Les Homélies de nos Prêtres

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Homélie du dimanche 24 juillet 2022, 17e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, Grenoble, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 11, 1-13. Livre de la Genèse 18, 20-32. Psaume 137.

Lettre de saint Paul aux Colossiens 2, 12-14.

 

Certaines lectures dominicales, comme celles de la messe de ce dimanche, pourraient demander plusieurs heures d’homélie, tant les textes sont riches, beaux et intéressants !

Ce matin, si vous me le permettez, je vais m’attacher davantage à la prière et à la foi. 

 

Posons-nous ces questions :

Comment la foi est-elle transmise ? 

Où la prière est-elle la plus visible ? 

 

La bonne réponse est dans la famille ! C’est dans la famille, cette cellule de base nécessaire et essentielle, que pourra se faire l’apprentissage de l’amour, l’attention et le soin de l’autre, mais aussi du témoignage de la foi et de la prière !

 

C’est cette demande que nous entendons parfois de l’un de nos enfants : « Papa, maman, apprends-moi à prier ! Ou « Pourquoi la prière ? »

 

De fait, c’est en entendant nos parents ou nos grands-parents, mais aussi lors de la messe ou des séances de catéchisme que nous apprenons cette prière du Notre Père ! Pour longtemps, cette prière est et sera toujours présente en nous ! Elle peut revenir sur nos lèvres tout naturellement, à des moments particuliers.

Pourtant, pour certains, avec le temps, réciter la prière du Notre Père peut devenir une répétition qui s’est peut-être vidée de son sens ou même de sa pertinence ! Au cours des années, elle a pu devenir une sorte d’automatisme sans que soient vécus en profondeur la beauté, l’intensité  et même le sens incroyable de cette belle prière.

Or, cette prière du Notre Père est une invitation surprenante à vivre une relation filiale, mais aussi familiale et fraternelle ! Lorsque nous la dirons ensemble tout à l’heure, nous devrons prendre conscience de cette réalité : nous sommes, frères et sœurs.

Quelle audace alors, d’oser s’adresser à Dieu de cette façon ! Oser dire que Dieu est notre père, pour chacun de nous !

 

            Laissons Jésus nous apprendre sa prière, tel que nous le rapporte l’évangéliste saint Luc : « Père… »

Jésus a osé renouveler complètement ce mot en disant à Dieu : « Abba »… « papa ». Quand nous reprenons la prière de Jésus, nous osons, à notre tour, penser que « nous sommes aimés de l’amour même dont le Père aime son Fils Unique » (Jean 20, 17). Dieu n’est pas un inconnu, mais un Père, un papa qui se fait proche !

 

« Père, que ton nom soit sanctifié… » 

« Que ton Règne vienne… »

 

Avant de dire à Dieu nos propres besoins, nous avons d’abord à prier aux intentions du Père. Et ses intentions sont celles-ci : « que son Nom soit manifesté, que son Règne vienne ! » Dans cette prière, nous lui demandons de nous faire entrer dans ses projets, de pénétrer dans son intimité pour être intérieurement transformés. C’est bien Jésus qui nous montre son Père. Mais reconnaissons-le, nous peinons, car nous avons du mal à entrer dans cet amour filial, nous ne le connaissons pas ou si peu. Comme nos mots humains sont pauvres pour exprimer cette réalité du Don que Dieu veut pour chacun !

Ayant ainsi formulé le désir de connaître le Père, d’entrer dans son intimité, nous lui demandons ensuite les moyens de le réaliser et de continuer notre chemin de vie sur cette terre.

 

C’est la deuxième partie du Notre Père : 

« Donne-nous le pain… »

« Pardonne-nous… car nous –mêmes nous pardonnons… »

« Ne nous laisse pas entrer en tentation… »

 

C’est seulement du Père que nous pouvons recevoir le pain, le pardon et la liberté face au mal.  Donne-nous au jour le jour le pain nécessaire, ce pain eucharistique, dont nous avons besoin pour aujourd’hui, pour tenir maintenant. Et dans le « nous », sont présents tous ceux qui manquent de pain. Ma prière est vraie, si elle m’invite personnellement à partager.

Donne-nous aussi, Seigneur, de pouvoir pardonner, du fond du cœur, à ceux qui nous ont fait tort. Est-ce si simple ou si facile de demander Pardon à quelqu’un ou de recevoir un Pardon ?

Il y a là, une exigence presque surhumaine… J’ai besoin de l’aide de Dieu pour découvrir ce Pardon, pour y entrer et pour le vivre !

 

 « Délivre-nous enfin de toute tentation ! » Il y a les petites tentations, celles qui reviennent sans cesse, mais il y a aussi la grande tentation qui est d’abandonner Jésus, d’oublier sa Parole, ses commandements, son invitation… Finalement, c’est la tentation de perdre notre relation de fils ou de fille, vis-à-vis du Père… d’oublier l’amour, don du Père, don de Dieu ! C’est la tentation de croire que je n’ai besoin de personne pour arriver !

 

C’est bien chaque jour aussi qu’il nous faut nous battre contre le mal, conquérir notre liberté et exprimer concrètement notre être chrétien !

 

Prier à la suite de Jésus, c’est m’adresser à Dieu avec mes joies, mes peines, mes soucis quotidiens, en n’ayant pas peur d’être parfois un peu casse-pieds, à l’instar d’Abraham (première lecture) ou de cet ami sans gêne de l’évangile ! Il n’y a pas à craindre d’être “sans-gêne“ car Jésus nous dit : « Le cœur de Dieu est un cœur de Père. Frappez ! Cherchez ! Demandez ! » Dans cette relation filiale, confiante, n’ayons pas peur d’être importun comme lorsqu’on parle à un vrai ami. C’est une force à demander pour que grandisse en nous le désir et que s’affirme notre confiance en Dieu. 

 

Un enfant au catéchisme me disait récemment : « la prière ne marche pas toujours ! » Il nous est arrivé à tous de beaucoup prier pour une guérison pour un proche, une intention… et, finalement, de ne pas recevoir, selon notre idée, le fruit de notre prière. Quels sont donc le sens et la demande que je formule dans ma prière ? C’est vrai, la prière n’est pas magique ! Pourtant, elle est importante et elle nous dépasse toujours.

 

Il me faut comprendre ! Prier n’est ni un moyen de pression ni un acte de puissance ! La prière est plutôt l’expression d’une pauvreté par laquelle nous osons dire à temps et à contretemps, notre attente, notre désir, notre soif. Mais, elle est, plus encore, l’expression de notre espérance, car, que notre prière soit exaucée ou non dans son objet immédiat, nous croyons que nous sommes de cette multitude humaine pour laquelle Jésus-Christ a intercédé une fois pour toutes.

 

Alors, frères et sœurs, acceptons de nous laisser façonner par ces mots que tant de chrétiens, depuis presque vingt siècles, ont prononcés dans toutes les langues ! En faisant ainsi, notre prière sera de plus en plus vivante et vraie. 

J’insiste : dire cette prière du Notre Père, c’est nous reconnaître fils et filles aimés du Père, frères et sœurs de Jésus.

 

Demandons, en prenant le temps, en pesant chaque mot quand nous réciterons cette prière tout à l’heure, d’être renouvelés dans la beauté, la profondeur et l’intimité de cette Prière du Notre Père !

Demandons cette grâce pour chacun de nous ce matin, pour tous celles et ceux qui, à travers le monde, expriment cette même prière du Notre Père !                                          

       Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 17 juillet 2022, 16e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 10, 38-42. Livre de la Genèse 18, 1-10a. Psaume 14.

Lettre de saint Paul aux Colossiens 1, 24-28. 

 

 

       Chers amis, permettez-moi de partager avec vous une question, une interrogation, une préoccupation importante pour notre vie paroissiale ! Je porte ces questions en moi depuis de longues années et plus particulièrement, depuis que je suis le curé de cette belle paroisse Notre-Dame de l’Espérance.

  • Comment avons-nous été accueillis en arrivant dans l’église pour cette eucharistie ? 
  • Comment nous sommes-nous accueillis les uns les autres en arrivant ?
  • Quel accueil souhaiterions-nous ? Un sourire, un signe, un regard, un geste ?

Ces questions sous-tendent celle-ci, bien sûr : comment accueillons-nous notre Seigneur ?

Il me semble que l’accueil devrait être l’ADN de notre vie fraternelle paroissiale ; nous rappeler un prénom, découvrir un visage nouveau, prendre des nouvelles des uns et des autres…

 Les textes d’aujourd’hui nous parlent d’hospitalité et plus largement de l’accueil que nous devrions vivre et mettre en application. 

Pratiquer l’hospitalité est quelque chose de sacré, tout particulièrement au Moyen-Orient ! C’est une marque d’ouverture aux autres et aux imprévus de Dieu. Elle nécessite des gestes concrets d’attention et de préparation pour accueillir l’invité, voire même l’invité-surprise. Cette hospitalité suppose aussi que ceux qui reçoivent restent près de leurs invités et leur prêtent une oreille attentive.

Quand j’étais curé sur le plateau du Vercors, il y a déjà quelques années, dans plusieurs familles, au moment du repas, on mettait une assiette supplémentaire, une place réservée pour un invité-surprise de dernier moment. 

- Dans le récit tiré du livre de la Genèse entendu en première lecture, c’est Abraham qui est l’hôte et l’invité surprise, c’est le Seigneur. De prime abord, on peut être dérouté, car Abraham s’adresse tantôt au Seigneur, tantôt aux trois hommes qui se tiennent près de sa tente. Les premiers théologiens Chrétiens ont compris qu’Abraham s’adressait, en fait, aux trois personnes de la Trinité : Un seul Dieu, Trois Personnes ! Rappelez-vous la belle Icône de la Trinité, de Roublev. 

Pour préparer ce repas improvisé, Abraham se met en quatre, mettant à contribution son épouse Sarah et toute sa maisonnée. Abraham apparaît dans ce récit comme un modèle d’accueil, comme un exemple d’hospitalité. Le récit se termine par la promesse du Seigneur de revenir le visiter quand naîtra Isaac.

- L’évangile de ce dimanche, nous relate un autre accueil : celui de Jésus par ses amies Marthe et Marie dans leur maison de Béthanie. Les deux sœurs avec leur frère Lazare ont déjà accueilli Jésus à de multiples reprises. Marthe et Marie, ce jour-là, reçoivent Jésus, chacune à sa manière. L’une, Marthe, si humaine à nos yeux, est absorbée dans les tâches concrètes du service. L’autre, Marie, si mystique, est tout occupée à boire les paroles de Jésus. À première vue, la réaction de Jésus peut nous surprendre. 

On pourrait croire qu’Il accorderait peu de considération à Marthe accaparée par les préparatifs du repas pour un invité de marque ! On serait tenté de vouloir opposer Marthe (l’active préoccupée surtout des contingences matérielles) à Marie (la contemplative, occupée seulement à rester aux côtés de Jésus, attentive à l’écouter et à méditer ses paroles). 

En fait, ce serait une erreur de vouloir opposer les deux sœurs. Marthe et Marie sont toutes deux des amies proches de Jésus. Ce serait faire fausse route que de vouloir opposer deux vocations de disciples, de nature différente certes, mais qui, au demeurant se complètent vraiment. Le service de l’hospitalité et l’écoute de la Parole doivent aller de pair, chacun dans sa vocation. 

Lorsque Jésus affirme un peu brutalement : « Marie a choisi la meilleure part ! » n’est-ce pas pour nous provoquer un peu et déranger nos habitudes ? Pour remettre les pendules à l’heure ? Pour rappeler à ses disciples, à nous aussi chrétiens, que le service du prochain s’enracine d’abord dans l’accueil de la Parole d’amour du Seigneur.

    Nous pouvons très facilement nous identifier tantôt à Marthe, tantôt à Marie. La proximité avec Jésus dans la méditation de sa Parole et la vocation du service et de la charité sont nécessaires à tous ceux qui se disent chrétiens. 

    Nous pouvons tous être plus ou moins tentés par l’activisme jusqu’à oublier simplement de prendre le temps d’écouter ! C’est à vivre aussi dans le quotidien de notre vie, avec mon conjoint, mes enfants, ma famille et même dans notre Paroisse !

    Je vous invite, chers sœurs et frères, à prier en ce jour :

  • pour celles et ceux qui pratiquent cette belle vertu de l’hospitalité. Je pense notamment aux hospitaliers de Lourdes, 
  • aux soignants et aides-soignants qui accueillent et accompagnent les malades dans les hospices, 
  • à tous ces bénévoles qui accueillent les sans-abris et les affamés (particulièrement en cette période où beaucoup de lieux sont clos à cause des vacances - par exemple dans notre paroisse, nous avons l’abri st Luc), 
  • et à vous qui, à votre table, laissez toujours une place pour le pauvre, le mal-aimé, l’étranger ou l’isolé. 

Soyons aussi reconnaissants envers ceux qui, un jour, nous ont invités à la table de l’amitié et ont pris soin de nous accueillir et de nous écouter à un moment peut-être difficile de notre vie !

Aujourd’hui, comme à chaque Eucharistie, n’oublions pas que c’est Jésus, Lui-même qui nous accueille et qui nous invite dans sa maison. C’est Lui qui nous invite à accueillir la Bonne Nouvelle à la table de sa Parole. C’est Lui qui nous rassasie à la table de son amour, de son Corps. 

    Je conclurai en citant deux versets du Nouveau Testament que je livre à votre méditation de ce jour :

  • Le premier est tiré de l’Épitre aux Hébreux : « N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. » (He 13,2)                  
  • Le second, du Livre de l’Apocalypse : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. »       (Ap 3,20)

Frères et sœurs, que ce temps estival soit, pour chacun de nous, l’occasion de nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu et, en même temps, de nous mettre au service des uns des autres !                                                  

                                                                                                                           Ainsi soit-il ! 

Homélie du dimanche 10 juillet 2022, 15e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 10, 25-37. Livre du Deutéronome 30, 10-14. Psaume 18.

Lettre de saint Paul aux Colossiens 1, 15-20.

 

En lisant les lectures de ce dimanche, sans doute vous êtes-vous aperçu qu’elles s’éclairent les unes les autres ! La première lecture de ce dimanche est une merveilleuse introduction à l'enseignement de l'Évangile. Ce texte du Livre du Deutéronome, assez juridique, nous dit que la Parole de Dieu est toute proche de nous, inscrite dans notre bouche et dans notre cœur pour que nous puissions la mettre en pratique.

        Le passage de l’Évangile que nous venons d’écouter commence par une question personnelle posée à Jésus par un docteur de la Loi, un érudit. C'est une bonne question même si elle est posée, comme nous le dit saint Luc, pour mettre Jésus à l’épreuve. 

Ce scribe n'a pas dit de façon abstraite : « Comment obtenir un billet gratuit pour le Ciel ? »,  mais bien plutôt : « Que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? » ! Notons déjà sa conviction, sa foi, que la vie sur cette terre n’est pas le terme de notre vie, mais qu’il y a une vie après notre mort. « Que dois-je faire ? » demande-t-il. C’est une question précise !

Jésus lui dit : « Tu es un docteur de la Loi ; tu dois savoir cela. Que lis-tu dans la Loi ? » Et l'homme donne alors la bonne réponse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. » « Tu as bien répondu, lui dit Jésus ! Fais ainsi et tu auras la vie. » Mais le scribe insiste et lui pose alors une autre question : « Qui est mon prochain ? » C’est une question intéressante pour nous aussi !

        Jésus va répondre par cette parabole du « bon samaritain » que nous connaissons bien, mais dont nous n’aurons jamais fini de découvrir tout le sens. 

Souvenons-nous qu’une parabole consiste à amener les auditeurs à s'identifier à l'un ou à l’autre des personnages du récit. 

Reprenons rapidement la structure du récit. Le docteur avait dit « Qui est mon prochain ? », mais Jésus, après la parabole, reformule autrement la question : « Qui a été le prochain de l'homme tombé sous les coups ? » Le docteur ne peut que répondre : « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » Lorsque Jésus dit : « Va et fais de même » !

Le sens immédiat qui semble évident est de dire : « Va et sois, toi aussi, un bon samaritain » ! Nous pourrions nous arrêter là ! Mais, il y a un autre sens : « Comme l'homme tombé sous les coups des brigands, accepte que même un samaritain soit ton prochain ? » L'homme tombé sous les coups pourrait être l’un de nous ! Si c’était toi ? Accepterais-tu d’être aidé, relevé et soigné par un samaritain ? 

Là, une clé de lecture peut me manquer !

 En effet, ce n’est pas par hasard que Jésus nous donne en exemple un samaritain. Les samaritains étaient méprisés par le peuple juif, car ils étaient considérés comme des hérétiques. Rappelez-vous l’épisode de la samaritaine de Sīkar, près du puits de Jacob. Elle va même jusqu’à se moquer de Jésus : « Toi, un juif, tu demandes à une samaritaine de t’aider ! » (Jn 4,9) 

Pourtant, Jésus déclare que ce samaritain est plus proche de Dieu que tous les dignitaires du Temple. C’est lui que Jésus nous donne comme modèle à imiter. 

Avec cette parabole, Il nous montre que mon prochain, celui qui va me secourir, m’aider, me soigner peut être une personne avec laquelle je peux être en distance ! 

Comme nous sommes nous-mêmes tentés de le faire, les docteurs de la Loi faisaient des distinctions entre les différentes catégories de prochain : les fréquentables et les non fréquentables ! Avec Jésus, il y a un renversement radical. L’important, c’est de nous faire proches de l’autre, de nous approcher de lui, de nous laisser approcher par lui ! 

        Nous le savons, dans cette parabole, Jésus nous parle aussi de Lui-même ? Il est celui, par excellence, qui se rend proche de l’homme dans la détresse. Il s’approche des malades, des paralysés, des lépreux et des exclus de toutes sortes. Il pardonne à la pécheresse. Il va même chez les publicains que tous considéraient comme des traitres. Lui-même s’en explique en disant : « Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs… Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. » (Mc 2,17)        

Mes amis, nous sommes toutes et tous, ce blessé de la route de Jéricho. Nous faisons partie de l'humanité blessée par le péché. Comme le blessé de la route de Jéricho, nous avons besoin de quelqu'un qui s'arrête pour nous sauver, nous apporter le soin dont nous avons besoin, la parole que j’espère. Celui qui s’arrête, c’est Jésus. C’est Lui le bon Samaritain. Il se fait proche de nous, il se fait notre prochain. Il se penche sur notre humanité blessée. Il multiplie les guérisons et les pardons. Il vient vers nous avec amour et compassion. Malgré nos fautes et nos erreurs, il nous relève et il nous conduit à Dieu. Mais, n’oublions pas que d’autres personnes peuvent agir de la part de Jésus !

Chers frères et sœurs, dans cette célébration, demandons au Seigneur la grâce de renouveler notre regard pour que cette semaine nous sachions reconnaître :

  • En Jésus le bon Samaritain par excellence !
  • Que je peux être aussi le Samaritain, en particulier pour ceux qui ont le plus besoin que l’on s’approche d’eux par notre aide et notre amitié, par un coup de téléphone, par une visite, par un service, que sais-je ?À chacun de nous d’être inventif !
  • Sans oublier d’accepter que moi aussi, j’ai besoin que l’on prenne soin de moi, dans mes peines, mes blessures… En comprenant que je peux avoir besoin, moi aussi, d’être aidé, par des personnes connues ou non, peut-être même par des personnes avec lesquelles je suis en conflit ! 

En cette période estivale, ne nous enfermons pas sur nous-mêmes ! Nous allons rencontrer, cet été, des membres de nos familles, certains même avec lesquels je peux être en désaccord, ou fâché. N’y a-t-il pas là, une occasion de réconciliation ou d’entraide ? 

Frères et sœurs, voilà ce que je reçois dans les textes de ce jour et que je souhaite partager avec vous. Restons disponibles et confiants ! Gardons notre cœur ouvert aux imprévus, parfois déroutants, de notre Seigneur ! 

Restons disponibles et confiants aux imprévus de Dieu ! Accueillons le Christ ! 

Soyons disponibles aux autres. Je vous souhaite un bel été !    

Ainsi soit-il

Homélie du mercredi 6 juillet 2022, 14e semaine du temps ordinaire, Année C

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 10, 1-7. Livre du prophète Osée 10, 1-3.7-8.12. Psaume 104. 

 

Sainte Maria Goretti

  

6 juillet : Sainte Maria Goretti, martyre de la pureté (1890-1902)

Sainte Maria Goretti

En ce jour, j’aimerai vous dire quels petits mots de sainte Maria Goretti, appelée aussi “martyre de la pureté“ :

Elle est aussi appelée Marietta par certains…

Elle est née en 1890 et elle avait douze ans quand elle préféra mourir pour le Christ, plutôt que de pécher. Maria est née au village de Corinaldo en Italie, dans un univers frappé de plein fouet par la crise économique. Elle est l’aînée de six enfants et, de ce fait, elle reçoit très jeune de lourdes responsabilités. Elle les assume avec sérénité et piété afin de permettre à ses parents d’assurer la subsistance de la famille. Malgré l’exil dans une métairie des Marais Pontins, la mort précoce du père et une promiscuité difficile, Maria, à 12 ans, rayonne par sa vie intérieure. 

Toute à l’ardeur de sa première communion, elle apprend par cœur car elle n’a pas eu d’instruction et ne sait pas lire, elle se prépare. En même temps, elle subit le harcèlement du jeune Alessandro Serenelli qui vit sous le même toit et veut abuser d’elle. Elle résiste. Le garçon insiste. Le 5 juillet 1902, il s’est armé d’un couteau. Maria ne cède pas et ne cesse de lui dire : « C’est un péché, Alessandro ! »

Le garçon perd la tête. Frappée de quatorze coups de couteau, Maria mourra le lendemain dans de grandes souffrances en ayant pardonné à son meurtrier. Alessandro sera condamné et il va se convertir en prison. 

Quarante-cinq ans après la mort de Maria, il assistera à son procès de béatification avant de finir ses jours comme jardinier dans un monastère franciscain. 

 

Une vie surprenante, exemplaire !

« Le sang de Maria Goretti, versé en sacrifice de fidélité totale à Dieu, nous rappelle que nous sommes, nous aussi, appelés à faire don de nous-mêmes au Père. Nous sommes appelés à accomplir la volonté divine pour nous retrouver saints et dignes à ses côtés. Notre vocation à la sainteté, qui est la vocation de tout baptisé, est encouragé par l’exemple de cette jeune martyre… 

 

« Regardez-la, surtout vous les adolescents, vous les jeunes. Soyez, comme elle, capables de défendre la pureté du cœur et du corps ; efforcez-vous de lutter contre le mal et le péché, en alimentant votre communion avec le Seigneur par la prière, l’exercice quotidien de la mortification et la scrupuleuse observance des commandements. N’ayez pas peur d’aller à contre-courant, de rejeter les idoles du monde, lorsqu’il s’agit de témoigner par une conduite courageuse, de l’adhésion au Christ chaste et pauvre. Sachez toujours valoriser et aimer la pureté et la virginité. »

Saint Jean-Paul II, le 29 septembre 1991

Frères et sœurs, voilà ce que nous pouvons retenir pour nous, ce matin. Prenons le temps de la prier, de lui demander son intercession pour nous-mêmes, peut-être aussi pour les jeunes que nous connaissons.

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 3 juillet 2022, 14e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 10, 12-12.17-20. Livre du prophète Isaïe 66, 10-14c.

Psaume 65. Lettre de saint Paul aux Galates 6, 14-18. 

 

Aujourd’hui, s’identifier comme chrétien, dans une société largement sécularisée, ne va pas de soi. La culture ambiante, les modes de vie, les manières d’être sont parfois bien éloignés de nos styles de vie ; et plus précisément, beaucoup se détournent de l’Évangile, bien qu’ils soient baptisés. 

Qui n’a pas eu le sentiment, à un moment de sa vie, d’être déconnecté des choix sociétaux et même, d’une certaine façon d’être au milieu de loups dans un monde où le pouvoir, l’argent, la convoitise sont, le plus souvent, les moteurs de notre société ? 

Ou encore, qui n’a pas eu le sentiment d’être noyé dans une indifférence religieuse où tout est mis au même niveau ! 

C’est un constat ! Il n’est pas forcément nouveau ni particulièrement joyeux…

    Pourtant, c’est précisément dans ce monde-là que Jésus nous envoie comme des agneaux au milieu des loups. L’image est très parlante ! Dans la continuité des premiers disciples, Il nous dit dans quel esprit y aller, comment se comporter et, même si ce terme nous paraît un peu guerrier, avec quelles armes, Il nous envoie en mission.

    Tout d’abord, Jésus envoie 72 disciples, et pas seulement ses 12 Apôtres, car l’urgence de la mission n’est pas réservée aux seuls évêques et à leurs collaborateurs directs, mais elle est pour tous les chrétiens de tous les temps, et partout sur la terre.

Comme la loi de Moïse imposait deux témoins pour qu’un fait soit reconnu, Jésus envoie devant lui ses disciples deux par deux. 

Deux, c’est déjà une petite communauté. Chacun des disciples, dans ce petit groupe, est le témoin et le garant de l’autre devant les peuples. Ses disciples passeront de maison en maison. Ils n’iront pas seulement dans les lieux sacrés comme le Temple ou les synagogues, mais directement dans les lieux où vivent les hommes, les familles. En effet, Dieu nous rejoint chez nous, Il s’adresse à nous, là où nous sommes.

Cette mission qui nous est confiée à cause de notre rencontre du Christ est la même que celle qui est confiée aux 72 ! Quelle est-elle donc ? S’agit-il de guérir les malades ? Faut-il faire des actions extraordinaires ? Des miracles ? Non, ce n’est pas ce que nous dit l’évangile.

La mission confiée aux 72 n’est pas d’abord de guérir les malades et de maîtriser les esprits mauvais, mais elle est surtout d’annoncer la Bonne Nouvelle de la paix de Dieu, la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Jésus le demande à plusieurs reprises : « dites-leur : le règne de Dieu est tout proche. »

Les guérisons et les actes extraordinaires ne sont pas une fin en soi ni le seul but de la mission ! Si cela est possible, tant mieux, mais, peu importe que les signes soient visibles, effectifs ! Ne risquons pas de transformer notre Dieu en un dieu magicien ! Ce qui est important, ce n’est pas le signe en lui-même, mais ce qu’il révèle, c’est-à-dire que « Dieu est avec eux, avec nous ! Dieu est présent, même dans nos infirmités et les contradictions de ce monde. »

C’est bien l’expérience que font les disciples qui, à leur retour, seront tout excités de raconter leurs exploits. À vrai dire, ils sont eux-mêmes surpris de ce qu’ils ont été capables de faire, car cela les dépasse : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom ! »  Certes, le signe est éclatant ! Mais il ne faudrait pas que cet éclat empêche de voir ce qui est ainsi signifié : le règne de Dieu est déjà là. C’est toujours par le nom du Christ que les disciples annoncent ce Règne !

C’est ce que rappelle Jésus en insistant : « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. » De fait, dans les cieux sont inscrits les noms de tous les missionnaires. Que les esprits mauvais soient soumis, c’est bien. Mais il y a mieux encore : c’est cette intimité avec Dieu, source de vraie joie, source de tout apostolat !

    Frères et sœurs, de quelle manière sommes-nous invités à annoncer le Royaume de Dieu ?

    Dans ce monde parfois difficile qui ne fait pas de cadeau, quels sont nos moyens ? Certains vont dire : avec quelles armes se battre ? Nos armes, c’est surtout la Paix, la paix qui est si fragile, jamais parfaite, mais qui est un état et une attitude qui peuvent se révéler une force incontournable, dans une réelle maitrise de soi et une vraie confiance.

Cependant, il faut du temps, même si nous le demandons souvent dans nos intentions de prière universelle, pour que s’établisse la paix, l’amitié, la bienveillance, un climat de confiance qui précède l’annonce du Royaume. 

Il est bon de prier pour la paix, encore faut-il que nous vivions nous-mêmes dans la paix ! Il nous faut la vivre intérieurement pour en être les témoins avant même d’essayer de l’expliquer. Le chrétien sait quand le temps est venu de parler de Dieu et quand il est juste de se taire et ne laisser parler que l’amour. 

Nous avons toujours et partout à établir des liens, surtout en ces temps où le ‘vivre ensemble’ est menacé, où la solitude, dans notre époque, n’a jamais été aussi massive. 

Je suis effectivement très surpris du grand nombre de personnes qui se confient à moi et me disent qu’ils ne regardent plus la messe que sur leur écran de télévision ! Cette façon de faire, même si elle peut paraître assez pratique, nous prive totalement de notre famille paroissiale et de la vie en communauté dans une relation fraternelle, et surtout, de l’Eucharistie.

Frères et sœurs, l’enjeu est là pour aujourd’hui ! Il est important !

Alors, Seigneur, aide-nous à nous rendre disponibles pour annoncer le Christ !

En réalité, la joie, la Paix, l’Amour nous sont donnés par le Seigneur, et renforcés quand j’en deviens témoin ! Alors, transmettons-les !

Cette façon de vivre l’évangile et d’annoncer la Bonne Nouvelle peut inspirer notre vie en ces périodes de vacances, où nous allons côtoyer des personnes nouvelles, des gens très divers… 

N’est-ce pas une bonne occasion d’être d’audacieux témoins du Christ en ces prochaines semaines ?

Demandons cette grâce pour chacun de nous !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 27 juin 2022, 13e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 8, 18-22. Livre du prophète Amos 2,6-10.13-16. Psaume 49.

 

Chers amis, nous entendions hier, presque le même texte dans l’évangile selon saint Luc et, aujourd’hui, il nous est donné selon saint Matthieu. Retenons donc cette insistance qu’il nous faut entendre, pour nous, ce matin ! Que veut donc nous dire notre Seigneur ?

Voici deux candidats qui veulent se mettre à la suite du Christ.

- Le premier, un scribe, sans doute enthousiasmé par le Sermon sur la montagne et émerveillé par les premiers miracles de Jésus (la guérison d’un lépreux, celles du serviteur d’un Centurion et de la belle-mère de Pierre), s’approche de Jésus. Il ne veut pas laisser partir Jésus sans lui avoir déclaré sa flamme : « Maître, je te suivrai partout où tu iras. » Belle déclaration !

Or Jésus n’est pas comme les Rabbins juifs de l’époque, que leurs disciples choisissent pour maître. 

Ici, le scribe n’est pas appelé par Jésus ; il se propose de lui-même. Remarquons que Jésus ne décourage ni n’encourage ce volontaire ; Il le met tout de go, en face de son mystère : « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. » En effet, devenir disciple de Jésus est exigeant : c’est marcher derrière Celui qui monte à Jérusalem pour y subir la Passion. Jésus ne reposera sa tête que sur la croix.  

Se mettre à la suite de quelqu’un veut dire que cette personne a pour nous une importance capitale. On peut suivre quelqu’un de façon multiple : on peut le suivre pour ses idées comme tel philosophe ou personnalité politique, on peut aussi suivre quelqu’un pour son génie comme certains scientifiques. On peut aussi se laisser abuser par faiblesse, par les belles paroles d’un gourou avec les risques qui peuvent toucher ici à notre vie affective. Là, le discernement et la vérité deviennent primordiaux !

L’invitation de Jésus est donc exigeante : « suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts ». 

« Suis-moi… » Nous ne savons pas précisément si ce disciple et l’autre ont fini par suivre Jésus !

Alors qu’est-ce qui fait que l’on suive Jésus ? Que faut-il ?

Alors qu’est-ce qui fait que certains puissent décider de donner radicalement leur vie pour Lui ?

Pour pouvoir suivre Jésus, il faut d’abord savoir qui Il est, le connaître, l’écouter, le comprendre. Mais, avant de nous mettre à suivre Jésus, il faut se dire que c’est Lui qui me connaît et qui me suit ! Et cela reste un mystère pour nous ! C’est le Christ qui nous appelle et nous choisit ! Il nous suit jusqu’à ce que nous acceptions de nous arrêter et de vivre la rencontre. Avant de pouvoir suivre Jésus, il faut d’abord s’être laissé chercher et trouver par Lui. 

C’est le mystère d’une rencontre : de personne à personne !

Chacun dans notre assemblée pourrait, sans doute, expliquer l’histoire de leur rencontre avec le Christ vivant : rencontre toujours bouleversante, toujours personnelle et unique !

Voilà ce qui fait que l’on veuille suivre Jésus : cette rencontre saisissante, ce moment où Il est devenu quelqu’un pour nous, ce temps où son histoire s’est révélée à nous, cet instant où sa Parole a touché notre cœur…

Nous voyons bien ici qu’il n’y a rien d’extérieur à Lui, comme le seraient les idées, le génie ou la pensée.  Jésus vient à nous sans aucune arme à la main ni par un artifice quelconque ; Il vient seul, avec Lui-même, avec le désir de nous voir grandir, de nous voir nous épanouir et d’entre, avec Lui, dans la vie éternelle.

Il vient seulement nous demander, en nous laissant une incroyable liberté : « Toi, suis-moi ! » et Il attend notre réponse.

Puissions-nous, frères et sœurs, faire mémoire de cette rencontre du Christ à un moment de notre vie et, dès aujourd’hui, re-choisir de faire route avec Lui !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 26 juin 2022, 13e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble église Notre-Dame Réconciliatrice, 

par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 11b-17. Livre de la Genèse 14, 18-20. Psaume 109.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 11, 23-26. 

 

Chers amis, comme je vous le demande régulièrement, vous êtes invités de façon pressante à préparer les célébrations dominicales, en prenant le temps chez soi, pour découvrir les différentes lectures et peut-être (soyons fous !) à les méditer ! 

Les trois textes de ce jour (avec le psaume) expriment une belle unité entre eux et sont impressionnants de richesse :Élie, Paul et Jésus nous parlent tous les trois de liberté et d’amour, mais dans un désir très précis, car cette liberté est faite pour entrer en action, elle est toujours un acte pour mieux servir, mieux aimer, mieux annoncer le Royaume ; et donc évangéliser, c’est-à-dire annoncer la Bonne Nouvelle.

Tous les Chrétiens sont appelés à être témoins de cette Bonne Nouvelle !

Attaché à la liberté, il y a un mot avec lequel nous avons peut-être du mal, un mot sous-jacent dans les trois lectures : c’est celui de l’obéissance ! En effet, en étant attentifs, nous constatons que tous les textes de ce jour nous parlent d’obéissance. Attention, il ne s’agit pas d’une obéissance d’esclavage ou servile comme le précise saint Paul ; il s’agit de suivre le Seigneur quand Il nous appelle : l’obéissance à Dieu nous libère. C’est une belle découverte que nous pouvons faire dans une vraie relecture de notre appel !

Je sais bien que parler d’obéissance résonne très mal pour certains d’entre-nous ! Cependant, je le redis avec force, il n’est pas question d’une quelconque soumission, mais d’oser un « OUI » dans un réel discernement : une vraie obéissance à Dieu est libératrice. 

Chers frères et sœurs, essayons en quelques minutes de comprendre ensemble, le sens de cette obéissance.

Jésus marche avec courage sur la route en allant vers Jérusalem, comme nous le précise l’évangile. Le Christ Jésus est profondément libre, Il sait très bien que cette route va Le conduire à sa Passion, mais Il fait face et Il obéit à son Père en continuant sa mission pour libérer l’humanité de la mort et la conduire à la Vie. 

Cet évangile nous fait découvrir le mystère de l’exigence de Jésus qui ne laisse pas de place au doute ou à une quelconque hésitation : son OUI est vrai, Il sait, Il fait confiance, Il ne se dérobe pas et ne condamne pas !  L’urgence est là : il faut annoncer le Royaume de Dieu et cela sans regarder en arrière. Le chrétien doit regarder devant lui !

Le texte de saint Paul aux Galates insiste encore sur l’amour qui doit être libre, mais aussi sur l’obéissance à cette loi d’amour, ce commandement où Dieu nous redit qu’aimer rend libre.

La priorité pour saint Paul, c’est l’avenir, c’est la vie !

J’aime beaucoup ce psaume 15 qui dit notre attachement au Seigneur, dans notre prière et notre fidélité au cœur de notre vie ; c’est Lui qui nous conseille et éclaire notre discernement pour choisir le Bien et renoncer au Mal.

Dit autrement : notre obéissance est d’abord une obéissance à l’Amour ! C’est notre amour qui est la mesure de notre réponse à l’invitation de Jésus à le suivre. 

Comme vous le savez, cet après-midi auront eu lieu, en la Basilique du Sacré-Cœur, une ordination diaconale : Jean-Marc Franchellin, (aumônier de la prison de Saint-Quentin-Fallavier) ainsi que l’ordination d’un nouveau prêtre : Benoît Duvivier. Pour l’un et l’autre, c’est librement qu’ils s’engagent par l’ordination, à devenir serviteurs et témoins du Christ. L’épouse du futur diacre permanent a été également interrogée, car c’est conjointement que leur couple se met au service des autres.

Toutefois, l’appel de Dieu n’est pas seulement pour devenir diacre ou prêtre. Dieu nous appelle tous, là où nous sommes avec nos charismes, nos limites et nos manques !

À quoi donc le Seigneur nous appelle-t-il ?

Le Seigneur nous appelle tous à faire quelque chose de notre vie. Il faut grandir quand on est jeune ; il faut apprendre quand on est étudiant ; il faut travailler quand on a la chance d’avoir du travail et d’être payé pour le faire ; il faut transmettre quand notre expérience est profitable à d’autres, oser donner de mon temps libre pour me mettre au service des autres ; il faut se marier quand on vit en couple, et être fidèle : il faut toujours avancer dans la vie, ne pas rester les bras croisés, apprendre à partager, écouter le Seigneur qui nous guide. 

Mais surtout ce que nous avons à vivre au cours de notre vie,

c’est aimer, toujours aimer plus.

Et ceci, quel que soit notre vocation, notre appel : l’Église a besoin de nous tous !

Oui l’Église a aussi besoin de nous : hommes, femmes, célibataire, marié, consacré - d’âge mûr ou plus jeune, pour choisir et décider librement de devenir des missionnaires de l’amour de Dieu ! Le monde a besoin de nous !

Oui, j’en suis sûr, le Seigneur parle, et le premier apprentissage des chrétiens est d’apprendre à écouter ! Peut-être est-ce là une difficulté très actuelle : comment l’entendre dans le brouhaha médiatique ? Il m’arrive bien souvent de fermer mes oreilles et mon cœur. C’est rarement sur un portable que le Seigneur nous appelle… N’avons-nous pas besoin de calme et de cette liberté intérieure pour bien écouter ce que Dieu veut me dire ?

C’est le plus souvent dans la prière que le Seigneur nous parle le mieux, généralement dans la modalité du conseil… Parole parfois confirmée, comme dans le texte d’aujourd’hui, par la bouche de quelqu’un de notre voisinage ou de quelqu’un qui a charge de serviteur de l’Église. Par exemple : « Élisée était en train de travailler dans son champ et de labourer, quand le Seigneur lui a parlé et l’a appelé par la voix de l’un de ses amis, le prophète Élie. »

Le Seigneur ne nous demande pas d’être aveugles et sans intelligence ; il nous faut  écouter, réfléchir, discerner, sans que notre liberté soit pervertie ! Alors, comment faut-il comprendre ce verbe obéir ? 

Obéir :

C’est déjà écouter, être attentif, entendre l’appel, suivre, puis se mettre au service.

Obéir, c’est comprendre que nous sommes faits pour l’amour et 

que notre liberté c’est aussi être capable d’aimer.

Un dernier point rassurant pour terminer, car nous avons tous du mal à aimer : c’est l’Esprit Saint qui nous rend capables d’aimer au-delà de notre faiblesse.

Si vous le voulez bien, reprenez, ce soir, le psaume de ce dimanche :

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable. (Ps 15)

Frères et sœurs, mettons-nous à l’écoute de Dieu, alors nous deviendrons inébranlables !

C’est la grâce que nous pouvons demander et recevoir en ce jour !

Bonne méditation !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du vendredi 24 juin 2022, solennité du Sacré Cœur de Jésus, année C.

Messe célébrée à Grenoble église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 11b-17. Livre du prophète Isaïe 34,11-16. Psaume 22.

Lettre de saint Paul aux Romains 5, 5b-11.

 

Frères et sœurs, la solennité du Sacré Cœur de Jésus est une fête importante ! Ce n’est pas parce qu’elle serait ruisselante de sentimentalisme, mais elle est importante car elle nous donne de contempler et de parler de ce Cœur qui a tant aimé les hommes jusqu’à donner sa vie.

Mais comment vraiment parler du Cœur de Jésus ? 

Rappelons-nous ! Quand la lance du centurion a percé le Cœur du Christ en Croix en faisant jaillir du sang et de l’eau, il n’accomplissait pas simplement le rite ultime pour vérifier la mort de la victime, mais il accomplissait un geste prophétique. En effet, le sang et l’eau qui jaillissent du Cœur du Christ expriment en même temps, le don total que Jésus a fait de Lui-même et la source de vie que ce don devient pour l’humanité entière. 

C’est en regardant couler le sang et l’eau du côté transpercé du Christ que nous pouvons comprendre ce que saint Paul dit dans l’épître aux Romains : « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. » (Rm 5,8) 

La joie à laquelle le Christ nous invite aujourd’hui est la joie toute simple de la brebis un peu « follette » d’avoir été retrouvée, d’être portée sur l’épaule de son berger, d’être soignée, remise en forme et réintégrée à la plénitude du troupeau. C’est la joie de nous tous, pécheurs réconciliés avec Dieu.

Parler du cœur de Jésus, c’est donc redire la miséricorde de Dieu : un cœur qui aime jusqu’au pardon, un cœur qui bat pour chacun de nous !

Nous pressentons bien qu’une humanité sans le cœur du Christ, une humanité sans pardon, c’est une humanité vouée à la délation, à la barbarie et à la sauvagerie.

  • Une personne qui vit sans pardon est une personne qui s’enferme dans sa culpabilité et risque de plonger dans le désespoir. 
  • Une société qui vit sans pardon est une société qui s’étouffe dans sa culpabilité et la transforme en agressivité envers les autres pour trouver les coupables que nous ne voulons pas reconnaître en nous-mêmes. 

Le cœur de Jésus nous apprend à la fois le don de soi, le don de la vie et le don du pardon.

Pourquoi donc est-il si difficile de répandre le pardon ? Pourquoi donc est-il si difficile de reconnaître que l’on a besoin du pardon et de ce Cœur qui nous aime ? Pourquoi donc est-il si difficile de se reconnaître pêcheur et d’oser dire : « J’ai besoin de Toi, Seigneur ! » ? 

Pour nous reconnaître pécheurs, il faut que nous soyons profondément assurés de l’amour que Dieu nous porte, non pas seulement à chacun d’entre nous en particulier, mais à l’humanité tout entière. Pour avoir la confiance nécessaire pour avouer notre péché et en être pardonné, il faut que la plénitude de l’amour de Dieu se manifeste à nos yeux.

Célébrer le Sacré Cœur de Jésus, c’est donc s’extasier devant ce mystère, devant le don de Jésus par la folie de la Croix et se laisser emporter dans le mystère d’amour dans lequel on se réjouit avec la Trinité, quand un seul pécheur est converti. 

      N’oublions toutefois pas que contempler le Sacré Cœur de Jésus, ce n’est pas seulement de se réjouir avec Dieu : c’est s’engager à Lui ressembler !

Frères et sœurs, c’est la grâce que nous pouvons demander, que nos cœurs battent à l’unisson et surtout, qu’ils battent à l’unisson de celui de Dieu ! 

Demandons cette grâce pour chacun de nous et pour l’humanité tout entière !      

                                                        Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 19 juin 2022, solennité du Saint-Sacrement, année C.

Messe célébrée à Grenoble église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 9, 11b-17. Livre de la Genèse 14, 18-20. Psaume 109.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 11, 23-26. 

 

Il m’arrive de discuter avec des personnes qui me disent que : « Dieu est déconnecté de ma vie. Dieu ne comprend pas ce que je suis ! Pourquoi j’agis de telle ou telle façon… Il semble même être indifférent à mes besoins ! ». Et nous, qu’en pensons-nous ? Est-ce que ces questions sont les nôtres à certains moments, peut-être particulièrement lorsque notre peine, notre angoisse deviennent profondes ? Dieu attendrait-il de nous une action particulière ?

Dans beaucoup de religions, l’attitude envers le dieu est d’offrir un sacrifice d’oblation ; on fait une offrande pour attirer sur nous, ses bons augures, une aide. De même, toujours à l’époque de Jésus, nos frères juifs apportaient en holocauste des bœufs, des brebis, des agneaux, des colombes… 

Chers amis, non seulement, il est bien rare que nous venions à la messe avec une basse-cour, mais notre religion chrétienne est la seule religion où Dieu se fait Lui-même nourriture … N’est-ce pas paradoxal et surprenant ? Non seulement, Dieu connaît nos besoins, nourriture, boisson, repos et tant d’autres choses, mais pour satisfaire et contenter nos besoins, Dieu se fait Lui-même nourriture ! C’est le propre de la religion chrétienne.

Quand Jésus l’annonce, les personnes auxquelles Il s’adresse, ne vont pas le comprendre immédiatement ! Certains mêmes sont scandalisés et en colère : comment est-ce possible ; « manger son corps ? Boire son sang ? Quelle horreur !» Il faudra un peu de temps pour que les premiers chrétiens découvrent que le sacrement de l’Eucharistie est un don incroyable et inestimable !

Par deux fois, l’Apôtre Paul, écrivant à la communauté de Corinthe, rapporte les paroles de Jésus dites dans le récit de l’institution de l’Eucharistie. C’est le témoignage le plus ancien de la Dernière Cène.

N’oublions pas que les évangiles seront écrits un peu plus tard et ces relations épistolaires sont les premiers écrits que nous avons. Elles étaient adressées aux toutes jeunes communautés chrétiennes installées autour de la méditerranée : Éphèse, Rome, Corinthe et d‘autres encore.

Que nous dit saint Paul dans cette lettre aux chrétiens de Corinthe ? Il rappelle ce que Jésus, à quelques heures de sa mort, à quelques heures de sa Passion, nous laisse en témoignage :

- « Faites ceci »c’est-à-dire prenez du pain, rendez grâce et rompez-le ; prenez le calice, rendez grâce et distribuez. Jésus commande de répéter le geste par lequel Il a institué le mémorial de sa Pâque, ce geste au moyen duquel Il nous a donné son Corps et son Sang. C’est ce geste qui nous permet d’avoir part, toujours aujourd’hui à son Corps et à son Sang.

Ce geste est parvenu jusqu’à nous : c’est le “faire” l’Eucharistie, qui a toujours Jésus comme sujet, mais qui se réalise à travers nos pauvres mains jointes, transformé par la force de l’Esprit Saint.

« Faites ceci ». Nous venons de l’entendre dans l’Évangile, Jésus interpelle les disciples stupéfaits à un « faire » peu probable : « « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » (Lc 9, 13). Comment satisfaire une foule de cinq mille personnes fatiguée et affamée ?

En réalité c’est Jésus qui fait tout : Il bénit et rompt les pains jusqu’à rassasier tous ces gens, avec ces cinq pains et ces deux poissons. 

La pédagogie de Jésus se découvre précisément. Il eut été facile de congédier la foule, mais les disciples sont invités à mettre à disposition le petit peu qu’ils avaient.

Ce que nous vivons, encore aujourd’hui dans cette église, n’est pas si éloigné de cet épisode de la « multiplication des pains » !

 

- Jésus bénit, rend grâce et Il rompt : c’est l’autre parole qui explique le sens du : « faites ceci en mémoire de moi ». Jésus s’est rompu, Il se rompt pour nous, et Il nous demande de nous donner, de nous « rompre » nous aussi pour les autres, autant que cela soit possible. 

Justement ce “rompre le pain”, ce pain rompu est devenu le signe de reconnaissance du Christ et par la suite des chrétiens. 

- Rappelons-nous l’épisode des pèlerins d’Emmaüs, au soir de Pâques. Deux disciples marchent vers le village d’Emmaüs, l’un d’entre eux se nomme Cléophas. Nous ne connaissons pas le nom de l’autre disciple : ce pourrait être chacun de nous ! Marqués par la mort de Jésus, ils rentrent tristement chez eux. Le matin même, ils ont bien entendu des femmes dire que Jésus est ressuscité, mais leur cœur est tellement empli de tristesse qu’ils ne comprennent pas. Jésus arrive auprès d’eux et les enseigne. Chers amis, vous connaissez bien cet épisode ! Arrivés dans une auberge, les disciples demandent à Jésus d’y entrer avec eux, car il se fait tard. Au moment de la fraction du pain, Jésus dit les mêmes paroles que celles qu’Il avait prononcées quatre jours auparavant, le Jeudi saint. C’est alors que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils le reconnurent, « à la fraction du pain » (Lc 24, 35). 

  - Rappelons-nous aussi que la première communauté de Jérusalem : « était assidue à la prière […] et à la fraction du pain » (Ac 2, 42). 

C’est l’Eucharistie, qui devient, depuis le commencement, le centre et la forme de la vie de l’Église : source et sommet de notre vie chrétienne !

 Je termine tout simplement en parlant de cette église, mais je pourrais dire la même chose de toutes les autres églises. Ces églises sont belles, elles ont été construites avec le talent de toutes sortes de maîtres-ouvriers : maçons, maître-verrier, sculpteurs, peintres, facteurs d’orgues… Ces églises ont été le lieu de la prière de la communauté chrétienne depuis de longs siècles, mais quel est l’élément le plus important et le plus remarquable de cet édifice ?

Qu’en pensez-vous ?

Le trésor des églises n’est pas le bâtiment, mais ce que contient le maître autel. C’est au centre de maitre-autel, qu'il y a une petite cavité : le tabernacle !

Toute cette église a été construite pour permettre à ce petit tabernacle d’accueillir le Christ !  

Que contient ce tabernacle ? Quelques grammes d’une nourriture qui pourrait sembler banale, ordinaire, juste un petit peu de pain ! Pas n’importe quel pain : le pain consacré, c’est-à-dire : Jésus Lui-même ! Cette église a été construite uniquement pour que nous puissions venir et adorer Celui qui est présent dans le tabernacle.

Frères et sœurs, oui ! Le Christ s’offre à nous comme nourriture pour apaiser notre faim : faim de Dieu, faim de vivre ! Plus encore, au moment où nous Le recevons, au moment où nous L’incorporant en nous, nous devenons “d’autres christ“, dans l’action de grâce, avec cette même mission de la louange et de l’annonce à tous nos frères.

Voilà le Dieu trois fois saint qui s’offre à nous comme nourriture ! Il est celui que nous avons célébré, Trinité sainte, dimanche dernier.

Puissions-nous, en sortant de l’église tout à l’heure, à la fois nourris et envoyés, être les témoins et les disciples que Jésus espère !

Voilà le merveilleux mystère que nous pouvons vivre ce dimanche.

 Quelle grâce que le Seigneur nous offre, frères et sœurs,

  • en venant jusqu’à nous, 
  • en venant en nous !

 

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 12 juin 2022, solennité de la Sainte Trinité, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 12-15. Livre des Proverbes 8, 22-31. Psaume 8. 

Lettre de saint Paul aux Romains 5, 1-5. 

 

Mystère de la Pentecôte ! Mystère de la Sainte Trinité ! Mystère du très Saint Sacrement dimanche prochain !Est-ce que certains vous posent des questions sur ces célébrations chrétiennes importantes et vous demandent des explications ? Pour beaucoup, ces fêtes ne sont que des jours sympathiques où l’on ne travaille pas ! Quelles réponses pouvez-vous donner ?

Il m’arrive assez souvent que l’on me pose cette question : « Puis-je dire que je suis croyant et révéler que je ne comprends pas tout ? Est-ce grave ? »

Non. Bien sûr que non ! La réponse est claire ! Il y a toujours quelque chose qui nous échappe. Je peux dire quelque chose de Dieu, mais jamais en dire la totalité. C’est cela que nous appelons « le mystère » c’est-à-dire qu’il ne peut pas être expliqué par notre raisonnement, par l'esprit humain ; c’est quelque chose qui nous échappe ! 

En même temps, je ne peux pas rester dans ma foi adulte avec pour seule connaissance, le catéchisme de mon enfance ! Réfléchir, prier, me former, lire… est indispensable pour mieux comprendre et témoigner de « qui est Dieu pour moi et quelle espérance habite en moi ! » !

Que ce soit Pentecôte, la Trinité, le Saint Sacrement, mais aussi Noël, Pâques, l’Ascension et bien d’autres révélations sur Dieu, sur la vie de Jésus, en partant de son enseignement, de ses paraboles… il y a là toujours, un paradoxe ! Nous sommes interpellés par un mystère qui se donne à voir, mais qui ne se laisse pas « emprisonner ». Nous ne pouvons pas avoir une emprise sur la réalité de ces mystères, même si, dans certaines circonstances, nous pouvons presque les toucher, les sentir, les vivre, les entrevoir, les reconnaître… et pourtant, nous le voyons bien, ils échappent à notre entendement, à notre logique humaine ! 

Ce dimanche matin, je vous propose de réfléchir ensemble sur ce mystère : celui de La Sainte Trinité !

Ce Dieu trinitaire que nous adorons n’est ni un inconnu ni un Dieu distant. Notre Dieu est tout proche. Il est à la fois, au-dessus de nous, à côté de nous et en nous. Mais, comment interpréter ce mystère ? 

Ce que nous pouvons faire, c’est partir peut-être de nous-mêmes ; partir de l’expérience de notre humanité. Nous pouvons essayer, par une analogie qui ne pourra que tâtonner, tâcher de mieux le comprendre.

Prenons un exemple : un des traits essentiels de notre humanité, c’est notre capacité à aimer. C’est vrai, nous avons tous ce désir intense, essentiel : être aimé et aimer ! Ce désir d’aimer, cette réalité de l’amour vrai traverse toute notre humanité. Mais pour que l’amour soit mis en pratique, il faut que nous soyons en relation. Nous ne pouvons pas aimer en restant seul ! Cela paraît évident ; s’aimer soi-même, ce serait de l’égoïsme, du narcissisme. Ce serait très insatisfaisant. Certes, nous ne pouvons pas expliquer l’amour ni le sentiment qui l’accompagne, ni la détermination ou l’audace du don de soi ! Et pourtant, nous l’expérimentons ! Impossible de le toucher, de le mesurer, de le quantifier, de le capturer, et pourtant l’amour est là, nécessaire, possible, presque palpable.

Donc, le point de départ de tout ce que nous pouvons vivre, c’est notre capacité à entrer en relation avec l’autre. La relation n’est pas simplement être les uns à côté des autres ou partager quelques points en communs ; la relation, c’est la capacité d’être les uns avec les autres. 

Or, nous savons et nous croyons que nous sommes créés à « l’image et à la ressemblance de Dieu » (Gn) ; donc, par notre humanité, nous disons quelque chose de Dieu, puisque nous portons en nous, son image et sa ressemblance. 

Alors, par nos attitudes, notre manière d’être, nos charismes, notre désir, notre volonté d’aimer… nous disons vraiment quelque chose de Dieu. Dieu se fait connaître à travers nous. Si la relation est au cœur même de notre vie, cela nous dit quelque chose du mystère de la Trinité. 

La Trinité ne s’explique pas, elle se vit ! Elle se vit parce que Dieu est avant tout : relation ! Dieu n’est pas une solitude ! Cette certitude est très importante pour nous chrétiens ! Dieu veut entrer en relation avec chacun de nous, et cette relation est appelée à s’ouvrir, à s’ouvrir à celles et ceux qui sont autour de nous. 

Donc, vivre de ce Dieu trinitaire, c’est se rendre compte :

  • Que cette force de vie, cette force d’amour, qui est en moi vient de Dieu qui est Esprit Saint.
  • Que ce désir d’aimer et de me donner aux autres vient de Dieu qui est Père. 
  • Que la capacité de me mettre au service jusqu’à donner ma vie, vient de Dieu qui est Fils. 

Tout vient de Dieu qui se manifeste à chacun de nous et par chacun de nous ! Pour cela, des charismes et des dons nous sont offerts pour déployer avec prodigalité notre vie de baptisé et d’enfant de Dieu au cœur de ce monde-ci.

Quand nous disons : au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, certes nous le disons parfois un peu machinalement, mais nous exprimons, à ce moment-là, une vérité complexe : « trois personnes et une seule nature », mais surtout une réelle et profonde relation dans un amour vrai et juste qui existe au sein de la Trinité :

  • Une relation de filiation entre le Père et le Fils,
  • Une relation d'un amour commun entre les trois, qui se nomme l'Esprit Saint.

 Ainsi, nous pouvons dire que l'essentiel de la vie trinitaire est l'« intercommunion » et l'« interpénétration » réciproques des trois Personnes de la Trinité. C’est ainsi que nous pouvons entrer dans ce un mystère !

L'une des expressions évangéliques les plus claires de ce mystère s’exprime dans l’évangile de saint Jean : « Je suis dans le Père et le Père est en Moi » (Jean 15,16). Les Personnes sont l'une dans l'autre, l'une pour l'autre, sans rien garder pour elles. « Le Père est en Moi et Je suis dans le Père » (Jean 10, 30; 14, 10.) 

Ou encore : « Nul ne peut connaître le Père s'il ne connaît le Fils » dit Jésus et l'Esprit est envoyé par le Père qui le donne pour rappeler tout ce qu'il a révélé par son Fils. C’est l’évangile de ce jour. Il est l'Esprit du Père et du Fils (Jean 14, 26). Quel mystère !

Croire au Dieu Trinité, c’est donc sortir des idées toutes faites que nous nous pourrions avoir sur Dieu. C’est toujours un acte de foi !

Alors, à notre question  du début : « Puis-je dire que je suis croyant et révéler que je ne comprends pas tout ? », je peux seulement témoigner de ma relation à Dieu, de mon amour pour Dieu ! Je ne peux pas et ne pourrais jamais pleinement expliquer Dieu. Cela se révèle dans ma manière de vivre et d’aimer à la manière de notre Dieu trois fois saint !

Frères et sœurs, c’est la grâce que nous pouvons demander pour chacun de nous ce matin. 

Seigneur, éclaire mon intelligence 
et permets que je vive, déjà, 
de cet amour dès maintenant et autour de moi, 
que j’en témoigne !

                                                                                                  Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du mercredi 8 juin 2022, 10e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église Saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 17-19. Psaume 15. Premier livre des Rois 18, 20-39.

 

« Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17-19)

Aujourd’hui, en ce mercredi de la 10e semaine du temps extraordinaire de l’ordinaire, nous entendons ce rappel : le Christ n'est pas venu abolir, mais accomplir ! Cette phrase nous reprécise que son identité la plus profonde de Fils le conduit à ne rien vouloir faire qu'Il n'ait vu réaliser par le Père. Nous Le redécouvrons à la fois confiant en l’amour du Père, en la parole du Père, et également, obéissant au Père. 

Il répond, Il écoute le Père et fait de même ! Notons bien que Jésus demeure profondément librehumble et audacieuxconfiant et obéissant !

Alors, à partir de cette attitude filiale du Christ, nous pouvons nous demander si nos initiatives qui semblent peut-être nous distinguer, ne sont pas là pour nous mettre en avant, ne sont pas, en fait, le signe d'un orgueil qui nous pousserait à vouloir être le premier, à exister dans notre paraître. Quel est mon “être“ de chrétien ?

Littéralement : suis-je dans l’imitation du Christ, confiant et obéissant ?

Aujourd’hui, nous entendons ce récit extraordinaire du prophète Élie dans la première lecture du livre des Rois. Elle nous relate, un peu par analogie, son attitude audacieuse, humble, et confiante. En effet, Élie est en apparence seul en face des quatre cent cinquante prophètes de Baal quelque peu déchainés, mais Dieu est avec lui ! Le Peuple, témoin de ce défi, reconnaitra le Dieu unique d’Israël ! « C’est le Seigneur qui est Dieu ! »

Quelle confiance ! Quelle audace et quelle obéissance de la part du prophète Élie !

De même, pour marcher à la suite du Fils, portés par l’Esprit Saint, (comme nous le souhaitons), nous pouvons trouver aussi ces mêmes dispositions dans la vie des saints : « Les saints suivent l'Esprit, ils ne le précédent pas. Et de cette manière, ils sont conduits avec douceur, sans même savoir le chemin qu’ils devront prendre (...) C’est peu à peu que le chemin s'ouvre devant eux, dans la confiance et l’obéissance, dans un cœur livré avec simplicité au Christ. »

À nouveau, nous découvrons l’attitude fondamentale du chrétien : audace, confiance et obéissance !

Saint Paul nous précise dans sa lettre aux Romains, que tout notre être doit puiser dans le Christ obéissant, nos actes de confiance et d’audace : « l’accomplissement parfait de la loi, c’est l’amour ». À la veille de sa mort, Jésus s’adressant au Père récapitule sa mission : « J’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire » ; et sur la Croix, Il a dit : « Tout est accompli. " 

La Loi ne se limite plus à des prescriptions extérieures et formelles, à une façon de vouloir briller, mais elle engage tout notre être. Elle devient la loi du cœur, écrite et conduite par l’Esprit. Tout se résume en une attitude ouverte d’écoute, d’accueil, de relecture ; une attitude généreuse, docile à l’Esprit qui habite en nous. Notre vie sera alors une incarnation de la loi nouvelle, la loi de l’amour vécue dans la liberté et l’obéissance à un Autre plus grand que nous.

Frères et sœurs, demandons au Seigneur son aide pour relire notre vie, dans le quotidien de nos actions : sont-elles des réponses humbles, audacieuses, confiantes et obéissantes à son appel à l’imitation du Christ ? Ne sont-elles pas une recherche orgueilleuse de l'expression de notre être ? Sommes-nous fidèles à cette loi d’Amour ? En avons-nous, au moins, le désir ?

Méditons toutes ces réflexions tout au long de ce jour afin que le Seigneur comble en nous ce qui pourrait nous manquer !

Ô Jésus, tu es doux et humble de cœur, 
Rends mon cœur semblable au tien. 
Ô Jésus, tu es doux et humble de cœur, 
Rends mon cœur semblable au tien.

Homélie du lundi 6 juin 2022, Bienheureuse Vierge Marie, année C.

Messe célébrée en l’église Saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 19, 25-34. Psaume 86. Livre de la Genèse 3, 9-15.20.

 

         Chers amis, le temps pascal est terminé et pour la dernière fois de cette année, ce beau et grand cierge a été allumé. Bien sûr, il brulera encore aux moments de baptêmes, de funérailles…

À peine ce temps est-il achevé que nous entrons dans « le temps extraordinaire de l’ordinaire ». Mais, dès ce premier jour, alors que le feu et le vent de l’Esprit Saint nous ont emportés dans l’élan et la force du Seigneur, nous reprenons le temps ordinaire avec cette belle fête que notre pape François a voulu instituer désormais les lundis de Pentecôte ; la célébration de la fête de Marie, Mère de l’Église.

          Il est vrai qu’il n’y a plus d’octave du Saint Esprit dans la liturgie d’aujourd’hui ; Octave signifie huit jours qui suivent la date (comme l’octave de Noël ou l’octave de Pâques …) Dans l’ancienne liturgie, il y avait l’octave de Pentecôte. 

Finalement, commencer ce nouveau temps de tous les jours avec cette fête de Marie nous ramène à l’essentiel et nous garde bien ancrés dans l’Esprit Saint, l’Esprit du Ressuscité.

Marie, la nouvelle Ève !

Marie, Temple de l’Esprit Saint !

Marie qui intercède pour chacun de nous !

         Marie est Mère de l’Église ! En quoi Marie peut-elle être appelée sous ce vocable ?

Peut-être est-ce une question que vous vous posez ?

          - En premier lieu, elle est Mère du Christ et Mère de Dieu. Toute sa vie de femme et de mère a été la préparation et la réalisation du choix de Dieu qui lui a demandé de mettre au monde son Fils unique (avec un paradoxe surprenant, mais véridique : Jésus est né du Père avant tous les siècles, vrai Dieu né du vrai Dieu) afin d’en faire un homme, de l’aimer comme une maman pour qu’Il grandisse et se prépare à son tour à sa mission ! Dieu a besoin d’une famille ; c’est la folie de Dieu. Nous pouvons en déduire l’importance de la famille, importance de nos familles terrestres !

          - Ensuite, Marie deviendra Mère de l’Église, au pied de la Croix de son Fils. C’est ce que nous venons d’entendre dans l’évangile de saint Jean qui nous ramène au Vendredi Saint. Dans sa peine, dans sa douleur de maman, elle entend Jésus qui, sur le point de mourir, lui dit ces quelques mots que l’évangile d’aujourd’hui nous rappelle ; Jésus désigne à Marie l’Apôtre Jean qui sera son fils : « Femme, voici ton fils » ; et Il désigne à Jean que Marie sera sa mère « Voici, ta mère. »

          Jean, le disciple que Jésus aimait, représente chacun de nous au pied de la Croix de Jésus et nous tous ensemble, en Église au pied de la Croix de Jésus, nous sommes unis. Aussi, chacun de nous et toute l’Église accompagnée par la Vierge Marie qui devient notre Mère, nous sommes ses enfants ; Marie, Mère de l’Église avec ses enfants au pied de la Croix.

          Alors, comme il est beau de retrouver toujours Marie à Pentecôte avec les Apôtres tout tremblants, morts de peur dans la chambre haute, Jean, et les dix autres. C’était notre première lecture. Ils prient, ils espèrent, ils attendent… alors survient  le souffle de l’Esprit Saint, les langues de feu qui apportent cet élan missionnaire ; c’est la Pentecôte que nous fêtions hier. Les langues sont déliées, les cœurs s’ouvrent !  

            Oui, Marie agit en mère qui rassemble ses enfants, une maman qui aime profondément ses enfants.

La maternité divine de Marie continue de se déployer dans sa prière : « Élevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège l’Église de son amour maternel » (cf. Liturgie de la Messe de Marie Mère de l’Église).C’est encore aujourd’hui la mission de Marie. Dans notre diocèse, nous avons eu une apparition de Marie par deux fois : à notre Dame de l’Osier et à la Salette, avec ce même message de l’urgence de la conversion.

Frères et sœurs, demandons en ce jour, l’intercession de Marie, Notre Dame de l’Espérance, pour notre paroisse, pour nos familles et pour chacun de nous.            

   Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 5 juin 2022, solennité de la Pentecôte, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 15-16.23b-26. Livre des Actes des Apôtres 2, 1-11. Psaume 103.

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 8-17. 

 

Chers amis, la fête de Pentecôte n’est pas une fête anodine ! C’est  une fête importante, fondatrice ! 

Comment pouvons-nous la décrire ? C’est un feu, un feu qui brûle, éclaire et réchauffe, comme nous l’avons entendu dans la lecture des Actes des Apôtres. Nous sommes à Jérusalem, au sein d’une foule nombreuse de pèlerins de toutes nationalités. Ces personnes viennent d’assez loin pour vivre joyeusement cette fête agraire.

Les Apôtres, eux, sont confinés dans la chambre haute, tremblants de peur. Jésus, lors de son Ascension, en les envoyant vivre une neuvaine de prière, leur a promis une force ! 

Alors, l’inattendu se produit : alors que les apôtres sont en prière avec Marie, un feu se partage en langues pour se poser sur chacun d’eux. L’Esprit Saint est un feu ! L’esprit Saint est aussi un vent violent, ou encore un tremblement de terre qui apporte l’audace de la mission.

Qu’engendre la Pentecôte ? C’est la naissance de l'Église, avec ce gigantesque élan qui s'empare des disciples d'abord terrorisés, puis audacieux pour annoncer au monde la Bonne Nouvelle du salut : Christ, vrai Dieu et vrai homme ! Christ mort et ressuscité ! 

Ils sont ces témoins qui peuvent en témoigner.

La Pentecôte, c'est tout cela, et bien d’autres choses encore. Je voudrais m'arrêter avec vous sur un aspect bien souligné dans le texte des Actes des Apôtres que nous avons lu : les foules assemblées dans la ville de Jérusalem sont d'origines culturelles diverses, et pourtant, chacun entend le message dans sa propre langue. Les interprètes et traducteurs furent donc inutiles : chacun entend la même chose ! La Pentecôte est aussi ce mystère : la bonne nouvelle est adressée à tous !

Ce que nous entendons, c’est :

  • Cette universalité permet de rejoindre chaque homme, chaque femme, chaque enfant, quel que soit l’âge, la Nation, la langue, ou l’époque… 
  • Cette universalité rejoint chacun dans ses attentes les plus vitales comme les plus insoupçonnées, les plus nécessaires comme les plus existentielles !

Pentecôte, c’est donc un don que nous recevons, encore et encore !

Que vient réveiller et révéler en nous l’Esprit Saint ?

La première révélation de la Pentecôte est celle de l’émerveillement. Au matin de la Pentecôte, les Apôtres réagissent au don de l’Esprit par un chant de louange : « Tous, chacun dans leur langue, chantaient les merveilles de Dieu. » Aujourd'hui encore, malgré les souffrances, voire les doutes qui nous assaillent, osons nous émerveiller pour la vie, pour la bonté et la générosité, pour ce monde, nous émerveiller ce que nous sommes ! Osons bénir Dieu, parce que nous sommes partie prenante dans l’ordre de la Création qu'Il nous appelle à transformer.

La Pentecôte est aussi la révélation d’une consolation ! Nous comprenons que nous ne sommes pas seuls ! Le Christ est reparti vers son Père, il est assis à sa droite, mais sa promesse est toujours actuelle : « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet. » Le Paraclet dont nous parle l’évangile de saint Jean, c'est quelqu'un : c’est la troisième personne de la Trinité. Il nous vient en aide, c'est un avocat, un défenseur, quelqu’un qui nous conseille et qui nous console.  Ce Paraclet, Jésus le nomme encore « l'Esprit de vérité ». Il est comme une douce présence grâce à laquelle on pressent ce que Jésus est pour son Père, ce qu'Il est pour nous, ce que nous sommes pour Lui. 

Cet Esprit de vérité nous permettra le discernement du projet de Salut de Dieu, car le comprendre ne va jamais de soi. Nous ne saisissons pas tout ! Toutes les révélations sont rarement comprises sur le moment. Elles doivent être gardées en mémoire, ruminées dans l'étude et la prière, un peu comme Marie qui gardait tout dans son cœur. Il nous faut souvent du temps pour comprendre le dessein de Dieu.

  • La Pentecôte, c'est ensuite la révélation d’une URGENCE, urgence de la Mission, urgence d’une Audace ! Oui, l'Esprit nous envoie en témoins « au monde entier ». 

  Ne restons pas confinés ou enfermés dans une “chambre haute“ dans un écrin bien confortable et l’abri du monde ! Nous sommes envoyés, non pas seulement par ce que nous disons ou faisons, mais par ce que nous sommes.  Jésus n’a pas tant besoin d’apôtres avec de belles paroles que de témoins qui vivent de lui. Nous sommes aimés de Dieu, témoins et disciples par notre baptême, des témoins qui vivent tout simplement de Lui.

  Dans notre monde souvent abîmé par des passions désordonnées, par un climat de peur, de violence ou d’individualisme, ce qui rend nos vies contagieuses, comme le dit saint Paul dans l’épître, c'est de nous laisser conduire par l'Esprit au point de devenir des hommes et des femmes vrais, libres à l'égard des préjugés ou des peurs pour devenir capables de faire confiance aux autres, de faire confiance à Dieu. 

La vie chrétienne est de consentir à aimer Jésus, à accueillir l’amour du Père dans notre cœur et dans tout notre être, de laisser l’Esprit Saint agir en nous. Et c’est cela qui touche les cœurs.

Que vient alors réveiller et révéler en nous l’Esprit Saint ? 

Ce sont les dons, les vertus, les charismes, les fruitsreçus au jour de notre baptême, renouvelés au jour de notre confirmation. Ce sont des cadeaux offerts, reçus, mais notre drame, c’est que beaucoup ont oublié de les déballer, et peut-être même les ont égarés ! Pourtant, dans ce cadeau, se trouve tout ce dont nous avons besoin…

- Dons de Sagesse, Intelligence, Conseil, Force, Science, Piété, crainte respectueuse de Dieu,

- Des charismes : se découvrir des témoins avec notre propre langage, aussi balbutiant est-il et qui, pourtant, porte des fruits chez les personnes que nous côtoyons.

Les fruits de l’Esprit Saint sont : l’amour, la joie, la paix, la patience dans les épreuves, la serviabilité, la bonté, la confiance dans les autres, la douceur, et la maîtrise de soi (un fruit précieux, même s’il est le plus nécessaire et le plus exigeant !) 

Si vous constatez que l’un de ses fruits venait à vous manquer, demandez-le au Seigneur ! « Seigneur, j’ai besoin de ce fruit pour vivre avec Toi, pour vivre de Toi ! »

Frères et sœurs, puissions-nous, aujourd’hui, et les jours qui viennent, nous laisser renouveler dans la force et l’audace de l’Esprit Saint !

Viens, Esprit Saint, viens en nos cœurs,

Viens, Esprit Saint, viens, Consolateur.

                                                    Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 1er juin 2022, 7e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 17, 11b-19. Livre des Actes des Apôtres 20, 28-38. Psaume 67.

Nous pouvons faire un constat, sans doute amplifié par la pandémie et confirmé à travers le monde : le constat est celui-ci : « notre monde est injuste, déraisonnable ! Notre monde est fou ! Comment réagir ? »

Il est vrai que les problèmes liés au pouvoir de la science sur la vie, à la domination par la guerre, à la survie de l’homme dans son environnement naturel, aux mutations de la société et aux crises économiques, les enjeux climatiques… nous troublent profondément ! Bref, toutes ces questions ont pris depuis les dernières décennies une dimension planétaire, et même si beaucoup acceptent de travailler ensemble, l’accélération de tous ces phénomènes est de plus en plus difficilement à maîtriser.

Nous observons tout cela un peu impuissants, en priant aussi (et cela est nécessaire), mais que faire ?

C’est pourtant dans ce monde-là que le Christ nous veut, comme témoins de son message, dans ce monde où l’homme peut faire des merveilles. En effet, l’homme est capable de prodigalité, de vraie générosité, particulièrement quand il prend la mesure de sa pauvreté. 

Dieu nous veut dans ce monde : « Je ne te demande pas de les retirer du monde, dit Jésus à son Père, mais de les garder du Mauvais ; [..] Sanctifie-les ».

Au cœur de ce monde que Dieu aime profondément, mais qui est travaillé par les forces du refus, de la révolte et de l’athéis­me, le Père veut donc nous garder et nous sanctifier, en réponse à la prière de Jésus.

Il nous garde vraiment :

-non pas comme des étrangers de notre monde, non pas en nous isolant comme dans une bulle où nous respirerions seulement l’air de la foi et de l’espérance bien à l’abri, 

mais en nous fortifiant intérieurement par son Esprit, 

-contre les mensonges de « l’esprit du mal », contre les contagions de l’intelligence et du cœur, contre nos propres tristesses et nos découragements.

Il nous garde, Dieu notre Père, et Il nous sanctifie ; Il nous « consacre », tout en étant pleinement dans le monde, Il nous met à part pour Lui-même et avec Lui et nous fait entrer dès maintenant dans sa vie, dans son projet, dans sa lumière, dans le Salut dont nul n’est exclu si ce n’est par celui qui le refuse lui-même. Parce que nous comprenons son projet, Il nous rend complètement disponibles à la vie de tous !

C’est ainsi que Jésus peut demander pour nous, à son Père : « Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité ! » 

La vérité dont le monde a soif, c’est que Dieu veut tout réconcilier dans son Fils et que cette promesse de paix et d’unité passe, d’une façon mystérieuse, par la Pâque de Jésus, sa mort et sa résurrection, sa montée vers le Père et l’envoi de l’Esprit Saint.

Le premier signe que nous pouvons donner à Dieu de cette harmonie profonde avec son dessein, c’est, contre toute attente, notre union fraternelle, déjà au cœur de nos familles et de notre communauté paroissiale pour témoigner de son Amour, dans une contagion positive ! Oui ! C’est l’Amour qui sauvera le monde !

Frères et sœurs, dans cette neuvaine qui, de l’Ascension nous conduit vers l’effusion de l’Esprit lors de la Pentecôte, pouvons-nous, chaque jour, demander pour chacun de nous, d’être renouvelé dans l’espérance, dans l’amour et dans la force de l’Esprit Saint !

                                                                                                 Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 30 mai 2022, 7e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 29-33. Livre des Actes des Apôtres 19, 1-8. Psaume 67.

 

Frères et sœurs, peut-être avez-vous pris le temps de lire les textes de ce jour et de les méditer. Ce passage de l’évangile selon saint Jean me suggère trois rapides réflexions :

La première réflexion est à propos de la parole de Jésus concernant la foi de ses disciples. Ceux-ci affirment croire à la parole de leur Maître parce que, disent-ils, Il ne s’exprime plus en paraboles, mais plus ouvertement. Jésus nuance leur enthousiasme en annonçant que leur foi sera (à certains moments) ébranlée et que ses amis (c’est-à-dire eux) le laisseront seul. Nous aussi, nous pouvons faire l’expérience que certaines paroles de l’évangile nous éclairent et que d’autres sont plus obscures, mais aussi qu’une même parole qui nous semblait obscure à un moment, s’illumine tout à coup ! Pourquoi cela ? Sans doute parce que nous avons mûri dans notre foi ou encore parce qu’en demandant la force de l’Esprit Saint, nous sommes à cet instant plus disponibles à la Parole de Dieu. 

Notre compréhension est-elle totale ? Peut-être, même si l’Esprit Saint nous fera vivre l’expérience d’un nouvel éclairage au temps opportun ! 

La seconde réflexion concerne ce que Jésus nous dit de la paix : « Je vous ai dit cela pour que vous trouviez en moi, la paix ». Nous voyons que la paix dont parle Jésus n’est pas la sérénité d’une sagesse humaine, mais cet accord profond avec et dans le Christ … pour que vous trouviez « en moi » la paix, dit Jésus. 

Il est important de comprendre que c’est dans cette union au Christ que nous pourrons découvrir une véritable paix que les épreuves de la vie ne pourront pas altérer.

- Enfin, la troisième réflexion porte sur la dernière phrase de l’évangile que nous venons d’entendre, où Jésus nous dit : « Ayez confiance ; moi, je suis vainqueur du monde ! ». Quand on sait que Jésus a dit ces mots, juste avant son arrestation, avant sa condamnation et sa mort, on peut s’interroger sur ce qu’est cette « victoire » de Jésus. Cette phrase peut paraître bien paradoxale ! Jésus affirme qu’Il est vainqueur du monde alors qu’Il va mourir et donner sa vie !

Mais nous savons que la Victoire dont parle Jésus, c’est la Victoire de l’Amour

Cet amour habitait Jésus jusque dans l’épreuve de la croix : c’est dans ce sens qu’Il est vainqueur du monde. Ainsi, Jésus nous invite aujourd’hui à garder confiance et à croire que cet amour triomphera de toutes les forces obscures. 

Pour résumer :

  • Laissons-nous éclairer dans notre lecture de la Parole de Dieu par l’Esprit Saint afin que nous puissions la comprendre et tenir bon dans la foi,
  • La paix, c’est l’union au Christ
  • Vainqueur du monde, c’est la victoire de l’amour.

Les souhaits de paix et de courage adressés aux disciples ne sont pas seulement des paroles de réconfort à une communauté dans l’épreuve, mais un appel qui provoque les croyants à réagir en témoins.

Le courage que Jésus attend de ses disciples devra prendre appui sur cette certitude : « Moi, je suis vainqueur du monde ! »

En cette neuvaine à l’Esprit Saint, demandons pour chacun de nous, la grâce de ce courage, particulièrement dans l’adversité et la fidélité à la Parole de Dieu !

Demandons cela pour chacun de nous ce matin, pour notre communauté, pour la France et pour le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 29 mai 2022, 7e dimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 17, 20-26. Apocalypse de saint Jean 22, 12-14.16.17.20. 

Psaume 96. Livre des Actes des Apôtres 7, 55-60. 

 

     Frères et sœurs, nous voici donc à la fin du temps de Pâques, entre l’Ascension et la grande fête de Pentecôte, un entre-deux, une fin et un commencement qui nous préparent à une nouvelle effusion de l’Esprit Saint. 

Nos lectures ont de ce fait, à la fois une tonalité de conclusion et aussi d’une étape nouvelle. Nous l’avons entendu avec : 

  • Le martyre d’Étienne qui donne sa vie comme le Christ a donné sa vie, 
  • et en même temps, une tonalité universelle : Jésus est l’Alpha et l’Oméga !  Il récapitule tout en Lui !

Le lien qui unifie ces textes et notre vie est l’unité et l’amour.

Je remarque, comme vous, cette insistance vitale sur l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Jésus l'a souvent dit : « Je suis dans le Père, et le Père est en moi. Le Père et moi, nous sommes UN ! » L’Esprit Saint est envoyé par le Père et le Fils ! Nous notons et redécouvrons encore cette Unité des trois personnes !

Dans notre monde, régulièrement déchiré par les guerres, les injustices et l’individualisme ambiant, de fait, nous pensons à l’unité, nous rêvons de concorde et d’unité dans nos familles, dans notre pays et plus intimement déjà en nous-mêmes.

Mais quand nous pensons à l'unité, alors que nous la désirons intensément, nous le faisons un peu en baissant les yeux, parce que cette unité n’est ni simple ni facile ! Notre péché demeure une entrave à l’unité, et cela, déjà en nous-mêmes !

Combien d’entre nous, découragés, pensent que l'unité reste un idéal difficile, et même improbable à court terme. J’entends cette désespérance autour de moi !

Quand Jésus, Lui, nous parle de l'unité, elle redevient une espérance, une promesse, une certitude,

car l'unité vers laquelle nous sommes en marche, existe déjà en Dieu. 

Elle n’est pas un rêve ou une utopie !

Le lien vivant de cette union du Père et du Fils est le Saint Esprit, depuis toujours et pour toujours, une communion d’amour.

Cette intimité, cette réciprocité d'amour du Père et du Fils, voilà ce que Jésus nous offre comme modèle pour notre unité fraternelle. Cette unité est toujours à rechercher sans être jamais découragés.

Je pense à l’unité dans notre Diocèse, dans notre Paroisse avec ses cinq clochers. Je pense aussi à l’unité dans nos familles et le plus grand défi est sans doute cette unité en nous-mêmes !

Prenons un exemple : notre paroisse n’échappe pas aux différentes tensions internes ou externes à l’Église. Notre nouvelle Maison Paroissiale est un des lieux où nous souhaitons vivre cette unité ! Pour y arriver, il nous faut mettre en œuvre une vision commune de la Mission d’accueil et d’annonce !  C’est un défi pour chacun de nous, un défi pour la communauté fraternelle des bénévoles de notre paroisse que nous formons !

Est-ce facile ? Non ! Allons-nous y arriver ? Oui, dans le respect de l’histoire et la décision de chacun !

Alors OUI ! Cette unité est et ne sera possible que dans l’amour ! Un amour qui ne s’appuie pas sur nos mérites, nos qualités, nos familles, la beauté, le savoir, ou par un artifice quelconque… mais cette unité ne sera possible que si nous la fondons sur l’amour de Dieu pour chacun et notre réponse à aimer Dieu et notre prochain ! Attention à ne pas croire que nous savons mieux que les autres, c’est ensemble que nous y arriverons !

Dans notre désir d’aimer, il y a une antériorité à l’amour ! Dieu est toujours le premier à nous aimer. Cela veut dire que nous ne sommes jamais sans amour, même aux heures les plus douloureuses et les plus sombres de notre existence, Dieu continue à nous aimer ! Même si parfois cet amour ne nous paraît pas si évident : ne doutons pas !

C'est Lui qui éveille en nous la source de l'amour et qui l'alimente tout au long des mois et des années de notre existence terrestre. 

  • C’est parce que nous sommes aimés que nous pouvons aborder celles et ceux que Dieu met sur notre route avec des mains qui ne font jamais mal, avec des mots qui ne ferment jamais le cœur, avec un regard qui ouvre toujours à l'Espérance et au Pardon !
  • C’est parce que nous sommes aimés que nous devenons capables du Don véritable de soi à l’autre, du don à Dieu ! Nous trouvons alors la force de construire l'amour dans notre couple, dans nos familles, sans nous arrêter aux blessures de l'amour-propre et que nous pouvons sans cesse repartir !
  • C’est parce que nous sommes aimés que nous trouvons la patience d’éduquer et de grandir avec nos enfants même aux âges difficiles, et avec nos parents vieillissants ; 
  • C’est parce que nous sommes aimés que notre célibat, notre solitude ou notre veuvage sont et peuvent toujours devenir des lieux de fécondité.
  • C’est parce que nous sommes aimés, et que Dieu nous aime tels que nous sommes, même quand nous sommes déçus de nous-mêmes, que nous pouvons laisser l’amour de Dieu entrer en nous ; nous en faisons régulièrement l’expérience ! Nous ne pouvons pas nous taire et garder ce trésor d’amour pour nous seuls ! 
  • C’est parce que nous sommes aimés, véritablement aimés, que nous sommes et devenons témoins et disciples-Missionnaires en annonçant l’amour de Dieu pour tous !

Frères et sœurs, aujourd'hui encore, le Christ nous rassemble et vient à nous dans cette Eucharistie, en nous donnant tout, son amour, sa vie et jusqu’à son corps et son sang ! C’est grâce à ce don d’amour que nous pouvons repartir dans le monde avec audace et confiance !

Ouvrons notre cœur, notre intelligence, ouvrons-nous tout entier à l'Esprit Saint que Jésus nous a promis et qu’Il ne cesse de nous envoyer à travers tous les sacrements et dans la prière !

À quelques jours de la Pentecôte, laissons-nous toucher, laissons-nous renouveler par l’amour de Dieu par son Esprit Saint !

Désirons ensemble cette unité fraternelle au service de la Mission et de tous ! Voilà ce que nous pouvons entendre et demander en ce 7e dimanche de Pâques, à une petite semaine de cette grande et belle fête de Pentecôte ! 

Restons acteurs d’unité dans nos familles, dans notre paroisse et dans le monde !

                                                                                                   Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du jeudi 26 mai 2022, Ascension du Seigneur, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 24, 46-53. Actes des Apôtres 1, 1-11. Psaume 46.

Lettre aux Hébreux 9, 24-28 ; 10, 19-23. 

 

Aujourd’hui, nous fêtons la solennité de l’Ascension du Seigneur, une fête majeure de notre vie unie au Christ, mais aussi une fête mystérieuse et surprenante. Lors de la dernière séance de catéchisme, à la question posée : « Qu’est-ce que la fête de l’Ascension, pour vous ? », un des enfants a donné cette réponse très intéressante. Il a dit : « L’ascension, c’est comme Noël, mais dans l’autre sens ! »  Un autre a immédiatement surenchéri : « Jésus a pris l’ascenseur vers son Père ! » Ce n’est pas faux ! Jésus a pris (Cf. « il s’est abaissé » – Ph 2,8) notre humanité pour nous faire monter au « Ciel » !

Ce terme particulier « d’Ascension » a été choisi, car il est question dans les récits d’aujourd’hui de Jésus « emporté au ciel ». Il a donc bien fallu qu’il « monte », qu’il y ait une « ascension » ! Mais le ciel dont il est question ici n’est pas celui que l’on voit au-dessus de nos têtes et que les météorologues et autres astrophysiciens explorent en permanence.

Le « ciel » dont il est fait mention dans les lectures de ce jour est compris comme étant ce lieu mystérieux où Dieu réside et qui nous échappe complètement. Notre intelligence cartésienne a du mal à comprendre ! (Cf. Lettre aux Hébreux– « pas de mains d’hommes ») ! Pourtant, nous disons bien dans nos prières « Notre Père qui es aux cieux » et dans le Credo, en parlant de Jésus : « Il est monté aux cieux » ; Mais le ciel dont nous parlons n’est évidemment pas un lieu précis, distinct de celui que l’on peut admirer par une belle nuit étoilée !

En fait, la désignation de ce « ciel » échappe à l’espace et au temps (comme étant une représentation mathématique de deux notions inséparables et s'influençant l'une l'autre), tels que nous les percevons sur cette terre. 

Alors, ne soyons pas étonnés de ne pas avoir une réponse simple à donner aux enfants qui nous questionnent sur le ciel ; ni aux non-croyants en général qui se moquent parfois de nos conceptions parce qu’ils opposent la connaissance et la foi, le rationnel et l’irrationnel, le matériel et le spirituel, au lieu de les comprendre comme des valeurs complémentaires. Effectivement, quand les astronautes sont montés dans l’espace, ils n’ont pas vu Dieu, donc Il n’existerait pas … C’est par l’intelligence de la foi que nous pouvons comprendre ce mystère.

« Jésus fut enlevé au ciel », nous dit saint Luc. Que veut-il nous dire ? L’évangéliste essaye de nous transmettre le sentiment des disciples après la résurrection ; ils se rendent bien compte que, dans leur quotidien, Jésus n’est plus là, à leurs côtés ; en tout cas, plus là « comme avant ».

Ils commencent, petit à petit, à comprendre que s’ils l’ont revu après sa mort et sa résurrection, c’était bien Lui, mais Il était tout autre. Il leur apparaissait, mais ils ne le reconnaissaient pas tout de suite, eux qui, pourtant le connaissaient si bien. Il fallait qu’Il se dévoile par un geste, par une parole, une action, une prière… pour qu’ils le reconnaissent, avant qu’Il disparaisse à nouveau, comme pour les deux pèlerins sur le chemin d’Emmaüs, le soir de Pâques. Jésus disparaît au moment de la bénédiction, et c’est alors que leurs yeux s’ouvrirent …

L’évangéliste exprime par cette image de l’Ascension de Jésus que rien ne sera plus comme avant. Il y a comme une rupture : une rupture dans le temps et l’espace comme dans leur vie. La présence de Jésus ne peut plus être cette présence palpable, matérielle, concrète comme lorsqu’Il cheminait avec eux sur les routes de Galilée. Cependant, Il est toujours là, mais pas de la même manière. 

Il est à désormais « au ciel » !  C’est-à-dire, encore une fois, dans ce lieu mystérieux qui est tout à la fois infiniment lointain et pourtant si proche ; tout à la fois invisible et pourtant si évident ; tout à la fois à venir et pourtant déjà là. Voilà le mystère que nous sommes invités à vivre aujourd’hui !

Bref, ce récit veut nous dire - et c’est ainsi que nous croyants, nous le comprenons - que Jésus rejoint son Père, « notre Père qui est aux cieux ». Il est désormais « assis à la droite de Dieu » pour exprimer sa proximité avec son Père. Il retourne vers son Père, et, en quelque sorte, Il nous montre le chemin, Il nous ouvre le chemin vers le ciel, le chemin vers le Père

Frères et sœurs, nous aussi, nous sommes invités à Le rejoindre à notre tour, et c’est à ce moment-là que nous verrons Dieu face à face ! Jésus ne nous a-t-il pas dit : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie » ? (Jn 14,6)

Ce départ de Jésus n’est pas un abandon. Dans le récit de la première lecture des Actes des Apôtres où saint Luc s’adresse à Théophile (l’ami de Dieu), Il dit à ses amis, juste avant de disparaître à leurs yeux : « vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous. Alors, vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. » 

Non seulement, Jésus ne les abandonne pas et Il ne nous abandonne pas, mais Il travaille avec eux et encore avec nous, par le don et la force de l’Esprit Saint !

Alors, ne restons pas comme les disciples, le nez en l’air à regarder le ciel comme dans la première lecture ! Ce pourrait être un danger, alors que nous sommes envoyés en mission ! « Ne cherchons pas Jésus où il n’est pas ; ne le cherchons pas chez les morts, il est vivant ! »

C’est, ni plus ni moins, un envoi en mission qui nous est donné et que nous recevons ce matin : « Vous serez mes témoins, ici à Jérusalem et jusqu’aux extrémités de la terre. » Cet envoi en mission est toujours d’actualité aujourd’hui !

Comment répondre à cet envoi, à cet appel ? 

Neuf jours nous séparent de la grande fête de Pentecôte ! Durant neuf jours, en dilatant notre cœur, nous sommes invités à nous préparer à une nouvelle effusion spirituelle ! 

Neuf jours, c’est le temps de la grande neuvaine où nous demandons la grâce d’être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint : déjà reçu au jour de notre baptême, renouvelé au jour de notre confirmation ! C’est bien le même Esprit Saint qui va nous accompagner tout au long de notre mission ! 

Pour cela, il nous faut prier et demander pour chacun de nous le cadeau des dons de l’Esprit Saint !

Viens, Esprit Saint, viens en nos cœurs,

Viens, Esprit Saint, viens, Consolateur !

 

 

 

 

 

 

Homélie du mercredi 25 mai 2022, 6e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 16, 12-15. Livre des Actes des Apôtres 17,15-22 à 18,1. Psaume 148.

 

Chers amis, en cette veille de l’Ascension, les textes se font de plus en plus précis et les lectures d’aujourd’huidemanderaient des commentaires assez développés. 

Je vais donc choisir de relire avec vous la première lecture. En effet, le discours de Paul aux Athéniens est des plus actuels pour nous !

Où sommes-nous ? En Grèce ! De l'an 49 à l'an 52, les spécialistes de la vie de saint Paul nous disent que celui-ci est engagé dans son deuxième voyage missionnaire. Il le commence à Antioche dans les difficultés qu’il vit avec Barnabé comme nous l’avons lu ces derniers jours. Il laisse celui-ci pour traverser la Turquie actuelle avec Silas (Actes 15, 36-40). Plus de mille kilomètres à parcourir, soit en bateau, soit à pied ! Le groupe s’embarque pour la Macédoine, poursuit sa route, évangélisant au passage Thessalonique et Bérée. Paul se retrouve, alors, seul à Athènes : la capitale culturelle de la Grèce. Il y reste seul attendant que Timothée et Silas viennent le rejoindre. 

Athènes est l’une des plus belles villes de l’époque, pleine d’animation, riche de sa culture et de grandes diversités, comme le sont aujourd’hui, par exemple, Paris ou New York. Nous pouvons y admirer les magnifiques bâtiments, les maisons richement sculptées en pierre blanche, les théâtres et de belles fontaines. Nous y découvrons aussi les nombreux temples où l'on adorait une multitude de divinités. Petits temples bien souvent avec des colonnades et de jolis frontons sculptés et décorés. Chaque temple a son dieu ou sa déesse. 

Lorsque Paul commence à s’adresser aux gens réunis autour de lui à l’Aréopage, il se sert de ce qu’il voit pour en faire un point d’accroche. Il commence son discours par ces mots : « En effet, en parcourant la ville, et en observant vos monuments sacrés, j’y ai trouvé, en particulier, un autel portant cette inscription : ‘ Au dieu inconnu’. » 

Voilà le début de sa prise de paroles. Puis il poursuit son discours (en vérité son témoignage) avec un souci remarquable de rejoindre ses auditeurs, tout en annonçant le Kérygme : Mort et Résurrection de Jésus !

L’ensemble de son argumentation va dans le sens d’un effort pour rejoindre ceux à qui Paul s’adresse pour la proclamation de la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Ce discours est remarquable du point de vue de la communication. Saint Paul n’est pas seulement un très bon communicateur, il a aussi la parole d’un excellent évangélisateur qui ne craint pas de témoigner. Même si, dans l’assemblée, certains se moquent de lui, quelques-uns, pourtant, s’attachent à lui et vont devenir croyants.

Notre société n’est sans doute guère différente de celle qui était vécue à Athènes à cette époque-là ! De nombreuses divinités y sont toujours bien présentes ! Pas de jolies colonnades ou de frontons richement sculptés, mais des temples de la consommation et du gaspillage, des dieux autoproclamés, une désespérance sans but… Même si nos témoignages semblent parfois ne pas être reçus avec le risque de rester sans voix dans le brouhaha médiatique, des hommes et des femmes sont toujours en attente ! 

Avec saint Paul, dans le sillage du texte de l’évangile de saint Jean, nous sommes invités à rester toujours attentifs à ce que nous dit l’Esprit, si nous voulons connaître et suivre Jésus. « Il reprend ce qui vient de moi, dit Jésus, pour vous le faire connaître. » (Jn 16,15) 

Frères et sœurs, à la veille du départ de Jésus vers son Père, en cette belle fête de l’Ascension, demandons avec ferveur et confiance la force de l’Esprit Saint pour rester des missionnaires fidèles à notre baptême !

C’est la grâce que nous pouvons demander, la grâce que nous devons demander pour être des témoins audacieux pour notre temps !

                                                                                                                       Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 23 mai 2022, 6e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 26 à 16, 4a. Livre des Actes des Apôtres 16, 11-15. Psaume 149.

 

 

Tout au long de cette semaine, le lectionnaire férial nous propose de relire une partie du long discours de Jésus à ses disciples durant la dernière Cène ; nous sommes toujours dans l’évangile de saint Jean. 

Parmi toutes les annonces de Jésus, et cela à quelques heures de sa Passion, nous entendons celle de la promesse de l’Esprit Saint ; Esprit Saint qui accompagnera les disciples dans les oppositions et contradictions qu’ils auront à endurer, dans l’annonce du Kérygme : Jésus Mort et Ressuscité ! Et ces altercations et oppositions seront nombreuses !

Toutefois, loin de désespérer, ils ne cesseront pas d’annoncer : le Messie, Fils unique de Dieu et Dieu lui-même, vrai homme et vrai Dieu, mort et ressuscité. C’est le contenu essentiel de notre foi ! C’est cela que les disciples ont la mission d’annoncer dans les villes païennes : annonce audacieuse et difficile sans une action divine !

Aujourd’hui, Jésus promet donc à ses disciples qu’Il leur enverra l’Esprit qui vient du Père et du Fils. Cet Esprit, qu’Il appelle « parakletos », ce qui peut se traduire en latin aussi bien par « consolator » que « auxiliator », est avant tout l’« Esprit de Vérité ». `

Il est très important de faire attention à ce nom de l’Esprit de Dieu, car, avec la Passion du Christ, nous atteignons le point culminant de la lutte entre l’Esprit de Vérité et « l’esprit de mensonge » (avec une petit « e »). Avec la mort de Jésus, l’esprit de mensonge semble être vainqueur (Jésus va réellement mourir) ; mais il sera totalement vaincu par la Résurrection de Jésus. Jésus a vaincu la mort !

Cette lutte continue et elle durera jusqu’à la fin du monde, car il est important de comprendre que l’esprit du mensonge, l’esprit du Mal, qui a été vaincu par le Christ, soit aussi vaincu en chacune de nos vies et en chacun de nos cœurs. Chacun de nous a à vivre, d’une façon particulière, ce choix de Dieu, de renoncer au Mal et de suivre le Christ.

            Si on ne peut comprendre le mystère de Dieu, c’est qu’Il est une Lumière trop forte pour nos yeux mortels. Mais si l’on ne peut comprendre le mystère du mal, c’est simplement parce qu’il est l’absence totale de lumière, une ténèbre absolue.

            Avec notre imagination humaine, nous pouvons imaginer toutes sortes de choses sur le « Prince du Mal » ; mais la seule vérité révélée à son sujet est que le Christ l’a vaincu, et qu’il est donc inutile de le craindre, si nous nous appuyons sur le Christ qui nous rend déterminés et forts.

            En ce temps de préparation à l’Ascension de Jésus vers son Père, et à quelques jours de la fête de Pentecôte,demandons à être renouvelés dans la force de l’Esprit Saint ! Ouvrons nos cœurs à la lumière de l’Esprit Saint ; ou plutôt demandons à Dieu d’ouvrir Lui-même nos cœurs, comme à Lydia de la ville de Philippes, dont nous parlait la première lecture des Actes des Apôtres. 

N'oublions pas qu’en nous, comme dans le cœur de ceux qui sont en recherche, l’Esprit Saint est déjà en action, car, avant même d’avoir entendu la prédication de Paul, Lydia vénérait déjà Dieu ; aussi ouvrit-elle simplement son cœur aux paroles de Paul.

Frères et sœurs, à nous aussi, l’Esprit Saint  a été donné au jour de notre baptême, renouvelé lors de notre confirmation. 

Demandons de tout notre cœur d’écouter ce que l’Esprit de Dieu veut nous dire déjà pour aujourd’hui !                                   

                                                                                                     Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 22 mai 2022, 6e dimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 23-29.

Livre des Actes des Apôtres 15, 1-2. 22-29. 

Psaume 66. Apocalypse de saint Jean 21, 10-14.22-23

 

Chers amis, permettez-moi de m’attarder un peu sur la première lecture dont saint Luc est aussi l’auteur. En effet, la première lecture d’aujourd’hui, dans le livre des Actes des Apôtres, nous présente un texte qui peut paraître anodin. Il s’agit du récit des premières décisions prises par l’Église naissante à Jérusalem, à la suite d’un conflit parmi tant d’autres. On le présente souvent comme étant le 1er Concile de Jérusalem.

De quoi s’agit-il ? Comme vous le savez, les Apôtres vont parcourir le bassin méditerranéen et annoncer Jésus sous l’action de l’Esprit Saint. De nombreux païens vont être profondément touchés par le Seigneur et ils vont se convertir au Christ. Voici la question, elle est simple : doit-on, oui ou non, imposer la loi juive aux païens devenus chrétiens ?

Nous pourrions dire entre nous, chrétiens du vingt et unième siècle : quelle incidence pour nous ? Le problème évoqué est apparemment juridique (la circoncision), dans un contexte bien précis, dans la ville d’Antioche en Syrie, il y a deux mille ans ; en quoi serions-nous concernés ?

        En réalité, cette question est intéressante. Certes, c’est une décision juridique et aussi pastorale, mais elle est d’abord la décision de l’ouverture. L’Église naissante accueille des personnes d’origines diverses, sans leur imposer les obligations de la loi juive ! Pourtant cette loi juive s’impose toujours aux membres de l’Église eux-mêmes, c’est-à-dire aux juifs devenus chrétiens. En même temps, des non-juifs veulent suivre le Christ Jésus et frappent à la porte de l’Église naissante.

Bien que bouleversée et surprise, la jeune communauté des disciples de Jésus décide donc de s’ouvrir à toute personne, quelles que soient son origine, ses traditions, ses croyances anciennes, du moment qu’elle souhaite entrer dans cette communauté pour suivre le Christ ressuscité. Une seule vérification : avoir fait la rencontre de Jésus, recevoir le baptême et l’effusion de l’Esprit Saint.

Les seuls préceptes imposés à ces nouveaux chrétiens consistent alors à :

  • « s’abstenir de manger des aliments offerts aux idoles et de viande non saignée. » (C’est-à-dire que c’est le refus de l’idolâtrie, des sacrifices et des offrandes faites aux nombreuses divinités païennes : dieux grecs, romains, égyptiens, babyloniens, mésopotamiens et bien d’autres encore… )
  • « s’abstenir… » des unions illégitimes et de débauches ; c’est donc la reconnaissance de la valeur irremplaçable du couple humain, homme-femme dans la fidélité, de l’importance de la famille, lieu de la transmission de l’amour et de la foi. 

Ces préceptes sont ce qu’on pourrait appeler les « fondamentaux », puisqu’ils sont en fait les termes de la première alliance, très ancienne, conclue avec Noé. Le but visé est très précis : il s’agit de rendre possible la communion dans les premières communautés chrétiennes formées de juifs et de païens convertis au christianisme. Ce pourrait être dit autrement : aux Juifs, il est demandé de s’universaliser, et aux païens de recevoir la particularité juive comme étant le Peuple à qui Dieu a parlé en premier.

        Décision donc d’ouverture et de communion ! Cela n’a pas été simple à mettre en œuvre et a suscité de nombreux débats. L’accent est mis sur la nécessité de vivre l’Alliance, et non sur la pratique de rites et de ses nombreux interdits et obligations qui s’étaient accumulés au fil des siècles dans la loi juive.

On pourrait donc penser que le texte que nous venons d’entendre pourrait être l’acte d’émancipation du christianismepar rapport au judaïsme dont il est pourtant issu. En réalité, il serait dommageable de comprendre le Christianisme sans le Judaïsme. Notre société française est bien judéo-chrétienne ! Par exemple, il est impossible de comprendre l’Eucharistie sans ses racines juives ! Ou encore, impossible de comprendre le sens de l’union des époux sans lire certains livres du Premier Testament, par exemple celui du prophète Osée… ! À l’époque de Jésus, la polygamie était chose courante.

Pour souligner cette nouveauté, c’est dans cette ville d’Antioche de Syrie, actuellement en Turquie, que le nom de chrétiens va être donné pour la première fois aux membres de cette communauté des disciples de Jésus. Chrétiens signifie ‘être du Christ’, ‘ceux qui appartiennent au Christ ‘, ‘ceux qui voient en Jésus le Christ, le Messie’. Ce ne sont pas des disciples d’un quelconque meneur d’hommes, d’un gourou ou d’un prophète, mais bien des disciples de ce Messie annoncé par l’Écriture et attendu par tout le peuple juif.

        On le comprend, cette audacieuse décision est loin d’être anodine. On accepte mieux alors cette demande lorsqu’elle est annoncée par cette phrase : « l’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé... ». Ce pourrait paraître bien présomptueux, mais la foi nous fait dire que, en effet, cette décision d’ouverture aux païens est capitale et qu’elle n’a pu se faire qu’avec l’éclairage de l’Esprit Saint.

        Comme dans cet épisode du livre des Actes des Apôtres, l’Église reconnaît chacun dans sa différence, dans sa singularité. Elle propose un chemin d’avenir, un chemin nouveau, sans obliger quiconque à oublier son passé, sans obliger les personnes à de faux semblants, mais au contraire en assumant la vérité de son histoire, de son état de vie, de son cheminement, la vérité dans toutes ses pauvretés et dans toutes ses richesses. Oui, nous sommes tous différents, mais complémentaires et Dieu nous aime tels que nous sommes !

L’essentiel de ce qui nous rassemble ce soir est rappelé par Jésus dans la lecture de cet évangile de saint Jean : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. »

L’expression est toute simple et c’est ce qui nous unit aujourd’hui ! « Si quelqu’un m’aime. » Voilà la condition première ! Voilà ce qu’ont vécu les premiers disciples ! Si nous sommes réunis dans cette église, c’est que nous aimons le Christ et que nous désirons Le suivre !

 

C’est ce même Esprit Saint qui nous met en présence de Dieu. C’est ce même Esprit Saint qui nous enseigne et nous fait comprendre les paroles du Christ. 

Chers frères et sœurs, c’est ce même Esprit Saint de Dieu qui nous rassemble aujourd’hui, dans toutes nos différences, à quelques jours de la fête de l’Ascension.

Jeudi, nous allons vivre cette belle fête de l’Ascension de Jésus vers son Père et Il nous demande de nous réjouir, car Il retourne vers son Père.

Demandons déjà avec audace, d’être renouvelés dans l’Esprit Saint et de mettre en pratique les Paroles du Christ ! 

Continuons notre route, ensemble à la suite du Christ !

                                                                                                          Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 18 mai 2022, 5e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 15, 1-8. Livre des Actes des Apôtres 15, 1-6. Psaume 121.

 

Chers amis, pourquoi portons-nous au fond de nous-mêmes des peurs, des angoisses, des attentes et, en même temps, de grands désirs, des souhaits et des projets ? 

« Que voulons-nous ? Pourquoi, à certains moments, la peur et le manque me taraudent-ils ? Pourquoi ai-je en moi ce désir viscéral d’être aimé et d’aimer véritablement en retour ? Pourquoi espérons-nous une vie féconde qui porte du fruit, dans l’aide et l’amour, déjà dans la simplicité des relations ordinaires ? Une vie qui aurait du sens ? … Dans la fidélité à mon baptême, quels sont les fruits que j’aimerais partager ?... » 

Voici de nombreuses questions que se posent beaucoup de nos contemporains, avec plus ou moins de courage !

La réponse nous est donnée dans l’évangile de saint Jean que nous entendons ce matin, dans cette méditation du chapitre 15 : 

·      « Demeurez attachés à Jésus-Christ. » 

·      Restez greffés sur Lui comme le sarment sur la vigne ! 

C’est une réponse simple et intense. « Restez greffés ! » c’est l’image que Jésus nous donne pour que nous parvenions à comprendre l’urgence de notre vie.

Littéralement, ne nous coupons pas de la sève ! Ne nous éloignons pas (et sous aucun prétexte) de la source même de l'amour ! Demeurons dans cet amour qui nous a été révélé. 

Pour cela : « Demeurez… » Ce verbe impératif revient sans cesse sous la plume de saint Jean. C’est une insistance qui peut nous surprendre... et agacer peut-être même certains d'entre nous ! Pourtant, c’est là l’essentiel !

L'enfance et plus encore l'adolescence sont des périodes où l'on privilégie davantage le moment présent, l’immédiateté. C’est l’instant présent qui importe ! Quelque part, on se moque de l'avenir et, pour certains même, il ne fait plus rêver. À ces âges-là, nous n’y pensons pas !  

De ce point de vue, nous risquons tous, plus ou moins, d’être ou de rester de grands adolescents ! Or voilà que cette page d'évangile nous prend un peu à contre-pied ! À l’opposé d’une attitude d’un certain zapping ou d’une bougeotte, bien souvent en lien avec le mode de vie notre société, nous sommes invités à établir une stabilité en Jésus !

Le texte que nous venons d’entendre nous prend à contre-pied. C'est comme si saint Jean nous disait : « Ne faites pas seulement qu'entrevoir l'amour de Dieu et de courir après... L'important, c'est d'y demeurer ! » Ou encore : « Ne lisez pas à la va-vite ou en diagonale les évangiles... L'important, c’est d’être là et d'y demeurer ! » 

On ne devient pas complètement chrétien du jour au lendemain ! On ne se convertit pas forcément en un jour ! C'est bien souvent l'affaire de toute une vie. C’est à la fois avancer (être en mouvement), un attachement, dans une stabilité qui demeure. 

 En terre iséroise, nous aimons bien cette devise des Chartreux « Stat crux dum volvitur orbis », c’est-à-dire : « La Croix demeure tandis que le monde tourne. »

C’est ce que nous sommes invités à vivre humblement dans notre quotidien souvent trépidant, mais comment vivre ces deux attitudes à la fois ? Comme notre vie est d’abord mouvement, la stabilité en Christ ne peut pas être qu’une option !

Frères et sœurs, il nous faut nous nourrir de cette parole fondatrice ! Alors, ne l'avalons pas trop vite. Lisons-la, relisons-la, ruminons-la, méditons-la, laissons-là prendre racine en nous ! Demeurons dans le Christ tout en restant attentifs à ceux qui sont autour de nous, même si cela va nous mettre dans une tension paradoxale. 

Gardons notre cœur greffé sur le Christ, en étant conscient que notre ‘dépendance’ - tel le sarment sur la vigne - ne trouve pas forcément un écho favorable dans ce monde qui se revendique ‘indépendant’ !

Il faut du temps pour que la Parole du Christ imprègne notre vie. L'important, c'est de demeurer avec Lui, en Lui et Lui avec moi. 

Le reste nous sera donné par surcroît !

                                                                                                               Ainsi soit-il !

                                                                                       

 

 

Homélie du lundi 16 mai 2022, 5e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 14, 21-26. Livre des Actes des Apôtres 14, 5-18. Psaume 113b.

 

Chers amis, nous sommes à la 5e semaine du temps pascal et, petit à petit, la liturgie nous oriente vers les fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte. Avec ce passage de l'Évangile, nous sommes à la Cène, au soir du Jeudi Saint, quelques minutes avant le départ au Jardin de Gethsémani. (cf. Jn 14, 21-26). Jésus finit un long discours par ces versets : « Je vous ai dit ces choses, alors que je demeurais avec vous. Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (versets 25-26). 

C'est la promesse de l'Esprit Saint qui nous est donnée ! 

Esprit Saint qui habite avec nous, qui est Dieu lui-même dans la Trinité et que le Père et le Fils envoient. « Le Père enverra en mon nom », dit Jésus, pour nous accompagner sur notre chemin, sur notre route sur cette terre, et ils l'appellent Paraclet

Soutenir et accompagner : c'est la tâche de l'Esprit Saint.

En grec, le Paraclet est celui qui nous soutient, qui nous accompagne pour ne pas tomber, qui nous conserve fermes dans la foi, qui est proche de nous pour nous guider. 

Le Seigneur nous a promis ce soutien.

Que fait donc l'Esprit Saint en nous ? Le Seigneur le dit : « Il vous enseignera tout et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (v. 26). 

Enseigner et rappeler : c'est aussi la tâche de l'Esprit Saint.

Il nous enseigne : il nous enseigne le mystère de la foi, il nous enseigne à entrer dans ce mystère, à le comprendre plus intiment chaque jour. Il nous enseigne comment développer notre foi sans nous tromper, comment grandir dans la compréhension des paroles de vie de Jésus.

Il nous rappelle les enseignements de Jésus, ses consignes, ses paraboles… L'Esprit Saint nous guide dans cette mémoire ; il nous guide pour discerner, dans le présent de notre vie : quel est le juste chemin et éviter de nous égarer ! Si nous demandons la lumière de l'Esprit Saint, Il nous aidera, tout en laissant libre, à discerner pour prendre les vraies décisions, les petites de chaque jour comme les plus importantes. 

Mais avons-nous l’habitude de lui demander son aide ?

C'est l'Esprit qui dans cet enseignement et dans ce souvenir nous permet de discerner les décisions que nous devons prendre librement et en vérité !

Frères et sœurs, aujourd’hui, peut-être pouvons-nous demander l’aide précieuse de l’Esprit Saint, demander que le Seigneur nous aide à nous ouvrir à ce don de l’Esprit Saint donné au jour de notre Baptême et renouvelé au jour de notre confirmation.    

Il est le Paraclet ! Il est notre défenseur !                                                                                 

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 15 mai 2022, 5e dimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 13, 31-33a.34-35. Apocalypse de saint Jean 21, 1-5a. Psaume 144.

Livre des Actes des Apôtres 14, 21b-27. 

 

J’ai souvent entendu de la part d’amis, de paroissiens, de frères et sœurs en Christ, ces deux exclamations :

  • J’aime Jésus et je veux le suivre quoi qu’il arrive !
  • Qu’il est difficile d’être véritablement chrétien ! 

Ces deux phrases ont résonné en moi tout au long de cette semaine ; de fait ces deux affirmations ne s’opposent pas ! Aujourd’hui comme hier, être disciple de Jésus est difficile ; certes je le veux, je l’accepte, je le désire, mais ça ne va pas de soi. 

Pourquoi ? Certains vont me dire que c’est parce que Jésus met la barre très haut : 

« Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. »

Devant une telle affirmation :

  • Qui parmi nous peut dire qu’il aime ses frères comme Jésus nous a aimés ? 
  • Qui peut prétendre être capable d’aimer au point de paraître un disciple de Jésus aux yeux de tous les hommes ? 

Aimer comme Jésus nous a aimés, c’est-à-dire comme Dieu nous aime, c’est aimer jusqu’à donner sa vie. Quelle exigence ! 

Si vous en avez la possibilité, relisez la vie de saint Charles de Foucauld et vous verrez que, à sa façon, modestement, il a été vraiment ce témoin de l’amour, témoin d’amour.

Et pourtant, d’un autre côté, « aimer » n’est-ce un désir tellement naturel qu’il ne devrait pas nécessiter un grand effort ? Nous aimons être aimés et nous désirons aimer en retour ! Cela fait partie de notre ADN ; c’est ce qui nous a été donné par Dieu Lui-même, cette capacité viscérale d’aimer au plus profond de nous-mêmes. 

Nous pouvons noter, combien nous sommes tristes et malheureux quand quelqu’un nous dit ne pas nous aimer.

« Aimer » est donc un désir naturel. Aimer ses proches, aimer son conjoint, ses enfants, sa famille… quoi de plus banal ! Quoique… nous avons tous, dans nos familles, dans nos relations amicales ou professionnelles, des exemples de situations difficiles, douloureuses parfois, parce qu’il y a de l’animosité, une colère, parce qu’il y a, en fait, un manque l’amour !

Non, en réalité, l’amour n’est pas si évident ! Même chez les fiancés qui se préparent au mariage, s’aimer n’est pas gagné d’avance. C’est pourquoi, dans le parcours de préparation au mariage qui leur est proposé dans notre paroisse, il est prévu des temps d’échanges autour de notre façon d’aimer (non pas de mettre la main sur l’autre, mais de se donner réellement à l’autre). Bref, des temps d’éducation au vrai amour s’imposent. 

Nous le savons bien, l’amour peut être blessé. S’il ne se réduit qu’à un sentiment, l’amour devient très fragile en allant même jusqu’à « démolir » l’espérance qui est nous ! L’amour est une décision dans la constance !

Pas plus tard que la semaine dernière, une femme me confiait ses difficultés, à la suite de son divorce. Ses deux enfants, nés pourtant de l’amour de leurs parents, deviennent à présent pour eux des sujets de discorde, de déchirements, voire de violence et de haine. « Quelles souffrances ! » me disait-elle… Comment un amour vrai peut-il se transformer en haine ? Et des cas comme celui-là, nous en connaissons tous plus ou moins, hélas ! 

Comment l’amour que l’on croit toujours indestructible, au début, peut-il devenir à ce point destructeur ? C’est aussi l’occasion pour nous de prier pour toutes les personnes qui vivent des périodes difficiles dans leur couple, ou un divorce.

En même temps, si je continue sur le registre de la famille, l’amour est toujours possible ! Je suis témoin, le témoin heureux, de confidences de couples dont l’amour après 50, 60, 70 ans de mariage reste toujours bien présent, malgré les vicissitudes de la vie. 

Nous constatons qu’il existe des amours durables et toujours présents ! Et pourtant, ils reconnaissent avoir eu, comme nous tous, des difficultés et des soucis, mais qu’ils ont pu dépasser et surmonter ensemble dans le dialogue, main dans la main.

Là aussi, aimer c’est décider d’aimer, quoiqu’il arrive !

Dans la première lecture, nous avons entendu Paul et Barnabé affermir le courage des disciples, en disant : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Là aussi, le message de Jésus est exigeant. Le chrétien n’est pas exempté d’épreuves ou de difficultés ! On ne peut pas se contenter de belles paroles ! Pour les premiers chrétiens, les épreuves dont parlent Paul et Barnabé ne sont pas des petites difficultés passagères : c’est la violence de l’animosité, des persécutions déjà présentes et à venir !

Il en faut du courage pour aimer jusqu’à risquer sa vie par amour de Jésus ! C’est pourtant bien ce que signifie la parole de Jésus : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Dans cet évangile que nous venons d’entendre, Jésus donne à ses amis ce commandement à quelques heures de son arrestation, de sa passion, de sa mort sur la croix. 

Judas vient de quitter la table pour aller tristement, Le trahir ! Comme un testament ou une confidence que l’on peut faire à ses intimes quand l’heure de mourir est proche, c’est une phrase importante qu’il nous faut écouter et intérioriser.

Testament spirituel ? En réalité, il s’agit plus d’une mission que d’un commandement. Jésus donne sa vie jusqu’au bout, et nous demande, autant que possible, de faire de même en mémoire de Lui. 

Mission qui devient témoignage, puisque l’amour dont nous ferons preuve montrera à tous les hommes que nous sommes ses disciples. 

Comment témoigner du Christ ? En aimant simplement ! En aimant, sans doute, d’une façon déraisonnable, bien loin des critères de notre société.

Nous qui sommes appelés chrétiens, disciples du Christ, baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, nous sommes donc des témoins et des missionnaires. Rien de moins ! 

Pas seulement « amis de Jésus », ce qui n’est pas trop difficile, mais véritablement envoyés par Lui en mission dans notre quotidien ! 

C’est-à-dire, en mission auprès de tous ceux qui nous entourent, plus ou moins proches, en mission auprès de ceux que nous n’avons pas forcément choisis ! Avec ceux qui nous ressemblent et avec ceux qui sont très différents de nous ; avec ceux qui semblent plus riches et ceux qui semblent plus pauvres que nous ; malades ou en bonne santé ; ceux qui nous sont sympathiques et ceux avec lesquels le contact est plus distant ou difficile.

Pas seulement « amis de Jésus », mais « amis de tous » par conséquent !

J’entends bien la question que nous pouvons nous poser : alors, comment « faire » ou plutôt comment « être » ?Comment « être » à la hauteur d’une telle mission ?

Déjà, une première condition : ne baissons pas les bras devant l’ampleur des choses à changer d’abord en nous-mêmes, avant de vouloir changer le monde ! 

Par exemple : nous prions, avec raison pour la paix dans le monde ! Mais, n’avons-nous pas d’abord à prier pour ce que nous vivons, pour la paix dans les relations professionnelles et amicales qui tissent notre quotidien, dans nos familles, en nous-mêmes ! Il peut paraître bien facile de prier pour ce qui est loin de nous !

Jésus ne se contente pas de nous envoyer « comme des agneaux au milieu des loups » : Il nous accompagne Lui-même et Il nous apprend à aimer comme Il aime ! 

Il nous a donné l’Esprit Saint au jour de notre baptême, Esprit de Force et de Vérité ; Il se donne à nous en nourriture à chaque Eucharistie, dans sa parole, pour que nous puissions, en l’accueillant dans notre corps, « être » d’autres christs ! 

Jésus est toujours avec nous, et ça change tout ! C’est Lui qui nous montre et nous apprend !

Alors, oui, frères et sœurs, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous,

Nous avons à choisir d’aimer et à décider de suivre Jésus, malgré les difficultés, 

même si mon amour peut ne pas être reçu !

Ne désespérons jamais et, en ce jour si particulier de la canonisation de saint Charles de Foucauld. Apprenons de lui la confiance, comme nous pouvons l’entendre dans sa prière : 

Mon Père, mon Père, en toi je me confie,
En tes mains, je mets mon esprit.
Je te le donne, le cœur plein d’amour.
Je n’ai qu’un désir : t’appartenir.

Demandons l’intercession de ce nouveau saint !

                      Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 11 mai 2022, 4e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 12, 44-50. Livre des Actes des Apôtres 12, 24 à 13,5. Psaume 66.

 

     « Moi, la lumière, je suis venu dans le monde ». 

Moi, la lumière...Voilà l’extraordinaire révélation sur le mystère intime de Jésus et sur la mission qu'il a reçue du Père !

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, il est question de ténèbres et de lumière. "Je suis venu dans le monde afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres" (v.46). Le Christ vient révéler, apporter la lumière ! 

Dans notre monde, nous pouvons constater qu’il y a, en quelque sorte, une succession de ténèbres et de lumière, de l’obscurité au jour. Cela commence dès le début du monde puisque nous pouvons lire dans le Livre de la Genèse : il y eut un SOIR, il y eut un MATIN ! 

Déjà, en remontant à la théorie du Bing Bang, alors que tout était « obscurité », une lumière incroyable, une énergie éblouissante a traversé l’univers en création.

Ainsi, selon, Jésus, les ténèbres précèdent la foi : elles sont pour nous le pays d'avant la foi. C’est important de le comprendre.

Savez-vous que :

  • Toutes nos liturgies nous donnent de passer de l’obscurité à la Lumière !
  • La Vigile Pascale en est le type même : elle est la mère de toutes les Veillées. Nous passons des ténèbres de la nuit à la lumière de la Résurrection du Christ, de la mort à la vie !
  • Le Baptême est aussi ce passage de la mort à la vie ! Rappelez-vous les baptêmes des catéchumènes lors de la Vigile Pascale ! Ils ont été plongés littéralement dans l’eau pour être relevés dans la lumière. Le cierge que le nouveau baptisé a reçu pour éclairer sa vie, brille de la lumière du Christ.
  • Même dans l’imagerie populaire, cette distinction existe. Ne dit-on pas : « Broyer du noir ! » ou : « être dans le brouillard » ? À l’inverse ne dit-on pas : « Avoir une idée lumineuse !», avec une ampoule qui s’éclaire au-dessus de la tête !

Frères et sœurs, nous ne sommes pas créés pour vivre dans l’obscurité ou la grisaille !

Si à certains moments de notre existence, il nous arrive de revenir aux ténèbres (volontairement ou non), à la tristesse, ou à une perte du sens de notre vie ! Nous devons avoir un seul réflexe, un réflexe immédiat : dans un acte de foi, venir, revenir à “Jésus-lumière“ entendre ses paroles et les garder. Ou encore, prendre un temps d’adoration du Saint Sacrement où l’ostensoir représente souvent un soleil avec Jésus au centre, rayonnant ! 

Nous sommes donc invités à être des tournesols, celle belle plante qui tourne, tout au long de la journée, pour suivre et accueillir la lumière du soleil ; c’est l’héliotropisme du tournesol. Soyons donc de « beaux tournesols » tournés sans cesse vers la lumière du Christ !

Frères et sœurs, puissions-nous demander, pour chacun de nous, d’être à l’écoute de la Parole de Dieu tout au long de ce jour ! 

Puissions-nous la garder, en être nourris, illuminés et être « lumière » à notre tour pour le monde !

                                                                                                                  Ainsi soit-il !

 

   

 

 

Homélie du lundi 9 mai 2022, 4e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 10, 1-10. Livre des Actes des Apôtres 11, 1-8. Psaume 41-42.

 

Hier, quatrième dimanche de Pâques, nous avons entendu que Jésus, Berger, est le Bon Pasteur, celui :

  •  qui connaît ses brebis,
  •  qui leur donne la vie éternelle
  •  que personne ne pourra les arracher de sa main !
  •  que son Père et Lui sont « un » ! 

Jésus continue à expliquer cette réalité que ces expressions décrivent ! Dans l’évangile d’aujourd’hui, Il nous précise : une « mise en garde » et une « ouverture ».

Jésus nous met en garde contre de faux bergers, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui. Qui sont-ils ? 

Ce ne sont pas les prophètes de Dieu, mais des marchands de bonheur et de rêve, des voleurs et des bandits qui, en Israël comme dans le monde païen, prétendent apporter la recette du salut par des moyens bien éphémères sans passer par le Christ !

Une ouverture ! Pour préciser sa mission véritable, Jésus nous invite à faire un pas de plus ! Non seulement Il est notre Pasteur et guide, mais Il est la seule personne qui peut nous conduire à une abondance de vie, à la Vie éternelle ! Pour cela, Il va prendre l’image d’une porte.

Notre Seigneur est aussi une porte qui s’ouvre ! « Une porte pour les brebis » ! Il est donc une porte !

C’est sur cette notion de porte que je souhaite m’arrêter quelques instants avec vous !

Nous franchissons chaque jour des portes ! Nous en connaissons bien le principe ; il y a des portes qui ouvrent et d’autres qui ferment !

Le Seigneur est donc « porte » pour les brebis que nous sommes. Il est cette porte que chacun de nous peut franchir pour "entrer et sortir" :

Entrer et sortir ! C'est le mouvement, la liberté que l'on trouve dans le Christ : en entendant ces mots, chacun de nous est interpellé. Déjà le psalmiste déclarait, à propos de l'entrée dans le Temple : « C'est ici la porte du salut, les justes y entreront ! » (Ps 119,20). 

Jésus redira, dans le même esprit, au cours de son repas d'adieux du Jeudi Saint : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ; nul ne va au Père sans passer par moi ! » (Jn 14, 6)

Le Christ Pasteur est pour nous Celui qui accueille et celui qui envoie, Celui qui rassemble et Celui qui relance. Il est devant moi chaque jour comme une porte toujours grande ouverte, jamais fermée. Il est Celui :

  • qui m'invite à entrer dans l’église pour vivre l’Eucharistie, comme vous l’avez fait ce matin,
  • qui m'appelle à sortir pour l'aventure de la foi et de l'espérance, à oser la rencontre dans la joie du témoignage.

N’est-ce pas, chers frères et sœurs, cette invitation et ce mouvement que nous sommes déjà invités à vivre pour aujourd’hui ?

Puissions-nous rendre grâce pour Celui qui nous guide, qui nous montre le chemin, éloigne les voleurs, nous met en garde contre les faux prophètes et nous conduit à la Vie éternelle !

                                                                                                       Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 8 mai 2022, 4e dimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 10, 27-30. Apocalypse de saint Jean 7,9.14b-17. Psaume 99.

Livre des Actes des Apôtres 13,14.43-52. Journée de prière pour les vocations.

 

« Je suis le Bon Pasteur, le vrai Berger ! » dit Jésus.

C’est ce message de Jésus que nous recevons chaque année, plus précisément le quatrième dimanche de Pâques. Si pour nous, chrétiens, cette image du « Pasteur » ou du « Berger » a un sens profond, pour beaucoup de nos contemporains, elle peut apparaître ambiguë et étrange. 

Ces mots : « pasteur » « berger », « brebis », « agneau » « troupeau » semblent faire référence à une autre culture, à une autre civilisation que la nôtre. Et puis, dans la plupart des cas, pourquoi un berger accepterait-il de prendre en charge un troupeau de brebis ? 

Nous pourrions répondre que c’est tout simplement pour pouvoir en vivre en vendant du lait, de la laine et de la viande, en faisant du fromage. Être comparé à une brebis ou à un mouton n’est pas forcément très flatteur pour chacun de nous.

Attention, lorsque Jésus se dit « pasteur », « berger » et nous désigne comme étant ses « brebis » ce n’est pas du tout dans ce sens-là. Vous le savez bien, Jésus parle souvent en parabole, Il aime prendre des images de la vie quotidienne.

Ces images nous aident parce que nous avons besoin que quelqu’un nous montre comment discerner et progresser dans notre chemin de vie. Quels que soient nos chemins, nous savons aussi que des loups seront présents avec un appétit féroce ! Qui peut nous en protéger sinon le Pasteur Lui-même ?

Il nous faut toujours chercher dans quel contexte Jésus s’exprime et quel est l’essentiel de son message. Lorsqu’on lit la Bible, on constate que ce titre, dans le sens de « Pasteur », est souvent attribué à Dieu lui-même. 

Rappelons-nous ces paroles du psaume 99 dont nous venons de chanter quelques strophes : 

« Reconnaissez que le Seigneur est Dieu : il nous a fait, et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau » ou encore les paroles du psaume 22 que nous connaissons bien : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. » Attention, ce n’est pas une image simplement pastorale et bucolique ! Le métier de berger est rude ! Le berger est un guide, attentif aux soins et à la santé du troupeau, mais aussi anticiper les différents dangers : voleurs, loups, prédateurs… trouver les bons pâturages…

Le plus souvent, la Bible nous dit aussi que le Seigneur confie ses brebis à des serviteurs. Il choisit des pasteurs pour guider son peuple. En lisant la Bible, nous pouvons en découvrir quelques-uns : le Prophète Jérémie, le Roi David… ou l’apôtre Pierre que Jésus enverra en mission…

Malheureusement, il arrive que certains d’entre eux ne remplissent pas très bien leur mission et tout le peuple en souffre. On comprend que les juifs contemporains de Jésus attendaient avec impatience le Pasteur suprême, le Christ, le Messie annoncé par le prophète Isaïe. 

Mais les chefs du peuple, les scribes et les pharisiens ne reconnaissent pas en Jésus ce Messie annoncé et lorsqu’Il leur dit être : « le Bon Pasteur, le Vrai Berger », cela les irrite et les scandalise. 

Dans les trois versets qui précèdent l’évangile que nous venons d’entendre, on lui demande de parler franchement : « Jusqu’à quand vas-tu nous faire languir ? Si tu es le Christ, dis-le-nous clairement. » Jésus leur répond : « Je vous l’ai déjà dit, mais vous ne croyez pas. Vous ne croyez pas les œuvres que je fais au nom de mon Père qui me rendent témoignage ; mais vous ne croyez pas parce que vous n’êtes pas de mes brebis. » Et, Il poursuit  dans l’évangile de ce jour : « Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main. Mon Père qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. » 

En entendant ces mots, pour ses auditeurs, il apparait clairement que Jésus se dit l’égal de Dieu, se dit Dieu lui-même, et cela, ils ne le supportent pas. Saint Jean ajoute même : « Les Juifs allèrent chercher des pierres pour lapider Jésus. » Ils cherchèrent à l’arrêter, mais Il leur échappa. C’est pour cette raison que, quelques mois plus tard, Jésus sera condamné et mis à mort !

Ce passage d’Évangile date de près de 2000 ans et pourtant, il est toujours d’actualité. « Mes brebis, parce qu’elles croient en moi, écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent. ». 

Cela signifie que ceux qui ne veulent pas croire en Jésus ne sont pas obligés de Le suivre. Ils peuvent choisir de ne pas faire partie de ses brebis. Dieu nous laisse totalement libres ! Il nous donne de choisir : suivre le Christ ou non !

Dieu veut tellement que nous soyons libres qu’Il nous donne même la possibilité de Le rejeter ! Ce fut le cas de beaucoup de juifs contemporains de Jésus, comme nous l’avons entendu dans la première lecture des Actes des Apôtres.

Paul et Barnabé vont rencontrer la même opposition lorsqu’ils annonceront la Parole de Dieu aux juifs résidant à Antioche (c’est la Turquie actuelle). Injuriés par des Juifs « remplis de fureur », ils garderont toute leur assurance et déclareront tranquillement : « Vous rejetez la parole de Dieu, vous ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle ? Eh bien, nous allons nous tourner vers les païens. » Chers frères et sœurs, les païens avant notre baptême, c’est nous !

Si nous sommes rassemblés dans cette collégiale Saint-André aujourd’hui, c’est bien parce que, grâce à ceux qui nous ont précédés dans la Foi, nous croyons au Christ mort et ressuscité. 

Nous croyons que Jésus nous guide vers la Vie éternelle. 

Oui, nous croyons que Jésus nous connaît tous et nous invite à écouter sa voix et à Le suivre, c’est une certitude ! 

Cela nous conduit à une certitude et à une question :

  • Oui, Jésus nous connaît tous et Il veut pour chacun de nous la Vie éternelle.
  • Mais nous-mêmes, écoutons-nous sa Parole et Le connaissons-nous vraiment ? 

Nous avons toujours besoin de « pasteurs » dans notre monde où, bien souvent, nous ne savons où aller, comment avancer et « où » ! Nous avons besoin d’être aidés pour trouver la bonne direction. 

Je termine en vous rappelant que ce dimanche est aussi la journée mondiale des vocations. La vocation est un appel que Dieu adresse à chacun des membres de son peuple. Il appelle bien sûr des prêtres (et il y a une réelle audace à répondre à cet appel), mais aussi des diacres, des religieux, des religieuses, des couples dans le sacrement de mariage… quels que soient notre âge et parfois même notre état de santé. Il nous appelle tous, chacun selon nos moyens, à être des chrétiens vivants, annonçant et témoignant de l'Évangile. 

Bref, notre vocation est un appel à la sainteté dans tous nos états de vie !

Le Seigneur continue d'appeler pour la mission. Personne ne peut répondre à la place des autres. 

Il compte sur chacun de nous. Le Christ est notre Bon Pasteur !

Puissions-nous, frères et sœurs, écouter sa voix ! Suivons-le et aidons les jeunes et les moins jeunes à marcher à sa suite « vers les eaux de la source de vie », c’est-à-dire vers la Vie éternelle, comme nous y invite saint Jean dans le livre de l’Apocalypse !

Demandons de tout notre cœur à échapper aux pièges des loups de ce monde et à suivre le bon chemin à la suite du Bon Pasteur ! 

Voilà ce que nous entendons en ce quatrième dimanche du temps Pascal !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 4 mai 2022, 3e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 6, 35-40. Psaume 65. Livre des Actes des Apôtres 8, 1b-8.

 

Un résumé rapide ! 

Nous sommes ici au lendemain d'une des multiplications des pains. Jésus est passé ensuite de l'autre côté de la mer de Tibériade, appelée aussi mer de Galilée. La foule qu'il vient de nourrir est partie à sa recherche. Il est bien certain que, pour ces personnes, manger à leurs faims n'est peut-être pas évident tous les jours et combien il est impératif, pour eux, de garder un tel homme providentiel ! 

C'est bien ce que l’Évangile nous rapporte au verset 26, quand Jésus dit: « Vous me suivez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. »

Ainsi, nous voyons que c'était bien la nourriture terrestre qui comptait principalement pour eux en premier ! Cet impératif est-il si différent aujourd'hui, pour chacun de nous, avec nos mentalités si avides de bien-être et de confort, de manger à notre faim, bref de son « ventre » ? Il n’est pas certain que notre monde soit si différent !

Dans tout ce chapitre 6e de Jean, il est souvent question de "Pain". Le Pain que Jésus a distribué à la foule et dont Il se qualifie lui-même en bien des circonstances est devenu avec Lui une réalité : « Je suis le pain de vie » Si nous sommes là ensemble ce matin, c’est, me semble-t-il, que nous avons compris que le Pain de vie, c’est Jésus qui se donne à nous en son Eucharistie.

Dans de nombreux pays, hélas, la famine existe bien réellement ! Cependant il y a famine et famine, et tout particulièrement dans notre pays, la faim qui nous tenaille n'est pas seulement une famine physique, mais surtout spirituelle : c'est la famine de Dieu, d’une soif de Dieu !

Il est aussi "Pain du Ciel", c’est pour cela qu’il est absolument nécessaire pour notre âme et pour notre esprit. En son absence, nous ne mourrons certes pas physiquement, mais nous risquons plutôt de dépérir, de nous dessécher spirituellement. Notre vaste monde vit sans Dieu sans bien souvent s'en rendre compte. Notre monde se perd et se meurt de ce manque de Dieu !

Jésus va encore plus loin dans la révélation : le Père lui donnera le pouvoir de ressusciter ceux qui croient en Lui. Or, pour Jésus, la foi n'est pas une seule, une simple adhésion de l'esprit ou d’un ensemble de connaissances, d’un catalogue appris par cœur, c'est d’abord une démarche, une rencontre : « Celui qui vient à moi... » 

Nous avons à nous déplacer, à aller vers Jésus ! Croire, c'est venir à Jésus-Christ, autrement dit : adhérer, non pas à une doctrine, mais de toute sa personne à Celui qui est l'Envoyé de Dieu.

Les disciples qui entendirent ces paroles de Jésus, même s’ils ne les ont pas comprises totalement, les ont bien retenues, eux qui sont venus au Christ jusqu'à donner leur vie, comme tous ces martyrs (comme celui d’Étienne) qui ont donné le témoignage suprême de la foi, vécue comme une démarche de vie ! Quel surprenant paradoxe : « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. » (Mt 16,24)

N'est-ce pas cela être disciple : mettre ses pas dans les pas du Maître, emprunter son chemin, qui peut être un chemin de croix et en même temps un chemin de Vie, un chemin de résurrection ?

Frères et sœurs, soyons sûrs que, comme nous l’avons entendu dans la première lecture des actes des Apôtres, notre monde a besoin de témoins, des « Philippe » et des « Etienne » qui annoncent le Christ avec des signes qui marquent les gens de son temps !

Oui, être témoin du Christ, c’est offrir cette joie et cette espérance au monde !

                                                                                                                 Ainsi soit-il 

Homélie du lundi 2 mai 2022, 3e semaine de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 6, 22-29. Psaume 118. Livre des Actes des Apôtres 6, 8-15.

 

Que devons-nous faire ? 

Les temps que nous vivons nous questionnent ! Je suis régulièrement interrogé :

Pourquoi cette pandémie ? 

Pourquoi ces guerres ? 

Quel sens donnons-nous à nos besoins matériels et bien sûr, à notre vie ?... 

Beaucoup d’entre nous portent en eux-mêmes des interrogations et cherchent des réponses, parfois même désespérément. Il est bon de se poser ces questions ! Cela est bien ! Il est normal que notre intelligence nous interroge. Mais qui va m’aider ? Qui peut m’éclairer ? Qui peut me guider ?

Regardons l’évangile de ce jour, il nous donne la réponse :     

En effet, Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. »

 La curiosité, le constat d’un manque suffisent parfois pour me mettre en route ! J’ai une attente, je veux savoir… Je veux découvrir le sens de ma vie. 

Nous sommes invités à chercher Jésus, à aller plus loin, à nous laisser guider par Lui ! 

Être là, dans cette église, ce matin, c’est entendre ce que le Christ veut me dire et essayer de saisir comment Il répond à mes questions et m’éclaire ! 

C’est déjà bien de vouloir suivre Jésus, quelle qu’en soit la raison : la curiosité, le plaisir, ou la soif intellectuelle ou spirituelle. Mais l’important est de découvrir dans cette attente la raison la plus essentielle de notre vie : le Christ nous donne de comprendre que notre vie a du sens parce qu’Il donne sens à l’amour que je cherche et que je reçois ! Notre relation doit mûrir et devenir une conviction d’amour. Il en est ainsi dans toute relation vraie, mais plus encore dans notre lien avec le Christ !

La foi chrétienne est la conviction sincère que Jésus est nécessaire à mon bonheur nécessairement durable. Non pas quelques pains qui vont me nourrir et me rassasier un instant, non pas un bonheur qui serait limité dans le temps, mais une Joie pleine, une joie qui remplit une vie, quels que soient les difficultés ou les imprévus de la vie !

Nous faisons une erreur énorme si nous pensons que la foi chrétienne peut se réduire à une doctrine ou à un dogme. Non ! La foi chrétienne est d’abord une rencontre, une rencontre à la fois humaine et divine. Elle est la conviction vraie, sincère, non seulement que Jésus est vivant, mais qu’Il est absolument nécessaire à mon bonheur, à mon espérance, pour ma vie présente et celle à venir. Ma foi, celle que j’ai reçue comme un cadeau au jour de mon baptême, touche ma vie entière dans toute son épaisseur, dans chaque aspect de ma vie. 

Tout cela peut nous interroger ; alors : que devons-nous faire pour mieux comprendre et ne pas nous tromper de chemin ? Cette question est essentielle !

Pour travailler aux œuvres du Seigneur, l’invitation est là : 

Aimer et laisser aimer !

Un seul est capable de me combler : le Christ ! Il nous faut L’aimer et nous laisser aimer par Lui ! Pour cela, je suis invité à Croire en lui. C’est la conviction et l’acte de foi que nous pouvons faire !

C’est alors seulement que ma foi devient chrétienne. Croire en Lui, mettre mon espérance en sa Personne ! Alors seulement, à ce moment-là, nous « travaillons aux œuvres de Dieu. » Alors seulement, nous « croyons en celui que Dieu a envoyé. ».

 Voilà l’enseignement que nous recevons ce matin.

Demandons au Seigneur de nous apprendre à vivre de la foi, pour qu’elle grandisse en nous ! Restons toujours curieux de Jésus ! Restons des amoureux du Christ Ressuscité !                                                                                                                                                                

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 1er  mai 2022, 3e dimanche de Pâques, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 21, 1-19. Apocalypse de saint Jean 5, 11-14. Psaume 29.

Livre des Actes des Apôtres 5, 27b-32.40b-41.

 

En ce troisième dimanche du temps pascal, il est bon de réentendre cet évangile où Jésus ressuscité apparaît à nouveau aux disciples. 

La tristesse de la mort de Jésus, bien que ressuscité, semble encore présente chez les apôtres. En l’absence du Maître, voici que les apôtres ont repris leur vie ordinaire et retrouvé leur profession. Pêcheurs ils étaient auparavant, pêcheurs ils redeviennent maintenant. Pêcheurs peu chanceux apparemment, du moins cette nuit-là, puisqu’au petit matin, ils rentrent bredouilles de cette nuit de pèche. 

Sur la plage pourtant, un homme inconnu d'eux leur demande de poser un acte de foi : de jeter encore leurs filets. C’est ce qu'ils font, eux les professionnels, et cette fois avec une telle quantité de poissons (153) que les yeux de Jean (le disciple bien-aimé) s’ouvrent immédiatement, tandis que les autres disciples restent encore dans l'aveuglement. Et voici que cet inconnu les invite, sitôt sortis du lac, à une sorte de pique-nique. Ici encore, c'est le partage du pain et de la nourriture qui, comme dans le cas des disciples en route vers Emmaüs, leur révèle la présence du Ressuscité. 

Prenez le temps de reprendre cet évangile de le relire et de le méditer ! Il y aurait beaucoup de commentaires spirituels à faire…

 

Attachons-nous au petit passage, après le repas. Là, Pierre est appelé à part ! Jésus prend l'initiative d’un nouveau dialogue avec lui. 

Il est vrai que la dernière prise de position du chef des Apôtres concernant son Maître n'était guère brillante : Pierre avait répondu par trois fois, avec force: « Je ne connais pas cet homme » (Mt 26, 69-75). C’était dans la nuit du Jeudi au Vendredi saints !

« Je ne connais pas … » Ce qui n'était sans doute pas faux car, au cœur de la Passion, Pierre ne sait plus très bien qui est Jésus ; son Maître était devenu une énigme pour lui. 

« Et aussitôt, comme il parlait encore, un coq chanta ! Pierre sortit et pleura amèrement » (Lc 22, 61-62). C’est alors que Pierre prend conscience que Jésus, Lui, le connaissait vraiment ! Il avait annoncé, par avance, sa trahison. 

Déjà le prophète Isaïe énonçait que les chemins de Dieu ne correspondaient pas à ceux des hommes. « Vos pensées ne sont pas mes pensées ! » (Is 55,8)  

Cependant, Jésus connait le cœur de l’homme et le cœur de chacun !

Pierre est donc invité à revoir ses schémas trop humains ! Pierre va faire, d’une façon sensible, réelle, l’expérience de l’amour de Dieu dans la triple demande de Jésus.

Curieusement, les trois questions sont posées dans un ordre inverse de ce que nous attendrions spontanément, c’est-à-dire :      

  • « M'aimes-tu ? » 
  • « M'aimes-tu vraiment ? » ; 
  • « M'aimes-tu plus que les autres ? » 

On constate bien une sorte de gradation. Mais là, l'intensité est tout au contraire décroissante : ces nuances entre les trois termes sont encore plus précises dans l'original grec. 

Par exemple : 

  • En français, nous pouvons dire : j’aime bien mon conjoint, mais le chat aime aussi la souris, pour la manger… 
  • En anglais, c’est un peu plus précis, subtil : I love my wife, I like a cheese burger ! 

En grec, il y a au moins trois façons de dire “aimer“. 

  • On commence par l’amour-passion : « Pierre, m'aimes-tu passionnément, plus que les autres ? » ; (Éros - Amour passion) 
  • puis Jésus pose une deuxième question, plus simplement : « M'aimes-tu d'un amour de charité ? »; (Agapé –Amour de charité) 
  • et enfin, encore plus simplement : « M'aimes-tu d'un amour au moins d'amitié ? » (C’est la Filia, l’affection).

On devine le désarroi de Pierre, qui par sa trahison, a fait l'expérience de son impuissance, de son incapacité à aimer véritablement Jésus, déjà au moins, d'un amour de charité. Ne voulant pas mentir à nouveau, il répond par un aveu humble et vrai : « Oui, Seigneur, je t'aime, mais d'un simple amour humain : je ne suis pas capable de faire mieux, tu le sais ! » 

A chacun de ses aveux d'impuissance, mais qui sont autant de déclarations de son désir d'aimer en vérité, Jésus répond en confiant à Pierre le soin de ses brebis. Ainsi est clairement signifié que la mission de l'apôtre s'enracine exclusivement dans l'amour, aussi pauvre soit-il, que Pierre porte à son Maître. 

Jésus demeure toujours l'unique Pasteur, mais Il a choisi Pierre, non pas malgré, mais à cause de ses pauvretés, pour qu'il apparaisse clairement que le trésor qu'il porte dans un vase d'argile ne vient pas de lui, mais de Dieu (2 Co 4,7). En réalité, c’est Dieu Lui-même qui nous aime et nous essayons de L’aimer en retour. Mais Il sait, Il connaît nos difficultés à aimer.

Frères et sœurs, il en va de même pour chacun de nous ! Jésus nous demande : « M’aimes-tu au moins un peu ? » quelle sera notre réponse ? 

  • Un amour passionné ?
  • Un amour de charité ?
  • Une affection tout humaine ?
    • La réponse appartient à chacun de nous !

Cependant, quels que soient notre histoire et nos manques d’amour récurrents, il nous faut aimer notre Seigneur ; Jésus nous le demande : « M’aimes-tu au moins un peu ? »

En ce troisième dimanche de Pâques, entendons cette invitation confiante de Jésus qui invite à une réponse « Suis-moi » ! Suis-moi, tel que tu es, tel que tu vis, tel que tu aimes ! Ne crains pas !

Que dans notre cœur nous puissions répondre vraiment : « Oui, Seigneur, c’est Toi que j’aime ! C’est Toi que je veux suivre ! » avec la force et la grâce de Dieu !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 25 avril 2022, fête de saint Marc, année C.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Marc 16, 15-20. Psaume 88. Première lettre de st Pierre 5, 5b-14.

 

 

Chers amis, voilà un évangile clair et précis, énergique !

Je vous invite à en retenir cinq verbes qui sont essentiels.

Deux de ces verbes sont à l’impératif : Allez ! Proclamez ! Ils nous dirigent vers l’extérieur.

Deux de ces verbes vont nous dire la conséquence et comment ils agissent et leur action en nous : Baptiser ! Sauver !

Le dernier verbe va nous déterminer dans notre décision. Ce verbe qui établit, en quelque sorte, une charnière entre l’accueil et la réalisation est le verbe « croire » !

- Deux verbes à l’impératif : Allez ! Proclamez !

Ce sont les dernières consignes de Jésus ressuscité à ses disciples dans l'Évangile selon saint Marc que nous venons d’entendre. Jésus leur ouvre tout grand le champ du monde, sans leur fixer aucune frontière. Pas de frontière pour la parole de Dieu !  « Allez dans le monde entier ! » Pas de discrimination entre les auditeurs : « Proclamez l’Évangile à toute la création ! ». De fait, l’Église est en sortie pour aller aux périphéries ! L’église, ne l’oublions pas : c’est nous-mêmes ! Sortons donc de nous-mêmes ; sortons de notre confort, de nos peurs et de notre timidité parce que l'amour peut tout ! 

- Baptiser ! Peut-être n'aurons-nous pas beaucoup d'occasions de baptiser quelqu'un ou d'être responsables du baptême d'un autre. Ceux qui accompagnent les catéchumènes connaissent bien la joie du baptême reçu ! Mais, déjà chaque jour, nous avons l'occasion d'aider des baptisés à vivre leurs engagements baptismaux, à renoncer au péché et à croire à l'amour. Trop souvent ceux qui sont baptisés ont oublié ce que signifie le baptême. Être Chrétien, c’est faire la rencontre du Christ et vivre de cette amitié ! 

- Être sauvé ! C’est ce que nous désirons, ce vers quoi nous tendons ! Nous savons bien que nous ne sommes que de passage sur cette terre. Prenons un simple exemple : ceux qui ont fait l'expérience de perdre un document sur l'ordinateur ou de voir leur disque dur se détruire, savent combien il est douloureux et contrariant d’avoir cliqué trop vite ou d’avoir reporté une fois de trop le besoin d’une sauvegarde ! Imaginons la lamentation, quand c'est la vie éternelle d'une âme qui est en jeu. Si seulement nous comprenions la valeur d'une âme et de son salut ! 

C’est cette feuille de route que l’évangéliste saint Marc nous invite à suivre ! Il nous invite à une action, une action que personne d’autre ne peut faire pour nous : celle de croire et d’inviter à cet acte de foi ! Croire que Dieu peut tout ! Croire que Dieu veut mon salut ! Un « Croire » dans la foi et donc croire sans voir !

Saint Marc a ceci de particulier qu’il n’a pas connu personnellement Jésus ! Comme nous aussi ! Par son évangile, il montre encore mieux combien il a compris l’importance de la mission du Disciple-Missionnaire. Pour lui, le disciple s’inscrit dans une tradition de témoins de la foi qui remonte jusqu’aux premiers disciples. Nous agissons selon le mode de l’Église : croire sans voir !

En cette fête de saint Marc, demandons au Christ de nous fortifier dans notre marche à sa suite. Que nous puissions être au cœur de notre monde ces disciples simples, et pleins de zèle et d’audace. Même si parfois la mer se déchaîne, même si parfois le vent nous est contraire (Cf. Mc 4, 35-41), nous savons que le Christ demeure avec nous jusqu’à la fin du monde (Cf. Mc 16, 20). »

Voilà notre espérance ! 

Voilà pourquoi nous sommes invités à aller et proclamer, à baptiser et annoncer le Salut, à croire !

                                                                                                                      Ainsi soit-il !

Homélie du jeudi 14 avril 2022, Jeudi saint, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 13, 1-15. Psaume 115. Livre de l’Exode 12, 1-8.11-14.

 

Chers amis, nous voici au premier jour du Triduum Pascal : trois jours Saints qui sont à la fois particuliers et cruciaux pour notre foi chrétienne !

Chaque année, nous revivons cette suite d’événements décisifs pour l’humanité : une suite unique et irréversible, avec peut-être, pour certains, le risque de prétendre tout connaître à l’avance ! 

L’évangile que nous venons d’entendre pourrait susciter de nombreux commentaires.

  • Pourquoi entendons-nous, ce soir, le récit du lavement des pieds et non pas celui de l’institution de l’Eucharistie ?
  • Comment Jésus se fait serviteur et nous invite à faire de même, Lui que l’on appelle Maître et Seigneur.
  • Le refus de Pierre, le rôle de Judas et du Diable…

C’est pourtant avec un regard neuf que nous pouvons redécouvrir ce qui nous échappe encore : ce chemin de vie qui passe par la Passion jusqu’à la Résurrection d’entre les morts ! 

Nous constatons bien que notre compréhension, notre intelligence en sont bousculées ! Nous ne comprenons pas tout et notre foi, peut être interpellée et parfois même comme bloquée !

Ce que je découvre et que j’aimerais partager avec vous, ce soir, c’est qu’au cœur de cette tragédie, la joie n’est pas absente.

Pour beaucoup, cette fin de Carême est empreinte d’une lourdeur : toutes les statues sont voilées, demain sera jour de jeûne… Mais où est la joie, pourrions-nous demander ?  

Pourtant, nous le sentons bien, nous ne sommes pas ce soir dans le pathétique, l’angoisse, mais dans la joie du futur repas pascal, dans la joie d’un repas de fête, la joie du rappel de la libération d’un peuple. C’est cette joie, de son origine et de sa nature, qui me marque ce soir. 

Alors d’où vient cette joie du Jeudi Saint ?

Elle vient (me semble-t-il) non pas des agapes, de la dégustation d’un vin millésimé, mais d’une rencontre immédiate du Christ ; notre joie, c’est le Christ ! Cette joie vient d’une expérience sensible de la prévenance de Dieu. Comme nous venons de l’entendre : « Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout. » (Jn 13, 1). 

Les aimer jusqu’au bout, cela veut dire, pour Lui, les aimer jusqu’à les toucher… intimement ! Dans nos cinq sens, le toucher est fondamental ; c’est le plus réceptif, celui dont on ne peut être privé, sauf à être mort. 

Par exemple, quand un malade ne parle plus, ne voit plus, n’entend plus, quand on ne sait plus comment communiquer avec un mourant, nous lui prenons la main, nous lui caressons le front, nous pouvons même l’embrasser. C’est ce que fait Jésus : Il lave puis essuie les pieds de ceux qu’Il enverra jusqu’aux extrémités de la terre comme messagers de son Évangile ; mais Il les touche aussi à l’intérieur de leur corps en se faisant nourriture et remède. 

Certes, certains vont peut-être me dire, à raison, que la signification de ce geste du lavement des pieds est d’abord un geste d’accueil, un geste d’hospitalité, un geste de service comme on le dit. Évidemment, chez nous, il n’est pas très courant de se laver les pieds quand on arrive chez quelqu’un. Mais dans le pays de Jésus, en Terre sainte, il fait chaud. Et il y a beaucoup de poussière. Quand on marche dehors, on se salit très vite les pieds. C’est un geste de politesse, quand quelqu’un arrive chez vous, de lui laver les pieds. 

Mais, ici, ce geste dépasse la simple hospitalité ou le service du frère ! C’est sans doute en premier l’accueil de Dieu lui-même !

Pour bien comprendre toute la beauté de ce geste, il faut se rappeler un autre geste de lavement des pieds raconté dans la Bible. Je vais faire appel à votre mémoire : cela se passait bien avant Jésus, à l’époque d’Abraham. Je vous emmène au chêne de Mambré.

Un jour, au plus chaud du jour, nous dit le livre de la Genèse (chapitre 18), Abraham était assis à l’entrée de sa tente à Mambré. Ayant levé les yeux : voici que trois hommes sont devant lui. Abraham, un homme très accueillant, se lève et s’empresse auprès d’eux. Il les invite à entrer, et il prononce cette phrase : « Qu’on apporte un peu d’eau pour vous laver les pieds » (Gn. 18,4). Et puis, il leur prépare un somptueux repas, un véritable festin pour que ses visiteurs refassent leur force. Pendant le repas l’un des trois hommes prend la parole. Il dit à Abraham : « Je reviendrai chez toi l’an prochain, et ta femme Sara aura un fils » (Gn. 18, 10). C’était le Seigneur qui parlait ainsi. C’est Lui qui était venu visiter Abraham. C’est Lui qui lui promettait ainsi un enfant, donc une descendance.

Eh bien, nous le savons, cette promesse a été tenue. Abraham a eu un enfant, il a eu une descendance. Et au bout de cette longue histoire sainte, il y a Jésus, Fils d’Abraham (cf.Mt.1,1). C’est Lui, Jésus, qui aujourd’hui vient nous visiter. C’est Lui qui nous invite ce soir. C’est Lui qui nous offre un repas. Il prononce cette parole indépassable, surprenante, incompréhensible, si ce n’est par la foi : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ».

Comme Abraham avait lavé les pieds du Seigneur, aujourd’hui c’est le Seigneur qui lave les pieds de ses disciples. Il nous rend bien plus que la politesse. Cela ne peut signifier qu’une chose : tout est accompli !

            Quand le Christ lave et essuie les pieds de ses apôtres, quand Il leur livre son corps et son sang en nourriture et en boisson, non seulement Dieu se laisse voir, mais Il nous touche au plus profond de nous-mêmes. Il nous touche de l’extérieur et à l’intérieur. Il nous touche de sa délicatesse et nous touche dans notre désir de Lui !

Pensez-y frères et sœurs, vous qui allez avoir les pieds lavés dans un instant ! Il nous faudra y penser, nous tous, frères et sœurs, quand nous recevrons tout à l’heure son Corps en allant communier. 

Ce soir, pas de théophanie grandiose ! Pas de montagne du Sinaï toute fumante ! Pas de montagnes tremblantes ni de trompette trompetant à tout vent (cf. Ex 19, 18). 

Dans l’humilité d’un geste de tendresse et de purification, dans la simplicité du repas de la Pâque partagé par Jésus avec sa nouvelle famille, une joie nouvelle apparaît, une joie inconnue depuis qu’Adam et Ève ont quitté le paradis terrestre : 

Dieu s’approche jusqu’à nous embrasser, jusqu’à faire corps avec nous.

Là est notre joie véritable ! Voilà ce mystère d’une joie partagée qui s’offre à nous au début de ce Triduum ! Cette joie du don total est à vivre déjà pour nous ce soir, pour nous maintenant ! 

Demain sera demain ! Vivons déjà, frères et sœurs, maintenant cette belle, joyeuse et délicate proximité avec notre Sauveur !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 11 avril 2022, Mercredi saint, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu, 26, 14-25. Psaume 68. Livre du prophète Isaïe 50, 4-9a.

 

Nous entrons dès demain, dans le Triduum Pascal, en Église : trois jours importants, nécessaires et essentiels.

Pourquoi ? C’est toute l’humanité qui est sanctifiée par l’offrande que Jésus fait de Lui-même. Nous avons encore entendu hier dans l’évangile de saint Luc : « Il nous a aimés jusque-là. » « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. » (Lc 22,15) 

Pour bien comprendre ce que nous allons vivre en ces jours saints, il nous faut revenir sans cesse à ce grand désir de Jésus du Salut pour tous. C’est l’amour infini de Dieu qui veut sauver l’humanité et nous redonner espérance. Cela peut nous sembler paradoxal quand nous constatons toutes les manigances dont l’homme est capable en s’éloignant de Dieu…

Alors que Judas mène ses tractations secrètes avec les chefs des prêtres, Jésus connaissant le cœur de l’homme, révèle au grand jour leur complot : « L’un de vous va me livrer ! »

Chaque mot de ce texte est très précis et, si vous en avez le temps, je vous invite à relire et méditer ce texte.

Par exemple, quand Jésus dit « L’un de vous va me livrer ! », avez-vous remarqué que Judas réagit et pose sa question en dernier, alors que saint Matthieu suggère que tous les autres, doutant d’eux-mêmes, ont déjà posé leur question : « Est-ce moi ? »

Les onze accueillent la parole de Jésus chacun pour eux. La tristesse qu'ils ressentent est le fruit de leur foi en la parole du Seigneur. Si celui-ci dit que l'un d'entre eux va le trahir, ils se sentent immédiatement concernés et souffrent de cette possible trahison dont ils seraient potentiellement l'auteur. 

Il faut que le Seigneur énonce explicitement la menace qui pèse sur Lui pour que Judas se dévoile, alors qu'il était resté silencieux jusque-là. 

De fait, son cœur n'est déjà plus habité par l'amour. 

Au fond de lui-même, il a déjà trahi son maître. Un cœur qui aime Dieu est un cœur qui est conscient de sa possible faiblesse, tout en restant totalement confiant dans l'amour du Seigneur. 

 

Frères et sœurs, aujourd’hui encore, le combat qui se joue dans la trahison de Judas existe encore dans notre monde. Il y a des “Judas“, des Judas au cœur froid et sans pitié qui sont toujours là, même au cœur de l’Église.

Jésus, Lui, continue son œuvre de salut. « Le Fils de l’homme s’en va comme il est écrit à son sujet. Mais malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! » (Mt 26,24)

Dans ces jours saints qui s’annoncent, nous allons voir la vie et la mort s’affronter dans un duel prodigieux. Le Maître de la vie meurt. Mais Ressuscité, Vivant il règne. Chaque détail de la liturgie va nous mettre, pour peu que nous soyons attentifs, sur la voie de la compréhension de ce grand mystère. 

Nous entrons donc demain en Église, dans le Triduum Pascal. 

Chers amis, que ces trois jours Saints soient vécus, pour chacun de nous et en communauté paroissiale, en profonde intimité avec notre Sauveur !        

Puissions-nous avancer pas à pas, goûter cet Amour, écouter la voix de Jésus, souffrir avec Lui et nous réjouir avec Lui, lors de sa résurrection !                                                      

                                                                                            Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du lundi 11 avril 2022, Lundi saint, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 12, 1-11. Psaume 26. Livre du prophète Isaïe 42, 1-7.

 

 

En ce Lundi Saint commence notre semaine Sainte ! « Six jours avant la Pâque » : c’est ainsi aussi que débute l’évangile, en nous invitant, à nouveau, dans ce petit village de Béthanie. Nous connaissons bien ce village proche de Jérusalem, car c’est là que Jésus aimait venir, c’est là qu’il a réanimé Lazare. 

C’est là aussi qu’habitent ses sœurs Marthe et Marie. Marie de Béthanie apparaît dans l'Évangile comme une femme extraordinairement intuitive. Sans doute beaucoup de ses amis devaient la juger, à certaines heures, un peu surprenante et imprévisible. Par exemple : les jours où tout le monde s’activait à la cuisine, on trouvait Marie, assise aux pieds du Seigneur. (Lc 10,39)

Ce jour-là, six jours avant la Pâque, tous, après avoir pleuré la mort de Lazare, fêtaient sa réanimation. Nous avons en mémoire la belle profession de foi de Marie et sa sœur Marthe ! 

Dans un contraste saisissant, leur frère Lazare reprenait goût à la vie, mais Jésus, lui, allait goûter la mort.

 Marie ne faisait pas exprès de réagir autrement que les autres ! Elle ne cherchait pas à se singulariser. Simplement, c’était une femme qui, en chaque occasion, rejoignait l’essentiel, et posait les gestes que son cœur lui dictait !

Jésus, lui, a toujours pris la défense de Marie de Béthanie, car Il voyait en elle, non pas une paresseuse ou une excentrique, mais une femme capable de tous les courages pour suivre jusqu’au bout les certitudes de son cœur, une croyante prompte à s’oublier pour écouter les paroles de vie de son Seigneur.

Le paradoxe est là ! Il y a comme un décalage :

Jésus allait vers la mort, et tous ces gens ne pensaient qu’à la fête !

Sauf Marie ! Marie, l’intuitive ! Elle a voulu dire à Jésus ce qu’elle entrevoyait, ce qu’elle comprenait au fond de son cœur, ce qu’elle pressentait du mystère de Dieu qui traversait sa vie de prophète. Mais comme ces choses-là sont au-delà de toute parole, Marie les a dites avec son parfum et ses cheveux, avec ce gaspillage définitif, avec son geste démesuré et un peu fou, qui la rendait si heureuse. 

Nous pouvons déjà noter la fureur de Judas qui manifeste déjà, à cette occasion, la rupture d’amour à venir ! 

« Laisse-la », dit Jésus à Judas : « elle a gardé ce parfum pour ma sépulture. »

Mais qui a compris ? Ce qui est sûr, c’est que déjà, toute la maison est remplie de son parfum ! Marie, au début de cette grande Semaine, dans un geste prophétique, nous invite personnellement, à renouveler notre prévenance, notre délicatesse, notre gratitude envers notre Seigneur Jésus !

À nous, dans le secret de notre cœur, de trouver le geste que nous souhaitons pour Lui exprimer tout cela, c’est-à-dire notre reconnaissance, notre amour et notre présence !                                                                                                             

      Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 10 avril 2022, dimanche des Rameaux, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Lecture de la Passion selon saint Luc 22.14 à 23, 56. Livre du prophète Isaïe 50, 4-7.

Psaume 21. Lettre de saint Paul aux Philippiens 2, 5b-11.

 

Chers amis, le dimanche des Rameaux a deux versants, deux parties pourrait-on dire : 

  • Une première partie qui, ma foi, est bien sympathique, nous sommes réunis, nous agitons les rameaux qui seront bénis et ramenés dans nos maisons, nous avançons en procession. Vous êtes venus nombreux aussi acclamer Jésus comme la foule de Jérusalem.
  • Puis nous entendons ce long et poignant récit de la Passion de Jésus. 

Nous entrons dans la semaine Sainte en suivant le chemin de Jésus qui monte vers le Golgotha. 

Nous allons entendre que : « Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils ». Et, comme nous le dit Saint Paul dans l’épitre : « Le Christ Jésus s’est dépouillé lui-même prenant la condition de serviteur… Il s’est abaissé lui-même… jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix. »

Chers amis, nous sommes là au centre, au cœur de la Foi chrétienne symbolisée par cette croix bien visible dans notre Église. Mais au-delà de la mort et de la croix, n’oublions pas qu’il y a la résurrection que nous fêterons le jour de Pâques et qui donne sens à ce tragique chemin de croix.

Nous ne faisons pas qu’écouter une histoire. Cette Passion nous concerne. Elle nous invite à entrer véritablement dans cette actualité de Jésus qui donne sa vie pour chacun de nous ; n’oublions pas que Dieu nous aime et Il donne sa vie pour nous ! 

Dans ce simulacre de procès et poignant récit de la Passion il y a des témoins remarquables auxquels nous pourrions, peut-être, nous identifier. 

Si vous le voulez bien, regardons quelques acteurs qui participent, de près ou de loin, à cette montée au Golgotha.

    - Simon de Cyrène. Il n’a pas choisi d’aider Jésus à porter sa croix. Il est réquisitionné. Cet évènement s’impose à lui, mais, en le faisant, il devient l’aide et le serviteur de Jésus souffrant… Nous aussi, nous ne choisissons pas toujours ce qui nous arrive ou ce qui arrive à nos proches : quelle est notre attitude devant cette Croix ou la croix que portent ceux qui sont autour de nous ? Quand elle vient vers nous, cette croix peut prendre le visage de blessures, d'abandon, de solitude, du chômage, de la maladie, de la vieillesse, du deuil, ou de la mort…  Alors, sommes-nous le serviteur qui accompagne l’homme ou la femme en détresse, à l’image de Simon de Cyrène ? Et si le mal nous atteint personnellement, nous touche nous-mêmes dans notre tête, dans notre corps, comment portons-nous notre croix, à la suite de Jésus ?

    - Les femmes. Elles sont admirables ! Elles suivent Jésus dans la montée au calvaire, suffisamment proches pour le suivre et l’accompagner. On imagine sans peine la souffrance et l’épreuve de ces femmes qui tiennent bon, à contre-courant de la foule qui vocifère. Elles restent fidèles en suivant Jésus du calvaire et au-delà … jusqu’au tombeau. Ce sont elles, les premières, qui trouveront le tombeau vide au matin de Pâques et annonceront la résurrection du Seigneur aux Apôtres. Ces femmes nous apprennent à tenir bon dans l’épreuve et à espérer : voilà le témoignage qu’elles nous laissent ! En définitive, la mort et le mal sont vaincus et la lumière de Pâques jaillit. Parmi ces femmes, pensons particulièrement à Marie, la mère de Jésus. Elle est témoin, avec Jean, des dernières paroles de pardon qui jaillissent des lèvres de Jésus. Le pardon suprême offert à ceux qui l’ont crucifié, montre jusqu’où peut aller la miséricorde de Dieu. « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » 

    - Jésus, Lui-même. Il vit sa passion et sa mort, parfaitement conscient qu’en prenant sur Lui la haine des hommes qui le condamnent et le péché du monde, Il accomplit, à ce moment-là, le grand mystère de l’amour de Dieu pour les hommes. Ce mystère de la Croix, comme celui de l’acharnement des chefs des prêtres, ou de la violence humaine…  reste difficilement compréhensible, supportable… cependant, pour notre Salut, Jésus accepte de passer par la mort pour que nous ayons la vie !

Tout au long de son chemin de croix, malgré l’épreuve, Jésus reste disponible et attentif à ceux et celles qu’ils trouvent sur son chemin : ses disciples, les femmes de Jérusalem, les bourreaux, le malfaiteur crucifié avec Lui, qui reconnaît ses fautes et à qui Jésus promet le paradis. 

Dans ses gestes et ses paroles ultimes, Jésus ne cesse de manifester l’attention, la tendresse et la bonté de Dieu son Père pour les hommes. Ce mystère est pour nous tous, une espérance !

C’est cette force et ce paradoxe de la Croix, qu’il nous faut découvrir et redécouvrir ! C’est pourquoi, nous entendons au début de la semaine Sainte, ce récit de la Passion pour qu’il chemine en nous-mêmes, pour qu’il alimente notre prière. 

Notons peut-être tout particulièrement ces phrases : « Je ne me suis pas dérobé » (Is50) ; « il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2)

Le Christ crucifié nous révèle à la fois sa détermination et son projet de Salut pour tous !

Alors frères et sœurs, au-delà du trouble éprouvé entre une foule capable d’acclamer Jésus le dimanche et de le condamner le vendredi suivant, ce Dimanche des Rameaux attire notre regard sur les jours Saints que nous allons vivre.

Ces jours ne sont pas anodins ! Prenons le temps de les vivre pleinement ! Prenons le temps de relire chaque jour la Parole de Dieu, le temps de la prière ! Accompagnons Jésus jour après jour !

Vivons ensemble, unis au Christ Sauveur, cette belle et intense semaine Sainte ! 

Prions les uns pour les autres ! Prions pour la paix dans le monde ! Prions et rendons gloire au Christ !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

Homélie du mercredi 6 avril 2022, 5e semaine du Carême, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 8, 31-42. Cantique Daniel 3. 

Livre du prophète Daniel 3,14-20.91-92.95.

 

Nous sommes au 8e chapitre de l’évangile selon saint Jean et le texte que nous venons d’entendre est captivant ; je vous invite vraiment à le relire. Il soulève plusieurs thématiques parmi lesquelles je vais en retenir une : la question de la liberté et de l’esclavage ! 

Suis-je libre ? Ou bien, y a-t-il en moi un esclavage qui demeure ?

Le critère qui permet de reconnaître la vérité est son fruit ; le fruit de la liberté est la capacité à choisir le bien. 

  • La vérité rend libre, elle fait de nous des fils dans la maison du Père. 
  • Le péché rend esclave, car il contient toujours un mensonge.

Alors pour nous, le dilemme est toujours là : liberté ou esclavage ? Choisissons ! 

La parole de Jésus ne peut laisser personne en repos. Et ce qu'il disait il y a 2000 ans retentit avec la même force aujourd'hui, pour qui veut bien entendre : « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres ».

À peine Jésus vient-il de dire cela que ses auditeurs sont piqués au vif et lui répliquent : « Nous sommes les descendants d'Abraham, et nous n'avons jamais été esclaves de personne. »

Soit dit en passant, ils semblent oublier les quatre cents ans de servitude en Égypte... Cependant Jésus met le doigt sur l'esclavage véritable et précise : « Tout homme qui commet le péché est esclave du péché. Si donc le Fils de Dieu vous rend libres, réellement vous serez libres ».

Quels choix ? Comment discerner dans le concret de notre vie ? Dilemme entre tout ce que nous entendons, par exemple, dans cette actuelle campagne présidentielle : esclavage ? Compromissions ? Liberté ? Vérité ? 

Il nous faut démêler le vrai du faux ! Plus nous voulons aimer et servir Dieu, plus nous voulons aimer et servir nos frères et sœurs, plus nous découvrons aussi en nous, tout ce qui y fait obstacle, tout ce qui nous fait dire avec saint Paul : « Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas » (Romains 7, 19).

Alors, faut-il en prendre son parti et baisser les bras ? Est-ce perdu pour nous de faire le choix de la liberté et de renoncer à tout esclavage ? Surtout pas ! Tomber et toujours se relever, c'est ce que nous faisons à longueur de vie, avec la grâce de Dieu, et cela jusqu'à notre dernier jour où cette fois nous tomberons... dans les bras de Dieu ! 

Et si nous osions, en cette fin de Carême, en ces quelques jours qui nous restent à parcourir, découvrir en nous-mêmes, peut-être nos manques de liberté, ce qui est esclavage afin de les débusquer ?  Aurons-nous l’audace ou l’humilité d’aller rencontrer Jésus dans le sacrement de réconciliation ? 

Frères et sœurs, voilà l’invitation que nous recevons ! 

Choisissons la liberté avec la grâce de Dieu ! Choisissons avec Jésus la vérité !

                                                                                                            Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du lundi 4 avril 2022, 5e semaine du Carême, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 8, 12-20. Psaume 22. 

Livre du prophète Daniel 13,1-9.15-17.19-30.33-62.

 

 

En cette dernière semaine de Carême et avant d’entrer dans la Semaine Sainte, nous constatons que la liturgie nous invite à toujours plus de réflexion, à réentendre l’Origine, (c’est-à-dire d’où nous venons) et, en même temps, la finalité de notre vie (c’est-à-dire où nous allons) !

En affirmant, dans l’évangile que nous venons d’entendre : « Je sais d’où je suis venu, et où je vais » (v.14), Jésus pose comme fondement son autorévélation :

  • la question de son origine (c’est-à-dire qu’Il lie son identité profonde « la lumière du monde » (v.12)
  • la source de son être (le « d’où je viens ») 
  • et le sens de sa vie (le « où je vais »). 

Tenue, entre l’alpha et l’oméga, qui l’ont fait sortir du Père et revenir au Père, se dessine sa route d’Incarnation, c’est-à-dire :

  • sa venue au monde (la Nativité)
  • sa Passion, sa mort, sa Résurrection
  • et son Ascension.

C’est un chemin de croix parsemé d’épreuves, de tentations, de ténèbres, de don de soi à son Père que Jésus va vivre et, en même temps, ce chemin sera lumière pour le monde ! 

Jésus va réellement le traverser et en sortira vainqueur, car Il ne sera jamais seul (Cf. v.16), parce qu’Il sait que le Père est toujours avec Lui.

Ce chemin de vie, entre naissance et mort, est aussi le nôtre, avec nos joies et nos difficultés. Ce qui est certain, c’est que le Seigneur ne cessera pas d’être avec nous et qu’Il nous indique la vraie route !

Pour pouvoir comprendre le sens de notre vie et même porter un juste jugement, il faut savoir d'où l’on vient et où l’on va ! L'homme comprend et juge de manière purement humaine, car il ne connaît pas son mystère. Nous naissons, nous mourrons, mais ces deux moments de notre vie nous échappent totalement. Notre vie appartient à Dieu, car c'est Lui qui en est l'origine et le terme. 

Jésus, lui, connaît son mystère. Il sait d'où Il vient et où Il va.

Chaque disciple qui s’engage à la suite du Christ suivra une route illuminée de sa présence, « il ne marchera pas dans les ténèbres, mais dans la lumière. » (v.12).

Jésus nous propose d’emprunter, derrière Lui, ce même chemin. Comme Lui-même est uni au Père, Il nous fait entrer dans cette dynamique trinitaire (du Père et du Fils, éclairée par l‘Esprit Saint) en nous proposant de nous unir à Lui. 

C’est l’invitation qui nous est offerte !

Ainsi cette controverse, si âpre, avec les Pharisiens, nous livre des paroles capitales de Jésus sur le mystère de sa personne. Jésus, l'envoyé, et le Père qui l'envoie, demeurent unis, distincts, et un, dans l'action comme dans leur amour.

Cette unité est là : mêmes œuvres, mêmes paroles, même témoignage.

Frères et sœurs, nous avançons vers la Semaine Sainte. Puissions-nous continuer notre programme, notre projet de ce Carême ! Nous avons encore quelques jours pour nous ressaisir, pour mieux comprendre, mieux ouvrir notre cœur, mieux nous préparer à ce que Dieu veut pour chacun de nous. Restons dans la joie ! 

Laissons-nous illuminer par la présence du Christ !                                                  

                                                                                                             Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 3 avril 2022, 5e  dimanche du Carême, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 8, 1-11. Livre du prophète Isaïe 43, 16-21. Psaume 125. 

Lettre de saint Paul aux Philippiens 3, 8-14.

 

Chers amis, nous voilà arrivés au 5e dimanche de ce temps du Carême ! Les statues de cette église sont déjà voilées comme pour signifier que nous entrerons sous peu dans la Semaine Sainte !

Les évangiles des quatre premiers dimanches du Carême 2022 (Année C) nous ont permis d'explorer différents aspects de la réconciliation que Dieu nous offre. 

Reprenons rapidement la thématique de ces différents textes : 

  • Premier dimanche : la tentation de Jésus au désert, nous a amenés à réaliser que le mal et la tentation font partie intégrante de la nature humaine. Le Christ nous a montré comment y résister pour nous en donner la force.
  • Deuxième dimanche : la transfiguration sur la montagne nous a permis de voir Jésus dans toute sa splendeur de Ressuscité, vainqueur de la mort et du péché.
  • Troisième dimanche : la parabole du figuier stérile nous a permis de comprendre la patience du Christ-vigneron qui nous donne encore un peu de temps pour porter du fruit.
  • Quatrième dimanche : celle du fils prodigue nous amène à voir Dieu comme un Père, un Père qui nous aime, qui nous accueille quand nous revenons humblement à Lui, en lui demandant pardon.
  • Aujourd'hui, cinquième dimanche, la lecture de la femme adultère nous permet, une fois encore, de comprendre et d'expérimenter la miséricorde de Dieu. 

Quel bonheur de découvrir la profondeur de tous ces textes !

    L’évangile de saint Jean que nous venons d’entendre est bien connu. Et pourtant sa relecture a quelque chose de nouveau à nous dire encore et toujours.

    Dans ce texte, nous voyons Jésus, assis dans le Temple, qui enseigne le peuple. Arrivent les pharisiens et les scribes qui amènent une femme accusée d’adultère. Ces pharisiens se considèrent comme des justes ; ils ont le pouvoir et le savoir. 

Cette femme dont nous ne savons pas le nom a donc été surprise en flagrant délit d’adultère. 

Apparemment la loi hébraïque est simple, cette faute entraîne la lapidation. Enfin, la loi dit plus précisément, dans le livre du Lévitique au chapitre 20 verset 10 : « Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère ».

Les scribes et les pharisiens ne semblent pas seulement vouloir appliquer la loi, oubliant que pour commettre l’adultère, il faut être deux. C’est donc bien Jésus que les scribes veulent mettre à l’épreuve en lui tendant un piège pour le confondre ! 

    En effet, inlassablement Jésus enseigne : l’amour, la miséricorde de Dieu ; Dieu qui nous aime, Dieu qui se fait proche, Dieu qui veut la vie pour chacun de nous !

  • Si Jésus condamne cette femme alors son enseignement s’avère contradictoire et sans intérêt. 
  • Si en revanche, Il ne la condamne pas, alors Il se met en opposition à la loi et peut être Lui-même condamné.

    L’attitude humble et pédagogique de Jésus est étonnante. Il s’abaisse, trace des traits sur le sol. Il attend en se taisant. Un silence qui dure … Pressé de répondre par les scribes, Il se redresse et dit : « Celui d’entre vous qui n’a jamais péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. ». Puis il s’abaisse à nouveau et attend.

 Cette phrase fait mouche en adressant au cœur de ces hommes qui cherchaient à le mettre à l’épreuve ; : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. »

             Cette affirmation en dit long sur notre condition humaine.

Qui pourrait dire qu’il est parfait et sans péché ? Qui peut s’ériger en juge de son frère ? 

La réponse ne tarde pas : tous partent en commençant par les plus âgés. 

Certes, un manquement est un manquement, un mal est un mal, un outrage est un outrage… 

Jésus nous ne dit pas que le péché serait sans conséquence ! L’adultère fait toujours souffrir des hommes, des femmes, des enfants, des familles. Le Seigneur ne relativise pas pour autant, cette souffrance infligée à autrui, Il n’est pas indifférent à tout type de mal. Il a lui-même été confronté à diverses tentations comme nous l’avons vu en début de ce Carême. 

Il ne saurait être complice de ce qui blesse l’homme. Non, Jésus ne ferme pas les yeux sur la gravité du péché, mais Il les ouvre sur le visage du pécheur par sa miséricorde. Il a toujours dénoncé le péché, mais toujours accueilli le pécheur.

Il nous redit littéralement : « Oui, tu es un pécheur. Mais tu es plus que ta faute. Tu seras toujours plus grand, plus grande que ta faute. Plus grand, plus grande que tous tes péchés ; car tu es mon frère, ma sœur, mon fils, ma fille. » 

     J’aime personnellement, me rappeler cette phrase tirée de la première épître de saint Jean : « si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît toutes choses ! » (1 Jn 3,20) 

Dieu est plus grand que notre cœur...

Jésus marque de la considération pour le pécheur, et non pour le péché. Cet évangile nous montre le vrai visage de Dieu, celui de la miséricorde et du pardon. 

            Frères et sœurs, n’oublions pas que pour notre vie chrétienne, nous avons en Église, 7 sacrements pour conduire notre vie chrétienne. En ce temps  de Carême, pensons particulièrement au sacrement de réconciliation ! Bien sûr, si vous êtes sans péché, vous n’en aurez pas besoin … mais, pardon de le dire si nettement, j’en doute !

            Démarche d’humilité, mais démarche libératrice que celle de demander pardon à son frère et à Dieu, pour les écarts de paroles ou de conduite, pour les manquements à l’amour qui jalonnent notre vie, les gestes déplacés ou des pensées qui ont pu dépasser notre pensée.

            Pour ce sacrement, de nombreuses heures de permanence et d’accueil sont proposées sur notre Paroisse et au centre-ville de Grenoble.

Préparer Pâques, c’est aussi nous soulager du poids de nos péchés pour se relever, choisir le bien, rejeter le mal et marcher joyeux vers le Christ mort et ressuscité pour nous, pour notre salut. Dieu nous veut libres et légers !

Dieu n’attend pas que nous changions pour nous pardonner ; Il nous pardonne pour que nous changions. Voilà cette belle et sainte nouvelle que nous recevons en ce 5e dimanche de Carême !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 30 mars 2022, 4e semaine du Carême, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 5, 17-30. Psaume 144. Livre du prophète Isaïe 49, 8-15.

 

Chers amis, nous avançons dans ce temps du Carême et nous voyons déjà poindre les événements de la Semaine Sainte. Jésus vient de guérir un infirme, et cela, le jour du sabbat : c'est un scandale pour beaucoup. Pourtant, ce geste est non seulement un geste de salut, mais également, un geste de révélation.

Par cette action, Jésus se dévoile et il prend le temps de s’expliquer. 

Selon son habitude, Il va profiter de ces critiques pour manifester sa condition de Fils de Dieu et, en conséquence, de Maître du Sabbat. 

Nous le savons, certaines de ses paroles motiveront sa condamnation lors du jugement chez Caïphe. Rappelez-vous, quand Jésus se présentera comme Fils de Dieu, le grand prêtre déchirera ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d'entendre le blasphème ! Quel est votre avis ? » (Mt 26,65).

Le scandale pour le Sanhédrin est, en effet, dans l’affirmation de son rapport à Dieu le Père : « il disait que Dieu était son propre Père et il se faisait ainsi l'égal de Dieu. » Jésus dérange parce qu'il révèle un autre visage de Dieu, parce que ses gestes de salut et ses affirmations bousculent la conception de Dieu de ses auditeurs et interlocuteurs.

Face à toutes ces critiques, Jésus reste fidèle à l'attitude qui fut la sienne devant les provocations du Diable au désert : Il ne prend pas la place de celui qui est la source de sa vie, de ses actes, de ses paroles. Il réaffirme avec foi et conviction : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu'il voit faire par le Père. » 

Nous pourrions nous poser cette question : mais que fait le Père ?

Comment comprendre spirituellement son affirmation ?

La lecture du psaume 144 peut nous y aider !

Que nous dit-il aujourd’hui ? 

« Le Seigneur est tendresse et pitié : sa bonté est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres. Il est fidèle en tout ce qu’il fait » (Ps 144). Cet extrait du psaume résume précisément, l’enseignement de la liturgie de la Parole de ce jour. (Remarquons que les textes se répondent !)

Quel mystère surprenant, toujours à méditer et à approfondir !

Nous pouvons dans notre prière d’aujourd’hui méditer ces textes, prendre du temps avec Jésus ! Le Fils ne fait que ce qu'Il voit faire par le Père. Toute l’œuvre de Jésus, y compris sa passion, n'est que manifestation de ce que le Fils a vu faire par le Père. 

Qu'a-t-il donc vu ? Il a vu un Père qui donne sa vie, qui aime profondément, qui donne tout son être, dont l'existence et l'être ne sont que don de soi. 

Prenons le temps aujourd'hui de contempler Jésus se donnant, prendre le temps ne serait-ce qu'en priant Jésus en Croix cette grâce d'apprendre à l'imiter en toutes choses et en toute occasion, pour nous aussi, ressembler au Père.                                                                                                                                                     

                                                                                                                  Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 28 mars 2022, 4e semaine du Carême, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 4, 43-54. Psaume 29. Livre du prophète Isaïe 65, 17-21.

 

Chers amis, il y a beaucoup de déplacements dans cet évangile. Peut-être avons-nous encore quelques difficultés à connaître les distances entre les villes de Cana, Capharnaüm (35kms), ou encore à situer les régions de la Galilée et de la Judée… Retenons simplement que, lors de la noce à Cana, l’eau est changée en vin, une joie surabondante est offerte à tous ; la fête est sauvée ! Tel est le premier signe donné par Jésus, c’était « à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus. » 

Saint Jean, dans ce chapitre, nous rapporte le second signe de Cana, un signe d’une tout autre ampleur. Cela se passe aussi un troisième jour et cette précision importante met aussitôt notre attention en éveil. Il sera donc question de vie et de mort…

Voici donc que Jésus fait un nouveau miracle : la guérison du fils d’un fonctionnaire royal. Si le premier avait été très spectaculaire (600 litres de vin millésimé !), celui-ci est sans aucun doute, bien différent : il ne résout pas un embarras matériel, il s’agit de guérir une vie humaine.

Ce qui attire l’attention ici, c’est que Jésus agit à distance, car Il reste à Cana. Il ne se rend pas à Capharnaüm pour guérir directement le malade. Il lui redonne la santé sans bouger de Cana : « Le fonctionnaire royal lui dit : ‘Seigneur, descends, avant que mon enfant ne meure!’. Jésus lui répond : ‘Va, ton fils est vivant ! » (Jn 4,49.50).

Quelle foi chez ce fonctionnaire royal, car il croit vraiment en la parole de Jésus !

Quelle leçon pour nous, ce matin ! 

Qu’est-ce ce texte peut nous dire ?

Cette scène nous rappelle que, tous, nous pouvons faire beaucoup de bien à distance, sans devoir être présents à l’endroit où l’on sollicite notre générosité. Comment faire ? En gardant contact avec les membres éloignés de nos familles, une personne malade ou en maison de retraite… Nous pouvons aider, tels ou tels projets missionnaires… Nous pouvons collaborer par la prière ou économiquement avec des missionnaires ou avec des associations catholiques qui agissent. Nous pouvons même donner de grandes joies à beaucoup de gens qui sont peut-être loin de nous physiquement et qui attendent de nous un signe, par un simple appel téléphonique, une lettre ou un message électronique.

Bien souvent, nous trouvons une bonne excuse dans l’impossibilité d’être physiquement présents dans les lieux où il y a pourtant des nécessités urgentes. Jésus, Lui, n’a pas cherché d’excuse en disant que Capharnaüm était trop éloignée : Il a accompli le miracle.

La distance n’est pas un problème à l’heure d’être généreux, car la générosité sort du cœur et dépasse les frontières et les distances.

Peut-être pouvons-nous prendre contact avec des personnes éloignées de nous et qui sont en attente d’un petit mot, d’un petit geste, d’une prière. 

Voilà un point de réflexion et d’action, simple et concret, pour ce temps de Carême : un bel effort de Carême !

Frères et sœurs, demandons au Seigneur l’audace de ces initiatives et accomplissons, chacun de nous, déjà « le miracle » d’une proximité !

                                                                                                                   Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 27 mars 2022, 4e  dimanche du Carême, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 15, 1-3.11-32. Livre de Josué 5, 9a.10-12. Psaume 33. 

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 5, 17-21.

 

Nous connaissons bien cette merveilleuse page d’évangile ! Peut-être avez-vous pris le temps de la méditer ces derniers jours, en préparant les textes de ce dimanche … 

Cette parabole de l’Évangile de saint Luc que nous venons de lire, a souvent comme titre : « la parabole de l’Enfant prodigue » ou encore la parabole : « du Fils prodigue ». On préfère aujourd’hui, la nommer : « la parabole du Père miséricordieux. » L’accent n’est plus forcément mis sur les fautes, le péché, mais plutôt, en positif, sur le pardon, la miséricorde et plus particulièrement encore sur la joie dans cette intimité avec le Père ! Nous comprenons peut-être davantage ce lien avec ce dimanche de Laetare où la couleur rose domine sur le violet !

La joie de Dieu est d’annoncer sa miséricorde ! Le terme de miséricorde se dit en hébreu, la langue principale de la Bible dans l’Ancien Testament, « rahamim » qui est un pluriel qui signifie « entrailles ». Être miséricordieux, c’est être ému jusque dans ses entrailles, au plus profond de nous-mêmes. La miséricorde est ainsi vue comme venant du dedans, comme une émotion remplie de bienveillance, d’amour et de joie comparable à celle d’une maman pour son enfant qu’elle a porté dans ses entrailles. 

C’est avec cet arrière-fond de pardon, de miséricorde et de joie que nous pouvons entendre aujourd’hui la parabole du Père miséricordieux. 

     Un père et ses deux fils ! En réalité, si vous avez pris le temps de méditer cette parabole, ces fils ne sont pas si éloignés de nous ! 

Savez-vous que dans bien des histoires diverses, nous nous ressemblons tous beaucoup et ceux qui paraissent les plus différents sont parfois bien semblables. Certes, nous avons tous notre histoire singulière, mais, nos souvent nos histoires s’entremêlent !

Regardons les deux fils dont il est question aujourd’hui dans cette parabole. Tout semble les opposer : 

  • Il y a le bon fils ainé : obéissant, mesuré, travailleur !
  • Et le petit dernier : un peu rebelle, trop impulsif, centré sur lui-même !

Malgré les apparences, les deux fils de cette parabole se ressemblent, en fait, beaucoup. Pourquoi ?

Ils ont l’un et l’autre une attitude similaire par rapport à leur père (c’est-à-dire le même rapport à Dieu le Père, puisque c’est bien Lui qui est représenté dans cette parabole.) Fondamentalement, l’un et l’autre font la même erreur en mélangeant, par exemple : le devoir et l’amour ou plus particulièrement encore, dans la thématique de ce jour : le plaisiret la joie !

Plaisir et joie ne disent pas la même chose :

  • Le plaisir est une réalité physique, une sensation agréable éprouvée dans notre corps suite à certains stimuli tels une rencontre, un achat, une idée, une amourette… 
  • La joie est une réalité spirituelle, un fruit de l’Esprit Saint qui se développe en nous quand nous nous appliquons à vivre une vie juste, bonne et vraie ! 
  • Le plaisir est superficiel, il dure un instant : il va, il vient ! C’est une « bonne-heure »
  • La joie est profonde et lus durable : elle demeure même quand les circonstances sont moins plaisantes, tant que notre vie est fixée dans le juste et le bien.

Si le plaisir et la joie ne signifient donc pas la même chose, il y a pourtant un lien entre joie et plaisir : le plaisir est fait pour accompagner la joie ; non pas comme quelque chose d’automatique, mais plutôt comme une surabondance, gratuitement. 

Le plaisir et la joie sont faits pour aller de concert, mais parce que nous vivons sous le régime du péché originel, ils peuvent se déconnecter l’un de l’autre. Il peut y avoir de la joie sans plaisir et du plaisir sans joie.

Ce que le Père veut donner à ses fils (pas seulement à ceux de la parabole, mais aussi à chacun de nous, aujourd’hui), c’est le meilleur, c’est-à-dire la joie : sa joie ! Et la joie vient de cette proximité avec le Père. Et même plus précisément : la joie, c’est de demeurer avec le Père. Avons-nous réellement conscience que notre joie la plus profonde, même si pouvons la goûter à certains moments, sera vécue pleinement dans la vie éternelle, avec Lui. Être avec Dieu au ciel et pour toujours !

Ce que cherchent l’un et l’autre des deux fils, c’est le plaisir : une immédiateté, une certaine jouissance. Certes, ils le cherchent différemment, mais pour l’un comme pour l’autre, le sommet de leur quête, ce qui dirige leurs actions, ce n’est pas la recherche de la joie de demeurer avec le Père : c’est un contentement, un plaisir, une extériorité ! Avec surprise, nous constatons que le Père peut être même compris comme un obstacle !  

C’est très clair pour le fils cadet. En demandant sa part d’héritage et en partant, il souhaite se déconnecter d’une intimité avec le Père. Mais ça ne marche que pendant un moment. Loin de la source de la joie, parce que la vie peut être complexe, le plaisir passager ne nourrit pas le cœur de l’homme. 

La vraie joie, c’est d’être avec le Père et de vivre comme un fils, une fille, : expérimenter être un enfant bien aimé, œuvrer avec Lui, de collaborer à son œuvre.

Cela non plus le fils aîné ne l’a pas compris. Il ira jusqu’à accuser son frère d'avoir dépensé le bien du père et de reprocher à son Père de n'avoir jamais eu part à nul bien. En fait, le fils aîné commet la même erreur, le même péché que le fils cadet. Celui-ci, dans une logique comptable, avait réclamé sa part, oubliant que tout ce qui était au père était à lui aussi.

En fait, ce qui est en-dehors de la vie avec le Père, c’est cela qui désigne le « péché ».

Le Père, lui, nous invite à la gratuité et à la miséricorde, Il nous invite à cesser de compter. À qui demande, Il donne sans mesure, car c'est Lui-même qu'il donne. Sa communion est ouverte à tous et à tout instant. 

Sa joie du don devient alors notre joie ! Mais aussi, n’oublions pas que notre Joie d’être avec Lui, devient sa joie !

Nous savons bien que la joie peut sembler difficile dans notre monde qui souffre de guerres, d’injustice, de combats de toutes sortes… Face à l’impuissance que chacun peut ressentir confronté à certains événements difficiles de la vie, la vraie joie est cependant possible ! Oui, elle est toujours possible !

Frères et sœurs, ce temps de Carême est cette invitation à un retour au Père, à chercher à vivre une vraie intimité avec Lui, et plus particulièrement de puiser dans la prière et le sacrement du pardon : la force, la paix et la joie.

Ce dimanche de Laetare, dimanche de la joie, nous invite donc à une réflexion intérieure, à nous questionner sur la vraie Joie que nous désirons au plus profond de nous-mêmes ! 

Prenons le temps de la réflexion, de la méditation, sans oublier que le rose nous appelle à la joie de Pâques ! La fête de Pâques qui approche est peut-être l’occasion ainsi de nous réjouir dans le Seigneur !                       

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du vendredi 25 mars 2022, Annonciation du Seigneur, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 26-38. Livre du prophète Isaïe. 7,10-14. 8,10. Psaume 39. 

Lettre aux Hébreux 10, 4-10.

 

Nous connaissons bien ce récit de l’Annonciation et la majestueuse salutation de l’ange qui reconnaît, en Marie, celle qui est « comblée de grâce » ! 

A cette salutation, Marie est toute bouleversée !

Oui, Marie est toute bouleversée ! Ce trouble, que certains diront bien compréhensible, permet à l’ange, au messager du ciel de lui préciser : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. » 

Pour accueillir, en elle, le Fils de Dieu, ne fallait-il pas, certes une coupe très pure, mais aussi une âme « craintive de Dieu » ?

 

Ce mot de « crainte » finalement est assez mal compris aujourd’hui ! Beaucoup comprennent simplement : peur, malaise, frayeur, doute, angoisse… et finalement incapacité !

 

Pensons-nous que Marie était tremblante de peur ? 

En réalité : non ! Marie était habitée par cette assurance donnée par le Seigneur, cette reconnaissance de ce qu'elle est pour Lui, qui donne à Marie la force et l'audace incroyables d'entrer par tout elle-même, dans son plan de salut !

 

« Sois sans crainte ! » Cette consigne de l'Ange à Marie, cet encouragement du Seigneur est pour chacun de nous, ce matin. « Sois sans crainte, toi qui es devant le Seigneur ! » Cela vient balayer de notre vie bien des réflexes de peur et bien des timidités devant l'œuvre de Dieu. 

 

Certes, nous n'avons pas reçu pour mission de modeler au Fils de Dieu un corps humain, mais nous avons une responsabilité très réelle qui nous est confiée à toute vraie servante et à tout serviteur de Dieu !

« Sois sans crainte ! », nous redit Dieu quand Il nous appelle : « Écarte de ton cœur tous les retours paralysants du passé; Dénonce avec lucidité et courage les misères 

et les conflits du présent, extérieurs ou intérieurs à toi-même, détourne de tes yeux toute angoisse pour l'avenir, puisque Je suis et serai avec toi pour toujours. »

 

 Dans notre monde où la pandémie comme les médias nous poussent à avoir peur de tout contact, et même de mon frère et de ma sœur au risque de m’en détourner, de mettre une distance pour me préserver. Comment alors, aller annoncer à temps et à contretemps que Dieu nous aime et qu’Il veut notre salut : « Sois sans crainte ! » De fait, en ce jour, frères et sœurs, demandons cet esprit d’audace et cette même assurance pour de balayer toute crainte de notre vie, car nous sommes dans la main de Dieu !

 

       À l’occasion de cette solennité, à l’invitation du Pape François, unissons-nous à la prière de tous les chrétiens à travers tous les pays et redisons ensemble la consécration au Cœur Immaculé de Marie, pour l’Église et l’humanité tout entière, en particulier la Russie et l’Ukraine :

 

« Ô Marie, Mère de Dieu et notre Mère, en cette heure de tribulation nous avons recours à toi. Tu es Mère, tu nous aimes et tu nous connais : rien de tout ce à quoi nous tenons ne t’est caché. Mère de miséricorde, nous avons tant de fois fait l’expérience de ta tendresse providentielle, de ta présence qui ramène la paix, car tu nous guides toujours vers Jésus, Prince de la paix.

Mais nous avons perdu le chemin de la paix. Nous avons oublié la leçon des tragédies du siècle passé, le sacrifice de millions de morts des guerres mondiales. Nous avons enfreint les engagements pris en tant que Communauté des Nations et nous sommes en train de trahir les rêves de paix des peuples, et les espérances des jeunes. Nous sommes tombés malades d’avidité, nous nous sommes enfermés dans des intérêts nationalistes, nous nous sommes laissés dessécher par l’indifférence et paralyser par l’égoïsme. Nous avons préféré ignorer Dieu, vivre avec nos faussetés, nourrir l’agressivité, supprimer des vies et accumuler des armes, en oubliant que nous sommes les gardiens de notre prochain et de la maison commune. Nous avons mutilé par la guerre le jardin de la Terre, nous avons blessé par le péché le cœur de notre Père qui nous veut frères et sœurs. Nous sommes devenus indifférents à tous et à tout, sauf à nous-mêmes. Et avec honte nous disons : pardonne-nous, Seigneur !

Dans la misère du péché, dans nos fatigues et nos fragilités, dans le mystère d’iniquité du mal et de la guerre, toi, Mère sainte, tu nous rappelles que Dieu ne nous abandonne pas et qu’il continue à nous regarder avec amour, désireux de nous pardonner et de nous relever. C’est Lui qui t’a donnée à nous et qui a fait de ton Cœur immaculé un refuge pour l’Église et pour l’humanité. Par bonté divine, tu es avec nous, et tu nous conduis avec tendresse, même dans les tournants les plus resserrés de l’histoire

Nous recourons donc à toi, nous frappons à la porte de ton Cœur, nous, tes chers enfants qu’en tout temps tu ne te lasses pas de visiter et d’inviter à la conversion. En cette heure sombre, viens nous secourir et nous consoler. Répète à chacun d’entre nous : “Ne suis-je pas ici, moi qui suis ta Mère?” Tu sais comment défaire les nœuds de notre cœur et de notre temps. Nous mettons notre confiance en toi. Nous sommes certains que tu ne méprises pas nos supplications et que tu viens à notre aide, en particulier au moment de l’épreuve.

C’est ce que tu as fait à Cana de Galilée, quand tu as hâté l’heure de l’intervention de Jésus et as introduit son premier signe dans le monde. Quand la fête était devenue triste, tu lui as dit : « Ils n’ont pas de vin » (Jn 2, 3). Répète-le encore à Dieu, ô Mère, car aujourd’hui nous avons épuisé le vin de l’espérance, la joie s’est dissipée, la fraternité s’est édulcorée. Nous avons perdu l’humanité, nous avons gâché la paix. Nous sommes devenus capables de toute violence et de toute destruction. Nous avons un besoin urgent de ton intervention maternelle.

Reçois donc, ô Mère, notre supplique.
Toi, étoile de la mer, ne nous laisse pas sombrer dans la tempête de la guerre.
Toi, arche de la nouvelle alliance, inspire des projets et des voies de réconciliation.
Toi, “terre du Ciel”, ramène la concorde de Dieu dans le monde.
Éteins la haine, apaise la vengeance, enseigne-nous le pardon.
Libère-nous de la guerre, préserve le monde de la menace nucléaire.
Reine du Rosaire, réveille en nous le besoin de prier et d’aimer.
Reine de la famille humaine, montre aux peuples la voie de la fraternité.
Reine de la paix, obtiens la paix pour le monde.

Que tes pleurs, ô Mère, émeuvent nos cœurs endurcis. Que les larmes que tu as versées pour nous fassent refleurir cette vallée que notre haine a asséchée. Et, alors que ne se tait le bruit des armes, que ta prière nous dispose à la paix. Que tes mains maternelles caressent ceux qui souffrent et qui fuient sous le poids des bombes. Que ton étreinte maternelle console ceux qui sont contraints de quitter leurs maisons et leur pays. Que ton Cœur affligé nous entraîne à la compassion et nous pousse à ouvrir les portes et à prendre soin de l’humanité blessée et rejetée.

Sainte Mère de Dieu, lorsque tu étais sous la croix, Jésus, en voyant le disciple à tes côtés, t’a dit : « Voici ton fils » (Jn 19, 26). Il t’a ainsi confié chacun d’entre nous. Puis au disciple, à chacun de nous, il a dit : « Voici ta mère » (v. 27). Mère, nous désirons t’accueillir maintenant dans notre vie et dans notre histoire. En cette heure, l’humanité, épuisée et bouleversée, est sous la croix avec toi. Et elle a besoin de se confier à toi, de se consacrer au Christ à travers toi. Le peuple ukrainien et le peuple russe, qui te vénèrent avec amour, recourent à toi, tandis que ton Cœur bat pour eux et pour tous les peuples fauchés par la guerre, la faim, l’injustice et la misère.

        Mère de Dieu et notre Mère, nous confions et consacrons solennellement à ton Cœur immaculé nous-mêmes, l’Église et l’humanité tout entière, en particulier la Russie et l’Ukraine. Accueille cet acte que nous accomplissons avec confiance et amour, fais que cesse la guerre, assure au monde la paix. Le “oui” qui a jailli de ton Cœur a ouvert les portes de l’histoire au Prince de la paix ; nous espérons que la paix viendra encore par ton Cœur. Nous te consacrons l’avenir de toute la famille humaine, les nécessités et les attentes des peuples, les angoisses et les espérances du monde.

        Qu’à travers toi, la Miséricorde divine se déverse sur la terre et que la douce palpitation de la paix recommence à rythmer nos journées. Femme du “oui”, sur qui l’Esprit Saint est descendu, ramène parmi nous l’harmonie de Dieu. Désaltère l’aridité de nos cœurs, toi qui es “source vive d’espérance”. Tu as tissé l’humanité de Jésus, fais de nous des artisans de communion. Tu as marché sur nos routes, guide-nous sur les chemins de la paix. 

Amen.

Homélie du mercredi 23 mars 2022, 3e semaine du Carême, année C. 

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 17-19. Psaume 147. Livre du Deutéronome 4, 1.5-9. 

 

« Pas un iota, pas un point sur le « i », pas un trait ne disparaîtra de la Loi, jusqu’à ce que tout se réalise ». 

Il faut connaître, un peu…l’alphabet hébreu pour comprendre le premier sens de cette phrase ! En effet, l’alphabet hébraïque est consonantique, c’est-à-dire qu’il ne comprend pas de voyelle ! Le texte de la Loi ne donne donc à voir que des consonnes. Pour parvenir à l’entendre, il nous faut ajouter les voyelles – « points, traits, iota » – qui permettent de vocaliser le texte, c’est-à-dire d’écouter la Voix qui parle sous la lettre (par exemple : « pp » pour papa, papi ou papou et même : pipi…) 

Le sens second de cette phrase pourrait se résumer ainsi : « Donner une vie nouvelle à ce qui nous vient du passé… » 

Devant l’inconstance capricieuse de l’homme, quelle a été la pédagogie de Dieu ? 

Dieu s’est fait connaître aux prophètes qui, là encore, sont souvent rejetés et persécutés. Pendant des siècles, la loi de Moïse a guidé le peuple juif vers la rencontre du Dieu unique. De plus, pendant trente ans, Jésus a positivement observé les lois et les coutumes de son temps.  Ces lois et ces coutumes lui ont permis de se préparer à sa mission pour conduire ce peuple plus loin.  

Notons que Jésus ne rejette pas les prescriptions de son temps, mais Il leur confère un sens nouveau. « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » Pour Jésus, il n’est pas question de « conservatisme figé » ni, non plus, de bouleversement qui changerait tout. Il s’agit de donner une vie nouvelle à ce qui nous vient du passé. Ce n’est pas parce qu’une tradition est ancienne qu’elle est bonne à garder ! Ce n’est pas parce qu’une idée est nouvelle qu’elle serait forcément bonne. Jésus nous propose une synthèse harmonieuse entre la tradition et le progrès : l’accomplissement.  

Face à nos rigidités et nos multiples blocages, il nous faut réentendre l’espérance exprimée par Jésus : « Je suis venu ACCOMPLIR la Loi ! ». Accomplir la Loi, c’est le mystère de Pâque. Ce mystère est incompréhensible si nous n’entrons pas dans l’intelligence de la Foi.  

C’est seulement avec le cœur que nous pourrons comprendre le mystère de Pâque ! 

 Notre espérance est là : la pâque du Christ est accomplissement de la Vie qui triomphe de la Mort ! Cette pâque nous apprend, dans un premier temps,  à écouter : « Écoute, Israël ! » 

Accomplir la Loi, c’est peut-être apprendre à écouter en vérité, avec le cœur. Quand bien même nous savons que notre écoute est encore pleine de suffisance, d’interprétation inconsciente, d’imaginaire trompeur de l’autre et de ses intentions, à chacun de nous d’avancer en confiance… 

Accomplir la Loi, c’est peut-être écouter autrement et autre chose qu’une liste de préceptes ou d’obligations à suivre ou à transgresser. La Loi donne le sens de la marche. Jésus va jusqu’au bout de la loi d’Amour. 

Frères et sœurs, demandons la grâce de suivre Jésus avec audace !                                                                               

Ainsi soit-il ! 

 

Homélie du dimanche 20 mars 2022, 3e  dimanche du Carême, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 13, 1-9. Livre de l’Exode 3,1-8a.10.13-15. Psaume 102. 

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 10, 1-6.10-12.

 

Chers amis, peut-être trouvez-vous ces lectures un peu abruptes, difficiles ou tristounettes ? 

Je ne voudrais pas vous laisser dans l’ignorance, nous redit saint Paul !

Ce 3e dimanche de Carême veut nous éclairer et mettre l’accent sur notre conversion et sur les fruits qui sont au-dedans de nous et qui ne demandent qu’à éclore. 

Dans le récit que nous venons d’entendre, Jésus combat une croyance qui a la vie dure, et encore aujourd’hui : les catastrophes seraient une punition divine. 

Combien de fois ne l’ai-je entendu ! Quand tout va bien : c’est normal, Dieu est bon ! Mais quand une difficulté ou une catastrophe survient, nous laissons échapper cette question : « qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ? » De fait, il est faux et même blasphématoire de penser que les cataclysmes, les catastrophes que nous constatons autour de nous puissent être des punitions divines. Si vous entendez dans votre entourage, particulièrement certaines personnes ayant des révélations privées, et qui vous présentent les cataclysmes naturels comme des punitions divines : je vous en prie, passez tranquillement votre chemin et haussez les épaules. 

Dieu ne veut pas la mort ! 

C’est l’homme lui-même qui peut créer son propre malheur ! 

Même si notre condition humaine va côtoyer la mort, notre Dieu est le Dieu de la Vie !

Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, Jésus fait référence à deux faits divers atroces : l’assassinat d’un groupe de gens pendant qu’ils offraient un sacrifice et la mort d’un autre groupe dans l’effondrement d’une tour, la tour de Siloé. « Pensez-vous qu’ils étaient plus pécheurs que les autres », sous-entendu « pour mériter une telle punition ? » Et la réponse de Jésus est claire. « Et bien, non, pas du tout ! »

Cependant, face à la souffrance et à la mort, nous nous interrogeons, mais il n’y a souvent rien à dire ! Simplement il nous faut être au côté de la personne qui souffre ! Le plus souvent, face à la souffrance, ce qui peut venir à l’esprit, c’est la négation de Dieu, en pensant : puisque le mal existe, Dieu n’existe pas ou inversement : c’est un tyran puisqu’il permet de telles souffrances ! 

Que dire à ceux qui sont ainsi blessés ou révoltés ? Et, en même temps, comment accueillir la personne blessée ou révoltée ? Comment tenter une explication ??? Il y a un mystère de la souffrance qui nous échappe et qui, reconnaissons-le, à la fois, nous heurte souvent violemment et en même temps nous effraie ! 

Car, nous ne pouvons que reconnaître la fragilité de notre existence !

Comment, dans la foi, avons-nous la certitude de l’amour de Dieu pour chacun de nous ? Comment savons-nous qu’Il est le Dieu de la Vie ! Quelle image avons-nous de Dieu ? Serait-il un Dieu magicien, lointain et simplement à notre service ? 

En réalité, Dieu est le tout-Autre et bien au-delà de nos schémas et nos calculs ! 

La lecture du Livre de l’Exode de ce troisième dimanche de Carême nous apporte une première réponse ; elle met en présence l’un des récits les plus étonnants de l’Ancien Testament : la scène du Buisson ardent. Là, Dieu se révèle à Moïse et Il lui dévoile son cœur de Père !

Dieu va donner à Moïse, rien de moins que la mission de délivrer son peuple de l’esclavage ! 

Moïse pose alors deux questions à Dieu : QUI SUIS-JE ? ET QUI ES-TU ?

« Qui suis-je pour aller vers Pharaon et faire sortir d’Égypte les fils d’Israël ? » et « S’ils me disent : quel est son nom ; que leur répondrai-je ? » (Ex 3,13). 

  • À la première question, Dieu répond simplement : « Je suis avec toi » (Ex 3,12). C’est la même réponse que Dieu apporte à nos questions et à toutes nos interrogations : « Je suis avec toi » … quoiqu’il arrive.
  •  À la seconde, Dieu répond par le tétragramme YHWH imprononçable en disant d’une façon mystérieuse qu’Il est : « Je suis » (Ex 3,14). Littéralement : « Je suis celui qui suis ! »

Qui aurait osé imaginer une telle situation : un Dieu qui aime et prend soin de son peuple ! Un Dieu qui se fait proche de chacun de nous ! 

Le Psaume 102 le rappelle : « Dieu révèle ses desseins à Moïse ! »

Cette révélation confiée à Moïse sera désormais le fondement de la foi d’Israël, la pierre angulaire sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour toute notre vie. Dieu, le Tout-Autre, Celui qui semblait inatteignable, voilà qu’Il se fait le Tout-Proche, Celui qui vient au-devant de son peuple pour lui apporter le salut et la vie !

Ce fondement est capital. Il permet une bonne approche du problème du mal – du mystère du mal – qui est évoqué dans l’évangile de ce dimanche. Dieu n’est pas le responsable de tous les malheurs qui frappent l’humanité. 

C’est pour cette raison que saint Paul, dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe, nous redit : « Cessez de récriminer contre Dieu. » Ce n’est pas Dieu qui provoque la guerre, c’est la folie des hommes ! Ce n’est pas Dieu qui crée tel ou tel accident, c’est celui qui conduisait trop vite ou mal ! Même la mort ne sera pas la fin, mais l’ouverture à Dieu pour qui le souhaite !

Non ! Jésus n’est pas venu pour expliquer le mal, mais pour lutter contre le Mal, pour nous en libérer afin que nous puissions porter du fruit !

Pour illustrer l’urgence d’une conversion, Jésus, Lui-même, enfin nous raconte l’histoire de la vigne et du figuier. Depuis Isaïe, les Juifs avaient compris que leur peuple était comparé à une vigne que Dieu avait plantée pour qu’elle donne le meilleur vin. Jésus ajoute à l’exigeante parabole traditionnelle un surprenant vigneron qui plaide pour le figuier : « Laisse-le encore cette année, le temps que je bêche. » Comprenons bien que ce vigneron, c’est le Christ !

Cette parabole est donc pour nous ! Nous savons bien que notre histoire, notre caractère, nos doutes, nos manquements ne nous permettent pas de donner les beaux fruits qui pourtant sont déjà en germe en nous ! 

Cette parabole nous enseigne que cette conversion profonde est l’appel urgent.  Ce chemin de conversion est accompagné des encouragements du Seigneur Lui-même. C’est Lui qui nous travaille au corps, qui nous donne le but, c’est toujours lui qui nous nourrit et nous abreuve par le sacrifice de l’Eucharistie. Il ne mesure pas sa grâce et nous apporte son soutien jour après jour. Plus fou encore, Dieu espère en nous ! Il croit en chacun de nous !

En bon vigneron, Il prend patience et déploie inlassablement ses efforts pour que tout arbre porte du fruit, littéralement : pour que chacun de nous, sans exception, porte du fruit !

Retenons que Dieu est patient : Il sait que les fruits, sans distinction, ont besoin de temps pour croître et pour mûrir.

Le temps du Carême nous est donné pour prendre le temps de méditer ces paroles. Ce temps de grâce nous est ainsi donné pour que, avec le soutien du Christ, nous portions le premier de tous les fruits, celui du retour à Dieu, celui de la conversion. 

Frères et sœurs, c’est ce que nous pouvons demander en ce 3e dimanche du Carême, pour chacun de nous : laissons les beaux fruits que nous portons en nous, éclore, mûrir, rayonner ! Dieu est tout proche ! Il est avec nous et nous savons sa patience ! 

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 14 mars 2022, 2e semaine du Carême, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 36-38. Psaume 78. Livre du prophète Daniel 9, 4-10.

 

 

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » Quel beau programme de vie, aussi exigeant que riche de joie et de paix ! Cela, nous le percevons, nous le comprenons et nous l’espérons. 

Mais voilà ! C’est un programme de vie exigeant ! Cela est certain, tant la psychologie de l’homme est complexe et même parfois, un peu tordue ! Pourtant, rien n’est impossible à Dieu !

Pour nous aider, le Seigneur Jésus nous montre les étapes, tel un pèlerinage à travers lequel nous pouvons atteindre ce but qu’est la miséricorde à l’image de Dieu. 

Quelles sont ces étapes ? 

Vous les connaissez sans doute ; elles semblent évidentes, mais elles vont nous demander de la volonté et une décision :

  • Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; 
  • Ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. 
  • Pardonnez, et vous serez pardonnés. 
  • Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous !

Il nous est dit, d’abord, de ne pas juger, et de ne pas condamner. Si l’on ne veut pas être exposé au jugement de Dieu, personne ne doit devenir juge de son frère. De fait, en jugeant, nous nous arrêtons souvent à ce qui est superficiel, extérieur, tandis que le Père regarde l’intérieur du cœur. Que de mal, les paroles ne font-elles pas lorsqu’elles sont animées par des sentiments de jalousie, d’envie ou de vaines stupidités ! 

Comment alors, le disciple du Christ peut-il « être miséricordieux » ?

Cette question est alors importante et dans tous les cas, elle est vitale pour notre « vie présente » et « celle à venir » !

 Jésus continue en employant deux verbes essentiels pour nous y aider :

  • “pardonner” (Lc 6, 37) 
  • et “donner” (Lc 6, 38)

Pourquoi un chrétien doit-il pardonner ? 

Parce qu’il a été, lui-même, pardonné ! Il a vécu (normalement) le don du Pardon de Dieu ! Il en a fait l’expérience ! Et cela autant de fois que nécessaire !

Nous sommes de pauvres petits pécheurs pardonnés, et pourtant, toujours, aimés de Dieu !

Aucun de nous, dans sa vie, n’a pu ou ne peut se passer du pardon de Dieu. Constatez combien nous sommes apaisés, heureux, quand le pardon a été donné et reçu !

La logique vitale de notre vie est là ! 

Puisque nous avons été pardonnés, nous devons, nous aussi, pardonner, avec la grâce de Dieu. 

Voilà déjà, si vous le voulez bien, une première grâce que nous pouvons demander et mettre en œuvre en ce début de Carême : vivre et expérimenter le Pardon de Dieu pour mieux entrer, à notre tour, entrer dans une démarche de pardon !  

Prenons le temps, aujourd’hui, demain, de faire cet examen de conscience, de comprendre qu’il y a, en nous des choses qui ont besoin d’être purifiées, pardonnées.

Ayons l’audace, avec la grâce de Dieu, d’entrer dans cette démarche du pardon vis-à-vis de nos frères et sœurs ! C’est la grâce que nous pouvons demander pour chacun de nous ce matin et croyons que le Seigneur nous accompagne dans toutes nos vraies démarches !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 13 mars 2022, 2e  dimanche du Carême, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 2 8b-36. Livre de la Genèse 15, 5-12.17-18. Psaume 26. 

Lettre de saint Paul aux Philippiens 3, 17 à 4-1.

 

       Dans notre monde où l’obscurité et les guerres nous plongent dans la désolation, un pessimisme et un abattement certains, cette transfiguration doit nous réveiller ! 

        Nous le savons, Dieu ne veut pas tout cela ! Il veut la vie pour chacun de nous, mais les hommes sont capables du pire. L’actualité affligeante de ces derniers jours, nous révèle la folie de certains dirigeants et les terribles désastres qui en découlent.

Alors que pouvons-nous dire ou faire ?

Pourtant, notre monde est beau et nous y constatons la remarquable capacité des hommes quand ils font le choix du bien et de la justice !

Chers amis, quelle chance nous avons ! Quelle chance pour nous, les chrétiens ! Notre foi est tout entière tournée vers l’Espérance. Les lectures de la liturgie d’aujourd’hui viennent nous conforter dans cette espérance. Le récit de la Transfiguration doit réellement nous réveiller !

       Ces textes que nous venons d’entendre nous parlent des promesses de Dieu. Et nous le savons : Dieu tient toujours ses promesses, même si certaines choses nous échappent. Dieu ne nous abandonne pas et Il voit bien plus loin que nous ! Depuis cette étrange alliance conclue avec Abram, jusqu’à la Transfiguration qui nous donne un aperçu de ce que sera notre vie dans la gloire, Dieu est présent.

        Étrange alliance, disions-nous, dans ce “contrat“ que Dieu passe avec Abram. Je ne parle pas du rite particulier des animaux coupés en deux qui était un rituel courant à l’époque, quand deux chefs de tribu faisaient alliance. Les animaux partagés en deux préfiguraient, comme un avertissement, de ce qui arriverait à celui qui ne respecterait pas ses engagements. On ne peut plus dissuasif !

        Mais ici ce que nous pouvons remarquer, c’est qu’il ne s’agit pas d’une alliance entre deux hommes, deux humains, deux semblables, deux êtres égaux. C’est Dieu lui-même qui passe un contrat avec Abram (qui deviendra Abraham) ! Quelle disproportion entre la transcendance de Dieu et la petitesse de l’homme ! Comment Dieu peut-Il souhaiter s’abaisser ainsi, s’humilier diraient certains, en proposant une alliance aussi déséquilibrée, du moins en apparence et à vue humaine ? « Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? » s’émerveillait le chantre. Nous découvrons la folie d’amour de Dieu face à la folie de destruction de l’homme.

        Que nous dit cet épisode ? On voit ici, une fois de plus, que Dieu passe par nos rites, nos habitudes, notre humanité, nos façons de faire pour se manifester à nous. Pour nous rejoindre, Il parle notre langage, Il utilise nos signes, nos symboles, les choses qui nous parlent. Oui ! C’est vraiment un Dieu qui se fait proche. Nous le comprenons par l’acceptation de l’Incarnation du Christ !

       Il nous veut si proches qu’Il nous annonce la « Terre Promise » qui est et sera, rien de moins que le « Royaume de Dieu » ! N’oublions pas que nous ne sommes que de passage sur cette terre ; nous n’emporterons rien de ce que nous aurons pu mettre de côté, ni pouvoir ni argent … Seul l’amour restera !

C’est ce que nous dit aussi saint Paul dans sa lettre aux Philippiens : « Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux ! » Avons-nous conscience que nous sommes citoyens du ciel ! Dès à présent ! Quelle chance ! 

  • Mesurons-nous cette chance et cette espérance ?
  • Sommes-nous capables de nous en réjouir ? 
  • Parvenons-nous seulement à le croire, au moins ? 

Cette certitude d’être « Citoyens des cieux » devrait nous donner la force et le courage d’affronter les difficultés de chaque jour, de vaincre le mal auquel nous sommes confrontés, de découvrir que nous sommes, dans cette humanité, invités à nous supporter les uns les autres, à nous aider les uns les autres plutôt que de chercher le pouvoir sur les autres. 

« Tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés ! » nous redit saint Paul. Tenez bon ! Tenons bon ! L’Espérance est plus forte que tout le mal qui nous entoure.

        C’est sans doute aussi pour qu’ils puissent tenir bon et ne pas désespérer, que les disciples Pierre, Jean et Jacques, ont eu la chance de voir, sur la montagne, Jésus dans sa gloire, Jésus transfiguré, Jésus dans cette lumière éclatante. 

En effet, très peu de temps après, Jésus sera arrêté, jugé, condamné et crucifié. Mais cette vision anticipée de la Gloire leur a sans doute permis, après le choc terrible et la désillusion qui suivirent la chute puis la mort de leur maître, de retrouver l’espérance. 

Oui, ils ont vu la gloire de Dieu : Jésus resplendissant, transfiguré, en compagnie de Moïse et d’Élie, deux témoins qui accréditent cette vision ; Moïse, celui par qui la Loi de Dieu a été donnée, et Élie, le plus grand de tous les prophètes aux yeux des juifs de l’époque. 

        Ce signe d’espérance leur a été donné sur cette montagne, pour que nous, aujourd’hui, nous puissions repartir avec cette même assurance. 

       Et nous, aujourd’hui, nous sommes les héritiers de cette vision, héritiers de cette espérance, non pas comme des propriétaires, mais comme des responsables de sa transmission.            

Il est impossible de garder pour nous seuls, cette espérance !

Vivons, à temps, et à contre temps de cette espérance ! La transfiguration, ce n’est pas juste l’événement d’un lointain passé. Il nous faut l’annoncer à notre monde, annoncer cette « transfiguration » à laquelle tout être humain est promis, aujourd’hui, comme hier ou demain. Nous sommes faits pour entrer dans la gloire de Dieu ! Et comment mieux l’annoncer, dès maintenant, qu’en montrant nous-mêmes des visages de transfigurés ? Nous devons resplendir de l’amour de Dieu !

Frères et sœurs, que cette transfiguration puisse se lire sur nos visages, dans tout notre être, mais aussi dans l’unité de notre communauté paroissiale. Ne montrons pas des visages accablés et sans but !

        Alors, continuons, frères et sœurs, ce chemin de carême en nous gardons, les uns les autres dans la prière. Surtout, demeurons dans ce don, cette vertu d’Espérance que nous recevons comme un merveilleux cadeau !

Qu’en toute occasion, Dieu soit béni !

                                                                                                                  Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 9 mars 2022, 1re semaine du Carême, année C.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 29-32. Psaume 50. Livre du prophète Jonas 3, 1-10.

Il était une fois Jonas … Il y a quelques jours, nous avons eu une rencontre sur l’histoire de Jonas avec les enfants du catéchisme. Ce texte commence comme une histoire que l’on raconte aux enfants. C’est tout à fait cela : l’histoire de Jonas, c’est ce que les Juifs appellent un « midrash », c’est-à-dire un récit mi-réel et mi-fictif, une de ces histoires qui font réfléchir petits et grands. 

Nous l’avons entendu dans la première lecture ; prenons le temps de relire ce livre en entier (dix minutes montre en main pour le lire !) Quand les juifs racontent l’aventure de Jonas à leurs enfants, c’est pour leur faire découvrir que le salut de Dieu est pour Ninive et aussi pour toutes les nations. 

Quand les chrétiens racontent l’histoire de Jonas à leurs enfants, c’est pour leur annoncer Jésus-Christ, le vrai Jonas, et aussi pour parler, de conversion, du poisson, des trois jours dans les profondeurs des enfers avant la Résurrection…

Rappelez-vous : Jonas est un prophète juif à qui Dieu demande d’aller avertir Ninive, la grande ville étrangère et païenne, pour qu’elle change de vie, se convertisse et soit sauvée. Or, Jonas veut garder jalousement pour les Juifs le salut offert au peuple juif, et n’a aucune envie que Ninive soit sauvée… Alors il fuit ; il prend un bateau pour aller plus loin, à l’opposé de Ninive. Mais voilà qu’une grosse tempête secoue le navire. Les marins réveillent Jonas qui dormait. Il sait bien que c’est à cause de lui, de son refus, que la tempête se déchaîne. Il demande alors librement à l’équipage de le jeter par-dessus bord pour apaiser l’océan déchaîné. Aussitôt fait ! Un gros poisson qui passait par là, avale Jonas et le garde pendant trois jours et trois nuits. 

Puis, il le recrache… comme par hasard sur la plage juste en face de Ninive ! Jonas comprend alors que Dieu est têtu et veut absolument sauver les païens. Alors, Jonas s’exécute ; il crie dans toute la ville : « Convertissez-vous ! ». Les gens l’écoutent et commencent une conversion. À la grande fureur de Jonas, Dieu accorde le salut à Ninive. C’est le fameux épisode qui va suivre les versets d’aujourd’hui, du ricin desséché : Jonas est même dégoûté que Dieu soit si bon avec les méchants. « Sache que moi Dieu, j’ai plus de peine pour un humain qui se perd que pour une plante qui se fane » va-t-il entendre !

Voilà l’histoire en quelques mots. Vous devinez sans doute, dans quel esprit les Juifs la racontent aujourd’hui : Jonas préfigure pour eux, le peuple juif chargé d’annoncer à toutes les nations de se convertir au Dieu unique. 

Vous devinez également la lecture que nous, chrétiens, nous en faisons et c’est aussi ce que nous avons expliqué aux enfants du catéchisme. Jonas, c’est Jésus, vrai homme et vrai Dieu, qui est envoyé pour le salut du monde entier. 

  • Jonas endormi au fond sur le bois du bateau préfigure Jésus endormi dans la mort sur le bois de la Croix. 
  • La tempête, c’est les forces du Mal en action
  • L’interrogatoire de Jonas par les marins préfigure la comparution du Christ devant ses juges. 

Jonas se sacrifie librement : « Prenez-moi et jetez-moi à la mer » : Jésus qui au contraire écoute son Père, donnera librement sa vie dans sa Passion et le don de sa vie. De nombreux Pères de l’Église ont commenté le livre de Jonas. Je retiens celui d’Ambroise de Milan, sur le psaume 43,85 : « C’est lui, Jésus, le vrai Jonas, qui a donné sa vie pour nous racheter ». 

Prenons le temps de relire ce livre et, en ce temps de Carême, peut-être pouvons-nous en faire une lecture spirituelle !         

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 7 mars 2022, 1re semaine du Carême, année C.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 25, 31-46. Psaume 18B. Livre des Lévites 19, 1-2.11-18.

 

 

Chers amis, si nous prenons le temps de méditer et d’intérioriser l’évangile de ce jour (Matthieu 25, 31-46), nous entendons ce que Jésus attend de nous. Il nous rappelle l’importance de notre proximité et de notre tendresse à l’encontre de ceux que nous côtoyons. Cette attention à tous doit être notre règle de vie, et que c’est sur cela que nous serons jugés. 

Dans la grande parabole du Jugement dernier de l’évangile de saint Matthieu 25, le Roi dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde“ (Dieu a donc un projet pour nous) ! Il poursuit : “Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (25, 34-36). 

Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand est-ce que nous avons fait tout cela ? » Et Il répondra : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 40)

Une des pistes de lecture que nous pouvons comprendre pour nous ce matin, c’est que le salut ne commence pas seulement par la confession de la royauté du Christ, mais par l’imitation des œuvres de miséricorde par lesquelles Il a réalisé son Royaume. 

Celui qui les accomplit montre qu’il a accueilli la royauté de Jésus, car il a fait place, dans son cœur, à la charité de Dieu. « La foi sans les œuvres est morte. » dira aussi saint Jacques 2,21-26

Au soir de notre vie, nous ne serons pas jugés sur nos richesses ou sur nos propriétés, ni même sur le nombre de chapelets que j’aurais pu réciter, mais nous serons jugés sur l’amoursur cette proximité et sur cette tendresse envers nos frères en humanité.

Certains peuvent être surpris, mais de cela, dépendra notre entrée ou non dans le Royaume de Dieu. Jésus, par sa victoire, nous a ouvert son royaume largement, mais il revient à chacun de nous d’y entrer et contre vents et tempêtes de garder ferme ce désir et cette espérance.

Notre vie terrestre n’est pas un long fleuve tranquille, mais dès maintenant nous pouvons participer de ce Royaume, peut-être même sans en avoir pleinement conscience quand nous acceptons concrètement d’être proches du frère qui demande du pain, un vêtement, un accueil, un peu d’aide… 

Et si vraiment nous aimons ce frère ou cette sœur, nous serons poussés à partager avec chacun ce que nous avons de plus précieux, c’est-à-dire Jésus lui-même et son Évangile !

C’est toujours Lui qui est à la source de mes actions et qui anime mon cœur. Voilà notre richesse !

Ne l’oublions pas :

  • c’est Lui qui m’accueille en premier, 
  • c’est Lui qui nous nourrit par son Eucharistie,
  • c’est Lui qui est à l’origine de mon espérance,
  • c’est toujours Lui qui est me redit que je suis attendu dans son Royaume !

Alors comment recevons-nous cette invitation : « Venez, les bénis de mon Père ! »

  • En vivant de cette miséricorde de Dieu pour moi aujourd’hui et particulièrement en ce temps du Carême ?  
  • En libérant du temps et de la place dans mon cœur à la miséricorde de Dieu ?

Frères et sœurs, prenons le temps, tout au long de ce jour, de relire cet évangile et de le méditer !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 6 mars 2022, 1er dimanche de Carême, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 4, 1-13. Livre du Deutéronome 26,4-10. Psaume 90. 

Lettre de saint Paul aux Romains 10, 8-13.

 

 

Chers amis, depuis mercredi dernier (mercredi des Cendres), nous sommes entrés dans le chemin du Carême ; n’oublions pas que ce temps du Carême est une montée vers la Joie de Pâques ! 

Pourquoi ce Carême ?

La raison est simple et, en même temps nécessaire et profonde. Il est bon pour chacun d’entre nous de vivre parfois comme des ruptures, des différences, pour marquer notre espace et notre temps. Durant quarante jours, nous sommes invités à nous rapprocher davantage de Jésus pour Le suivre et L’accompagner, pour nous préparer à vivre avec Lui le mystère pascal, sommet de notre vie chrétienne. Plus particulièrement, c’est ce que nous vivrons lors de la semaine Sainte : de la Sainte Cène, le Jeudi Saint au soir ; de sa mort sur la croix, le Vendredi Saint au Golgotha et jusqu’à sa Résurrection au matin de Pâques où nous nous réjouirons tous ensemble.  

Gardons en mémoire cette espérance au moment où nous commençons le Carême, tout simplement pour ne pas montrer des visages tristes et sinistres ; non ! Ce Carême est un temps de grâce !

Dans les textes liturgiques du Carême pour cette année (année C), l'accent est mis sur notre conversion. Pourquoi ?Pour entrer davantage dans une intimité avec le Christ. Comment ? En lisant l’évangile de saint Luc, en écoutant sa Parole, en lui demandant de l’aide et en suivant ses conseils.

Ce chemin de Carême est donc un temps de rencontre, d’amitié et de grâce ! Nous allons essayer, pour cela, de changer et calmer notre rythme de vie par la prière, le service et aussi le jeûne, en vivant une conversion, expérimenter ce retour vers le Père miséricordieux en recevant, d’une façon renouvelée, le Sacrement du Pardon

C’est pour cela que le Carême est un temps de grâce, certainement ! Cependant, il ne peut pas être, et ne sera sans doute pas, de tout repos. Pourquoi ? Ce temps nous amène sur le terrain du combat spirituel, car, que nous le voulions ou non, des forces obscures sont à l’œuvre en nous et dans le monde. Nous le constatons bien avec le déroulement de cette guerre terrifiante de ces derniers jours, mais elles sont aussi à l’œuvre au-dedans de nous.

En regard avec nos propres tentations, le récit en saint Luc que nous venons de lire, nous indique les principaux terrains d’où viennent les attaques, les assauts du Mal et de Satan, (appelé le Diable ici dans l'évangile qui vient d'être lu). Jésus a accepté de les subir pour être en tout semblable à nous, excepté le péché.

 

Très rapidement, regardons ensemble ce récit des tentations. 

Tout d’abord, notons que Jésus commence par s’éloigner des siens et du brouhaha de la foule. Il se rend au désert :lieu de solitude, à l’écart de l’agitation du monde. Peut-être pourrons-nous vivre ce temps durant ces semaines de Carême, soit par une petite retraite, soit en prenant un peu de temps à l’écart : en marchant dans la montagne, en entrant prier dans cette église, en coupant ou en limitant notre temps sur les réseaux sociaux… par exemple et d’autres moyens !

Au désert, Jésus se retrouve seul. Dans sa prière, il vit un affrontement avec le Royaume des ténèbres dont Satan est le représentant : c’est l’affrontement du bien et du mal, des ténèbres et de la lumière. Là, le combat spirituel se met en marche : d’un côté, se trouvent Dieu et sa Parole, de l’autre côté les attraits du monde sous ses diverses formes. 

Comment discerner ce qui est bon et juste, et rejeter ce qui est mauvais ?

Comment faire toute la place à la lumière ?

 Les réactions de Jésus sont donc un enseignement pour chacun de nous ! Ces tentations du Christ au désert sont plus actuelles que jamais !

Si le Christ a été tenté, nous le serons, sans doute, à notre tour. « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître », dit Jésus aux apôtres (Lc 6,40). Les mirages, les illusions que Satan lui fait miroiter au désert, l’ange des ténèbres nous les ressert encore aujourd’hui, même si c’est sous des apparences et des philosophies différentes, plus affinées, accommodées à nos goûts « d’hommes et de femmes cultivés ».

Ces trois tentations décrivent comme un crescendo dans le danger des illusions démoniaques.

- Première tentation, le premier danger : se laisser dominer par le règne de l’avoir ; toujours plus ! « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres se changent en pains. » La réponse de Jésus, est et sera à chaque fois, la Parole de Dieu.

- La seconde tentation, le deuxième danger nous fait passer de l’avoir au paraître ; C’est l’illusion du paraître, le règne des apparences. Le but consiste à épater la galerie, de sorte à régner sur les autres, à les dépasser, et donc à les dominer.

- Enfin, avec la troisième tentation, le troisième danger est la suggestion démoniaque qui atteint ici son paroxysme. Il ne s’agit plus maintenant d’avoir ou de paraître, mais d’être, d’être tout simplement ! D’être à la tête de tous les royaumes ! D’être le meilleur, le plus grand, le plus fort, le plus offensif ! Nous le voyons bien avec tout ce qui se passe dans cette guerre où l’on veut dominer l’autre. C’est la tentation monstrueuse de l’orgueil, avec cette nuance toutefois : devenir le meilleur, mais à condition de rester esclave du… démon ! En effet, le diable ajoute : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu me rends hommage. » 

Il y a une subtilité diabolique qui pourrait nous faire douter de toutes ces tentations : Le diable se fait oublier pour mieux nous manipuler. C’est la grande trouvaille du Malin !

En terminant, prenons conscience que ce récit des trois tentations de Jésus au désert nous rejoint personnellement, à divers moments de notre vie. En effet, ne sommes-nous pas tentés, nous aussi comme Jésus l’a été ? Reconnaissons-le !

Ce début de Carême est l’occasion pour chacun de nous, de réfléchir et de débusquer ce qui a besoin d’être converti. Que cette Eucharistie qui nous voit en marche vers Pâques, soit pour nous le soutien de notre retour vers le Père miséricordieux, appelés à une conversion continuelle et à reprendre sans cesse ce chemin pour « Avec lui, renaître autrement ».

Comme saint Paul l’affirmait dans la deuxième lecture, redisons du fond de notre cœur, de toute notre foi en Jésus : « si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur… » écrit-il «… si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé » (Romains 10, 9). 

Que ce temps du Carême soit vraiment le temps, pour nous, de prendre conscience que Dieu veut nous sauver ; Il ne peut pas le faire sans nous ! Alors, demandons la grâce de participer avec confiance au salut qu’Il nous propose !

Bon Carême                                                                    

 Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi des Cendres 2022, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 6, 1-6. 16-18. Livre du prophète Joël 2, 12-18. Psaume 50.

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 5, 20 à 6, 2.

 

Chers amis, comme je vous le disais en introduction tout à l’heure, ce temps du Carême est un temps de grâce, un temps de rupture avec certaines habitudes : pas d’Alléluia ou de Gloria, une couleur différente pour la chasuble (le violet). Un temps de rupture avec certaines « mauvaises » habitudes qu’il nous faudra repérer. Bref, un temps où Dieu veut nous faire grâce.

Quarante jours pour prendre un peu de recul par la prière, le jeûne et l’aumône...

Quarante jours pour entrer dans la révélation de Pâques, la révélation de la vie du Ressuscité...

Quarante jours pour nous permettre de recevoir et redécouvrir comme un don ce qui doit être l’essentiel, le cœur de toute vie chrétienne, c’est-à-dire une vie orientée et ancrée en Christ, tournés ensemble — Lui et nous, nous par Lui, dans l'Esprit — vers le Père, dans la reconnaissance de nos difficultés et de nos refus parfois à aimer, aimer Dieu et son prochain comme soi-même... c'est-à-dire à vivre peut-être plus intimement l'Évangile...

Ce temps du Carême, c’est aussi quarante jours de marche au désert, comme un pèlerinage... pour creuser, expérimenter la faim et la soif de tout homme et y entendre, dans le manque, Dieu qui parle et qui appelle, Dieu qui sauve aussi, au cœur de toute traversée...

Quarante jours pour découvrir tout cela et laisser alors jaillir notre joie pour qu’elle se répande dans notre monde blessé, dans ce monde en guerre, dans ce monde que Dieu aime toujours profondément. 

En fait, ces quarante jours représentent toute la vie humaine. Ce temps ne fait que redire la tâche de notre propre création : retrouver en nous l’image de Dieu. Cela passe pour chacun et chacune d’entre nous par une démarche de clarification, de vérification de ce qui est vrai dans notre vie, et de ce qui est faux. 

Qu’est-ce qui, dans nos vies, a besoin d’être regardé, ajusté, débarrassé du superflu, réorienté ?  Il s’agit en effet de nous libérer du désir d’être au centre, peut-être de ce qui nous inquiète et nous accapare pour nous tourner résolument vers Dieu et vers les autres.

Ces quarante jours vont passer très vite ; alors, commençons ensemble dès aujourd’hui !

Mais comment ? ... Quelle place ou quel temps donner à la prière ? Quelle place donner à la lecture et à la méditation plus quotidiennes de la Parole de Dieu ? ... Et si nous nous obligions aussi, à la découverte ou redécouverte du sacrement du pardon ? ... N’oublions pas l’appel à aller à la rencontre de l’autre qui est là, à nous mettre à l’écoute de ses besoins, de ses faims et dans ses attentes de sens et de vie ? Une oreille attentive, une main posée sur une épaule ...

Quarante jours au cours desquels nous sommes invités à cheminer ensemble tel un pèlerinage pour approfondir notre être chrétien, à être miséricordieux à l’image du Père, comme Jésus nous y appelle. 

Ne nous fixons pas de grandioses objectifs, sans doute louables, mais que nous aurons peut-être du mal à tenir dans le temps. Demandons des choses simples. Allez, soyons fous : dix minutes de prière chaque jour, se confesser régulièrement, rendre visite à un voisin, réciter le chapelet, prendre des nouvelles des membres de sa famille ; rien d’extraordinaire, mais surtout ayons tout simplement le désir du cœur à cœur avec Dieu !

Puissions-nous en ce début de Carême, repérer et décider ce qui nous aidera davantage, de manière simple, humble et réelle, à nous laisser réconcilier avec Dieu, par de petites et grandes conversions. Ainsi nous ne pas marcherons pas à côté de notre vie.

Je vous souhaite, et je nous souhaite, un beau et saint Carême à chacun !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 28 février 2022, 8e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 10 17-27. Psaume 110. Première lettre de saint Pierre 1, 3-9.

 

Cela s'est passé rapidement et même brusquement : Jésus se préparait à partir, et voilà un homme qui arrive en trombe et se met à genoux devant Lui. Apparemment, cet homme semble pressé, comme s'il jouait la dernière chance de sa vie ! En fait, que vient-il demander ? Une guérison, pour lui ou pour un de ses proches, une grâce particulière ? Non, cet homme accourt pour poser une question singulière : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? »

Cette question est surprenante, en même temps, belle et essentielle ! C’est une question qui nous titille aussi et qui pourrait nous gêner. Pourquoi ? Parce que c'est justement celle que nous n'avons peut-être plus le courage de nous poser ; parce que nous doutons de nous, de nos décisions… et peut-être même de la réponse de Dieu…

Cette question est tout simplement réaliste ! Que vient demander cet homme ? Il veut dès aujourd'hui une vie qui puisse traverser la mort ; il veut, avec les choses qui passent, construire dès aujourd'hui, du définitif. C'est lui qui a raison ! Si nous ne nous posons plus cette question, nous risquons d’être des rêveurs : nous imaginons que cette vie qui nous est donnée "va durer toujours" !

« Bon maître, dit l'homme, que dois-je faire pour avoir en partage la vie définitive, la vie éternelle ? »

Le Christ répond de façon claire et en deux temps : 

  • "Tu as les commandements !" « Oui » dit-il ! 
  • Alors, "Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres. Puis viens, suis-moi ! »

N’y a-t-il pas dans notre vie, un oui qui n'aurait pas encore été complètement dit à Dieu et qui nous rendrait tristes ? Peut-être !

Ne soyons pas comme cet homme qui « avait de grands biens ». Ne faisons pas erreur sur la notion de “grands biens“. Ne restons pas crispés sur un trésor : que ce soient l'aisance, le confort, la culture ou le pouvoir, les relations amicales ou amoureuses ! Ou simplement encore, sur les années qui nous restent à vivre sur cette terre ! Nous le savons : cette vie passera…

Aujourd'hui encore, le Christ nous offre sa parole, sa sagesse de vie. 

Aujourd'hui, après avoir communié tous ensemble à l’Eucharistie, c’est-à-dire à la vie qu'Il nous apporte, ne repartons pas tout tristes comme les disciples.

Si certains d’entre nous, catastrophés, doutent ou s’inquiètent : "Mais alors, qui peut être sauvé ?", saint Pierre y répond dans la première lecture « Exultez d’une joie… car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi. »

Ce qui nous revient, c’est la décision de l’amour et du don de soi L’impossible, c’est Dieu qui le réalise !

Soyons assurés, en retour, du regard de Dieu qui aime la personne que je suis, tel que je suis avec mes charismes et mes défauts. En toute occasion, Il nous invite et nous redit aujourd’hui encore : viens, suis-moi !".

Frères et sœurs, demandons simplement la force, le courage et l’audace d’y répondre !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 27 février 2022, 8e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 39-45. Livre de Ben Sira le Sage 27, 4-7. Psaume 91. 

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 54-58.

 

En ce dernier dimanche du temps extraordinaire de l’ordinaire et juste avant le temps du Carême, nous accueillons les conseils de JésusNous sommes dans le chapitre sixième de saint Luc qui continue le long Discours ou Sermon sur la montagne.

Jésus s’exprime en paraboles comme nous le dit saint Luc : « Il leur disait en parabole… » écrit-il ici. Les paraboles sont des images ou des histoires qui apportent un enseignement important. Ici, Jésus veut, à travers elles, que les foules comme les disciples soient interpelés, qu’elles comprennent cet enseignement et le retiennent. 

Ce matin, intercalées avec des ‘logion’ (ou sentences) nous entendons trois images ou paraboles : celle des deux aveugles, celle de la poutre et de la paille puis celle de l'arbre et de son fruit. Comment les comprendre et quoi retenir ?

Je vous propose tout simplement de les revisiter ensemble, et, petite fantaisie, aujourd’hui, commençons avec la dernière parabole et nous terminerons avec la première. 

- Cette dernière parabole est celle de l’arbre et de son fruit. Ce qui est important à retenir, c’est cette attention particulière à soigner l’arbre lui-même. Pourquoi ? Nous l’avons entendu : « c’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre » comme le précise, si bien, le passage du livre de Ben Sira le Sage dans la première lecture. Les fruits « bons, savoureux » sont le résultat des soins nécessaires et importants qui ont été apportés à l’arbre. Plusieurs personnes mettent « la charrue devant les bœufs » et ne pensent qu’aux fruits à récolter. Ils oublient de prendre soin de l’arbre qui porte les fruits. 

Des efforts sont toujours nécessaires pour préparer le terreau où les arbres vont pousser et porter des fruits. Comme de bons jardiniers, il nous faudra ensemencer, abriter les jeunes pousses si besoin, parfois couper et émonder l’arbre, le nourrir et l’arroser aussi avec soin. 

Cet arbre : c’est notre vie ou encore nous-mêmes et notre famille quand nous voyons les enfants grandir, c’est aussi notre communauté chrétienne. Il nous faut en prendre soin ! « La peine que vous vous donnez n’est pas perdue ! » dit saint Paul aux chrétiens de Corinthe.

- Passons maintenant à l’image de la poutre et de la paille. Cette image est très connue. Elle est tellement bien choisie qu’elle n’a presque pas besoin d’explication. Tout le monde la comprend ou devrait la comprendre. Le message pourrait s’énoncer ainsi : « Avant de faire porter des responsabilités et des devoirs sur autrui, commence par te regarder toi-même ! » 

Cette invitation, si elle était suivie avec application, éviterait bien des conflits dans les familles et les couples, dans les groupes de toutes sortes ; ne le croyez-vous pas ? Elle est un gage de réalisme et de vérité dans son regard sur soi et sur les autres.

Terminons maintenant par la première parabole de l’évangile :

- « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ? » nous dit Jésus. Cette observation est on ne peut plus évidente. Elle est aussi très parlante et porteuse de sens. Prenons un exemple : imaginons que nous montons dans un taxi dans une grande ville que nous ne connaissons pas. Nous annonçons l’adresse à laquelle nous souhaitons nous rendre et alors, le conducteur se retourne et nous constatons qu’il est aveugle !!! Que faire ? Rester dans la voiture on en descendre rapidement ? 

En réalité, aujourd’hui, Jésus nous pose une question : sommes-nous aveugles ? Comment est-ce que nous guidons celles et ceux qui nous sont confiés ? Voyons-nous ce qui est nécessaire ? Dans notre vie de tous les jours, voyons-nous le beau et le bon qui vient de Dieu ? Il est vrai que les décisions des puissants, des responsables politiques, des despotes, la guerre, la violence aveugle, la laideur portent atteinte gravement à notre humanité. Hélas, toutes ces décisions viennent de l’homme et de son aveuglement, elles n’apportent pas que du bon !

Cependant, Dieu, Lui ne cesse pas de nous inviter à ouvrir nos yeux sur ses bienfaits. D’ouvrir nos sens et notre cœur sur les signes bienfaisants, nécessaires, bons dont nous avons besoin. Mais tout le monde ne voit pas cela : l’aveugle ne les voit pas ou pire, il ne veut pas les voir. « Il n’est pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir » dit le proverbe.

L’aveugle dont parle Jésus ici, ce n’est pas celui dont les yeux du corps ne fonctionnent pas, mais celui dont les yeux de l’âme (ou du cœur) ne fonctionnent pas, c’est-à-dire celui qui ne regarde pas le monde avec la foi, celui qui ne s’en sert pas, ou pire, qui prétend voir ! 

Quand Jésus fait des miracles en guérissant des aveugles, c’est surtout pour nous dire qu’il peut aussi apporter la lumière de la foi. Cet aveuglement intérieur n’est pas sans issue. Il est toujours possible de voir clair ! D’ailleurs, Jésus est ce maître qui peut former ses disciples pour qu’ils puissent avoir un bon regard sur le monde, pour qu’ils puissent le connaître et le comprendre comme Dieu lui-même le connaît et le comprend. 

Jésus est donc ce Maître qui peut enlever la poutre de notre œil intérieur afin de bien voir et que la lumière entre en nous.

Si notre œil est clair, la Lumière qu’est Jésus pourra entrer en nous. Nous pourrons, alors reconnaître l’action de Dieu dans l’Histoire, dans notre entourage, mais aussi dans les choix cruciaux de notre vie. 

Tel un bon arbre que nous pouvons être, un bon fruit en sortira. Ce bon fruit, ce sera d’abord de bonnes paroles ; la vraie bonne parole, la parole de louange de celui qui reconnaît la bonté de Dieu et la proclame, ou encore la parole d’action de grâce qui vient remercier Dieu pour sa présence, ses bontés et ses bienfaits. L’attente de Dieu est là : du débordement de notre cœur, déborderont ces bonnes paroles. 

Vous constatez que ces paraboles, certes différentes, nous redisent toutes trois la même origine. Le point de départ, c’est toujours Dieu.

Frères et sœurs, nous sommes à quelques jours du début du Carême qui est un temps de grâce. Demandons au Seigneur de recevoir « ces Paroles » aujourd’hui avec un cœur ouvert.

Personnellement et en communauté paroissiale, croyons que nous pouvons :

  • porter de beaux fruits, 
  • nous réjouir des fruits que je vois chez mon frère et ma sœur 
  • et garder un œil clair, ouvert ferme et inébranlable sur le monde et l’œuvre de Dieu.

Demandons cela ce matin, pour nous-mêmes, nos familles, notre communauté paroissiale et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 23 février 2022, 7e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 9, 38-40. Psaume 48. Lettre de saint Jacques 4, 13-17.

 

 

Chers amis, nous avons fêté hier la Chaire de saint Pierre ; nous faisons mémoire, aujourd’hui, de saint Polycarpe : le dernier témoin de l’âge apostolique (mort autour des années 155 ou 167. Il était un disciple direct de l'apôtre Jean)

Évoquer les témoins directs de Jésus nous fait peut-être rêver ! Quelle image avons-nous de ceux qui ont connu Jésus et qui ont tout quitté pour Le suivre ? Certains pourraient répondre : quelle chance ont-ils eu d’avoir connu Jésus ! 

L’évangile de ce jour nous apporte un enseignement spirituel sur notre mission de chrétien, pour aujourd’hui !

Jésus a choisi des hommes, des hommes comme les autres, avec leurs qualités (certes) et leurs limites, pour ne pas dire leurs défauts. Pour une part, au début, ils vivaient incontestablement leur statut de disciple un peu comme une promotion, comme un honneur ; d’autant plus que, dans leur cas, c’était le Rabbi qui les avait choisis ! Il est clair que ces humbles pêcheurs du lac de Galilée avaient encore du chemin à parcourir pour découvrir qui est Jésus !

Dans les versets qui précèdent ce chapitre 9e de saint Marc, Jésus n’a de cesse de les inviter à renoncer à toute sorte de pouvoir ou de gloire personnelle, bref à rester humble.

Je vous propose deux constats rapides 

  • Certes les disciples ont tout quitté pour suivre Jésus, mais comprennent-ils vraiment ce que Jésus leur dit ? À ce moment de l’évangile, nous pouvons penser qu’ils n’ont pas vraiment tout saisi !
  • Font-ils déjà des miracles ou des signes ? À ce moment de l’évangile, pas encore !

Mystérieusement, voilà que « qu’un autre » réussit là où les disciples de Jésus connaissent l’échec. Les voilà contrariés ; littéralement, ils peuvent craindre que cet « autre » finisse par leur faire de l’ombre ; cette idée leur semble intolérable !

La réaction est presque enfantine : « Il n’est pas de ceux qui nous suivent ! » Il ne fait pas partie de notre groupe ! Littéralement : il ne peut pas avoir les mêmes privilèges que nous !

Cette expression trahit un égo qui n’est pas anodin : depuis quand s’agit-il de suivre les disciples et non le Maître (« nous suivent ! ») ? Ce lapsus trahit une sorte d’appropriation du ministère, voire même de la personne de Jésus, récupérée au service de la vaine gloire de ses compagnons ? 

Le risque est toujours possible, même aujourd’hui, que nous soyons consacrés ou laïcs ! Nous pourrions ressentir la même frustration.

La réponse de Jésus tranche singulièrement sur le discours revendicateur et accusateur des disciples. Il leur répond : « Comment pourrait-il parler mal de moi, alors qu’il vient explicitement de puiser dans mon autorité pour faire le bien ? »… puisque c’est en mon nom qu’il fait du bien ?

Nous pouvons faire ce constat : 

Oui, le Christ nous appelle, non pas parce que nous sommes meilleurs ou plus intelligents que d’autres, mais très simplement parce que nous sommes pauvres et que nous avons besoin de Lui. 

Notre joie, notre gloire est de mettre notre vie entre les mains du Christ. Il est probable que le comportement quelque peu mesquin des disciples, à ce moment-là, nous choque ; mais sommes-nous tellement différents d’eux dans nos pratiques quotidiennes ? 

Aujourd’hui, demandons à l’Esprit Saint la grâce d’être de vrais et justes disciples, sans exclusivité !

  • Que nous rendions grâce pour l’amour de Dieu pour moi, car je suis unique aux yeux de Dieu, avec des dons et des charismes, que j’ignore peut-être ! 
  • Que notre admiration pour les dons de Dieu sur nos frères dépasse notre jalousie.
  • Que nous annoncions le Christ à tous ceux qui attendent la Parole de Dieu, de Dieu tout amour.
  • Alors ! Pas de confusion entre disciples et maître : C’est bien et toujours le Christ que nous suivons ! N’est-ce pas, pour nous, un rappel à réentendre ce matin ?

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 20 février 2022, 7e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 27-38. Premier livre de Samuel 26, 2.7-9.12-13.22-23. 

Psaume 102. Lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 12.16-20.

 

            Cet évangile semble être impressionnant de candeur ! Que veut nous dire Jésus ? En lisant ces recommandations, nous aurions presque envie de Lui dire : « Mais Jésus, tu n’es quand même pas sérieux !  Tu veux vraiment qu’on agisse de façon aussi naïve ? Nous laisser écraser sans nous défendre et même aller jusqu’à aimer ceux qui nous détestent, au risque qu’ils nous détestent encore davantage et nous persécutent ? Comment est-ce possible ? Ai-je bien entendu ? »

          Effectivement, ici, Jésus ne parle pas en images !  Il ne raconte pas de paraboles qu’il faudrait décoder. Il manifeste très clairement ses exigences que nous pouvons trouver bien difficiles à suivre !

Alors de quoi s’agit-il et comment faut-il comprendre ?

Les recommandations de Jésus que nous venons d’entendre font partie de ce qu’on appelle le Discours ou le Sermon sur la montagne. Elles suivent la proclamation des Béatitudes que nous avons méditée dimanche dernier. Nous sommes au chapitre 6e de saint Luc. Elles s'appuient sur une règle précise que l’on a appelée la règle d’or

Je ne sais pas si vous connaissez cette règle et je vous propose d’en dire quelques mots, puis nous reviendrons dans un deuxième temps, aux invitations percutantes de Jésus.

Cette règle d’or que Jésus reprend à son compte se trouvait déjà dans l'Ancien Testament à différents chapitres (Tobie 4, 15 par exemple) et dans les cultures profanes comme celles des Grecs. Elle s’énonce comme ceci : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’ils te fassent ». Je crois que nous sommes tous d’accord ! Cette phrase, cette règle, a traversé les siècles et je suppose qu’elle vous est connue !

Cependant, selon son habitude, Jésus va plus loin et nous fait faire un pas de plus. Il transforme cette formulation traditionnelle. Il ne dit pas seulement : 

« Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’ils te fassent », mais Il invite à un déplacement nouveau et audacieux. Il nous dit : « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. » Nous ne sommes plus dans une situation passive, mais dans l’action !

Jésus propose ainsi une règle de vie dynamique. Il ne s’agit plus seulement de trouver la bonne attitude, mais plutôt de la vivre concrètement et d’avoir l’audace d’en rayonner autour de nous. 

Jésus explicitera à la fin du texte de saint Luc les bonnes occasions où nous pourrons vraiment expérimenter cette règle de vie revisitée : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera ».Cette liste n’est pas exhaustive ; elle demeure toujours ouverte.

Remarquez que si tout le monde mettait en pratique cette règle de vie, et déjà au sein même de nos communautés chrétiennes, les relations seraient complètement changées entre les personnes, dans nos familles, entre les groupes, entre les nations, et même entre les états. Hélas, elle demeure, malgré sa pertinence et sa beauté, un idéal parfois difficile à choisir et à atteindre. 

 

- Je passe maintenant à la deuxième partieaux phrases percutantes que nous venons d’entendre. Jésus va plus loin dans l’idéal qu’Il propose. C'est là que les images du soufflet sur la joue ou de la tunique qu’il faut donner, ainsi que l’amour des ennemis nous interpellent.

L’image, souvent sarcastique, du bon chrétien naïf qui se laisse frapper en tendant l’autre joue, fait partie du catalogue des clichés que nous pouvons entendre et qui peuvent nous agacer. 

Or, soyons clair : les paroles de Jésus n’ignorent, ni n’effacent, les inimitiés. Aimer son ennemi ne signifie pas cautionner ses actes, ses paroles, ses attitudes ou ses opinions. Aimer son ennemi n’est nullement lui donner raison ! Celui qui se situe dans une opposition hostile ou vindicative demeure un ennemi ; ne soyons pas dupes ! Peut-être est-il un ennemi du moins pour un moment ? Nous espérons qu’il pourra changer, lui comme moi ! Il ne s’agit nullement de laisser la victoire au Mal et aux malfaiteurs ; bien au contraire.

L’amour des ennemis, tel que nous le propose Jésus, ne fait pas appel aux seuls sentiments. Face à son ennemi, le disciple doit passer à l’action, et sortir « ses armes ». Mais des armes bien désarmantes : faire du bien, prier, donner… Une autre « arme », que nous gardons pour certains dans notre poche, est le chapelet. Cela peut paraître anodin et faible face à des moqueries ou des insultes, et pourtant quelle puissance pour celui qui expérimente la récitation du Rosaire ! 

Faire du bien, prier, donner… il n’y a rien d’innocent ou de naïf dans le choix de ces verbes. Il s’agit ici de verbes d’actions concrètes qui inscrivent le disciple dans une posture dynamique. 

S’il y a des actions, des campagnes à mener, des batailles à livrer, ce ne sera pas sur le même terrain ni avec les mêmes armes. 

La réponse du disciple ne se situe pas dans une volonté d’éliminer ou de réduire au silence son ennemi, mais d’avoir l’audace de désirer le guérir, de le sauver du Mal, quitte à s’humilier soi-même aux yeux des hommes et parfois même jusqu’au don de sa vie ! Nous connaissons tous les histoires de saints et de saintes qui ont donné leurs vies par amour de Dieu et des hommes !

  • Au crescendo du Mal répond ainsi le crescendo de l’Amour,
  • À une haine intime, répond l’action orientée vers le Bon, vers le Bien. 
  • Aux sombres malédictions, répond la vraie bénédiction.

Face à la montée de la violence, le disciple descend au plus profond de l’amour non pour lui-même, mais pour son ennemi.

Il n’y a donc rien de naïf en ces paroles : 

Aimez vos ennemis… à celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre…

 prêtez sans rien espérer en retour… pardonnez…

Bien au contraire, il faut bien plus de courage pour répondre aux affronts par l’amour et renoncer à la vengeance. Il faut beaucoup d’audace pour témoigner de cet amour divin miséricordieux

Il est sûr que les paroles de Jésus nous semblent un peu folles aux yeux de notre monde, mais quelle sagesse, quelle force et quelle espérance ! 

En conclusion : frères et sœurs, ayons ce soir, à la fois cette humilité et cette audace face aux invitations de Jésus. Nous savons bien que tout cela nous dépasse et que nous avons besoin de Lui pour comprendre et mettre en actes ce qu’Il nous demande d’être et de faire.

Alors, disons-lui modestement, du fond de notre cœur comme l’a fait l’Apôtre Pierre : « Sans toi, Seigneur nous ne pouvons rien faire ». (cf. Jean 15, 4-5) C’est la posture du disciple qui attend tout du Christ, mais qui, en même temps, adhère et se met en action. Si nous réalisons cet appel, si nous le comprenons, c’est notre paroisse qui changera, ce sont nos familles qui évolueront et, sans doute, le monde.

Gardons cette espérance et cette détermination en chacun de nous et demandons la grâce de l’Esprit Saint !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du mercredi 16 février 2022, 6e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 8, 22-26. Psaume 14. Lettre de saint Jacques 1, 19-27.

 

Sans doute avez-vous pu lire ce texte d’évangile avant de venir à la messe ; n’est-ce pas ? Alors, peut-être que, tout comme moi, vous avez pu être surpris par ce texte, car il pose au moins, deux questions !

Quelles sont-elles ?

  • Pourquoi guérir en deux étapes alors que d'habitude Jésus procède en une seule ?
  • Pourquoi sortir du village pour guérir cet homme aveugle ?

Jésus n’aurait-il pas pu le guérir en une seule fois dans le village de Bethsaïde ? Pourquoi cette insistance ?

              - Première question ! Pourquoi guérir en deux étapes alors que d'habitude Jésus procède en une seule ? 

Après la première étape et avoir mis de la salive sur les yeux de cet aveugle, Jésus sollicite la liberté de celui qu'Il est en train de guérir. Il l'interroge sur ce qu'il aperçoit, invitant l'homme à poser ainsi un acte de foi. D’une certaine façon, il l’invite à coopérer à son action. L'homme montre sa bonne volonté et répond.

Deuxième étape : Jésus peut alors imposer une nouvelle fois les mains et porter la guérison à son terme. C'est souvent ainsi que Dieu procède aussi avec nous. Sans doute avez-vous remarqué qu’Il ne donne pas tout, tout de suite ! Il nous invite à grandir dans la confiance et à coopérer à son action.

-Deuxième question ! Pourquoi sortir du village pour guérir cette personne aveugle ? 

Une réponse que nous pouvons donner, c’est que « le village » symbolise ici les habitudes de cette personne aveugle, une certaine connaissance des lieux ou une manière de vivre, des relations construites autour de son handicap, des ruelles bien connues, qui sont comme un enclos limité, un peu étroit, bref autant de choses qui l'enferment dans sa maladie. Pour que la guérison puisse avoir lieu, il est nécessaire qu'il sorte de ce cadre. Celle-ci advenue, Jésus l'enjoint de ne pas retourner dans le village, mais d'aller directement chez lui, dans sa maison. 

Ainsi en est-il lorsque nous nous convertissons. Peut-être avez-vous déjà eu la chance de faire une retraite, et constaté que cela vous fait sortir de votre cadre, de découvrir une écoute et une relation différente à Dieu. Pour que la guérison du cœur puisse avoir lieu, il nous faut donc quitter les lieux, les occasions, où nous étions plus exposés à des tentations ou des enfermements. Une fois guéris, pardonnés, il nous faut apprendre de nouvelles habitudes, éviter les lieux où nous savons que nous sommes fragiles. 

Frères et sœurs, demandons au Seigneur la sagesse pour discerner ces lieux, ces relations qui nous enferment, et la volonté pour savoir comment ne plus nous y exposer.

Pour nous, même si nous essayons de vivre journellement aux côtés de Jésus, il faut du temps pour entrer dans sa Parole, il nous faut du temps pour nous ouvrir à sa lumière.

Tout cela est parfois mystérieux et échappe même à notre logique ! L’important est de respecter les patiences du Seigneur, de croire en sa capacité de guérison et surtout, de ne pas le croire absent parce nos aveuglements nous occultent encore sa présence.

Selon le temps de Dieu et dans la confiance, demandons au Seigneur, les guérisons dont nous avons besoin ! 

                                                                                                                    Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 31 janvier 2022, 4e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église Saint-Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 5, 1-20. Psaume 3. 2e livre de Samuel 15,13-14.30.16, 5-13a.

 

Chers amis, nous venons d’écouter un récit passionnant et haut en couleur ! 

Jésus traverse le lac en direction de l'Est, et Il arrive en plein pays païen (la Décapole), où les gens, contrairement à la Loi juive, élèvent des porcs en quantité.

Dans cette région hostile, Jésus ne va pas tenter une prédication devant les foules. Mais, à peine a-t-il débarqué, voici qu’un malheureux se présente. C'est à la fois un homme dont sa psychologie est malade et surtout, un possédé ! Comme souvent, il n’est pas toujours facile de tracer une frontière entre la maladie et l'emprise du démon.

Certes, Jésus va le guérir, mais plus encore, Il y a une puissance du mal et de mort à laquelle Jésus va s’opposer et agir… Cette puissance du mal travaille toujours le monde aujourd’hui, et le cœur des hommes. 

À la question posée : « Quel est ton nom ? », ils répondent :

"Nous sommes légion", dit l'esprit du mal par la voix du malade.

Chez les Romains, une légion, c'était six mille hommes ! 

À Lui seul, Jésus va donc vaincre une légion de démons : c'est donc le signe que le Règne de Dieu fait irruption avec Lui dans le monde, et que le règne du mal est appelé à disparaître.

Mais, si les hommes ont du mal à percevoir qui est Jésus, le démon, lui, reconnaît par trois fois la puissance de Jésus. Reprenons ensemble le récit :

  1. Tout d'abord au moment où le possédé se prosterne, en disant :"Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ?",
  2. Puis quand les démons supplient Jésus de ne pas les expulser ; c’est donc qu’il reconnaît que Jésus en a les moyens,
  3. Enfin au moment où ils proposent à Jésus un marchandage :

"Tu me laisses les porcs, animaux impurs, et moi je t'abandonne cet homme !"

Jésus accepte, mais pour montrer aussitôt que ce marchandage n'a pas de sens, le troupeau va s'engloutir dans la mer.

 Comment interpréter et traduire ce récit pour nous, ce matin ? 

Parfois nous sommes tentés, nous aussi, de ne pas reconnaître Jésus, et surtout de marchander avec Lui :

« Seigneur, laisse-moi ce petit coin d'égoïsme, cet instant de paresse. 

Laisse-moi mes porcs (c’est-à-dire, mes petites affaires... »

Jésus nous répond, en quelque sorte, à travers ce récit du possédé :

« Laisse-moi te libérer !»

 Jésus donne toujours à la fois son pardon et sa confiance, Il guérit ! Il sauve ! Il expulse les démons ! 

        La finale de l’évangile est quelque peu surprenante ; l'ancien possédé, une fois revenu à son bon sens (de sa maladie et de sa possession), veut se mettre immédiatement au service de Jésus et partir avec lui en Galilée ; mais Jésus (et c'est là une marque de confiance) lui répond : " Rentre à la maison, auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde." Jésus lui confie une autre mission, importante ! C’est un envoi en évangélisation, un envoi pour être porteur, dans son propre pays, de la Bonne Nouvelle en Jésus-Christ ! 

Frères et sœurs, pour nous aussi, la rencontre de Jésus interpelle ; Il commande aux démons, fait guérison, et nous envoie en mission…

 C'est toute l'histoire de ce malheureux ! 

C'est aussi notre histoire et notre chemin de joie quand Jésus nous relève ! 

                                                                                                                Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 30 janvier 2022, 4e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 4, 21-30. Livre du prophète Jérémie 1, 4-5.17-19. Psaume 70.

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 31 à 13,13.

 

Chers frères et Sœurs, l’évangile que nous venons d’entendre poursuit et complète celui que nous avons entendu dimanche dernier lorsque Jésus entre dans la synagogue de Nazareth et lit un passage du livre d’Isaïe. La liturgie de ce jour prend même le soin de nous remettre en mémoire la déclaration capitale du Seigneur devant la foule de la synagogue de Nazareth.

A Nazareth, tous sont en attente d’une prise de parole de Jésus, car ils savent ce qui s’est passé à Capharnaüm. Mais, quand le Christ lit et explique ce que dit le prophète Isaïe dans cette synagogue de Nazareth, il y a beaucoup plus qu’une traduction ou un commentaire. Il y a un accomplissement : « Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit… » dit-il, et de fait, c’est bien le Messie attendu qui se présente devant eux. Alors, surprise… les gens « s’étonnent du message de grâce qui sort de sa bouche » (Lc 4, 21-22). 

Mais voilà ! La suite de l’histoire nous confronte à une difficulté. Comment ces gens qui sont ses amis, ces habitants du village où Il a grandi et qui le connaissent tous, vont-ils se retourner d’un seul coup contre Lui, avec colère ? 

Cet épisode est révélateur de plusieurs questions qui nous interpellent sur notre façon d’être chrétien ! J’en retiens seulement quelques-unes :

  • La Parole biblique que nous entendons est-elle de Dieu ou est-elle des hommes ?
  • Peut-on être « prophète » vis-à-vis des gens que l’on connaît bien ? 
  • Suis-je capable de me réjouir parce que Dieu veut le Salut au-delà de mon petit monde, que Dieu puisse s’adresser à d’autres personnes que moi ?

Alors, qu’est-ce qui déclenche cette réaction des habitants de Nazareth ? 

Peut-être d’abord une première difficulté : reconnaître une parole de Dieu à travers une parole humaine. Dans la Synagogue de Nazareth, ils entendent bien la parole d’un homme (Jésus), mais reconnaissent-ils la Parole de Dieu (Christ) ? 

C’est la question de la foi à laquelle nous sommes pouvons être confrontés dimanche après dimanche. Les lectures que nous avons entendues aujourd’hui sont des paroles humaines, et c’est par la foi que nous reconnaissons dans ces paroles humaines une parole de Dieu qui s’adresse à nous. Dans un acte de foi, nous reconnaissons, dans l’Écriture, que c’est Dieu Lui-même qui s’adresse aux hommes et nous savons bien que cette parole de Dieu adressée à chacun de nous s’exprime à travers des paroles humaines. 

Les différents Conciles (et particulièrement Vatican II) nous précisent bien que les auteurs humains des livres bibliques n’en sont pas les premiers auteurs (cela nous est dit dans un livre : Dei Verbum). Il y a un autre auteur qui est l’Esprit Saint, qui les inspire et qui met dans leur bouche, dans leur texte, ce que Dieu veut faire comprendre et connaître aux hommes. 

Voilà donc une première difficulté. Ce ne sont pas simplement Jérémie, saint Paul ou saint Luc qui nous parlent, mais à travers eux, c’est Dieu lui-même qui s’adresse à nous. 

Il y a aussi une deuxième difficulté : à qui s’adresse cette Parole ? À des personnes privilégiées ou, plus largement, à tous ?

Aujourd’hui, nous découvrons à travers les deux exemples que Jésus donne, celui de la veuve de Sarepta et celui de Naaman le Syrien, comment nous sommes en difficulté pour comprendre que cette parole de Dieu s’adresse aussi à d’autres qui ne sont pas de notre cercle. C’est là un des problèmes que Jésus rencontre dans cette synagogue.

Il y a autour de nous des gens qui ne vivent pas dans notre foi ! Ce sont ceux que Jésus désigne comme les étrangers à l’Alliance : la veuve de Sarepta, Naaman le Syrien et tant d’autres à travers la Bible, et pourtant ils accueillent cette parole avec émerveillement, plus encore, ils l’attendaient. (Rappelez-vous par exemple l’histoire de Jonas, sa mission pour la ville Ninive et sa colère parce que les Ninivites se sont convertis !)

Un peu de la même façon, dans la synagogue : « Tous devinrent furieux » que Jésus puisse affirmer que l’Alliance pouvait être proposée aux païens alors qu’ils se considéraient comme propriétaires de cette Alliance. 

Il y a toujours le danger de « mettre la main sur Jésus ». Alors, par une forme de dépit, ils poussent Jésus hors de la ville, pour le précipiter au bas d’un escarpement.

Et selon la promesse de Jérémie, l’évangile nous dit que Lui : « passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Lc 4, 30). 

Cet évangile devrait nous interroger sur notre façon d’accueillir la Parole de Dieu ! Sommes-nous donc si habitués que nous restons impassibles et sans désir d’action ? N’avons-nous pas à nous réjouir que cette Parole qui me touche puisse aussi toucher celles et ceux qui sont en attente de cette précieuse intimité avec notre Créateur, de ce salut qui nous est promis ?

Nous ne sommes pas un cercle fermé ou replié sur nous-mêmes ! Nous sommes invités à nous réjouir que le Salut que j’ai moi-même reçu, soit aussi proposés largement !                                 

Alors, pas d’indifférence, de colère ou de condescendance, à la suite du Christ, notre Mission est d’être ses témoins et ses prophètes dans les grâces déjà reçues à notre Baptême 

Ne soyons pas indisposés ou agacés par la Parole que nous entendons, même si parfois elle nous bouscule, parce que Dieu veut toucher au-delà de nos habitudes. 

En touchant notre cœur et notre intelligence, l’Esprit Saint n’a de cesse de nous mettre en mouvement, de nous remettre sans cesse en marche ! Il est vrai qu’il nous faudra sortir de notre zone de confort et découvrir la joie simple et puissante de l’évangélisation !

Comme le prophète Jérémie nous le disait dans la première lecture, nous découvrons que la mission, comme la vie de prophète, n’est pas une mission de tout repos. Être un prophète, être un missionnaire nous expose mais, en même temps, Dieu nous rassure : « Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer » (Jr 1, 19) dit le Seigneur à son prophète.

Je termine par une dernière question, une question essentielle : frères et sœurs, serons-nous des témoins et des prophètes, déjà aujourd’hui et tout au long de cette semaine ?

Le monde attend impatiemment la Parole de Dieu, Parole de délivrance, Parole de Salut ! Qui peut annoncer cette Bonne Nouvelle si ce n’est chacun de nous ?

                                              Ainsi soit-il !       

 

Homélie du lundi 24 janvier 2022, 3e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 3, 22-30. Deuxième livre de Samuel 5,1-7.10. Psaume 88.

Saint François de Sales, évêque et Docteur de l’Église.

 

L’Église fait mémoire et célèbre aujourd’hui un évêque qui illumina l’aurore du XVIIe siècle par sa charité, son zèle missionnaire et sa très fine connaissance de la psychologie humaine : il s’agit de saint François de Sales. Il est évêque de Genève résidant à Annecy, Docteur de l'Église Catholique romaine et Fondateur de l’Ordre de la Visitation avec Sainte Jeanne de Chantal ; nous sommes en 1610. Infatigable, il a sillonné son diocèse et les diocèses voisins (dont le nôtre et particulièrement en la Collégiale saint André où il ses enseignements ont résonné à plusieurs reprises) pour présenter et défendre la foi catholique. 

Je crois qu’il est bon, de temps en temps, de nous arrêter sur des figures de grands saints et saintes qui nous permettent d’avancer nous aussi et de mieux comprendre la mission que nous recevons en tant que chrétiens. 

Quatre cents ans nous séparent de François de Sales. Son époque n’est pas la nôtre. Nous pouvons toutefois noter bien des similitudes, car ces deux périodes de l’histoire sont l’une et l’autre marquées par une profonde mutation culturelle et un abandon de la foi.

Saint François est né en 1567 en Savoie, près d’Annecy, ses parents lui offrent de poursuivre de solides études de philosophie, de théologie et de droit. À 26 ans, il est ordonné prêtre. Face au protestantisme et à Calvin, qui depuis 28 ans s’imposait avec tant de puissance, François devient un témoin et un défenseur de la foi de l’Église Catholique romaine. Son intelligence, son équilibre, sa bonté, son humilité et sa douceur ont permis le retour à la foi catholique de beaucoup de fidèles. 

Sa douceur a été l’un des traits dominants de sa riche personnalité. En s’appuyant sur la grâce de Dieu, saint François de Sales a réussi à obtenir une meilleure maîtrise de son tempérament. Il écrit : « J’ai fait un traité avec moi-même de ne jamais parler quand je me sens touché de colère. » Quelle prudence de choisir de ne pas parler lorsque je suis ébranlé par la colère !

Un deuxième trait remarquable de son ministère pastoral a été de travailler à la formation des laïcs et de leur proposer une spiritualité adaptée à leur condition de vie. Il écrit dans son introduction à la vie dévote : « La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée ; et non seulement cela, mais il faut accommoder la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier ». Littéralement, chacun a une vocation propre en fonction de ce qu’il est ! Puis il ajoute : « Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite » Lisez ou relisez ce livre : introduction à la vie dévote ! C’est un livre étonnant et très puissant. (Liturgie des Heures, I, p. 1363.)

Je termine par un dernier point pour montrer sa modernité : ce pasteur savant et dévoué fut proposé aux journalistes du monde entier comme modèle et patron. Il fut le premier à employer l’imprimerie et ainsi, il put diffuser ses sermons en leur donnant le format de journal facilement accessible à tous. 

Pour résumer, je repère trois traits principaux de son apostolat :

  • Sa charité pour le prochain, 
  • Son amour pour la vérité par une vraie vie de dévotion
  • Le sens providentiel de l’histoire et l’appel universel à la sainteté.

  Frères et sœurs, en ce jour, rendons grâce pour saint François de Sales et aussi pour tous les témoins d’hier et d’aujourd’hui !

                                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 23 janvier 2022, 3e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 1-4.4, 14-21. Livre de Néhémie 8,2-4a.5-6.8-10. Psaume 18B.

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 12-30.

 

Chers amis, ce matin, nous avions une séance de catéchisme avec les enfants, en l’église saint Vincent de Paul. Un des enfants s’adresse à moi en m’interpellant avec cette question : « Pourquoi parles-tu après l’évangile ? Pourquoi parles-tu longtemps ? »

Longtemps ? Non, bien sûr, une heure ou deux, mais pas davantage !!!… (Humour !)

Aujourd’hui, nous sommes le 3° Dimanche du Temps Ordinaire : Dimanche de la Parole de Dieu comme l’a demandé le pape François ! 

Pour quelle raison ? Peut-être faut-il faire le constat que beaucoup de fidèles, même s’ils possèdent une Bible chez eux, n’ont pas l’habitude de l’ouvrir et de la lire ! L’invitation est sans détour : lire la Bible, seul, en famille, en groupe… est essentiel ! Déjà très simplement, en lisant et méditant, par avance les textes de la liturgie dominicale, en les redécouvrant autrement et en les entendant dans la grande assemblée, cela devrait permettre une compréhension et un éclairage nouveaux !

Chaque dimanche, nous sommes ici réunis en cette église, pour vivre l’Eucharistie, mais aussi écouter la Parole de Dieu, pour la comprendre (c’est, en principe, à cela, que sert l’homélie !) et la mettre en pratique. 

L’homélie est une tradition qui ne date pas d’hier ! D’après les témoignages des premiers chrétiens, l’écoute hebdomadaire de la Parole dure depuis bientôt deux mille ans. Mais ce ne sont pas les Chrétiens qui ont commencé. Ils ont hérité de cette pratique de leurs frères juifs. Comme le montre l’évangile de saint Luc d’aujourd’hui, déjà à l’époque de Jésus, les Juifs se réunissaient chaque semaine à la synagogue pour lire la Bible et pour la commenter. 

Cependant, cet usage, en réalité, est bien plus ancien. 

Cinq siècles avant le Christ, nous voyons le prêtre Esdras lire la Torah, c’est-à-dire la Loi de Moïse (comme nous l’avons entendu dans la première lecture). La scène se situe après le retour d’exil, à l’époque où Néhémie rebâtit Jérusalem et le Temple. Ce passage nous montre qu’après les dizaines d’années passées à Babylone, les Israélites ne comprenaient plus la Torah. Ils avaient petit à petit oublié la langue biblique sacrée, l’hébreu, et appris la langue des Babyloniens, c’est-à-dire l’araméen. C’est pourquoi il fallait que le clergé (les Lévites) traduise et explique le texte lu par Esdras.

Beaucoup de manuscrits attestent que c’était un phénomène courant : le texte était lu en hébreu, puis traduit et commenté en araméen, en grec ou en latin, selon les époques.

Mais quand Jésus lit et commente le texte du prophète Isaïe dans la synagogue de Nazareth, Il va beaucoup plus loin qu’une traduction ou un commentaire. C’est un véritable accomplissement : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture » !

Cet accomplissement est celui-ci : Jésus est bien le messie, celui qui a reçu l’onction de l’Esprit Saint, celui dont Isaïe a prophétisé la venue. Tous ont les yeux fixés sur Lui. De fait, Jésus accomplit les actes qui attestent son identité messianique : Il annonce la bonne nouvelle aux pauvres, Il guérit les aveugles, Il libère les possédés…

En Jésus, la Parole résonne bien plus et au-delà des prophètes. Jésus accomplit en plénitude la Parole de Dieu parce qu’Il est, Lui-même, cette Parole ; en sa chair, il rend visible la Parole. Certains, comme les enfants du catéchisme ce matin, vont peut-être me dire comment « voir » une « voix » ? 

Reprenons ce que nous dit saint Luc !

Au début de son évangile que nous avons lu, il fait mention des « témoins oculaires de la Parole ». L’expression est curieuse : une parole, cela s’entend ; alors, que veut dire saint Luc quand il affirme que les Apôtres ont vu la Parole ? La réponse est qu’en voyant Jésus, ils ont vu la Parole, avec un « P », s’exprimer dans notre humanité ! Jésus ne traduit pas la Parole d’une langue à une autre ; il est la Parole faite chair ! Saint Jean, dans son Prologue, dit la même réalité : « Et le Verbe s’est fait chair ».

Ainsi, lorsque Jésus, vrai Dieu et vrai homme :

  • bénit les enfants, 
  • touche les lépreux, 
  • impose les mains aux malades, 
  • relève les pécheurs,

 Il est Lui-même, par ses gestes, la miséricorde de Dieu.

Ou encore lorsqu’Il :

  • accueille le disciple bien-aimé sur son cœur, 
  • reçoit le baiser de Judas, 
  • fixe avec amour le jeune homme riche,
  • pose son regard sur Pierre,

 Il traduit par ses attitudes la tendresse de Dieu.

    Plus encore, lorsqu’Il :

  • pleure sur son ami Lazare, 
  • se met en colère contre les vendeurs du Temple ou les pharisiens,
  • lutte contre l’angoisse et qu’Il donne sa vie sur la croix, 

Il dit, par ses émotions, combien Dieu n’est pas indifférent aux actions des hommes et combien Il consent, en appelant chacun à la Vie Éternelle, à se faire malmener par eux. 

En somme, lorsque Jésus enseigne dans les synagogues, interpelle dans le Temple, ou parle en parabole au bord du lac de Galilée, Il ne délivre pas seulement un commentaire de plus sur la Parole de Dieu : non, Il est Lui-même cette Parole, et, en tant que tel, et par son autorité, Il livre dans son enseignement, les profondeurs du cœur de Dieu. Mieux que tous les savants et les exégètes qui scrutent la Bible, Il « explique » le Père. Il le fait connaître quand Il proclame, comme nous le dit saint Jean : « Qui m’a vu, a vu le Père ! » (Jn 14,9)

Frères et sœurs, tout en écoutant la Parole, l’Église n’a pas d’autre mission que de « continuer Jésus » ici-bas. Mystérieusement, Dieu compte sur nous ! Jésus n’a pas d’autre bouche, pas d’autres mains, ni d’autre cœur que les nôtres.

Aussi, quand nous sortirons de cette église, après avoir été nourris du Christ par sa Parole et par son corps qui est l’Eucharistie, demandons-nous comment nous pouvons être son cœur, pour aimer ; ses mains, pour relever et consoler ; ses pieds, pour visiter les malades et les prisonniers ; sa bouche, pour annoncer l’Évangile et prier ; car si nous ne le faisons pas, qui le fera à notre place ? Il y a là un grand enjeu pour notre communauté et pour notre société !

N’oublions pas : par notre baptême, nous sommes devenus chrétiens, configurés au Christ ! Mais, être chrétien n’est pas un titre, c’est une mission !

Pour la vivre, il nous faut goûter encore, et sans cesse écouter le Christ pour que sa Parole pénètre en notre cœur, en notre intelligence ; c’est une Parole de Vie !

Demandons la grâce pour chacun de nous et pour notre paroisse, d’avoir le désir de lire la Parole de Dieu, de la méditer et de la savourer !

Quelle joie renouvelée, quand nous le faisons seul, en famille ou avec des frères et sœurs ! 

Ainsi soit-il

 

Homélie du mercredi 19 janvier 2022, 2e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 3, 1-6. Premier livre de Samuel 17 32.33.37.40-51.

Psaume 143.

Nous connaissons bien cette histoire de David et de Goliath, histoire surprenante ! La vie de David commence de manière incroyable. Il est un petit berger, le dernier des huit fils de Jessé, et le voilà désigné par le prophète Samuel pour être roi d'Israël ! La Bible explique le choix de David, elle nous dit que : « Dieu regarde le cœur, pas les apparences. » (1Samuel 16,7)

Le roi David occupe une place importante dans l’Écriture qui consacre plus de pages à sa vie qu’à celle de tout autre personnage de l’Ancien Testament. Il « est par excellence le roi selon le cœur de Dieu. »

David a reçu de Dieu la promesse d'une alliance indéfectible envers sa dynastie. Après sa mort, le peuple d'Israël se met à espérer un nouveau David qui ne soit pas seulement un roi, mais l'Envoyé même de Dieu, le Messie, restaurateur de la grandeur d'Israël. Voilà pourquoi dans les évangiles, Jésus sera souvent appelé : "Fils de David". 

Par exemple : au dimanche des Rameaux ne dit-on pas : « Hosanna, ô fils de David ! »

Le livre de Samuel et le Premier Livre des Rois décrivent donc l’histoire du roi David avec un grand réalisme et sans complaisance : une vie pleine de vicissitudes où l’auteur sacré met l’accent sur le fait que Dieu est toujours avec David et que celui-ci s’en remet à Dieu au moment du danger. Mais aussi, que David s’écarte de temps en temps d’une vie droite et qu’il commet l’iniquité …

Dans l’histoire de David, nous pouvons contempler à de nombreuses reprises l’exemple de sa foi. Un épisode bien connu est celui que nous venons d’entendre : son combat avec Goliath, le géant et le champion de l’armée des Philistins. Le texte s’attarde à décrire la haute taille et l’armure du Philistin, tout en soulignant la disproportion avec David, un petit pastoureau, tout jeune, sans expérience de la guerre et ayant pour seule arme une fronde. 

Cela dit, un contraste encore plus fort se situe dans l’attitude des deux combattants. L’orgueil du Philistin qui lance un défi aux troupes du Dieu vivant se heurte à la foi de David, qui s’engage dans le combat au nom du Dieu des armées.

C’est cette foi qui amène David à se préparer de son mieux. Cependant, avec sa fronde, même si les moyens semblent disproportionnés face à l’équipement de l’ennemi, il va vaincre le géant Goliath.

L’Écriture donne à la faiblesse, à la petitesse de David, une deuxième dimension. Toute l’histoire du salut est, en effet, traversée par ce paradoxe : la force de Dieu « se déploie dans la faiblesse ! » (2 Co 12,9)

Frères et sœurs, pour nous qui sommes faibles, mettons notre force en Dieu ! Face aux “Goliaths“ politiques, aux despotes, à l’inertie des administrations et la virulence des lobbys, des conjonctures défavorables, des marchés qui dépriment, face aux Goliaths qui sont des monstres inhumains, défions, à notre tour, la force brute pour offrir un autre visage, celui de la foi, de l’espérance, de la confiance. Soyons assurés que, avec tous nos petits et grands moyens mis en commun, nous ferons de grandes choses.

Alors n’ayons pas peur ! Avec la force de Dieu, entrons nous aussi dans son combat !                 

 

Ainsi soit-il !

 

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Homélie du lundi 17 janvier 2022, 2e semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 2, 18-22. Premier livre de Samuel 15, 16-23. Psaume 49. 

 

 

« Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »

Nous pouvons faire le constat que Jésus avait un bon sens de la répartie ! Avez-vous remarqué comment, à partir d’une question qui pourrait être embarrassante, Il répond à ses interlocuteurs ?  

« Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? ». Il répond, comme souvent, par une autre question : « Les invités de la noce pourraient-ils jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? » Dans cette réponse, il est encore question de noces, comme dans l’évangile d’hier avec les noces de Cana et il y est encore question de ce qu’on y mange ou qu’on y boit, ou pas !

Cet épisode d’aujourd’hui arrive comme un éclairage du signe que Jésus a fait à Cana alors qu’on allait manquer de vin. Sans sa présence, les invités auraient été contraints de jeûner, alors que l’époux était avec eux. Impensable ! 

La deuxième partie du texte de cet évangile pourrait aussi nous étonner. Jésus poursuit sa réponse en donnant deux images : celle du vieux tissu à réparer et celle du vin nouveau et des vieilles outres. Quel rapport avec la question posée, pourrions-nous penser ?

Pourtant, à qui sait interpréter, ces images sont très concrètes. Comme toujours de la part de Jésus, ces images semblent nous dire : "à chaque situation, ayons une attitude appropriée". 

Comprenons les signes des événements qui arrivent. Adaptons-nous avec un regard neuf, pour accueillir le don que Dieu vient nous proposer !

Ces petites paraboles nous révèlent un peu plus la nature de Dieu, le sens de la mission de Jésus, et les enjeux de notre propre réponse aux événements. Le vieux vêtement, les vieilles outres, peuvent être nos vieilles habitudes, nos manières de raisonner, qui ont été valables en leur temps, mais que nous devons reconsidérer puisque voici les temps nouveaux, l’avènement de Jésus. 

Lorsque l’époux nous sera enlevé, alors nous jeûnerons. Jésus annonce ainsi sa mort prochaine, mais Il anticipe aussi sur sa résurrection, qui préfigure aussi la nôtre, car le vin est le signe de la fête et de la joie. 

Alors nos vieux tissus sont incompatibles avec la pièce d’étoffe toute neuve qui nous est donnée. N’essayons pas de raccommoder nos vieux tissus avec la pièce neuve, n’essayons pas d’accommoder la Bonne Nouvelle avec nos vieux schémas, nos anciennes façons de voir les choses. Le tissu neuf nous est donné pour nous permettre de fabriquer un vêtement neuf ! 

Je vous propose une formule rapide pour traduire l’évangile de ce jour : « Dès ce matin, habillons-nous de neuf » !Comme l’écrira Saint-Paul : « Revêtons l’homme nouveau ! » (Ep 4,24)

Frères et sœurs, ayons l’audace d’habiller de neuf notre façon de penser, notre regard, notre façon d’agir selon la manière de Dieu !

C’est la grâce que nous pouvons demander ce matin pour chacun de nous !                                                                                                             

Ainsi soit-il

 

Homélie du dimanche 16 janvier 2022, 2ème dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 2, 1-11. Livre du prophète Isaïe 62, 1-5. Psaume 95.

Lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 4-11.

 

 

  Chers amis, nous sommes invités ce matin à la fête, plus exactement à un mariage ! Nous voilà à Cana, dans le territoire de Galilée.

Reconnaissons-le, ce miracle de Cana est dans toutes nos mémoires ! Rares sont les repas où je n’entends pas sous forme de boutade par un convive enjoué : « Fais Cana… en me présentant une carafe d’eau ! » Bien sûr, je n’y suis jamais arrivé ! C’est vrai que nous sommes habitués à cette transformation ! Certains sont même admiratifs en voyant comment le Fils de Dieu, à la prière de Marie sa mère, a réussi non seulement à sauver un mariage, mais à changer de l’eau en un vin somptueux millésimé et pas seulement quelques litres… mais 600 litres : six jarres de cent litres de vin !

            Ce passage est passionnant, car, tout d’abord, il se passe lors de noces, un temps très joyeux, mais surtout, c’est la fête qui introduit la première étape de la vie dans le don de l’amour d’un homme et d’une femme ! Nous pouvons y lire un écho de l’Ancien Testament (Is 25, 6) des Noces entre Dieu et l’humanité : les noces de l’Agneau (Alliance de Jésus Christ et de son Église - Ap 19, 7 ; 9) !

  Aujourd'hui, pour aborder ce miracle sous un angle différent, nous allons nous tenir du côté des serviteurs ! Eux qui n'ont rien dit, mais ont tout vu, qui n'ont fait que des actions toutes ordinaires, mais qui ont collaboré, au départ et sans le savoir, à un grand miracle.

  Les serviteurs ont eu, au début, affaire à la seule mère de Jésus, Marie, qui leur a dit seulement : « Faites tout ce qu'il vous dira! » en désignant Jésus.  Remarquez ainsi, le regard vigilant et plein d’attention de Marie ! Elle a remarqué le manque de vin !

  Que fait Jésus ? Il se tourne vers les serviteurs et leur dit : « Remplissez d'eau ces cuves ! » Voilà ces hommes surpris et peut-être même en plein désarroi. Ils avaient déjà vidé l’eau des cuves après les ablutions rituelles de purification des convives. Les convives font ce geste religieux de purification en récitant des prières, en se lavant les mains avant le repas. Jésus demande aux serviteurs de remplir à nouveau ces cuves, d'eau propre. Il faut environ une trentaine de seaux par cuve, et il y en avait six ! - - - 

- Tout ce travail pour rien, pensent-ils. 

       - À quoi bon toute cette eau puisque les convives maintenant sont attablés ? 

Il faut vraiment que Marie se soit montrée très convaincante : elle était si impressionnante dans sa certitude ! Pour elle, ils vont obéir, et sans rechigner, puisqu'ils remplissent les cuves jusqu'au bord.

  Et Jésus leur demande de façon un peu surprenante : « Puisez maintenant et portez-en au Maître du festin. » Ici, pas de formules magiques ni d’incantation ésotérique !

  On assiste alors à un curieux manège : ceux qui parlent ne savent rien, et ceux qui savent tout se taisent. Plus encore, entre les cuves remplies d’eau et le verre du marié, l'eau s'est changée en un vin délicieux. 

  Or, les serviteurs savaient bien qu'ils n’avaient puisé que de l'eau. On entend l'ordonnateur du festin féliciter le marié, qui lui, n'y comprend rien ; mais pas un mot de Marie, et silence total aussi de la part des serviteurs. Jésus a opéré le miracle, mais jusqu'au bout, Il a voulu se servir de l'action des serviteurs, et c'est avec l'eau propre de l'obéissance que Jésus a régalé et sauvé la noce.

  L'évangéliste ne nous dit rien de plus et pas davantage comment le miracle a été salué ni comment le rôle de Marie a été reconnu, ni même comment Jésus aurait pu être félicité. Très sobrement, il mentionne que ce fut le premier des signes opérés par Jésus, et que les disciples, à la vue de ce signe, commencèrent à voir sa gloire, c'est-à-dire l'union indicible du Père et du Fils, signe préfigurant les Noces de l’Agneau.

  Si simple et si dépouillé, notre récit se montre plein d'enseignements pour nous, humbles serviteurs que nous sommes et tâcherons de la vie et de l'Évangile.

Toute sa spiritualité est là dans ce simple conseil que nous donne Marie ! Marie, elle-même a vécu cette confiance dans l’obéissance : « Qu'il me soit fait selon ta parole » ! 

Pour compléter cela, je vous livre trois petites remarques très simples :

- D'abord nous sommes certains de rester dans la volonté de Dieu quand nous comprenons les conseils de Marie, notre Mère : "Faites tout ce qu'il vous dira !" Si vous êtes familiers des conseils que Marie nous donne lors de ses apparitions, à la Salette ou à Notre-Dame de l’Osier, mais aussi à Lourdes ou à Fatima… vous pouvez remarquer que c’est toujours le même message en désignant son fils : "Faites tout ce qu'il vous dira !"  Marie elle-même l’a expérimenté lors de l’Annonciation en disant : « Qu’il me soit fait selon ta parole ! »

- Jésus aurait pu assurer seul la joie de toute une noce, mais Il veut donner à ces hommes, à ces serviteurs très humbles, la joie d'avoir puisé de l'eau. C'est Jésus qui fait tout, et en même temps, c'est Jésus qui nous donne tout à faire, dès lors que nous nous laissons interpeller par lui. 

- Finalement qu’est-ce qui permet ce signe étonnant ? C’est l’acte de foi, l’acte  d’obéissance et de fidélité des serviteurs ! Ils ne comprennent pas tout, mais, bien qu’ils soient surpris, ils obéissent à Jésus et vont jusqu’au bout de ce qu’Il leur demande.

  Ce signe est riche d’enseignements pour chacun de nous ! Nous sommes comme ces serviteurs, nous ne comprenons pas toujours tout des chemins par lesquels le Christ nous fait avancer, mais nous sommes invités à la fidélité ou du moins invités à devenir ces serviteurs pour la gloire de Dieu et le Salut du monde !

Rendons Grâce à Dieu, frères et sœurs, qui non seulement a sauvé cette fête, mais qui nous permet de transformer nos vies, de transformer toute vie : un peu d’eau et d’écoute de sa Parole et voilà une vie nouvelle et belle qui nous est proposée !

Plus encore, un peu de vin et c’est Lui-même qui se donne dans l’Eucharistie !

                                                                                                                          Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 12 janvier 2022, 1re semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Marc 1, 29-30. Premier livre de Samuel 3,1-10.19-20. Psaume 39.

 

Chers amis, depuis plusieurs jours déjà, nous écoutons, en première lecture, des passages du premier livre de Samuel, avec le prophète Éli, Anne et son époux Elcana. Peut-être avez-vous eu la curiosité de lire ou peut-être d’essayer de comprendre où tout cela se situe historiquement et sociologiquement dans la Bible ? 

En fait, nous sommes vers 1050 avant Jésus-Christ, à Silo, à une trentaine de kms de la ville de Jérusalem. Cela fait à peu près 150 ans que, peu à peu, les 12 tribus d’Israël ont conquis une partie du pays de Canaan. 

Comment se compose la société dirigeante ? Pour l’heure, ces douze tribus n’ont pas de roi (les rois Saül et David apparaitront bien plus tard). Ces douze tribus sont dirigées par des Juges, des chefs politiques et religieux. Ces juges sont appelés au secours lorsque la situation est très mauvaise mais contestés dès qu’elle s’améliore.

Il y a aussi des prêtres, chargés des rites religieux, installés autour des différents sanctuaires. Le plus important de ces sanctuaires est justement celui de Silo car il abrite l’Arche d’Alliance : Tables de la Loi données à Moïse sur le mont Sinaï par Dieu.

Eli est le prêtre de ce sanctuaire, Eli porte un nom qui signifie, « mon Dieu ». (Une petite remarque : quant au moment de sa mort en croix, Jésus dit : « Éli, Éli… » Il appelle non pas le prophète Éli, mais son Père : « Mon Dieu, mon Dieu »)

À côté des prêtres, et parfois en opposition à leur pouvoir, se tiennent les prophètes. Ce sont des porte-paroles de Dieu qui transmettent une parole que Dieu leur a confiée. A l’époque d’Éli, les prophètes exercent en groupe. Ils entrent en transe, au moyen de la danse et de la prière. Mais ce que nous savons, c’est que : « La parole du Seigneur était rare en ces jours-là, et la vision, peu répandue. » Bref, la communication entre Dieu et les hommes ne fonctionne pas vraiment ! Les prophètes n’entendent plus la Parole divine !

Cependant, l’un d’entre eux va devenir l’un des plus grands prophètes d’Israël. Pour l’heure, il n’est encore qu’un enfant : Samuel ! (C’est-à-dire : Dieu exauce)

Il a été confié au prêtre Eli par sa mère, Anne. Comme nous l’avons entendu hier ; Anne espérait tellement avoir un bébé qu’elle s’était engagée, si elle était enceinte, à l’offrir au service de Dieu. C’est ce qu’elle fit ! Samuel est donc dans le Temple de Silo, quand Dieu l’appelle trois fois plus une fois.

« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ». C’est ce que Samuel devra répondre lorsque Dieu l’appellera. C’est l’enseignement donné par Eli au moment où celui-ci découvre que c’est Dieu Lui-même qui appelle Samuel.

Frères et sœurs, cet enseignement nous concerne tous, à tout instant, parce que c’est une leçon de prière. L’enjeu de notre vie, ce n’est pas le don de Dieu ou sa proximité, puisque cela nous est déjà donné lors de notre baptême, mais ce qui importe, c’est la façon avec laquelle nous répondons à son appel :

« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »

Frères et sœurs, comment écoutons-nous Dieu qui nous parle, car aujourd’hui encore, Dieu ne cesse de nous parler, de nous interpeller, de nous encourager…?

Cette invitation à l’écoute de la Parole peut paraître banalement pieuse. Pourtant, elle combat nos ressorts intérieurs les plus profonds. Elle s’oppose même à nos idées religieuses les plus ancrées. Reconnaissons que spontanément, nous ne sommes pas toujours au service de Dieu ! Plus encore, c’est souvent nous qui Lui demandons d’être à notre service et de répondre à nos attentes et à nos désirs !

Samuel transmettra donc ce qu’il a reçu de Dieu. Nous sommes appelés à faire de même. Peut-être pouvons-nous faire cette expérience dans notre prière ? Ne gardons pas égoïstement la foi comme un trésor intime et caché, mais osons la partager avec nos proches.

Essayons, dans notre prière, aujourd’hui et dans les jours à venir, d’avoir cette même disponibilité de cœur : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ». Peut-être serons-nous surpris de ce que le Seigneur va nous demander !

                                                                                                                                                              Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 10 janvier 2022, 1re semaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 1, 14-20. Premier livre de Samuel 1, 1-8. Psaume 115. 

 

« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! »

   

  Nous connaissons bien cette phrase !

Vous souvenez-vous à quel autre moment de l’année liturgique nous entendons cette phrase, nous l'entendons ? Elle nous est dite le jour de l’entrée en Carême au moment du geste de l’imposition des Cendres. « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! »

   Nous avons terminé hier, avec le Baptême de Jésus, le temps de la Nativité ! Nous commençons aujourd’hui la 1resemaine « Extraordinaire » du Temps Ordinaire.

Dans l’Évangile de Marc, ce sont les premières paroles de Jésus ; nous sommes au chapitre premier : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Croyez à la Bonne Nouvelle !

  La venue de Jésus est un moment de basculement dans l’histoire de l’humanité : avant, c’était le temps de la promesse, le temps de l’attente. Mais avec la présence de Jésus, c’est Dieu lui-même qui nous dit : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. »

La promesse est tenue : Dieu n’a pas oublié les hommes. Depuis la séparation et la rupture de l’homme au jardin d’Éden, Dieu n’a eu de cesse de désirer rejoindre chacun de nous ! C’est en Jésus que cette promesse s’accomplit.

Cette première semaine du Temps Ordinaire démarre un temps qui s’arrêtera au début du Carême (Mercredi des Cendres). Alors, remettons-nous en route ! C’est l’invitation que nous entendons ce matin. Mais peut-être avons-nous un peu perdu le sens des réalités de Dieu durant ces jours qui entourent la Nativité : affairés que nous sommes, pour certains troublés dans le brouillard des soucis de la vie, dans les craintes de cette pandémie ?

« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

Il nous faut bien comprendre que cette phrase est un encouragement. Jésus est là, Il nous appelle nous aussi !

Prenons un exemple : imaginez un randonneur sur le plateau du Vercors par temps de neige dans le froid et le brouillard. Il ne sait plus très bien la direction, car il a peut-être égaré sa carte ou la visibilité n’est pas bonne. Voilà que, sur son chemin, il croise une personne qui le renseigne, et encore mieux, lui donne une boussole. Ce randonneur en est tout ragaillardi, son courage revient, la fatigue est dépassée et il peut repartir joyeux, plein d’espérance !

Ce randonneur est un peu chacun de nous. Dans notre attente du Royaume de Dieu qui nous parait parfois lointain, Jésus nous dit : « le règne de Dieu est tout proche ! ». Non seulement Il nous redonne courage, mais Il nous offre une boussole, son évangile : « Croyez à l’Évangile ! » Encore faudra-t-il ouvrir le Livre, le lire et le méditer !

Cette Bonne Nouvelle qu’Il nous propose va nous inviter à changer de direction, plus exactement à retrouver la bonne direction pour reprendre celle du Soleil levant. Changer de direction, c’est-à-dire se convertir !

        Jésus est là sur notre route ; Il nous invite à Le suivre comme Simon et André, comme Jacques et Jean. De fait, Il est lui-même la Bonne Nouvelle, Il est lui-même la boussole ! Alors, frères et sœurs, en ce début du temps extraordinaire du Temps Ordinaire, je souhaite bonne route à chacun ! Aidons-nous les uns, les autres !    

                            Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 9 janvier 2022, Fête du baptême du Seigneur, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 3, 15-16.21-22. Livre du prophète Isaïe 40, 1-5.9-11. Psaume 103.

Lettre de saint Paul à Tite 2, 11-14 ; 3,4-7.

 

Les jours passent vite, les uns après les autres ! Dimanche dernier, nous avons vécu la fête de l'Épiphanie avec les mages venus se prosterner devant l’Enfant Jésus. Aujourd'hui, avec la solennité du Baptême du Seigneur, nous faisons un bond gigantesque, pourrions-nous dire puisque nous nous retrouvons une trentaine d’années plus tard. 

Ce récit du baptême est une théophanie (du grec théos – Dieu et phanein – éclairer) c'est-à-dire une manifestation de Dieu, une illumination ou un éclairage sur ce que Dieu fait pour nous et sur ce que nous sommes invités à découvrir et à devenir.

     Cette scène se situe au désert, là où prêche Jean-le-Baptiste. Sa mission (comme nous venons de l’entendre avec Isaïe – 1re lecture),  est de préparer le chemin du Seigneur, de tracer une route pour notre Dieu qui vient sauver son Peuple.

Le désert où il vit est le lieu de toutes les possibilités. C’est à travers le désert que Dieu a fait cheminer son Peuple durant quarante années, pour l’amener à la Terre promise. C’est dans ce même désert que Jésus sera tenté, juste après son baptême, c’est là également que Jean le Baptiste appelle à la conversion. Éloignés de la vie ordinaire, les gens qui le rejoignent se laissent interpeller par son mode de vie et aussi par la parole puissante qu’il annonce. Cependant, ils ne sont pas surpris de son enseignement, car comme lui, ils attendent Celui qui doit venir, le Messie. 

Pour vivre cette attente, un geste important leur est proposé par Jean-Baptiste, un geste qui n’est pas anodin : le baptême !

Quel est ce geste ? Le baptême de Jean consiste à inviter des personnes, sans distinction de classes ou d’âge, à entrer dans l’eau du Jourdain acceptant ainsi de se laisser purifier par Dieu : pour être dégagés des égoïsmes, des orgueils et de toutes vanités. On y entre nu pour signifier l’humilité. Le baptême de Jean-Baptiste est donc un geste de vraie conversion dans l’attente du Messie ; ce n’est pas un geste anodin, mais un vrai engagement. 

Ce message de conversion retentit avec force, car Jean-Baptiste dans sa vie dépouillée est l’image parfaite du juif croyant qui n'a pas d’autre attente que celle de voir l'Envoyé de son Seigneur, le Messie attendu. Vivant à une époque où Israël est sous la domination de Rome, il n’attend pas de chef militaire ou politique. Il s’inscrit surtout dans le message des prophètes d’Israël qui annoncent la venue d’un Messie Serviteur, d’un Messie Sauveur qui transformerait l’histoire sainte d’Israël. 

Dès le début, pour éviter toute méprise, Jean le Baptiste montre qu’il n’est pas le Messie. Lui-même ne baptise que dans l’eau. Ce qu’il annonce c’est un baptême à venir « dans l’Esprit Saint et le feu », par Celui qui est plus grand que lui.

Effectivement, au moment où il verse l’eau du baptême sur Jésus qui s’est mêlé simplement aux personnes présentes, la voix de Dieu retentit. Le ciel qui était fermé depuis le Jardin d’Eden, s’ouvre, une voix se fait entendre, et un signe matériel apparaît sous la forme d’une colombe. Ces signes désignent le Messie Serviteur, l'Élu de Dieu. 

L’évangile de ce dimanche, nous permet d’assister, à une manifestation de la Trinité :

  • l’Esprit qui descend sur Jésus, alors qu’Il priait, et surtout
  • la voix du Père qui vient du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »
  • comme une réponse à la prière de Jésus que nous ne connaissons pas.

 

Quelle joie pour Jésus de se savoir reconnu comme le fils bien-aimé de son Père du ciel et de ressentir la présence discrète, mais efficace de l’Esprit Saint auprès de Lui.

Ce qu’Il entend, c’est : « Je t’aime, tu es tout mon amour ! »

Frères et sœurs, qui peut rester insensible à une telle déclaration, que l’on soit homme ou femme, jeune ou âgé, en bonne santé ou malade ? Avez-vous déjà entendu : « Je t’aime, tu es tout mon amour » ?

Si en plus, cette déclaration d’amour vient de Dieu, alors, tout est possible ! Et pour Jésus c’est important ; la joie ressentie ce jour-là restera gravée en lui toute sa vie terrestre, même aux pires moments, sur la croix. Jésus sait que Dieu son Père ne peut l’abandonner. 

Cette reconnaissance reçue au baptême de Jésus sera aussi renouvelée, paradoxalement, quand Jésus au moment de sa mort, dira à saint Jean, le disciple bien-aimé, en parlant de sa mère : « Voici ta mère » (Jn 19,27). 

À Marie, il dira aussi : « Voici ton fils. » Devenant ainsi frères et sœurs de Jésus puisque nous avons la même maman, et nous pouvons, nous aussi, nous adresser à Dieu en disant : « Notre Père ». Comprenons-nous cette filiation, cet amour de Dieu pour chacun de nous ? Ainsi, à notre baptême, à nous aussi Dieu a dit : « Toi, tu es mon fils/ma fille bien-aimé(e) ; en toi, je trouve ma joie ! Tu es tout mon amour ! »

Cette joie n’est pas juste pour Jésus, elle nous concerne nous aussi.

Frères et sœurs, avons-nous vraiment conscience de l’amour que Dieu notre Père a pour nous ? Saint Jean nous le disait il y a quinze jours environ : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes. » (1 Jn 3,1). 

Ce baptême que nous avons reçu il y a plus ou moins longtemps, fait de nous des chrétiens, attachés au Christ, mais a-t-il réellement changé quelque chose en nous ? 

Nous avons expérimenté la plénitude des dons dans la force de l’Esprit-Saint, renouvelée toujours par le même Esprit au jour de notre confirmation. Mais où en sommes-nous ? Plusieurs questions devraient nous interpeller !

  • Notre baptême nous a rapprochés de Jésus par le don de la Foi, mais avons-nous l’impression d’être frères de Jésus, d’être tout proches de Lui ? Quelle est ma relation avec Lui ? Quelle mon espérance en la vie Éternelle qui nous est annoncée ?
  • Notre baptême nous engage donc, vis-à-vis de Dieu, vis-à-vis des autres, vis-à-vis de l’Église … Où en suis-je de mon engagement ? En ai-je conscience ? Est-ce que, concrètement, je l’expérimente ? Comment est-ce que je vis cette vie fraternelle puisque, en Jésus, nous sommes frères et sœurs en Jésus ?

Beaucoup de questions m’interrogent, et devraient nous interroger en cette fête du baptême de Jésus ! C’est peut-être le moment de se rappeler l’interpellation puissante et prophétique de saint Jean-Paul II quand il nous disait, au début de son pontificat : « France, Fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » (Jean-Paul II au Bourget, le 1er juin 1980).

Et nous, frères et sœurs, sincèrement, sommes-nous fidèles aux promesses de notre baptême ?

C’est la question que nous pouvons nous poser telle une méditation, une relecture notre vie, ce soir ou dans les jours qui viennent ; mais ne l’oublions pas : 

Baptisés et chrétiens, Dieu met en chacun de nous tout son amour !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi après l’Épiphanie, 5 janvier 2022, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 6, 45-52. Première lettre de saint Jean 4, 11-18. Psaume 71. 

 

Depuis Noël, d’épiphanie en épiphanie, de révélation en manifestation, Dieu s’est fait connaître : 

  • dans l’abaissement d’un nouveau-né qui réjouit les humbles bergers, 
  • dans la fragilité d’un nourrisson qu’adorent les sages venus d’Orient, 
  • dans le sourire d’un tout petit bébé que les vieillards Syméon et Anne reconnaissent comme le Messie tant attendu.

 

Jésus, devenu adulte, continue de révéler son identité divine : Il enseigne, Il guérit toute maladie et toute infirmité dans le peuple. De grandes foules le suivent. Pris de compassion par ces foules sans berger, Il continue à les enseigner et plus encore, Il les nourrit tant spirituellement que physiquement.

Son épiphanie comme Berger d’Israël a été tout à la fois très extraordinaire, humble et, sans aucun doute, très fugitive, car : « Aussitôt » nous dit l’évangile, le miracle des pains accompli, Jésus renvoie les disciples et la foule rassasiée, chacun comme il était venu. Et Lui s’éloigne seul, dans la montagne, pour prier.

Comment fait Jésus pour savoir ce que font les disciples ? Nous ne le savons pas ! Mais Il voit la barque des disciples ballottée sur les flots, alors que Lui-même, sur la montagne, est solidement ancré à son Père dans la prière. Alors, marchant sur la mer, Il rejoint ses disciples en difficulté ! Il leur dit : « Confiance, n’ayez pas peur, c’est moi. » Le grec est très intéressant pour mieux comprendre cette phrase : « egô eimi, Je suis… » Cela fait résonner, et déjà dans l’Ancien Testament avec le buisson ardent, la façon dont se manifeste Jésus. À nouveau, c’est une épiphanie, une manifestation de qui IL EST !

Il y a cependant, un paradoxe qui ne cesse de me surprendre : plus Jésus se révèle et moins les disciples le reconnaissent… C’est mystérieux ! La peur et la sidération les renferment, tenant la place de la confiance. Nous constatons qu’il y a une difficile naissance de la foi en Jésus !

Mais l’annonce du Salut s’amplifie ! A Noël, nous nous sommes réjouis, nous nous sommes émerveillés d’un Dieu qui se manifeste dans notre chair, dans notre humanité. À l’Épiphanie, la manifestation du Salut de Dieu est proclamée aux nations … Au-delà du peuple élu, c’est au monde entier que Dieu s’adresse !

Aujourd’hui, frères et sœurs, redescendons sur terre, et reconnaissons que Dieu se manifeste dans notre monde tel qu’Il est, avec ses aspérités, ses violences, ses laideurs, mais aussi avec ses joies, ses gestes de paix et sa beauté. 

Non, le miracle de Noël ne s’arrête pas dans nos crèches, il se poursuit dans notre monde, chaque fois que l’Emmanuel, « Dieu avec nous », est présent dans nos gestes, nos paroles, nos regards. C’est bien sûr dans le quotidien de notre vie, que nous pouvons Le reconnaître ! Demandons, ce matin, cette grâce que nos cœurs ne s’endurcissent pas et que nos yeux s’ouvrent pour Le reconnaître. 

La foi c’est de croire sans voir ! Alors, demandons cette grâce, dans notre quotidien, d’avoir la foi de Le « voir », pour chacun de nous ce matin et plus largement, pour nos familles, notre paroisse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi après l’Épiphanie, 3 janvier 2022, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 4, 12-17. 23-25. 

Première lettre de saint Jean 3, 22 à 4, 6. Psaume 2. 

 

La liturgie ne cesse pas de nous surprendre ! Cet évangile peut nous sembler étonnant et déconcertant en ce temps de Noël, car hier encore, nous étions là, devant la crèche avec les mages, pour nous prosterner devant l’Enfant Jésus. En effet, nous passons pratiquement et sans transition de la naissance du Seigneur au début de son ministère public, au début de sa prédication. 

Jean le Baptiste a bien préparé le terrain : des foules sont là, en attente. En apprenant l’arrestation de Jean, Jésus se retire en Galilée ; Il quitte Nazareth, la ville qui l’a vu grandir et va habiter à Capharnaüm, petite ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtalie.

Aujourd’hui, Jésus quitte donc cette période cachée à Nazareth pour entrer dans sa vie publique.

Avec l’arrestation de Jean, Jésus se met lui aussi, à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

Ces versets sont propres à approfondir le mystère de l’Épiphanie et particulièrement aussi celui de Noël. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les mots du prophète Isaïe : “Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. “

Dans les lectures de la fête de l’Épiphanie, saint Paul dans sa lettre aux chrétiens d’Éphèse affirmait l’universalité de la venue du Sauveur : “Il a été révélé maintenant … Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’évangile. “

À travers ces fêtes, la mission de Jésus est bien présente : comme à la crèche où il attire déjà à Lui le monde païen, le début de son ministère voit toutes les nations venir vers Lui !

« Ce peuple qui habitait dans les ténèbres … est associé au même héritage ! »

La liturgie de Noël l’annonçait déjà ; la visite des mages païens le confirme. Les prophéties trouvent leur accomplissement en la personne de Jésus, le Verbe fait chair, lumière pour le peuple d’Israël et pour toutes les nations.

Nous sommes tous concernés !

Pour nous ce matin, la question est de savoir comment, personnellement, j’accueille cet héritage et cette promesse ?

Comment est-ce que j’accueille cette Bonne Nouvelle ? Qu’est-ce qu’il convertit en moi ? 

Bien souvent, dans notre vie, dans notre cheminement, nous sommes aussi à la croisée des chemins. Que faisons-nous ? Restons-nous dans notre routine ou nous mettons-nous en route avec une audace supplémentaire ? Il ne suffit pas de nous engager sur le chemin de l’humilité ouvert par les mages, par exemple en visitant l’Enfant Jésus, il ne suffit pas de rester dans le don de nous-mêmes, même si c’est déjà bien d’être humble et dans le don de soi : 

Il nous faut, nous aussi, nous prosterner devant Jésus !

Il nous faut, nous aussi, oser nous convertir, 

changer notre façon de vivre et oser témoigner de Lui !

Aujourd’hui encore, pour tout chrétien, cette affirmation est fondamentale. Si vous êtes là ce matin, c’est que notre Dieu s’est fait chair, Il a pris notre humanité, Il s‘est fait homme pour nous montrer le chemin et nous mettons notre foi dans son nom, “Jésus-Christ : le Seigneur sauve“, comme le dit l’Apôtre saint Jean dans la première lecture. 

Cependant, une question demeure pour chacun de nous, en ce début d’année 2022 : qui transmettra cette Bonne Nouvelle ? Qui aura l’audace de témoigner de Lui, aujourd’hui et dans les jours qui viennent ? 

Là aussi, le Seigneur attend de nous que nous puissions l’annoncer !

Frères et sœurs, demandons cette grâce ! Qu’Il nous donne la force de la mission !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 2 janvier 2022, solennité de l’Épiphanie du Seigneur, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 2, 1-12. Livre du prophète Isaïe 60, 1-6. Psaume 71.

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 3, 2-3a.5-6.

 

Chers amis, la semaine dernière, nous étions dans la joie de la naissance du Sauveur. Les jours passent vite et, dès le lendemain de Noël, nous fêtions déjà la Sainte Famille. Puis, tout au long de la semaine, nous avons fait des bonds dans le passé, dans le futur ; nous avons retrouvé Jésus à douze ans, à trente-trois ans ! Aujourd’hui, nous venons, à nouveau, nous prosterner devant Jésus dans la petite ville de Bethléem. Avec cette fête de l’Épiphanie, c’est-à-dire de la révélation de « qui est Jésus pour nous », avec ces Mages (qui ne sont pas rois !), nous sommes nous aussi en chemin. L’Évangile que nous venons d’entendre nous livre un enseignement profond sur la recherche de Dieu et la reconnaissance du Christ. 

     Cette recherche, cette rencontre, cette reconnaissance concerne tout homme, quelle que soit sa culture ou son origine. Plus largement que le Peuple élu, tout être humain partage ce même désir de Dieu dans son cœur, ce désir de transcendance, ce désir de rencontrer le Christ, sans même le connaitre ! 

Saint Paul l’a très clairement exprimé (deuxième lecture) : « ce mystère, le mystère de Dieu parmi nous, concerne aussi les païens puisqu’ils sont associés au même héritage… ».

     Dans la nuit de Noël, au petit matin, ce sont les bergers, les plus petits parmi les petits d’Israël qui ont découvert en ce petit d’homme, le Sauveur tant attendu et qui sont repartis dans la joie en chantant les merveilles de Dieu.  

Aujourd’hui c’est le tour des plus grands et des plus lointains, ces mystérieux mages dans leur quête guidés par l’étoile. 

Mais qui sont ces mages ? Ils ne sont pas rois ; ils viennent d’Orient, nous dit l’Évangile. 

Autrement dit, ils viennent façonnés par une autre culture, par d’autres traditions que celles du peuple juif, pard’autres religions. Ce sont des hommes de culture, de science : ils étudient les étoiles, ils connaissent leurs positions. Ils sont attentifs aussi aux signes de leurs temps et ils savent les interpréter. Ce sont des sages qui, allant au bout de leurs recherches et de leurs questionnements, acceptent de se laisser déplacer, de se mettre en marche, d’aller même jusqu’à se laisser enseigner par des sages d’une autre nation, ceux qui connaissent les Écritures d’Israël, pour aller vers cet inattendu roi de Gloire, qui se donne à contempler dans ce nouveau-né, dépourvu de tout moyen de puissance. Imaginons l’étonnement de ces mages, arrivant dans le lieu très humble de Bethléem, où ils découvrent Marie tenant l’Enfant Dieu dans ses bras ! N’auraient-ils pas plutôt imaginé Le découvrir dans un palais ou une demeure majestueuse ?

     Cependant, les mages ne se laissent pas distraire par ce qu’ils découvrent. Ils accompliront leur quête et se prosterneront pour adorer l’Enfant Dieu. Ils Lui offriront de l’or, de l’encens et de la myrrhe ! Événement important, avertis en songe, ils repartiront par un autre chemin ! Au sens propre ou figuré, ils repartiront différents ou encore dans un chemin de vie autrement !

     S’ils ont cette intelligence et cette souplesse, tristement, il y a d’autres personnages qui eux, resteront sur leur savoir et leur pouvoir ; ils savent, mais ils resteront enfermés sur eux-mêmes ; incapables de se mettre en route… Qui sont-ils ? Ce sont le roi Hérode, ses grands prêtres et ses scribes. Ils savent, mais restent sans action !

Pour nous ce matin, il nous est donné encore aujourd’hui des signes : au moins trois signes ! Trois jalons pour rencontrer Dieu ! 

Trois jalons que beaucoup peuvent déchiffrer et comprendre 

l’étoile, la Parole et l’enfant.

         

Le premier signe de Dieu l’étoile a marqué une étape dans la vie des mages. Ils ont choisi de la suivre. Elle les a conduits vers la vraie lumière qui éclaire tout homme. 

Quelle leçon pouvons-nous en tirer dans notre propre démarche de conversion ? 

À l’image des mages, saurons-nous nous mettre en route à la rencontre de la Lumière et repartir par un autre chemin, celui du Christ qui a dit : « je suis le chemin » (Jn 14,4). 

L’histoire des mages montre que notre vie n’est en rien gouvernée par un destin, définie par une mécanique céleste qui s’imposerait à nous. Ce n’est pas notre horoscope qui définit notre avenir ! C’est le Christ qui s’offre à nous pour nous guider, en nous laissant libres de Le suivre ou non. 

Frères et sœurs, nous avons déjà rencontré ces étoiles ! Si nous faisons mémoire de notre histoire, nous pourrons constater que des étoiles ont été allumées dans notre vie… rencontre, mariage, vocation, profession ou décision prise suite à un conseil éclairé. N’oublions pas que nous sommes nous-mêmes des étoiles les uns pour les autres !

Si la lumière illumine tout homme, c’est à chacun de se laisser illuminer, dans une démarche active. Rester passifs devant la lumière du Christ ne suffit pas pour être dans la lumière. 

Le second signe qui mène à Dieu, c’est la Bible, sa parole inépuisable. Je vous pose une question : faisons-nous de cette Parole un vieux grimoire poussiéreux ? Ouvrez-vous votre Bible ? Cette Parole est-elle toujours vivante ? Savez-vous que la Bible est un trésor international de l’Humanité, le livre le plus traduit et diffusé à travers le monde ? Il nous faut la méditer, la goûter pour en découvrir l’indicible beauté ; sans doute faut-il avoir gardé un cœur d’enfant ! Le Christ Lui-même nous le dit : « Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu... »

Le troisième signe, précisément, c’est l’enfant, celui que nous avons adoré à la crèche, il y a encore quelques jours ! Quand on regarde le passé du christianisme (les premiers siècles de l’histoire chrétienne), on remarque que la majorité de ce qu’on appelle les « hérésies » rejette l’humanité de Jésus. Nous sommes habitués à dire que Jésus est vrai Dieu et vrai homme ; cependant, si nous mesurons ce que nous osons dire, nous découvrons que Dieu s’est fait homme et qu’Il a pris notre humanité ; c’est réellement vertigineux ! (Cf. comparer le Symbole des Apôtres et Credo de Nicée-Constantinople et les précisions de qui est le Christ). 

L’inouï de Dieu : c’est que Dieu a pris notre humanité, pour nous redire avec une voix d’homme que Dieu est proche ! Si proche qu’Il se fait nourriture et nous redit à chaque Eucharistie : « Prenez et mangez ». Il nous faut réentendre, au creux de nos existences les plus quotidiennes de fils et filles bien-aimés du Père que : « Nous avons part à la divinité de celui qui a pris notre humanité » !

C’est cela aussi la folie de Dieu, sa folie d’amour !

Frères et sœurs, en ce début d’année 2022, nous recevons une invitation capitale ! 

     Oserons-nous nous mettre en route en suivant l’étoile qui apparaît dans le ciel de notre vie, à travers toutes nos rencontres, par la lecture de la Parole de Dieu, en nous mettant face au mystère de la Crèche ? 

Alors, quoiqu’il arrive, si nous sommes attentifs à ces signes, une grande, une très grande joie nous est promise…Elle est bien différente de la joie commerciale ou de la joie du monde et des plaisirs : c’est une joie intérieure de comprendre que Dieu est présent dans ma vie et de le savourer ! Tout au long de ces jours qui vont s’écouler durant cette année, le Christ sera présent ! Cette joie sera le signe de la présence vivante du Christ dans nos vies !

Permettez-moi de vous redire : 

Que le Seigneur vous bénisse ! Qu’il vous garde dans sa joie et dans sa paix ! 

À tous et à vos familles, belle et sainte année 2022 !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du samedi 1er janvier 2022, solennité de sainte Marie, Mère de Dieu, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 2, 16-21. Livre des Nombres 6, 22-27. Psaume 66.

Lettre de saint Paul aux Galates 4, 4-7.

 

Une année vient de s’écouler ! Ce n’est pas seulement un petit chiffre que nous allons changer (2021 devient 2022). L’année qui vient de se terminer est une année où nous avons vécu beaucoup d’événements soit joyeux, heureux comme des fiançailles, des mariages, des naissances, des changements de situation, mais aussi des événements douloureux, difficiles, délicats. Inutile de les énumérer, car nous savons bien ce que vous avons vécu tout au long de cette année.

Cependant, frères et sœurs, essayons d’être dans l’Action de grâce et si cela nous est trop difficile, demandons l’aide de l’Esprit Saint pour percevoir et rendre compte malgré tout, des événements beaux ou simplement heureux que nous avons vécus. 

Nous commençons donc une nouvelle année ! Que sera-t-elle ? Nous sommes bien incapables de le savoir, mais cependant, elle sera ce que nous souhaitons qu’elle soit … du moins autant qu’il est possible ! Dans la contingence des événements que nous pourrions traverser, nous restons toujours libres de faire du bien et de poser des actes charitables !

Le 1er janvier est le jour par excellence où nous sommes invités à nous émerveiller de ce que Dieu fait dans notre vie et aussi de la grandeur de la Vierge Marie. Être Mère de Dieu est une grâce inouïe, absolument unique. Une grâce que Marie a accueillie avec beaucoup d’humilité ; que dit-elle lors de l’Annonciation : « Voici la servante du Seigneur ! »

Chacun sait qu’il y a toujours un lien très particulier entre un enfant et sa maman ! C’est vrai aussi de Jésus et de Marie ! Cette maternité l’engage beaucoup, au plus profond d’elle-même. Nous entendons encore, huit jours plus tard, le récit de la visite joyeuse des bergers dans l’étable de Bethléem.

Marie a reçu un titre. Ce titre de Théotokos (du grec Θεοτόκος, « qui a enfanté Dieu », ou encore « Mère de Dieu ») nous dit quelque chose de l’humilité de Dieu, car Dieu accepte de naître d’une créature humaine. En même temps, ce titre nous dit sa confiance en Marie au moment où Dieu lui confie une telle mission : mission incroyable d’accueillir le Fils de Dieu en notre humanité.

Cette solennité de Marie, « Mère de Dieu, » est la plus grande fête en l’honneur de la Vierge Marie. Elle est le fondement de toutes les autres : si Marie est immaculée dans sa conception, c’est bien : 

  • en vue de sa mission de Mère de Dieu ; si on fête l’Assomption de la Vierge Marie, 
  • parce que Dieu ne pouvait pas laisser se dégrader ce corps qui l’avait porté.

Cette mission de Marie ne doit pas nous rendre envieux en disant : « quelle chance a-t-elle eu de recevoir la visite de l’ange, ou encore de vivre une telle proximité avec Jésus ! » 

Savez-vous que Dieu agit en nous d’une manière similaire à ce qu’Il a fait pour Marie ? Lorsque Dieu nous donne une mission qu’elle soit d’annonce, d’évangélisation ou de témoignage, Dieu ne nous prend pas pour des instruments purement passifs, inanimés. Il fait toujours appel à notre coopération et à notre liberté ! C’est ce qui permet de dire et de comprendre, quand l’œuvre est réalisée, qu’elle participe à la fois de la main de Dieu et aussi de la nôtre. 

Oui, Dieu a besoin de nous ! Pensons-y tout au long de cette nouvelle année : Dieu a besoin de notre intelligence, de notre cœur, de nos mains… pour porter le beau message de l’amour de Dieu pour tous ! Soyons persuadés que, chacun à notre niveau, nous sommes en capacité de témoigner de Dieu.

Prenons un exemple avec les rédacteurs des quatre évangiles ! Saint Jean n’écrit pas de la même façon que saint Luc ou saint Marc comme saint Matthieu. Chacun le fait avec sa grâce propre, avec ses talents, son intelligence, son tempérament, le vocabulaire dont il dispose … en réalité, c’est toujours la Parole de Dieu !

Si Marie a été appelée dans la gloire de Dieu, c’est aussi ce que Dieu veut faire pour nous, même si nous ne vivrons vraisemblablement pas une assomption comme Marie ; notre corps va se dégrader dans la terre. Gardons cela en mémoire : comme pour Marie, Dieu nous invite à partager et avoir part à sa gloire.

Perplexes ? Méditons cette phrase de l’évangile que nous venons d’entendre : « Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. »

J’aime beaucoup cette formule, à la fois délicate et respectueuse. Cette formulation signifie d’une certaine façon que Marie ne comprend pas tout et qu’elle découvre petit à petit le plan, toujours surprenant, du Salut de Dieu. Si elle ne saisit pas tout, comme nous-mêmes nous nous interrogeons sur le sens des événements, Marie fait confiance en tout à Dieu 

Quoiqu’il puisse nous arriver tout au long de cette année, 

faisons confiance en tout à Dieu, comme Marie !

Il nous faudra retenir et méditer les événements de notre vie. Sans cette méditation, nous risquerions de nous priver de mieux comprendre le sens du chemin que Dieu nous invite à prendre et peut-être même pire, de nous renfermer sur nous-mêmes en renonçant à Dieu !

Comment comprendre ?  Aujourd’hui, quand nous ne savons pas faire quelque chose, notre réflexe est de chercher un tutoriel sur internet et de nous débrouiller comme nous le pouvons. C’est peut-être très bien, sauf qu’avec une telle méthode nous restons bien seuls, appuyés sur nos seules forces. Marie n’est pas seulement un modèle à imiter pour mieux vivre de la vie de Dieu. Marie est une personne avec laquelle on entre en relation et qui peut agir puissamment dans notre vie par son intercession. Ce n’est pas pour rien qu’avant de mourir, Jésus a voulu nous donner sa Mère ! Rappelez-vous ce qu’Il dit au disciple du haut de la croix : « Voici ta mère. » Tout au long de cette année, rappelons-nous que nous pouvons égrener le chapelet, qui est la meilleure défense contre les forces du Mal.

La liturgie, en cette nouvelle année, nous propose l’ancienne prière de bénédiction (entendue dans la première lecture du livre des Nombres) que Dieu avait suggérée à Moïse pour qu’il l’enseigne à Aaron et à ses fils. J

e vous invite dès ce soir ou demain, à reprendre cette formule pour la donner, pour la proposer aux personnes que vous rencontrerez ; vous pourrez même la chanter :

« Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! » (Nb 6, 24-25)

Frères et sœurs, demandons à la Très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, sa présence, comme une maman soutient avec force ses enfants qui doivent partir en voyage, et cette nouvelle année est comme un voyage : qu’avec la lumière et la grâce de Dieu, que cette Bénédiction puisse être un chemin de paix pour chaque personne et chaque famille, pour notre paroisse, pour chaque pays et pour le monde entier. 

Demandons cette grâce pour chacun de nous tout au long de cette nouvelle année !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 29 décembre 2021, 5e jour dans l’octave de la Nativité, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 2, 22-35. Première lettre de saint Jean 2, 3-11. Psaume 95.

 

Si vous avez été attentifs à la liturgie de cette semaine après Noël, vous avez pu vous apercevoir que la chronologie est un peu en zigzag ! Un jour, nous nous trouvons au Temple et Jésus a 12 ans, un autre jour, nous sommes au calvaire au moment de la résurrection le dimanche de Pâques, puis nous retournons au massacre des saints Innocents et voilà qu’aujourd’hui, nous sommes, à nouveau, dans le Temple. 

Pour la première fois, Jésus, encore bébé, entre à Jérusalem et la présence du Christ Seigneur remplit le Temple.

Dans la foule anonyme du Temple, nous rejoignons un petit groupe qui passe presque inaperçu : des parents et un enfant et un vieillard qui arrive assez rapidement au-devant du tout jeune foyer.

Marie, la maman, serre dans ses bras l'offrande du monde, le propre Fils de Dieu ; et lui, Joseph, le papa, apporte l'offrande des pauvres : deux jeunes colombes. Quant à Syméon, il n'est ni prêtre, ni rabbi, ni lévite. Il n'était pas au Temple à attendre l'événement : il vient d'y arriver, poussé par l'Esprit Saint !

Il rejoint Marie et Joseph et, sans un mot, il reçoit l'Enfant : c'est la nouvelle alliance dans les bras de l'ancienne; c'est l'instant de fidélité que Dieu préparait depuis Abraham.

Puis, l'enfant au creux de ses bras, Syméon se met à bénir Dieu. L'Esprit, illuminant sa prière, lui dévoile son propre destin, le destin de l'Enfant et celui de sa Mère.

Pour lui-même, le vieil homme parle de départ et de paix : il peut s'en aller vers la mort, puisque déjà il a rencontré, vu et touché celui que Dieu donne pour la vie du monde : il s'en va, alors, dans la paix, parce que Dieu s'est souvenu de son amour. (C’est le cantique de Syméon.)

Pour l'Enfant, Syméon annonce un destin universel : il sera le Salut de tous les peuples, Salut d’Israël, à qui Dieu montre sa fidélité, et Salut des nations païennes, qu'il prend dans sa miséricorde (Rm 15,7-12). Tous les hommes seront éclairés par la lumière qui émane de cet Enfant.

Toi-même, ajoute Syméon, - un grand étonnement passe dans le regard de Marie – « un glaive traversera ta vie » ; l'épreuve révélera le fond de ton cœur ; l'inconnu, l'imprévu, l'incompréhensible réclameront de toi, avec ta disponibilité de servante, un surcroît d'amour et de pauvreté. Littéralement, même si certains évènements pourront t’étonner et même te surprendre, fais confiance en Dieu !

Quant à nous, frères et sœurs, suivons, rien que pour aujourd'hui, la démarche de Syméon, poussé par l'Esprit : entrons dans l’intériorité de notre prière, recevons l'Enfant ! Marie nous le prête un instant ; de fait, elle nous le donne chaque jour.

Tout au long de ce jour, spirituellement, gardons l’Enfant doucement au creux de nos bras, dans notre cœur ; quand nous recevons l'Enfant Jésus, ce n’est pas Lui que nous portons, c'est lui qui nous porte, c’est Lui qui nous conduit.      

                                                                        Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 27 décembre 2021, fête de saint Jean, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Jean 20, 2-8. Première lettre de saint Jean  1, 1-4. Psaume 96.

 

Les jours s’écoulent vite ! Dans la nuit du 24 au 25 décembre, nous avons vécu la naissance du Sauveur dans le concret d’une famille près du champ des Bergers ! L’assemblée était nombreuse, joyeuse. Au petit matin, nous sommes venus nous prosterner, avec les bergers, devant l’Enfant Dieu. Le 25, jour de Noël, nous avons entendu le Prologue de saint Jean. 

En prenant un peu de hauteur, nous avons pu découvrir davantage le plan du salut de Dieu, la raison de la venue de Jésus en notre humanité ! Nous le savons, ce Salut va passer par le refus de Dieu ! 

Hier, dimanche, nous avons fêté la Sainte Famille et nous avons retrouvé Jésus à l’âge 12 ans dans le Temple face aux docteurs de la Loi, aux scribes, aux prêtres, tous étonnés de sa connaissance et sa sagesse.  

Avec ses réponses éclairantes, le jeune Jésus est en train de vivre (pourrait-on dire) une première « évangélisation ». Sa naissance s’est manifestée pour faire advenir la Lumière et le Pardon dans un univers de guerre. Il proclame cette beauté fragile dans un monde de mensonge. 

Aujourd’hui, en faisant mémoire de l’Apôtre saint Jean, nous effectuons un bond de presque 33 ans pour arriver au matin de Pâques et à l’annonce de la Résurrection de Jésus : la vérité de son Amour vainqueur est là, la lumière brille dans les ténèbres ! 

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, celui du matin de Pâques, saint Jean a encore, sans doute, dans les yeux les scènes tragiques du Vendredi saint.

Quand Marie de Magdala arrive en courant à la recherche de Jésus, elle est affolée : que se passe-t-il ?

 « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Celui que Jésus aimait court avec Pierre pour prendre la mesure des paroles de Marie de Magdala.

Les voilà arrivés ! Ils traversent le petit jardin, en contrebas du Golgotha. Jean se penche, regarde rapidement, puis s’efface pour laisser entrer Pierre, qui est l’aîné et le responsable de leur petite communauté. Pierre regarde : les linges sont là, à la place du corps ; le suaire est là aussi, à la place de la tête, bien roulé à part. Il se dit intérieurement : « Les femmes ont raison ! On a enlevé le Seigneur. » 

Pierre regarde, mais ne voit pas ! Pas encore ! Ils cherchent comme les saintes femmes, le corps sans vie de Jésus ! Ils cherchent un cadavre !

C’est alors,nous dit l’évangile, que le disciple que Jésus aimait entre à son tour : "Il voit et il croit". En fait, Jean ne voit « rien » de plus. Il voit la même chose que Pierre ! Il ne voit pas encore le Christ ressuscité. Mais il voit « en creux » l’accomplissement de la promesse du Christ dans les linges restés à leur place : si le corps est absent, c’est qu’Il est vivant ! C’est ce que nous appelons 

la foi : c’est-à-dire, croire sans avoir vu !

Nous sommes, frères et sœurs, encore dans la contemplation du mystère de la Nativité. Durant cette nuit de Noël, nous avons prié, nous nous sommes prosternés devant l’Enfant Jésus ! 

Qu’avons-nous fait ? 

Avons-nous juste regardé la crèche, aussi belle soit-elle ? 

Nous sommes-nous arrêtés au merveilleux de la nuit de Noël, mais pris par notre quotidien, le train-train des jours qui passent, nous ne sommes pas allés plus avant dans cette révélation ? 

Ou, avons-nous vuet avons-nous cru réellement que cet enfant est notre Salut ?

En prière devant nos crèches, demandons d’être renouvelés dans la grâce de la foi, c’est-à-dire de croire sans voir ! C’est un don et une grâce que le Seigneur veut nous donner pour peu que notre cœur « voit » autrement et s’ouvre véritablement !

Demandons cela pour chacun de nous ce matin, pour nos familles, notre communauté et pour le monde !   

                                                                           Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 26 décembre 2021, fête de la Sainte Famille, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 2, 41-52. 1er livre de Samuel 1,20-22.24-28. Psaume 83. 

Première lettre de saint Jean 3, 1-2. 21-24.

 

Chers amis, j’espère que vous avez pu vivre un beau Noël, simple, chaleureux et priant. J’espère aussi que vous avez pu communiquer à toutes les personnes qui n’ont pu se rendre à cette fête de la Nativité de goûter cette joie de Noël !

Au lendemain du 25 décembre, nous fêtons immédiatement, cette année, la Sainte Famille. Il s’agit de la famille de Nazareth, celle de Jésus enfant avec ses parents Marie et Joseph. Une Sainte Famille, avec ses joies et ses difficultés, dont nous venons d’entendre une des péripéties les plus connues, un des rares événements que les Évangiles nous rapportent de l’enfance de Jésus. 

Regardons ensemble, si vous le voulez bien, cet épisode qui nous est proposé aujourd’hui. Il peut ressembler, au moins dans sa forme, à des situations qui peuvent nous être familières ! 

        Que se passe-t-il ? Jésus semble échapper à la vigilance de ses parents ; ils sont à Jérusalem en pèlerinage. Jésus vient d’avoir 12 ans et la précision est importante, car pour les juifs de cette époque, c’est l’âge de l’entrée dans la vie adulte. Aujourd’hui, cet âge est plutôt celui de l’adolescence avec bien des crises ! 

Lorsque ses parents le retrouvent enfin au bout de trois jours, la réponse de Jésus les laisse stupéfaits. Nous le serions aussi à leur place ! Que dit Jésus : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? »  

Comment Jésus peut-il s’étonner de ce que ses parents le cherchent ? Encore plus déconcertant, Il ajoute : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père? »

Remarquez, ce ne serait pas la première fois ni la dernière, que des parents ne comprendraient pas leur enfant devenu adolescent ! 

        Une supposition ! Jésus serait-il dans une phase rebelle ? L’évangéliste Luc nous donne des éléments clairs pour enlever de nous cette idée, car nous avons entendu que : « Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth et il leur était soumis » puis, plus loin : « il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes ».

Alors, que nous dit ce récit, en vérité ? Pourquoi saint Luc a-t-il jugé bon d’inclure cet épisode dans son évangile ? Sans doute, est-ce Marie qui lui a fait cette confidence !

De cet épisode, nous pouvons retenir trois enseignements 

- Premier enseignement : oui, Jésus est un homme ordinaire. Il a un père et une mère qui l’élèvent, s’occupent de son éducation, en suivant les rites de leur temps et qui prennent soin de Lui. Il a été enfant, comme tout le monde, Il a parfois déconcerté ses parents, avant de devenir Celui qui proclamera la Bonne Nouvelle sur les routes de Palestine. 

- Deuxième enseignement : non, Jésus n’est pas un homme ordinaire. Dès qu’Il quitte son statut d’enfant pour celui d’adulte, Il se comporte en adulte et commence immédiatement sa mission : interpeler les personnes influentes de son temps, les religieux et les maîtres sur leurs connaissances, leur enseigner ses propres réponses, dans ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui une « première évangélisation ». Surprenant !

- Troisième enseignement : non, Jésus n’est pas seulement qu’un homme extraordinaire : Il est fils de Dieu, celui que nous avons accueilli hier dans la crèche, que nous avons adoré ; Il est celui que les anges ont chanté et que les bergers, à la fin de la nuit, sont venus visiter ! Il l’affirme lui-même lorsqu’Il répond : « c’est chez mon Père que je dois être ». Quand il dit « mon Père », il parle bien évidemment de Dieu, le Dieu qui s’est révélé à Abraham, Moïse, David ; le Dieu qui s’est manifesté à Marie et à Joseph avant la naissance de leur Enfant, Jésus.

Ce récit exprime déjà le Mystère de l’Incarnation (In-Carné : dans la chair). 

Quel est l’impact de cette fête de la Sainte Famille pour nous aujourd’hui ?

Si Dieu a choisi de naître dans une famille, ce n’est pas sans signification. Cela nous dit l’importance de la famille, aux yeux de Dieu. 

  • Importance de la famille, avec une place spécifique et non interchangeable pour chacun de ses membres. Une famille éducatrice, un père, une mère, et un enfant accueilli, reçu pour lui-même, un enfant sujet, et non pas objet obtenu de droit, non pas « objet de revendication ». L’accueil de l’enfant (un ou plusieurs) est un don, fruit de l’amour ; c’est ce qui fonde la famille. (J’ai une prière particulière aux couples en attente d’enfant.)
  • La fête de la Sainte Famille est aussi l’occasion de fêter nos propres familles, au lendemain de Noël où beaucoup de familles (avec les restrictions sanitaires que nous connaissons) ont eu le bonheur de se retrouver, de se rassembler autour d’un repas, de se téléphoner et d’échanger quelques nouvelles… bref, de manifester notre attachement aux uns et aux autres. 
  • Cela peut paraître bien banal, mais ne manquons pas de fêter nos familles, ces petites cellules dans lesquelles tant de choses importantes se jouent. C’est le lieu où naît, grandit et s’expérimente la relation aux autres, cet irremplaçable amour avec toutes ses déclinaisons : amour conjugal, filial, paternel, maternel, fraternel. La famille est le lieu où l’amour se découvre !
  • La famille est aussi le premier lieu de vie pour chacun (accueil lors de la naissance), et le dernier lieu de sécurité pour beaucoup au moment de la vieillesse.

Même si notre société, jouant le chaud et le froid, déstabilise la famille, nous savons bien qu’en même temps beaucoup de personnes rêvent d’une famille stable et aimante ! La famille est la valeur sûre et stable de nos existences.

        Souvent la Sainte Famille nous est donnée en exemple, mais si nous sommes réalistes, nous constatons qu’il n’y a pas de famille parfaite. Nos familles cheminent cahin-caha sur le chemin de la vie, mais c’est justement, dans le désir de pardon et d’amour, de crises surmontées et de nouveaux départs que nos familles pourront se stabiliser et grandir en sainteté !

Frères et sœurs, cette fête est donc l’occasion d’une prière renouvelée ! 

Seigneur, toi qui nous a donné de transmettre la vie au cœur d’une famille,

et comme Tu l’as toi-même souhaité pour ton propre fils ; 

En cette fête de la Sainte Famille, nous te rendons grâce pour nos familles humaines 

et pour nos familles spirituelles.

Permets que tout enfant puisse connaître un père et une mère aimants 

pour grandir dans l’équilibre et dans la paix !

 

C’est la prière d’action de grâce que nous pouvons exprimer en ce jour, tous ensemble !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du jour de Noël 2021, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 1-18. Livre du prophète Isaïe 52, 7-10. Psaume 97.

Lettre aux Hébreux 1, 1-6.

 

Chers amis, je vous pose une petite question pour commencer cette homélie, mais rassurez-vous, je ne suis pas là pour vérifier vos réponses.

Êtes-vous allés aux messes, celle d’hier soir, de cette nuit ou encore à celle de l’Aurore ce matin très tôt ?

Cette question me permet simplement de vous dire que je suis toujours frappé par le contraste entre les trois messes de Noël. Si vous êtes des lecteurs d’Alphonse Daudet, vous souvenez qu’il y a au moins trois messes de tonalité différentes !

  • - Trois messes pour marquer l’importance de cette incroyable naissance. 
  • - Trois messes pour aborder différemment Celui que nous célébrons !

Lors de la messe de cette nuit, l’église était bondée, et nous avons écouté le récit merveilleux de la naissance de Jésus ! Nous avons pu prier, adorer, prendre du temps devant la crèche. Sans doute, avez- vous installé dans votre appartement ou dans votre maison, la crèche, y déposer l’Enfant Jésus cette nuit, faire une prière, chanter un refrain. 

Lors de la messe de l’Aurore, tôt ce matin, dans l’obscurité de la nuit, avec juste quelques petites bougies allumées, nous nous sommes remémoré la visite joyeuse et intime des bergers à la crèche avec les anges qui chantent : « Gloria… ». 

Les bergers avaient décidé d’aller voir celui qui leur avait été annoncé et ils se sont déplacés jusqu’à Bethléem. Là, ils ont vu Marie, Joseph et l’Enfant Jésus, dans l’humilité de la crèche. 

Chers amis, cette troisième messe, la messe du jour que nous vivons maintenant nous invite à une belle et profonde méditation en saint Jean. Elle nous permet de prendre un peu de hauteur pour mieux comprendre le Plan de salut de Dieu : le mystère du Salut en Jésus ! Oui ! Nous qui sommes chrétiens et témoins, cela nous concerne, car c’est de notre salut dont il est question !

De fait, les lectures de ce jour de Noël complètent, si vous me permettez cette comparaison, le faire-part de naissance de Jésus, fils de Marie et de Joseph. 

L’auteur de la lettre aux Hébreux nous dit qu’Il est l’expression parfaite du Père, littéralement « Consubstantiel » au Père ; saint Jean, dans son prologue nous redit qu’Il est lumière, et Isaïe qu’Il est porteur de paix

L’enfant de la Crèche, vrai homme, est : Dieu, Lumière et Paix !

 

Si je rédige la première ligne de ce faire-part, ce pourrait être : Jésus est Fils du Père !

C’est-à-dire qu’Il est l’expression parfaite (consubstantiel  de la même substance divine) de l’être du Père : relation unique et très étroite, qui exprime que Jésus est bien le Fils de Dieu, né du Père. Il est de nature humaine, tout comme nous, mais Il est aussi de « substance divine ».

La Vierge Marie le savait dès l’Annonciation : cet enfant ne sera pas juste un enfant parmi d’autres, mais Il pourra dire plus tard en vérité : « le Père et moi, nous sommes un. » Jésus nous dit qui est le Père, et Il nous le dit dès sa naissance : II est celui qui se penche vers l’homme, qui en prend la condition, se fait petit enfant pour que nous ayons la vie, pour notre salut.

 

La deuxième ligne du faire-part pourrait être : Jésus est lumière du monde !

C’est-à-dire que cet enfant de la crèche apporte la lumière, la lumière dans le couple bien sûr, mais la lumière du monde ! L’émouvant prologue de saint Jean nous redit que le Verbe : « était la vie et la Vie était la lumière des hommes. »Cette lumière ne s’arrête pas à la chair, elle dit le plus profond de l’homme, elle illumine son cœur. 

La révélation de Noël, c’est que nous pouvons maintenant voir Dieu face à face en Jésus, et Lui peut nous regarder en nous partageant sa vie. 

C’est une grande chance et une grâce pour nous qu’il en soit ainsi : car en Lui nous découvrons qui est Dieu ! « Qui me voit, voit le Père » (Jn 14,9)

En le regardant, à qui le veut, nous vivons déjà d’une autre vie, nous resplendissons d’une autre lumière, jusque-là, toutes deux cachées aux hommes.

 

Et voici la troisième ligne du faire-part Jésus est celui qui porte la Paix et annonce la Bonne Nouvelle !

Nous pouvons nous demander, sans doute : peut-on vraiment affirmer cela face à toutes les terribles violences de notre monde qui reste baigné dans une humanité bien souvent, sans Dieu et sans réelle compassion. 

Oui, je le crois profondément, toute la vie de Jésus en témoigne, jusqu’à son procès devant Pilate et à sa mort même : Il vient renverser les puissants de leurs trônes, élever les humbles, donner au monde la paix. La paix dont nous parlons n’est pas n’importe quelle paix, mais c’est celle qui vient de Dieu. Elle ne se réduit pas à un subtil et fragile équilibre entre des forces antagonistes, jamais rassasiées. Contrairement à tant de beaux parleurs et despotes autoproclamés, Jésus n’a jamais porté d’autres armes que celles de la vérité et de la justice ; Il n’a jamais eu aucun lien avec les forces de mort, et bien au contraire, Il a combattu la mort et Il l’a vaincue. 

Par Jésus et en Jésus, se trouve donc déjà pour nous la paix véritable, celle du Paradis que nous avons perdue après la faute de nos pères, celle à laquelle nous aspirons pour trouver toujours plus sur notre terre : de fait, nous rêvons du Ciel !

Alors, messe du soir, de l’aurore ou messe du jour, il n’y a pas à choisir, mais à les vivre toutes : c’est la proposition que je vous lance pour l’année prochaine, car c’est le même mystère que nous sommes invités à accueillir sous toutes ses formes, pour notre plus grande joie !!!

Comprendre Noël : 

  • C’est comprendre que Dieu ne nous abandonne pas !
  • Qu’un Salut est déjà là !
  • Que le Fils de Dieu nous regarde, et son regard est un regard d'enfant.

Permettez-moi de vous souhaiter à nouveau : Joyeux et saint Noël à tous ! Alléluia !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du lundi 20 décembre 2021, 4e semaine du temps de l’Avent, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 26-38. Livre du prophète Isaïe 7, 10-14. Annonciation.

 

Comme je vous le disais récemment, ces jours qui précèdent Noël nous invitent à revoir avec un regard neuf l’Histoire Sainte d’un peuple en attente. D’une façon accélérée, nous revisitons les éléments essentiels de la promesse de Dieu : la venue du Sauveur !

Coquetterie de la liturgie : nous entendons aujourd’hui, le récit de l’Annonciation dont nous avons entendu, hier (dimanche) la suite dans le récit de la Visitation.

 Revisiter l’Histoire sainte, c’est remonter des siècles en arrière pour entendre et découvrir, à nouveau, la fidélité de Dieu. 

Avec la 1re lecture du livre d’Isaïe, nous assistons à l'une des pages les plus dramatiques de l'histoire du peuple d'Israël ; nous sommes vers 735 av. J.-C. L'ancien royaume de David est divisé en deux petits royaumes, depuis environ 200 ans ; il y a deux rois et deux capitales : la Samarie au Nord, Jérusalem au Sud ; c'est là, à Jérusalem, que règne la dynastie de David, celle dont naîtra le Messie.

Un jeune roi de 20 ans, Acaz, vient de monter sur le trône de Jérusalem, et dès le dernier son des trompettes du couronnement, il doit prendre des décisions très difficiles.

La Bible n'est pas un livre d'histoire, nous le savons bien ! Si les paroles du prophète Isaïe nous ont été conservées et transmises, c'est parce que la question qui se pose au Roi Acaz est d'abord une question de foi. Pour prendre des décisions valables, il doit s'appuyer sur sa foi, c'est-à-dire ne compter que sur Dieu seul : Dieu a promis que la dynastie de David ne s'éteindrait pas ; 

Dieu a promis, Il tiendra ses promesses. Il n'abandonnera pas son peuple. C'est la certitude d'Isaïe.

C’est cette espérance, cette certitude qui va traverser les siècles de génération en génération. Dieu a un plan et ce Plan du Salut passera par le « OUI » de Marie et celui de Joseph.

Dans ce récit de l’Annonciation, nous pouvons entendre que si Marie a bien saisi ce Projet de Salut, sa question montre notre difficulté de compréhension. C’est pourquoi elle se permet de rappeler à l’Ange qu’elle est encore une jeune fille et que dans son projet de vie, elle ne peut ni ne désire concevoir d’enfant.

Nous connaissons la réponse de l’Ange. L’ange évoque et récapitule toutes les promesses messianiques, tout en les dépassant infiniment. Voilà ce qu’il répond : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint. » On savait que le Messie serait investi de la puissance de l’Esprit Saint pour accomplir sa mission de salut ; Isaïe, par exemple, avait dit : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines, et sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR » (Is 11,1-2). 

L’annonce de l’Ange, ici, va beaucoup plus loin : car l’enfant ainsi conçu, sera réellement Fils de Dieu : « celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu ».

Si je vous redis tout cela ce matin, c’est pour que nous soyons bien persuadés que Dieu a un Plan de salut pour nous et qu’Il ne nous abandonne pas, même si nous ne saisissons pas tout. 

Je termine avec un dernier point ! Une question m’est souvent posée : finalement, quel est le prénom de cet enfant ? Est-ce Jésus (comme dans l’évangile) ou Emmanuel (comme dans la 1re lecture) ?

De fait, cet enfant sera bien appelé Jésus, nous le savons bien (cela veut dire « le Seigneur sauve son peuple de ses péchés »), mais quand Il quittera les disciples pour rejoindre son Père, Il leur dira : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps », ce qui est la traduction du nom Emmanuel.

Jésus, Emmanuel : être sauvé de ses péchés, c'est tout simplement savoir que Dieu est avec nous, ne plus jamais douter de « vivre en sa présence » !

À quelques jours de Noël, puissions-nous, frères et sœurs, méditer tous ces événements, faire confiance en Dieu, comprendre que Dieu a un Plan de salut et que ce Plan de salut, c’est Jésus !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 19 décembre 2021, 4dimanche de l’Avent, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 1, 39-45. Livre du prophète Michée 5, 1-4a. Psaume 79. 

Lettre aux Hébreux 10, 5-10.

 

Voici que l’ange est venu annoncer une nouvelle étonnante à Marie et Marie a dit « OUI » au projet de Dieu ! L’ange Gabriel vient tout juste de la quitter et le « Oui » de Marie est total, entier ! La voilà partie « en hâte », vers le haut pays de Juda, à la rencontre de sa vieille cousine qui est enceinte et en est à son sixième mois ! 

L’ange lui avait dit : « Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’. 

Car rien, (rien) n’est impossible à Dieu !

       Dès son arrivée, les deux femmes se saluent ! En lisant un peu entre les lignes, en réalité, elles se saluent sur le seuil de la Nouvelle Alliance : l'une est vieillissante, l'autre encore toute jeune. À elles deux, elles résument toute l'histoire sainte :

  • derrière Élisabeth, toute ridée, se profilent de longs siècles de préparation, de longs siècles d’attente et d’espérance 
  • et Marie, rayonnante, sans tache ni ride, annonce l'Église de Jésus.

Elles ont en commun leur espérance et leur maternité, mais surtout, elles partagent le fait que leur maternité les engage tout entières dans le plan de Dieu. Leurs deux enfants sont des enfants de l'impossible : Élisabeth était stérile, et Marie avait décidé de rester vierge.

Toutes deux témoignent dans leur chair que rien n'est impossible à Dieu ! 

Deux femmes, deux maternités ! Cependant, il y a une différence entre les deux bébés qu'elles portent ! L'un, par miracle, est le fils de Zacharie, l'autre, par miracle, est le propre Fils de Dieu. 

Au seuil de la maison, c’est Marie qui salue la première ! Dès que le son de sa voix parvient à Élisabeth, celle-ci sent son enfant tressaillir dans son sein. Il n'y a là, en soi, rien d'extraordinaire pour une mère qui en est à son sixième mois, mais l'Esprit Saint fait danser d’allégresse le petit Jean-Baptiste. L’Esprit Saint dévoile à Élisabeth la portée de cette jubilation de l'enfant, au moment même de l'arrivée de Marie.

      Élisabeth, dans un grand cri, annonce ce que l'Esprit Saint vient de lui révéler, et son exclamation est une double bénédiction : 

  • « Bénie es-tu entre toutes les femmes ! 
  • Béni est le fruit de ton sein ! »

En un éclair, le temps d'un « cri de Jubilation » : Élisabeth comprend et tout de suite elle se situe à sa vraie place

Elle, l'ancienne, s'efface devant la jeune mère du Messie, avec cette question : « D’où m'est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Elle ajoute ensuite, en quelque sorte : « Mon enfant a compris avant moi, puisque, en moi, il a tressailli d'allégresse quand tu t'es approchée, toi Marie,  porteuse du Messie ! »

Ainsi le face-à-face des deux mères ne fait que transcrire la rencontre invisible des deux enfants. 

  • Jésus revêt sa mère de sa dignité de Mère de Dieu ; 
  • Jean éveille sa mère à l'accueil du mystère des œuvres de Dieu. 

Sans doute avez-vous déjà admiré des icônes représentant les deux femmes en train de s’embrasser, leurs deux ventres tout proches comme symbolisant la rencontre des deux enfants !

Marie en arrivant, porte son lourd secret, et voilà qu'Élisabeth le crie au monde. 

Élisabeth commençait seulement à s'habituer à son propre bonheur, et elle découvre, à livre ouvert, dans le cœur de la Vierge, une Annonce attendue depuis des siècles, une joie encore plus indicible que la sienne :

  • Pour la première fois dans le monde, la venue du Messie est reconnue.
  • Pour la première fois, Marie, jeune mère, est accueillie comme porteuse de l'espoir du peuple de Dieu.

Quelle joie ! Tout s'accomplit selon la promesse : le Christ est venu, il vient, et il viendra

À quelques jours de Noël, nous voici exhortés à renouveler notre regard, notre intelligence et  notre capacité d’émerveillement ! 

Beaucoup d’entre nous connaissent d’avance tous les éléments qui révèlent cette naissance, et nous savons déjà tout ce qui va s’y dire. 

Pourtant, frères et sœurs, ne faisons pas de ce Noël, une simple répétition de celui de l’année dernière ! Préparons-nous à le découvrir dans une espérance renouvelée ! Accueillons la JOIE de Noël ! Laissons notre cœur « être comblé de joie » parce que cet enfant, nous le croyons, est la réponse au désir de bonheur de toute l’humanité.

Frères et sœurs, ne manquons pas le rendez-vous avec l’Enfant Jésus ; bousculons peut-être notre manque de disponibilité intérieure, notre lassitude, nos manques d’espérance, notre fatigue… et surtout sortons de notre routine !

Croyons ! Renouvelons notre regard !

Aidons-nous à vivre ce temps de Noël comme un magnifique cadeau de Dieu, 

comme une belle et incroyable Visitation que Dieu veut personnellement  nous faire vivre !

Que nous soit accordée en cette fête une simplification du cœur ! Ne courrons après ce qui est superflu ou artificiel ! Gardons cette simplicité du cœur ! Croyons que rien, rien n’est impossible à Dieu !

Frères et sœurs, demandons cette grâce pour chacun de nous ici présents, pour toutes les personnes chrétiennes ou non, qui ont déposé une prière dans cette église et pour nos familles ! 

Puissions-nous nous entraider et partager la joie de Noël !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 15 décembre 2021, 3e semaine du temps de l’Avent, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 7, 18b-23. Psaume 84. Livre du prophète Isaïe 45,6-8.18.21b-25.

Messe de Rorate

 

Nous sommes, ce matin, dans l’église tout obscure, éclairée simplement par de petites flammes. Elle représente peut-être un peu notre état d’esprit et nos difficultés à nous poser autrement. Comment réagissons-nous dans le quotidien de notre vie ? Voyons-nous clair, ou sommes-nous dans l’obscurité ? Qui est Jésus pour moi ?

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

Cette question, que nous avons entendue deux fois dans l’évangile, est surprenante ! Le Précurseur est-il pris d’un doute, Lui qui pourtant avait vu « l’Esprit descendre sur Jésus et demeurer sur lui » (Jn 1, 33) ? Ou bien veut-Il que ses disciples se rendent compte par eux-mêmes de son identité, en allant Le rencontrer personnellement ? 

Il est vrai que Jésus ne correspond en rien à l’image qu’ils s’étaient faite de Lui : où est-il donc ce « plus puissant » que Jean, celui qui : « baptiserait dans l’Esprit Saint et le feu » ; Celui qui exercerait le jugement et séparerait le grain de la paille, et brûlant la paille au « feu qui ne s’éteint pas » (Luc 3, 16-17) ? 

Car, loin de tout éclat de force, voilà qu’au contraire Jésus s’intéresse aux plus petits, aux malheureux ; Il prend du temps avec les personnes malades, Il s’adresse à la foule des petites gens qu’Il déclare bienheureux. Qu’est-ce que cela veut dire ? 

Que peut-Il bien attendre de ces marginaux, de ces “sans pouvoir“, de ces hors-la-loi de Dieu ? Sans compter qu’en mangeant avec les publicains et les pécheurs, Il se met à dos les chefs religieux qui auraient dû être des alliés dans la grande réforme qu’Il est supposé instaurer. 

Beaucoup de questions traversent donc l’esprit des disciples de Jean :

  • Pourquoi reste-t-il ainsi dans la pénombre avec les pauvres, mendiant, errant de village en village, dormant à la belle étoile et se nourrissant de ce qu’on lui offre ? 
  • Pourquoi favorise-t-Il de miracles et de prodiges des personnes sans aucun « poids » religieux ou politique ? 
  • Finalement, qui est donc ce Jésus ? « Est-il celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

Avant de nous scandaliser de l’attitude des disciples du Baptiste (en pensant qu’ils n’auraient rien compris), demandons-nous si cette question lancinante ne nous a pas traversée nous-mêmes, tant il est vrai que le Dieu que nous révèle Jésus-Christ ne correspond pas - ou si peu - à la représentation que nous nous étions faite du Tout-Puissant, quelqu’un de magicien, capable de régner sur le monde et sur nous-mêmes, faisant disparaître d’un coup de baguette magique toute pauvreté, toute guerre et  toutes difficultés ! 

Pour beaucoup, même pour certains chrétiens, Noël reste une énigme, voire une surprise et peut-être même un scandale ! Dieu serait donc un enfant ! Allons, soyons sérieux ! Dieu est Dieu !

Et pourtant ! 

Noël, ce mystère de la Nativité, dans la petitesse de l’Enfant de la crèche nous fait déjà découvrir la pédagogie de Dieu ! Mystère à méditer et méditer à nouveau…

Car :

 Tel est notre Dieu, et il n’en est pas d’autre. 

                                                                                                            Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 13 décembre 2021, 3e semaine du temps de l’Avent, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 21, 23-27. Psaume 24. Livre des Nombres 24,2-7.15-17ab.

 

            Il y aurait beaucoup de commentaires à faire sur les différentes raisons pour lesquelles nous refusons parfois de répondre à l’appel de Dieu ou simplement de témoigner de Lui.

            J’aimerais avec vous, ce matin, m’arrêter sur un mot : autorité !

Voilà certainement, frères et sœurs, un des mots-clés de ce passage de l’Évangile. Vous l’avez entendu, il se trouve au début et à la fin du texte : « Par quelle autorité fais-tu cela ? »

Nous retrouvons ce même mot dans d’autres chapitres : « On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité. » (Marc 1, 21-28) 

Tous ceux qui écoutent Jésus conviennent : « Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! »

Non seulement Jésus commande aux esprits impurs, mais Il enseigne avec « autorité ». Il ne parle pas en l’air : sa parole a du poids, elle agit sur les choses, elle transforme le monde. Car Jésus n’est pas un homme savant, porteur simplement de belles paroles ; non ! Il est la Parole même de Dieu, le Verbe fait chair. Il est la présence même de Dieu sur terre. Il dit, et cela est ; Il commande, et ceci existe ! Comme nous venons de l’entendre : « Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. », affirme le Psalmiste (Ps 24). 

On n’enchaîne pas la Parole de Dieu, dira saint Paul à Timothée, et aujourd’hui encore, dans l’Église, nous accueillons cette belle parole, puissante, libératrice, qu’on a commencé à entendre il y a deux mille ans en Galilée. Cette Parole n’est jamais autoritaire, mais elle est pleine d’une autorité qui éveille et interpelle. Il est vrai que ce mot « d’autorité » n’a pas très bonne presse aujourd’hui. Nous sommes encore dans ce courant soixante-huitard de “il est interdit d’interdire !“ où chacun fait ce qu’il lui plait (certains le pensent encore !).

Mais connaissons-nous son étymologie ? Que signifie le mot : autorité ? 

Vous le savez peut-être, le mot autorité vient du latin « auctoritas » et du verbe « augere » qui signifient faire croître, faire grandir ! L’autorité, au sens premier, est le pouvoir de faire grandir, de susciter, de développer ce qu’il y a de bon chez l’autre. De fait, c’est bien la mission des parents vis-à-vis de leurs enfants : les faire grandir avec amour, mais aussi avec une « autorité » bienveillante et responsable !

Frères et sœurs, confions-nous, nous-mêmes, à l’autorité de Jésus Sauveur. Que sa présence, dans le capharnaüm de nos pauvres vies, soit le rayon de soleil qui nous éclaire. Que sa parole puissante chasse de nous tout ce qui pourrait nous oppresser, tout ce qui pourrait nous asservir. 

Que son autorité nous fasse grandir et porter du fruit ! 

Nous sommes invités à ouvrir nos oreilles, notre cœur pour entendre la Parole de Jésus ! Demandons cette grâce pour nous, ce matin, pour notre communauté, nos familles, notre paroisse et pour le monde ! 

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 12 décembre 2021, 3 dimanche de l’Avent, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 3, 10-18. Livre du prophète Sophonie 3, 14-18a. Cantique, Isaïe 12.

Lettre de saint Paul aux Philippiens 4, 4-7.

 

Chers amis, c'est aujourd'hui le « dimanche de la joie – dimanche de Gaudete ». Comme je vous le disais en introduction, le prêtre est revêtu à cette occasion, (comme au dimanche de mi-carême : « Dimanche de Laetare »), d'une chasuble de couleur rose pour signifier déjà, cette lueur du début de la journée, le rosé du jour qui se lève, l’aurore de la nouvelle extraordinaire de la naissance de l’Enfant Dieu.

Oui, les chrétiens sont porteurs du plus formidable message de bonheur : Dieu est avec nous ! Si vous avez été attentifs aux différentes lectures, l’invitation est tonique :

·      Avec le prophète Sophonie, nous sommes invités à faire avec Dieu comme un tour de danse ! « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations. Réjouis-toi. Tressaille d’allégresse... Car le Roi, ton Seigneur, est en toi ! Ton Dieu est en toi : il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête ! »

·      Et saint Paul de surenchérir : « Soyez dans la joie. Que votre sérénité soit connue de tous. Le Seigneur est proche. »

Frères et sœurs, l’invitation est là, mais sommes-nous dans la joie ?

Ce week-end a été, pour moi, un temps particulièrement riche et joyeux : hier soir, nous avons vécu une belle célébration avec les personnes malades, fatiguées, âgées qui ont reçu le sacrement de l’onction des malades ; ce matin, nous étions avec les enfants du catéchisme et à la messe de 10H30 en l’église saint Vincent de Paul, nous avons accueilli les couples de fiancés qui se préparent au mariage. 

Aux enfants du catéchisme, je posais cette question : « Voulez-vous être heureux ? Voulez-vous vivre dans la joie ? »Inutile de vous donner la réponse ! Quand j’ai rencontré les fiancés, à la question posée : « Voulez-vous être un couple uni et joyeux ? » là aussi, avec un regard brillant, c’est bien un « oui » retentissant et franc qu’ils ont répondu.

Et vous-même, ici dans cette assemblée, en ce dimanche froid, mais ensoleillé, regardez votre cœur : voulez-vous être heureux ? Voulons-nous vivre dans la joie ? Oui, sans aucun doute ! 

Et bien, vous avez raison ! Nous avons raison de demander cette joie !

Mais peut-être pouvons-nous nous poser une question : cette joie de Dieu, cette joie qui doit remplir notre cœur, est-elle possible ? Selon ce que nous vivons, selon ce que nous expérimentons, peut-être que, à certains moments de notre vie, aux moments les plus difficiles, nous constatons que cette joie n’est pas évidente, pas facile… Oui, sans aucun doute ! À d’autres moments, nous expérimentons une vraie joie. 

Mais attention, de quelle joie parlons-nous ? De quelle joie le Seigneur veut-Il nous combler ? En effet, il est important de réfléchir pour découvrir de quelle joie nous parlons.

Si les enfants de ce matin m’ont répondu “oui“ au bonheur, peut-être que certains pensaient aux cadeaux éphémères des grandes surfaces ou à ceux qu’ils découvriront le soir de Noël ? Bien souvent les futurs mariés qui ont répondu “oui“ à bâtir dans la joie un couple uni et joyeux,  pensaient à une vie de couple sans nuages et sans crises ! 

Je tiens à vous le redire ; oui ! Nous sommes faits pour la joie ! Mais pas pour n’importe quelle joie !!!

Il y a quelque chose d’important à découvrir ! La joie n'est pas d'abord le « gros fun » ou la grande sensation ! Elle n'est pas présente quand j’entends des jeunes me dire : « Je vais m’éclater en boite », quand elles ne sont pas fermées… Elle est rarement au bout d'un joint, ou au fond d'une bouteille d’alcool ou dans les jeux virtuels sur Internet. Le problème est que, peut-être, nous confondons facilement la vraie joie avec un sentiment superficiel de bien-être, d’une joie passagère, d’un bonheur c’est-à-dire “d’une bonne heure de joie“ que nous pouvons trouver parfois dans l'amusement. Reconnaissons que nous cherchons alors facilement le plaisir dans l'évasion, les fantaisies, les plaisirs, et nous embrassons alors une existence toute superficielle, dans la sensation agréable du moment…certes nous vivons, mais il nous manque quelque chose d’essentiel !

Cette joie de Dieu, celle qu’Il nous propose est-elle réellement possible durablement ?

Oui, bien évidemment, mais que devons-nous faire ?

Comment agencer notre vie pour que cette joie soit palpable et, en même temps, durable ? Pour qu’elle ne soit pas éphémère et qu’elle remplisse mon cœur ? 

Jean le Baptiste, avec une certaine radicalité et de manière très concrète, nous répond que oui, cette joie véritable est possible... mais à trois conditions 

- Première condition : aimer et vivre une vraie conversion !

Le chemin de la joie, pour Jean le Baptiste, passe par la conversion du cœur et de l’intelligence. Nous portons en nous un désir de bonheur bien plus grand que nous. Seul Dieu peut dilater notre désir à sa mesure qui est d’aimer sans mesure. On est libre que dans la mesure où l’on aime d’un véritable amour, d’un amour de compassion, d’un amour gratuit. Je disais encore aux fiancés de ce matin : « On n’aime pas l’autre pour être aimé en retour ! » On aime, même si l’autre n’est pas parfait ! Et j’ai insisté en leur affirmant qu’il n’y a pas de famille parfaite, pas plus que de conjoints parfaits ! Nous pouvons porter ce désir, mais personne ne peut se prétendre parfait ! Là aussi, sans désespérer et sans fausse idéalisation, il me faut comprendre nous avons tous, une ou des conversions à vivre pour grandir dans un vrai don de soi !

- Deuxième condition : retrouver le bon sens, le vrai sens de notre vie. 

Pour cela, nous n’avons à faire, poursuit le Baptiste, que des choses simples, mais essentielles : « Si tu as deux manteaux, partage avec celui qui n’en a pas » ou encore : « Ne faites ni violence ni tort à personne. » Les chemins du bonheur empruntent ceux du partage et de la justice. Sans doute avez-vous expérimenté cet adage : il y a plus de joie à donner qu’a recevoir !

- Troisième condition : être plongé dans l’amour de Dieu !

Pour cela, il nous faut nous plonger dans la miséricorde de Dieu ! 

Ce qui peut gâcher notre joie, c’est le péché, l’offense (celle que je commets, celle que l’on me fait), les disputes, le remords, l’indifférence, le cancanage, les paroles décevantes ou maladroites… Prenons-nous conscience que le pardon, c'est le don gratuit de Dieu, c'est le cadeau de Dieu qui est au centre du sacrement de réconciliation ? Pour relever la tête et repartir, j’ai besoin, personnellement, d’entendre de la part de Dieu : « Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, je te pardonne tous tes péchés.» J’ai besoin de l’entendre et cela, je ne peux pas le faire tout seul. J'ai besoin de l'Église pour me signifier le pardon de Dieu afin de continuer ma route dans la paix ! La grâce du pardon va apaiser mon cœur, pour avoir un cœur en paix, ouvert à Dieu et aux autres.

 

Alors que devons-nous faire ?

Laissons Dieu entrer dans nos vies pour nous désencombrer justement de tout ce qui nous encombre et qui prend de la place, trop de place !

De fait, le message de Jean le Baptiste que nous entendons aujourd’hui est extraordinairement éclairant et fondamental. 

Il dit au peuple en attente très exactement ceci : dans votre attente, faites ce que vous devez faire et faites-le bien… Faites-le patiemment, tranquillement, avec persévérance. 

Il ne dit pas ce que nous devons faire, mais comment le faire.

Faites donc le bien, avec courage et douceur, avec partage et justice. Là est aussi notre joie en Dieu !

Frères et sœurs, nous sommes à quelques jours de Noël ; permettez-moi de vous souhaiter une bonne et fructueuse préparation en ce temps de l’Avent ! Préparons-nous vraiment à accueillir Celui qui vient nous sauver et nous apporte la joie du Salut !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 8 décembre 2021, solennité de l’Immaculée Conception, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 26-38. Psaume 97. Genèse 3, 9-15.20

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 1, 3-6.11-12.

 

Commençons, si vous le voulez bien, en faisant un petit détour à Lourdes ! Quand la Vierge, “la belle Dame“ apparut à Lourdes à Bernadette, et que celle-ci lui réclamait une preuve de l’authenticité de tout ce qu’elle lui avait dit, elle lui transmit ces simples mots : « Je suis l’Immaculée Conception ! » Bernadette n’en avait jamais entendu parler ; elle ne savait même pas ce que ces mots signifiaient ! 

Et nous, le savons-nous ? Que comprenons-nous de ce mystère immense qui a été porté, médité et propagé par la piété populaire et qui, instinctivement, en a perçu l’importance !

« Je suis l’Immaculée Conception ! » dit Marie.

Oui, Marie a été la première des rachetées, dès avant sa naissance, de façon à pouvoir engendrer sans péché celui qui allait être le Sauveur du monde : Jésus ! 

Aussi l’Ange peut-il s’adresser à elle en utilisant ce vocable surprenant : « pleine de grâce ». Nous pouvons imaginer la stupéfaction de Marie !

La Bonne Nouvelle de l’Évangile est que le bien est un surcroit d’amour, que la grâce est toujours donnée en abondance, et qu’elle peut tout… tout, à condition que l’homme y consente et accorde sa confiance. En Marie, il n’y a aucune hésitation ! Il y avait consenti dès le début et elle le redit d’une façon simple et admirable : « qu’il me soit fait selon ta volonté ! ».

Ce consentement, c’est à nous aussi que Dieu le demande, Lui qui veut prendre chair en nous, et naître en notre humanité, en cette de fête de Noël qui approche. 

Quelle réponse faisons-nous à cette demande ? Souvenons-nous du premier signe de Jésus à Cana, cette petite ville ! Écoutons Marie qui, aux noces de Cana, dit aux serviteurs : « tout ce qu’il vous dira de faire, faites-le ! », tout comme elle répond à l’Ange « qu’il me soit fait selon ta volonté ! ».

La mission de Marie est de nous faire entrer dans cette confiance en son Fils, d’être à l’écoute de la parole de son fils. Elle-même n’hésite pas : « qu’il me soit fait selon ta volonté ! »

Bien sûr, pour chacun de nous, le péché originel est un consentement congénital au mal ; mais il ne rompt pas pour autant la relation avec Dieu. Bien au contraire, Dieu va toujours au-devant de nous, tout comme Il allait au-devant d’Adam et d’Ève au jardin d’Éden, tout comme Il va au-devant de Marie pour lui annoncer la nouvelle. Et au lieu de nous cacher, nous avons à repartir sans cesse à sa rencontre ou plus encore, à le laisser simplement s’approcher de nous. N’ayons pas peur ! Ne soyons pas comme Adam et Éve qui ont eu peur au jardin d’Éden !

Dès le premier moment de son existence, Marie est tout entière rapportée à Jésus, et il n’y a rien en elle qui ne soit pour Jésus ou par Jésus. Libérée du péché originel, elle est totalement disponible, donnée à son Fils ! 

Elle peut se faire, comme le dirait saint Paul « toute à tous ! ». Combien il est réconfortant pour nous de savoir que Marie est là, à nos côtés, une maman aimante, attentionnée ! 

Mais, ô combien aussi, Marie a dû être réconfortée de rester à côté de son Fils, dont rien ne les séparait ! 

Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit ? Cesse-t-elle de chérir le fruit de ses entrailles, comme le dit le prophète Isaïe ?

C’est le mystère qu’il nous est donné de contempler ce matin. 

Marie a reçu de Dieu le pouvoir sans limites, d’aimer, mais aussi de nous rendre sensibles à la tendresse illimitée de Dieu dont elle a été comblée.

Puissions-nous, très simplement, au cours de cette journée, demander et redemander l’intercession de Marie pour chacun de nous, pour nos familles, pour les personnes malades, isolées, pour tous ceux qui se sentent seuls, oubliés de Dieu alors que Dieu est toujours présent !

Demandons cette grâce pour notre communauté, nos familles et pour l’Église ! 

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 6 décembre 2021, 2e semaine de l’Avent, année C. Saint-Nicolas.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 5, 17-26. Psaume 84. Livre du prophète Isaïe 35, 1-10.

 

De façon exceptionnelle, aujourd’hui je ne vais pas commenter l’évangile, mais vous redire qui est l’évêque Nicolas de Myre. Cela me donne l’occasion de fêter une bonne fête à tous les Nicolas !  Il est né à Patare en Lycie (ville située dans la Turquie actuelle) vers 270 de parents chrétiens. C’est encore une période de grandes persécutions des chrétiens. Il est certainement un des saints chrétiens les plus populaires.  Il est le protecteur des enfants, des veuves et des gens faibles. La tradition populaire nous redit qu’il fut bienveillant et généreux. 

Pourtant, nous savons peu de choses personnelles sur lui. Au fond, cela lui va très bien : sa notoriété est due surtout à son humilité, à sa modestie et à une vraie simplicité pastorale. 

L’Église orthodoxe l’exalte, le fête en tant que « modèle de douceur ». Le « bon saint Nicolas » est particulièrement fêté, en tout cas dans notre vieille Europe, mais aussi de l’Atlantique au Pacifique. 

Il est invoqué aussi bien en Orient où il est le patron des Russes, qu'en Occident où il est le patron des enfants. Aujourd’hui, dans de nombreux pays, c’est un moment de fête.

Si l'on peut en parler ainsi, c’est qu’il est l'ancêtre du Père Noël (Sint Niklaas - Saint Nicholas - Santa Claus) - Aux États-Unis en 1931 par Coca-Cola en fera un argument publicitaire, en le “relookant“ tel que nous le connaissons aujourd’hui, utilisation dommageable à titre purement commerciale.

Au-delà de ce folklore, puisse-t-il nous apporter son secours et conforter les chrétiens de l’Europe en implorant pour nous courage et persévérance dans les épreuves présentes ! 

Si nous n’avons aucun texte de saint Nicolas, l’Église a reconnu en lui un défenseur inébranlable de l’orthodoxie de la foi, un témoin fidèle de la Trinité, un évêque qui a fait confiance au Père, au Fils et au Saint-Esprit, au seul et unique Dieu en trois hypostases, un seul Dieu et trois personnes avec leurs propriétés distinctes.

Nous savons également qu’il a participé au concile de Nicée (en 325).

Il fit aussi de nombreux miracles dont la croyance populaire s’est fait largement l’écho. Ces miracles furent connus en Occident et cela contribua à l'extension de son culte.

Frères et sœurs, demandons à saint Nicolas, en cette neuvaine de l’Immaculée Conception, de nous aider à développer les vertus de la petite voie de l’enfance spirituelle. 

Saint Nicolas est le Grand Saint des enfants, il doit donc être un de nos Saints Protecteurs ! Plus nous serons petits, humbles, enfants et confiants, plus Jésus pourra faire de grandes choses en nous ! 

Lorsque nous redirons, particulièrement, le Credo de Nicée-Constantinople, demandons aussi à Saint-Nicolas la fidélité à la Foi de l’Église.

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 5 décembre 2021, 2 dimanche de l’Avent, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Luc 3, 1-6. Livre du prophète Baruc 5, 1-9. Psaume 125.

Première lettre de saint Paul aux Philippiens 1, 4-6.8-11.

 

Chers amis, nous venons d’entendre dans la première lecture ce très beau texte du prophète Baruc. Peut-être avez-vous eu la curiosité de lire la totalité de ce livre ? Six siècles av. J.-C., ce prophète demande à son peuple de quitter « sa robe de tristesse et de misère ». Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il s’adresse à des gens qui souffrent : tout va mal et le peuple est prisonnier en exil à Babylone. C’est au cœur de cette situation dramatique que Baruc annonce d’une façon prophétique, le lever d’un jour nouveau. 

Que dit-il ?

·    Les exilés vont pouvoir revenir chez eux. 

·    Pour eux, ce sera un jour de joie et d’allégresse. 

·    Pour Dieu, il n’y a pas de situation bloquée.

·    Avec lui, c’est la fin du cauchemar qui arrive, c’est l’irruption de la lumière.

Il exhorte en disant : « Debout Jérusalem… regarde vers l’Orient »C’est-à-dire, le soleil qui lève et notre soleil, c’est le Christ !

À travers ce message d’espérance, Baruc nous dit ce qui est au cœur de la foi biblique : même dans les difficultés les plus extrêmes, les croyants sont invités à tenir le coup et à se relever, à se remettre debout, à ne jamais rester couchés à terre. Pourquoi ? Parce que notre Dieu est le Dieu de la vie, un Dieu libérateur ! Les malheurs n’auront qu’un temps. Un jour, ils s’effaceront pour faire place à la joie. Ce sera la victoire de Dieu, de sa miséricorde et de sa justice. C’est de cette Bonne Nouvelle que nous avons tous à témoigner.

Dans la deuxième lecture, l’Apôtre Paul va dans le même sens. Lui-même se trouve dans une situation difficile, grave. Il sait qu’il va vers sa mort. Et pourtant, c’est un message de joie qu’il adresse aux Philippiens. Cette joie trouve sa source dans le cœur même du Christ, dans son amour pour Jésus !

Alors, frères et sœurs, je vous pose une question : comment est-il possible de se réjouir, en ce temps de l’Avent, en ce moment où nous allons nous préparer à fêter Noël, nous réjouir de cette venue de la Justice de Dieu dans sa gloire ? Comment se réjouir dans notre monde un peu triste, malade et tourmenté ? Comment se réjouir dans nos familles peut-être en difficultés, dans notre Église avec tout ce que nous entendons ?

Il faut le redire ! Noël est la fête de l’intériorité et non des apparences. Noël s’adresse à l’intime du cœur de l’homme et non à un impératif commercial tapageur. Nous avons fait de Noël une fête pleine de la lumière des illuminations, de repas plantureux, de cadeaux couteux. Mais Noël, dans la Bible, est la fête du cœur qui s’est converti, qui se tourne vers l’accueil de Dieu au fond de son cœur. Noël est la fête de l’intériorité d’un cœur qui se laisse toucher par la miséricorde et l’amour de Dieu pour lui, par son projet de salut. Noël, c’est le regard d’un enfant qui nous invite à l’éblouissement d’un amour à donner et surtout à recevoir !

Comment allons-nous faire ?

Saint-Paul nous le redit : « discerner ce qui est important ! » Faisons travailler notre intelligence et notre sens critique ! Ne nous laissons pas tromper par tout ce que nous entendons dans tous les médias !

Alors que faire ?

·    Les ravins qui doivent être comblés, ce sont les ravins de nos rejets et de nos peurs de l’autre. 

·    Les montagnes qui doivent être abaissées, ce sont celles de nos égoïsmes et de nos orgueils. 

·    Les chemins tortueux qui doivent devenir droits, ce sont ceux de nos mensonges, de nos lâchetés, de nos critiques incessantes. 

·    Les chemins rocailleux qui doivent être aplanis, ce sont ceux de nos violences, de nos haines, de nos jugements péremptoires.

Tout cela doit disparaître dans le temps de l’Avent pour pouvoir voir, dans l’Enfant qui nait à Noël, la Justice et la Gloire de Dieu, son amour et sa miséricorde, pour nous débarrasser de tout ce qui nous encombre et nous centrer sur l’essentiel.

L’Avent n’est donc pas un temps anodin et accessoire, il est nécessaire pour préparer nos cœurs

·    à percevoir, de l’intérieur, le mystère de l’amour de Dieu, 

·    d’une justice qui nous dépasse, 

·    un projet de salut qui nous déconcerte, 

·    la joie d’une miséricorde qui dépasse nos timides pardons, 

·    la gloire d’un salut qui relève et n’abaisse pas, qui construit et ne détruit pas.

Les textes de ce jour (textes de joie et d’espérance) nous demandent de préparer nos cœurs à l’accueil de la Justice et de la Gloire de Dieu, dans la joie et la miséricorde. Comme le dit saint Paul aux Philippiens, cela ne peut se faire que dans un amour mutuel et fraternel, qui seul permet de connaître et de discerner qui est Dieu pour moi, ce que sont la Justice et la Gloire de Dieu.

Le temps de l’Avent doit donc être celui d’un véritable plongeon dans la conversion, dans le changement. Préparer la venue du Seigneur, c’est aussi une invitation à renoncer au péché, c’est nous ouvrir au Christ, à son pardon et à son amour.

Oui ! Frères et sœurs, nous sommes donc tous appelés à nous convertir. C’est le meilleur service que nous pouvons rendre à l’Église qui est un peu chahutée en ces temps, comme nous le vivons tous. Ce qui rendra notre communauté paroissiale plus crédible, c’est l’amour que nous mettrons dans nos vies dans l’espérance et le service.

Frères et sœurs, c’est la grâce que nous pouvons demander pour chacun de nous, ici présents : pour nos familles, pour notre communauté, pour notre paroisse et pour le monde !

Demandons cette grâce de conversion et de joie dans le Seigneur !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du mercredi 1er décembre 2021, 1ere semaine de l’Avent, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 15, 29-37. Psaume 22. Livre du prophète Isaïe 25, 6-10a.

 

Chers frères et sœurs, avez-vous remarqué ce paradoxe ? En lisant les textes de la liturgie de ce jour, nous avons de la peine à penser que le temps de l’Avent est un temps de pénitence !

Comme pour le Carême, la couleur violette nous le rappelle ! Cependant, quelle profusion sur la Table du « Seigneur, Dieu de l’univers » !

Dieu convie ses enfants à la joie et ne lésine pas sur les moyens : « viandes succulentes et vins décantés »Quel régal !

Mais Il sait que la fête vécue à l’ombre de la mort, a un goût d’amertume qui assombrit la joie. C’est pourquoi, avec délicatesse, Dieu prend le soin d’« enlever le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations », nous dit le prophète Isaïe. 

Et pour que « notre joie soit parfaite », c’est bien la volonté de notre Seigneur, (Jn 15, 11),     « le Seigneur détruira la mort pour toujours ; il essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre, il effacera l’humiliation de son peuple ; c’est lui qui l’a promis » (1re lecture). 

Profusion de mets délicieux ! Pourquoi ? C’est parce que la nourriture est aussi le symbole de la vie ! Cette nourriture délicieuse, riche, abondante à laquelle fait allusion le prophète évoque la plénitude de la Vie divine dont Dieu se réserve de nous combler, conformément au dessein d’amour qu’Il nourrit depuis toute éternité, à notre égard. Est-ce que nous le comprenons ? Notre Dieu n’est pas un Dieu vengeur qui pourrait se réjouir de notre malheur, Il veut notre bonheur !

Les signes que pose Jésus rendent visibles l’action paternelle de Dieu à notre égard, Lui qui « guérit les boiteux, des aveugles, des estropiés, des muets, et beaucoup d’autres encore », et qui nourrit ses enfants, afin qu’ils ne « défaillent pas en chemin » en repartant. Dieu est fidèle : Il est pris de compassion pour chacun de nous.

Parce que la vie est avant tout relationnelle et qu’elle ne nous est pas donnée comme un objet qui viendrait combler un vide, elle est présente dans un échange entre Dieu et nous. 

Pour nous, dans notre humanité (mystère de Noël), cet échange, ce cœur à cœur, passe par le Christ. 

C’est Lui, le Christ, qui recueille « les sept pains et les quelques poissons » images de nos pauvres efforts humains ; Il les offre en notre nom au Père en rendant grâce, puis Il nous les rend, afin qu’en les partageant, nous entrions à notre tour dans la logique du don, de l’amour, c'est-à-dire du don de la vie.

Dieu ne nous demande pas l’impossible. Ce qui est sûr, c’est que même si nous ne mettions en commun que notre superflu : « tous mangeraient à leur faim ! »

Cependant, il nous faut comprendre que le Père ne crée pas à partir de rien. Nous pourrions commettre cette erreur de croire en un Dieu magicien. Non, Il multiplie les dons de celles et ceux qui partagent généreusement ce dont ils disposent.  De cette façon, ils participent à ce dont nos frères ont besoin pour vivre décemment. Mystérieusement, Dieu a besoin de nous !

Ce temps de l’Avent est un temps de pénitence, mais aussi un temps qui nous permet de goûter à la prodigalité de notre Seigneur. En ce jour, il nous faut retenir cette joie du partage, signe concret de la liberté des enfants de Dieu. 

Gardons cela à l’esprit en ce début de l’Avent et avançons résolument vers Noël, bien évidemment, mais plus encore demeurons dans l’attente de la ‘venue en gloire’ de notre Seigneur !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 29 novembre 2021, 1re semaine de l’Avent, année C.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 8, 5-11. Psaume 121. Livre du prophète Isaïe 2, 1-5.

 

Chers amis, l’évangile que nous venons d’entendre nous redit comment nous devrions entrer dans ce temps de l’attente, dans ce temps de l’Avent ! L’attitude de ce centurion de l’armée romaine nous est donnée en exemple !

- Cet homme vient supplier Jésus, non pas pour lui-même, mais pour un autre 

Il vient simplement dire : "J'ai un serviteur ; il souffre ; il va mourir !" ... 

- Ce capitaine est aussi un humble, une personne humble ! Cette attitude a aussi du prix aux yeux de Jésus. Que dit-il : "Je ne suis pas digne de cet honneur que tu me ferais en descendant chez moi". Il ne se sent pas digne, malgré le poids de son autorité humaine et sa compétence d'officier.

Mais ce qui va forcer l'admiration du Christ, plus encore que son humilité, c'est sa foi, une foi tranquille et audacieuse : "Dis seulement une parole, de loin, de là où tu es, et mon serviteur, là où il est, sera guéri, car les choses, les événements doivent t'obéir. Dis seulement une parole, et je m'en irai, certain de ton action, sûr du pouvoir de ta bonté. Quelle foi ! Une parole, et la paralysie cessera ! Une parole et la souffrance s'éloignera !"

Ce Romain, cet étranger, a pressenti quelque chose du secret de Jésus. Avec ses mots à lui, il exprime le mystère de la parole créatrice et recréatrice. 

Littéralement, il dit à Jésus : « Je sais que tu peux commander à la souffrance et à la mort. » Voilà ce qui force l’admiration de Jésus pour ce centurion.

Cette foi, mystérieusement, Jésus ne l'a pas trouvée chez les siens, chez les familiers du Temple et de la prière. Il l'a trouvée chez cet étranger, venu de l'occident (des Gentils), avec, pour toute richesse spirituelle, sa droiture d'homme et sa compréhension intuitive de la mission de Jésus ! 

 

Pourquoi entendons-nous cet évangile au début de l’Avent ?

Sans doute pour éveiller en nous une attitude juste ! Pour comprendre que notre attention à celles et ceux qui souffrent relève de notre responsabilité et d’une intercession ! Nous connaissons notre pauvreté, mais elle ne doit pas entamer notre espérance en Celui qui peut tout !

C'est l'humilité qui attire l'action de Dieu. La foi du centurion trouve son expression dans la conscience de son indignité qu'il confesse : "Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit".

La nouvelle traduction du missel est une bonne chose, car elle nous oblige à quitter nos habitudes et à revoir notre façon de réciter toutes choses peut-être un peu mécaniquement… Elle nous permet de nous arrêter sur de nouveaux mots, une formulation nouvelle, non pas pour nous déstabiliser, mais pour nous faire entrer plus en profondeur dans la compréhension de ce que nous vivons au cours des célébrations eucharistiques.

Tout à l’heure, juste avant la communion, nous dirons : moi aussi, Seigneur, je le sais et tu le sais : 

Je ne suis pas digne que tu viennes ! Je ne suis même pas digne de venir vers Toi. Mais dis une parole et je serai guéri.

Ce que nous découvrons aussi ce matin, c’est que le cœur de Dieu se donne toujours lorsqu’une juste et humble demande lui est faite.

Frères et sœurs, demandons cette simplicité et cette humilité pour chacun de nous ce matin pour nos familles, notre paroisse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 28 novembre 2021, 1er dimanche de l’Avent, année C.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Luc 21,25-28.34-36. Livre du prophète Jérémie 33, 14-16. Psaume 24.

Première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 3, 12 à 4,2.

 

 

       Je vous confie une petite anecdote récente : lors d’une rencontre avec de jeunes lycéens se préparant à la confirmation, nous avons eu une belle discussion avec cette question : comment devons-nous comprendre notre vie ?Notre discussion a été intense. Un des jeunes, un brin philosophe, a dit : la vie est une succession de passages et de recommencements ! Nous passons, parfois sans le percevoir, d’un moment à un autre, de l’enfance à l’adolescence, de la jeunesse à la maturité puis à la vieillesse, d’une vie de célibataire à une vie de famille…! 

Cette réflexion est intéressante, mais elle n’est pas totalement juste, car si la vie est bien une succession de passages, elle n’est pas un cycle où nous pourrions recommencer à zéro… la vie est mouvement ! Elle n’est pas un cercle, mais davantage – si je prends une image – un escalier en colimaçon !

Nous ne pourrons jamais retourner aux jours d’avant. Nous devons nous préparer à demain en vivant l’intensité du jour présent !

Plus concrètement pour nous en ce 1er dimanche de l’Avent 2021, une année liturgique s’achève et une nouvelle année ‘recommence autrement’ ; ce passage est particulièrement propice pour établir des « bilans » de l’année passée et concevoir des « projets » nouveaux pour avancer et progresser !

Cependant, ne nous trompons pas ! Pour le dire autrement : ce nouveau commencement est donc unique, différent forcément de celui de l’année dernière ! Nous entrons, chers frères et sœurs, dans une nouvelle étape ! 

Plus exactement, ces semaines de l’Avent nous invitent à redécouvrir avec un regard renouvelé que : (n’oublions pas le sens de l’Avent - avènement) ! 

  • Il y a eu une première venue que nous allons fêter à Noël : la naissance de Jésus dans le petit village de Bethléem, 
  • Une troisième venue comme nous l’avons entendu dans l’évangile. C’est l’attente du retour du Christ dans la gloire. C’est ce que nous chantons à la fin de la consécration : « nous attendons ton retour dans la gloire » ! 
  • Entre ces deux venues, il y en a une deuxième : c’est le temps intermédiaire, le temps que nous vivons aujourd’hui. Chaque jour le Seigneur vient ! (par sa présence dans l’Eucharistie)

L’évangéliste Luc, dans l’évangile d’aujourd’hui, évoque ce temps qui change en employant un vocabulaire apocalyptique. Ces signes cités n’expriment pas d’abord, comme nous pourrions le penser, la « fin du monde. » Ils dépeignent, de manière symbolique et imagée, le penchant, le désordre cupide et irresponsable établi au cœur de l’homme. Le même discours aujourd’hui nous parlerait sans doute (en transposant dans notre actualité) du réchauffement climatique, de la crise économique, de pandémie et de coronavirus, de la confusion des genres, du terrorisme, surtout des guerres toujours engendrées par la soif du pouvoir ou des richesses… Toutes précarités ne sont pas éloignées de nos propres familles ; nous pourrions, nous aussi, parler de chômage, de séparation, du divorce, de maladie, etc… Nul ne peut se dire à l’abri des soucis et des difficultés !

   Face aux drames de notre humanité, nous pourrions entrer dans un repli sur nous-mêmes, être prostrés ou faire du “Calimérisme“ : « le monde est trop injuste ! » Mais l’ambition de Jésus est de nous provoquer pour sortir d’un immobilisme et nous entrainer à « un voir plus loin » ! 

Avec certitude, Il annonce un nouveau regard orienté devant nous : « alors on verra le Fils de l’Homme apparaître à travers la nuée. »

Il ne dit pas : « Ayez le moral dans les chaussettes, car c’est la fin du monde. » Il dit plutôt : « Ne soyez pas abattus ! »c’est-à-dire : « Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. »

Jésus annonce la libération réalisée par le Fils de l’Homme, c’est-à-dire par une humanité transformée par la présence du Fils de Dieu fait Homme. Non seulement le Christ oriente notre vie, mais sans le Christ, notre vie n’aurait pas de sens ! 

Frères et sœurs, ne nous laissons pas impressionner par le brouhaha intimidant et paralysant du monde relayé par les médias. Sans doute connaissez-vous cet adage : « Le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit.  » , de saint François de Sales. Je peux vous l’assurer, il y a du bien et du bon qui est vécu concrètement dans notre monde !

Cette venue du Fils de l’homme (c’est comme cela qu’il nous faut le comprendre) est un prodigieux appel à l’espérance, car malgré l’apparence redoutable de tous ces évènements, les fidèles du Christ n’ont rien à craindre, à condition d’être vigilants et, en même temps, d’être d’une audace évangélique

 Qu’est-ce que la vigilance qui nous est demandée ? La vigilance pour Dieu, c’est un cœur qui aime dans la durée, c’est-à-dire : en tout temps et par tous les temps !

Comment rester audacieux ? Croire en Dieu… Croire que rien n’est impossible avec Lui ! Avoir cette folle audace, ne plus perdre son temps à ne faire autre chose que « d’aimer », aimer à travers notre vie familiale, notre vie fraternelle, professionnelle, associative… Cela seul restera ! Tout le reste sera dispersé comme paille au vent ! 

Le temps liturgique de l’Avent n’est donc pas une énième répétition d’un anniversaire ; il est celui d’un mouvement, d’une nouveauté et d’une attente.

Permettez que je vous souhaite, très simplement et avec un peu d’humour, une très belle et sainte année ; une année de croissance spirituelle, de charité et de foi !  

C’est ce que nous pouvons, résolument, nous souhaiter au début de ce temps de l’Avent !                                                     

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 24 novembre 2021, 34e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 21, 12-19. Cantique (Daniel 3). 

Livre du prophète Daniel 5, 1-6.13-14.16-17.23-28.

 

Dans l'évangile que nous lisions hier, Jésus annonçait de grands signes pour la fin des temps. Aujourd'hui, envisageant le temps de l'Église, qui sera pour les disciples le temps du témoignage, Il évoque les souffrances et les persécutions qui attendent les croyants :

  "Avant tout cela (donc bien avant les événements de la fin)

  • on portera la main sur vous et on vous persécutera;
  • on vous livrera aux synagogues, on vous mettra en prison,
  • on vous traînera devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom."

Les verbes sont forts, importants, inquiétants ! Aujourd’hui, jour où nous faisons mémoire des martyrs du Vietnam, nous voyons une certaine corrélation avec ce qu’ils ont vécu dans leurs corps, dans leurs chairs à cause du nom de Jésus : « On vous persécutera », « on vous livrera », « on vous jettera en prison », « même vos parents vous livreront »… voilà qui ne manque pas de frapper les esprits et peut-être même, pour certains, de nous effrayer ! 

Mais est-ce bien de cela que Jésus veut d’abord nous entretenir ?

Non ! Il veut nous redire, nous réaffirmer ses encouragements !

 

 Relisons ensemble ce texte : 

·      « À cause de mon Nom » (qui revient deux fois : ces mots sont donc importants !), 

·      « l’occasion de rendre témoignage », 

·      « vous n’avez pas à vous soucier », 

·      « je vous inspirerai un langage et une sagesse », 

·      « pas un cheveu de votre tête ne sera perdu » !

Il nous faut entendre avec confiance ces encouragements et ces promesses de Jésus, qui nous disent que les derniers temps sont les temps apostoliques : ce sont les temps du témoignage

Ce sont les temps dans lesquels nous sommes, frères et sœurs ! En conséquence, ce sont aussi des temps de combat, des persécutions ont lieu à cause du Nom de Jésus. C’est un combat que nous avons peut-être du mal à imaginer tellement il nous dépasse ! Les derniers temps sont donc des temps où l’Esprit suscite des témoins, ce qui engendre l’opposition du monde, une réaction de l’adversaire, du Démon, de Satan ; mais même cette résistance devient une occasion de témoignage, car rien ne peut arrêter la Bonne Nouvelle.

La force de cet évangile veut ainsi nous ouvrir au véritable enjeu de notre vie, qui est l’accès à la Vie éternelle. Nous sommes faits pour la Vie éternelle ! 

C’est en ce sens que les persécutions, de quel qu’ordre qu’elles soient, aussi sombres qu’elles soient, ne sont jamais des impasses tragiques. Elles sont toujours des occasions d’échapper à la mort, plus précisément à la mort de notre âme.Elles sont l’occasion pour notre Maître de nous rendre témoignage, en manifestant, aux yeux de tous, la force de son Esprit. 

Ainsi, si ce texte, si nous en faisons une bonne lecture, doit réveiller en nous peut-être peur ou angoisse, mais ce doit être surtout celle de nous voir nous attiédir, de nous faire démissionner, celle de voir notre foi s’affadir. Car seule notre tiédeur peut compromettre notre participation à la Vie éternelle, qui se prépare et qui commence dès maintenant.

Frères et sœurs, l’enjeu est là ! L’enjeu est que nous entrions avec le Christ et pour le Christ, dans cette Vie éternelle qu’Il nous propose. Ne manquons pas cette invitation et n’ayons pas peur d’en témoigner autour de nous. Notre monde a soif ! Il attend véritablement que nous lui communiquions cette Bonne Nouvelle !

Demandons cette grâce pour chacun de nous, pour nos familles et pour le monde, dès aujourd’hui !

Ainsi soit-il ! 

Homélie du lundi 22 novembre 2021, 34e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 21, 1-4. Cantique (Daniel3). Livre du prophète Daniel 1, 1-6.8-20.

 

Chers amis, avec la fête du Christ Roi que nous avons vécue hier, nous arrivons au terme de notre année liturgique. En effet, nous entrerons, dès dimanche prochain, dans le temps de l’Avent qui va nous conduire jusqu’à la fête de la Nativité de notre Seigneur.

Pour nous préparer à une année nouvelle, cette fin d’année est l’occasion de se poser, de regarder, de relire l’année écoulée. Nous sommes invités à rendre grâce et à faire l’offrande de tout ce que nous avons vécu de beau ou de difficile !

L’évangile de ce jour nous invite à faire l’offrande de nous-mêmes. Comme cette pauvre veuve, je peux déposer, bien modestement, mes situations, mais aussi toutes les rencontres et les personnes qui ont pu, directement ou non, m’accompagner dans ma vie humaine et spirituelle ; bref, je peux déposer tout cela avec l’offertoire du saint sacrifice de cette eucharistie, et cela tout au long de cette semaine.

Relire, redécouvrir, prier :

·     Quels sont ceux qui ont pu m’aider ces derniers mois, à grandir dans une confiance en Dieu et en la présence de Jésus à mes côtés ?

·     Qu’est-ce qui m’a aidé à croire qu’Il est là et à vivre une amitié toute simple avec Lui ?

·     Quelles rencontres ou quels évènements m’y ont aidé durant cette année un peu mouvementée ?

·     Quels moments aussi ou par quels moyens, prière ou retraites, sacrements ou lecture de la Bible, les autres groupes auxquels je participe ou tout simplement ma fidélité à cette messe de 8h chaque matin ?

·     Qu’est-ce qui m’a aidé à avancer et à enraciner un peu plus la foi dans ma vie ? Qu’est-ce qui m’a aidé à m’enraciner un peu plus dans cette confiance en Dieu qui est là et qui veut me rejoindre au cœur de ce que je vis ?

Du coup, où est-ce que j’en suis de ma foi en Dieu et de ma vie avec Lui ?

À la fois :

·     où est-ce que j’en suis de mon désir de vivre avec Lui, mais aussi, et c’est inséparable, 

·     où est-ce que j’en suis de mon désir, et de la mise en œuvre de cela, pour entendre et vivre les appels de l’Évangile, très concrètement ? 

·     Où est-ce que j’en suis vraiment ?

Nous sommes tous invités, et chacun de nous, là, maintenant, dans le silence de notre cœur, à rendre grâce pour ce qui a été, pour le chemin parcouru, les situations belles ou douloureuses, et en même temps, à demander l’Esprit Saint que Jésus nous promet, pour continuer le chemin, chemin de vie, de sainteté, chemin de service et d’offrande de moi-même…

Modeste et humble, c’est cette offrande qui peut monter de mon cœur, peut-être même avec mon indigence qui peut être déposée dans le silence de la prière, avec le pain et le vin de l’Eucharistie par lesquels Jésus se rend présent à nous et à notre monde.

Frères et sœurs, que cette semaine soit l’occasion de revisiter ce que nous avons vécu depuis l’Avent 2020. Dans l’attente et dans l’espérance, commençons d’une façon nouvelle cette année liturgique.

Demandons cette grâce pour chacun de nous, ici réunis, pour nos familles et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 21 novembre 2021, solennité du Christ, Roi de l’univers, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Jean 18, 33b-37. Livre du prophète Daniel 7, 13-14. Psaume 92. 

Apocalypse de saint Jean 1, 5-8.

 

Chers amis, permettez que je vous conte la petite anecdote d’une visite chez des paroissiens, il y a quelques jours, lors d’un repas très sympathique. Au cours du repas, j’ai aperçu le petit coin prière de la famille. Dans ce coin prière, j’ai vu une jolie croix, sans doute ressemblant un peu à celles que vous avez chez vous. Sur cette croix, un peu ancienne, on voyait Jésus crucifié, une tête de mort sur la base (référence au premier homme - Adam - dont le pêché aurait été racheté par le sacrifice du Christ), et puis, juste au-dessus de la tête de Jésus, au sommet de la Croix, une petite plaque avec quatre petites lettres, un sigle : INRI.

 

J’ai posé la question aux enfants de la maison : « Savez-vous ce que ces quatre lettres signifient ? » Pas de réponse… Alors, j’ai posé la même question aux parents. Pas de réponse non plus… Et vous ? Je vous signale tout de suite qu’il ne s’agit pas du tout du nom de l’artiste … ni d’une marque de fabrique… Je vous donne un indice : c’est Pilate qui, au moment de la crucifixion, avait fait inscrire ces lettres, au sommet de la croix et en trois langues (en hébreu, en grec et en latin). En majuscule, en grec les lettres I et J s’écrivent pareillement. 

En réalité, ces quatre lettres sont un acronyme de l’expression latine : Jésus Nazarenus Rex Judaeorum, que l’on peut traduire en français par : Jésus le Nazaréen, roi des juifs, ou encore : Jésus le Nazaréen, roi des Judéens.

Roi des Juifs ! C’est déjà une belle reconnaissance, mais la fête d’aujourd’hui nous invite à voir encore plus loin, d’une façon plus universelle puisque nous disons que Jésus-Christ est le Roi de l’univers.

Voilà un titre qui ne manque pas de panache : Roi de tout l’univers ! Littéralement, Il est un “super, méga Roi“, au-delà de tous les pays, du monde et même de l’univers… 

Mais l’évangile de ce jour pourrait nous surprendre ; pourquoi ? Parce que pour illustrer la fête d’aujourd’hui, les liturgistes ne se seraient-ils pas trompés ? N’auraient-ils pas pu trouver un texte un peu plus glorieux, comme l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem (le jour des Rameaux avec la foule en liesse) plutôt que nous présenter l’épisode de sa rencontre avec Pilate à un moment tragique ? Non, aujourd’hui, nous lisons ce texte du dialogue entre Pilate et Jésus. N’oublions pas le contexte de cette rencontre : nous sommes à quelques heures de la mort de Jésus en croix.

Alors, pourquoi un tel récit ? 

Sans doute parce qu’il nous faut comprendre cette royauté au prisme de l’événement de la Passion. Nous ne pouvons pas faire l’économie du lien entre la Royauté de Jésus et sa Passion, et comprendre sous le regard de la Vérité que cette confrontation avec Pilate, montre la Parole souverainement libre de Jésus. “Ma royauté n’est pas de ce monde“ : dit Jésus.

Selon son habitude et sa pédagogie, Jésus reprend les mêmes termes que ceux de son interlocuteur. Non seulement Il provoque Pilate, mais Il nous provoque nous aussi et veut nous inviter à aller plus loin pour reconnaître sa vraie mission !

Alors, oui Jésus est Roi, mais pas du tout comme les foules et le monde l’entendent !

Oui Jésus est Roi face à Pilate, mais les rôles sont comme inversés !

Qui est Pilate ? C’est le puissant Procurateur d’un des plus grands empires qui ait dominé le monde ! Pourtant là, Pilate est complètement dépassé et ne sait même plus comment réagir ; en réalité, Pilate est mal à l’aise, il perçoit bien la souveraineté de Jésus, mais il n’arrive pas à la saisir vraiment. Dans ce dialogue, Pilate n’a aucune liberté, et de fait, il n’a aucune autorité. 

En réalité, son pouvoir est soumis à des pressions, celles de Rome et de l’Empereur, mais aussi à celles des puissants de Jérusalem : les grands prêtres et le Sanhédrin qui l’obligent, en quelque sorte, à condamner un innocent !

En face de lui, c’est bien Jésus qui parle avec autorité, qui ne semble même pas essayer de se défendre. Pourquoi le fait-Il ? Parce que Lui, Jésus est souverainement libre ! Il rend témoignage à la Vérité, son Royaume n’est pas à la mesure humaine. Roi, Il l’est manifestement, c’est certain, mais sans comparaison avec les schémas et les fonctionnements grandiloquents et distants des rois connus à cette époque !

Comment Jésus a-t-il manifesté chaque jour la force de sa Royauté ? D’une façon simple, humble :

  • Par des paroles de miséricorde et de pardon,
  • Par des exigences de vérité et une simplicité de vie,
  • Par des gestes qui soulagent et qui font vivre,
  • Par le respect et la tendresse pour les plus petits,
  • Par son émerveillement filial, sa confiance dans l’infinie bonté de son Père qui est maintenant « notre Père ».

Frères et sœurs, la fête de ce jour nous invite vraiment à réfléchir et à percevoir combien, ils sont dérisoires les symboles des pouvoirs terrestres et qu’ils sont vains les hommes et les femmes dans leurs comportements quand ils s’aveuglent sur eux-mêmes et qu’ils se croient tout-puissants !

L’homme est-il libéré de cette vanité ? Hélas non ! Encore aujourd’hui, il nous faut comprendre que la confrontation, les affrontements avec les “Pilates“ et les pseudo-rois de toutes les époques ne sont pas terminés ; ils se poursuivront jusqu’à la fin des temps parce que le combat de la Vérité habite encore notre espace et notre temps, que nous soyons en démocratie, en oligarchie, en dictature, nous voyons sans cesse l’argent, le sexe, la compromission venir ternir cette vérité ! Quels que soient les gouvernements et les pouvoirs reçus ou autoproclamés… nous constatons que les royaumes de la terre sont encore faussés, toujours soumis à des pressions, à des convoitises, à des drames. Les civilisations restent toujours sous le joug de l’injustice.

Le vrai pouvoir n’est pas dans une couronne, mais d’abord dans le service pour l’autre.

Alors, Oui ! Le Christ est Roi parce qu’il est d’abord un Roi serviteur.

Il donne à tous ceux qui le lui demandent la force de lutter contre le Mal qui défigure notre humanité ; plus encore, Il donne à l’homme, c’est-à-dire à chacun de nous, sa véritable place et sa véritable mission : être au service des uns et des autres, avoir les pieds bien posés sur terre et notre tête déjà au ciel !

Ne l’oublions pas, chers amis chrétiens : depuis notre baptême, par grâce, nous sommes prêtres, prophètes, et rois ! Nous participons à cette royauté à l’image du Christ. C’est bien ce titre royal que nous portons nous aussi. 

Un dernier point : nous sommes dans cette église sous le patronage de saint Louis : saint Louis, roi de France (XIIIe), était un homme profondément chrétien, bon, aimant Dieu, respectueux, conscient des promesses de son baptême et de ses responsabilités ! Il a été véritablement un roi au service. 

De par, le caractère royal de notre baptême, il est toujours possible pour chacun de nous de rester serviteur, les uns des autres.

Prenons le temps de réfléchir, de méditer le sens de cette fête, pour mieux comprendre la mission qui nous est confiée !

Frères et sœurs, rendons grâce pour tous ceux qui se mettent au service, en devenant serviteurs de tous ceux qui nous sont confiés !

Alors, frères et sœurs, rendons grâce pour le Christ, Roi de l’univers !

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du mercredi 17 novembre 2021, 33e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 19, 11-28. Psaume 16. 2e livre des Martyrs d’Israël 7,1.20-31.

 

Souvent, en piquant ainsi l'attention de ses disciples, Jésus veut faire passer un message essentiel, qui concerne à la fois l'importance des grands enjeux de la vie, le sérieux des choix de l'homme et l'urgence de la conversion.

Mais ces exigences, même si elles peuvent nous surprendre, sont l'expression de son amour, et c'est cette pédagogie que nous avons, à certains moments, tant de mal à rejoindre.  Les disciples ont toujours des rêves de grandeur et de gloire. Ils ne semblent absolument pas encore avoir compris que Jésus va à Jérusalem pour souffrir, mourir et instaurer un règne invisible de grâce et d'amour. 

Que se passe-t-il dans cette parabole que nous croyons pourtant connaître assez bien ? 

Retenons dans cette parabole qu’un homme de haute naissance s’en va. Il va devenir roi et, pour cela, il va devoir s’absenter. Il confie son autorité à des serviteurs à travers le don des « mines » (dans l’évangile de saint Matthieu, ce sont des talents), somme qu’il ne reprendra pas, mais dont il attend des fruits. Autrement dit : en l’absence du roi, et jusqu’à son retour, à nous de jouer, selon ce que nous avons reçu et entendu !

Nous le comprenons, il ne s’agit pas de rentabilité ou d’un résultat financier : tout se joue sur une affaire de présence au don et à la parole confiée.

En réalité, il s'agit donc de l'œuvre de Dieu à réaliser ! 

Au point de départ, tout est don de Dieu : ce que chacun reçoit, il n'en est que dépositaire, au compte de Dieu. À l'arrivée, tout est don de Dieu, largesse de Dieu. La récompense est sans mesure, disproportionnée avec les services rendus : une ville pour une pièce d'or, un talent ou une mine ! Mais la récompense n'enrichit pas l'homme pour une possession égoïste : il reçoit ces dons, comme une gratification de Dieu, mais en réalité, ce sont de nouvelles responsabilités, une participation plus active encore à l'œuvre du salut. Il ne s’agit pas de dire : « Seigneur, j’ai bien travaillé, maintenant je me repose. » mais plutôt : « Seigneur, j’ai bien travaillé, mais à ton appel, je me donne encore davantage. »

Celui qui a, reçoit encore ; celui qui a fait fructifier les dons de Dieu en reçoit d'autres, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
            « Et l'autre ? », me direz-vous : « Pourquoi le roi lui retire-t-il cette somme qu’il lui a donnée ? »

À vrai dire, le roi ne lui retire rien du tout. C'est l'homme lui-même qui lui restitue sa pièce, intacte, enveloppée dans un linge, sans avoir rien fait pour la faire valoir. Que dit-il au roi : « Voilà ta somme ! » Il n'a pas décuplé, il n'a pas même quintuplé le dépôt confié ; il n'a pas cherché non plus à le placer en banque pour qu’il rapporte quelques intérêts. Il n’a rien fait, strictement rien fait !

Littéralement, il a rendu stérile le don du roi ; et le roi, simplement, en tire cette conclusion qui semble assez logique : « Cet homme n'a pas voulu de mon « don » ; il a pris mon cadeau comme un fardeau. Qu'il reprenne sa liberté, s'il ne veut pas la mettre à mon service ! »

Que retenir ce matin, pour nous ? Finalement, en faisant le choix de ne pas faire fructifier notre responsabilité (qui est toujours à la hauteur de mes capacités et de mes appels) et même parfois de nous écarter de l’auteur de la vraie Vie, une question peut nous habiter : 

·       Comment ai-je répondu et fait fructifier les dons reçus à mon baptême ?

·       Qu’est-ce qui donne du poids à mes jours ?

·       Qu’est-ce qui donne du sens et du prix à ma vie ?    

Bonne méditation !       

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 15 novembre 2021, 33e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 18, 35-43. Psaume 118. Premier livre des Martyrs 1,10-15.41-43.54-57.62-64.

 

Frères et sœurs, nous voilà pratiquement arrivés au terme de l’année liturgique. Après cette 33e semaine, nous fêterons le Christ-Roi de l’univers, dimanche prochain. Ensuite, nous entrerons dans le temps de l’Avent.

Le texte que nous venons de lire nous invite à entrer davantage dans le salut que Dieu veut pour nous et qui passe par le don de sa vie.

Quel est le contexte de l’évangile de ce jour ? Jésus est à la fin de sa vie publique. Après avoir annoncé pour la troisième fois sa Passion, Il monte à Jérusalem (Lc 18,31-34). Chemin faisant, il va guérir un aveugle à l’entrée de la ville de Jéricho (Lc 18,35-43), et quelques versets plus tard, Il va susciter la conversion radicale du publicain, Zachée (Lc 19,1-10) ; ceci, à chaque fois, malgré les préjugés d’une foule, qui fait obstacle à ces deux rencontres (Lc 18,39; 19,3).

Encore une fois, il nous faut comprendre que Jésus ne regarde pas à l’extérieur, à l’apparence, mais Il regarde le cœur (1 Sm 16,7), Lui qui sonde les reins (Jr 17,10). Ses pensées ne sont pas celles des hommes, ses voies ne sont pas nos voies (Is 55,8-9; Mt 16,23), son regard n’est pas notre regard. Mystérieusement et contrairement à nous, Il ferme les yeux sur les péchés des hommes pour qu’ils se convertissent (Sg 11,23). Il ne les enferme pas dans un jugement définitif, qui condamne. Son désir est le salut de tous !

Les détails de la description de cette scène sont importants, j’en retiens trois :

  • L’exclusion de l’aveugle (assis au bord de la route en dehors de la ville.) Pourquoi demande-t-il la pitié ? (C’est ce que nous demandons au début de chaque messe : « Kyrie eleison ! Seigneur prend pitié ! ») Il demande pitié, parce qu’il est aveugle, exclu de la vie sociale et citadine, considéré comme impur ! C’est un pauvre comme chacun de nous !
  • La foule est ici aussi une donnée importante. Cette foule est versatile. Un jour, elle acclame Jésus (dimanche des Rameaux) et quelques jours plus tard, elle le condamne à mort (le Vendredi saint). Ici, elle entoure Jésus, si bien qu’on ne peut accéder à Lui qu’en passant par elle : elle est un peu ce peuple de Dieu, capable de « rabrouer » et en même temps de « conduire » au Christ ! Surprenante foule !
  • Les yeux de cet aveugle ne voient pas, mais son  a dit « oui ».

Jésus s’adresse à cet homme aveugle et lui demande : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Verset 41). Ces mots de Jésus sont impressionnants : le Fils de Dieu est à présent devant l’aveugle comme un humble serviteur. Lui, Jésus, Lui qui est Dieu, dit : « Que veux-tu que je fasse ? Comment veux-tu que je te serve ? ». Dieu se fait serviteur de l’homme pécheur. Et l’aveugle répond à Jésus non plus en l’appelant : « Fils de David », mais : « Seigneur ». C’est bien ce titre que l’Église applique au Christ Ressuscité depuis le début.

Ainsi, cet aveugle met toute sa confiance dans sa réponse à Jésus : « Seigneur, que je retrouve la vue ! ». Une fois de plus, Jésus dépasse la demande de cet homme infirme : « Ta foi t’a sauvé ! » Il ne s’agit plus seulement d’une guérison, mais du salut !

Alors l’ancien aveugle « commença à le suivre en glorifiant Dieu » (v. 43) : il se fait disciple.  De mendiant, il devient disciple.

Frères et sœurs, n’est-ce pas aussi notre progression !

Ne sommes-nous pas tous des mendiants, mendiants de la miséricorde, mendiants de l’amour de Dieu ? Cela peut agacer certains d’entre nous ! Pourquoi ? Parce que notre orgueil en prend, sans doute, un coup, mais quelle joie, quelle chance et quelle grâce que notre Dieu veut pour chacun de nous !

Car suivre le Christ nous rappelle que nous avons tous toujours besoin de son salut pour la Vie éternelle !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 14 novembre 2021, 33ème dimanche du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 13, 24-32. Livre du prophète Daniel 12, 1-3. Psaume 15. 

Lettre aux Hébreux 10, 11-14.18.

 

Chers amis, avant de venir ici pour vivre cette messe, sans doute avez-vous lu les textes du jour, les différentes lectures et le verset « alléluiatique » ! Si oui, Bravo et continuez ! 

Alors, je vous invite à aller encore un peu plus loin car, lors de la messe, nous entendons seulement de courts passages des lettres et des évangiles. Je vous convie donc à prendre le temps de découvrir ce qui nous est donné quelques versets avant et après ce que nous entendons pour essayer de mieux saisir quel est le contexte. Effectivement, nous avons besoin de découvrir davantage l’environnement de ces écrits. Par exemple, en ce jour, nous sommes au chapitre 13e ; pourquoi ne pas lire celui qui précède … et celui qui le suit ? 

Jésus et les disciples sont sortis du Temple de Jérusalem. C’est là qu’ils se trouvaient comme nous l’avons lu dans le texte de l’évangile de dimanche dernier. Rappelez-vous, Jésus a attiré l’attention de ses disciples sur le geste d’offrande qu’une pauvre veuve a déposée dans le tronc du trésor, deux petites pièces. C’est, selon Marc, la dernière mention de la présence de Jésus dans le temple avant sa Passion.

Aujourd’hui, avec ce 13e chapitre de saint Marc, Jésus et les disciples ont quitté le Temple et Il est, avec ses Apôtres, sur le mont des Oliviers. De ce lieu, ils contemplent la ville de Jérusalem et le magnifique temple embelli par Hérode le Grand. Un des disciples fait part de son admiration devant cette construction. Et voilà que Jésus leur annonce que ce bâtiment construit pour défier les siècles sera détruit complètement. Cette destruction, effectivement, aura lieu en l’an 70, par l’armée romaine commandée Titus.

La question posée par les Apôtres est celle-ci : quand cela arrivera-t-il ? Nous comprenons bien la curiosité légitime des disciples.

Comme toujours, Jésus répond, comme nous venons de l’entendre, en élargissant la question puis sa réponse : « En ces jours-là, après une grande détresse… ». En plus de la destruction du temple, Il leur parle de la fin des temps ; mais aussi de sa mort et de sa résurrection. De fait, Il ne lui reste que quelques jours à vivre, humainement, parmi nous. En lisant la fin de ce chapitre et le suivant, vous verrez que nous sommes déjà au cœur de la semaine particulière : celle que nous appelons, la semaine Sainte.

Pour étayer sa réponse, Jésus utilise le langage apocalyptique habituel de son époque, comme le fait aussi Daniel, le prophète, dans la 1ère lecture. 

Ce langage a beaucoup suscité l’imagination des hommes au cours des âges en soulignant le plus souvent la tragédie de la fin du monde, mais très peu ont su mettre en lumière la Bonne Nouvelle que suggère Jésus dans l’évangile de ce jour. 

En effet, au cœur de l’automne, en ce moment où les feuilles meurent et tombent, cet évangile nous suggère une image de printemps : les branches du figuier qui deviennent tendres au moment où sortent les feuilles annoncent que l’été est proche. Cette image de printemps, pleine d’espoirs et de promesses, Jésus l’applique à la fin des temps et à la proximité de sa venue : « Lorsque vous verrez cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, sur le seuil. »

À trop regarder uniquement les images de détresse qui suscitent l’appréhension de la fin du monde, la peur d’une catastrophe mondiale, nous en viendrions à oublier la fraîcheur de celles qui annoncent la vie et une plénitude nouvelle.

Ce que le seigneur nous annonce, c’est moins la fin de ce monde, que la naissance d’un autre. C’est moins la perte de ce monde marqué par le péché que la restauration d’un monde nouveau où les mots de liberté, d’égalité et de fraternité ne seront plus de vains mots.

Certes, la naissance du monde nouveau sera précédée d’un déchirement, d’une perte, d’un bouleversement, mais n’est-ce pas le lot de toutes naissances ?

Les pauvres humains que nous sommes, nous qui vivons constamment dans le présent, ne pouvons pourtant pas gommer le passé, de même que le futur ne nous appartient pas complètement. Nous avons cependant, le devoir de la prévoyance et d’un travail fidèle et confiant.

Ce que Jésus annonce c’est qu’en notre monde, ce qui est déjà là, présent et agissant, mais peut-être caché, sera enfin dévoilé, révélé (c’est le sens du mot apocalypse). Le Seigneur vient faire toutes choses nouvelles ; ce qui était en germe sera moissonné !

Le Seigneur ne parle pas d’un “ailleurs“ hypothétique. Il nous donne les vraies dimensions de notre vie, de notre histoire. Dans les événements de toute vie se trouvent déjà les dimensions d’éternité. Le provisoire construit l’éternel. 

Ne nous trompons pas ! Notre espace et notre temps disparaitront, seuls l’amour et la charité construisent notre devenir. À nous, dans cette perspective, de modeler déjà notre vie dans ce monde-ci, dont nous faisons souvent le constat de ses limites ! La grâce qui nous est donnée, et cela dès maintenant, est de le comprendre et de choisir joyeusement Sa vie dans l’attente de ce monde à venir !

Depuis plus de 2000 ans, des hommes et des femmes croient à la fidélité de Dieu, malgré les échecs, les souffrances, les incompétences et tout ce que nous savons … Ils restent éveillés, attentifs et bienveillants, bons, et ceci par tous les temps, et tous les jours. Ils ne sont pas des héros sans peur et sans reproche. Ils font leur travail, simplement, avec à l’âme, un grand courage. C’est ce que nous recevons aujourd’hui :

« Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Tout passe, hormis la parole de Dieu. »

Un dernier point pour terminer cette réflexion ! À l’issue du jubilé de la Miséricorde en 2016, le pape François écrivait que désormais, chaque 33e dimanche du temps ordinaire, serait la Journée Mondiale des Pauvres. Si « les pauvres sont nos maîtres… », comme l’a dit saint Vincent de Paul, c’est que derrière chacun d’entre eux se cache le visage de notre Roi. « La guerre se fait entre les riches pour posséder plus… […]. Les pauvres sont les artisans de la paix. Nous avons besoin de paix dans le monde, dans l’Église, dans toutes les Églises », écrivait le Pape François en novembre 2016. 

Il faut nous reconnaître pauvres devant Dieu, mendiants de son amour, mendiants de sa miséricorde. Notre seule richesse, c’est Dieu Lui-même ! Ces paroles sont toujours, et durablement, d’actualité.

Puissions-nous sans peur, avec audace et courage, continuer à avancer, et apporter à notre pauvre monde la lumière du Christ !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 10 novembre 2021, 32e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 17, 11-19. Psaume 81. Livre de la Sagesse 6, 1-11.

 

Le texte que nous recevons ce matin est capital et, comme je le fais régulièrement, je vous invite à le relire pour mieux le comprendre et bien saisir son message. 

Le voyage de Jésus vers Jérusalem n’est pas un voyage touristique. Il y va pour la grande fête de Pâques qui sera le lieu où Il vivra sa Passion et sera crucifié. Faisant l’expérience de sa résurrection, ses disciples comprendront plus tard et peu à peu que cette Prodigieuse Nouvelle concerne non seulement leur petit groupe, le peuple juif, mais aussi la Samarie, cette province hérétique et la Galilée, où de nombreuses religions et courants spirituels se mélangent.

Autrement dit, ce qui se passe dans ce voyage concerne non seulement Jésus et ses disciples, mais encore tout ce que la terre compte de personnes en recherche, malade ou en bonne santé, de toute obédience religieuse, bref : tout le monde et donc chacun de nous ! 

Le récit lui-même, l’histoire racontée, est donc pour nous lecteurs une invitation à nous lever et à avancer dans la vie à la suite du Christ

Nous le savons bien : si vraiment nous Le suivons, il nous faudra passer, nous aussi, par Jérusalem, c’est-à-dire par la croix. Ce n’est donc pas du tout du tourisme religieux, mais plutôt un engagement de vie ! Suivre Jésus sur la route de la vie, c’est accepter de prendre parfois un chemin surprenant et bien souvent différent de nos projets initiaux !

Sur cette route vers Jérusalem, voilà que : "dix lépreux vinrent à sa rencontre". On appelle lèpre, à cette époque, toutes les formes de maladies de peau. Celles et ceux qui en sont atteints sont rejetés de la communauté humaine comme de toute participation à la vie religieuse. 

Ces dix lépreux (ainsi que Jésus d’ailleurs) respectent les obligations sociales : ils restent à distance, ils vont ensuite faire remplir le constat de guérison à Jérusalem. Ce sont des hommes de foi. Ils font appel à la pitié de Jésus qu’ils appellent :"Maître".

Dans le groupe des dix lépreux, il y en avait un encore plus touché que les autres, encore plus rejeté et exclu du peuple de Dieu : c’était un Samaritain. Lui ira plus loin que ses neuf compagnons. Sur cette route, lui seul fait « demi-tour », il s’en retourne, dit l’évangéliste, glorifiant Dieu et se prosternant aux pieds de Jésus en lui rendant grâces. 

“Se retourner“ dans le langage évangélique, c’est bien plus que faire un demi-tour : c’est se convertir, c’est remettre sa vie en cause, c’est prendre un nouveau chemin. C’est reconnaître Jésus comme source du salut !

Entendons bien les dernières paroles de Jésus à cet étranger samaritain et ancien lépreux ! Que lui dit-Il ?  "Relève-toi et va, ta foi t’a sauvé !" Une traduction plus proche du grec original serait : "Ressuscité, va !". Ce mot de "ressuscité" (anastasis) nous renvoie évidemment à la mort et à la résurrection du Christ. 

Plus qu’une guérison, c’est de Salut dont il s’agit et de vie éternelle !

Finalement, frères et sœurs, cette histoire de lépreux est un peu la nôtre… si du moins nous voulons nous mettre en marche. Peut-être connaissons-nous nos “lèpres“ nos maladies, notre péché ? Quoiqu’il en soit, régulièrement, nous pouvons bien faire comme le Samaritain guéri : faire demi-tour, retourner vers le Christ, réaffirmer notre foi, nous prosterner devant Lui, nous réjouir et rendre gloire à Dieu dans l’Action de grâce !             

Si vous voulons nous mettre en marche, entendons comme le samaritain : "Ressuscité, va !"

Puissions-nous, nous aussi, comprendre et croire que nous sommes des « ressuscités » avec le Christ !

                                                                                                                 Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 8 novembre 2021, 32e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Luc 17, 1-6. Psaume 138. Livre de la Sagesse 1, 1-7.

 

 Seigneur, augmente en nous la foi !

En matière de foi, nous prenons conscience que nous ressemblons aux Apôtres qui, un jour, demandent à Jésus d’augmenter leur foi (Luc 17,5-6). Cette demande n’exprime-t-elle pas justement notre désir de voir notre foi s’élever à la hauteur de la confiance inébranlable que Jésus place en son Père ?

Ne demandons-nous pas très régulièrement cela au Seigneur ? Pourquoi ? Souvent, nous avons l’impression que notre foi semble parfois un peu trop petite, étriquée, un peu fragile ou pas assez performante ! Bref : elle n’est pas toujours ce que nous voudrions qu’elle soit. 

Cependant, il y a un danger à penser cela ou du moins ce serait prendre le risque de laisser apparaître un manque d’espérance ! Nous n'avons pas à déprécier notre foi, même lorsqu'elle nous apparaît fragile.

     Mais attention ! Là encore, ne nous trompons pas ! La foi n'est pas un objet que l'on possède en plus ou moins grande quantité : la foi n’est pas mesurable ! On ne peut pas la comparer à celle des autres, trouvant celle de mon voisin ou de tel autre, plus grande que la mienne ; non, car ce serait penser un peu comme celui qui trouve l'herbe plus verte dans le jardin de son voisin. 

Alors, qu’est-ce que la foi ?

Si elle est au préalable un don, la foi se situe d’abord et avant tout dans l'ordre d'une relation vivante et personnelle avec Dieu. Grâce à elle, nous pressentons l'infini sans que, pour autant, cet infini se laisse enfermer dans nos définitions par trop étroites.

 Par la foi, nous sommes de la lignée de tous les croyants pour lesquels Dieu n'est pas quelque chose de vaporeux, une idée ou une idéologie, mais c’est Quelqu'un : le Christ, qui nous appelle à entrer en relation avec Lui. 

À la demande des Apôtres : « Augmente en nous la foi », la réponse de Jésus demeure toujours aussi déroutante. La foi, aussi petite soit-elle, comme une graine de semence par exemple, est douée d'une puissance de fécondité que nous soupçonnons à peine. 

Notre foi porte en elle l'amour infini de Dieu pour chacun et chacune de nous

un amour qui ne demande qu'une réponse généreuse et confiante de notre part.

Notre foi grandira alors à la mesure de l’Amour dont nous nous laisserons aimer. C’est ici que la rencontre du Christ joue un rôle fondamental pour grandir dans la foi. 

Être chrétien, c’est avoir fait la rencontre du Christ. La foi grandit quand elle est vécue comme expérience d’un amour reçu et quand elle est communiquée comme expérience de grâce et de joie. La foi est un Don et elle se fortifie en croyant !

     Un des fruits de cette rencontre avec le Christ, voire le plus significatif, est donc la joie. Il ne faut pas confondre cette joie avec l’exubérance. La joie, une joie souvent intérieure et communicative, naît de la rencontre du Christ ; c’est comme si, à son contact, nous sentions monter en nous un moment d’éternité et de plénitude, qui nous comble au-delà de toute attente et donne sens et souffle à notre vie.

Alors oui, Seigneur, augmente en nous la foi !

Puissions-nous, chaque jour, vivre une relation plus intime avec Toi !

Demandons cela pour chacun de nous ce matin, pour notre communauté, pour les personnes que nous connaissons et pour le monde !                                                                                                   

Ainsi soit-il !

 

Homélie du dimanche 7 novembre 2021, 32ème dimanche du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 12, 38-44. Premier livre des Rois 17, 10-16. Psaume 145. 

Lettre aux Hébreux 9, 24-28.

 

La situation que nous présente l’Évangile semble apparemment anodine : Jésus, comme souvent, est dans le Temple de Jérusalem. La foule nombreuse entre et sort : les uns sont là pour prier, les autres pour présenter une offrande, quelques autres viennent y déposer leur contribution financière ! 

Jésus est là et c’est un fin observateur. Il aime les êtres et les situations de la vie courante. Pour Lui, les humbles réalités de la vie quotidienne sont pleines de leçons pour qui sait les voir avec son cœur. Comme les sages de l’Ancienne Alliance, Jésus se passionne pour l’homme, et surtout pour la manière dont l’homme cherche Dieu et parle à Dieu.

Jésus est assis. Mais que se passe-t-il de si particulier ? Qu’est-ce qui attire son regard ? Nous savons que Jésus va au-delà des apparences, au-delà des attitudes un peu démonstratives de quelques-uns. Ce jour-là Il s’était assis et regardait comment les croyants d’Israël apportaient leur contribution pour le trésor du Temple, « le denier du culte », en quelque sorte. Son regard est attiré par une dame, et, contrairement aux sommes parfois conséquentes déposées, voilà que cette pauvre veuve, une pauvre veuve, n’avait que quelques petites pièces (en fait deux piécettes) bien minces et bien légères à offrir.

Jésus regarde et Il aime son geste. Il appelle ses disciples auprès de lui, et Il leur parle en employant le vocable qu’Il utilise de façon habituelle pour communiquer un enseignement important : « Amen, je vous le dis … » C’est ainsi que Jésus introduit les certitudes ou les leçons qu’Il veut inculquer à ses disciples et à nous-mêmes : « Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres dans le trésor. »

Nous pourrions faire plusieurs commentaires, sans doute importants sur notre façon (parfois contradictoire) d’agir ou notre altruisme ! Ces différentes attitudes révèlent parfois des paradoxes qui oscillent entre : « L’ostentation et la discrétion »  ou encore : « Le superflu et le nécessaire. » 

En réalité, Jésus veut nous inviter à aller bien plus loin, plus en profondeur : Il nous invite à l’audace de la vraie générosité !

Pour cela, Jésus ne va pas s’arrêter aux montants des dons en jeu, Il semble même inverser l’échelle des valeurs. Il veut surtout nous inviter à prendre un risque : le risque d’un don confiant et total 

Plus que de générosité, c’est de confiance dont il s’agit. Cette femme, cette pauvre veuve prend « un risque vital », un risque extrême : « elle a pris sur son indigence », nous dit l’évangile ! Dans notre société occidentale plutôt repue, nous avons peut-être, un peu de mal à prendre la mesure de ce risque, car nous ne vivons que très rarement de telles situations de précarité. 

La première lecture, qui fait écho, peut nous aider à mieux comprendre : cette veuve est comme cette autre veuve qui habite le village de Sarepta ; elle a accepté de perdre ses dernières réserves de nourriture à la demande du prophète Élie, au risque de mourir de faim après avoir tout donné et mourir de dénuement. « N’aie pas peur ! » lui dit Élie et elle fait confiance. Elle prépare une dernière galette, la donne au prophète Élie, en mange, elle et son fils et se prépare à mourir. Intellectuellement, il me semble que nous pouvons comprendre ce sens du dénuement, ce sens du don total et même y être sensibles !

Nous connaissons bien, aussi, l’émotion que Jésus sait éprouver face à toute pauvreté, mais pour entrer plus en profondeur dans les textes de ce jour, il y a peut-être une clef de lecture essentielle qui pourrait nous échapper !

La voici ! Pour mieux comprendre l’enjeu de cette situation, il nous faut préciser le contexte de ces versets dans l’évangile de saint Marc et à quel moment ces versets de l’évangile ont été écrits !

Jésus est à Jérusalem, non pas à l’occasion de l’un des séjours vécus avec ses disciples, particulièrement lors des grandes fêtes religieuses, mais après son entrée remarquée sous les acclamations et les Rameaux comme Messie et avant la Passion dans laquelle Il entre librement. Nous sommes donc au cœur de la Semaine Sainte ! Jésus sait le chemin qu’Il va suivre jusqu’à sa mort, le don libre de Lui-même afin que nous ayons la vie.

Dans l’évangile de saint Marc, je vous invite à relire les passages des chapitres 12, 13 et 14, y compris celui d’aujourd’hui, qui nous décrivent ces quelques jours, où Jésus est particulièrement attentif aux signes discrets et paradoxaux du Royaume qui advient ! Cette pauvre veuve qui à travers ce geste s’en remet à Dieu, est un de ces signes.Jésus voit aussi en elle une figure de ce à quoi Il est Lui-même appelé : donner sa vie en offrande, dans une totale confiance en Dieu, son Père.

Comme nous le dit la lettre aux Hébreux (en deuxième lecture), c’est son propre sang, sa propre vie qu’Il offre, dans un geste nécessairement unique et définitif, contrairement au grand prêtre qui, dans le Temple, répète chaque année, le rite des sacrifices, sans se donner lui-même.

À considérer l’enjeu de tout donner et surtout de se donner, nous pouvons être tout tremblants, inquiets devant une telle perspective ; nous avançons sur la pointe des pieds, voire nous freinons… Donner sa vie !!!  

Nous sommes conscients que beaucoup de choses nous retiennent, nous empêchent de nous donner davantage ; nous sommes conscients que nous pouvons nous donner d’un côté, mais que nous gardons nos réserves constituées, de l’autre. Pourtant, comme cette pauvre veuve, nous sommes invités à tout donner ! Comme le dit le prophète Élie : « N’aie pas peur ! »  

A ce niveau de réflexion, il n’est plus question de nos attitudes extérieures, mais plus profondément de notre cœur : pas question d’ostentation ou de discrétion ou d’un calcul estimant le superflu et le nécessaire ! Il est question d’une audace confiante et totale ! C’est la question du geste confiant de cette veuve et surtout celle de la confiance humble et totale de Jésus en son Père.

Frères et sœurs, voilà la méditation que je vous propose et que je vous conseille de poursuivre chez vous en ce jour. Que cette eucharistie soit, pour nous, un moment d’offrande, un moment nouveau d’offrande à Dieu, offrande de tout ce que nous sommes que ce soit dans nos joies, nos difficultés, dans notre malheur ou dans notre bonheur. Demeurons toujours dans une confiance totale ! Nous le savons : « C’est Lui qui a les Paroles de la Vie éternelle ! » (Jn 6, 68)

Quand nous irons auprès le Lui, dans notre dernière demeure, nous n’emporterons rien de ce que nous avons sur cette terre. Que l’Esprit Saint nous donne cette audace de risquer, peut-être jusqu'au don de notre vie, pour être à jamais, avec notre Seigneur !

Demandons cette grâce pour chacun de nous dans notre assemblée réunie ce matin, pour nos familles, notre communauté paroissiale et pour le monde !

Ainsi soit-il !

 

 

 

 

Homélie du mercredi 3 novembre 2021, 31e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 14, 25-33. Psaume 111.

Lettre de St Paul aux Romains 13, 8-10.

 
Ce matin, je souhaiterais m’arrêter sur une toute petite phrase, ô combien importante, de la première lecture, lettre adressée aux chrétiens de Rome ! Cette phrase de saint Paul  est comme le résumé de toute la Bible : 
« Le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. » (Rm 13, 8)

La Bible tout entière peut être comprise comme une loi, donc une parole qui nous dit ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire !

Dans l’Ancien Testament, les Juifs comptaient 613 commandements ! Je ne les connais pas tous, mais à l’époque de Jésus, les scribes et les Pharisiens, eux, les connaissaient tous. Et quand ils posent la question à Jésus : « quel est le plus important de tous les commandements ? » Vous vous souvenez de ce que Jésus répond ? « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique, tu l’aimeras de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (C’était dans l’évangile de dimanche dernier) 

Le plus important de tous les commandements, ce qui résume toute la Loi, c’est donc l’amour ; C’EST AIMER !

En fait, les commandements, la Loi, ce ne sont pas des injonctions auxquelles il faudrait obéir bêtement. Quand on parle de la Loi et des commandements dans la Bible, c’est d’abord une Parole qui est là pour nous indiquer le chemin de Vie et de Paix ; un chemin de bonheur et de joie ! Ce peut être par exemple ce commandement dont Jésus explique les conséquences : « Tu ne commettras pas de meurtre », parce que si tu assassines ton frère, ce n’est, bien sûr, pas génial pour la joie de ton frère, ce n’est pas génial non plus pour ta propre joie et, en plus, comme nous le savons tous, ce geste blesse toute la société. 

On pourrait faire le tour de tous les commandements et nous verrions que leur but, la finalité du commandement de la Loi : c’est l’amour, c’est la joie que l’on donne et que l’on transmet, avec en retour (parfois dans le temps) la joie que l’on reçoit.

Oui, l’accomplissement de la Loi, c’est donc l’amour. Une fois qu’on a saisi cela, tout le reste en dépend. L’amour est ce qui nous manque le plus, c’est ce dont nous avons tant besoin et que nous essayons de trouver, et parfois même d’acquérir un peu naïvement en croyant pouvoir l’acheter… Dit autrement, et pour aller plus loin, posons-nous cette question : qu’elle est la nouveauté que Jésus nous révèle ? Il nous révèle que :

Le commandement de l’amour est nouveau

parce qu’il est un don et non pas une loi.

Un « don », car aucune loi ne peut commander l’amour ! À ce commandement du don, notons deux caractéristiques du vrai amour : la reconnaissance et la gratuité. En fait, c’est une belle succession en cascade : la loi, c’est l’amour ; l’amour est un don et ce don nous invite à la reconnaissance et à la gratuité !

En fait, c’est ce que Dieu veut nous apprendre et ce que nous essayons de vivre en famille, de transmettre aux enfants lorsqu’ils commencent à parler et à grandir : dans la reconnaissance savoir dire un merci pour l’attention gratuite ! 

Quelle joie quand le fruit de ce don est réellement communiqué et que nous constatons que, une fois grands, ces enfants sont capables de redonner cet amour dans la reconnaissance et la gratuité!

Peut-être allez-vous me dire qu’aimer n’est pas toujours simple ! Cela est vrai, car “aimer“ demande de la réciprocité, de l’altérité et de sortir de notre isolement ; on ne peut pas aimer tout seul ! Il faut un vis-à-vis !

Alors, par où commencer pour aimer ? La solution est évidente : en nous laissant déjà aimer par Lui ! En laissant le Christ nous apprendre à aimer !

Voilà ce que nous pouvons demander dans notre prière aujourd’hui : laisser le Christ nous apprendre à aimer et L’aimer en retour !                                                                

Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 1er novembre 2021, Solennité de la Toussaint, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12a. Apocalypse selon Saint-Jean 7, 2-4.9-14. Psaume 23.

Première lettre de saint Jean 3, 1-3.

 

     Chers amis, un des mérites des saints, c’est qu’ils nous provoquent, au-delà de leur sainteté ! 

Que veut dire cette fête de la Toussaint ? 

Au moins deux choses :

La mort n’est pas la fin !

La sainteté est possible, toujours possible !

Mais à quel prix ? Les saints sont-ils vraiment nos frères et sœurs ? Sont-ils si extraordinaires puisqu’ils sont déclarés “saints“ ? N’avons-nous pas plutôt l’impression que nous ne pouvons pas être à la même hauteur qu’eux ? Ils semblent si loin, si parfaits, et nous : si pauvres, si imparfaits, parfois trop loin de Dieu, des autres et si insatisfaits de nous-mêmes. 

Attention ! Si nous comprenons la sainteté comme étant la perfection morale et humaine, nous sommes déjà fichus. Si les saints n’avaient jamais eu de faiblesse ou commis aucune faute, s’ils étaient si totalement parfaits, nous aurions toutes les raisons de nous décourager.

     Je crois que nous avons souvent une fausse image de la sainteté. Il n’y a aucun saint qui soit né comme un saint, sauf la sainte Vierge Marie, mais elle était si humaine, si proche de nous ! Elle a dû, elle aussi, chercher Dieu sur le chemin de la foi, on l’oublie parfois. Une phrase revient souvent dans les évangiles : « Marie méditait tout cela dans son cœur. » (Lc 2,19 ; 2, 51) Marie ne comprend pas tout, mais elle a décidé de faire confiance en son Fils.

     Mais en ce qui concerne les autres, je ne connais aucun autre saint qui n’ait jamais péché. Plus surprenant encore !  Il y a même des saints qui ont eu, en quelque sorte, besoin du péché pour rencontrer Dieu. C’est assez incroyable, mais vous pourrez le découvrir en lisant la vie des saints. Si tout dans notre vie était parfait, si nous n’avions pas de problèmes, en fait, peut-être n’aurions-nous pas besoin de la miséricorde de Dieu ?

     Il suffit de regarder le monde autour de nous, pour nous apercevoir que beaucoup de choses ne sont pas parfaites ! Nous pouvons subir le monde, subir la bêtise humaine et même notre propre bêtise, mais nous ne devons pas nous décourager ! Une mauvaise compréhension, de l’évangile de ce jour, pourrait nous faire interpréter les Béatitudes comme un idéal inaccessible, une sorte de pansement à une désolation, une sorte « d’anesthésique spirituel ! » 

Les Béatitudes, rapportées dans l’évangile de Matthieu, sont donc, en réalité, une mission.

C’est la mission donnée par Jésus de compléter ce que Lui-même a commencé. Lorsque les chrétiens (c’est-à-dire nous tous), à l’exemple des saints que nous célébrons aujourd’hui, auront vécu selon ces paroles de Jésus et l’auront fait de manière contagieuse, alors il n’y aura plus de pauvres, plus d’affamés, plus de souffrants, ni d’isolés ! Le Royaume de Dieu sera pleinement réalisé. 

C’est la mission que nous donne l’évangile de ce jour, mission d’agir et mission d’y croire. Et cette mission se réalise quand nous adoptons la sagesse des Béatitudes qui va à l’encontre de la folie de ce monde. Face à cette folie d’une volonté de posséder tout, de dominer les autres, de les asservir, de les juger, nous sommes invités à témoigner de « la folie de la croix » qui est « Sagesse de Dieu ». 

     Oui ! La sainteté est possible ! Ce qui nous manque parfois, et c’est essentiel : c’est le désir ! Le désir est nécessaire ! Un désir sincère, à la fois humble et vrai, à la fois folie et sagesse ! Mais même le désir sincère ne marche pas sans une passion pour Dieu et une passion comme Dieu a pour les hommes ! 

 

Frères et sœurs, en cette fête de la Toussaint, ayons ce désir, cette certitude de croire qu’avec Dieu rien n’est impossible ! Soyons des passionnés de Dieu, le reste nous sera donné par surcroit !

Demandons ce désir, et même le ‘désir du désir’, pour notre communauté, notre paroisse et pour le monde !                  

                                                                                                  Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 31 octobre 2021, 31ème dimanche du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Marc 12, 28b-34. Livre du Deutéronome 6, 2-6. Psaume 17. 

Lettre aux Hébreux 7, 23-28.

 

Chers amis, en ce dimanche, permettez-moi de vous poser deux petites questions, peut-être surprenantes, mais importantes et existentielles ! … et je vous demande toute votre indulgence et toute votre attention. Laissons-nous interroger !

Première question : Combien faut-il de pieds pour qu’un tabouret puisse être stable ?

Un pied ?... Deux pieds ?...Trois pieds ?

Un pied !... mais il faudrait avoir un très grand sens de l’équilibre, et je risque de tomber … !

Deux pieds !...mais on risque de basculer en avant ou en arrière et ce ne sera pas stable.

Avec trois pieds, au minimum, vous obtenez une bonne assise, et le tabouret peut vraiment tenir debout et être stable. Pour vous le prouver, je monte dessus, et…ça marche ! Certains peuvent penser qu’avec quatre pieds, ce serait encore mieux, mais souvent, dans ce cas-là, il est nécessaire de réajuster un des pieds.

Deuxième question :

Savez-vous combien il y a de commandements, de lois, de préceptes dans la tradition des rabbins, à l’époque de Jésus et encore aujourd’hui ? 

Si nous réfléchissons bien, il y a d’abord la Loi que Moïse est allé chercher en haut du Sinaï, les dix Paroles, les dix commandements : le décalogue. Ces commandements sont toujours importants et actuels.

À l’époque de Jésus, il y avait aussi 613 commandements dont 365 (à peu près un par jour) étaient des interdits, interdit de faire ceci ou cela.

Bien souvent, les rabbins avaient tendance à situer tous ces commandements sur le même plan. Certes, ces commandements prenaient en compte des prescriptions tant sanitaires (avant d’aller manger, il faut faire des ablutions, sans doute pour être plus propre, mais aussi pour se purifier) que juridiques. Tous ces commandements pouvaient faire se tourner les juifs vers un légalisme un peu pointilleux, et parfois même aboutir à une certaine déformation des consciences. Par exemple, certains rabbins mettaient sur le même plan “les ablutions avant le repas“ et le précepte pourtant très important, d’ “honorer son père et sa mère“. (Les dix commandements)

Au temps de Jésus, quelques hommes prévoyants dans leur foi, essayaient d’établir une sorte de hiérarchie parmi les multiples obligations de la Thora.

D’où la question de ce scribe, de ce spécialiste, adressée à Jésus : « Quel est le premier de tous les  commandements ? » Quel commandement est le premier de tous ? Je ne sais pas ce que vous répondriez ! Peut-être proposeriez-vous : soyez heureux ! Ou : soyez féconds ! Ou encore : Faites du bien ! 

La réponse de Jésus est extraordinaire et elle nous invite vraiment à la méditation. Jésus répond tout d’abord en citant le livre du Deutéronome, chapitre 6, verset 5 : un texte magnifique que tous avaient en mémoire puisque, déjà au temps de Jésus, tous les hommes juifs priants, pieux, devaient le réciter au moins deux fois par jour : « Écoute Israël : le Seigneur notre Dieu est le seul, l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force » Si on veut l’exprimer autrement : de toutes “tes tripes“, de tout ton corps ! Il nous faut bien comprendre : “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur“, signifie que toute ta personne sera mobilisée pour l’amour de Dieu, que tu dois tendre vers Dieu avec le meilleur de toi-même. Beaucoup de juifs avaient à cœur de se conduire de cette façon.

Mais Jésus ajoute aussitôt, en citant cette fois-ci le livre du Lévitique, chapitre 19, verset 18 : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » C’est une nouveauté. Souvent, les rabbins prenaient une parole d’un livre, une autre dans un second livre et les associaient, les accolaient. Aucun d’eux, jusqu’à présent, n’avait eu l’idée d’assembler ces deux versets. 

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » est le second commandement, toujours inséparable du premier, et pourtant toujours distinct, car l’amour pour autrui ne peut pas remplacer l’amour pour Dieu, pas plus que le prochain ne peut remplacer Dieu.

Mais les deux commandements sont semblables parce que l’amour du prochain comme l’amour pour Dieu, doit mobiliser toute la personne et toutes ses forces, pas la moitié, ni le tiers seulement !... 

Toute la personne et toutes ses forces !

On ne peut vraiment s’approcher de Dieu, sans commencer à aimer ce que Dieu aime.

Plus on est près de Dieu, plus on se rend proche des autres fils et filles de Dieu.

L’évangile ne le dit pas, mais nous pouvons très bien imaginer que le scribe entend cette réponse et il dit à Jésus : « Maître, tu as raison de dire cela ! » 

Je reprends mon tabouret du début : voici le premier pied qui représente l’amour de Dieu, voici le second pour l’amour du prochain, mais il faut un troisième pied, une troisième assise, sinon vous allez basculer, tomber. Un des supports qui nous est donné par l’évangile pour être stable, ce troisième pied, c’est l’amour de soi ; ce troisième pied nécessaire, c’est l’amour de “moi“ !

« Tu aimeras ton prochain COMME toi-même. » Alors, attention ! Je ne suis pas en train de vous dire de devenir des égoïstes ou des narcissiques, mais il vous faut aussi avoir un juste amour de soi, un amour juste de ma personne, un amour vrai de ce que je suis, c’est-à-dire : reconnaître en moi, en ma personne, toutes les qualités et toutes les capacités que Dieu a déposé, aussi bien dans mon cœur que dans mon intelligence, capacité de création, capacité d’amour, capacité de réalisation, capacité de don de soi et de m’en émerveiller ! 

Dire que je ne m’aime pas, parce que je suis déçu de moi, de mes actions, de mes manques est un des dangers que je constate de temps en temps. Il risque d’invalider toute possibilité d’amour. Peut-être ai-je du mal à me réconcilier avec moi-même ? S’aimer, reconnaître la merveille que je suis, me permet de m’ouvrir à Dieu et de m’ouvrir aux autres. De même, aimer Dieu me permet de m’ouvrir aux autres et de découvrir toutes les qualités d’ouverture et de don que je peux avoir en moi. 

Vous l’avez entendu dans l’évangile, Jésus dit au scribe : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Vous allez me dire que ces mots sont encourageants : « Je ne suis pas loin… », mais en même temps, un peu décevants, car : « Je n’y suis pas encore ! », un peu comme quelqu’un qui me dirait « Tu fais bien, ce n’est pas mal ! Mais tu vas bientôt y arriver encore mieux, continues à avancer ! Il faut encore progresser. »

Ce “Tu n’es pas loin“, c’est à chacun de nous que Jésus l’adresse, puisque nous sommes tous réunis ce soir pour entendre sa Parole. 

Pour chacun de nous, Jésus nous dit : “Tu n’es pas loin“.

  • puisque tu cherches la vérité, 
  • puisque tu veux la trouver auprès de moi,
  • Tu n’es pas loin“, puisque tu veux donner un sens à ta vie, à ton travail, à tes souffrances, à ton dévouement,
  • puisque tu veux prendre du recul par rapport au tourbillon de la vie,
  • Tu n’es pas loin“, puisque tu veux échapper à l’engrenage de la routine,
  • Tu n’es pas loin“, parce que tu veux éviter le mensonge des relations superficielles.
  • Tu n’es pas loin“, oui ! “Tu n’es pas loin“, si tu as entrevu l’importance de la charité et de l’amour. 

C’est la prière que nous pourrions avoir aujourd’hui : 

Seigneur, si tu dis que je ne suis pas loin, si je comprends tes commandements, si j’essaie de mieux les appliquer, dis-moi, en cette veille de la Toussaint, ce qui me manque pour être plus près de toi, encore plus près de Toi, jour après jour !

Je sais que mon cœur Te désire ; c’est avec Toi que je veux être pour toujours !

  Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 27 octobre 2021, 30e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 13, 22-30. Psaume 12. Lettre de St Paul aux Romains 8, 26-30.

 

Chers amis, cet évangile est très intéressant ! Il nous faut le lire calmement et attentivement, car nous pourrions peut-être faire erreur dans sa compréhension en le lisant trop vite.

La question de ce matin est très précise : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Peut-être est-ce une question que vous vous posez vous-mêmes ?

Pourquoi cette question ? Le chapitre 13e de saint Luc rappelle plusieurs situations dramatiques. Ce sont : 

  • La souffrance devant cette tour qui s’est effondrée faisant dix-huit morts !
  • Les partisans d’Hérode qui ont assassiné ces gens pieux qui offraient le sacrifice !
  • Ou encore (dans un registre différent) le figuier dans la vigne, qu’il faut couper, parce qu’il ne porte pas de fruit ! 

La pédagogie de Jésus est telle qu’il ne répond jamais directement : les dates, les délais, les nombres, tout cela, à ses yeux, ne sont que vaine curiosité. 

On lui demande une sécurité : Il répond par une exigence. 

On lui demande : « Beaucoup seront-ils sauvés ? » Il répond calmement : "Tâche d'être de ceux-là ! Rien n'est fait d'avance ! Des derniers seront premiers et des premiers seront derniers : il faut entrer, donc vouloir entrer, et la porte est étroite".

En entendant cela, quelques-uns pourraient penser qu’il sera bien difficile d’entrer et donc se dire : "Puisque la porte est étroite, jouons des coudes, bousculons, et nous aurons la chance d’entrer." Mais faisons attention ; Jésus n'a pas enseigné qu'il fallait évincer des frères et des sœurs pour entrer dans le Règne de Dieu ! Jamais Jésus n'a voulu dire : "Les places sont rares, et elles reviendront au plus fort ou au plus malin." Oui ! Il y a une porte ! Et celle-ci est étroite !

     Comment décrire cette porte étroite ? Que signifie cette porte ?

Je prends un exemple ! Imaginons que nous sommes sur l’autoroute, l’autoroute de la vie et nous roulons à vive allure, peut-être même au-delà de la vitesse autorisée. Arrive la bretelle de sortie ! Mais nous roulons trop vite, les enfants se chamaillent, nous sommes distraits par la musique mise à fond, le paysage, le téléphone, d’autres choses…! Trop tard ! La sortie est dépassée et nous l’avons manquée ! Pourtant, nous le savions…

Si vous vous rendez à la cathédrale de Grenoble, il existe encore la porte de Vienne qui faisait partie des remparts. On pouvait y passer en payant un impôt. Au début de la nuit, cette grande porte était fermée et il ne restait ouverte, sur le côté, que cette petite porte étroite. C’est cela la porte étroite !

Pour les auditeurs de Jésus, sa parabole a sans doute été limpide. Mais pour nous, est-ce clair ?

L’indice que nous donne Jésus pour passer cette porte étroite est la gratuité ! Nous n’avons pas d’autre alternative que de vivre dans la gratuité. Le maître mot, c’est la gratuité ! Nous pouvons constater que ce texte ne contient en fait aucune condamnation, et que la question de cet homme est mal posée, mal posée, parce qu’elle sous-entendrait que Dieu, arbitrairement, sauverait les uns et condamnerait les autres. Non, l’entrée est libre et gratuite !

Ceux qui n’entrent pas par cette porte étroite s’empêchent eux-mêmes d’entrer ; ceux qui n’y entrent pas, ce sont ceux qui se privent eux-mêmes de la grâce, peut-être par orgueil ou par bêtise ; à aucun moment Dieu ne leur ferme la porte ; au contraire, Il les invite à décider et à faire tous leurs efforts pour qu’il n’en soit pas ainsi.

Un dernier élément ! Lorsque Jésus répond à cet homme, Il est en marche vers Jérusalem. Cette observation n’est pas anodine ; l’évangéliste montre par-là que Jésus est en marche vers sa Passion et qu’Il sera crucifié justement par ceux qui n’ont pas su entrer dans la gratuité de l’Évangile : la Bonne Nouvelle du Salut en Jésus-Christ !

Frères et sœurs, interrogeons-nous : certes la porte est étroite, mais elle est ouverte pour chacun de nous. Pourrons-nous ralentir un peu notre allure pour entrer ?

Demandons cette grâce pour chacun de nous !

                                                                                                               Ainsi soit-il !

 

 

 

 

                                                                                       

Homélie du lundi 25 octobre 2021, 30e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon saint Luc 13, 10-17. Psaume 67. Lettre de St Paul aux Romains 8, 12-17.

 

Courbée depuis dix-huit ans, la femme de l’Évangile ne peut plus regarder les autres, de visage à visage, et personne ne peut se tenir en vis-à-vis avec elle ! Impossible d’avoir un face-à-face ! Elle est  donc coupée de ses relations, le regard tourné vers le sol, vers la terre, vers la mort…

« Il fallait » que Quelqu’un la voie, la cherche du regard pour la sortir de son isolement. Sans quoi, elle serait restée tournée vers le néant, tournée vers la terre et non plus vers le Ciel. Elle était alors devenue étrangère au monde des humains.

Jésus la cherche, l’envisage et lui parle, Il la redresse d’entre les oubliés, d’entre les exclus ; personne ne s’intéresse à elle et pourtant, elle est présente, elle est là ! Il faut la recherche du Christ pour la remettre debout. Elle est comme ceux qui n’ont plus de visage dans notre société : le 'sans domicile fixe’ à côté duquel nous passons bien souvent en détournant le regard, la personne alitée, dans le  coma que l’on traite parfois comme un “légume“ à l’hôpital, le sans papiers que l’on renvoie loin de notre vue, le malade réduit à sa pathologie ou à son numéro de chambre…

Jésus remet debout, et encore mieux, Il redresse, Il redonne espérance, Il nous permet de regarder plus loin, de regarder le Christ ! Au-delà d’un regard, c’est une espérance qui renait !

Un dernier point ! Pour quelles raisons cette pauvre femme était-elle pliée en deux depuis de nombreuses années ? Peut-être l’âge ou un handicap sclérosant ! Le fait que Jésus attribue sa maladie à un démon (nous savons que les démons peuvent nous plaquer au sol, nous tétaniser !) laisse supposer que sa paralysie est sans doute autant spirituelle que physique. Nous savons (parfois par expérience) que le poids de notre passé, le poids de notre péché peut parfois nous paralyser, nous courber, nous plier en deux : ce peuvent être le chagrin, le ressentiment, la nostalgie, le remords, des attachements excessifs à des choses ou à des lieux…

Frères et sœurs, réfléchissons personnellement : qu’est-ce qui nous tient courbés, malgré nous peut-être, et sans même nous en apercevoir ? Sommes-nous droits, redressés, regardant le ciel ?

Demandons cette grâce de pouvoir nous redresser et d’aider autour de nous chacun à regarder le visage de celles et ceux qui nous entourent, et plus particulièrement de redécouvrir par notre regard, le Christ, de regarder vers le Ciel !

Demandons cette grâce pour chacun de nous, ce matin, et soyons attentifs à ceux qui sont courbés autour de nous, et qui ont besoin d’être regardés, aimés et relevés !

Ainsi soit-il !

 

 

Ainsi soit-il

Homélie du dimanche 24 octobre 2021, 30e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Marc 10, 46b-52. Livre du prophète Jérémie 31, 7-9. 

Psaume 125. Lettre aux Hébreux 5, 1-6. 

 

Chers amis, en ce dimanche matin, j’ai quelques questions à vous poser et à vous laisser méditer personnellement :

  • Suis-je chrétien parce que je n’aurais pas de difficultés ?
  • Est-ce que j’ai déjà eu des problèmes de toutes sortes dans ma vie ?
  • Quelle est mon attitude dans ces situations ? Quelle est ma réaction ?

À la première question, la réponse, bien sûr, est non ! C’est parce que j’ai besoin d’être sauvé que la grâce m’a été donnée de rencontrer le Christ et de devenir chrétien !

À la deuxième question, je pense que les plus anciens d’entre nous répondront par l’affirmative. Tous, nous avons ou aurons des problèmes de toutes sortes : relationnels, santé … ! 

La réponse à la troisième question est peut-être plus complexe. Dans certaines situations comment ai-je réagi ? Suis-je resté prostré, abattu, le regard au sol en me lamentant comme si le ciel me tombait sur la tête ? Ai-je été désolé ? Ai-je été en colère contre moi, contre les autres ou contre Dieu ? Ou bien est-ce que je me suis « battu » seul ou avec l’aide d’autres personnes ? Ai-je été déterminé et audacieux ? 

Notons qu’il est question d’audace dans les textes que nous entendons ce matin.

L’audace produit souvent des miracles inattendus ! Pour être plus précis : une audace dans la foi, une audace éclairée par la foi, produit souvent des événements surprenants ! 

À plusieurs occasions, en tant que prêtre, j’ai vécu cette expérience poignante d’être témoin de la foi simple, pure et lumineuse d’une personne. Je reste profondément frappé par la sérénité de certaines personnes handicapées ou par des personnes frappées par un deuil toujours difficile. 

Cette sérénité est à la fois un don et une décision ! Un don qui m’échappe et que je peux recevoir, mais une décision qui m’appartient, parce qu’elle est aussi un « lâcher prise » ! Cette sérénité n’est pas une résignation. Elle est une raison de ne pas sombrer dans le pessimisme et un repli sur soi mortifère.

Plus grande encore est la confiance d’un homme ou d’une femme, blessés par la vie et qui s’approchent de Dieu en implorant sa miséricorde. « Un pauvre a crié, Dieu écoute », dit le psalmiste. Jésus ajoute doucement : « Va, ta foi t’a sauvé ».

Nous le savons bien, quand nous baissons les bras, quand le découragement nous guette, nous perdons confiance ! Dès que nous perdons confiance en nous-mêmes, ou les uns dans les autres, les relations se détériorent, nos projets s’effondrent. 

Il en va de même dans ma relation avec Dieu. Mais Dieu ne manque pas de foi en nous ! C’est nous qui sommes secrètement défiants à son égard : c’est ce que nous pourrions appeler la vieille cicatrice du péché...

Revenons à l’évangile : saint Marc nous présente donc un pauvre, tristement rejeté, rabroué par les autres et aveugle. En plus, il a du mal à se faire entendre, mais il a de la voix. Notons que les personnes handicapées, les sans-emploi, les personnes souffrantes ou isolées, les victimes de toute sorte n’ont guère voix au chapitre non plus, dans notre monde. Bien souvent, nous ne les entendons pas, car bien souvent, le bruit médiatique couvre leurs plaintes.

Parce que notre vie est bien plus grande que nos handicaps et nos entraves, la vie de Bartimée ne se réduit pas à sa cécité ! Il est aveugle certes, mais il est bien vivant ! Il a toujours en lui, la force de crier vers Dieu ! 

Comme lui, nos aveuglements nous fragilisent et comme lui, nous n’avons pas davantage vu le visage du Christ. Mais par la foi, nous croyons au témoignage de ceux qui l’ont connu. « Voir Dieu » : tout est là ! Voir Dieu « les yeux dans les yeux » (Isaïe 52,8), tel est le désir le plus profond exprimé dans l’Ancien Testament. C’est peut-être aussi notre désir, mais bien souvent, comme Bartimée, nous sommes aveugles.

En Jésus, Dieu se laisse découvrir ! Désormais, dans la foi, nous ne voyons plus que Jésus, en attendant de Le contempler de nos yeux de chair, au jour du grand passage à Dieu ! Plus précisément, c’est la foi qui ouvre nos yeux ! Nous devenons croyant plus exactement ‘chrétien’, le jour où Dieu devient un ami-confident et que j’accepte de Lui qu’il m’aime tel que je suis.

     Selon nos histoires, nous sommes aussi des pèlerins cherchant notre route sur cette terre. Nous aussi, à des moments précis de notre vie, lorsque nous hésitons, lorsque nous ne voyons pas quelle décision, quelle attitude prendre, quel chemin de vie emprunter, ou parce que nous souffrons, nous pouvons nous retrouver dans le cri de Bartimée. 

Aujourd’hui, nous sommes ici, dans cette église ! Peut-être qu’au fond de nous-mêmes, notre cri peut retentir silencieusement. La réponse est communautaire, elle est là. Chacun de nous peut dire à son voisin, à son frère ou à sa sœur : « Confiance, il t’appelle ». 

 

Oui, Jésus, tu m’appelles ici et maintenant, dans l’aujourd’hui de mon histoire.

Comme la foule qui de bouche à oreille porte à Bartimée le message du Christ, nous pouvons entendre ce même message : « Confiance ! Réveille-toi ! » Jésus t’appelle !

Quelle sera ma réponse ?

  • Vais-je rester prostré, en colère, assis, découragé ?
  • Suis-je prêt à laisser tomber mon manteau, les protections que j’ai mises en place et derrière lesquelles il me semble avoir trouvé un abri ? 
  • Suis-je prêt à me lever encore et toujours, et à courir, au son de son appel, aidé par des frères et des sœurs ?
  • Suis-je prêt à être attentif, à mon tour, aux cris, parfois vifs, parfois murmurés de ceux qui sont au bord du chemin ?

Certains vont peut-être dire que leur audace n’a pas eu le résultat espéré, que leur cri ou leur demande sont restés vains ! 

En relisant bien le texte, nous pouvons comprendre que ce n’est pas tant le miracle qui est important dans cette rencontre, mais l’invitation du Sauveur. « Va ! » dit Jésus. Vous l’avez remarqué, c’est le seul ordre qu’il donne à Bartimée. 

Jésus n’emploie pas le verbe voir : « vois ! » comme on pourrait s’y attendre, mais « va ! »… un aller vers ! Littéralement : marche, bouge, libère tes os, ressers-toi de tes jambes. Marche… et tu verras, sans doute avec un regard différent. 

C’est ainsi que Dieu remet de l’ordre dans nos prières. Bien souvent, nous Lui demandons la guérison et il nous donne la force : la force de Le suivre. 

À bien relire ce texte ; Bartimée a été sauvé de sa cécité. Il a surtout retrouvé une « claire vision » et un sens à sa vie : suivre le Christ. 

Cette force devient engagement ! De Bartimée assis au bord du chemin, il devient Bartimée suivant « Jésus sur le chemin ! »

Alors, pour reformuler des réponses à mes premières questions : pourquoi suis-je chrétien ?

En vérité, je suis chrétien parce que j’ai répondu à l’appel de Jésus, qu’Il me donne cette « claire vision » qui m’invite à le suivre avec audace et confiance, quelles que soient mes infirmités et mes blessures !

Oui ! Chers frères et sœurs, avec Jésus, allons avec Lui sur son chemin vers la Vie !

Passons, avec Lui, des ténèbres à sa lumière !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 20 octobre 2021, 29e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 12, 39-48. Psaume 123. Lettre de St Paul aux Romains 6, 12-18.

 

Voilà un évangile intéressant et je vous invite à le relire posément pour bien le méditer. Il me suggère plusieurs réflexions que je vous livre bien simplement. 

Au début de cet évangile, Jésus nous demande d’être prêts comme le maître qui ignore quand le voleur va s’introduire dans sa maison ou encore comme le serviteur qui ne sait pas à quelle heure, à quel jour son maître va revenir.

Pour nous, ce matin, que veut dire “être prêts” ?

Oui, mais de fait, prêts à quoi ?

Nous pensons peut-être être « prêts » au jour de la Rencontre avec un « R » à la fin de notre vie terrestre ! Mais déjà, plus concrètement, aujourd’hui, comme chrétiens, il me semble que nous devons être « prêts » à reconnaître les indices que Dieu ne cesse de nous donner à travers les différents événements de notre vie. 

 Mais comment interpréter ces indices dans le concret de notre vie, pour être prêts ?

C’est une vraie question ! Le serviteur de l’évangile ne se tient pas prêt en restant à attendre devant la porte sans rien faire, ou en passant son temps (pensant son maître absent) à ne pas lui obéir. Le serviteur, le bon serviteur, se tient prêt en accomplissant bien son travail, ce travail qui lui a été confié par son maître : « pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture » ; c’est bien ce que nous dit l’évangile. 

 Pour nous, comment nous tenir prêts ?

Simplement déjà, en faisant au mieux notre travail quotidien, celui de chaque jour, tout en étant à l’écoute de ce que Dieu est en train de me dire. Être prêt !

  • Je lisais il y a quelques jours, le récit de ce Bienheureux Guy de Fontgalland, mort à onze ans en 1925, à qui l’on demandait ce qu’il ferait s’il apprenait que sa mort était proche ; il répondait : « Je continuerais à jouer ! » Être prêt, pour lui, c’était cela.
  • Je pense aussi à cet ami médecin qui me confiait, lors du premier confinement, le risque qu’il prenait en allant soigner ses patients ; mais soigner ses patients était toute sa vie !
  • C’est aussi l’exemple de cette maman célibataire qui enchaîne des heures supplémentaires pour subvenir aux besoins de ses enfants.
  • C’est encore ce papa qui passe du temps avec ses parents vieillissants et malades.

Être prêt dans le quotidien en faisant bien son travail est sans doute la meilleure manière d’être prêt à la visite de Dieu. Notre travail, la charge qui nous est confiée sera différente selon nos vocations respectives, bien évidemment selon notre âge, notre état de santé ! Toutefois, comme dans l’évangile, il s’agira toujours d’être fidèle à sa mission tout en étant à l’écoute des autres, nos frères et sœurs en humanité, car ce sont les autres que le Seigneur nous confie.

Enfin, il est une phrase de Jésus qui m’a toujours bouleversé, c’est la dernière de notre évangile ; je cite : « À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage ». 

Personnellement, j’ai conscience d’avoir énormément reçu. Alors, quelle responsabilité pour moi ! La conscience d’avoir beaucoup reçu nous invite certes à un effort permanent, mais aussi à une immense confiance en la miséricorde de notre Dieu.

Frères et sœurs, ce matin, demandons simplement la grâce d’être prêt dans le quotidien de notre vie !

                                                                                                                 Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 18 octobre 2021, fête de saint Luc, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 10, 1-9. Psaume 144. Lettre de saint Paul à Timothée4, 10-17b.

 

Nous sommes en pleine semaine missionnaire et, à travers le monde entier, la mission est là, bien présente, urgente. Pour que le message du Christ soit annoncé, il faut des missionnaires : c’est-à-dire vous et moi !

« Priez donc le Maître de la moisson »... et, si vous le voulez bien, ce matin, je vais m’arrêter sur cette phrase !

Tous les mots portent dans cette consigne toute simple de Jésus.

 

- Le premier mot est : « Priez »... C'est la seule directive que Jésus nous laisse, la seule solution qu'Il nous propose, face au manque d'ouvriers et d'ouvrières pour la moisson de Dieu.

Oui, c'est Dieu qui prépare, c’est Dieu qui appelle et qui envoie; mais Il ne peut envoyer que ceux et celles qui auront répondu à son appel pressant. Prier pour les vocations, c'est prier pour l'appel, et aussi pour les réponses à cet appel !

 

- Le deuxième mot est : « Priez donc » ... Les ouvriers sont peu nombreux, donc priez ! Priez parce qu'on manque de bras, on manque de cœur, on manque d’espérance, on manque d’action de grâce…priez parce qu'il y a pénurie.

- Mais qui parle ici de manque ou de pénurie ? C'est Jésus Lui-même, Lui qui choisit et qui appelle ! Lui qui est à l’initiative de toute mission !

       - Qui se soucie des volontaires que Dieu va appeler ? C’est Jésus Lui-même, qui vient d'envoyer devant Lui, deux par deux, soixante-douze disciples ! Au moment même où Jésus envoie, Il constate que les ouvriers sont peu nombreux !

Si donc Jésus Messie, de son vivant sur terre, a perçu ce manque, c'est que ce manque de bras durera aussi longtemps que la mission de l'Église. Y avez-vous déjà pensé ?

L'Église, son Église, n'a donc pas à s'étonner ni même à désespérer devant la pénurie, car la disproportion entre l'immensité du travail et le petit nombre de personnes disponibles dure depuis le temps de Jésus et durera jusqu'à sa venue en gloire.

Jusqu'à la Parousie (la fin des temps), pour la moisson de Dieu, l'Église sera en manque d'ouvriers et d'ouvrières ; jusqu'au dernier jour de la mission, l'Église est invitée à prier, car elle sera tout simplement en situation de pénurie. Il faut donc nous installer durablement dans la prière, dans l'imploration et donc, dans la confiance !

 

- Le troisième mot : « Priez donc le Maître de la moisson ». En réalité, si nous regardons autour de nous, si nous constatons l’état de notre société (les familles qui souffrent, certaines personnes sont isolées, une humanité instrumentalisée par notre société marchande…), là où nous voyons des herbes folles ou desséchées, Dieu voit déjà la moisson qui lève. C’est vous dire l’espérance que Dieu a en chacun de nous, la certitude pour Lui, que la moisson est là ! Même certitude pour Jésus également, pour Jésus missionnaire en terre de Samarie autour du puits qui prononce cette phrase qui me touche énormément à chaque fois que je l’entends : « Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. » (Jn 4,35).

Levons donc les yeux ! Arrêtons de garder les yeux fixés sur nos chaussures ! Regardons plus loin, regardons les champs déjà dorés pour la moisson ! S’il en est ainsi, c’est que déjà d’autres missionnaires ont semé et que nous avons à récolter ! Notre mission est donc aussi de semer aujourd’hui pour que, plus tard, d’autres récoltent.

Frères et sœurs, depuis 2000 ans, cette invitation à la prière demeure ! Prions donc le maître de la Moisson, mais que ce constat de manque récurrent de missionnaire ne nous désespère pas ! 

Gardons la même confiance de Jésus dans l’urgence de l’annonce de Son Royaume, car Dieu sait ce dont nous avons besoin !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 17 octobre 2021, 29e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Marc 10, 35-45. Livre du prophète Isaïe 53, 10-11. Psaume 32. 

Lettre aux Hébreux 4, 14-16. 

 

Il y a deux semaines, notre paroisse était en fête avec la messe de rentrée. Comme vous le savez, chaque rentrée est l’occasion pour la paroisse et aussi pour chacun de nous, de prendre des résolutions nouvelles, de choisir des caps, de nouveaux projets en lien avec des besoins pressants. Un des projets importants de notre paroisse Notre-Dame de l’Espérance est de redynamiser le service du Soin et de la Rencontre des personnes en souffrance : le service Diaconie et Soins. 

C’est précisément la mission de l’Église d’être proche de tous et, après ces mois de pandémie, une souffrance et des attentes essentielles sont bien présentes ! Je sais que par certains côtés, l’Église et les hommes qui la composent, peuvent faillir. Cependant la mission de l’Église est là dans la proximité, la sollicitude, l’accompagnement et la compassion. C’est bien le Christ qui nous guide et nous apprend tout cela. 

Nous connaissons aussi le commandement de l'amour fraternel au cœur du message de Jésus (Jean 13, 34-35), mais celui-ci risque d’être inefficace s'il ne se joint pas à celui, tout aussi fondamental, que nous propose Jésus aujourd'hui : la « Loi du service », c’est-à-dire : découvrir ou redécouvrir comment être serviteur !

L’évangile de ce jour vient nous aider à mieux comprendre la nature de ce service en dissipant un profond malentendu !

Observons la démarche de Jacques et Jean, fils de Zébédée (que l’on appelle aussi les fils du tonnerre). Peut-être leur question nous fait-elle sourire ? Peut-être dirons-nous qu’ils sont opportunistes ! De fait, sans doute les deux, mais surtout, ils semblent n’avoir rien compris aux enseignements et aux explications de Jésus. Pourtant, à plusieurs reprises, Jésus leur a expliqué que sa mission était d'aller vers les brebis perdues, de servir la volonté de salut de son Père pour toute l'humanité sans faire d'exception et qu’Il va donner sa vie pour que nous ayons la vie. Plusieurs fois, Il a répété ce message… sans que les disciples puissent vraiment l’intégrer !

La discussion dont fait écho l’évangile est presque triviale : savoir qui est le plus grand (Marc 9, 33 et suivants). Les deux Apôtres se voient chacun sur un siège autour de Jésus trônant comme un roi temporel et puissant. Ils se voient ainsi aux premiers rangs de sa cour royale. Immédiatement, la réaction des autres Apôtres se fait entendre : ils sont indignés !

La réponse de Jésus est donc précise et piquante ! Elle fait éclater le malentendu : « Oui… », dit Jésus, « vous serez avec moi et, si vous me suivez, jusqu'à donner votre vie comme moi ». Si je reprends les mots exacts entendus dans l’évangile : « Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? » 

  • Jésus pense aux outrages, eux aux honneurs. 
  • Jésus pense à la croix où Il sera élevé, eux pensent à des trônes. 
  • Jésus pense à donner sa vie pour chacun et pour tous, eux veulent s'élever aux dépens de tous. 

Nous pourrions allonger la liste. Il y a donc un « malentendu profond », une mauvaise compréhension et en même temps, cette blessure récurrente de l’homme qui aspire à un pouvoir ! Pour dissiper tout malentendu, Jésus donne des précisions qui sont à retenir et qui constituent cette « loi fondamentale du service ». 

Comment résume-t-Il cette « loi du service » dans notre communauté chrétienne : 

  • « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. 
  • Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous » (Marc 10, 43-44). 

Cette invitation peut nous laisser perplexes ! Nous le savons bien, il y a tout un chemin à faire pour développer en chacun de nous, cet esprit de service dont parle Jésus. Ce n'est pas évident dans notre monde d'aujourd'hui, comme celui d’hier, où la compétition a une si grande place et où les réussites sociales, financières, professionnelles, familiales sont sur le devant de la scène. 

 

Alors qu'en est-il de cet appel de Jésus dans nos vies ?

Pour nous, chrétiens et croyants, il s'agit d'une règle absolue que nous ne pouvons pas mettre en doute. Elle s'applique non seulement aux ministres ordonnés, diacres, prêtres, évêques, mais aussi à tous les fidèles membres de notre communauté chrétienne. L'Église, même si parfois elle peut montrer une triste réalité à cause de ses membres pécheurs, n'en sera que plus belle lorsque toutes et tous s'efforceront d'incarner dans leur vie de tous les jours, cette « loi du service». 

Cet idéal du service demeure l'idéal incontournable du disciple de Jésus. Il nous revient donc de chercher à le vivre de diverses façons. 

Ne cherchons pas trop loin ! Ce peut être simplement en privilégiant le service de sa famille, de ses parents, parfois malades, de ses enfants, l’engagement dans la vie politique, dans la société civile (nous pensons entre autres à l’importance de la dignité humaine : par exemple la conception in utero jusqu’à la fin de vie), l'aide à des gens dans le besoin, la participation aux rencontres avec des personnes seules, isolées, malades dans le service Diaconie et Soins de la Paroisse, et par bien d’autres services à inventer peut-être, etc… Ce peut être au service de nos offices liturgiques, en jouant, par exemple de la musique et en nous donnant envie de chanter lors de nos célébrations en y mettant un peu de couleurs, de beauté, de passion, d’amour… ou encore simplement un sourire, de la bienveillance dans nos échanges quotidiens… 

À chacun de nous de trouver les bons moyens d’imiter le Christ ! L'important n’est pas tant ce que nous faisons, peu ou beaucoup (selon ses charismes, ses disponibilités, son âge…), mais c'est le cœur que nous y mettons.

Devenir disciple de Jésus, c'est entrer dans une famille où il y a de la place pour tout le monde et où il y a de l'amour fraternel qui se sent, se perçoit, se voit, se vit. J’aimerais tant, qu’à l’issue de chaque messe, nous puissions discuter, nous connaître un peu mieux, échanger nos attentes, parler de notre quotidien ! Nous nous quittons peut-être trop vite au seuil de l’église !

En disant cela et en le vivant, il ne devrait plus avoir de malentendu possible sur notre mission !

 

Alors que devons-nous faire ? 

Notre soif de grandeur ne doit pas nous faire oublier d’assumer notre mission prophétique : c’est en servant les petits que nous deviendrons grands… Je le redis, en cette semaine missionnaire, la mission est là au cœur de notre ville, au pied de notre quartier.

Impossible aussi de rester seul et de s’isoler ! Ne restons pas au fond de notre canapé ! J’ai besoin d’une réciprocité ! J’ai besoin aussi d’une communauté ; j’ai besoin de prendre soin de l’autre comme l’autre pourra prendre soin de moi ! Nous aurons tous besoin à un moment ou à un autre de notre vie, d’avoir quelqu’un à nos côtés qui pourra nous accompagner. En effet, il ne sert à rien de vivre pour celui qui ne vit pas pour servir.

Mais quel est le style du service ? À chacun de le trouver ! Dans l’Évangile, les bons serviteurs sont ceux qui risquent, ceux qui osent !

Ils ne sont pas peureux ou méfiants, ils ne conservent pas ce qu’ils ont reçu, mais ils l’utilisent à bon escient. Notre richesse, si elle n’est pas investie, se perd ; parce que la grandeur de notre vie ne dépend pas de ce que nous mettons de côté, mais du fruit que nous portons. Que de gens passent leur vie seulement à amasser, à accumuler, pensant à leur bien-être plutôt qu’à faire du bien. 

Mais comme elle est vide une vie qui poursuit ses besoins, sans regarder qui a besoin ! 

Si nous avons des dons, c’est pour être don nous-mêmes pour les autres. 

Frères et sœurs, osons être des dons pour tous ceux que nous rencontrerons ! C’est la grâce que nous pouvons demander pour chacun de nous et pour tous les paroissiens de devenir une communauté missionnaire. Gardons et désirons cet esprit de service !

Qu’en toute occasion, Dieu soit béni !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 13 octobre 2021, 28e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 42-46. Psaume 61. Lettre de St Paul aux Romains 2, 1-11.

 

Jésus est toujours chez le pharisien qui l’a invité la veille ; la discussion se poursuit. Inviter Jésus chez soi n’est pas sans surprise, doit penser cet hôte ! D’ailleurs, les reproches adressés aux pharisiens se précisent : « Vous êtes comme des tombeaux qu’on ne voit pas et sur lesquels on marche sans le savoir. » Et quand un docteur de la loi se plaint d’être insulté, la réponse fuse : « Vous aussi, vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter, et vous-mêmes, vous ne touchez même pas ces fardeaux d’un seul doigt. »

Choqué par l’attitude des pharisiens et des docteurs de la loi, Jésus ne mâche pas ses mots. Pourquoi ? Il sait qu'Il s'adresse à des hommes qui se posent en champions de la fidélité ! C’est peut-être cette attitude-là que le Seigneur veut dénoncer !

Avec le temps, peut-être l’usure de la vie, leurs déterminations se sont émoussées, restreintes, réduites à une pratique formelle (l’hygiène hier, et aujourd’hui les impôts sur les plantes), mais le cœur « n’y est pas » !

L’amour de Dieu semble être absent ; on parle de Dieu, mais c’est une « présence creuse » : ce n’est plus à Lui qu’on adresse la prière, comme ce n’est même plus pour Lui (ou ses frères !) qu’on paie l’impôt. 

C’est l’occasion pour l’évangéliste saint Luc de citer une maxime de sagesse : « Ceci, il fallait l’observer, sans abandonner cela. » Bien sûr, on doit payer ses impôts pour donner les moyens à la société civile d’être attentif à tous, mais il ne faut pas oublier ce qui est le plus important : l’amour de Dieu. Or ce « plus important » ne semble plus être le souci de ces pharisiens. 

     « Quel malheur ! » On retrouve l’injonction « malheureux » qui suivait les « Béatitudes » dans l’évangile de saint Luc 6, 24-26. En effet, ils cherchent « la gloire qui vient des hommes », mais ils ont « déjà reçu leur récompense » (Mt 6, 2). 

L’allusion aux tombeaux est parlante ! Plus précisément le contact indirect avec des cadavres, jugés impurs par la Loi, devient ici une critique équivalant à les estimer eux-mêmes comme des morts ; 

Ils ne vivent plus de l’essentiel, c’est-à-dire de l’amour de Dieu.

Peut-être, allez vous penser et dire que Jésus est un peu violent, mais chers frères et sœurs, nous ne sommes pas nous-mêmes, à l’abri d’une telle attitude ! Nous pouvons prier, nous pouvons donner généreusement (à la quête par exemple, au denier de l’Église ou à la contribution paroissiale : c’est important et vital) mais si ce geste est juste formel (il faut bien s’en acquitter !) et sans la prière, peut-être sommes-nous aussi dans l’attitude dénoncée par Jésus ? Alors :

Comment pouvons-nous y remédier ? 

Quelle est la bonne attitude ? 

Relisons le chapitre 2 de l’épître aux Romains : « Ceux qui font le bien avec persévérance… recevront la vie éternelle ! »

Frères et sœurs, aujourd'hui encore, le Seigneur attend de nous une vraie cohérence, une vraie logique de vie, un véritable amour :

  • entre la prière et la vie, entre nos paroles et l'engagement concret, 
  • entre notre générosité personnelle et ce que nous réclamons des autres.

 Osons nous interroger, humblement, simplement ! ! Osons faire ces choix et vivre de l’Esprit Saint ! Laissons-nous aimer par Dieu et redisons-Lui notre amour !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 11 octobre 2021, 28e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 29-32. Psaume 97. 

Lettre de Saint-Paul aux Romains 1, 1-7.

 

Une fois n’est pas coutume ; je ne vais pas commenter l’évangile, mais je vais, plus particulièrement, m’attacher à la première lecture. Régulièrement, nous entendons les différentes épîtres et je ne sais pas si nous prenons vraiment le temps de les découvrir. Nous en entendons seulement de courts extraits, des passages, mais prenons-nous le temps de lire ces Épîtres en entier ?

Aujourd’hui, nous commençons une nouvelle séquence en abordant les premiers versets de l’Épître aux Romains. Je vous propose donc, ce matin, une toute petite introduction à l’épître aux Romains écrite par saint Paul.

Quelles sont l’époque et les circonstances de la composition de cette Épître ?

Saint Paul a été un persécuteur des chrétiens ; puis, sur la route de Damas, il fait la rencontre du Christ. Alors, il va prendre un long temps de réflexion après sa rencontre avec le Seigneur et d’approfondissement des écrits bibliques avant de rejoindre, à Jérusalem, les Apôtres. Il va commencer alors, tout un parcours missionnaire, allant de ville en ville, de pays en pays.

Nous le rejoignons dans les années 55 à 57, lors d’un séjour de plus de deux ans dans la ville d’Éphèse (dans l'actuelle Turquie, véritable joyau de l'antiquité). Paul va passer l’été et l’automne de 57 en Macédoine (en Europe du Sud, situé dans la péninsule des Balkans). Depuis cette province, il aura à cœur d’écrire sa deuxième Épître aux Corinthiens. Il y fera de nombreuses allusions à sa prochaine arrivée dans leur ville (2 Corinthiens 2.1-3 ; 9.4 ; 12.20 ; 13.1, 2, 10). Il ira, en effet, à Corinthe (entre les villes d’Athènes et de Sparte) à la fin de l’an 57, et y demeurera les trois premiers mois de 58 (Actes 20.3). Là aussi, il anticipera sa venue prochaine à Rome en écrivant cette Épître aux Romains pendant ce séjour. Paul lui-même n’était jamais allé à Rome.

Dans cette lettre, il annonce donc aux Romains qu’il espère les voir bientôt en passant chez eux pour se rendre en Espagne. Pourquoi l’Espagne ? Pour Paul, c’est un peu le point d’orgue de sa mission.

S’il a le sentiment d’avoir rempli une partie de sa tâche apostolique, d’être sur le seuil d’une nouvelle période de sa vie, il sait que sa mission doit continuer. Il nourrit encore de vastes projets, qu’il laisse entrevoir à ses frères de Rome (15.24-28). Il veut annoncer l’Évangile en Espagne en réponse à l’invitation du christ en saint Matthieu 28,19 : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples ! » L’Espagne est le terme de l’occident, cette limite occidentale du monde connu des anciens.

Cependant, il est conscient des difficultés. Tout en énonçant ce plan ambitieux, il exprime les appréhensions sur son avenir. Il supplie les chrétiens de Rome de combattre avec lui dans leurs prières, afin qu’il soit délivré des incrédules qui sont en Judée (15.30-31). De fait, ses craintes iront en grandissant.

Qu’il eût ou non, en écrivant l’Épître aux Romains, le sentiment que son activité missionnaire touchait à son terme, cette Épître peut être considérée comme le testament spirituel de l’Apôtre des nations païennes, de l’Apôtre des gentils.

Bientôt, nous le savons, le christianisme prendra un nouvel essor à Rome, qui ne devait plus être arrêté. 

La richesse théologique de l'Épître aux Romains en a fait un des textes les plus étudiés encore aujourd’hui et les plus commentés du Nouveau Testament. Lorsque le Canon des Saintes Écritures a été établi, on a donné la première place à l’Épître aux Romains, bien qu’elle n’ait pas été écrite la première (les épîtres aux Thessaloniciens, aux Galates et aux Corinthiens l’ont précédée). Cette première place a été donnée à cette Épître précisément en raison de son importance doctrinale.

Voilà, frères et sœurs, une petite introduction pour vous donner envie d’approfondir cette Épître en entier.

Prenez le temps de la lire en continu (elle n’est pas très longue) même si elle peut paraitre un peu compliquée, car théologique. Nous pouvons nous aider des commentaires et introductions, et pourquoi pas, créer un petit groupe pour la redécouvrir ensemble.

En faisant ainsi, cette lecture sera l’occasion, pour chacun de nous, de nourrir ainsi notre foi et notre intelligence !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 10 octobre 2021, 28e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 10, 17-30. Livre de la Sagesse 7, 7-11 Psaume 89. 

Lettre aux Hébreux 4, 12-13. 

 

L'évangile, que nous venons d’entendre ce matin, touche au moins deux points sensibles : 
celui de notre devenir en tant qu’homme ou femme au-delà de cette terre (au-delà de la mort) et 
celui de nos biens matériels
Certes, il ne s'agit pas d’être effrayé par la vie à venir ou de se culpabiliser par la possession de quelques biens, mais l’invitation est précise : nous laisser convier à la Sagesse, à une sagesse qui nous libère parce qu'elle élargit notre horizon (comme nous l’avons entendu dans la 1re lecture) : « À côté de la sagesse, j’ai tenu pour rien la richesse », nous redit l’auteur de ce livre ! 

Jésus est en route et saint Marc nous présente donc un homme de bonne volonté, avec une question : « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » demande-t-il à Jésus ? 

Voilà sans nul doute, une bonne question et un excellent objectif. L’homme s’adresse à Jésus avec droiture et modestie ; humblement, il n’hésite pas à s’agenouiller devant celui qu’il appelle « Bon maître ».

Pourtant, nous percevons bien que quelque chose ne va pas. Tout en s’adressant respectueusement à Jésus, quelle est la réalité de l’attente de cet homme ? Est-elle la recherche d’une ‘bonne astuce’ pour obtenir « la vie éternelle » ? La vie éternelle lui paraît-elle être un bien dont il pourrait augmenter son capital ? 

Or, la vie éternelle n’est pas quelque chose à faire, pas davantage un portefeuille à posséder ou une astuce, mais un chemin sur lequel avancer, guidé par la Parole de Dieu.

Immédiatement, Jésus oriente d'abord son interlocuteur en recherche vers Celui qui seul est bon. En faisant ainsi, Il le décentre de lui-même, puis l’invite à un choix et une disponibilité ! 

L’efficacité de nos actions ne provient pas de notre seule générosité, mais elle est donnée au bout d’une prière confiante et profonde : « J'ai prié, et l'intelligence m'a été donnée. J'ai supplié, et l'esprit de la Sagesse est venu en moi », entendions-nous dans la première lecture. Première demande : demander la sagesse ! La Sagesse est un don de Dieu, à demander humblement et à recevoir avec reconnaissance, au plus profond du cœur.

Pour cela, il nous faut prier, discernerchoisir, décider et parfois, bien souvent : consentir à quelques renoncements. Attention, le renoncement n’est pas forcément un manque à gagner ou une difficulté ; il peut être positif et libérant. Nous connaissons bien l’adage : choisir c’est renoncer !

Si on y regarde de près, on découvre que l’appel du jeune homme riche est un appel qui ne s’adresse pas seulement à lui, mais à chacun de nous. Il est porteur d’une invitation qui reprend celles des Béatitudes dont la première est : « Bienheureux les pauvres de cœur, car ils verront Dieu » ! 

Ne faisons pas de contresens ! Jésus ne condamne pas la richesse en tant que telle, mais plutôt le danger d’une certaine accumulation des richesses, qui parfois peut être frénétique ? C’est l’exemple choisi dans la parabole où Jésus raconte comment un riche fermier amassait plein de réserves de blé et à qui Dieu dit : « Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » À quoi te serviront toutes ces possessions ? (Relire St Luc 12,2)     

Cet épisode du cet homme riche (jeune ou moins jeune) représente chacun et chacune d’entre nous, quelque soient les époques !

Effectivement, quelle que soit notre histoire, à certains moments de notre existence, cette question du sens de la vie, de sa finalité est aussi la nôtre ! Ce peut être à l’occasion d’une perte, d’une séparation, de diminutions physiques, de problèmes de santé, d’amitiés et de joies partagées, d’une étape de la vie comme le départ des enfants de la maison ou comme le passage à la retraite… quel sens donnons-nous à notre vie ? Quel est notre but ?

Ces situations nous posent forcément la question : « Que me faut-il faire ? » C’est là que ce dialogue entre cet homme avec de grands biens et Jésus nous est précieux. 

Tout d’abord, il nous faut nous souvenir que les appels de Dieu sont d’abord une grâce et un amour qui nous sont donnés. « Jésus le regarda et il l’aima ! ». Ce regard et cet amour de Jésus nous sont manifestés, quelles que soient nos situations heureuses ou difficiles. Ils sont bien réels !

Notre réponse pourrait être celle de cet homme : « Seigneur, j'ai bien vécu et j’ai été un bon chrétien » ou bien : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse ».

C’est déjà beaucoup si nous pouvons dire cela ! Mais ce que l’évangile d’aujourd’hui illustre c’est que cet appel est toujours à l’œuvre. Là aussi, quels que soient nos charismes, notre richesse, notre âge, notre santé et même notre péché … l’appel à suivre Jésus est le même pour tous !

Jésus nous invite donc à un « lâcher prise », à une confiance audacieuse !

Frères et sœurs, quittons toute tristesse ! Ne soyons pas sombres ! Notre vie prend du sens quand elle est orientée vers Dieu, vers le Ciel : notre seule richesse…! Nous en rêvons tous ! La foi est authentique quand elle mise sur la présence active de Dieu au cœur de ce monde et de nos vies, dans les moments de bonheur et peut-être plus particulièrement dans les épreuves et les difficultés. 

Que cette eucharistie dominicale qui nous redit le don total du Christ, soit pour nous un soutien en cette période où nous restons profondément blessés par la folie et la lâcheté d’hommes et de femmes qui sont consacrés au Seigneur ou en mission d’église. N’oublions pas celles et ceux qui se donnent encore aujourd’hui généreusement. Poursuivons notre mission avec confiance ! Si nous ne le faisons pas, qui le fera ?

Comme les premiers chrétiens auxquels s’adresse saint Marc, redisons notre désir de suivre Jésus, quels que soient les difficultés et les détachements à décider, car avec Lui, nous entrons déjà dans le Royaume de Dieu qu’Il est venu annoncer, mais qui est déjà présent, aujourd’hui. 

Frères et sœurs, entendons cette parole d’espérance ! Réjouissons-nous et osons répondre avec audace à l’appel de Dieu !                                                                                     

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 6 octobre 2021, 27e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 11, 1-4. Psaume 85. Livre du prophète Jonas 4, 1-11.

 

Saint Bruno le Chartreux (1030-1101) est fêté en ce jour, le 6 octobre.

Frères et sœurs, cette fête nous permet de faire écho à l’évangile de ce jour quand les disciples ont exprimé cette demande à Jésus : « Seigneur, apprends-nous à prier ! » (Lc 11, 1-4). Pour nous aussi, disciples du Christ, cette demande résonne : « Donne-nous, Seigneur, les mots justes pour apaiser notre cœur, pour nous garder dans l’espérance, redire aussi notre certitude d’être aimé et de T’aimer ! »

Voici la Prière de saint Bruno que nous pouvons faire nôtre : « Seigneur, qu'au long de ce jour, je Te révèle ». 

Saint Bruno est le fondateur de l'ordre des Chartreux et c’est une grâce pour nous d’avoir, dans notre diocèse, cette communauté de priants, témoins de l’amour de Dieu et d’un choix radical pour Dieu. Après avoir enseigné à Reims pendant longtemps, il gagna le massif de la Chartreuse avec quelques disciples pour s’y livrer à la pénitence et à la contemplation. 

Avec ses frères, il adopta un genre de vie qui alliait la solitude des ermites à un minimum de vie commune.

Cette prière de saint Bruno le Chartreux que je vais vous lire dans quelques instants est celle qu’il enseignait à Reims alors qu’il était professeur au séminaire : « Seigneur, qu'au long de ce jour, je Te révèle ». Frères et sœurs, reprenons cette prière ce matin, quels que soient notre état, notre peine, nos difficultés : 

« Seigneur, dans le silence de ce jour naissant, je viens Te demander la paix, la sagesse et la force. Je veux regarder aujourd'hui le monde avec des yeux tous remplis d'amour, être patient, compréhensif, doux et sage, voir au-delà des apparences,

Tes enfants comme Tu les vois Toi-même, et ainsi, ne voir que le bien en chacun.

Ferme mes oreilles à toute calomnie, garde ma langue de toute malveillance, que seules les pensées qui bénissent demeurent dans mon esprit, que je sois si bienveillant et si joyeux, que tous ceux qui m'approchent sentent Ta présence, revêts-moi de Ta beauté, Seigneur, et qu'au long de ce jour, je Te révèle. Amen. »

En ces temps de tourmentes, d’horreurs, de honte et de prières, Seigneur, nous Te confions tous les enfants, les adolescents, toutes les victimes de la folie de ceux qui te sont consacrés, nous te confions notre Église et notre Paroisse. 

Donne-nous, Seigneur, d’avancer dans la confiance et que la devise des Chartreux reste présente dans notre mémoire !

Dans ce monde qui bouge, dans ce monde qui est un peu folie : « Stat crux dum volvitur orbis », « La croix demeure tandis que le monde tourne ! » C’est une certitude !

Demandons pour chacun de nous, un surcroît d’espérance et de confiance !                                                                                                        

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 4 octobre 2021, 27e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Luc 10, 25-37. Cantique Jonas 2. 

Livre du prophète Jonas 1, 1 à 2, 1.11.

 

En ce 4 octobre, nous faisons mémoire de saint François. Nous connaissons assez bien sa vie et nous pouvons nous la rappeler brièvement. Il est né dans une famille très riche, dans la ville d’Assise en 1182 et il décède en 1226, à l’âge de 44 ans. Le choix de vie de François irrite profondément son père à un point tel qu’il finit par rompre avec sa famille ; François renonce à son héritage, et continue de vivre comme un pauvre. Il se met à mendier et s’installe dans un ermitage. Il nous invite à un nouvel art de vivre et à une nouvelle manière d’être chrétien.

L’évangile que nous venons d’entendre en saint Luc, fait écho à un docteur de la Loi qui pose une bonne question : « Qui est mon prochain ? »

Un jour, François croise sur sa route un lépreux au visage rongé par la maladie ; tout d’abord il s’en écarte avec dégoût. Puis, brusquement, il voit dans le visage du lépreux, le Christ qui marche sur la route avec lui. Alors il s’en approche, le serre sur son cœur et l’embrasse. Cette rencontre est décisive ! Il dira : « À la vue de ce lépreux, tout ce qui était amer pour moi s’est changé en douceur pour l’âme et pour le corps. ».

Saint François est surnommé « le frère universel ». Cette fraternité est fondée sur la pauvreté radicale qu’il a embrassée (Dame pauvreté) à l'appel du Christ. François, le Pauvre d’Assise, est toujours aujourd’hui celui qui nous invite à l’amour de tous les hommes, et de toutes les créatures.

 C’est pour cela que saint François est le « patron céleste des écologistes ». En effet, le 29 novembre 1979, saint Jean Paul II, s‘intéressant et se préoccupant du respect de l'environnement, par une « bulle » spéciale, fait du saint d’Assise le « Patron des écologistes ». Quand j’emploie ce mot d’écologiste, attention, je ne fais pas référence aux politiciens qui peuvent avoir une visée opportuniste ou bien pensante, mais je suis dans une compréhension chrétienne de l’écologie. Pour mieux la concevoir, je vous invite à lire ou relire : ‘Laudato Si’ du Pape François.

En résumé, il y a trois raisons pour lesquelles saint François a été déclaré Patron des écologistes :

La première, c’est qu’il a œuvré toute sa vie pour mettre en valeur les éléments de la nature comme un don merveilleux, fait par Dieu au genre humain.

La deuxième est que saint François d’Assise a également compris, à sa manière, que tout vient de Dieu : toutes les œuvres du Créateur nous sont données, quelles qu’elles soient.

- Enfin, en troisième raison, saint François a chanté ce magnifique « Cantique des Créatures », par lequel il a offert la louange appropriée, la gloire, l’honneur et toute bénédiction au Très-Haut, Tout-Puissant et Bon Seigneur.

Saint François a vécu cette louange par toute sa vie. Pourtant, ne croyez pas que sa vie ait été simple ! François, qui est la figure de la joie et de la douceur, a aussi connu de grandes souffrances. Il a vécu une ascèse intense, il a connu la maladie et a été traversé par l'angoisse commune aux hommes. 

Il va vivre si proche du Christ, qu’il a reçu dans son corps les marques de la Passion du Christ : les stigmates. 

En ce jour, même si le temps est froid et pluvieux, demandons pour nous, la grâce de la louange pour toutes les œuvres de Dieu ! Demandons cette grâce pour chacun de nous, ce matin !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 29 septembre 2021, fête des saints archanges, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 1, 47-51. Psaume 137. 

Livre du prophète Daniel 7, 9-10.13-14.

 

L’évangile de ce jour nous dit : « Vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme » (Jn 1, 51). Ce passage fait référence au songe de Jacob (Gn 28, 10-17) dans des paroles similaires. 

Nous le savons ! Cette échelle mystérieuse sur laquelle montent et descendent les anges du Seigneur se réalise pleinement dans le Christ, lorsque celui-ci est élevé (Jn 3, 14) sur la Croix. Un certain nombre d’icônes orthodoxes représentent cette échelle mystérieuse.

La Croix devient l'échelle qui unit le ciel à la terre et qui embrase l'humanité entière. Elle est le ‘pont’, selon l'image chère à sainte Catherine de Sienne, que l'amour enflammé de Dieu a jeté pour rejoindre l'homme. La Croix est donc l’échelle qui nous permet de monter vers Dieu.

Cette Croix est aussi le lieu du combat ! Combat de la Vie contre la mort ! Combat contre Satan ! Celui-ci n’a d’autres intentions que de tromper et de détruire l’homme. Depuis le début de la Bible (Gn 1), on parle de cette séduction de Satan pour détruire cette harmonie entre Dieu et l’homme, détruire par la défiance.

Vous connaissez l’astuce de Satan ? Elle est tout d’abord de faire croire qu’il n’existe pas et de présenter les choses comme si elles étaient bonnes ! Mais son intention est bien de détruire l’homme, avec des motivations prétendument « humanistes ». Les anges, eux, ont cette mission de lutter contre le diable et de nous orienter, sans cesse, vers Dieu .

Les lectures du jour nous présentent donc ces images très fortes : la vision de gloire de Dieu racontée par le prophète Daniel, celle de la lutte de l’Archange Michel et de ses anges contre « le grand Dragon, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier » avant d’être finalement vaincu comme l’affirme le livre de l’Apocalypse (Ap 12, 7-12a).

Dans ce combat, les anges nous défendent. Ils sont à la fois signes, messagers et défenseurs. C’est pour cette raison que l’Église honore ses anges et ses archanges.

Encore mystérieusement, cette lutte, ces combats sont aussi une réalité quotidienne de notre vie chrétienne, dans notre cœur, dans notre vie, dans nos familles, dans notre société, et même dans nos églises... Si nous ne réagissons pas, si nous ne luttons pas, notre espérance va s’étioler et nous laissons ainsi, une victoire à Satan. Le Seigneur a donné aux anges cette mission d’être à nos côtés pour lutter et vaincre.

Sur cette voie, nous cheminons tous ensemble, cahin-caha, précédés du Christ, confortés par la tendresse de la Mère de Dieu, soutenus par l'intercession des saints, accompagnés par les archanges. 

Voici la signification de chacun de leurs prénoms : saint Michel, celui « Qui est comme Dieu » ; saint Raphaël, le « Dieu guérit » ; et saint Gabriel, la « force de Dieu » !

Puissions-nous maintenant, durant ce jour et les jours qui viennent, demander la présence et l’intercession de ces anges à nos côtés pour avancer. Demandons cela comme une grâce immense pour chacun de nous !

Que Dieu soit béni pour ses anges et archanges !

Ainsi soit-il

 

 

 

 

 

 

Introduction au début de la célébration :

 

Qui sont les saints Archanges ?

L’Église vénère aujourd’hui la mission de trois saints archanges. Ils sont remarquables pour leur amour sincère de la volonté divine. 

  • C’est avec loyauté que l’archange saint Gabriel délivra fidèlement le message le plus important de toute l’histoire humaine à Zacharie et à Marie. 
  • L’archange saint Michel lutta contre Satan et le chassa du Paradis. 
  • L’archange saint Raphaël vint à l’aide de Tobie, au cœur de son projet de couple dans l’Ancien Testament. 

Chez ces archanges il n’existe aucune duplicité du cœur. 

Dieu leur a demandé un service et ils l’accomplirent en toute vérité. Ne serait-il pas merveilleux d’utiliser nos talents et nos dons pour être aussi ces messagers de l’amour de Dieu pour notre temps ?

Homélie du lundi 27 septembre 2021, 26e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 46-50. Psaume 101. Livre du prophète Zacharie 8, 1-8.

 

Voici que les apôtres se disputent pour savoir qui est le plus grand ! Pour les aider à voir plus juste et ‘grandir’, Jésus répond d’abord à leur question avec une parabole d’un nouveau genre. Pour une fois, il ne s’agit pas d’un récit, mais d’un geste prophétique : un enfant est placé au milieu du groupe.

Cela nous paraît presque banal, mais ce geste a dû surprendre les disciples. Pourquoi ? Car à l’époque, un enfant n’avait pas d’existence sociale. Évidemment, on prenait soin d’eux, mais la mortalité était importante, seuls les plus vigoureux avaient une chance d’être reconnus et d’avoir une place dans la cité. L’image que donne Jésus de cet enfant n’est pas non plus celle de la naïveté érigée en absolu. 

Dans le contexte de l’annonce de la Passion, Jésus veut expliquer à ses disciples ce que va être le chemin du Fils de l’Homme : celui de l’innocent que tout le monde méprise. Il en sera de même pour ses disciples. Ce que Jésus essaie de nous faire comprendre, c’est que la grandeur chrétienne est cachée, parfois, dans ce qui méprisé, sans valeurs aux yeux des hommes.

Notre monde soi-disant moderne n’est pas finalement très loin d’une même considération de mépris, vis-à-vis du statut de l’enfant à naître. Certes, nous sommes soumis aux espiègleries de l’enfant devenu roi, mais quel mépris ont de l’embryon ! Aux yeux de notre société, le petit dans le ventre de sa maman n’a que peu de valeur ! Quelle erreur et quelle folie !

Au fond, la question qui agitait les Apôtres de savoir qui était le plus beau, le plus intelligent, le mieux placé… n'avait pas de sens aux yeux de Jésus. « Qui est le plus grand ? », se demandaient-ils. Mais, ils ne mesuraient entre eux que de fausses grandeurs. 

Ce que j’entends dans ce texte, c’est que Dieu seul grandit l'homme. C’est bien ce que répond Jésus, mais la vérité de l'homme, c'est d'être petit devant Dieu. 

Aujourd’hui, Jésus donne un enfant comme modèle, demain Il se mettra à laver les pieds de ses disciples et un jour, Il finira par souffrir et mourir sur la croix réservée aux bandits. 

Jésus n’a jamais cherché la grandeur et la gloire des hommes. Il a accepté d’être petit parmi les hommes, serviteur jusqu’a donner Sa vie pour nous. Si Jésus a pris ce chemin de petitesse, c’est pour nous montrer la grande tendresse de Dieu pour les petits, pour les pauvres et les humiliés.

 Une question se pose pour nous ce matin : sommes-nous capables de suivre ce chemin ?

Rêvons-nous encore de grandeur ou acceptons-nous que Dieu nous fasse grandir… de nous laisser grandir par Dieu seul en reconnaissant humblement notre petitesse ? 

En nous posant cette question, il ne s’agit pas de misérabilisme, mais d’accepter simplement cette réalité : Dieu seul grandit l’homme !

Frères et sœurs, demandons ce matin que l’Esprit de Vérité ouvre nos yeux à toutes les occasions qui nous sont offertes d’accueillir Jésus, l’Envoyé de Dieu dans notre vie, et qu’il nous donne de choisir en toutes circonstances la vraie et seule place qui convient aux disciples du Christ : la place la plus humble, la dernière !

Demandons cela pour chacun de nous ce matin : Dieu seul grandit l’homme !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 22 septembre 2021, 25e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 1-6. Cantique Tobie 13. Livre d’Esdras 9, 5-9.

 

Cela fait du bien d’entendre cet envoi en mission ! Ce rappel devrait sans doute nous interpeller et nous rappeler notre propre mission ! 

Que se passe-t-il dans l’évangile de ce matin ? Une nouvelle étape s’ouvre pour les Douze. Jésus les invite concrètement à entrer en mission, mais sans Lui. Après la théorie, voici la mise en pratique ! Après les avoir formés et fortifiés auprès de Lui, Jésus les envoie maintenant annoncer, non pas des choses ou des événements temporels, mais le Royaume de Dieu ! En tant qu’« envoyés », les Douze sont appelés à devenir Apôtres, appelés à prolonger la mission du Christ, appelés à prolonger la mission de Celui qui a été envoyé par le Père pour sauver les hommes. Il ne s’agit pas d’une mission de réconfort !

Nous découvrons que, comme les apôtres d’hier, les disciples-missionnaires d’aujourd’hui sont appelés, avant tout, à proclamer une parole qui coïncide avec la personne même du Christ. Bien sûr, il y aura des guérisons, des démons qui seront expulsés, mais fondamentalement, nos regards doivent être tournés vers le ciel, vers ce royaume que Jésus nous propose.

Bien souvent en rupture avec l’esprit du monde, leur véritable témoignage doit être l’annonce sans artifice, d’un Christ pauvre, doux et humble. Voilà le paradoxe ! C’est toujours le sens de la mission encore pour aujourd’hui : il s’agit de favoriser une rencontre avec le Christ ! Le disciple-missionnaire devra même s’effacer pour permettre cette mise en relation avec le Christ !

Sans mépriser pour autant les réalités de ce monde, le disciple demeure cependant tout tendu vers le Christ et ne veut rien savoir d’autre parmi les hommes, sinon l’annonce de Jésus-Christ, de Jésus-Christ crucifié (cf. 1 Co 2, 2), mort pour nous et ressuscité ! (Kérygme) 

J’ai eu une discussion intéressante, il y a quelques jours, avec des jeunes (non-chrétiens) qui étaient dans cette église. Une question m’a été posée : « Pourquoi certains chrétiens portent-ils sur eux une croix, “une croix avec un homme qui est mort ? » Question passionnante et essentielle ! J’ai expliqué que l’important n’était pas tant la croix, mais le Christ qui avait accepté par amour de donner sa vie. Qu’il était mort puis ressuscité et que nous étions tous invités à cette même résurrection. La mort n’est pas le terme de notre vie !

Oui frères et sœurs, nous sommes invités à témoigner du Christ mort et ressuscité !

Pour cela, le véritable disciple se doit d’être libre de toute attache. Cette disponibilité intérieure demande que nous voyagions léger ! Telle est la consigne de Jésus à ses disciples. Cette économie de moyens n'est pas un manque de prudence, mais une marque de confiance. 

L’évangile de ce jour nous redit cet appel à nous mettre en marche, à « oser partir » nous aussi, simplement, sans artifice, à annoncer à temps et à contretemps la Bonne Nouvelle du Royaume, à annoncer le Christ mort et ressuscité. 

Il est toujours bon de se rappeler qu’être chrétien, c’est être missionnaire !

Quel est le secret de la victoire de cette annonce : rester greffer sur le Christ, notre Unique Nécessaire.

Particulièrement, lorsque le combat avec l’esprit du monde se fait rude, aujourd’hui comme hier, il nous faudra reprendre force et vigueur en nous rappelant, cette certitude : 

« N’ayez pas peur, j’ai vaincu le monde. »

Personnellement, j’aime me rappeler la parole de sainte Bernadette, à Lourdes : « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire ! » Quand nous partons en mission, n’oublions pas que c’est le Christ qui fait le travail ! Encore nous faut-il avoir l’audace de dire qui est le Christ pour moi !!!

La suite ne nous appartient pas, c’est l’Esprit Saint qui agit dans les cœurs !

Jésus nous demande d’avoir l’audace du témoignage, l’audace de la rencontre.

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 20 septembre 2021, 25e semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 8, 16-18. Psaume 125. Livre d’Esdras 1, 1-6.

 

Petite introduction au livre d’Esdras

Assez régulièrement, il me semble intéressant d’expliquer un peu plus certains écrits du Premier Testament. Aujourd’hui, nous commençons un nouveau livre. C’est l’occasion de vous proposer une petite introduction au livre d’Esdras afin de vous inviter, avec audace, à lire et relire ce passage et, peut-être même, le livre en entier.

Le livre d'Esdras (ou Ezra) est un livre de la Bible hébraïque et de l'Ancien Testament. Selon la traduction grecque (la Septante) il existe quatre livres portant ce nom, appelés différemment selon les traditions littéraires (par exemple : Néhémie). Le 1er livre, celui dont nous venons d’entendre un passage, est écrit au Ve siècle avant Jésus-Christ.

Ce livre a pour titre le nom d’un prêtre réformateur : Esdras. Il raconte en détail le retour des Juifs de Babylone sous Zorobabel et Esdras, la reconstruction du Temple de Jérusalem et la restauration du culte. 

Permettez-moi, un petit rappel : la chute de Jérusalem et la déportation à Babylone vers 587 avant Jésus-Christ, furent une grande catastrophe nationale et un traumatisme énorme. Cependant, l’identité d’Israël va demeurer et va même se renforcer. En 538, l’empereur perse Cyrus, nouveau maître du monde, autorisa la reconstruction du Temple. C’est le texte que nous venons d’entendre.

Les livres d’Esdras avec celui de Néhémie ne formaient à l’origine qu’un seul livre donnant une histoire officielle de cette nouvelle époque. 

Le récit d’Esdras débute donc avec l’édit de Cyrus accordant aux Juifs déportés en Babylone la permission de rentrer au pays après 70 ans d’exil. L’édit date de 538 et la période couverte par le livre d’Esdras s’achèvera vers 457. C’est durant cette période-là qu’Esdras entreprend son œuvre de réformation. L’essentiel de l’histoire et de la situation spirituelle du peuple nous y est rapporté, bien que cette histoire comporte des manques. 

Pour bien comprendre ce livre, il est nécessaire de rappeler un certain nombre de faits qui vont être racontés dans un certain nombre de livres que vous connaissez. Pour signifier l’importance de cette déportation à Babylone, tous ces livres bibliques relatent l’Exil et le retour à Jérusalem : Ezéchiel, Daniel, Jérémie, Esther, Aggée, Zacharie, Esdras et Néhémie.C’est en les lisant que nous découvrons la manière dont ce retour s’est effectué. 

On y distingue trois étapes : 

  • la reconstruction du Temple après le premier retour sous Zorobabel et Josué ;
  • la restauration du culte (avec la redécouverte de la langue hébraïque) 
  • et le retour sous Esdras : la reconstruction des murailles de Jérusalem après le retour de Néhémie, le ‘Quotel’ ou ‘Mur des Lamentations’ est ce qui reste du Temple reconstruit à cette époque.

La lecture du chapitre 8 dans le livre de Néhémie nous raconte comment Esdras va restaurer le culte et la célébration des fêtes conformément à la Loi de Moïse. Esdras, à la fois scribe et prêtre, érudit dans la connaissance de la Loi, en fera une lecture publique magistrale qui durera 7 jours.

La grande liturgie à laquelle le texte nous fait assister est une reprise du don de la Loi par Dieu au Sinaï, et donc un grand renouvellement de l'Alliance entre Dieu et son peuple. Ces livres d’Esdras et Néhémie annoncent, alors, le renouveau d’Israël !

Frères et sœurs, prenez le temps de redécouvrir ces textes dont nous ne lisons seulement que quelques trop brefs extraits lors des célébrations eucharistiques !            

Bonne lecture !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 19 septembre 2021, 25e dimanche du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Marc 9, 30-37. Livre de la Sagesse 2, 12.17-20. Psaume 53. 

Lettre de saint Jacques 3, 16 à 4, 3.

 

Chers amis, j’espère que vous avez pris le temps de lire les textes de ce jour avant de venir à la messe. Si vous l’avez fait, sans doute avez-vous pu remarquer que les lectures de ce dimanche sont d’une très grande richesse et elles sont d’un réalisme surprenant.

En priant cette semaine et en pensant à la fête de la Salette, en réfléchissant à ce que Marie a dit dans ce lieu ainsi qu’à Notre Dame de l’Osier, j’ai repéré un point commun : nous n’aimons peut-être pas entendre, ou du moins, nous refusons souvent de l’admettre !

Mais, en fait, que refusons-nous ?

1- D’entendre que nous ne savons pas bien écouter ! Nos oreilles seraient-elles donc un peu bouchées !? Effectivement, nous n’écoutons pas Dieu, mais nous n’écoutons pas plus notre prochain. Dans notre société surmédiatisée, oui, nous avons du mal à entendre ! Nous avons du mal à nous entendre ! Si vous saviez combien de fois, des couples me disent : « il/elle ne m’écoute pas ! Il/elle entend, mais ne comprend pas ! » Cela arrive entre conjoints, avec les enfants également.

Comme les disciples, nous nous occupons de choses futiles, de préséances, de carrières, d’achats, de petits bobos, des défauts du voisin ou de la voisine ou de nos loisirs et de je ne sais quoi encore…Notre convoitise peut nous entrainer dans une insatisfaction récurrente de ce que je vis ; cela va avoir pour conséquence une difficulté d’ouverture fondamentale à Dieu et aux autres. En n’écoutant pas, en nous fermant, il nous arrive de passer à côté de ce dont nous avons vraiment besoin d’entendre et de comprendre pour avancer ! 

Quand le Christ vient nous donner sa vie par amour, les disciples comme nous-mêmes ne comprennent rien. Rien à rien ! Cette logique du don de soi nous échappe si facilement. Il y a de quoi désespérer de nous ! Il y a de quoi désespérer les uns des autres. Si les disciples, si l’humanité, si nous-mêmes, sommes à ce point sourd, incapables de comprendre, incapables d’aimer... peut-être, alors, aurions-nous raison de désespérer ! Il n’est pas rare d’entendre certains s’enfermer dans une désespérance, un refus de vivre, ou encore pour d’autres, par le biais des réseaux sociaux, de se déconnecter de la vie réelle ! Vous en avez sûrement fait le constat autour de vous !

2- Mais une chose est sûre : Dieu ne désespère pas de nous. 

C’est cette espérance qui transparait surtout dans les textes de ce jour. Nous n’écoutons pas le Christ, alors, Lui nous écoute, Il s’intéresse à nos vies. Il nous interroge : « De quoi parliez-vous donc en chemin ? » (Mc 9, 30-37) Nous pouvons lui confier ce qui nous préoccupe : les choses importantes, mais aussi ce qui, apparemment, est sans importance. Il est vrai que le Christ nous entend et prend le temps de nous répondre, de nous enseigner encore et encore, et cela, sans se lasser.

Dieu a foi en l’homme ! Cela peut paraître incompréhensible ou folie, mais Dieu espère en chacun de nous. Il prend le temps de nous guider, de nous enseigner, Il nous appelle de nouveau et nous invite à dépasser nos limites et même, à dépasser nos contradictions. 

3- Qu’est-ce Dieu attend de nous ? Il n’attend pas que nous soyons parfaits ! Évacuons cette idée d’une perfection aboutie… nous sommes toujours en chemin ! Dieu attend surtout que nous nous déterminions, que nous prenions une décision, que nous agissions ! Comment ?

Il y a déjà une première étape à la fois simple et facile. C’est d’accepter de dire au Christ ce qui nous préoccupe, ce qui fait nos joies et nos peines, de s’adresser à Lui comme à un ami, comme à un confident. Cela, c’est la prière. Parler à Dieu simplement. Nous le faisons assez spontanément. Mais, en retour, il nous faut prendre le temps de L’écouter ! Il nous faut faire silence en nous ! En fait, parler et écouter n’est pas si difficile ; n’oublions pas que la prière est un échange, un cœur à cœur. 

Cette première étape est nécessaire pour entrer dans une deuxième étape : celle de la décision ! Il me faut donner une réponse à la parole que Dieu m’adresse. La lettre de saint Jacques que nous avons écoutée en deuxième lecture (Jc 3, 16-18 ; 4, 1-3) nous remet devant le choix fondamental : choisir le bien, écouter la Sagesse…

S’il s’adresse ainsi à ses correspondants, et à travers eux, à nous, c’est qu’il y a bien un choix à faire, que ce choix est urgent, et qu’il est toujours à reprendre. Nous avons sans cesse un combat intérieur en nous pour choisir de vivre, et de vivre pour Dieu et pour les autres. Il y a la vie et la mort, le bonheur et le malheur, et Dieu nous redit une fois de plus aujourd’hui : « Choisis donc la vie (cf. Dt 30), choisis le Bien ! » Pour ne pas nous tromper, pour nous permettre de faire de vrais choix de vie, nous avons besoin de discerner ! La vie ou la mort, choix de bonheur ou choix de malheur ?

Voilà ce que nous disent les textes de ce jour et j’en fais une rapide synthèse :

  • Nous ne savons pas bien écouter. 
  • Mais Dieu ne désespère pas de nous. Il croit que nous sommes capables du Bien.
  • Dans la prière, dans l’écoute et le discernement, nous devons nous déterminer, faire un choix de vie !

Chers amis, avec la simplicité et la confiance de l’enfant, avec le sérieux et la détermination de l’adulte, il y a urgence à écouter et à choisir le Christ ! 

En cette eucharistie, demandons la force de l’Esprit Saint ! Prions Jésus, pour que nous ouvrions notre cœur, nos oreilles pour entendre sa parole, et nos lèvres pour accueillir son corps, le don de sa vie dans l’eucharistie ! 

Certains vont peut-être dire que l’enjeu est important, mais pas facile à tenir ! Alors, qui peut nous aider ?

Nous pouvons, déjà, nous aider les uns, les autres, incontestablement comme nous le faisons ce matin. Mais celle qui nous aide comme une mère aide ses enfants : c’est Marie, la Vierge Marie !

À la Salette, Marie a pleuré ; une mère qui pleure comprend beaucoup de choses : elle compatit, elle est à l’écoute, elle nous console. Elle exprime la miséricorde de Dieu. Les paroles de Marie à la Salette résonnent encore aujourd’hui dans une surprenante actualité. En ce jour du 175e anniversaire (apparition le 19 septembre 1846), demandons à la Belle Dame son intercession ! Elle est connue sous le vocable : Notre Dame de la Salette réconciliatrice des pécheurs. Oui, Marie, priez sans cesse pour que nous ayons recours à vous ! Aidez-nous à écouter votre Fils, Lui qui a les Paroles de la Vie éternelle !

Frères et sœurs, demandons cette intercession ensemble, maintenant :

Je vous salue Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni.

Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen !

Marie, apprends-nous maintenant à écouter ton Fils par toute notre vie ! 

Ainsi soit-il !

 

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Homélie du mercredi 15 septembre 2021, Notre Dame des douleurs, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 7, 1-10. Psaume 27. Lettre de saint Paul à Timothée 2, 1-8.

 

En ces dernières heures de sa vie terrestre, Jésus vit en sa chair les Mystères douloureux : L'agonie, la flagellation, le couronnement d'épines, le portement de croix, la crucifixion

C’est cloué au bois du supplice, qu’Il dit à sa mère : « Voyant sa mère et le disciple qu’il aimait, il dit à sa mère : ‘Femme, voici ton fils.’ Puis il dit au disciple : ‘Voici ta mère’ ». À cet instant-là, Jésus donne à sa mère un fils et au disciple bien-aimé, une mère : la Nouvelle Ève, Marie, mère des vivants, Marie mère de Jésus et notre mère ! Marie au pied de la Croix ! 

Dieu donne sa vie pour que l’homme découvre jusqu’où l’Amour se donne !

Dans la continuité de la fête de la Croix Glorieuse de notre Seigneur (c’était hier), nous demeurons aujourd’hui au pied de cette même croix, avec Marie que l’Église nous invite à honorer sous le vocable de « Notre Dame des douleurs ». 

Nous nous trouvons ainsi plongés au cœur de la Passion d’Amour pour nous de notre Seigneur Jésus Christ. Car nous devons bien garder présent à l’esprit que, pour le chrétien, la croix n’est pas l’exaltation de la souffrance, mais une façon de découvrir l’Amour infini de Dieu. Tel est le paradoxe que nous sommes invités à découvrir et à méditer.

À l’exemple de saint Jean, et à l’invitation de notre Seigneur, prenons Marie chez nous ! En nous unissant à elle dans la foi, nous nous unissons toujours davantage à son Fils. En effet, nous avons à découvrir cette belle communion de cœur et de volonté entre Marie et Jésus. En restant unis à elle, nous sommes sûrs de nous retrouver greffés sur le cœur aimant du Christ à travers lequel nous touchons le cœur paternel du Père pour retrouver notre dignité de fils de Dieu.

Au pied de la Croix, il y a une naissance ! Nous sommes enfantés à la vie de fils de Dieu. Lors de cet enfantement, Marie enfante aussi l’Église d’une manière toute particulière, car il convenait à celle qui avait mis au monde la Tête, qu’elle soit aussi la mère du Corps tout entier. 

Oui, au pied de la Croix, Marie enfante l’Église ! Voilà comment Marie est associée d’une façon unique à notre rédemption et nous redonne Espérance !

C’est ce que nous rappelle la Collecte de la messe en mémoire de Notre-Dame des Douleurs

 « Tu as voulu Seigneur, que la Mère de ton Fils, debout près de la croix, fut associée à ses souffrances ; accorde à ton Église de s’unir elle aussi, à la passion du Christ, afin d’avoir part à sa résurrection .»

Puissions-nous rendre grâce de la maternité de Marie pour nous tous, car elle nous invite sans cesse à tourner notre regard vers son Fils.

Merci Seigneur pour la Présence maternelle de Marie !             

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 13 septembre 2021, saint Jean Chrysostome, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 7, 1-10. Psaume 27. Lettre de saint Paul à Timothée 2, 1-8.

 

La liturgie eucharistique de ce lundi nous rappelle, ces paroles que nous disons régulièrement au moment de la communion : 

« Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, 

mais dis seulement une parole et je serai guéri. »

Cet évangile est l’occasion pour nous de mieux comprendre dans quelle disposition d’esprit et de cœur nous pouvons nous approcher du Seigneur et lui présenter nos prières. 

Nous venons d’entendre ce que dit le centurion : « Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toitDis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. »

Ce sont bien ces paroles dans une expression similaire que nous prononçons en venant recevoir Jésus. 

Que nous révèle cet évangile ? En réalité, au moins deux aspects :

En rapportant la demande du centurion pour la guérison de son serviteur, alors que Jésus entre à Capharnaüm, cet échange de paroles met en évidence quelque chose de particulier.

Le premier : comment cet homme - dont on ne sait pas s’il est vraiment païen, s’il est “craignant-Dieu“ on sait seulement que c’est un sympathisant puisqu’il a restauré la synagogue de Capharnaüm -, comment cet homme manifeste-t-il par son attente, par sa demande, une espérance dont Jésus dit qu’il n’a jamais vu une telle foi même en Israël 

Le deuxième :  comment la demande est-elle faite ! C’est d’autant plus frappant dans l’évangile de saint Luc que le dialogue entre Jésus et le centurion n’est pas un dialogue direct. Le centurion reste chez lui ; il s’exprime à travers des intermédiaires que le centurion a envoyés au-devant de Jésus.

Nous voyons comment, dans cette succession d’échanges entre Jésus, les envoyés, le centurion, se déploient une pédagogie de la foi avec le Christ et une pédagogie de la rencontre.

Dans cette rencontre, nous voyons surtout - et c’est peut-être ce qui nous concerne davantage - comment de simples personnes peuvent devenir les intermédiaires de ce dialogue, comment elles peuvent servir d’intermédiaire entre le centurion et Jésus, comment elles peuvent se faire médiatrices de l’attente et de la demande du centurion, et messagèresde la réponse de Jésus : cela peut être le fruit d’un témoignage, le fruit de notre prière et nous sommes tous ces simples personnes, ces intermédiaires ! Nous portons la prière d’une personne que nous connaissons et nous lui apportons la réponse de Jésus. Nous avons tous cette mission de messagers !

Dans notre vie chrétienne, nous sommes sans cesse, invités à la rencontre du Christ. Bien souvent, nous pouvons éprouver des difficultés, voire même notre incapacité à Le recevoir chez nous. Nos péchés nous mettent parfois comme un blocage ! Cependant, nous sommes invités à entrer dans l’attitude d’humilité, simple et vraie, du centurion à l’égard du Christ. Nous sommes invités aussi à devenir les intermédiaires entre l’attente parfois importante d’un certain nombre d’hommes autour de nous et la personne de Jésus. 

Je termine par l’enthousiasme de Jésus. Quel plaisir d’entendre le Christ s’extasier devant la foi du centurion ! Le texte parle même d’admiration (au verset 9) et c’est Jésus Lui-même, qui l’exprime. 

Qu’admire donc véritablement Jésus ? Il ne s’agit pas d’une foi qui voudrait voir ou toucher, avoir des preuves, mais la foi en l’efficacité d’une parole qui n’exige aucune immédiateté. 

Heureux serons-nous si nous faisons de même ! En faisant ainsi, nous serons la joie de notre Seigneur.

Puissions-nous, en venant communier tout à l’heure, avoir cette vraie capacité de joie et d’humilité confiante en recevant Jésus !       

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 12 septembre 2021, 24e dimanche du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Vincent de Paul, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Messe de rentrée du catéchisme

Évangile selon saint Marc 8, 27-35. Livre du prophète Isaïe 50, 5-9a. 

Psaume 114. Lettre de saint Jacques 2, 14-18.

 

À chaque fois que j’entends la Parole de Dieu, je fais le constat que la pédagogie de Jésus est réellement extraordinaire ! Dieu nous interpelle ; Il nous invite à la conversion et à sa rencontre en nous faisant faire des petits pas, pas après pas, et en nous posant des questions fondamentales et profondes ! 

Nous connaissons bien cette question de Jésus à ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? »

Quelle réponse pouvons-nous apporter nous-mêmes ? J’espère qu’on vous posera cette question un jour ou l’autre, si ce n’est pas déjà fait, et à l’école pour vous, les enfants : « Qui est Jésus pour toi ? ». Si vous, les enfants, vous hésitez sur la réponse, allez vite poser la question à vos parents ! Leur réponse sera sans doute édifiante (enfin, je l’espère !)

Déjà à l’époque, les réponses étaient variées et surtout indécises. Elles le seront régulièrement dans les premiers siècles du christianisme et jusqu'à nos jours, car, si la question est bien comprise, les réponses peuvent varier. Pour certains, Jésus est :

  • un simple prophète envoyé par Dieu
  • un guérisseur et un exorciste puissant
  • un ancien prophète célèbre revenu à la vie
  • pour les plus mystiques, un ange ou un être céleste…

Toutes ces réponses sont seulement les plus « classiques » parmi ce qu'on appelle les « hérésies » chrétiennes. Mais il y en eut bien d'autres dans des systèmes philosophico-religieux totalement étrangers et incompatibles avec le christianisme : parmi elles, nous pouvons citer la Franc-maçonnerie, les sciences occultes, Reiki, la divination et d’autres pratiques similaires… qui nous détournent du vrai Dieu.

« Pour vous, qui suis-je ? » Pierre a vu juste : « Tu es le Christ. » Quelle bonne réponse ! Mais que met-il exactement sous le terme de Christ ? Probablement encore, ce que les Juifs fervents y mettaient : l’espérance de mettre les occupants romains hors du pays, celle d’une restauration nationale pour Israël, bref : la venue d’un roi terrestre, un Roi Messie Terrestre !

Jésus est obligé de rectifier, Il ne veut pas que l’on se trompe sur sa mission, sur son style, sur son message : il lui faut faire comprendre qu’Il est vrai Dieu et vrai homme ! C’est pourquoi, comme nous l’entendons dans l’évangile : « Il commença à les enseigner ». Ce n’est ni plus ni moins que le temps d’un catéchisme. Les Apôtres ont donc été les premiers à suivre le catéchisme avec Jésus !

       Pour avoir célébré de nombreux baptêmes depuis vingt ans que je suis ordonné, des 1re Communions, Profession de foi, confirmations, avoir accompagné des fiancés vers leurs mariages, avec mes frères prêtres et diacres… je suis toujours choqué et souvent même peiné quand, au-delà d’un vernis chrétien, je m’aperçois que l’intelligence et le cœur des personnes que je rencontre n’ont pas été nourris en profondeur ! Ont-ils eu la chance, après leurs baptêmes, de suivre des séances de catéchisme pour approfondir un peu plus la connaissance de Dieu ?

Notre responsabilité - celle de la Paroisse, mais aussi la vôtre, chères familles - est grande lorsque nous n’avons pas pris suffisamment de temps pour expliquer ce qu’est la Foi de l’Église : 

  • redire que la religion chrétienne n’est pas une religion du Livre ; 
  • qu’elle doit permettre une rencontre personnelle du Christ vivant. 

Le Credo et la prière du Notre Père que nous récitons peut-être simplement mécaniquement, devraient nourrir et renforcer notre foi et notre espérance en Dieu !

- Nous avons donc un pas de plus à faire pour approfondir ce que veut dire « être Chrétien » !

Le pape François, dans la chapelle sainte Marthe, dans une de ses médiations matinales dont il a le secret (le 10 janvier 2014) nous mettait en garde, non sans humour, contre le Credo des perroquets !

Je le cite : « Le chrétien ne répète pas le Credo par cœur comme un perroquet et ne vit pas comme un éternel « perdant », mais il confesse sa foi tout entière ! Et il rajoute : « L’Église est pleine de chrétiens vaincus, qui ne croient pas que la foi est victoire, qui ne vivent pas cette foi. » 

Ne soyons donc pas des perroquets ! Oui, beaucoup autour de nous encore sont en recherche et se cherchent ! Nous en rencontrons tous dans les rues de Grenoble, dans nos familles et amis ! Beaucoup sont insatisfaits de ce que propose notre société de consommation ! Les tentations sont grandes ! Beaucoup aimeraient un Dieu magicien ou un Dieu superman, mais non ! La force de Jésus est de mourir sur la Croix par amour pour nous, pour nous sauver ! Il nous faut comprendre ce que veut dire la venue de Dieu dans notre humanité (c’est le catéchisme que vous entendrez à Noël) mais aussi sa mort et sa résurrection (c’est le catéchisme à Pâques) ! Nous découvrirons aussi le don de l’Esprit Saint (ce sera le catéchisme de Pentecôte).

Être chrétien n’est plus un choix de convention ou de tradition, mais un choix d’engagement pour aujourd’hui ! C’est un véritable enjeu et un défi ! En cela, n’ayons pas de complexe d’être joyeusement chrétien et n’ayons pas des « têtes de carême », tristes et sans espérances, comme nous le demande le pape François. !  

Être chrétien est une grâce et une chance !

Oui, frères et sœurs, il y a un enjeu ! Pourquoi ? Car il nous faut être prêts à nous expliquer sur notre foi (et parfois comme au tribunal, nous redit le prophète Isaïe dans la 1re lecture) ! Notre époque actuelle n’acceptera pas que l’on puisse dire que nous sommes chrétiens sans avoir un minimum de répondant aux questions que l’on nous posera ! 

Si j’étais un peu taquin, j’aimerais que des amis autour de vous, vous provoquent un peu en vous posant des questions. Si vous n’avez pas toutes les réponses, vous pouvez continuer à vous instruire pour témoigner : voilà notre mission, nous explique le prophète Isaïe ! Être chrétien n’est plus seulement un choix de convention ! C’est un choix d’engagement pour toute notre vie ! N’ayons pas peur ! Soyons des chrétiens joyeux !

 

- C'est le deuxième pas auquel nous invite l'évangile : oui, un pas de plus !

Je termine en vous invitant à relire l'épître de saint Jacques (2e lecture). Il nous dit le réalisme de la foi ! La foi sans les œuvres est une foi morte ! Non seulement la foi nous implique dans nos convictions, mais elle implique que l'on agisse ! Ne soyons pas des chrétiens « mous, passifs et sans consistance » !

            Être baptisé est une grâce merveilleuse (nous sommes aimés de Dieu et nous le savons !) mais vivre en chrétien demande du temps pour se former, comprendre, prier, vivre cette rencontre du Christ ! Quel que soit notre âge, notre histoire, il est toujours possible d’avancer pas à pas pour faire l’expérience de cette rencontre fondatrice avec le Christ vivant !

Le catéchisme est cette invitation, petit pas après petit pas, pour découvrir qui est Dieu pour moi, pour Le rencontrer et découvrir son projet de vie pour moi ! C’est bien ce que nous faisons dimanche après dimanche. 

Notre réponse est aussi importante aujourd’hui pour nous et nos familles qu'au moment où elle fut posée à Pierre : « Pour vous, qui suis-je ? »

Posons-nous cette question : qui est vraiment, le Christ pour moi ! 

Je vous souhaite un beau temps de prière et de discernement !

 

Je termine en disant merci aux parents qui peuvent venir nous aider et aux catéchistes !

Que le Seigneur vienne bénir cette année de catéchisme en paroisse et qu’Il nous fasse grandir, ensemble !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 8 septembre 2021, Nativité de la Vierge Marie, année B.

Messe célébrée en l’église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 1,1-16.18-23. Psaume 12. 

 

Aujourd’hui, nous célébrons un anniversaire : la naissance de Marie. Il est assez rare dans l’année liturgique de fêter un anniversaire de naissance. Sans doute, savez-vous que nous en fêtons seulement trois : celui de Jésus, celui de Jean le Baptiste et celui de Marie. La plupart du temps, pour tous les saints, c’est le jour de leur mort, c’est-à-dire le jour de leur entrée dans la Vie éternelle que nous fêtons. (Le dies natalis)

Que se passe-t-il avec Marie ? Avec sa naissance, l’aube du Salut est venue dans notre monde !

Avez-vous été attentifs à l’oraison du début de cette célébration ? Je vous en relis une petite phrase : « Puisque la maternité de la Vierge Marie fut pour nous le commencement du Salut, que la fête de la nativité nous apporte un surcroît de paix ! »

C’est pourquoi ce jour est un jour de grâce, un jour de joie, un jour de paix, un jour de confiance ; nous savons que nous en avons besoin pour notre vie. Il n’est pas sûr que nous le réalisions vraiment, cependant c’est bien cela pour ce jour qui est bien particulier.

Pourquoi devons-nous nous réjouir de la naissance de Marie ?

C’est tout simplement parce que le Seigneur a un plan de salut pour chacun de nous. Cette longue généalogie peut nous faire comprendre ce projet de vie. La conception immaculée de Marie signifie que la grâce du salut du Christ entre dans le monde. Marie est une terre admirable, une terre préparée pour accueillir l’Enfant Jésus.

Avec la naissance de Marie, le Salut s’inscrit dans notre histoire (l’histoire des hommes) et dans ce passage d’évangile l’ange indique à Joseph que le nom de ce bébé est Jésus. Ce nom révèle son rôle de Sauveur du monde ; Il est en même temps l’Emmanuel, Celui qui est avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps ! Oui ! Jésus sauvera son peuple du péché, c’est la Bonne Nouvelle de notre foi, sans cesse à méditer !

Je ne sais pas comment vous « fonctionnez », comment va votre vie, comment vous vous sentez ce matin, joyeux ou tristes, heureux ou en soucis, mais il nous arrive parfois d’être découragés dans notre vie de tous les jours et aussi dans notre vie spirituelle. Nous pouvons avoir l’impression de « ramer » de ne pas avancer, nous nous épuisons dans notre lutte contre le mal et les combats de la vie. C’est alors à ce moment-là que nous devrions avoir un réflexe salutaire, un réflexe de survie, de nous tourner vers Jésus, d’invoquer Son nom avec foi et ferveur ! Il est notre Sauveur, Il nous sauve du péché ! La mission de Marie est de nous inviter à tourner notre regard vers son Fils. Dès sa grossesse, Marie sait que c’est Lui qui a les paroles de la Vie éternelle. La vie de Marie et toutes ses apparitions à travers le monde n’ont pas d’autre but que de tourner notre regard vers son Fils, de L’écouter, de Le prier…

Marie nous apprend combien il est important d’invoquer le nom de Jésus en chaque circonstance, en disant : 

  •  Oui, Jésus, je te confie cette intention, ce problème !
  •  Oui, Jésus, en Ton nom je te demande cette grâce !
  •  Oui Jésus, viens à mon secours !

À certains moments nous pouvons nous sentir seuls… Il nous faut réaliser alors, que Marie est auprès de nous, que non seulement Jésus est avec nous tous les jours, mais qu’Il nous a donné et confié Sa mère pour être nous aussi avec Lui.

Frères et sœurs, comme Joseph, n’ayons pas peur de prendre Marie chez nous et avec elle, cet enfant qui est Dieu et Sauveur : Jésus, vrai Dieu et vrai homme ! 

Demandons cela par l’intercession de la Vierge Marie ! 

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 6 septembre 2021, 23e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 6, 6-11. Lettre de saint Paul aux Colossiens 1,24 à 2,3. Psaume 61.

 

À la suite du Christ, l’Église est appelée à imiter cet amour envers les malades et nous le vivons du mieux possible dans notre paroisse. L’Église entoure tous ceux qu’afflige une infirmité humaine qu’elle soit physique ou morale; bien plus, elle reconnaît dans les pauvres et dans ceux qui souffrent l’image de son Fondateur, le Christ pauvre et souffrant, et nous nous employons à soulager leur détresse et à servir le Christ en eux. 

Les guérisons et les exorcismes sont inséparables du ministère de Jésus : « Il parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant l’Évangile du Royaume et guérissant toute maladie parmi le peuple. » (Mt 4, 23)

À travers ces guérisons, le Christ manifeste la puissance de Dieu, qui est fondamentalement le Bien, contre toutes les formes du mal. C’est ainsi que saint Pierre décrit le ministère de Jésus, lorsqu’il l’annonce au premier converti païen, le centurion Corneille : Jésus-Christ « est passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable ; car Dieu était avec lui. » (Ac 10, 38)

Chers frères et sœurs, c’est la mission qui nous incombe ; mais, est-ce si évident de faire le bien, d’être à l’écoute de celles et ceux qui souffrent ? Ce matin, Jésus nous interpelle avec cette question fondamentale : « Je vous interroge, est-il permis… de faire le bien ou de faire le mal ? »

C’est une question importante, une question que nous pouvons nous poser bien souvent : quand le temps nous presse, nous nous ne sentons pas concernés, quand la situation nous échappe ou nous contrarie… Est-ce si facile de faire le bien ? Chacun de nous est conduit à un discernement vital : faire œuvre de vie ou refuser ? Sauver une vie ou la perdre ?

Après sa question, Jésus attend ; Il regarde tous ceux qui sont rassemblés dans la synagogue, l'un après l'autre, ces Pharisiens et ces intellectuels, qui guettent son faux pas, puis son regard se tourne sur les hommes du pays, dont certains sans doute, ont pour lui une certaine admiration. Mais, de fait, dans l’évangile, personne ne parle, personne ne prend position. Les braves gens se taisent parce qu'ils ont peut-être peur des représailles ; les Pharisiens se taisent parce qu'ils craignent d’être démasqués.

Il y a des moments où le silence est coupable, surtout quand c'est Jésus qui pose les questions. 

Frères et sœurs, nous sommes invités à discerner, à prendre le temps de réfléchir, réfléchir à ce que j’ai pu faire aujourd’hui, à ce que je souhaite faire aujourd’hui ; 

Ne pas faire de mal, c’est bien ! Mais ne pas faire de bien, c’est mal !

Le fondement de l’amour, c’est Dieu : « Je peux commencer à aimer parce que je sais qu’Il m’a aimé en premier… S’Il ne nous avait pas aimés, nous ne pourrions sûrement pas aimer. »

  Pour aimer, nous recevons la grâce de l’amour de Dieu ! 

Alors :

Seigneur Jésus, je Te demande cette grâce qu’il n’y ait aucune paralysie en moi ; 

Aide-moi à être sûr qu’il n’y a aucune peur que Tu ne puisses guérir si nous nous ouvrons à Toi !

Donne-nous, donne-moi la grâce de comprendre ta Parole et de me mettre à

 Ton école dans une prière de louange et d’action de grâce.

Apprends-moi, Seigneur, à faire le bien comme Toi !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 5 septembre 2021, 23e dimanche du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Marc 7, 31-37. Livre du prophète Isaïe 35, 4-7a. 

Psaume 145. Lettre de saint Jacques 2, 1-5.

 

La pédagogie de Jésus est toujours remarquable, à la fois simple et efficace ! Et, plus je lis et médite les évangiles, plus je suis marqué par sa manière de faire.

Les miracles du Christ, (faut-il le rappeler ?), sont avant tout des signes. 

Le risque de ces récits que nous entendons régulièrement serait que nous n’y voyions que l’extraordinaire. Jésus pourtant, a pris bien soin de nous recommander « de n’en rien dire à personne ». Comme s’Il nous disait : « N’en restez pas à la superficialité... ». « Ne t’arrête pas à cette curiosité malsaine des journaux à sensation. Va en profondeur pour comprendre ce que je suis en train de te dire ! C’est seulement ensuite que tu pourras proclamer ! »

Saint Marc, l’évangéliste nous présente souvent Jésus en train de guérir et d’expulser les démons. N’oublions pas que Jésus veut guérir aussi particulièrement notre difficulté à entendre sa Parole et un certain mutisme spirituel.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, on amène à Jésus un homme sourd, un homme qui a même de la difficulté à parler. Ce sourd est la personnification des Juifs sourds aux appels du Christ. Pire ! Ils disent savoir, mais le comble, c’est qu’ils ne veulent pas écouter ! Ils entendent, mais n’écoutent pas ; ils se bouchent même les oreilles ! (Mt 13,15).

Quant au mutisme, il est volontiers lié à un manque de foi ! Prenons un exemple : Zacharie, grand prêtre, entre dans le Temple, pénètre dans le saint des saints, et l’ange lui apparaît lui disant qu’il va avoir un enfant (Jean-Baptiste). Zacharie perd la parole parce qu'il a douté (Lc 1,20). 

Tout ceci n’est pas sans conséquence : Dieu Lui-même semble se taire quand nous ne voulons pas ou plus l'entendre. Le terrible silence de Dieu, si caractéristique de notre temps, n’a pas d’autre raison que notre surdité obstinée à sa Parole et à sa présence ! 

Nous le savons, si l’oreille est ouverte par le don de la foi, alors, oui, la parole peut confesser la foi. Il n’est donc pas étonnant que si peu de chrétiens aujourd’hui soient dans l’incapacité à faire entendre le mystère d’Amour de Dieu dans notre société ! Beaucoup de nos concitoyens sont baptisés (et c’est très bien), mais ont-ils été plus loin ? Lors des rencontres avec les couples qui se préparent au mariage, chacun d’eux affirme qu’il est bien baptisé (le plus souvent !). Mais, si j’approfondis un peu en leur disant : « Avez-vous pris le temps de lire la Parole de Dieu ? Êtes-vous allés au catéchisme ? », la réponse est souvent négative et cela est bien dommage !

Comment peut-on être chrétien sans prendre le temps d’écouter la Parole de Dieu, 

sans l’intérioriser, sans la laisser entrer en chacun de nous ?

 

Sans viser personne, c’est un constat : pour écouter Dieu, nous sommes terriblement sourds. Pour proclamer la Parole de Dieu, nous manquons alors de voix et d’audace, nous restons souvent muets...

Frères et sœurs, nous avons une responsabilité ; en vous voyant là, ce matin, en cette église, je constate que vous assumez cette mission et que vous avez le désir de vivre pleinement votre “être chrétien“ ! Merci ! 

Écouter le Christ et le suivre est méritoire ! Mais, n’oubliez pas qu’il y a aussi un combat contre les forces du mal. Quand nous désirons annoncer le Christ, Satan est contrarié et il nous met des bâtons dans les roues. 

Alors que Satan est fermé à tout et ferme l’homme en lui-même, Jésus, par sa Parole, brise ce monde clos d’un mot : « Effata, ouvre-toi ! » Il nous ouvre à Dieu et aux autres ! C’est ce même geste que fait le prêtre lors des baptêmes ou lors de l’entrée en église des catéchumènes : « Effata, ouvre-toi ! » Ouvre tes yeux à la beauté du monde ! Ouvre ton cœur à l’amour de Dieu ! Ouvre tes oreilles à la Parole de Dieu ! Ouvre ta bouche pour annoncer le Christ !

Peut-être faudrait-il prononcer ces mots plus souvent sur chacun de nous : « Effata, ouvre-toi ! » quand nous manquons de lumière et d’espérance ?

En disant « Effata, ouvre-toi ! », le Christ nous ouvre à la transcendance et nous élève, mais Il nous ouvre aussi aux autres, pour que nous soyons attentifs à chacun. Ne l’oublions pas, en paroisse, nous sommes une communauté fraternelle !

Si nous comprenons bien en négatif cette notion « de surdité et de déficience », il nous faut comprendre aussi en positif, ce que veut dire « entendre et comprendre » ! Ce sourd-muet incarne, bien plus encore et, cette fois-ci, d'une façon réelle, les païens venus à la foi, auxquels Jésus donne l'entendement du cœur, c’est-à-dire celles et ceux qui n’ont pas encore entendu la Parole de Dieu. Il faut les enseigner, et en accueillant cet homme sourd et qui a du mal à parler, Jésus l’ouvre à la Vie éternelle. C’est ce qui se passe pour tous les catéchumènes.

L’évangéliste saint Marc, qui écrit pour des païens convertis, sait faire échos à leur conversion, et eux, sans doute, se sont reconnus dans le sourd-muet guéri !

Le baptême qu’ils ont reçu a pénétré leur cœur et leur a délié la langue : ils ont "proclamer les louanges" de Dieu. C’est extraordinaire ! Nous aussi, au jour de Pentecôte, nous recevons l’effusion de l’Esprit Saint, cette force de la louange et cette annonce qui devient impérieuse. Nous le faisons à Pâques en chantant particulièrement l’Exultet au moment du feu nouveau.

Comme nous, ils reconnaissent les bienfaits de Dieu et demeurent dans la joie d’avoir entendu le message de Salut et de vie. 

Frères et sœurs, je vous invite à relire ce texte et à le méditer, car il nous provoque : ne sommes-nous pas, régulièrement, comme le sourd qui fait la sourde oreille à la Parole de Dieu ? Ne sommes-nous pas comme ceux qui ne veulent pas écouter la mission que Dieu veut nous confier au sein de notre paroisse ?

Jésus nous redit : ouvre-toi, ne reste pas replié dans tes refus, tes peurs, tes tristesses... Ne t’enferme pas dans ton mutisme !

Sois fort ! Ne crains pas ! (1re lecture Isaïe 35, 4)

Ouvre-toi aux tiens, au monde. Parle. Proclame.

 Annonce ! Pas besoin de grands discours.

Simplement que ta vie soit annonce et témoignage du Christ vivant.

Sois une interrogation pour le monde, afin que, en te voyant,

les personnes se questionnent et cherchent d’où vient ta joie !

 

Nous savons bien que nous ne sommes pas forcément des personnes exceptionnelles, mais humblement, patiemment, témoignons du Christ par toute notre vie !

Ces textes nous invitent donc, à l’Action de grâce. 

Dans l’histoire de l’Église, vous savez que le chant est important, car il ouvre et dilate notre cœur. Alors, rendons grâce aujourd’hui pour le don de la foi et louons-le à haute voix, en chantant ensemble :

Proclamez que le Seigneur est bon,

Éternel est son amour,

Que le dise la maison d’Israël : éternel est son amour !

Alléluia, Alléluia, Alléluia, Alléluia !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 1er septembre 2021, 22e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 4, 38-44. Lettre de saint Paul aux Colossiens 1, 1-8. Psaume 51.

 

Chers amis, l’été se termine. Pour beaucoup d’entre nous, la période estivale que nous venons de vivre a marqué une certaine rupture avec notre vie quotidienne. Alors que nous retrouvons notre rythme habituel, l’évangile de ce jour nous présente trois petites scènes, très courtes, très simples, et qui nous font entrer dans l'intimité de Jésus, dans son propre quotidien où, apparemment, Il ne semble pas s’ennuyer !

Après l'office de la synagogue, sans doute très tôt le matin, Jésus se rend chez Simon pour y passer la journée. Mais la maison est très désorganisée, comme toute maison de malade. Que se passe-t-il ? La belle-mère de Simon est couchée, et elle ne peut Le recevoir. Elle n'a même plus la force de demander quoi que ce soit: ce sont les autres qui implorent Jésus en sa faveur.

Et voilà que Jésus, d'un seul mot, commande à la fièvre, comme Il chasse, aujourd'hui encore, toute fièvre de nos vies : fièvre aiguë dont nous pourrions souffrir dans une situation désordonnée, fièvre lente de ceux qui ont perdu la joie de vivre ! Jésus guérit d'un mot cette femme, à cause de la foi de ses proches ; et aussitôt, sans une parole, elle se remet à les servir. C'est sa réponse à la prévenance du Seigneur : assumer de nouveau par amour, son existence quotidienne dans la spontanéité du service.

Puis c’est l’heure du coucher du soleil, quand la chaleur du jour est retombée et qu'on peut transporter les malades. Jésus guérit tous ceux qu'on lui amène, les malades physiques et les malades mentaux, des hommes, des femmes, des vieillards, des jeunes, lassés de souffrir ou en proie à leurs démons quotidiens. Autour de Jésus, des dizaines ou des centaines de personnes appellent, réclament, s'impatientent, attendent leur tour ; et Lui, dans la foule, trouve le temps d'aimer chacun, de regarder chacun, d'imposer les mains à chacun d’eux comme s'il était l'unique.

Enfin, nous découvrons la dernière scène et la dernière leçon : après une nuit tout occupée à guérir, écouter, soigner, accompagner, expulser des démons, très tôt le matin, Jésus cherche la solitude. Il n'a pas boudé l'action ; Il s'est dévoué tout au long de la journée, Il a guéri jusqu'à la tombée de la nuit, mais Il a besoin de la prière, prière vers le Père, pour le Père, dans l’Esprit Saint, et Il s'en donne les moyens en se mettant un peu l’écart.

Mais très vite, la foule Le rejoint et voudrait Le retenir, Le garder pour elle ! C'est bien là aussi notre réflexe d'exclusivité, de replis sur soi, quand nous avons rencontré le Seigneur. Nous ne voulons pas Le quitter, nous voudrions prolonger à volonté avec Lui, ces moments de paix, ces instants où enfin nous avons été vrais devant Dieu, ces heures où vraiment le Christ a été en nous le consolateur !

Or le Christ nous renvoie à notre mission, à sa propre mission qui est universelle. Il nous dit : "Aux autres villes aussi il me faut annoncer la bonne nouvelle du Règne de Dieu, car c'est pour cela que j'ai été envoyé."

Nous aussi, nous sommes envoyés ! Je sais que notre quotidien est dense avec beaucoup de choses à faire, beaucoup de personnes à rencontrer !  Peut-être ! Mais le seul moyen de ne pas perdre le contact avec le Christ, c'est d’être avec Lui et de repartir sans cesse avec Lui en mission. 

Je vous propose une question et une prière : 

  • de quelle fièvre le Seigneur peut-il nous guérir, aujourd’hui ? 
  • Seigneur donne-nous de comprendre ton appel à servir !

Frères et sœurs, osons lui faire cette demande, pour nous, mais aussi peut-être pour les personnes que nous connaissons ! 

Ainsi soit-il !

 

 

 

Homélie du lundi 30 août 2021, 22e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 4,16-30. 1re lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 4, 13-18. Psaume 95.

 

Après avoir bien hésité, j’ai choisi de commenter la première lecture, la lettre de saint Paul aux chrétiens de Thessalonique. De plus, cette semaine, om m’a posé différentes questions sur la mort, sur ce qui se passe après la mort et sur la résurrection. C’est très souvent, effectivement, que nous entendons le texte de ce jour lors de la célébration de funérailles.

La question posée à saint Paul à son époque est peut-être aussi, une de celles que nous nous posons aujourd’hui. Aux chrétiens de Thessalonique, Paul va répondre à des questions débattues dans leur communauté.

Que deviennent les morts ? Paul utilise un terme très précis : « les endormis dans la mort » (le mot endormi est répété trois fois dans ce texte), les "s'endormant", est écrit sans le mot "mort", dit l'original grec. Ce n'est pas qu'il ait peur du terme "mort". 

Endormis renvoie à une idée de "réveil", la mort est donc comme un sommeil avant un réveil. Quelqu'un qui dort est donc toujours vivant ! Cela peut faire penser à la formule liturgique "Qu'ils reposent en paix", simplement un repos dont la personne va se réveiller. Jésus va aussi employer ce terme pour son ami Lazare.

Paul poursuit en disant : « Il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres qui n'ont pas d'espérance. » Paul appuie son espérance sur la foi dans la mort et la résurrection du Christ. Le "il est ressuscité" se dit en grec : anastasis, c’est-à-dire : "il s'est relevé" ; cela va bien avec l'idée de "sommeil" dont on va sortir ! 

Paul développera aussi cela dans sa première lettre aux Corinthiens, au chapitre 15 : “Nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ, non plus, n’est pas ressuscité“. Or notre foi repose sur ce kérygme : le Christ est mort et ressuscité.

Dans la lettre aux chrétiens de Thessalonique, Paul insiste par deux fois en employant cette phrase surprenante : “Nous qui sommes encore là.... Les exégètes ont du mal à décrypter le sens précis de ce passage. Littéralement, nous restons encore là dans cette temporalité terrestre et pourtant nous sommes en devenir : nous sommes dans l’attente de la Résurrection dans le « temps » de Dieu !  

Les premiers chrétiens pensaient que la fin des temps était pour bientôt et que certains la verraient de leur vivant. 

Paul, pour signifier cette « venue du Seigneur » qui est à venir, à la fin des temps (sans que nous ayons une date), reprend en langage apocalyptique des images, au moment de la descente du Seigneur par exemple : la nuée, les trompettes, les voix... Ces images se retrouvent aussi dans le livre de l'Exode, la théophanie du Sinaï : le grand rassemblement du peuple hébreu autour de Moïse, figure du Christ, est la préfiguration du rassemblement final de la fin des temps de ceux qui sont morts dans le Christ. C’est aussi le sens du « Jugement Dernier » dans l'évangile de saint Matthieu, au chapitre 25, où tout être humain découvrira que tout ce qu’il a fait de bien à autrui, il l’a fait à Dieu sans même Le connaître: « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire » ! 

Dans cette attente qui peut être éprouvante, Paul continue : « Réconfortez-vous donc les uns les autres... Ce que je viens de vous dire est source d'une espérance à partagerIl ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n'ont pas d'espérance. »

Finalement, posons-nous cette question : quelle est mon attitude face à la mort, la mienne et celle des autres ? 

Je suis invité à prier pour entrer dans une démarche d'espérance, pour moi, pour telle ou telle personne, à prier comme nous le faisons lors de chaque eucharistie pour une personne qui nous est confiée, pour les âmes du purgatoire qui ont aussi besoin de notre prière.

Seigneur, souviens-toi de nos frères qui se sont endormis dans l'espérance de la résurrection et de tous les hommes qui ont quitté cette vie :

reçois-les dans la lumière près de toi. (Prière Eucharistique II)

Frères et sœurs, voilà ce que nous entendons ce matin ; puissions-nous relire cette lettre, la goûter, prier, méditer, mettre toute notre espérance dans le Christ mort et ressuscité !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 29 août 2021, 22e dimanche du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 7,1-8.14-15.21-23

Livre du Deutéronome 4, 1-2.6-8. Psaume 14.

Lettre de saint Jacques 1,17-18.21b-22.27.

 

Dans cet évangile, Jésus ne va pas par quatre chemins (expression que nous utilisons parfois). La question qu’Il pose est osée et pertinente : à quoi bon se laver les mains, si le cœur n’y est pas ? À quoi bon être parfaitement propre si, au-dedans de nous, tout est sali, sombre ! Comprenons bien ! En parlant de cette façon, Jésus ne parle pas d’hygiène, mais de religion. Ne tombons pas non plus dans le cliché en pensant que, à cette époque, les personnes pouvaient être d’une propreté douteuse ! Non, à cette époque-là, les personnes étaient très propres, les ablutions et les bains étaient très fréquents !

Mais pour les pharisiens, au-delà de l’hygiène (certes important, essentiel), ces gestes étaient surtout des gestes religieux. À l’origine de ces coutumes, il y a d’abord le sentiment d’un grand respect à l’égard de Dieu. Se laver les mains donne au repas une signification, une reconnaissance sacrée : on mange devant Dieu et on le remercie de nous fournir le pain. L’origine du geste est très spirituelle et, à la fois, d’une grande délicatesse vis-à-vis du Créateur !

Seulement voilà, c’est souvent le cas avec les hommes : les plus belles traditions, les belles intentions peuvent se dénaturer avec le temps. Pour les pharisiens, ces pratiques de respect sont devenues une manière de séparer les hommes, de distinguer rituellement les purs et les impurs, ceux qui sont dans les « clous » (en quelque sorte) de ceux qui ne le sont pas. Les Juifs veulent se préserver du « contact salissant » avec les païens ! Les justes sont écartés des pécheurs, les bien portants sont éloignés des pestiférés. Nous comprenons bien que cette attitude n’est pas juste et, en tout cas, ce n’est pas ce que Dieu nous demande !

En échos avec le psalmiste ou avec ce que dit le Prophète Isaïe au cœur de l’évangile d’aujourd’hui, Jésus, lui, dit avec réalisme que Dieu veut rejoindre tous les hommes. Comment ? Jésus accueille le contrôleur d’impôts méprisé, le centurion de l’armée romaine d’occupation dont Il va sauver la fille, le lépreux qu’Il va toucher ou la femme de mauvaise vie à laquelle Il va donner son pardon. 

Alors, à quoi sert de se laver les mains, selon les rites, si le cœur est plein de mépris, de haine, de mesquinerie ou d’envie ? Il est tellement important d’accueillir, de rassembler, d’écouter et d’aider chacun dans une vie vraie et droite, en commençant par nous-mêmes. 

Jésus ajoute quelque chose d’important, et Il s’adresse à chacun de nous ce matin, hier comme aujourd’hui : il faut changer ton cœur ! … car c’est de lui que sortent les pensées mauvaises. 

  • - Sinon, tu feras comme Pilate, qui se lave les mains en se détournant et en condamnant l’innocent. 
  • - Sinon tu seras semblable aux grands prêtres qui veillent à ne pas entrer dans le palais du Gouverneur pour éviter tout contact, toute souillure auprès d’un païen. Le problème, c’est qu’ils croient rester purs et ils mènent à la croix le Fils de Dieu. Quelle fausseté du cœur !

C’est ce que Jésus est en train de pointer : l’image ternie et fausse d’une apparence qui semble « propre » (ce que nous désirons montrer de nous-mêmes) extérieurement, alors que parfois, nous pouvons être intérieurement ravagés et dévastés !

On pense avoir les mains propres, mais notre cœur demeure hideux. 

La parole de Jésus fait « mouche » : c’est de ton cœur, pas de la boue des chemins, que viennent tous les maux qui divisent les hommes et font parfois de la terre, une sorte d’enfer. Aucune eau de nos fontaines ne peut ôter cette saleté-là. C’est ton cœur mauvais qui te sépare de Dieu et des autres.

Si nous nous arrêtons sur ce constat, nous risquons de repartir bien tristes, la tête basse, en nous disant : « Mais comment faire, Seigneur ? » 

Mais il y a une bonne nouvelle qu’il faut réentendre : 

  • Tu peux changer, tu peux changer ton cœur en n’y laissant entrer que la Parole de Dieu.
  • Tu peux le purifier, en laissant le regard de pardon de Jésus le laver en profondeur, dans le sacrement de réconciliation.

Alors, comme pour saint Pierre, qui a pleuré amèrement sa lâcheté, Jésus fera de toi un homme, une femme, au cœur doux et pacifié, aimant Dieu et ses frères.

Frères et sœurs, en ce 22e dimanche du temps ordinaire, à la fin des vacances et à quelques jours de la rentrée pour tous, voilà l’invitation à la conversion que nous recevons ! Une conversion, qui dépasse, en quelque sorte la morosité contagieuse ambiante, qui dépasse ce que nous pourrions prétendre être, mais qui touche l’intérieur, le fondement de ce que nous sommes pour que nos choix, nos pensées, nos actions soient sans cesse ajustés à la sainteté de notre Seigneur !

C’est la grâce que nous pouvons demander ce matin pour chacun de nous.

Ne soyons pas effrayés et reconnaissons que nous avons besoin encore de nous convertir, reconnaissons que Dieu nous y aide et qu’Il nous aime !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 23 août 2021, 21e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon St Matthieu 23, 13-22. 1re lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 1,1-5.8b-10. Psaume 149.

 

Petite introduction à la 1re épître aux Thessaloniciens

 

En cette période estivale encore pour quelques jours, j’aimerais vous inviter à en profiter pour entrer davantage dans la Parole de Dieu. Donc, ce matin, je ne vais pas commenter l’évangile, mais plutôt la première lecture, l’épître aux Thessaloniciens dont nous entendons les premiers versets. Dans les jours prochains, nous en entendrons les chapitres suivants. 

Celle-ci est, selon les exégètes, le document le plus ancien du Nouveau Testament. Cette lettre a sans doute été écrite vers l’an 51. 

Nous entendons régulièrement parler de différentes villes où résident les premières communautés chrétiennes. Nous connaissons l’Épitre aux Romains (avec la ville de Rome), l’Épitre aux Philippiens (avec la ville de Philippe), l’Épitre aux Éphésiens (avec la ville d’Éphèse) et cette Épitre aux Thessaloniciens. Où se trouve cette ville de Thessalonique ? Avez-vous eu la curiosité de la chercher sur un atlas ? Cette ville existe toujours. Elle est même la deuxième ville la plus peuplée en Grèce après la capitale.

La ville de Thessalonique est une ville portuaire grecque importante dans le golfe Thermaïque, sur la mer Égée. C’était un important port commercial. 

Cette ville, ancienne, avait été fondée par Cassandre de Macédoine en 315 avant Jésus-Christ. La population était composée essentiellement de Romains et de juifs. 

Le mont Olympe, situé à quelques kilomètres au sud-est de la ville, était considéré dans l’antiquité comme le foyer des douze divinités païennes.

Qui sont les destinataires de cette lettre, écrite par saint Paul, lui-même ? Ce sont des juifs et des païens convertis. L’Apôtre Paul associe à son nom ceux de ses deux collaborateurs Timothée et Sylvain (aussi appelé aussi Silas). Ces deux lettres destinées aux chrétiens de Thessalonique sont connues et citées depuis la plus haute antiquité chrétienne. 

Selon sa façon de faire (relire les Actes es Apôtres 17:1-5) Paul s’était approché tout d’abord des juifs de la ville pour leur dire que les prophéties de l’Ancien Testament annonçaient la passion et la mort du Messie, et que Jésus était précisément ce Messie promis et attendu. En fait, il a du mal et ne réussit pas à convaincre ses compatriotes, en tout état de cause pas un grand nombre, mais il fit des convertis parmi les païens (1:6-7). Ce succès va provoquer la jalousie des juifs et déclencher les persécutions contre Paul et ses disciples, ce qui obligea Paul et ses amis à quitter rapidement la ville. Lors de ces violentes émeutes, les juifs traînèrent l’Apôtre Paul devant le tribunal l’accusant de haute trahison, car les missionnaires étrangers annonçaient un autre Seigneur que César, l’empereur régnant. 

Thessalonique fut ainsi la deuxième ville européenne (après la ville de Philippe) à entendre et à recevoir l’Évangile. 

Ces lettres, assez brèves, présentent un intérêt particulier au lecteur de la Bible. Elles donnent une idée assez précise de la manière dont Paul présentait l’Évangile aux convertis du paganisme, une vive image de la vie chrétienne de la première heure de l’Église ainsi que l’attitude à adopter face aux faux enseignements et à la conduite immorale des habitants de cette ville et de la société d’alors ! 

C’est au milieu de nombreuses tribulations, mais aussi avec beaucoup de joie que les Thessaloniciens ont accueilli l’Évangile et la Parole de Jésus, comme nous l’entendons aujourd’hui et les jours suivants.

Frères et sœurs, réjouissons-nous de l’œuvre d’évangélisation de saint Paul. À notre tour, puissions-nous nous convertir et suivre l’évangile ! Bonne lecture !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 22 août 2021, 21e dimanche du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Jean 6, 60-69. Livre de Josué 24,1-2a.15-17.18b. Psaume 33.

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 5, 21-32.

 

Avant de commencer cette homélie, je souhaite rappeler un principe important, un principe incontournable de Dieu pour dire et redire ! 

Notre Dieu n’oblige personne. Il ne force personne ! Jésus n’oblige pas les disciples à le suivre. Pas question, ici de ‘soumission’ ! C’est pourquoi la question pertinente de Jésus dans l’évangile de ce jour est capitale !

 « Voulez-vous partir vous aussi ? »  Cette parole peut nous surprendre et en même temps, elle devrait nous rassurer. Jésus n’oblige pas les disciples à Le suivre ; tout simplement, parce que Le suivre doit être un acte d’amour et un acte de foi ! Nous ne pouvons pas aimer sous la contrainte. Personne ne peut aimer par obligation. Dieu nous veut profondément libres pour que nos choix soient librement décidés et discernés ! Voilà notre réponse à l’appel de Dieu !

Alors, en quelques mots, que se passe-t-il dans ce 6° chapitre de Saint-Jean ? Depuis quelques dimanches, après l’épisode de la multiplication des pains, nous sommes confrontés à un dialogue difficile entre Jésus et une foule en attente d’être rassasiée, une foule pas tout à fait ajustée à l’enseignement reçu dans la synagogue de Capharnaüm. Ce dialogue aboutit à cette déclaration surprenante de Jésus : « Si vous ne mangez pas ma chair et si vous ne buvez pas mon sang, vous n'aurez pas la Vie en vous ! » Ces paroles laissent perplexes ses auditeurs, comme nous pouvons l'entendre dans l'évangile d'aujourd'hui : « Cette parole est rude ! Qui peut l'entendre ? », disent-ils.

Jésus insiste en soulignant à nouveau l'importance de ses paroles : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie »... Tout est dans la confiance en Jésus ! « Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas » dit-il. Littéralement, certains refusent cette confiance.

L'évangéliste nous dit qu'à partir de ce moment-là, il y a une sorte de rupture et beaucoup de ses disciples cessèrent de l'accompagner... Ils s'en vont. 

Même si certains aspects du projet de Dieu peuvent nous échapper,

nous sommes à l'heure du choix !

Régulièrement, il faut donc choisir, re-choisir le Seigneur, il nous faut re-choisir son chemin de Salut, re-choisir notre confiance en Lui… Nous le savons bien, ce n'est pas toujours simple, car les vents contraires sont nombreux, car d'autres chemins peuvent nous paraître bien plus séduisants : Choisir et rechoisir le Seigneur !

C'est ce dont témoigne chacune de nos trois lectures de ce jour.

- Ce choix n'est pas nouveau ! Nos ancêtres dans la foi y ont déjà été confrontés. Quand les israélites sont revenus d'Égypte (première lecture), les cultes des populations locales les ont interpelés : il y avait les dieux des Amorites, et puis plus loin, les dieux de Mésopotamie... il a fallu, à un moment donné, que Josué les accule à choisir en leur demandant : « S'il ne vous plaît plus de servir le Seigneur, choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir ! » Déterminez-vous !Remarquez que, toujours aujourd’hui, dans notre société, bien des faux dieux sont présents et nous détournent du Seigneur !

- La deuxième lecture de saint Paul (un texte qui a fait couler beaucoup d’encre), fait retentir cette invitation libre à entrer dans la dynamique de l’amour qui transforme et qui donne la vie : être capable d’aimer jusqu’au bout, à l’exemple de cet amour radical auquel Paul invite les époux. L’analogie est forte entre l’amour des époux et l’amour du Christ pour son Église !

- Dans l'évangile, après le départ de ceux qui ne sont pas prêts à entendre ces radicales et surprenantes paroles, Jésus interroge ses plus proches, les douze Apôtres : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Que répondez-vous ? La réponse de Pierre est immédiate : elle est un acte de foi et d'abandon ! 

Ne nous trompons pas ! Pierre et les apôtres ne comprennent sans doute pas plus que les autres ce que signifie vraiment : « manger la chair du Fils de l'Homme et boire son sang ». C'est bien plus tard qu'ils comprendront dans la Pâque de Jésus, que l’Eucharistie est un don, qu’elle est « source et sommet » de toute vie chrétienne ! Nous-mêmes nous le savons et pourtant, il nous faut du temps pour le comprendre et l’accepter.

Pour l'instant, les apôtres sont dans une démarche de confiance, humble et vraie : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu ! »

Les paroles de Jésus restent les mêmes qu'il y a 2000 ans, et le chemin des disciples d'aujourd'hui - c’est-à-dire des disciples que nous sommes - reste fondamentalement le même que celui des Apôtres... Peut-être même qu’à certaines occasions compliquées ou douloureuses de mon existence, ai-je pu hésiter et même momentanément abandonner le Seigneur. Peut-être ai-je aussi entendu au fond de mon cœur : Alors, veux-tu partir, toi aussi ? Dans un élan de conversion, c’est mon cœur et mon intelligence qui retourne à Dieu dans un acte de foi et de confiance.

Bref, choisir et re-choisir de suivre Jésus sur son chemin surprenant d'amour, d'abaissement et de don pour la vie du monde n’est pas toujours simple ; mais à qui irions-nous ? Nous savons bien que nous ne pouvons pas obtenir le salut avec nos propres forces ! 

Chers amis, comme vous le faites en étant présents à cette Eucharistie, vous montrez que, dans votre quotidien, vous avez fait et refait ce choix de ‘manger la chair du Fils de l'Homme et de boire son sang...’ de choisir Jésus, ce vivre cette communion intime à Lui, de devenir son visage, sa présence, au sein de votre famille, de notre société et dans votretravail, dans vos amitiés, dans notre paroisse et nos services… dans tout ce qui remplit notre existence. Merci ! Votre présence est une réponse à l’appel de Dieu. C’est bien sûr, pas à pas, humblement, parce que Dieu nous appelle que nous avançons personnellement et ensemble. Quelle joie de se savoir appelés ! Ce sont ces choix, ces décisions qui font notre joie et comblent notre existence ; ils nous donnent d’avancer jour après jour, appelés par le Père à suivre son Fils dans la force de l’Esprit.

Voilà la grâce qui nous est donnée et redonnée aujourd’hui !

Que Dieu soit béni ! Puissions-nous Le suivre en toute occasion !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 28 juillet 2021, 17e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 13, 44-46. Livre de l’Exode 34, 29-35. Psaume 98.

 

Le Seigneur nous propose, dans l’évangile d’aujourd’hui, deux paraboles sur le Royaume. Elles sont comme deux facettes de cette réalité que nous recherchons. 

Avant d’entrer plus avant dans les détails de ces deux paraboles, il peut être bon de relever un premier point commun entre elles. Dans l’une comme dans l’autre, Jésus parle du Royaume comme de quelque chose que l’on acquiert, quelque chose d’extérieur à nous, qui n’a pas besoin de nous pour exister, mais qui peut devenir nôtre. 

Cela nous apporte déjà une signification : le Seigneur nous révèle que l’être humain n’a pas par lui-même, ni seul ni collectivement, le pouvoir de créer ou de mettre en place le règne de Dieu. Fondamentalement, nous ne pouvons que le recevoir !

D’après les paraboles de ce jour, son Royaume n’est pas totalement gratuit ; comme nous le dit l’évangile, il faut acheter le champ, acheter la perle ! Et en plus, cela coûte cher : pour l’acquérir, il faut vendre tout ce que l’on a ! Qu’est-ce que cela signifie pour nous ?

Il nous faut l’admettre : le Royaume de Dieu se mérite. Si en même temps, il est offert à tous, pour pouvoir user de ce trésor, il faut en quelque sorte « l’acheter », en devenir le « possesseur ». On ne peut accéder aux richesses du Royaume sans être disposé à sacrifier les biens de la terre. 

Là encore se posent de nouvelles questions : pourquoi et pour quoi ? 

Pour accueillir le Royaume, il est possible que certains biens terrestres soient ou deviennent dans le temps, un obstacle. Ces biens terrestres peuvent être simplement un attachement trop fort à ce monde-ci. Nous aurons donc des choix à réaliser, des biens auxquels il nous faudra renoncer ! ! Mais attention ! Il n’est pas forcément question d’argent, mais d’une disponibilité de cœur ! Nous le savons bien, il s’agit d’aimer Dieu par-dessus tout, nous aimer nous-mêmes et les autres pour l’amour de Dieu ; telle est la condition nécessaire pour entrer dans le Royaume de Dieu. L’amour ne s’achète pas !

C’est ainsi que nous pouvons comprendre, dans ces deux paraboles, qu’un délai puisse exister entre le moment de la découverte et le moment de la décision. Je peux découvrir le trésor dans ce champ ou cette perle magnifique, mais le temps que je réalise et que je fasse le choix de l’acheter : c’est le temps de la conversion, le temps du changement ! 

Déjà, nous avons identifié notre trésor, notre perle précieuse : c’est le Christ !

Nous n’aurons pas trop de tout le reste de notre vie pour détacher notre cœur de toutes sortes de biens terrestres (je le redis : pas uniquement les avoirs financiers… la jeunesse, les passions, le confort…) afin d’entrer en possession de l’héritage promis. 

Le temps de la conversion varie d’une personne à une autre, mais le but est le même : c’est le désir du Ciel, désir d’être avec notre Seigneur.

Il y a encore un élément dont je n’ai pas parlé : c’est la joie éprouvée par celui qui a découvert le trésor. 

Pourquoi cette joie ? Parce qu’il sait qu’il a découvert ce qui peut constituer la fin, le terme ultime de toutes ses recherches conscientes ou non, ce qu’il désire de tout son être : cela est source de joie ! 

Prions Dieu pour qu’Il fortifie en nous le désir de son Royaume ! 

C’est la grâce que nous pouvons demander pour chacun de nous, ce matin. 

Seigneur, donne-moi de désirer être avec Toi pour toujours, dans ton Royaume !   

     Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 26 juillet 2021, 17e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon St Matthieu 13, 31-35. Livre de l’Exode 32, 15-24.30-34. Psaume 105.

Une graine de moutarde est semée dans un champ, un peu de levain qu’une femme va enfouir dans trois grandes mesures de farine : voilà comment Jésus décrit le Royaume de Dieu qu’Il est venu instaurer. Comment comprendre ce que Dieu veut nous dire ?

Il explique par des paraboles, comment ce royaume grandit et croît dans le cœur d’une personne et dans une communauté. Ce qui est certain, c’est que les graines de moutarde ne sont presque pas visibles. Elles sont très petites, mais si on les soigne bien et si on les arrose... elles finissent par se transformer en un arbre immense. L’exemple de la levure est assez précis et concret ; la levure ne se voit pas non plus, mais si elle n’était pas mélangée à la pâte, celle-ci ne lèverait pas. N’imaginons pas un Royaume de Dieu qui serait d’un coup stable, comme figé, non ! C’est un monde en croissance.

C’est donc avec ces images tirées d’une expérience humaine humble et quotidienne que Jésus explique ce qu’Il est venu mettre au monde et à quoi est comparable le Royaume de Dieu. L’image que nous pouvons retenir du Royaume de Dieu est celle d’une réalité qui est en croissance.

Il en est de même du disciple, c’est-à-dire pour chacun de nous. On ne voit pas forcément l’action d’un chrétien. Le vrai disciple est celui qui agit sans qu’on ne le voie ni le remarque, sans artifice ou esbroufe. Il s’insère dans son milieu de vie, là où on a le plus besoin de lui, rendant ce milieu plus humain, plus chaleureux et fraternel, plus digne et convivial ; un sourire ne se voit pratiquement pas, mais il peut illuminer une pièce … Le disciple apporte son énergie pour que le royaume se développe et que Jésus soit connu. Mystère du Royaume de Dieu qui nous est déjà donné de découvrir !

Bref, pour qu’une graine de moutarde pousse, il faut d’abord avoir l’audace de la planter et prendre soin de l’arroser. Il faut notre petite part pour que la grâce de Dieu entre dans nos vies. Dit autrement : le Royaume de Dieu ne peut pas se réaliser sans notre participation.

Cet évangile prend une saveur particulière en ce jour où nous faisons mémoire des saints Anne et Joachim. Ils ont vu, eux aussi, la détresse de notre monde et appelé le Sauveur de tous leurs vœux. Ils ont su accueillir, modestement dans leur vie, celle qui portera l’enfant de la Promesse : Marie, celle que Dieu avait préparée depuis toute éternité pour accueillir Jésus.

Joachim est un nom qui veut dire : « Dieu a fait lever » en Hébreux et Anne : « Dieu fait grâce ». Dans ces deux prénoms, nous retrouvons le sens même de l’évangile et ce que Jésus veut nous donner : faire lever en nous la grâce de Dieu.

Dans le terreau magnifique de leur espérance, Anne et Joachim ont permis que Dieu Lui-même prenne ses racines dans le champ de notre humanité. Grâce à leur docilité au dessein de Dieu, grâce à leur obéissance, au temps opportun, Dieu a relevé Israël dans la puissance de sa Résurrection et nous a donné Jésus, le Christ Sauveur.

Frères et sœurs, la grâce que nous donne à vivre l'Église aujourd'hui est donc une grâce de foi et d'espérance. C’est Dieu qui est à l’origine de tout, c’est Lui qui agit mais cela ne peut pas se faire sans nous.

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 21 juillet 2021, 16e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon saint Matthieu 13, 1-9. Livre de l’Exode 16, 1-5.9-15. Psaume 77.

 

Frères et sœurs, si avant de venir dans notre église, vous avez pris le temps de lire les textes de ce jour, sans doute avez-vous découvert la thématique, du moins une idée persistante qui apparaît dans ces différentes lectures. En effet, en les lisant, personnellement dans la prière, j’ai compris que nous sommes invités à trois attitudes : regarder le passé avec action de grâce, vivre le présent avec passion, intensément, et préparer l'avenir avec espérance

Je vais développer ces trois attitudes maintenant avec vous :

1- Regarder le passé avec action de grâce. Au risque d’idéaliser, il ne s’agit pas de croire que le passé ait été plus beau ou meilleur qu'aujourd'hui. Dans la première lecture, dans le livre de l’Exode, nous entendons les récriminations du Peuple hébreu ; alors même qu’ils étaient esclaves, ils ont vu la Puissance de Dieu contre les Égyptiens ! Et pourtant, ils récriminent : « Dans le désert, toute la communauté des fils d’Israël récriminait contre Moïse et son frère Aaron. Les fils d’Israël leur dirent : Ah ! Quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! » La réponse de Dieu sera la Manne donnée dans le désert et cette puissance à offrir ce qu’il faut pour nourrir son peuple à la fois naturellement et spirituellement ! 

Dieu ne nous abandonne pas ! Gardons cette affirmation en mémoire !

2- Il nous faut vivre le présent en ce monde avec passion, avec intensité, sans nous laisser enfermer dans les souvenirs d'autrefois et les constats parfois éprouvants de notre actualité ! Le présent est un instant unique ! Nous sommes invités à un engagement audacieux dans ce présent  avant qu’il ne passe ! C’est bien la Mission que nous recevons dans notre art de vivre chrétiennement ! Comment, en tant que chrétiens, vivons-nous chaque instant à la fois ordinaire et extraordinaire, comme un cadeau où notre liberté peut vraiment s’exercer ?

Le point d'appui de l’espérance chrétienne, c'est toujours l'initiative d'amour que Dieu a prise à l'égard du monde : le semeur est sorti pour semer. C’est ce que nous avons entendu dans l’évangile ! Là aussi, Dieu ne nous abandonne pas ! Dieu ne cesse de semer, de sortir pour nous rencontrer. Il sème ses grâces à tout vent en espérant qu’une bonne terre puisse les accueillir. Quelle terre sommes-nous ? Quelle terre voulons-nous être ?

La sortie du Seigneur est vitale pour nous ! Le Fils est sorti du Père "pour nous, les hommes et pour notre salut", pour semer la parole qui rejoint l'homme et l'appelle au salut. 

3- C’est pourquoi il nous faut regarder l’avenir avec espérance ! Il nous faut arrêter de regarder au sol avec tristesse, mais lever les yeux ! L’initiative de Dieu continue génération après génération ; encore aujourd’hui, Il suscite les hommes et les femmes nécessaires pour que sa Parole soit entendue, vécue, et qu’elle porte du fruit à raison de 100, ou 60, ou trente pour 1, et au-delà même de nos espérances, même si, à notre niveau, nous n’arrivons pas à tout saisir dans l’instant donné !

Frères et sœurs, gardons au moins pour aujourd’hui, cette triple attitude : 

Regardons le passé dans l’Action de grâce,

Vivons le présent intensément et avec passion,

Préparons l'avenir avec espérance

Dieu ne nous abandonne pas ! Que nous en soyons conscients ou non, Dieu est toujours à l’œuvre !

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 19 juillet 2021, 16e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon St Matthieu 12, 38-42. Livre de l’Exode 14, 5-18. Cantique (Exode 15).

 

À plusieurs reprises, les évangiles rapportent cette scène avec les scribes et les pharisiens demandant un signe à Jésus, un signe venant du ciel : un signe qui rende la foi plus évidente et, bien sûr, plus facile. Nous sommes parfois nous-mêmes dans cet esprit de demande, et même de réclamation ; c’est une tentation courante !

Or, Jésus répond toujours négativement à cette demande. Effectivement, si vous relisez les synoptiques, vous pourrez constater que la réponse est sensiblement la même :

  • chez saint Marc (Mc 8, 11-12), d'une manière absolue, Jésus dira : « En vérité je vous le dis, il ne sera pas donné de signe à cette génération » ;
  • ou bien, en répondant, comme chez saint Matthieu et saint Luc (Lc 11, 29), en reportant le signe à la fin des temps : « lors du jugement », et dans ce cas interviennent, jumelés, les personnages de Jonas et de la Reine de Saba, qui renvoient, l'un à la mission prophétique, l'autre à la sagesse de Salomon. 

Dans sa réponse aux scribes, que nous lisons aujourd'hui dans l’évangile de saint Matthieu, Jésus ajoute une autre précision en lien avec le personnage de Jonas. Celui-ci est valable non plus seulement pour la fin des temps, mais pour la génération du Christ et pour tout le temps de l'Église, c’est-à-dire pour nous aussi, aujourd’hui : « Le Fils de l’homme restera de même au cœur de la terre trois jours et trois nuits ». Seulement trois jours et trois nuits, puis Il sortira de la mort, comme Jonas fut rejeté par le monstre marin. L’annonce est devenue réalité, comme nous le proclamons chaque dimanche et jour de fête, dans notre Credo ... « Le troisième jour, il est ressuscité des morts ». Voilà le « signe » de la résurrection qui nous est donné !

N’est-ce pas là, en effet, le signe majeur pour notre foi chrétienne : un geste qui nous dévoile la puissance de l’amour de Dieu ?

Ce signe est aussi pour nous l’assurance que la vie et l'amour auront le dernier mot. C’est cette certitude que nous ne sommes pas faits pour la mort, mais bien pour la vie !

Cette certitude est là ! Nos forces peuvent nous quitter, la maladie peut nous déposséder de la santé. Même si chaque jour raccourcit notre existence, même si, en nous, l'homme extérieur s'en va en ruines, nous le savons, nous sommes faits pour la vie éternelle ! C’est le cœur de notre foi ! Dieu nous aime et veut que chacun de nous soit auprès de Lui pour la Vie éternelle. Là est notre espérance !

Si l’accent est donné pour la fin des temps (c‘est-à-dire dans le monde à venir), la parole de Jonas et de la Reine de Saba garde pour nous, chrétiens, toute son urgence pour maintenant : 

  • Nous sommes invités à l’urgence de la Conversion !
  • Nous sommes invités à reconnaître, en Jésus, la sagesse du Père et son projet de Salut !

Frères et sœurs, puissions-nous demander, très simplement, un surcroît de foi, de ne plus réclamer sans cesse de signes et de marcher vraiment dans la confiance et l’espérance en Jésus !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du dimanche 18 juillet 2021, 16e dimanche du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, Collégiale saint André, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 6, 30-34. Livre du prophète Jérémie 23, 1-6. Psaume 22.

Lettre de saint Paul aux Éphésiens 2, 13-18.

 

Chers amis, à la fin de l’été, début septembre, une question vous sera sans doute posée et vous n’y échapperez pas. C’est à peu près celle-ci : qu’as-tu fait pendant tes vacances ? Où es-tu allé ? Était-ce bien ? Vous allez répondre et peut-être même vous expliquer. 

Que vos vacances aient été passionnantes ou non, en tant que chrétien, d’autres questions peuvent être posées : as-tu pris le temps de te ressourcer ou d’évangéliser ? As-tu pris le temps de prier ? As-tu pris le temps d’une retraite ? As-tu pris le temps de parler de Jésus ? As-tu eu des moments d’échange et de partage sur la foi ? Alors, qu’as-tu fait ? Quelle sera votre réponse ? Je ne le sais pas encore ! Mais je peux vous dire qu’annoncer Jésus aujourd’hui est toujours source de joie intérieure, joie à partager avec l’autre et aussi avec le tout Autre ! Il y a une vraie et simple satisfaction de témoigner de notre foi, d’oser parler du Seigneur !

C’est ce qu’ont fait les Douze qui reviennent donc tout joyeux de leur première mission. Jésus les a envoyé porter la Bonne Nouvelle, enseigner et guérir ceux qui étaient malades ! Selon les consignes de Jésus, ils étaient partis deux par deux pour proclamer partout qu'il fallait se convertir, chasser les démons et guérir les malades. Les consignes de Jésus étaient simples, sobres, efficaces… Ce sont toujours les mêmes aujourd’hui. Même un sourire derrière nos masques fait un bien fou à celui qui le reçoit !

Les Disciples-Missionnaires sont donc de retour ! Oui, ils sont heureux, certainement, mais sans doute, harassés de fatigue après cette longue tournée. Pourquoi ? La mission est prenante, fatigante, hier comme aujourd’hui ! Il y a des résistances et ce n’est pas toujours simple ! C’est pourquoi, à l’invitation de Jésus, ils vont essayer de prendre un peu de repos, à l’écart, auprès de Lui ! 

Ce passage d’évangile de saint Marc est intéressant, car il nous fait réfléchir sur quatre étapes importantes de l’apostolat du Chrétien-Missionnaire quatre étapes que je vous propose de vivre aussi durant cet été :

 

1 - Être disciple du Christ, c’est quitter son canapé, sa chaise longue, son bien-être ou un certain confort, bref : c’est se laisser désinstaller, se laisser envoyer en mission par le Christ !

Ce n’est pas notre mission, elle ne nous appartient pas ! Le Chrétien a naturellement cette responsabilité ! En mission, nous ne faisons pas une propagande pour notre compte, pour nos idées ou nos options. Par notre baptême, notre consécration religieuse ou notre sacerdoce, ensemble, nous sommes envoyés par Jésus, et nous Le représentons. Dès leur retour, les Apôtres viennent relater à Jésus tout ce qu’ils ont fait. Certains vont peut-être me dire qu’ils n’ont pas cette audace !

Saint François de Sales, ici même, dans la Collégiale saint André, a enseigné : « En mission, ne parle du Christ que si on t’interroge, mais vis ta vie de façon à ce qu’on t’interroge. » Nous sommes donc des témoins, déjà dans notre façon de vivre ! Dans notre quotidien, certaines attitudes, certains gestes peuvent interpeller les personnes que nous rencontrons et nous inviter à un échange. 

 

2 - Soyez fatigué par de la bonne fatigue… 

Je m’explique… Pour le dire simplement, on peut distinguer deux types de fatigue :

  • Celle de celui ou celle qui a marché longtemps pour accomplir sa mission. C’est celle des Apôtres, des disciples-missionnaires, la fatigue de la mission ; c’est une vraie et une bonne fatigue… C’est, par exemple, la fatigue de Jésus qui le fait s’assoir au bord du puits de la Samaritaine… 
  • Mais, il y a une autre fatigue : celle des brebis qui sont accablées, perdues et sans repère, affolées ! Saint Marc dit que : « Jésus eut pitié d’elle, car elles étaient fatiguées comme des brebis sans berger » (Mc 9,36). Dans sa compassion, c’est cette fatigue que Jésus voit et observe ! C’est la fatigue de celles et ceux qui sont égarés, paumés, cabossés par la vie, et qui sont sans boussole et sans direction dans leur vie. Beaucoup me disent combien cette fatigue est encore plus éprouvante. Peut-être l’avez-vous déjà vécue dans des moments difficiles?

 

3 - Pendant l’été, prendre le temps de recharger les batteries… pour garder le cap …

Comment faire ? “Faire du vide, pour faire le plein de Dieu“ ! Permettez-moi un conseil d’ami ! Essayez de mettre un peu  de côté tout ce qui peut vous embarrasser ! Ne transformez pas vos vacances en marathon ! Ne vous inventez pas un programme de fou ! L’invitation de Jésus est simple : « Venez à l’écart, dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. »  Durant ces vacances, fixons-nous volontairement des temps de repos avec Dieu, sous peine de nous épuiser spirituellement et nerveusement. La prière est tout aussi indispensable que l’air ou l’eau.  Il nous faut donc discerner l’essentiel de l’accessoire ! Pourquoi ne pas choisir de passer quelques jours de retraite dans un monastère pour nous mettre à l’écoute de Dieu avec la prière de frères et de sœurs ?

 

4 - Ce n’est plus nous, c’est le Christ qui agit et parle par nous !

Pour oser une parole, il ne nous est pas demandé d’être des savants ou des théologiens. Jésus nous demande simplement de partager ce que nous vivons avec Lui, d'être ouvert aux rencontres, attentifs aux personnes que nous allons rencontrer. Jésus nous montre l’exemple : « Saisi de pitié : il se mit à les instruire longuement. » Pourquoi ? Parce qu’elles sont dans une attente, dans une recherche, un éclairage… Nous avons souvent des difficultés à comprendre le sens de notre existence et nous faisons le constat d’une ignorance Le premier service que rend Jésus à ces foules désorientées, c’est de les : « ré-orienter » vers la lumière, de leur enseigner le sens profond de leur vie, de leur redonner un cap, une joie de vivre et une espérance. Cette Parole éclairante, c’est d’abord Lui-même, sa personne. Nous aussi, nous avons besoin de nous réorienter ! Laissons donc Jésus nous enseigner et nous éclairer et si possible, prenons le temps de conduire celles et ceux que nous rencontrerons jusqu’à Lui.

              En ce temps d’été traditionnellement consacré aux vacances (du moins pour ceux qui peuvent en prendre), il est bon de nous mettre à l’école du Christ !

              Il faut donc recharger nos « batteries spirituelles et physiques », sans quoi nous ne serons pas capables d’éclairer nos propres chemins et de garder le cap de la Mission, et d’être de vrais témoins pour tous ceux qui nous entourent ! Soyons donc disponibles à ces quatre étapes en nous mettant à l’école du Christ.

  • ·                   Se laisser désinstaller, se laisser envoyer par le Christ. 
  • ·                   Être fatigué de la bonne fatigue
  • ·                   Pour garder le cap … Prendre le temps de recharger les batteries
  • ·                   Avoir l’audace de témoigner pour redonner le sens et ré-orienter. 

Chers frères et sœurs, bon été Missionnaire et bon été de repos en Christ !                     

                                                                                                                                  Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 14 juillet 2021, 15e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon St Matthieu 11, 25-27. Livre de l’Exode 3, 1-6.9-12. Psaume 102.

 

Je vous propose ce matin un petit commentaire de la 1re lecture en Exode 3.

Que se passe-t-il ? Au beau milieu de sa vie quotidienne, Moïse, un berger, plus exactement un chevrier dans le désert du Sinaï, voit soudain quelque chose d’inhabituel : un buisson qui brûle, mais qui ne se consume pas ! Cette apparition le fascine et le trouble. Il fait donc un détour. Il s’approche, voulant regarder de plus près. Il s’avance vers le buisson, ouvert à l’inattendu !

  • Un buisson dans le désert ! Voici une première indication pour aller à la rencontre du Seigneur. Devant à l’inattendu, avoir cette disponibilité pour s’arrêter – au lieu de continuer son chemin – s’approcher, faire un détour, dans une attitude d’ouverture, et aussi de juste curiosité…
  • Ce texte peut me renvoyer vers des expériences dans ma propre vie : pas forcément devant un buisson, mais dans d’autres lieux qui m’interpellent, parfois me surprennent et qui m’invitent à m’approcher, à faire un détour ; au cours de cet été, pourquoi pas un monastère, une montagne, une rencontre…

Une voix interpelle Moïse : « Retire tes sandales, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte » (Ex 3, 5).

« Le lieu où tu te tiens » ! Voilà une parole surprenante pour Moïse, en plein désert, au beau milieu de son travail quotidien de chevrier ! Pourquoi une « parole surprenante » : parce que Dieu parle bien d’une « terre sainte ». Quand on entend « terre sainte », on pense plus facilement à la terre où Jésus a vécu : Israël, la Terre sainte ! Ou à un lieu de pèlerinage, un sanctuaire, une chapelle… Frères et sœurs, est-ce que le sol de notre vie ordinaire peut devenir « terre sainte » ? Nos rues, les places que nous traversons, nos maisons, nos lieux d’engagement ? « Terre sainte », car le Seigneur y est présent ; le Seigneur nous y parle à chaque instant de notre vie.

  • Pour toucher cette terre sainte, Dieu met une condition : il faut enlever ses sandales ! Les chaussures sont parfois un symbole de notre statut, un signe de prestige… Dieu demande : « Enlève-les ! » Littéralement, laisse ton statut, laisse ce qui te protège, laisse les lieux où tu te mets à distance, parce que Dieu veut te parler, ici !
  • C’est l’invitation à me déchausser de manière plus symbolique que nous pouvons l'entendre ici : laisse tes idées préconçues, tes jugements ! Me déchausser (c’est-à-dire me mettre pieds nus), c’est aussi devenir vulnérable, entrer dans un chemin d’humilité, de détachement. Ce peut être parfois un peu douloureux quand le sol est accidenté… 

Une fois ses chaussures retirées, Moïse peut accueillir la révélation de Dieu : entendre sa voix, reconnaître sa présence. Dieu se présente comme le Dieu de ses pères : un Dieu qui connaît l’histoire de sa famille, un Dieu qui chemine avec son peuple, un Dieu qui entend la prière et les cris de son peuple ; comprenons que Dieu n’est pas lointain ni extérieur à nous-mêmes, mais proche de notre histoire, de notre vie ordinaire.

Et Dieu appelle Moïse à une mission particulière, à libérer son peuple : « Va ! Je t’envoie » ; « Tu feras sortir d’Égypte mon peuple. » C’est un appel à guider le peuple sur un chemin de liberté… Par la rencontre de Dieu, on devient missionnaire !

Dieu appelle, Il compte sur chacun, sur chacune de nous. Il nous fait confiance pour vivre la mission qu’Il nous confie ; ces missions sont multiples : annoncer sa Parole, vivre la fraternité, comprendre ce pour quoi je suis fait, entendre le projet de salut de Dieu pour chacun de nous et comprendre que cette vie terrestre est un pèlerinage vers le Ciel ! 

Dieu nous appelle à nous mettre en route à notre tour. 

Au cours de ce jour, prenons le temps de laisser résonner ce récit en notre cœur ce texte : la surprise toujours nouvelle d’une rencontre avec Dieu, l’exigence d’enlever nos sandales, de nous dépouiller un peu ; reconnaître la révélation de Dieu ; entendre un appel, son appel pour moi…

Prenons le temps, aujourd’hui, de la rencontre avec Dieu !        

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 12 juillet 2021, 15e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon Saint Matthieu 10, 34 à 11,1. Livre de l’Exode 1, 8-14.22. Psaume 123.

 

En ce chapitre 10e, saint Matthieu a regroupé en un même discours, un bon nombre de consignes de Jésus, concernant à la fois, la mission chrétienne et le style de vie des missionnaires chrétiens : c'est un peu la conclusion de ce discours que l'Église nous fait lire aujourd'hui.

         Comme vous l'avez remarqué, ces quelques versets sont centrés sur l'idée d'accueil ; mais l'accueil peut être vu à plusieurs niveaux.

Il y a d'abord l'accueil des envoyés de Dieu.

            « Qui accueille un prophète en qualité de prophète recevra une récompense de prophète. » 

       Autrement dit : celui qui accueille les messagers de Dieu - le message de Dieu, les suggestions de Dieu, la manière de faire de Dieu - voit venir dans sa vie une fécondité inespérée. Par cette disponibilité, c’est le don de Dieu accordé par le prophète. 

Mais un accueil plus fondamental se situe à un autre niveau : celui de notre relation directe au Christ Sauveur comme une réponse à toutes nos recherches de paix ! Dans cette recherche, il nous faut comprendre que tout n’est pas au même niveau.

          « Celui qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille, plus que moi, n'est pas digne de moi », c'est-à-dire qu’il n'est pas au niveau d’amour avec ce que je lui offre, dit Jésus. 

Attention, pas de contresens ! le Christ ne cherche absolument pas à déprécier, ni même à relativiser les affections familiales. Lui-même, au moment de mourir sur la Croix, se soucie encore de sa mère.

 Au fond ce que nous cherchons : c’est aussi l’accueil total du Christ dans une plénitude de Paix !

Nous rêvons de cette paix, pourtant nous entendons : « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix » (v34). Telle qu’on la comprend ordinairement, la paix serait comme un rêve où tout ne serait que beauté et harmonie, sans heurts ni pleurs. C’est ce que nous désirons vivre ! Or la paix du Christ est bien autre chose.

C’est une certitude de foi d’être aimé de Dieu et d’être entre ses mains quoiqu’il puisse arriver ; nous savons bien qu’il peut nous arriver toutes sortes de choses ou d’événements pénibles, mais gardons dans notre cœur que tout pourra se traverser avec Lui : les divisions, les décisions difficiles, les épreuves.

La paix du Christ n’est donc pas un état à atteindre comme quelque chose qui nous serait donné de façon définitive, elle se donne en chemin. C’est une étincelle pour éclairer notre nuit, un tremplin pour aller plus loin. 

Frères et sœurs, si vous en avez le temps, je vous invite à relire cet évangile et peut-être à réfléchir sur ces deux phrases que je vous propose en conclusion :

  • On n'aime jamais autant que lorsqu'on aime en Dieu.
  • On ne peut être en Paix que lorsqu’on la reçoit de Dieu dans notre chemin à la suite du Christ   

Bonne méditation à chacun !                                                                                                                   

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 7 juillet 2021, 14e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon St Matthieu 10, 1-7. Livre de la Genèse 41, 55-57.42, 5-7.17-24a. Psaume 32.

 

Il y a à la fois quelque chose de solennel et d’émouvant que d’essayer d’imaginer le défilé de ces douze visages et d’entendre résonner le prénom de chacun. Ils sont tous différents et à ce titre, nous pouvons peut-être découvrir un peu de nous-mêmes dans chacun d’eux. Nous pouvons même nous identifier, de manière privilégiée à tel ou tel apôtre, parce qu’il nous ressemble ou que ressentons une certaine affinité avec l’un d’entre eux. 

Pierre était vif, intuitif et entreprenant ; Jean, plutôt contemplatif et rapide à la course ; Thomas, rationnel et pragmatique ; Jacques, dévoué au bien de la communauté ; Barthélemy, fidèle et discret ; Philippe, empreint de sagesse ; Simon et Thaddée, des révolutionnaires zélés ; Jacques et son frère, un peu sanguins ; Matthieu, prompt à décider ; enfin, Judas calculateur sans aucun doute…

Voilà à quoi ressemblait l’Église, cette communauté des douze Apôtres ; voilà à quoi elle ressemble encore aujourd’hui : une communauté variée, au casting déroutant. Ce qui unit tous ces hommes, en dépit de leurs différences, de leur culture, de leur tempérament et de leurs options politiques, de leur engagement, c'est leur foi en Jésus-Christ

C’est sur ce seul critère que Jésus envoie les Douze en mission dans le monde. 

Dans l’évangile d’hier, Jésus était ému jusqu’aux entrailles, saisi de compassion envers les foules parce qu’elles étaient « désemparées et abattues comme des brebis sans berger » (Mt 9, 36). Étonnamment, la première réponse de Jésus à la détresse du monde, c’est nous : nous parce que nous avons la foi. 

Face à cette détresse, le Christ aurait pu envoyer des thérapeutes, des médecins, des psychologues, des écoutants, une catégorie de personnes qualifiées en santé physique et mentale... Mais non ! Certes, ces métiers sont importants, mais le plus urgent selon le Fils de Dieu, c’est d’apporter au monde la lumière de la foi

Aujourd’hui encore, du moins, en occident, l’État doit faire tout son possible pour garantir la santé du plus grand nombre. Cela est important et nécessaire ! Mais à en croire Jésus, la mission de la communauté chrétienne est plus importante encore. Elle seule est en mesure de témoigner de la foi en Jésus-Christ. Elle seule, en Église, est en mesure d’apporter ce qui est déterminant pour l’avenir de l’humanité et ses enjeux. 

Frères et sœurs, il est bon et nécessaire de méditer quelques instants sur la grandeur de notre mission et comment nous sommes, nous-mêmes, en Mission ; témoins, comme les Apôtres, ni meilleurs ni moins bons. C’est bien ce qu’ont fait et réalisé dans une grande diversité et de charismes, de nombreux chrétiens à la suite du Christ Sauveur ! 

Posons-nous la question ! Et nous, aujourd’hui, que faisons-nous ?

Quelle est notre mission en Église ? Quel envoi, quel appel avons-nous reçu, par le Christ, en ce monde pour aujourd’hui ?

Bonne méditation dans la prière !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 5 juillet 2021, 14e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon St Matthieu 9, 18-26. Livre de la Genèse 28, 10-22a. Psaume 90.

 

Ce matin, si vous me le permettez, je vais relire avec vous la première lecture, l’histoire de Jacob relatée dans le livre de la Genèse au chapitre 28e. Jacob était parti de Beersheba et se dirigeait vers Harane (une longue marche de plus de 700 kilomètres en plein soleil). À la fin du jour, il s'arrêta à l'endroit où il était, pour y passer la nuit ; il prit une pierre pour la mettre sous sa tête, et c'est là qu'il dormit. Il eut un songe.

Il faut se rappeler que ce patriarche était alors un homme en fuite pour trahison contre son père, Isaac et Ésaü, son frère. Peut-être vous rappelez-vous comment Jacob avait réussi à recevoir cette bénédiction qui était réservée à son frère ainé. Il est donc dans l’angoisse ; sa vie est incertaine. Fatigué, il s’endort.

Il eut donc un songe. Quand la Bible nous parle d’un songe à différents moments, il faut le comprendre comme étant différent d’un rêve ! Un songe, c’est Dieu qui parle ! Rappelez-vous, celui de Joseph dans le premier Testament et celui aussi de Joseph, époux de Marie, et bien d’autres.

Dans ce songe, Jacob voit une échelle dressée sur la terre, et son sommet touche le Ciel ; il voit des anges de Dieu qui montent et descendent (Gn 28, 12-13). Le Seigneur se tient proche et lui dit : « Je suis le Seigneur, le Dieu d'Abraham ton père, le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donne, à toi et à tes descendants. »

Si le songe du petit-fils d’Abraham a connu une telle postérité, c’est parce qu’il appelle de tous ses vœux un pont entre Dieu et les hommes, une bénédiction qui descende sur la terre, un passage qui nous ouvre les portes du Ciel. L’échelle du songe de Jacob résume, avec des mots simples, l’attente messianique du peuple juif. Ce peuple était suffisamment humble et meurtri pour comprendre avoir besoin d’être sauvé de la mort, et suffisamment spirituel pour attendre ce salut de l’Auteur de la vie. Tout bon juif connaît parfaitement ce songe.

 

Pour nous, ce matin, comment mieux comprendre ce texte ?

Les anges qui montent et qui descendent introduisent le patriarche à l’accueil de la présence de Dieu, de sa force transcendante, de la grâce et de la bénédiction qui viennent d’En-Haut. Ils montent et ils descendent : ils sont les messagers de Dieu ! Jacob ne va pas s’évader de sa réalité terrestre ; mais celui-ci, par les anges, va désormais converser, dialoguer avec les réalités plus élevées. Il peut comprendre sa mission et surtout, lui qui est pécheur, la miséricorde sans retour de Dieu.

Voilà aussi ce que font les anges, pour nous, aujourd’hui encore : ils ne nous détournent pas de la vie terrestre, mais ils nous aident à dialoguer avec le Ciel. Ils tournent notre regard vers le Ciel. Cependant, il faudra bien plus que les anges pour que l’homme découvre la présence de Dieu trois fois saint.

Jésus - qui est en personne, le dialogue de la Terre et du Ciel – va dès le début de l’évangile de saint Jean, se révéler à Nathanaël, par cette même évocation : « Vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme ». (Jn 1,51)

« Vous verrez le Ciel ouvert », dit alors Jésus. Dans les trois autres évangiles, le moment où le Ciel s’ouvre, c’est au baptême du Christ ; le Ciel s’ouvre quand Jésus est reconnu comme le seul qui permet aux anges de monter et de descendre jusqu’à nous, et à nous d’aller jusqu’au Ciel.

La réalisation de cette échelle de Jacob va prendre une réalité nouvelle, au moment du baptême de Jésus. Le ciel s’ouvre, la voix du Père se fait entendre et notre regard se tourne, à nouveau, vers le Père.

Celui qui relie le Ciel et la Terre, c’est Jésus. C’est Lui le « Pont » par excellence ! Lui qui est vrai Dieu et vrai homme relie, dans son unique personne, le Créateur et la créature.

Voilà, en quelques mots, ce que nous pouvons retenir du songe de Jacob !

Frères et sœurs, je vous invite à nouveau, en cette période un peu plus calme pour certains d’entre nous, à relire au moins le chapitre 28e du livre de la Genèse et le premier chapitre de l’évangile selon saint Jean.

Laissez résonner ces phrases en vous et que l’Esprit Saint nous inspire !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 4 juillet 2021, 14e dimanche du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 6, 1-6. Livre du prophète Ezéchiel 2, 2-5. Psaume 122.

2e lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 7-10.

 

Chers amis, les textes de ce jour sont passionnants et j’espère que vous avez pu prendre un peu de temps pour les lire et les savourer avant de venir à cette eucharistie. Permettez-moi, pour bien les comprendre, de commencer cette homélie par un petit rappel !

La plupart d’entre nous ont reçu la grâce du baptême et, par le baptême, nous participons pleinement à la mission de Jésus. En effet, le sacrement du baptême nous confère une triple mission : « prêtre, prophète et roi ». Nous recevons l’onction de l’Esprit Saint par l’huile parfumée (le Saint Chrême) pour nous reconnaître enfant de Dieu et participer à sa mission.

Donc, par ce baptême reçu, chaque baptisé rend témoignage de Jésus-Christ par toute sa vie quelque soit sa situation et son âge : enfant, adolescent, adulte, célibataire ou marié, veuf, consacré, malade ou bien-portant. 

Par la prière, le baptisé rend vivant Jésus au sein de sa vie familiale, dans sa vie professionnelle, bref dans chaque instant de son quotidien. Cela n’a rien d’extraordinaire ! C’est le sacerdoce commun reçu par tous les chrétiens à l’image du Christ tête de l’Église. 

Si le Christ est la tête, nous sommes le corps de l’Église.

  • Si la tête participe à la Mission d’Annonce du Salut de Dieu, nous aussi, corps du Christ, assemblée de l’Église, nous participons à la mission. 
  • Nous sommes donc aussi des « prophètes en mission » !

 

Être prophète, c’est parler au nom de Dieu pour faire connaître ses volontés, son projet de Salut, 

sa présence et son amour indéfectibles pour tous ceux qui l’accueillent.

À la suite du Christ, nous avons pour mission d’annoncer la Parole de Dieu à nos frères et sœurs en humanité. 

Nous connaissons bien les effets de la grâce baptismale ! Cependant, il me semble important de nous rappeler que nous sommes tous envoyés comme prophètes.

Revenons aux lectures de ce jour ! Elles sont bien plus graves que celles que nous avons entendues il y a huit jours : Guérison de la femme aux pertes de sang et le retour à la vie de la fille de Jaïre.

Qu’apprenons-nous aujourd’hui ? 

  • Le prophète sait qu’il va au-devant des contradictions, c’était la première lecture. 
  • Jésus connaît l’échec dans son propre village de Nazareth, c’est l’évangile. 
  • Saint Paul, lui, raconte comment il a été humilié et contredit, dans le récit de la deuxième lecture.

 Cette eucharistie veut donc m’aider à accepter ma mission de prophète, mais aussi mes échecs et les contraintes avec humilité et confiance. En même temps, entrons dans une espérance nouvelle, car : « lorsque je suis faible, c’est alors que, avec Jésus, je suis fort », comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture. Nous le savons : « Le disciple n’est pas au-dessus du Maître ! »

« Jésus est parti pour son pays ». C’est une cruelle déception qui l’attend dans son village. À son sujet, au début, les gens n’expriment que des louanges : « Il prêche comme jamais homme n’a prêché. Il fait même des miracles et des signes prodigieux ! »

On s’attendrait donc à ce que, dans la synagogue, parmi les siens, ce soit la fête, et même une très grande fête et un accueil fraternel. Eh bien non, ce n’est pas ce qui se passe ! L’enfant du pays est mal accueilli. En effet, ses compatriotes ne peuvent imaginer un seul instant que « le charpentier », « le fils de Marie » puisse être celui qu’on dit qu’il est, ni qu’il réalise ce qu’on dit qu’il fait. Ils pensaient très bien connaître Jésus ! Et l’évangéliste précise qu’ils « étaient profondément choqués à son sujet.» 

Voilà la scène que saint Marc nous présente. Mais nous pourrions nous demander : « en quoi cela m’intéresse-t-il ? » Eh bien, cela nous amène à nous interroger : Qui est Jésus pour moi ?  

Sans doute allez-vous me répondre : « Oh, Jésus ! Oui, je le connais bien. J’ai été au catéchisme, depuis mon enfance, j’ai entendu parler de Lui. J’ai fait ma première communion, ma profession de foi et certains même (peut-être pas tous) peuvent dire : j’ai reçu le sacrement de confirmation. J’ai même lu les évangiles (du moins en partie), je vais à la messe, et je connais les principaux épisodes de la vie de Jésus, je Le prie… » Donc, oui, nous croyons Le connaître. 

Mais, frères et sœurs, permettez-moi une question : 

Avons-nous réellement rencontré Jésus ?

Avons-nous cherché à mieux Le connaître, à Le fréquenter dans la prière et dans la rencontre de nos frères ? Voulons-nous devenir son ami, l’ami de Jésus ; vivons-nous une amitié particulière et vraiment personnelle avec Lui ? Est-ce que j’ai le désir de Lui parler “d’ami à ami“ ? La rencontre de Jésus, c’est toujours l’émerveillement d’un amour toujours neuf, enthousiasmant, pressant, à la fois doux et intense.

Nous voici donc, frères et sœurs, interpellés, nous qui sommes du pays, de la famille, de la maison de Jésus, de sa parenté, devenus ses frères et sœurs depuis notre baptême. Avons-nous gardé la capacité de nous émerveiller avec des yeux toujours neufs sur ce qui fait la nouveauté de l’autre (aussi bien celle de Jésus comme celle de nos frères et sœurs), de sa capacité à changer, à se renouveler, à se donner. Le risque n’est-il pas de l’enfermer dans nos idées toutes faites ou dans un « prêt à penser » ? 

En nous posant toutes ces questions, nous sommes, en réalité, au centre de notre foi et de la réalité de notre baptême. Ces questions nous sont posées et nous sommes invités à y répondre :

  • Car, nous aujourd’hui, en tant que chrétiens, nous arrive-t-il d’être étonnés et dérangés dans notre foi, comme ces habitants de Nazareth ? 
  • Et dans ce cas, comment réagissons-nous ? Est-ce que nous nous contentons d’une réponse rapide, qui, d’un revers de main, nous rassure ? Ou plutôt sommes-nous capables de nous interroger ?
  • Ou bien, en reconnaissant notre faiblesse, sommes-nous prêts à laisser Jésus changer notre regard et notre cœur ? 
  • Sommes-nous prêts à nous laisser emmener plus loin, dans une aventure incroyable avec Lui, dans une foi vraiment vivante, avec pour seule sécurité la présence de Jésus Sauveur ?
  • Voulons-nous être des prophètes à notre manière, là où nous sommes : oser une rencontre, échanger un mot avec un ami ou un collègue de travail qui éclaire, qui ouvre l’esprit, qui m’ouvre à l’Esprit Saint. Car à ce moment-là, lorsque nous essayons de témoigner, pour peu que nous le fassions dans la prière, ce n’est plus nous, c’est Dieu qui parle et agit à travers nous.

Les lectures de ce jour nous provoquent, nous posent beaucoup de questions et dans un certain sens nous rassurent lorsque nous entendons les difficultés et les contradictions qu’ont vécues tant Jésus que saint Paul.

Frères et sœurs, en cette période peut-être un peu plus calme, prenons le temps de vérifier la qualité de notre relation à Dieu, de Lui redire combien nous L’aimons et combien nous désirons Le suivre.

Assumons pleinement notre mission de prophète pour Lui, aujourd’hui dans notre monde !

Que l’Esprit Saint nous éclaire, qu’il nous revitalise et nous donne l’audace d’être les témoins du Christ !

Demandons cette grâce pour chacun de nous, ici rassemblés, pour nos familles, pour notre paroisse et pour le monde !

Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 30 juin 2021, 13e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon St Matthieu 8, 28-34. Livre de la Genèse 21, 5.8-20. Psaume 33.

 

Chers amis, voilà un évangile intéressant pour notre édification spirituelle ! Nous sommes au 8e chapitre dans l’évangile selon saint Matthieu.

Vraisemblablement, ce récit se situe dans l’une des villes de “la Décapole”, ces dix villes qui bordent le lac de Tibériade. La Décapole était une région dont la population était très mélangée. Beaucoup de païens y vivaient, des adorateurs d’autres dieux, donc des mangeurs de porcs. 

L’une de ces dix villes s’appelait Gadara. En montant vers cette cité depuis le lac de Tibériade, on traverse une zone escarpée, sans doute est-ce la “falaise” dont parle l’évangéliste saint Matthieu. Des grottes y étaient creusées à même la roche. Ces grottes étaient souvent des tombeaux, désaffectés ou non. C’était aussi le refuge peu fréquentable de nomades, de brigands et de marginaux. 

Jésus traverse donc le lac de Tibériade pour arriver en terre païenne. 

C’est ici qu’habitaient deux personnes un peu sauvages, des possédés, qui s’en prennent à Jésus d’une façon surprenante, car elles disent la vérité : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu pour nous tourmenter avant le moment fixé ? »

Le vocabulaire employé est lui aussi surprenant. Le « moment fixé », terme biblique très précis chez saint Matthieu, est le temps du « jugement dernier », quand le Christ reviendra dans sa gloire pour juger les vivants et les morts. Comme souvent dans l’évangile, les deux possédés sont doués d’une clairvoyance mystérieuse. Ils comprennent, avant l’heure, que Jésus est le Fils de Dieu et ils l’interpellent : « Pourquoi viens-tu ici, en terre païenne, alors que le jour où les nations seront jugées n’est pas encore arrivé ? »

Le dialogue très instructif qui suit est important pour notre vie spirituelle. Ces ennemis de Jésus cherchent à négocier avec le Christ. Littéralement : “Si nous ne sommes pas avec toi, laisse-nous vivre au milieu de ces animaux impurs”. Un choix est posé !

Ainsi en va-t-il de tous nos marchandages avec le Seigneur, quand nous demandons à Dieu qu’Il nous laisse tranquille, avec telle facilité, telle demi-mesure, telle zone d’influence, telle compromission. C’est un peu comme si nous osions demander à Dieu : « Laisse-moi le droit de vivre avec telle ou telle faiblesse, tel ou tel péché. Ne me demande pas de tout lâcher de mes mauvaises habitudes… Seigneur, permets-moi de garder ma zone de confort, mon "refuge" loin de toi et loin des hommes… »

Mais, on ne marchande pas avec Dieu qui sauve. La suite du récit le montre clairement : les démons iront dans les porcs, et les porcs se précipiteront dans la mer. 

 

Que pouvons-nous retenir de cette page hautement spirituelle ? 

Cet évangile nous apprend que le compromis n’est pas compatible avec le Salut définitif.

Si chacun de nous porte un vrai désir de conversion… nous risquons bien de rester pécheurs jusqu’à notre dernier souffle ! Malgré cela, avons-nous un réel désir de Dieu, le vrai désir d’être avec Lui pour toujours ? 

Notre salut ne peut pas être dans la demi-mesure. Jésus est le chemin, la vérité et la vie et, pour Le suivre, il nous faut jeter à la mer tout le troupeau de nos misères et garder en nous le désir d’être avec Lui pour toujours. 

Que Dieu nous aide à y parvenir et qu’Il suscite en nous cette passion amoureuse pour Lui ; c’est la grâce que nous pouvons demander ce matin, pour chacun de nous, pour nos familles, pour les personnes auxquelles nous pensons et pour le monde ! 

Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 28 juin 2021, 13e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé. 

Évangile selon St Matthieu 8, 18-22. Livre de la Genèse 18, 16-33. Psaume 102.

 

« Laisse les morts enterrer leurs morts. » 

Il est possible que certains d’entre vous soient choqués en entendant Jésus prononcer ces mots. Que se passe-t-il dans ce texte ?

Voici deux candidats à la suite du Christ.

Le premier, un scribe, un érudit, sans doute enthousiasmé par le Sermon sur la montagne qu’il vient d’entendre et émerveillé par les premiers miracles de Jésus (guérison d’un lépreux, du serviteur d’un Centurion et de la belle-mère de Pierre), s’approche de Jésus. Voyant les disciples s’embarquer avec Jésus pour aller sur l’autre rive du lac, le désir, l’envie peut-être, le poussent à lui déclarer sa flamme : « Maître, je te suivrai partout où tu iras. »

Or, Jésus n’est pas comme les Rabbins juifs que leurs disciples choisissent pour maître. Les évangiles rapportent comment, au début de sa vie publique, Jésus invite mystérieusement ses premiers disciples avant l’appel définitif : de fait, c’est toujours Jésus qui appelle : « Toi, suis-moi ! »

Ici, le scribe n’est pas spécialement appelé par Jésus ; il se propose de lui-même. Jésus ne décourage ni n’encourage ce volontaire, il reste neutre ; il le met, simplement, en face de son mystère : « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. » En effet, devenir disciple de Jésus est exigeant : c’est marcher derrière Celui qui monte à Jérusalem pour y subir la Passion. Jésus, nous le savons, ne reposera sa tête que sur la croix.  

Pour bien lui préciser celui qu’il veut suivre, pour la première fois dans les évangiles, Jésus se nomme lui-même le « Fils de l’homme ». Ce titre renvoie au Messie transcendant dans le livre de Daniel, au chapitre 7 (révélations prophétiques)

Le plus souvent, Jésus va employer ce titre glorieux dans un contexte d’abaissement, de souffrance, comme dans les trois grandes annonces de sa Passion ; il veut ainsi laisser pressentir à ses plus proches que le Fils de Dieu sera un Messie souffrant, dans la lignée du serviteur souffrant en Isaïe dans les chapitres 52,13 et 53,12. 

Fin connaisseur de l’Écriture, le scribe a dû bien saisir ce que Jésus voulait lui dire. L’exaltation de ce scribe s’est-elle refroidie à l’annonce du dépouillement radical qui attend tout disciple du Christ ? Saint Matthieu ne le dit pas !

Le second candidat semble moins détaché. Il demande à celui qu’il appelle Seigneur, la permission d’enterrer d’abord son père. Mais : « Suis-moi ! » lui dit Jésus sans acquiescer à sa requête. En disant cette phrase surprenante : « Laisse les morts enterrer leurs morts », Jésus ne supprime pas le quatrième commandement de Dieu (Honore ton père et ta mère) : Il manifeste que les impératifs du Royaume l’emportent sur tous les autres. 

On peut aussi comprendre autrement cette phrase ! Jésus ne demande pas au disciple de ne pas enterrer son père, bien évidemment. Il lui dit en quelque sorte : « dans cette épreuve du deuil, suis-moi, va vers plus de vie. Accepte qu’une part de toi-même meure en enterrant ton père, afin de pouvoir renaître à la vie. »  

Quand Jésus nous appelle à Le suivre, c’est toujours pour un surcroît de vie !

Si tu veux me suivre, si tu veux te mettre à mon service,

Si tu veux annoncer l’évangile, « choisis donc la vie » !

 

Le Christ est le chemin, la vérité et la vie ! (Jn 14,6)

Puissions-nous, tout au long de ce jour, faire le choix du Christ, choisir la Vie, avec Lui et pour Lui !

                                                                                                                                  Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 27 juin 2021, 13e dimanche du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 5, 21-43. Livre de la Sagesse 1, 13-15.2, 23-24. Psaume 29.

2e lettre de saint Paul aux Corinthiens 8, 7.913-15.

 

Permettez-moi une homélie d’un style un peu différent pour une relecture d’un évangile particulier, une sorte d’explication de texte ! L’épisode de ce jour est relaté dans les trois Évangiles synoptiques – Marc Matthieu et Luc – c’est dans cette version de saint Marc que ce récit est le plus développé.

Avant d’entrer dans ce récit, je vous propose un petit mot sur les deux personnages principaux :

- Le chef de la synagogue, tout d’abord. Il s’appelle Jaïre ; ce n’est pas un responsable spirituel comme pourrait l’être un rabbin, mais c’est quand même un notable : sa maison spacieuse et ses nombreux domestiques témoignent de la place qu’il occupe dans la vie locale ; 

- La femme malade ensuite ; à la différence de Jaïre, elle vit en marge de la société, parce que sa maladie l’a rendue impure. Il faut rappeler ici le contexte religieux de l’époque. La Torah stipule que lorsqu’une femme a une perte de sang, elle devient automatiquement impure, et que quiconque a un contact avec une telle femme devient lui-même impur pour le restant de la journée ! De plus, le sang revêt un élément vital ! Perdre son sang, c’est la vie qui s’écoule et se perd ! Cela fait donc douze ans que cette femme est exclue de la vie religieuse et sociale à cause de sa maladie. Pour mettre fin à son exclusion, cette femme a cherché à se faire soigner par de nombreux médecins qui lui ont pris son argent, mais tous ont échoué ; elle a dépensé tout son argent en pure perte ! 

Un homme et une femme ! Un notable qui a un nom, et une femme exclue dont on ne sait rien : elle est sans nom. Tout semble montrer que ces deux personnages n’ont absolument rien en commun… apparemment ! Pourtant, quand on regarde de plus près, ce chef de synagogue et cette femme malade ont plusieurs points communs :

- Tout d’abord, et c’est le premier point commun, ils sont mystérieusement reliés l’un à l’autre par un nombre symbolique, le nombre douze : la fille du chef de la synagogue a douze ans et la femme malade se trouve dans cet état, elle aussi, depuis douze ans. Ce chiffre douze exprime beaucoup de choses : les douze tribus, les douze Apôtres…

- Ensuite, c’est le deuxième point commun, tous les deux font preuve d’une grande audace, une audace qui sera récompensée. On n’attend pas d’un chef de synagogue, un notable, qu’il se tourne vers un guérisseur, et pourtant il le fait. On ne s’attend pas non plus à ce qu’une femme en état d’impureté brave tous les interdits en se mêlant à la foule et en touchant un homme ; de surcroit un homme qui est un rabbi, et pourtant elle le fait.

- Et puis, troisième point commun, et sans doute le plus important, nos deux personnages viennent interrompre le cours normal des événements : le chef de la synagogue fait prendre à Jésus un chemin qu’il n’avait pas prévu, il le fait venir chez lui pour qu’il guérisse sa fille, et la femme le fait s’arrêter sur son chemin lorsqu’elle touche son vêtement ! Notons bien que c’est la foi de ces deux personnages qui provoque cette série d’évènements qui vont interrompre Jésus dans sa marche.

Remarquons la grande disponibilité de Jésus ! Il montre une souplesse dont nous ne savons pas toujours faire preuve nous-mêmes. Il se laisse interrompre sur son chemin ; Il se laisse déplacer ! 

De fait, ce récit est une suite d’évènements et d’interruptions. Il s’en rajoute encore une, la dernière, qui est dramatique : celle de la mort qui vient interrompre la vie de cette jeune fille. Les domestiques viennent annoncer au maître de maison : « Ta fille vient de mourir ! » ; à quoi bon faire déplacer Jésus ? Voilà le verdict lourd de conséquences annoncé par les domestiques de Jaïre.

Jusque-là, Jésus s’est laissé faire, Il n’a pas été maître de son emploi du temps, Il a subi toutes ces interruptions. Mais il se produit un tout dernier rebondissement, dont Il sera l’instigateur, car à la fin, c’est la mort qui se trouve elle-même interrompue ! Elle est interrompue par la Vie qui reprend ses droits. 

Si vous lisez ce récit avec attention dans la prière, vous constaterez que cet évangile n’est en fait rien d’autre qu’un récit pascal ; il nous parle de vie et de retour à la vie. C’est bien là-dessus que notre texte insiste, car il nous est dit, à la fin, que la jeune fille se lève alors qu’elle était endormie dans la mort. Si le verbe choisi en grec est celui que la première Église utilisait pour parler de la résurrection, Jésus précise quelque chose d’important : Il parle de la mort comme d’un sommeil provisoire !

Jésus est précis ! Cette annonce de vie et de résurrection à venir est pour tous, cette bonne nouvelle est pour Jaïre, ce notable, elle est aussi pour cette femme exclue. L’évangéliste veut nous faire comprendre que Jésus est Maître de la Vie ! Cette espérance de vie présente et à venir est pour chacun de nous, qui que nous soyons : riche ou pauvre, en bonne santé ou malade…

Pour terminer, notons la force et le sens de cette dernière scène !  Jésus va dans la chambre dans laquelle repose la dépouille de cette jeune fille et prend avec Lui deux témoins, Il lui prend la main et lui dit : « Talitha koum ! » Aussitôt la jeune fille se lève et se met à marcher. Et pour bien montrer que la vie est revenue, Jésus ajoute : « Donnez-lui à manger ».

Jésus lui a donné un surcroit de vie terrestre et les pleureuses ont cessé de se moquer. 

Que veulent nous dire les textes de ce dimanche ? « Dieu n’a pas fait la mort » nous redit le livre de la Sagesse en première lecture ! L’évangile nous parle de la réanimation de cette jeune fille, comme dans l’épisode de la réanimation de Lazare. Mais attention ! Dans ce contexte pascal, au-delà de notre temps terrestre, c’est bien à une autre connaissance à laquelle Jésus veut nous inviter. Notre mort ne termine pas la vie que Dieu veut nous révéler. Il veut nous faire participer, âme et corps, corps et âme, à sa Vie, à sa gloire. Car Dieu veut que l’homme soit un vivant, et ce n’est ni la mort ni le Diable qui l’en empêchera (Sg 2,24) !

Chers amis, la Bonne Nouvelle est là ! Au jour de la Résurrection, à la fin de notre temps terrestre, jour qui demeure caché dans le secret de Dieu, la main du Ressuscité saisira la nôtre, et chacun de nous l’entendra dire : « Lève-toi », « Talitha koum ! »

Chers amis, au milieu de nos inquiétudes, de toutes nos attentes, de toutes nos petites morts, il nous faut réentendre le Christ nous redire comme à Jaïre : « Ne crains pas, crois seulement ! » Pour cela, Il nous invite à sa table pour prendre la nourriture à la fois spirituelle et essentielle ; Il nous invite lui-même à l’Eucharistie, pour le temps que nous vivons sur cette terre, en attendant la Résurrection finale !

Frères et sœurs, voilà en quelques lignes ce que ce magnifique texte veut nous dire ; à chacun de nous, maintenant, de le relire, de le méditer, de le goûter et d’en vivre !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du mercredi 23 juin 2021, 12e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon St Matthieu 7, 15-20. Livre de la Genèse 15, 1-12.17-18. Psaume 104.

 

Pour tous les jardiniers et amateurs de jardinage, les affirmations de Jésus dans cet évangile sont d'une telle évidence qu'on pourrait dire qu'elles sont simplistes. Mais il n’en est rien et, comme toujours, Jésus nous invite à aller un peu plus loin !

Je lisais, récemment, un écrit spirituel assez actuel qui écrivait à propos de notre monde : 

« Au début, le Diable est toujours gentil, séduisant, agréable. Ce n’est qu’après coup qu’on se rend compte que ce sont des monstruosités qu’il propose. » 

Cette phrase m’a frappé ; au début, le Diable se montre plutôt sympathique et désirable… c’est après qu’il se dévoile et apparaît tel qu’il est : terrible ! Au cours de son histoire, le peuple d’Israël a constamment été mis en garde contre les faux prophètes ; pourtant, ceux-ci n’ont pas manqué de se multiplier. Ces faux prophètes “viennent en habits de brebis”, de douces et avenantes brebis ; en fait, ils revêtent une apparence trompeuse pour masquer ce qu’ils sont en réalité. C’est là l’incise de Jésus dans cet évangile.

Jésus nous avertit une fois de plus : faites attention ! Discernez ! Débusquez le trompeur ! Mais, Il nous donne aussi le moyen de reconnaître ces faux prophètes. Son enseignement est toujours actuel. Il nous indique le seul critère infaillible pour identifier les vrais et les faux prophètes. Comment ? "Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ! » La vérité et l'authenticité d'un croyant finissent toujours par ressortir, par passer par ses œuvres, par révéler ce qu'il est, ce qu'il cherche, ce qu'il a vraiment trouvé et qui, il annonce. Malheureusement, il faut souvent un peu de temps pour découvrir la vérité et c’est parfois un peu tard !

Encore de nos jours, notre Église a un devoir de lucidité, une tâche de diagnostic spirituel, cela lui incombe (d’où sa prudence, que certains pourraient lui reprocher !), mais ce discernement incombe aussi aux communautés chrétiennes, car nous vivons une période où les idéologies sont pléthores ! Beaucoup se disent prophètes, porteurs d'un message libérateur, interprètes inspirés des signes du temps présent, société liberticide… 

Il y a, aujourd'hui encore, comme au début de l'Église, de vrais et de faux prophètes, de bons prophètes et des prophètes de malheur. Il suffit de chercher un peu sur internet pour le constater… les détracteurs sont nombreux et les mensonges bien présents…

Comment pouvons-nous les reconnaître ? En tant que chrétien, c’est par notre capacité de réflexion, dans la prière et la confiance en Dieu que nous pouvons discerner. Comment savoir si ce prophète, celui qui se donne pour prophète, opère un véritable dévoilement, une mise en lumière du dessein de Dieu, ou si au contraire, il propose quelque chose qui pourrait y ressembler, mais qui est une réduction du mystère de Jésus ou un affadissement du sel de l'Évangile :

·     le faux prophète tourne, manipule et joue avec les promesses de Dieu ;

·     le faux prophète choisit son menu dans la Révélation et opère un tri dans les paroles de Jésus ;

·     le faux prophète confond la nouveauté de Dieu avec la nouveauté de ses propres théories ou de son langage; il réinterprète la Parole de Dieu, ou même pire, il la réécrit.

Saint-Paul, dans l’épître aux Galates nous dit ensuite à quels fruits nous reconnaissons un arbre bon : « … les fruits de l'Esprit, sont amour, joie, paix, patience, bienveillance, bonté, foi, humilité et maîtrise de soi » (v. 22-23). Voilà de bons critères pour discerner qui est la personne en face de moi !

Ne nous croyons donc pas spectateurs ou non concernés ! Quel arbre voulons-nous être ? Quels fruits voulons-nous porter ? N’avons-nous pas, depuis notre baptême, reçu cette mission de prophètes ? Que disons-nous du Christ ? 

Bonne méditation !                                                                                     

 Ainsi soit-il !

 

Homélie du lundi 21 juin 2021, 12e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon St Matthieu 7, 1-5. Livre de la Genèse 12, 1-9. Psaume 32.

 

Chers frères et sœurs, voilà une page d’évangile très intéressante pour essayer de comprendre comment nous devrions être et agir en tant que chrétien. 

S’il y a incontestablement de la joie à être ensemble en ce lundi matin pour cette Eucharistie, ce serait pourtant bien naïf d’ignorer qu’il y a, entre nous, des différences irréductibles et que notre vie communautaire paroissiale pourrait connaître quelques tensions et même des conflits. Une communauté parfaite n’existe pas : simplement parce que nous ne sommes pas parfaits ! Ce n’est pas d’aujourd’hui ! Déjà, dans la première communauté chrétienne, il y a eu des difficultés, comme nous le montre l’exigence rapportée par l’extrait de l’évangile de saint Matthieu que nous venons d’entendre. Il s’adresse à la communauté chrétienne pour la régulation des relations entre « frères et sœurs » ; « Comment vas-tu dire à ton frère : “Laisse-moi enlever la paille de ton œil”, alors qu’il y a une poutre dans ton œil à toi ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. » 

Cette exigence (et c’est même un commandement) invite à considérer notre vie personnelle et le fonctionnement de notre communauté chrétienne. Cette parole définit aussi une exigence personnelle. Elle a, de ce point de vue, deux versants :

Le premier versant nous invite à ne pas accabler de reproches ou de leçons de morale nos frères et nos sœurs. L’interdit posé par Jésus est clair. Il concerne la communauté chrétienne : ne pas dénoncer et ne pas donner de leçons, pour ne pas exclure. Cet interdit posé par Jésus est exigeant et sans doute difficile à vivre, tant nous sommes pressés de donner des conseils ou des leçons ! Une certaine pondération est nécessaire, car en donnant ces conseils, qui sait si mon œil voit clairement ? C’est pourquoi les leçons de morale de quelqu’un qui a une poutre dans l’œil sont celles d’un aveugle qui veut guider d’autres aveugles, comme le dit Jésus : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans un trou ? » (Luc 6,39)

Guider, conseiller, corriger un frère ou une sœur, même avec la meilleure volonté,

demande toujours une grande humilité, une juste connaissance de soi et une vraie disponibilité à l’Esprit Saint.

- La parole de Jésus a aussi un deuxième versant : elle nous demande donc de commencer par ce que l’on appelle aujourd’hui : « un travail sur soi », c’est-à-dire enlever ce qui nous empêche de voir clair. Ce travail commence par une disponibilité intérieure : écarter ce qui se déroule dans notre tête comme un tourbillon perpétuel qui peut fait écran et qui pourrait nous empêcher de voir avec justesse la réalité. Être au clair avec soi avant de commencer à proposer quelques conseils, quand bien même ils seraient judicieux !

Ainsi, pour vivre en amitié ou en fraternité, il nous faut accueillir l’autre, ne pas projeter nos propres opinions sur ce qu’il dit ou fait, mais faire l’effort de l’écouter ; ensuite seulement, prendre le temps de la réflexion en tenant à distance nos propres impatiences, voire nos colères. (« J’aimerais tellement que l’autre change et écoute ce que je suis en train de lui dire ! ») La parole qui naît alors est une parole qui doit construire et surtout ne pas détruire. 

Ce n’est pas simple, je le reconnais ! Pourtant, petit à petit, avec le temps, avec justesse, nous sommes tous capables d’écouter et d’aider autant que possible, notre frère et notre sœur.

Alors, pour ce matin, demandons au Seigneur de recevoir ces paroles avec un cœur ouvert, qui sait discerner, cela sans jugement hâtif et sans appréhension !

Demandons cette grâce pour chacun de nous, en aimant profondément, quoi qu’il ait pu faire, notre frère ou notre sœur.                                                

 Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 20 juin 2021, 12e dimanche du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint André, par le Père Patrick Gaso, curé. Homélie non relue

Évangile selon St Marc 4, 35-41. Livre de Job 38, 1.8-11. Psaume 106. 

2e lettre de saint Paul aux Corinthiens 5, 14-17.

 

 

L’Évangile de ce dimanche est celui de la tempête apaisée.  (Mc 4, 35-41)

Que ce passe-t-il ? Un soir, après une journée de travail intense auprès d’une foule nombreuse, Jésus monte dans une barque et demande à ses apôtres de passer sur l’autre rive, en territoire païen. Épuisé, Jésus, à peine monté dans la barque, s’endort à l’arrière sur un coussin. Soudain se lève une violente tempête. Les vagues violentes viennent se jeter dans la barque qui déjà, commence à se remplir. Très inquiets, les Apôtres réveillent Jésus en criant : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, Jésus ordonne à la mer de se calmer : « Silence, tais-toi ! », alors : « Le vent tomba, et il se fit un grand calme. » Jésus leur pose une question intéressante : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Cette question s’adresse, bien sûr, aussi à nous !

Les Pères de l’Église ont expliqué cette page d’évangile, à leur façon. 

Ce bateau, c’est notre histoire parfois ballotée par les vents. L’autre rive est une terre inconnue ; on sait peu de choses de cette terre-là. La traversée de la mer de Galilée indique aussi la traversée de la vie. La mer représente notre famille, notre communauté paroissiale, notre cœur lui-même : des petites mers, mais dans lesquelles, nous le savons, peuvent se déclencher à l’improviste, de grandes tempêtes. 

Qui d’entre nous n’a pas connu une de ces tempêtes ? Qui n’a pas vécu ces moments lorsque tout s’assombrit ? Alors, la petite barque de notre vie commence à prendre à l’eau de toutes parts, et nous pensons même que Dieu est absent ou qu’il dort ? 

Quelles peuvent être ces tempêtes ? Chacun d’entre nous en a vécu ; ce peut être :

·       Une réponse alarmante du médecin et nous voilà en pleine tempête. 

·       Un fils, une fille qui prend un mauvais chemin et fait parler de lui, et voilà les parents en pleine tempête. 

·       Une crise financière, une pandémie, la perte d’un travail, un amour déçu, la fin de l’amour du fiancé, ou du conjoint, et nous voilà en pleine tempête. 

Que faire alors ? À quoi ou à qui pouvons-nous nous rattacher ? De quel côté pouvons-nous jeter l’ancre pour éviter toute dérive ? Qui peut m’aider ? Jésus ne nous donne pas de recette magique pour éviter toutes les tempêtes de notre vie. Il n’a pas promis non plus de nous épargner toutes les difficultés ; Il nous a, en revanche, promit la force pour les surmonter, si nous la lui demandons. Reconnaissons-le, bien souvent dans ces situations difficiles, l’inquiétude, l’angoisse et la fatigue sont bien présentes !

Aujourd’hui, que nous enseigne cet épisode de la Tempête apaisée ? Qui est Jésus ?

- Une première chose qui nous frappe dans le récit de saint Marc est que Jésus est comme nous tous. Fatigué, épuisé, Il n’en peut plus ; Il a besoin de sommeil et de repos, Il n’échappe pas aux réalités de la vie ordinaire et courante, celle que nous vivons. 

Il y a donc une première chose que nous pouvons retenir dans le récit concernant Jésus : Il est bien homme ! Il est bien humain comme nous tous ! La nature divine ne paraît pas dans son aspect physique. S’Il était au milieu de nous, il est possible que nous ne reconnaissions pas sa divinité ! Jésus n’est pas un ‘superman’ : Il est entièrement homme. Après une intense journée de prédication, le soir venu, Jésus, épuisé, veut s’éloigner de la foule. Il est fatigué, Il cherche un peu de repos et Il s’endort sur le coussin à l’arrière de la barque. Les vagues, la tempête qui survient ne réussissent pas à le réveiller tellement Il dort profondément. Ce sont ses disciples affolés qui vont le réveiller en criant dans ses oreilles. 

- Et pourtant, Jésus est vraiment Dieu ! Une fois réveillé, Il agit et la réaction que les disciples ont retenue n’est pas celle d’un homme seulement. C’est la deuxième chose qui nous frappe, une deuxième facette de Jésus, que nous découvrons dans le récit de saint Marc. Jésus agit comme Dieu lui-même aurait agi. Il se fait le maître du vent et de la mer. Il leur commande : « Silence, tais-toi ! », et les éléments obéissent

Là, Jésus n’agit plus comme un homme ordinaire, la puissance de Dieu se manifeste en lui. Et c’est bien l’essentiel à retenir de cet épisode de la Tempête apaisée. Il ne s’agit pas de savoir si c’est possible : tout est possible à Dieu ! Ce qu’il y a d’essentiel ici, c’est que les disciples, à ce moment précis, perçoivent en Jésus une puissance qui lui vient d’ailleurs. C’est cette évidence qui marque profondément les disciples !

Jésus ici, révèle la toute-puissance de la présence de Dieu. Mais parce qu’Il est humain en tout, cette puissance reste cachée. Elle ne se révèle pas à tous, elle se révèle à ceux et celles qui s’approchent de Jésus par le cœur, dans la foi, c’est-à-dire ceux qui vont au-delà des apparences. 

Saint Augustin disait des Apôtres : « Ils ont connu l’homme, ils ont cru le Dieu en lui ». L’Apôtre Pierre le confessera au nom de tous en disant de Jésus : « Tu es le Christ Sauveur, le Fils du Dieu vivant ». 

Aujourd’hui, peut-être faisons-nous l’expérience de Jésus qui semblerait dormir dans notre vie … dans le monde… dans l’Église, ou en nous ? Une tempête, un tsunami …nous bouleverse et nous frappe de plein fouet… Et pourtant, Jésus est là toujours présent et puissant pour nous sauver et nous éviter d’être complètement submergés et de risquer une noyade !

C’est notre foi qui est sollicitée, qui a besoin de s’aviver, de se réveiller. Nous croyons que Jésus dort ? Non, c’est nous qui dormons ! 

Nous avons à faire et refaire l’expérience de la rencontre du Christ ! Nous laisser profondément toucher par le message et la personne de Jésus ! Oser se convertir de jour en jour. C’est en ouvrant notre cœur que, de plus en plus, nous découvrirons qui est le Christ pour moi, à la fois vrai homme et vrai Dieu. Nous découvrirons que Jésus est la porte et le chemin qui mène à son Père. 

Pour ce dimanche, retenons ceci : nous avons tous essuyé des tempêtes et nous allons, sans doute, en vivre bien d’autres, mais frères et sœurs, quelles que soient les tempêtes que nous vivrons, Jésus est présent, Il se laisse découvrir ! Il ne s’impose pas ! Il est là simplement, à la fois discret et en attente ! Il attend que nous fassions un bout de chemin avec Lui et que nous posions un acte de foi : « Voici que je me tiens à la porte, si quelqu’un m’ouvre, j’entrerai, je m’assoirai et je souperai avec lui » nous dit l’Apocalypse. 

Voulons-nous ouvrir notre porte ?

Frères et sœurs, dans cette Eucharistie (saint sacrifice de la messe) qui est le repas du Seigneur, prenons le temps de nous asseoir avec Jésus, de nous mettre à son écoute. 

La foi n’est pas le rêve d’une terre sans problème, d’une mer toujours calme ; la foi est de croire en Jésus avec confiance, de le savoir présent, de croire en son amour, de croire en sa Résurrection !

Demandons pour chacun de nous, en ce dimanche, un surcroît de foi afin que nous puissions, à travers nos joies et nos peines, continuer notre route avec Lui !

Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 14 juin 2021, 11e  semaine du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 38-42. 

Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 6, 1-10. Psaume 97.

 

Frères et sœurs, il y a une question qui revient souvent, que j’entends régulièrement, soit sous la forme d’un constat, soit parfois sous la forme d’une critique ou … d’une boutade : le chrétien serait-il mou ? Serait-il trop gentil ou crédule ? Est-il sans réaction ? Est-il invisible dans notre société et juste bon à se faire critiquer ou moquer…

Saint Paul ne dit-il pas dans son exhortation aux chrétiens de Corinthe (c’est la lecture du jour) : « Veillons à ne choquer personne en rien ! » Avons-nous le droit de dire : « si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre ! »

Cette réaction pourrait nous offusquer ! Alors, comment comprendre cette attitude, car pour plus d'un d’entre nous, elle est souvent interprétée comme un signe de faiblesse ?

Que veut nous dire Jésus ? 

Pour mieux le saisir, il nous faut contempler Jésus et essayer de discerner ce qu’il vient radicalement renouveler et nous apprendre !

L'amour, dans le Christ, ne laisse pas la moindre place à la vengeance ni au désir d'infliger à l'autre la violence qu'il nous a faite. Cela se manifeste d'une manière excellente sur la Croix lorsque Jésus demande au Père de pardonner à ses persécuteurs au moment même où ils Le crucifient. 

Il nous faut, sans doute dans la prière, découvrir plus en amont ce que le Christ veut nous faire comprendre. Saint Paul affirme dans l'épître aux Éphésiens : « En sa personne, il a tué la haine » (Ep 2,16). 

Le témoignage de nombreux martyrs qui ont vécu la même chose nous apprend que cela n'est pas une fable ou une belle histoire pour enfants. 

Non ! L'amour peut nous transformer au point d'ôter de notre cœur toute trace de violence. C’est bien le but de l’amour ; ni violence ni rancune ! Voilà ce que le Christ veut nous apprendre !

Le Christ nous a laissé un modèle afin que nous puissions suivre ses traces. Saint Pierre, qui a vécu en profondeur cette transformation, dit du Christ : « Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice… Par ses blessures, nous sommes guéris », dit saint Pierre (1 Pierre 2,21-24). 

Cette victoire sur la haine, c’est ce que nous pouvons comprendre, découvrir et approfondir ; fût-ce au prix de notre mort, car la victoire ultime déracine le mal de notre cœur, nous ouvre à la vie éternelle et invite nos agresseurs à emprunter à leur tour ce chemin. Notre façon d’être, de vivre dans notre monde, est témoignage, même vis-à-vis de ceux qui voudraient nous offenser. 

Je ne sais pas trop quelles sont les images que nos contemporains peuvent avoir du chrétien ? Mais de fait, je sais et nous savons que nous sommes bien vivants, ancrés dans la société, certes souvent discrets, mais bien actifs, au service des uns et des autres. Il suffit de constater les œuvres de charité et d’entre-aide auprès de tous !

J’aime bien ce que dit saint Paul : « On nous croit mourants, et nous sommes bien vivants… on nous croit tristes, et nous sommes toujours joyeux… démunis de tout, et nous possédons tout. »

Présentons au Seigneur toute pensée de haine, toute vieille rancœur, et demandons-Lui de nous apprendre à aimer nos ennemis comme Il aime, et peut-être même en priant pour eux aujourd'hui ?

Demandons cette grâce pour chacun de nous, pour notre paroisse, nos familles et pour le monde !

Ainsi soit-il 

Homélie du dimanche 13 juin 2021, 11e  dimanche du temps ordinaire, année B.

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 4, 26-34. Livre du prophète Ézéchiel 17, 22-24. Psaume 91.

Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 5, 6-10.

 

Frères et sœurs, comme ces paroles sont réconfortantes ! Ce 11° dimanche est baigné d’un beau et agréable soleil, mais nous voilà, en plus, tout joyeux ! L’évangile nous parle du royaume de Dieu, non pas en termes de déclin, mais plutôt en termes de croissance !

Reconnaissons-le, à l’heure où nous avons été profondément ébranlés par cette pandémie et où nous ressentons peut-être encore un certain malaise dans ce monde où la foi s’étiole, où nous faisons le constat d’un véritable individualisme qui contredit le désir d’un vivre ensemble dans la fraternité… la Parole du Seigneur est claire, Il nous dit : « Faites attention ! Le Royaume de Dieu agit, que vous soyez éveillés ou que vous soyez endormis. » 

Le Royaume de Dieu agit. Le règne de Dieu est à l’œuvre, l’Esprit de Dieu est à l’œuvre.

C’est ce que nous montrent aussi les différentes célébrations : mariages, baptêmes, première communion, profession de foi… de ce week-end ; Oui ! Dieu est toujours à l’œuvre !

 Les textes d’aujourd’hui nous parlent du Royaume. Pour cela, l’évangile emploie deux images, deux images prises dans la nature ; des images sans doute plus simples à comprendre (sans être simplistes) que les mystères de la Trinité et de l’Eucharistie des deux derniers dimanches… quoique l’enjeu, si vous avez bien écouté, est ma participation, mon entrée dans le Règne de Dieu : notre désir « pour demeurer près du Seigneur », comme nous le dit saint Paul dans la 2e lecture !

Bref, nous entendons deux courtes paraboles très proches l’une de l’autre :

L’une nous donne l’image du blé, de ce blé qui pousse indépendamment de ce que fait le cultivateur. « Qu'il dorme ou qu'il soit debout, la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment. » Le cultivateur ne sait pas comment le Royaume se développe, cela échappe à sa conscience, mais de fait, l’Église grandit et le Royaume se développe.

L’autre parabole nous donne l’image de la moutarde, dont la graine est toute petite, mais qui produit une grande plante. J’ai eu la curiosité de voir une graine de moutarde, cette petite graine dont parle l’évangile ; à quoi ressemble-t-elle ? J’ai pu en tenir une dans la main ; elle est réellement minuscule ! Il faut, paraît-il, 750 graines pour atteindre le poids de 1 gramme ! À l’époque de Jésus, la graine de moutarde était la plus petite graine connue, mais une fois en terre, elle se développe tant et si bien que l’arbre potager qui naît de l’une d’elles peut atteindre jusqu'à 10 à 15 m de haut… si bien que, comme le précise l’évangile, des oiseaux peuvent y faire leurs nids.

Ces deux paraboles nous parlent de la croissance dans la nature. Pourtant, à l’œil nu, nous ne voyons rien, nous avons du mal à la percevoir. Mais, si nous ne la voyons pas, ce n’est pas parce qu’elle serait imaginaire, mais tout simplement parce que sa croissance est lente. Notre œil n’est pas capable de percevoir les mouvements très lents. Il est impossible de voir instantanément une plante grandir. Il faudra attendre le cinéma pour pouvoir découvrir image après image, le développement d’une plante ou d’une fleur en accéléré.

Alors, que nous disent ces deux paraboles sur le Royaume et cela s’adresse à chacun de nous ?

Il nous est proposé deux invitations à un « vivre » ensemble !

- Première invitation vivre ensemble dans la confiance dès ici-bas. Dans la deuxième lecture, saint Paul nous invite à avoir confiance plus que jamais. C’est sûr, nous voudrions habiter avec le Seigneur, mais nous sommes appelés à vivre avec Lui, déjà ici-bas et maintenant. Dans cet « ici et maintenant », que nous pouvons reconnaître que le Seigneur agit, reconnaître le Seigneur à l’œuvre et comment nous y pouvons y participer en Paroisse en annonçant la Parole de Dieu.

Cette attitude nous demande un surcroit de Foi. Alors, demandons-le ! Cheminons dans la Foi, comme nous le dit saint Paul. Frères et sœurs, que serions-nous sans la Foi ? Si nous avions un regard uniquement humain, à mesurer les statistiques, à regarder l’écosystème géopolitique et humanitaire du monde, nous pourrions, en effet, nous décourager. Mais non, Jésus nous invite à la confiance et Il nous dit aujourd’hui dans cette parabole :

« Prenez courage ! Que vous soyez éveillés ou endormis, que vos propositions trouvent un écho ou pas, l’œuvre de Dieu se réalise, et l’Esprit est à l’œuvre. »

- Deuxième invitation : vivre selon la disproportion. La deuxième parabole nous apprend une pédagogie particulière du règne de Dieu. Il s’agit de la disproportion, car il n’y a pas de commune mesure entre ce que nous pouvons faire, réaliser, et ce qui se produit effectivement. De même qu’il n’y a pas de commune mesure entre cette minuscule graine de moutarde - qui est la plus petite de toutes les semences du potager - et cette grande plante potagère dans laquelle les oiseaux du ciel viennent s’abriter.

La grâce nous entraîne dans un « au-delà », dans quelque chose de bien plus grand que ce que nous oserions demander et même rêver. Au fond, chaque sacrement est une pédagogie de la disproportion. 

Nous en prenons conscience en particulier au cours de l’Eucharistie : ce peu de pain et de vin transformés, durant la consécration, rendent le Seigneur présent Lui-même sur l’autel. 

Lorsque je suis amené à baptiser avec ces quelques gouttes d’eau, avec ces quelques paroles, une prière, un peu de saint Chrême, c’est émerveillé que je découvre :

  • La présence du Seigneur dans ce cœur d’enfant, dans ce cœur d’adulte, 
  • La présence de l’Esprit Saint, 
  • L’entrée dans cette Église, 
  • Que Dieu est Père et que, par ce baptême, nous sommes ses enfants bien-aimés… c’est énorme ! 

Quelle disproportion ! C’est celle de l’Amour de Dieu, de la surabondance de son Amour !

Vivre de cette disproportion, c’est demander au Seigneur d’avoir une Foi qui nous permette d’aller bien au-delà du visible et ce que l’on pourrait mesurer ; notre cœur ne perçoit pas tout…

Chers frères et sœurs, en ce 11e dimanche, osons vivre dans la confiance dès maintenant, et, en même temps, vivre selon la disproportion de Dieu, c’est-à-dire dans la démesure du projet de vie et d’amour de Dieu ! Le Seigneur nous donne tout, tout ce qu’Il est !

Je vous invite à relire ce texte ! 

Pour ma part, ce que je retiens, c’est que la Foi, c’est cela : reconnaître déjà dans le visible, la présence de l’invisible.

Frères et sœurs, rendons grâce à Dieu et demandons pour chacun de nous un surcroît de foi, de confiance et d’espérance ! Soyons émerveillés par l’action de Dieu !

Ainsi soit-il !

 

Homélie du mercredi 9 juin 2021, 10e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 17-19. 2e lettre de saint Paul aux Corinthiens 3, 4-11. Psaume 98.

 

Où en sommes-nous et à quel moment de l’évangile ? 

Nous nous trouvons dans le chapitre 5e de l’évangile selon saint Matthieu, juste après le discours génial, conséquent, époustouflant des Béatitudes. Nous sommes sur une des collines proches de Capharnaüm. Jésus vient d’exposer à ses disciples la Loi nouvelle de l’Évangile. De fait, c’est un tournant important et capital de son apostolat !

Attention ! N’interprétons pas trop vite ce texte ! Ce serait se méprendre d’entendre celui-ci comme une suppression de la Loi juive. En effet, Jésus l’affirme avec force et détermination : « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes… Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise. » 

Autrement dit, Jésus n’est pas un révolutionnaire qui est venu réduire à néant la Loi juive. Il n’a pas condamné sa pratique. Il s’y est même conformé lui-même, par exemple, pour l’impôt du Temple (Mt 17, 24-27) ou pour la Loi de la Pâque (Mc 14, 12). Jésus le proclame lui-même d’une façon très claire : « Il n’est pas venu abolir, mais accomplir. »

Cela nous interroge : qu’est-ce que Jésus est venu accomplir ? Quel impact cela peut-il avoir dans ma vie chrétienne ? Quand Jésus proclame qu’Il est venu accomplir la Loi, cela veut dire qu’Il veut la mener à sa perfection, c’est-à-dire ce pour quoi elle a été créée. Dans les différents évangiles, Jésus rappelle que le plus grand des commandements est le suivant : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force, et tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mc 12, 28-34/ Mt 22,37/ Lc10,27). 

Il insiste d’ailleurs en disant que dans l’observance de ce double précepte se résume en fait toute la Loi du Royaume. Ces deux commandements éclairent le fondement même de la Loi  !

Jésus montre donc ici que le principe qui doit sous-tendre la pratique de chaque précepte de la Loi est celui de l’Amour. Toutes nos actions, toute la façon dont nous nous y prenons pour les accomplir, notre façon de venir ce matin pour la messe, tout est sous-tendu par l’Amour ! Jésus est donc venu réorienter chaque observance de la Loi par rapport à sa finalité : l’Amour de Dieu, l’amour du prochain, l’amour de soi qui ne font qu’un. Cette finalité est donc le moteur de la pratique de la Loi en chacun de ses préceptes. Voilà en quoi consiste la perfection de l’observance de la Loi. C’est simple à dire, mais parfois, ô combien difficile à tenir dans le temps !

Cela, Jésus ne s’est pas contenté de l’enseigner. Il l’a lui-même vécu : ce n’est pas une théorie !

En donnant sa vie par amour pour nous, Jésus a conduit la pratique de la Loi jusqu’à sa réalisation maximale : la sanctification des hommes. Par son obéissance, Il a montré combien Il aimait le Père et par son sacrifice, combien Il aime chacun de nous. 

Double commandement de l’Amour !

Oui, en Jésus, nous contemplons l’accomplissement parfait de la Loi puisqu’en Lui se réalise pleinement le précepte : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force et ton prochain comme toi-même.» Jésus est le chemin !

Frères et sœurs, puissions-nous demander cette grâce pour chacun de nous de suivre Jésus dans nos actions, nos gestes, nos regards, nos paroles et les décisions que nous prendrons tout au long de ce jour !

                                                                                                                           Ainsi soit-il !

 

 

Homélie du lundi 7 juin 2021, 10e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12. 2e lettre de saint Paul aux Corinthiens 1, 1-7. Psaume 33.

 

Chers frères et sœurs, chaque verset des Béatitudes demanderait un commentaire conséquent tant ces paroles sont profondes et nous touchent intimement. Pour ce matin, je vous propose de nous arrêter simplement sur le 1er verset, quand bien même je vais en être frustré (et vous peut-être aussi !) car cet évangile est réellement magnifique !

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. »

Ne faisons pas d’amalgame ou une mauvaise interprétation de cette parole ! Jésus ne dit pas : « Heureux ceux qui vivent dans la misère », Il dit : « Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre ! »

C’est tout à fait différent, car, à l'époque de Jésus, ce mot de "pauvre" (les Anawins en hébreu) avait déjà, dans son peuple, une longue histoire. Dans les textes les plus anciens, le pauvre était l'homme courbé, abaissé, incapable de résister et de tenir tête à l’oppresseur ; littéralement : celui qui devait toujours céder face aux puissants.

Ainsi la première béatitude de Jésus ne s'adresse pas précisément aux mendiants, aux indigents, mais à tous ceux qui ont un cœur assez pauvre pour se retrouver humble et digne devant Dieu, confiants pour recevoir de Lui seul, la force et l'espérance. Voilà comment nous pouvons comprendre le mot “pauvre“ dans la Bible.

Durant les siècles qui précèdent la venue du Messie, ce peuple élu, par son histoire d’égarements et de retour à Dieu, découvre cette pauvreté qui ne peut que l’encourager à crier vers son Créateur.

Nous retrouvons l’expression de cette pauvreté du cœur, particulièrement dans le chant des psaumes qui rythmaient la prière de Jésus et de ses disciples.

Par exemple, dans le psaume 47 :

« Un pauvre crie ; le Seigneur entend : Le Seigneur entend ceux qui l’appellent, de toutes leurs angoisses, il les délivre. Il est proche du cœur brisé, il sauve l’esprit abattu ».           

Ou encore, dans le psaume de ce jour, le psaume 39, nous entendons :

« Je suis pauvre et malheureux, mais le Seigneur pense à moi. Tu es mon secours, mon libérateur : mon Dieu, ne tarde pas ! » C’est un bel acte de foi et d’espérance !

Lors des vicissitudes de l’histoire qu’ont vécues tous les peuples, y compris le peuple élu, avec l’émergence des empires occupants, nous voyons bien qu’Israël est dépouillé de ses ambitions. Il ne représente plus, dans le monde, qu’un peuple tout petit et humble. Sa grandeur lointaine, l’époque des rois David et Salomon, n’est plus ! Désormais, dans la pauvreté d’un grand nombre, se creuse l’humilité des “pauvres du Seigneur”, les Anawim, les “courbés”, ceux qui attendent le Messie, ceux qui attendent le Libérateur !

Ne nous étonnons pas si, dans notre vie personnelle, le Seigneur nous place devant nos pauvretés. Finalement, notre pauvreté véritable est de nous croire rejetés par notre Seigneur, ou de nous tenir éloignés de Lui, alors que dans ce monde parfois compliqué, difficile ou hostile, Dieu ne nous abandonne pas ! 

Gardons confiance et espérance dans notre Seigneur, même s’il nous faut parfois courber la tête et pourtant, tenir bondans l’adversité ! Ne l’oublions pas : le Seigneur a vaincu la mort et Il nous aime !

Nous entendons la réponse à ce premier verset dans la lecture de saint Paul aux chrétiens de Corinthe : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père plein de tendresse, le Dieu de qui vient tout réconfort. Dans toutes nos détresses, il nous réconforte ! »

Frères et sœurs, présentons-nous, dans cette eucharistie, avec un cœur de pauvre qui attend tout… tout, de notre Seigneur !

Ainsi soit-il !

Homélie du dimanche 6 juin 2021, solennité du Saint Sacrement. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 14, 12-16.22-26. Livre de l’Exode 24, 3-8. Psaume 115. 

Lettre aux Hébreux 9, 11-15. Séquence 'Lauda Sion".

 

Chers amis, d’une façon surprenante, mais bien réelle, au cœur de l'histoire de notre humanité, se trouve le mystère Pascal. Ce mystère marque un avant et un après ! Mystère qui marque aussi nos années : nous sommes en 2021 après Jésus-Christ ! Pour beaucoup, 2021 est seulement une date entre 2020 et 2022, mais, pour nous, nous qui sommes chrétiens, ce mystère Pascal marque le fait que Jésus a aimé son Père et nous a aimés jusqu'à mourir pour nous ! Nous sommes toujours dans le temps de l’Église, en 2021 après Jésus-Christ !

            Le don de sa vie pour nous, Jésus l'avait déjà exprimé symboliquement le jour avant sa mort lorsque, durant le dernier repas qu'Il avait pris avec ses disciples, Il leur avait dit, en leur offrant le pain et le vin (toutes choses banales !) : « Ceci est mon corps livré pour vous » et « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude ». Je vous laisse imaginer le regard étonné des Apôtres ! Ont-ils compris ce qui se passait à ce moment précis ? 

     Ce que nous fêtons aujourd'hui, en la solennité du Corps et du Sang du Christ, c'est le mystère de la vie : plus précisément, c’est le triomphe de la vie sur la mort.  Il est bon de nous le rappeler, chaque fois que, d'une façon ou d'une autre, nous touchons de près le mystère de la mort, soit par la mort d'une personne qui nous est proche, soit par l'expérience que nous faisons de nos propres limites qui sont nos petites morts. La vie triomphe sur la mort !

     Dès les premiers chapitres de son Évangile, saint Luc nous montrait symboliquement (au moment de la nativité) Marie nous offrant déjà son fils comme nourriture, en le plaçant dans une "mangeoire" (là où les animaux se nourrissent) et Jésus est déjà enveloppé de bandelettes, comme pour une sépulture.

L'eucharistie n’est pas simplement le rappel de ce que le Christ a vécu en donnant son Corps et son Sang. Elle est en même temps nourriture pour nous : si nous sommes vraiment disciples du Christ, nous ne croyons pas seulement que le Christ est mort pour nous et qu’Il est ressuscité d’entre les morts, nous croyons véritablement aussi qu’Il nous offre aujourd’hui de communier à son Corps et à son Sang. Chaque fois que nous accueillons en vérité le pain et le vin devenus Corps et Sang du Christ, nous lui sommes pleinement unis au plus intime de nous-mêmes. Ce que nous vivons n’est pas anodin !

Si nous sommes entrés dans cette église majestueuse, si beaucoup d’ouvriers et d’artisans talentueux ont participé à sa construction en y mettant tout leur savoir, c’est pour une seule chose : accueillir Jésus ! Et le lieu le plus important est ce tabernacle où il est conservé ! 

     Nous ne devons pas comprendre l'Eucharistie comme un rite isolé.  Nous n'y venons pas comme on va à la pompe à essence pour refaire le plein avant de continuer notre voyage. (Pardon de ces mots trop familiers). Ce n'est pas simplement un rite par lequel nous voulons refaire nos forces, c’est bien plus que cela !

     Permettez-moi d’insister. Lorsque nous célébrons l'Eucharistie, nous ne faisons pas simplement que commémorer la dernière Cène comme un événement du passé. Nous recevons réellement le don de la vie afin de pouvoir la partager, de la même façon que Jésus s'est donné lui-même. L’Eucharistie est aussi un envoi dans le monde, en Jésus, avec Jésus, comme Jésus, comme témoin du Christ, comme témoin-serviteur ! « Allez dans le monde, porteurs de cette Parole ! » N’oublions pas qu’au soir du Jeudi Saint, saint Jean nous redit l’importance du lavement des pieds ! Jésus-serviteur !

Recevoir l’Eucharistie, c’est accueillir le Christ, en étant intimement lié à Lui, et accepter d’être comme Lui, serviteur pour les uns et les autres !

     Alors, frères et sœurs, comment vivons-nous la messe ? Pourquoi venons-nous ici ?

Un sondage rapide pourrait nous faire comprendre combien nos attentes sont diverses et multiples ! Entre dévotions et routines, La sainte Eucharistie est-elle toujours comprise comme un don que Dieu nous fait pour être intimement lié à son Fils ?

     Que se passe-t-il lors de l’Eucharistie ?

Comment se fait-il que ce petit morceau de pain et ce peu de vin puissent devenir Corps et Sang du Christ ? C’est un mystère ! Pour mieux le comprendre, je vais faire appel à ce qui se passe, de façon assez exceptionnelle, lors des miracles eucharistiques.

Peut-être en avez-vous entendu parler ?

Jésus-Christ est vraiment présent dans l’hostie consacrée ! Cela est vrai et en même temps, c’est un acte de Foi ! Depuis plusieurs siècles et dans de nombreux pays, des miracles surprenants ont été révélés dans l’Eucharistie. Quand il s’agit de miracles, l’église est très prudente ! Même si le nombre est bien plus important, 132 miracles ont été reconnus officiellement par l’Église.

Le but des miracles n’est pas la recherche du merveilleux ou du magique ! Ce serait une erreur ; les miracles eucharistiques nous sont donnés pour fortifier notre foi !

Le plus récent miracle eucharistique reconnu par l’Église a eu lieu en 1996 à Buenos Aires, capitale de l’Argentine. L’enquête fut dirigée par le Cardinal Bergoglio, maintenant Pape François. Exactement, le 18 août 1996, après une messe célébrée par le père Alejandro Pezet

(une messe qui ressemblait à toutes les autres) une femme vint prévenir le prêtre qu’une hostie souillée avait été abandonnée au fond de l’église. Le père s’empressa de la ramasser pour la remettre dans le tabernacle, dans un petit récipient empli d’eau. Quelques jours plus tard, le 26 août, celui-ci s’aperçut que l’hostie s’était transformée en une substance toute couverte de sang. Il le signala à son supérieur, monseigneur Bergoglio qui demanda à ce que la scène soit photographiée. Ce fut fait le 6 septembre et l’on s’aperçut alors, en regardant de plus près, que la substance étrange était en réalité un morceau de chair. Bien que stupéfait, dans un souci de prudence, cette étrange hostie ensanglantée resta ainsi, plusieurs années, à l’abri dans le tabernacle.

Trois ans plus tard, Mgr Bergoglio décida de soumettre à l’analyse scientifique, ce lambeau qui ne présentait aucun signe de décomposition, ceci sans en préciser l’origine aux experts. C’est un laboratoire américain qui fut chargé de la mission d’étude. 

 

Voici résumée sa conclusion :

« La matière analysée est un fragment de muscle du cœur (…) Ceci indique que le cœur était vraiment vivant au moment où l’échantillon a été prélevé. J’affirme que le cœur était vivant étant donné que les globules blancs meurent en dehors d’un organisme vivant. (…) Par ailleurs, ces globules blancs avaient pénétré les tissus, ce qui indique, d’autant plus, que le cœur avait été soumis à un stress intense, comme si son propriétaire avait été battu sévèrement au niveau de la poitrine. » 

Je ne vous dis pas la suite, peut-être irez-vous la lire directement sur internet. C’est un fait avéré, authentifié par l’Église.

De fait, nous comprenons bien que l’Eucharistie, est un mystère qui dépasse tout entendement.

L’Eucharistie est la présence effective de la personne ressuscitée de Jésus, sous les apparences du pain et du vin ; elle est l’une des vérités les plus importantes et les plus difficiles qui nous aient été révélées par Jésus-Christ. Les miracles eucharistiques sont, à toutes fins utiles, des confirmations visibles de ce qu’Il nous dit de Lui-même, sans vouloir rechercher le merveilleux.

  Demandons la force de découvrir autrement l’Eucharistie, ce beau sacrement que nous vivons régulièrement, comme « source et sommet » de notre vie chrétienne. Repartons, après chaque messe, encore plus ancrés dans l’intimité avec le Christ, pour être nous aussi, capables d'aimer jusqu'au bout comme Lui !

Frères et sœurs, demandons cette grâce de pouvoir communier saintement, dignement à l’Eucharistie !

                                                                                                               Ainsi soit-il !

Homélie du mercredi 2 juin 2021, 9e semaine du temps ordinaire. Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Marc 12, 18-27. Livre de Tobie 3, 1-11.16-17a. Psaume 24.

 

Ce matin, je reconnais avoir un peu hésité entre commenter la première lecture, et commenter l’évangile. Même si je ne vais pas parler aujourd’hui du livre de Tobie, je vous invite vraiment à lire ce livre en entier ! Il relate une histoire à la fois rocambolesque et très touchante.

J’ai donc choisi de commenter l’évangile de ce jour, et dans ce texte, il est question de la Loi du Lévirat et de la résurrection ! Ce sont des sujets complexes qui, plus d’une fois, suscitent des questions, que ce soit sur l’un ou l’autre de ces points !

La foi en la résurrection n’est pas l’apanage du Nouveau Testament. Nous le savons, ce n’est pas une surprise ! Il en est déjà question dans l’Ancien Testament, et ceci dans plusieurs livres. Le livre de Samuel, par exemple, en parle en ces termes : « le Seigneur fait mourir et vivre ; il fait descendre à l’abime et en ramène. » (1 S 2,6). De même dans le livre des Macchabées, au moment du martyre des sept frères.  (2e livre des Martyrs d’Israël chp 7)

Pourtant les Sadducéens ne croient pas en la résurrection. Alors, pour montrer l’absurdité de cette croyance, ils interpellent Jésus sur un cas d’école basé sur la loi du Lévirat ; cette loi consistait à épouser la veuve de son frère pour lui donner une descendance. Le positionnement des Sadducéens relève d’une fausse conception de la résurrection. Ils ne pouvaient concevoir la résurrection autrement que sous la forme d’une réanimation du corps et d’une continuation de la vie terrestre.

Encore aujourd’hui, quand il m’arrive de discuter de ce sujet avec des chrétiens pourtant convaincus, la résurrection n’est pas réellement comprise. Il ne s’agit pas juste de “continuer cette vie“ ! En fait, la question qui est posée ici est de savoir s’il y a quelque chose à espérer après la mort.

- Jésus nous donne une première indication en disant que :

  • la vie de ce monde est une chose ; effectivement, sur cette terre, quand cela est possible, les enfants se marient, il y a un appel à fonder une famille. Certains, par vocation vont choisir un célibat consacré en vue du Royaume, d’autres par les aléas de la vie ou par choix personnel resteront célibataires.
  • la vie dans l’autre monde est tout autre chose. Là, mystérieusement, nous serons semblables aux anges c’est-à-dire que nous n’aurons plus d’autre préoccupation que de nous réjouir d’être en présence de Dieu ; nous ne pourrons plus mourir.

Dieu nous fait donc comprendre que la vie dépasse la mort et que le monde à venir dépasse notre entendement !

- Il y a une deuxième indication. En faisant référence à Abraham, Isaac, Jacob, Jésus veut nous faire toucher du doigt que le passé a quelque chose à voir avec le monde à venir. Ce que nous considérons comme passé sera présent dans le monde à venir. La résurrection ne fera donc pas de nous des hommes nouveaux. Elle ne fera pas, non plus, table rase de notre vie passée. Au contraire, nous ressusciterons avec tout ce que nous aurons vécu. Mais, nous ne recommencerons pas notre vie (ou une suite de notre vie) sur cette terre. Et ça vaut aussi pour l’histoire de toute l’humanité. 

Il nous faut donc dépasser les représentations temporelles de l’éternité. C’est ce qui peut être difficile à appréhender ! Nous ne pouvons revenir en arrière, nous sommes contraints par “l’espace-temps“ ! En Dieu, ce temps n’existe plus. Quand la mort survient, tout lien humain avec le défunt est rompu sans que nous puissions entrevoir la résurrection. Comme nous vivons dans le temps, l’église affirme que les défunts vivent un temps d’attente (purgatoire), eux aussi, entre leur mort et la résurrection finale à la fin des temps. (Nous parlerons une autre fois de l’Enfer)

En réalité, la mort nous fait abandonner la temporalité (terrestre) pour nous faire basculer dans le Royaume éternel de Dieu, dans le royaume de la résurrection. Difficile de comprendre tout cela ! C’est pourquoi, il nous faut, dans la prière, écouter la Parole de Dieu et croire que nous sommes réellement faits pour la résurrection, hors de ce temps et, pour la Vie éternelle être en présence de notre Seigneur !

Rendons grâce pour cette formidable espérance qui nous anime et qui dépasse notre horizon terrestre : nous sommes faits pour la vie et non pour la mort !            

                                                                                                                                                                                      Ainsi soit-il !

Homélie du lundi 31 mai 2021, fête de la Visitation Année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 1, 39-56. Livre de Sophonie 3, 14-18. Cantique Isaïe 12.

 

En ce dernier jour du mois de mai, nous sommes invités à prendre du temps, avec Marie, pour méditer les textes que nous venons d’entendre.

Après la visite de l’ange, Marie se rend donc en hâte, chez sa cousine sans bien savoir toutefois ce qu’il faudra faire ou dire. 

Effectivement, après lui avoir annoncé cette naissance divine à venir, l’ange n’a strictement rien dit, ni même donné aucune consigne pour ce qui va se passer ensuite ! Marie ignore donc ce qu’elle va trouver à son arrivée. 

·    Elle ne sait pas que Jean tressaillira de joie en entendant sa voix. 

·    Elle ne sait pas qu’Élisabeth, sous l’action de l’Esprit Saint, reconnaitra en elle la mère du Sauveur et qu’elle-même sera, à nouveau, remplie d’Esprit Saint. Presque tout dans cette visitation, dans cette rencontre, lui est encore inconnu. 

Et pourtant, Marie sent en elle-même qu’il lui faut partir et traverser au plus vite les cent quarante kilomètres qui la séparent de la maison de Zacharie ; cent quarante kilomètres qu’elle devra parcourir à pied…Mais c’est une certitude, un appel irrésistible !

À son arrivée, Marie salue Élisabeth.

·    La mère du Messie salue la mère du précurseur. 

·    La mère de Dieu salue la mère du prophète.

·    La mère de la Lumière du monde salue la mère de celui qui lui rendra témoignage. 

Ces deux femmes n’épuisent cependant pas à elles seules le mystère de la Visitation. Car ce mystère n’est pas seulement la rencontre de Marie et d’Élisabeth. C’est la rencontre en elles, et par elles, du rédempteur et de son précurseur. En Marie, c’est Jésus qui vient visiter la maison de Zacharie. En Élisabeth, c’est Jean qui reçoit chez lui le Fils de Dieu.

Jésus vient au-devant de Jean pour qu’il commence sa mission prophétique et que s’accomplisse cette phrase de l’Écriture que nous retrouvons dans le livre de Jérémie : « avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré ; comme prophète des nations, je t’ai établi. » (Jr 1, 5). En cette Visitation, la Parole de Dieu s’accomplit !

Dès qu’il entend la salutation de Marie, Jean reconnait la présence du Verbe fait chair. En tressaillant et bondissant de joie dans le ventre d’Élisabeth, il fait comprendre à sa mère que le Sauveur est là, tout près, à quelques mètres d’elle. La première personne à qui Jean indique l’Agneau de Dieu, est sa maman, sa mère. Élisabeth est évangélisée par Jean qui, lui-même, est évangélisé par Marie, qui elle-même, est évangélisée par son propre Fils. 

L’Esprit Saint assure entre eux le lien unique de l’amour. La Visitation, fête que nous fêtons aujourd’hui, est une petite Pentecôte où l’Esprit Saint est répandu par le Père en abondance.

 

Frères et sœurs, que pouvons-nous comprendre et retenir, pour nous, ce matin ? 

Comme tout mystère marial, le mystère de la Visitation nous conduit toujours au Christ. 

Avoir le bonheur d’accueillir chez soi la mère de son Seigneur, c’est avoir le bonheur d’accueillir chez soi, son Seigneur.          

Demandons cette grâce, pour chacun de nous aujourd’hui, d’accueillir Jésus !         

Ainsi soit-il !

Homélie de la solennité de la Sainte Trinité, dimanche 30 mai 2021, année B

Messe célébrée à Grenoble, église saint Louis par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 28, 16-20. Livre du Deutéronome 4, 32-34.39-40. Psaume 32.

Lettre de saint Paul aux Romains 8, 14-17. 

 

Chers amis, il y a parfois, des prises de paroles un peu délicates ; nous fêtons la Sainte Trinité, mais comment l’expliquer ? Je vais essayer de le faire, modestement… Si c’est encore un peu ardu et si vous le souhaitez, n’hésitez pas à aller voir l’écrit de cette homélie sur le site de la paroisse ! 

Ce sont souvent des questions pertinentes qui nous poussent à avancer ! Cette semaine, à l’issue d’une messe, une paroissienne assidue est venue me voir et m’a exprimé son désir de se préparer au sacrement de la confirmation ; « Est-ce possible ? » Vous imaginez sans mal, le grand sourire sur mon visage ! « Oui, bien sûr, avec joie ! » Mais aussitôt elle me dit : « Ce qui est difficile pour moi, c’est de comprendre le mystère de la Sainte Trinité ». Nous avons échangé, puis je lui ai répondu : « La Sainte Trinité n’est pas une invention des hommes, mais la manière dont Dieu s’est révélé à nous. »

 De fait, nos explications, nos humbles mots humains, seront toujours pauvres pour rendre compte d’un si grand mystère ! 

Hier matin, je me trouvais avec les enfants du catéchisme et, bien entendu, nous avons travaillé sur cette belle fête de la Trinité ! Discussion passionnante ! Ils m’ont posé aussi cette même question ! Comment rendre compte de la Trinité ? Peut-être est-ce aussi la vôtre ce matin en arrivant ici ? 

Quel que soit notre âge en effet, c’est une énorme difficulté de concevoir, en mathématique, que : 1+1+1=1 ! Que Dieu se révèle à la fois comme un seul être et trois « personnes » ! Père (Créateur, Dieu qui nous crée à son image et ressemblance), le Fils (Sauveur, Dieu venant vers nous), l’Esprit du Seigneur, Dieu en nous. 

Je sais que quelques professeurs de mathématiques ont un haut-le-cœur à chaque fois que je dis que : 1+1+1=1 ! Je peux comprendre, mais en réalité, il ne faudrait pas utiliser l’addition, mais plutôt le signe de la multiplication. Pourquoi ? Eh bien parce que : 1x1x1=1 ! De fait, en Dieu, il y a une multiplication de l’amour ! Oui ! C’est toujours l’amour de Dieu qui est multiplié en nous !

Nous le savons bien ! Pour parler de Dieu avec nos mots humains bien imparfaits, nous ne pouvons que raisonner par analogie, par images et comparaisons, de façon souvent approximative !

Voici l’explication que j’ai proposée hier, aux enfants ! Elle reprend, par analogie, assez bien le sens biblique et elle me semble assez simple à comprendre (peut-être sera-t-elle trop simpliste pour certains d’entre vous ?) :

  • Si je parle à quelqu’un, il faut que les mots naissent dans mon esprit, dans ma pensée. 
  • Ensuite, je les transmets dans une parole avec une bouche, des muscles, des cordes vocales…
  • Et cette parole, articulée par ma bouche, devient un souffle, une onde sonore, qui se propage et atteint les oreilles de mon auditeur en faisant vibrer l’air autour de nous. 

J’ai donc une pensée, une parole et un souffle qui sont à la fois bien distincts, et constituent pourtant un même acte cohérent de communication. De même, Dieu est la source, l’origine (c’est le Père) qui nous révèle le Fils, la Parole faite chair (le