvelés dans la force de l’Esprit-Saint, dans l’espérance que le Seigneur veut mettre en chacun de nous. Demandons cela durant cette neuvaine qui nous mène à Pentecôte, pour nous-mêmes et pour nos familles, nos communautés et pour le monde :

Viens, Seigneur ! Viens me fortifier, en traversant mes peurs et mes tristesses.

Redonne-moi ta joie que personne ne pourra me ravir. Permets-moi, par ton Esprit Paraclet, de mieux te connaître et de comprendre la route que tu me proposes et l’audace de te suivre !

Ainsi soit-il

Homélie du jeudi 21 mai 2020, Ascension du Seigneur, année A.

Messe célébrée à Grenoble, maison paroissiale, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 28, 16-20. Actes des Apôtres 1, 1-11. Psaume 46.

Lettre aux Éphésiens 1, 17-23. 

 

Cette fête de l’Ascension exprime une réalité importante de notre foi ! Nous le savons, mais sommes-nous complètement certains de mesurer véritablement ce qui se passe aujourd’hui ! 

 

Alors, comment comprendre cette fête ?

Je vous invite, très simplement, à réfléchir ensemble quelques instants, et à parcourir un itinéraire en quatre points, pour essayer de reconstituer l’histoire de Jésus et saisir, plus précisément, ce qui est en train de se passer et le sens de cette fête. Les voici :

    1- C’est à la fois, la fin d’un rêve et le début d’une espérance nouvelle. 

   2- C’est aussi un mystère d’absence et de présence.

   3- L’Ascension du Seigneur est l’achèvement de son incarnation.

   4- L’Ascension du Seigneur est une promesse, la promesse du don de l’Esprit Saint, qui est le début de l’Église. Nous aurons l’occasion, dans les jours à venir, d’approfondir ce quatrième point.

 

- Premier point : C’est la fin d’un rêve

Pour les Apôtres, c’est la fin du rêve d’un rétablissement du royaume d’Israël tel qu’il avait existé au temps de la puissance du roi David. Comme le souligne le récit des Actes des Apôtres que nous venons d’entendre en première lecture, les disciples avaient encore ce rêve, même après l’arrestation de Jésus, sa mort et sa résurrection. Bien que Jésus ait passé quarante jours à les préparer, ils ne comprennent pas encore et, au moment où ils sont réunis autour de Jésus, ils lui demandent : “Seigneur est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir la royauté pour Israël ?“ (Ac 1,6). 

La trahison de Judas, l’arrestation, la Passion, la Mort et la Résurrection de Jésus n’ont pas complètement ruiné cet espoir. De fait, nous le savons bien, Jésus ne rétablira pas le royaume d’Israël selon un désir humain ! Mystérieusement, ce rêve existe toujours à notre époque ! Nous aimerions tellement que d’un claquement de doigts, notre monde, nos sociétés changent et que Jésus règne sur notre terre, tel un monarque omnipotent ! Ce n’est pas le plan de notre Seigneur ; c’est nous qui devons changer le monde, en commençant par nous !

L’Ascension est bien la fin d’un rêve et le début d’une espérance nouvelle !

Pourquoi ? 

Celui qui monte au ciel devant les yeux ébahis de ses disciples, n’est pas celui qui nous abandonne, il est celui qui nous entraîne à sa suite, Il nous guide vers notre devenir ! Quand nous le voyons « s’en aller » comme les disciples l’ont vu « disparaître », nous pouvons certes, être troublés, saisis de crainte, peut-être même de doutes. Qu’allons-nous devenir s’il n’est plus là ?

Jésus leur avait dit pourtant, pour les préparer : “Il est bon pour vous que je m’en aille“ (Jn 16,7), sinon vous n’aurez pas l’Esprit Saint. Il est bon pour vous que je m’en aille… pour que vous preniez pleinement vos responsabilités. Littéralement, vous devenez “le corps du Christ“ et vous serez à la fois, mes mains, mes yeux, mon cœur, mes lèvres, pour annoncer le règne de Dieu, la puissance de Dieu dans la vie de chacun de nous.

Jésus nous quitte, non pour nous abandonner, mais pour assurer à l’humanité une présence infiniment plus large ! Il ne s’agit plus simplement d’être au milieu de quelques centaines de personnes, il y a presque deux mille ans, mais d’être présent à l’humanité tout entière (un peu plus de 7,6 milliards aujourd’hui), à travers l’espace et à travers le temps. 

Cela devient possible par la puissance de l’Esprit manifesté à travers la vie de son Corps qui est l’Église, dont nous sommes les membres. Nous sommes le corps du Christ, et le Christ est la tête ! Notre espérance est là ! C’est notre certitude !

Comment pouvons-nous traduire cela ? C’est un peu comme une naissance : “Là où la tête est passée, là aussi le corps tout entier passera !“(Les mamans qui ont vécu un accouchement, comprennent tout à fait ce que je suis en train de dire !)

Au moment de sa montée vers son Père et notre Père, il nous confie avec audace cette mission : "Allez de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit".

Les Apôtres de Jésus vont donc partir, de siècle en siècle, jusqu'au bout de la terre, jusqu’aux périphéries de nos sociétés. Non pas pour rassembler des disciples autour de théories humaines, mais poussés par l’Esprit Saint, pour annoncer le Christ, mort et ressuscité !

C'est bien cette mission de Jésus qui continue aujourd’hui. Il ne nous laisse pas seul :’ Il est lui-même présent,à l'œuvre avec ses envoyés : "Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde". 

La promesse est solennelle : tous les mots portent, et nous sommes tous concernés. "Je suis avec vous", dit Jésus, quoiqu’il arrive, quoi que nous puissions faire ! Le Christ est avec nous tous, baptisés au nom du Pèredu Fils, et du Saint-Esprit !

 

- Deuxième point : Mystère d’absence et de présence.  Dans les Actes des Apôtres, nous pouvons lire : “Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel.“

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Jésus est avec nous "jusqu'à la fin du monde" ! Notre société, notre époque et ses aléas parfois si contradictoires, ne doivent pas nous impressionner ou nous tétaniser. Pour nous, les chrétiens, ce n’est pas le moment d’être dans une attente stérile ou peureuse ! Être chrétien, c’est aussi agirc’est oser avancer avec audace, en gardant le cap sans craindre l’avenir

Pourquoi ne faut-il pas craindre l’avenir ? Parce que ce monde n'est encore qu'à l'aurore de la foi, - seulement 2000 ans ! Jésus est le Seigneur du temps et de l'histoire, il donne rendez-vous aux hommes et aux femmes de tous les temps. 

Le monde a tant besoin de témoins du Christ qui osent témoigner du sens véritable de la vie, telle que nous la découvrons en Dieu !

Notre espérance peut être de temps en temps éprouvée ! Nous venons de vivre une période un peu compliquée avec cette pandémie ; pourtant, ce n’est pas la fin du monde ! Notre vie continue… sans doute un peu différente. Dans notre histoire, Jésus est toujours présent. 

Jésus est avec nous "tous les jours" ! Cela n’est donc pas une promesse, mais une réalité ! C'est sa présence au quotidien qui donne un sens à nos projets, à nos efforts, à tous nos gestes de charité, de compassion et d’amour que nous donnons autour de nous. Jésus est présent aux moments des grandes joies de son Église ; mais il l’est tout autant quand l'Église peine à trouver sa route, qu'elle doit “ramer contre vents et tempêtes“, ou ramer à contre-courant.

 

- Troisième point : L’Ascension du Seigneur est l’achèvement de son Incarnation pour un retour au Père !Prenons une image ! Noël et l’Ascension décrivent une même verticalité !  L’Ascension est comme le pendant la Nativité : à Noël, Jésus vient dans notre humanité, un petit bébé, tout comme nous, excepté le péché. À l’Ascension, c’est le sens inverse : Jésus quitte notre temps humain et remonte vers son Père. Dès ses premières pages, l'Évangile de saint Matthieu s’ouvre sur cette incroyable espérance : celle de la naissance de l'enfant de Bethléem qui venait au monde pour être l’Emmanuel : Dieu avec nous. Ce même Évangile se referme, en cet aujourd'hui de l'Ascension, sur cette même assurance, cette même certitude étendue à toutes les nations et à tous les siècles que le Christ est toujours avec nous : aujourd’hui, hier et demain !

Le Christ est toujours avec nous, Il est l’Emmanuel ! Il reviendra dans la gloire.

 

- Quatrième point : que devons-nous retenir pour nous, ce matin ? 

Tout cela à la fois ! 

L’Ascension est l’annonce d’une espérance nouvelle, mais surtout et en plus, la promesse du Don de l’Esprit Saint : Dieu ne nous laisse pas seuls ! L’Ascension est l’annonce d’une espérance nouvelle, car elle nous invite à vivre notre propre Pentecôte, toujours renouvelée, toujours saisissante, toujours enthousiasmante ! 

N’ayons aucun doute ! N’ayons aucune peur !

Certes, par le baptême, nous avons reçu le don de l’Esprit Saint, don réactivé lors de notre confirmation. Chaque acte liturgique est une nouvelle Pentecôte. Tous les sacrements vécus dans la foi, sont une nouvelle Pentecôte Cette certitude nous procure une joie profonde ! C’est l’Esprit Saint qui nous permet de prier, de proclamer le Notre Père, qui nous permet de reconnaître Jésus dans l’Eucharistie. C’est Lui qui vient habiter en notre cœur et porter notre espérance.

À partir d’aujourd’hui, et cela jusqu’au jour de Pentecôte, neuf jours vont s’écouler, c’est le temps d’une neuvaine !   

Je vous invite à vivre profondément, en communion les uns avec les autres, à entrer dans cette Neuvaine originelle ! Chaque jour, une, deux, dix fois par jour peut-être, le matin, le soir, dès que vous le pouvez, je vous invite activement à demander d’être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint. Nous pouvons être fatigués, angoissés, ou être habités par le doute… Avec confiance, redemandons la force de l’Esprit Saint pour être renouvelés dans les grâces, les cadeaux que Dieu veut nous donner !

Portons autour de nous cette certitude que Dieu ne nous abandonne pas ! 

C’est la prière que nous pouvons avoir, déjà pour aujourd’hui et les neuf jours qui nous séparent de la Pentecôte. Prions pour nous tous ici rassemblés, présents, et aussi pour celles et ceux qui n’ont pas pu être là, pour les membres de nos familles, nos amis et pour le monde entier, afin d’être tous renouvelés joyeusement dans les grâces et les dons de l’Esprit Saint ! 

Que Notre-Dame de l’Espérance nous accompagne toujours par sa prière !

Viens Esprit Saint, viens en nos cœurs, viens Esprit Saint, viens Consolateur !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 20 mai 2020, 6e semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, maison paroissiale, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 12-15. Actes des Apôtres 17, 15.22 à 18,1. Psaume 148.

 

Les lectures d’aujourd’hui sont d’une très grande richesse et demanderaient des commentaires assez développés, mais n’ayez crainte, je ne serai pas très long. J’ai donc prévu de m’attacher à la première lecture. Ce discours de saint Paul devant les Athéniens résonne toujours à nos oreilles d’une façon “particulière“ et il me semble qu’il est d’une très grande actualité.
    - Le contexte : Saint Paul a entrepris son deuxième voyage missionnaire. De l'an 49 à l'an 52, selon les spécialistes de saint Paul, celui-ci est engagé dans son deuxième voyage missionnaire, un voyage difficile qu’il commence à Antioche avec Barnabé, puis avec Silas en traversant la Turquie actuelle. Il va parcourir en marchant (voyage assez remarquable !) plus de mille kilomètres. Avec Timothée qui les rejoint, le groupe s’embarque pour la Macédoine, en évangélisant Thessalonique et Bérée pour se retrouver ensuite à Athènes, la capitale culturelle de la Grèce. 

Athènes est une des plus belles villes de l’époqueElle est pleine d’animation et la culture a une place importante comme nous pouvons le dire aujourd’hui pour les villes de Paris ou New York. Un réel foisonnement ! Les bâtiments sont magnifiques, les riches maisons sont sculptées en pierre blanche, il y a des théâtres et aussi des fontaines. Quel raffinement ! On y trouve aussi de nombreux temples où l'on adorait une multitude de divinités. Petits temples bien souvent avec colonnades et frontons sculptés et décorés. Chaque temple a son dieu ou sa déesse. Tous ces temples indiquent la religiosité des habitants.

  - Nous assistons à un discours exemplaire : Lorsque Paul commence à s’adresser aux personnes réunies autour de lui à l’Aréopage (petite montagne à côté de la ville d’Athènes), il se sert de la visite de cette belle ville pour en faire un point d’accrochage : « En effet, en parcourant la ville, et en observant vos monuments sacrés, j’y ai trouvé, en particulier, un autel portant cette inscription : ‘ Au dieu inconnu’ ».

Voilà le départ. Saint-Paul a le souci remarquable de rejoindre les auditeurs. Il va se servir de cet autel aperçu, pour révéler le Dieu qu’il connaît.

Autant, jusqu’ici on voyait Paul se faisant « juif avec les juifs », autant on le voit maintenant se faire « grec avec les Grecs » ; autant on l’entendait citer plein de passages de l’Ancien Testament et se référer à l’histoire d’Israël, autant maintenant à Athènes, nous sentons son adaptation au milieu païen pour pouvoir être compris. Son discours s’achève avec la proclamation de la résurrection du Christ de façon non équivoque. « [Dieu] a fixé le jour où il va juger l’univers avec justice, par un homme qu’il a désigné; il en a donné la garantie à tous en ressuscitant cet homme d’entre les morts. »

Ce discours est vraiment remarquable du point de vue de la communication, mais il n’est pas seulement un effort d’un bon communicateur, il est aussi la parole d’un véritable évangélisateur. Cependant, il y a un point de clivage entre la façon dont les grecs pensaient la mort et la résurrection corps et âme qu’il annonce. D’où le ricanement de certains auditeurs qui répliquent à Paul : « Là-dessus, nous t’écouterons une autre fois. » 


    - Comment comprendre ce passage, pour nous aujourd’hui qui souhaitons évangéliser ?

   Premièrement, Paul commence par faire le tour de la ville pour prendre connaissance du milieu dans lequel il se trouve. Il essaie de comprendre à qui il s’adresse. C’est un point important pour nous qui sommes invités à témoigner : Il faut s’ajuster à son auditoire.

   Deuxièmement, il cherche des ponts par lesquels il peut, avec l’Évangile, rejoindre les Athéniens dans ce qu’ils croient. C’est pourquoi, Paul ne part pas, contrairement à l’accoutumée, des affirmations bibliques pour s’adresser aux Grecs. Il part des éléments connus de leur culture par lesquels s’ouvre une porte d’entrée pour l’Évangile. 

   Et, troisièmement, Paul proclame le kérygme, il dit réellement qui est Dieu, pour lui : « Il est ressuscité, oui, cet homme est vraiment ressuscité » comme le chante notre liturgie pascale.
 

Peut-être avons-nous eu, nous aussi, l’occasion de témoigner et de constater qu’à la fin, nous n’avons pas été entendus ou compris… Ce n’est pas grave ! Le discours de Saint-Paul semble faire un flop, mais cependant, il fait mouche !Plusieurs, dans l’assemblée, ont entendu les paroles de Paul et elles les ont mis sur la route du Christ.

Frères et sœurs, demandons, à la veille de l’Ascension, la force, le discernement de l’Esprit Saint et une véritable audace pour annoncer Jésus, vrai homme et vrai Dieu, mort et ressuscité ! Là est la soif de nos contemporains !

Demandons cela pour chacun de nous, nos familles, nos paroisses et le monde !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 18 mai 2020, 6semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, maison paroissiale par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 26 à 16, 4a. Livre des Actes des Apôtres 16, 11-15. Psaume 149.

 

Nous sommes à quelques jours de la belle fête de l’Ascension, c’est-à-dire proche du départ de Jésus de cette terre. Il monte vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu. 

Les textes de ces jours nous invitent à un « flash-back », à ce temps très particulier du Triddum. Nous voilà au soir du Jeudi Saint. (Grâce à la liturgie de ce jour, nous pouvons revivre, un peu, ce que nous n’avons pas pu vivre ensemble à cause du confinement : la Semaine Sainte.)

Après la Cène, Jésus prononce ce très long discours devant les disciples encore attablés. Judas vient de quitter la table pour aller accomplir son triste méfait… 

En écoutant Jésus leur expliquer ce qui va lui arriver, je vous laisse imaginer l’étonnement des disciples. Il vient de leur dire qu’Il va les quitter, qu’ils seront exclus des assemblées et peut-être même tués. 

Pour supporter tout cela, Il leur annonce aussi qu’Il leur enverra le Paraclet, l’Esprit Saint qui va leur donnera la force du témoignage.

Il a évoqué, dans les versets précédents, l’image de la vigne et des sarments greffés sur cette vigne qui l’a amené à faire un long développement ; Il leur parle enfin de l’amour fraternel : "Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres". 

Pour Jésus, l’Amour est ce point de rencontre avec son Père ! Mais souvent face à l’amour, nous constatons parfois, l’indifférence, ou pire : la haine ! Le ton change, et c’est ce thème de la haine qui devient un élément central : "Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous". N’oublions pas que nous sommes à la veille de la Passion de Jésus.

Pour saint Jean, le monde dans lequel nous sommes est celui du refus ! Rappelez-vous son Prologue ! « La Parole de Dieu est venue dans le monde, et le monde ne l’a pas reçue. » La lumière est donnée, mais nous restons dans l’obscurité ; ce monde qui a poursuivi Jésus de sa haine avant de la reporter sur ses disciples. Et c’est à propos de cette haine du monde que Jésus, pour la troisième fois, nous parle du Paraclet. 

“Quand viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père,

l’Esprit de vérité qui procède du Père, il me rendra témoignage”.

Face à cette haine que Jésus annonce, Il nous fait une promesse. Cette promesse est à la fois importante et rassurante : nous ne restons pas sans aide !  

Le Paraclet (c’est-à-dire à la fois le défenseur, l’avocat, le porte-parole et l’intercesseur) nous sera envoyé par Jésus, et même conjointement par Jésus et par le Père. L’Esprit Saint, qu’il nous faut ardemment demander afin d’être renouvelés dans ses dons, est justement, le lien d’Amour qui unit le Père au Fils et le Fils au Père. C’est ce qui nous permet d’entrer dans la force et l’amour de la Trinité.

"Je vous l’enverrai", dit Jésus. Voilà sa promesse !

Depuis le jour notre baptême, nous avons, nous aussi, reçu le don de l’Esprit Saint. Nous ne l’avons ni mérité ni acheté… Non ! C’est un don, pour que nous puissions témoigner de l’Amour de Dieu ! Et jusqu’aux dernières secondes de notre vie terrestre, Dieu ne souhaite pas nous laisser sans une aide efficace ! C’est pourquoi, depuis l’eau vive baptismale et l’onction d’huile sainte, l’Esprit Saint est à nos côtés. 

À chacune et chacun d’ouvrir ses yeux, son cœur, de Le suivre !

Ne le cherchons pas au loin : l’Esprit est déjà en nous !

À quelques jours de la Pentecôte, demandons ardemment de nous laisser vraiment renouveler par la force de l’Esprit Saint afin de rendre un joyeux témoignage à notre monde qui en a tant besoin !                                                                                  

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 17 mai 2020, 6 dimanche de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, maison paroissiale par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 15-21. Livre des Actes des Apôtres 8, 5-8.14-17. Psaume 65.

Première lettre de saint Pierre Apôtre 3, 15-18.

 

Les lectures d’aujourd’hui, nous préparent déjà aux fêtes de l’Ascension et de Pentecôte ! Sans doute l’avez-vous remarqué ! Ce matin, nous sommes invités à nous interroger sur la troisième personne de la Trinité : « l’Esprit Saint » !

À quel moment sommes-nous dans l’évangile ? Nous sommes le Jeudi Saint, c’est-à-dire à la veille du Vendredi Saint ! Oui, nous faisons un large bond en arrière. 

Jésus interpelle ses disciples (et nous interpelle) dans son discours d’adieu : pendant ce long discours, après la Cène, au moment où Judas a quitté la table pour aller le dénoncer, il annonce à ses disciples qu’il va les quitter. La façon dont Jésus s’est exprimé a dû sembler étrange et mystérieuse pour les disciples. 

Les Apôtres ont-ils saisi les paroles de Jésus ? Pas certain ! Dans tous les cas, il faudra le Dimanche de Pâques (la Résurrection) pour commencer à entrer dans le Mystère du Salut que Jésus propose ! Mais être témoin de la résurrection ne sera pas suffisant. Jésus ressuscité pendant 40 jours va encore enseigner les disciples, et ceci jusqu’au jour de l’Ascension. 

Après sa montée vers « son Père et notre Père », les Apôtres seront seuls. Ils vont revivre, à nouveau, une nouvelle absence du Christ. Leur premier réflexe sera de s’enfermer et de se protéger par peur de ce qui les entoure (dans laChambre haute). Il faudra attendre le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte (le temps d’une neuvaine) pour que les disciples comprennent, enfin, comment Jésus peut être présent dans leur vie, bien qu’ils ne le voient pas. 

C’est exactement cette même expérience de foi à laquelle nous sommes invités, nous qui ne verrons jamais le Christ de nos propres yeux en ce monde, et qui devons expérimenter sa présence sous une forme non visible. Cependant, cette promesse du Christ de ne pas laisser ses disciples orphelins s’applique à son Église, pour chacun de nous, tout au long de son histoire, depuis le jour de la Pentecôte jusqu’à la fin des temps. Comment cela se fera-t-il ? Par le Don de l’Esprit Saint !

Alors quel est ce don ? Qui donc est cette troisième personne de la Trinité ? 

C’est ce qu’il nous faut approfondir. Que pouvons-nous dire de l’Esprit Saint ?

Il est la troisième personne de la Trinité, il est Dieu, DON DE DIEU ! Il est reçu à notre baptême, renouvelé au jour de notre confirmation ! C’est un DON, et non un  ! Jamais, ni par l’intelligence ni par l’ascèse, on ne pourra le gagner, ni le saisir, ni le capter, ni le mériter. C’est un don offert, sans aucun mérite de notre part.

Nous prions régulièrement le Père (en récitant le Notre Père) ! Nous connaissons le Fils (à travers les Évangiles) ! Mais comment prions-nous l’Esprit Saint ? 

Comment faisons-nous pour le découvrir ?

Par la prière, certes ! ! Mais particulièrement comment faire ? Avez-vous retenu la réponse de Jésus. Il nous indique une voie : pas par ‘un faire’, mais par l’amour ! « Si vous m’aimez ! » dit Jésus. Jésus nous précise aussi que c’est l’Esprit Saint qui va nous permettre de comprendre et d’entrer dans cette relation trinitaire. C'est précisément l'Amour qui les unit l'un à l'autre, le Père au Fils et le Fils au Père. Nous découvrons (même si nous avons du mal à le comprendre), que la façon de prier l’Esprit Saint est d’aimer et de se laisser aimer.

La suite du discours d’A-Dieu de Jésus précise les fonctions que ce Défenseur remplira auprès des disciples : il leur rappellera les enseignements de Jésus, les actualisera à travers l’espace et le temps, leur en montrera la valeur définitive ; il les leur fera comprendre de plus en plus profondément et ainsi les conduira vers la Vérité tout entière ; Il les rendra capables de témoigner de Jésus avec courage (et parfois même jusqu’au martyr), de répandre son évangile parmi tous les peuples tout en leur permettant de confondre les mensonges de ce monde

C’est bien ce que Satan (le Diviseur) essaie de pervertir en faisant croire que l’amour peut se vivre de façon à la foi égoïstement et superficiellement ! Cela n’est pas l’Amour, mais un amour possessif et mensonger !

L’Amour que Dieu est tout autre ! Il est Don de soi et accueil de l’autre ! À nous d’aimer véritablement comme Dieu aime !

Accueillir l’Esprit Saint, nous permet de croire, de prier, de vivre pleinement les Sacrements de l’Église.

C’est toujours Lui qui anime l’Église ! Il est compris comme un souffle d’amour qui conduit l’Église ! 

Il nous permet de comprendre que ce Pain consacré est réellement le Corps du Christ, Jésus ! 

L'Esprit Saint m'invite à ne jamais désespérer, ni des autres, ni surtout de Dieu, ni même de moi-même !

Nous disons que l’Esprit-Saint est un souffle ! Prenons une image ! 

Imaginons un immense voilier conçu par un ingénieur génial ! Pour voguer, il peut disposer de belles voiles, il peut même disposer d’un équipage de grands marins ... encore faut-il qu’on ait hissé les voiles, pour laisser le vent souffler et le faire avancer ! Sinon, il va rester à quai !

Notre vie n’est-elle pas à cette image ? Nous sommes des merveilles. Notre Dieu créateur a fait de nous des personnes uniques, mais ne nous arrive-t-il pas de rester immobiles en oubliant de hisser nos voiles ? 

Peut-être avons-nous peur de quitter le port et d’entrer en haute mer ? N’y a-t-il pas encore en nous une crainte de risquer notre vie au Souffle de l’Esprit Saint, et de refuser de nous laisser emporter dans la grande aventure de la Foi et de l’amour de Dieu ?

Frères et sœurs, demandons la grâce d’oser hisser les voiles de notre vie, de laisser l’Esprit Saint s’y engouffrer, de nous laisser emporter dans la grande aventure de la foi et de l’amour de Dieu !

Demandons, au cours de cette eucharistie, cette pleine capacité d’aimer, de nous laisser aimer, et d’annoncer le Christ par amour ! 

Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, Amen !

Homélie du vendredi 15 mai 2020, vendredi de la 5e semaine de Pâques, année A.

Messe célébrée à Grenoble, avec les sœurs de la compagnie Notre-Dame.

Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 12-17. Livre des Actes des Apôtres 15, 22-31. Psaume 56.

 

Ste Jeanne de Lestonnac (XVIIe siècle).

1re messe post-confinement. Jour de mémoire pour sa canonisation:

Canonisation : 15 mai 1949 par le Pape  Pie XII. Fondatrice de la Compagnie de Marie-Notre-Dame

 

 

Chères sœurs, en ce jour mémorable pour vous et l’Église, nous continuons notre méditation du chapitre 15e selon saint Jean. Je suppose que vous avez pris le temps de méditer ce texte magnifique ? Quelle richesse !

  Dans les lignes qui précèdent, que nous dit saint Jean de la part de Jésus ?

       1 – De rester greffé sur Jésus, comme le sarment sur la vigne !  

       2 – De "demeurez dans mon amour", dit Jésus aux disciples.

Aujourd’hui, nous sommes invités par Jésus, à faire un pas supplémentaire, à entrer dans une compréhension extraordinaire pour l’époque.

Nous entendons encore aujourd’hui le grand désir de Jésus : il veut (ni plus ni moins) que nous soyons ses amis ! Non pas des serviteurs, mais ses amis !

Mesurons-nous ce que nous entendons ! Ne sommes-nous pas trop habitués à cette invitation ?

Connaissons-nous, en vrai, l’étymologie du mot « Ami » ? « Ami » veut dire : « qui est aimé ». C’est beaucoup plus profond qu’une relation ou un copain avec lequel je partage un verre ou une ballade !

Je le redis : l’« Ami » est celui « qui est aimé » ! Dans la pensée de Jésus, l’ami est aimé, non pas par ses actions ou par sa beauté, mais aimé gratuitement, tel qu’il est, pour sa profondeur de l’âme, son devenir, intégrant la totalité de tout ce qu’il est.

Nous prenons ici conscience de tout le poids du terme « AMI » particulièrement quand cet amour est celui-là même de Dieu. Dire : « Ami », signifie aussi l’audace du « DON ». Lorsque Dieu nous dit que nous sommes ses amis, Il nous invite à la réciprocité.  

Littéralement : "Ce qui est à moi est à toi et ce qui est à toi est à moi." comme nous le dit Jésus. 

C’est cette intuition que nous retrouvons dans la manière de vivre de la première communauté chrétienne, les amis partagent tout leurs biens. (Actes des Apôtres 2). C’est aussi ce que vous êtes invités à vivre, chères sœurs, dans la radicalité de votre vocation.

Le Christ fait de nous ses amis en nous faisant connaître tout ce que son Père lui a dit. Cette amitié était inimaginable pour l'homme : comment oser dire à Dieu qu’il est un ami ?

C'est pourquoi il fallait que ce soit le Christ Lui-même qui nous le dise et nous choisisse, comme Il vous a appelées, chères sœurs, au service de l’Évangile, pour la prière, pour être témoins dans le monde. 

Ce sont ces critères d'authenticité de notre foi chrétienne. 

Par ailleurs, connaissez-vous d'autres religions où l'homme est choisi comme un véritable ami par Dieu ? A-t-on vu un maître donner sa vie pour son esclave ?

C’est cela qu’il nous faut sans cesse redécouvrir !

J’ai pris le temps, entre différentes rencontres, de lire les différents ouvrages que vous m’avez prêtés sur la vie de votre fondatrice. Son histoire est passionnante ! J’ai retenu que c’est aussi ce que sainte Jeanne de Lestonnac, dans son projet de vie, veut retransmettre aux religieuses qu’elle envoie pour la fondation de la seconde Maison de l’Ordre. Elle puise dans le geste fort du lavement des pieds, lors de la Cène, cet amour d’amitié, cet amour de service, cet amour de don, cet amour qui aime comme Dieu aime ! (Jn 13, 33-34)

Je retiens d’elle cette citation :

« Il n’y a rien que je vous recommande avec tant d’affection que l’amitié entre vous et la conformité de vos volontés dans l’observance exacte de l’Institut, pour conserver vos âmes en paix et en union avec Dieu qui vous rendra aisé, par son amour tout ce qui semble difficile ». (Histoire de l’Ordre des religieuses Filles de Notre-Dame, p 429)

       Chères sœurs, rendons grâce pour l’amour dont sainte Jeanne de Lestonnac a été aimée par Dieu et qu’elle a su vous transmettre, de génération en génération depuis le XVIIe siècle. Rendons grâce pour votre congrégation et sa fondatrice ainsi que pour ce que vous transmettez vous-mêmes autour de vous par votre rayonnement dans la disponibilité, la prière et votre compassion.

                                                                                                                    Ainsi soit-il !

"Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur"
 
Année A - 5 avril 2020

 

        imageÀ la question : « Comment mieux comprendre le récit de la Passion ? »

 

(approfondir en cliquant sur les liens)

            Je vous invite, en premier lieu, à une lecture approfondie de la Lettre aux Philippiens, que nous lisons en deuxième lecture !

            Pouruoi ? La clef et le meilleur commentaire possible de la Passion, nous le trouvons dans l'admirable chapitre 2 de cette lettre de Paul aux Chrétiens de la ville de Philippe, (ville antique de Macédoine orientale – Grèce - , fondée par Philippe II en 356 av. J.-C).

         Il s'agit d'un hymne christologique* qui nous trace en quelques lignes un tableau grandiose de tout le mystère pascal que nous allons célébrer cette semaine.

         Il est très important pour nous de ne jamais perdre de vue tous les éléments de ce mystère pascal, qui comprend, inséparablement, la passion du Christ et sa Résurrection.

         Si Isaïe nous montre comment dans la passion, il (le Serviteur souffrant) « se laisse instruire », il subit et souffre. Saint Paul nous rappelle qu’Il (Jésus) s’est « abaissé ». Alors qu’il est de condition divine ! Il s'est dépouillé, il s'est anéanti, se faisant obéissant jusqu'à la mort sur la croix.

         Descendu de la croix – émouvante Pietà –, enseveli. « Tout est consommé ! », a-t-il dit.

         Et c'est, dit-il, précisément parce qu'il a renoncé à faire valoir tout droit, qu'il a pu tout recevoir comme don, et que le Père l'a ressuscité. ⇒ La Vie a vaincu la Mort !

          Dans notre liturgie chrétienne, nous ne célébrons jamais un Christ mort. Nous célébrons toujours le Christ ressuscité ! Lui, le Christ qui est passé par la mort, mais que le Père a ressuscité !

         Dans la foi, monté aux cieux, il est à la droite du Père et il intercède pour nous. Et c'est pourquoi ce mystère demeure toujours pour nous le fondement de notre espérance.

         Avec le Christ, c’est tout le peuple des souffrants, des découragés et des persécutés (et nous pourrions dire, des confinés) que nous cherchons à accompagner.

         Malgré nos propres croix que nous portons souvent avec difficultés, notre vie est précieuse et cette vie a un sens véritable, car Dieu lui-même nous redit sa valeur !

NE L’OUBLIONS PAS ⇒ IL A DONNÉ SA VIE POUR NOUS !

         Tout au long de cette Semaine Sainte (seul, en famille, en collocation…, mais toujours en communion les uns les autres !) suivons Jésus, le Messie, sachant que si ce chemin passe par le jardin de Gethsémani et le Golgotha, il conduit aussi au sépulcre ouvert du matin de Pâques.

            Ainsi soit-il

                     par + Patrick Gaso

* « hymne christologique » : un chant dans lequel toute l’attention est centrée sur les « sentiments » du Christ, c’est-à-dire sur sa façon de penser et sur son attitude concrète et vécue. (Audience Benoît XVI)

Une Semaine Sainte inédite !

Une méditation du père Patrick Gaso :

       

image       Ces derniers jours, le téléphone de la Maison Paroissiale a sonné de nombreuses fois ! Certains appels étaient des messages d’amitié et de soutien, d’autres posaient de bonnes questions !

       ⇒  Allons-nous vivre à l’église les offices de la Semaine Sainte ? Comment récupérer des branches de rameaux ? Comment me confesser ? Comment allons-nous faire pour vivre un vrai triduum Pascal ? Et bien d’autres encore…

       Bref, des questions légitimes et pertinentes !

       Dans la situation d’isolement que nous vivons, je vous laisse imaginer une certaine déception ! Ne pas pouvoir se rassembler en Paroisse pour célébrer cette Semaine Sainte, recevoir une branche de buis, vivre le lavement des pieds, la Sainte Cène, le feu Nouveau, le Reposoir… recevoir les sacrements… partager la joie du Christ ressuscité… quelle déconvenue et agacement pour certains ! Oui, sans aucun doute ! Tous ces manques sont une véritable épreuve qui nous attriste. Cependant, toute privation nous invite à des opportunités à saisir !

       La situation dramatique que certaines familles vivent actuellement, notre confinement éprouvant nous oblige à creuser davantage le sens de cette Semaine si particulière. Nous sommes invités à nous mobiliser dans notre foi personnelle et à être inventifs pour vivre cette foi : seul, à distance, en famille… La situation actuelle nous invite à faire de notre maison, notre appartement… une petite église !

            Il est intéressant de noter que la Pâque juive (telle que Jésus l’a vécue) est essentiellement une liturgie familiale.

       Nous allons vivre, selon nos moyens, des célébrations et un approfondissement de notre foi dans cette église domestique, que nous formons dans nos foyers !

       image             À la question : Comment vivre cette Semaine Sainte ?                    

       Dans cette situation de crise, nous pouvons découvrir que Pâques, tel que le Christ et ses disciples l’ont vécue, contient une dimension de confinement !

       D’abord pour le Christ lui-même, car à Gethsémani, il vit une agonie qui contient angoisse et tristesse. À partir de son arrestation, le Jeudi Saint, il est seul. Il est de plus en plus privé de liberté : d’abord prisonnier, puis attaché à une colonne et finalement crucifié sans même pouvoir bouger les mains et les pieds. Au Vendredi Saint, seul et abandonné, il nous apprend cette intimité avec son Père et la force du Pardon.

       Le mystère du Samedi Saint est le confinement dans son absolu, la mise au tombeau, avec l’âme du Christ qui descend aux enfers où sont retenues prisonnières les âmes des justes. C’est de ces ténèbres que vont jaillir la lumière pascale et la vie nouvelle et immortelle.

       C’est tout cela que nous sommes invités à vivre, d’une manière renouvelée, peut-être parce que nous sommes moins sollicités, moins dispersés ! Peut-être aussi, et c’est ma prière, que nous prenions un vrai temps de « pause » avec Jésus ! La méditation de la Passion du Christ est cette invitation à contempler et vivre avec compassion, la souffrance et la mort tout en gardant un vrai regard d’espérance.

       Dieu nous rejoint dans toutes nos souffrances, petites et grandes ! Il est proche ! Il compatit ! Il nous encourage dans un don de nous-mêmes. Il nous redit qu’il est vainqueur sur toutes nos morts. Qu’il est le Chemin, la Vérité et la Vie !

Pas à pas, jour après jour, autrement, osons vivre ensemble cette semaine Sainte.

       Gardons ces liens de la charité et de l’espérance : prière personnelle et familiale, charité partagée avec les voisins et les amis, attention aux uns et aux autres, savoir consoler et accepter d’être aidé, remercier pour le dévouement des soignants, exprimer une vraie confiance en Dieu, dans la force de l’Epsrit !

        Belle et surprenante Semaine Sainte à tous !

              Bien fraternellement

                     + Patrick Gaso

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      Nous sommes en « Urgence sanitaire », vient de nous redire le Premier ministre en ajoutant, à minima, 2 semaines d’isolement supplémentaires qu'il annonce déjà difficiles. Les 5 continents sont presque en totalité confinés. Du jamais vu ! Un « être » invisible menace notre humanité. Il menace nos voies respiratoires. Tous les jours, les statistiques mondiales tombent. Une « guerre biologique », au sens figuré, devenue réalité. 

      Comment décrire ce virus sournois et virulent ? Il se faufile dans les accolades, dans les poignées de main et, à ce qu’il paraît, jusque dans l’air que nous respirons. C’est un petit microbe insignifiant, et pourtant, après avoir semé la désolation et la mort en Asie, il parvient à mettre à genoux le système sanitaire de chaque pays ! Il suspend le temps, les vies, le travail, les projets, les amours. Il met sous cloche des nations entières, privant ses citoyens des libertés fondamentales, fermant des écoles dans toute l’Europe, mettant en panique l’économie des petits comme des grands.

      Chaque jour, il fait fondre en larmes des infirmières, des médecins, du personnel soignant qui eux-mêmes tombent malades. Il met sur la paille des entrepreneurs, des commerçants, des restaurateurs... Il fragilise des familles par une promiscuité étouffante. Il fait balbutier autant les politiques que les experts ! Il touche sans distinction, nantis ou pauvres, autochtones ou migrants. Il accule des familles à vivre des deuils où les amis et les proches seront absents.

     L’horreur absolue ! Pourquoi Seigneur ? Combien de temps encore ? Vais-je tenir le confinement ? Suis-je touché ? Je m’inquiète pour ma famille…

                Ce qui est mis à l’épreuve, ici, c’est aussi notre espérance !

      Comme beaucoup, vendredi soir, je viens de vivre par Internet, la bénédiction "Urbi et Orbi" prononcée par le pape François. Célébration exceptionnelle d’un homme seul sous une pluie battante, face à une place Saint-Pierre entièrement vide.

      Commentant l’épisode de la Tempête apaisé (Mc 4, 35- 41), il a commencé ainsi : « Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble. » (Suite de l'homélie du Pape François sur ce lien)

      En dépit du confinement, nous avons à faire le choix d’avancer « ensemble ». C’est un véritable défi quand la crise où nous sommes nous met tout à l’envers.

      Il y a ceux qui sont dedans ! Pas question de sortir. Au contraire, il est question de demeurer, de rester chez soi. Chose parfois bien difficile pour mille raisons justes, y compris le chagrin ô combien lourd d’avoir des proches et des amis gravement malades, mourants. Mais ce douloureux sentiment d’impuissance devient aujourd’hui un combat collectif, une vraie solidarité, en faveur de la vie de tous.

            Il y a ceux qui sont dehors au service de tous : soignants, éboueurs, caissières, boulangers, cuisiniers, agriculteurs, informaticiens, magasiniers, livreurs, chauffeurs, militaires, policiers… et bien d’autres que j’oublie. Toutes ces personnes que nous applaudissons avec raison tous les soirs. Habituellement, ils nous sont pour la plupart peu visibles, mais ce sont eux qui portent notre quotidien.

      Il a suffi de quelques jours pour que la certitude devienne incertitude, que la force devienne faiblesse, que le pouvoir devienne solidarité et concertation. En silence, nous pouvons nous retourner en nous-mêmes et comprendre la valeur des mots solidarité et vulnérabilité.

      Dans cette prise de conscience, nous sommes tous invités à une plus grande solidarité et à une plus grande communion.

      Après cette première semaine où nos habitudes ont été violemment bousculées, ce temps de confinement est pour tous l’occasion de vivre une vie plus sobre, plus simple, plus respectueuse de mon attention à l’autre. »

      Nous avons aussi à transformer ces semaines en moment d’intériorité. Ne nous laissons pas étourdir pour un flot d’informations le plus souvent anxiogènes.

      Profitons-en pour lire la Parole de Dieu et pour prier les uns pour les autres. »

 

      Laissons Dieu parler à notre cœur. Questionnons-nous sur notre monde, sur le fonctionnement de notre société, sur notre manière de vivre et sur notre rapport aux technologies. »

      Ce virus veut nous couper le souffle, mais il ne parviendra pas à nous priver d’initiative et d’audace. Il ne parviendra pas à nous priver du souffle de Dieu, du souffle de l’Esprit !

               Restons bien en communion de prière et attentif à tous

                                        + Patrick Gaso


 

Oui Seigneur, en toi j'ai mis ma confiance! (à écouter ! Désolé pour la pub avant)

https://youtu.be/7MY6HRFe32Q

https://youtu.be/YkOxVGwHOuw

Dimanche 29 Mars 2020
5e Dimanche de Carême
1ère lecture : Ezékiel 37,12-14
2ème lecture : Romains 8,8-11
Évangile : Jean 11,1-45

   

    En ce cinquième dimanche de carême, l’Église nous propose trois lectures complémentaires afin de préparer les fêtes pascales. Ces lectures nous invitent à nous réjouir en fixant notre regard sur le Christ. Il révèle aujourd’hui dans l’Évangile qu’Il est source de vie, en rendant la vie à Lazare.

    Ces lectures nous font méditer sur le sens du baptême, naissance à la vie chrétienne et, aussi, sorte de renaissance, car nous passons, comme Lazare, de la mort à la vie.

    Comme nous le savons le baptême est un passage d’une vie mortelle à la vie éternelle avec et par Jésus Christ.  

    Dans la première lecture nous voyons que le Seigneur parle à travers le Prophète Ezékiel en disant « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple ». Dès le début, le Seigneur voulait nous faire sortir de notre situation mortelle à la vie et depuis notre baptême, nous sommes devenus « peuple » de Dieu, membres du Corps du Christ.

    Quant à la deuxième lecture, Saint Paul voulait faire comprendre aux romains en disant que « Nous sommes toujours sous l’emprise de la chair » mais grâce à notre Baptême, nous sommes devenus un homme nouveau.  L’Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus habite en nous et nous avons reçu ce même Esprit Saint par l’onction du Saint Chrême qui fait de nous fils et filles de Dieu.

    Dans l’Evangile, Jésus se dévoile en disant « Moi, Je suis la résurrection et la vie… ». À travers cette parole de Jésus, nous nous apercevons que la vie ne nous appartient pas. Nous ne sommes que des intendants, que de passage sur cette terre.

    Jésus rappelle à la vie Lazare qui était mort. Nous aussi, nous sommes morts par le péché mais à chaque fois que nous nous tournons vers Dieu, nous nous confessons. Dieu par Jésus nous rend la vie, nous fait renaître à une vie nouvelle.

    Nous sommes parfois occupés par notre vie quotidienne sans penser à notre vie spirituelle. Il est temps d’y penser. Jésus nous invite toujours à nous tourner vers Lui. Il veut nous rappeler qu’Il est source de vie.

    Nous aussi, comme Lazare, nous avons été morts mais grâce au baptême, nous sommes vivants, nous avons reçu la vie et à notre tour nous sommes invités à la partager, à témoigner de cette vie dans notre vie quotidienne. Quel que soit notre état de vie, Jésus aime chacun de nous tel il est. Il vrai que témoigner de Jésus, dans notre monde, n’est pas facile, cela nous coûte cher mais Il est toujours présent à nos côtés.  Il faut juste lui faire confiance. Il se dévoile qu’Il est « la vie ».

   Durant ce temps de carême, que chacun d’entre nous puisse découvrir et dire comme Marthe « Oui, Seigneur, je le crois, Tu es le Christ, le Fils de Dieu »

    Nous sommes invités à vivre ce carême comme un passage vers une vie plus juste, plus solidaire, plus ouverte à Dieu et aux autres. Avec le Christ, nous pouvons toujours triompher de nos peurs et retrouver le courage et l’espérance de repartir en avant. C’est chaque jour qu’il nous faut ressusciter avec lui.

    Que le Seigneur par son Esprit Saint ouvre nos oreilles et nos yeux pour accueillir cette vie   dans nos cœurs.

    Avec la situation actuelle que nous traversons, il est temps de nous réveiller, de sortir de nos tombeaux d’orgueil, d’indifférence, d’égoïsme. Unissons nos forces par la prière pour vaincre le mal. Rappelons qu’avec Jésus, c’est le bien qui aura le dernier mot, c’est l’amour qui triomphera toujours.

    Profitons de notre passage sur cette terre pour faire le bien en acceptant les œuvres de l’Esprit du Seigneur qui veut habiter en nous pour respecter la vie afin de préparer la vie éternelle auprès de Dieu

    Ayons le courage de sortir de notre tombeau pour vivre une vie nouvelle. Ne perdons pas l’espérance. Le Seigneur exauce toujours notre prière filiale. Soyons bienveillants les uns envers les autres et restons solidaires au sein de notre famille, de notre Paroisse, par la pensée et par la prière.

+ Dany Ramanatsitohaina  

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Bénédiction « Urbi et orbi » - 27 mars 2020

Vendredi 27 mars – Place Saint Pierre

Sur le parvis de la basilique Saint-Pierre nocturne et désert, symbole d'un monde confiné, les paroles de François et la bénédiction du Saint-Sacrement

"Le soir venu..." (Mc 4, 35).

Ainsi commence l’Évangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber.

D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage. Cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. 

Dans cette barque, nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : "Nous sommes perdus" (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.

Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre le comportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est à l’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : "Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?" (v. 40).

Cherchons à comprendre. En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, qui s’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : "Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ?" (v. 38). Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : "Tu ne te soucies pas de moi ?". C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.

La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. 

Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésie avec des habitudes apparemment "salvatrices", incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité.

À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos ego toujours préoccupés de leur image. Et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.

"Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?". Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : "réveille-toi, Seigneur !".

"Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?". Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : "convertissez-vous", "revenez à moi de tout votre cœur" (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir entre ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. 

Et nous pouvons voir de nombreux compagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues, ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show, mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les événements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. 

Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : "Que tous soient un" (Jn 17, 21). Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insufflent l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la coresponsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière ! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes ! 

"Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ?". Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais.

Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. 

Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés. 

Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf. Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.

Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant notre soif de toute-puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance. 

"Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?" Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi – solide comme le roc – de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que, de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu. Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort aux cœurs. Tu nous demandes de ne pas avoir peur. Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs. Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête. Redis encore : "N’ayez pas peur" (Mt 28, 5). Et nous, avec Pierre, "nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous" (1ère lettre de Pierre 5, 7).

Homélie du lundi 25 mars 2020, Solennité de l’Annonciation du Seigneur, année A

Livre d’Isaïe 7, 10-14. 8, 10. Psaume 39.

Lettre de la lettre aux Hébreux 10, 4-10. Évangile selon saint Luc 1, 26-38.

 

Nous voici bien éloignés physiquement les uns des autres, mais pas en pensée ni en prière.

Chers frères et sœurs, alors que nous vivons ces temps difficiles, j’aimerais, avec vous aujourd’hui, m’arrêter quelques instants, sur les deux attitudes de Marie, au moment où l’ange est entré chez elle.

Alors que nous ne savons pas combien de semaines durera ce confinement, peut-être pouvons-nous demander, pour chacun de nous , la grâce de vivre ces deux attitudes !

  • La première attitude de Marie est la confiance : Marie fait confiance.
  • La deuxième attitude : Marie est audacieuse.

“Le sixième mois, l’Ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une bourgade de Galilée appelée Nazareth …“Un peu à l’improviste, l’ange Gabriel fait irruption dans la vie de Marie. Marie accueille avec confiance la parole de l’ange. Elle entend cette salutation. Bien que Marie soit préparée de toute éternité, Dieu attend d’elle un “oui“ ; un “oui“ libre, profondément libre ! À Nazareth, Marie fait confiance, elle n’a pas d’autre projet que de laisser faire Dieu dans sa vie et de trouver grâce auprès de Lui.

Si Marie est confiante, elle est aussi véritablement audacieuse.

Et nous, comment réagissons-nous habituellement, sommes-nous facilement confiants et audacieux ?

Si je demande à quelqu’un dans notre assemblée de me rendre un petit service : « Peux-tu faire ceci ou cela qui est important pour moi, peux-tu m’aider ? » Peut-être allez-vous me répondre : « Oui ! Peut-être, mais de quoi s’agit-il ? Est-ce que ce sera difficile, peineux ? Me faudra-t-il beaucoup de temps pour rendre ce service ? Et… pourquoi moi, suis-je le seul compétent ? » Il me faudra, assurément, expliquer le pourquoi, le comment et la durée

De fait, peut-être aurait-il été normal qu’à l’instant où l’Ange dit à Marie : « Tu vas enfanter le Sauveur, notre Seigneur », il ajoute, au « OUI » de Marie, pour la rassurer : « Ne t’inquiète pas Marie, je vais tout t’expliquer. Tu verras, tout va bien se passer ! 

  • Alors déjà, Joseph va être très surpris. Il sera contrarié. Pourtant, ne t’inquiète pas, il aura un songe et une bonne solution sera trouvée, même si, au départ, il pense te répudier. 
  • Et puis encore, vers le huitième mois de ta grossesse, ce fou de l’Empereur Auguste va instaurer un grand recensement ; il te faudra faire cette longue route jusqu’à Bethléem. Vous aurez peut-être du mal à vous loger, mais tu verras, tout ira bien ! 
  • Après la naissance de Jésus, des mages vont arriver, les bras chargés de présents… C’est normal ! 
  • Plus tard encore, l’autre fou d’Hérode va faire assassiner tous les jeunes enfants, et il vous faudra vous enfuir en Égypte. 
  • Jésus sera un enfant très obéissant, mais quand il aura douze ans, il va faire une fugue : il restera trois jours complets dans la Temple de Jérusalem, tu auras peur de le perdre, mais là encore, ne t’inquiète pas. 
  • Quand il aura trente ans, beaucoup de disciples vont se regrouper autour de lui, et le suivre ; ils vont sillonner les routes, puis, trois ans plus tard, il sera condamné à mort, il va mourir sur la Croix. Mais… ne t’inquiète pas : Il va ressusciter ! Il sera vivant pour toujours ! »

 

Nous aurions pu imaginer que l’ange prenne le temps d’expliquer à Marie tout ce qui allait lui arriver. Nous aimerions tous cette explication, mais… après son « OUI », simplement : “l’ange la quitta“

Marie n’a aucune garantie, aucun détail sur son avenir. Pourtant, elle donne tout, tout ce qu’elle est, complètement, totalement. Non seulement, Marie fait confiance, mais elle entre, pleinement, dans le plan d’audace de Dieu, pour elle, comme pour nous.

Frères et sœurs, demandons, ce matin, d’être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint. En ces jours, c’est Lui qui nous dévoile le mystère de Pâques, petit à petit. 

Demandons simplement de faire confiance à Dieu, même si, autour de nous, le monde est plein de contradictions, de controverses et de tristesses et que parfois, nous avons du mal à tout comprendre ! Faisons confiance à Dieu ! Comme Marie, méditons sa Parole !

Entrons dans l’audace de Dieu, pour nous, pour nos familles, pour notre Paroisse et pour le monde !

Que Dieu soit béni pour Marie, confiante et audacieuse !

Que Notre-Dame de l’Espérance nous guide.

AINSI SOIT-IL !

Une Homélie du père Patrick Gaso pour ce 4° dimanche de Carême

(St Jean 9, 1-41 - Guérison de l'aveugle-né)

Ce quatrième dimanche de Carême nous invite de passer des ténèbres à la lumière ! Et cela dans la Joie !

Dès la première lecture, nous pouvons être frappé par la façon dont Dieu regarde l’homme : « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur ».

Toute la liturgie chrétienne est cette invitation de passer des ténèbres à la lumière!

Pouquoi ? Pour que notre vie en son cœur soit illuminée ! Il y a donc une écoute, une décision, une action et peut-être même, un combat ! Comme nous le précise St Jean dans son Prologue : « La lumière est venue dans le monde ! Les ténèbres ne l’ont pas accueilli ! »

   Mais est-ce si facile de sortir des ténèbres, de sortir de nos obscurités ? Cela peut paraître surprenant : certains ne le veulent pas ! Incompréhensible ! Il sera même difficile d'essayer de convaincre ! Il nous reste le témoignage et la prière !

   Mais nous-mêmes, acceptons-nous si facilement la lumière ?

L’évangile d’aujourd’hui nous montre trois attitudes différentes devant Jésus, lumière du Monde ! Les Pharisiens, les parents et l’aveugle : nous assistons à 3 réactions différentes !

-->  Les Pharisiens s'enferment de plus en plus dans leur refus.

Au début, ils semblent admettre le fait de la guérison : "Comment as-tu recouvré la vue ? Mais ensuite les plus hostiles accaparent le débat et jettent le doute dans l'esprit des gens : "Après tout, qu'est-ce qui nous prouve qu'il était vraiment aveugle ?"

Lors du dernier interrogatoire, ils ne cherchent plus du tout la vérité. C'est le drame des Pharisiens : ils croient voir et savoir et pourtant, il se ferment à la lumière :

  • "Cet homme ne vient pas de Dieu ! La preuve, il guérit le jour du sabbat !
  • "Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur !"

-->  Les parents de l'aveugle-né sont interrogés. Ils SONT en demi-teinte avec la vérité:

"Oui ! Nous sommes certains que c'est bien notre fils et qu'il est né aveugle. Comment maintenant il voit, nous l'ignorons ! Qui lui a ouvert les yeux, nous l'ignorons ! Interrogez-le !

Les Pharisiens disaient : "Nous savons !"

Les parents disent : "Nous ignorons", et nous ne voulons pas savoir.


-->  Mais c'est l'attitude de l'aveugle qui doit nous interpeller davantage au cours de cette montée vers la lumière de Pâques.

D'abord il n'a rien dit. Il a perçu la présence de Jésus devant lui, sans le voir.

Il a entendu ensuite des paroles étranges : "Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde". Mais à quoi bon parler de lumière à un aveugle-né ?

C'est alors qu'il a senti la boue appliquée sur ses yeux, comme si Jésus voulait signifier par là: "le Créateur a fait l'homme avec la glaise du sol, et moi je le recrée avec un peu de boue".

Et l'aveugle a obéi. Toujours sans rien voir. Il s'est rendu à la piscine de Siloé, la piscine de l'Envoyé, il s'est lavé à la piscine indiquée par Jésus, l'Envoyé de Dieu. Là encore, rien ! Mais au retour, il voyait.

La très belle conclusion du récit est pour chacun de nous en ce Carême : nous sommes aveugles de naissance, guéris par le baptême !

Il nous faudra apprendre sans cesse à voir le monde, les choses de la vie, les autres, nous-mêmes, avec le regard du Christ. Il nous faudra la même ouverture de cœur que cet homme. « Crois-tu au Fils de l´homme?» Il répondit : «Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui?» Jésus lui dit: «Tu le vois, et c´est lui qui te parle.» Il dit : «Je crois, Seigneur», et il se prosterna devant lui.

N’oublions pas cette phrase de la première lecture de ce dimanche de Carême, qui dit à propos de David : « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l´apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Ainsi soit-il

Homélie du mercredi 11 mars 2020, 2e semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 20, 17-28. Psaume 30. Lettre du prophète Jérémie.

 

    Voilà un texte biblique à la fois riche et surprenant ! Surprenant car les mamans sont vraiment incroyables ! Elles sont tout à fait capables de faire cette demande ! « Hey Jésus ! Mes enfants, peux-tu les prendre avec toi et les mettre à une bonne place ? »

    Remarquez, dans la scène, que c'est la maman qui a fait la démarche pour ses deux fils ! Les deux frères n’ont pas eu cette audace ! Peut-être ont-ils dit à leur maman : « S’il te plait maman, va demander à Jésus ! » 

    Pensez donc ! Être à la droite et la gauche du Seigneur dans le Royaume à venir, c’est une place privilégiée. Quel honneur pour la famille et quelle assurance pour la vie à venir !

    Avez-vous bien entendu la réponse de Jésus ? Elle est toute en douceur ; Il ne s’offusque pas et répond simplement que cela dépend du Père, et que, de toute façon, le partage de la gloire de Jésus suppose aussi le partage de tout son destin, y compris le baptême de souffrance, qui a commencé pour Jésus.

    Le projet de préséance des deux frères a, bien sûr, fait gronder les dix autres ! Mais là encore, tout en douceur, Jésus les appelle et prend ce prétexte pour donner une catéchèse sur la vraie grandeur. 

Le premier réflexe du disciple de Jésus doit être,

non pas d'être servi, mais de servir et de livrer sa vie.

D'un seul coup, sont balayées toutes les prétentions des deux frères ; mais surtout nous sommes ramenés, nous-mêmes, au quotidien de notre vie et à notre échelle de valeurs. Notre existence vaudra, non par les charges que nous aurons occupées ou par les travaux que nous aurons menés à bien, mais par la bonté que nous aurons semée et l'amour que nous aurons "mis en œuvres", parfois même, dans  des conditions parfois difficiles. Nous le savons, frères et sœurs, mais l’avons-nous bien compris pour nous-mêmes ?

     Et cela va très loin dans notre vie et très profond dans notre cœur. Jésus nous demande de mettre fin à tout réflexe de supériorité, à tout désir d'autoréalisation.

    Notons quand même la réponse extraordinaire et vraie des deux frères ; quand Jésus leur a demandé : "Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?", la réponse est immédiate : sans hésiter un instant, ils ont répondu : « Nous le pouvons ! », sachant bien qu'il s'agirait de souffrir avec le Christ. 

    Jésus n'a pas contesté ni récusé leur audace, qui était une belle preuve de leur amour. Et de fait, Jacques sera le premier à donner sa vie, puisque le roi Agrippa I le fera martyriser, très rapidement, dès l'année 44.

    La demande mal orientée de ces deux frères pourrait être aussi la nôtre, aujourd’hui ! Ayons plutôt cette audace dans le don de soi, du service total qui ira jusqu’au don de nous-mêmes pour le Christ !  Ce sera toujours un beau témoignage de foi et c’est cela que le Seigneur attend de chacun de nous !      

          Demandons d’être de bons serviteurs au service de notre famille, de la Paroisse et du monde !     

                                                                                                                            Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 9 mars 2020, 2e semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 6, 36-38. Psaume 78. Lettre du prophète Daniel 9, 4-10.

 

Voilà un court évangile, mais d’une densité incroyable !

Les paroles que nous venons d’entendre dans cet évangile de St Luc, peuvent donner le vertige à ceux qui les écoutent. Jésus exprime ici plus qu’une règle de bienséance, plus qu’un simple savoir-vivre dans le respect de tout le monde, plus que de vivre de non-violence, plus que de porter un regard de bonté sur les autres.

Jésus veut nous enseigner à propos d’un élément essentiel ; en réponse à la spirale de la haine, Il nous invite à répandre sur un monde en manque d’espérance et d’amour, une surabondance de miséricorde.

- Au lieu de déverser la haine, Il nous invite à faire le bien, 

- Au lieu de la malédiction, Il nous invite à bénir.

…/… « Car la mesure dont vous vous servez pour les autres, servira aussi pour vous. »

Pour nous en montrer la faisabilité, Jésus l’a vécue, vraiment, totalement. Il a supporté tous les coups sans en condamner les auteurs. Rappelez-vous ses mots au sommet de la Croix : « Père, pardonne-leur ! »

Pour chacun de nous, cela peut paraître trop exigeant ! Certains vont me dire :   je ne suis pas Jésus ! Il avait Lui, des grâces que je n’ai pas reçues !

Nous savons que nous ne sommes pas parfaits, et en l’affirmant, j’espère ne choquer personne. Il est vrai que nous ne sommes pas parfaits ! 

Le chemin proposé par Jésus peut même nous sembler surement trop étroit et la montée assez rude… mais il nous faut comprendre que :

- Oui ! Cette attitude est possible ; 

- Oui ! Nous pouvons imiter Jésus dans notre façon d’être, dans notre façon d’agir.

Des grâces nous sont données ! Je suis certain que plusieurs d’entre nous pourraient dire qu’à un moment ou à un autre : j’ai réussi à pardonner, j’ai réussi à réprimer un mouvement de colère, j’ai réussi à modifier mon regard pour qu’il ne soit pas un regard de haine… alors que cela me paraissait vraiment impossible !

 Pour avancer sur le chemin du Carême, il nous faut être pétris dans la contemplation de Celui qui a lancé au monde de tels propos, parce qu’Il était, lui-même, en vérité et en actes, la miséricorde incarnée.

Durant ces semaines qui nous conduisent à Pâques, il nous faudra vivre, pour nous-mêmes, cette miséricorde. Je suis persuadé que, tant que nous n’avons pas été personnellement et intérieurement bouleversés par la miséricorde de Dieu, nous aurons du mal à être miséricordieux comme Dieu est miséricordieux.

La foi nous l’apprend : il ne suffit pas d’être pleins de tendresse, de gentillesse, de bonté, d’amabilité, « les païens n’en font-ils pas autant ! » (Mt 5,46)

Ce temps de Carême nous pousse au-delà d’une simple gentillesse humaine. 

C'est Dieu qui voit, dans le secret, le don que nous faisons de nous-mêmes sans que personne sur terre ne le remarque. 

Lui seul sait la mesure avec laquelle nous donnons ou laissons prendre. Il prendra la même mesure pour nous combler, et il mettra sa joie à la faire déborder.

Ainsi soit-il

Homélie du mercredi 4 mars 2020, 1ere semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 29-32. Psaume 50. Lettre du prophète Jonas 3, 1-10.

 

Comme je vous le disais en introduction, il y a tout juste une semaine, nous fêtions le mercredi des Cendres ! C’est-à-dire, une journée de jeûne, une journée de pénitence. 

Tout au long de cette première semaine de Carême, la liturgie, l’Église, nous aident à mieux découvrir qui est Dieu pour chacun de nous, qui est Jésus pour moi. 

L’invitation est là :  comment mieux Le connaître pour lui ressembler, comment prendre du temps avec Lui. Pourquoi ? Afin qu’Il me permette de découvrir ce que je dois changer et convertir !

L’évangile que nous venons d’entendre fait suite à une guérison, plus précisément à un acte de libération : Jésus vient de chasser un Démon !

La foule a vu, elle a entendu et pourtant… elle Lui réclame un signe venant du ciel, un prodige supplémentaire qui les obligerait, en quelque sorte, à croire en Lui. C’est-à-dire : un signe du ciel pour prouver qu’il vient bien de la part de Dieu.

La réponse de Jésus est directe, presque cinglante : à ceux-là, comme à nous, « il ne sera donné que le signe de Jonas ». 

Nous avons entendu l’histoire de Jonas dans la première lecture, et nous savons qu’elle est bien connue dans notre monde chrétien, et aussi au-delà. 

Jonas est un prophète atypique, somme toute bien sympathique, peut-être en raison de son franc-parler et de son caractère un peu boudeur (et peut-être que pour les Français, cela parle davantage).

Pourquoi, aujourd’hui, Jésus me parle-t-il de Jonas ?

À vrai dire, le signe de Jonas se situe à deux niveaux :

  • Tout d’abord par son message de conversion qui a été entendu dans une ville étrangère, une ville païenne, par les habitants de Ninive.
  • Puis, un peu plus tard, lorsque Jonas a été avalé par le monstre marin ; il est resté invisible durant trois jours et trois nuits et cela fait référence à la mort de Jésus et au premier message de sa résurrection.

Ce jour-là, dans l’évangile, la parole de Jésus se situe au premier niveau, c’est-à-dire : une invitation à une écoute et à un vrai changement

Nous pouvons constater ici un paradoxe : Jésus, Fils de l’homme durant sa vie terrestre apporte, Lui aussi, un message de conversion et, alors que Jonas a été entendu et écouté par un peuple étranger, voilà qu’Il se voit contesté dans son propre peuple… et pourtant, Jésus est bien plus que Jonas

Comme si ce rappel ne suffisait pas, Jésus en appelle à la reine de Saba. Cette reine illustre, avait fait la démarche de venir depuis son lointain royaume, pour entendre la sagesse du roi Salomon. Si elle, l’étrangère, a fait ce long voyage pour entendre les proverbes d’un roi, pourquoi les auditeurs de Jésus se détourneraient-ils de Lui, alors que du milieu d’eux, Jésus leur dévoile la réalité, le mystère du Royaume ?

Surprenant !

Peut-être vivons-nous le même paradoxe ?

À notre génération comme à celle d’hier, il ne sera pas donné d’autres signes que celui de Jonas. Or, avec Jésus, en Jésus, il y a bien plus que Jonas, bien plus que la reine de Saba, bien plus que Salomon : Il est la Parole vivante !

Frères et sœurs, si nous entendons ce texte tout particulièrement à la fin de cette première semaine de Carême, peut-être est-ce parce que nous avons besoin de nous mettre davantage à l’écoute de la Parole de Jésus.

Un signe nous sera donné, un signe nous est déjà donné : un grand signe que les chrétiens reconnaissent ! C’est le signe du Fils de l’homme crucifié, c’est-à-dire le signe de Jésus en croix, le signe de Jésus donnant sa vie pour la multitude.

En ce jour, demandons, pour cette nouvelle semaine qui commence, la grâce d’une conversion, la grâce d’une écoute plus profonde de la Parole de Jésus !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 2 mars 2020, 1re semaine de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 25, 31-46. Livre des Lévites 19, 1-2.11-18. Psaume 18b.

 

Ce qui est certain, c’est que l’évangile que nous venons d’entendre ne laisse pas indifférent ! Il nous fait réagir, dans un sens ou dans un autre.

Beaucoup aiment cet évangile, certains autres sont surpris. Pourquoi sont-ils surpris ? Parce qu’il y a un jugement ; Dieu juge ! Dieu sépare ! Dieu met à droite ou à gauche !

 C’est cela qui peut surprendre certains d’entre nous : 

Comment ? Un Dieu qui juge ?

Un Dieu qui émet une sentence de salut ou une sentence de condamnation ?

Est-ce possible ? Pourtant, Dieu est bon !

Dieu aurait-il des exigences, ou aurions-nous mal compris ?

De fait, en énumérant la gravité et les conséquences de nos actions humaines, Dieu veut souligner l’importance de la charité concrète dans l’existence quotidienne du chrétien.

Oui ! Dieu émet une sentence de salut ou de condamnation !

Sans aucun doute, cette affirmation vient mettre à terre l’idole “en sucre d’orge“ fréquemment édifiée par la mentalité contemporaine d’après-guerres. Autant le 19e siècle, avec le jansénisme, avait proposé une vision faussée de Dieu, doloriste, autant notre époque nous propose une vision faussée également, un peu mièvre et doucereuse.

Cet évangile nous provoque selon trois pistes de réflexion ; j’y ajouterai un défi.

  • Première piste : le service des déshérités, le service des pauvres, peut prendre de multiples formes. La charité doit nous rendre inventifs et, dès maintenant, c’est à l’aune de la charité que nous serons jugés aux yeux du Christ. Les belles paroles ne suffisent pas !
  • Deuxième piste : la portée de nos actes ne nous sera pleinement dévoilée que lors de l’avènement du Christ glorieux. N’attendons pas, dès maintenant, de gloriole, de fleurs, de sonnerie de trompette. Il nous faut simplement être certains de servir le Christ en servant nos frères.
  • Troisième piste : toute vie peut paraître enviable et bien remplie, mais elle reste parfois et même souvent difficile… Peut-être même sommes-nous malades, isolés, déçus… ! Au terme de notre existence terrestre, que pèsera cette vie devant notre Seigneur ? Il est bien difficile de le savoir. Pourtant, nous le savons, ce ne seront ni la richesse ni l’importance de notre compte bancaire qui feront la différence. De même, nous ne pourrons jamais ajouter un jour à notre vie par un moyen quelconque ! C’est dans l’aujourd’hui que nous pouvons aider, accompagner, aimer…

Frères et sœurs, une existence ne pèse que son poids d’amour !

 

Un défi ?

C’est un défi que nous recevons en ce début de Carême, un défi à la fois énorme, impossible avec nos simples forces et pourtant accessible, par la grâce de Dieu : imiter le Christ !

La première lecture est le rappel de ce défi ; elle nous lance une invitation : « Soyez saints, car moi, le Seigneur, je suis saint. » Voilà le défi de ce jour : celui de la sainteté

Ce matin, demandons pour chacun de nous cette force et la certitude que le Seigneur nous veut, pour toujours, auprès de Lui !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 1er mars 2020, 1er dimanche de Carême, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 4, 1-11. Livre de la Genèse 2, 7-9 ; 3,1-7a. Psaume 50.

Lettre de saint Paul aux Romains 5, 12-19.

 

Mercredi dernier, avec le rite des Cendres et le jeûne, nous sommes entrés en Carême. Mais que signifie : « entrer en Carême » ? Plusieurs personnes m’ont posé cette question !

Dans un langage un peu vigoureux, cela signifie :

- commencer un temps d’engagement particulier dans le combat spirituel qui nous oppose au mal présent dans le monde, en chacun de nous et autour de nous. 

- regarder le mal en face et se disposer à lutter contre ses effets, en particulier contre ses causes, jusqu’à la cause ultime, qui est combattre Satan.

En disant cela, certains vont me dire, « C’est vraiment exigeant » D’autres, « je n’ai pas tout compris », et d’autres encore : « ça va être laborieux ! »  

En réalité pas du tout ! Le Carême n’est ni un cauchemar ni une mission impossible ! Oh non !

J’ai donc plusieurs remarques à vous soumettre, ce matin. Je vais essayer d’être synthétique !

 

Première remarque : l’Évangile que nous venons d’entendre est appelé, habituellement, le récit des Tentations de Jésus. Il vaudrait mieux l’appeler autrement, j’aimerais l’appeler : l’Évangile de la Victoire de Jésus. 

Pourquoi ? Dieu est plus fort que notre péché. Si, à la fin de cette célébration, vous avez un peu de temps, je vous propose de venir contempler ce tableau (à votre droite) qui représente justement la fin de l’évangile que nous venons d’entendre. 

Il me semble intéressant de commencer notre Carême par la contemplation d’une victoire : Jésus victorieux ! Oui ! Jésus est victorieux !

Oui ! Jésus est victorieux, sur le Mal : c’est-à-dire sur Satan ! Comprendre cette réussite est important parce que nous avons besoin de cette victoire, besoin de comprendre que Jésus a su vaincre le Mal, que le Mal s’est comme brisé sur sa Personne. (Certains pourraient dire, dans un langage plus familier, que le « mal s’est cassé les dents » sur Jésus !)

§ Toute la vie du Christ est une victoire sur le Mal ! Toute sa vie est un NON à la mort, un NON au mensonge, un NON à l’idolâtrie, un NON à la haine et au péché.

§ Toute sa vie est une victoire et la Croix, dans cette perspective, est la victoire absolue, puisqu’elle est la victoire de l’amour et du pardon qui se donnent jusqu’au bout.

Frères et sœurs, cette victoire nous révèle quelque chose d’inouï : Dieu nous a donné son Fils pour que nos vies, notre humanité, notre histoire trouvent en lui, la source du salut.

Retenons que nous sommes sauvées parce que Dieu est plus fort que le Mal, plus fort que nos compromissions avec le péché !

 

Deuxième remarque : avant la Tentation de Jésus au désert, il y a eu un autre lieu où l’homme a été tenté !

C’est celui dont nous parle la première lecture : le jardin d’Éden, le « paradis terrestre », comme on le dit couramment. 

Ce jardin créé par Dieu, (selon le récit de la Création) devient, dans notre récit aussi, le jardin de la tentation

Nous y voyons Ève et Adam, nos ancêtres en humanité, nos “protoparents“, subir puis céder à la tentation. C’est là qu’ils sont tiraillés entre choisir leur volonté propre, ou choisir le respect de la volonté de leur Créateur qui leur a interdit de se substituer à Lui en mangeant le fruit de l’arbre du bien et du mal.

Vous connaissez l’histoire : alors qu’ils avaient reçu cet avertissement de ne pas manger du fruit de l’arbre, Ève et Adam vont franchir librement et en conscience, les limites inscrites par Dieu ! 

Pourtant, ils avaient été prévenus. Ils vont donc céder au Tentateur, céder au Diviseur, au « Diabolos » qui nous est décrit sous la forme d’un serpent.

De quelle tentation s’agit-il ? Il s’agit de la tentation, à la fois de se prendre pour Dieu et aussi de se passer de Lui ! Ce désir sera plus fort que leur attachement à leur Créateur. Ils vont donc faire le choix d’une rupture vis-à-vis de Dieu… et c’est le drame !

Ils en paieront les conséquences, entraînant avec eux toute leur descendance (c’est-à-dire nous tous). Par Adam, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture : « par un seul homme, le péché est entré dans le monde. »

Nous remarquons donc que la première lecture et l’Évangile de ce jour se répondent. 

La Tentation de Jésus au désert sera donc la réponse à l’échec de la première tentation dans le livre de la Genèse ! 

Pour Jésus, ce désert va être aussi le lieu des tentations. À nouveau, le Tentateur va jouer de séduction et de mensonges ! En se retirant au désert, Jésus accepte d’entrer dans ce combat, mais dans ce combat entre Dieu et Satan, entre Dieu et l’Adversaire des origines, par trois fois, Jésus remportera cette victoire !

Comme le dit encore saint Paul : par la désobéissance d’un seul, la multitude a été rendue pécheresse, de même, par l’obéissance d’un seul la multitude sera rendue juste ! Par son « oui » total à son Père, Jésus victorieux nous montre ce chemin de résistance et de victoire !

 

Troisième remarque : Nous entrons effectivement dans la première semaine de Carême, avec cette audace de croire que Dieu est présent au cœur de nos déserts… présent dans tous mes déserts où règnent mes conflits, mes contradictions, mes misères…

Il me faut le laisser éclairer ma vie, le laisser m’aimer au cœur même de ce qui cloche, de ce qui est tordu, jusqu’au plus petit détail honteux de ma vie que je voudrais oublier !

Voilà notre lieu de conversion : permettre à Dieu d’agir et de faire du neuf, du droit, du beau dans notre vie. 

Là est le lieu de notre combat durant ce temps de Carême ! Voilà, ce que signifie cette « Entrée en Carême » ! 

 

Retenons ces trois réponses de Jésus ! Inscrivons-les dans notre cœur et notre intelligence !

« L’homme vivra de la Parole de Dieu » c’est un appel à écouter Dieu, en lisant sa Parole, en la goûtant, 

«Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu » :c’est un appel à la confiance en Dieu.

« C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à Lui seul, tu rendras un culte » c’est un appel à choisir Dieu en toute occasion.

Ces trois réponses sont le secret de la victoire du Christ pendant ces quarante jours au désert et cela durant toute sa vie.

Voilà, frères et sœurs, ce que nous pouvons retenir pour cette entrée en Carême ! Ce sont les paroles de notre victoire et de notre certitude de bonheur dans le Christ. 

Nous fêterons cette victoire tous ensemble au dimanche de Pâques. C’est l’engagement et peut-être un défi pour chacun de nous !

Pour y arriver, gardons confiance et prions les uns pour les autres !

Demandons cette grâce pour chacun de nous, pour nos familles, pour notre communauté, pour notre paroisse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 23 février 2020, 7e dimanche du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 38-48. Livre des Lévites 19, 1-2.17-18. Psaume 102.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 3, 16-23.

 

Un épisode en paroisse m’a marqué et me marque encore. 

Cela s’est passé au début de mon ministère, il y a quelques années déjà, en Nord Isère, un peu au-dessus de Bourgoin, en direction de Lyon. J’ai vécu là une situation assez particulière, à la fois dramatique et édifiante. À la sortie d’une discothèque, il y a eu lieu un grave accident, un accident stupide. Peu importe sur qui ont pesé les responsabilités ! Dans les deux voitures qui se sont percutées violemment, se trouvaient des jeunes. Les deux conducteurs étaient morts sur le coup. C’étaient des jeunes que je connaissais, des jeunes de la paroisse. Pour les funérailles du jeune qui conduisait la première voiture, l’église était bondée de ses amis, familles et connaissances. Vous pouvez imaginer la vive émotion.

Alors qu’allait commencer la célébration, j’aperçois la maman du conducteur de l’autre voiture, ouvrir la porte de côté de  l’église et entrer. (Les funérailles de l’autre jeune homme étaient prévues quelques jours plus tard).

Lorsque les deux mamans se sont aperçues, leurs regards se sont croisés et dans l’assemblée, il y a eu un silence intense. Elles se sont avancées l’une vers l’autre et se sont embrassées.

Pour ces deux mamans éprouvées, un signe de compassion s’est manifesté. C’était aussi le signe d’une réconciliation entre deux personnes qui auraient pu devenir ennemies. Nous avons vécu, à ce moment-là, une visitation de soutien et de pardon et le baiser de paix échangé était d’une rare intensité.

Si je vous raconte cet événement ce matin, c’est que ce jour-là, nous avons vécu quelque chose de très fort. En relisant les textes de ce dimanche, en particulier la phrase de Jésus : « Eh bien ! Moi je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent… », cet épisode a resurgi dans ma mémoire. 

Priez pour ceux qui vous ont fait du mal !

Que dire devant l’exigence d’une telle parole ? Comment réagissons-nous ?

Nous pouvons nous sentir incapables de faire une telle prière, d’oser un tel geste de pardon vers l’autre, en difficulté d’un tel amour parce que la souffrance est trop vive, trop intense en nous ! Sans doute faudra-t-il laisser le temps apaiser la douleur pour que la cicatrice puisse se refermer, petit à petit. Peut-être ?

Il peut y avoir aussi une autre solution, une décision courageuse et salutaire ! Celle, par exemple, que toute une assemblée meurtrie par la perte et le deuil, a vue et vécue ce jour-là : ces deux mamans qui se sont retrouvées et qui, très vite, ont perçu la nécessité de cet espace de paix ; Aimez ceux qui vous font du mal (volontairement ou non) ! Aimez même vos ennemis !

Frères et sœurs, dans notre assemblée, peut-être pensez-vous que nous ne vivons pas tous des situations aussi singulières et difficiles… C’est vrai ! Et en entendant cette parole : aimez vos ennemis, vous pouvez penser aussi que cette exigence n’est pas pour vous, que vous n’avez peut-être pas d’ennemis (du moins le pensez-vous !)… Mais est-ce si sûr ?

L’ennemi n’est pas seulement l’ennemi durant un temps de guerre, ou celui qui est responsable d’un drame qui vous est arrivé. L’ennemi, ou celui que je considère comme tel, est peut-être tout près de moi, dans mon voisinage, mon quartier, ma famille ou sur mon lieu de travail. Ce peuvent être également :

  • Des parents ou des enfants avec lesquels nous sommes brouillés… 
  • Un collègue de travail qui a reçu la promotion que j’espérais et pensais obtenir et, du coup, un fond de moi je ressens quelque chose qui me fait mal…
  • Un voisin indélicat que je ne supporte plus et quand je le croise dans l’escaler, je détourne la tête.

Comment trouver en nous, le courage de pardonner, si ce n’est en nous tournant à notre tour vers le Seigneur pour qu’Il nous donne sa force et nous redise sa présence aimante ! Ne l’oublions pas, le projet de Dieu pour chacun de nous, est un projet de paix, un projet d’espérance !

Bien sûr, nous l’expérimentons, la rancune, la colère, la vengeance sont comme une gangrène qui nous plonge dans une tristesse durable. Nous savons bien quand nous repensons à telle ou telle scène, que cela réactive en nous comme une sourde colère qui a du mal à s’effacer et qui impacte notre façon d’être.

Jésus ne nous propose pas une vie spirituellement rabougrie du style “œil pour œil“, “dent pour dent“… Pourtant déjà, la loi du Talion était un progrès incroyable par rapport à une vengeance privée et non contrôlée !

Le livre des Lévites que nous avons entendu en première lecture exprime cette progression qui culminera dans les paroles mêmes de Jésus : « Tu ne te vengeras pas. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Pour Jésus, il nous faudra faire comme un pas de plus, une étape supplémentaire à laquelle Il nous invite, car le cœur de son message est une conformité à Dieu : soyez parfait comme votre Père céleste est parfait !

Ce n’est pas seulement “soyez parfait“ tel un vernis esthétique, car nous ne recherchons pas un idéal héroïque !  Nous n’y arriverons pas avec nos propres forces (nous le savons bien !) Mais Jésus nous dit : soyez parfait comme votre Père céleste est parfait ! C’est bien à une invitation à une ressemblance, ! cela est bien différent ! 

Jésus nous propose, en quelque sorte :

  • d’aimer comme Dieu nous aime, ou encore : 
  • de nous aimer les uns les autres comme Dieu nous a aimé. 

Il s’agit d’avoir ce désir, un peu fou, d’imiter Dieu. Nous sommes conviés à lui ressembler, ou d’avoir les mêmes dispositions que Lui !

Frères et sœurs, il n’y a pas de recette miracle pour affronter les difficultés de la vie ; Dieu nous invite à nous laisser habiter par son regard, habiter par sa Parole, habiter par son cœur, et cela dans toutes nos relations, que ce soient celles avec tous ceux que nous côtoyons régulièrement ou celles au-dedans de nous.

Aimer comme Dieu aime !

Cela ne veut pas dire que nous pourrions annexer l’autre pour profiter de lui en prétendant que nous l’aimons pour le mettre dans notre poche ou imaginer ce qu’il peut nous rapporter !

  • Aimer comme Dieu aime, ce n’est pas faire partie d’une sorte de club privé en se désintéressant des autres parce qu’ils ne pensent pas comme moi.
  • Aimer comme Dieu aime, ce n’est pas simplement se donner bonne conscience en faisant un petit geste, avant de penser à autre chose et poursuivre son chemin.
  • Aimer comme Dieu aime, c’est aimer comme Jésus, d’un amour vrai dans un don sincère de soi.
  • Aimer comme Dieu aime, c’est aimer, même s’il n’y a pas de retour ou de réponse de l’autre, c’est-à-dire aimer d’un amour gratuit.
  • Aimer comme Dieu aime, c’est renoncer à la vengeance, c’est tenter de faire un pas vers l’autre, et demander la grâce du pardon.

Frères et sœurs, voilà ce qu’il nous faut (ré)apprendre et (re)découvrir.

Le Christ nous montre le chemin ! Pour le suivre, Il nous donne son Esprit de sainteté. En nous y disposant, nous recevons tout de Lui pour être, comme le dit saint Paul : « tout au Christ ».

Le premier moyen que l’Église nous donne est le baptême (et à sa suite, la Confirmation). Le deuxième moyen efficace est le sacrement du pardon, reçu dans la confession. C’est un moyen extraordinaire pour débloquer des situations parfois bloquées. 

- Comment réussir à demander pardon si, en moi-même, je n’ai pas un cœur consolé ?

- Comment recevoir un pardon si, en moi-même, mon cœur n’est pas dans la paix ?

Dans le geste de paix que nous allons échanger tout à l’heure, je vous invite à porter dans votre cœur, le nom d’une personne qui, peut-être, vous a fait du mal, à laquelle il vous est peut-être difficile de pardonner, et cela afin que se réalise ce que nous aurons demander quelques instants auparavant dans la prière du Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Non ! Ce ne sont pas des paroles en l’air ! Toutefois, il nous faut les incarner et les vivre.

Frères et sœurs, demandons pour cela, la force de l’Esprit Saint !

En lui, tout est possible, jusqu’au pardon reçu, au pardon donné, pour que la paix règne en chacun de nous et dans le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 17 février 2020, 6e semaine du temps ordinaire, année A.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 8, 11-13. Psaume 118. Lettre de saint Jacques 1, 1-11.

 

J’aimerais, si vous me le permettez, durant quelques instants, relire avec vous la lettre de saint Jacques. Je ne crois pas me tromper si je vous dis que nous n’aimons pas les moments difficiles