Eglise catholique en Isère
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Dévotion

Dévotion au Cœur du Christ

1.- La Bible : une vision de l'homme inspirée par Dieu

Dans la Bible, Dieu a parlé à son peuple, il lui a donné une ligne de conduite, et celle-ci commence d’abord par une vision de l’être humain. C’était indispensable : si l’on ne sait pas ce qu’est l’être humain, on ne peut pas savoir où il va et comment il y va. L’Hébreu est une langue sémitique, une langue concrète, une langue de description. Elle a donc pris le corps comme base pour parler de l’ensemble de l’être humain et de sa destinée. Chaque partie du corps est ainsi comme un symbole de choses qui vont plus loin que ce que voient nos yeux, chaque partie du corps a une signification précise. Ainsi, les pieds, c’est ce qui est bas, inférieur, donc sale et médiocre : « J’ai mis tes ennemis sous tes pieds. » La tête, au contraire, c’est ce qui est haut, donc noble, ce qui commande : la tête est couronnée, « il est à la tête des armées. » Le côté signifie l’égalité : mes proches et mes amis se tiennent à mes côtés. Les mains signifient l’action : on dira aussi en Français : « mettre la main à… » Et le cœur ? Le cœur est ce qu’on ne voit pas, mais qui nous fait vivre. Le sang que le cœur pompe transmet la vie. En outre, le cœur bat fort dans les grandes émotions. Il y a donc chez l’être humain un centre caché qui nous donne la vie. En d’autres termes : un mystère.

Il est très important de comprendre cela avant toute autre chose : l’être humain n’est pas si évident. Il n’est pas que matière. Il n’est pas que corps. Au centre même de son être il est un mystère, un secret, et ce mystère est un beau mystère puisqu’il nous donne la vie. C’est ce qu’ l’on symbolise par le mot cœur. On dira ainsi : « aller au cœur des choses », au plus profond des choses. On tenter d’aller au cœur de l’homme et - pourquoi pas ? - au Cœur de Dieu. Entrer dans le mystère de Dieu, quel beau projet si cela est possible.

2.- La découverte progressive du Cœur du Christ

Quand le Christ meurt sur la Croix, son Coeur est percé et il en coule du sang et de l’eau (Jn 19, 31-37). Les plus anciens théologiens chrétiens, les Pères de l’Eglise, ont pensé que cet événement avait un sens précis, mais lequel ? Ils ont donc contemplé la plaie du côté, et se sont interrogés sur ce que le Christ voulait nous dire par là. Puis, le temps passant, on s’aperçoit qu’il y eut comme un désir chez les Chrétiens, non seulement de regarder la plaie de l’extérieur mais d’entrer, en quelque sorte, dans le côté même de Jésus, de parvenir à son Cœur. C’est comme si le mystère de l’amour de Jésus n’avait pas encore été entièrement compris. Le bienheureux cardinal Newman parlait de « développement du dogme » pour expliquer que l’Eglise comprenait de mieux en mieux la révélation. Mais on pourrait parler aussi, parallèlement, de « développement de la vie spirituelle » pour signifier qu’il y a des éléments de la vie du Christ que l’on saisit de mieux en mieux avec le temps. On perçoit bien cela dans cette aspiration des hommes à comprendre davantage et à vivre plus intensément le mystère du Cœur de Jésus.

C’est d’abord au Moyen-Age que l’amour du Cœur de Jésus s’est développé, chez un grand nombre de gens, mais spécialement dans un monastère de bénédictines allemandes, en Saxe, à Helfta. Là ont vécu en particulier deux grandes saintes : Mechtilde de Hackeborn (+ 1298) et Gertrude la Grande (+ 1301). Au milieu de beaucoup d’autres mystiques, elles ont eu une vie toute entière centrée sur la connaissance du Cœur du Christ. C’est comme si celui-ci les avait initiées à son secret d’amour. Par la suite, au XVII° siècle, en France, l’amour du Cœur de Jésus s’est considérablement développé, en particulier chez saint Jean Eudes (+ 1680), qui est un très grand théologien. Mais c’est surtout grâce aux apparitions de Paray-le-Monial que le culte au Cœur du Christ devait prendre une extension mondiale.

3.- Le message de Paray-le-Monial

Pour comprendre en profondeur le message de Paray-le-Monial, il est nécessaire de l’étudier de manière un peu précise. Nous allons tenter de le faire ici.

Le message de Paray a été donné à une jeune religieuse, Marguerite-Marie Alacoque (+ 1690). Elle était entrée au couvent de la Visitation de Paray. La Visitation est l’ordre contemplatif féminin fondé par saint François de Sales, qui était lui-même très attaché au Cœur de Jésus. Le Christ a parlé à sainte Marguerite-Marie à plusieurs reprises, mais plus particulièrement dans trois grandes apparitions de 1673, 1674, et  1675.  A la différence des saints précédents qui avaient eu un « contact » avec son Cœur mais à titre personnel, en quelque sorte, le Christ a donné à Marguerite-Marie un message qu’elle devait transmettre au monde entier.

Marguerite-Marie est en prières dans la chapelle de la Visitation, devant le Saint-Sacrement exposé. L’hostie « s’efface », en quelque sorte, et le Christ apparaît avec son corps, comme les apôtres l’ont connu. Notons d’abord l’importance de l’Incarnation et de l’Eucharistie dans ce qui va suivre. Le Christ donne à la sainte un message en trois parties. La première partie, c'est une déclaration d'amour tout à fait dans la tonalité de l'Evangile de saint Jean : « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser, et se consumer, pour leur témoigner son amour ». La deuxième partie du message est une plainte : « mais de la plupart des hommes je ne reçois que des ingratitudes et des irrévérences », et « ce qui m’est le plus sensible, c’est qu’il en est ainsi dans le sacrement de mon amour » (l’Eucharistie). Dans la troisième partie du message, le Christ dit à Marguerite Marie : « Veux-tu me faire ce plaisir de suppléer à leurs indifférences ? » C’est une demande d'amitié.  Penchons-nous sur ces trois parties du message.

La déclaration d’amour : Nous autres, les hommes, nous avons de l'amour dans le cœur, mais aussi du désamour. Le but de la vie chrétienne, ce serait d'avoir de moins en moins de désamour pour avoir de plus en plus d’amour. La sainteté, c’est ne vouloir vivre que pour l'amour et vivre dans l'amour. Le Christ dans son humanité, Lui, est « coulé dans l’amour ». Cela signifie que Dieu ne peut penser et agir que dans l'amour et c'est ce qu’a vécu le Christ dans son humanité. Le grand secret du Christianisme, c’est que DIEU EST AMOUR. Ce qui est fondamental dans notre foi, ce qui nous fait vivre, c’est de savoir cela. Comme dit saint Paul, « J’aurais la foi à transporter les montagnes, je livrerais mon corps aux flammes, je ferais des miracles ; si je n'ai pas la charité cela ne servira à rien » (1 Cor 13). Il faut toujours revenir à l'amour, c’est ce que le Christ rappelle à Marguerite Marie.

La plainte : Or, aussitôt après, le Christ se plaint. Il se plaint que les gens soient indifférents, ingrats, en particulier par rapport au sacrement de son amour qui est l’Eucharistie. Cela, nous pouvons malheureusement le vérifier en nous posant de simples questions : est-ce que ce que je vois de l’humanité est fondé sur l’amour ? Est-ce que les hommes sont conscients que l’amour de Dieu et l’amour des autre est le centre même de la vie ? Et moi-même, en suis-je bien conscient ?

L’appel à l’amitié : Dans le message de Paray, il est très frappant de voir l'importance de la part d'amitié. Le Christ demande à Marguerite Marie d'être son amie. De saint Claude La Colombière, confesseur de Marguerite-Marie (+ 1682), il dira qu’il est « son fidèle serviteur et parfait ami. » Il dit à Marguerite-Marie qu’en étant son amie elle suppléera à de nombreux péchés. Comment cela est-il possible ? Comment pouvons-nous être les amis du Christ et pourquoi cela « supplée-t-il ? »

4.- Le mystère de Gethsémani

La réponse a été donnée par Jésus lui-même quand il a établi un lien entre les messages de Paray et son agonie à Gethsémani. En effet, dans le message de Paray-le-Monial, le Christ a demandé à Marguerite Marie, tous les jeudis soirs, de passer une heure avec lui, entre 11 heures et minuit, pour l'accompagner dans ses « mortelles tristesses » qu'il a eues au moment de sa Passion. C’est ce que nous appelons l’Heure Sainte. Il a fait par ailleurs une confidence à Marguerite Marie sur ce qu'il a ressenti à ce moment-là dans sa Passion. Relisons ici une partie du texte des Evangiles :

« Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et il dit aux disciples : « Restez ici tandis que je m’en irai prier là-bas. » Et prenant avec lui Pierre, Jacques et Jean, il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit : « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi. » Il vient par trois fois vers les disciples et les trouve en train e dormir. « Voici toute proche l’heure où le Fils de l’Homme va être livré aus mains des pécheurs. Levez-vous, allons. »

5.- Un appel à l'amour

Un autre élément qui est très important à comprendre, c’est que le Christ étant parfaitement homme, est sensible à l’amour et en particulier à l’amour d’amitié. Le Christ a été aimé à la perfection par Marie, il a été comblé par l'amour de Marie. Il a été aimé  par Joseph, et il est très frappant de voir dans les Évangiles que Jésus veut être aimé de ses apôtres. En effet, quand on regarde le vocabulaire de l'amitié on s'aperçoit qu’il comporte toute une évolution. Au moment de la Cène, on voit qu'il y a un glissement de ce vocabulaire vers l'amitié : « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis », et le Christ ressuscité dira même à Marie-Madeleine : « Va dire à mes frères que je monte vers mon Père et votre Père vers mon Dieu qui est aussi votre Dieu ». Tout le Cœur de Jésus, tout l'amour du Cœur de Jésus est prioritairement un amour d’amitié et de fraternité.

Mais le Christ a besoin aussi d'avoir le retour d'affection que tout être humain demande, il veut être aimé des hommes. Il donne son affection et demande ce retour d'affection qu'on appelle en latin la redamatio : le retour d'amour. A Gethsémani, il n’a pas eu ce retour d’amour, il s’est trouvé abandonné au moment même où il avait le plus besoin d'être aimé.

On comprend mieux maintenant le lien entre Paray et Gethsémani parce qu’à Paray, le fond du message est un appel à l’amitié. Le Christ se cherche des amis. Le Christ veut secouer notre indifférence. Comment secouer cette indifférence, sinon en reconnaissant que Jésus est présent dans le Saint-Sacrement, qu’il nous aime qu’il est auprès de nous, que pouvons être ses amis. Dieu aime, nominalement, personnellement, dans l'intime, chacun de nous. Jean-Paul II disait de façon plus juste, « le Christ s'est uni à tout homme. »  Ainsi chacun de nous à une relation personnelle avec Dieu, et Jésus veut que cette relation soit une relation d’affection fraternelle, d’amitié. Quand l’ange est venu consoler Jésus, il lui a montré cette acceptation de l’amitié que feraient beaucoup d’hommes. ll lui a montré qu’il y aurait une redamatio,  un retour d’amour. Et cela a donné au Christ la force d’aller aussitôt vers sa Croix glorieuse.

6.- Les conséquences d'un message

Il est étonnant de voir comment un message reçu dans l’ombre d’un couvent s’est diffusé rapidement dans le monde entier au grand jour. Cela est dû, d’une part à l’importance du réseau des monastères de la Visitation en France, qui s’en firent immédiatement l’écho, d’autre part au rôle des Jésuites. En effet saint Claude La Colombière eut des fils spirituels qui répandirent immédiatement le message et l’expliquèrent théologiquement. Marguerite-Marie mourut en 1690 : en 1720 le message était déjà arrivé en Chine ! Grâce au bienheureux Bernardin de Hoyos (+ 1735) jésuite espagnol, le message parvint dans les colonies hispiques, d’Amérique du Sud, d’Amérique centrale et des Philippines. On reçut ce message comme un nouvel espoir pour le monde, une nouvelle effusion de l’amour de Dieu. En 1765 la Pologne obtenait pour la première fois la possibilité de célébrer le culte public au Cœur de Jésus avec la fête liturgique que le Christ avait demandé à Marguerite-Marie.

 La Révolution française donna un élan supplémentaire au culte du Cœur de Jésus, mais elle le colora beaucoup parce qu’on appelait la Réparation. En soi, la notion ne prête pas à critique : en vertu du second commandement : l’amour du prochain, il est bien normal de prier pour os frères et d’offrir pour eux. Mais les choses furent parfois présentées de manière un peu biaisée et le culte au Cœur du Christ en souffrit. Cependant, en 1856, le pape Pie IX, à la demande des évêques français, étendait à toute l’Eglise la fête liturgique du Sacré-Cœur. Par la suite, les papes Léon XIII, Pie XI et Pie XII consacrèrent des encycliques importantes au Cœur de Jésus. Actuellement, après une période d’incompréhension, le culte au Cœur de Jésus renaît, en particulier à partir de son lieu d’origine, Paray-le-Monial, mais aussi dans de nombreux autres sanctuaires ou églises qui lui sont dédiés.

Les hommes actuels ont besoin de Dieu comme on a toujours eu besoin. Mais Dieu a aussi besoin des hommes. En Jésus-Christ, il offre aux hommes son amour, mais il demande en retour l’amitié du cœur des hommes. Quand on a compris à quel point on compte pour Dieu, la vie change de couleur. Voulez-vous tenter l’expérience ?

Père Bernard Peyrous

Brève histoire de la spiritualité du Cœur de Jésus

Dans un grand nombre de villes françaises, il y a des églises dédiées au Cœur de Jésus. Même dans celles qui ne lui sont pas consacrées, en France et dans le monde entier, il y a des statues, des vitraux, consacrés au Sacré-Cœur. Beaucoup de congrégations religieuses portent ce nom. Dans les mouvements de renouveau dans l’Eglise, sous toutes les formes, aujourd’hui, on assiste à un retour du culte au Cœur de Jésus. Qu’est-ce que tout cela signifie ? Et signifie en particulier pour nous, maintenant, en ce début du XXI° siècle ? Qu’avons-nous à prendre dans tout cela ? Pour répondre à cette question, il est bon de faire un petit parcours historique, en commençant par la Bible et en allant jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, nous pourrons mieux nous situer personnellement et en Eglise.