Eglise catholique en Isère
L'espace diocésain du Sacré-Cœur - Grenoble
Don au Diocese de Grenoble Vienne

Historique

Histoire du Sacré-Cœur de Grenoble

Au fur et à mesure de l’extension de la ville de Grenoble au XIXe siècle, les évêques fondèrent de nouvelles paroisses : Saint-Bruno en 1862, puis Saint-François-de-Sales à la Bajatière en 1907. En janvier 1911, Mgr Henry décida de créer une paroisse dans le quartier de la gare, entre autres pour permettre aux employés du Chemin de fer, ainsi qu’aux voyageurs eux-mêmes, de remplir plus facilement leurs devoirs religieux. Il chargea l’abbé Joseph Viallet d’en être le premier curé : celui-ci accepta, à condition que le vocable de la nouvelle paroisse soit celui du Sacré-Cœur (l’évêque aurait voulu la placer sous le patronage de Saint-Paul, qui était son premier prénom).

Fils de l’ancien maire de Grenoble Félix Viallet, qui avait également été le créateur des ateliers de construction Bouchayer et Viallet, l’abbé Joseph Viallet était de santé précaire. Il se lança néanmoins corps et âme dans la création de cette nouvelle paroisse, et eut d’emblée de grandes ambitions pour sa future église, l’envisageant comme un petit Montmartre dauphinois. Il rêvait d’une église vaste et majestueuse, qui deviendrait le centre de la dévotion au Sacré-Cœur dans le Dauphiné, un sanctuaire très fréquenté. Mais dans un premier temps, c’est un ancien atelier de serrurerie, rue Jean-Macé, qui fut transformé en chapelle provisoire.

L’abbé se mit en devoir de financer la construction de sa future église. Dès juin 1911, une première collecte rapporta 100 000 francs. En 1912, l’architecte Martin exposa les premiers plans et les premières maquettes de la future église. L’idée de l’abbé Viallet était précise : un plan basilical avec une vaste salle rectangulaire, un autel central surélevé bien mis en valeur, en somme une église très claire et lumineuse avec, à la place des bas-côtés, un alignement de chapelles ouvertes à même la large nef. L’abbé Viallet, sa famille et un groupe de premiers bienfaiteurs réunirent les fonds nécessaires à l’acquisition du terrain et au démarrage du chantier. L’abbé fit don de toute sa fortune personnelle, il obtint des prix d’usine pour le métal, et acheta à des prix avantageux les terrains destinés aussi bien à la construction de l’église qu’à celle de la cure.

Mobilisé de 1915 à 1918, l’abbé Viallet poursuivit ses acquisitions de terrain. L’entreprise était pourtant de plus en plus hardie, étant donné le contexte : on était en pleine guerre, la Séparation avait privé l’Eglise du soutien financier de l’Etat, et l’expulsion des Chartreux de son traditionnel soutien financier, puisque l’ordre avait par le passé subventionné beaucoup de constructions d’églises dans le diocèse, depuis des siècles pourrait-on dire.

Mais l’arrivée en 1917 à la tête du diocèse de Mgr Caillot, un fervent dévot du Sacré-Cœur, donna une nouvelle impulsion à l’entreprise. Le 7 juin 1918, l’évêque prononça solennellement le vœu diocésain : celui de construire une église au Sacré-Cœur, sans attendre la fin de la guerre, et quelle que soit l’issue de celle-ci, en reconnaissance d’une double grâce, à savoir que la France pût terminer bientôt et par la victoire l’horrible guerre actuelle et que, régénérée par l’épreuve, elle reprît ses traditions et sa vie chrétienne. Trois semaines plus tard, le 29 juin, l’explosion des poudrières du Polygone d’artillerie ne fit guère que des dégâts matériels : chacun y vit un signe de la Providence. La première pierre, prélevée près du sanctuaire de La Salette, fut bénite le 19 septembre 1918, bénite et non posée car les fondations n’étaient pas encore sorties de terre. L’abbé Viallet mourut le 15 novembre suivant, quatre jours après la fin de la guerre et sans avoir pu assister au début des travaux.

Ceux-ci n’intervinrent en réalité qu’en 1922. Entretemps, Mgr Caillot avait nommé curé l’abbé Gustave Parisot, qui fut le vrai constructeur du Sacré-Cœur. Bien que l’on fût alors au sortir de la guerre, et malgré le fait que le diocèse dût financer en parallèle la construction de la nouvelle église Saint-Joseph de Grenoble, du Grand Séminaire de Meylan et du Petit Séminaire de Voreppe, les dons affluèrent, et ce d’autant plus que, grâce au vœu de 1917, le futur édifice avait désormais une dimension diocésaine et non plus simplement paroissiale.

On construisit d’abord la chapelle nord, qui devint en 1924 l’église paroissiale. On détruisit alors la chapelle provisoire. De 1924 à 1926, c’est le côté sud qui fut édifié, le long de la rue Casimir-Brenier. La façade principale, d’une longueur de 35 mètres, fut entamée en 1926 ; de 1927 à 1930, elle fut flanquée de ses deux tours-clochers de plan rectangulaire, dont l’aspect orientalisant rappelle les minarets d’Afrique du Nord. Puis on ajouta le grand arc (1930). En 1931, on creusa les fondations du grand campanile, d’une hauteur prévue de 75 mètres. En 1932-1933, ce fut le tour du chœur et de la grande nef. La fête du Sacré-Cœur 1933 fut célébrée sous les parapluies, faute de toit. Les années 1934-1935 virent l’édification de la charpente métallique, surmontant les 55 m de long et 25 m de large de la nef, et la mise en place de la toiture de cuivre réalisée en feuilles rectangulaires. En 1939-1940, on acheva la crypte qui, contrairement à l’église, est « orientée ». En 1942, on érigea le maître-autel. Enfin, le 30 juin 1943, vingt-cinq ans après le vœu diocésain, on put procéder à la consécration de l’église. L’année suivante, un Christ en croix du sculpteur Emile Gilioli fut placé dans le chœur.

Pendant toutes ces années de construction, Mgr Caillot et l’abbé Parisot répétaient à l’architecte : Plus grand, faites encore plus grand ! Pourtant, une fois consacré, l’édifice était encore loin d’être achevé : le campanile ne s’élevait qu’à une vingtaine de mètres, il manquait des salles de réunions, des réfectoires, des abris pour les pèlerins, qui ne furent finalement jamais construits.

On s’efforça donc d’achever le plan initial, au détriment des finitions. Les années 1950-1960 virent la mise en place du chauffage, de l’éclairage et de vitraux. Mais divers projets initiaux furent abandonnés : un atrium au nord-ouest ne fut jamais réalisé, le bas-côté nord aurait dû être plus large, la chapelle attenante au nord aurait dû être prolongée de quatre travées et flanquée d’un second pavillon. Sur la façade, les colonnes qui auraient dû accoster les trois portes d’entrée et définir les travées firent place à de simples pilastres. Sur le tympan, à la place d’une fresque représentant le Christ en gloire, on plaça des vitraux abstraits de Jacques Le Chevallier. Le campanile ne culmina qu’à 30 m au lieu de 75. A l’intérieur, les murs furent laissés à l’état brut, sans crépi. Les nombreux autels latéraux prévus par l’abbé Viallet ne virent jamais le jour, pas plus que les fresques murales qui devaient orner les murs d’enceinte.

Dans l’immédiat après-guerre, l’église servit d’annexe à la cathédrale pour les grandes cérémonies liturgiques (ordinations, messes de congrès), mais aussi de lieu d’accueil pour les pèlerinages vu son emplacement proche de la gare : en 1951, cinq groupes italiens y clôturèrent leur pèlerinage à Lourdes par une messe d’action de grâces. Erigée en basilique mineure par le pape Pie XII en 1952, elle fut même dotée d’un blason : une montagne (La Salette) au sommet de laquelle se perche une petite église surmontée d’un énorme cœur, le chef étant décoré d’une croix aux extrémités bifides.

Au cours des années 1970, on se posa la question de la vente de la basilique. Mais l’article publié à cet effet dans le bulletin diocésain provoqua une levée de boucliers, en particulier des anciens donateurs, et l’idée fut abandonnée.

En 2000, la paroisse fut intégrée dans une paroisse nouvelle, provisoirement dénommée paroisse Grenoble centre ouest, puis en 2001 paroisse Jean XXIII, avec comme curé le Père Jacques Reydel.

C’est donc cette église, dont la crypte abrite les tombeaux de trois des principaux constructeurs (Mgr Caillot, l’abbé Viallet et l’abbé Parisot), qui fait aujourd’hui l’objet d’un projet diocésain audacieux et novateur, destiné à poursuivre au XXIe siècle l’intuition des premiers fondateurs en lui donnant l’envergure qui lui manquait.

Gilles-Marie Moreau

A lire : Mgr Alexandre Caillot (1861-1957), évêque de Grenoble par le chanoine Joannès Praz, L’Harmattan, Paris, 2013.