Eglise catholique en Isère
Paroisse Saint Matthieu du Saint Eynard
Don au Diocese de Grenoble Vienne

Homélies

Homélie du 22 octobre, Mt22,15-21

Rendez à Dieu ce qui est à Dieu !

Jésus est brillant ! Si je vous posais la question : quels sont à vos yeux les hommes les plus brillants que l’histoire ait porté ? Je ne sais pas si vous diriez ‘Jésus’. Jésus est brillant vous savez ! Regardez encore aujourd’hui. C’en est drôle : les pharisiens « ont tenu conseil » : ça veut dire, ils ont pris beaucoup de temps pour monter leur piège. Ce sont des lâches, ils envoient leurs disciples, ils n’y vont pas eux-mêmes. Et ils y vont avec les partisans d’Hérode : pourquoi ? C’est très malin ! Si Jésus répond qu’il faut payer l’impôt, alors les pharisiens l’attaquent. Si Jésus dit qu’il ne faut pas payer alors Hérode l’attaque.

Ouh là, là : ça va être dur pour Jésus. Et que fait Jésus ? Immédiatement, c’est lui qui se retrouve à poser les questions (signe que le vent tourne pour les pharisiens) : la pièce de qui porte-t-elle l’image ? Eh bien alors : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Brillant !

Le verset suivant nous dit : « A ces mots, ils furent tout étonnés et, le laissant, ils s’en allèrent ». Quelques versets encore plus loin, dans le même chapitre, on peut lire : « Personne ne fut capable de lui répondre un mot. Et, depuis ce jour-là, nul n’osa plus l’interroger ». Ouahoh ! Quel éloge ! Jésus répond à toutes les questions, nous sommes à bonne école. Nous n’avons rien à craindre des penseurs de notre temps, nous n’avons pas à trembler.

 

C’était en guise d’apéritif. Il faut maintenant en venir au cœur du message. Que veut dire Jésus exactement ?

 

Les enfants, une question : la pièce est à l’image de qui? Et elle doit donc être rendue à l’empereur. Mais qu’est-ce qui doit être rendu à Dieu ? Qu’est-ce qui est à l’image de Dieu ?

Nous. C’est nous qui sommes à l’image de Dieu. Dans l’Ancien Testament, il est interdit de faire des images de Dieu, car Dieu dépasse toutes les images de Dieu. Mais il y a une image qui est autorisée, faite par Dieu lui-même : ce sont l’homme et la femme.

C’est beau non? Dieu n’a pas honte de nous ! Nous portons son image. Parfois nous sommes fiers d’avoir une belle marque de vêtements. Eh bien depuis notre naissance, nous portons le nom de Dieu : « créés-par-Dieu ». La classe ! C’est notre joie d’avoir Dieu pour Créateur ! Parfois nous pouvons être tentés de croire que nous ne valons pas grand chose, alors il faut nous souvenir de ça : Dieu ne nous a pas ratés, faisons lui confiance pour ça ! Nous portons son image.

 

Aussi Jésus dit : « rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». C’est-à-dire : « vivez pour Dieu », que votre vie soit à la gloire de Dieu. Nous ne pouvons être dominés par l’argent, par des esclavages de toute sorte qui limite le sens de notre existence. Non, nous sommes faits pour Dieu, et lorsque nous orientons délibérément tout notre être vers lui, nous trouvons la liberté.

Voilà le sens du baptême que nous avons reçu pour la plupart d’entre nous, voici le sens du baptême de Timothée dans un instant. Xavier et Anne-Claire pourraient garder leur enfant juste pour eux, eh bien non, ils le rendent à Dieu. Timothée a de la chance : ses parents ont conscience que leur enfant ne leur appartient pas, qu’il n’aura pas à faire tout ce qu’ils veulent eux. Mais il grandira avec des parents qui savent que leur rôle est de montrer Dieu et de dire à leur enfant : « écoute sa voix, fais sa volonté, tu es fait pour lui ».

Alors Timothée qui est déjà à l’image de Dieu : « créé par Dieu », se met aussi à ressembler à Dieu. Par le baptême, il reçoit la marque de Dieu. « Fils de Dieu » : la super classe. Et un fils, on le sait bien, ressemble à son Père. C’est notre joie d’avoir Dieu pour Créateur et pour Père. Personne ne peut enlever cette marque de Dieu posée sur Timothée, comme cette huile qui va pénétrer son front et que nous ne pourrons jamais enlever.

 

Aujourd’hui, que le baptême de Timothée soit d’abord pour chacun d’entre nous le rappel de notre propre baptême : c’est la plus grande grâce de notre vie, sur laquelle il nous faut veiller jalousement, comme sur la flamme fragile que je donnerai au parrain dans un instant, comme ce vêtement blanc que Timothée va recevoir et qui peut être si facilement tâché.

Padre Pio qui était un prêtre qui faisait beaucoup de choses extraordinaires : par exemple, il pouvait lire dans les pensées des gens pour les aider à se confesser, entre autre. Il considérait que toutes ces choses là n’étaient rien en comparaison de son baptême.

Au jour de notre baptême, nos parents nous ont « rendus à Dieu ». Et c’est une invitation pour nous à faire de même : cela dépend de nous. Que notre vie soit à la louange et à la gloire de Dieu.

Concrètement, nous pouvons nous poser ces questions :

Vivons-nous pour Dieu ? Ou pour nous-mêmes ?

Y a-t-il dans notre semaine des choses qui ne sont pas à la gloire de Dieu ?

Est-ce que j’offre les choses difficiles ou douloureuses à Dieu, les vivant avec lui.

Est-ce que je vis aussi les belles choses pour Dieu, pour lui d’abord, plus que pour me faire remarquer moi ? Parfois, étonnamment, les bonnes choses nous font oublier Dieu.

Jésus est brillant : suivons son conseil.

« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu » !

père Marc Burtschell

Homélie du 8 octobre 2017, Mt21,33-43

Travaille pour moi !

L’évangile est d’abord dans son contexte le résumé de l’histoire du salut. Dieu, le propriétaire, plante la vigne, l’entoure d’une clôture, bâtit une tour de garde. Il s’agit du même propriétaire que celui de la première lecture. Dieu crée le monde, puis il le confie à l’homme.

Cette vigne est l’image du monde, mais plus particulièrement encore du peuple juif, le peuple de Dieu, confié à la charge des grands prêtres et des pharisiens qui écoutent la parabole.

Mais pharisiens et grands-prêtres sont incapables de rendre les fruits de la vigne, et ils tuent les prophètes envoyés par Dieu, et jusqu’au Fils de Dieu lui-même.

Le péché les enferme, ils sont incapables de conversion. Comble du comble, ce sont eux qui donnent leur propre sentence. Lorsque Jésus demande : « Que fera le maître à ces vignerons ? », ce sont eux (les vignerons !) qui répondent : « Ces misérables, ils les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons qui lui en remettront le produit en temps voulu ». Dieu les fera-t-il périr ? Nous ne savons pas, nous le souhaitons pas. Ce sont les pharisiens qui l’ont dit : ils ont conscience en tout cas de la sentence juste qu’ils méritent.

 

Pour nous aujourd’hui, cet évangile retentit comme un appel à travailler pour Dieu. Tout au long de notre vie, Dieu nous envoie des serviteurs pour nous dire : "travaille pour moi, donne-moi le produit de la vigne". Car nous avons tous une part de la vigne qui nous est confiée.

Et grande est la tentation, les pharisiens en sont le signe, de vouloir travailler pour nous. Nous commençons à travailler pour Dieu, puis nous avons de la reconnaissance, un certain pouvoir, et nous nous accaparons tout cela pour nous. Plusieurs fondateurs des communautés catholiques récentes sont tombés de cette manière. Cela peut nous interpeller. La tentation est grande : nous croyons que nous avons quelque chose à y gagner, alors que nous avons tout à perdre.

Quand on travaille pour soi, on a le salaire, mais on a aussi les soucis ! Si nous sommes exagérément anxieux, c’est le signe que nous ne travaillons pas encore tout à fait pour Dieu. Si Dieu est le propriétaire, alors c’est à lui de gérer, en définitive, après que j’ai fait ce que je pouvais.

Oui, travailler pour Dieu libère et rend plus fort.

Cela nous libère du regard des autres, et cela nous libère du résultat. Nous sommes ainsi protégés des fluctuations de notre humeur : ça me plaît, ça ne me plaît pas. Et lorsque « ça ne me plaît pas », je risque de m’arrêter (ou de travailler au minimum) si je ne travaille que pour moi. En cas de succès, la gloire en revient à Dieu, et en cas d’échec, ce n’est pas la fin du monde : j’ai essayé de suivre Dieu, cela est plus important que l’échec lui-même.

 

Enfin, un deuxième aspect non moins important : nous travaillons pour notre Père.

Les vignerons veulent le tuer le fils pour avoir l’héritage. Ils veulent être propriétaire à la place du propriétaire. Or en tuant le père, ils restent seuls à porter le monde, c’est un désastre.

Mais il y a une autre manière d’être propriétaire, c’est d’être fils. Et les vignerons qui doutent de la bonté du maître, malgré l’envoi patient de serviteurs, n’ont pu imaginer que c’était le projet du propriétaire ! Quelle bonté de ce Père…

Travaillons-nous comme des fils ? C’est mon père qui me demande d’aller travailler à la vigne : vais-je refuser de travailler pour lui ?

Je suis fils du propriétaire : « Tout ce qui est à moi est à toi » nous dit Dieu comme le père au fils aîné dans la parabole du fils prodigue.

Au sein de l’Église, de la paroisse, je ne suis pas « au service du curé » : non, je suis fils, cohéritier, pleinement légitime pour agir. Je n’ai pas besoin de permission pour prendre ma responsabilité, je suis chez moi. Même si cela ne m’empêche pas d’être en lien avec le curé, car ma dépendance à l’égard de Dieu passe par ces médiations humaines.

Vous sentez combien le simple fait de se le dire ainsi « Je suis fils/fille du domaine » change l’état d’esprit !

Au travail, en famille, dans l’Église, au cœur de la Création, je suis fils de Dieu, le propriétaire. Chez moi. Ni esclave, ni ouvrier.

 

Pour conclure, posons-nous ces question :

Est-ce que je travaille pour Dieu ? Ou est-ce que je travaille pour moi ? A nouveau, notre degré d’inquiétude peut être un indice. C’est Dieu qui nous a mis là où nous sommes aujourd’hui, et lui sait pourquoi. Je travaille pour lui. Cela change les choses de se dire ainsi : « ce que je fais, je le fais pour toi ». Je me souviens d’une période bien précise au séminaire. Je n’aimais pas ce que je faisais et je disais à Dieu : « C’est nul ce que je fais, mais je suis heureux de le faire pour toi ». Et c’était une drôle d’expérience en effet d’être heureux sans aimer le concret de ce que j’avais à faire. Ce n’était que la première étape préparant la suivante où j’ai ainsi fini par aimer ce que je faisais !

 

Travaillons-nous comme des fils ?

C’est mon Père qui me le demande, comment refuser ? Lui sait où il me conduit.

Travaillons-nous comme les fils du propriétaire ? Libres, heureux, confiants sous le regard du Père ? Avec Lui, je suis légitime. Je peux oser l’action en grand.

père Marc Burtschell

Homélie du 1er octobre 2017, Mt21,28-32

Apprendre à voir

L’évangile de ce jour s’adresse d’abord aux pharisiens. Ce sont eux les fils qui disent oui, mais ne font pas. Les pharisiens ont accueilli la foi juive, mais quand vient le Christ, finalement, ils s’arrêtent, et ils tuent le Messie ! Les publicains et les prostituées à l’inverse sont capables d’entendre la voix de Jean-Baptiste lorsque celui-ci les appelle à la conversion et leur cœur est prêt pour accueillir le Christ.

Ce sont eux les ouvriers de la dernière heure dont nous parlait l’évangile de dimanche dernier. Ils arrivent sur la fin et obtiennent la même pièce : c’est-à-dire la vie éternelle.

 

Le problème est que dans cette histoire, nous sommes plutôt du côté des pharisiens. Au moins pour une raison : nous sommes de ceux qui avons commencé à suivre le Christ.

Et vous voyez c’est donc l’un des rares jours où nous pourrions regrettés de ne pas être prostituée. Prenez les personnes les plus méprisables à vos yeux : et craignez qu’en fait elles entrent au ciel et que vous restiez dehors. Voilà le message : un appel sérieux à plus d’humilité !

 

Quel est donc le danger que nous courons ? En suivant le Christ, nous allons être tentés par l’orgueil, et la forme d’orgueil la pire qui soit : l’orgueil spirituel. « Je ne suis pas comme ce publicain» dit le pharisien dans sa prière : quelle horreur ! «Moi, je ne suis pas saint non (et puis ça se dit pas)… mais tout de même plus saint que lui». Lorsque les chrétiens commencent à se croire meilleur que les autres, ils deviennent absolument détestables : ils sont ce «sel sans saveur que les gens piétinent».

 

Pourquoi donc les publicains et les prostituées précèdent les pharisiens ? Car aux yeux de tous, ils sont méprisés. Non sans raison il est vrai : les prostituées c’est évident, et les publicains sont des profiteurs, ils se mettent au service de l’envahisseur romain pour s’enrichir sur le dos de leurs compatriotes.

Difficile pour eux d’avoir les chevilles qui enflent : et cela les dispose à accueillir un sauveur avec un cœur humble.

 

Jésus l’a bien dit : il est venu pour les malades et non pour les biens-portants. Si nous disons : «je suis saint», il s’écarte de nous, car nous n’avons pas besoin de lui.

Le premier fils s’est repenti, pas le deuxième : c’est cela le cœur du reproche. Le premier, voyant son père qui lui faisait une demande s’est repris, se disant : je ne peux pas faire ça à mon père. Mais le second ne montre aucun amour. Et lorsque le pharisien voit le publicain ou la prostituée qui lui donnent une belle leçon, il est incapable de l’entendre, et il s’endurcit davantage encore.

 

Est-ce que nous sommes repentis ? Est-ce que nous gardons une conscience vive d’avoir besoin de Dieu ? Oui : comment ? Sur quels points, concrètement ?

Nos péchés sont une bonne chose s’ils nous gardent humbles. Pas désespérés, mais humbles : c’est très différent !

Parfois, nous ne voyons plus nos péchés : et c’est pourquoi nous ne confessons plus. Ah quoi bon ! Eh bien c’est grave : c’est exactement la situation du pharisien.

Le péché nous anesthésie : naturellement, c’est lui qui nous susurre : toi tu es saint, ne t’inquiète pas.

Une comparaison qui me vient souvent à ce sujet. Avant d’avoir fait de l’escalade, je regardais les murs en me disant c’est vraiment impossible de monter par là, il n’y a pas de prises. Mais après quelques temps passés à grimper, je voyais toutes les prises que l’on trouve même sur un mur pourtant vertical. J’avais appris à voir, les petits rebords, les bordures, les angles pour monter en opposition, etc.

Il nous faut apprendre à voir.

C’est encore comme quelque qui ne sait pas écrire : il pense peut-être ne pas avoir fait de fautes, mais c’est seulement qu’il ne sait pas écrire.

Nous de mêmes, il nous faut grandir et apprendre à voir. Heureusement, Dieu prend soin de nous, et nous montre progressivement comment avancer. Si nous voyions aujourd’hui tout ce qu’il faut changer, nous serions découragés. Mais pas à pas, nous avançons : Dieu nous libère de ce qui nous entrave.

La confession et l’examen de conscience sont de bons moyens pour apprendre à mieux voir. Il nous faut ces pauses où l’on s’arrête pour faire le point.

 

Demandons à Dieu un cœur repenti qui tout en avançant du mieux possible garde une humilité profonde devant lui et devant les hommes.

 

père Marc Burtschell

Homélie du 24 septembre 2017, Mt20,1-16

Un si bon maître

Nous avons sous les yeux un maître de domaine pour le moins étonnant. Cet homme est un travailleur zélé : il est levé « de grand matin » nous disent certaines traductions, et jusqu’au soir, jusqu’au dernier moment, il revient voir s’il y a du monde sur la place. Mais ce n’est pas là le plus surprenant.

L’étonnant est que ce maître semble ne jamais avoir saturé ses places. Nous connaissons parfois nous les patrons qui se séparent de leurs employés, ou qui souhaitent en avoir le minimum nécessaire. Mais ce maître semble poursuivre le but contraire : embaucher tout le monde, faire en sorte qu’il ne reste aucun homme désœuvré. Non seulement, il le souhaite, mais il le fait, et il embauche à toute heure. Quelle est donc cette vigne pour ne jamais en avoir fini ?

L’étonnant aussi est que ce maître ne semble pas obnubilé par l’argent. Nous connaissons parfois les patrons qui exploitent leur employés au maximum de ce que leur permet la loi, voire plus ! Nous ne connaissons pas beaucoup de maîtres qui payent pour les heures qui n’ont pas été faites ! Et comme il le répond si bien : libre à lui de donner plus que ce qui est dû, qui pourrait l’en empêcher ! Là encore, cette vigne mystérieuse est une affaire qui marche pour que jamais il ne soit fait référence à une quelconque limite du côté du maître. Les caisses sont pleines, malgré sa générosité débordante.

 

Ce qui nous fait drôle sûrement est de voir à quel point l’ouvrier est au centre de l’attention de ce maître. « La vigne, on l’agrandira, l’argent, on en trouvera ; mais faites-moi rentrer tous les ouvriers ! » voilà le message. Ces ouvriers inconnus font le souci de ce maître qui sort à toute heure du jour : c’est son angoisse.

Quel amour, n’est-ce pas ?

Qui ne voudrait pas travailler dans de telles conditions, avec un si bon maître ?

 

Il faut nous arrêter sur la figure de ce maître. C’est ce si bon maître qui nous fait une proposition d’embauche. Et si nous sommes déjà à la vigne, arrêtons-nous aussi pour regarder la bonté du patron : c’est saisissant !

 

Pourtant ce bon maître nous dit : « la moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux ». Comment se fait-il alors qu’il y ait peu d’ouvriers ? Il y a un travail passionnant, il y a un maître qui paye bien, la récompense ne se fera pas attendre : mais les ouvriers n’entrent pas.

 

C’est que les ouvriers, blessés par les maîtres qu’ils ont croisés, ne parviennent pas à croire que ce maître ci soit tellement différent.

« Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » demande le maître. Notre cœur blessé est rendu incapable de comprendre le bien, cela l’irrite. Notre cœur est malade oui.

Impossible pour nous de comprendre que lorsque Dieu invite ce n’est pas d’abord pour son bien à lui, mais pour le nôtre.

Pour nous protéger, nous avons parfois fuit toute domination d’un maître tyran : nous promettant de ne plus avoir à obéir à personne. Mais le bonheur ne se trouve pas davantage dans cette solitude : c’est un leurre dangereux. Le piège du fils prodigue.

Nous avons été blessés par des maîtres imbus d’eux-mêmes, alors il nous semble impossible que l’obéissance à ce bon maître nous libérera. Obéir (à Dieu) rend libre ! Beau slogan n’est-ce pas ?

 

Vous l’avez remarqué : quel texte à propos pour conclure notre journée paroissiale ! Par son évangile, Dieu nous lance un appel à travailler à la vigne avec confiance. La paroisse est la vigne ordinaire, pour chacun d’une manière différente. Elle est cette vigne où nous sommes plantés, c’est un fait.

Chacun a sa place : pour certains plus âgés parmi nous, cela ne signifie peut-être plus des services qui demandent une grande énergie physique. Mais Dieu appelle tout le monde : personne n’est devenu inutile. La prière et l’offrande de nos souffrances éventuelles, loin d’être secondaire, portent les plus beaux fruits qui soient.

Si nous voulons repartir avec un nouvel élan, il nous faut nous arrêter sur ce bon maître qui nous appelle. Goûter, sentir l’amour de Dieu posé sur nous : c’est le seul renouveau authentique qui portera un fruit durable.

C’est l’amour qui nous appelle. C’est pour notre bien, le bien de nos frères.

Et son appel passe par nos frères qui nous invitent à prendre notre place. J’avais été marqué par un couple avec de grandes responsabilités. Et ils m’expliquaient qu’ils avaient toujours essayé de dire oui aux demandes qu’on leur faisait en Eglise (cela ne les empêchait pas de réfléchir!). Sous le regard de leurs frères qui les en croyaient capables, avec un a priori positif sur leurs propositions, ils se sont laissés conduire à faire des choses qu’ils n’auraient jamais imaginé !

Frères et sœurs, il nous faut cet a priori positif pour entendre l’appel de Dieu qui passe. Et dans la foi, oser avancer.

Dieu veut faire de très grandes choses sur notre paroisse : mais il a besoin de cœurs qui croient en Lui. Il veut de très grandes choses non pas en raison de ce que nous sommes, mais en raison de ce qu’Il est Lui.

 

Demandons donc à Dieu les uns pour les autres, qu’il augmente notre foi en ce qu’il peut faire avec chacun sur cette paroisse, ici cette année. Qu’il ôte en nous toute peur de ne pas être à la hauteur, toute crainte de nous faire avoir, ou utiliser, toute angoisse d’être blessé par les autres.

Demandons enfin qu’au lieu de regarder tous les problèmes, nous le regardions lui, qui nous appelle dans un amour infini.

père Marc Burtschell

Homélie du 10 septembre 2017, Mt18,15-20

Gagne ton frère à Dieu !

« S’il t’écoute, tu as gagné ton frère ».

Gagner son frère à Dieu : quelle belle attitude désintéressée ! C’est l’illustration de la parabole de la brebis perdue qui précède ce texte : allons-nous chercher la brebis ?

Il y a chez nous cette idée que chacun fait comme il veut et que l’autre n’a rien à dire. « Est-ce que ça me regarde ? » En cédant à cette idée, on abandonne toute idée du bien qui est la seule voie du bonheur. Pire encore, on renonce au souci véritable de l’autre.

« Est-ce que ça me regarde ? » voilà une expression qui en rappelle une autre plus célèbre encore : « Suis-je le gardien de mon frère ? ». Vous vous souvenez, Caïn vient de tuer son propre frère Abel, et Dieu vient à sa rencontre, et lui demande : « Où est ton frère Abel ? ». Et Caïn répond cette phrase qui en dit si long : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? ». Caïn répond lui-même à cette question qu’il pose : il sait parfaitement qu’il est le gardien de son frère.

La première lecture va même encore plus loin en nous disant que le souci de l’autre est une condition de notre propre salut. Si je vois que l’autre se perd et que je ne fais rien moi-même pour lui, je pourrai bien ne pas ‘sauver ma vie’. Exigeant, n’est-ce pas ! Belle manière de nous obliger à changer sur ce point.

 

Une précision importante : être le gardien de notre frère, ne signifie pas être son juge, c’est cela que notre société redoute avec raison.

Quelle différence ? Quand nous jugeons l’autre : nous disons plus ou moins que sa personne comme un tout est mauvaise. Condamner notre frère l’enferme au lieu de le libérer. Il nous faut donc bannir résolument toute critique des personnes, en premier lieu dans notre communauté.

Au contraire, faire un reproche à un frère ne concerne que l’un de ses actes et non pas sa personne tout entière. Cela suppose un amour suffisamment désintéressé pour risquer peut-être de se prendre un refus en retour.

 

Il y a plusieurs conditions de succès :

Il nous faut d’abord nous soucier davantage de l’autre que de nous-mêmes.

Notre problème est que nous sommes tentés de nous taire par faiblesse ou nous parlons sous l’effet de la colère pour dire à l’autre ‘ses 4 vérités’, ‘pour l’aider à grandir’ soit disant ! Ce qui signifie que nous agissons simplement en fonction de nous-mêmes.

 

Il nous faut également croire en eux. Lorsque Dieu envoie son prophète Jérémie auprès de son peuple, il a cette belle parole : « Peut-être écouteront-ils, et reviendront-ils chacun de son mauvais chemin ? » Jr26,3. Dieu ne s’est pas résigné à notre égard, il croit que notre conversion est possible, et il nous demande de croire également en nos frères. C’est l’amour qui fait cela, si nous voyons encore ce qui est bon chez l’autre, nous sommes rendus capables d’espérer pour lui son retour à Dieu, en son temps.

Personnellement, j’ai souvent été surpris. Faisant de mon mieux pour inviter des personnes à vivre ce que l’Église nous enseigne, en montrant toute la beauté de la vie chrétienne, alors que je redoutais la conversation, j’ai eu plusieurs fois la surprise de voir les personnes s’en saisir pour avancer plus loin, souvent de manière bien courageuse. La vérité libère.

 

Cela nécessite la douceur et l’humilité.

La douceur car le seul but est de le ramener sur le chemin du Christ. Toute pression, toute menace ou manipulation ne sert à rien.

L’humilité, car il nous faut la conscience que nous pourrions tomber nous-mêmes. Reprendre l’autre en nous comportant comme un juste, c’est lui faire insulte : nous sommes son frère, faible comme lui.


 

Concrètement, demandons à Dieu un amour renouvelé pour nos frères, un courage renouvelé, et le désir sincère de leur salut. Nous avançons comme un peuple. Seuls nous sommes morts.

Demandons à Dieu le courage de nous taire quand nous sommes tentés de parler, et le courage de parler quand nous sommes tentés de nous taire. Pour les mauvaises raisons.

Si nos frères sentent un amour authentique, alors peut-être reviendront-ils à Dieu grâce à nous. Et ce sont eux qui nous garderont nous aussi au temps voulu.

Si nous osons, Dieu nous fait cette belle promesse : « Sachez-le : celui qui ramène un pécheur du chemin où il s’égarait sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés. »Jc5,20

père Marc Burtschell

Homélie du 3 septembre 2017, Mt16,21-27

Seigneur je te l'offre !

Le Christ aborde là un sujet que nous aimons beaucoup n’est-ce pas : « Si quelqu'un veut marcher à ma suite (…) qu’il prenne sa croix ».

On raconte cette anecdote (aux sources approximatives) à propos de Ste Thérèse d’Avila, alors qu’elle glisse et se fait mal, elle dit à Jésus “Seigneur, après tant d’ennuis, il faut que celui-là m’arrive encore !” Jésus répondit “Thérèse, c’est ainsi que je traite mes amis !” Elle répondit “Je comprends que vous en ayez si peu !”

Il n’est pas promis une vie facile au disciple, et pourtant il n’y a pas de vie plus belle non plus. L’exhortation de St Paul dans la deuxième lecture tombe donc vraiment à point : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser ». Voilà bien un lieu en effet, où il nous faut renouveler notre manière de penser, en profondeur.

St Pierre illustre très bien la pensée du monde. C’est le comble, souvenez-vous, il vient de proclamer en bon élève : « Tu es le Christ le Fils du Dieu vivant » et le Christ lui répondait « Tu es Pierre », etc. Le grand Pierre reprend donc Jésus et déraille un peu cette fois : « Dieu t’en garde, Seigneur, cela ne t’arrivera pas. » Réponse : « Passe derrière-moi Satan » ! Satan !

St Pierre voudrait retenir Jésus de donner sa vie, alors il se fait reprendre très sévèrement. C’est sûrement là l’un des pire reproches que Jésus ait jamais dans l’évangile.

« Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » : et l’on entend encore St Paul : renouvelez « votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu ».

 

Le problème alors est que nous aurions tous dit comme St Pierre. Parce que nous ne comprenons pas nos vies sous le regard de la volonté de Dieu, mais avec des pensées toutes humaines.

Nous disons : « comment se fait-il qu’il m’arrive à moi qui suis si bon toutes ces choses si difficiles ». Car nous nous voyons comme des justes parmi les justes. Le curé d’Ars qui avait conscience de sa petitesse et de son péché en comparaison de la sainteté de Dieu, considérait toujours qu’il méritait bien de rencontrer des épreuves.

 

Ou encore, face aux épreuves, nous sommes déboussolés, car nous attendons de Dieu le bonheur. Un bonheur sans nuages. Mais ce chemin traversé d’épreuves est pourtant le bon. C’est le chemin du bonheur véritable, le chemin étroit, Jésus l’avait bien dit. Cette difficulté pourrait nous faire renoncer à suivre Dieu, « si c’est comme ça ». Et dans la première lecture, le prophète Jérémie se fait justement notre porte parole à tous, lorsque devant les insultes qu’il reçoit, il se dit : « Je ne penserai plus à Dieu, je ne parlerai plus en son nom ». Pourtant, il découvre en lui, un amour, un feu qui le presse, plus fort encore que la peur des épreuves.

Nous sommes mus par l’amour, non par un goût douteux pour les souffrances. Nous attendons la vie, la résurrection, nous sommes sur la bonne voie.

 

Concrètement, comment nous y prendre nous qui pestons si facilement quand nous sommes pris dans un bouchon, ou avec une panne de machine à laver, ou si quelqu’un qui nous demande de l’aide ?

 

Ce n’est pas un chemin d’efforts supplémentaires comme on pourrait le penser. C’est un chemin d’humble abandon à Dieu. « Vous êtes dans le bouchon », eh bien dites : « Seigneur je te l’offre », « Je n’ai pas mon confort, mais pour toi je veux bien me laisser déranger », etc.

Pierre Goursat le fondateur de la communauté d’Emmanuel parlait à ce sujet des pères du désert. On raconte une histoire des Pères du désert, ces moines retirés au désert dans les premiers siècles après Jésus Christ. On dit qu’il fait très chaud, et que les loirs sont très bruyants, qu’ils empêchent de dormir, etc… Mais tout convient pour celui qui est humble. Il n’entend pas les loirs. Il ne trouve pas, jamais, qu’il fait trop chaud. Tout va bien, il est toujours content.

Demandons à Dieu d’entrer dans ce chemin à sa suite, où tout va bien, toujours contents de porter notre croix pour participer à la construction du Royaume de Dieu.

 

père Marc Burtschell

Homélie du 27 août 2017, Mt16,3-20

Ce que Dieu pourrait faire avec nous si...

« Pour vous qui suis-je ? » : drôle de question.

Par comparaison, considérons quelques autres fondateurs. Bouddha et Confucius montrent une voie à suivre. Mahomet donne le livre du Coran. Ce qui est vraiment important est la voie, le livre sacré, Dieu, plus que ces fondateurs. Je ne pense pas qu’ils auraient osé une question aussi étrange que : « Pour vous qui suis-je ? ». « Ça y est voilà que les chevilles enflent ! »

Or pour nous chrétiens, la question est bel et bien pertinente. Oui, c’est la personne même du Christ qui est au cœur de notre foi. C’est Lui qui fait la différence.

 

Qui est-il donc ? St Pierre voit juste : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »

St Pierre vit en compagnie de cet homme depuis quelque temps déjà. Il est séduit, étonné, sans trop comprendre tout à fait pourquoi, cet homme là n’est pas comme les autres. Et viens le jour où la lumière se fait en son esprit : en fait, c’est Dieu, Dieu est là !

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » : Ces paroles jaillissent du cœur de la personne de Pierre, avec une force incroyable. Elles dépassent largement ce que la tradition juive attendait du Messie, du fils de David. Le Christ est Fils de Dieu. Nous entendons cette déclaration qui signifie entre autre : « Oui vraiment je crois que Dieu a envoyé son Fils pour moi, et je m’appuie entièrement sur lui. J’ai confiance, je n’ai plus de crainte ».

 

Comprenez-vous quel repos ce serait de pouvoir dire notre foi du fond du cœur comme saint Pierre ? Affirmer que Dieu est là avec nous. Car cela est vrai aujourd’hui, au cours de cette messe. Si nous comprenions le mystère de cette hostie que nous allons recevoir : Dieu est là ! Quel silence ce serait dans cette église !

Le curé d’Ars en perdait la voix parfois, ne pouvant faire plus que de répéter : « Il est là. Il est là ! » en montrant le tabernacle.

Nous sommes parfois traversés par les doutes. Est-ce que Dieu s’intéresse à moi ? Je n’ai rien à offrir, je suis seul.

Quel repos ce serait d’avoir mis toute notre confiance dans le Christ !

 

Et voyez alors ce que le Christ peut faire avec cet homme, parce qu’il a la foi ! En croyant au Fils de Dieu, Simon devient fils à son tour, et reçoit un nouveau nom Pierre (pendant notre évangile), le nom de sa naissance au Ciel. Fils du Royaume des cieux, il reçoit une mission dingue au cœur de ce Royaume. Dieu ne se moque pas de lui : celui à qui Pierre ouvre, il entre. Celui à qui il ferme, il reste dehors. Bien sûr, tout le monde est bienvenu dans le Royaume des Cieux, mais il y a des conditions, il faut parfois faire attendre la personne, pour lui dire : « Convertis-toi, renonce à ce que t’éloigne de Dieu, alors tu pourras entrer à ton tour, et être accueilli avec joie ».

Voilà ce qu’opère la foi en Pierre, et ce qu’elle permet à Dieu : quelle transformation incroyable ! Il a changé de dimension : quelle différence par rapport à sa vie précédente, il n’est plus question de savoir s’il y a du poisson ou non dans le lac de Tibériade.

 

Alors pour nous aujourd’hui, entendons Dieu qui nous pose la question : « Pour vous qui suis-je ? »

Avons-nous foi dans le Christ ? St Paul nous interpelle d’une manière semblable : « Examinez-vous vous-mêmes pour voir si vous êtes dans la foi. (…) Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous ? » 2Co13,5

Nous pourrons servir à la construction de l’Église à la mesure de notre foi.

Et acceptons ensuite de nous laisser surprendre par la réponse de Dieu qui va nous appeler à bien trop grand et bien trop fou pour nous. Ayons un cœur qui renonce à mettre des limites sur l’œuvre que Dieu peut accomplir en nos vies.

Ayons un cœur ouvert, et a priori davantage prêt à répondre « oui », plutôt que « non » à une proposition un peu folle, inattendue qui vient nous faire sortir des sentiers battus. Que ce soit en paroisse par les appels que nous pouvons recevoir des uns et des autres à un moment où nous appelons plusieurs d’entre vous à différents services. Que ce soit ailleurs dans des changements professionnels, familiaux, associatifs. Cela n’empêche pas bien sûr un vrai discernement par ailleurs, mais gardons notre cœur disponible.

Nous sommes fils et filles du Royaume des Cieux, levons-nous avec foi pour prendre notre place avec joie !

père Marc Burtschell

Homélie du 20 août 2017, Mt15,21-28

Femme, grande est ta foi !

Avec cette cananéenne, nous avons l’exemple d’une de ces païennes qui s’approchent du Christ, dont nous parle St Paul. C’est l’accomplissement de l’annonce de la première lecture : « ma maison s’appellera : « Maison de prière pour tous les peuples » ».

Le salut n’est pas réservé aux juifs, il est ouvert à tous. Encore une fois, l’évangile se plaît à nous mettre en exemple une femme qui a priori n’est pas celle qu’on attendait. Et la foi de cette femme à de quoi faire pâlir bien des juifs de son temps, et nous-mêmes aujourd’hui.

 

« Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! » : tout commence par cette demande insistance. C’est l’une des origines de la prière du cœur, devenue l’une des très grandes prières de l’Église d’Orient. La prière du cœur consiste à répéter sans cesse (au sens propre : sans cesse) cette prière ci ou à peu près : « Seigneur Jésus, fils de David prends pitié de moi pécheur ».

Et cette femme ne fait pas une demande timide.

Pourtant, enfin arrivée auprès du Christ, qu’obtient-elle ? Un silence.

A la demande des disciples qui veulent se débarrasser d’elle, Jésus explique : tu es païenne, or je suis d’abord envoyé auprès des juifs qui se sont écartés de leur foi.

Mais elle insiste encore : « Viens à mon secours ! ».

Pensez-vous que le Christ réponde ? Non, il continue, et la réponse signifie : « tu es païenne, tu es en train de prendre le temps que je dois donner aux juifs, ce n’est pas bien ». En effet, les païens étaient parfois appelés ‘les chiens’ par mépris, même s’il ne peut y avoir de mépris chez Jésus.

Admirons : la situation semble perdue. Et cette femme acculée, dans son humilité et sa confiance fait cette réponse si fine, si pleine de répartie : « justement, les petits chiens mangent les miettes ». Sous-entendue : je ne mérite pas plus, c’est vrai, mais ce sera bien suffisant, car je connais la puissance de Dieu.

Magnifique ! Par sa confiance, son humilité, sa persévérance : elle obtient, elle arrache même, une guérison pour sa fille.

 

Une question demeure : pourquoi le Christ n’a-t-il pas répondu plus vite ? Mystérieux, sûrement pour faire grandir cette foi et en montrer toute la profondeur, lui qui connaît le cœur de l’homme. En bon Maître, il éduque, fait grandir, en mettant à l’épreuve. C’est par sa foi qu’elle guérit sa fille, car sa foi est bien solide.

 

C’est un modèle pour nous, pour que notre foi grandisse, nous aussi.

Elle prie avec humilité : « Prends pitié de moi, Seigneur », « Viens à mon secours ». Ce n’est pas « parce que je le vaux bien », ni non plus « de toute façon, il ne s’intéresse pas à moi (paq personne ne s’intéresse à moi) ». Je ne mérite rien, c’est vrai, je suis pécheur. Notre orgueil déteste dire ça, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas grave ! (pour votre orgueil, pas grave d’être pécheur).

Voilà la confiance : elle sait ce qu’elle est, peu de chose, une païenne aux yeux de cette assemblée juive, très peu de chose, mais elle sait à qui elle s’adresse et sa puissance, et sa bonté, et rien la fait céder. Sommes-nous sûrs de Dieu ? Rejetons tout ce qui ressemble à : Dieu n’est pas bon, Dieu n’entend pas, il n’est pas assez puissant. Toutes ces pensées empêchent Dieu d’agir.

Viens alors la persévérance : elle insiste, c’est une battante, car elle est sûre du Christ, elle ne doute pas. Quand nous prions, si la réponse ne vient pas, ne nous laissons pas désarçonner tout de suite. Sommes-nous sûrs que Dieu entend ? Que Dieu répond ? Alors persévérons : c’est le critère, le seul qui est la preuve de notre confiance.

 

« Quand vous butez sur toute sorte d’épreuves, pensez que c’est une grande joie. Car l’épreuve, qui vérifie la qualité de votre foi, produit en vous la persévérance. »Jc1,2

 

Et ce temps de patience produit son fruit, et nous voyons comment Dieu répond, comment Dieu entend, et nous avançons, et nous remportons le prix de notre foi : la vie éternelle.

« Combats le bon combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé »1Tm6,12

 

Dieu met la barre à notre hauteur. Au début, il nous rend tout facile. Nous prions, et nous sentons que Dieu est là, qu’il répond. Mais notre foi est très faible, il faut que Dieu la fasse grandir. Ainsi les années passent. Viens un temps de chômage peut-être, et l’on demande un nouveau travail, et la réponse fait attendre, les entretiens se passent mal, les semaines deviennent des mois Que faisons-nous ? La révolte ? Le découragement, l’abandon ?

Dieu nous dit : apprends la confiance, ne t’inquiète, je suis en train de faire grandir en toi le plus important : ta foi. Il faut que nous soyons prêts pour les épreuves à venir. Un jour en particulier nous concerne, l’heure de notre mort : lorsque tout paraîtra disparaître, et que nous serons tentés de croire que Dieu nous oublie, notre foi devra nous faire tenir dans l’attente de la vie éternelle. Dieu nous veut prêt pour ce jour là.

Une précision importante : il n’est pas la source du mal, des épreuves. Mais le mal étant présent, il ne peut pas nous l’épargner, alors il nous apprend à l’affronter, pour remporter le prix de la vie éternelle.

Quelles que soient les épreuves, relevons-nous donc de notre endormissement et à l’exemple de la Cananéenne, répondons à l’invitation de St Paul qui nous encourage :

« Combats le bon combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé »1Tm6,12

père Marc Burtschell

Homélie de l'Assomption, Lc1,39-56

Quelle femme !

L’évangile de ce jour est l’occasion de vous raconter plusieurs histoires. En effet, dans sa composition même, ce texte renvoie à plusieurs passages de l’Ancien Testament, qui nous disent qui est Marie.
Lorsqu’Elisabeth salue sa cousine, elle s’écrie : « Tu es bénie entre toutes les femmes ». L’expression n’est pas nouvelle, elle fut employée à propos de deux femmes plus une.

Yaël : « Bénie soit parmi les femmes Yaël, femme de Héber le Qénite, parmi les femmes qui vivent sous la tente, qu’elle soit bénie ! » (Jg5,24). Baraq, le chef des armées juives a mis en déroute l’armée ennemie. Leur chef Sisera s’enfuit et trouve refuge chez Yaël, qui le cache sous une couverture comme si elle était son alliée. Mais à peine celui-ci endormi de fatigue, elle lui enfonce un piquet de tente dans la tempe et le livre aux juifs.

Judith : (« Il n’y a pas de femme pareille d’une extrémité de la terre à l’autre pour la beauté de son visage et l’intelligence des paroles » Jdt11,21.) « Bénie sois-tu, ma fille, par le Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes qui sont sur la terre, et béni soit le Seigneur Dieu, lui qui a créé les cieux et la terre, lui qui t’a conduite pour blesser à la tête le chef de nos ennemis. » (Jdt13,18) dit Ozias, l’un des anciens de la ville. Qu’a-t-elle fait ? La ville est assiégée, alors après avoir priée, elle se fait belle et descend dans le camp adverse, se fait accueillir par le général en chef de l’armée assyrienne, Holopherne, qui est séduit. Et, un soir, après l’avoir fait boire, elle lui tranche la tête et ramène son trophée dans son panier.

Esther : l’expression n’est pas employée mais son histoire signifie cette bénédiction parmi toutes les femmes. La reine a offensé le roi qui n’est pas juif. Il cherche la plus belle des femmes de son royaume pour la remplacer, et Esther jeune juive est choisie. Un complot est organisé par Haman pour faire tuer tous les juifs. Alors très courageusement Esther ose intervenir auprès du roi (elle risque la mort à aller le voir sans avoir été invitée par lui) lui disant que ce décret la condamne à mort, elle et son peuple. Le complot est dévoilé, et Haman pendu.  

Ces femmes ont pour point commun d’être des femmes courageuses qui frappe l’ennemi à la tête. Elles frappent le chef des armées, pas n’importe qui ! Et elles le frappent à la tête. Par leurs actions, ce n’est pas un règlement de compte personnel, mais le salut pour tout un peuple qui est offert. Enfin pour deux d’entre elles, leur victoire dépend de leur très grande beauté.
Comme vous le constatez, tout cela s’applique magnifiquement à Marie. Marie est extrêmement belle : Maximin, le voyant de la Salette, restera célibataire toute sa vie et dira : « Quand on a vu la Vierge, aucune femme peut y faire ! ». Elle est la ‘Belle Dame’ par excellence, magnifique extérieurement, car magnifique intérieurement, sans péché : l’Immaculée Conception.
Et cette beauté n’est pas une beauté potiche, elle a un lien avec la victoire obtenue sur le chef des armées, le démon lui-même. Elle a la lune (symbole du mal) sous les pieds, elle terrasse le serpent à la tête, sous son pied.
Elle est la femme courageuse qui obtient par sa bravoure le salut de tout un peuple : l’humanité tout entière.
Bien sûr, il ne s’agirait pas d’oublier le Christ, c’est lui notre sauveur, mais Marie a une place irremplaçable dans cette histoire, et c’est bien la gloire de Marie est qui évoquée dans cette première lecture.

Enfin, et je terminerai avec ceci : Marie est la nouvelle Arche d’Alliance. L’enfant d’Elisabeth bondit dans son sein, évoquant la danse du roi David devant l’arche lorsqu’elle monte à Jérusalem. Élisabeth s’écrie de joie, comme tout le peuple poussait des cris de joie devant l’Arche qui monte au son des acclamations. L’Arche de l’Alliance était l’objet le plus précieux des juifs, car elle contenait les tables des 10 commandements et un peu de la Manne du désert. Marie est la nouvelle arche de l’Alliance car elle a en son sein le Christ qui est la Parole de Dieu, notre Manne.
Quand on connaît l’importance de l’arche de l’Alliance, on comprend l’importance de Marie ! Elle est la maison de Dieu, la nouvelle Jérusalem en laquelle Dieu habite, et auprès de qui nous sommes invités à venir nous rassembler à l’abri des murailles.
Le Christ nous donne sa mère pour que nous soyons à l’abri de tout mal, en demeurant chez elle, en recevant de cette mère la douce bonté dont nous avons besoin au milieu de l’aridité de nos vies.
En ce jour de fête, accueillons avec joie d’un cœur renouvelé la Mère même de Dieu !

père Marc Burtschell

Homélie du 2 juillet 2017, Mt10,37-42

Un peu de courage !

Quelle est la tentation du prêtre quand il invite ses paroissiens à s’engager à la suite du Christ ? Celle de dire : « Oh mais non, ne vous inquiétez pas, vous allez pouvoir continuer de vivre votre vie comme avant, sans rien changer, sinon juste une soirée là, de temps en temps ». Comme si la suite du Christ n’allait rien changer ! Les paroissiens aimeraient y croire, et les prêtres avec eux.

Comment fait le Christ ? Il dit la vérité comme elle est. Se mettre à la suite de Dieu ne peut se faire à moitié : c’est Dieu que nous suivons ! Il mérite la première place, et n’en acceptera pas une autre. Le Christ est clair : « Celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ». Nous aimerions contester que quand même c’est un peu dur. Non c’est juste, c’est bon, c’est vrai ! Il est libérant d’accepter cette vérité simple sur nos vies : c’est une bonne nouvelle. Et c’est une prière à adresser Dieu : aide-moi à te mettre en premier. Tu sais combien j’ai souvent d’autres priorités, Seigneur je te choisis toi seul, le premier.

L’aimer en premier, si l’on se contente de beaux sentiments, ne suffit pas, le Christ nous demande davantage : « celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ». Il faut aimer en acte. Le Christ est mort sur la croix : c’est le chemin du disciple.

Nous devons d’abord mourir au péché : c’est la conversion jamais achevée dans nos vies. Ici encore, nous aimerions garder toutes nos habitudes et ajouter la prière, la messe. Mais le Christ vient bousculer le confort de nos vies, notre manière bien à nous de « trouver notre vie », comme dit le Christ, nous pourrions traduire de « sécuriser notre vie », pour ne jamais avoir besoin de Dieu. Trop risqué ! Compter sur Dieu, c’est trop risqué ! On ne sait jamais trop s’il va agir, mieux vaut compter sur soi. J’ai ma maison, ma voiture, mon mari, ma femme, ma détente, mon club, mes voyages. Et devant la porte un petit écriteau, à l’adresse de Dieu : « prière de ne pas déranger ». En soi, rien de mal apparemment, mais le péché se glisse souvent là au milieu de nos fausses priorités : de l’orgueil, des jalousies, des futilités, etc. Être disciple signifie mourir au péché. Un exemple facile : vous avez bien conscience d’être un peu gourmand, pas beaucoup, juste un peu, bien conscience que Dieu semble vous dire « c’est un peu trop, tu devrais changer cela ». Mais le changement n’est pas simple, car vous avez l’impression de mourir si vous le faites. Pourtant vous allez vivre ! Mourir au péché ce n’est pas mourir, c’est vivre.

Mourir au péché est la première étape. Porter notre croix est la seconde. Le mal pour être repoussé doit être affronté. C’est cela porter sa croix. « Je veux bien être un témoin du Christ auprès de mon mari, de ma famille, s’ils m’accueillent à bras ouverts ! ». Autant dire : « Je veux bien s’ils sont déjà saints ». Justement la mission commence là. Le Christ cherche des amis courageux. Il se soucie de votre famille, de vos amis, de vos collègues, et il cherche quelqu’un pour y aller, pour être témoin. Ce n’est pas simple, mais l’enjeu est grand : au plus profond d’eux-mêmes, toutes ces personnes attendent notre annonce. Extérieurement, ça ne se voit pas toujours, c’est vrai ! Pourtant la soif est là, et lorsqu’enfin ils comprennent, quelle reconnaissance ils vous témoigneront : vous les aurez aimés, leur donnant le meilleur, Dieu. Dans les quartiers de Mistral, un jeune disait à un bénévole du Rocher : « les bénévoles du Rocher ce sont les seules personnes que vous avez beau insulter, le lendemain elles reviennent et elles vous saluent quand même ». L’amour est fort, il est solide, plus que la haine.

 

Alors si nous faisons cela, Dieu se sert de nous bien au-delà de toute imagination. « Qui vous accueille m’accueille » : quelle belle mission ! Nous portons si bien (façon de parler) Dieu que lorsque les autres nous accueillent, Dieu entre avec nous et les sauve. Dieu, si exigeant avec nous, parce que nous le connaissons, est compréhensif, généreux avec tous ceux qui ne le connaissent pas. « Qui accueille un prophète parce qu’il est prophète recevra une récompense de prophète » ! Eh bien, ça vaut le coup : avoir la récompense du prophète sans avoir son travail, je prends. C’est simple. Dieu est exigeant, mais il est bon, tendre.

Concrètement : où ai-je choisi de « sécuriser » ma vie ? Comment ai-je construit une vie tranquille mais sans Dieu dans certains domaines de ma vie ? Quelles sont les personnes à qui je tiens plus que Dieu ? Quelles sont les activités, les biens, qui sont devenues comme des idoles par l’importance que je leur accorde ? Les péchés auxquels je ne veux pas renoncer ?

Et positivement : Où Dieu m’appelle-t-il ? Où m’invite-t-il à prendre un risque pour lui ?

Demandons à Dieu le courage de le suivre. Qu’il nous donne de nous soucier des autres, puisqu’il s’occupe de nous.

père Marc Burtschell

Homélie du dimanche 25 juin 2017, Mt10,26-33

Des témoins sans craintes

Dieu nous a fait porteurs d’une immense espérance, pour tous. Au milieu d’une société très abîmée par de nombreuses violences et de nombreuses peurs, comment traverser les épreuves et garder l’espérance ? D’où tirer la force ? Nous le savons, la liste est longue des douleurs de notre société, et des douleurs personnelles de nos vies.

Dieu nous donne une espérance profonde : nous sommes sauvés du mal, et nous attendons le renouveau de toutes choses. Nous ne serons pas seulement des êtres spirituels assis sur des nuages. Nous attendons la résurrection des corps et le renouveau du monde que nous connaissons déjà : même si le mystère demeure quant à tous les détails.

D’une manière ou d’une autre, je sais qu’un jour, je retrouverai enfin les proches de ma famille (et comme nombre d’entre vous j’ai des visages précis en tête), ce sera le temps des moments en famille sans embrouille, le temps de contempler la création enfin réconciliée dans une beauté et une paix profonde.

Dieu nous a rendus témoins de cette espérance immense, et ce, d’une manière toute particulière ensemble en paroisse. Nous sommes ici sur ces communes-ci dans ce seul but.

Quelle mission magnifique !

Voilà le contexte de l’évangile de ce jour. Jésus envoie ces disciples en mission, sans leur cacher que ce ne sera pas tous les jours facile.

 

Réaction ? Ça a beau être une mission géniale, ça nous effraie aussi : c’est justement pourquoi Jésus nous encourage pas à pas aujourd’hui.

 

« Ne craignez pas les hommes ! » : pourquoi donc ?

Ils ne pourront rien faire de plus que de tuer votre corps. Vous avez bien entendu oui ! Notre but est la vie éternelle, pas de panique donc : si l’on vous tue, votre corps ressuscitera… Oui, après tout… c’est simple quand on y pense.

Un exemple ? Je pense à ce héros du film « Tu ne tueras point ». Histoire vraie d’un homme, Desmond Doss, qui est infirmier pendant la seconde guerre mondiale, objecteur de conscience : il refuse de tuer quiconque. Qu’est-ce qu’a signifié pour lui : « Ne craignez pas les hommes. »

On veut lui faire porter une arme. Sa conscience s’y oppose, il n’en aura jamais une sur lui. On veut le faire travailler le jour du Seigneur : jamais un seul de ses supérieurs n’y parviendra. Les uns après les autres, tous ceux qui veulent le faire céder se briseront les dents. Bien sûr, ils parviendront à l’humilier, à se moquer de lui, mais Desmond Doss ne changera pas et reste fidèle. Ce n’est pas arrogance de sa part : Dieu passe avant, et il ne craint pas les hommes. Sa manière de vivre signifie clairement qu’il est centré sur cette vie qui vient : tout le reste est dérisoire en comparaison. C’est un coureur concentré sur le prix à recevoir, un athlète du Christ traversé comme nous de doutes, de craintes. Il risque le tribunal militaire et la prison, mais Dieu prend soin de son serviteur.

Nous sommes encouragés de même, à ne pas craindre les hommes. Je dérange ma famille, mes amis, mes collègues, car je crois en Dieu ? Tant pis, mon choix est fait, il va falloir qu’ils s’en accommodent : mon amour de Dieu n’est pas à négocier. Ce n’est pas mépris ou provocation de ma part, mais Dieu m’a séduit, il m’a sauvé comme personne n’en sera jamais capable. Je me prononcerai pour lui.

 

Ne craignez pas les hommes, ils ne tuent que le corps. Mais craignez celui qui peut vous jeter dans la géhenne. Tiens, et pourquoi donc ? Car celui-là peut emporter votre âme et vous privez de la vie éternelle. Il faut nous méfier du démon. La Bible nous enseigne par ailleurs sur ses intentions : « Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. » 1P5,8. Oui, nous sommes menacés, un combat contre le mal se joue tout au long de notre vie, même si nous aspirons déjà au repos de la vie éternelle.

Que signifie alors craindre le démon ? Renoncer au mal. Il nous faut être fermement opposés à tout mal. Pas de magouilles, pas de lâchetés, pas d’impuretés, pas de mensonges qui sont autant de liens avec le prince des ténèbres. Il nous faut demander la grâce de voir Dieu dans toute sa splendeur, son amour, dont nous nous éloignons dans de tels moments, et de voir le démon, pire que le pire chef de gang dont nous nous rapprochons, pour un petit ou gros arrangement. Vous savez bien qu’on ne sort pas indemne d’un petit service reçu d’un chef de gang. Il saura s’en souvenir et revenir vers vous bientôt. Le démon veut notre âme, c’est simple.

 

Ne craignez pas les hommes. Craignez le démon. Mais enfin : « soyez donc sans crainte : vous valez mieux qu’une multitude de moineaux ». Oui, il est vrai que parfois nous aurons à affronter des hommes qui s’opposent ou qui se moquent de nous, que nous devrons avoir du courage pour renoncer au mal malgré tout. Mais en tout cela, Dieu montrera sa puissance : « il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Celui qui s’appuie sur Dieu ne sera pas déçu. Dieu prendre plaisir à manifester sa gloire par celui qui croit en lui. Desmond Doss, cet infirmier, objecteur de conscience, après avoir subi les moqueries multiples recevra la médaille d’honneur, plus grande distinction militaire des Etats-Unis. Sur le champ de bataille, rien ne l’arrête, il ira chercher tous les soldats, prenant tous les risques, au point que les soldats ne voudront plus partir sans lui. Au cours d’une attaque, sur un plateau, il sauvera seul environ 75 hommes, restant mystérieusement le seul non blessé encore sur le champ de bataille. Il s’occupait des soldats, et laissait Dieu s’occuper de lui : plutôt efficace !

Nous aussi : occupons-nous des autres, et laissons Dieu s’occuper de nous !

 

Concrètement : notre paroisse est appelé « se déclarer pour le Christ », à rendre un témoignage humble et courageux de l’espérance qui l’habite.

Pour garder l’espérance, nous avons besoin d’être ensemble : et c’est pourquoi nous vous proposerons à la rentrée de rejoindre une fraternité locale. Ce sera un lieu pour se connaître, pour prier, pour se ressourcer en écoutant la Parole de Dieu. La fréquence est environ tous les 15 jours.

Pour annoncer notre foi, nous avons besoin de lieux d’annonce : et c’est pourquoi nous vous proposerons à la rentrée de vivre le parcours Alpha pour vous. Ce sera d’abord un lieu de ressourcement pour vous, puis un lieu où vous pourrez inviter les personnes de votre entourage qui ont soif de Dieu et à qui vous ne savez peut-être pas que proposer. Ce sont 10 soirées sur 10 semaines : vous venez à la première, et si ça vous plaît, vous revenez.

La proposition concrète que je vous fais donc est la suivante : en vue de la rentrée de septembre : gardez du temps dans votre agenda pour la paroisse. Bien sûr, il n’y a pas que la paroisse, mais pour tout chrétien, la paroisse reste ce lieu fondamental, la première communauté, par laquelle Dieu veut passer de manière ordinaire : lieu de vie, de ressourcement, pas seulement de service.

Faisons lui de la place pour être fidèles ensembles à la mission que Dieu nous confie.

père Marc Burtschell

Homélie pour la fête du Saint Sacrement, Jn6,51-58

Tout entier présent, juste là.

La première lecture évoque la traversée du désert, lorsque le peuple hébreu est nourri de la manne. Et que se passe-t-il ? Au début, la manne est quelque chose de merveilleux, elle a le goût que chacun souhaite, c’est la nourriture tombée du ciel, le don de Dieu. Et après quelque temps ? Après quelque temps, le peuple n’en peut plus, il se plaint, et souhaite retourner en Egypte.

Ce peuple nous ressemble parfois. Sommes-nous encore reconnaissant pour tout ce que Dieu nous donne chaque jour ? Nous avons une maison, un toit, et après un temps nous nous y habituons. Nous oublions parfois le bonheur que nous avons. Nous ne remercions pas assez notre créateur. Dieu nous comble ! Un immense merci à Dieu le soir, cela nous fait estimer notre vie. Maître Eckhart disait : « Si tu remerciais Dieu pour toutes les joies qu’Il te donne, Tu n’aurais plus de temps pour te plaindre ».

« Merci pour le mari que j’ai, merci pour la femme que j’aime, merci pour le don de la foi, pour le don des sacrements qui me donnent la vie de Dieu. »

Qui dit merci tous les jours pour l’incroyable présence du Christ dans l’hostie ? Tous les dimanches nous rencontrons le Christ tout entier présent : disons merci ! Eucharistie, voilà ce que cela signifie : « rendre grâce », « merci ». C’est le remède contre la tristesse.

 

Pas facile, n’est-ce pas, de croire à cette présence si mystérieuse ! D’autres avant nous ont douté de cela. St Antoine de Padoue est un saint extraordinaire, un grand prédicateur du 13e s. A son époque, en Italie, il y a l’hérésie cathare qui fait beaucoup de ravage : pour eux la matière, et donc la création, était mauvaise en elle-même. D’après eux, il ne fallait pas avoir d’enfants par exemple. Cette hérésie avait un succès tel que les prêtres catholiques étaient menacés d’être tués par la foule. Certaines personnes dans l’Église voulaient réprimer par la force, mais St Antoine s’y refusait : lui au contraire, prêchait sur la présence du Christ dans l’Eucharistie (présence dans le corps). Un jour, un homme nommé Bonvillot vient le provoquer, lui disant : « comment est-ce possible que le Christ demeure dans un misérable morceau de pain ? ». St Antoine lui répond que c’est l’amour de Dieu qui veut cela pour être proche de nous. Alors St Antoine lui demande : « Frères, si ta mule s’inclinait devant une hostie consacrée, est-ce que tu croirais ? »

« Oui, mais à la condition qu’elle jeûne pendant trois jours, et tu verras alors si elle dédaigne la belle avoine que je lui présenterai et si elle accorde la moindre importance à ton pain ».

St Antoine lui répond, sans se démonter, rempli de foi : « Eh bien amène-la dans trois jours, je t’attends ». Au troisième jour, Bonvillot apparaît fier comme Artaban, sa mule affamée arrive. St Antoine est là le saint sacrement dans les mains, et on pose à côté de lui un sac d’avoine bien doré. La foule attend, sans rien dire, comme à son habitude. La mule flaire l’avoine regarde l’hostie, et s’agenouille. Alors Bonvillot s’agenouille, et beaucoup d’autres personnes, dont des juifs qui demandent le baptême. Cela s’est passé à Toulouse.

 

Le Christ est présent, Dieu est là. Nos églises existent uniquement pour contenir le Christ. Ce ne sont pas des musées. Il y a de belles choses dans une église, mais la plus belle, c’est le Christ présent dans l’hostie. La lumière rouge vous indique qu’il est bien là : c’est ici qu’il faut vous arrêter après avoir admiré l’édifice.

 

L’hostie c’est le Christ présent sous les apparences du pain et du vin.

C’est la nourriture du chrétien : la route est longue, nous avons besoin d’une nourriture solide pour grandir dans notre foi.

L’hostie c’est le rappel de l’amour du Christ. Jésus est mort sur la croix pour chacun d’entre nous. Pour rester présent au long des siècles, il a inventé ce sacrement qui nous rappelle qu’il a donné son corps pour moi, maintenant aujourd’hui.

L’hostie c’est le réconfort. Lorsque Elie traverse le désert, il s’arrête épuisé, un ange le réveille et lui donne du pain : c’était l’annonce de l’eucharistie.

L’hostie c’est l’abondance de vie : recevoir Dieu, c’est recevoir la vie en grand, celui dont notre cœur à soif. Quand Jésus multiplie les pains, il montre qu’il est capable de nous combler : il a de quoi nous donner la vie. Il nous l’avait bien dit : « Je suis venu pour que vous ayez la vie et la vie en abondance ». C’est ce pain de vie éternelle : car il faut être uni à celui qui est la Vie pour avoir la vie, c’est simple.

 

Alors concrètement, communions avec un respect renouvelé : les gestes de respect, le silence, nous aide à comprendre en présence de qui nous sommes. N’hésitons pas à nous agenouiller lors de la consécration.

Vous les enfants pour qui c’est la toute première fois : remerciez Dieu de ce grand don qu’il vous fait.

Enfin, lorsque nous passons devant une église, si nous en avons le temps, entrons un instant pour le saluer au tabernacle, lui présenter nos soucis, lui dire merci, puis repartons à nos occupations avec Lui. Il est là, il nous attend.

père Marc Burtschell

Homélie pour la fête de la Sainte Trinité, Jn3,16-18

Centrés sur Dieu, juste Dieu

Nous voici réunis aujourd’hui pour fêter Dieu : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Nous sommes centrés sur l’essentiel, juste Dieu. Nous ne mesurons pas assez notre chance de connaître Dieu.
Nous faisons notre signe de croix trop vite, un peu comme un chasse mouche : « Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». On attend de passer à la suite, alors que le cœur est là : nous mettre simplement en présence de Dieu qui est Père, Fils et Saint Esprit. Un seul Dieu, et trois personnes. C’est un mystère d’amour, comme dans un couple, deux personnes ne font qu’un.
Connaître Dieu est la quête de tout homme, depuis toujours, toutes les religions sont le signe manifeste de cette soif intérieur de l’homme qui essaye d’aller vers Dieu. Et nous avons nous la chance de savoir qu’il est amour, qu’il est Père : ce n’est pas du tout évident ! En certains lieux, on offre des sacrifices pour échapper à la colère des dieux. Si vous êtes malades c’est que vous avez dû oublier de faire une offrande à l’un d’entre eux. Non, Dieu est Père. Il est Fils, et un Fils qui s’est fait homme pour nous, et il est mort pour que nous ayons « la vie éternelle » comme dit l’évangile. Personne n’aurait jamais pu imaginer que Dieu puisse faire ça ! Dieu est Esprit Saint : il vient habiter en nous, pour nous emmener vers le Père.

Cette révélation du visage de Dieu s’est faite progressivement au long des siècles, et dans notre vie, il en est de même, c’est progressif, si nous le cherchons. La Bible dit en effet : « Vous me chercherez et vous me trouverez, parce que vous me chercherez de tout votre cœur ». Jr29,13
La première lecture est un des moments importants de cette révélation. Sur la montagne du Sinaï, Dieu révèle son nom à Moïse : « le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité ». C’est un beau nom, n’est-ce pas ! Dieu tendre, plein d’amour, lent à la colère, c’est une drôle d’expression : oui Dieu peut se mettre en colère, car le mal le révolte, il est prêt à protéger le faible, et il est fort, mais il est lent à la colère, car sa colère est mesurée, elle est juste.
Et que dit Moïse : « daigne marcher au milieu de nous ». Quelle belle réponse. « S’il te plaît, toi qui est bon, reste avec nous, car il fait bon être avec toi. » Moïse sait combien il est reposant de connaître Dieu et de demeurer avec lui.
Voici la première étape de la révélation de Dieu : Dieu se fait connaître comme le Dieu Unique, le Dieu bon. Dieu ne se révèle pas encore comme un Dieu Trinité, pourtant la Trinité est déjà là : cette nuée, c’est la présence de l’Esprit Saint, comme à la transfiguration. Et les tables de la loi, c’est l’annonce du Christ la Parole de Dieu.

Il faudra attendre le Christ pour que tout soit clair. C’est lui qui nous enseignera qu’il a un Père, et qu’il y a l’Esprit Saint. Je reconnais que ce n’est pas forcément simple à comprendre avec la tête. Mais avec le cœur, nous comprenons mieux. C’est un mystère d’Amour : à l’origine du monde, il y a une communauté d’amour, ‘le Père ne s’ennuie pas tout seul’.
Nous ne comprendrons jamais tout ce mystère. On raconte cette histoire :  un soir d’été le grand St Augustin est sur la plage, il réfléchit au mystère de la Sainte Trinité et il voit un enfant qui a fait un trou dans le sable, et qui avec son sceau fait des aller-retour pour mettre l’eau dans le trou. Il lui demande alors ce qu’il fait : « J’essaie de mettre toute la mer dans ce trou ». « Mais tu vois bien que c’est impossible ! » lui répond St Augustin. Et l’enfant répond alors : « C’est vrai mais j’aurai fini avant que tu aies compris le mystère de la Sainte Trinité ! »
Être dépassé par Dieu, c’est normal ! Chez les chrétiens, c’est tout le temps le cas : la Trinité, mais c’est impossible ! Que Dieu meurt sur une croix comme un criminel ? Impossible. Qu’il ressuscite ? Impossible. Qu’il puisse être présent, lui Dieu, dans un petit morceau de pain de 3 cm de diamètre et de 2g ? Impossible. Si c’est impossible, c’est que c’est Dieu !
Comment fait-il ? Je ne sais pas. Mais ce que je vois, c’est que tout cela a du sens : je vois bien l’amour dans tout ça. Que Dieu soit Trinité : c’est plus beau, c’est plus riche, cet Amour éternel. Être présent dans l’hostie, comment est-ce possible ? Je ne sais pas. Mais comme il est beau de pouvoir accueillir Dieu, chacun d’entre nous personnellement, en nous. Dieu veut une relation personnelle, avec moi, si je m’avance dans cette allée pour venir le recevoir : c’est si je veux bien.
Tout cela est cohérent, ça tient la route : pas d’abord ici (au niveau de l’intelligence), mais au niveau du cœur.

Alors concrètement, voici une suggestion simple : faisons notre signe de croix plus lentement. En disant ceci, je pense aux apparitions de la Vierge Marie à l’Île Bouchard (apparitions reconnues par l’Église). Marie a enseigné le signe de croix aux enfants, en le faisant extrêmement lentement. Vous pouvez regarder le récit de cet événement par l’un des enfants lui-même (https://www.youtube.com/watch?v=GG04aR2DTD8 : le signe de croix se trouve à la seconde 1:00:35).
Elle nous enseigne ainsi qu’il faut penser aux trois personnes, qu’il faut prier notre signe de croix. Bien sûr, nous aurions l’air un peu bizarre à aller aussi lentement que ça, mais je crois qu’un bon critère est de nous demander après notre signe de croix, si nous avons pensé à chacune des personnes de la Trinité.
Pensons-y donc, nous serons ainsi tournés vers Dieu.

père Marc Burtschell

Homélie de Pentecôte, Jn20,19-23

Recevez l'Esprit Saint !

Le fête de Pentecôte vient de la fête juive Chavouot, fête des prémices des récoltes, où l’on célèbre le renouvellement de l’Alliance. Avec les nouveaux fruits de la terre, on attend aussi le renouveau intérieur. Et voici que des hommes reçoivent ce jour là l’Esprit Saint : c’est la grande nouveauté tant attendue, ce jour où l’Esprit de Dieu tombera sur tous, pour changer le cœur de pierre. Avec l’Esprit Saint nous sommes recréés !

Le Saint Esprit est parfois le grand inconnu de nos vies. Le Père on voit à peu près, le Fils aussi, mais le St Esprit… ? C’est un beau cadeau que nous avons reçu, et on l’a mis dans un placard avec les beaux services que l’on ne sort que pour les jours de fête. Pourtant c’est le contraire : « L’Esprit Saint, il faut s’en servir tout le temps ! Tout le temps, tout le temps ! Et après vous ne pouvez plus vous en passer » (Pierre Goursat)

Qui est l’Esprit Saint ? C’est une personne. Il y a le Père, le Fils et le Saint Esprit : trois personnes différentes. Chacun à sa place, et pourtant ils sont toujours ensemble. Un exemple : on dit que le Dieu le Père est le Créateur. Cela paraît simple. Puis, en fait, on découvre grâce à St Jean que le Père a créé les choses par son Fils : « Rien de ce qui fut, ne fut sans lui ». Et pour finir, on apprend que l’un des noms de l’Esprit Saint est l’Esprit créateur ! Ce n’est pas contradictoire : ils ont créé le monde tous ensemble, chacun à sa place.

Vivre avec Jésus cela aurait été si bien : Jésus ressuscité avec nous, tout le monde en rêve ! Pourtant, il explique à ses disciples : « il vaut mieux que je parte, sinon je ne pourrai pas vous envoyer l’Esprit-Saint. » Si « ça vaut mieux » c’est que ça doit être sacrément important !

Quel est le rôle de l’Esprit Saint ? Pour aller vers Dieu le Père, il faut devenir un vrai fils, une vraie fille de Dieu, il faut donc ressembler au Christ. C’est l’Esprit Saint qui fait cela, il nous façonne intérieurement pour que nous devenions semblables au Christ. Jésus nous donne son propre Esprit pour que nous soyons animés de l’intérieur par le souffle d’amour de Dieu : nous avons besoin d’air frais, pour vivre.

« Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! »Rm8,15 Regardez les disciples, ils sont enfermés par peur, ils sont esclaves. Mais le Christ leur donne son Esprit et la peur tombe.

L’Esprit donne la force intérieure, l’Esprit Saint conduit. C’est l’histoire d’un homme qui commence à se poser des questions sur l’existence de Dieu. A son travail, il est responsable d’équipe, et un membre de son équipe est en arrêt de travail. Ils sont sans nouvelles, ce qui l’inquiète. En même temps, la loi lui interdit d’appeler afin d’être sûr qu’il ne lui mette pas la pression pour revenir. Ni tenant plus, il appelle tout de même, juste avant que cette personne ne fasse une bêtise. L’Esprit Saint conduit. Cet homme a compris que Dieu existait, il s’est converti.

L’Esprit Saint fait l’unité. Lors de la tour de Babel, les hommes sont divisés. L’Esprit Saint vient unifier en respectant la différence. Chacun a gardé sa propre langue, et pourtant tous se comprennent.

L’Esprit Saint enseigne : c’est lui qui nous aide à comprendre la Bible.

Enfin, surtout, Au sein de la Trinité, l’Esprit Saint est l’Esprit-Amour. C’est très important : c’est l’Amour de Dieu qui vient en nous pour nous sanctifier, pour nous laver de nos péchés et faire de nous des saints. C’est fondamental ! Il n’y a que l’Esprit Saint pour purifier notre âme, et la rendre belle par l’amour. La Bible nous dit : « l’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par… l’Esprit Saint ! » (Rm5,5)

Au-delà de ce qu’on sent, ou de ce que l’on voit (et Dieu se donne parfois à voir pour nous encourager), l’Esprit Saint agit en profondeur, et c’est là le plus important. Au fil des jours, par notre persévérance, et sans que l’on s’en rende vraiment compte l’Esprit Saint nous fortifie dans l’amour.

C’est l’histoire vraie d’une femme, une grand mère qui a perdu beaucoup de personnes de sa famille lors du génocide du Rwanda, elle est dans un camp. Un jour on lui amène une vieille dame qui est perdue et qui cherche ses enfants, elle reconnaît la mère des assassins de sa famille. Elle prie, elle accueille la vieille dame qui a très peur d’être dénoncée. Elle lui dit : « N’ayez pas peur, je vous ai pardonné ». Elle la loge chez elle, c’est-à-dire dans une tente de 5m par 2m. Et le lendemain elle la conduit auprès des assassins de sa famille qui ont très peur eux aussi. A nouveau, elle leur répète : « N’ayez pas peur je vous ai pardonné ». Alors les assassins lui disent : « Mais comment avez-vous après tout le mal qu’on vous a fait, ce n’est pas possible ? » « C’est possible parce que je prie. » « Apprenez-nous à prier ». Ils lui demandent de lui apprendre à prier. Elle récite avec le Notre Père : « pardonne-nous, comme nous pardonnons ».

On ne peut aimer ses ennemis sans l’Esprit Saint.

 

Concrètement ?

Si l’Esprit Saint est une personne, cela signifie qu’il parle. Il est là, juste à nos côtés, et il se dit parfois : « Je suis là depuis 30 ans maintenant, mais j’aimerais dire quelque chose moi aussi. Il est là, et il dit des jolies prières, mais moi aussi j’aimerai parler ! ». Alors, il faut écouter.

Cela commence par avoir le désir d’un cœur qui écoute. Il faut se mettre en position d’écoute, et être prêt à entendre tout ce qu’il veut dire, sinon il ne le dira pas. Il ne faut pas trop spiritualiser. Il ne parle pas à haute voix, mais par les pensées, une impression, une émotion, par un frère, une sœur. Prenez l’habitude de lire la Parole de Dieu, avec un cœur qui écoute et il va vous conduire pour aimer.

L’Esprit Saint est un Esprit d’amour, prions-le de nous apprendre à aimer, qu’il nous fasse brûler intérieurement pour Dieu et les autres.

père Marc Burtschell

Homélie de l'Ascension, Mt28,16-20

La fin d'une mission, le début de la nôtre

Pourquoi Jésus n’est-il pas tout simplement disparu une dernière fois pour aller au ciel ? Pourquoi être monté au ciel ?

Par la fête de l’Ascension, Jésus nous montre le chemin vers le Père. Déjà lors de ces 40 jours qui suivent la résurrection, le Christ ne se laisse pas saisir, il ne reste pas en permanence avec ses disciples comme si le paradis commençait ici bas tout de suite. Non, il donne rendez-vous à ses disciples sur une montagne, il les remet en route, et à l’heure du départ, il les envoie encore vers le monde. L’histoire est loin d’être finie. C’est la fin de la mission du Christ et le début de la nôtre.

Symboliquement, les airs étaient le lieu des esprits mauvais qui barrent la route pour aller vers Dieu, le Christ ré-ouvre la voie, en détruisant la mort. Nous sommes attendus. Quelle grandeur ! St Paul insiste « Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel ».

 

Il est question aujourd’hui de manière toute particulière de la « puissance de Dieu ». Dans la première lecture : « Quelle puissance incomparable il déploie pour nous, les croyants : c’est l’énergie, la force, la vigueur qu’il a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux. (…) Il a tout mis sous ses pieds ». Et l’Evangile plus sobrement : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. »

Il est bon de nous réjouir de cette puissance de Dieu déployée pour nous. Jésus est descendu du Ciel pour venir à notre secours. Il a vaincu le prince de ce Monde, l’un des noms du démon, et Dieu le Père, ce n’est pas le Christ qui s’attribue lui-même cet honneur, Dieu le Père l’élève et lui soumet le monde entier. Il l’avait annoncé : « Maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors et moi une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn12,31).

Lors du péché originel, le démon prenait le pouvoir sur l’homme établi à la tête de la création, par la résurrection le Christ reprend la tête, désormais le démon ne régnera plus : une ère nouvelle commence, avec le début du rassemblement du peuple de Dieu autour de son Messie.

 

Et vous remarquez que l’ordre de mission ne tarde pas : le Christ ne s’étale pas en sentimalisme, mais de manière claire et concise il demande : « De toutes les nations faites des disciples ». C’est là son testament : cela signifie donc que sa venue sur terre tendait à un ce seul but : faire des disciples, afin qu’eux-mêmes fassent des disciples.

Ce mot de disciple, signifie en grec « apprendre » (de manthanein). En demandant à ses disciples de faire des disciples, le Christ demande plus que de baptiser : baptiser fait partie de ces choses qui font d’un homme un disciple, mais cet homme là doit également être enseigné. Il doit apprendre et entrer dans un chemin de croissance en se mettant à la suite d’un maître le Christ. C’est un chemin qui le conduira au Père.

Mais vous comprenez combien cet évangile nous interpelle sur ce fait tout simple : « suis-je bien un disciple ? », c’est-à-dire : « suis-je en croissance dans ma foi ? »

Et : « Ai-je le désir de faire des disciples ? »

Tout est là : tout ce que nous faisons doit avoir à faire à cette appel pour nous et cette mission, de manière plus ou moins directe tout doit être articulé autour de ce cœur unique. De même, tout ce que notre paroisse fait doit avoir à faire avec cette mission également.

Cette tâche nous le savons, est à la fois exaltante et ardue. Être un vrai disciple n’est pas confortable et ne le sera jamais. Faire des disciples non plus. Mais cette tâche est aussi profondément exaltante : pas de plus grand bonheur ici bas. En terme de bonheur : tout est là aussi. Nous pouvons faire confiance à Dieu.

 

Concrètement quelle est la feuille de route ?

Faisons comme les apôtres : attendons l’Esprit Saint. Il n’est pas bon de partir tout seul. Le Christ est parti pour pouvoir nous envoyer l’Esprit Saint. Comme les apôtres au Cénacle, demandons avec un cœur ardent la venue du Saint Esprit pour qu’il renouvelle notre vie, nos familles, notre paroisse…

 

Viens, Esprit Créateur nous visiter

Viens éclairer l'âme de tes fils ;

Emplis nos coeurs de grâce et de lumière,

Toi qui créas toute chose avec amour

 

Toi le Don, l'envoyé du Dieu Très Haut,

Tu t'es fait pour nous le Défenseur ;

Tu es l'Amour le Feu la source vive,

Force et douceur de la grâce du Seigneur

 

Donne-nous les sept dons de ton amour,

Toi le doigt qui oeuvres au Nom du Père ;

Toi dont il nous promit le règne et la venue,

Toi qui inspires nos langues pour chanter

 

Mets en nous ta clarté, embrase-nous,

En nos coeurs, répands l'amour du Père ;

Viens fortifier nos corps dans leur faiblesse,

Et donne-nous ta vigueur éternelle.

 

Chasse au loin l'ennemi qui nous menace,

Hâte-toi de nous donner la paix ;

Afin que nous marchions sous ta conduite,

Et que nos vies soient lavées de tout péché.

 

Fais-nous voir le visage du Très-Haut,

Et révèle-nous celui du Fils ;

Et toi l'Esprit commun qui les rassemble,

Viens en nos coeurs, qu'à jamais nous croyions en toi.

 

Gloire à Dieu notre Père dans les cieux,

Gloire au Fils qui monte des Enfers ;

Gloire à l'Esprit de Force et de Sagesse,

Dans tous les siècles des siècles. Amen.

 

Homélie du dimanche 21 mai, Jn14,15-21

La communion à Dieu

A l'occasion de la première communion de plusieurs enfants

Voici pour commencer, l’histoire vraie d’une petite fille durant la seconde guerre mondiale. Je ne me souviens pas du lieu exact, mais dans une église, les nazis ont ouvert le tabernacle, et ils ont jeté toutes les hosties par terre, par mépris. Ils ont aussi enfermé le curé de l’église dans la sacristie de l’église, et il y a une petite fenêtre par laquelle il voit ce qui se passe dans l’église. Et que voit-il donc ? Chaque jour, une petite fille entre par un trou des murs de l’église, et elle vient ramasser une des hosties qui a été jeté par terre. Chaque jour, au risque de sa vie, elle vient communier ! Quel beau geste d’amour et de respect pour Dieu.

Elle a compris comment mystérieusement Jésus est présent, comment Il l’aime elle, et elle répond à cet amour immense.

Cet évangile peut sembler un peu compliqué : on entend parler du Père du Fils et du Saint Esprit, et de notre place à nous, mais certaines choses peuvent nous échapper. Pourtant Jésus explique quelque chose de simple qu’avait compris cette petite fille : Dieu veut entrer en relation avec nous, pour que nous soyons en compagnie du Père du Fils et du Saint Esprit. Il veut demeurer en nous. Aujourd’hui, par la première communion, il vient habiter en vous : quel lien profond ! Et il vous invite à demeurer en lui, à l’accueillir avec une grande joie, comme cette petite fille.

Nous sommes fait pour cela. Notre expérience de tous les jours nous le montre.

Nous faisons l’expérience que nous avons besoin d’être aimé : nous aimons les lieux où nous sommes aimés, les groupes où nous sommes aimés, les personnes qui nous aiment.

Et nous faisons l’expérience que nous souhaitons ‘toujours plus’. Même lorsque nos amis, notre famille nous aiment, nous nous disons je crois : « je ne veux pas faire le difficile, mais en fait, je désire encore plus ».

Notre expérience nous apprend aussi que nous avons besoin d’être accueilli dans une communauté. Nous avons besoin d’un groupe, d’une famille, pas seulement d’une personne. Même un couple qui s’aime ne rêve pas d’être seul au monde. Non, nous rêvons d’avoir une place dans une communauté qui nous accueille et nous aime.

Eh bien, Dieu lui-même veut répondre à ses besoins là. C’est lui qui nous aime, et il veut que nous entrions dans le cœur de Dieu, dans cette communauté, où il y a le Père, le Fils, et le Saint Esprit, et tous les hommes. Par cette communion, vous serez unis à Jésus, vous serez nourris pour continuer de grandir comme chrétien, car le chemin continue. Toute votre vie est faite pour découvrir Dieu de plus en plus, pour que votre joie avec lui grandisse.

C’est bien beau, concrètement ?

Concrètement, la communion a Dieu donne encore aujourd’hui la même joie qu’il y a deux mille ans. Et je rencontre des personnes qui me témoignent combien elles ont changé depuis qu’elles connaissent. Même les proches mesurent la différence : plus de joie, plus de paix.

Dieu nous remplit, il nous conduit. Je pense par exemple à une famille qui vivait un temps douloureux. Et un couple qui les connaît à peine prie pour cette famille, en demandant à Dieu comment les aider, comment leur manifester leur amitié. Dans la prière, ils ont l'image d'un beau téléphone portable qui leur vient. Alors dans la foi, ils écrivent à cette famille pour leur dire : « nous serions très heureux si vous acceptiez qu'on vous offre un smartphone ». Quelle surprise, car justement, cette famille se disait : « ce serait tant de le changer, le nôtre est vraiment trop vieux ».

Si Dieu se soucie même d’un téléphone portable, il se souciera bien de votre vie ! N’hésiter pas à lui confier.

Apprenez à connaître et à aimer Jésus que vous recevez pour la première fois dans la communion, laissez-le vous présenter le Père et l’Esprit Saint, pour grandir toujours plus avec eux !

père Marc Burtschell

Homélie du dimanche 14 mai 2017, Jn14,1-12

Le service

A l'occasion de la messe des jeunes

A la suite des semaines précédentes, je poursuis la présentation des cinq ‘essentiels’ : la prière, la fraternité, la formation, le service et l’évangélisation. Aujourd’hui, parlons du service.

Dans cette première lecture, nous assistons à la création des diacres. Jusqu’à présent, il n’ y a que des prêtres, mais on se rend compte que les prêtres ont besoin de soutien, alors on appelle des diacres pour être au service, en particulier au service des plus pauvres. Nous pourrions nous demander : « pourquoi donc avoir besoin d’être ordonné diacre pour être au service ? Je peux rendre service sans être diacre. »

Les diacres sont configurés au Christ serviteur. Cela signifie qu’en voyant un diacre qui sert, cela nous rappelle quelque chose d’incroyable : nous sommes servis par le Christ ! Les diacres nous rappellent que Dieu est à notre service !

Si Dieu est à notre service, alors c’est parce qu’il nous aime. Quand quelqu’un de moins puissant que vous est à votre service, il est votre esclave, il ne vous aime pas, il a peur de vous. Mais si quelqu’un de plus grand que vous vous sert, c’est qu’il vous aime. Et Dieu nous aime !

Ce que je dis là est pourtant simple, et pourtant, ce n’est tellement pas naturel d’imaginer un Dieu qui nous serve que, à ma connaissance, les autres religions ont toujours imaginer Dieu comme le Roi qui gouverne, mais pas aussi comme celui qui sert, pas comme celui qui aime.

 

Cela a une conséquence redoutable.

Dieu est à notre service. Or nous sommes appelés à imiter Dieu : Jésus est le chemin à imiter. Donc ? Nous sommes appelés à servir.

Jésus a donné sa vie pour nous. Donc ? Nous sommes appelés à donner notre vie.

Quand on parle de service, on se dit parfois intérieurement : « Hé, mais je ne suis la bonniche de personne. » C’est vrai : les chrétiens n’ont pas à être « les bonnes poires de service ». Si vous me dites ce que j’ai à faire, je risque de vous dire de « vous débrouiller tout seul », et je crois que je ne suis pas le seul à réagir ainsi !

Mais nous parlons de tout autre chose. Nous sommes appelés à servir librement. C’est le propre des hommes et des femmes vraiment forts.

Chacun de vous a en lui quelque chose que lui seul peut donner, dont les autres ont besoin : dans un domaine au moins vous êtes ‘puissant’. Vous êtes doués en informatique, vous pouvez aider vos grands parents qui le sont parfois moins. Vous avez toujours le sourire aux lèvres, vous pouvez remettre de la joie chez ceux qui voient tout en noir. Vous êtes quelqu’un de paisible, quelqu’un qui a un don pour écrire, pour peindre, vous allez pouvoir donner cela autour de vous si vous le voulez bien.

Le génie de ce que vous êtes, c’est ce que vous avez à donner.

Je pense que chacun d’entre nous a pu voir cette grandeur du service chez les autres : un chef scout, un animateur d’aumônerie, un professeur qui fait envie. Quelqu’un de solide, paisible qui est au service et dont la personnalité rayonne.

Exemple : je mangeais récemment dans un restaurant. Et l’on me dit : « tu vois la personne qui nous sert, je l’ai un peu connu, elle m’a donné des cours, qu’est-ce qu’elle est bien cette femme ! » Le repas se termine, nous discutons et nous apprenons que cette femme est chrétienne. C’est beau ! C’est un vrai témoignage chrétien : quand on donne sa vie, on fait signe vers Dieu.

 

Pour conclure, je ne peux que vous encourager comme St Paul dans la seconde lecture à vous rapprocher du Christ pour prendre votre place dans l’Église par le service. A son contact, il va vous montrer ce que vous avez à donner, et il va vous aider à le faire. Ainsi vous participerez avec vos frères et sœurs à la construction du Royaume de Dieu en étant une pierre vivante de l’Église. C’est ensemble que nous avançons, c’est ensemble que l’on découvre ce pour quoi nous sommes faits. Les autres sont souvent plus doués que nous pour voir ce que nous faisons si bien. Ils nous donnent confiance car ils nous aiment.

Ce n’est pas toujours confortable d’être en communauté. Parfois un responsable ne verra pas les choses comme nous, à tort ou à raison. Mais nous sommes faibles, et c’est ainsi que l’on se garde les uns les autres.

Personne n’est trop jeune ou trop âgé pour ne pas avoir sa place dans notre communauté.

 

Nous avançons progressivement, mais voici déjà quelques pistes concrètes. Nous avons besoin d’instruments pour animer les messes, pour faire chanter. Nous avons besoin de personnes qui aiment visiter les malades, les personnes seules. Nous avons besoin de personnes qui aiment la communication pour relooker une feuille paroissiale, pour créer et animer une page Facebook peut-être.

Pour les moins jeunes, nous cherchons des personnes désireuses de s’impliquer sur Alpha, dans les fraternités locales.

 

En fait, nous avons besoin de vos idées, car sans vous, nos idées vieillissent.

Ce que je sais, c’est que tout cela en vaut la peine.

 

"Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur.
Notre peur la plus profonde est que nous soyons dotés d'un pouvoir sans commune mesure.
C’est notre propre lumière — et non pas notre obscurité — qui nous effraie le plus.
Nous nous posons la question : « Qui suis-je, moi, pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ? »

En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être ?

Vous êtes un enfant de Dieu ! » Nelson Mandela

 

père Marc Burtschell

Homélie du dimanche 7 mai 2017, Jn10,1-10

L' "essentiel" de l'évangélisation : Evangéliser c'est aimer

Durant ces semaines après Pâques, nous poursuivons durant les homélies la présentation des 5 essentiels (Prière, Fraternité, Formation, Service, Evangélisation). Aujourd’hui, les textes nous invitent à nous pencher sur l’essentiel de l’évangélisation.

Quel lien avec les élections de ce jour ? La crise que traverse notre pays et que les élections révèlent en ces derniers mois est le rappel pour nous que notre société manque de Dieu. Il me paraît vain d’espérer une solution immédiate car la situation dans laquelle nous sommes nécessite une lente reconstruction qui prendra du temps. Mais justement, nous sommes grandement attendus : en affermissant notre communauté paroissial, en la rendant toujours plus audacieuse pour vivre et annoncer le Christ, nous pouvons en attendre de très grands fruits au long terme. Et ces fruits là dépendent de nous. Quel désir avons-nous d’annoncer le Christ ?

 

Dans cet évangile, des brebis sont dans un enclos, et elles attendent d’être conduites vers les beaux pâturages, pour recevoir la vie en abondance que le Christ leur offre. De nombreux voleurs ne s’intéressent aux brebis que pour se les accaparer. Seul le Christ donne sa vie pour elles. Et notre mission est de montrer la porte. Nous ne sommes pas la porte, nous ne sommes pas les sauveurs, mais nous pouvons montrer la porte à tout homme. St Pierre l’a bien compris, lorsqu’il affirme : « La promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. »

 

Quand il est question d’évangéliser, nous n’avons pas envie. Que cela ne nous surprenne pas, c’est normal : c’est comme quand il faut aller chez le dentiste ou aller se confesser ! Mais ce n’est pas le signe qu’il ne faut pas y aller, au contraire.

Parfois, nous avons aussi des objections :

Certaines personnes ont l’impression que c’est une imposition violente à d’autres de ce qui ne serait que notre croyance. D’autres aussi se disent qu’il y a déjà chez ces personnes des traces de la présence de Dieu, et qu’elles n’ont donc pas besoin que nous leur fassions la leçon.

Voici la réponse du pape Paul VI, dans son encyclique sur l’Evangélisation :

« Ce serait certes une erreur d’imposer quoi que ce soit à la conscience de nos frères. Mais c’est tout autre chose de proposer à cette conscience la vérité évangélique et le salut en Jésus-Christ en pleine clarté (...) : loin d’être un attentat à la liberté religieuse, c’est un hommage à cette liberté à laquelle est offert le choix d’une voie que même les non croyants estiment noble et exaltante. (...) Et pourquoi seuls le mensonge et l’erreur, la dégradation et la pornographie, auraient-ils le droit d’être proposés et souvent, hélas, imposés par la propagande destructive des mass media, par la tolérance des législations, par la peur des bons et la hardiesse des méchants ? »

Il nous faut donc évangéliser.

 

Pierre Goursat, le fondateur de la communauté de l’Emmanuel, disait à ce sujet : imaginons que nous soyons dans un train et qu’il y ait un crash. Alors nous nous retrouvons tous devant St Pierre, et notre voisin de train se tourne vers nous avec un air de reproche et nous dit : « Quoi, tu savais tout cela, et tu ne m’as rien dit ?! ». Voilà l’évangélisation, un trésor nous est confié.

 

Concrètement comment faire ?

Il me semble que l’un point important est d’apprendre à faire de la foi un sujet normal. Que l’on puisse parler de Dieu, (pas que de Dieu !), mais aussi de Dieu, de ces questions là. Avec les personnes que ne reverrez jamais, je crois que c’est plus simple, parfois.

Personnellement, quand je suis dans le train ou quand je prend quelqu’un en stop, depuis que j’ai entendu cette histoire de Pierre Goursat, je me suis mis à essayer de faire en sorte que la personne sache au moins que je suis prêtre et d’avoir pu lui poser une question en lien avec la foi. C’est pour moi une manière de me mettre en mouvement. Ensuite, c’est soit « feu rouge », la personne n’aime pas du tout le sujet, on parle d’autre chose. Soit « feu vert », et l’on continue, et ce sont toujours de belles discussions. Evangéliser donne tellement de joie ! Il faut apprendre à créer le contact : vous offrez les petits gâteaux que vous avez, vous apprenez à dire tout naturellement de la manière qui vous va que vous êtes chrétien, ou à demander : « Et vous, êtes-vous chrétien ? ». « Non, en quoi croyez-vous ? ». C’est très intéressant ces échanges, et au fur et à mesure vous apprenez à répondre, et puis vous progressez grâce aux bonnes questions qu’on vous pose.

Personne n’est trop près de Dieu pour ne pas s’en rapprocher encore, et personne n’est trop loin pour ne pas en entendre parler.

 

Voici une histoire par exemple pour vous encourager. Un jour, dans le train, je discute avec une femme protestante, je me retrouve à lui parler de Marie et du chapelet sans qu’elle ne me l’aie demandé. A la fin de la discussion, elle sort un chapelet de son sac, me disant : « Vous ne trouvez pas que c’est étonnant : je suis passé dans une librairie, j’ai acheté un chapelet, en me disant : te voilà bien tu ne sais pas t’en servir ! » Comme il est bon de voir que nous sommes attendus, par les personnes et par Dieu qui prépare le terrain.

 

Une autre fois, j’ai été pris en stop par un prêtre qui ne m’a pas dit qu’il était prêtre, alors je commence à lui parler de Dieu, et il me laisse faire, pour me voir faire je pense, jusqu’au moment où il a été obligé de me le dire !

 

Nous sommes freinés parfois par la crainte de ne pas savoir répondre. Un jour il m’est arrivé de rencontrer quelqu’un qui connaissait certains passages de la Bible mieux que moi, et je ne savais pas répondre à ses questions. A tel point qu’il en est arrivé à me faire la morale en me disant que je ne pouvais pas aller dans la rue sans avoir les réponses, que ce n’était pas sérieux, qu’il fallait que je sache répondre pour être convaincant. Et de mon côté, cela ne me dérangeait pas. Intérieurement, la situation m’amusait. Puis nous sommes allés dans l’Eglise, et après un certain temps, j’ai vu qu’il a été transformé par Dieu. Alors que je n’avais pas répondu à toutes ses questions, cela n’a pas empêché qu’il fasse une expérience de Dieu.

 

Pour finir, voici une belle citation du père Eloi Leclerc, qui montre magnifiquement, comment l’évangélisation se situe loin de toute manipulation :

«  Le Seigneur nous a envoyé évangéliser les hommes.  Mais as-tu déjà réfléchi à ce que c’est qu’évangéliser les hommes ? Evangéliser un homme, vois-tu, c’est lui dire : Toi aussi, tu es aimé de Dieu dans le Seigneur Jésus. Et pas seulement le lui dire, mais le penser réellement. Et pas seulement le penser, mais se comporter avec cet homme de telle manière qu’il (le) sente (...) Tu ne peux le faire qu’en lui offrant ton amitié. Une amitié réelle, désintéressée, sans condescendance, faite de confiance et d’estime profondes.

Evangéliser c’est aimer.

Père Marc Burtschell

Homélie du dimanche 30 avril 2017, Lc24,13-35

1er essentiel : l'Adoration

La semaine dernière, vous ont été présentés les cinq essentiels : Adoration, Fraternité, Formation, Service, Evangélisation. Cet évangile est l’occasion aujourd’hui de vous parler du premier essentiel : l’Adoration, c’est-à-dire la prière : la prière personnelle et la liturgie, les sacrements.

 

Le lien entre l’Evangile et cet essentiel vient de ce que cette rencontre se fait selon l’ordre de la messe. Le Christ s’approche et discute : situation tout à fait extraordinaire. Nous sommes le jour de la résurrection, nous imaginerions bien une apparition triomphale, mais non : « De quoi parlez-vous ? », « Eh ben, ça alors, t’es bien le seul à pas savoir ce qui s’est passé ! », « Hein, quoi donc ? ». C’est le temps de l’accueil. Puis vient le temps de l’écoute et de l’interprétation de toute l’Écriture : c’est le temps que nous vivons. Nous écoutons Dieu dans sa Parole et l’homélie (avec un peu de moins de talent qu’alors) vient l’éclairer. Enfin, vient le temps de l’eucharistie.

 

La première chose que nous apprenons alors est que la liturgie, la prière, redonnent du sens à nos vies. Et cela est absolument fondamental. C’est une irruption de Dieu dans notre vie ordinaire. Ces disciples se font rencontrer au cœur de leur vie douloureuse.

Le sens des choses, et le sens de nos vies en particulier, est fondamental. Nous pourrions penser peut-être que seuls les événements objectifs comptent, et que le ‘blabla’ ne nous intéresse pas, qu’il est accessoire, ou seulement là pour enrober les choses.

Pourtant, ce n’est pas notre expérience quotidienne : pensons à une expérience ordinaire lorsque nous n’obtenons pas de réponse à un courrier envoyé à un ami : nous interprétons, n’a-t-il pas le temps de répondre tout simplement, ou bien avons-nous dit quelque chose de travers ? Quel sens : c’est capital ! Ca change tout. Attendre une réponse pendant trois mois est chose facile si vous ne doutez pas de ce que la personne vous aime tout de même, mais c’est un calvaire autrement.

Le Christ par les Écritures et par la liturgie vient éclairer le sens de nos vies. Les faits sont les mêmes pour les disciples durant le début de l’explication, mais le sens est en train de changer. Et leur cœur devient brûlant. Le Christ a su venir les rencontrer au cœur de leur vie ordinaire, réchauffer leur cœur. Et cela est pour nous.

Je me souviens par exemple d’une femme qui me disait comme elle faisait cette expérience d’être rejointe par la Parole de Dieu et l’homélie chaque dimanche. A point nommé, Dieu venait lui redonner le sens. La prière et la liturgie redonnent le sens. Elles nous mettent également au contact de Dieu.

 

Vous vous dites peut-être, les disciples d’Emmaüs eux au moins, ils avaient Jésus en vrai : ce serait plus simple pour nous. Oui, mais l’étonnant est qu’ils ne le savaient pas. Ils sont avec Jésus sans le savoir, ils l’entendent expliquer l’Ecriture sans le savoir, puis il rompt le pain et à l’instant où ils le reconnaissent, Jésus disparaît !

Quelle ressemblance avec nos vies ! Nous prions, nous venons à la messe, telle ou telle Parole nous réchauffe le cœur, vient l’Eucharistie et un instant nous le reconnaissons, par une grâce donnée ce moment ou un autre. Jésus passe, on le sent, on le voit en relisant notre vie, mais on ne met pas la main sur lui.

C’est cela le mystère profond de la liturgie. Dieu est réellement présent là. Oui, il est présent dans sa création, de même qu’un Van Gogh vous fait penser à Van Gogh. Oui, il est présent en l’homme fait à son image. Et il réellement présent dans l’Eucharistie.

Le monde symbolique de la liturgie est l’occasion pour nous de nous souvenir dans quel monde nous sommes tout simplement. Quand on est chrétien, il n’y a pas deux mondes qui s’offrent à notre regard : il n’y a que le monde de Dieu.

Certains mots du Concile sont très forts. Il ne nuance pas, pour dire que quand le prêtre agit, c’est « un peu comme » si le Christ agissait à travers lui. Non, il écrit : « Dieu est là présent par sa vertu dans les sacrements au point que lorsque quelqu'un baptise, c'est le Christ lui-même qui baptise. Il est là présent dans sa parole, car c'est lui qui parle tandis qu'on lit dans l'Église les Saintes Écritures. » (SC n°7). Un voile nous couvre les yeux, et nous avons tendance à rester en dehors de notre monde. La liturgie nous invite au contraire à plonger dedans.

Nous nous rassemblons, peuple de sauvés ; nous poussons la porte de l’Eglise, nous voyons représentés les saints, les anges et Dieu lui-même car ce sont eux qui sont là ; les enfants de chœurs et le prêtre sont en blancs, car le chœur est l’espace du ciel, ils sont habillés comme les saints purifiés par le Christ ; nous entendons la Parole du Christ qui attend notre réponse ; nous recevons son corps, atteignant le sommet de ce pour quoi nous sommes faits : l’union à Dieu. Nous sommes au ciel.

Ce que je décris là n’est pas le sens de ce qui se passe : c’est ce qui se passe.

 

Vous savez que nous pourrions dire beaucoup de choses encore sur la prière. L’essentiel de l’Adoration est fondamental : nous ne prions pas car nous aurions plus de temps que les autres, ou que nous serions particulièrement pieux. Nous prions car sinon, nous perdons le sens de nos vies : un nuage gris fondé s’installe au dessus de nos têtes et nous suit pas à pas où que nous allions, un peu comme un ballon gonflé à l’hélium. Seule la prière nous reconnecte à Dieu, et la joie revient. Combien de fois, j’en ai fait l’expérience, comme beaucoup d’entre vous je le suppose.

 

Voici une suggestion pour avoir un cœur brûlant comme les disciples : prions, soyons fidèles aux sacrements.

Si nous ne prions pas, prions. Si nous prions un peu, prions régulièrement. Si nous prions régulièrement, lisons la Bible, prenons le soin de nourrir notre âme avec de bonnes lectures spirituelles.

Et dans les moments de tristesse, prions plus que nous ne voudrions, il faut résister un peu plus que ce dont on se sent capable.

père Marc Burtschell

Homélie de Pâques

Une invitation à la vie

L’histoire de notre salut est une invitation à la vie qui retentit à travers toute l’histoire du peuple de Dieu. Dieu veut nous faire sortir de nos ténèbres, et nous offre la vie en ce jour de la résurrection.

Voici une belle histoire vraie qui illustre cette invitation. C’est l’histoire d’un couple grenoblois durant la bataille du chemin des dames en 1917, dont François Hollande commémore les cent ans aujourd’hui. Alors que le mari est au front, sa jeune femme tout juste mariée, restée à Grenoble, reçoit de l’aumônier militaire l’annonce que son mari est mourant et vit ses derniers instants. Loin de se résigner, cette jeune femme décide d’aller le retrouver. Elle monte voir ses belles sœurs à Paris qui ont des relations avec le commandant ou le général de la place de Paris. Elles obtiennent de lui un laisser passer pour le front. Parvenues aux deuxièmes lignes, on veut naturellement leur interdire l’accès, leur disant que ce n’est pas un lieu pour elles. Mais leur laisser passer fonctionne, et elles se dirigent vers la cabane des morts, c’est-à-dire le lieu pour les hommes mourants, sans espoir.

Alors le mari raconte, comment soudain dans cette cabane, il entend la voix de sa femme, et se dit : « je ne peux pas mourir ». Retrouvant des forces, il s’est mis à bouger, et à attirer l’attention des hommes qui veillaient à proximité. Les médecins l’ont sorti, il a résisté et a été sauvé. « Ils se marièrent et eurent de nombreux enfants… » sept enfants exactement, dont un prêtre qui nous a raconté lui-même cette belle histoire.

 

Quelle belle histoire de résurrection, quelle belle image de ce que fait le Christ pour chacun d’entre nous. Que faisait donc le Christ toute cette journée ? Pourquoi ce temps d’attente entre sa mort et sa résurrection ? Ne pouvait-il pas ressusciter tout de suite ? Non, car le Christ avait à faire : il descendait à la cabane des morts, au séjour des enfers, où les hommes justes et injustes étaient prisonniers des ténèbres.

Aujourd’hui, le Christ allait chercher tous ceux qui avaient espéré sa venue et vécu selon la justice. Alors, selon les termes grandioses d’une homélie ancienne pour ce jour, « Le Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il le vit, Adam, le premier, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s’écria vers tous les autres : « Mon Seigneur avec nous tous ! » Et le Christ répondit à Adam : « Et avec ton esprit ». Il le prend par la main, le relève en disant : Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. (…) Je te l’ordonne : Éveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Éveille-toi, sortons d’ici. »

 

Quelle puissance de vie ! Quelle puissance de vie que la voix de cette femme pour son mari : il s’est souvenu qu’il était aimé, attendu, qu’elle se battait pour lui et sa vie reprit sens, les forces lui revinrent.

Et quelle puissance que cette voix du Christ qui nous tire aujourd’hui de notre sommeil ! C’est lui qui nous dit : « Courage, debout, vois : tu n’es pas seul, ne faiblis pas. Sortons d’ici ». Je crois que nous savons chacun d’où le Christ veut nous sortir : quels sont les obstacles, les tristesses de ces derniers temps, là où nous sommes tentés de renoncer, là où nous avons renoncé… « Je ne serai jamais… », « c’est pour les autres », « pour moi, c’est trop tard ».

Non, non, non. Écoutons-le, lui : « Je te l’ordonne : Éveille-toi », et obéissons. Sa parole nous recrée et nous rend capable d’agir. Nous sommes ce peuple nouveau recréé par Dieu. Nous avançons ensemble comme le peuple hébreu qui se dirige vers la terre promise. Comme vous le savez, tout ne fut pas simple pour entrer en Israël, il y eut des combats et des difficultés, même si Dieu assurait qu’un jour, ils l’obtiendraient. De même, l’homme dans sa cabane entendit la voix de sa femme, mais cela ne suffit pas : il s’est mis à résister. Nous aussi sur la parole du Christ résistons et avançons pour goûter à la résurrection. Tout n’est pas simple, les voix du découragement sont nombreuses, mais la parole du Christ nous relève.

Cela ne se fera pas sans nous, mais, avec la grâce de Dieu, cela se fera !

Que notre cœur s’ouvre à sa parole de vie,

père Marc Burtschell

 

Homélie du vendredi saint, Jn18,1-19,42

Un prix à payer

La mort du Christ est violente. Cela nous dérange et nous pose une question : était-ce bien nécessaire, pourquoi tant de souffrance ? Puisque Dieu est bon…

Nous raisonnons ainsi car nous sous-estimons la gravité du péché. Lorsque nous disons Dieu est bon, nous pensons : rien n’a d’importance, la vie est ‘cool’, ‘tout va bien’. Pourtant, en voyant la mort du Christ, la mort du Fils de Dieu de la pire manière qui soit, comme un criminel sur la croix : nous voyons le prix du mal. Le pardon de nos péchés nécessitait tout ça !

Dieu nous dit : « Mon ami, es-tu donc surpris ? N’as-tu pas mesuré la gravité de tes fautes ? ». Nous avons commis le mal, nous et nos parents (Adam et Eve) nous nous sommes rendus complice du démon, donc…  : nous méritons l’enfer. C’est simple n’est-ce pas ? Pour entrer auprès de Dieu, il faut être SANS péché : pas à peu près sans, mais ‘SANS AUCUN PÉCHÉS’. Voilà la gravité du mal.

Comme quelqu’un qui comprend soudain l’extrême gravité de son geste, nous devrions nous exclamer effrayés : « Oh mon Dieu ! Qu’ai-je fait ! Pour me sauver, tu vas désormais devoir mourir ».

 

J’insiste encore un peu. Comment les juifs obtenaient-ils le pardon ? Ils sacrifiaient des bêtes, puis le grand prêtre entrait dans le Saint des saints, cette partie du temple réservée où le grand prêtre entrait une fois l’an au jour du grand pardon. Et là, il intercédait pour le peuple afin qu’il obtienne le pardon.

Les juifs avaient compris ceci : pour les péchés, quelqu’un doit payer. En l’occurrence, par la vie des bêtes.

Mais nous de quoi attendons-nous le salut ? Nous voyons le terrorisme et nous espérons qu’il se trouvera une armée suffisamment puissante pour les terrasser tous les foyers terroristes. Nous voyons les problèmes en France, et nous comptons sur tel ou tel président pour tout changer. Puis nous voyons le mal en nous… quand nous le voyons, car « il n’est tout de même pas si important que ça », ou « dans la moyenne », « un peu en dessous même ». Et quel est notre espoir pour cela ? « Quelques efforts » n’y changeront rien.

Non, les juifs ont bien compris : quant au mal que nous faisons… quelqu’un va devoir payer. Nous ne serons pas libres avant. Comptez sur le démon pour ça : il tient les comptes. Tant que nous lui devons quelque chose, nous lui appartenons.

Tu as volé 100 ? Tu dois 100. 100 000 ? Tu dois 100 000. Tu as frappé : tu mérites d’être frappé. Tu as tué : tu mérites d’être tué. La justice est ainsi. Et Dieu le sait. Et le fait que Dieu soit bon, ne change rien à l’affaire, comme si le mal n’était alors pas grave, car tout péché reste un péché et nous tient prisonnier.

 

Mais Dieu est bon, oui, c’est bien vrai : et il paye !

Et voilà pourquoi les anglais appellent ce jour le « Good Friday », le « Bon vendredi ». Car ce que seul Dieu pouvait faire… il le fait !

Quel soulagement et quelle joie ! Nous n’avons rien fait pour la victoire, au contraire, nous sommes responsables de la situation actuelle, nous n’avons pas combattu, nous n’avons pas souffert et pourtant le prix nous est offert : nous sommes sauvés !

père Marc Burtschell

 

Homélie du jeudi saint, Jn13,1-15

Un groupe radical

Ce soir, nous sommes face à trois mystères : l’institution de l’eucharistie, l’institution du sacerdoce, et le lavement des pieds. Tout tient ensemble. Il faudrait même ajouter le mystère de la croix et de la résurrection, car le jour où nous sommes ne fait qu’un avec les deux jours qui suivent.

 

L’institution de l’eucharistie se fait en accomplissant la Pâques juive : Jésus est l’agneau qui va être immolé, le vrai agneau qui seul permet d’être sauvé de nos péchés, qui seul permet d’échapper à la colère de Dieu en étant marqué du sang du Christ, qui seul nous fait traverser la Mer Rouge, c’est-à-dire la mort, pour aller vers la résurrection.

Ce repas ne consiste pas seulement en de belles paroles, il anticipe l’événement de la mort et de la résurrection du Christ. De même, le repas juif anticipait la traversée de la Mer Rouge. Cela nous force à l’arrêt, au respect : Dieu agit.

Cette institution est un testament laissé pour que nous fassions nous aussi comme il a fait : cela s’adresse en particulier aux prêtres qu’il a institués pour célébrer la messe, et donc pour donner leur vie ! Et, vous le savez, tout homme est concerné : chacun est invité à l’amour véritable, au service véritable, au don désintéressé de soi. Nous ne prenons pas la mesure : imaginez donc qu’un nouveau groupe se monte près de chez vous, et qu’on vous explique que dans ce groupe, le but des membres est de se disposer à donner leur vie pour les autres, jusqu’à la mort éventuellement, parce que c’est ce qu’à fait le fondateur ! Nous tirerions notre chapeau, et nous irions chercher un autre groupe, moins radical…

 

Comme nous le montre cet évangile du lavement des pieds : il nous est demandé tout d’abord de nous laisser aimer jusqu’au bout. En nous, entre autres choses, il y a la souffrance et le péché : le mal est tapi. Et cela nous est douloureux. Alors nous avons construit une carapace pour ne pas montrer cela, pour ne plus être blessés, mais cette carapace empêche également notre guérison. Lorsque le Christ s’approche de St Pierre, Pierre se rebiffe : « Non, jamais ! ». Alors, le Christ va droit au but : Pierre, d’accord, mais si tu ne veux pas, tu n’auras pas de part avec moi. Le Christ n’est pas là pour parler de la pluie et du beau temps : le lavement des pieds ce n’est pas un truc sympa, c’est le signe du salut apporté par le Christ sur la croix. A prendre ou à laisser : le paradis ou l’enfer. Le Christ rend là un service capital, le service que lui seul pouvait rendre. Et sans ce don de lui-même « jusqu’au bout », nous ne serions pas sauvés.

Demandons donc l’humilité, c’est elle qui ouvre la porte à Dieu. St Paul part plein d’orgueil avec des lettres pour arrêter les chrétiens, il se retrouve par terre, aveuglé, et comprend là sa petitesse. La samaritaine est hautaine au début du dialogue avec le Christ : « D’où la puiseras-tu l’eau ? » (tu n’as rien pour puiser), jusqu’au moment où le Christ lui parle de ses maris : et alors elle change, humiliée (au sens positif), et elle accepte de se suivre cet homme. St Pierre malgré toute sa bonne volonté est orgueilleux lui aussi. Il ne veut pas se laisser laver, il pense qu’il sauvera le Christ de la mort. Mais le Christ le reprend à plusieurs reprises, comme aujourd’hui, jusqu’au reniement qui humiliera Pierre et permettra au Christ de faire son œuvre.

Laissons-nous donc aimer jusqu’au bout, jusque là où ça fait mal. Reconnaissons notre petitesse, humilions-nous sous la main de Dieu : oui nous avons besoin d’être lavé. Sinon, pas de part avec Dieu, car le mal présent en nous nous emportera, comme Judas qui trahit.

 

Avec le Christ, sa passion et ce lavement des pieds, c’est aussi notre capacité à aimer jusqu’au bout qui nous est rendue. On ne peut se contenter de se blottir auprès de Dieu, et ne plus bouger, le Christ nous envoie, et quelques versets plus loin il précise même : « Vous serez heureux si du moins vous le mettez en pratique ». Avec le Christ, c’est une révolution profonde : c’est le début de l’amour véritable, le début du service véritable, de l’autorité véritable. Nous avons tous une responsabilité, une autorité sur un domaine plus ou moins grand, et pour chacun cette mission ne pourra être réalisée pleinement que si nous nous mettons au service : nous sommes les seuls à pouvoir rendre ce service, si nous ne donnons pas notre vie là où nous sommes, qui le fera. Le Christ est le seul à pouvoir nous sauver. Le prêtre est le seul à pouvoir célébrer. Les parents sont les seuls à pouvoir accompagner leurs enfants, etc. Mais si chacun en fait le minimum, alors toutes les personnes qui nous sont confiées se retrouvent en manque de ce qu’elles devraient recevoir de notre part. Il nous est demandé de rendre un témoignage à l’amour par le don généreux de nos vies.

Ma crainte est que le lavement des pieds réalisé par le Christ ne nous inspire que trop peu. Quel père de famille se dit : « quand je rentre à la maison, je prends une bassine et un linge, et j’y vais » ? Le Christ nous rend notre capacité à aimer jusqu’au bout, mais qui en fait cas ?

Ne disons-nous pas plus souvent : « Vivement le repos ! » par fatigue du don de nous-mêmes, que : « Seigneur, apprends-moi à me donner mieux, sans retour sur moi » ?

Nous sommes attendus ! Comme nous le rappelle souvent notre évêque, notre société aussi nous attend particulièrement : « Alors que, dans le brouillard que notre société traverse, chacun pourrait être tenté de sauver sa peau et de défendre ses seuls intérêts particuliers, les chrétiens sont invités à s’associer à tous ceux qui ne baissent pas les bras, et à s’engager courageusement, avec une ardeur renouvelée, au service de tout être humain et du bien commun de la société. »

 

En ces jours saints, laissons-nous donc aimer jusqu’au bout par le Christ qui nous montre le premier le chemin, et désirons aimer plus. Entrons dans le groupe de ceux qui veulent donner leur vie.

père Marc Burtschell

Homélie des Rameaux, Mt 26,14 - 27,66

Comme sur un ring...

Ce récit de la Passion évoque un ring de boxe, où s’affronte deux adversaires puissants. Les foules s’assemblent et encouragent leur héros : cet homme serait-il donc l'Elu ?

Le premier adversaire en présence est le Christ, invaincu jusqu’alors. Le mal ne l’a jamais fait tomber, et il ne manque pas détermination et de force pour qu'il en soit encore ainsi. De l’autre côté s’avance un adversaire masqué et redoutable, jamais mentionné dans notre récit mais bien présent tout de même : le démon en personne, invaincu également jusqu’alors. Tous les hommes qu’il a tenté ont cédé à ses charmes.

 

Quelles sont donc les règles du jeu ? Imaginez un instant que vous soyez le démon afin de comprendre sa stratégie. Vous avez face à vous un homme qui depuis sa naissance vous résiste. Le mal et la haine n’ont jamais pénétré en lui. Votre seule chance est de déchaîner plus de violence et plus d’injustice encore afin que la haine s’allume enfin en son cœur. Si vous y parvenez vous gagnez.

Mais ces dernières heures sont désormais la dernière chance de victoire pour le démon : c’est pourquoi il se déchaîne. Si le Christ ne cède pas, le démon sera défait pour la première fois de l’humanité.

 

Alors : notre sauveur est-il à la hauteur ?

Regardons autour de lui pour commencer : c’est un brouhaha de violence. Judas vend son maître, puis ayant regretté, il se pend. Les grands prêtres juifs paient pour faire condamner un innocent. Pierre jure, et tous les disciples avec lui, que jamais il ne reniera son maître, et le soir même, tous les disciples sauf un sont partis, et Pierre renie à trois reprises. Des faux témoins comparaissent sans succès pour le faire condamner à mort, et le grand prêtre s’acharne, furieux car ils sont ridicules, n’ayant toujours aucun motif de condamnation. Pilate chargé de faire régner la justice, remet le jugement à la foule. Les gardes profitent de leur position de force pour se moquer, insulter, cracher au visage, frapper, et la foule hurle « crucifie-le ! ». Quel tableau !

Et au milieu de ce brouhaha, Jésus règne en vainqueur incontesté. Arrêté, il n’a pas une insulte à l’égard de ceux qui l’accusent. Contre les faux témoins, il reste silencieux. Mais ce n’est pas pour autant un homme absent, un peu hagard face à tout ce qui lui arrive. Lorsque résonne La question solennelle du grand prêtre, qui aborde le vif du sujet : « Je t’adjure par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu », le Christ n’hésite pas. Contrairement à ce que pourrait laisser penser la mauvaise traduction que nous avons (« C’est toi-même qui l’as dit »), sa réponse signifie bien plutôt « Tu le dis en effet ». Et le grand prêtre furieux ne s’y trompe pas.

Voici le vainqueur de la mort, le seul capable de nous rendre la vie. Alors qu’aujourd’hui encore le mal semble régner invaincu, avec tous les attentats, les guerres et si nous sommes honnêtes, en nous également, par notre complicité avec les ténèbres, notre seul espoir repose sur cet homme là, le reste est accessoire.

Suivons cet homme jusqu’à la résurrection, à Pâques, acclamons-le avec nos Rameaux, et laissons-le enfin régner sur nos vies.

père Marc Burtschell