Homélies

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 13 juin 2021

Sacré-Cœur / Année B

Os 11,1.3-4.8c-9 / Ep 3,8-12.14-19 / Jn 19,31-37

« Pour faire sortir Israël d’Égypte, j’ai appelé mon fils » (Os) : étrange affirmation répercutée par le Livre du prophète Osée ! Étrange, sauf si l’on se rappelle que l’Égypte est, dans la Bible, le symbole de l’esclavage et même du péché. Aussi faut-il comprendre : pour que l’humanité sorte de l’esclavage du péché, Dieu le Père a envoyé Son Fils Jésus Christ, effet de Son amour infini, et motif, pour nous, de louange et d’amour renouvelés. La Fête du Sacré-Cœur, que j’ai choisi de reporter à ce jour, nous propose de célébrer l’amour incommensurable de Dieu, si souvent ignoré, voire méprisé, de ceux-là mêmes qu’Il vient libérer et sauver.

L’amour infini du Christ se manifeste sur la croix : « il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage » (Jn). Amour qui donne tout, qui compte pour rien la souffrance, le déshonneur, la mort lente, horrible, publique, infâme, de la croix ; amour fidèle même à ceux qui l’abandonnent, amour fécond même pour ceux qui prennent sans état d’âme le rôle du bourreau : amour exigeant, qui demande conversion du cœur, acte de foi personnel, témoignage. Le sang et l’eau qui jaillissent du cœur transpercé de Jésus sont symboles des sacrements que le Seigneur a voulu instituer pour sauver l’humanité plongée dans les ténèbres de l’Égypte. L’Église en a la charge, sur mandat du Christ, qui lui confie la responsabilité, jusqu'à la fin des temps, de faire couler l’eau vive du baptême et de consacrer, par l’Eucharistie, le sang versé pour la multitude.

L’amour infini du Christ est connaissance : nous avons toute notre vie pour creuser le mystère, sans jamais nous résigner à notre faible capacité de comprendre, ni, au contraire, nous imaginer avoir tout saisi. La foi, que nous avons reçue à notre baptême, doit grandir pour « mettre en lumière le contenu du mystère qui était caché depuis toujours en Dieu : [...] les multiples aspects de la Sagesse de Dieu [...], la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… » (Ep) La vie du Royaume de Dieu nous échappe radicalement, et pourtant nous sommes faits pour elle ; les Béatitudes peuvent nous sembler irréalisables, néanmoins le Christ est venu tout spécialement nous les donner ; la Bible nous intimide peut-être ou nous déroute, mais elle n’est pas faite pour prendre la poussière dans notre bibliothèque… Pour autant, la foi ne se réduit pas à une connaissance, une formation ou un enseignement : elle est entrée dans le mystère, c’est-à-dire dans l’intimité de Dieu, ce que nous n’aurions jamais pu imaginer de Lui mais qu’Il a choisi de nous révéler et, dans la mesure de notre humaine faiblesse, de nous communiquer : « Vous connaîtrez ce qui surpasse toute connaissance : l’amour du Christ » (Ep), avons-nous entendu. Cette promesse commencera à se réaliser au moment où nous y croirons.

L’amour infini du Christ attend notre réponse, plus que cela, notre foi, notre abandon, notre louange : « Voici le Dieu qui me sauve : j’ai confiance, je n’ai plus de crainte » (Is) ! Dialogue d’amour où Dieu prend toujours l’initiative, nous donnant même les moyens de L’entendre, de croire en Lui, de Lui répondre, de L’aimer. Ce dialogue est particulièrement prenant, important, réel, nourrissant, vivifiant, dans l’Eucharistie, qui nous permet, sur cette terre, de rencontrer et de recevoir en notre âme Celui qui a donné pour nous plus qu’un enseignement, plus qu’une Bonne Nouvelle : Son Corps et Son Sang, Sa vie sur la croix. Les enfants ont dit dans leurs lettres leur joie et leurs attentes par rapport à la première fois où ils communieront : « heureux, serein, proche de Dieu ; mieux vivre au quotidien, aller plus à la messe ; recevoir le Corps du Christ, resserrer les liens avec Lui ; me confier à Dieu ». Tout un programme de vie chrétienne qui ne se réalisera que si vous, parents, les accompagnez souvent à la messe ; que si vous laissez la place, dans votre quotidien, dans votre emploi du temps, dans vos maisons, à la prière, au pardon, à la foi.

« Pour faire sortir Israël d’Égypte, j’ai appelé mon fils » : Dieu le Père nous donne Son Fils Jésus pour que nous sortions de nos Égyptes, laissant derrière nous la tiédeur, la peur, le désespoir, l’égoïsme, la violence. Mais cela ne sera possible que si l’Eucharistie nous soutient dans notre marche au désert pour atteindre la Terre promise : le Royaume des Cieux où Dieu pourra nous aimer comme Il le désire, pleinement, sans obstacles de notre part, éternellement.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 6 juin 2021

Fête-Dieu / Année B

Ex 24,3-8 / He 9,11-15 / Mc 14,12-16.22-26

Bossuet disait du sacrifice de la messe : « de quelque magnificence qu’on [l’]accompagne quelquefois [...], le fond en est simple : il ne faut qu’un peu de pain et de vin pour l’accomplir ; le reste, qui est si grand que le Ciel même en est étonné, se fait par quelques paroles » (Explication de quelques difficultés sur les prières de la Messe, à un nouveau catholique). En cette Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang de Jésus Christ, il nous est bon de réfléchir à cette simplicité qui, pour reprendre les termes de Bossuet, est étonnante, c’est-à-dire stupéfiante, pour ne pas nous attiédir ou, pire encore, nous habituer à cette merveille d’amour de notre Dieu.

« Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique » (Ex) : tout commence, dans la foi, par une Parole venue de Dieu (la révélation), Parole qui veut susciter une écoute et une mise en œuvre par le croyant (l’alliance), élevant ainsi l’homme au-dessus de sa condition pécheresse et mortelle pour le faire vivre d’une vie nouvelle (le salut). L’Eucharistie est née d’une parole de Jésus Christ (« ceci est mon corps, prenez et mangez, faites cela en mémoire de moi... »), elle se célèbre en reprenant, en réitérant, en faisant résonner au présent cette parole (« la nuit même où Il fut livré… »), elle se prépare en écoutant divers extraits de la Bible (liturgie de la Parole), elle se reçoit dans un bref mais indispensable dialogue de foi (« le Corps du Christ » – « amen »). Autrement dit : ce n’est pas l’homme qui a inventé l’Eucharistie, mais c’est Dieu ; ce n’est pas Dieu qui en a besoin, mais c’est l’homme : et un besoin urgent, vital, nécessaire, hebdomadaire voire quotidien. Aller à la messe, recevoir l’hostie est d’abord un acte de foi, une réponse à une parole de Dieu pour nous : « mangez-en tous » !

« Le Christ, poussé par l’Esprit éternel, S’est offert Lui-même à Dieu comme une victime sans défaut » (He) : remplaçant ainsi les anciens sacrifices, le Seigneur Jésus offre tout ce qu’Il a, tout ce qu’Il est — corps et sang, chair et âme, humanité et divinité — pour relier définitivement la Création à son Créateur, l’humanité blessée par le péché et la mort à Celui qui est pardon, rédemption et vie éternelle. L’Eucharistie est véritablement une offrande, ou, pour le dire autrement, est l’Offrande véritable, le seul bien que l’homme peut offrir à son Dieu pour rétablir et maintenir la communion avec Lui : Jésus Christ, vrai homme, prototype de cette humanité nouvelle libérée du péché et totalement fidèle à l’alliance, et Jésus Christ, vrai Dieu, dont la divinité est  porteuse d’une vie, d’une vérité, d’un amour, d’une justice, d’une paix, d’un salut infinis, parfaits, absolus, éternels. Il est bon de se redire que l’Eucharistie n’est pas notre œuvre, notre réalisation, ou une prestation qui mériterait une notation voire des applaudissements : c’est l'œuvre de Dieu, le sacrifice du Christ, le don de l'Esprit Saint, la grande prière de l’Église catholique, pas moins.

« De cette manière, Il a obtenu une libération définitive » (He) : le but de l’Eucharistie et l’un de ses nombreux effets, est de nous donner le salut réalisé par Jésus Christ, en nourrissant notre âme, lieu de la présence de Dieu en nous, en faisant croître notre grâce baptismale jusqu'à ce qu’elle envahisse tout et renouvelle tout dans notre existence, pour nous mettre déjà en consonance avec la vie du Royaume pour laquelle nous sommes faits et sans laquelle notre vie sur terre ne serait qu’une marche vers la mort. En Se donnant à nous en nourriture, le Christ vient visiter notre cœur et le rendre libre du péché, du mal et de la mort : en sommes-nous assez conscients ? Le désirons-nous ? Le portons-nous dans notre cœur lorsque nous approchons de l’autel pour communier ? Prenons-nous le temps de l’action de grâces silencieuse après la communion pour ouvrir notre âme à Celui qui Se fait si petit uniquement pour pouvoir y entrer ? Demandons-nous, comme fruit de notre communion, d’être libérés de l’égoïsme et de l’affreuse routine du péché ? Sommes-nous prêts à collaborer loyalement et joyeusement à l'œuvre de libération que le Seigneur vient accomplir en nous ?

« Ô Dieu, créateur de l’univers, accorde-moi premièrement que je Te prie bien ; ensuite que je me rende digne d’être exaucé ; et enfin que Tu me rendes tout-à-fait libre » (saint Augustin) : que l’Eucharistie, nous permette d’entrer dans la grande prière du Christ à Son Père, qu’elle purifie notre cœur et fasse grandir notre foi ; qu’elle nous donne la véritable liberté des enfants de Dieu.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 30 mai 2021

TRINITÉ / Année B

Dt 4,32-34.39-40 / Rm 8,14-17 / Mt 28,16-20

« Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé » (Dt) : nous cherchons peut-être la Trinité dans le monde des abstractions mathématiques, des concepts philosophiques, et cela nous semble bien compliqué. Mais Dieu-Trinité nous invite à interroger les témoins de la foi de l’Église, ceux qui ont vécu de cette vie même de Dieu, vie débordante qui a changé l’existence de milliards de croyants, qui a changé le cours de l’histoire : parler de la Sainte Trinité est, pour nous chrétiens, dire une présence, une libération et un envoi.

« C’est le Seigneur qui est Dieu, [...] il n’y en a pas d’autre » (Dt) : cet acte de foi en Dieu Un et Trine n’est pas une abstraction ou une théorie, mais est reconnaissance et même expérience d’une présence perpétuelle, stable, fidèle. Dieu ne S'est pas contenté de nous créer, Il a établi en nous Sa demeure depuis le jour où le baptême a fait de nous Ses enfants : cette présence trinitaire est réelle, non symbolique ; elle est en nous source de vie spirituelle, d'intériorité, de don de soi, de communion. Cette présence crée une alliance et demande une réponse : « leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt) ; « garde ses lois et ses commandements que je te prescris aujourd'hui » (Dt). Quelle est cette réponse ? Elle tient en un mot : l'alliance, cette alliance nouvelle et éternelle qui est célébrée et réalisée à chaque Eucharistie, chaque fois que le prêtre consacre le pain et le vin, chaque fois que l'on communie à cette réalité nouvelle. « Il n’y a pas d’autre Dieu », inutile de chercher ailleurs !

Les chrétiens « sont fils de Dieu », « héritiers avec le Christ », et ils « se laissent conduire par l’Esprit de Dieu » (Rm) : l'action de Dieu Trinité est multiple ― réconfort, croissance, sanctification ― mais on peut dire des sacrements qu'ils libèrent, à l'image de de qui s'est passé pendant l'Exode : « Est-il un dieu qui soit venu se chercher une nation au milieu d'une autre ? » (Dt). L'humanité tout entière est appelée à un exode nouveau, qui la fera passer de la servitude à l'alliance et donc à la liberté ; ce chemin n'est possible que par la grâce du baptême, qui donne l'adoption filiale : « vous n'avez pas reçu un esprit d'esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba, Père ! » (Rm). Ainsi Dieu prend l'initiative d'intervenir dans l'histoire pour libérer l'homme de ses propres esclavages ; Il le fait en Se donnant Lui-même, dans la Trinité de Ses personnes, pour remplacer la peur par le don, le repli sur soi par la communion, la haine par l'amour, la mort par la Vie.

« Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt) : la Trinité est un envoi en mission. De même qu'il est impossible d'enfermer la Trinité dans un triangle, l'amour de Dieu doit déborder de notre cœur comme la foi doit être proclamée en dehors de nos églises et de nos chapelles... Révélant la Trinité aux Siens avant de les quitter physiquement, Jésus leur donne immédiatement mission de transmettre à tous cette bonne nouvelle : Dieu a tellement d'amour en soi qu'Il est communion de trois Personnes S'aimant d'un amour éternel et infini, et que cette communion même n'épuise pas Sa capacité à aimer, puisqu'Il désire y faire entrer toute l'humanité. Notre mission est donc simple : témoigner, par notre vie et nos œuvres, par notre spiritualité et par nos priorités, de l'existence d'un Dieu très aimant qui demande à l'homme d'aimer, lui apprend à aimer, le rend capable d'aimer. Aimer, c'est-à-dire recevoir de Dieu de quoi aimer tous ceux que Dieu placera sur notre chemin ; aimer jusqu'au dernier souffle, aimer malgré l'offense ou la fatigue, aimer sans condition, aimer comme Dieu.

« Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé » : non que la Trinité se situe dans un passé lointain ! Mais cette présence se dit au fil de l’histoire humaine, marquée ô combien par le péché mais aussi par la grâce. Dieu Trois-fois-saint, Dieu Un et Trine est le seul capable de faire de notre histoire personnelle et collective une histoire sainte, reflet de Sa vie de communion, de don, d’amour. La fête liturgique de la Trinité nous rappelle que nous ne croyons pas en un Dieu abstrait, solitaire ou indifférent, mais pétri d’amour, source de tout amour vrai, océan d’amour qui nous appelle à Le rejoindre.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 22-23 mai 2021

PENTECÔTE / Année B

Gn 11,1-9 + Ps 32 / Ex 19,3-8a.16-20b + Dn 3,52-56 / Jo 3,1-5+ Ps 103 / Rm 8,22-27 / Jn 7, 37-39
Ac 2,1-11 / Ga 5,16-25 / Jn 15,26-27 ; 16,12-15

Surgit Spiritus Souffle et feu, l'Esprit Saint surgit, espéré et surprenant : 50 jours après Pâques, la fête de la Pentecôte célèbre le don de l'Esprit Saint aux apôtres, aux 120 disciples et, à travers eux, à l’Église envoyée en mission vers toutes les nations du monde. Mais qui est l'Esprit Saint ?

« Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie » : l’Esprit Saint est d’abord, pour nous croyants, Celui en qui on croit. Il est quelqu’un, non un esprit (fantôme), mais une vraie Personne. Nous avons peine à Le représenter, Il n’a pas de corps, on ne Lui donne pas un nom qui soit pour nous porteur d’une personnalité (comme le Père ou le Fils), mais Il est une Personne divine à part entière, et c’est même Lui qui, dans la Trinité, a ce ''rôle'' d’appliquer à chacun le salut voulu par le Père et réalisé par le Fils une fois pour toutes. Esprit Saint, Sanctificateur, Il communique la sainteté, l’image indélébile de Dieu en nous et la ressemblance qui peut se perdre mais que les sacrements nourrissent et purifient ; Il fait ainsi de chacun de nous des personnes au sens complet du terme, des êtres-de-relation transformés par leur relation avec la Trinité (la foi) et transformants dans leurs relations avec leurs frères (la charité). Dire que nous croyons en l'Esprit Saint, qu’Il est « Seigneur » (c’est-à-dire Dieu), comme le Père et le Fils, qu’« avec le Père et le Fils, Il reçoit même adoration et même gloire », qu’« Il donne la vie », revient à reconnaître la présence de l’Esprit Saint partout où Il Se donne, et donc dans tous les lieux de notre vie où Il peut et veut nous sanctifier, nous rendre semblables à Dieu, faire de nous d’autres Christs.

« Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique » : Dieu veut l’unité et la concorde de la famille humaine, mais non l’uniformité de l’oppression, le nivellement réalisé par l’imposition, violente ou insidieuse, d’une pensée unique, qui transforme les peuples en une masse anonyme et écrasante et les personnes en individus interchangeables. À rebours des utopies « babéliques » qui, au fond, détruisent l’alliance entre Dieu et l’humanité au nom d’une Idée ou d’une Pratique érigées en absolu, l’Église veut être ce lieu, ce corps, où l’Esprit unit sans uniformiser, sanctifie chacun personnellement sans le couper ni de ses racines ni de ses frères, enseigne sans jamais céder aux slogans de ce monde, transmet la foi des apôtres non comme une idéologie sujette à changements ou statufiée par le conformisme, mais comme une sève porteuse d’une vie qui vient de Dieu et qui conduit à Dieu. L’Esprit Saint, qui « a parlé par les prophètes » en orientant le peuple élu vers l’attente du Messie, est le sang de l’Église, ce nouveau Peuple de Dieu, lui communiquant la vie divine et, à travers elle, les dons d’unité, de sainteté, de catholicité (ouverture à l’universel et à la totalité de la foi), d’apostolicité (transmission fidèle du témoignage oculaire, irremplaçable, des témoins de Pâques).

« Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés » : l'Esprit Saint est un acteur essentiel de la vie sacramentelle qui fait de nous des chrétiens, c’est-à-dire non seulement des disciples du Christ, mais des fils et des filles de Dieu, adoptés par le Père, porteurs de l’onction royal, sacerdotale et prophétique à l’instar du Christ, temples de l’Esprit Saint. Par le baptême, l'Esprit Saint nous libère du règne du péché pour nous faire entrer, par avance, dans le Règne de Dieu ; par la confirmation, l'Esprit Saint nous marque une nouvelle fois de Son empreinte, de Son sceau, pour faire de nous des témoins et des missionnaires de l’Évangile où que nous vivions ; par l’Eucharistie, l'Esprit Saint envoyé par le Père à la demande du prêtre rend présent le Corps et le Sang du Christ, livrés pour la vie et le salut du monde… Que de merveilles dans notre vie d’Église, que de signes de la présence active, aimante, transformante de l'Esprit Saint ! Et là ne s’arrête pas la grâce des sacrements, puisque par eux la vie éternelle est semée au cœur de notre mortalité pour nous faire triompher, au dernier jour, de la mort même : « J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir » ! Cette résurrection aussi sera l'œuvre de l’Esprit...

Pentecôte : don de l'Esprit Saint à demander et recevoir avec confiance et abandon, sans crispation sur nos péchés ni sur nos manques ; don de l'Esprit Saint à vivre en Église et par l’Église, puisque le Christ n’a rien voulu faire sans elle ; don d’amour infini qui nous rappelle que nous sommes appelés à vivre non repliés sur nous-mêmes, mais au grand large ! Laissons donc la joie de cette fête transformer nos vies, car à travers elles, Dieu peut transformer le monde.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 13 mai 2021

Ascension / Année B

Ac 1,1-11 / Ep 4, 1-13 / Mc 16, 15-20

40 jours après Pâques et 10 jours avant la Pentecôte, la liturgie de l’Église nous permet de célébrer l'Ascension, fête très connue (par son pont notamment) et souvent représentée (par des tableaux pas toujours du meilleur goût). Nous connaissons bien cet Évangile, dont il nous faut tirer toutes les conséquences théologiques : par la montée au ciel de Jésus Christ, « le corps tout entier, avec sa Tête, est Fils de l’homme et Fils de Dieu, et Dieu » (Isaac de l’Étoile). Extraordinaire promotion de l'humaine nature ! L’Évangile étant bien connu, donc, prenons le temps de relire le commencement des Actes des apôtres, qui nous permettra une progression en six points (courts!)

L'Ascension marque la fin du parcours des Évangiles : « dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où Il commença, jusqu’au jour où Il fut enlevé au ciel ». Nous pouvons lire le Livre des Actes comme le second tome de l’Évangile selon saint Luc puisqu'ils ont le même auteur et que le premier (centré sur Jésus) s'achève exactement où le second (centré sur l’Église) commence.

L'Ascension conclut la série d'apparitions de Jésus ressuscité : « C’est à eux qu’Il S’est présenté vivant après Sa Passion, Il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, Il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu ». Voilà le fondement de la Tradition de l’Église, qui a recueilli tout ce que Jésus a enseigné aux apôtres, même ce qui n'est pas consigné, pour raison de brièveté, dans les Évangiles. Maintenant les apôtres, appelés à guider l’Église après le départ physique de Jésus, savent toute chose, bien mieux que pendant les trois années où ils Le suivaient, sans trop Le connaître ni même Le comprendre. Le Christ constitue Son Église comme témoin de Sa Parole, de Sa résurrection, de Sa Personne, de la vérité et du salut.

L'Ascension est un départ, qui marque une absence physique : « Il S’éleva, et une nuée vint Le soustraire à leurs yeux ». Évidemment il faut éviter de figer dans l'espace (les nuages?) le départ de Jésus : le fait est qu'Il a voulu marquer par cette disparition la fin de ce compagnonnage unique par lequel Il les avait appelés et formés. Après l'Ascension, les disciples ne chercheront plus à revivre ces années de proximité physique avec Celui qui sera désormais présent « au milieu d'eux » quand ils se rassembleront « en Son Nom ».

L'Ascension prépare Pentecôte : « Il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père […] ; vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours [...] ; vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ». Ce départ est une « promesse », faite par le Père, révélée et préparée par le Fils, du don de l'Esprit Saint. Pentecôte, don plénier de l'Esprit Saint, est un « baptême » qui inaugure la vie sacramentelle par laquelle le salut donné en Jésus Christ, la résurrection de Jésus Christ, et Jésus Christ Lui-même, est désormais communiqué à l'humanité.

L'Ascension est le prélude de la mission universelle de l’Église : « Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre ». Pentecôte sera le départ d'une incroyable aventure missionnaire dont les Actes des apôtres nous montrent le début et l'histoire de l’Église, depuis 2000 ans, la continuation et l'expansion : combien de peuples ont été touchés par l’Évangile ! Combien de croyants, prêtres, religieux et religieuses, catéchistes, sont partis loin de leur foyer pour transmettre, partout et à tous, la Bonne Nouvelle ! L'Ascension a permis tout cela, car si le Christ était resté physiquement présent à Jérusalem, jamais Ses disciples n'auraient eu le courage de partir à l'inconnu : c'est parce qu'Il n'est physiquement nulle part que le Christ peut être rendu présent partout par la foi.

L'Ascension nous oriente vers un retour, une attente : « Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous L’avez vu S’en aller vers le ciel ». Jésus est auprès du Père, mais notre vie, si elle est chrétienne, doit se faire attente de la rencontre, du face-à-face avec Lui. Nous le proclamons à chaque messe (anamnèse) mais nous y préparons-nous ?

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 9 mai 2021

6ème dimanche de PÂQUES / Année B

Ac 10,25-26.34-35.44-48 / 1Jn 4,7-10 / Jn 15,9-17

« Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu » : on n'est pas plus catégorique ! L'amour n'est pas une option, mais le centre même de notre foi, de notre relation à Dieu, au point qu'on peut affirmer l'inexistence de cette relation, de cette connaissance, de cette foi, si l'amour fait effectivement défaut. Mais que nous donne Dieu pour entrer dans Son amour, en vivre et en faire vivre ce monde ?

Des commandements : ça commence mal pour notre sensibilité contemporaine allergique à l'autorité ! Et pourtant impossible d'y couper : « Mon commandement, le voici » ; « Voici ce que je vous commande ». Comment entendre cette parole, qui établit un lien direct entre commandement et amour, et même possibilité d'aimer : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour » ? Pas de repli possible dans un amour qui serait détaché de l'écoute et de la pratique des commandements de Dieu, pas de séparation imaginable, dans la bouche de Jésus, entre amour et vérité : on dit couramment qu'un amour sans vérité ne serait que sensiblerie, et une vérité sans amour aussi vivifiante qu'un théorème mathématique. En Dieu amour et vérité se rejoignent (s'embrassent dit le Psaume), s'identifient même : c'est par amour que Dieu nous dit qui Il est et quelle est la vérité de notre existence, et la vérité ultime c'est d'aimer et de se laisser aimer. Comme le disait finement saint Augustin, « personne ne peut être adapté à la vie future s'il ne s'y exerce pas dès maintenant » : en nous révélant ce pour quoi nous sommes faits, l'amour infini de la vie éternelle, Dieu veut nous y préparer, et nous demande de prendre les moyens d'entrer dans cette Vie bienheureuse qu'Il nous réserve, mais à laquelle notre condition terrestre ne nous rend pas spontanément aptes.

La joie : Dieu ne nous donne pas Sa vérité, ou plutôt ne Se donne pas en vérité, pour que nous fassions triste figure ! Malheur à nous si nous donnons à la vérité le goût de la mort ! La vérité est vie, le dogme est canal de grâce, c’est-à-dire de l'amour prévenant, premier et gratuit de notre Dieu pour toutes Ses créatures. Le Christ prend la peine de rappeler aux Siens pourquoi Il leur donne Ses enseignements : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite ». Une joie nous est proposée, une joie qui peut atteindre la plénitude parce qu'elle vient de Dieu, perfection infinie, et qu'elle nous conduit à Dieu, le seul capable de nous rendre parfaits comme Lui, saints comme Lui, vivants comme Lui. La joie de Dieu n'a rien à voir avec les ricanements que notre société occidentale prend pour la liberté d'esprit, l'intelligence ou le bonheur ; la joie de Dieu n'est pas dans ces fausses extases qui font oublier le cri des pauvres ou les pleurs des malheureux : non, la joie de Dieu est un don d'en haut qui tourne nos regards vers les réalités de ce monde que Dieu seul est en volonté et en capacité de transfigurer. La joie du Christ, dans les Évangiles, éclate quand Il voit « les champs qui se dorent pour la moisson », c’est-à-dire la foi qui grandit dans les cœurs, la charité qui se fait active, le croyant qui prend conscience et de sa grâce et de sa mission, l’Église qui sème la Parole au creux de tous les sillons… Chrétiens de vieille chrétienté, croyons-nous encore à cette joie-là ?

Amitié : Dieu veut entrer avec nous en relation d'amitié ! Incroyable ! L'Infini, l’Éternel, le Tout-Puissant, accepte et désire même ce lien si familier, si humain, si affectueux, sans crainte de Se mettre à notre niveau, à égalité pourrait-on dire : « Je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître ». Mesurons le chemin que Dieu entend parcourir pour qu'une telle amitié soit possible, et, encore une fois, étonnons-nous… Il nous l'avait bien dit, Celui qui est Vérité et Vie, qu'Il était aussi Chemin, mais aurions-nous envisagé que ce Chemin Le mènerait jusqu'à nous, pour ainsi dire dépouillé des attributs de Sa divinité : quel cœur peut accepter d'aller jusque-là ? Cœur exigeant (« Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande »), mais cœur éternellement fidèle : ce sera, 20 jours après Pentecôte, la fête du Sacré-Cœur.

Commandements de vie, joie, amitié : le Seigneur nous a donné bien des motifs de Le louer, dans cette Eucharistie mais pas seulement : « lorsque chacun s'en va chez soi, il semble cesser de louer Dieu. S'il ne cesse pas de bien vivre, il loue Dieu continuellement. Ta louange ne cesse que lorsque tu te détournes de la justice et de ce qui plaît à Dieu. Car si tu ne te détournes jamais de la vie vertueuse, ta bouche est muette, mais ta vie est une acclamation et Dieu prête l'oreille au chant de ton cœur » (saint Augustin).

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 2 mai 2021

5ème dimanche de PÂQUES / Année B

Ac 9,26-31a / 1Jn 3,18-24 / Jn 15,1-8

« En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». Saint Augustin commentait cette affirmation du Christ en notant : « Il n'a pas dit ''vous ne pouvez pas faire grand-chose'', mais ''vous ne pouvez RIEN faire'' »… Soyons donc toujours plus convaincus que si Dieu n'est pas le moteur de notre vie, nous n'irons nulle part. Mais voyons de plus près.

« Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent » : il y a là une évidente allusion à l'enfer… Je laisse à chacun le soin d'en tirer les conclusions ! Mais avant d'en arriver là, voyons comment ne pas nous dessécher, nous flétrir, mourir de soif spirituellement : par la prière et les sacrements, que Dieu nous a donnés spécialement à cette fin. Car c'est nous qui en avons besoin, pas Lui ! Impossible pour un sarment de vigne de pousser sans être irrigué par la sève que lui communique le cep ; impossible d'allumer une lampe si on n'est pas branché sur le courant ; impossible de vivre sans manger ni boire : impossible pour un chrétien de vivre son baptême sans l'alimenter, régulièrement, à la source de la Parole de Dieu et de la prière personnelle et des sacrements. ''Et'', pas ''ou''… Il faut non pas trier, mais croiser les canaux de la grâce ; aimer Dieu en désirant et recevant tous les moyens qu'Il nous donne, par Son Église : dilection et non sélection ! On pourrait aussi comprendre cette phrase comme une invitation à repérer les « sarments secs » de notre existence (mauvaises habitudes, péchés, ressentiments, jalousies, égoïsme…), à les « ramasser » et à les brûler au grand feu de l'amour de Dieu. Chacun peut se mettre au travail !

« L’Église était en paix [...] ; elle se construisait et elle marchait dans la crainte du Seigneur ; réconfortée par l’Esprit Saint, elle se multipliait » : malheur à ceux qui troublent la paix de l’Église ! L’Église ne grandit que dans la « crainte du Seigneur », c’est-à-dire le respect de Ses commandements, même s'ils déplaisent aux puissants et aux savants de ce monde ; l’Église ne « se construit » que dans la « paix » que donne l'harmonie de chacun de ses membres. Si quelqu'un pense être chrétien sans avoir le souci de l'unité de l'ensemble, il fait fausse route ; si quelqu'un œuvre en semant la zizanie partout où il passe, il se fait illusion, il ne fait aucun bien durable ni même réel, il ne fait pas grandir l’Église. L'Esprit Saint nous est donné en Église, comme le sang irrigue tout le corps sans exception : un chrétien ne peut faire bande à part, faute de quoi sa foi se desséchera (cf. les sarments secs).

« Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples » : la « gloire » de Dieu n'est pas la gloriole ou l'éclat, mais la présence, le poids au sens où l'on dit de quelqu'un que sa parole a du poids… Comment Dieu manifestera-t-Il Sa présence en ce monde, si ce n'est par nous, par notre état de disciples et la fécondité qui découlera de notre union intime, permanente, existentielle, avec le Christ Ressuscité, Agneau immolé, Bon Pasteur, Porte de la Vie éternelle, Vigne du Père ? Comment serions-nous véritablement disciples de Jésus sans « porter du fruit », c’est-à-dire faire aboutir tout ce que l'arbre de la croix aura de sève pour nourrir et guérir ce monde ? Comment serions réellement heureux sans que nous traverse une fécondité qui vient de Dieu et qui veut mobiliser toutes nos énergies pour faire de notre amour un don, de notre vie une vocation ?

« En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » : mais vraiment rien, soyons-en persuadés. Rien en-dehors de la grâce, rien en-dehors, c’est-à-dire contre, l’Église qui est Corps du Christ, rien en dehors d'une conversion personnelle permanente qui ouvre notre cœur à la Parole de Dieu, qui ouvre nos yeux sur les « sarments secs » qui nous encombrent, qui ouvre notre foi aux dimensions infinies du salut que Dieu veut offrir à tous. Alors regardons loyalement notre vie et repérons là où nous ne sommes plus reliés à la Vigne, là où nous sommes déconnectés (pour reprendre un mot moderne) de la grâce, là où notre fécondité s'étiole et s'enlise. Et demandons avec confiance au Seigneur de faire de nous ce qu'Il voudra, et de nous envoyer comme Il le voudra et quand Il le voudra.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 25 avril 2021

4ème dimanche de PÂQUES / Année B

Ac 4,8-12 / 1Jn 3,1-2 / Jn 10,11-18

« La vérité n’aime pas les angles obscurs, et ne cherche pas les chuchoteurs » (saint Jérôme, Ep. 125) : en ce 4ème dimanche de Pâques, la liturgie proclame avec force quelques vérités essentielles. Vous le savez, le chapitre 10 de saint Jean forme « trois petits tableaux paraboliques différents, formant triptyque » : comment accéder légitimement au bercail (1-6), quelle est la porte du bercail (7-10), qui est le vrai et l'unique pasteur (11-18) ; « l'opposition qui, au premier tableau, s'est établie entre l'escalade et l'entrée normale ; au second tableau, entre la porte et ceux qui détournent de la porte, s'accuse maintenant entre le mercenaire et le pasteur » (Dom Delatte, commentaire des Évangiles). Elle nous parle de salut, de foi et de pasteur.

Le salut : « En nul autre que Lui, il n’y a de salut » (Ac) : les apôtres sont très clairs ! Jésus n'est pas un produit parmi d'autres dans le grand supermarché du religieux, mais Il est unique, central, indépassable : l'Esprit Saint a permis à Pierre de reconnaître en Jésus Christ non une porte mais La porte du Royaume, non un salut possible, mais Le seul salut, non un homme de Dieu parmi d'autres, mais Dieu qui S'est fait homme. Mais ce n'est pas évident pour le monde, qui doute, qui ricane, qui tourne le dos ou hausse les épaules : « on nous demande comment cet homme a été sauvé », feint de s'étonner l'apôtre ! Mais il ne faut pas chercher midi à 14h, semble-t-il dire ! Un homme peut-il en sauver un autre ? Ou se sauver soi-même ? La foi en Jésus Christ implique une attitude fondamentale : se reconnaître totalement dépendant d'un autre, qui est Maître de la vie et de la mort en général, et de la mienne en particulier ; mettre Dieu au centre et Lui permettre de réorganiser ma vie et son échelle des valeurs et des priorités ; s'en remettre vraiment à la grâce, et renoncer aux illusions de toute-puissance, qui prétendent grandir l'homme au-dessus de sa condition, et qui en fait le conduisent au néant. Ce que je viens d'énoncer, volontairement sans fioriture, ne va pas dans le sens des foules, et va conduire chacun à prendre parti… Par la révélation de Son identité de Fils de Dieu, Jésus crée nécessairement une polarisation entre les hommes : foi ou incrédulité, ouverture d'une vie à la grâce, qui en fait une vocation, ou fermeture dans ce qui risque de n'être qu'un monologue narcissique… A chacun d'opter.

La foi : « Nous verrons Dieu tel qu’Il est » (1Jn). Promesse magnifique ! Ne nous lassons pas de la relire, de la redire, de la méditer : Dieu nous promet le face-à-face, notre vie terrestre aboutit non à la mort mais à un accomplissement, une plénitude, un bonheur, un Amour aux potentialités infinies puisque c'est Dieu en personne. Tout cela est promis, mais que dire d'aujourd'hui ? Nous n'y sommes pas : « quand cela sera manifesté », semble tempérer l'apôtre, apparemment pour nous dire de ne pas nous emballer mais en fait pour nous inviter à ne pas nous décourager. La foi n'est pas l'évidence, et semble bien faible pour affronter l'incrédulité : pas de preuves, pas d'argument imparable, pas de miracle qui cloue le bec à l'adversaire, pas d'unanimité pour accueillir le message de Dieu. En fait, la foi nous introduit dans un mode de relation nouveau, et spécifique, et toutes les comparaisons restent bien chétives « pour décrire ce que nous sommes à Notre Seigneur et ce qu'Il est pour nous » : dévouement absolu, un seul cœur et une seule âme, confiance sans limites, tendresse et joie, tant on est sûr l'un de l'autre (Dom Delatte, commentaire des Évangiles). Cela, le Christ nous appelle à la vivre dès maintenant, comme la meilleure préparation au mystérieux rendez-vous auquel nous sommes tous conviés.

Le pasteur : vous voyez bien, dans cette logique, comment le Christ nous conduit, par la foi en Sa personne, jusqu'à la vraie vie avec Lui. Il Se choisit des hommes qui vont aider leurs frères à passer par la Porte du Royaume qu'est la foi, porte étroite qui demande dépouillement et conversion, porte unique qu'il faut trouver et accepter de franchir. Mais ils ne vont pas l'aider comme des mercenaires qui accompliraient leur tâche à la manière d'une routine, d'un automatisme, d'une activité qu'on prend et qu'on laisse : ils vont s'identifier au Christ Bon Pasteur parce que c'est l'unique moyen de mener leur mission à bonne fin et parce que le Christ les aura spécialement consacrés pour cela. « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn), c’est-à-dire, d'après le contexte biblique : est prêt, disposé à donner sa vie. Il s'agit donc, pour nous prêtres, de nous donner au Christ en vous donnant le Christ et en nous donnant à chacun de vous.

Priez pour nous, prêtres, qui sommes constitués et consacrés prêtres par le Christ pour vous faire entendre Sa voix, être au milieu des hommes signes de Sa présence qui rassemble, guide, encourage, guérit, nourrit. Priez pour que nous sachions parler avec la voix de l'unique Pasteur, non avec la voix étrangère de ce monde ou de nos intérêts propres. Il y a une seule porte, le Christ, et nous ne sommes pas la porte ; mais Il nous a établis sur le seuil pour aider chacun à entrer, tout en laissant le loup dehors. « La vérité n’aime pas les angles obscurs, et ne cherche pas les chuchoteurs » : priez pour que nous sachions élever la voix, à temps et à contretemps, au-dessus de la rumeur de ce monde, pour faire entendre à tous l'appel du Bon Pasteur.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 18 avril 2021

3ème dimanche de PÂQUES / Année B

Ac 3,13-15.17-19 / 1Jn 2,1-5 / Lc 24,35-48

« Il y eut un moment où Jésus apparaissait vaincu : les ténèbres avaient couvert la terre, le silence de Dieu était total, et l’espérance, une parole qui semblait désormais vaine » (Benoît XVI, message de Pâques 2012). L’Évangile nous y ramène, semble-t-il…

« Pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? » : il s'agit, littéralement, de pensées tortueuses (dialogismói), pensées de tentation, de doute et de méfiance vis-à-vis de l'œuvre de Dieu. C'est un reproche, bien sûr, mais aussi une plainte : comment n'ont-ils pas assez d'amitié dans leur cœur pour ne pas reconnaître Celui qui a choisi de partager Sa vie avec eux, trois années durant ? Comment ont-ils pu oublier Sa voix, Son regard à nul autre pareil, au point de Le confondre avec un fantôme ? La joie de Pâques ne doit pas nous faire oublier que, lorsque le Ressuscité surprend les Siens dans la salle aux portes soigneusement verrouillées, ceux-ci sont déjà bien loin de Lui : la tristesse, le désespoir, la ruine de leurs ambitions terrestres auxquelles, pourtant, Il leur avait dit de ne pas s'accrocher, une immense honte surtout, les submerge au point de ne pas reconnaître Sa présence, de douter, d'avoir peur, de déraisonner… Pâques n'efface pas d'un coup le Vendredi Saint, et, si le Christ peut encore montrer les stigmates de Sa Passion, Il voit, sans aucun doute, les dégâts immenses que la crucifixion a fait dans le cœur de Ses apôtres. Nous le comprenons bien, nous qui sommes plongés depuis un an dans une crise collective qui laissera des traces profondes ! C'est à chacun de nous que le Christ redit, aujourd’hui, « Pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? » pour que nous laissions la tristesse derrière nous.

Mais revenons à la source, c’est-à-dire à Jésus : quand notre foi vacille, il faut savoir que, comme aux apôtres enfermés à double tour, Jésus vient nous apporter paix et joie, non par un ''message'', ni même seulement par la compréhension du dessein millénaire de Dieu révélé dans les Écritures, mais par la présence renouvelée de Sa Personne. Qui est-Il donc, Celui qui vient surprendre les Siens au matin de Pâques ? Le même que Celui que nous célébrons aujourd’hui, Celui dont témoigne saint Pierre dans les Actes des apôtres : « serviteur, le Saint et le Juste, Prince de la vie, Messie ». Tout cela, et bien plus encore ! Une personne unique qui demande un amour unique, et qui S'engage envers nous d'une manière unique : contemplons-Le, « livré, renié, ressuscité d’entre les morts, glorifié », pour reprendre les termes des Actes. Ce « Prince de la Vie » n'est pas resté confiné dans Son paradis, si j'ose dire ; ce « Saint » ne S'est pas contenté d'une séparation radicale avec toute forme de mal, mais Il est venu nous communiquer Sa sainteté ; ce « Juste » ne S'est pas cantonné dans le rôle de Juge des vivants et des morts qu'Il tiendra au dernier jour, mais Il a tout risqué pour nous ajuster à la volonté du Père et faire de nous des justes ; ce « Messie » n'a pas voulu des triomphes humains dont rêvaient même Ses disciples, mais Il nous a consacrés, à Son image, par l'Esprit qui fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois, pour qu'advienne le Royaume. Pâques nous invite à fixer notre regard sur le Ressuscité, à le contempler.

Contempler Jésus pour que la foi change radicalement notre vie : si nous avons bien écouté les textes de ce jour, nous avons compris que les relations que le Christ noue et renoue avec les Siens sont appelées à s'étendre à toute l'humanité pour la purifier du mal, l'unifier en une seule famille reliée par l'amour. Notre foi devrait faire de notre relation au Christ le moteur de notre existence, le motif de nos actes, la racine secrète de tous nos efforts et de tous nos combats spirituels, la source de notre joie : « nous avons un défenseur, nous Le connaissons, nous gardons Ses commandements ». Nous « gardons Ses commandements », mais nous ne gardons pas Jésus pour nous : « la conversion sera proclamée en Son Nom » à toute créature pour que nul ne se croie étranger à la voix de Dieu qui l'appelle à l'amour et à la liberté véritables. Le christianisme n'est pas une morale ou une belle civilisation : il consiste essentiellement en la présence de Jésus ressuscité qui rejoint et sauve l'humanité à travers la médiation de l’Église, c’est-à-dire de chacun de nous !

« Si Jésus est ressuscité, alors – et seulement alors – est arrivé quelque chose de vraiment nouveau, qui change la condition de l’homme et du monde, [...] parce que le Ressuscité n’appartient pas au passé, mais Il est présent aujourd’hui, vivant » (Benoît XVI, message de Pâques 2012). Voici le ''message'' de Pâques, si l'on doit en chercher un ; voici la Bonne Nouvelle dont le Christ nous rend témoins, porteurs, missionnaires jusqu'à la fin des temps.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 11 avril 2021

2ème dimanche de PÂQUES / Année B

Ac 4,32-35 / 1Jn 5,1-6 / Jn 20,19-31

« ''Vous devez renaître'' est la formule simple et directe dont [l’Église] se sert après son Divin Maître, ''Votre nature tout entière doit naître de nouveau'' » ; car l’Église « a pour mission de sauver la nature humaine de sa misère [...] en l’élevant [...] au-dessus de son propre niveau. [...] C’est pour cette fin qu’une grâce rénovatrice a été déposée entre ses mains » (bienheureux cardinal Newman, Apologia pro vita sua). En ce 2ème dimanche de Pâques, le Christ dépose entre les mains tremblantes de Ses apôtres la grâce de la Résurrection.

« Jésus vint, et Il était là au milieu d’eux » : Il est présent, au centre, au milieu des Siens, comme Il a promis d'être toujours au milieu de nous, pourvu que nous nous rassemblions en Son Nom. Ce n'est pas une hallucination collective ou un enthousiasme fanatique qui a causé la résurrection, c'est la présence de Jésus ressuscité Se manifestant toutes portes closes, l'événement objectif de Sa victoire sur la mort dans un vrai corps, qui fait entrer les cœurs fermés des apôtres dans une joie pascale qu'ils n'attendaient ni n'espéraient. La rencontre est réelle, mais effrayante : qui est-Il, Celui qui peut Se rendre présent ainsi, sans être limité par ce corps au-delà de la mort qui est pourtant le Sien ? Le corps de Jésus ressuscité est bien Son corps historique mais dans un état glorieux, identique quant à sa nature humaine, tout autre par la gloire divine qui le transfigure (« et eiusdem naturæ et alterius gloriæ » St Grégoire le Grand). Continuité avec Sa vie terrestre et spécialement avec ces trois années de vie publique qui leur ont permis de Le connaître de près… mais pas d'épuiser Son mystère, que la Résurrection révèle enfin. Jésus est Celui-qui-est, Dieu-avec-nous, le Seigneur présent à Sa création, pour rassembler autour de Lui l'humanité en un seul peuple. Mais pas sans nous...

« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » : Jésus envoie Ses disciples avec la même autorité avec laquelle le Père L'avait envoyé Lui-même en ce monde ; Il leur confère le même pouvoir sur les forces du mal. Plus qu'une confiance renouvelée envers ceux qui L'avaient trahi, plus qu'une confirmation de leur vocation de « pêcheurs d'hommes », il s'agit de la manifestation de la volonté du Christ de fonder l’Église, c’est-à-dire de confier à la communauté des croyants, structurée par le ministère des apôtres sous l'autorité de Pierre, le soin d'annoncer à tous le salut advenu en Christ. Dieu ne S'annoncera pas par des moyens extraordinaires qui supprimeraient l'intervention humaine : depuis l'origine, l'annonce de la Bonne Nouvelle implique l'action de disciples devenus missionnaires par contact avec leur Maître. Mais ne nous y trompons pas : de même que Jésus n'a pas reculé devant une mission qui incluait la mort et la croix, de même Ses disciples ne devront pas craindre le témoignage en toutes circonstances, au risque de l'échec, jusqu’au martyre qui les associera pleinement au mystère pascal du Bon Pasteur devenu Agneau du sacrifice pour enlever le péché du monde. D'ailleurs leur première mission échoue : ils n'arrivent pas à convaincre Thomas !

« Ayant ainsi parlé, Il souffla sur eux » : ainsi se réalise, dans saint Jean, la nouvelle création annoncée au début de l’Évangile à Nicodème (Jn 3,3-7) et reprenant le même verbe que la Genèse (Gn 2,7 LXX), où Dieu, après avoir formé l'homme avec l'argile, souffla en lui une haleine de vie [enefúsesen]. Symboliquement, la Résurrection est une nouvelle création, qui relève les apôtres d'entre les morts, eux qui avaient succombé à la peur pendant la Passion ; symboliquement, c'est par eux, qui sont appelés à devenir les colonnes de l’Église, que le Christ commence Son œuvre de re-création, de restauration dans l'alliance rompue depuis le premier péché. Les apôtres sont les premiers à recevoir le Souffle de l'Esprit qui les plonge dans la vie divine, et fortifie leur foi d'une manière décisive… Mais voilà, Thomas manque à l'appel : Dieu aurait-Il mal calculé Son moment ? Thomas nous représente, nous qui n'avons pas vécu cette rencontre avec le Seigneur dans la chair, et qui néanmoins pouvons Le suivre, l'aimer, croire en Lui de tout notre être. Le commandement de Jésus à Thomas, « sois croyant, deviens croyant » c’est-à-dire crois en moi, mais aussi « deviens fidèle » au sens de fiable, dont le témoignage pourra être crédible car non soumis aux variations des humeurs et des doutes, ce commandement ne pourra être réalisé qu'après Pentecôte, quand les apôtres recevront en plénitude l'Esprit de sainteté et de vérité. Et la Pentecôte englobe toute l'humanité dans son rayonnement, puisqu'à travers les sacrements, l'Esprit Saint crée un homme nouveau, vivant dès ici-bas de la grâce et non de la chair, prêt à ressusciter car capable d'entendre l'appel : « Vous devez renaître » !

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 4 avril 2021

PÂQUES

Ac 10,34a.37-43 / Col 3,1-4 / Jn 20,1-9

« C’était encore les ténèbres […] ; nous ne savons pas où on L’a déposé […] ; les disciples n’avaient pas compris » : saint Jean multiplie les négations dans ce récit du matin de Pâques où tout, cependant, devrait être simple… Il est évident que nul n'attendait cet événement, puisque nul ne le comprit lorsqu'il advint, sauf le disciple bien aimé qui, dans le secret de son cœur, « croit ». Pâques n'est donc pas le fruit d'une attente déraisonnable de disciples choqués par l'échec de Jésus et s'étant convaincus ''qu'il se passerait quelque chose'' qui renverserait la donne… Pâques nous surprend, nous déroute et réintroduit dans notre histoire l'évidence de l'initiative de Dieu, de Sa puissance de vie éternelle devant laquelle la mort s'efface. Pâques est au cœur de notre foi chrétienne, non seulement parce que sans cela nous ne serions pas ici (que sert de célébrer un mort?), mais encore parce que cet événement resitue notre relation à Dieu dans le bon sens : c'est Lui qui Se révèle à nous, c'est Lui qui donne sens à l'histoire humaine, c'est Lui qui aura le dernier mot, aussi graves qu'aient été les blessures et les désillusions.

« Nous qui avons mangé et bu avec Lui après Sa résurrection d’entre les morts » (Ac) : point capital ! La résurrection suppose des témoins, non du fait lui-même dont les modalités échappent à notre expérience sensible, mais de la présence désormais permanente, réelle, indestructible, du Christ au milieu de Son peuple, c’est-à-dire de la grande famille humaine qu'Il est venu réconcilier, unifier et conduire au Père. Le temps pascal sera rythmé, vous le savez, de récits non pas du tombeau vide mais d'apparitions de Jésus ressuscité : une présence radicalement nouvelle que même les plus intimes ont de la peine à reconnaître, dans un premier temps… Une présence irradiant une puissance de vie tellement forte qu'elle en est un peu effrayante, elle qui se joue des lois de l'espace et du temps… Une présence familière cependant, toute de bonté, de miséricorde, que seul Celui qu'ils ont accompagné pendant trois ans sur les routes de Terre Sainte peut incarner : ce corps, cette voix, ces blessures, ce regard à nul autre pareil, qui va au fond de leur âme et en lit les plus secrets mouvements, cet Amour à l'intensité unique qui a donné sens à leur vie et qui les enverra, de nouveau, sur les routes du monde, sans crainte des périls.

« Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que Lui-même L’a établi Juge des vivants et des morts » (Ac) : car la résurrection est envoi, et Pâques annonce déjà Pentecôte. De même que Jésus avait choisi d'accomplir Sa mission d'annonce de l’Évangile avec un groupe de disciples, structuré au fur à mesure par les responsabilités confiées aux « Douze », de même, à compter de Sa résurrection, leur confie-t-Il l'immense charge de faire connaître à l'univers qui l'ignore encore Sa victoire sur la mort et tout ce qu'elle implique : la véracité de Son enseignement, l'authenticité de Ses miracles, désormais compris comme les signes avant-coureurs du salut donné en Christ, l'identité de Celui qui S'est désigné comme Fils de l'Homme et dont ils ont enfin compris toutes les dimensions. Autrement dit : Jésus Christ ressuscité ne sera connu, compris, aimé que par l'action des apôtres, par le témoignage personnel de ceux qui L'ont connu avant la croix et rencontré après, par la prédication incessante de l’Église, jusqu'à la fin des temps. Pâques associe définitivement le Christ à Son Église, dont Il fait Son Corps mystique déjà vainqueur de la mort et sans laquelle rien de Lui, jusqu'à Son Nom, ne serait connu. « Dieu Se désigne Lui-même par l’union de Son Nom » à celui des disciples, une « particule d’appartenance » qui le relie définitivement avec les hommes, qui les fait entrer « dans Son Nom et presque dans Son être, à tel point que Dieu Se définit par Sa relation avec ceux qu’Il aime : dès lors on est affranchi de la mort et du néant » (Dom Delatte, L’Évangile de Notre Seigneur Jésus Christ le Fils de Dieu, II).

Alors laissons monter en nous l'immense joie de Pâques : « Il est nôtre, ce corps sans vie qui gisait dans le sépulcre, mais qui a ressuscité le troisième jour et qui, au-dessus de toutes les hauteurs célestes, est monté jusqu'à la droite du Père tout-puissant. Si nous suivons la route de ses commandements, et si nous n'avons pas honte de confesser tout ce qu'il a payé pour notre salut dans l'abaissement de sa chair, nous aussi serons élevés jusqu'à la participation de sa gloire » (sermon de saint Léon le Grand sur la Passion).

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 3 avril 2021

VIGILE PASCALE / Année B

Quelle joie de célébrer cette Vigile pascale avec vous ! L'an dernier, nous étions chacun chez soi, privés de culte public, exilés loin de la communauté… Puisse cela nous rappeler, fortement, la dimension ecclésiale, communautaire, de notre foi : nous ne sommes pas faits pour vivre isolés, la liturgie chrétienne n'est pas faite non plus pour être consommée à distance, en replay, par une kyrielle d'individus éparpillés. Le sommet de l'année liturgique, en ce soir, nous le redit : Dieu crée l'humanité (Gn), Dieu Se constitue un peuple (Ex), Dieu prépare une alliance éternelle où tous pourront entendre Ses commandements, en vivre, et, par eux, être sauvés (les prophètes). C'est maintenant que nous faisons mémoire de tout cela, c’est-à-dire que nous rendons présent le salut de Dieu, actuelle Son intervention dans l'histoire, efficace le sacrifice par lequel le Christ a tout réconcilié.

« Pourquoi crier vers moi ? Ordonne aux fils d’Israël de se mettre en route ! Toi, lève ton bâton, étends le bras sur la mer, fends-la en deux » (Ex) : assez de lamentations, dit le Seigneur ! Tu as dans la main le bâton que je t'ai donné pour accomplir les signes de puissance devant pharaon ; tu as ma nuée lumineuse qui te sépare de la mort qui, sans cela, te rejoindrait ; tu as ma promesse de t'arracher à l'esclavage d’Égypte et te conduire en terre de bénédiction et de liberté, où tu pourras vivre l'alliance avec moi ! Nous aussi, entendons le Seigneur nous redire que la lamentation n'est pas chrétienne, que le désespoir n'est pas notre destin, que Dieu est présent, aujourd’hui comme hier, fidèle, aimant, libérateur, et qu'Il nous demande de nous relever pour être signes, au milieu d'une société morose et désabusée, de la puissance libératrice de l’Évangile, ouvert à tous, offert à toute l'humanité, que nous ne pouvons pas garder prisonnier entre nos murs.

« L’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec Lui pour que le corps du péché soit réduit à rien, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché » (Rm) : dans un raccourci saisissant, saint Paul condense toute l'histoire du salut dans les quelques heures que Jésus a passé en croix. Avec Lui, c'est le vieil Adam qui meurt, paralysé par son péché, c’est-à-dire, symboliquement, ce qui dans l'humanité mène au péché, à la chute, à la mort : bien sûr, la tentation est toujours là, et le Christ a voulu l'éprouver pour nous montrer que nous aussi pouvons répondre 'non' à Satan, sans moyens extraordinaires, puisque le Messie n'a pas voulu mettre Sa divinité au service de Sa fragilité humaine. Mais « nous ne sommes plus esclaves du péché », plus condamnés à suivre sans cesse la pente fatale, avec pour seule aide la Loi qui nous indique quelle barrière nous avons franchie ; non, par la grâce du sacrifice du Christ et de Sa résurrection, la vie divine peut triompher, en nous, des forces mortelles du péché, nous permettant ainsi d'ouvrir toutes grandes les portes de notre âme au pardon, à la liberté des enfants de Dieu, au salut, à la vie éternelle.

« Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du Seigneur » (Ps 117) : espoir insensés diront les ricaneurs que notre civilisation à son couchant semble fabriquer à la pelle… Non, réalité déjà advenue en Jésus Christ, triomphateur de la mort, réalité à venir pour tous ceux qui comprendrons l'urgence de se joindre à la victoire du Christ, la plus belle et la plus décisive « des actions du Seigneur » ! Réalité qu'il faut anticiper en adoptant, dores et déjà, le style de vie des ressuscités qui est précisément celui des Évangiles : « convertissez-vous, car le Royaume des cieux s'est approché » ! Réalité qu'il faut proclamer à temps et à contretemps, même s'il faut affronter incroyance et refus, car au fond cette annonce rejoint la plus secrète et la plus universelle des attentes de l'homme : comment vaincre la mort ? Le cri de joie du psaume est la plus belle réponse.

« Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : Il n’est pas ici » (Mc) : Il n'est pas dans les tombeaux où les puissants ont voulu, et veulent toujours, Le mettre. Il n'est pas dans la poussière des idéologies, dans le déchaînement de la violence, dans une soupe de 'valeurs' consensuelles, dans les vains efforts de l'homme pour dominer le temps et même la mort. Non, la résurrection de Jésus est un fait qui s'impose par son caractère objectif : à l’opposé de la propagande, elle ne crée l’événement mais est en est la conséquence. Nous sommes ici parce qu'il s'est passé quelque chose ! Nous sommes ici parce que le Ressuscité nous précède sur nos routes, et nous ouvre le Royaume de Dieu : c'est là, seulement, que nous devons Le chercher, et que nous Le trouverons.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 2 avril 2021

Vendredi Saint

Is 52,13-53,12 / He 4,14-16 ; 5,7-9 / Jn 18,1-19,42

« Ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler » (Is) : rassemblés pour l'Office de la Passion du Vendredi Saint, seul jour de l'année où le sacrifice de l'Eucharistie n'est pas offert, nous sommes invités à voir et à entendre d'une manière profondément renouvelée, celle-là même du Christ.

Visage et vision : sur la croix, est offert à notre regard un visage qui n'en est plus un tant la souffrance l'a frappé, et notre regard spontanément se détourne… Ainsi que l'avait prédit le prophète, « Il était pareil à celui devant qui on se voile la face » (Is) : comme tous ceux qui sont dans le malheur, ces pauvres qu'on n'ose pas regarder en face, ces malades dont on ne prend plus des nouvelles, ces veuves qu'on n'invite plus jamais à sa table… Pour ceux qui ont vu le Saint-Suaire, ceux qui ont été marqués par tel ou tel film, ceux qui ont médité sur la Passion, tout simplement, l'idée de ce que le Christ a pu souffrir est insupportable, inimaginable même si l'on pense qu'au-delà des souffrances physiques, de la trahison générale, de l'humiliation et de l'absolue solitude, Notre Seigneur a porté en Lui le péché de toute l'histoire humaine. Jésus affronte, dans Sa Passion, les cris d'une foule excitée par Ses ennemis, le sadisme d'une caserne acharnée tout entière contre Lui, les quolibets des savants et des puissants qui n'avaient jamais réussi à avoir le dernier mot dans leurs discussions avec Lui… « Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils Lui posèrent sur la tête », martyrisant un visage désormais caché par un buisson d'épines : pour eux il n'y a plus rien à voir… Mais pas pour le croyant ! L'évangéliste contemple le corps supplicié, et il voit la « gloire », la présence manifeste du Messie ; il raconte sans pathos l'écrasement d'un innocent, l'anéantissement du Juste, et il devient, jusqu'à la fin des temps, porteur d'un témoignage sur lequel s'appuie notre foi aujourd’hui : « celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ».

Entendre et répondre : la mort du Christ, que nous commémorons aujourd’hui, est aussi appel à l'écoute et à la prise de parole. Pendant Ses trois années de vie publique, le Seigneur a parlé, et a pris les moyens de susciter l'écoute : par Ses paraboles pas toujours immédiatement accessibles, par ses miracles, « signes » demandant une foi préalable et destinés à susciter la foi. Le Christ, Parole éternelle du Père, est présence vivante, incarnée, de la Vérité qui Se donne par amour, qui dit aux hommes ce qu'est l'Amour véritable, qui en appelle, au fond de chaque homme, à la soif d'absolu : « quiconque appartient à la vérité écoute ma voix ». Quelle réponse reçoit-Il à Jérusalem ? Des cris de haine de la populace, le lâche silence de ceux qui prétendaient être disciples, le blasphème des autorités (« Les grands prêtres répondirent : ''Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur'' ») qui oublient que Dieu seul est leur roi… Quelle réponse reçoit-Il aujourd’hui ? Indifférence des masses uniquement préoccupées du lendemain, du matériel, des loisirs ; hostilité des puissants qui imaginent que les petites lois qu'ils votent dans la pénombre d'un hémicycle priment sur la Loi naturelle voulue par Dieu ; repli sur soi ou désespérance de nombre de communautés chrétiennes tentées par l'éparpillement, la résignation, l'attiédissement de la foi pour rattraper le train de ce monde… Combien ont fait leur la remarque désabusée de Pilate : « qu'est-ce que la vérité ? »

Le paradoxe d'un grand prêtre mis au rang des pécheurs : le drame du Golgotha nous invite à nous recentrer sur le Christ, et Lui seul, en nous demandant ce qu'Il a voulu faire en naissant parmi nous, en parcourant nos routes et en acceptant de boire la coupe amère de la souffrance et de la mort. Le Christ n'est pas un révolutionnaire qui aurait manqué son but ou un innocent persécuté parmi tant d'autres : Il est le fondateur d'une alliance nouvelle et éternelle, et en Lui « nous avons un grand prêtre éprouvé en toutes choses » (He). Éprouvé, c’est-à-dire partageant intimement la fragilité de notre condition jusqu'à subir les assauts du « prince de monde » qui épuisera contre Lui toutes les tentations, mais aussi tous les mauvais instincts et toutes les violences des pécheurs. Éprouvé, c’est-à-dire Se mettant à nos côtés pour que jamais nous ne désespérions de la miséricorde de Dieu, que jamais la mort ne l'emporte en nous ou par nous : « Il a été compté avec les pécheurs, alors qu’Il portait le péché des multitudes » (Is). Sur le bois de la croix, le Christ grand prêtre S'offre en sacrifice, donnant tout pour nous soustraire aux forces du mal qui se déchaînent, en vain, contre Lui : « le démon avait renversé Adam avec le bois de l’arbre, Jésus Christ a terrassé le démon avec le bois de la croix » (Saint Jean Chrysostome, homélie du Vendredi Saint 392). Voilà pourquoi la croix de Jésus est notre victoire.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 1er avril 2021

JEUDI SAINT

Ex 12,1-8.11-14 / 1Co 11,23-26 / Jn 13,1-15

« Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? » (Jn) : il est clair que les apôtres, au soir de la Cène, n'avaient rien compris du tout… Mais Jésus sait qu'Il leur enverra « l'Esprit de vérité qui leur enseignera la vérité tout entière » : à la veille de mourir, Il sème la semence de la foi de l’Église à venir, instaurant les sacrements de la nouvelle alliance, le sacerdoce et l'Eucharistie.

« Moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur » (1Co) : qu'il est émouvant dans sa sobriété, ce premier témoin écrit de l'institution de l'Eucharistie ! Et il nous est donné précisément par saint Paul, qui n'y avait pas participé… Point besoin d'avoir connu Jésus dans la chair pour célébrer le don qu'Il a voulu faire, une fois pour toutes, à l'humanité. Par contre ce don doit être reçu et transmis : reçu de l’Église, transmis en Église. Pour saint Paul, reçu des apôtres qui étaient là à la veille de la Passion, transmis aux communautés qu'il fonde un peu partout entre Antioche et Rome. Pour nous, célébré en Église, approfondi avec la foi de l’Église, transmis en Église à la génération qui vient, par la catéchèse et le catéchuménat. L'Eucharistie est un bien qui se reçoit et se transmet, un trésor qui nous est donné pour ici-bas, que nous ne pouvons comprendre que dans le cadre de la foi des apôtres, que nous avons besoin de creuser et de méditer tout au long de notre chemin de foi (rien de pire que de penser en avoir fait le tour!), une réalité essentielle dont nous pouvons si peu nous passer que nous ne concevons pas de la garder pour nous… En ce jour du Jeudi Saint, le Seigneur nous appelle à rendre grâce pour ceux qui nous ont transmis la foi dans le sacrement de l'Eucharistie, et à nous mobiliser pour partager au plus grand nombre « ce qui vient du Seigneur ».

« Ce jour-là sera pour vous un mémorial » (Ex) : qui dit mémorial dit mémoire, mais bien plus ! Il s'agit d'une action de Dieu qui retentit définitivement dans l'histoire des hommes, et en fait ainsi une histoire sainte. Un mémorial institué par Dieu crée un cycle liturgique qui, chaque année, fait de nouveau entrer les croyants dans le projet de Dieu, en rendant l'acte de salut présent, efficace, actuel. C'est vrai pour la libération opérée par Dieu au moment de l'Exode, qui a fait une fois pour toutes d'Israël un peuple voué à l'alliance avec le Dieu unique ; c'est vrai pour l'Eucharistie, instaurée par le Christ, à la veille de Sa mort, pour Le rendre présent, partout où une messe est célébrée, jusqu'à la fin des temps. En ce Jeudi Saint, Dieu nous appelle donc à faire de notre vie le lieu du mémorial, lieu d'une présence toujours plus vivante, actuelle, réelle, qui rayonne dans notre cœur, illumine notre regard, change l'ordre de nos priorités, fait germer et grandir le Royaume.

« Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur » (Ex) : voilà une phrase à ne pas prendre à la légère, comme si elle ne concernait que pharaon et ses soi-disant dieux… Dieu, toujours, opère ce « jugement » qui sépare la lumière des ténèbres, la vérité du mensonge, la foi de l'impiété, la sainteté du péché, la vie de la mort. Dieu « passe » dans notre vie personnelle mais aussi dans notre histoire collective, et la Pâque du Seigneur est toujours une force de subversion qui renverse les forteresses où l'homme se pense en sécurité, une force de conversion qui frappe à la porte de nos maisons pour que nous laissions entrer Celui qui, seul, peut nous sauver ; une force de salut qui vient apporter la vie plus forte que la mort, et éclairer d'une lumière impitoyable tous nos faux-semblants, toutes nos illusions, toutes nos idoles, pour nous en montrer la vanité et le vide. En ce soir du Jeudi Saint, alors que nous célébrons le Christ prenant Son dernier repas avec Ses apôtres au moment même où s'agitent, contre Lui, les forces de la trahison et de l'injustice, Dieu nous appelle à Le laisser faire toute la vérité dans notre conscience et notre vie de relations, pour qu'Il puisse abattre les idoles et être en tout et partout notre Seigneur.

« Quand Lui-même a déclaré, au sujet du pain : Ceci est mon corps, qui osera encore hésiter ? Et quand Lui-même affirme catégoriquement : Ceci est mon sang, qui pourra en douter, et dire que ce n’est pas Son sang ? C’est donc avec une pleine conviction que nous participons à ce repas comme au Corps et au Sang du Christ. Car, sous la figure du pain, c’est le Corps qui t’est donné ; sous la figure du vin, c’est le Sang qui t’est donné, afin que tu deviennes, en participant au Corps et au Sang du Christ, un seul corps et un seul sang avec le Christ. C’est ainsi que nous devenons des ''porte-Christ'', son Corps et son Sang s’étant répandus dans nos membres » (Catéchèse de Jérusalem aux nouveaux baptisés).

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 21 mars 2021

5ème Dimanche de Carême / Année B

Jr 31,31-34 / He 5,7-9 / Jn 12,20-33

« Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous » : dans cet Évangile quelque peu mystérieux, le Christ nous donne une indication précieuse. Tout ce qui Lui arrive ici-bas est « pour nous », orienté vers nous, voué à notre salut : Sa naissance, Son enseignement, Sa mort et Sa résurrection. Encore faut-il l'entendre, et le voir...

« Nous voudrions voir Jésus » demandent ces « Grecs » (pas circoncis, donc, mais fréquentant la synagogue et cherchant à observer les principaux préceptes de la Loi de Moïse) qui, n'osant pas aborder directement Jésus, passent par l'intermédiaire de Philippe et André (deux prénoms grecs, sûrement pas un hasard). Que répond Jésus ? « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive » ! Mais où donc ? Sur les routes de Galilée, de Samarie, de Judée, d'abord, pour apprendre de Lui à devenir disciples, en écoutant Son enseignement, en cherchant à comprendre Ses paraboles, en étant témoins de Ses guérisons mais surtout de Sa miséricorde, de Son amour universel, de Sa Personne offerte au monde, tournée vers les petits, reliée inséparablement à Dieu le Père. Suivre Jésus là où Il va, à l'instar du peuple élu marchant dans le désert, au rythme de la nuée divine qui donnait le signal et du départ et de l'arrêt : « suivre Jésus en vient à désigner chez Jean l'exode intérieur hors du monde hostile à Dieu » (Anselm Schulz, Suivre et imiter le Christ). A cette demande bien légitime, Jésus répond donc par un appel à devenir des disciples qui marchent au pas de leur Maître, au pas de Dieu, pour entamer l'exode intérieur qui les conduira, au final, en Terre Promise. Notre Carême doit être ce temps d'exode intérieur où nous laissons derrière nous l'esprit du monde pour mieux marcher vers la Terre Promise qu'est le Royaume de Dieu.

« Maintenant mon âme est bouleversée » : versets d'une extraordinaire intensité, par lesquels nous est entrouvert le mystère de la conscience du Verbe incarné, vrai Dieu et vrai homme. Jésus S'approche de la Passion, le sacrifice suprême, et Il ressent le tremblement de toute l'humanité devant l'injustice et la trahison, la souffrance et la mort. Tremblement, mais pas refus, ni désertion : le Fils est là pour ramener l'humanité vers le Père et répandre sur elle l'Esprit de vérité et de sainteté. La Passion sera, mystérieusement, source d'une inépuisable fécondité, et Jésus le sait, Lui qui emploie l'image des semailles pour mieux préparer les Siens à la moisson. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas » : Jésus continue à répondre aux Grecs, en laissant entendre que, pour Le « voir », il faudra Le suivre jusqu'à la croix, là même où, selon saint Jean, se révélera Sa « gloire ». L'épreuve du Christ est aussi l'épreuve de notre foi : pourquoi suivons-nous Jésus ? Jusqu'où sommes-nous prêts à aller ? « Marcher avec Jésus d'une façon purement humaine mène infailliblement à la catastrophe de la défection » (Anselm Schulz). Le Carême nous invite à purifier notre foi de ce qu'elle aurait de trop humain, routinier, statique : le bouleversement intérieur du Christ nous redit que nous ne ferons pas l'économie du combat contre le mal.

« Il est devenu pour tous ceux qui Lui obéissent la cause du salut éternel » (He) : la Bible révèle que pour voir Jésus, il faut aussi Lui « obéir », c’est-à-dire L'entendre d'une manière active et confiante qui conduit à des actes, à une conversion réelle, à une adhésion sincère et inconditionnelle. Voir Jésus, c'est désirer Le contempler éternellement, donc prendre au sérieux Ses promesses (« Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps »), Ses appels (« le Royaume de Dieu est tout proche : convertissez-vous et croyez à l’Évangile »), Son alliance nouvelle et éternelle annoncée par les prophètes (« Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur » Jr). Voir Jésus, n'est-ce pas se laisser regarder par Lui, et permettre à ce regard omniscient et totalement aimant de nous relever, de nous fortifier, de nous sanctifier ? Voir Jésus, n'est-ce pas Le laisser nous sauver en faisant de nous des disciples, des témoins, des apôtres, des saints ? Tel est, ne nous y trompons pas, l'enjeu réel de notre Carême.

« Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous » : Dieu n'a pas besoin du Carême, de la prière, de la Bible, des sacrements, mais bien nous ! Puisse notre Carême nous rappeler cette vérité essentielle : tout ce que nous donne l’Église vient de Dieu, et a pour seul but de nous permettre de L'entendre ici-bas, en attendant de Le voir face à face au dernier jour.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 14 mars 2021

4ème Dimanche de Carême / Année B

2Ch 36,14-16.19-23 / Ep 2,4-10 / Jn 3,14-21

« Tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités » (2Ch) : que dirions-nous aujourd’hui, quand les puissants étalent sans vergogne leurs crimes (Birmanie), leur corruption (Liban), leur folie des grandeurs (Corée du Nord), leur volonté paranoïaque de contrôler le corps et l'esprit de leurs concitoyens (Chine)… Remarquez bien que je n'ai fait aucune remarque sur nos gouvernants, puisque je suis tenu à la neutralité… Comment ne pas ressentir angoisse et colère quand les menaces se précisent sur la famille, la vie de l'enfant à naître, la liberté scolaire, le droit au culte : « ils profanaient, méprisaient, se moquaient », car ils ne savent faire que cela, salissant tous ceux qui acceptent de les écouter et de les imiter. Oui, mais gardons-nous de mettre tout le monde dans le même sac ! Pensons à Nicodème (c'est le nom hellénisé de la grande famille aristocratique des Naqdîmôn, originaire de Jéricho) : voilà un homme de bien, « influent, membre du Conseil, qui attendait le Règne de Dieu » (Mc), « bon et juste, qui n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes » contre Jésus (Lc). En ces temps de polémiques, d'amalgames et de résignation, le Seigneur nous appelle au discernement, à la réflexion, et à porter une parole valorisant l'engagement, la droiture, la fidélité à la parole donnée, le respect de la vie depuis sa conception jusqu'à sa fin naturelle.

Mais revenons à cet entretien de Jésus avec Nicodème : tout se passe de nuit, temps de la révélation que Jésus offre graduellement à Nicodème : celui-ci est appelé à entrer dans le mystère de la personne de Jésus, de Son être de Verbe incarné (Jn 1,14) et de Lumière du monde (Jn 8,12). Ce parcours progressif d'illumination trouvera son achèvement quand Nicodème, se montrant au grand jour, prendra sur lui de demander à Pilate le corps de Jésus crucifié (Jn 19,38-40) : sa foi a grandi au point de pouvoir affirmer, au cœur des ténèbres du Vendredi Saint, que « la Lumière est venue dans le monde » et qu'elle se nomme Jésus, Lui, le Fils unique que « Dieu a envoyé dans le monde ». Pour l'instant nous n'en sommes pas là, et Nicodème a l'air de tâtonner dans l'obscurité, comme nombre de nos contemporains. Jésus va-t-Il lui proposer des vérités provisoires, une spiritualité du bien-être et de la réussite, une foi à quatre sous pas trop difficile à comprendre et à mettre en œuvre ? Non : Jésus donne à l'homme assoiffé de sens la vérité ultime, la clef de la vie éternelle : « Dieu a tellement aimé le monde qu’Il a donné Son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (Jn). C'est la première occurrence de l'expression « la vie éternelle », dans cet Évangile qui pose un lien crucial entre foi et vie : pour avoir la Vie, il faut entrer dans la foi ; et la foi est une adhésion, une participation personnelle, anticipée mais bien réelle, au Royaume de Dieu. Cette « vie éternelle » n'est pas propre à l'homme : elle naît de l'adhésion à Jésus, qui permet à l'homme, par la grâce de Dieu, de recevoir comme une nouvelle création.

« C’est Dieu qui nous a faits, Il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’Il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions » (Ep) : avons-nous bien entendu ? Des « œuvres bonnes » existent, depuis toujours, dans le cœur de Dieu, et Il a voulu avoir besoin de chacun de nous pour qu'elles adviennent en ce monde ! « Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de Sa grâce », grâce qui est toujours première mais qui cherche à nous associer à son action : Dieu ne nous sauvera pas malgré nous, Il ne veut pas non plus sanctifier ce monde sans que nous y soyons associés. Merveilleuse foi catholique, qui redit avec force à la fois le primat absolu de Dieu en toute chose et en toute circonstance, et notre vocation humaine d'être de collaborateurs de la grâce divine, de Son amour transformant et libérateur !

Nicodème ne le sait pas encore… Il le découvrira plus tard, et, quand il relira ce que furent ses premiers pas, ô combien timides, dans la foi en Christ, il rendra grâce pour la patience de Dieu et le travail, silencieux et en apparence aride, de la grâce en lui : il faut vivre Pâques pour saisir vraiment qui est le Christ. Ainsi notre Carême nous apprend chaque année à accepter les petits pas dans la foi que le le Christ nous propose, et à avancer, même dans la pénombre, vers la lumière de Pâques.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 7 mars 2021

3ème Dimanche de Carême / Année B

Ex 20,1-17 / 1Co 1,22-25 / Jn 2,13-25

« Un homme va prendre sa douche. Il a pris avec lui tout le nécessaire, la brosse, le savon, la serviette. Il se nettoie, il se frotte, il s’astique en tout sens. Il a simplement oublié l’essentiel, il n’a pas tourné le robinet pour que l’eau l’inonde. Sa douche à sec est parfaitement inutile. Ainsi en va-t-il de la vie chrétienne à qui manque la grâce. Elle n’est qu’une comédie dérisoire, impuissante à nous sauver. Alors, frères chrétiens, je vous pose avec tout le sérieux nécessaire la question : à quand remonte votre dernière douche ? Qu’avez-vous fait pour que coule sur vous l’eau de la grâce ? » (Père Guillaume de Menthière, conférence de Carême à Paris, 28 février 2021) Quel rapport avec les textes de ce 3ème dimanche de Carême demanderez-vous ? Voyons ensemble...

« Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu » : autrement dit, on ne peut tromper Dieu, inutile donc d'essayer, ni de se servir de Son Nom pour d'autres finalités que Lui-même. Les Évangiles mettent en scène le comportement choquant des pharisiens, ces pratiquants scrupuleux qui font tout comme il faut, qui prient, qui paient la dîme, qui étudient la Bible, qui font l'aumône, mais qui se regardent en train d'accomplir leurs actes méritoires, qui se comparent, qui se glorifient eux-mêmes, qui refusent d'accueillir la conversion, la parole, le salut que Jésus leur propose. En fait ils sont passés du service de Dieu à leur propre service, ils ont enrôlé Dieu au service de leurs petites idées, et vont déployer une énergie phénoménale pour ne pas changer, pour ne pas écouter, pour ne pas voir ce qu'ils ont sous les yeux : le Messie tant attendu est là, qui vient visiter Son peuple ! Voilà pourquoi saint Jean fait cette remarque sévère : « Jésus, Lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’Il les connaissait tous [...] ; Lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme ». Cette claire affirmation de la divinité de Jésus, qui, seul, connaît les profondeurs de l'âme humaine, est tout à fait à sa place dans cette première partie de l’Évangile selon saint Jean (Jn 1,19 – 12,50), dédiée à la révélation, par les signes et les paroles, du Verbe Incarné. Elle souligne aussi cruellement que l'eau vive de la grâce, que seul le Christ peut donner, est hors d'atteinte de ces croyants blindés dans leurs certitudes et leurs habitudes.

« Il fit un fouet avec des cordes » : Jésus S'est probablement servi des cordes avec lesquelles on liait les animaux à vendre pour les sacrifices du temple. La précision permet d'ajouter une remarque faite par saint Augustin, pour qui le Seigneur tire de nos péchés le matériau même avec lequel Il nous en dégoûte et nous en corrige (“de peccatis nostris sumit materiam unde nos puniat”, In Joh. 10). Ne nous est-il pas arrivé, au cœur de notre péché, de sentir à la fois que Dieu nous laissait dévaler une pente mille fois empruntée et qu'Il nous en faisait sentir tout le vide, toute la tristesse, tout le néant ? Ou bien, lorsque nous nous sommes approprié ce vers quoi la tentation nous poussait ― tant il est vrai que le péché est d'abord appropriation, mainmise sur l'autre, sur la création, sur nos talents mêmes ― Dieu n'a-t-Il pas transformé cette apparente victoire en défaite évidente où, une fois encore, vide et tristesse nous ont signalé à la fois l'absence de Dieu mis en fuite par notre péché et Sa présence blessée qui rend futile tout autre bien que Lui ? C'est, paradoxalement, dans ce vide que peut couler, et abondamment, l'eau de la grâce, grâce de conversion par amour du Seigneur, grâce d'espérance dans Sa capacité à nous sauver, grâce de foi en Sa présence fidèle, chaque jour et toujours.

« Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » : Jésus utilise le terme désignant la partie la plus sacrée du temple, le saint des saints (Qodesh Qodashim), indiquant par là qu'Il est le Lieu ultime pour la rencontre face à face avec le Dieu vivant. Comme la reconstruction hérodienne du temple durait depuis l'an 19 avant notre ère, on peut dater l'épisode de la purification du temple de l'an 27/28, soit au début du ministère public de Jésus. Autrement dit, le signe de la purification du temple, annoncé par les prophètes comme l'inauguration du règne du Messie, devient l'annonce d'une transformation radicale : l'alliance des tables de la Loi devient l'alliance nouvelle et éternelle fondée dans le don du Corps et du Sang de Jésus ; le culte sacrificiel réservé à un seul lieu sur terre donne naissance à la célébration, partout, par l'Eucharistie, du sacrifice du Christ sur la croix ; le Lieu saint qui était la gloire et l'assurance du peuple croyant est désormais le Corps du Christ, hostie mais aussi Église, sacrement et communauté, sanctuaire où, par Sa grâce, Dieu est donné, partagé, reçu, communiqué.

La liturgie de ce jour nous redit avec force que la seule attitude possible pour le croyant est d'ouvrir en grand les portes de sa vie à la grâce de Dieu qui purifie et transforme, pour être acteur et témoin de l'alliance par laquelle Dieu veut sauver tout homme. Alors, cette douche, on la prend ?

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 28 février 2021

2ème Dimanche de Carême / Année B

Gn 22,1-2.9a.10-13.15-18 / Rm 8,31-34 / Mc 9,2-10

« Abraham, le croyant à la vie rectiligne et cependant tragiquement traversée par les mystérieuses exigences de Dieu », écrivait Georges Auzou (La Tradition biblique) : qui d'entre nous n'a pas été ému en entendant cet incroyable récit, qu'on appellera, selon le point de vue adopté, sacrifice d'Isaac ou sacrifice d'Abraham ? Pourquoi la liturgie nous le donne-t-elle à réentendre au début de notre Carême ?

« Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel » (Gn 22). Abraham a en effet été prêt à tout donner, même l'impensable ! Sans doute l'effroi nous saisit face à une telle radicalité… Mais au fond, est-ce que toute la Bible ne nous apprend pas à nous dessaisir, à nous préparer à l'ultime dépouillement de la mort ? Pensons à Job (« nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j'y retournerai »), relisons les paraboles (« cette nuit même on te redemande ta vie, et ce que tu auras amassé, qui l'auras ? »), contemplons le Christ qui Se désigne comme la « Porte étroite » par laquelle il faut passer pour entrer dans le Royaume… Sur ce chemin qui mène vers le Père, vers Celui qui nous dit d'écouter Son Fils, parfois nous fatiguons : la route se fait plus difficile, et conduit, comme pour Abraham montant le Mont Moria, vers l'épreuve. Mais à travers l'épreuve peut se faire jour le sacrifice, c’est-à-dire l'offrande de notre confiance, aimante et inconditionnelle, à Dieu. Ce sacrifice librement consenti peut alors devenir le lieu de l'échange de fidélités, celle, absolue, de Dieu envers nous, et celle que nous essayons de vivre ici-bas, vaille que vaille mais sans renoncer. Ce sacrifice accepté dans la foi et grâce à la foi peut devenir, comme pour Abraham, nouveau chemin de bénédiction et de fécondité.

« Puisque tu as écouté ma voix, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance » (Gn 22) : Dieu aime à bénir, et la bénédiction qu'Il adresse à Abraham se répand déjà dans le cœur des hommes, qui béniront à leur tour celui qui, le premier, a fait un chemin de foi personnel l'amenant au don ultime, sans conditions ni restrictions. La bénédiction de Dieu fait d'Abraham une bénédiction pour les autres ; dans cette bénédiction, le Nom de Dieu et celui du croyant sont indissolublement unis : ainsi la bénédiction d'Abraham devient signe et moyen de l'alliance entre Dieu et Sa création. « Dieu S’est à ce point lié à l’homme que c’est par référence à tel homme qu’on peut dire qui Il est et Le distinguer des autres dieux. Il Se nomme à travers les hommes ; et ces hommes sont devenus pour ainsi dire Son Nom propre. Abraham, Isaac et Jacob sont ainsi comme des attributs de Dieu. [...] Ces hommes permettent de nommer Dieu, [...] ils sont le Nom de Dieu » (J. Ratzinger, Les principes de la théologie catholique). Le Carême ne vient-il pas nous rendre à notre vocation d'être les porteurs du Nom de Dieu ?

« Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’Homme soit ressuscité d’entre les morts » (Mc 9) : tout le passage est orienté vers la mort et la résurrection du Christ. Il Se montre aux plus proches de Ses apôtres pour les rendre témoins de Sa victoire sur la mort, un peu à l'avance, et de Sa condition divine, qu'ils sont encore loin d'imaginer, malgré leurs progrès dans la foi. A la lumière de la Pâque de Jésus, toute notre existence terrestre devient passage de ce monde vers le Père : passage, chemin, montée, que notre fréquentation des saintes Ecritures permettra, pour accéder, au dernier jour, au visage resplendissant de Jésus que les apôtres Pierre, Jacques et Jean n'ont fait qu'entrevoir lors de la Transfiguration. Au fond l'Evangile opère un renversement radical, puisque ce n'est plus Abraham qui offre son fils, c'est Dieu le Père qui nous envoie, nous donne son Fils unique Jésus, livré pour nous : « Il n’a pas épargné Son propre Fils, mais Il l’a livré pour nous tous » (Rm 8).

Notre Carême nous invite à ce renversement radical : ce n'est pas nous qui donnerions nos efforts à Dieu, mais c'est Dieu qui nous offre tout : le pardon, la vie spirituelle, l'adoption des fils et des filles de Dieu, l'alliance nouvelle et éternelle célébrée et actualisée lors de chaque Eucharistie. Vivons donc ce Carême en état de disponibilité, de réception sans les entraves de l'égoïsme et du péché, de confiance sans limite : tel est le sacrifice que Dieu aime et qu'Il attend de nous.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 21 février 2021

1er Dimanche de Carême / Année B

Gn 9,8-15 / 1P 3,18-22 / Mc 1,12-15

L’Évangile selon saint Marc est le seul des trois synoptiques à ne donner aucun détail sur les tentations du Christ : nous ne nous y attarderons donc pas, sauf à souligner que le Seigneur Jésus, quand Il partage notre humanité, va jusqu’au bout de Son acte d'offrande, participant à nos combats et remportant la victoire pour nous, pas au sens où nous n'aurions pas de combats spirituels à mener, mais parce qu'Il nous permet de vaincre le péché et sa conséquence ultime, la mort éternelle.

« Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu » : par ces mots tout simples, saint Marc annonce le début de la plus extraordinaire aventure missionnaire qui soit, puisqu'elle dure encore. Jésus va prêcher l’Évangile de Dieu, c’est-à-dire la Bonne Nouvelle qui vient de Dieu et la Bonne Nouvelle sur Dieu : nous qui savons que Jésus est le Fils unique du Père, comment ne nous émerveillerions-nous pas en Le voyant Se lancer sur nos routes pour tenter de nous rejoindre, un à un, sur nos lieux de vie, dans les Galilées de notre temps ? La Galilée était une province où Juifs et non-Juifs cohabitaient difficilement depuis des siècles, où foi et superstitions se mélangeaient, où se levaient les faux prophètes… Comme aujourd’hui, notre monde n'est ni dans la foi ni hors d'atteinte de la foi, où l'abrutissement du matérialisme côtoie les soifs spirituelles les plus intenses ! Jésus a donc lancé, une fois pour toutes, la grande mission des chrétiens qui est l'annonce de la volonté de salut de Dieu : comment prenons-nous notre part à cette mission ?

« Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » : une urgence ! Un appel à entendre maintenant ! Un 'aujourd’hui' à saisir pour ne plus le lâcher ! Jésus établit un lien strict entre Sa venue et l'attitude qu'Il attend de nous : en un sens, la conversion est une rencontre entre Celui-qui-vient et tous ceux, toutes celles, qui sont, depuis la Genèse, à Son image mais qui doivent retrouver la ressemblance que le péché leur a fait perdre. Croire en Dieu veut dire L'entendre quand Il appelle à cette rencontre, Le suivre quand Il nous montre le chemin de conversion qui permettra cette rencontre, L'accueillir quand Il vient nous rejoindre dans notre vie qui est parfois une Galilée où tout se mélange sans prendre sens… Notre Carême n'est pas un temps de désespérance où la vue de nos fautes pourrait nous plonger : c'est le « temps favorable » du sursaut, de la démarche, du retournement intérieur, bref, de la démarche personnelle vers un pardon sacramentel qui vérifiera et fortifiera notre conversion.

« Dieu dit à Noé et à ses fils : ''Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous'' ». L'alliance est un grand mot, une réalité à laquelle Dieu seul peut donner vie et permanence : dans les Évangiles, Jésus noue peu à peu les noces de Dieu avec Son peuple par une existence itinérante, à la fois humble et rayonnante, publique et cachée, semant l'amour et le pardon partout où Il passe et confronté aux échecs, aux critiques, au rejet. Tout cela, le Seigneur choisit de le partager avec les Siens, avec ceux qu'Il a appelés et choisis pour être Ses disciples. La vie en commun des disciples avec Jésus « constitue le signe caractéristique de leur situation de disciples », avec cette grande différence d'avec les rabbins de ce temps que « la fonction de disciple de Jésus n'a pas de limitation dans le temps », ne donnera droit à « aucun poste d'honneur dans ce monde », les emmène même sur le chemin de la croix (cf. Anselm Schulz, Suivre et imiter le Christ). L'alliance est donc une vie en intimité avec le Seigneur, mais pas dans un isolement narcissique : elle nous ouvre aux autres, elle se vit en Église, elle fait de nous des disciples qui suivent ensemble le même Maître et entrent progressivement dans Son amour bienveillant, exigeant et fidèle.

« C’était une figure du baptême qui vous sauve maintenant [...] par la résurrection de Jésus Christ » : la proclamation, la conversion, l'alliance, se rejoignent dans la vie sacramentelle que notre baptême a inaugurée en nous. Baptisés, donc plongés dans la vie trinitaire seule source de salut pour l'homme. Baptisés, donc consacrés par le chrême qui fait de nous, une fois pour toutes, des prêtres appelés à offrir le monde à Dieu ; des prophètes chargés d'annoncer, à temps et à contre-temps, la Bonne Nouvelle aux Galilées d'aujourd'hui et de demain ; des rois revêtus comme Jésus et par Jésus de la tenue de service pour laver les pieds de nos frères, c’est-à-dire leur permettre d'avancer dignement sur les chemins de cette vie. Baptisés, donc en marche vers la sainteté : bon Carême !

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 17 février 2021

Cendres

Jl 2,12-18 / 2Co 5,20-6,2 / Mt 6,1-6.16-18

Quel avantage avons-nous à faire Carême ? Vous connaissez bien les quatre propositions qui nous ont été faites aujourd’hui et qui seront réitérées, de diverses façons, jusqu'à Pâques : pénitence, jeûne, partage, prière. Mais pourquoi ? Quel bénéfice spirituel Dieu en attend-Il pour nous ?

La justice : « Ce que vous faites pour devenir des justes » ; « afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu ». Notre parcours de foi, sur cette terre, nous appelle à la justice, à l'ajustement aux façons de faire, d'aimer, de donner, de pardonner, de Dieu. Nous entrons en Carême pour devenir des justes, ou, pour le dire autrement, pour convertir le plomb en or. Se convertir signifie changer de manière de penser et de vivre, recommencer à faire de la foi, de la vérité et de l'amour les règles de notre existence concrète ; plus encore, se convertir revient à reconnaître la seigneurie de Jésus Christ sur notre vie, par chacun de nos actes, de nos choix. Si Jésus est toujours mieux le Seigneur de ma vie, Il pourra me mener jusqu'à Sa Pâques, le paradis, la Vie éternelle qui est le but de Sa venue en notre humanité et le but de mon existence ici-bas. La conversion n'est pas un chemin qui avance tout droit, elle a des montées et des tournants, des interminables faux-plats mais aussi des tournants brusques : elle demande et demandera toujours de notre part effort et, pourquoi ne pas le dire, combat. La conversion est l'attitude que doit prendre l'homme en face d'une situation nouvelle, l'avènement du Royaume de Dieu : c'est à la fois un don que Dieu nous fait (Son Royaume crée une réalité nouvelle qui implique la possibilité et la capacité de l'accueillir) et du réalisme spirituel (le seul moyen d'entrer dans ce Royaume, c'est d'en passer la porte, qui est étroite mais ouverte et offerte).

L'intériorité : « ton Père qui voit au plus secret te le rendra » ; « revenez à moi de tout votre cœur ». L’Évangile est très net : il ne s'agit pas de faire des choses spirituelles pour être (bien) vu, mais de grandir en intériorité. Nous ne passerons donc pas le Carême à établir des courbes de nos temps de prière comme d'autres nous assomment avec les statistiques du virus ou de la vaccination ; nous ne photographierons pas nos assiettes vides, pour imiter tous ces sots qui trouvent essentiel de nous rendre témoins de leur petite vie sur les réseaux dits sociaux ; nous ne choisirons pas des efforts qui tiendraient de la performance et seraient voués à alimenter notre orgueil ou notre cimetière personnel de résolutions non tenues… Nous demanderons plutôt au Père Son Esprit, dont l'œuvre suprême est de nous orienter vers le Père, de nous retourner intérieurement pour que grandisse en nous la ressemblance baptismale avec le Christ, pour que nous devenions aptes à écouter le Père, à vivre de Sa Parole chaque jour. Le Carême peut nous ramener dans l'intimité avec Dieu, pour nous faire expérimenter que Lui seul comble notre soif d'amour, d'absolu, de vérité, de paix, qu'il est Celui vers qui monte notre prière et Celui qui vient jusqu'à nous, « au plus secret ».

En Église : « prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte ». Nous faisons pénitence en Église, nous prions les uns avec les autres, pour les autres, grâce aux autres, car nous sommes appelés à ressusciter ensemble à Pâques. De même que, dans une communauté qui chemine dans le désert, chacun a besoin des autres et ne peut ni parvenir seul au but ni survivre s'il reste en arrière, de même la communauté fondée par Jésus est une communauté de foi en l'unique Berger, de lien fraternel, d'espérance partagée, de vie. La foi chrétienne n'est pas une démarche solitaire, mais une aventure qui doit réveiller toute l'humanité ! Jésus a voulu associer des hommes à Sa mission, choisissant, formant et envoyant des apôtres, les rendant capables de donner leur vie, de la consacrer à rassembler tous les peuples et toutes les cultures en une seule famille, l’Église… Et on ne peut pas dire qu'ils aient échoué : quel immense labeur depuis 2000 ans, quelle somme de dévouement et de sacrifices ont nourri la croissance de l’Église, répandant la Bonne Nouvelle aux extrémités du monde ?

Nous ajuster à l'Amour infini qui est Dieu, en ne contournant pas les conversions nécessaires, former notre être intérieur qui seul passera la barrière de la mort, élargir notre foi aux dimensions de l’Église pour que l’Évangile soit, ici et maintenant, concrètement vécu, partagé, proclamé : un beau programme de Carême, non ?

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 14 février 2021

6ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Lv 13,1-2.45-46 / 1Co 10,31-11,1 / Mc 1,40-45

“Un tombeau qui marche” : ainsi appelait-on le lépreux au temps de Jésus. Nous avons fêté, ce 11 février, Notre-Dame de Lourdes, et portons plus particulièrement dans notre prière tous les malades, notre société effrayée et paralysée par la pandémie : Jésus nous invite à entrer dans la souffrance de ce monde, à Sa façon.

Vous avez remarqué l'extrême bonté de Jésus qui Se laisse aborder par un homme que nul, en Son temps, ne veut approcher ni même voir : Jésus S'arrête, écoute, prend pitié, lui parle, le touche. Sous ce regard, à ce contact, le lépreux redevient quelqu'un et pas seulement le porteur d'une terrible maladie. Et Jésus nous demande : comment réagissons-nous devant la maladie de l'autre ? Par la fuite, le silence, les conseils qu'on ne nous demande pas, les discours soi-disant spirituels plaqués sur une réalité que nous ne vivons pas ? Dans la nouvelle alliance, le Fils de Dieu S'implique totalement dans les conditions de vie et de souffrance des malades et des pécheurs, puisqu'Il les touche et Se laisse toucher par eux. La maladie et la souffrance nous font peur, mais Jésus nous indique le chemin pour ne pas fuir le combat : voir, entendre, parler, toucher, c’est-à-dire voir la personne derrière le malade, se laisser rejoindre en prenant le temps, savoir dire une parole d'espérance et de réconfort, se faire proche, accompagner sur un chemin qui n'est pas le nôtre mais que nous pouvons rendre moins pesant et moins solitaire…

Puis Jésus semble changer de comportement : une fois guéri, le lépreux est brusqué, sommé de se taire, envoyé au prêtre. Le rite de la purification auquel Jésus fait allusion était accompli sur l'esplanade du temple, près de la porte de Nicanor : jusqu’au sacrifice de la Croix, Jésus observe et fait observer les sacrifices de la Loi de Moïse. La démarche du lépreux servira aussi à annoncer aux autorités du temple les œuvres du Messie. Car Jésus ne fait pas qu'une guérison : Il intervient, de manière décisive, dans une vie, Se révélant comme le Messie qu'on attendait pour rétablir toute chose, Dieu, qui vient visiter Son peuple. Jésus rend au lépreux l’intégrité, la pureté et la beauté des origines (« Dieu dit : ''faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance'' » Gn 1,26). Ce malade en qui la société peinait à voir un homme, Jésus le relève et le recrée, littéralement, et cette re-création ne trouvera son accomplissement que dans la réintégration au sein du peuple élu (ce qui était le rôle du prêtre), et l'ouverture du cœur à la venue du Messie, non tel qu'on le rêvait, mais tel qu'Il veut Se donner. Jésus fait le choix de révéler progressivement quel Messie Il sera, car Il ne veut pas tomber dans les schémas, politiques ou guerriers, imaginés par Ses contemporains.

Le psaume, sur ce, semble nous emmener dans une autre direction : « Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! [...] Je T’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts. J’ai dit : ''Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés'' ». Quel rapport avec l'histoire de ce lépreux ? Certainement pas de suggérer que sa maladie est une punition de ses péchés ! Mais la Bible présente parfois le péché comme une lèpre : il est contagieux mais il isole, il défigure, il affaiblit, il mène à la mort… Et l'homme ne peut en guérir spontanément : il faut que Dieu passe dans sa vie, suscite en lui le désir d'être purifié, fasse appel à Lui (« si Tu le veux, Tu peux me purifier »), et Lui fasse une totale confiance. Là encore, Jésus nous redit : « va te montrer au prêtre » ! Il n'est plus là pour constater une guérison corporelle, mais opérer, avec la puissance même de Dieu, une guérison spirituelle : à travers ce beau sacrement de la confession, Dieu nous attend pour nous donner une joie profonde : « Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! »

En Jésus, le Père veut nous donner la guérison, le salut de l'âme et du corps ; Il le fait par le Corps vivant par lequel Il parle, voit et touche le malade ; par Son Corps sacramentel, l'Eucharistie qui nous remplit de Sa présence ; par Son Corps mystique, l’Église, qui nous communique Sa Parole, Sa vie, Son pardon, Sa grâce. Dans la société déboussolée par la pandémie et le vacarme médiatique qui nous assomme, du matin jusqu’au soir, avec un unique sujet, la peur, notre foi nous appelle à ne pas nous calfeutrer chez nous, par peur ou par indifférence, mais à ouvrir les yeux, ceux de Jésus qui regarde, écoute, agit pour que nul ne se croie loin de l'amour du Père. Notre foi nous envoie porter au monde Celui qui seul peut guérir les cœurs blessés et les injustices de notre temps. Amen.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 7 février 2021

5ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Jb 7,1-4.6-7 / 1Co 9,16-19.22-23 / Mc 1,29-39

« Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ » (1Co 11,1) : il fallait oser ! Nous entendons, toutes ces semaines, de courts extraits de la 1ère Lettre aux Corinthiens dont le découpage, dimanche après dimanche, rend, je le crains, la logique peu perceptible... Les chapitres 7 à 15 sont ainsi analysés par la Bible de Jérusalem : solution de trois problèmes pastoraux (mariage et virginité [7] ; idolothytes, ces viandes des animaux sacrifiés dans les temples païens dont le surplus était revendu au marché [8-10] ; le bon ordre dans les assemblées [11-15]).

Il y a 15 jours (1Co 7,29-31)  : « ceux qui pleurent, qu'ils soient comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment ». Étranges consignes ! Paul nous demanderait-il de faire semblant ? Ou nous dirait-il qu'au fond rien n'a d'importance ? Bien sûr que non… Mais tout doit être remis à sa place, et la Création, dont nous devons user mais pas abuser, n'est pas éternelle… Et nous avons une fâcheuse tendance à nous installer comme sur un canapé (pour rejoindre une image fréquemment employée par le Pape) au lieu de mettre en œuvre nos talents et notre vocation de transformation, du monde et de nous-mêmes, en offrandes agréables à Dieu. Il s'agit donc de ne rien s'approprier, de ne jamais arrêter d'avancer, de chercher, d'approfondir notre relation avec Dieu qui seul fera de nous des saints.

Dimanche dernier (1Co 7,32-35) : « j’aimerais vous voir libres de tout souci. Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur, il cherche comment plaire au Seigneur […] ; que vous soyez attachés au Seigneur sans partage ». Encore plus fort ! Paul a l'air de condamner le mariage ! Nullement, mais il a aussi à cœur, dans une civilisation gréco-romaine décadente, de marquer que nous sommes tout entiers consacrés au Seigneur, âme et corps, et que cette consécration peut se vivre dans le mariage mais aussi dans le célibat choisi. Notre époque semble retourner aux préjugés du temps de Tibère ou de Vespasien sur l'utilité et même la possibilité pour un être humain de ne pas vivre en couple (je ne parle pas de mariage!!) : il y a même des chrétiens, paraît-il, qui veulent marier leurs prêtres pour qu'ils soient enfin ''comme tout le monde''… Rappelons-nous donc que, quel que soit notre état de vie, nous devons être signes du Royaume de Dieu, d'une réalité inaccessible aux sens mais qui, seule, passera la mort.

Aujourd’hui (1Co 9,16-19.22-23) : « libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible. Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles ». Paul nous parle de lui, mais dans quel but ? Certainement pas pour alimenter son compte ''Instagram''... Et qui sont ces faibles ? Les faibles étaient ceux qui pensaient pécher en achetant au marché le surplus des viandes issues des sacrifices dans les temples païens ; les forts, ceux qui considéraient avec raison que les dieux des païens ne sont rien et que ces viandes restaient, en définitive, des aliments comme les autres. Paul en vient, dans sa lettre, au témoignage personnel pour édifier, c’est-à-dire rabaisser l'orgueil de ceux qui, dans l’Église de Corinthe, se croyaient supérieurs aux autres, comme d'aucuns, il y a quelques décennies, faisaient profession de mépriser la piété populaire. Nous aurons toujours ce défi de tenir ensemble charité et vérité, de ne mettre aucun obstacle sur la route des autres sans tout cautionner...

Dimanche prochain (1Co 10,31-11,1) : « tout ce que vous faites : manger, boire, ou toute autre action, faites-le pour la gloire de Dieu. Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Église de Dieu ». Comment serions-nous un obstacle pour les autres ? Obstacle pour croire en un Dieu d'amour et de vérité, de justice et de paix ? Comment agir pour la gloire de Dieu dans notre quotidien ? Le chrétien sait qu'il est pour les autres, sel de la terre pour que le monde ait le goût de Dieu, lumière du monde pour que tous puissent vivre et marcher à la suite du Christ, élu de Dieu pour que tous se sachent aimés, appelés, envoyés par le Dieu de l'alliance nouvelle et éternelle… Chaque fois que nous oublions cela, nous faisons obstacle à la lumière de Dieu qui ne rejoint plus ceux qui sont dans les ténèbres du doute ou du péché.

« Que serait un salut que l’homme se donnerait à lui-même, soit par le recours à une expérience tout individuelle qu’il érigerait en norme, soit par une recherche quelconque d’unanimité sociale ? Ce ne serait plus en tout cas la sainteté chrétienne, ce ne serait plus le salut chrétien. Nous serions laissés à notre solitude et à notre misère. Issue du Christ et animée de son Esprit, l’Église, par son ministère, nous y arrache » (cardinal de Lubac) : saint Paul nous rappelle, à travers les problèmes concrets de sa communauté, que c'est au quotidien qu'il nous faut choisir Dieu en renonçant aux manières mondaines de penser et d'agir ? Nombreux sont les modèles de sainteté ici-bas : imitons-les pour imiter le Christ !

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 31 janvier 2021

4ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Dt 18,15-20 / 1Co 7,32-35 / Mc 1,21-28

Qui a autorité pour parler ? C'est la grande question qui se pose quand nous écoutons les millions d'experts de tout poil qui dissertent à perdre haleine dans les médias sur des sujets dont ils ignoraient tout il y a un an… La question se pose, encore plus cruciale, pour notre foi : alors que se multiplient, comme la mauvaise herbe, les faux messages du ciel, les faux prophètes, les exorcistes tordus, et que certaines âmes en désarroi pensent pouvoir s'abreuver impunément à ces sources frelatées. Que nous disent les textes de ce jour ?

« Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. Si quelqu’un n’écoute pas les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, moi-même je lui en demanderai compte. Mais un prophète qui aurait la présomption de dire en mon nom une parole que je ne lui aurais pas prescrite, ou qui parlerait au nom d’autres dieux, ce prophète-là mourra » (Dt 18). Le message est sans ambiguïté ! Dieu a suscité les prophètes pour réveiller la foi, l'espérance et la charité au cœur de Son peuple toujours tenté par le découragement, la facilité ou l'idolâtrie : ce peuple devait rester porteur de l'espérance messianique, et donc se trouver prêt à accueillir le Messie quand Il viendrait et tel qu'Il voudrait Se manifester. Et pourtant… Dieu qui connaît le cœur de l'homme et sa capacité à s'égarer, nous met en garde contre les faux prophètes, les marchands de malheur ou de bonheur, les diseuses de bonne aventure, tireuses de cartes, voyants, inspirés, faiseurs d'horoscopes et autres magnétiseurs : car au bout du chemin, il y a la mort ou la vie !

« On était frappé par Son enseignement », littéralement : ils étaient hors d'eux-mêmes de son enseignement, presque saisis d'effroi. Parce qu'au-delà des paroles, il y a l'homme, dont on sent qu'Il est habité par Dieu, et que l'on découvrira plus tard être Dieu le Fils venu prendre notre chair. Et la parole du Verbe n'est pas qu'un son, ni son enseignement un discours : « Il dit et cela fut ». Sa parole est un acte, le Verbe de Dieu crée une réalité nouvelle en apparaissant, Se manifestant aux hommes : Sa parole dit qui Il est, Sa parole Le fait advenir au milieu de nous… Les auditeurs sont hors d'eux-mêmes parce qu'ils ont été rejoints, mystérieusement, au plus intime de leur âme. Quelqu'un d'autre a été rejoint, mais il n'aime pas du tout...

« Es-tu venu pour nous perdre ? », ou plutôt « tu es venu nous ruiner » affirmation plus que question de « l’esprit impur » qui se sent dépouillé de son trophée, attaqué dans ses retranchements. Il sait qui est Jésus, et L'appelle le « Saint de Dieu », un titre messianique du plus haut niveau, qui évoque la divinité de Jésus ; on entrevoit comme un renouvellement de la tentation qu'avait eue Jésus de déployer Sa messianité de manière triomphale. Si Jésus laisse le diable donner aux hommes son identité divine, Il cède finalement à la tentation du miracle éclatant (« Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ») ou à celle de la prise du pouvoir sur l'humanité pour la soumettre (« Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes »). Aussi Jésus réagit-Il brutalement, interrompt, ordonne : « muselle-toi la bouche ! » Il exorcise le malin, le fait fuir et manifeste Sa seigneurie sur toute la création, y compris sur le monde angélique, cet « univers invisible » dont parle le Credo. L’Église a reçu du Christ les mêmes pouvoirs contre l'esprit du mal, et elle répand en ce monde la victoire pascale du Christ sur tout péché et toute mort : par l'action des exorcistes, pense-t-on. Oui, mais surtout par le don de la vie sacramentelle, la grâce baptismale, qui fait du croyant un prêtre, un prophète et un roi, rendu capable d'intercéder efficacement pour ce monde, d'annoncer l’Évangile, de servir ses frères pour que règne Dieu. A travers nous l'autorité de Jésus Christ, Sa seigneurie sur le mal et sur la mort, peut se répandre ici bas : si nous prenons cela au sérieux, alors ce n'est pas en vain que nous demanderons, dans le Notre Père, « que Ton Règne vienne » ! Peut-être même le demanderons différemment…

Qui a autorité pour parler ? Quel est le poids de nos paroles, de nos prières ? Le pape François louait, l'an dernier, saint Jérôme et « le courage du serviteur [...] qui ne veut pas plaire aux hommes mais exclusivement à son Seigneur, pour Lequel il a consumé toute son énergie spirituelle ». Puissions-nous faire de notre parole le lieu de notre conversion et de notre grâce baptismale, un service, l'expression de notre foi et de notre charité, une semence du Règne de Dieu.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 24 janvier 2021

3ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Jon 3,1-5.10 / 1Co 7,29-31 / Mc 1,14-20

« Dans Ton amour, ne m’oublie pas », implorait le psaume, se faisant la voix de tous ceux qui sont dans la détresse, l'angoisse, la solitude, et qui n'ont plus que Dieu vers qui se tourner. Mais là ne s'arrête pas notre prière : en ce 3ème dimanche du temps ordinaire, nous avons aussi demandé, dans le psaume, que le Seigneur nous enseigne Ses voies, nous fasse connaître Sa route, nous dirige par Sa vérité, nous montre le chemin. Que va-t-Il nous enseigner, nous montrer aujourd’hui ?

« Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » : la première annonce du Christ, Ses premiers mots au tout début de Sa vie publique, sont à la fois directs et mystérieux… Que veut-Il dire ? « Les temps sont accomplis » par Dieu : l'histoire humaine ne se déroule pas, en dépit des apparences, de manière aveugle, mais sous l'initiative de Dieu et le ministère de Jésus est accomplissement des prophéties, de l'attente d'un peuple et plus largement des aspirations de toute l'humanité. Dieu agit, prend l'initiative, fait irruption dans notre histoire : Le voyons-nous ou sommes-nous tellement collés à nos écrans que notre regard sur la vie, sur le monde, en est obscurci ? Il s'agit de se convertir, de changer notre mentalité, notre regard sur la réalité, pour laisser dans l'ombre ce qui ne mérite pas de venir au jour, et axer notre cœur, notre volonté, notre espoir, nos forces, sur l'essentiel, sur l'unique nécessaire. Se convertir, donc se réveiller, et croire à l’Évangile, très exactement « l’Évangile de Dieu » : la Bonne Nouvelle de la part de Dieu et sur Dieu, Évangile de la nouveauté et de la beauté du règne de Dieu sur nous. Oui, le Père règne sur nous en nous envoyant Jésus !

« Venez à ma suite, je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes » : Jésus renverse les façons de faire des rabbins, qui généralement n'appelaient pas des disciples mais se contentaient de les accepter ; Il les appelle alors qu'ils sont en train de travailler, pour qu'ils comprennent qu'ils sont appelés à travailler aussi avec Lui. Comment ne pas s'émerveiller de l'initiative de Dieu, qui appelle avec grande confiance des hommes qui, à priori, ne sont pas formés pour annoncer la foi ? Comment ne pas être dans la joie, en voyant que dès le début de Son annonce de l'Évangile, le Christ tient à S'associer des hommes simples et ignorés des puissants, pour en faire le noyau de Son Église sans laquelle, désormais, Il ne veut rien faire ? Enfin les appels de Dieu ne sont pas des projets à court terme ou des ordres de mission aux objectifs quantifiables : le Christ ne dit aux Siens ni où Il les emmène, ni l'itinéraire, ni le but, ni le salaire, ni rien de ce qui pourrait ressembler à un contrat ou à des garanties : gratuit, libre et confiant est l'appel, gratuite, libre et confiante la réponse attendue.

« Ils partirent à Sa suite » : aussitôt, ils lâchent leurs filets : le temps employé indique un geste immédiat et irrévocable. Ces futurs apôtres sont loin d'imaginer ce qui les attend, mais ils sont déjà capables de décider sans poser une myriade de questions et de conditions, de s'engager, et donc de quitter. A nous aussi, Dieu demande de s'engager, en famille, en paroisse, au travail, en société : donc donner sa parole et s'y tenir, donc quitter ce qui paralyse, affaiblit, décourage. Quelle belle image aussi que Pierre, Jean, Jacques et André qui cheminent unis derrière Jésus ! Elle dit l'unité que le Seigneur attend de Ses disciples, et nous rappelle le devoir de prier et d'œuvrer pour l'unité des chrétiens, dans l’Église du Christ ― à commencer par notre paroisse ! Sommes-nous assez soucieux d'avancer les uns avec les autres, grâce aux autres ? De nous engager au-delà de notre sensibilité particulière, de nos terrains familiers, de nos idées bien arrêtées ? Avons-nous cette soif de l'unité ? Unité intérieure que le Christ seul peut donner à notre existence ; unité de foi, qui nous fera approfondir ce que nous ne comprenons pas du mystère de Dieu, plutôt que de critiquer ou de faire notre petit tri ; unité entre nous, qui fera de notre communauté un petit reflet du visage aimant et fidèle de Dieu ?

« Dans Ton amour, ne m’oublie pas » : s'ils n'avaient pas répondu oui à Jésus, que saurions-nous de ces pêcheurs, qui seraient morts à Capharnaüm, totalement tombés dans l'oubli ? Mais Jésus a su en faire des saints qu'on prie dans le monde entier 2000 ans après : le nom de Ses disciples est à jamais dans les livres d'histoire et, bien plus important, pour toujours dans le cœur de Dieu. Ils se sont laissé aimer, ils ont aimé Dieu de toutes leurs forces : leurs noms sont inscrits dans « le règne de Dieu ». Et les nôtres ?

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 17 janvier 2021

2ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

1S 3,3b-10.19 / 1Co 6,13b-15a.17-20 / Jn 1,35-42

« Malheur à ceux qui se taisent sur Toi, car ce sont des bavards muets », écrivait saint Augustin dans ses Confessions. J'imagine que vous vous faites souvent cette réflexion, en entendant ces cohortes de bavards qui occupent, jour et nuit, les ondes, les écrans et les réseaux dits sociaux pour nous terroriser avec la pandémie ou nous donner en pâture notre polémique quotidienne. En écoutant l’Évangile de ce jour, nous sommes transportés dans un autre monde...

Un monde où l'on peut regarder et nommer : « En ce temps-là, Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : ''Voici l’Agneau de Dieu'' ». Jean-Baptiste sait ouvrir les yeux sur l'essentiel, les siens et ceux de son entourage : quand Jésus passe dans sa vie, pas question de rester assis dans son canapé ! Il nous faut lever les yeux des écrans pour regarder les gens, à commencer par nos proches, puis, élargissant notre regard, tous ceux que le Seigneur nous donne de rencontrer dans la journée ; et surtout ne pas oublier de regarder, de nommer Dieu. Car Il est là, et c'est l'essentiel : la foi nous permet de reconnaître Sa présence, Son action, Son amour fidèle et discret. Ce regard croise celui de Jésus : « Jésus posa Son regard sur lui et dit : ''Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Pierre'' ». A Son tour, Il attache Ses yeux sur ceux qui sont là, et Il les nomme : ils deviennent Ses disciples, ils vont grandir à Son contact jusqu'à être apôtres, et Simon le pécheur sera effectivement Pierre, chargé d'un ministère d'unité qui se perpétue dans les siècles à travers ses successeurs, les Papes. Quand il « pose son regard » et donne un nom, Jean-Baptiste a-t-il donc précédé Jésus ? Nullement : Jésus était là, « qui allait et venait », qui Se donnait à voir. Nous ne précédons jamais Dieu : Il a la bonté d'attendre que nous L'ayons reconnu…

Un monde où l'on peut aller, voir et demeurer : «'' Maître, où demeures-tu ?'' Il leur dit : ''Venez, et vous verrez'' Ils allèrent donc, ils virent où Il demeurait, et ils restèrent auprès de Lui ce jour-là ». Où habite ce nouveau venu qui surgit au cœur de la prédication de Jean-Baptiste et la dépasse au point de l'éclipser ? Il faut « aller », chercher, faire une démarche et, une fois encore, « voir » de ses yeux au lieu de se fier à une première impression ou à la rumeur de la foule… Où est la demeure de Dieu ? Dans notre regard, dans nos paroles, dans notre âme : c'est là qu'Il choisit de faire Sa demeure, éternellement, si nous venons à Lui. La foi est ce mouvement perpétuel par lequel nous allons à Jésus, Lui ouvrons les yeux de notre âme et les portes de notre vie, mouvement de confiance, qui ne demande, comme CCces apprentis disciples, ni conditions ni rétribution ni garanties… La foi doit nous arracher au tourbillon de ce monde qui devient fou pour nous ancrer dans l'essentiel et même dans l'unique nécessaire, Dieu : nous ancrer, nous enraciner, nous stabiliser, nous re-fonder, nous servir de demeure dès ici-bas, en lieu et place de toutes les cabanes prêtes à s'écrouler que sont les idéologies, les conformismes et les slogans de notre temps.

Un monde où l'on peut entendre et suivre : « Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus. Se retournant, Jésus vit qu’ils Le suivaient, et leur dit : ''Que cherchez-vous ?'' ». Ici on ne voit plus, on entend, et on en tire les conséquences en changeant de chemin. Un chemin désormais tracé par un autre : c'est Jésus qui montre la route, qui décide de l'itinéraire, car Il est Lui-même ― mais cela les disciples le découvriront plus tard ― le Chemin, la Vérité, la Vie. Entrés dans ce mouvement d'écoute et de cheminement, les premiers disciples s'en font aussitôt les relais : « André [...] était l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit : ''Nous avons trouvé le Messie''. André amena son frère à Jésus ». Déjà Jésus les entraîne, déjà Il a changé leur mode de vie, déjà Il les rend entreprenants et même contagieux, de la seule contagion qui vaille, celle de la foi.

« Dieu et l’homme ont l’air, dans la société d’aujourd’hui, de deux commerçants égaux, qui règlent ensemble équitablement les petites conventions de leurs petits traités ! » (Dom Delatte) Chrétiens, loin de nous cette mentalité par laquelle l'homme s'érige en ayant-droit devant son Dieu, la créature devant son Créateur, le pécheur face à son Sauveur ! Et pourtant, dans cet Évangile, toute action est réalisée à la fois par Jésus et Ses interlocuteurs : regarder et nommer ; aller, voir et demeurer ; entendre et suivre. En nous rendant acteurs de la Bonne Nouvelle, Jésus devient la source de notre liberté, de notre foi, de notre joie, Il fait sortir notre vie du bavardage pour en faire le lieu de Sa Parole : de cela le monde a et aura toujours besoin !

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 10 janvier 2021

Baptême du Seigneur / Année B

Is 55,1-11 / 1Jn 5,1-9 / Mc 1,7-11

« Tu es mon Fils bien-aimé : en toi, je trouve ma joie », ou, plus exactement « en toi ma volonté s'accomplit parfaitement ». Aujourd'hui, nous célébrons la fête du Baptême du Christ, qui n'est pas un sacrement au sens de celui que nous avons reçu (pardon des péchés, adoption filiale, entrée en Église, don de l'Esprit Saint, Jésus n'avait nul besoin de les recevoir), mais la manifestation du Christ comme Fils bien-aimé, et le lancement de Son action publique qui Le conduira à annoncer l’Évangile, donner Sa vie pour nous, ressusciter d'entre les morts. Ceci étant posé, je vous propose de nous attarder sur la 1ère lecture, tirée d'Isaïe, qui nous permettra un chemin spirituel en quatre étapes, étapes qui pourront rythmer aussi bien la demande de baptême de Florian que la préparation au mariage des fiancés que nous avons la joie d'accueillir ce jour.

Gratuité, grâce « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, [...] sans rien payer » : il ne s'agit pas d'un appel à la surconsommation, mais à entrer dans un univers de grâce où le don du Seigneur est premier. « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? » : alors que notre société est dans un profond marasme qui dépasse la question sanitaire, nous sommes appelés, nous les chrétiens, à témoigner que l'homme n'est pas fait pour s'enfermer dans une bulle de consommation et de loisirs mais pour s'ouvrir, se donner, et qu'il ne pourra le faire que s'il se laisse approcher par Dieu, nourrir par Dieu, conduire par Dieu dans un mode de vie qui s'ouvre pleinement à la grâce, l'amour gratuit et inconditionnel de Dieu. En se préparant au baptême, au mariage, à la confirmation, les croyants cherchent vers la source d'eau vive qu'est l'amour infini de Dieu ; ils la trouvent en prenant le temps de se poser les bonnes questions, de se tourner vers le Seigneur, de lire les Évangiles.

Alliance « Écoutez-moi bien, [...] prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle » : Dieu ne Se contente pas de nous aimer, Il attend notre réponse, Il la suscite, Il veut nous faire entrer dans une relation d'engagement qui nous permettra de recevoir effectivement Son amour et de nous donner en retour. Quand nous recevons le sacrement du baptême, nous entrons dans une alliance définitive avec Celui qui nous fait entrer dans Sa famille, l’Église ; quand nous communions au Corps du Christ, nous nourrissons et faisons grandir cette alliance ; quand un homme et une femme décident de s'engager devant Dieu, ils demandent à Dieu de les unir dans une alliance éternelle que nul, sur terre, ne pourra dissoudre. La foi chrétienne permet à l'éternité de colorer notre temporalité, et fait de notre vie un chemin d'alliance qui nous mène vers la vérité, vers le don total, vers la sainteté.

Conversion « Cherchez le Seigneur tant qu’Il Se laisse trouver [...]. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera Sa miséricorde [...]. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins » : la sainteté est l'objectif, mais nous n'y sommes pas encore ! Dieu le sait, qui nous invite à la conversion, au retournement, au sursaut intérieur qui fait abandonner mauvaises habitudes, négligences, addictions, tout ce qui nous centre sur nous-mêmes au détriment des autres, ce qui nous paralyse, nous rabaisse, nous divise. Les sacrements sont là pour nous donner force contre le mal, courage pour affronter notre péché, confiance pour nous tourner vers Dieu qui seul sauve : par le baptême, nous sommes plongés dans la miséricorde divine qui nous ouvrira toutes grandes les portes du pardon (si nous prenons le temps de nous confesser) ; par le mariage, Dieu vous donnera la force de vous pardonner en couple (si vous prenez le temps de vous écouter, de parler à cœur ouvert, de communiquer en profondeur).

Fécondité spirituelle « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer [...] : ainsi ma Parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas [...] sans avoir accompli sa mission » : la gratuité du don de Dieu, Sa proposition de faire de notre vie une alliance toujours nouvelle, le travail permanent de conversion de notre cœur, tout cela ― et cela seul ― nous donnera une fécondité réelle et durable. Et, dans notre monde marqué par la mort, n'est-ce pas notre aspiration fondamentale, être passeurs de vie ? « Tu es mon Fils bien-aimé : en toi ma volonté s'accomplit parfaitement » : en cette fête du Baptême du Seigneur, puissions-nous être disponibles pour accueillir et accomplir jusqu’au bout la volonté de Dieu.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 3 janvier 2021

Épiphanie

Is 60,1-6 / Ep 3,2-3a.5-6 / Mt 2,1-12

« Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples » : ténèbres et obscurité sont là pour nous empêcher de voir l'essentiel et, par là, nous désespérer. L’Épiphanie, au contraire, nous présente le Christ, manifesté à tous les peuples, nous attirant à Lui, par le biais de ces mystérieux mages venus d'Orient, premiers parmi les peuples païens à reconnaître en Jésus leur étoile, l'astre venu apporter au monde la lumière du salut.

Lever les yeux : « Lève les yeux alentour, et regarde », demande le prophète à Jérusalem, c’est-à-dire à nous. Il s'agit de sortir le nez du guidon, si j'ose dire, et d'élever nos regards à hauteur de Dieu : voir le monde, notre vie, nos relations, nos engagements, avec les yeux de Dieu, Lui qui n'est dupe d'aucune apparence, d'aucune fausse évidence, d'aucun conformisme ni d'aucune résignation. Voir alentour, et chercher l'essentiel du regard, pour laisser le superficiel, l'anecdotique, l'inutile au fond, retomber dans leur insignifiance ; voir par les yeux de la foi, qui purifient le cœur des scories qui encombrent et paralysent, et permettent de trouver Dieu Lui-même, selon Sa promesse : « Dieu Se fait voir à ceux qui ont purifié leur cœur » (Grégoire de Nysse, Homélie sur les Béatitudes). En cette fête de l’Épiphanie, nous sommes invités à l'acte de foi en Jésus Christ Sauveur, tel que les mages l'ont cherché, reconnu, adoré : que 2021 soit un temps non de morosité, de dispersion et d'abandon, mais un temps de purification de notre foi, pour qu'elle grandisse au point d'engager toute notre existence, toutes nos facultés : « La foi est une adhésion personnelle de l'homme tout entier à Dieu qui Se révèle. Elle comporte une adhésion de l'intelligence et de la volonté à la Révélation que Dieu a faite de Lui-même par Ses actions et Ses paroles » (CEC, n°176). Alors seulement notre foi pourra se faire contagieuse, ce qui est son but.

Voir, se réjouir, entrer : « Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison ». Ils voient, et ils se laissent rejoindre par une joie venue d'en haut. La foi doit nous entraîner dans la joie de Dieu, joie d'une visite, d'une invitation, d'une présence qui n'est pas le fruit de nos mérites ou de nos efforts, mais de la volonté de Dieu de S'approcher de nous. Cette joie permet d'entrer dans la maison de Dieu : la foi ne nous laisse pas statiques, mais nous entraîne toujours plus avant vers sa source première, Dieu. En cette fête de l’Épiphanie, le Seigneur nous appelle à Le voir, à nous réjouir de Son approche, à avancer vers Sa demeure : Sa maison de pierre, l'église, seul lieu où nous pouvons vivre la rencontre sacramentelle (pas comme à la TV) ; Sa maison de chair, la communauté ecclésiale, seul lieu où notre foi peut s'épanouir pleinement et nous faire sortir de l'individualisme ; Sa maison de pauvreté, ceux qui semblent condamnés ici-bas à l'exclusion, l'isolement et le silence, et que Dieu ne Se résigne pas à laisser sans voix, sans foi, sans lumière. Alors se réalisera, en 2021, le mystère de Noël : « Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile ».

Voir, se prosterner, ouvrir, offrir : « Ils virent l’Enfant avec Marie Sa mère ; et, tombant à Ses pieds, ils se prosternèrent devant Lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et Lui offrirent leurs présents ». Ils voient, et ils adoptent aussitôt la seule attitude possible en face de Dieu, l'adoration : ils se prosternent. Cette adoration est ouverture de tout leur être au rayonnement de l'Astre qu'ils ont vu Se lever sur le monde ; ouverture et offrande. A travers les dons faits par les mages (l'or pour honorer le roi, l'encens pour adorer le Dieu, la myrrhe pour prophétiser l'ensevelissement), l'humanité est appelée à s'offrir elle-même à Celui qui peut l'unifier (son vrai Roi), qui peut la sanctifier (son seul Dieu), qui, peut la sauver de la mort (le Christ souverain prêtre de l'alliance nouvelle et éternelle). Voir notre Dieu, Le reconnaître comme tel, nous ouvrir à Sa grâce, Lui offrir tout pour qu'Il transforme et renouvelle tout, tel est l'acte de foi poussé jusqu'à ses ultimes conséquences que les mages nous invitent à faire aujourd’hui.

« Les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples » : mais non ! « Lève les yeux alentour, et regarde », vois tout ce et tous ceux que tu as à présenter au Seigneur en cette nouvelle année, et sois conscient qu'Il ne pourra transfigurer que ce que tu auras offert. A la suite des mages, laisse la lumière du Christ changer ton regard, et te pousser à l'adoration et au partage : alors 2021 sera une année vraiment nouvelle, de la nouveauté même du Christ.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 25 décembre 2020

Noël

Is 9,1-6 / Tt 2,11-14 / Lc 2,1-14

« Pour voir la lumière de Dieu, éteignez votre petite chandelle » (Th. Fuller) : à plus forte raison les guirlandes électriques ! Car la lumière de Noël demande toute notre attention.

Une lumière nous est donnée : en ces temps troublés, où la pandémie, la crise économique et les menaces terroristes se disputent le devant de la scène, elle ne sera pas de trop ! « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (Is 9). Noël, fête de la lumière, de l'espérance, de la joie : ne laissons pas la tristesse ambiante nous l'enlever ! Noël n'existe pas parce que tout irait bien sur cette terre : non, une lumière est donnée précisément parce que sans elle les ténèbres régneraient. Et cette lumière nous est donnée, elle vient d'ailleurs que de cette terre, elle n'a pas sa source dans des cogitations humaines, des idéologies, des initiatives gouvernementales ou des processus financiers. Notre joie vient d'en haut, elle nous est donnée librement, gratuitement, sans conditions, et nul n'en est exclu : est-ce si courant dans notre existence ? S'il n'y avait que cela, il serait déjà essentiel de se rassembler pour célébrer l'auteur de cette joie : mais Noël nous dit bien plus !

Cette lumière, c'est quelqu'un : pas une énergie impersonnelle, mais un Dieu qui Se fait l'Un de nous, un Enfant que notre foi qualifie de Seigneur, de Christ, de Sauveur. « Son nom est proclamé : ''Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix'' » (Is 9). Noël glorifie le Christ, Fils unique, Lumière du monde, Sauveur de l'humanité, Verbe éternel de Dieu le Père : Il est venu partager notre nature humaine, Il est venu vivre au milieu de nous, Il est en Lui-même l'alliance définitive entre Dieu et les hommes, entre le Créateur et Sa création. La foi chrétienne ne conduit pas à croire en quelque chose, mais à entrer en relation avec le Dieu vivant.

Cette lumière nous appelle à rejeter les ténèbres : Noël ne nous invite pas à rester béatement dans notre canapé ou à retourner en enfance, mais nous appelle à voir la vie autrement, à la lumière du Christ précisément, et à en tirer les conséquences. « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde » (Tt). La naissance du Christ, dans la simplicité d'un enfant désarmé, doit orienter notre regard vers l'unique nécessaire, faire tomber nos armes et nos armures, pour ne nous laisser de combat que le combat spirituel contre le péché qui nous paralyse, nous coupe des autres, nous détourne de Dieu, nous rend sourds à la Bonne Nouvelle de l’Évangile. La naissance du Christ à Bethléem, dans la pauvreté et l'anonymat, doit tourner nos yeux vers ceux qui n'ont pas de voix, pas de visage, pas de droits, et que notre société oublie ou marginalise si facilement. La naissance de Jésus, Christ et Seigneur, doit ouvrir nos yeux sur les grands enjeux de notre temps, nous aider à discerner ce qui construit et ce qui détruit, nous libérer des slogans, des mots-dièses et autres communications ''virales'' qui asservissent, nous rendre la liberté face au mal et pour le bien.

« Mes Frères, si vous êtes condamnés à voir le triomphe du mal, ne l'acclamez jamais. Ne dites jamais au mal : tu es le bien ; à la décadence : tu es le progrès ; à la nuit : tu es la lumière ; à la mort : tu es la vie. Sanctifiez-vous dans le temps où Dieu vous a placés ; opposez [au mal] l'énergie de vos œuvres et de vos efforts, maintenez toute votre vie [...] libre des entraînements mauvais : de telle sorte qu'après avoir vécu ici-bas unis à l'Esprit du Seigneur, vous soyez admis à ne faire qu'un avec Lui » (Cardinal Pie). Car Noël nous promet, après les sentiers parfois escarpés de cette terre, une communion sans fin avec le Seigneur, la Source de notre joie.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 20 décembre 2020

4ème Dimanche d'Avent / Année B

2S 7,1-5.8b-12.14a.16 / Rm 16,25-27 / Lc 1,26-38

« Dès le commencement, le Verbe de Dieu a annoncé que Dieu serait vu des hommes, qu'Il vivrait et converserait avec eux sur la terre, qu'Il se rendrait présent à Son ouvrage pour le sauver, et qu'Il Se laisserait saisir par lui, [...] afin qu'enlacé à l'Esprit de Dieu, l'homme accède à la gloire du Père » : a-t-on mieux parlé du mystère de l'Incarnation, que nous préparons lors de l'Avent, que saint Irénée de Lyon, au IIème siècle ? Personne, peut-être, à part un ange...

« Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi » : Marie est saluée comme celle qui est déjà connue, rejointe, comblée par l'amour infini du Seigneur. La grâce, cet amour divin, premier, libre, prévenant, est révélée à Marie et, à travers elle, à chacun d'entre nous : nous sommes présents à Dieu avant même d'être présents à nous-mêmes, nous sommes aimés depuis toujours et pour toujours, notre vie ne s'écoule pas dans le vide et l'anonymat de la société des loisirs et de la surconsommation, mais sous le regard de Dieu. Après cela, comment penser que les chrétiens n'auraient rien à dire au monde d'aujourd'hui ? Il faut sortir du tombeau où un laïcisme intolérant voudrait bien nous enfermer, sortir pour dire sans trêve que Dieu nous a créés pour autre chose que l'apparence ou le rendement, que nous ne sommes pas jugés sur ce que nous produisons, que nous sommes aimés gratuitement et sans conditions par Celui qui nous connaît le mieux, notre Créateur qui peut devenir notre Sauveur si nous Le laissons faire, si nous chassons la peur de notre vie.

« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu Lui donneras le nom de Jésus » : l'ange reprend le fil de son annonce, d'un message qui est à la fois annonce de l'accomplissement des promesses de Dieu, Bonne Nouvelle pour tous, et vocation personnelle de celle qu'il nomme enfin, Marie. Dieu ne cherche ni à nous effrayer, ni à nous enrôler, ni à combler les trous de Son plan de salut : Il aime, donc Il connaît, nomme, consacre, envoie. Marie est aimée pour elle-même, avant même d'avoir dit 'oui', et c'est précisément ce qui la rendra capable de dire un 'oui' vrai, libre, définitif. L'amour de Dieu ne l'enferme pas sur elle-même, mais la rend capable d'accueillir Dieu, de Le faire grandir en elle, de Le donner au monde. Quelle vocation extraordinaire ! Quelle confiance inouïe de Dieu qui rend l'humanité capable de collaborer à l'impossible, d'être partie prenante de « l'alliance nouvelle et éternelle » que manifestera Jésus, Fils du Très-Haut, Seigneur, Sauveur du monde. Chrétiens, notre foi est-elle assez habitée par la conscience de la confiance que Dieu nous fait ? Laissons-nous Dieu nous rendre capables de l'impossible ? Ou avons-nous renoncé à donner Jésus au monde ?

« L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous Son ombre ; [...] car rien n’est impossible à Dieu » : autant que faire se peut, Dieu fait connaître à la Vierge ce qu'Il veut faire en elle, et pour cela Il fait appel à sa foi en rappelant la parole qu'Il avait adressée, 1800 ans auparavant, à Abraham et Sara. Cette parole (« car rien n’est impossible à Dieu »), Marie la connaissait comme tout descendant d'Abraham, puisque c'est le mot par lequel l'ange a scellé la promesse d'une descendance à un couple hors d'espoir de concevoir : si Marie est là, c'est que Dieu a déjà tenu parole envers ce vieil homme qui est devenu son lointain ancêtre. En ce moment décisif de l'histoire du salut, Dieu fait appel à la foi de Marie : elle ne vient pas de nulle part, mais récapitule toute l'attente d'Israël, toute l'espérance et toute l'expérience de son peuple. Oui, Dieu agit dans l'histoire des hommes : Abraham, Isaac, Jacob, David et tant d'autres en sont témoins. Oui, Dieu est source de vie même quand la mort semble dominer ; Il veut S'unir à l'humanité dans une alliance indestructible, contre laquelle le péché ne pourra rien ; Il tient Ses promesses, et même au-delà. Sommes-nous assez familiers de l’Écriture sainte pour y chercher les paroles de vie qui éclaireront nos priorités et nos choix ?

« Marie méditait dans son cœur ''parce qu’elle était sainte et avait lu les Saintes Écritures''. Confions-nous à elle, qui, mieux que tout autre, peut nous enseigner comment lire, méditer, prier et contempler Dieu qui Se fait présent dans notre vie sans jamais Se lasser » (Scripturæ sacræ affectus). Confions à la Vierge Marie les quelques jours qui nous séparent de Noël afin que le Seigneur, quand Il viendra, nous trouve prêts, comme elle.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 13 décembre 2020

3ème Dimanche d'Avent / Année B

Is 61,1-2a.10-11 / 1Th 5,16-24 / Jn 1,6-8.19-28

« ''Qui es-tu ?'' Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : ''Je ne suis pas le Christ'' ». En ce 3ème dimanche d’Avent, quel dialogue extraordinaire ! Jean-Baptiste ne se définit pas lui-même, sinon négativement : « Je ne suis pas le Christ », le Messie, Celui que vous attendez. En dépit de sa naissance miraculeuse, de son aura exceptionnelle, de l'attente de ses compatriotes, Jean-Baptiste ne saisit pas la couronne du Roi-Messie qu'on lui tend avec enthousiasme ou comme un piège, c'est selon. Plus profondément, son identité est dépendante de sa vocation (« il est venu comme témoin, [...] il était là pour rendre témoignage à la Lumière », il est le Précurseur, celui qui annonce la venue imminente du roi), et, au final, du but de sa mission : préparer le terrain pour que le Messie trouve Son peuple lavé par la pénitence et animé par la foi. Autrement dit ; c'est Jésus qui va donner son identité à Jean-Baptiste, et non l'inverse ; c'est Dieu qui nous porte dans l'être et dans l'agir, et non nous qui Lui assignerions Ses tâches ou ses limites. Évidence, direz-vous ! Combien nécessaire à rappeler en ce siècle où même les croyants sont tentés de fixer à Dieu Son rôle, ce qu'Il a le droit de nous demander, ce qu'il Lui est permis de faire : pas de miracles, c'est impossible, ni de commandements, c'est infantilisant, ni de sacrifice, c'est barbare, ni de Jugement dernier, ce n'est pas gentil, ni de répartition des talents selon Sa liberté, ce n'est pas juste… « ''Qui es-tu ?'' Il ne refusa pas de répondre » : et nous ? Comment répondrions-nous à cette question essentielle si des non-croyants nous la posaient ? Si Dieu nous la posait ?

Je pensais à nos crèches vides du temps de l'Avent : elles me font toujours une impression étrange, parce qu'il y manque l'essentiel, Jésus… Et qu'y faire ? Il faut attendre la nuit de Noël pour que se remplisse ce berceau, et il ne peut l'être raisonnablement que par l'Enfant-Dieu, au jour de Sa naissance. Imaginez qu'on mette autre chose pour meubler le vide, pendant les quatre semaines de l'Avent : risible, n'est-ce pas ? Et pourtant n'est-ce pas ce que nous faisons, si souvent, dans notre existence ? La vie, la société, la famille, l’Église, mon conjoint, mon patron, mon curé, ne me donnent pas ce qu'il me faut : alors je vais le prendre, piocher les compensations dont j'estime avoir besoin, saisir la reconnaissance, l'affection, la satisfaction que je suis en droit d'attendre et qui ne viennent pas assez vite à mon goût ! Oui mais voilà : outre le danger auquel je vais exposer mon équilibre, mon couple, ma foi, je commettrais une erreur dramatique. Si je remplis le vide, si je comble les manques, si je colmate les brèches, Dieu ne peut plus entrer dans ma vie, ne peut plus donner le « pain de chaque jour » qu'Il a en réserve pour chacun ; si je prétends tout maîtriser, j'interdis à la grâce de faire en moi son œuvre, fruit de la liberté divine ; si je prends le contrôle de mon existence, Dieu me le laissera… jusqu'au naufrage final. Voilà pourquoi saint Paul nous implore : « N’éteignez pas l’Esprit » ! Car le Seigneur est présent jusque dans Ses absences et ses silences, jusqu’au cœur de nos manques et de nos faiblesses, si nous avons assez de foi pour le voir : « au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas ».

Quelle attitude Dieu attend-Il de nous, quelle démarche intérieure la liturgie de l'Avent nous invite-t-elle à entreprendre et à poursuivre ? Parmi les nombreuses réponses possibles, celles de saint Paul : « soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance ». Autrement dit, cultivez la vie divine par l'accueil de l'Esprit de paix et de sainteté (« soyez toujours dans la joie »), par la relation personnelle quotidienne avec le Seigneur («  priez sans relâche »), par une attitude eucharistique dans la vie de tous les jours, où les rencontres, les efforts, les joies et les peines sont vécus en communion avec Celui qui est la Source de notre existence (« rendez grâce en toute circonstance »). Le souhait de saint Paul est aussi l'appel de l’Église : « Que le Dieu de la paix Lui-même vous sanctifie tout entiers », pour que nous prenions au sérieux la volonté de Dieu sur nous, qui est appel à la sainteté ― la paix, la joie, la vraie liberté sont à ce prix.

« Je tressaille de joie dans le Seigneur, [...] car Il m’a vêtue des vêtements du salut, Il m’a couverte du manteau de la justice » : ma joie ne me vient pas de mes bonnes œuvres ou de mes idées géniales, mais elle m'est donnée par un autre… Celui qui me connaît le mieux et m'aime le mieux, Celui en qui je peux vivre pleinement la joie de me laisser guérir, relever, fortifier, ajuster, sauver. Quand Il me demandera, au dernier jour, « Qui es-tu ? », puissé-je répondre, en vérité : « ton disciple, ton témoin, ton fils ».

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 6 décembre 2020

2ème Dimanche d'Avent / Année B

Is 40,1-5.9-11 / 2P 3,8-14 / Mc 1,1-8

« Jésus, Sauveur de tous, Se fait tout à tous, de manière à Se révéler pourtant plus petit que les petits, plus grand que les grands » (Isaac de l'Étoile) : nous sommes entrés dans cet Avent, attente joyeuse qui peut se faire révélation de Jésus pour nous.

« Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu » : le temps de l'Avent est celui des commencements, le plus délicat, le plus précieux… Mystère des naissances et des germinations, de la vie qui advient mais que nul œil humain n'aperçoit, que Dieu seul connaît… Il y a des commencements dans l'année liturgique, dans les grandes phases de notre existence, dans notre vie spirituelle aussi : le temps de l'Avent vient nous y sensibiliser, pour nous permettre de vivre ces grâces si particulières sans lesquelles notre âme et notre foi vieillissent, se durcissent, se fanent. Mais qu'est-ce qui est censé commencer, et commencer sans cesse ? L’Évangile, la Bonne Nouvelle de la venue en notre chair du Verbe de Vie, du salut qui n'est plus une annonce mais une personne, plus l'objet d'une attente mais une réalité. Jésus va naître parmi nous, Lui le Christ (le Messie, l'Oint, le Consacré), Lui le Fils de Dieu, l'unique Engendré du Père, « Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » : nous n'aurons jamais fini de contempler et d'approfondir ce mystère, qui nous dépasse infiniment. En cela l'Avent nous appelle à commencer sans cesse, à reprendre avec un œil neuf la lecture des Écritures, à entendre d'une oreille rajeunie la proclamation de la Bonne Nouvelle, à savourer avec un cœur renouvelé la joie de la foi, joie du Seigneur qui seul peut combler notre soif d'amour et de vérité.

« Il est écrit dans Isaïe, le prophète : ''Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits Ses sentiers'' ». Un lien est fait entre l'annonce et son accomplissement, entre l'Ancien et Nouveau Testaments, entre prophète et Messie : Dieu a préparé, de longue main, le cœur de l'humanité, Il a même dit à Son peuple de se préparer à se préparer ! Acceptons-nous, dans notre vie spirituelle et donc quotidienne, d'avoir à nous préparer ? A labourer, de nouveau, le terrain ? A concentrer notre énergie autour de l'essentiel, à serrer notre âme auprès de Celui qui vient l'habiter ? Une voix crie, et elle s'éteint ; entre-temps elle a porté d'un cœur à un autre une parole, qui demeure dans la mémoire, l'intelligence, l'imagination… Isaïe a accepté d'être une voix qui porte la Parole de Dieu : éphémère, petit, imparfait ― mais indispensable, car la Parole a besoin de nos voix, ou plutôt Elle a choisi d'en passer par nos voix pour rejoindre les cœurs. En cela l'Avent nous appelle à savoir donner en nous effaçant, à annoncer sans faire écran entre Dieu et les autres, à accepter la part de provisoire, d'inaccompli, d'inachevé dans notre vie spirituelle et notre vie d’Église : non pour nous résigner à la médiocrité, mais pour entrer dans le temps de Dieu qui seul décide des semailles et des moissons, qui seul voit la vie qui germe et grandit.

« Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés » : et la Parole prend chair, déjà ! Un prophète a suscité un autre prophète, une attente a produit un fruit visible, une grâce venue d'en haut, qui a formé, en Élisabeth, l'ultime témoin de l'attente messianique, a pris forme aux yeux de tous, par un signe tout simple (l'eau) et un geste concret (le baptême) ouvert à tous les hommes de bonne volonté. Jean-Baptiste « paraît », notez le verbe de surgissement : il y a surprise, en dépit de l'attente. Nous sommes tentés de voir ce qui na va pas, ou ce qui manque : demandons, pour cet Avent, la grâce de voir les surgissements de Dieu dans notre histoire personnelle et collective, la grâce de nous laisser surprendre quand Dieu donnera plus que nous n'aurons demandé, quand Il donnera autrement aussi…

« Jésus, Sauveur de tous, Se fait tout à tous » : Il vient pour chacun personnellement, et dans l'idée de rassembler toute l'humanité autour de sa venue, « de manière à Se révéler pourtant plus petit que les petits », Lui qui S'est appauvri jusqu'à Se faire nourrisson sans défense, « plus grand que les grands », Lui qui est plus qu'un prophète et plus qu'un roi, Dieu-parmi-nous. L'Avent nous demande de L'attendre, c’est-à-dire de faciliter Sa venue dans notre vie, et dans notre monde.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 29 novembre 2020

1er Dimanche d'Avent / Année B

Is 63,16b-17.19b ; 64,2b-7 / 1Co 1,3-9 / Mc 13,33-37

« Trois étapes sont nécessaires » dans le « progrès spirituel », à savoir : « l’amertume, la gratitude et la similitude » (Saint Bonaventure). Un bon programme pour cet Avent qui commence, que je vous propose d'explorer avec Isaïe, entendu en 1ère lecture.

Amertume : « Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes ». Dans Isaïe comme dans bien des textes bibliques, l'amertume du péché est décrite en des termes qui nous montrent les ravages que le péché produit dans une âme, dans une vie, polluant nos meilleures relations, nos plus belles réalisations, provoquant une paralysie spirituelle terrible qui nous amène à douter de Dieu, à perdre l'espoir de nous relever, au dégoût de la prière, à la crise de nos engagements… La première étape, rude mais indispensable, consiste à se réveiller, à se lever, à crier vers Dieu, à Lui dire le regret de notre cœur, à ressentir à la fois l'amertume de la faute et la nécessité de sortir de cette amertume pour retrouver la grâce, la joie du salut, la paix de l'unité intérieure. Profitons de ce temps d'Avent pour faire face à notre péché et pour le dépasser par une démarche de pardon sacramentel !

Gratitude : « Voici que tu es descendu [...]. Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins ». Après la tristesse, la joie de Dieu ; après l'amertume du péché, la gratitude du croyant ; après la faute, la réconciliation ; après les ruptures d'alliance, Jésus, l'Homme-Dieu, l'Alliance nouvelle et éternelle, en personne ; après les prophètes, le Messie ! L'Avent résume la longue marche de l'humanité vers le salut, la Parousie, l'Avènement du Fils de l'Homme, le Christ ; l'Avent nous fait prendre le chemin de la longue et patiente attente d'Israël, qui, dans la nuit de l'épreuve, entend les pas de son Dieu qui vient à sa rencontre. Profitons de ce temps d'Avent pour reprendre ce double chemin, en nous plongeant dans les Écritures saintes pour y contempler les merveilles de fidélité de Dieu, en relisant aussi notre existence à cette lumière toujours neuve pour y découvrir à quel point Dieu a été et est présent : entrons ainsi dans la gratitude de la foi, qui nous sortira de la morosité ambiante !

Similitude : « Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main ». Il ne suffit pas d'être reconnaissants et joyeux : il nous faut nous ajuster à Celui qui est le Juste, nous laisser sanctifier par Celui qui seul est Saint, ressembler à Celui qui nous a créés « à Son image ». Le croyant n'adore pas Dieu comme un étranger, il veut le suivre et l'aimer au point de tout Lui permettre, de Le laisser changer son cœur, habiter son âme, modeler sa vie. Notre foi nous permet de nommer Dieu, éternel,  invisible et infini, comme le plus proche, le plus intime, le plus aimant : « C’est toi, Seigneur, notre père, notre Rédempteur-depuis-toujours, tel est ton Nom » ! Quelle merveille ! Profitons de ce temps d'Avent pour redire ce Nom béni, le faire résonner dans chacune de nos journées, chacun de nos engagements, le repasser devant nos yeux pour voir, avec lui, l'essentiel… Avent, temps d'attente joyeuse, donc de prière et d'action : quel surcroît de temps, d'amour et de présence donnerons-nous à Dieu et à nos frères dans les quatre semaines qui viennent ? Comment le Nom de Dieu sera-t-il sanctifié par nous qui sommes devenus, grâce au baptême, Ses enfants ? Il y a tant à faire aujourd’hui, nous ne pourrons pas tout vivre : alors choisissons l'essentiel, et renonçons sans amertume à tout le reste.

Nous voici en Avent : temps liturgique privilégié qui, si nous en sommes persuadés et en prenons les moyens, sera un temps de grâce pour chacun de nous, nos paroisses, notre pays. Puisse l’amertume nous faire sortir de l'idolâtrie du progrès technique, du loisir à tout prix et de la surconsommation ; puisse la gratitude envahir tout l'espace de notre vie et en chasser les peurs et les comparaisons, la tristesse et le ressentiment ; puisse la similitude avec Dieu devenir la matrice de nos choix, nos priorités, nos agendas : et Celui-qui-vient nous trouvera debout quand Il apparaîtra.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 22 novembre 2020

Christ-Roi / Année A

Ez 34,11-12.15-17 / 1Co 15,20-26.28 / Mt 25,31-46

Dans un songe, l'évêque Pierre d'Alexandrie, au IVème siècle, vit Jésus Christ nu et transi de froid. Saisi de stupeur, il L'interroge ; Jésus lui répond : « c'est Arius l'hérétique qui m'a dépouillé de ma divinité ». Bien des siècles plus tard, un évêque commentait : aujourd’hui encore la main glaciale d'un nouvel arianisme veut dépouiller Jésus du manteau de Sa divinité et de Sa royauté. Comment ne pas voir l'actualité de cette parabole, alors qu'en ce jour, dernier dimanche de l’année liturgique, nous fêtons la royauté du Christ, Seigneur de l'univers ?

« C’est Lui qui doit régner » : c'est vite dit ! Mais quand on voit à quelle vitesse les pays de vieille chrétienté se détachent, non seulement d'une foi vivante, mais des fondements anthropologiques de la foi, on peut et on doit se demander si « c’est Lui qui doit régner », et, dans l'affirmative, comment Il pourra le faire… Quand la religion est suspecte à priori, quand les besoins spirituels élémentaires sont considérés comme ''non indispensables'' alors même que les hautes sphères s'agitent depuis des jours pour sauver le ''vendredi noir'' ― pardon le ''Black Friday'', ça sonne nettement mieux ― quand on fait passer en priorité des lois ouvrant toujours plus largement les vannes à l'avortement (chez nous) à l'euthanasie (au Canada), et ainsi de suite, comment ne pas entrevoir cette main glaciale qui dénude le Christ en rabaissant l'homme ? Et pourtant tout retrouvera sa vraie place : quand le Christ viendra dans Sa gloire, plus de faux-fuyants, d'idéologies, de dominants ni de dominés. L'argent-roi, la soif du pouvoir, la dictature de l'apparence, céderont la place au vrai Roi, le Christ ; le vacarme des rumeurs et des polémiques disparaîtra pour toujours ; « ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle ».

En attendant que faire ? Certainement pas se tourner les pouces ni oublier notre devoir, notre mission, notre vocation. C'est valable en famille, au travail, en société, et très spécialement, nous dit Ezéchiel, en Église. Terrible est l'avertissement délivré aux pasteurs inaptes, qui forcent Dieu à S'occuper Lui-même de Son peuple (« moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles »), parce que, faute de direction et de soin, il s'éparpille à tous vents et risque l'anéantissement (« j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées »). Je ne vous cacherai pas que je suis inquiet des temps que nous vivons, du découragement général, du repli sur soi de nombreux croyants, du relâchement très rapide des liens personnels et communautaires, des pertes de repères qui s'installent insidieusement dans notre vie spirituelle, de l'accélération du glissement de terrain que nous éprouvons depuis quelques décennies déjà, des divisions qui se font jour entre chrétiens, entre prêtres, entre évêques : nous devons beaucoup prier pour notre Église, afin qu'elle vive plus fortement du charisme de l'unité dans la charité. En ces temps d'épreuve, priez pour vos évêques au lieu de les critiquer, priez pour nos paroisses afin qu'elles puissent reprendre l'œuvre missionnaire à frais nouveaux, priez pour chacun d'entre nous afin que nul ne s'égare dans les « sombres nuées » du fatalisme et de la désespérance.

Prier c'est agir, prier pour agir ! Le Christ sera le Roi de tous si les plus petits peuvent connaître et suivre Celui qui a pour eux un amour de prédilection ; Il sera le Roi de Son peuple si peuple il y a, c’est-à-dire si chacun voit plus large que soi, pense et agit en fonction du bien commun, a le souci de ceux qui ne sont pas là, de ceux qui ne savent pas ou ne peuvent plus prier. « La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit » : si Dieu annonce cela à Son prophète, c'est pour nous rendre, nous aussi, prophètes, bergers, rassembleurs, médecins des âmes et des corps. Les mains du Christ-Roi c'est nous !

« Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » : voir face à face Celui qui est notre Roi, tel est notre avenir. « Celui qui voit Dieu possède tous les biens possibles du fait qu'il le voit : la vie sans fin, l'incorruptibilité éternelle, la béatitude immortelle, le royaume indestructible, la joie continuelle, la lumière véritable, les doux entretiens de l'Esprit, la gloire inaccessible, l'exultation intarissable, en un mot, tout le bonheur » (saint Grégoire de Nysse, Homélie sur les Béatitudes). Prions les uns pour les autres, afin que nul ne manque au grand rassemblement des sauvés, ne rate cet avenir, cette vocation, ce bonheur sans fin.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 15 novembre 2020

33ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Pr 31,10-13.19-20.30-31 / 1Th 5,1-6 / Mt 25,14-30

En cette presque fin d'année liturgique, nos regards se portent, sur l'invitation du Christ, sur la fin des temps, que le Seigneur présente non comme une catastrophe, une apocalypse au sens banal du terme, mais comme l'avènement du Royaume des cieux : c'est ainsi qu'Il introduit les paraboles qui s'enchaînent dans ce chapitre 25 de saint Matthieu (« le Royaume des Cieux sera comparable à... »). Quelles sont les idées essentielles ?

D'abord, tout part du Maître qui confie les talents : il prend l'initiative, avec une immense générosité mais aussi discernement, puisqu'il semble savoir ce que chacun peut ''absorber'', ce qu'il peut leur donner sans les écraser (« à chacun selon ses capacités »). Dieu nous connaît, Il ne nous compare pas les uns aux autres, Il veut avoir avec chacun de nous une relation personnelle, un lien particulier, en nous donnant ce qu'Il sait pouvoir faire notre bonheur, ce qu'Il nous sait capables de recevoir. Dieu donne à pleines mains, mais ne nous déverse pas un océan sur la tête quand nous Lui tendons un verre d'eau à remplir ! Dieu donne sans Se lasser, Dieu nous confie Ses trésors, c'est-à-dire notre monde, les autres et... nous-mêmes. En avons-nous assez conscience ? Y-a-t-il une joie dans notre cœur quand nous pensons à Dieu et aux talents qu'Il distribue en nous et autour de nous ? Sommes-nous enfin débarrassés de la manie de se comparer, source de l'envie ou de l'orgueil, c'est selon, mais de toutes façons voie royale du ressentiment, de la tristesse et de la stérilité spirituelle ?

Ensuite il faut vivre un long temps d'absence (« C’est comme un homme qui partait en voyage [...]. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint ») qui nous place face à nos responsabilités : personne ne dépensera nos talents à notre place, pas même le Maître qui a choisi de s'absenter. Il faut bien l'admettre : Dieu semble absent de ce monde. Les guerres, la pauvreté, les épidémies, les injustices, les persécutions, tout semble dire que Dieu nous abandonne à notre sort et nous laisse nous débrouiller avec les quelques talents distribués au départ. Mais une parabole, dont seul le sens général importe, n'est pas une allégorie, dont chaque terme est signifiant. Le Seigneur ne nous dit pas qu'Il est « parti en voyage » : où Dieu voyagerait-Il ? Il nous dit que notre vie sur terre est sous le signe de la foi, c’est-à-dire de la non-évidence, de l'absence de preuves tangibles de Sa présence qui, pourtant est bien réelle, notamment grâce aux sacrements. La foi, et donc une attitude spirituelle faite de confiance, d'éveil, de persévérance, de fidélité à l'essentiel, de combat contre les tentations : « soyons vigilants et restons sobres » (1Th). Avons-nous vraiment décidé d'emprunter ce chemin de vie ?

Enfin, le Maître reviendra, pour demander à chacun ce qu'il aura fait de sa vie : notre existence est donc tendue vers un retour, une rencontre décisive qui nous mettra à découvert, dans la lumière d'une vérité totale et définitive. Ce retour, cette rencontre, soulignent la beauté et la grandeur du projet de Dieu : nous faire entrer dans Son intimité, Sa joie, Sa vie. Nous qui sommes appelés à ce destin de plénitude, prenons donc conscience de notre identité profonde, de l'incroyable dignité à laquelle Dieu nous appelle et qu'Il a déposée en germe depuis le jour de notre baptême : « vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour » (1Th). Mais revenons un peu en arrière, reprenons le début de la parabole et demandons-nous ce qui a changé… Le Maître, tout d'abord, « appelle », « confie ses biens », « remet le talent » ; puis il « revient » et « demande des comptes » : au départ il y a un projet, au retour s'exprime une attente ; l'appel initial ne supposait pas de réponse, le retour est tout entier habité par cette question : qu'auront-ils fait de ce que je leur ai donné ? Les serviteurs, d'abord muets et passifs, « s’approchent » et « présentent » quand le Maître revient. Quelque chose a changé : ils prennent la parole, ils font le bilan de leur vie, ils présentent tout ce qu'ils ont et, en fait, tout ce qu'ils sont, au regard du Maître. Ils sont devenus acteurs de leur vie, interlocuteurs dans la relation avec le Maître, et finalement invités à une intimité avec lui (« entre dans la joie de ton seigneur »).

Un mot sur la fin : l'homme à l'unique talent n'en fait qu'une chose : il l'enterre... Combien font les funérailles des dons qui leur ont été confiés, en refusant d'assumer leurs responsabilités, d'être utiles aux autres, en détournant vers des fins égoïstes ce qui était destiné au bien commun ! Dieu est comme impuissant face à notre mauvaise foi et le « serviteur mauvais et paresseux » : ne peut finir que « dans les ténèbres extérieures ». Demandons, pour nous-mêmes et pour notre monde en désarroi, la grâce d'entendre, tant qu'il en est temps, les appels du Seigneur !

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 8 novembre 2020

32ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Sg 6,12-16 / 1Th 4,13-18 / Mt 25,1-13

De l'huile, du temps, une porte : Jésus excelle à mettre en images Son enseignement ! Nous sommes arrivés presque à la fin de notre année liturgique ''A'', donc de l’Évangile selon saint Matthieu. Dans ce chapitre 25, vont s'enchaîner les paraboles sur le Royaume de Dieu : celle d'aujourd'hui, traditionnellement dite « des vierges sages et des vierges folles », celle des talents (« Tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup » Mt 25,14-30), celle du Jugement dernier (« Il siégera sur Son trône de gloire et séparera les hommes les uns des autres » Mt 25,31-46). Le Christ Se révèle comme l’Époux dont le retour en gloire consommera l'alliance nouvelle et éternelle entre Dieu et l'humanité, comme Celui qui donne les talents qui font qu'une vie peut être donnée et féconde, comme le Juge devant qui toute chair rendra compte de sa vie. Aujourd'hui, donc, nous sont donnés l'huile, du temps, une porte.

L’huile figure la joie elle-même, la joie des bonnes œuvres (saint Augustin) ; la charité et tout autre secours donné aux indigents (saint Jean Chrysostome) ; la parole de la doctrine (Origène). L'huile est donc comme un condensé de notre âme, une matérialisation de notre vie spirituelle. « Une première caractéristique de cette huile apparaît : elle n’est pas voyante. Elle reste cachée, elle n’apparaît pas, mais sans elle, il n’y a pas de lumière. Qu’est-ce que cela nous suggère ? Que face au Seigneur les apparences ne comptent pas, c’est le cœur qui compte. Ce que le monde cherche et étale (les honneurs, la puissance, les apparences, la gloire) passe sans rien laisser. Prendre les distances par rapport aux apparences mondaines est indispensable pour se préparer au ciel. Il faut dire non à la ''culture du maquillage'' qui apprend à soigner les apparences. Le cœur doit, au contraire, être purifié et gardé, l’intérieur de l’homme, précieux aux yeux de Dieu ; non pas l’extérieur qui disparaît » (Pape François, 3/11/2018).

Le temps : le Christ scande Sa parabole de mentions temporelles qui sont lourdes de sens : « à minuit un cri retentit » ; « vous ne savez ni le jour ni l’heure », qui font écho au précepte du Livre de la Sagesse (« Celui qui la cherche dès l’aurore... »). Le temps, dans la parabole, nous échappe : la nuit s'écoule dans un sommeil qui frappe toutes les jeunes filles, les sages comme les imprévoyantes, l'arrivée de l’Époux surprend tout le monde et frappe de stupeur celles qui avaient compté sur une courte attente, la conclusion nous appelle à la vigilance spirituelle, qui seule permettra d'être prêts quand le Seigneur viendra. Les imprévoyantes n'ont plus d'huile, mais aussi plus de temps ; elles sont impuissantes, et on sent bien qu'il n'y aura rien à faire pour pallier à ce manque d’huile : au jour du Jugement, ni les vertus ni les vices des autres ne nous seront d’aucune utilité (saint Jérôme) ; c’est pendant cette vie qu’il nous faut faire provision de l' huile de la charité (saint Jean Chrysostome). « L’huile doit être préparée à temps et portée avec soi. L’amour, certes, est spontané, mais il ne s’improvise pas. C’est dans le manque de préparation que réside la sottise des vierges qui restent au dehors des noces » (Pape François, 3/11/2018).

La porte restera fermée : après le jugement, il n’y a plus de place, ni pour les prières, ni pour les mérites (saint Augustin) ; le temps de la pénitence est passé (saint Hilaire). Ou, pour le dire autrement, « le service est le billet à présenter à l’entrée des noces éternelles. Ce qui reste de la vie au seuil de l’éternité, ce n’est pas ce que nous avons gagné, mais ce que nous avons donné. [...] Celui qui ne vit pas pour servir ne sert pas à la vie » (Pape François, 3/11/2018). Or l'éternité n'est plus le temps du service et du don de soi dans la charité fraternelle : Dieu est désormais « tout en tous » ; c'est Lui qui « prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun son tour »… Trop tard pour se mettre au service des autres, pour devenir artisan de paix, pour avoir faim et soif de justice et la rechercher pour les autres, pour soigner, habiller, visiter son prochain… Trop tard pour donner sa vie, le temps où cela était possible et même indispensable est échu ; trop tard pour s'engager et lutter contre les malheurs de cette vie, ils n'existeront plus ; trop tard pour donner, c'est le temps de recevoir, en plénitude, l'Amour en personne.

De l'huile pour aimer, du temps pour se donner, une porte qui nous attend : il n'y a pas de confinement qui tienne face aux réalités du Royaume. Ne les oublions jamais !

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 25 octobre 2020

30ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Ex 22,20-26 / 1Th 1,5-10 / Mt 22,34-40

« L'homme ne sait à quel rang se mettre. Il est visiblement égaré, et tombé de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver. Il le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables » (Pascal, Pensée 427) : cette analyse résonne si fortement avec l'actualité ! A cet égarement, Dieu répond par le commandement de l'amour. Dans ces Évangiles des 27-30èmes dimanches du temps ordinaire, Jésus affronte, une dernière fois avant Sa Passion, les adversaires qui vont, quelques jours après, se coaliser contre Lui : Hérodiens, Sadducéens et Pharisiens. Il leur parle de Son sacrifice, Lui l'héritier du Maître de la vigne tué par les vignerons ; du festin du Royaume pour lequel il faut revêtir le vêtement de noces ; de César qui n'est pas Dieu ; de la résurrection d'entre les morts (passage lu à un autre moment de l'année) et aujourd'hui du grand commandement.

« Tu aimeras » : qu'il est curieux, cet ordre ! Pourquoi nous donner le « commandement » d'aimer ? Comment imposer ce qui ne se décide pas ? Notre religion soumettrait-elle le sentiment à la volonté ? Mais Dieu ne nous prescrit ni ce qui est évident, ni ce qui est contraire à notre bonheur profond : il faut donc entendre ce commandement de l'amour comme une voie tracée vers la réelle liberté. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même » : tel est le chemin de liberté pour lequel Dieu nous a créés, et qu'Il nous révèle en Se révélant Lui-même, siècle après siècle, page après page, dans la Bible. Mais qu'est-ce que l'amour ? Une initiative de Dieu, un projet incroyable qu'Il poursuit en dépit des infidélités et des négligences de ceux à qui Il peut tout apporter, le vrai bonheur, l'unité intérieure, la vie transformée en vocation, la victoire sur la mort. Dieu aime, donc Se donne, pardonne, Se fait connaître, risque, accompagne, patiente, construit, S'engage ― et fidèlement, librement, inconditionnellement. C'est cet amour-là qu'il nous faut vivre, sous peine de passer à côté de la vraie vie.

« Tout » : pas qu'un peu, ni du bout des lèvres, ni en faisant le tri ! Nous nous contenterions facilement de bricoler, alors qu'il s'agit de faire de notre vie une cathédrale ; de prêter, d'essayer, de papillonner, alors que seul le don nous rendra heureux ; de mener une honnête vie de citoyen lambda, alors que Dieu nous appelle à être saints comme Il est saint ! « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » : Dieu ne demande pas l'aumône, les miettes de notre temps ou de notre cœur, mais veut être le centre, le sens, le but, la raison d'être de notre existence... On aime ou on n'aime pas, le choix est parfois radical ; Dieu nous invite à entendre un appel pressant, exigeant autant que respectueux de notre liberté : aime ! Lance-toi ! Engage-toi ! Donne-toi à moi ! Ne crains rien, ni la grisaille du quotidien, ni les mirages des faux bonheurs, ni les tempêtes annonciatrices de malheur... Aime et laisse-toi aimer, en immersion, totalement, de tout toi-même, laissant de côté les conditionnels, les futurs antérieurs, les plus-que-parfait... Si Dieu ne passe pas en premier, au présent, Il n'est pas Dieu pour nous.

« Comme » : ne sépare pas, ne compare pas, ne sélectionne pas ! Les paroles du Christ sont sans ambiguïté : « tu aimeras ton prochain comme toi-même », sans opposer l'un à l'autre, en faisant pour lui tout ce que tu envisages pour toi... Spécialement ceux qui sont méprisés dans ce monde, dont il faut faire tes « prochains ». Comment ne pas penser au scandale de ces morts anonymes engloutis par les flots de la Méditerranée et de l'indifférence ; à la misère de ces pays où il est impossible de vivre en paix, de pratiquer sa foi ; à l'errance sans fin de ces gens dont personne ne veut ; à ceux que l'on pourchasse et cloue au pilori des réseaux dits sociaux. Comment secouer notre inertie, comment aimer nos contemporains au point d'en faire des « prochains » ? Notre foi nous demande de ne jamais comparer une personne à une autre, de ne jamais séparer les hommes les uns des autres, de refuser les oppositions artificielles et dangereuses, qu'elles s'appellent djihadisme, racisme ou lutte des classes, car rien de tout cela n'est dans le cœur de Dieu...

« Tu aimeras » parce que là est la vraie vie ; de « tout » ton être, parce que l'amour est engagement de toute la personne ; « comme » Dieu parce qu'Il nous montre le chemin pour aimer, Il nous donne de quoi aimer, Il est l'Amour qu'aimant de toutes nos forces nous apprendrons à recevoir, à imiter ― comme une préparation à ce que nous vivrons dans Son Royaume.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 18 octobre 2020

29ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Is 45,1.4-6 / 1Th 1,1-5 / Mt 22,15-21

Jésus est dans une mauvaise passe : une question mortelle Lui est posée. S'Il répond oui, Il est une collaborateur de l'occupant et perd Ses disciples ; s'Il répond non, Il est un rebelle et pourra être exécuté…. Comment va-t-Il S'en sortir ?

« Connaissant leur perversité, Jésus dit : ''Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? » Le débat est truqué : les interlocuteurs de Jésus ne cherchent pas le dialogue, mais la perte de Celui qu'ils considèrent être leur ennemi, en Le mettant à l’épreuve (Lui tendant un piège). Le mot de perversité (méchanceté, mauvaises intentions) n'apparaît qu'une fois chez saint Matthieu ; une fois aussi chez saint Luc (11,39) quand Jésus reproche aux mêmes pharisiens de s'occuper de l'extérieur et non de l'intérieur : il s'agit donc d'un comportement récurrent que Jésus a déjà pu observer et qu'Il ne peut accepter. Combien de débats de ce genre, dans notre société ? Quand on voit comment, aux États-Unis, les candidats à la présidentielle ont mené leur ''débat'', quand on prête une oreille au ''buzz'' médiatique, ses slogans, son lynchage quotidien, on peut remercier Jésus de nous mettre en garde contre cette attitude où amour-propre, ignorance et agressivité se donnent la main. Et que dire des ''débats'' parlementaires qui ont amené au vote, il y a une dizaine de jours, d'un allongement du délai pour avorter, assorti de la suppression de la clause de conscience ? On est peiné de la pauvreté de pensée de ceux qui croient pouvoir décider de ces sujets.

« Montrez-moi la monnaie de l’impôt''. Ils lui présentèrent une pièce d’un denier » : ils sont tombés dans le piège que Jésus, pour leur donner une leçon, leur a tendu ! En effet, les monnaies sont nombreuses en Terre Sainte à l'époque de Jésus et le denier romain ne sert qu'à une chose, payer l'impôt à l'empereur : autrement dit, en leur faisant sortir cette pièce de leur poche, Jésus leur fait admettre qu'ils ont déjà répondu à leur question et qu'ils ne la Lui posent que par malice.

« Il leur dit : ''Cette effigie (image) et cette inscription, de qui sont-elles ?'' Ils répondirent : ''De César''. Alors il leur dit : ''Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu'' ». Nous sommes à un sommet de l'enseignement social de Jésus : ce que nous appelons laïcité mais qu'on pourrait nommer refus de la confusion du temporel et du spirituel, trouve sa racine ici. A l'époque de Jésus, tous les dirigeants se prennent pour des dieux ou des fils de dieux : après Jules César qui prétendait descendre de Vénus, ce fut Octavien qui prit le nom d'Auguste (l'Augmenté, sous-entendu par les dieux) avant de se faire ériger des autels un peu partout… Et aujourd’hui encore, sans mentionner le dément qui dirige la Corée du Nord, il y a bien des dirigeants démocratiquement élus qui se prennent pour César ou pour Jupiter… Plus grave encore, nos sociétés occidentales sont en train d'évacuer leur fondement judéo-chrétien et tout ce qui permet à la conscience d'être éclairée par la loi naturelle et la révélation divine : comme on le voit dans la résurgence d'un laïcisme militant et ouvertement antireligieux ; dans la suppression arbitraire de la clause de conscience pour ceux qui ne se voient pas pratiquer un avortement ; dans l'indifférence générale avec laquelle plus de 200.000 embryons (232.000 l'an dernier!) sont légalement éliminés chaque année en France… Encore une fois, César croit être tout-puissant et décider seul de la vie et de la mort : mais César, ce ne sont pas ces quelques parlementaires éparpillés dans un hémicycle aux trois quarts vide qui ont voté cette scandaleuse loi sur l'IVG. Non, César c'est nous, collectivement, qui ne réagissons même plus face aux absurdités les plus révoltantes, nous, chrétiens, qui nous laissons contaminer par les fausses valeurs de ce monde, nous qui oublions de vivre pour Dieu, avant toute autre chose. Car le fond de l'affaire est là : au-delà du débat entre César et Dieu, que devient l'homme s'il chasse Dieu ?

Notre foi nous dit que l'homme est habité par un désir naturel du surnaturel, inscrit en lui par Dieu : « Dieu a créé l'homme pour une fin divine : il doit donc y avoir en l'homme quelque chose qui le prépare en vue de cette fin, un appel secret » lancé par le Créateur à Sa créature. Cet appel retentit au plus profond de l'être humain qu'il rejoint dans sa soif la plus essentielle : le but de mon existence humaine est de voir Dieu (Amaury Begasse de Dhaem, commentant de Lubac). Si le djihadisme est une hideuse déformation de la religion, qui nie Dieu en niant la liberté de l'homme, l'humanisme athée est, au final, une négation de l'homme et de son dynamisme intérieur qui le pousse vers Dieu qui seul peut combler son attente fondamentale. Voilà ce que nous avons à dire au monde : c'est l'humanité qu'il faut « rendre à Dieu ». Sinon elle n'ira nulle part.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 4 octobre 2020

27ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Is 5,1-7 / Ph 4,6-9 / Mt 21,33-43

« Ne soyez inquiets de rien », demande saint Paul aux Philippiens, et il faut bien dire que c'est un beau message d'actualité ! Alors que nous sommes traversés par des peurs collectives (pandémie, chômage, crise économique, isolement des anciens, études des jeunes, projets de chacun…), Dieu nous invite à ne pas nous laisser dominer par l'inquiétude. Bien plus, Dieu nous propose de Lui faire confiance, encore plus : et quelle plus belle marque de notre confiance que la célébration, aujourd’hui, des Professions de foi ?

Foi en un Dieu qui tient toujours Ses promesses : ce qu'Il avait annoncé par l'intermédiaire des patriarches et des prophètes, Il le réalise totalement dans l’Évangile ; ce qui avait été préparé par des siècles d'attente s'accomplit pleinement quand Dieu juge le temps venu. Les lectures de ce jour mettent en évidence le lien entre Ancien et Nouveau Testaments : « propriétaire d’un domaine ; vigne, clôture, pressoir, tour de garde ; loua à des vignerons » : il y a plus que des similitudes entre Isaïe et Jésus ! Jésus reprend l'enseignement du prophète en lui donnant son sens ultime : Dieu est l'auteur de la Création (la vigne), dans laquelle nous sommes appelés à travailler, protégés par Sa tendresse de Père (la clôture), gardés par les avertissements de Sa parole (la tour de garde), rendus capables d'une vraie fécondité (le pressoir, grâce auquel le raisin peut commencer à devenir du vin).

Foi en un Dieu qui prend toujours l'initiative : « il envoya ses serviteurs ; il leur envoya son fils, l’héritier ». Dieu fait toujours le premier pas : Il Se révèle tout au long de l'histoire, Il intervient dans notre histoire personnelle, Il ne cesse de frapper à la porte de notre cœur pour que nous Lui ouvrions et Le laissions faire Sa demeure en nous. Nous sommes baptisés, par démarche personnelle ou par choix de nos parents : mais c'était comme une réponse à la demande insistante du Christ (« Baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit »). Nous communions : mais c'est une réponse à l'appel du Christ (« Faites cela en mémoire de moi »). Nous nous préparons à recevoir le sacrement de la confirmation : là encore, le Christ n'a-t-Il pas demandé aux Siens d'accueillir le don de l'Esprit Saint (« demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la Puissance d’en haut ») ? Et, lorsque nous lisons l’Évangile, nous y trouvons des appels de Dieu à pardonner, à partager, à prier, à aimer… appels auxquels Dieu Lui-même nous donne la force de répondre. Et notre réponse est attendue : « priez et suppliez ; tout ce qui est vrai et noble, prenez-le en compte, mettez-le en pratique ».

Foi en Dieu qui seul peut nous sauver du péché et de sa conséquence ultime, la mort éternelle. Notre foi chrétienne repose sur la résurrection du Christ, qui nous ouvre les portes de la vie éternelle et annonce notre propre résurrection : c'est « l'alliance nouvelle et éternelle » que chaque messe actualise, la rendant efficace, active dans nos vies. La réponse de Dieu au péché est l'alliance, par laquelle Il Se rapproche encore de nous comme on se pencherait pour saisir la main de quelqu'un qui est tombé. Par cette alliance, Dieu peut et veut nous pardonner, nous guérir, nous faire grandir, nous préparer dès maintenant à la vie sans fin avec Lui. Nous avons foi en un Dieu toujours fidèle, et décidé à nous sauver ! Mais le salut n'a rien d'automatique : « le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits », annonce Jésus à ceux qui, de temps, étaient trop sûrs d'eux pour prendre au sérieux les appels à la conversion.

« Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne » (Is) : Dieu nous appelle à chanter, par toute notre vie, Sa présence, Son amour, Sa fidélité inaltérable. La foi chrétienne, que vous allez aujourd’hui affirmer solennellement et que tous les fidèles proclament partout dans le monde, chaque dimanche, est une foi trinitaire (Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit) ; elle est ecclésiale (nous la recevons de l’Église et la vivons en Église) ; elle est imprégnée de certitude et de vérité (ce n'est pas une construction humaine, mais une révélation par Dieu Lui-même) ; elle est faite pour grandir sans cesse et nous accompagner toute notre vie, nous guidant dans nos choix, rectifiant nos priorité, colorant notre style de vie, structurant nos engagements ; elle est source de joie et de paix, comme une réponse confiante à Celui qui nous aime tant : « Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne » !

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 13 septembre 2020

24ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Si 27,30-28,7 / Rm 14,7-9 / Mt 18,21-35

Saint Bernard de Clairvaux nous invite à considérer « ce que veut le Seigneur, ce qui Lui plaît, ce qui Lui est agréable. En beaucoup de choses nous L'offensons tous, notre manque de simplicité heurte la droiture de Sa volonté, et cela nous empêche de nous unir, de nous attacher à Lui. [...] Hâtons-nous d'exposer toute notre misère devant les yeux de Sa miséricorde en disant : Guéris-moi, Seigneur, et je serai guéri, sauve-moi et je serai sauvé ». Quelle plus belle introduction pour cet Évangile qui parle, et avec quelle force, du pardon ?

Tout commence par une question mal posée : « combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? ». On pourrait y reconnaître le goût de la pensée religieuse de l'époque pour les calculs, la symbolique des chiffres, le pragmatisme qui fixe des limites aux obligations religieuses ; on pourrait aussi y voir la maladie du chiffre qui gangrène notre vie collective : combien d'infections au coronavirus aujourd’hui et la semaine dernière, combien d'actes de délinquance ce mois-ci, combien de chômeurs ce trimestre, combien de voitures brûlées au Jour de l'An ? Nous sommes malades de ce genre de statistiques qui prétendent représenter le réel et l'emprisonnent si souvent… Le pardon est-il affaire de chiffres ? Non, bien sûr, comme tout ce qui est essentiel : l'amour, l'engagement, la vérité...

Par Sa parabole, le Christ installe une autre logique : « le Royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs ». Et on va parler, non plus de pardon, mais de royaume et de dettes ! Le maître « règle ses comptes » ; il est « saisi de compassion » mais aussi de « colère ». Voilà qui n'est pas très engageant ! Nous aurions envie de réduire tout cela à un vague symbolisme, mais Jésus conclut on ne peut plus nettement : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur » ! Que comprendre ? D'abord l'évidence : le pardon divin est extrêmement généreux, mais pas automatique ; la miséricorde est offerte à tous mais il faut la demander tant qu'il est temps et la répandre autour de nous pour que ce don divin ne soit pas perdu ; la bonté du Seigneur est sans limites, mais elle exige de notre part accueil, adhésion, conversion, renoncement : « Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; Celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés » (Si). Ce renoncement à la vengeance nous libérera de toute dette et permettra à la miséricorde de Dieu de nous rejoindre effectivement. Comme ce mouvement du cœur n'est pas spontané, la Parole de Dieu nous invite à considérer en nous-mêmes les réalités essentielles qui, au dernier jour, s'imposeront à nous : « Pense à ton sort final, à ton déclin et à ta mort, aux commandements, à l’Alliance du Très-Haut » (Si). Oui, Dieu nous invite à penser à tout cela et à changer en conséquence !

Dimanche dernier déjà, il était question de réconciliation, avec la double mention de l’Église : notre foi catholique nous fait comprendre que le pardon a une dimension ecclésiale. Elle est subtilement suggérée par l'apparition des « compagnons [...] profondément attristés » par la situation qui « allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé » ; elle était implicite lorsque le Christ enseignait à Pierre, aux Douze, puis à tous Ses disciples que leurs actes pouvaient « lier et délier » jusqu’au Ciel ; elle est mise en évidence dans le sacrement de la réconciliation, par lequel l’Église nous donne, réellement et effectivement, le pardon de Dieu, qui nous fortifie et nous envoie partager cette grâce avec ceux que nous avons offensés et qui nous ont offensés. Ne négligeons pas le don merveilleux de la confession, dans lequel le Christ S'associe l’Église pour guérir et sauver ! Comme le disait l'abbé cistercien Isaac de l’Étoile (†c.1178) : « L'Église ne peut donc rien pardonner sans le Christ; et le Christ ne veut rien pardonner sans l'Église. L'Église ne peut rien pardonner sinon à celui qui se convertit, c'est-à-dire à celui que le Christ a d'abord touché. Le Christ ne veut pas accorder son pardon à celui qui méprise l'Église ».

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 6 septembre 2020

23ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Ez 33,7-9 / Rm 13,8-10 / Mt 18,15-20

« Le Seigneur n'ordonne pas de voler aux animaux qu'Il n'a pas pourvus d'ailes » (saint Grégoire de Nysse, Homélie sur les Béatitudes) : certes, mais Il semble parfois nous demander des choses bien difficiles, comme aimer les autres, par exemple… Qui est l'autre ? Un méchant (Ez), un prochain (Rm), un frère (Mt) ?

Le prophète Ézéchiel reçoit une mission de guetteur, pour ceux de ses frères que Dieu considère comme méchants : c'est dire que Dieu ne Se résout pas à les abandonner à leur méchanceté, à leur péché qui les conduit à la mort spirituelle et à la perdition. Saint Paul donne des règles de vie commune, marquée par le rappel de la Loi (les 10 commandements) et le dépassement de la Loi par l'« accomplissement » que seul donne l'amour, un amour qui n'est pas, sous sa plume, un vague sentiment, mais l'être même de Dieu qu'Il nous communique par Sa grâce, librement, généreusement, efficacement. Dans le chapitre 18 de saint Matthieu, le Christ propose un enseignement exigeant, à partir d'une question de Ses disciples : « Qui donc est le plus grand dans le Royaume des Cieux ? » (Mt 18,1) Le contexte est à chaque fois différent, ce qui fait que l'autre apparaît comme un frère avec qui il faut se réconcilier, un prochain qu'il faut aimer dans la logique même de l'alliance entre Dieu et les hommes, un méchant dont la conduite fait souffrir aussi bien  Dieu que les hommes, et dont il faut le détourner sous peine de se résigner à sa damnation.

Centrons-nous sur l’Évangile, puisque tout converge vers le Christ : je retiendrai trois paroles du Seigneur. « Quand deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis là, au milieu d’eux » : quelle promesse ! Et, si l'on y pense, quelle audace d'affirmer ainsi Sa capacité à Se rendre présent en tout lieu, en tout temps, pourvu qu'il y ait la foi... Le Seigneur répond aux interrogations sur le Royaume des Cieux en révélant Sa capacité à le faire advenir ici et maintenant, ou, pour le dire autrement, en révélant qu'il coïncide avec la personne même du Messie : le Royaume n'est plus un lieu, mais un état de proximité avec le Christ, une présence réciproque du Seigneur et de ceux qui auront posé un acte de foi en Lui. On voit bien, dès lors, que la foi, dont les derniers dimanches nous ont spécialement parlé, est indispensable pour connaître et rencontrer Jésus, et pour Le rendre présent ici-bas à l'image de la présence plénière qu'Il manifestera lors de l'avènement de Son Royaume. La foi nous met donc en lien avec le Royaume, et les actes qu'elle nous fait poser en acquièrent un retentissement, osons le mot, éternel : « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » ! Comment ne pas sentir un vertige à l'idée du « poids éternel de gloire » (2Co 4,17) donné, par la volonté du Christ, à notre vie sur terre et à ses choix ?

Revenons sur cette promesse du Christ : « Quand deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis là, au milieu d’eux ». Elle comprend une forte dimension communautaire : le Seigneur ne nous promet pas Sa présence sous un mode intimiste ou individuel, mais sous un mode ecclésial. Justement, le mot « Église », rare dans les Évangiles, apparaît aussitôt ― et ce seront les deux seules occurrences chez saint Matthieu : « dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain ». Notre foi est totalement liée à l’Église qui la nourrit, la fortifie et lui donne sa colonne vertébrale : celui qui dit à Dieu « Notre Père » doit savoir que ce Père lui donne des frères et des sœurs à aimer, et une Mère en qui la réconciliation, la vérité, le pardon et la paix prennent tout leur sens.

« Le Seigneur n'ordonne pas de voler aux animaux qu'Il n'a pas pourvus d'ailes » : le vol que Dieu nous demande est celui de l'amour dans sa dimension de soutien fraternel et de réconciliation ; les ailes qu'Il nous donne pour voler sont tous les moyens (la prière, la lecture de la Bible, les sacrements, le partage, le jeûne) que l’Église, comme une bonne Mère, nous donne pour atteindre le but, le Royaume. En ces temps d'incertitudes mais aussi de rentrée, puissions-nous donner du sang neuf à notre vie d’Église, pour qu'elle manifeste davantage l'alliance toujours nouvelle que Dieu veut conclure avec l'humanité, et qu'elle soit pour chacun le lieu du don, du service et de la communion fraternelle. Amen.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 30 août 2020

22ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Jr 20,7-9 / Rm 12,1-2 / Mt 16,21-27

« La foi est un capital particulier, secret, comme il existe des caisses publiques d'épargne et de secours, où l'on puise, pour donner aux gens le nécessaire dans les jours de détresse : ici le croyant se paye, dans le silence, à lui-même ses intérêts » : peut-être avez-vous reconnu Goethe, et avez-vous eu de la peine à vous reconnaître dans ce portrait… Je suis bien d'accord avec vous, car la Parole de Dieu nous a dit tout autre chose.

Marcher à la suite de Dieu : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». On ne peut pas dire que Jésus fasse de la réclame ! Dieu n'est pas dans la séduction, dans l'attrape-nigaud, dans le slogan. Il s'agit de marcher, au pas d'un autre, en se décentrant de soi, de ses appétits, de ses lourdeurs, de ses peurs ; il est plus sûr de se mettre en route sans attendre, ne serait-ce que pourquoi demain en nous appartient pas : « je Te cherche dès l’aube » (Ps). Cette mise en route est exigeante, car nous ne savons pas où le Christ nous emmène, par quels chemins Il nous fera passer ; nous qui aimons avoir de la visibilité, des sécurités, des garanties, des possibilités de rebrousser chemin, il nous faudra changer notre mentalité, nos réflexes, nos habitudes : « transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu » (Rm). Marcher à la suite de Dieu est une image, qui peut se compléter par d'autres, comme le don de notre vie. Dieu nous appelle à Le suivre, donc à L'imiter. Or comment Dieu existe-Il, sinon en Se donnant ? Il donne vie, lumière, paix, amour, vérité, pardon ; à nous, Ses disciples, de vivre à Sa manière en donnant ce que nous sommes : voilà pourquoi saint Paul nous appelait à « présenter votre corps, votre personne tout entière, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu » (Rm). Une marche, une transformation, un renouvellement, une offrande de tout soi-même, une recherche : loin des habitudes, d'un moralisme, d'une tradition routinière, voilà ce qu'est la foi chrétienne !

Perdre ou gagner : « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » La foi est une question de salut ou de perdition, une question de vie (le mot revient 4 fois) ou de mort : la foi opère un véritable renversement de valeurs, une mise en cause de valeurs et des priorités de ce bas-monde. Et nous voyons bien comme notre foi questionne le rapport à l'argent, au pouvoir, au savoir, au plaisir, comment elle mine de l'intérieur les fausses sécurités, combien elle est incompatible avec bien des consensus ou des slogans présentés comme des évidences. Du coup comment s'étonner que notre foi nous mette, de plus en plus souvent, en porte-à-faux : « la Parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie » (Jr) ? Il n'est pas confortable de croire en Jésus, c’est-à-dire de Le laisser guider notre conscience, modeler notre âme, dévoiler nos péchés ; aussi l'homme contemporain semble-t-il reprendre le mot découragé du prophète : «  Je me disais : ''Je ne penserai plus à Lui'' » (Jr). Croire n'est pas « gagner » le paradis en accumulant les bons points ou en pensant qu'il viendra tout seul ; c'est « perdre » l'illusion d'une foi magique, facile, confortable.

Le bilan devant les anges : « Car le Fils de l’Homme va venir avec Ses anges dans la gloire de Son Père ; alors Il rendra à chacun selon sa conduite ». L'enseignement du Christ est parfaitement clair : Dieu seul fera le bilan de notre vie, et ce que nous aurons semé, construit ou détruit ici-bas prendra valeur d'éternité. Nous sommes en attente d'un accomplissement, d'une venue en gloire du Christ Sauveur, et cette venue conclura l'histoire humaine, la grande aventure de l'univers fini, du temps fini : l'humanité entrera de plain-pied dans la vie divine, l'éternité. Cependant cette transformation ne se fera pas comme un automatisme, mais comme un passage par la « porte étroite » : tout ne peut pas entrer dans le Royaume ! Chaque vie sera exposée dans la pleine lumière de la vérité de l'Amour, chacun devra rendre compte de l'usage fait des talents reçus. Quand viendra le Jugement dernier, la vérité de toute vie apparaîtra au grand jour, et Dieu Se manifestera en gloire, c’est-à-dire en pleine évidence ; alors nous pourrons dire « Je T’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu Ta force et Ta gloire » (Ps).

Dès que l’on est devenu, par la foi, « l’ami du Dieu éternel et vivant ; qu’on est entré dans Son Nom et presque dans Son être [...] : dès lors on est affranchi de la mort et du néant » (Dom Delatte, L’Évangile de Notre Seigneur Jésus Christ le Fils de Dieu, II). Avons-nous foi en cela ? Ou avançons-nous vers l'éternité en aveugles, sans nous soucier du but, sans désirer cette rencontre au point de lui subordonner tout le reste ?

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 23 août 2020

21ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Is 22,19-23 / Rm 11,33-36 / Mt 16,13-20

« Dieu : celui que tout le monde connaît, de nom ». « L'homme vit dont le nom est prononcé ». J'ai choisi ces deux citations pour illustrer l'Evangile de ce jour ; car on peut se demander, à l'entendre, qui donne son nom à qui ?

« Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » : au-delà de cette question digne d'un sondage de La Croix, vous remarquerez qu'en présentant ainsi les choses, on essaie de faire entrer des noms singuliers (Jean le Baptiste, Élie, Jérémie, un des prophètes…) dans une catégorie préexistante (« le Fils de l’Homme », ce mystérieux Messie entrevu par le prophète Daniel à la droite du Tout-puissant)… Il s'agit presque de remplir un organigramme ! Et, évidemment, cela ne marche pas, puisque toute une série de réponses approximatives et, au final, fausses, émergent. Sans doute le Christ veut-Il nous indiquer une fausse piste à éviter : faire rentrer Dieu dans nos petites catégories, décider à l'avance ce qu'Il peut faire et ce qu'Il doit être, Lui fixer des limites (les nôtres), Lui dicter des priorités (les nôtres, encore), voire Lui expliquer tout bonnement ce qu'Il n'a pas compris : qui n'a pas tenté de faire cela dans sa prière ou entendu de bonnes âmes décider que les miracles, la résurrection, la conception virginale, la transsubstantiation étaient trop loin de notre expérience ou de nos raisonnements pour être vrais ?

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » : ici on abandonne franchement le sondage d'opinions, qui n'avait pas plus d'intérêt il y a 2000 ans qu'aujourd'hui, et on entre dans une relation personnelle, la foi. La foi ne cherche pas à enfermer le Christ dans des catégories toutes faites, mais désire Le contempler, Le découvrir, L'écouter, L'accueillir, Le suivre, L'imiter. Lire les Evangiles, loin d'être un exercice purement intellectuel ou un simple enrichissement culturel, revient à rechercher le visage de Celui qui prit chair de notre chair pour venir à notre rencontre : et il faut redire que les évangélistes ne veulent pas nous raconter ''l'histoire de Jésus'' mais nous relayer cette question du Christ : « et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Le Christ nous demande donc de Lui donner Son Nom, de trouver Son identité, non pour remplir une fiche signalétique mais parce que ce Nom, cette identité, sont essentiels pour nous. Si nous ne nommons pas Jésus, Dieu risque bien de n'être qu'un vague concept, et notre religion un humanitarisme mou ou un moralisme étroit. Dieu veut que nous Le nommions, pas au sens où nous Lui donnerions Son identité, mais dans une démarche de recherche, de re-connaissance, d'adhésion, d'amour. Dieu veut que nous Le nommions, pas pour que nous nous imaginions en avoir fait le tour, mais pour que s'instaure entre nous et Lui l'irremplaçable dialogue de foi qui élargira notre regard, notre intelligence, notre volonté, notre liberté au point d'éclairer et d'unifier toute notre vie sur terre, pour en faire un apprentissage de la vie éternelle qu'Il nous destine.

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux ». Ultime renversement : c'est Jésus Christ qui donne son nom à Simon-Pierre. Un nom qui est une vocation : Simon-Pierre sera l'apôtre sur lequel les disciples pourront s'appuyer, le chef des apôtres grâce auquel les autres apôtres, appelés à se disperser dans le monde, garderont l'unité ; il sera le porte-clefs du Royaume, chargé de désigner à tous la porte étroite par laquelle il faut absolument passer pour accéder à la vie sans fin : le Christ. Il détient les clefs, mais il n'est pas la porte ; il indique le Royaume sur lequel se brisera la mort, mais il n'est pas détenteur du salut. Enfin Pierre est chargé de connaître les péchés des hommes pour pouvoir les en « délier » : le pardon sacramentel est non seulement sa charge, sa mission, mais fera partie de son identité, une identité nouvelle reçue du Christ.

Comme le disait saint Augustin, « le nom de Pierre vient de la pierre, et non l’inverse [...], comme ''chrétien'' vient de Christ » : il n'existe plus qu'en rapport à un autre qui transforme son existence pour en faire un service universel de l'humanité appelée au salut. Bien sûr, Pierre n'est pas le seul appelé, le seul transformé : les apôtres le sont avec lui ; les successeurs de Pierre, les papes, et des apôtres, les évêques, aussi ; chaque baptisé a reçu « un nom nouveau » (Ap 2,17), et est appelé, selon son état de vie, à être « pierre vivante » (1P 2,5) pour que se construise la Cité sainte, l’Église. Si nous donnons à Dieu Son Nom, par la foi, alors Il nous permettra de connaître le nôtre, et d'en vivre.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 16 août 2020

20ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Is 56,1.6-7 / Rm 11, 13-15.29-32 / Mt 15,21-28

« Dieu a enfermé tous les hommes dans le refus de croire » : comment comprendre cette brutale affirmation de saint Paul ? Est-ce que Dieu serait la cause du refus de croire, de la perte de la foi ? Mais qu'est-ce que la foi ? Question évidente, et ardue…

La foi est un don de Dieu : Dieu est à l'origine de tout, donc de la relation qui existe entre Lui et nous. Dieu crée l'univers, et au sein de cet univers une créature capable de Lui correspondre par « l'image et la ressemblance » qu'Il a inscrites au fond de son être, son âme : Il donne la vie, Il donne une âme immortelle que Lui seul est capable de combler, Il donne la soif de Le connaître, les moyens de Le suivre, la capacité de L'aimer. Tout cela, Dieu le donne gratuitement (sans mérite préalable de notre part) et définitivement (sans condition ni exclusion) : ce que saint Paul formule ainsi : « Les dons gratuits de Dieu et Son appel sont sans repentance ».

Quelles conséquences a la foi, cette relation vivante avec le Dieu vivant ? Elles sont nombreuses, si l'on écoute les textes de ce jour :  « vous avez obtenu miséricorde », « le monde a été réconcilié avec Dieu », Dieu peut « en sauver quelques-uns »… Réconciliation, miséricorde, salut : la foi est implicitement présentée comme le remède au péché, et à sa conséquence ultime, la mort. Le péché nous sépare de Dieu, des autres, et de notre propre conscience : la foi, ouverture confiante à la grâce de Dieu, vient éclairer, guérir, fortifier, relever, unifier notre être intérieur et tout ce qui fait de nous une personne, c’est-à-dire notre vie de relations. La foi n'est donc pas une attitude de privilégiés, puisqu'elle implique de reconnaître que nous avons besoin de la miséricorde divine ; elle n'est pas centrage sur nous-mêmes, puisqu'elle nous pousse à purifier et à élargir sans cesse notre lien avec les autres et avec Dieu, dans un esprit de communion. La foi qui obtient miséricorde, réconciliation et salut ne s'arrête jamais de chercher Celui qui est l'interlocuteur de toute notre vie.

Quel rôle Jésus Christ joue-t-Il dans notre foi ? Essentiel, bien sûr, mais peut-on en dire plus ? D'abord Il connaît, estime et aime notre foi : « Femme, grande est ta foi ! » Le Christ n'est jamais si heureux que lorsqu'Il peut louer la foi de Ses interlocuteurs, et jamais si déçu que lorsqu'Il ne la trouve qu'en petite quantité ― qu'on pense au « minicroyant » adressé à Pierre dimanche dernier ! Le Christ est aussi, saint Matthieu le souligne tout au long de son Evangile, ce « fils de David » qui seul peut donner au peuple élu la plénitude messianique attendue : par ce titre royal, Jésus assume l'espérance d'Israël et Se présent comme Celui dont le règne n'aura pas de fin. « Fils de David », Jésus ouvre donc notre foi sur une perspective infinie, Il souligne que Dieu le Père veut régner, à travers Lui, sur tout homme et tout l'homme : la foi est donc, de notre part, l'acceptation franche et confiante du règne de Dieu sur tous les secteurs de notre existence concrète. Enfin Jésus parle de la foi comme du « pain des enfants » qu'il « n’est pas bien de prendre » : elle ne s'achète ni ne se vend, elle ne se prend pas mais est donnée par Dieu : le croyant est donc, fondamentalement, celui qui reçoit, qui donne à Dieu l'hospitalité dans sa vie, dans sa maison, dans son âme. Hospitalité intime, puisque que c'est « le pain des enfants », ce par quoi le Père, qui nous a adoptés par le baptême, nourrit en nous l'éternité qui est la trame même de Sa propre vie.

« Dieu a enfermé tous les hommes dans le refus de croire » : revenons à l'affirmation de saint Paul. Dieu est la source de la foi, Il en est le moteur, Il en est le but : ceux qui refusent Son amour et Sa vérité, ceux-là risqueraient de s'enfermer dans leur propre logique et leur propre univers, et Dieu le permet aussi bien parce que la foi doit être libre que parce qu'elle est le fruit d'un combat spirituel qui refuse la facilité et l'automatisme. Livré à ses seules forces, l'homme perd la foi ; réduite à un code moral ou pénal, la foi meurt d'elle-même : tel est le défi de la foi chrétienne, dont le symbole est la croix, signe de mort et d'échec aux yeux du monde. Celui en qui nous croyons, le Christ, « l'auteur de notre foi », est mort sur la croix : il n'y a jamais eu de temps où la foi aurait été évidente ! Comme l'écrivait saint Augustin : « maintenant que tu as cru au Fils de Dieu, maintenant que tu as abordé ou étudié la sainte Écriture, je m'étonne de ce que tu t'imagines qu'Adam a connu le bon temps. […] De cet Adam jusqu'à l'Adam d'aujourd'hui, travail et sueur, épines et chardons ». Non, notre foi n'est pas de tout repos, mais c'est par elle que nous entrerons dans la Vie de Dieu !

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 15 août 2020

Assomption

Ap 11,19a ; 12,1-6a.10ab / 1 Co 15,20-27a / Lc 1,39-56

« Bienheureuse Église ! Elle a entendu les promesses, elle voit les réalisations ; elle a entendu avec la prophétie, elle voit avec l'Évangile. Car tout ce qui s'accomplit maintenant a été prophétisé auparavant » (Sermon de saint Augustin sur le ps. 47). La fête de l’Assomption, qui célèbre la montée au ciel, corps et âme, de la sainte Vierge Marie, est en quelque sorte l'accomplissement de toutes les promesses de l'Ancien Testament : en Marie « l'alliance nouvelle et éternelle » inaugurée par le Christ porte déjà tous ses fruits de vie.

Le combat de la vie et de la mort : la Sainte Vierge Marie a connu ce combat, puisqu'elle est passée par la mort et qu'elle est entrée, pleinement, dans la Vie. Le nom oriental de la fête du 15/8, la Dormition, redit que Marie a connu le suprême combat de la mort, comme nous le connaîtrons tous : voilà pourquoi nous lui demandons avec confiance de « prier pour nous à l'heure de notre mort »… Ce n'est pas pour rien que l’Église nous propose cette belle prière, à tout âge, à toute occasion : afin qu'elle imprègne notre âme de confiance en Dieu et que notre passage de la vie terrestre à la vie éternelle soit assisté par la prière de la Mère de Dieu. J'avoue que je suis toujours frappé de voir des personnes accablées par la vieillesse et la faiblesse capables, dans leurs derniers instants, de laisser remonter en elles les mots d'une prière tant de fois prononcée tout au long de leur existence : la fidélité à la prière trouve alors sa récompense, lorsque l'esprit s'en va et que la douce présence de Marie peut se faire sentir pleinement. Combat de la vie et de la mort, donc, qui couronne un autre grand combat, celui du péché et de la grâce : « L’aiguillon de la mort, c’est le péché » (1Co). Marie a été assaillie par les forces du mal à cause même de son extraordinaire mission (« Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance » [Ap]), mais le tentateur n'a rien pu contre elle : n'hésitons pas à l'invoquer quand vient l'épreuve de la tentation.

La victoire finale : la fête de l'Assomption est, bien sûr, la célébration d'une immense victoire sur la mort. Cette victoire, ne nous y trompons pas, est celle du Christ mort et ressuscité, Sauveur et Rédempteur, Celui dont nous attendons la venue glorieuse qui conclura l'histoire humaine et inaugurera le Royaume de Dieu : « tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu Son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute [...] Puissance » (1Co). Autre image employée par la liturgie, l'intronisation de l'Arche d'alliance dans le saint des saints : « Ils amenèrent donc l’arche de Dieu et l’installèrent au milieu de la tente » (1Ch). Le Christ intronise, en quelque sorte, l'humanité sauvée au cœur du Royaume de Dieu, et la Vierge Marie est la première à connaître, en son âme et en son corps, cette victoire totale et définitive sur le péché et sur la mort ; et saint Bernard de Claivaux imaginait, dans un de ses sermons, la rencontre incroyable entre la Mère et son Fils, l'accueil « heureux, ineffable, inimaginable » marquant l'entrée de Marie dans la Cité sainte, avec les accents de joie de l'Apocalypse : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de Son Christ ! » (Ap). Savourons cette joie : elle est nôtre, par anticipation.

Les moyens de la victoire : car Dieu nous les révèle, pour que nous ne pensions pas que le salut est hors de portée du commun des mortels ou, au contraire, automatiquement acquis. La joie de Marie sera nôtre si, comme elle, nous prenons les moyens de progresser en sainteté, de dire oui, toujours, à Dieu. Ces moyens, la liturgie nous les suggère au fil des textes des messes de l'Assomption : l'offrande du sacrifice (« on présenta devant Dieu des holocaustes et des sacrifices de paix » [1Ch]) et donc une vie eucharistique, la justice et la joie spirituelle (« Que Tes prêtres soient vêtus de justice, que Tes fidèles crient de joie ! » [Ps 131]), l'écoute confiante et fidèle de la Parole de Dieu (« Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » [Lc]), la foi dans les promesses divines (« Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles [...] du Seigneur » [Lc]), l'humilité (« Il S’est penché sur Son humble servante » [Lc]) et la reconnaissance (« Mon âme exalte le Seigneur » [Lc])… Suivons les pas de la Vierge Marie sur tous ses chemins de vie de foi !

Vierge Marie, aidez-nous, sur les chemins de notre vie, à savoir comme vous entendre les promesses de Dieu et à en espérer, inlassablement, la réalisation. Amen.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 9 août 2020

19ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

1R 19,9a.11-13a / Rm 9,1-5 / Mt 14,22-33

Pour une fois, je vais sortir du cadre des lectures dans mon commentaire de la Parole de Dieu. Rassurez-vous, je ne vais pas parler de la canicule ni du virus, mais il m'a semblé que nous aurions profit à explorer le chapitre 19 du 1er Livre des Rois un peu plus largement que les 2 versets et deux demi-versets de la première lecture.

Dieu interroge « Que fais-tu là, Élie ? » : la question est posée deux fois par Dieu à Son prophète découragé qui vient se réfugier auprès de Lui (1R 19,9b.13b). A chaque fois Élie fait la même réponse, mot pour mot : « moi, je suis le seul à être resté et ils cherchent à prendre ma vie » (1R 19,10b.14b). La grande théophanie (tempête, feu, tremblement de terre, souffle ténu) que la liturgie nous a fait entrevoir et que Dieu avait annoncée à Élie (« Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur ») n'aura eu aucun effet sur lui : le prophète est ressorti intact d'une rencontre avec son Dieu ! Donc la rencontre n'a servi à rien, voire n'a pas eu lieu dans le cœur d’Élie trop préoccupé par ses problèmes, trop accroché à sa vision des choses, trop habité par ce qu'il avait à dire à Dieu pour écouter Sa réponse ! Quel paradoxe ! Mais cela ne nous arrive-t-il pas bien souvent ? Voilà pourquoi la grande prière de l’Église, merveilleusement condensée dans les 150 psaumes, nous invite à tendre l'oreille, à redire au Seigneur que nous voulons L'écouter, à nous redire à nous-mêmes quelle doit être notre juste attitude devant Dieu : « J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? » (Ps 84/85)

Dieu répond « Repars vers Damas [...] ; je garderai en Israël un reste de sept mille hommes : tous les genoux qui n’auront pas fléchi devant Baal » (1R 19,15a.18a). Élie s'entend dire que tout ne repose pas sur lui, qu'il n'est pas le dernier des mohicans, que la foi ne s'éteindra pas avec lui, que sa mission n'est pas universelle… Rude réponse ! Dieu est amour mais aussi vérité ; Il est miséricorde mais aussi justice : autrement dit, la tendresse du Seigneur n'est pas sensiblerie, ni séduction, ni faiblesse, et le croyant n'a pas prise sur la liberté divine, qui est souveraine. Et parfois nous avons à entendre, de la part de Dieu, ce que nous n'aurions pas envisagé, ce qui nous déroute, ce qui nous envoie ailleurs, ce qui nous remet à notre place, ce qui nous demande conversion du cœur et repentance : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (Mt) La déception de Jésus devant le doute de Pierre va de pair avec la cause de l'échec de l'apôtre : il n'a pas assez confiance, littéralement il est un « minicroyant » ! Dieu répond, donc, Il est un véritable interlocuteur qui sait nous faire sortir de nos monologues, de nos habitudes et de nos idées toutes faites : Il veut ainsi nous hisser à Sa hauteur, façonner en nous une âme de croyant, fidèle, sincère, persévérante, aimante, cohérente, sainte.

Dieu appelle « Viens ! » (Mt) Combien de fois la Bible, et les Évangiles qui en sont le cœur, nous montrent l'initiative de Dieu : car non seulement Il nous répond, mais encore Il est à l'origine de notre relation, de notre foi, de notre vie. Jésus propose à Pierre d'avancer sur Sa seule parole, fort de la seule foi ; de même qu'Il avait voulu rassurer Ses disciples aux prises avec la tempête en leur disant : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » (Mt) L'appel de Dieu peut résonner toute une vie, il est même fait pour cela : appel à venir à lui avec toute notre existence, pour Lui permettre de l'unifier, de la purifier, de la rendre contagieuse de sainteté ; appel à Le suivre où qu'Il nous emmène ; appel à Lui donner tout notre temps, tout notre être, et pas seulement des bribes de notre attention et de notre emploi du temps. Par Sa présence, par Son appel, Dieu veut et peut faire de notre vie sur terre une vocation à la vie éternelle : en sommes-nous assez convaincus ? Rien, dans notre existence, ne devrait être coupé de la source unique de tous nos dons, de toutes nos capacités, de toutes nos bonnes œuvres ; rien ne devrait être indépendant de la grâce de Dieu qui seule peut donner à nos choix, à nos actes, à nos engagements leur valeur pleine et entière, leur dimension théologale, leur poids d'éternité.

Je reviens à cette question initiale que le découpage liturgique n'a pas retenue : « Que fais-tu là, Élie ? ». C'est à nous que la question est posée : que venez-vous faire en participant à la messe ? En priant chez vous ? En allant au travail ? En accomplissant vos taches ménagères et familiales quotidiennes ? Seul Dieu peut donner sens à tout cela : pas une idée, abstraite, de Dieu, mais le Dieu vivant en vrai, Celui qui parle, qui répond et qui appelle. « J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? »

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 12 juillet 2020

15ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Is 55,10-11 / Rm 8,18-23 / Mt 13,1-23

« Trouver Dieu, pardonnez-moi, mais, c’est un peu comme trouver des champignons… Pour trouver des champignons, il faut d’abord les chercher. Celui qui ne cherche pas Dieu ne Le trouvera jamais. Pour que la récolte soit bonne, il faut d’abord se lever assez tôt. Il faut rouler, il faut marcher. La cueillette des champignons demande un véritable effort. On ne trouve pas Dieu dans la richesse, la mollesse et les plaisirs ». Dieu ne nous dit rien d'autre dans les textes que nous venons d'entendre. Encore faut-il les entendre.

« Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : ''Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille'' ». Terrible remarque dans la bouche de Celui qui est plus qu'un prophète ! Dieu semble Se résigner à notre surdité volontaire et choisir un langage d'initiés, à l'instar de ces novlangues contemporaines qui sont faites pour exclure et non pour communiquer : pensons simplement à certains tics de langage du monde politique, du milieu des affaires, du sport, des forums internet, des techniciens, et même des cercles ecclésiastiques ! Evidemment Dieu ne nous a pas donné la parole pour que nous en abusions, car Lui-même est communication perpétuelle d'amour et de vie : « Dieu dit, et cela fut » (Gn 1). Mais la créature a la mauvaise habitude, depuis le début de la Genèse, de n'écouter qu'à moitié, de tordre le sens des paroles divines, de mentir et de tromper jusqu'à faire de Dieu un menteur… Comment Dieu peut-Il réveiller notre attention, susciter notre écoute, atteindre notre âme ?

« À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là. À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a » : encore une injustice dont Dieu Se rendrait coupable, dirait l'homme de la rue ! Notre égalitarisme occidental aimerait bien évacuer ces phrases de la Bible, mais elles y sont bien ! Dieu parle, disions-nous : mais qu'a-t-Il donc à nous dire que nous ne sachions déjà ? Eh bien, l'essentiel : « les mystères du royaume des Cieux », c’est-à-dire ce qui fait le propre de la condition divine, ce qui est hors de notre expérience sensible et même de notre atteinte. Dieu parle, pour nous dire qui Il est et qui nous pouvons être si nous nous laissons transformer par Sa grâce : nous sommes loin du quart d'heure spirituel de la semaine, de la couche de vernis religieux ou des spiritualités du bien-être qu'on trouve à foison chez les gourous du supermarché spirituel contemporain ! Mais ces mystères que nous ne pouvons trouver seuls nous seront fermés si nous n'avons pas la foi pour les désirer, les recevoir, les vivre même par un début de réalisation que Dieu opère dès cette vie dans l'âme fidèle : « à celui qui n’a pas [d'oreille], on enlèvera même ce qu’il a », car il se repose indûment sur ce qu'il a reçu dans le passé, sur ce qu'il croit avoir compris, sur ce qu'il se donne à lui-même. Par contre, « à celui qui a [des oreilles], on donnera, et il sera dans l’abondance », marque visible de l’action de Dieu qui donne toujours sans économie, à la mesure de Son amour et de nos capacités que Lui seul connaît.

« Beaucoup de prophètes et de justes ont désiré [...] entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu » : qu'ont-ils vu et entendu, ces apôtres ? Rien de moins que Celui qu'attendait Israël, le désiré des siècles, le Messie, en personne, la Parole de Dieu venue en notre chair. Voilà ce qu'il faut « entendre », non un message mais une personne, non une morale mais le salut, non des valeurs mais l'alliance nouvelle et éternelle ! Voilà Celui qu'il faut chercher de toutes nos forces, Celui vers qui il faut orienter nos désirs, nos choix, toute notre vie ! Celui qu'il faut suivre, persévéramment, sans imaginer avoir déjà tout compris, tout fait, tout entendu : sinon nous serons de ceux qui n'ont pas d'oreille pour recevoir la Parole, pas de courage pour se convertir, pas de temps pour se préparer à la vie éternelle, pas de terre pour recevoir la semence. « Pour que la récolte soit bonne, il faut d’abord se lever assez tôt ! »

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 28 juin 2020

13ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

2R 4,8-11.14-16a / Rm 6,3b-4.8-11 / Mt 10,37-42

« Appelle cette bonne Sunamite », dit le prophète à plusieurs reprises dans l'histoire dont la 1ère lecture nous donne un court extrait. Cette riche habitante de Sunam (Shounem), ville de la tribu d’Issachar, dans le royaume de Samarie, a choisi d'exercer l'hospitalité envers Elisée avant de savoir qu'il était prophète : elle le devinera petit à petit.

« Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; [...] et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer » : l'hospitalité intermittente se fait disponibilité permanente. Cette femme n'accueille plus Elisée comme un étranger, elle lui prépare une demeure pour qu'il soit chez lui. Elle prend l'initiative, et pratique la charité envers un « homme de Dieu », c’est-à-dire, à travers lui, envers Dieu Lui-même qu'elle veut recevoir dans sa maison, dans son couple, dans sa vie quotidienne. Pour nous qui sommes si méfiants, en période de pandémie mais pas seulement, envers tout ce qui est autre, étranger c’est-à-dire à la fois étrange et inconnu, quelle leçon !

« Que peut-on faire pour cette femme ? » : question récurrente dans ce chapitre, que le prophète ne cesse de poser, comme pour faire écho à la signification de son propre nom (ʼĔlîšāʻ: mon Dieu est salut, Dieu aide). Son identité profonde consiste à laisser Dieu, à travers lui, faire du bien, aider, sauver ceux qu'il lui sera donné de rencontrer sur le chemin de la vie. Nous posons-nous assez souvent cette question : que puis-je faire pour l'autre ? Mon conjoint, mes enfants, parents, voisins, ma paroisse, ma ville, mon pays, ma planète ? Elisée est vraiment prophète, lorsqu'il met en œuvre cette vocation de tout être humain, a fortiori du croyant, de détourner le regard de son nombril, de voir le monde, d'agir en conséquence, avec la certitude que Dieu l'appelle, Dieu l'envoie, Dieu l'attend.

« Pensez que vous êtes morts au péché » : saint Paul, comme à son habitude, n'y va pas par quatre chemins pour nous rappeler notre vocation baptismale de prêtres, de prophètes et de rois, c’est-à-dire notre participation à l'être même du Christ, qui offre Sa vie pour tous, qui est Parole de Dieu vivante pour ce monde, qui S'est fait Serviteur des plus petits. A Son image, nous avons à vivre pleinement de la grâce des fils, donnée dans le baptême : cette grâce est aussi une force pour ne pas laisser le péché, noyé dans les eaux baptismales, renaître et envahir notre vie. « Frères, ne le savez-vous pas ? » : telle est votre grâce, tel est votre appel, telle est la vérité profonde de votre vie, tournée vers le Père, guidée par le Christ, habitée, de l'intérieur, par l'Esprit Saint. Ne vivons donc pas comme si nous ignorions de quel amour Dieu nous aime, avec quelle fidélité Il nous accompagne, quelle sainteté Il attend de nous : car l'Amour est exigeant, qui ne veut que de l'amour en réponse, sans conditions ni restrictions.

« … n’est pas digne de moi » : phrase terrible qui revient comme un refrain dans cet Evangile très exigeant ! C'est le moment de redire avec Grégoire de Nysse (Homélie sur les Béatitudes) : « l'impression que l'on éprouve lorsque, du haut d'un promontoire, on jette les yeux sur la mer immense, mon esprit la ressent lorsque, du haut de la parole du Seigneur, comme du sommet d'une montagne, il regarde la profondeur insondable des pensées divines », car elles sont hors de notre atteinte ; mais il ajoute aussitôt : « Le Seigneur n'ordonne pas de voler aux animaux qu'Il n'a pas pourvus d'ailes. [...] Nous devons certainement en conclure que nous n'avons pas à désespérer du but ». « Appelle cette bonne Sunamite » : ce n'est plus le prophète qui parle, c'est le Seigneur qui nous appelle : Il nous fait confiance, Il nous rend capable de L'accueillir chez nous, jusqu’au jour où Lui-même nous accueillera dans Sa maison.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 14 juin 2020

Fête-Dieu / Année A

Dt 8,2-3.14-16 / 1Co 10,16-17 / Jn 6,51-58

L’abeille solitaire ne fait pas de miel : ce n’est pas un message de Radio-Londres, mais une réalité zoologique. Il existe plus de mille espèces d’abeilles sauvages, ou ''solitaires''. Ces abeilles ''solitaires'', comme leur nom l’indique, ne vivent pas en société ; elles ne produisent non plus pas de miel. Il en est de même pour le chrétien : isolé, il ne sera pas fécond.

« Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; Il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur » : je suis sûr que ces mots nous touchent après deux mois de confinement et de disette eucharistique ! Mais pourquoi faut-il se souvenir de l’épreuve et de la pauvreté ? Notre foi nous invite à l’anamnèse à chaque messe, mais aussi chaque fois qu’advient un changement dans notre ''histoire sainte'' personnelle : ne pas oublier pour tirer les leçons de l’épreuve, du manque, de notre petitesse… Ne pas oublier d’où nous venons, parce que notre chemin a souvent été tracé par le Seigneur, et qu’il est salutaire de repérer où nous ont conduit les chemins que le Seigneur n’avait pas tracés pour nous. Ne pas oublier pour ne pas s’installer avant l’heure : libéré de l’esclavage d’Egypte, passé par les eaux de la Mer rouge, le peuple hébreu a mis du temps avant d’arriver en terre promise ! Notre vie est cette marche collective dans le désert (d’où l’épreuve), avec Dieu (d’où la confiance), vers le Royaume de Dieu (d’où la joie et l’espérance). Dans cette marche, donc, Dieu prend soin de nous : et avec mieux que la manne.

« Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au Corps du Christ ? » : le signe suprême de l’alliance « nouvelle et éternelle » est corporel, un pain, fractionné mais non divisé, qui n’est plus du pain depuis l’instant où le prêtre l’a consacré en invoquant le Saint-Esprit et en réitérant les paroles du Christ lors de Son dernier repas pascal. Manger ce pain, recevoir l’hostie en communion, est pour notre vie d’ici-bas le moment le plus fort dans notre relation avec le Seigneur : Il Se donne en nourriture, Il Se livre entièrement, Il investit tout mon être, non pas pour être assimilé par mon humanité, mais pour me communiquer Sa divinité. « De même [...] que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi » : tel est le programme de chacune de nos communions, tel est le programme de notre vie chrétienne. L’Eucharistie est le prolongement normal de notre baptême, de même que la naissance appelle une croissance ! Si nous pouvons recevoir « en communion » le Corps ressuscité du Seigneur, c’est que notre être intérieur a déjà été transformé par l'Esprit Saint, adopté par Dieu le Père, conformé à Jésus Christ. La communion eucharistique est donc le fruit d’une grâce première, celle du baptême, à laquelle tous les sacrements nous renvoient : grâce de filiation, de sainteté, d’appartenance au corps de l’Eglise que toute une vie de foi et de charité nourrira, fortifiera, guérira, déploiera, dans l’espérance de la vie éternelle avec Dieu.

« Toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous Ton héritage, en compagnie de Tes saints » : la Séquence de cette solennité du Saint-Sacrement nous oriente précisément vers le but, le « banquet du ciel », l’« héritage » des fils et des filles du Très-Haut, la « compagnie de tous les saints ». Ne l’oublions jamais ! Sinon l'Evangile n’est qu’un message, les sacrements de vagues symboles, la messe une sympathique réunion, la foi une habitude ou une idéologie. Tout nous dit, au contraire, que nous sommes faits non seulement par Dieu mais pour Dieu, et que notre foi n’est que la prise de conscience décisive, la mise en œuvre concrète, la réponse confiante et persévérante à cet appel premier, à cette réalité fondamentale. Vivre avec Dieu, vivre pour Dieu, en vue d’une relation définitive de communion, de filiation, d’amour : tel est le but, et, comme il est clairement au-dessus de nos forces, Dieu Se donne en nourriture pour que le chemin fasse grandir notre foi, et que notre foi soit contagieuse.

L’abeille solitaire ne fait pas de miel ; déraciné de sa terre, l’arbre meurt ; privée de nourriture sacramentelle et donc de vie communautaire, la foi s’étiole, la marche se ralentit, la joie et l’espérance s’éteignent, l’amour s’épuise… C’est un peuple qui vécut l’Exode et en sortit définitivement transformé ; c’est une communauté qui se réunit, chaque dimanche, en dépit des conditions difficiles, pour célébrer Dieu ; c’est une immense famille que Dieu S’apprête à rassembler, autour de Lui, pour toujours : l’Eglise des saints, l’Epouse du Christ, les citoyens du Royaume. Carl, Amélie, votre vie baptismale commence : vous rejoignez la longue marche de l’Eglise vers Son Seigneur.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 7 juin 2020

TRINITÉ / Année A

Ex 34,4b-6.8-9 / 2Co 13,11-13 / Jn 3,16-18

« Malheur à ceux qui se taisent sur Toi, car ce sont des bavards muets », écrivait saint Augustin dans ses immortelles Confessions. Oui mais comment parler de la Sainte Trinité ?

Dieu révèle Son Nom, que Lui seul connaît en plénitude : « Le Seigneur descendit dans la nuée et vint Se placer là, auprès de Moïse. Il proclama Son Nom ». Dieu dit Son Nom, Il révèle Son identité, car nul n’aurait pu la découvrir sans cela ; la raison peut, de cause en cause, remonter jusqu'à l’idée d’un dieu unique et créateur, mais pas jusqu'à la personne de Dieu, qui ne peut Se connaître que par la foi. Dieu Se dit, Il Se livre à la connaissance et à la foi du croyant, et Son Nom, interminable, dit qui Il veut être pour nous : en révélant Son Nom, Dieu ne nous dit pas tout de Lui. Dieu Se définit, pour être compris de nous, par ce que nous pouvons recevoir de Lui, vivre avec Lui : l’alliance. Ainsi Dieu dévoile les qualités qui font de Lui un partenaire sûr pour une alliance : « Le Seigneur, Le Seigneur, Dieu de tendresse et miséricorde/pitié, lent à la colère, plein d’amour/grâce et de vérité/fidélité ». Notons que la miséricorde, le bouleversement intérieur de Dieu face à notre misère et à notre péché, n’est pas un accessoire mais fait partie de Son identité ; tout comme Sa tendresse, Son amour fidèle en qui réside toute vérité.

La Trinité est plénitude de grâce, d’amour et de communion ; nous le découvrons dans la formule employée par saint Paul, reprise par la liturgie : « Que la charis grâce du Seigneur Jésus Christ, l’agapê amour/charité de Dieu [le Père] et la koinônia communion/participation du Saint-Esprit soient avec vous tous ». Le Père est source de toute vie donc de tout amour, l’agapê, amour de charité, qui donne sans jamais prendre, marqué par une tendresse infinie déjà révélée à Moïse. Jésus Christ, Fils éternel du Père, est le premier sujet de cet amour, Il le reçoit en permanence, en même temps que Son être de Fils : recevant tout comme un Fils, Il veut faire de nous Ses frères et sœurs, par une initiative inouïe, une charis, une grâce de salut offerte à tous, librement, par Sa mort et Sa résurrection. L’Esprit Saint est l’Amour même qui relie le Père et le Fils, lien d’amour éternel, absolu, infini, qui nous est communiqué par les sacrements ; par le baptême nous sommes entrés dans une koinônia, une communion, une participation au Saint-Esprit : nous sommes pour ainsi dire entrés dans la Trinité, participants à Son mystère d’amour et de vie.

Comment recevoir la vie trinitaire dans notre âme ? Qu’attends de nous le Christ pour nous envoyer l'Esprit Saint venu du Père ? « Comment attirer le souffle de l'Esprit et comment ensuite se livrer et coopérer à son action envahissante ? » Par « trois dispositions fondamentales, qui iront se perfectionnant à mesure que l'action divine se développera : le don de soi, l'humilité et le silence » (Bx Marie-Eugène de l'Enfant Jésus, Je veux voir Dieu). La vie trinitaire peut se communiquer à nous, elle est même faite pour cela : mais elle demande notre foi, l’accueil actif et confiant qui lui permettra d’élargir en nous son action. « Le don de soi provoque la Miséricorde divine ; l'humilité augmente la capacité réceptive de l'âme ; le silence assure à l'action de Dieu toute son efficacité », car rien n’est possible dans le brouhaha des passions ou de la dispersion. Envoyé par le Père à la demande du Christ, l'Esprit Saint veut nous combler de Ses dons, Ses lumières, Ses impulsions, « permettant ainsi les interventions directes et personnelles de Dieu dans la vie morale et spirituelle [...]. Les dons mettent l'âme en disponibilité constante vis-à-vis de l'Esprit Saint » (JVVD). « Les dons du Saint-Esprit sont en notre âme des portes qui s'ouvrent sur l'Infini et par lesquelles nous arrive le grand souffle du large, [...] qui apporte la lumière et la vie » (JVVD).

Notre foi est trinitaire : tout vient du Père, tout passe par le Fils, tout est donné dans l'Esprit Saint. Cela touche notre identité la plus profonde : le Père nous adopte comme Ses fils, Jésus Christ fait de nous les membres de Son Corps, l'Esprit Saint est l’agent de cette adoption et de cette union  sacramentelles. « Les membres croyants et spirituels du Christ peuvent dire en toute vérité qu’ils sont ce qu’Il est Lui-même, à savoir : Fils de Dieu, et Dieu » (Isaac de l’Etoile).

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 31 mai 2020

PENTECÔTE / Année A

Ac 2,1-11 / 1Co 12,3b-7.12-13 / Jn 20,19-23

« La grande tentation est de s’aplatir dans une vie sans amour, qui est comme un vase vide, comme une lampe éteinte. Si l’on ne s’investit pas dans l’amour, la vie s’éteint » (Pape François, novembre 2018). Or voici qu’à Pentecôte, l’Esprit Saint vient éclairer la lampe de notre âme, et remplir notre vie de Sa présence, de Son amour infini.

L’Esprit Saint fait de nous des disciples, des envoyés, des témoins, des missionnaires : « de même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie ». L’Esprit Saint, Souffle et Feu, envoie au large ceux qu’Il touche ; Souffle de liberté, Il rend libre, non à la manière du monde, mais selon le cœur de Dieu ; Feu partagé en langues, Il enflamme les croyants pour leur permettre de transmettre partout l’enthousiasme de la foi, la joie de l’Évangile, la dynamique du salut. Envoyés, témoins, nous ne sommes pourtant pas aux yeux de Dieu de petits soldats interchangeables : « chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit », chacun est rejoint de manière personnelle et envoyé là où l’Esprit sait qu’il pourra être fécond en se donnant sans compter. Missionnaire de l’Évangile, le chrétien se sait porté par l’Esprit qui sans cesse le précède, l’appelle et le conduit, et, ce faisant, le transforme à mesure qu’il s’ouvre à Sa grâce.

L’Esprit Saint est le protagoniste essentiel de notre vie sacramentelle : « c’est dans un unique Esprit [...] que nous avons été baptisés pour former un seul corps ». Le baptême, source de notre vie sacramentelle, est don de l'Esprit Saint qui fait de chacun, indissolublement, un fils ou une fille bien-aimé(e), et le membre d’un corps appelé à se dilater jusqu’aux confins du monde et de l’histoire : le Corps du Christ, l’Église. Baptisés, nous sommes marqués définitivement de l’empreinte de Dieu : « Rien, dans notre existence, n’aura un aussi profond retentissement ; la parole du prêtre : Je te baptise s’entendra jusqu’aux dernières limites de notre éternité. [...] Désormais, toutes les réalités surnaturelles peuvent se présenter : l’âme est à la taille de tout. [...] Dieu usera d’autres sacrements pour achever les virtualités du premier ; mais le baptême a tout constitué à l’état latent : l’être divin, l’être surnaturel, a été créé de toutes pièces ; un baptisé est infini » (Dom Delatte). Cette grâce d’adoption irrévocablement donnée mais toujours à recevoir, cette filiation est nourrie et guérie par les sacrements de la route. Nourrie par l’Eucharistie, guérie par le sacrement de la réconciliation, selon la promesse du Christ à Ses apôtres et à leurs successeurs : « à qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ». Chaque fois que nous nous confessons, nous reconnaissons le pouvoir salvateur du Christ qui, seul, peut nous pardonner nos péchés et restaurer la pureté de notre baptême.

L’Esprit Saint nous donne Jésus, à tel point que « personne n’est capable de dire : ''Jésus est Seigneur'' sinon dans l’Esprit Saint ». Pas même les apôtres ! Jusqu’à l’Ascension, leur esprit restera tourné vers des réalités terrestres, la restauration de l’indépendance du peuple hébreu, par exemple… Il faudra le don de l'Esprit Saint à Pentecôte pour qu’ils comprennent vraiment qui est Jésus, qu’ils annoncent non Son message mais Sa personne, la plénitude de Sa divinité. L’Esprit Saint nous transmet, à travers la prédication des apôtres et la liturgie de l’Église, la parole du Christ qui se réalise au moment même où on la reçoit : « la paix soit avec vous ! » L’Esprit Saint nous communique Jésus tout entier, Sa paix, Sa vie, Sa sainteté, Sa filiation même : Il le fait de multiples manières mais au plus haut point dans l’Eucharistie. L’Eucharistie est nourriture d’éternité, le pain du Royaume, puisque c’est le Corps du Ressuscité que nous consommons personnellement, corporellement, spirituellement. Les fils et filles adoptifs du Père, les frères et sœurs de Jésus Christ sont poussés intérieurement par l’Esprit Saint à désirer l’union parfaite avec l’amour trinitaire : nous n’aurions pas un tel désir de communier si notre être profond n’avait pas été marqué, par le baptême, par l’empreinte trinitaire, si notre vie n’était désormais orientée et motivée par la Communion par excellence, l’union éternelle avec Dieu dans Son Royaume.

C’est maintenant le temps de la grâce : l’Amour vient nous renouveler, chacun, aujourd’hui. « Demandons la grâce de renouveler chaque jour notre premier amour avec le Seigneur, de ne pas le laisser s’éteindre » (Pape François).

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 17 mai 2020

6ème dimanche de PÂQUES / Année A

Ac 8,5-8.14-17 / 1P 3,15-18 / Jn 14,15-21

« Il est l'unique Sauveur, Il est l'unique Sauvé », disait de Jésus le bienheureux Isaac de l’Etoile. Poursuivant notre réflexion sur l’Eucharistie, ce mystère dont nous réalisons toujours mieux la place centrale dans notre foi, nous sommes appelés à contempler Celui qui nous dit « vous êtes en moi, et moi en vous », et à rechercher comment Il nous sauve par cette union, par cette communion. Or, si nous y réfléchissons, l’Eucharistie met en dialogue deux acteurs essentiels : le Christ (représenté par le prêtre) et l’Église (représentée par l’assemblée).

Le Christ Pasteur, représenté par le prêtre, qui a été ordonné pour Le représenter, pour signifier et réaliser, par sa présidence, la présence du Christ : « Moi, je prierai le Père », dit Jésus dans l’Évangile. Le Christ prie Son Père d’une manière unique, insurpassable, dans l’Eucharistie, Il Se donne à nous par pur amour, désarmé mais vainqueur : « je l’aimerai, et je me manifesterai à lui ». L’Eucharistie est le sacrement de la manifestation de l’amour divin pour l’humanité. Mais pas d’Eucharistie sans prêtre ! Le prêtre parle à Dieu de la part du peuple : les prières concluant le temps de l’accueil, l’offertoire et la communion ; la présentation des dons (« Tu es béni, Dieu de l’univers… ») ; la prière eucharistique, qui s’achève par une louange trinitaire (« Par Lui, avec Lui et en Lui… »). Le prêtre parle au peuple de la part de Dieu : dans le dialogue après l’offertoire (« Le Seigneur soit avec vous... ») ou  l’anamnèse (« Il est grand le mystère de la foi » — « Nous proclamons Ta mort… »). Votre réponse, votre prise de parole, est parfois courte, mais importante : l’assemblée fait siennes les demandes formulées en son nom par son porte-parole, le prêtre ; elle manifeste sa foi, son adhésion à l’œuvre que Dieu S’apprête à accomplir (avant la consécration) ou vient d’accomplir (à partir de l’anamnèse). On voit bien ici les limites d’une messe virtuelle : si le Christ nous voit tous là où nous sommes, celui qui, sacramentellement, Le rend présent est confronté à une absence… bien réelle.

L’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, représentée par l’assemblée, qui est venue participer à l’action liturgique. L’assemblée ouvre son cœur pour se rendre disponible à l’œuvre de Dieu (1er temps), se laisse toucher par la Parole de Dieu (2ème temps), pour recevoir avec foi Jésus présent dans l’hostie (3ème temps), avant d’être envoyée dans le monde pour témoigner de la Bonne Nouvelle (4ème temps). Notre participation, durant la messe, est avant tout d’ordre intérieur, spirituel : il ne s’agit pas de faire des choses (puisque l’Eucharistie est action de Dieu) ni de se construire une petite fête adaptée à nos besoins (puisque Dieu nous appelle à nous décentrer de nous-mêmes). Il s’agit de prier, de se laisser convertir, de partager la souffrance et les joies de l’Église et du monde, d’approfondir notre relation au Dieu vivant, d’accepter que la Parole de Dieu ait quelque chose à dire sur la façon dont nous menons notre existence, de nous unir à tout ce que le prêtre demande à Dieu en notre nom. La vidéo garde toutes ces possibilités, et, paradoxalement, peut nous aider à nous dépouiller d’une participation extérieure, désormais impossible : notre seul rôle à tenir étant celui de l’Église qui, habitée par l'Esprit Saint, prie, écoute et adore le Seigneur Jésus : « un autre Défenseur sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité [...] ; vous, vous le connaissez, car Il demeure auprès de vous ».

« Il est l'unique Sauveur, l'unique Sauvé », disait donc, de Jésus, Isaac de l’Etoile : comment l’Eucharistie nous aide-t-elle à comprendre cette réalité fondamentale de notre foi ? Par le don de Sa vie, par Sa croix et Sa résurrection, le Christ a voulu refaire l’unité de la famille humaine, disloquée par le péché, rassembler tout dans Son Église, faisant de nous Son Corps. L’expression « Corps du Christ », qui est employée pour désigner l’hostie consacrée, sert aussi à désigner l’Église : de sorte que l’Eucharistie, en rassemblant sur terre le peuple chrétien et en rendant présent le Seigneur sous les espèces du pain et du vin, accomplit une seule et même œuvre, incarner le Corps du Christ, Le donner au monde, le faire grandir à travers les siècles et les continents… A la messe, le Christ est présent dans Son peuple et dans Son prêtre qui dialoguent en Son Nom et sont tournés « par Lui, avec Lui et en Lui » vers Dieu le Père. « D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi » : la promesse se réalise chaque fois qu’est célébrée la messe ! Un regard mondain, matérialiste, superficiel, ne discernera pas le Corps du Christ dans l’hostie ; par contre le croyant voit son Seigneur, le reconnaît, et vit de Sa propre vie divine, absorbée sans être jamais épuisée à chaque communion : « vous êtes en moi, et moi en vous ».

« De même que la tête d’un homme et son corps constituent cet homme dans son unité, de même le Fils de la Vierge, avec les membres qu’Il a élus, constitue un Homme unique, et un seul Fils de Dieu » (Isaac de l’Etoile) : l’Eucharistie fait de nous un Corps dans sa double dimension d’événement (rassemblement) et de repas (hostie). « C’est le Christ total et complet, Tête et Corps, dont parle l’Écriture » qui est ainsi réalisé. La messe montre cette unique vérité, la crée et la fait grandir jusqu’à l’infini : « Il est l'unique Sauveur, l'unique Sauvé ».

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 10 mai 2020

5ème dimanche de PÂQUES / Année A

Ac 6,1-7 / 1P 2,4-9 / Jn 14,1-12

Nous vivons vraie période de crise, à tous points de vue, y compris pour notre foi. Une crise est un changement dans le cours d’une maladie, qui s’annonce par des symptômes particuliers ; au figuré, c’est un moment périlleux et décisif ; étymologiquement, c’est le moment du choix. Le propre de toute crise est d’accentuer les défauts d’une situation ou d’un système, mais aussi de permettre de donner le meilleur de soi. L’Eucharistie étant au centre de notre foi et de notre vie chrétienne, n’est-il pas inévitable qu’elle soit en crise elle aussi ? Prenons le temps de voir comment les dimensions de l’Eucharistie se déploient à travers ses différents noms : voyons comment ils résonnent dans la période que nous traversons.

Synaxe : assemblée, rassemblement → réunion des croyants en général (Ac 11,26 ; 14,26), plus particulièrement pour la prière. L’insistance est mise sur l’Église qui est étymologiquement la convocation des croyants appelés à se rassembler pour toute la vie communautaire et spécifiquement pour ce qui est son cœur, la liturgie. Il est bien clair que cette dimension n'est pas honorée par la vidéo qui veut cependant vaincre la distance géographique : nos écrans annulent la distance mais ne recréent pas le groupe.

Cène : repas du Seigneur → allusion au repas du soir du Jeudi-Saint, lorsque Jésus a institué l’Eucharistie pour nous livrer Sa vie, qui allait Lui être prise le lendemain (1Co 11,20). Tout l’Ancien Testament, et particulièrement le moment-clef de l’Exode, nous montre Dieu nourrissant Son peuple pour lui permettre la traversée d’ici-bas. Le psaume nous le redisait : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, [...] pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine » (Ps 32). Le confinement nous fait éprouver la faim spirituelle, et rend ce repas du Seigneur très étrange à vivre, autant pour le prêtre que pour les paroissiens : comme un repas de famille auquel on ne participerait que par Skype !

Eucharistie : action de grâce, remerciement → le Christ rend Sa vie à Son Père en action de grâce, Il reconnaît par là avoir tout reçu de Lui (Lc 22,19 ; 1Co 11,24) et entraîne l’humanité dans ce mouvement de reconnaissance et d’offrande, qui permet au Père de diviniser ce qui Lui est ainsi rendu. Chacun de nous, où qu’il soit, est appelé à vivre ce mouvement eucharistique par lequel la vie personnelle, familiale, professionnelle, sociale, est réorientée vers Dieu comme sa source et son but. Nous rejoindrons alors cette unité sur laquelle Jésus insiste avec force : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi [...] ; je suis dans le Père, et le Père est en moi » (Jn 14). Par l’Eucharistie nous est ouverte la possibilité réelle de nous unir au Père en Lui remettant, comme Son Fils Jésus, toute notre existence.

Sacrifice : offrande de Jésus Lui-même pour fonder une « alliance nouvelle et éternelle » et détruire la mort et le péché → chacune de nos messes rend présente, actuelle, efficace, la mort volontaire de Jésus sur la croix (He 13,15 ; 1P 2,5). Notre participation au sacrifice ne peut être au même plan que si nous vivions une liturgie de la Parole : il s’agit, nous rappelle saint Pierre, de « devenir le sacerdoce saint et [de] présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ » (1P 2). Nous avons entendu les lectures et leur commentaire, mais nous peinons à suivre à distance la grande prière eucharistique car nos yeux ont besoin de voir, à travers les espèces eucharistiques, le Seigneur tout à la fois anéanti (Ph 2,7-8) et rendu présent par la consécration du pain et du vin.

Fraction du pain : nom donné à la messe dans les premiers temps de l’Église (Ac 2,42) → insistance sur le geste de partage du Corps eucharistique avant la communion, geste du chef de famille lors du repas pascal juif, à l’origine, repris par le Christ lors de Son dernier repas et qui marqua tant les apôtres qu’il suffit, au soir de Pâques, à ouvrir les yeux aux disciples d’Emmaüs. Nous touchons ici à la dimension corporelle, incarnée, de l’Eucharistie, que la réalité virtuelle rend impossible. Comme l’écrivait Bossuet, à la messe, « nous disons que ce corps et ce sang sont faits pour nous ». De même que Son Corps et Son Sang ont été « conçus du Saint-Esprit », comme dit le Credo, « c’est encore le Saint-Esprit que l’on invoque pour les faire ici de nouveau », par « une action physique et aussi réelle que celle par laquelle le Corps du Sauveur a été formé la première fois » (Explication de quelques difficultés sur les prières de la Messe, à un nouveau catholique). Cette insistance (corps, physique, réel) dit ce qui est le propre de la communion sacramentelle : la manducation de l’ hostie consacrée, dans laquelle notre foi reconnaît le Corps du Christ.

Messe : envoi → le Christ nous envoie aux autres, dans notre vie quotidienne, pour leur porter la Bonne Nouvelle d’espérance, de foi et d’amour que nous aurons entendue. Or la vie quotidienne, nous y sommes déjà ! Peut-être cette proximité, et même concomitance, entre le sacré de la messe et l’intérieur de nos maisons d’où nous la suivons, sera bénéfique pour ne pas nous laisser penser que Dieu, l’Eucharistie, notre vie spirituelle seraient hors sol, coupés de notre foyer, de nos relations habituelles, de tout ce qui constitue notre vie normale.

L’Eucharistie est-elle soit en crise ? Oui et non… Pas du côté de Dieu, c’est clair ! Et pour nous ? Nos difficultés à vivre l’absence eucharistique peuvent, si nous nous laissons travailler par la grâce, nous permettre d’entrer plus avant dans ce mystère tellement simple et tellement accessible que nous pouvions courir le risque de nous y habituer… Alors vivons ce moment comme une grâce offerte, la grâce de l’espérance.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 3 mai 2020

4ème dimanche de PÂQUES / Année A

Ac 2,14a.36-41 / 1P 2,20b-25 / Jn 10,1-10

« Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir » Scène de la vie quotidienne au temps de Jésus, que ces enclos collectifs où tous les bergers d’un village ou d’une tribu rassemblaient leurs bêtes, sous la surveillance d’un gardien… Lequel ouvrait aux bergers, qu’il connaissait, pour que chacun prenne ses propres bêtes en charge, sans piquer celles du voisin ; mais de toutes façons les brebis d’un autre berger n’auraient pas répondu à ses appels. Dans cette belle image, le personnage central n’est pas le berger, ni même le portier, mais la porte par laquelle tous entrent et sortent : elle est ouverture sur la liberté pour les brebis, elle met en communication bergers et brebis (les prêtres et les fidèles), et elle est tellement importante qu’elle est confiée à un gardien (le pape, les évêques). Le Christ est Porte de « l’alliance nouvelle et éternelle », en ce sens que, par Sa résurrection d’entre les morts, Il a ouvert une porte que nul n’avait franchie ou même imaginée avant Lui. Il est la Porte que nous devrons franchir pour passer de la mort à la Vie, du temps à l’éternité, de cette terre au Royaume de Dieu, notre seule Terre promise. On peut donc relier le Christ-Porte à l’alliance qu’Il a établie en Son Sang, par Sa mort sur la croix, et qu’Il a rendue victorieuse de la mort, la Sienne et la nôtre, par Sa résurrection au matin de Pâques. Mais comment franchir cette Porte ?

« Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage » : qui dit pâturage dit nourriture spirituelle au sens large, et, plus précisément, ce « pain quotidien » que seul le Christ, Porte de la Vie éternelle, peut nous donner, l’Eucharistie. « Si quelqu’un entre » : notez la dimension physique, corporelle. On n’a pas besoin de passer une porte si on est un pur esprit : les portes sont faites pour les personnes incarnées, comme nous sur terre, et elles sont aussi impossibles à franchir en les regardant sur un écran qu’elles seront inutiles dans le Royaume de Dieu. « En passant par moi » : il s’agit de passer, de faire son passage ― pascal ― de la mort à la vie, et de le faire avec le Christ, grâce au Christ, en Christ. Inutile de chercher à frauder : il faudra en passer par Lui, comme on dit, c’est-à-dire nous adapter à cette porte qui peut se faire « étroite » pour nous délester de nos accessoires toujours trop encombrants… « Il sera sauvé » : le but n’est pas de faire un beau voyage en pays de féerie, mais d’entrer en Terre sainte, celle du salut, où l’alliance pourra être toujours nouvelle car vraiment éternelle, y compris dans notre chair ressuscitée.

Comme nous voilà au cœur de notre vie chrétienne, c’est-à-dire de l’Eucharistie : avant-goût du Royaume, reçu sacramentellement et donc corporellement ; donné gratuitement, sans mérite de notre part, par le Christ et Son Eglise, selon Sa volonté et non la nôtre ; sacrement qui nous sauve, si nous le laissons agir dans notre âme à la mesure de la volonté divine de nous transformer, de nous sanctifier, de nous diviniser. « Car, sous la figure du pain, c'est le Corps qui t'est donné ; sous la figure du vin, c'est le Sang qui t'est donné, afin que tu deviennes, en participant au Corps et au Sang du Christ, un seul corps et un seul sang avec le Christ. [...] Nous devenons des ''porte-Christ'', Son Corps et Son Sang s'étant répandus dans nos membres » (Catéchèse de Jérusalem aux nouveaux baptisés). Le réalisme sacramentel est extrême ! Mais il faut aller jusque-là si nous voulons entrer dans les volontés divines, entrer par la porte qui, fermée au péché, étroite pour le superflu, est par contre d’une largeur infinie pour accueillir, rassembler, unifier l’humanité en la guérissant, la nourrissant, la rendant capable de Dieu. Le sacrement prépare mystérieusement notre âme et même notre corps à vivre de la vie même de Dieu, infiniment, éternellement : voilà pourquoi nous communions.

« Vous voilà bien cruel de nous parler de communion alors que nous en sommes privés », pensez-vous peut-être sur votre canapé… C’est vrai que l’attente est longue, la faim se fait vraiment sentir ! Mais je vais être plus cruel encore : cette disette sera permanente si nous n’avons plus de prêtres pour célébrer le sacrifice eucharistique ; et nous n’aurons plus de prêtres si nous ne prions pas plus pour en avoir. Prier, et pas qu’un peu ! Prier avec la faim au ventre pour que le Christ nous envoie ceux qui nous donneront Son Corps à manger ! Prier comme si notre vie en dépendait, car notre vie spirituelle en dépend radicalement, communion après communion. Amen.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 26 avril 2020

3ème dimanche de PÂQUES / Année A

« Stans autem Petrus Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : ''sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles, il s’agit de Jésus le Nazaréen'' » (Ac). Je suis toujours impressionné par le courage de celui qui, trois ans avant, n’était qu’un pêcheur au bord d’un lac, qui, quelques semaines auparavant, s’est laissé envahir par la peur au point de renier Jésus et qui, maintenant, proclame avec audace et compétence, dans la certitude de sa foi, que Jésus est ressuscité, qu’Il est le Juste, le Messie, le Sauveur. Avec ce même enthousiasme, l’Église née du souffle de l'Esprit Saint interpelle les hommes de toute époque, de toute culture, pour les inviter à l’écoute de la foi. Que nous dit-elle en ce temps pascal ?

Jésus est là quand Ses disciples parlent de Lui et cherchent la vérité : « Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus Lui-même S’approcha, et Il marchait avec eux ». En ces temps de confinement, nous pouvons ressentir l’absence de Dieu dans la privation de communion, la perte des contacts communautaires, la cessation des joyeux événements que sont les mariages et les baptêmes… Mais le Christ est là ; ou plutôt Il Se rendra vraiment présent si nous continuons à parler de Lui et à Le chercher, Lui qui est la vérité en personne, c’est-à-dire la vérité ultime de notre vie personnelle et de toute l’histoire humaine. « Dès avant la fondation du monde, Dieu L’avait désigné d’avance » (1P) : nous n’avons à nous soucier de rendre Dieu présent, Il est présent depuis toujours et pour toujours. Prenons plutôt soin de nous rendre présents à Lui, par la prière de louange et d’intercession, le désir d’Eucharistie, la charité fraternelle, la lecture des saintes Ecritures : là nous Le trouverons car c’est là qu’Il Se cache et Se donne tout à la fois (« Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, Il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui Le concernait »).

« À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur » : ils savent, mais ils ne savent pas. Ils sont dans l’état de sidération où les a laissé l’effroyable choc de la crucifixion, en pleine ville sainte, à quelques heures de la Grande Pâque : une autre voix s’est glissée dans leur immense tristesse pour dire autre chose, une voix qu’ils ont entendue mais pas écoutée, reçue, reconnue… Et pourtant la présence du Ressuscité fait ressortir, comme un lointain souvenir, ce qui a été dit le matin même, par des femmes, mauvais témoins par excellence pour cette Antiquité qui ne leur donne pas la parole. Mais Jésus a choisi des personnes fragiles : « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose » (1Co 1,27-28). La résurrection n’est pas l’apanage de ceux-qui-savent-tout, mais elle est Bonne Nouvelle donnée à des pauvres de cœur par des pauvres de cœur. Puisse la Bonne Nouvelle de la Résurrection traverser la sidération qui confine notre société dans un étonnant silence sur Dieu...

« C’est un sang précieux » qui vous a « rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères » (1P) : la croix, la résurrection, Pâques, ne nous racontent pas une belle histoire, une jolie leçon de morale, une parabole pour entretenir notre bien-être spirituel ! Il s’agit de sang versé, de rachat, de renversement d’un mode de vie et d’une vision de l’existence qui conduisent à l’insignifiance, au non-sens, à la mort de l’âme. Le psaume, qui laisse chanter l’âme du croyant, lui fait dire à Dieu : « Seigneur, mon partage et ma coupe » (Ps), littéralement, Celui qui est ma part d’héritage et Celui avec qui je suis en communion d’alliance par le biais d’un repas sacrificiel. Mais on peut aussi comprendre : Il Se partage sans être divisé, Il est rompu sans être désagrégé, Il est offert tout entier pour que soit consommée l’alliance avec l’humanité. Nous pensons aussitôt au Christ, et avec raison, Lui qui a fondé une nouvelle alliance précisément en donnant Son Corps en partage et Son « Sang précieux » à recevoir dans la coupe du repas pascal. Il faut aller jusque-là pour reconnaître Jésus, et c’est bien le chemin des disciples d’Emmaüs, tout joyeux de raconter « comment le Seigneur S’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain » ! Notre manque actuel de communion sacramentelle nous redit ce besoin vital que nous avons de Le « reconnaître à la fraction du pain ».

De même que « Jésus a rallumé [dans les disciples d’Emmaüs] la flamme de la foi qui leur donne un regard intérieur, qui sait reconnaître la réalité cachée, la vérité, et qui ne s’intéresse plus aux apparences », demandons-Lui la grâce de recevoir Sa présence qui change tout et fait toute choses nouvelles. Alors quittons « nos rêves de la vie d’avant » et demandons au Seigneur Ressuscité de faire de nous « des acteurs féconds de la transformation du monde » (Homélie de notre évêque).

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 19 avril 2020

2ème dimanche de PÂQUES / Année A

Ac 2,42-47 / 1P 1,3-9 / Jn 20,19-31

Pour beaucoup d’esprits modernes, la probabilité est le guide de la vie. Le saint cardinal Newman, mort il y a 130 ans, notait avec humour que, pour un esprit qui se laisserait guider par le probabilisme, la plus haute expression de la foi pourrait être cette prière : « O Dieu, s’il existe un Dieu, sauvez mon âme, si j’en ai une » ! On voit bien que rien n’est plus étranger à saint Thomas, dont on fait pourtant abusivement le modèle des sceptiques. Mais arrêtons-nous d’abord, en ce dimanche de la miséricorde, sur la première Lettre de saint Pierre.

« Dans Sa grande miséricorde Il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure » (1P) : la source de tout, c’est la miséricorde de Dieu, Son amour plus fort que celui d’un père ou d’une mère, amour toujours prêt au pardon, amour brûlant, exigeant, libérateur, infini, vecteur de vérité et de sainteté. Cet amour de miséricorde est dans la nature même de Dieu, à jamais inséparable de Lui : il a pour fruits, dit l’apôtre, une renaissance, une vivante espérance, un héritage impérissable. Et le moyen, c’est « la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts » : Pâques n’est pas un événement heureux du passé, que nous commémorerions à distance, mais un véritable engendrement dans la grâce de l’humanité appelée à un héritage, c’est-à-dire à partager la filiation de Jésus et Sa victoire définitive sur le péché et sur la mort.

« Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi » (1P) : dans ce cadre-là, aussi durs que soient les temps que nous vivons, nous sommes appelés à la joie, une joie communicative (« vous exultez »), une joie qui sait que tout n’est pas simple et que le but n’est pas encore atteint (« pour un peu de temps encore »), une joie qui n’est pas illusion que tout est acquis, compris, maîtrisé (« toutes sortes d’épreuves ») mais qui comprend qu’elle doit grandir et que les événements et même les difficultés de la vie peuvent la faire grandir.

« Vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi » (1P) : voilà la source profonde de notre joie pascale ! La foi en Jésus Christ, en Son enseignement, en Sa victoire sur la mort, en Sa mission messianique de tout rassembler auprès du Père, cette foi donne « le salut des âmes » : la foi, loin d’être un simple message moral, une habitude pieuse, une croyance qui enjoliverait la vie d’ici-bas, est le passeport pour la vie d’en haut, la vie sans fin qui est le propre de Dieu et qu’Il a choisi de nous partager en plénitude. Nous sommes baptisés pour « le salut de notre âme » ; nous communions ― et nous voyons bien combien cette période de disette eucharistique est dure à supporter ― pour « le salut de notre âme » ; nous nous confessons, nous prions, nous jeûnons, nous lisons les Ecritures pour « le salut de notre âme » !

Mais comment vivre sa foi, comment vivre de la miséricorde de Dieu, comment faire grandir en nous la joie de Pâques ? Par une vie en Eglise saine car équilibrée, greffée sur l’Eglise des apôtres, grandissant sur quatre piliers simultanément : « les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac). Autrement dit : formation permanente de la foi, vie communautaire et partage, Eucharistie et prière personnelle. Un vrai défi en temps de confinement direz-vous ! Oui, mais est-ce que ce qui nous semble impossible à vivre au vu des restrictions nous apparaissait aussi indispensable quand tout allait bien ? Du manque peut naître un vrai désir, et de bonnes résolutions...

Achevons avec saint Thomas (nous y voilà enfin!) : « si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous » : épouvantable geste qui souligne, métaphoriquement, que c’est notre péché qui a entraîné cette Passion et cette mort ! Mettre le doigt sur notre péché, non dans l’idée de souligner nos infractions au code de la route, mais par une conscience vive de la peine et de la douleur que nos tiédeurs, nos refus, notre égoïsme, font au Cœur de Dieu. A ce prix-là la joie de Pâques ne sera pas un pieux dérivatif à nos soucis, mais le désir intense d’une libération que Dieu seul peut nous accorder, par Son infinie miséricorde : « prions chaque jour le Seigneur de Se révéler Lui-même à nos âmes plus complètement, d’aiguiser nos sens, de nous donner l’ouïe et la vue, le goût et le toucher du monde futur » (J.H. Newman, Sermon sur les appels divins, 1839).

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 12 avril 2020

PÂQUES

« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? » : la Séquence de Pâques nous invite à poser la question à un témoin essentiel, Marie de Magdala. La joie la résurrection du Christ, la promesse de la vie éternelle, ont donc besoin de témoins, de ces croyants qui sont « en chemin ».

Des témoins : « C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage ; Dieu [...] Lui a donné de Se manifester [...] à des témoins que Dieu avait choisis d’avance ; Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner » (Ac). Les apôtres insistent fortement ! Pas de vie chrétienne sans témoignage, sans annonce du kérygme, c’est-à-dire de la mort et de la résurrection de Jésus Christ. Pas de vie chrétienne sans méditation des Ecritures, qui remettent en perspective toute l’histoire humaine depuis la Création jusqu'à l’Apocalypse, qui nous montrent, par les prophètes, le Messie tant attendu, qui nous disent, à travers l’espérance du roi David, la succession des générations qui a préparé la venue du Grand Roi, qui nous guident, par la prière des psaumes, pour louer Dieu, Sa bonté, Sa miséricorde, Son inlassable désir de nous sauver. Nous nous rendons bien compte, maintenant que nous sommes enfermés, qu’il nous manque quelque chose : nous ne pouvons plus faire de catéchisme ni d’aumônerie, plus accompagner les jeunes parents, les fiancés, les confirmands et les catéchumènes… Il manque quelque chose à notre foi en Jésus Ressuscité si nous ne pouvons la transmettre.

Des chercheurs de Dieu : « recherchez les réalités d’en haut, pensez aux réalités d’en haut » (Col). Témoigner oui, mais de quoi ? De soi ? Pas très intéressant… Si nous voulons être témoins du Seigneur, vivons avec le Seigneur, cherchons sans relâche le Seigneur, aimons le Seigneur ! Notre société va être profondément bouleversée par la pandémie qui la frappe : quand les médias parleront d’autre chose que de virus, nous nous retrouverons avec quelques petites questions sans importance… Des questions telles que : où est l’essentiel ici-bas ? A quoi, à qui est-ce que je donne mon temps ? Est-ce que j’aime assez ceux que je croisais dans la vie ordinaire et que, par suite du confinement, je n’ai pas vus pendant deux mois ou au contraire vus (je n’ose pas dire : subis) tous les jours ? Qu’est-ce que la santé du corps sans la santé de l’âme ? Quelle place pour les plus fragiles, porteurs de handicap, personnes âgées, migrants ? Dans ce contexte, les chrétiens auront, plus que jamais, à « rechercher les réalités d’en haut », la volonté de Dieu pour chacun et pour tous.

Des vivants qui n’ont pas peur de la mort : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai ». Cette pandémie a réintroduit la mort dans une société qui ne veut plus en entendre parler : quel choc ! D’autant plus que de nombreuses familles ont la douleur supplémentaire d’être privées de célébrations à l’église pour confier leurs défunts à Dieu. Plus que jamais, les chrétiens sont appelés à porter au monde la Bonne Nouvelle de la Résurrection du Christ, c’est-à-dire la promesse que la mort n’aura pas le dernier mot, qu’elle est un passage vers la Vie éternelle, que le Christ nous appelle à Le suivre sur le chemin de la foi pour renoncer au mal, réparer nos fautes, convertir notre cœur et accueillir ainsi l’Amour infini qui nous transformera à Son image, au dernier jour, et qui, en attendant, peut nous guider et nous fortifier chaque jour. « On a enlevé le Seigneur de Son tombeau, et nous ne savons pas où on L’a déposé » : Pâques nous invite justement à ne pas chercher Dieu dans le tombeau, le passé, le regret, mais à L’accueillir sur nos routes, comme Marie Madeleine, comme Pierre et Jean, même si nous ne comprenons pas tout.

« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? » : sur son chemin de vie, elle a rencontré le Crucifié qui, de vaincu, est devenu vainqueur de la mort, de sa mort à elle. « La puissance de Dieu ne Se bornera pas à une prolongation de la vie [...], ni au simple retour à cette vie terrestre [...], mais elle éclatera en notre transfiguration, dont celle du Christ peut nous donner une image [...]. Toutefois, cette vie de ressuscité est si divine que les images et les mots [...] n’en peuvent donner qu’une idée imparfaite » (Bible chrétienne, II). Ne nous désolons pas de cette imperfection, elle nous appelle à « rechercher les réalités d’en haut » pour dire au dernier jour : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai » avec le Christ.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 11 avril 2020

VIGILE PASCALE

« Désormais, ce n’est pas comme des condamnés que nous mourons, mais comme des gens qui se réveilleront ; et nous attendons la résurrection que Dieu donnera en son temps » (Saint Athanase, De l’Incarnation du Verbe) : ce soir, nous passons, chacun chez soi mais en lien les uns avec les autres, de l’ombre de la mort à la lumière de la vie en Christ, et la Bonne Nouvelle de la Résurrection peut redonner un sens à notre vie et à nos choix collectifs.

« Les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme. [...] Dieu dit : Que la lumière soit » : notre liturgie a commencé dans la nuit. Nuit des origines, quand nulle lumière ne brille et que nul œil n’existe pour voir : dans cette nuit, Dieu existe, Il vit. Il est d’une façon parfaite, infinie, éternelle, absolue, dans un présent sans commencement ni fin ni limites ni manques ni besoins. Il est, et Son Être débordant d’amour et de vie forme le projet de créer : un univers fourmillant de vie dans lequel une créature infime et fragile porterait en elle « Son image et Sa ressemblance », un petit être appelé à l’infini de l’amour et de l’éternité, par pure grâce, sans aucun mérite de sa part, mais avec sa libre collaboration. « Dieu dit : Que la lumière soit » : pour qu’existe un œil capable de voir la beauté de l’Amour divin, de le désirer, de le suivre, d’y répondre, d’y correspondre. Dans les ténèbres de la maladie, qui amène dans beaucoup de familles peur et deuil, Dieu vient nous rappeler que nous sommes faits « à Son image », capables d’être ces petites lumières d’amour, d’attention, de bienveillance, d’intercession et de consolation qui permettront à chacun de dire : oui, Dieu est lumière sur ma route.

« Pourquoi crier vers moi ? Ordonne aux fils d’Israël de se mettre en route ! » : nous avons franchi les siècles et arrivons à la deuxième étape, capitale. Le péché a éloigné l’homme de Dieu ; sa figure la plus effrayante s’incarne dans pharaon, cet homme qui se pense tout-puissant et n’hésite pas à voler la liberté et la vie de ceux qui lui sont soumis. Symbole des puissances terrestres et invisibles qui œuvrent inlassablement à asservir l’homme, à éteindre en lui la lumière, à le défigurer pour qu’il ne soit plus image de Dieu, pharaon fait peur à Israël, qui reste, tétanisé, à attendre la mort. « Pourquoi crier vers moi ? Ordonne aux fils d’Israël de se mettre en route ! » : ça n’est pas le moment de se lamenter ! Marche ! Fais confiance à ton Seigneur ! Fais de ton espérance un flambeau qui permet d’affronter la nuit et de la traverser pour arriver en terre promise. Les temps qui sont les nôtres donnent un accent de vérité tout spécial à cet appel de Dieu.

« Je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre » : décidément rien ne marche comme prévu ! Ils devaient vivre, heureux et fidèles à l’Alliance, sur la terre que Dieu leur avait donnée… Et leur infidélité a tout compromis, a ravagé tout ce qu’ils pensaient avoir construit, et les fruits amers de leurs péchés ne se sont pas fait attendre : divisions et affaiblissement, ruine et catastrophe… Il ne reste rien de la terre, dévastée par l’ennemi ; rien du temple, détruit ; rien du peuple, éparpillé aux quatre vents. Et Dieu ne Se décourage pas ; mieux, Il promet encore l’impossible : « Je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre ». Par cette promesse, Dieu Se manifeste encore comme le Dieu fidèle, Celui qui tient parole envers et contre tout, Celui qui recoud ce qui a été déchiré, Celui qui rassemble ce qui, à force d’avoir été dispersé, est devenu insignifiant, voué à la disparition. Nous sommes sans doute mieux conscients, en cette période de pandémie, du danger mortel qu’il y aurait à vouloir vivre notre foi en solitaire : aujourd’hui Dieu nous redit que, si nous voulons parvenir au but (« Je vous conduirai dans votre terre »), nous devons d’abord être réunis (« Je vous rassemblerai »). Voilà pourquoi nous sommes appelés Eglise, convocation, rassemblement de ceux qui ont entendu l’appel du Père et qui, par le Père, se savent frères dans la foi, pour toujours.

« Nous avons été mis au tombeau avec Lui » : lorsque nous revivons le Triduum pascal, nous ne satisfaisons pas à un devoir religieux ni à un devoir de mémoire. Nous entrons en communion profonde avec Celui qui donne, qui meurt et qui vit pour nous : Il nous donne l’Eucharistie, Lui qui n’a besoin de rien ; Il connaît les affres de la mort, Lui, le Créateur de toutes choses ; Il ouvre dans le temps une porte sur l’éternité, Lui dont le corps supplicié est désormais glorieux, inaltérable, éternel. « Nous avons été mis au tombeau avec Lui » : l’épreuve du confinement nous l’a sans doute mieux fait percevoir ! Il nous faut faire mourir ce qui fait mourir, il faut noyer dans les eaux de notre baptême, toujours jaillissantes en notre âme, ce qui a causé Sa mort sur la croix : la peur, la haine, l’égoïsme, l’esprit de caste ou de clan, le manque de confiance, de simplicité, de sincérité, le refus de se convertir. Notre Carême voulait nous préparer à cela ! Si nous avons marché avec courage sur ce chemin, nous pouvons entendre en vérité l’annonce de Pâques : « vous êtes [...] vivants pour Dieu en Jésus Christ » ! Vivants au présent, aujourd’hui et toujours, du présent même de Dieu qui se fera éternité lorsque nous rejoindrons le Père.

« Voilà ce que j’avais à vous dire » : ce n’est pas grand-chose en apparence, mais cela peut tout changer ; cela ne soigne pas les corps souffrants, mais peut fortifier la foi, encourager la charité, ranimer l’espérance. Tant il est vrai que l’homme est un être spirituel, fait pour Dieu, et qu’en Dieu seul est son salut, sa victoire définitive sur la mort : « vous êtes vivants pour Dieu en Jésus Christ » !

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 10 avril 2020

Vendredi Saint

« À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin » : nouveau jardin d’Eden où l’arbre n’est plus celui du fruit défendu, mais celui de la croix, sur laquelle l’Homme-Dieu est mort. En ce Vendredi Saint, face à la croix, trois attitudes sont possibles.

Crier : nous l’avons entendu, la foule crie contre Jésus. « ''Crucifie-le !'' [...] C’est le cri artificiel, construit, fait du mépris, de la calomnie. [...] C’est la voix de celui qui manipule la réalité [...] et ne se pose aucun problème pour ''coincer'' les autres afin de s’en sortir. [...] C’est le cri qui naît de la réalité ''truquée'' et présentée de telle sorte qu’elle finit par défigurer le visage de Jésus et le transformer en ''malfaiteur''. [...] C’est le cri, fabriqué par les ''intrigues'' de l’autosuffisance, de l’orgueil et de l’arrogance, qui proclame sans problèmes : ''Crucifie-le !'' » (Pape François, Rameaux 2018). Cri terrible de celui qui se sent anonyme et donc invulnérable au milieu de la foule ou devant son écran : parfois les réseaux sociaux ressemblent à cette foule hurlante de Jérusalem qui veut se débarrasser du gêneur sans même savoir pourquoi… Un cri, une parole fabriquée, répétée à l’infini, qui ôte la vie à celui qui est visé et la liberté à celui qui le profère : le Christ a accepté d’être le point de mire de ce cri inhumain qui veut anéantir sa victime mais se retourne toujours contre ses auteurs : « On finit ainsi par faire taire la fête du peuple, on détruit l’espérance, [...] on supprime la joie ; on finit ainsi par blinder le cœur [...]. C’est le cri du ''sauve-toi toi-même'' qui veut endormir la solidarité, éteindre les idéaux, rendre le regard insensible… le cri qui veut effacer la compassion » (Pape François, Rameaux 2018). Ils étaient venus à Jérusalem fêter Pâques, ils s’en retourneront avec le goût amer de la mort du Juste : au lieu d’accueillir le Messie, « ils se saisirent de Jésus ». Ils prennent, donc ils perdent.

Ecouter : nous ne sommes pas appelés à crier avec les loups, mais à entrer dans une écoute plus profonde et plus vraie du Seigneur et de ce qu’Il a à nous dire. « La joie du chrétien découle de l'écoute et de l'accueil de la Bonne Nouvelle de la mort et de la résurrection de Jésus : le kérygme » (Message de Carême 2020 du Pape). Nous avons pris le temps d’écouter longuement la lecture de la Passion du Seigneur, vue par saint Jean : témoignage poignant de la cruauté des hommes qui s’acharnent contre un innocent, mais surtout de la bonté de Jésus, de Sa souveraine liberté par rapport au mal, Lui qui ne rend jamais coup pour coup. Quelles paroles nous ont frappé ? Je vous en propose deux : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » Etonnant dialogue entre un gouverneur romain fier de ses dieux et de sa civilisation, déstabilisé par ce prophète juif qui cherche à réveiller en lui la soif de la vérité : Jésus ne renonce jamais à susciter une écoute, Lui qui seul peut entendre les pulsations d’une âme derrière le masque du personnage officiel. « Tout est accompli » : il n’y a plus rien à faire ici-bas, l’heure est venue de S’abandonner entre les mains du Père et de passer par la mort qui est, si l’on y pense, la plus surprenante expérience pour un Dieu. Au moment de mourir, cette Parole du Christ redit une ultime fois Son écoute inlassable de la volonté du Père qui L’a envoyé. Jésus est Celui qui écoute, aussi bien Son Père que notre âme.

Regarder : nous qui sommes confinés, nous sommes peut-être tenté de perdre notre regard sur les écrans, au lieu de le plonger en nous-mêmes. « La Pâque de Jésus n'est pas un événement du passé : par la puissance de l'Esprit Saint, elle est toujours actuelle et nous permet de regarder et de toucher avec foi la chair du Christ chez tant de personnes souffrantes » (Message de Carême 2020 du Pape). Voir Jésus sur la croix et reconnaître en Lui le visage des plus pauvres de notre temps, ces périphéries de notre société mais pas de notre humanité : « ils lèveront les yeux vers Celui qu’ils ont transpercé ». Il y a bien des manières de crucifier le Fils de Dieu en laissant le péché dévorer l’amour en notre cœur, dévorer le lien entre les hommes, dévorer la relation avec Dieu. Regarder Celui que nous avons transpercé c’est, comme nous y invite le Pape en ce Carême où nous ne pouvons nous confesser comme nous le voudrions, faire grandir la contrition dans notre cœur, ce regret de nos fautes tourné non vers le passé mais vers un avenir de conversion fait d’efforts concrets et persévérants, que viendra parfaire et fortifier le pardon sacramentel dès que cela redeviendra possible.

Face à la croix, en ce « jardin » où Jésus repose après avoir « été crucifié », il ne s’agit pas de crier ou de s’agiter, mais d’entrer dans le grand silence de l’espérance, pour écouter et regarder. L’espérance qui, seule, nous permettra le jour venu de rencontrer le Ressuscité.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 5 avril 2020

Rameaux / Année A

Mt 21,1-11 / Is 50,4-7 / Ph 2,6-11 / Mt 26,14-27,66

« Malgré la présence, parfois dramatique, du mal dans nos vies ainsi que dans la vie de l'Eglise et du monde, cet espace offert pour un changement de cap exprime la volonté tenace de Dieu de ne pas interrompre le dialogue du salut avec nous » (Message de Carême du Pape). Aujourd’hui ce « dialogue de salut » se fait par un signe, une parole, un corps.

Jésus nous donne un signe : Son entrée à Jérusalem. Cette entrée, Il l’a voulue éclatante, solennelle, afin que tous sachent qu’elle inaugurait un temps nouveau dans l’histoire de salut. Signe paradoxal : c’est bien le Roi-Messie, tant attendu, qui entre dans la ville sainte, mais Il le fait avec humilité ; il s’agit bien d’un avènement, mais Jésus vient donner Sa vie, pas prendre celle des occupants romains ; il s’agit non d’une victoire militaire, mais d’une victoire sur la mort et sur le péché qui y conduit tout droit. « Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque » : tout est dit en quelques mots par Celui qui sait qu’on complote contre Lui et que la mort est proche, et qui va faire de cette mort, de ces trahisons, de cet échec terrible, le lieu d’une Pâque, passage définitif de la mort à la vie, de l’esclavage du péché à la liberté des enfants de Dieu, de l’ancienne alliance à « l’alliance nouvelle et éternelle ». « C’est chez toi que je veux célébrer la Pâque » : aujourd’hui cette parole est plus vraie que jamais, nous qui sommes confinés pour vivre la Semaine sainte. Jésus vient « chez nous », faire de notre foyer, de notre maison, de notre vie de tous les jours, le lieu de Sa Pâque, de Son passage, de Sa venue libératrice. Y sommes-nous prêts ? Et si cette année, le signe est absent (les rameaux), peut-être nous est-il demandé d’ouvrir plus largement la vie de nos foyers à la présence rédemptrice de Jésus Christ.

Jésus nous donne une Parole : Parole devant la mort qui vient, au moment du dernier repas, au jardin des Oliviers, et du sommet de la croix. Peu à peu Sa Parole se raréfie, Il n’est plus que silence offert. « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi » : la Parole de Jésus est un appel à l’aide, Il a besoin de notre présence. Dans la nuit de ce monde, alors que tant de familles souffrent de la perte d’un proche qu’elles n’ont pu accompagner normalement, alors que les plus fragiles (chômeurs, migrants, handicapés, personnes âgées en EHPAD…) vivent une solitude plus cruelle encore que d’habitude, alors que notre Occident semble plus déconnecté que jamais de la soif de Dieu, Jésus est là, comme celui qui souffre avec nous, pour nous, Celui qui nous appelle à Le visiter, Le réconforter, Le voir tout simplement ! « Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé » : avons-nous ce « langage des disciples » ? Mais comment les disciples pourront-ils être, en ce monde, paroles du Seigneur pour tous ? Ici encore, Jésus nous donne une Parole : « prenez, mangez, ceci est mon Corps ».

Jésus nous donne Son Corps : dans cette épouvantable Passion, ils ne Lui ont rien épargné, rien laissé. Jésus donne tout, Se livre tout entier, corps et âme, entre les mains de Ses bourreaux. Le prophète l’avait annoncé, et peut-être avez-vous été sensibles à ce texte d’Isaïe où se multiplient les mentions corporelles : « l’oreille, mon dos, mes joues, la barbe, ma face ». Ce corps martyrisé est le lieu d’un don, d’une offrande totale : « je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé, j’ai présenté, je n’ai pas caché ». Le Serviteur souffrant fait de sa souffrance le lieu d’une liberté intérieure qu’aucun de ses bourreaux n’a pouvoir de lui arracher : liberté du ‘oui’ à Dieu, de la fidélité à sa vocation, d’un témoignage qui ne se renie pas par peur ou par égoïsme. Le Christ mène à leur aboutissement cette offrande et cette liberté, en acceptant d’entrer dans le temps et donc de mourir, de prendre notre nature humaine et donc de connaître fragilité et souffrance, d’entrer à Jérusalem comme le Messie humble et serviteur que nul n’attendait, et donc de décevoir et d’être rejeté par tous : « Il S’est anéanti, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ». La lecture de la Passion nous a rendu témoins d’un anéantissement total, une preuve d’amour comme nul n’en pouvait donner ― sauf Dieu.

Que nous reste-t-il de ce chemin de croix ? Signe, Parole et Corps, c’est l’hostie que je vais consacrer dans quelques instants, l’Eucharistie que le Christ a voulu transmettre à Son Eglise, le « dialogue du salut », le sacrement de Son sacrifice sur la croix, le gage de la Résurrection. « Quand Lui-même a déclaré, au sujet du pain : Ceci est mon corps, qui osera encore hésiter ? Et quand Lui-même affirme catégoriquement : Ceci est mon sang, qui pourra en douter, et dire que ce n'est pas son sang ? » (Catéchèse de Jérusalem aux nouveaux baptisés) De manière toute particulière cette année, nous trouverons la présence de Jésus et la force de Le suivre dans le mystère de Son Eucharistie.

Meditation du P. MALELA du 31 mars 2020

5ème Mardi de Carême

Aujourd'hui, cinquième mardi du Carême, Jésus nous invite à le regarder lorsqu'Il nous rachète et nous libère d'abord sur la Croix. « Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme...» (Jn 8,28). En effet, le Christ Crucifié — e Christ “élevé”! — c'est le signe grand et définitif de l'amour du Père pour l'Humanité abattue. Ses bras ouverts entre le ciel et la terre, tracent le signe indélébile de son amitié avec nous, les hommes. En le voyant, ainsi, élevé devant notre regard pécheur, nous comprendrons que Lui, il est (cf. Jn 8,28). Que notre regard vers la Croix, regard détendu et contemplative, soit une question adressée au Crucifié. Sans bruit de paroles, nous pouvons lui demander: « Qui es-tu donc? » (Jn 8,25). Il nous répondra « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Si nous ne croyons pas que Lui, il est, nous mourrons dans nos péchés. Mais nous vivrons, et vivrons déjà sur cette terre la vie du ciel, si nous apprenons de Lui la joyeuse certitude que le Père est parmi nous, et qu'Il ne nous abandonne pas. Même dans cette période d’épreuve et de confinement, il nous assure de sa présence. Imitons le Fils en faisant toujours ce qui plait au Père.

Homélie du P. MALELA du 29 mars 2020

5ème Dimanche de Carême / Année A

Tout est fermé, le confinement est extrême. Jésus est là, il ne peut en aucun cas être enfermé. En nous tournant vers lui dans notre quarantaine, le Carême devient un chemin de Joie, d’Amour et d’Espérance. Dans notre montée vers Pâques, malgré les circonstances actuelles, nous célébrons le 5ème et dernier dimanche de Carême.

En ce 5ème dimanche de carême, le Seigneur Jésus est toujours à l’œuvre dans les vies humaines. C’est Lazare, déjà mort depuis quelques jours, qui est ramené à la vie par Jésus. C’est là une Bonne Nouvelle ! Elle peut redonner confiance aux croyants en cette période de crise sanitaire qui bouleverse notre monde. Nous ne dirons jamais assez que Dieu est Amour, et il veut notre bien. Le Dieu de Jésus-Christ est celui qui nous donne la vie en plénitude par son Fils. Libérer et sauver toute l’humanité est son projet ! C’est pourquoi Jésus ne pouvait rester indifférent en face de toute détresse et souffrance chez l’Homme. Les miracles que Jésus accomplis, en effet, sont les expressions de cet Amour de Dieu envers toute l’humanité. Dieu veut nous voir vivre. Et la vie rendue à Lazare s’inscrit dans cette même volonté de Dieu. Volonté qu’il annonce par le prophète Ezékiel avec des paroles fortes : « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple (…) Vous saurez que Je suis le Seigneur ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre ». Voilà une annonce solennelle qui peut raviver notre confiance et espérance dans le Seigneur en ce temps où sévit la pandémie COVID’19. A travers l’expérience de Lazare, le croyant est invité à comprendre que notre Dieu n’est pas celui de la mort mais plutôt celui de la VIE.

Depuis quelques semaines, nous semblons être désarmés en face de cette pandémie qui ravage des vies humaines. La peur et la panique nous habitent. Le tâtonnement des scientifiques sur un traitement médical rassurant nous inquiète. Le nombre des décès annoncé par jour nous angoisse. Bref, l’humanité fragilisée semble être aux abois ; elle fait l’expérience de ses limites. Dans ces conditions, nous n’avons pas à céder au découragement ni au doute en la bonté du Seigneur. La Confiance et l’Espérance doivent soutenir notre quotidien. Continuons à persévérer dans le combat que nous livrons en face de cette épreuve ou « guerre » que nous gagnerons. La sagesse africaine nous enseigne que « le chagrin est comme le riz dans le grenier : chaque jour il diminue un peu » (Proverbe malgache). Du coup, le psaume 129 peut baliser le chemin à prendre: « Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur ; Seigneur, écoute mon appel! Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière! (…) J’espère le Seigneur de toute mon âme ; je l’espère, et j’attends sa parole ».

C’est dans la prière et l’espérance que nous devons demeurer chaque jour afin que le Seigneur nous fasse sortir de nos tombeaux, de notre Covid’19 et de notre confinement. Prions pour les malades, les personnes seules, le corps médical et tous les services de sécurités...

Dans la joie, en route vers Pâques !

Père Aimé Fulbert MALELA

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 29 mars 2020

5ème Dimanche de Carême / Année A

Ez 37,12-14 / Rm 8,8-11 / Jn 11,1-45

Un mot étrange, que nous n’avions guère l’habitude d’employer, et que nous entendons en boucle sur les médias : le confinement… Confiner, toucher aux limites d’une terre, du latin finis, limite. Nous touchons donc nos limites, et nous nous rendons compte que cela va très vite ! Dans ce contexte, comment vivre notre Carême en temps de confinement ? Je me pose toujours la question…

Comment prier ? Quand on ne peut plus aller à l’église ? Quand chez soi il y a du bruit ? Quand on est assailli par les mails auxquels il faut répondre aussitôt, les informations à répercuter urgemment et qui seront périmées demain ? Comment prier par écran interposé ? Quand on se sent enfermé ? Quand on n’a plus de vie de relations normale ? Plus régulièrement, plus silencieusement, plus profondément que d’habitude ; avec davantage de confiance, davantage de nourriture spirituelle (lecture de l’Ecriture, des Pères de l’Église), davantage d’abandon ; en réapprenant à prier en famille, en couple, en union avec le Pape, l’Eglise universelle, le diocèse, la paroisse ; sans jamais arrêter sa relation personnelle avec le Seigneur quoi qu’il arrive. En période de maladie, me disait une vieille dame, il faut se défendre avec les dents ― c’est-à-dire bien manger. Même chose en période d’épidémie donc de disette sacramentelle : il faut, plus que d’habitude, se nourrir, ou plutôt laisser le Seigneur nous nourrir en Lui offrant le plus précieux : notre temps et notre présence.

Comment jeûner ? Nous sommes privés de tout, de liberté de sortie, de messe, des contacts ordinaires, de notre travail peut-être… Nous sommes tentés de dire que nous jeûnons bien assez ! C’est vrai, mais si ce jeûne-là n’est que la liste de ce qui nous est arraché, ce n’est pas un jeûne. Il nous faut donc offrir : le superficiel et le superflu s’il en reste, le péché s’il survit à l’isolement, les mauvaises habitudes si le bouleversement général ne les a pas provisoirement éclipsées… Offrir une part de soi-même, celle qui résiste, qui s’accroche, qui crée des parasites, qui ancre dans la routine ou l’autosatisfaction. Si nous souffrons du manque d’Eucharisties au point de ne pouvoir faire aucun effort supplémentaire de jeûne, alors faisons-en un jeûne, c’est-à-dire de la place laissée au Seigneur en attendant Son retour : « quand l’Epoux leur sera enlevé, alors ils jeûneront ». Notre jeûne aura une qualité spirituelle s’il est accueil d’un manque et espérance d’une plénitude que nous renonçons à saisir parce que Dieu seul la donnera.

Comment partager ? On ne peut plus donner à des SDF, puisque nous sommes confinés chez nous ! Ni envoyer des chèques aux associations que nous soutenons dans la durée, soit parce que la Poste fonctionne en service réduit, soit parce qu’il n’y aura personne pour encaisser notre don ! Ni donner à la quête pour faire vivre notre paroisse, puisqu’il n’y a plus de quêtes… Oui mais, internet peut suppléer à tout cela : dons en ligne pour des « cagnottes » pour le monde hospitalier, pour les quêtes (mais oui!), pour les œuvres qui nous tiennent à cœur ; et nous avons toujours le choix de remplir régulièrement notre petit cochon pendant ce Carême plus long que les autres pour le vider d’un coup quand la liberté de circuler reviendra ! On peut aussi montrer aux enfants comment faire. Mais rien ne remplace le contact, et nous pouvons les multiplier, par courriel ou surtout par téléphone : je dis surtout par téléphone pour rejoindre les personnes qui sont exclues du net et qui peuvent se sentir encore plus isolées aujourd’hui. Et je n’oublie pas la vie de famille, faite de partages que la vie de tous les jours nous conduit parfois à négliger : échanger, jouer, apprendre ensemble, partager sur un livre ou un film… Plus nécessaire que jamais.

Comment faire pénitence ? Elle est rude cette année ! Le pape nous appelle à la contrition, le profond regret de nos péchés, le désir de réparer, la résolution de changer, la décision de prendre les moyens concrets pour ne pas rechuter dès demain… Cette contrition, si elle parfaite, nous rendra la grâce de Dieu et nous ouvrira les portes de Sa miséricorde ; elle inclut, bien sûr, la décision de se confesser dès que cela redeviendra possible ! La pénitence s’accomplira vraiment dans la démarche sacramentelle, ecclésiale.

Aujourd’hui nous avons entendu les trois actes de foi de Marthe : « je sais que tout ce que Tu demanderas à Dieu, Dieu Te l'accordera ; Je sais qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour ; Seigneur, je crois que Tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde ». S'y trouvent la confiance en la personne de Jésus, l'espérance dans la vie éternelle, la reconnaissance de Jésus comme le Messie tant attendu. Elle est bien loin la Marthe qu'on dépeint trop souvent, enfoncée dans le souci des tâches matérielles ! L'Evangile nous montre une croyante audacieuse, d'une immense confiance, capable de poser des actes de foi radicaux alors qu'elle est dans le deuil et que sa souffrance pourrait la plonger dans le doute. Marthe doit nous aider à croire encore plus fort lorsque vient le deuil, l’épreuve, le manque : Dieu est fidèle, Il entend nos prières, Il partage nos peines, Il S'engage avec nous jusqu'au bout, Il triomphera de notre mort même : « Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ». Confinés, nous touchons nos limites, mais aussi l’Amour de Dieu, qui, Lui, n’en aura jamais.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 22 mars 2020

4ème Dimanche de Carême / Année A

1 S 16,1-13 / Ep 5,8-14 / Jn 9,1-41

« Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles » (Jn). La parole du Christ prend un relief tout particulier, alors que j’ai, que nous avons tous, l’impression d’être aveugles, sans visibilité sur les mois qui viennent, sans pouvoir voir ceux qui nous sont chers, sans pouvoir rencontrer nos voisins les plus proches, sans rassemblement de la communauté paroissiale… Bien sûr, ce n’est pas Dieu qui nous envoie un virus, mais, si, à travers cette épreuve, Il avait quelque chose à nous dire ?

Un Carême différent : Comment vivre le Carême en période de confinement ? Comment prêcher sans auditeurs ? Comment vivre l’Eucharistie sans communion ? Ces questions vous habitent, comme elles habitent vos prêtres et votre Evêque… Réellement ce moment n’est simple pour personne, et nous avons besoin de nous soutenir mutuellement pour que notre Carême reprenne du sens. Je vous livre ce texte d’une religieuse française vivant à Turin : « En ce Carême particulier, un plan de route nouveau : traverser le désert, prier et redécouvrir la faim eucharistique. Vivre ce que vivent des milliers de chrétiens de par le monde. Retrouver l’émerveillement. Sortir de nos routines… Et dans ce brouillard total, naviguer à vue, réapprendre la confiance, la vraie. S’abandonner à la Providence et apprendre à s’arrêter aussi. Car il fallait un minuscule virus, invisible, dérisoire, et qui nous rit au nez, pour freiner notre course folle. Et au bout, l’espérance de Pâques, la victoire de la vie à la fin de ce long carême, qui sera aussi explosion de gestes d’affection et d’une communion longtemps espérée, après un long jeûne ». Au fond c’est l’Exode dans le désert, une longue période de privations, d’épreuves douloureuses mais purifiantes, qui se présente à nous : nous pouvons refuser, fuir, nous rebeller, nous enfermer : mais Dieu n’est pas là, et je pense qu’Il n’est, aujourd’hui, nulle part ailleurs que dans ce désert interminable dont Lui seul peut faire une traversée, une route vers la Terre promise.

Nos tentations sont celles de l’Exode (découragement, murmure, rébellion), mais plus spécifiquement, j’en identifierai cinq : morosité, isolement, peur du manque, indiscipline, impatience avec les ''tout proches''… Vous compléterez aisément la liste ! Morosité car une mauvaise tristesse nous guette, qui nous fera tout voir en gris alors qu’il fait encore soleil ; isolement car nous pouvons nous replier sur nous-mêmes, oublier que dans le monde entier des gens prient, souffrent, partagent, travaillent, que la mort est à l’œuvre mais aussi la vie ; peur du manque car on en vient vite à surveiller, chez soi, le niveau de remplissage du garde-manger ou du rayon droguerie… Préoccupation légitime mais qui ne doit pas nous envahir, car toute peur est destructrice, en cela seul qu’elle nous réduit à ce qu’il y a en nous de plus primaire, de plus instinctif, de plus petit… Indiscipline, car en bons Français nous sommes tentés de voyager quand même, de négliger les précautions élémentaires, de ne pas ''jouer collectif'', quittes à compter sur les autres le jour où nous tomberions malades ; impatience enfin, envers ceux avec qui nous sommes ''enfermés'' : mais oublions-nous que si nous sommes ensemble dans la même maison, c’est que nous formons un couple, un foyer, une famille ? Et même si la cohabitation au quotidien n’est pas une évidence, elle est le fruit de nos choix, de nos engagements, de notre amour ! Que nous dit le Seigneur aujourd’hui ? « Conduisez-vous comme des enfants de lumière – or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité – et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon » (Ep).

Avec le Christ ! Nous sommes chacun chez nous, mais pas seuls ! Le Christ sera présent, si nous Lui accordons du temps ! Le Christ sera peut-être plus présent que jamais, si nous prenons conscience qu’avec Lui tout est renouvelé de l’intérieur. « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles » : demandons au Seigneur cette double grâce : qu’en ce Carême de confinement, Il nous rende clairvoyants pour l’essentiel et aveugles pour l’accessoire, le superficiel, le futile ; qu’Il nous rende lucides sur notre péché et ouverts à Sa grâce ; qu’Il ferme les oreilles et les yeux de notre cœur aux rumeurs, aux peurs, aux impulsions de l’égoïsme, au mirage des écrans ; qu’Il nous permette de Le voir dans la grâce d’un moment partagé en famille, d’un temps de prière plus fervent que d’habitude, d’une Eucharistie peut-être plus désirée qu’un dimanche ''normal''...

« Frères et sœurs, prenons la mesure du don de Dieu : Jésus est la Lumière de nos cœurs ; Il est Celui qui guérit nos blessures ; Celui qui pardonne nos péchés ; Celui qui éveille en nous la source d’eau vive ; Celui par qui l’Esprit Saint nous est donné qui répand l’amour de Dieu dans nos cœurs ; Celui qui nous rétablit dans notre vocation à aimer. Par Jésus nos désirs sont purifiés et comblés, nous ne manquons de rien, dans la mesure où nous entretenons avec Lui une relation fidèle » (Homélie de Mgr de Kerimel, 15/3/2020). Cette relation fidèle, aucun confinement au monde ne pourra nous en priver, si nous «  prenons la mesure du don de Dieu ». Amen.

Homélie du P. GOUDOT de la messe non avenue du 15 mars 2020

3ème Dimanche de Carême / Année A

Ex 17,3-7 / Rm 5,1-8 / Jn 4,5-42

Êtes-vous allés faire les provisions d’eau minérale ou de pâtes ? Nous vivons en temps d’épidémie, qui risque d’entraîner peurs, repli sur soi, et, accessoirement, une compétition acharnée dans les supermarchés pour les biens alimentaires les plus courants… Dans  l'Evangile aussi, une femme a soif, à côté d’un puits. « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif » : notre Carême pourrait être placé sous le signe de la soif, celle qu’il est urgent d’étancher, et qui, paradoxalement, augmente à mesure qu’on y remédie.

« Les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur » (Ex) : et nous aussi ! Si le Carême nous donne d’entendre des lectures tirées de l’Exode, ce n’est pas par souci d’antiquité, mais parce que le récit, maintes fois remanié, de la sortie d’Egypte et de l’errance au désert est celui de notre vie spirituelle, faite de puissantes actions de Dieu mais aussi de nos refus, de nos reculs, de nos abandons… Combien de fois Dieu devra-t-Il nous libérer de nos Egyptes personnelles ? Combien de fois devra-t-Il faire Ses preuves pour que nous Lui fassions une vraie confiance ? Nous pouvons sourire en lisant, dans l’Exode, l’incroyable faculté du peuple hébreu à râler et renâcler, à refuser l’évidence, à craindre la liberté fraîchement acquise, à regretter son ancien esclavage, à chercher la mort plutôt que la vie : mais c’est souvent notre portrait que la sainte Ecriture dresse ici !

« Passe devant le peuple [...] Moi, je serai là, devant toi » (Ex) : si l’Exode est un portrait peu flatteur du croyant, il est aussi l’histoire d’une naissance, ou plutôt du lent enfantement d’un peuple par les mains fermes et patientes de Dieu. Si l’homme a la tentation de tout abandonner, Dieu reste fidèle jusqu'au bout ! Si le croyant se distingue parfois par sa tiédeur et sa lenteur, Dieu, brûlant d’amour et de vérité, n’abandonnera jamais la partie ! Il s’agit d’arriver au but, pas d’autre solution ; et le but est non seulement la terre promise, mais l’alliance indissoluble entre Dieu et l’homme. Nous vivons dans une société fortement sécularisée, de plus en plus engloutie par le matérialisme et une affectivité bavarde : nous n’y pouvons rien, inutile de nous lamenter. Par contre Dieu attend de nous, de chaque croyant et de Son Eglise, que nous « passions devant le peuple », en témoins d’un Dieu qui est « là, devant nous ». Après ce que nous avons dit du croyant vu par l’Exode, pas de risques de nous prendre pour la lumière du monde ni de nous croire meilleurs que les non-croyants : non, mais nous avons une certitude basée sur la promesse de Celui qui ne ment pas (« Moi, je serai là, devant toi ») ; nous avons donc une mission, tournée vers les autres, mission de témoignage humble et courageux (« Passe devant »).

« Alors que nous n’étions encore capables de rien » (Rm) : comme la Samaritaine ! Jésus aurait pu, aurait dû même s’Il avait été sensible aux préjugés de Son temps, passer à côté de cette femme qui puisait sans espoir d’une vie meilleure… Mais Il a pris l’initiative, comme avec nous ; Il a dit une Parole qui a fait écho dans une vie assoiffée de sens et de vérité ; Il a pris le temps du dialogue dans l’amour et la vérité ; Il a offert à cette femme un « temps favorable » alors qu’au stade où elle en était, on pouvait affirmer qu’elle « n’était encore capable de rien »… Mais justement ! Il la rend « capable » de s’ouvrir à la vérité, à la foi, à la conversion personnelle, si coûteuse soit-elle ; Il fait d’elle un témoin, bientôt une disciple, et même une missionnaire. L’a-t-Il flattée ? Lui a-t-Il laissé croire que son état de vie était bon, que Dieu la prenait comme elle était, comme on le dit parfois un peu facilement ? Nullement ! Pas plus qu’Il ne la juge ni ne la condamne, ni même lui fait la leçon… Il vient dans sa vie, la rend capable de vérité et de conversion sincère, autrement dit de donner le meilleur d’elle-même, qu’elle ne savait plus donner.

« Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif » : notre Carême ne sera pas inutile si nous identifions, à la lumière de la Parole de Dieu, quelles sont nos vraies soifs et comment nous pouvons y répondre, ou plutôt laisser Dieu y répondre. Alors nous serons dans le « temps favorable » donné par le Seigneur à Son Eglise. « Le fait que le Seigneur nous offre, une fois de plus, un temps favorable pour notre conversion, ne doit jamais être tenu pour acquis. Cette nouvelle opportunité devrait éveiller en nous un sentiment de gratitude et nous secouer de notre torpeur » (Message de Carême du Pape François). En ces temps de jeûne eucharistique forcé, demandons au Seigneur d’avoir toujours faim et soif de la Vie éternelle et des sacrements qui nous y préparent.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 8 mars 2020

2ème Dimanche de Carême / Année A

Gn 12,1-4 / 2 Tm 1,8-10 / Mt 17,1-9

« Notre Sauveur, le Christ Jésus, S’est manifesté : Il a détruit la mort, et Il a fait resplendir la vie et l’immortalité » (2Tm) : en ce 2ème dimanche de Carême, déjà luit la lumière de Pâques, lumière de la Résurrection, celle du Christ et la nôtre. Pour nous guider sur ce chemin, une théophanie !

Une manifestation divine en six temps :

  1. « Il les emmena à l’écart, sur une haute montagne » tout commence par un retrait
  2. « Il fut transfiguré devant eux ; Son visage devint brillant comme le soleil, et Ses vêtements, blancs comme la lumière » survient l’événement, imprévu, un soleil impossible à regarder en face
  3. « Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec Lui » des témoins interviennent, introduisant le dialogue dans cette manifestation solaire
  4. « une nuée lumineuse les couvrit de son ombre » excès de lumière, ombre qui recouvre tout, l’expérience rejoint celle du peuple d’Israël sauvé et guidé par son Dieu, proche et mystérieux
  5. « de la nuée, une voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-Le ! » quand il n’y a plus rien à voir, il faut écouter ; non Celui qui parle dans l’obscurité de la nuée, mais Celui qui est présent au milieu des hommes depuis le baptême du Jourdain
  6. « Jésus S’approcha, les toucha et leur dit : Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Il est là, proche, vivant, rassurant, rendant la vie à Son contact, chassant toute peur et toute mort

Du côté des disciples, trois états d’esprit :

  1. « Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » familiarité peut-être trop grande, envie de s’installer, désir de jouer un rôle ?
  2. Ils « tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte » renversement : ils sont terrassés par la divinité un instant dévoilée du Christ, et se plongent en adoration
  3. « Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon Lui, Jésus, seul » : ils osent regarder, et ne voient plus que Jésus… Et c’est bien Lui qu’il fallait voir, mais différemment maintenant

Les particularités du récit de saint Matthieu : elles sont au moins trois :

  1. seul à employer les mots de « soleil » et de « lumière » pour décrire la Transfiguration, de « lumineuse » pour parler de la « nuée ». L’expérience des trois apôtres est d’abord la révélation d’une lumière qu’on ne peut regarder en face, la lumière du Messie (« le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière » : Isaïe repris par Mt 4,16), la lumière du Royaume (« les justes resplendiront comme le soleil » : Mt 13,43) qui vient transformer l’histoire et l’humanité.
  2. seul à ajouter « en qui je trouve ma joie » (en qui je me suis complu) à « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » marquant ainsi la continuité profonde entre la révélation du Jourdain (Mt 3,17 citant Isaïe) et la future révélation de la croix, le début et la fin du ministère public de Jésus étant signifiés par un envoi, une approbation, une onction donnée par le Père à Son Fils, à la face des hommes : ainsi la Transfiguration n’est isolée ni de la prédication du Christ ni de Son offrande sur la croix.
  3. seul à mentionner que les disciples « tombèrent face contre terre » et la réaction de Jésus qui « S’approcha, les toucha » et les releva : en contraste, c’est Jésus Lui-même qui, lors de Sa dernière prière à Gethsémani, Se prosternera en prière, et nul des trois apôtres présents n’aura le courage de Le relever ni même de L’assister dans cette agonie, cette veille devant la mort. Il fait pour eux ce qu’on ne fera pas pour Lui : Matthieu souligne ce contact rassurant de Jésus avec les Siens, mais aussi, par avance, l’absolue solitude de Sa Passion où Il S’offrira, seul, en sacrifice.

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-Le ! » : le Carême est temps d’efforts et de purification, mais aussi d’écoute ! Ecoutons donc Celui qui Se révèle à travers les Ecritures et les sacrements, par la prière et par la charité en actes : « Il est le Verbe. Chez les hommes, il est possible à ceux qui parlent de se taire ensuite [...], mais le Verbe ne se tait point, le Christ est présent toujours, et le Verbe parle sans cesse à l’Eglise et aux âmes. Dès lors, la Loi et les prophètes peuvent faire silence, et Moïse avec Elie se retirer. Une seule tente, un seul tabernacle nous suffira » (Dom Delatte, commentaire de l'Evangile), « Lui, Jésus, seul ».

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 1er mars 2020

1er Dimanche de Carême / Année A

Gn 2,7-9 ; 3,1-7 / Rm 5,12-19 / Mt 4,1-11

Deux sur quatre ! Mercredi nous avons parlé de deux des quatre points forts de notre Carême (la prière et le partage) : aujourd’hui, arrêtons-nous sur les deux autres, le jeûne et la pénitence.

Le jeûne, d’abord, cette antique pratique religieuse reprise par l’Ancien Testament et sanctifiée par l’exemple et l’enseignement du Christ, nous renvoie à nos besoins les plus élémentaires et à nos appétits les plus instinctifs. On peut remonter très haut, jusqu'à Adam et Eve : « Elle prit du fruit [de l’arbre], et en mangea » ! Quel est son péché, fondamentalement ? Elle « prend » ! Au lieu de recevoir l’univers, leur vie, leur corps et leur vocation de Dieu Lui-même, comme il était prévu, si l’on ose dire, ils « prennent », ils s’emparent de ce qui ne leur appartient pas, et, le prenant, le défigurent et le perdent tout à la fois. L’être humain est, depuis, toujours tenté de « prendre » sa liberté (et c’est le règne des humeurs, des hormones, des convoitises en tout genre), de « prendre » son corps (et c’est le tragique ‘droit’ à avorter), de « prendre » sa vie (et c’est déjà en Belgique, bientôt en Allemagne, et peut-être chez si nous laissons faire, l’affreux ‘droit’ à se faire suicider par un médecin), de « prendre » l’univers (et c’est le désastre de surexploitation, de surconsommation qui tuera notre environnement si rien n’est fait)… Le Christ a voulu partager cette terrible tentation qui est en nous en faisant l’économie de Son humanité pour subvenir à Ses besoins terrestres : « Le tentateur s’approcha et lui dit : ''Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains'' ». Et Il rejette pour nous cette voie destructrice, par le jeûne de tout comportement prédateur, par le mystère de Sa mort acceptée et de Sa résurrection : par notre jeûne de Carême, « ce Mystère ne cesse de grandir en nous, dans la mesure où nous nous laissons entraîner par son dynamisme spirituel et y adhérons par une réponse libre et généreuse » (Pape François).

La pénitence, enfin ! Je sais bien qu’elle n’est pas à la mode, mais c’est précisément pour cela qu’elle est indémodable, ou pour le dire mieux, une dimension fondamentale de notre foi en Christ. Le psaume était un cri de détresse et de confiance adressé à Celui qui seul peut intervenir quand notre péché nous désole : « Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense ». David savait bien qu’il en pouvait se « laver » seul de sa faute, mais qu’il avait besoin de l’action personnelle de Dieu au plus profond de son âme : « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit ». Car Dieu, en pardonnant, purifie, mais aussi guérit, fortifie et « renouvelle » : ne négligeons donc pas ce beau sacrement qui permet la rencontre avec le Sauveur au plus intime de nos failles et de nos blessures. Le croyant n’est-il pas, en définitive, celui qui reconnaît Dieu comme le Seigneur de toute sa vie, en Lui offrant tout ce qui ne va pas, tout ce qui pourrait s’opposer à Lui, tout ce qui pourrait Le supplanter dans ses affections, ses priorités, son cœur ? « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à Lui seul tu rendras un culte » : le Christ nous remet en face du Père toujours prêt à nous relever, et le « culte » que nous avons à Lui rendre est d’abord celui de notre volonté, en Lui permettant ― Lui demandant, même ― de détruire ce qui en nous s’oppose à ce que « Sa volonté soit faite ». Alors laissons la Parole du Christ nous toucher et nous envoyer faire la démarche nécessaire pour obtenir réellement la miséricorde de Dieu : « Plus nous nous laisserons impliquer par Sa Parole, plus nous pourrons expérimenter Sa miséricorde gratuite envers nous. Ne laissons donc pas passer ce temps de grâce en vain, dans l'illusion présomptueuse d'être nous-mêmes les maîtres du temps et des modes de notre conversion à Lui » (Pape François).

Prière, partage, jeûne et pénitence : le programme est exigeant, mais c’est un programme de vie ! Une vie de vrai bonheur car fondée sur la fidélité de Dieu et non sur les illusions de ce monde ; une vie où grandiront l’espérance, l’amour et la foi en Celui qui nous donne Son Royaume : « Les préceptes de l'Evangile [...] sont les fondements sur lesquels bâtir l'espérance, les appuis pour consolider la foi, les aliments pour réconforter le cœur, les orientations pour diriger le voyage, les sauvegardes pour obtenir le salut. Car, en formant sur la terre les esprits dociles des croyants, ils les conduisent au Royaume des cieux » (saint Cyprien). Qui a envie de vivre un ‘petit’ Carême quand les enjeux sont si grands, et si proche la main tendue par Dieu ?

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 26 février 2020

Cendres

Jl 2,12-18 / 2Co 5,20-6,2 / Mt 6,1-6.16-18

« Le Carême est court pour celui qui a une dette à payer à Pâques », dit un proverbe espagnol (la version basque : « … pour celui qui doit être pendu à Pâques » !) : est-ce qu’au contraire, nous n’aurions pas tendance à trouver le Carême bien long, et ce dès le début ? Le Mercredi des Cendres nous permet de commencer notre marche vers Pâques par 40 jours de Carême : en ce jour de jeûne, de silence et de prière, au lieu de trouver le temps long, imprégnons-nous de la chance immense que nous avons de relire notre vie, plus fortement que jamais, à la lumière de l'Evangile. Avec le Message de Carême du Pape François, arrêtons-nous sur deux des quatre points forts de notre Carême : la prière et le partage (nous verrons les deux autres dimanche).

« Quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée », demande le Christ. La prière nous est donc proposée d’abord comme une retraite, un acte d’intériorité, de contemplation : « Il est salutaire de contempler plus profondément le Mystère pascal, grâce auquel la miséricorde de Dieu nous a été donnée. Un dialogue cœur à cœur, d'ami à ami. C'est pourquoi la prière est si importante en ce temps de Carême » (Pape François). Pour trouver Dieu, il faut se retirer, prendre distance avec le bruit de ce monde, les fausses urgences, les mauvaises priorités, l’excitation et le bourdonnement de l’information continue… Se retirer pour trouver l’Être aimé ; faire silence pour Lui laisser la parole ; fermer les yeux et les oreilles pour contempler un Visage ; éteindre lustres, projecteurs et écrans pour que brille, fortement, la vive flamme de Celui qui a dit être « Lumière du monde »...

La prière est (ou devrait être) un besoin vital : « Avant d'être un devoir, elle exprime le besoin de correspondre à l'amour de Dieu qui nous précède et nous soutient toujours. En effet, le chrétien prie tout en ayant conscience d’être aimé malgré son indignité » (Pape François). Prier comme on respire, prier pour respirer à fond ! Prier non comme un devoir qui devient vite une corvée, mais comme un besoin supérieur à nos envies et plus fort que nos humeurs qui, nous en faisons l’expérience, nous entraîneront toujours loin de « la pièce la plus retirée » pour nous éparpiller en mille directions : la prière peut redevenir pour chacun de nous ce lieu d’unification intérieure où le Dieu de Vie en personne diffuse en nous paix, lumière, réconfort, mais aussi vérité et sainteté, non comme un doux sommeil mais comme une soif qu’Il éveille et étanche tout à la fois.

La prière comme volonté de conversion : « La prière peut prendre différentes formes, mais ce qui compte vraiment aux yeux de Dieu, c'est qu'elle creuse en nous jusqu’à réussir à entamer la dureté de notre cœur, afin de le convertir toujours plus à lui et à sa volonté » (Pape François). Si l’oraison ne nous change pas, si la messe ne nous transforme pas, si nos confessions nous laissent intacts, si notre vie spirituelle n’est que la validation de nos idées et de nos sensations, alors nous sommes bien proches d’une dangereuse illusion, d’une autosuggestion stérile.

« Quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi », demande le Christ. Le partage n’est pas, bien sûr, qu’un geste concret, il nous ouvre aux autres : « Mettre le Mystère pascal au centre de la vie signifie éprouver de la compassion pour les plaies du Christ crucifié perceptibles chez les nombreuses victimes innocentes des guerres, dans les atteintes à la vie, depuis le sein maternel jusqu’au troisième âge, sous les innombrables formes de violence, de catastrophes environnementales, de distribution inégale des biens de la terre, de traite des êtres humains dans tous aspects et d’appât du gain effréné qui est une forme d'idolâtrie » (Pape François). Le Pape mêle des situations proches de chez nous et d’autres fort lointaines ; des violences médiatisées et d’autres qui le sont beaucoup moins (et même parfois légalisées ou revendiquées comme un droit) ; des actes de brigandage et des règles de l’économie internationales : sans s’abaisser à un niveau politicien, le Pape rappelle que le partage est indissociable de la justice et d’une regard sur la dignité de l’autre, quel qu’il soit et où qu’il soit.

Le partage nous ouvre à nous-mêmes : « Le partage dans la charité rend l'homme plus humain, alors que l'accumulation risque de l'abrutir, en l’enfermant dans son propre égoïsme » (Pape François). L’amour des autres est indissociable de l’amour de Dieu comme de l’amour de soi : par le partage sont guéries les tentations de la haine, de la peur, de l’égoïsme, de la compétition, de l’enfermement dans la jouissance, de la cupidité et de la convoitise qui sont les deux colonnes du matérialisme ambiant. Comment « faire sonner la trompette » devant nous s’il s’agit d’aimer, de grandir, de s’ouvrir ?

« Le Carême est court », en fin de compte, pour tout le travail que Dieu attend de nous ! Mais quoi ? Nous aurons d’autres Carême pour arriver au but… En attendant, faisons notre possible ― aujourd’hui.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 9 février 2020

5ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Is 58,7-10 / 1Co 2,1-5 / Mt 5,13-16

« Vous êtes la lumière du monde » : pas besoin d’être Louis XIV pour se prendre pour le roi-soleil, d’autres, plus petits, font aussi ça très bien ! Et nous aussi qui, parfois, ramenons tout à nous, et nous faisons source et centre alors que nous ne sommes pas en mesure de prolonger notre vie même d’un seul jour… Dieu nous propose aujourd’hui une autre lumière, la Sienne.

D’abord la lumière de la droiture. « Devant toi marchera ta justice » : à certaines conditions ! « Si fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante » : Dieu nous appelle donc à un combat spirituel, à un travail de conversion, souvent long, parfois dur, jamais impossible ni inutile. Il faut commencer par là si nous voulons être les disciples authentiques de Celui qui est « lumière du monde » et qui veut rayonner, à travers nous, sur toutes les âmes et tous les peuples de la terre. Est-ce que la lumière de l'Evangile parvient réellement dans tous les recoins de notre intérieur ? Dieu a-t-Il le droit d’éclairer le plus secret, le plus intime, le plus central de notre personne et de notre existence, quitte à révéler la poussière qui s’est peut-être accumulée ici ou là, quitte à ouvrir des portes que nous avons fermées il y a longtemps ?

« Ne te dérobe pas à ton semblable », demande Dieu par l’intermédiaire d’Isaïe. Qu’est-ce que cela implique ? Bien des actions concrètes de charité : « partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement », etc. serait-on tenté d’ajouter. Il s’agit donc de se retrousser les manches, mais, avant cela, d’avoir l’œil ouvert pour voir le « semblable » qui est dans le besoin, qui souffre, qui espère, et qui, souvent, se tait ou se cache. Un chrétien qui se lamente mais n’agit pas ressemble à ces chanteurs d’opérette qui disent « partons, partons » mais ne vont jamais nulle part ! Il s’agit donc d’agir, de voir, et, plus fondamentalement, de vivre à la lumière de Dieu qui veut prendre figure du « semblable », du « prochain » : contrairement à ce que beaucoup croient, il est assez facile de rencontrer Dieu ؆ٕ― il suffit d’ouvrir le regard du cœur et de le transformer en amour agissant. Donner, donc ; se donner, surtout : « Ne te dérobe pas à ton semblable », demande Dieu. Mais comment aller jusqu'au bout du don ?

Seul Dieu nous permet d’être totalement dans l’amour : c’est donc Lui qu’il faut partager ici-bas. La « proclamation de l’Evangile », pour saint Paul, revient à « annoncer le mystère de Dieu », c’est-à-dire amener à « connaître Jésus Christ, ce Messie crucifié ». Le mystère n’est donc pas quelque chose d’obscur, mais une connaissance ; non un savoir pour initiés, mais l’objet d’une « proclamation ». Si voulons que notre société stoppe sa descente vers l’abîme, par la course au matérialisme, au consumérisme, à l’individualisme et l’hédonisme (cela fait beaucoup de -ismes !), nous devons nous mettre en capacité d’annoncer clairement un Evangile qui ne soit ni une soupe sentimentale, ni un code pénal, ni un humanitarisme moralisant. Le Christ ne nous demande pas d’annoncer un message, mais une Personne : la Sienne. Et cette Personne n’est accessible que par le don total d’autres personnes, nous ! Aussi ne nous envoie-t-Il pas comme des salariés ou des serviteurs accomplissant un devoir extérieur, mais comme des frères et sœurs porteurs, ensemble, d’une Lumière capable d’irradier toute l’humanité et toute l’histoire.

« Lumière des cœurs droits, il s’est levé dans les ténèbres, homme de justice, de tendresse et de pitié » (Ps) : il s’agit d’abord du Christ, que nous avons fêté, à Noël, comme l’Etoile, l’Astre levant venu rendre la vie à un monde plongé dans les ténèbres de la peur et de l’ignorance. Il peut, il doit aussi s’agir de chacun de nous, croyants, disciples du Christ, porteurs de Sa lumière, où que nous allions, par notre prière, notre action concrète pour plus de justice et de paix, notre annonce de l'Evangile d’amour et de vérité. Car « l’Evangile a été écrit pour les saints [...] ; il y a en lui des choses que nous ne comprenons, que nous ne réalisons, que nous ne vérifions que lorsque nous aimons davantage » (Dom Delatte, abbé de Solesmes). Aimons donc, pour que l'Evangile soit entendu.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 2 février 2020

Présentation du Seigneur / Année A

Ml 3,1-4 / He 2,14-18 / Lc 2,22-40

« Tu es là pour passer dans l’alliance du Seigneur ton Dieu » (Dt 29,11) : la liturgie nous le fait revivre, 40 jours après Noël, par la bénédiction et la procession des cierges. Nous fêtons la Présentation de Jésus au Temple par Marie et Joseph en nous mettant en mouvement, partant du fond de l’église pour arriver jusqu'à l’autel, comme un résumé de notre vie qui nous fait avancer, pas après pas, vers la rencontre la plus importante de notre existence.

« Et soudain viendra dans Son Temple le Seigneur que vous cherchez » (Ml) : on ne parle plus guère des sectes, mais elles sont encore là ! Et elles pullulent notamment dans toutes les sociétés où la question de la mort n’est pas abordée, pas regardée en face. Car penser notre mort, c’est aussi penser notre vie : à quoi sert-elle ? Où mène-t-elle ? Comment distinguer l’essentiel de l’accessoire ? Que pouvons-nous dire sur l’au-delà ? Les chrétiens n’ont pas à tenir des discours lénifiants (« nous irons tous au paradis ») ni terrorisants (« tremblez, pécheurs »), mais à attendre, activement, une venue ; à ancrer leur existence dans une espérance plus forte que la mort ; à se mettre en état d’alliance, personnellement et en communauté. Se préparer, tout en sachant que ce sera une surprise (« et soudain viendra ») ; attendre sans savoir ni le jour ni l’heure, mais en sachant qui vient (« le Seigneur que vous cherchez ») ; marcher sans connaître les tours et les détours du chemin, mais en sachant où il mène (« dans Son Temple », c’est-à-dire le Royaume de Dieu).

« Qui pourra soutenir le jour de Sa venue ? Qui pourra rester debout lorsqu’Il Se montrera ? » (Ml) Ne nous y trompons pas, Dieu ne va pas bénir tout et n’importe quoi, et Sa venue sera ce que la Bible appelle une « visite », un événement qu’on attend avec impatience mais aussi avec une pointe d’in-quiétude, car Dieu vient forcément bousculer nos codes, nos conformismes, nos représentations… J’ai dit ‘in-quiétude’, non pas l’angoisse mais l’absence de cette quiétude qui est, nous le savons bien, le préliminaire indispensable à la sieste mais non à l’expérience spirituelle. Que sera ce « jour », ultime, décisif et éternel ? « Il S’installera ; Il purifiera ; Il les affinera » (Ml) : Il prendra toute Sa place dans le cœur de ceux qui Lui auront fait confiance, place centrale, première, définitive (« Il S’installera ») ; Il fera disparaître jusqu'aux plus infimes conséquences du péché en notre âme (« Il purifiera ») ; Il plongera notre humanité dans Sa divinité, brûlante d’amour et de vie comme comme un or en fusion (« Il les affinera/épurera »). Savoir cela revient à disposer nos facultés, nos sentiments, nos dons, à se laisser transfigurer de la sorte : vivre pour être avec Dieu, pour être comme Dieu, éternellement !

En attendant c’est Lui qui Se fait l’un de nous, totalement, jusqu'au bout : « Il Lui fallait donc Se rendre en tout semblable à Ses frères, pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi pour les relations avec Dieu, afin d’enlever les péchés du peuple » (He). L’alliance n’est pas due à notre initiative, la foi chrétienne n’est pas le fruit de cogitations de philosophes ou de rêveurs, le salut n’adviendra pas à cause de nos bonnes idées… En présentant ce petit enfant si ordinaire aux yeux de la foule et unique aux yeux de Dieu, Marie et Joseph font plus que se conformer à la Loi de Moïse ou rendre à Dieu ce qui Lui appartient : ils tournent leur existence de parents vers la Source de toute vie, ils insèrent le Messie dans l’histoire sainte de Son peuple ; ils immergent au cœur de la communauté et de l’humanité Celui qui, trente ans plus tard, voudra être immergé dans les eaux du Jourdain pour partager la vie et les espoirs des pécheurs, de Celui qui, à la fin, plongera dans les abîmes de la mort pour en faire un chemin vers la vie. Cette Présentation au Temple est aussi la fête de l’humanité de Jésus, de la foi de Ses parents, de l’attente enfin comblée ― mais qui le sait hors deux vieillards ? ― du peuple élu d’Israël.

« Tu es là pour passer dans l’alliance du Seigneur ton Dieu » : nos cierges en sont le signe, puisque nous avançons à leur lumière, écho de celle de notre baptême. Par le baptême, Dieu est entré en alliance avec chacun de nous, personnellement, et pour toujours. En vivant notre foi, en nourrissant notre baptême à chaque communion, en célébrant aujourd’hui la rencontre mystérieuse entre le Verbe tout juste revêtu de son humanité et Son Père éternel, faisons l’expérience d’un passage de la mort à la vie, du temps qui passe à l’éternité qui nous attend. Amen.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 26 janvier 2020

3ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Is 8,23-9,3 / 1Co 1,10-13.17 / Mt 4,12-23

« Nous devons avoir le zèle d'apprendre par cœur la suite des Ecritures sacrées, et de les repasser sans cesse dans notre mémoire. Cette méditation continuelle nous procurera un double fruit. D'abord, tandis que l'attention est occupée à lire et étudier, les pensées mauvaises n'ont pas le moyen de rendre l'âme captive dans leurs filets. Puis, il se trouve qu'après avoir maintes fois parcouru certains passages, en travaillant à les apprendre de mémoire, nous n'avons pu, sur l'heure, les comprendre, parce que notre esprit manquait de la liberté nécessaire. Mais lorsqu'ensuite, loin de l'enchantement des occupations diverses et des objets qui remplissent nos yeux, nous les repassons en silence, surtout pendant les nuits, ils nous apparaissent dans une plus grande clarté. » Ainsi parlait saint Jean Cassien (†435) dans ses Conférences. En ce dimanche où notre Pape a voulu que les catholiques soignent particulièrement la liturgie de la Parole, comment ne pas nous laisser toucher par ce résumé de toute une vie spirituelle, fruit d’heures d’oraison, d’heures de recherches, d’heures de méditation sur le texte sacré afin que celui-ci devienne parole de vie, Parole de Dieu ?

Reprenons la prophétie insérée dans le récit de saint Matthieu : « C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : ''Pays de Zabulon et pays de Nephtali, [...]  Galilée des nations ! [...] Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée'' » Pour comprendre Isaïe il faut savoir que Teglath-Phalasar III, roi d'Assyrie (745-727 av. J.-C.), reconstitua sa puissance en pratiquant de grandes déportations de populations, pour briser les révoltes dans certains pays et mettre en valeur des territoires dépeuplés : Israël, le royaume du Nord, en fit les frais, spécialement les districts de Galaad, de la Galilée, de la tribu de Nephtali. Le peuple fit sa première ― et hélas pas dernière ! ― expérience de la déportation, loin de sa terre et de son Dieu. Cet exil, Dieu promet, par la bouche d’Isaïe, qu’il ne sera pas définitif, et, qu’un jour, « une lumière se lèvera » sur ceux qui souffrent et qui désespèrent. L’Evangile, sept siècles après, reprend cette parole et l’applique aux commencements du ministère public de Jésus : plus puissante que « l’ombre de la mort » qui s’étend sur le pays suite à « l’arrestation de Jean le Baptiste », « une lumière s’est levée », et c’est le Messie Lui-même qui prend la relève du prophète réduit au silence.

Contemplons ce que fait Jésus : « Jésus Se retira ; Il quitta ; Il commença à proclamer ; Il avança et Il vit ; Il les appela ; Il guérissait ». Il commence par prendre de la distance, puis Il fait retentir Sa voix, dans la continuité de la prédication de Jean-Baptiste ; allant de l’avant, Il lance Ses appels à ceux qui voudront bien Lui faire confiance au point de Le suivre où qu’Il aille ; enfin Il commence à multiplier les signes de Sa puissance d’amour en guérissant les corps et les âmes… Combien de pauvres, de malheureux, d’incroyants, de résignés, ont pu dire à Son contact : « le Seigneur est ma lumière et mon salut » ! Le Christ que nous pouvons contempler dans cet extrait d’Evangile est en mouvement, libre, sachant prendre du champ mais aussi Se faire proche, prudent et audacieux, exigeant dans Son appel à la conversion mais aussi compatissant envers chacun, S’entourant dès le départ des disciples à qui Il confiera Son Eglise, sachant voir chacun et lire dans les cœurs pour répondre à leur soif la plus ardente.

Et nous ? Sommes-nous de ceux qui se laissent « appeler, enseigner, guérir de nos infirmités » ? Sommes-nous capables de « laisser nos filets, aussitôt, et de Le suivre » ? Sommes-nous prêts, pour reprendre les termes de saint Paul, à vivre la « parfaite harmonie » de la foi ou cédons-nous à la tentation de la « division », des « rivalités » ? Plus profondément, quel sera le fruit de notre méditation de la personne de Jésus entrevue dans ces quatre courts extraits de l’Ecriture ? Car la liturgie de la Parole veut à la fois nous mettre en contact personnel avec Dieu (et notre réponse sera l’acte de foi renouvelé du Credo) et nous engager à aimer mieux nos frères, concrètement (et notre réponse sera la prière universelle mais aussi tout ce que nous ferons avec les autres cette semaine). Une double réponse est ainsi attendue : à nous de jouer !

Comme vous le voyez, « la divine bibliothèque » (saint Jérôme) a bien des choses à nous dire ! Quelle Parole avez-vous réellement entendue, c’est-à-dire gardée au fond de votre âme pour qu’elle habite votre semaine ? « J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche » : prenons le temps de la demander, maintenant.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 5 janvier 2020

Epiphanie / Année A

Is 60,1-6 / Ep 3,2-3a.5-6 / Mt 2,1-12

Gaspard, Melchior et Balthazar ne s’appelaient sûrement pas comme cela, mais peu importe, nous savons l’essentiel sur eux : ils savaient chercher la lumière, et donc ils savaient voir ! C’est précisément ce à quoi nous invite cette grande fête de l’Epiphanie, par la bouche du prophète Isaïe : « Lève les yeux alentour, et regarde » ; « Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is). Que pouvons-nous voir aujourd’hui ? Un triple don et une double tentation.

Méditant sur le mystère de l’Incarnation, sur ce que signifie dans l’histoire du salut la venue du Christ en notre chair, saint Paul discerne un triple don : « ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile » (Ep). Prenons quelques instants pour approfondir ce triple don révélé à l’Epiphanie : un même héritage, la filiation divine ; un même corps, l’Eglise, communauté mystique des croyants ; une même promesse, la vie éternelle. Les Mages représentent mystérieusement cet appel à venir vers le Christ qui embrasse dans un même amour tous les peuples pour en faire une famille de frères ; vers le Christ qui Se donne par Son Eglise, jusqu'à la fin des temps, pour en faire la « Maison du Pain » ― puisque c’est la signification du nom de Bethléem. Et cette vie en Eglise, et cette rencontre avec le Christ, veulent nous conduire vers la vie éternelle, la  lumière sans fin, la gloire du Seigneur qui comblera toutes nos attentes, toutes nos blessures, toutes nos faims. Mais sommes-nous prêts à prendre les moyens de faire grandir, en cette année 2020, ce triple don ?

« Nous avons vu Son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant Lui » (Mt) : dans ce mystère de l’Epiphanie, Dieu nous parle par ce que nous sommes capables de comprendre, les anges pour les bergers juifs, l'étoile pour les mages venus d'Orient. Sommes-nous assez attentifs à cette pédagogie divine dans notre vie de foi ? Dieu adopte bien des langages, use de bien des tours pour Se faire entendre à nous, qui sommes si pressés, si négligents, si sourds ! Il y a deux ans le pape identifiait deux tentations pour l’Epiphanie :

« Les Mages voient l’étoile, ils marchent et ils offrent des présents. Voir l’étoile. C’est le point de départ. Mais pourquoi, pourrions-nous nous demander, seuls les Mages ont-ils vu l’étoile ? Peut-être parce que peu nombreux sont ceux qui avaient levé le regard vers le ciel. Souvent, en effet, dans la vie on se contente de regarder vers le sol : la santé, un peu d’argent et quelques divertissements suffisent. Et je me demande : nous, savons-nous encore lever le regard vers le ciel ? Savons-nous rêver, désirer Dieu, attendre Sa nouveauté [...] ? Les Mages ne se sont pas contentés de vivoter, de surnager. Ils ont eu l’intuition que, pour vivre vraiment, il faut un but élevé et pour cela il faut avoir le regard levé » (Pape François, 2018). Nous avons et allons faire des vœux : que souhaitons-nous ? La santé, simplement, un filet de sécurité matérielle, pas trop d’ennuis à l’horizon ? C’est bien légitime mais est-ce suffisant ? N’avons-nous pas une Etoile à regarder et à partager comme lumière sur l’horizon ? Mais écoutons la seconde tentation relevée par le pape :

« Plus subtile est la tentation des prêtres et des scribes. Ils connaissent le lieu exact et l’indiquent à Hérode, en citant l’ancienne prophétie. Ils savent mais ne font pas un pas vers Bethléem. Ce peut être la tentation de celui qui est croyant depuis longtemps : il disserte sur la foi, comme d’une chose qu’il sait déjà mais il ne se met pas en jeu personnellement pour le Seigneur. On parle mais on ne prie pas ; on se lamente mais on ne fait pas de bien. Les Mages, en revanche, parlent peu et marchent beaucoup » (Pape François, 2018). Où en sommes-nous dans notre marche vers le Seigneur ? Est-elle effective ou bien simplement rêvée ?

« Lève les yeux alentour, et regarde » : il y aura tant de belles choses à voir cette année ! Tant de signes de la bonté du Seigneur ! Souhaitons-nous réciproquement de les voir, de les recevoir, de les partager.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 29 décembre 2019

Sainte Famille / Année A

Si 3,2-6.12-14 / Col 3,12-21 / Mt 2,13-15.19-23

La famille devient un sujet compliqué ! C’est peut-être la grâce des remises en cause répétées de ce que nous crûmes naïvement être le socle intangible de notre civilisation… Ce qu’il n’était pas besoin de défendre, ce qu’on n’avait même pas la peine d’expliquer, il nous faut le comprendre toujours mieux, l’approfondir, le vivre surtout ! Mais que veut dire : vivre en famille, pour nous chrétiens ?

Aimer : « ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait », demande saint Paul aux chrétiens de Colosses, cette ville de Phrygie, au sud de l’actuelle Turquie, détruite par un tremblement de terre sous Néron, et revendiquant pour premiers évêques des collaborateurs directs de l’apôtre. L’amour comme fondement de la famille : c’est tellement évident que j’ai honte d’en parler ! Mais est-il si naturel, si simple, d’aimer ? N’arrive-t-il pas que nos relations familiales soient marquées par l’incompréhension, l’amertume, la déception, l’injustice ? Et je ne parle ni d’adultère, ni de trahison, ni de violences… Qu’est-ce qu’aimer en famille ? La Parole de Dieu le développe un peu : « honore, glorifie, soutient, sois indulgent, fais preuve de miséricorde, donne du réconfort ». Aimer de cette manière-là revient à exercer les vertus de patience, de bienveillance, de persévérance, de fidélité, de reconnaissance, de pardon : aimer en se décentrant de ses propres humeurs, réflexes et besoins, pour ne pas élever désir contre désir, revendication contre revendication, ego contre ego ! Qui fait ainsi ― et ce n’est pas facile ! ― « amasse un trésor, aura de la joie, sera exaucé », nous dit Dieu. Justement, quel est le rôle de Dieu dans notre famille ? Que faire pour Le rendre présent ?

Être appelé : c’est-à-dire se savoir appelé, désirer entendre cet appel, prendre les moyens de lui répondre dans le quotidien comme dans les grandes options de vie. Appelé à quoi ? A établir des relations de respect réciproque, d’entraide, de justice et de paix, d’amour et de vérité. Autrement dit, à vivre à la manière du Christ pour qu’Il devienne non seulement le modèle, mais le lien, l’aliment même de notre relation, pour que règne entre nous « la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés » par la grâce des sacrements, en commençant par le baptême. Mais tout n’est pas simple, nous rappelle l'Evangile si nous l’avions oublié : au cœur de l’appel, il y a l’épreuve du don qui n’est pas reçu, de l’amour qui ne trouve pas sa voie, de la paix qui n’est jamais établie une fois pour toutes… Regardons les « appels » adressés à l’Enfant de la crèche : « D’Égypte, j’ai appelé mon fils ». Il est donc un exilé ! « Il sera appelé Nazaréen » : Il sera donc considéré comme un demi-étranger, un juif de seconde zone, une quantité négligeable… « De Nazareth que peut-il sortir de bon ? » demandera avec insolence Nathanaël ! Être appelé ne signifie donc pas tout comprendre ni tout réussir : il nous sera donc nécessaire de renoncer à être un père, un fils, un frère parfait ― au féminin aussi bien sûr ! Il faudra accepter ses pauvretés pour les transformer en accueil de la grâce qui passe par l’autre, pauvre lui aussi… Pas très stimulant diriez-vous ! Mais il faut aussi...

Se lever : agir, décider, trancher, opter, hiérarchiser les priorités, choisir l’essentiel et donc renoncer à l’inutile, au futile, à tout ce qui met en danger la cellule familiale. Deux fois dans l'Evangile, Joseph se lève à l’appel de Dieu : il lui faut partir, quitter, renoncer (« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte ») et savoir aller à l’inconnu ; il lui faut aussi savoir revenir, s’enraciner, se stabiliser (« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et pars pour le pays d’Israël ») et renouer les liens distendus par le fait des événements… Le Christ est à la fois Celui qui va de l’avant et qui demeure parmi les Siens : comme Lui, notre vie de famille nous appelle à nous « lever ».

La famille devient un sujet compliqué ! Ce n’est pas une raison pour cesser d’en parler ; ce n’est pas une raison pour renoncer à vivre, par la famille dans ce qu’elle a de plus concret, la grâce de la sainteté ; ce n’est pas une raison pour accepter la banalisation des idéologies les plus révoltantes et les plus destructrices. « L’Église, avec un sens de responsabilité renouvelé, continue donc à proposer le mariage, dans ses éléments essentiels — progéniture, bien des conjoints, unité, indissolubilité, sacramentalité — non comme un idéal pour quelques-uns, malgré les modèles modernes axés sur l’éphémère et sur le transitoire, mais comme une réalité qui, dans la grâce du Christ, peut être vécue par tous les fidèles baptisés » (Pape François, 2/1/2016).

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 25 décembre 2019

Noël 2019

Is 9,1-6 / Tt 2,11-14 / Lc 2,1-14
Is 52,7-10 / He 1,1-6 / Jn 1,1-18

« Fils de Dieu et fils d'homme, un seul Dieu avec le Père, un seul homme avec les hommes » (Commentaire de saint Augustin sur le psaume 85) : comment dire les mystères du christianisme mieux que saint Augustin ? Il serait préférable d’arrêter là l’homélie, vous auriez entendu l’essentiel ! Mais poursuivons quand même en laissant la Parole de Dieu, tout juste proclamée, résonner encore un peu...

Isaïe : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » // « Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console Son peuple, Il rachète Jérusalem ! ». Le prophète annonce joie et lumière non pour lui-même, mais pour un peuple : Noël qui réalise cette prophétie dit la volonté de Dieu de sauver la grande famille humaine, et non un club de privilégiés ou un agrégat d’individus. Dieu ne naît pas parmi nous parce que tout irait bien : c’est précisément parce que règnent souvent les ténèbres et la ruine que Jésus Se fait l’un de nous. Il vient resplendir comme une lumière qui fait fuir les ténèbres de la peur, de l’égoïsme, du mensonge ; Il vient consoler ceux que la dureté de la vie a brisés au point que toute joie est absente, que toute paix est impossible... « Fils de Dieu et fils d'homme, un seul Dieu avec le Père, un seul homme avec les hommes » et même pour les hommes, pour que tous puissent vivre en fils et en filles du Dieu d’amour et de paix.

Psaume : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, racontez à tous les peuples [...] Ses merveilles ! » // « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car Il a fait des merveilles ! » Les chants de Noël sont les mieux connus de notre année liturgique : ils nous rappellent les joies simples de l’enfance, ou nous introduisent dans l’ambiance si particulière de cette nuit où, partout dans le monde, des croyants se réunissent pour retrouver espoir et bonté. Mais pourquoi chantons-nous ? Parce que l’événement de Noël, si lointain dans le temps, nous concerne tous : Dieu fait des merveilles ! Parce que fêter Noël revient à faire un acte de foi dans la présence de Dieu dans l’histoire, la grande, si souvent monopolisée par les frasques des puissants, la petite, la nôtre, parfois chahutée par les épreuves, les échecs, les tiédeurs, les faux-pas… Mais chantons-nous un chant nouveau ? Pas au sens de mélodies tout juste inventées... Mais le chant de notre vie, le chant de notre foi, est-il nouveau ? Susceptible de changer, de se laisser toucher par la foi, de créer du neuf dans nos relations, nos priorités, notre emploi du temps ? Si Noël nous remet sur le chemin de l’essentiel, de la vie avec Dieu, de l’amour des autres, alors nos chants seront nouveaux, et vrais : ils chanteront l’unité de vie au lieu de la dispersion, l’intériorité au lieu de l’apparence, la joie du don au lieu de l’appétit de consommer, l’entraide au lieu de l’indifférence ou de la compétition… Alors, oui, nous aurons chanté un chant nouveau !

Evangile : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » // « et le Verbe était Dieu, [...] la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde ». Quand nous lisons l'Evangile de la naissance de Jésus à Bethléem, nous ne sommes peut-être pas assez attentifs à ce que l’ange dit de Jésus : il lui donne trois titres : Sauveur, Christ, Seigneur. Cela rejoint merveilleusement l'Evangile du jour de Noël qui appelle Jésus Verbe, Dieu, vraie Lumière. L’Enfant de la crèche est déjà Celui qui a choisi de partager notre humanité, et donc notre mort, pour nous donner Sa divinité, et donc la vie éternelle ; Il est le Messie, le Christ, la Lumière, la Vérité, la Paix en personne, envoyé en mission au milieu de nous pour nous rassembler, nous libérer, nous purifier, nous conduire du péché au pardon, de la mort à la vie.

« Fils de Dieu et fils d'homme, un seul Dieu avec le Père, un seul homme avec les hommes » : je ne vous avais pas menti, saint Augustin avait tout dit, bien mieux que moi… Mais Dieu n’a pas tout dit encore dans ma vie ! Il n’a pas dit Son dernier mot d’amour, de liberté vraie, de salut : si nous avons foi en Lui, alors chaque Noël sera un nouveau départ, chaque journée sera le temps d’un renouveau qui brisera la routine, les peurs, les négligences, les résignations, que nous accumulons comme une poussière qui étouffe nos élans et éteint la flamme. Mais non ! Le Christ Jésus est avec nous, « Fils de Dieu et fils d'homme », éternellement nouveau, éternellement présent, éternellement aimant. Accueillons-Le maintenant dans le sacrement de l’Eucharistie.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 22 décembre 2019

4ème Dimanche d'Avent / Année A

Is 7,10-14 / Rm 1,1-7 / Mt 1,18-24

« Le Seigneur Lui-même a sauvé les hommes, car les hommes ne pouvaient d'eux-mêmes se sauver » : en quelques mots, saint Irénée résumait, il y a 18 siècles, la foi chrétienne et tout spécialement le mystère de Noël. Nous en sommes tout proches, et aujourd’hui saint Joseph nous est donné comme l’ultime témoin des œuvres, ô combien mystérieuses, de Dieu.

Une vierge enceinte : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) », avait annoncé Isaïe… Ou plutôt les Septante ! L’oracle de la naissance royale, au VIIIème siècle avant le Christ, porté par la foi d’Israël comme une promesse messianique, devint, grâce aux savants juifs chargés de traduire le texte en grec par le roi d’Egypte vers 270, avant le Christ toujours, devint donc l’annonce d’une naissance virginale absolument unique dans l’histoire humaine. En comparaison la venue inespérée d’Isaac, de Samuel et, dans l'Evangile, de saint Jean-Baptiste, sont des naissances ordinaires ! L’Esprit Saint a donc parlé au peuple de la première alliance pour élargir son cœur et son attente jusqu’aux dimensions de l’incroyable, de l’impossible, de l’inconcevable : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera [...] Dieu-avec-nous ». Tout cela, Joseph le savait, mais sa foi dans cet oracle était peut-être vague ou abstraite : et voici que la promesse vient le rejoindre personnellement dans ce qu’il a de plus cher, son double projet d’être époux et père. Quel choc ! Quelle cruelle déception, peut-être, quel appel à grandir dans la foi, sûrement ! Tant il est vrai que Dieu donne toujours plus que ce que nous demandons ou espérons...

Engendré et enfanté : « l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils ». En une phrase est résumée l’identité de Jésus : parfaitement Dieu comme Son Père (« engendré par l’Esprit Saint »), parfaitement humain comme Marie (« elle enfantera un fils »). Ni sous-dieu ni surhomme, ni mélange bizarre des deux, mais un seul Christ, Verbe éternel présent depuis toujours aux côtés de Son Père (et ce sera l'Evangile lu le 25/12), et petit homme né dans l’anonymat à Bethléem (et ce sera l'Evangile de la nuit de Noël, le 24). C’est du Père que Jésus Christ reçoit Sa divinité ; de Lui encore qu’Il reçoit mission de venir parmi nous nous sauver ; de Lui toujours qu’Il reçoit Son entrée dans le temps, une vie terrestre, une vraie humanité, un corps et une âme créés — mais là le ‘oui’ de Marie, qui l’engage elle aussi tout entière, était nécessaire. Et Joseph là-dedans ? Il n’engendre pas, n’étant pas le père de Jésus ; il n’enfante pas, le verbe étant réservé, en ces époques patriarcalement rétrogrades, à l’acte d’une femme donnant naissance à l’enfant qu’elle porte. Que fait-il donc, ce jeune époux à qui Dieu semble vouloir enlever la joie des noces ? Il s’oublie, il consent, il fait confiance, il abandonne ce qu’il y avait peut-être, dans ses projets tellement légitimes, de trop humain, pour entrer dans l’extraordinaire, l’aventure sans retour qui, comme Abraham, va le conduire en terre inconnue : devenir le père adoptif du Messie !

Un Nom qui a besoin d’apôtres : « Pour que Son Nom soit reconnu, nous avons reçu par Lui grâce et mission d’Apôtre », dit saint Paul. Saint Joseph aurait pu dire la même chose, lui qui, en s’effaçant, se fait l’apôtre d’un Messie d’abord ignoré des hommes, puis persécuté par les puissants. Un apôtre silencieux : quel paradoxe ! Et pourtant la vie de Joseph, toute effacée qu’elle soit, dit bien plus que le torrent d’insanités véhiculé ‘non stop’ par les réseaux dit sociaux… Elle dit que Dieu Se reçoit dans le silence et la confiance qui seuls permettent discernement et engagement ; elle dit que les choix sans renoncements n’existent pas ; elle dit que la désappropriation est le chemin du bonheur… Et nous qui ne sommes pas saint Joseph, nous pouvons suivre, en quelque sorte, ses traces, à la manière aussi de saint Paul qui proclame « à temps et à contre-temps » non un message, ni une idéologie de progrès, mais un Nom, le seul qui puisse sauver, celui de Jésus. Ce Nom de salut ne demande qu’à Se répandre par toute la terre, pour que chaque personne se sache aimée, choisie, libérée et, à son son tour, envoyée : de sorte que le silence de Joseph permette, aujourd’hui, notre parole.

« Aucun homme n'a vu Dieu ni ne L'a connu : c'est Lui-même qui S'est manifesté. Et Il S'est manifesté pour la foi, qui seule a reçu le privilège de voir Dieu » (Epître à Diognète) : saint Joseph, homme de foi, donne-nous, comme toi, de savoir que Jésus Se confie entre nos mains pour Se donner à tous.

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 15 décembre 2019

3ème Dimanche d'Avent / Année A

Is 35,1-6a.10 / Jc 5,7-10 / Mt 11,2-11

« Il y aura là une route, une voie qu’on appellera la voie sainte : nul impur n’y passera, c’est Lui qui pour eux ira par ce chemin » (Is 35,8), prophétise Isaïe dans une phrase que la liturgie n’a pas retenu dans le découpage du texte de la première lecture d’aujourd’hui. Une route s’est ouverte : c’est l’Avent. Cette voie peut devenir sainte, si nous laissons Dieu le Père aller à notre rencontre par ce chemin, qui est Jésus en personne, Celui-qui-vient. Précisément Jean-Baptiste s’interroge sur ‘son’ Messie : est-ce Jésus ? Est-ce un autre ?

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » : que faut-il donc faire quand le doute vous assaille ? Jean-Baptiste croyait avoir tout compris du Messie, qu’il avait accueilli, le premier, dès le ventre de sa mère, et annoncé sans ambiguïté sur les bords du Jourdain comme Celui dont il n’était « pas digne de dénouer les sandales »… Alors ? Pourquoi ce doute ? Jésus agit de manière déroutante : Il évite le titre de « Messie » pour préférer celui, moins chargé de connotations nationalistes, de « Fils de l’Homme » ; certes Il accomplit des signes, mais Il accepte le contact avec tous les impurs de ce temps, lépreux, possédés, malades, publicains ; surtout Il ne met pas en branle la formidable machine apocalyptique du Jugement dernier, que Jean-Baptiste attendait pour demain, voire après-demain, mais pas plus tard ! Or Jésus semble plutôt s’attarder dans le maquis des complications humaines et spirituelles de Son peuple (pharisiens, sadducéens, zélotes et publicains) pour répandre à pleines mains la miséricorde divine… Jean-Baptiste doute, donc il questionne Jésus : bon réflexe ! Ne restons pas seuls avec nos interrogations spirituelles, sinon elles risqueraient de se transformer en défiance, en négligence, en tiédeur… Le croyant est celui qui interroge son Dieu même ― et peut-être surtout ― quand tout va mal dans sa foi.

« Allez annoncer à Jean » : c’est maintenant Jean-Baptiste qu’on évangélise ! Jésus ne Se dérobe pas, même s’Il est peut-être secrètement peiné par le peu de foi du dernier des prophètes… Il montre les signes du Messie : à Son contact, les hommes « retrouvent la vue, marchent, sont purifiés, entendent, ressuscitent, reçoivent la Bonne Nouvelle » ! Ce n’est pas rien ! Voilà ce que le Messie vient donner à l’humanité : des yeux pour voir et des oreilles pour entendre l’essentiel, un véritable pardon, une dignité rendue, une annonce évangélique qui transformera la vie de tous ceux qui la prendront au sérieux… Voilà ce que nous sommes appelés à fêter à Noël : non une augmentation de notre pouvoir d’achat, de notre point d’indice ou du nombre de nos followers sur internet, mais une annonce qui change tout, à commencer par moi : Christ est la clef de l’histoire humaine, Celui qu’on attendait depuis des siècles, Celui qui est réellement venu parmi nous, Celui qui viendra, dans la gloire, au dernier jour, transformant le temps en éternité, et l’histoire en Royaume de Dieu. Cette annonce nous dépasse ? C’est parfait ! Comme Jean-Baptiste, acceptons de nous remettre à l’école de notre Messie, sans jouer aux cathos-qui-ont-fait-le-tour-de-la-question. L’Avent doit servir à cela : « prenez pour modèles […] de patience les prophètes » (Jc) !

« Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? » : êtes-vous allés vous divertir, comme au spectacle ? Considérez-vous la vie paroissiale comme une activité de plus, une distraction, une consommation individuelle ? Si tel est le cas, c’est vous qui serez ce « roseau agité par le vent », en proie à tous les changements d’humeur, à toutes les petitesses de comportement ― jalousies, médisances, rancœurs, vanité ― qui feraient de votre vie spirituelle une agitation stérile… Jésus remet Ses interlocuteurs, et nous avec, en face de leurs motivations : quel est le moteur de votre venue ? Quelle est votre soif, votre quête ? Et pour mieux faire réfléchir ceux qu’Il est venu sauver, le Christ développe une réflexion paradoxale autour du thème « le plus grand / le plus petit » n’est pas celui qu’on pense : Jean-Baptiste et « ceux qui habitent les palais des rois » ; Jean-Baptiste et le Royaume de Dieu ; Jean-Baptiste et… nous ! L’Avent nous remet en face des vraies priorités, des vraies hiérarchies, et demandera de notre part choix et changements.

« Il y aura là une route : [...] c’est Lui qui pour eux ira par ce chemin » : Dieu vient, empruntant le chemin de notre vie quotidienne. Le laisserons-venir jusqu’à nous ? Lui donnerons-nous une vraie place dans notre maison ?

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 1er décembre 2019

1er Dimanche d'Avent / Année A

Is 2,1-5 / Rm 13,11-14 / Mt 24,37-44

Mercredi, certains d’entre nous ont participé au lancement de la « Retraite dans la vie » pour vivre l’Avent différemment. Nous avons commencé par la méditation d’un tableau de Fra Angelico représentant l’Annonciation : nous avons pris le temps de contempler, de regarder en profondeur ce que ces visages, cette lumière, cette rencontre toute en retenue suscitaient, en nous, de surcroît d’intériorité, de paix, de joie… Peut-être ce 1er dimanche d’Avent, départ d’une nouvelle année liturgique, nous entraînera-t-il dans ce sens, dans cette nouveauté-là ?

Nouveauté de saint Matthieu : pendant un an, l'Evangile selon saint Matthieu sera plus particulièrement notre guide. « L’évangile selon saint Matthieu aurait été rédigé vers 80, peu après la destruction du temple de Jérusalem, pour des chrétiens venus du judaïsme. L’auteur, ouvert à l’universel, n’en est pas moins attaché aux traditions juives qu’il connaît par cœur. [...] Par Ses actes et Ses paroles, Jésus inaugure l’avènement du Royaume, dans lequel Il invite déjà à entrer. Pour cela, il ne suffit pas d’écouter Ses paroles, il faut aussi les comprendre en profondeur en se mettant à Son école. [...] Enfin, Matthieu accorde une grande place au thème du jugement à la fin des temps, dont les signes précurseurs arrivent au moment de la croix » (P. Olivier Bourion). Prenons le temps de (re)découvrir ce bel Evangile et de le laisser nourrir notre foi, et notre attente !

Nouveauté d’un avènement : une venue, un jour dernier… « Il arrivera dans les derniers jours [...], Il sera juge entre les nations » (Is) : nous sommes tellement habitués à entendre ces prophéties que nous ne réalisons plus le choc qu’elles devraient nous causer ! Notre foi oriente notre vie, lui donne un sens, un objectif, une réalité nouvelle : notre vie devient préparation (« Tenez-vous donc prêts, vous aussi » Mt), marche (« Marchons à la lumière du Seigneur » Is), rencontre (« ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme » Mt), espérance d’un face-à-face avec Celui qui est notre Créateur et veut être notre Sauveur ! Comment cette attente doit-elle changer notre vie ? D’abord en fortifiant notre foi en Celui qui est notre lumière, le Christ, lumière plus forte que toutes ténèbres (« La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche » Rm) ; ensuite en faisant de notre vie un reflet de cette lumière éternelle que nul ne peut voir ici-bas mais qu’on devrait deviner à travers nous, les croyants (« Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière » Rm) ! Mais ce n’est apparemment pas évident pour les autres : « les gens ne se sont doutés de rien / n'ont rien compris / ne surent rien jusqu'à ce que vienne le déluge » (Mt)… Alors ? Serions-nous de si faibles lumières pour les autres, un peu comme ces pauvres bougies de Noël écrasées par les flots de lumière artificielle de ce qui est devenu une orgie de surconsommation, les ''fêtes de fin d’année'' comme le voudrait sainte Laïcité ? Mais le message du Christ demeure : « c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra » (Mt).

Un Avent comme les autres ? Impossible si nous prenons notre foi au sérieux ! Chaque Avent doit nous trouver plus disposés à agir concrètement pour que Noël soit une sainte fête, dont nul ne sera exclu parce que, par notre conversion, notre prière et notre action, nous aurons permis à l’Enfant de la crèche de toucher tous les cœurs : « l’Avent est le temps où les chrétiens doivent réveiller dans leur cœur l’espérance de pouvoir, avec l’aide de Dieu, renouveler le monde. [...] En effet, nous retrouverons les bons fruits de notre travail lorsque le Christ remettra au Père Son royaume éternel et universel » (Benoît XVI, 2005). Oui, cet Avent nous tourne vers le Royaume !

Un Royaume où l’Avent, le cycle liturgique, les sacrements, et même l’Evangile, nous seront inutiles… « Quand notre Seigneur Jésus Christ viendra [...], nous n’aurons plus besoin de l’Evangile lui-même. Toutes les Ecritures nous serons retirées, alors qu’elles brillaient pour nous comme des lampes dans la nuit de ce monde [...]. Quand tout cela aura disparu, puisque nous n’aurons plus besoin de cette lumière, [...] qu’est-ce que nous verrons ? Tu recevais quelques gouttes de rosée : tu viendras à la Source. Un rayon parvenait jusqu’à ton cœur plein de ténèbres à travers des détours et des souterrains : tu verras la Lumière elle-même à découvert » (saint Augustin). Marchons donc vers la Lumière sans limite et sans fin ! Saint Avent !

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 10 novembre 2019

32ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année C

2M 7,1-2.9-14 / 2Th 2,16-3,5 / Lc 20,27-38

« Une vie terne, de routine, qui se contente de faire son devoir sans se donner, n’est pas digne de l’Epoux » (Pape François) : aujourd’hui l’Epoux nous interpelle !

Une question : « Que cherches-tu à savoir de nous/Que demandes-tu et que veux-tu apprendre de nous ? » (2M). Etonnante répartie de la part d’un enfant qu’on torture ! Comme s’il voulait faire comprendre à ce roi tout-puissant qu’il avait quelque chose à apprendre de sa victime ! La foi renverse les rôles, élève la victime innocente au rang de vainqueur moral, de martyr, de saint, tandis que le potentat, ‘‘celui qui sait’’, qui est ‘‘dans le sens de l’histoire’’ et qui estime avoir le droit d’imposer par la force son idéologie, est ravalé au rang d’ignorant, qui n’a même pas l’intelligence de poser la bonne question à un enfant désarmé… La Bible pointe donc les faux puissants, les faux savants, pâles caricatures du Dieu tout-puissant et omniscient, mais aussi vrais ignorants qui passent à côté de la vérité par esprit d’orgueil, de domination, de contestation ou de critique systématique. Autre exemple, « les sadducéens, ceux qui contestent » : c’est saint Luc qui emploie ce verbe pour montrer l’état d’esprit des sadducéens. Mais qui étaient-ils ? Les sadducéens « sont des demi-matérialistes. Ils n’admettent pas la tradition orale, mais simplement l’Ecriture. Encore ne reçoivent-ils que le seul Pentateuque. [...] Ils nient l’existence des anges, celle de l’âme spirituelle, et, par conséquent, la résurrection. Et afin sans doute de tourner en dérision un dogme dont ils ne veulent pas », ils inventent un cas d’école pour montrer « que la croyance en la résurrection entraîne des conséquences absurdes » (Dom Delatte, L’Evangile de Notre Seigneur Jésus Christ le Fils de Dieu, II). Ils posent une question mais ne sont pas prêts à entendre une réponse. Et pourtant ils l’auront !

Une vraie réponse ! Jésus ne laisse jamais une question sans réponse, même si elle est malveillante : « ils ne peuvent plus mourir » (Lc). Des trois Evangiles synoptiques, Luc est le seul qui mentionne l’opposition entre « ce siècle-ci » (le nôtre) à « ce siècle-là » (dont l’homme ne connaît rien mais que Jésus Fils de Dieu connaît, et dont Il peut nous parler en vérité). Il est également le seul à utiliser l’expression « ils sont égaux-aux-anges » (mot créé par lui), et « ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection ». Que veut-il souligner ? D’abord l’abîme qui sépare Le Christ de Ses adversaires, eux qui ricanent de ce qu’ils ne connaissent pas, qui tentent de piéger Celui à qui le Père a tout confié : ils prétendent apprendre à Dieu ce qu’est ou ne doit pas être la fin dernière de l’homme ! Autre point, l’insistance sur la radicale coupure entre ‘‘ici-bas’’ et ‘‘là-haut’’ : la vie éternelle n’est pas la continuation indéfiniment prolongée de nos occupations terrestres : la mort crée une rupture irréversible, il y a bien un avant et un après. Dans cette idée, « la multiplication des vivants était au programme de leur création même ; au ciel, les élus seront au complet, plus besoin de génération » (cf. Bible chrétienne, II). Donc la question des noces ne se posera plus : n’attendez pas le paradis pour faire vos demandes en mariage ! Mais il y a un après, une vie infinie de parfaite communion avec Dieu, sans trouble, sans doute, sans mal, sans mort : « au réveil, je me rassasierai de ton visage/ton image/ta vue » (Ps), et ce pour toujours. En ce sens-là seulement, nous deviendrons « égaux-aux-anges »...

En attendant ce grand jour… Ne nous endormons pas ! Pas question de rêvasser aux quatre fleuves du paradis en oubliant notre frère qui a faim, notre terre qui a soif, notre monde qui a besoin de pauvres de cœur pour oublier sa frénésie de consommation, qui a besoin d’artisans de paix pour ne pas se détruire par la guerre, qui a besoin d’assoiffés de justice pour que des millions de vies cessent d’être broyées, qui a besoin de priants pour que nul n’ignore qu’il est créé par Dieu, aimé par Dieu, fait pour vivre avec Dieu. Dieu nous révèle les destinées dernières de l’humanité pour nous donner l’horizon, le but, le sens de notre marche, et ainsi la soutenir chaque jour : « Que le Seigneur dirige vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance/la patience du Christ » (2Th) ! La route est devant nous, longue et courte à la fois, et le Christ est non seulement sur la route avec nous, mais Il est cette route vers la vie sans fin : « la mort est vraie, mais l’Amour de Dieu est vrai, plus vrai encore » (P. Chaunu).

Homélie du Diacre P. ROYET de la messe du 3 novembre 2019

31ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Lc 19, 1-10

La page de l’Evangile que nous venons d’entendre est une page pleine de gestes, de regards, de parole et d’émotion. C’est St Luc qui nous plonge dans ce court récit percutant.

Jésus est en route pour Jérusalem, Il s’en approche et traverse Jéricho (la ville la plus basse du monde puisqu’elle se situe à -250 m en dessous du niveau de la mer). Ce matin-là, Zachée, le chef des collecteurs d’impôts  met tout en œuvre pour voir Jésus. Zachée est un homme de petite taille, exerçant un métier qui le fait haïr de ses frères juifs : Il collecte les impôts pour l’occupant romain. A une autre époque, on l’aurait traité de « collabo ». De plus, ce travail lui a permis de s’enrichir, ce qui n’améliore pas son image auprès des gens du peuple. Il nous est donc présenté comme quelqu’un de foncièrement malhonnête.

Ce qui le rend sympathique à nos yeux, c’est simplement qu’il veut voir passer Jésus. A bien y regarder, c’est une attitude tout-à-fait banale. Lorsqu’un personnage célèbre est annoncé dans une ville, tout le monde veut se trouver sur son passage pour le voir.  Donc monter sur un arbre pour assister discrètement au passage de Jésus dans les rues de Jéricho, l’idée est ingénieuse. L’arbre sur lequel il grimpe est un sycomore, un petit arbre, mal vu et ridicule. Dans le livre d’Isaïe, nous pouvons lire « Le sycomore s’est abattu : nous le remplacerons par du cèdre. » Le cèdre étant considéré comme un arbre noble. Cependant cette situation prête à rire car normalement  ce ne sont pas les notables qui montent sur les arbres mais les enfants. Pour Zachée, c’est une manière gauche de s’élever pour voir mais qui est déjà une manière de s’abaisser. Pour oser faire cela, il faut déjà ne plus être imbu de sa personne.

Continuons plus loin. Que se passe-t-il ensuite ? Jésus le voit. Ici non-plus, rien de bien surprenant ! Un homme dans un arbre, ça se remarque !  Zachée voulait voir Jésus mais c’est Jésus qui le voit.

Ce n’est qu’à partir de ce moment que toute une série de faits inattendus vont s’enchaîner les uns à la suite des autres. Tout d’abord, Jésus l’appelle par son nom : « Zachée, descends vite ! » Comment Jésus connait-il son nom ? Zachée a dû être très surpris de cette interpellation. Ce petit détail nous dit quelque chose de la personne du Christ : Il connaît chacun de nous par son nom. Il n’a pas peur de s’abaisser au point de venir nous chercher au plus bas.

Puis il poursuit : « Il faut que j’aille demeurer dans ta maison ». Plein de joie, Zachée se hâte donc de descendre.  On sent de l’empressement dans ce texte de St Luc : descend vite, aujourd’hui, il faut que j’aille, Zachée se hâte.

Pour les gens du peuple c’est un scandale et récriminent. Celui dont on prétend qu’il pourrait être le Messie va loger chez un pécheur, un homme malhonnête qui s’enrichit aux dépens des honnêtes gens ! Mais voilà que ce personnage peu recommandable dit qu’il va donner la moitié de ses biens aux pauvres et il est même prêt à réparer les torts qu’il a faits à ses victimes sans que Jésus ne lui demande rien.

 Quelle conversion ! Quel retournement (c’est le sens du mot « conversion ») ! Voilà un homme qui n’avait rien demandé, qui se voit subitement appelé, interpellé, et qui change complètement d’attitude après sa rencontre, son unique rencontre avec Jésus.  Zachée se sent accueilli, il entrevoit la joie d’une existence possible quant au lieu de prendre, on reçoit. Il s’aperçoit que l’argent le rend pauvre.

Et quelle est la conséquence de cette conversion de Zachée ? Jésus déclare : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison ». La conséquence de la conversion, c’est le salut ! Zachée est rentré dans le Royaume de Dieu. Il est prêt pour le changement comme un fruit sur son arbre.

 

C’est aussi de conversion que nous parle le Livre de la Sagesse que nous avons entendu en première lecture : « Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu'ils se convertissent. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pêchent, pour qu'ils se détournent du mal, et qu'ils puissent croire en toi, Seigneur. »

Il est alors possible de voir l’impossible arrivé : Nous l’avons entendu il y a quelque temps, St Matthieu nous disait : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». Pour Zachée, l’impossible est possible malgré qu’il soit de petite taille, perché sur un petit arbre et dans la ville la plus basse du monde.

Reconnaissons que nous avons tous un peu de Zachée en nous. Un Zachée du vingt-et-unième siècle, qui s’élève sur tous les sycomores que l’on nous  propose : le goût d’amasser, l'envie de dominer, la peur des autres, la méfiance, enfin tout ce qui me ferme aux autres. Zachée est un peu chacun de nous, aujourd’hui  Jésus veut demeurer avec nous qui sommes, aussi pécheurs !

Jésus dit à chacun de nous « aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi. » en entendant cette parole, pour moi, comme pour Zachée, il me faut accepter de laisser Dieu poser sur moi son regard. Tous, comme Zachée, nous avons besoin d’être sauvés. Inutile de chercher la perfection Dieu se fait proche en s’abaissant jusqu’à moi, il m’offre son pardon et sa miséricorde…

Par la parole de Jésus, Zachée découvre que pour trouver Dieu, il lui faut descendre… pour rencontrer le Christ en vérité, nous devons, nous aussi, descendre de notre perchoir. Laisser le Christ entrer dans notre vie. En venant chez nous, Jésus nous fait confiance bien au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. Il vient nous dire tout l'amour de Dieu pour nous…Oui, tout l'amour de Dieu pour moi. Avec lui, c'est le salut qui entre dans notre maison car « le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. » Avec Lui, il nous faut aussi accepter de laisser les autres entrer dans notre vie.

Comme chrétiens, nous croyons que ce que Jésus a fait pour Zachée, il le fait aussi pour nous, aujourd’hui. Il nous éduque quand nous tombons.  Retenons ce que disait le Pape François aux jeunes des  JMJ à Cracovie:
« la foule ce jour-là, a jugé Zachée, elle l’a regardé de haut en bas ; Jésus au contraire a fait l’inverse : il a levé son regard vers lui. Le regard de Jésus va au-delà de la personne ; il ne s’arrête pas au mal du passé mais il entrevoit le bien dans l’avenir. »

Oui, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Amen !

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 2 novembre 2019

Commémoration des Défunts

Sg 3,1-6.9 / Ps 26 / 1Th 4,13-14.17d-18 / Jn 6,37-40

« J'entre dans la vie avec la loi d'en sortir, je viens faire mon personnage, je viens me montrer comme les autres ; après, il faudra disparaître » : on croirait entendre un athée désabusé, mais je viens de citer Bossuet (Méditations sur la brièveté de la vie) ! Il s’en faut donc que le discours chrétien sur la mort soit un tissu de propos lénifiants ou une assurance tous risques délestant l’humanité de ses (vagues) inquiétudes métaphysiques… La messe de ce jour est centrée, plus que d’habitude, sur la mort et la résurrection du Christ : c’est dans cette mort que nous venons insérer le départ de nos proches, c’est par cette résurrection que nous pouvons et voulons comprendre leur future résurrection ― et la nôtre.

« Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité » (1Th) : tout commence par là ! Il y a presque 2000 ans, Celui que beaucoup admiraient comme un prophète, suivaient comme leur Messie, et que d’autres ont éliminé comme un gêneur, suscitant un abandon généralisé, Celui-là revient du séjour des morts et Se manifeste à ceux qui L’avaient le mieux connu comme porteur d’une vie nouvelle, définitive, inaltérable : Jésus Christ, Fils de Dieu et Fils de l’Homme, est ressuscité au matin de Pâques ! Fait avéré, historique, décisif pour les apôtres et les milliards de chrétiens qui, depuis ce temps-là, ont choisi de croire, de miser toute leur existence sur cet événement unique. Ni messe ni prière, ni baptême ni Carême, ni Eglise avec ou sans majuscule, rien de tout cela n’aurait de valeur ni de sens sans cette résurrection : si le Christ n’est pas vainqueur de la mort, alors le christianisme n’est qu’un illusionnisme.

« L’espérance de l’immortalité les comblait [...] ; le Seigneur régnera sur eux pour les siècles » (Sg). Avons-nous réellement au cœur cette espérance ? Misons-nous notre vie, c’est-à-dire notre quotidien et notre éternité, sur le Christ Ressuscité ? « L’espérance de l’immortalité » change-t-elle notre perception de l’existence, notre vision du monde, notre regard sur l’autre, notre approche de la mort ? Est-elle ce carburant qui permet d’avancer dans les mauvais jours et de ne pas nous installer quand tout va bien ? Questions qu’il nous faut réellement nous poser, et qui méritent une véritable réponse : sans elles, comment Dieu pourra-t-Il nous combler de Sa présence ? Comment pourra-t-Il « régner sur nous pour les siècles » ? Notre foi chrétienne nous tourne, non pas vers la terre, mais vers le ciel ; non vers la mort, mais vers la vie sans fin ; non vers nos chers défunts, mais vers Celui dont nous espérons contempler la Face et partager la vie, pour l’éternité : « Mon cœur m’a redit Ta parole : ‘‘Cherchez ma Face’’ » (Ps). Désormais nos défunts ne sont joignables, si j’ose dire, qu’à travers Dieu : c’est Lui qui les a créés, les a adoptés par le baptême, a voulu les sauver par le sacrifice de la croix, sera leur Juge au dernier jour. Nos morts ont besoin de notre prière régulière, de nos offrandes de messe, de notre intercession en vertu de la communion des saints.

« Telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en Lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn). En priant pour nos défunts, nous nous rappelons que nous sommes tous appelés à laisser Dieu faire le bilan de notre vie, à vivre l’incroyable transformation qu’est la résurrection. Mais il n’y a rien d’automatique dans l’au-delà : Dieu a besoin de notre foi pour nous sauver, Il a besoin de notre ‘oui’ pour nous transformer à Sa ressemblance, Il a besoin que nous fassions de notre courte vie terrestre une offrande pour que Sa vie éternelle prenne possession de notre âme et de notre corps, par la résurrection finale. Sinon nous nous condamnons à « faire notre personnage [avant de] disparaître », sans fruit et sans but...

Nous avons commencé avec Bossuet, nous finirons par lui : « Dieu veut que nous vivions au milieu du temps dans l'attente perpétuelle de l'éternité ». Au fond, c’est notre vocation : prier, intercéder, offrir, aimer le monde, les autres, nos disparus et jusqu'à nous-mêmes de l’Amour même de Dieu le Père manifesté en Jésus Christ et communiqué par l'Esprit Saint, spécialement à travers les sacrements. Notre Eucharistie est une étape importante « dans l'attente perpétuelle de l'éternité », comme nous le chanterons après la consécration : « nous rappelons Ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons Ta résurrection, nous attendons Ta venue dans la gloire ».

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 1er novembre 2019

Toussaint

Ap 7,2-4.9-14 / 1Jn 3,1-3 / Mt 5,1-12

« Dès les premières pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l’appel à la sainteté » (Pape François, Gaudete et exsultate, 2018) : en cette fête de tous les saints, nos églises rayonnent plus que d’habitude, car leurs vitraux, leurs peintures, leurs statues, leur nom même nous redisent la fécondité de la Parole de Dieu par la diversité et l’universalité de la sainteté chrétienne.

Un appel : « Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ― et nous le sommes ». Comme toujours dans notre foi, tout part de Dieu : Il aime, donc Il crée, Il appelle, Il adopte, Il donne Sa grâce, Il envoie. Au départ de la sainteté, notre regard contemple le seul Saint, Dieu : notre sainteté n’est, à ce compte, qu’une participation à une qualité divine, qu’une réponse, certes indispensable, à un appel toujours premier, qu’une collaboration, toujours demandée, à une grâce que Dieu donne et accroît librement, selon Sa volonté. Quand nous comprenons la sainteté comme une perfection statique et élitiste, elle nous décourage ; quand nous réalisons qu’elle est une voix qui offre la communion plénière avec le Créateur, un amour qui, non content d’attendre passivement une réponse, la rend possible, la suscite et l’accroît, alors cette sainteté devient non seulement possible et souhaitable, mais indispensable, vitale, « l’unique nécessaire » en vue duquel nous avons été créés. « Le Seigneur demande tout ; et ce qu’Il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et Il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance » (Gaudete et exsultate).

Une réalité cachée : « Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ». Bien sûr, nous pouvons, en nous regardant avec honnêteté, admettre qu’effectivement notre sainteté « n’a pas encore été manifestée » !! Mais soyons plus généreux avec nous-mêmes et avec la capacité que Dieu a de nous transformer… Souvent Jésus a comparé Son Royaume à une réalité cachée (graine enfouie en terre, levain dans la pâte) : la sainteté, qui est comme la carte d’identité, le mode de vie, la citoyenneté du Royaume de Dieu, est de cet ordre-là. Il nous faut l’accepter : ici-bas, rien n’est évident, rien n’est révélé en pleine lumière, rien n’est possédé de manière définitive, et notre condition de croyants doit élargir notre regard jusqu’aux horizons de l’espérance. « Et quiconque met en Lui une telle espérance se rend pur comme Lui-même est pur » : autrement dit, l’espérance vécue et cultivée ici-bas est déjà porteuse de sainteté, de vérité, de purification. La sainteté est une réalité cachée qui ne s’atteint que par l’espérance, comme on gravit une montagne dont on ne voit même pas le sommet et par un chemin qu’on découvre au fur et à mesure : « Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles ». Et dès maintenant, si nous acceptons l’ascension spirituelle, si nous laissons les idoles de la tentation tomber au fond du ravin, nous grandissons, imperceptiblement mais réellement, en sainteté : « Quand le cœur aime Dieu et le prochain, quand telle est son intention véritable et non pas de vaines paroles, alors ce cœur est pur et il peut voir Dieu » (Gaudete et exsultate).

Une unité : « Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, et de Dieu son Sauveur, la justice. Voici le peuple de ceux qui Le cherchent ! Voici Jacob qui recherche Ta Face ! » L’unité accordée par la sainteté n’est pas monolithique, mais donnée d’en haut ; elle se vit et se trouve en même temps qu’elle se cherche, elle est soif et accomplissement ; elle est un état d’Esprit avec une majuscule pourrais-je dire. « Il nous faut un esprit de sainteté qui imprègne aussi bien la solitude que le service, aussi bien l’intimité que l’œuvre d’évangélisation, en sorte que chaque instant soit l’expression d’un amour dévoué sous le regard du Seigneur » (Gaudete et exsultate). Cet état intérieur transfigurera tous nos actes, même les plus quotidiens et les plus répétitifs : sans cela nos activités nous épuiseront. « Une tâche accomplie sous l’impulsion de l’anxiété, de l’orgueil, du besoin de paraître et de dominer, ne sera sûrement pas sanctifiante. Le défi, c’est de vivre son propre engagement de façon à ce que les efforts aient un sens évangélique et nous identifient toujours davantage avec Jésus Christ » (Gaudete et exsultate). Demandons de devenir Christ, pas moins !

Terminons ― provisoirement ― par les deux extrêmes. D’abord « les ennemis de la sainteté : une doctrine sans mystère ; une volonté sans humilité ; un enseignement de l’Eglise souvent oublié » (Gaudete et exsultate) ; tout à l’opposé, la Vierge Marie : « Elle a vécu comme personne les béatitudes de Jésus. [...] Elle est la sainte parmi les saints, la plus bénie, celle qui nous montre le chemin de la sainteté et qui nous accompagne. Elle n’accepte pas que nous restions à terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger » (Gaudete et exsultate). Vierge Marie, Mère des saints, gardez-nous sur le chemin de la Vie !

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 27 octobre 2019

30ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Si 35,12-14.16-18 / 2Tim 4,6-8.16-18 / Lc 18,9-14

« En toute chose le temps est un excellent conseiller » (Bossuet) : utile rappel en ces temps toujours pressés, toujours stressés, ballottés d’une information, d’une polémique, d’une activité à l’autre… « En toute chose le temps est un excellent conseiller » : cela est éminemment vrai dans le cours de notre vie spirituelle, où nous sommes parfois tentés par les démons de l’immédiateté, de l’impatience, du découragement. Mais Dieu a Ses remèdes !

Temps et éternité : l’un est le propre de la créature finie, l’autre est spécifique à la condition divine : comment les accorder ? Par la prière (« Il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui » Si), par la louange (« Je bénirai le Seigneur en tout temps » Ps), par les sacrements (et spécialement l’Eucharistie, mémorial de « l’alliance nouvelle et éternelle »). Autrement dit, notre foi, relation avec Dieu, est ouverture du temps sur l’éternité : si Dieu nous demande de prier, et pas qu’un peu, c’est pour infuser dans notre cœur, notre âme, notre vie, Son éternité ; s’Il provoque nos chants, nos louanges, notre liturgie, c’est pour nous associer à la perpétuelle louange des anges qui, au paradis, célèbrent Son amour, Sa justice, Sa miséricorde, Sa sainteté ― témoins nos plus belles hymnes, le Gloria et le Sanctus, reflets de la liturgie céleste entrevue par les prophètes et les bergers ! Dieu nous demande de prier, donc, avec persévérance, parce que « notre esprit aux mille pensées » se disperse, s’étourdit, et qu’un seul dialogue avec le Créateur ne suffit pas pour sauver la créature ; mais aussi pour que notre vie quotidienne, nos efforts et nos rencontres, nos engagements et nos choix, nos relations et nos amitiés, nos temps forts et nos routines, soient comme imbibés de grâce, imprégnés de sens, insérés dans Sa vérité, issus de l’Amour et menant à l’Amour… Il faut bien du temps pour parvenir à l’éternité !

Force et salut : autre remède ! Dieu est la Vie en personne, donc de Lui seul peut provenir ce qui crée, nourrit, entretient, répare, guérit et transforme notre existence : sans Lui nous ne pouvons absolument rien car nous ne sommes absolument rien ! Le christianisme est une religion, non du livre mais du salut : Dieu Se communique aux croyants qui Le reconnaissent comme leur unique Sauveur et Lui laissent la primauté dans leur vie. « Le Seigneur, Lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force [...] Il me sauvera et me fera entrer dans Son Royaume céleste » (2Tim: saint Paul, au soir de sa vie, fait le constat d’une action, d’une présence, d’une force divine qui transcendent nos pauvres capacités humaines et nous feront même franchir les barrières de la mort. Les démons de l’immédiateté, de l’impatience et du découragement, que j’évoquais au début, sont brisés par cet acte de foi que nous pouvons faire, en toute circonstance, de la présence de Dieu en ce monde, dans chacune de nos journées, au plus profond du sanctuaire de notre âme comme en chaque tabernacle humblement éclairé dans nos églises : ici-bas, sur cette belle terre qui peut devenir à chaque instant une vallée de larmes, Dieu reste mon rempart, mon rocher, ma force et mon salut.

Monter et descendre : dernier remède, et pas le moindre ! « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. [...] Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé » (Lc). Nous sommes tellement coutumiers de ces textes que, peut-être, nous n’en percevons plus la saveur révolutionnaire : non celle qui consiste à renverser l’ordre établi, mais celle qui retourne, littéralement, le regard et les priorités. Dieu est Celui « abaisse » les forteresses érigées par la peur, le confort, l’orgueil, le pouvoir et le savoir, et qui « élève » l’âme des « pauvres de cœur », des petits, des sans-grades, des oubliés, des malheureux, des pécheurs conscients de leur état, des blessés de la vie… « Il abaisse et Il élève » par le travail de Sa grâce, qui, secrètement, ronge les cœurs satisfaits, les armures que l’homme se construit pour se protéger de la vie et des autres ; « Il abaisse et Il élève » par ces coups de tonnerre qui renversent les situations les mieux établies, les prévisions les plus certaines, les plans les mieux arrêtés ; « Il abaisse et Il élève » pour libérer l’homme de ses illusions, de ses carcans, de ses fausses sécurités, surtout spirituelles.

« En toute chose le temps est un excellent conseiller » : oui, s’il nous conduit à une prière qui soit chemin spirituel, soif du salut, accueil paisible de l’éternité dans chacune de nos journées. Dans cette Eucharistie, l’Eglise nous invite à prier, et même à entrer dans la prière du Christ : « Notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, est seul le Sauveur de Son corps, Lui qui prie pour nous, et qui prie en nous, et qui est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre ; Il prie en nous comme notre tête ; Il est prié par nous comme notre Dieu » (Saint Augustin).

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 22 septembre 2019

25ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Am 8,4-7 / 1Tim 2,1-8 / Lc 16,1-13

« Quando transibit neomenia Vous dites : ''Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ?'' » Ne croirait-on pas entendre tel politicien plaider pour le travail du dimanche, pour le travail de nuit, pour le travail des enfants pourvu qu’ils soient du tiers-monde et qu’on ne les voie pas sur nos écrans ? Quand la religion avec ses rythmes, ses appels au repos, à une vie de famille authentique, à l’intériorité, au respect de la vie depuis sa conception jusqu'à sa fin naturelle est perçue comme un élément rétrograde entravant la marche du Progrès, la fin de la civilisation n’est pas loin… Mais Dieu ne Se résignera jamais ; Il fait entendre Sa voix.

 

« Et moi je vous dis : Faites-vous des amis » : quels amis le Seigneur nous invite-t-Il à nous faire ? Ceux qui donneront sens à notre vie relationnelle, par le partage, la confiance, et ce subtil mélange de bienveillance et de vérité qui fait le sel de toute vraie amitié. Autrement dit : sur cette terre privilégiez la vie de relation à la soif de possession, le lien plutôt que l’apparence, la fraternité plutôt que le statut social. Etre et non avoir, réalité concrète et non monde du virtuel, parole qui éclaire un discernement et non slogan, responsabilité et non chacun-pour-soi, don et engagement et non consommation fiévreuse mais passive : un vrai programme de vie, aussi exigeant en patience que l’amitié ; aussi beau, aussi indispensable que l’amitié vraie qui est ressourcement aux jours d’épreuve et élargissement de notre cœur quand il peut partager ses joies.

« … avec le mammon de l'injustice/l'iniquité / l’argent malhonnête / les richesses trompeuses de ce monde ». La racine araméenne de Mammon indique ce qui est mis en sécurité, trésor, possession. L’argent n’est pas injuste s’il est serviteur ; il l’est forcément s’il devient le maître, la norme, le but d’une vie. Le terme est personnalisé par Jésus comme pour rappeler que l’argent peut prendre la valeur absolue d’une puissance démoniaque, une idole, un anti-dieu (Bible chrétienne, II). Nous sommes monothéistes, c’est bien connu ! Cependant combien de faux dieux se glissent dans notre cœur, dans notre emploi du temps, dans notre échelle de valeurs : et l’égoïsme, et la recherche du plaisir, et la surconsommation avec son cortège de gaspillages et de vanités, et l’injustice, assumée ou masquée par l’indifférence… « Vous dites : ''Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales'' » : Dieu démasque nos faux dieux, nos faux semblants, nos fausses valeurs, nos faux raisonnements, et nous demande d’utiliser les moyens matériels pour faire régner, dès ici-bas, plus d’équité, plus de joie de vivre, plus de liberté, plus de vérité.

« … afin que, lorsqu’il viendra à manquer / lorsque vous viendrez à manquer » : un jour viendra où nous serons faibles. Vieillesse, chômage, maladie, échec, isolement, déracinement, tout ce à quoi nous n’avons pas envie de penser… Un jour viendra où nous aurons besoin des autres, où notre quête d’indépendance, commencée aux premiers mois de notre enfance, s’achèvera dans la dépendance : comment le vivrons-nous ? Si nous nous sommes appuyés sur nos seules forces, si nous n’avons compté que sur notre intelligence, notre tempérament, notre niveau social, notre aisance matérielle, cela nous sera insupportable… Si nous avons été ces « pauvres de cœur » de l’Evangile, ceux qui savent qu’ils ont un besoin vital de l’autre et spécialement de Dieu en tout et pour tout, alors notre fin sera conforme à nos œuvres, notre mort couronnera notre vie comme un achèvement, et, à travers le dépouillement de la fin de vie, sera préservé l’essentiel, le trésor de la foi, de la relation confiante au Dieu vivant : Mammon aura déjà été vaincu depuis longtemps !

« … ils vous accueillent dans les tentes/demeures éternelles ». Notre but est au ciel, ne l’oublions jamais ! Si ce que nous construisons n’a pas de place auprès de Dieu, nous aurons bâti en vain, en pure perte ! Si la vérité profonde de notre vie, avec ses engagements, ses amitiés, ses priorités et ses choix, ne consonne pas avec la Parole de Dieu, alors l’Evangile nous jugera, le Dieu qui S’est dit défenseur des pauvres, ami des oubliés et avocat des condamnés au point de Se confondre avec eux sur le gibet de la croix, nous jugera : « le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits ».

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 8 septembre 2019

23ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Sg 9,13-18 / Phm 9-10.12-17 / Lc 14,25-33

« Il est changeant par nature et par art. Son cœur est plein de labyrinthes, où il se cache à tout le monde et quelquefois à soi-même » : voilà ce que pensait le P. Caussin, confesseur de Louis XIII, du cardinal de Richelieu. Pour nous qui ne sommes ni cardinaux ni ministres, la vie est plus simple mais nous connaissons-nous si bien ? N’y a-t-il pas, en nous, des labyrinthes où nous nous égarons quelquefois ? Prenons le temps, si vous le voulez bien, d’écouter le livre de la Sagesse.

Tout commence par une réflexion sur les choses divines : « Quel homme peut découvrir les intentions (connaître le dessein) de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du (imaginer ce que veut le) Seigneur ? Les réflexions (raisonnements / pensées) des mortels sont incertaines (craintives), et nos pensées, instables ; car un corps périssable (corruptible) appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile (habitation terrestre) alourdit notre esprit aux mille pensées (soucis nombreux). Nous avons peine (difficulté) à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée (sous notre main / regard) ; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ? » Etonnement, conscience de ses limites, émerveillement ou effroi… Tout est là dans cette méditation ni résignée ni morose, à la fois très réaliste et assoiffée d’absolu. L’homme qui accepte de réfléchir  ― c’est-à-dire celui qui sait ne pas se laisser abrutir par le déluge de communication, l’invasion des écrans, le va-et-vient permanent des slogans et des polémiques ― cet homme, donc, est dans la perplexité sur son destin, sa condition terrestre mais aussi son avenir dans l’au-delà : cette perplexité se transforme, pour le croyant, en désir de connaître, de découvrir, de comprendre les intentions, les volontés de Dieu. L’immensité de l’univers, la fragilité de notre existence, le cours incertain et parfois inquiétant de l’histoire humaine doivent nous conduire à l’intérieur de nous-mêmes, par effort de retour sur soi, de prise de distance avec la superficie des choses : le livre de la Sagesse nous appelle, dans un premier temps, à revenir à nous-mêmes, à plonger dans notre âme, à affronter le grand silence de l’être. « Dieu parle dans le silence et seul le silence paraît pouvoir exprimer Dieu. [...] Lorsqu'il y est parvenu, avec un soin jaloux, [le croyant] préserve ce silence qui donne Dieu » (Bx Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus, Je veux voir Dieu, p. 364)

C’est alors que la méditation se fait dialogue priant : « Et qui aurait connu Ta volonté (pensée), si Tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut Ton Esprit Saint ? C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre sont devenus droits ; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui Te plaît (T'est agréable) et, par la Sagesse, ont été sauvés ». Le mouvement de l’âme ne la laisse pas seule avec elle-même : dans le silence, elle se tourne vers son Créateur, vers Celui qui l’a formée « à Son image » et qui l’habite comme Son temple. L’âme cherche alors à percevoir, dans le silence, le murmure de Son Dieu, pour entendre Sa volonté, la connaître, la recevoir, l’accepter, l’aimer, la laisser faire son œuvre de transformation, de purification, de sanctification. Dieu est là, Sagesse, Esprit, Salut, Paix sans limites et sans fin, Amour qui rayonne, paisiblement et intensément, parfois furieusement, souvent insensiblement. La prière se fait rencontre accueil du Très-Haut et du Très-Saint, communion avec l’Eternel qui vient visiter l’être aimé, c’est-à-dire nous !

Ce qui nous amène à la Vierge Marie, dont nous fêtons ce week-end la naissance. Sa vie est silence, sa vie est dialogue avec Dieu, sa vie est prière et action, passivité et initiative, écoute et réponse. Au sens propre du terme, elle a « connu la volonté » de Dieu, reçu en elle « la Sagesse », accueilli le don « d’en haut, l’Esprit Saint » ; elle n’a pas renoncé à « découvrir ce qui est dans les cieux », elle ne s’est pas contentée « des raisonnements des mortels », des « pensées, craintives et instables », elle n’a pas réduit l’existence à « un corps périssable » appesanti par « mille pensées, par des soucis nombreux ». Non ! Sa vie est toute spirituelle, donc incarnée ; toute tendue vers Dieu comme son centre, sa source, son but, et donc bienfaisante pour toute l’humanité ; ancrée dans le présent et ainsi capable d’accueillir le don de Dieu pour les générations à venir. Pour sortir du labyrinthe où notre époque semble se complaire et où, parfois, nous nous piégeons nous-mêmes, demandons l’aide de Marie, Elle qui ne s’est jamais égarée car elle a laissé Dieu la conduire à chaque instant. Demandons à Marie sa confiance, sa joie de croire, son abandon sans retour à la volonté de Dieu.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 1er septembre 2019

22ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Si 3,17-20.28-29 / He12,18-19.22-24a / Lc 14,1.7-14

Nous allons vivre une rentrée difficile : je ne parle pas seulement des probables conflits sociaux, des tensions internationales, ni même des aléas climatiques, mais aussi de la révision des lois de bioéthiques. Nous ne pouvons rester passifs, indifférents ou résignés face aux glissements répétés ou aux basculements majeurs que ce genre de lois installe dans notre droit, notre société, nos consciences… Je vous invite à lire attentivement le communiqué de notre évêque, sur le site du diocèse, à réfléchir, à en parler autour de vous, à agir aussi. Aujourd’hui les textes nous appellent aussi à cela...

Humilité ; sagesse ; grâce Quelle est la bonne attitude ? ‘S’écraser’, s’affirmer ? Se précipiter, attendre indéfiniment ? Parler de tout et de rien, entendre sans écouter ? La Parole de Dieu appelle chacun à s’examiner : quelle est notre façon de parler, d’écouter, d’accueillir, de rencontrer ? Qui est, alors, au centre ? « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité ; plus tu es grand, plus il faut t’abaisser » (Si) : avant tout, ne pas se prendre pour le centre du monde, pour une référence, pour un personnage, quelqu'un qui serait ‘arrivé’. Ne pas être plein de soi mais avoir faim et soif de ce que l’autre peut receler comme richesse intérieure, n’est possible que si l’on écoute —Dieu d’abord : « qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute » (Si). Pour nos repas de famille comme pour les grands débats de société, demandons la grâce de l’écoute et de la recherche du bien commun et de la vérité : alors « tu trouveras grâce devant le Seigneur » (Si).

Inviter ou être invité La Parole de Dieu se donne à entendre avec des résonances très familières, celles du repas, de la vie amicale et sociale, de l’échange, du partage… Ces images doivent nous permettre un approfondissement de nos relations humaines, pour les purifier de leurs dimensions mondaines, égoïstes, superficielles, où, parfois, la vanité et le double langage prennent le dessus… Plus encore ! « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place ; quand tu es invité, va te mettre à la dernière place » (Lc) Il n’y pas ici d’éloge d’une attitude consistant à se dévaloriser ou à espérer être remarqué et propulsé aux meilleurs places après avoir feint la modestie ! Se mettre à la dernière place revient à ne pas décider soi-même, à laisser celui qui invite vous placer : confiance, abandon, renonciation à revendiquer des droits ou des privilèges, à mener sa vie en toute circonstance comme un leader, un battant, un ayant-droit. « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner » (Lc) : cette fois-ci c’est nous qui attribuons les places ! Selon quels critères ? Un repas peut être aussi le symbole d’une société : qui invitons-nous à la table commune ? Quelles règles de convivialité, de vie commune, nous fixons-nous ?

Le bout du chemin Ce repas de Jésus chez les pharisiens est bien étrange : miracle, parabole, dialogue sur la vie éternelle, enseignement sur le sabbat, reproches et sous-entendus… pas de quoi s’ennuyer ! Chacun a en tête l’issue du combat, et Jésus fait entrevoir, au-delà du moment présent, le bout du chemin : « cela te sera rendu à la résurrection des justes » (Lc). On mange pour vivre, on vit pour ressusciter, et le partage du repas fait figure d’anticipation des Noces éternelles de Dieu et de l’humanité que certains prophètes ont décrites comme un festin messianique « sur la montagne ». Jésus rappelle le terme de la vie terrestre, qui est le jour du Jugement : « Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous » (He), et le repas devient alors le résumé d’une vie avec ses rencontres, ses conversations, ses liens et ses ruptures, ses hiérarchies plus ou moins légitimes… D’un certain point de vue, tout repas de fête est pris avec Jésus, qu’Il soit Celui qui rassemble (comme dans l’Eucharistie), Celui dont on parle, Celui qu’on écoute, Celui qu’on invite dans le pauvre, l’isolé, l’étranger, le méprisé… Et de toutes façons « Celui Se tient à la porte et qui frappe » pour la rencontre décisive, définitive, au bout du chemin, « sur la montagne sainte ».

« L’individualité commence avec la vie spirituelle ; l’homme qui se sent enfant de Dieu […] se détache ainsi de la masse confuse qui constitue l’espèce » ; à chaque élévation vers Dieu il acquiert un sentiment plus fort de son être personnel, parce que Dieu est à la fois l’universalité et la personnalité la plus forte (Adam Mickiewicz †1855) : combien ces mots sont actuels quand Parole de Dieu et actualité s’entrechoquent pour nous demander, à nous chrétiens, plus de cohérence, plus d’humilité, plus d’audace, plus de conscience que nous sommes porteurs d’une Vie que nous recevons dans l’Eucharistie, repas et sacrifice ! Cette Vie n’est pas une idéologie mais une Personne qui vient transformer notre existence terrestre et tout son réseau de relations humaines : Jésus, que nous avons à redécouvrir et à protéger dans le plus pauvre, l’exclu, l’étranger, l’embryon, l’enfant qu’on prive de père, et cette « masse confuse » dont Dieu seul peut faire une famille dans laquelle chaque membre compte. Bonne rentrée à chacun !

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 23 juin 2019

Fête-Dieu / Année C

Gn 14,18-20 / 1Co 11,23-26 / Lc 9,11-17

« L’énergie est notre avenir, économisons-la », entendons-nous plusieurs fois par jour à la télévision ou à la radio. Loin de moi l’idée de dénigrer la chasse au gaspillage, mais force est de remarquer que ce slogan officiel porte deux messages bien contestables : notre avenir c’est l’énergie, donc un univers de technique et de consommation ; économisons notre avenir, rationnons le futur, avançons d’un pas tremblant vers demain… Aujourd’hui, comme chaque dimanche, nous sommes rassemblés par Celui dont l’amour est infini ; et nous fêtons tout particulièrement le sacrement qu’Il nous a donné et où Il Se donne fidèlement pour nous communiquer cet amour : l’Eucharistie.

Mais commençons par Abram et Melkisédek : nous sommes approximativement en l’an 1800 avant Jésus Christ, ce qui nous ramène loin en arrière ! « Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut. Il le bénit » (Gn 14,18-19). Bien sûr, vous avez compris que la liturgie a choisi ce court passage pour la référence au pain et au vin, qui annoncent — de très loin — le sacrement de l’Eucharistie par lequel, derrière l’apparence du pain et du vin, nous sont donnés le Corps et le Sang du Seigneur Jésus Christ. Mais quoi d’autre ? « Melkisédek était prêtre du Dieu très-haut » : aussi loin dans le temps qu’on remonte, on trouve, chargée d’offrir et de bénir, la figure du prêtre, l’intermédiaire obligé entre celui qui veut offrir un sacrifice et Celui à qui l’offrande est adressée. Le prêtre dit à celui qui veut entrer en lien avec la divinité qu’il n’est pas seul sur son chemin de foi et qu’il n’a accès à Dieu que par des médiations humaines et par les autres ; le « prêtre du Dieu très-haut » renvoie à un autre que lui et ne doit jamais faire écran entre le fidèle et son Dieu. Pas de communion sans célébration, avant, de la messe ; pas de messe sans prêtre et donc sans appel de Dieu, réponse de l’homme, consécration sacramentelle (l’ordination) et envoi par l’Eglise. Prions-nous assez, et assez souvent, pour que Dieu passe dans nos familles et y choisisse des prêtres ?

Quand, à la messe, une lecture est très courte, il n’est pas inutile de regarder le contexte dans la Bible : or deux passages significatifs de la Genèse encadrent notre 1ère lecture. « Le Seigneur dit à Abram : ‘‘Je rendrai nombreuse ta descendance, autant que la poussière de la terre : si l’on pouvait compter les grains de poussière, on pourrait compter tes descendants !’’ […] Abram […] alla s’établir aux chênes de Mambré […] ; et là, il bâtit un autel au Seigneur » (Gn 3,16.18). Voici le second, qui suit la péricope de ce jour : « Le Seigneur fit sortir Abraham et lui dit : ‘‘Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… […] Telle sera ta descendance !’’ Abram eut foi dans le Seigneur. […] Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abram » (Gn 15,5-6.18). Quels sont les points communs ? Dieu fait une promesse à un vieil homme sans enfants : une « descendance », aussi nombreuse que « la poussière de la terre » et « les étoiles du ciel », donc innombrable, à la mesure même de l’amour de Dieu pour ce croyant qui L’a suivi sans discuter ni poser de conditions. Les différences ? Chaque promesse est suivie d’un acte religieux, mais la 2ème fois, l’adhésion d’Abram est explicite (il « eut foi dans le Seigneur »), permettant à Dieu d’aller beaucoup plus loin avec lui (Il « conclut une alliance avec Abram »). Autrement dit : tout se passe comme si la prière de Melkisédek et l’offrande du pain et du vin à Dieu avaient porté leurs fruits dans le cœur d’Abram, et l’avaient rendu capable d’une réponse de foi bien plus grande, ouvrant la porte à une véritable alliance avec Dieu. Tel est le but et le fruit de la communion : la foi, l’alliance avec Dieu.

Abraham est bien loin : l’Eucharistie est là, aujourd’hui, et jusqu’à la fin des temps, comme le sacrifice de « l’alliance nouvelle et éternelle » que le Christ, notre vrai roi, notre seul prêtre et notre Sauveur, a instituée en donnant Sa vie sur la croix et en ressuscitant d’entre les morts. Quand nous communions, nous ne mangeons pas quelque chose mais nous rencontrons le Seigneur Jésus, toujours vivant, vainqueur de la mort et du péché. Nous ne communions pas parce que nous serions les meilleurs : mais au contraire parce que nous avons compris que nous ne pouvons vivre sans Dieu. « L’Eucharistie est le carburant de l’avenir, ne l’économisons pas » ! Comme il est grand, l'amour que Dieu nous porte : en cette fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang de Jésus Christ, comment ne pas le voir, nous qui allons être nourris de la vie même de Dieu ?

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 2 juin 2019

7ème dimanche de PÂQUES / Année C

Ac 7,55-60 / Ap 22,12-14.16-20 / Jn 17,20-26

Walter Scott, célèbre romancier écossais (†1832), avant de mourir, demanda à son gendre de lui lire « un peu du livre... » Surpris, le gendre, qui ne savait quel ouvrage chercher dans la vaste bibliothèque de 30.000 volumes, questionna : « Quel livre dois-je lire ? » — « Il n'y a qu'un livre, la Bible ! », répondit Walter Scott. En sommes-nous convaincus ? C’est la question que je me suis posée en découvrant l’Evangile de ce dimanche, si connu qu’il en est, peut-être, inaudible. Le temps pascal nous ramène chaque année à l’Evangile selon saint Jean, d’un style si particulier, avec ses longs discours de Jésus qui avancent pas à pas, au rythme de répétitions qui n’en sont pas tout-à-fait, au risque de nous perdre… Je vous invite à prendre le temps de vous replonger profondément dans cet Evangile, au-delà de la page que nous méditons en ce moment.

« Jésus priait ainsi : ‘‘Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi’’ ». Jésus prie ! Il est en relation perpétuelle avec Son Père dans le lien d’amour qu’est l’Esprit. Ils reçoivent tout l’Un de l’autre, Se parlent, S’écoutent, S’aiment infiniment, ne pouvant jamais Se passer l’Un de l’autre. La vie intérieure de la Sainte Trinité nous est entrouverte, dans ces grands discours où Jésus Christ, tout à la fois, nous révèle qui Il est, confie tout à Son Père, nous promet l’Esprit de vérité, le Paraclet. Jésus prie pour toute l’humanité, et donc pour chacun d’entre nous : « pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui […] croiront en moi ». N’oublions-nous pas trop souvent que l’intercession perpétuelle de notre Sauveur nous accompagne sur notre chemin terrestre ? Nous sommes plongés, tout spécialement depuis notre baptême, dans la grande prière du Christ pour l’humanité dont Il veut faire Son Corps mystique, l’Eglise, le peuple de Ses frères et sœurs.

« Que tous soient un, comme Toi, Père, Tu es en moi, et moi en Toi. Qu’ils soient un en Nous, eux aussi, pour que le monde croie que Tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que Tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme Nous sommes UN : moi en eux, et Toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que Tu m’as envoyé, et que Tu les as aimés comme Tu m’as aimé. » Merveilleuse prière qui nous ramène à l’exigence de l’unité : unité avec Dieu, unité intérieure personnelle, unité entre nous. Le sacrement du baptême vient précisément créer cette union avec Dieu, par une grâce filiale ; créer cette union entre croyants, par une grâce ecclésiale ; créer, peu à peu, notre unité intérieure à mesure que notre volonté, notre liberté, notre cœur et notre intelligence se laissent modeler par Celui est à la fois Amour et Vérité.

« Père, ceux que Tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que Tu m’as donnée parce que Tu m’as aimé avant la fondation du monde. […] Je leur ai fait connaître Ton Nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont Tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. » La foi est confiance, adhésion sans preuve, expérience réelle mais imparfaite de la présence de Dieu malgré Son apparent silence, de Sa puissance de salut malgré le triomphe visible mais trompeur du péché. La foi nous amène à « contempler la gloire » de Celui qui est dès « avant la fondation du monde » le Verbe éternel. Jésus nous veut auprès de Lui, dans l’amour du Père et de l’Esprit Saint : « Je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi ». Autrement dit, le but de notre baptême, de notre foi, de nos prières, est la vie éternelle non seulement auprès de Dieu mais dans les conditions mêmes de la vie divine, « pour que l’amour dont [le Père] a aimé [le Fils] soit en [nous] ». La Trinité semble s’offrir à nous pour nous accueillir en son sein : nous sommes attendus, guettés en quelque sorte par Celui qui nous a créés exclusivement pour partager avec nous un bonheur sans fin.

La Bible, « le livre », a encore bien des trésors à nous transmettre : demandons la grâce de les recevoir avec foi et de les transmettre avec ardeur. Comme la sainte Vierge Marie priait au Cénacle avec les apôtres, attendant la venue de l'Esprit Saint, confions-lui ces jours qui nous séparent de la grande fête de Pentecôte, pour que tous les chrétiens, et spécialement ceux qui seront confirmés, soient renouvelés de l'intérieur et portent les fruits de sainteté que Dieu attend. Amen.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 30 mai 2019

Ascension / Année C

Ac 1,1-11 / He 9,24-28 ; 10,19-23 / Lc 24,46-53

« Pour rendre la foi plus pure et plus ferme, la vue a été remplacée par l'enseignement » (saint Léon le Grand). Autrement dit : si Jésus nous quitte, ce n’est pas un abandon mais pour permettre un don plus intérieur, une foi qui ne s’appuie plus sur un commerce quotidien avec une personne de chair et de sang, mais sur la confiance en une Parole divine transmise par les apôtres et par toute l’Eglise, grâce à l’Esprit de vérité.

« Au jour où Il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné Ses instructions aux Apôtres qu’Il avait choisis » (Ac) : la phrase est étonnante, l’avez-vous notée ? Avant la venue de l’Esprit Saint à Pentecôte, Jésus donne déjà l’Esprit à Ses apôtres… Autrement dit, il faut l’Esprit Saint pour recevoir l’Esprit Saint : Dieu Se donne pour nous rendre capables de Le recevoir, et, L’ayant reçu, nous Lui permettons de Se donner davantage. D’un autre point de vue, nous comprenons mieux comment l’Esprit répandu sur les apôtres et sur l’Eglise au jour de Pentecôte est bien l’Esprit de Jésus Ressuscité : au-delà de la vraie rupture que représente l’Ascension, saint Luc souligne ici une vraie continuité dans l’action du Christ et dans la dynamique de « l’alliance nouvelle et éternelle » qu’Il a fondée en Son Sang. Cette continuité est aussi la nôtre : notre départ de cette terre, au jour de notre mort, sera comme le couronnement de notre vie de foi ici-bas. « Le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés » (He) : l’Ascension du Seigneur Jésus nous rappelle notre propre programme, si j’ose dire ! Le Ciel est notre future patrie, le désirons-nous vraiment ? Nous y préparons-nous sérieusement ?

« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » (Ac) Attention, disent les anges : la religion ne consiste pas à se tordre le cou pour entrapercevoir le 7ème ciel ! L’Ascension du Christ nous appelle non à la nostalgie d’une époque où le Seigneur ‘‘était là’’, mais à une espérance forte, indéracinable, de Son retour ; espérance, et donc mobilisation de toutes nos forces pour ajuster notre existence concrète à Celui-qui-vient et qui nous demande de L’attendre jusqu’au bout de la nuit avec nos lampes allumées. Comment vivre cette attente, cette espérance ? Saint Thomas d'Aquin « identifie, pour ainsi dire, l'espérance à la prière. La prière est une espérance en cours. [...] Dans la prière est contenue la véritable raison en vertu de laquelle il est possible d'espérer : nous pouvons entrer en contact avec le Seigneur du monde, Il nous écoute et nous pouvons L'écouter » (Benoît XVI, 9/11/2006). Demandons la grâce de la prière fidèle, persévérante, fervente, pour que chacune de nos journées soit habitée par la lumière de Sa présence.

« Tandis qu’Il les bénissait, Il Se sépara d’eux » (Lc). Nous terminons la messe de la même manière que les apôtres ont conclu leur ultime rencontre terrestre avec Jésus : par la bénédiction. C’est donc que nous avons, comme les apôtres, la même absence à vivre (celle du Jésus physiquement visible), une même présence à recevoir (celle de l’Esprit Saint), une même mission à entreprendre (annoncer l’Evangile dans le monde entier, à temps et à contretemps). Par Son absence physique, le Ressuscité nous guide sur la voie d'un amour vrai qui ne prend pas, mais apprend à recevoir et à se donner... « Un dieu qu'on peut s'approprier est un dieu qui détruit. [...] Le Christ a interrogé [le silence du Père] sur la Croix, puis Il a Lui-même imité le retrait de Son Père en Le rejoignant le matin de Sa Résurrection. Le Christ sauve les hommes ''en brisant son sceptre solaire''. Il Se retire au moment même où Il pourrait dominer. [...] Imiter le Christ, c'est refuser de s'imposer comme modèle, toujours s'effacer devant autrui. [...] Plus croît le silence de Dieu ― et avec lui le danger d'un accroissement de la violence, d'un comblement de ce vide par des moyens purement humains [...] ― plus la sainteté s'impose comme une distance retrouvée avec le divin ». (René Girard, Achever Clausewitz). Notre mission, si nous l’acceptons, est donnée à l’Ascension : la sainteté par le don, dans une juste distance. Là encore, tournons-nous vers le Christ avec confiance, pour qu’Il nous apprenne ce chemin de vie, de Vie éternelle.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 26 mai 2019

6ème Dimanche de Pâques / Année C

Ac 15,1-2.22-29 / Ap 21,10-14.22-23 / Jn 14,23-29

« La ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire (sa source de lumière), c’est l’Agneau » : quelle vision ! Quelle promesse ! Dans la Jérusalem céleste, au paradis, Dieu sera vu face à face, et aucune de nos petites lumières d’ici-bas ne sera plus utile : ni matériellement ni spirituellement. Vous n’écouterez plus d’homélie, vous ne lirez plus la Bible, vous ne prendrez plus de temps de prière quotidien, vous ne recevrez plus l’hostie en communion sacramentelle : tout cela sera dépassé par la lumière éternelle, resplendissante de plénitude, de l’Agneau immolé et vainqueur, le Christ éternellement ressuscité. Si tout cela est dépassé, pourquoi s’en encombrer maintenant ? Précisément parce que l’un mène à l’autre : le chemin d’humanité à la Vie divine, le provisoire à l’éternel, la foi à la pleine vision, le sacrement à la plénitude, la grâce à la gloire. Si la Jérusalem céleste « n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer », la cité terrestre et l’Eglise d’ici-bas, si ! Demandons au Seigneur de ne jamais nous habituer aux sacrements de l’Eglise, de ne jamais les négliger. Nous en avons un besoin vital pour nous donner chaque jour.

« Barnabé et Paul, eux qui ont fait don de leur vie pour le Nom (ont consacré leur vie à la cause) de notre Seigneur Jésus Christ » : les apôtres ne sont pas des intermittents du spectacle ! Ils sont donnés au Christ qu’ils suivent comme disciples, donnés à l’Evangile qu’ils proclament, donnés à l’Eglise dont ils sont ministres c’est-à-dire serviteurs. Une vie qui ne serait que prêtée, aussi bien dans le ministère pastoral que dans la vie conjugale, prendrait le risque d’être inaboutie, sans racines et peut-être sans fruits spirituels durables… Saint Barnabé et saint Paul nous invitent à nous laisser investir par la puissance de résurrection du Christ, dont le Nom peut seul éclairer la vie des hommes et des peuples. Les chrétiens d’aujourd’hui sont-ils à une autre enseigne ? Dans un monde qui redevient païen, comment penser qu’une religion de façade, de convenance, de tradition peut suffire ? Comment ne pas se sentir appelés, tous autant que nous sommes, à approfondir notre foi, c’est-à-dire notre relation au Christ, notre connaissance du Christ, notre baptême en Christ qui est à la fois consécration et envoi ? Dieu nous appelle à « faire don de notre vie pour Son Nom », à témoigner, à nous engager, à aller au-devant des soifs spirituelles de notre temps, à ne jamais être consommateurs mais acteurs de la vie paroissiale ! Concrètement, quels engagements prendrez-vous l’an prochain dans notre paroisse ?

« Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé ». Notez avec quelle insistance le Fils Se réfère au Père : Il ne fait rien sans Lui, Il veut tout faire avec Lui, en Son Nom, pour Lui, à Sa plus grande gloire… Quelle leçon pour tous les petits chefs qui se bousculent devant les caméras pour avoir l’impression d’exister ! Quelle leçon pour ceux qui installent, en société, au travail, dans leur vie associative et parfois conjugale, le règne de la concurrence ! Quelle source intarissable de réflexion pour chacun de nous, lorsque nous pouvons être tentés de mener notre vie en autarcie, sans avoir vraiment besoin de Dieu ni des autres ! Le Christ n’a rien voulu faire seul : ni sans Son Père (de qui Il reçoit Sa mission et Son être), ni sans nous (dont Il attend la réponse de foi et la généreuse collaboration). Soyons donc chrétiens jusqu’au bout, en vivant cette dépendance filiale, en la recherchant même comme le signe le plus authentique de notre foi personnelle, comme le gage le plus sûr de notre fécondité communautaire.

« La parole que vous entendez n’est pas de moi » : dimanche après dimanche, le prêtre tente vaille que vaille de commenter les saintes Ecritures avec tout ce qu’il est, mais en radicale dépendance avec le Dieu qui l’a consacré et avec l’Eglise qui lui donne sa mission. En ces semaines où nous prions, j’espère, plus fortement pour les vocations sacerdotales, demandons des hommes qui sauront vivre cette dépendance comme un don joyeux au Christ, et, par Lui, à tous ceux qui croiseront leur chemin. « Son luminaire (sa source de lumière), c’est l’Agneau » : prêtres et laïcs, marchons à la lumière du Ressuscité, dans la force de l’Esprit.

Homélie du P. Goudot - Messe du 5 mai 2019

3ème Dimanche de Pâques - Année C

Ac 5,27b-32.40b-41 / Ap 5,11-14 / Jn 21,1-19

Un grain de sel rend le repas plus savoureux, dit un vieux dicton latin. Ce fut sans doute le cas pour cet étrange repas pris par 7 des 11 apôtres survivants en présence de Jésus ressuscité. Et ce grain de sel ajouté par Jésus était bien nécessaire !

« Simon-Pierre leur dit : "Je m’en vais à la pêche" » : apparemment, on est revenu au point de départ… Les apôtres redeviennent pêcheurs, Pierre n’est plus que Simon… Comme si Jésus n’était pas ressuscité, comme s’Il n’était pas apparu aux 10, puis aux 11 apôtres (cf. Evangile de dimanche dernier), comme s’Il n’avait pas parlé aux femmes venues de grand matin au tombeau vide, comme S’Il ne S’était pas manifesté aux 2 disciples d’Emmaüs… La tentation du découragement nous guette aussi parfois, avec l’impression de n’avoir rien construit, voire d’être revenus au point de départ… Et pourtant ! Mystérieusement, le Ressuscité est là, sur l’autre rive, et Il nous attend pour partager le repas… Cette rencontre, tout croyant devrait en rêver, tout chrétien devrait la préparer, car chacune de nos journées nous en rapproche : enfin nous verrons Celui que nous avons prié, célébré, espéré dans notre vie sur terre ! En attendant ce beau jour, nous sommes, comme les apôtres, dans l’incertitude mais aussi avec une espérance profondément enracinée : « Aucun des disciples n’osait lui demander : "Qui es-Tu ?" Ils savaient que c’était le Seigneur ». Comme eux, nous savons sans savoir, nous hésitons à demander mais nous ressentons une présence, nous sommes animés par la foi mais elle n’est pas (encore) évidence…

« Nous vous avions formellement interdit d’enseigner au nom de celui-là, et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement » : changement d’atmosphère ! L’heure n’est plus à la pêche, mais au témoignage ; pas à la rencontre intimiste avec le Ressuscité, mais à la mission ; pas au doute, mais au martyre… Nous ne reconnaissons plus ces 7 disciples en déroute, qui sont redevenus 12 apôtres prêts à s’opposer frontalement aux autorités religieuses de leur peuple. Ils ont compris que leur vie ne leur appartient plus, que suivre Jésus ne consiste pas à se distribuer d’avance les ministères pour le jour où le Messie sera proclamé roi, et surtout qu’ils ne sont plus seuls ni dans leur vie ni face à la mort : le Ressuscité est là, agissant à travers eux, les élevant au-dessus d’eux-mêmes.

Que s’est-il passé entre ces deux épisodes ? Un appel, et une vraie prise de conscience. « Sur ces mots, Il lui dit : "Suis-moi" » : Jésus a relancé l’appel qu’Il avait adressé, trois années auparavant, à chacun de Ses futurs apôtres. Il les a appelés par leur nom, faisant preuve d’une étonnante connaissance intérieure de leurs désirs et de leur soif d’absolu : qui aurait dit cela de ces pêcheurs affairés dans leur barque ou de ce collecteur d’impôts rivé à sa table de change ? Lui a vu, Lui les a dévisagés, devinés, connus mieux que quiconque, et Sa parole a changé le cours de leur existence… Mais ils ont pu se croire choisis pour leurs mérites (comme nous : quelle est la dernière fois où nous avons pensé que Dieu avait bien de la chance de nous avoir comme fidèles ?) et leur lamentable comportement lorsque Jésus a été arrêté et mis à mort les a fait douter d’eux-mêmes et de leur appel. D’où ce très beau dialogue : « Jésus dit à Simon-Pierre : "Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ?" Il lui répond : "Oui, Seigneur ! Toi, Tu le sais : je T’aime bien" ». Pierre ne peut pas donner plus, il le comprend maintenant, que son affection (« je t’aime bien" »), alors que Jésus lui redemande son amour, sa foi pleine et entière, le don total de sa vie  m’aimes-tu vraiment ? »).

Quelles leçons en tirer ? Alors que nous commençons une grande neuvaine de prière pour les vocations sacerdotales et religieuses dans notre diocèse et en France, nous ne devons pas avoir peur du décalage entre nos aspirations (immenses) et nos possibilités (bien pauvres), entre la grandeur du sacerdoce, configuration réelle à l’être même du Christ Bon Pasteur, et la petitesse des hommes consacrés par ce sacrement. Car c’est Dieu qui choisit, Dieu qui appelle, Dieu qui consacre, Dieu qui envoie, Dieu qui aime et apprend à aimer — jusqu’au bout. A chacun de nous, « Il dit : "Suis-moi" » ; à certains d’entre nous, Il demande une consécration plus radicale, un attachement plus exclusif, une amitié plus intime et plus pastorale à la fois, c’est-à-dire une disponibilité à Lui ressembler chaque jour davantage par et pour la célébration des sacrements, afin que le monde soit sanctifié par la présence réelle de Dieu à travers Ses fidèles, en vue du salut de tous. Le sacerdoce n’est-il pas ce grain de sel dont notre Eglise a besoin pour donner au monde le goût de Dieu ?

Homélie du P. Goudot - Messe du 21 avril 2019

PÂQUES

Ac 10,34a.37-43 / 1Co 5,6b-8 / Jn 20,1-9

Au début il n’y a rien à voir : « le premier jour de la semaine, Marie de Magdala [...] aperçoit la pierre enlevée du tombeau ». Tout commence par une grande frayeur, pourrait-on dire, et cet Evangile de Pâques, peu explicite, a un goût d’inachevé. Toute la journée du sabbat, les saintes femmes ont dû rester chez elles, la fête ne leur permettant pas de s’occuper d’un mort ; dès l’aube du dimanche, elles se rendent en hâte au tombeau… pour n’y rien trouver.

« Celui qu’ils ont supprimé en Le suspendant au bois du supplice, Dieu L’a ressuscité le troisième jour » : Pâques n’est pas une annulation de la mort. Le Christ est passé par la mort pour ressusciter, avec un corps « glorieux », c’est-à-dire définitivement délivré de la dégradation du temps et des atteintes de la mort. Il y a donc quelque chose à retenir du Vendredi Saint, même après le matin de Pâques : la mort n’a plus le dernier mot, mais elle rôde encore, essayant de nous faire croire qu’avec elle s’achève toute vie et toute espérance. Pâques est donc ce passage par la porte étroite de la mort qu’il nous faudra emprunter, que nous le voulions ou non, que nous soyons prêts ou non… Passage, porte : tout nous dit qu’il s’agit de se délester, de faire mourir ce qui nous retient à ras de terre, en commençant par le péché mais sans s’arrêter là. Le Carême nous a, j’espère, donné quelques pistes supplémentaires en nous invitant à revisiter, à approfondir, à purifier notre relation à Dieu (par la prière), aux autres (par le partage), à nous-mêmes (par le jeûne). Il s’agit non de construire notre vie par nos seules forces et en suivant nos désirs ou nos bonnes idées, mais de se laisser bâtir par le Christ : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». Comme pour la flèche de Notre-Dame, Pâques nous invite à ne pas nous tromper d’architecte pour notre maison spirituelle, celle qui est appelée à demeurer toujours !

« Il Lui a donné de Se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance » : Pâques n’est pas un miracle étalé au grand jour, mais le couronnement de trois années d’intimité avec Jésus. Jésus ne vient pas prendre Sa revanche sous les yeux de Ses ennemis qui pensaient L’avoir vaincu : Il montrera Son corps « glorieux », encore marqué par les stigmates de la crucifixion, à ceux qu’Il a choisis, préparés, évangélisés par Sa parole et par Son exemple, ceux à qui Il a confié, au soir du Jeudi Saint, la double charge d’être les prêtres de « l’alliance nouvelle et éternelle » et les serviteurs de tous. Pâques n’est donc pas un événement hors sol, indépendant de toute expérience de foi ! Pâques est l’ultime merveille du Sauveur pour nous tous, mais non la seule : elle ne se comprend qu’au regard de toute la vie spirituelle que nous aurons su faire grandir année après année, en communion avec Jésus, pour accueillir le bonheur sans fin qui est le fruit de cette communion. « C’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux » : encore faut-il avoir des yeux pour voir, et un cœur pour s’émerveiller !

« C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : quiconque croit en Lui reçoit par Son Nom le pardon de ses péchés » : Pâques est l’aboutissement des prophéties, c’est-à-dire de la révélation progressive, par Dieu, de Son dessein d’alliance nouvelle et éternelle par laquelle les péchés pourraient réellement être pardonnés. Il n’y a plus rien au tombeau… sauf nos péchés qui sont autant de linceuls et de suaires que nous devons y abandonner… La vie est ailleurs : il faut sortir au grand soleil de Dieu, marcher en Sa présence, faire de notre vie un chant de liberté et de joie partagées. C’est ce que chantait, déjà, le psaume : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du Seigneur ». Aussi dure que soit la vie, aussi rude que soit l’épreuve, aussi consternante que soit la crise que vit notre Eglise, ne nous laissons pas voler notre joie : joie d’avoir été créés, appelés à la vie, voulus par Dieu ; joie de croire, de faire confiance, d’aimer Celui a qui nous devons tout et vers qui nous nous dirigeons ; joie de partager nos dons, nos talents, nos richesses — et quelle richesse plus grande que notre foi, notre relation avec le Dieu vivant ? « Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du Seigneur » : que Pâques réveille en nous cette formidable espérance, cette certitude, pour faire de nous, où que nous soyons, les messagers de la joie et les ouvriers du Royaume de Dieu.

Homélie du P. Goudot - Messe du 20 avril 2019

VIGILE PASCALE

« Ordonne aux fils d’Israël de se mettre en route ! » Quelle belle parole pour nous en cette nuit de veille ! Nous ne sommes pas réunis pour nous endormir doucement au son des psaumes et des oraisons : le feu a été rallumé, le chant de victoire (l’Exultet) a été entonné, l’eau attend d’être consacrée pour donner la vie divine à trois catéchumènes, le temps pascal s’ouvre devant nous, avec ses alleluia multipliés et le renouvellement de l’envoi de l’Esprit à Pentecôte… Tout peut être neuf dans notre vie de foi, si nous entendons, ce soir, le Seigneur nous « mettre en route ! »

« La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le Souffle de Dieu planait au-dessus des eaux » : avant que Dieu n’intervienne, créant, organisant, discernant, séparant et nommant toute chose, tout n’est que chaos, informe pénombre dont rien n’émerge. Par Son œuvre créatrice, Dieu Se manifeste comme l’auteur de toute vie ; par Sa Parole de vie, transmise aux patriarches et aux prophètes, Dieu intervient dans l’histoire pour empêcher le Serpent de faire échouer Son projet d’amour ; par Sa proposition d’alliance, Dieu Se rend présent en ce monde, faisant la preuve de Son inébranlable fidélité. Et puisque Dieu est fidèle, Son salut ne peut être que définitif, et donc aller au-delà de la mort. Dieu nous sauve du péché, de la mort, de la damnation (séparation éternelle de Son amour) ; Il nous destine à vivre avec Lui pour toujours, à partager Son éternité de bonheur et de paix. Dès ici-bas, Dieu nous fait pressentir Sa volonté de salut toujours à l’œuvre, sans que nul péché puisse la décourager. Ce don est tellement grand qu’il avait besoin d’être annoncé, préparé par la révélation progressive faite par l’intermédiaire des prophètes : voilà pourquoi nous avons pris le temps d’entendre toutes ces lectures, tirées de l’Ancien Testament. La Vigile pascale nous fait mieux comprendre à quel point la Bible est le témoignage du dessein initial de Dieu, réalisé en sa plénitude dans la personne de Jésus Christ. Tout converge vers l’événement de la Résurrection, qui donne sens à notre vie, à notre histoire, à notre Bible, à notre foi. Mais il fallait que l’événement ait lieu pour que s’ouvre le cœur des saintes femmes : « alors elles se rappelèrent les paroles qu’Il avait dites ».

Les récits de résurrection sont d’une étonnante discrétion : c’est que l’événement lui-même, non seulement n’était attendu par aucun des disciples (« ces propos leur semblèrent délirants »), mais échappe à toute description et toute compréhension humaine. Aussi les évangélistes se concentrent-ils, nous le verrons tous ces jours-ci, sur les apparitions de Jésus ressuscité : apparition aux saintes femmes (Lc 24,1-12), à Marie de Magdala (Jn 20,1-18), aux disciples d’Emmaüs (Lc 24,13-35), aux 11 apôtres à Jérusalem (Lc 24,36-49), à 8 apôtres au lac de Tibériade (Jn 21,1-19), aux 11 apôtres en Galilée (Mt 28,16-20). Récits multipliés, pour essayer d’approcher l’indicible : Celui qui revient de la mort porte en Lui une puissance de vie indestructible. Récits multipliés, pour nous montrer notre avenir : ce que le Seigneur Jésus a réalisé en Son propre corps de chair, Il le réalisera pour toute l’humanité devenue Son Corps mystique, l’Eglise des rachetés et des saints. Pour le dire autrement, la Résurrection nous concerne tous, mais nous ne pouvons la comprendre qu’en regardant Jésus triomphant de la mort et apparaissant aux disciples après Pâques : vainqueur de la mort, Il nous ouvre le chemin vers une vie qui n’aura pas de fin.

Pâques est donc l’étincelle qui embrasera toute l’Eglise née à Pentecôte, en lui donnant la source des sept sacrements, la Vie du Ressuscité. Ce n’est donc pas un hasard si des baptêmes sont célébrés maintenant et qu’a retenti, par Ezékiel, l’annonce prophétique : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; […] Je vous donnerai un cœur nouveau, Je mettrai en vous un esprit nouveau ». La Résurrection de Jésus, nous la portons en nous par notre baptême, nous nous en nourrissons à chaque Eucharistie, nous lui permettons de guérir notre cœur par le sacrement de réconciliation, nous en sommes témoins par la grâce de la confirmation. Ce soir, nous recommençons à neuf le chemin de notre foi, chemin parfois semé d’embûches mais aboutissant à la Vie éternelle. « Ordonne aux fils d’Israël de se mettre en route ! » : que l’appel de l’Eglise retentisse sur cette terre et envoie chacun sur la route du vrai bonheur, la route de la sainteté.

Homélie du P. Goudot - Messe du 19 avril 2019

Vendredi Saint

Is 52,13-53,12 / He 4,14-16 ; 5,7-9 / Jn 18,1-19,42

« Ecce prospere aget Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! » Etonnante ouverture de la liturgie de la Parole ! « Il réussira », mais en attendant, Il est vraiment mort : en ce soir du Vendredi Saint, l’Eglise, partout dans le monde, ne célèbre pas le sacrifice de l’Eucharistie mais, en signe de deuil, vénère la croix sur laquelle l’Homme-Dieu est mort. Notre foi est vraiment paradoxale, puisqu'elle nous invite à célébrer l'échec et les souffrances de Celui qui n'a pas reculé devant l'infamie de la croix. Mais est-ce bien la souffrance que nous célébrons aujourd’hui ?

« Il était pareil à celui devant qui on se voile la face » : littéralement, le Christ n’a plus figure humaine lorsqu’Il meurt, après des heures d’humiliations et de souffrances, sur la croix. La foule se délecte de Son agonie, mais nul ne pose un vrai regard sur Lui ; les disciples sont loin, et se sont « voilé la face » devant l’échec de Celui qu’ils avaient reconnu comme leur Messie et juré de suivre jusqu’au bout. Seuls Marie, Sa Mère, et Jean l’apôtre fidèle ne se voilent pas la face mais acceptent, tout au long du supplice, d’être là, au pied du gibet : rien à dire, rien à faire, seule l’amertume de l’impuissance à changer le cours des événements. L’injustice, la haine obstinée des chefs religieux d’Israël, la bêtise d’une foule inconstante, le mépris des Romains pour ces histoires de juifs, tout converge vers le supplicié pour L’écraser sans recours possible. Comment ne pas détourner son regard devant l’horreur, l’insupportable, l’inévitable ? La Vierge Marie et saint Jean nous apprennent à regarder en face la laideur de ce monde, non en voyeurs ou en spectateurs résignés, mais armés de l’espérance qui fera durer dans la prière et dans l’action concrète.

« ‘‘Qui cherchez-vous ?’’ — ‘‘Jésus le Nazaréen’’ ‘‘C’est moi, je le suis’’ » : dialogue inutile dont on s’étonne que l’Evangile, si avare de mots et de faits, ait gardé la substance… Mais derrière la banalité des phrases, une question essentielle et une affirmation fondamentale. « Qui cherchez-vous ? » : si l’homme pouvait répondre facilement à cette question, bien des guerres, bien des désastres, bien des vies gâchées par l’égoïsme ou le matérialisme pourraient trouver leur sens, leur accomplissement. Jésus ose poser la question, à chacun, attend un retour, et ose une réponse qui est révélation et appel : « C’est moi, je le suis ». Autrement dit : Je suis là, c’est bien moi, écoutez ma parole, recevez mon amour, croyez en ma personne, car « Je suis », Je suis le Seigneur, l’Emmanuel, Dieu-avec-vous. « Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? » : qui répondra à cette Présence de Dieu ? Quand répondrons-nous avec tout notre cœur : c’est moi, je crois en Toi ?

« Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils Lui posèrent sur la tête » : comment ne pas penser à la Couronne d’épines qui était le trésor le plus sacré de la cathédrale Notre-Dame de Paris ? Heureusement, elle a été sauvée. Mais pourquoi y tenons-nous tant ? Par-delà le souvenir historique (600 ans à Constantinople, 800 ans à Paris), le lien avec saint Louis, la dévotion populaire y trouve un signe tangible de l’amour du Christ pour nous. Et, pourquoi ne pas le dire, il y a comme une réparation offerte au Christ d’avoir transformé une invention diabolique vouée à défigurer l’homme, et donc Dieu, en un diadème royal, serti de tout ce que l’art peut produire comme joyaux. Là est peut-être la logique profonde de la célébration de ce soir : tout ce qui devrait nous faire horreur est transformé par l’amour indicible de Dieu pour Sa création. Non seulement transformé par Dieu, mais transformable par le génie créateur de l’homme, appelé à transfigurer le monde par la prière, par le partage, par le dévouement, par la beauté. Aujourd’hui la nuit semble avoir triomphé de toute lumière, mais « la croix […] est un trophée érigé contre les démons, une arme contre le péché, le glaive avec lequel Jésus Christ a percé le serpent infernal » (saint Jean Chrysostome, homélie du Vendredi Saint 392). Cette croix que nous allons vénérer porte Celui qui peut tout régénérer : entrons maintenant dans la grande prière de l’Eglise pour le salut de tous les hommes.

Homélie du P. Goudot - Messe du 18 avril 2019

JEUDI SAINT

Ex 12,1-8.11-14 / 1Co 11,23-26 / Jn 13,1-15

La cathédrale Notre-Dame de Paris vient d’être ravagée par un incendie : une perte effarante, irréparable, pour chacun de nous. Nous n’avons plus que nos yeux pour pleurer. La splendeur de beaucoup de nos églises est, au fond, le suprême hommage de l’art à la foi ; elles sont comme des tabernacles géants qui servent d’écrin à la sainte Eucharistie. En ce soir du Jeudi Saint, nous commémorons la dernière Cène, et célébrons le Seigneur Jésus pour les deux sacrements qu'Il institua au cours de ce repas pascal : l’ordination sacerdotale et l’Eucharistie. Prenons le temps de méditer spécialement sur le sacrement de l'Eucharistie : que nous apporte-t-il ? Que venons-nous faire quand nous venons communier ?

Nous venons faire mémoire d’un événement unique : un soir, il y a presque 2000 ans, le Christ a voulu instituer une alliance nouvelle et changer le cours de l’histoire. « Le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, Il le rompit, et dit : ‘‘Ceci est mon Corps, qui est pour vous’’ » : rien de plus net, de plus positif, de plus affirmatif. Le Seigneur Jésus, à la veille de mourir sur la croix, donne à Ses apôtres mission et pouvoir de Le rendre présent en ce monde, jusqu’à la fin des temps. Le rendre présent : donc pas un simple signe, ni un vague symbole, ni un peu de pain qui ferait penser à Lui. Le rendre présent : donc il s’agit d’une opération dont Dieu seul est le sujet, l’acteur, le but, et les apôtres, et après eux les évêques et les prêtres, ne sont que les intermédiaires par lesquels Dieu agit, Dieu transforme, Dieu Se donne. Nous faisons mémoire d’un événement unique, non comme une cérémonie du souvenir qui nous laisserait le goût amer d’un passé révolu, mais en nous associant à l’éternel présent de Dieu et à Sa capacité de rendre présents, actuels, efficaces, Ses dons. Aujourd’hui le Christ nous réunit à la Cène pour Se donner à nous ; aujourd’hui Sa présence réelle se renouvelle dans l’hostie consacrée, « Son corps, qui est pour nous ».

Nous venons apprendre Dieu : avons-nous besoin d’apprendre, me demanderez-vous ? Mais le Seigneur Jésus ne sait-Il pas combien nous sommes englués dans notre propre mode de pensée et peu réceptifs spontanément à Ses appels, à Ses chemins ? « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? » : pas si sûr… Il vient de Se mettre à genoux devant les Siens, de faire un travail d’esclave, de remettre à leur place les ambitions et les hiérarchies humaines : Il vient de leur apprendre qui est Dieu. Et à nous aussi, cet apprentissage est nécessaire, nous qui pouvons si facilement enfermer Dieu dans nos catégories, dans les limites de notre sensibilité ou de notre compréhension. La messe n’est pas une sympathique réunion de copropriété, ni un meeting politique, ni une séance de conscientisation : elle est sacrement, initiative de Dieu, action de Dieu, don de Dieu. Et que donne-t-Il ? « Jésus Christ n’est l’auteur d’aucune doctrine ni d’aucune législation […] ; Il n’a donné à Ses fidèles que ce qu’il y a de plus réel, de plus positif et en même temps de plus intraitable : Son individualité, Sa vie, Son histoire, et pour tout commentaire Il a promis à l’Eglise Son Esprit » (Adam Mickiewicz †1855). La messe nous apprend Dieu par communion, c’est-à-dire par contagion, par osmose, par communication personnelle de la vie divine proclamée comme une Bonne Nouvelle et voilée sous l’apparence du pain et du vin ; comme si Dieu nous disait par là : voyez, c’est tout simple, il suffit de me faire confiance et de m’ouvrir les portes de votre vie, de votre cœur.

Nous venons apprendre à aimer : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». Par l’Eucharistie, le Messie Se fait Serviteur, le Sauveur Se fait hostie : Il donne tout pour nous arracher au péché et donc à la mort. « Si l’égoïsme gouverne […] la famille, il l’avilit, l’attriste, la dissout. L’art d’aimer n’est pas aussi facile qu’on le croit communément. L’instinct ne suffit pas à l’enseigner. La passion encore moins. Le plaisir non plus » (G.B. Montini, Lettre pastorale à son diocèse de Milan, Carême 1960). Seul Dieu, qui est l’Amour en personne, sait ce qu’est l’amour et comment le diffuser : Il a choisi, dans Son infinie sagesse, le rite de la communion pour nous faire grandir, dimanche après dimanche, dans l’amour véritable. Que Lui répondre ? « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut ». C’est tout simple, il suffit d’être là et de Lui redire ‘oui’.

Homélie du P. Goudot - Messe du 14 avril 2019

Rameaux / Année C

Lc 19,28-40 / Is 50,4-7 / Ph 2,6-11 / Lc 22,14-23,56

« Voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible » : comme elle est vraie, cette parole, et avec quelle force résonne-t-elle dans notre Eglise assommée par tant de scandales, tant d’infidélités, tant de reniements !

« Il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute » : il n’est pas évident de savoir écouter ! La lecture, longue et poignante, de cette Passion selon saint Luc a mobilisé notre attention et requis notre écoute… Qu’en retenir ? On pourrait faire la liste des personnages qui apparaissent et gravitent autour de l’unique personne indispensable, Jésus : ceux qui crient, ceux qui se taisent, ceux qui pleurent, qui s’enfuient, qui intriguent dans l’ombre ou manifestent au grand jour leurs haines ou leur peur… « Dans cette célébration semblent s’entrecroiser des histoires de joie et de souffrance, d’erreurs et de succès qui font partie de notre vie quotidienne de disciples, car elles parviennent à mettre à nu des sentiments et des contradictions que nous aussi nous éprouvons souvent aujourd’hui, hommes et femmes de ce temps : capables de beaucoup aimer… mais aussi de haïr — et beaucoup — ; capables de courageux sacrifices, mais aussi capables de savoir ''se laver les mains''’ au moment opportun ; capables de fidélité mais aussi de grands abandons et de grandes trahisons » (Pape François, Rameaux 2018). Où sommes-nous ? Du côté du sacrifice, du don de soi, du partage et de la prière, ou du côté du bénéfice, du chacun-pour-soi, de la tiédeur ou de l’opportunisme ? Seule l’écoute de la voix du Seigneur pourra nous aider à discerner où nous sommes, et où nous devons être.

« Il S’est anéanti » : Il a tout donné, tout livré, tout sacrifié pour le salut de l’humanité : sa vie, son honneur, tout ce qu’Il a, tout ce qu’Il est, et Il meurt à la fois dans la solitude, abandonné des Siens, et environné d’une multitude haineuse et ricaneuse qui assiste à Son supplice comme à un spectacle… Qui oserait dire que Dieu est indifférent ? Qui pourrait accuser le Seigneur d’ignorer les aspérités de notre vie, de tricher en nous proposant une morale, un Evangile, un salut hors de portée ? « Il S’est anéanti » : Il a tout donné, et nous hésitons encore à Le croire, à Le suivre, à L’aimer vraiment en Lui donnant la première place, le rôle central dans notre existence de chaque jour ? Que donnons-nous à Dieu de notre vie réelle ? Que donnons-nous à l’Eglise de nos talents ?

« Parce que le Seigneur en a besoin » : de quoi a-t-Il besoin ? De nous, bien sûr ! De notre réponse de foi, libre et aimante ; de notre intériorité et de notre action ; de nos enthousiasmes mais surtout de notre fidélité quotidienne ; de nos choix, de nos engagements, de notre témoignage, de notre réflexion, de nos relations, de nos familles, de notre société… Rien ne doit, et rien ne pourra, se construire sans Lui : plaçons-Le au cœur de notre existence, « parce que le Seigneur en a besoin » pour les transformer, les purifier, les fortifier, les sanctifier… Dieu ne nous sauvera pas sans nous ! Ces rameaux que nous ramèneront chez nous doivent nous rappeler une autre présence indispensables, celle de Dieu, dans nos foyers, chaque jour.

« Voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible » : les temps sont durs, l’épreuve semble n’avoir pas de fin… Qu’est-ce que le Seigneur attend de nous ? « Soyez comme l'oiseau posé pour un instant sur des rameaux trop frêles qui sent plier la branche, et qui chante pourtant, sachant qu'il a des ailes » (Victor Hugo). Chantons donc, par toute notre vie, la beauté de la foi, avec le signe de cette frêle branche de rameaux ; chantons Dieu pour que chaque journée soit lieu d’une présence divine au cœur de nos épreuves, au cœur de nos engagements, au cœur de nos maisons. Nous allons donc revenir chez nous, porteurs de ces rameaux mais aussi, j'espère, de ce qu'ils impliquent : la foi en Jésus Christ mort et ressuscité pour chacun de nous. Nous aurons reçu, don infiniment plus précieux, le Corps du Christ en communion ; nous ferons, si nous voulons être cohérents avec nous-mêmes, une démarche pour nous confesser et retrouver ainsi une pleine communion avec Jésus qui nous aime et a livré Sa vie pour nous. Alors Pâques sera ce qu'elle doit être : la grande fête de notre future résurrection, aux côtés du Christ vainqueur de la mort.

Homélie du P. Goudot - Messe du 7 avril 2019

5ème Dimanche de Carême / Année C

Is 43,16-21 / Ph 3,8-14 / Jn 8,1-11

« Il vit, le Christ, notre espérance et Il est la plus belle jeunesse de ce monde. Tout ce qu’Il touche devient jeune, devient nouveau, se remplit de vie. Les premières paroles que je voudrais adresser à chacun des jeunes chrétiens sont donc : Il vit et Il te veut vivant ! » (Exhortation du Pape Christus vivit, 2019). Quel beau programme pour chacun de nous !

« Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle ». Autrement dit : vivez au présent, pour recevoir chaque jour la nouveauté de Dieu. Mais attention ! Dieu ne fait pas l’éloge du ‘carpe diem’, de l’insouciance, de l’imprévoyance, du laisser-aller, pas plus qu’Il ne prône la dévalorisation du passé, la négation des racines ou l’abolition des traditions. Dieu EST présent, c’est-à-dire qu’il n’y a rien de passé (de mort) ou de futur (d’inaccompli) en Lui ; Il est présent, ou plutôt Présence absolue, totalement là. Nous, au contraire, sommes toujours à la fois en train de mourir et d’advenir, physiquement, psychiquement, spirituellement. Nous nous débattons avec ce qui n’est plus et ce qui n’est pas encore, et ne sera peut-être jamais : en ce sens-là, Dieu nous dit : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois ». Et pourquoi ? « Voici que je fais une chose nouvelle » : Dieu seul peut résoudre cet écartèlement permanent qui est le nôtre, et Son remède n’est pas dans une technique de bien-être, mais dans Sa Personne, présente, agissante, fidèle et aimante. De même que Dieu dit « soyez saints, car je suis Saint », Il pourrait nous demander aujourd’hui : « soyez présents, car je suis Présent ».

« Comme tout le peuple venait à Lui, Il S’assit et Se mit à enseigner » : quelle patience ! Quelle disponibilité ! Jésus vient de dire : « Si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi et qu’il boive ! », ce qui a accru l’hostilité des puissants. Mais, loin de Se taire, Il prend le temps, le risque même, d’enseigner longuement ceux qui ont entendu cet appel au plus profond de leur âme et reconnaissent en Jésus, sinon déjà le Messie, au moins Celui qui rejoint leur soif essentielle : soif de sens, de vérité, d’amour, d’absolu. Il enseigne, donc, et Se révèle à eux autant par Ses paroles que par Son attitude faite d’accueil et d’exigence, de droiture et de compassion, d’humour et de conviction. Par-dessus tout, Il est le Verbe éternel, Celui qui « a les paroles de Vie éternelle » en Lui ; Il est le Sauveur, qui « connaît en Lui-même ce qu’il y a dans le cœur de l’homme » ; Il est le Messie, venu « pour servir et donner Sa vie en rançon pour les multitudes ». S’Il nous touche autant lorsqu’Il nous enseigne, c’est qu’Il nous connaît si bien — qu’Il nous aime tellement !

« Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de Sa résurrection » : la connaissance de Dieu n’est pas d’abord d’ordre intellectuel, comme s’il suffisait de recevoir des cours de religion pour être croyant. Ecouter même les enseignements du Christ ne serait pas suffisant. La connaissance de Dieu est une expérience vitale, par laquelle le mortel se reconnaît saisi par l’Eternel, le pécheur par le Dieu trois-fois-saint : ainsi Paul fut retourné au chemin de Damas ; ainsi la Samaritaine fut convertie près du puits où elle venait puiser ; ainsi l’aveugle-né fut guéri, relevé par Celui qui est la Lumière du monde ; ainsi Lazare fut ramené d’entre les morts. De quelle mort devons-nous revenir, comme Lazare, demanderez-vous ? « Lorsque nous ne vivons pas en tant que fils de Dieu, nous mettons souvent en acte des comportements destructeurs envers le prochain et les autres créatures, mais également envers nous-mêmes, en considérant plus ou moins consciemment que nous pouvons les utiliser selon notre bon plaisir. » (Message du Carême 2019 du Pape).

En ce dimanche où est célébré, partout dans le monde, le 3ème scrutin des catéchumènes, nous sommes invités à nous tourner vers Celui dont « la puissance de résurrection » peut tout renouveler en nous, tout guérir, tout pardonner, tout sanctifier, tout diviniser. Notre baptême, en effet, n’a pas pour but de nous faire mener une petite existence tranquille, de nous installer dans une routine religieuse. Non : il s’agit de vivre avec Dieu, de vivre pour Dieu, de laisser Dieu déployer Sa Vie en nous : « Il vit, le Christ, notre espérance et Il est la plus belle jeunesse de ce monde. Tout ce qu’Il touche […] devient nouveau, se remplit de vie. […] Il vit et Il te veut vivant ! »

Homélie du P. Goudot - Messe du 31 mars 2019

4ème Dimanche de Carême / Année C

Jos 5,10-12 / 2Co 5,17-21 / Lc 15,1-2.11-32

« Songez, Sire, que vous ne pouvez être véritablement converti si vous ne travaillez à ôter de votre cœur non seulement le péché, mais la cause qui vous y porte. La conversion véritable ne se contente pas seulement d’abattre les fruits de mort […] c’est-à-dire les péchés, mais elle va jusqu’à la racine, qui les ferait repousser infailliblement si elle n’était arrachée ». Ces paroles, adressées par Bossuet à Louis XIV (1676), peuvent nous rejoindre personnellement en ce 4ème dimanche de Carême où nous célébrons le 2ème ‘scrutin’ des adultes qui vont être baptisés dans les semaines qui viennent. La conversion permanente : beau programme de Carême, beau programme de vie !

« Aujourd'hui, j'ai enlevé de vous le déshonneur de l'Égypte » : quel déshonneur ? Le déshonneur de l’esclavage, tout d’abord : Dieu ne supporte pas ce qui asservit l’homme, le dégrade, l’enchaîne, le ravale jusqu’à terre. L’Exode, toute l’histoire sainte, nous redisent cette évidence : nul n’est aussi sensible à la misère de l’humanité que Son Créateur, qui ne reste pas les bras croisés, contrairement à nous parfois ! Notre Carême sera fécond s’il nous rend aussi sensibles que Dieu à tous les jougs qui pèsent sur les épaules de nos frères, en commençant, bien sûr, par ceux que nous leur imposons ! Dieu veut l’homme debout, libre pour pouvoir Lui dire oui : ainsi Il libère d’abord les Hébreux de leurs oppresseurs, ensuite seulement Il noue avec eux l’alliance des 10 commandements. Nous vivons, nous aussi, un véritable Exode, qui doit nous permettre, comme le peuple d’Israël guidé par Moïse, de rejeter peu à peu les stigmates de l’esclavage qui mettent longtemps à s’effacer : je veux parler du péché, qui nous divise, nous paralyse, nous salit, nous asservit. Ce « déshonneur » peut être public (c’est le cas des épouvantables crimes et abus commis au sein même de notre Eglise) ; il peut être aussi privé, individuel, caché aux yeux des hommes mais pas de Dieu : laisserons-nous la grâce du Seigneur nous rejoindre, personnellement et collectivement, pour nous guérir et nous relever ?

« Ils mangèrent les produits de cette terre » : enfin une vraie nourriture après l’ascèse de la manne ! Peut-être avons-nous une vision idéalisée de la manne : mais imaginons manger le même plat pendant 40 ans !! Après le pain du voyage, de la précarité, de la dépendance radicale, « les produits de la terre », l’épanouissement de l’alliance qui promettait une terre et une descendance, la paix et la stabilité. Notre Carême s’achèvera un jour, et ce sera Pâques, la joie de la victoire du Christ sur le supplice de la croix ; notre pèlerinage terrestre s’achèvera un jour, et ce sera notre Pâque personnelle, notre entrée définitive dans la vie éternelle, face à Dieu, non plus dans la foi qui espère sans voir et aime sans savoir, mais dans la gloire qui comble l’âme dans une satiété dont rien, ici bas, ne peut donner idée. « Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né » : est-ce bien vrai ? En sommes-nous convaincus ? Acceptons-nous d’en devenir témoins ? Notre évêque nous rappelle, depuis bien des années, qu’un baptisé ne peut vivre sa foi sans la partager, que l’eau qui, dans le sacrement, a fait de nous des fils et des filles de Dieu, est celle-là même qui doit nous permettre, en grandissant, de porter les fruits de sainteté que notre monde est en droit d’attendre de chacun de nous — d’où son scandale lorsque le contraire advient. « Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ » : prêtres mais aussi laïcs, chacun selon son état de vie, doit se considérer comme l’envoyé personnel du Messie à tout Son peuple. Alors chacun pourra « manger les produits de la terre » promise, les fruits de l’alliance.

« Mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie […] ; ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » : fils et frères nous le sommes tous ou plutôt nous devrions tous l’être ou le redevenir. Comment ? Par un passage de la mort à la vie, du péché à l’alliance, de la résignation à la conversion : « le chemin vers Pâques nous appelle justement à renouveler notre visage et notre cœur de chrétiens à travers le repentir, la conversion et le pardon » (Message du Pape pour le Carême 2019) Puisse notre Carême être un vrai temps de changement et de pardon, non une parenthèse vite effacée mais un vrai programme de vie, un lancement vers la Vie éternelle.

Homélie du P. Goudot - Messe du 17 mars 2019

2ème Dimanche de Carême / Année C

Gn 15,5-12.17-18 / Ph 3,17-4,1 / Lc 9,28-36

« Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux... » : selon une légende éthiopienne (le Livre des Jubilés), Abraham resta toute une nuit à compter les étoiles pour calculer, selon les superstitions astrologiques de l’époque, ce que seraient le temps et les récoltes de la prochaine année. C’est alors qu’un ange lui aurait signifié, de la part du Seigneur, un appel à quitter tout cela pour entrer dans la foi. D’où l’apostrophe de la Genèse : « compte les étoiles, si tu le peux... »

La Transfiguration, signe d’alliance : chaque 2ème dimanche de Carême revient l’Evangile de la Transfiguration, en plus de la fête liturgique du 6/8. Pourquoi donc ? Cet événement très particulier dans la vie publique de Jésus n’a pour témoins que les apôtres les plus avancés dans la foi, Pierre, Jacques et Jean : devant eux, le Messie dévoile, quelques instants, Sa divinité, comme le soleil apparaissant brusquement derrière les nuages. Devant eux, Dieu le Père fait sentir Sa présence par « la nuée » et l’injonction d’« écouter » Son Fils, Son Elu. Le Carême n’est pas le temps de la pleine lumière, mais de la lente marche vers Pâques, de l’écoute patiemment renouvelée de la Parole de Dieu, le Christ, notre Messie, notre Sauveur : que nous soyons en train de marcher dans la plaine ou de souffler sur les sommets de la montagne, nous sommes parfois assaillis par le doute ou le découragement — et il faut dire que l’actualité nous y aide bien ! Alors il faut entendre de nouveau, dans notre cœur, la voix du Père qui nous désigne Son Fils comme l’unique Sauveur, Celui qu’il faut suivre sur tous les chemins de notre vie, Celui sans qui nous ne sommes pas en alliance avec Dieu. « Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abram » : la 1ère lecture nous rappelle que le Carême est le temps où nous prenons les moyens de fortifier et de revitaliser l’alliance de notre baptême, celle qui nous a rendus fils et filles dans « le Fils bien-aimé », Jésus.

La Parole de Dieu : Dieu parle, donc ! Encore faut-il L’écouter, Le comprendre, et entrer dans un dialogue avec cette Parole qui fait toujours le premier pas avec nous. « Mon cœur m’a redit Ta parole : ‘‘Cherchez ma face’’ » : quel élan ! Quelle soif ! Le psaume que nous avons chanté a-t-il fait vibrer quelque corde de notre âme, comme un instrument dont Dieu seul saurait jouer pour qu’il produise la plus belle musique ? Dieu nous appelle à Le « chercher », à nous lever de notre canapé, comme dirait le Pape, pour nous mettre en quête de Celui qui seul sait à la fois nous rejoindre le plus intérieurement et nous élever au-dessus de nos idées, de nos désirs, de nos représentations spontanés. Cette Parole, si elle est vraiment entendue, prend chair dans notre vie quotidienne et la transforme peu à peu : « la Parole de Dieu est une parole donnée, une parole qui engage, ainsi les chrétiens mus par la Parole de Dieu, vont à la rencontre de tout homme, particulièrement des pauvres de ce monde, et s’engagent avec eux » (Lettre pastorale 2019 de notre évêque). Où en sommes-nous ?

Tous en Exode : nos 40 jours de Carême renvoient, nous le savons, aux 40 ans dans le désert du peuple hébreu. Nous sommes donc en Exode, libérés par les eaux du baptême mais pas encore parvenus en Terre promise… Jésus aussi est en Exode, l’avez-vous noté ? « Ils parlaient de Son départ (Exode) qui allait s’accomplir à Jérusalem ». Il est en route à nos côtés, comme la nuée de feu, à la fois avant nous pour nous montrer le chemin (et c’est ainsi qu’Il sera le premier ressuscité pour nous ouvrir les portes de la vie éternelle) et derrière nous pour nous protéger de pharaon, c’est-à-dire des forces du mal. Notre Carême peut être ce temps où notre regard se fixe sur les réalités célestes (« nous avons notre citoyenneté dans les cieux ») non pour oublier la terre mais pour nous détacher de ce qui fait mourir et pour privilégier ce qui fait vivre notre âme, notre famille, notre Eglise, notre monde.

Fils et filles de l’alliance, travaillés par la Parole de Dieu, vivons le détachement intérieur que commande notre Exode, qui fait de nous des nomades jamais installés, jamais possédants. « On ne possède spirituellement que ce à quoi on a renoncé ici-bas » (Louis Massignon †1962) : le Carême nous invite à la dépossession et à la désappropriation, pour entrer réellement dans la vie spirituelle qui seule donne la liberté des enfants de Dieu. « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux » : si tu acceptes de ne rien prendre, tu recevras tout de Dieu.

Homélie du P. Goudot - Messe du 06 mars 2019

Mercredi des Cendres

Jl 2,12-18 / 2Co 5,20-6,2 / Mt 6,1-6.16-18

« La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8,19) : tel est le thème — un peu étonnant, avouons-le ! — que notre Pape a voulu mettre en avant dans son message de Carême. Autrement dit, nos efforts de Carême ne seront pas individualistes, mais largement tournés vers le bien du monde entier : admettons que nous n’aurions pas songé spontanément à cette dimension cosmique du Carême ! Mais il y a plus : la pénitence n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour réveiller et même révéler notre nature filiale. Si le croyant se sait fils, il vivra en frère. Comment vont se déployer nos efforts de Carême pour atteindre véritablement leur but ?

Une pénitence sincère, donc fervente et continue : « Maintenant, revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! » (Jl). Nous ne sommes plus habitués aux grands actes de pénitence dont la Bible et les temps anciens de l’Eglise nous donnent tant d’exemples : il ne nous en reste, collectivement, que la liturgie des Cendres dans laquelle nous reconnaissons ensemble notre péché, la fragilité de notre condition humaine et le besoin vital de conversion sans lequel nous ne serons pas sauvés. « Qui sait ? Il pourrait revenir, Il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière Lui Sa bénédiction : alors, vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu » (Jl). La forme interrogative dit suffisamment que ni notre salut, ni l’acceptation de nos offrandes, de nos prières et de nos sacrifices, ne seront automatiques. Un Carême sincère doit nous permettre de redire « selon Ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute » (Ps) et de faire la démarche sacramentelle correspondante.

« Jeûner, c’est-à-dire apprendre à changer d’attitude à l’égard des autres et des créatures : de la tentation de tout “dévorer” pour assouvir notre cupidité, à la capacité de souffrir par amour, laquelle est capable de combler le vide de notre cœur » (Message du Saint-Père pour le Carême 2019). Dans notre époque hypermédiatisée, le jeûne commencera utilement par le silence, la maîtrise de notre parole, le repos de nos oreilles, la vigilance sur notre regard… Jeûner de conversations inutiles, du bruit de fond de la télé ou de la radio, des consultations répétées de nos écrans d’ordinateur ou de tablette, de la quête du regard des autres, de la soumission au conformisme de la mode, des slogans, du prêt-à-porter aussi bien que du prêt-à-penser… « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir […] pour vous faire remarquer » (Mt). La discrétion, la simplicité, le calme, l’humilité, les tâches accomplies ou le repos pris sous le seul regard du Seigneur : tout cela élargira notre jeûne bien au-delà des nécessaires prescriptions alimentaires. Notre jeûne sera acceptation et non fuite de nos pauvretés, pour que Dieu seul vienne « combler le vide de notre cœur », et rien d’autre : ni la nourriture ni la richesse, ni les distractions ni les plaisirs, ni le pouvoir ni le savoir, non, aucune compensation.

« Prier afin de savoir renoncer à l’idolâtrie et à l’autosuffisance de notre moi, et reconnaître qu’on a besoin du Seigneur et de Sa miséricorde » (Message de Carême). Puis-je insister sur la nécessité vitale de prier chaque jour Celui sans lequel nos journées seront vides, nos semaines épuisantes, nos années trop vite passées ? Prier pour se décentrer de soi en se recentrant sur Dieu ; prier pour ne pas se laisser voler la joie d’être fils et filles bien-aimés du Père : « Rends-moi la joie d’être sauvé : que l’Esprit généreux me soutienne ! » (Ps)

« Pratiquer l’aumône pour se libérer de la sottise de vivre en accumulant toute chose pour soi dans l’illusion de s’assurer un avenir qui ne nous appartient pas. Il s’agit ainsi de retrouver la joie du dessein de Dieu sur la création et sur notre cœur, celui de L’aimer, d’aimer nos frères et le monde entier, et de trouver dans cet amour le vrai bonheur » (Message de Carême). Le partage peut devenir un acte de justice et de désappropriation : donner pour perdre, donner pour se donner ! Notre foi doit passer par nos mains, nos actes, notre portefeuille, nos décisions pratiques, notre style de vie, notre souci des autres. Si tel n’est pas le cas, « faudra-t-il qu’on dise : “Où donc est leur Dieu ?” » (Jl)

« Si l’homme vit comme fils de Dieu, s’il vit comme une personne sauvée qui se laisse guider par l’Esprit Saint et sait reconnaître et mettre en œuvre la loi de Dieu, […] alors il fait également du bien à la Création » (Message de Carême) ; alors notre foi atteint son objectif ultime : le salut du monde.

Homélie du P.Goudot - Messe du 3 mars 2019

8ème Dimanche du Temps ordinaire / Année C

Si 27,4-7 / 1 Co 15,54-58 / Lc 6,39-45

« Quand on secoue le tamis, il reste les déchets » : Ben Sira le Sage, appelé aussi le Siracide ou l’Ecclésiastique, aime les formules imagées qui frappent l’esprit. Quand notre actualité est vécue sous le mode de la succession des scoops voire du tremblement de terre permanent, nous voyons bien qu’il ne nous reste entre les mains que « les déchets », qui alimentent volontiers les conversations mais ne signifient rien ; quand notre vie est une agitation permanente qui nous envoie rebondir dans tous les sens, nous avons dans la bouche le goût amer de la défaite, du gâchis… Que faire ? La Parole de Dieu peut nous aider à voir plus clair.

Le tamis, le four et l’arbre : ce n’est pas un Fable de La Fontaine, mais les images employées par la 1ère lecture. « Quand on secoue le tamis, il reste les déchets ; de même, les petits côtés d’un homme apparaissent dans ses propos. Le four éprouve les vases du potier ; on juge l’homme en le faisant parler. C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre ; ainsi la parole fait connaître les sentiments. Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé, c’est alors qu’on pourra le juger ». Le langage d’un homme, sa parole, doivent donc passer par un tamis, le tri du discernement ; par l’épreuve du four, qui vérifiera la poterie mal façonnée, laquelle se fendra et ne sera bonne à jeter : discernement et mise à l’épreuve du langage doivent le purifier de ses scories, propos inutiles, impurs, malfaisants, simples bavardages ou vraies médisances… La parole est aussi arbre donnant du fruit, c’est-à-dire concentré du bien que nous portons en nous, parce que nous l’aurons puisé dans le sol (en Dieu), avant de l’offrir aux autres. « Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit : […] car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » : l’Evangile reprend l’image du fruit, savoureux ou pourri, pour qualifier ce qui réside dans notre cœur et que notre conversation fait ressortir, inévitablement. Un travail de longue haleine, n’est-ce pas ?

De la persévérance, donc ! « Soyez fermes, soyez inébranlables, prenez une part toujours plus active à l’œuvre du Seigneur, car vous savez que, dans le Seigneur, la peine que vous vous donnez n’est pas perdue » : il est bon de réentendre cette parole, qui est conseil, appel, promesse. Conseil de ne pas nous laisser dérouter par les événements, décourager par la contradiction, briser par l’épreuve, ramollir ou endormir par notre péché. Appel à nous donner dans l’Eglise « à l’œuvre du Seigneur », l’annonce à temps et à contretemps de l’Evangile aux personnes, aux familles, à la société, à tous ! Promesse qu’aucun effort, aucun engagement, aucun sacrifice, aucune souffrance ne seront perdus si Dieu en était la cause et le but. Notre parole doit donc dégager l’essentiel de l’accessoire, le vrai du faux, pour être fidèle à Celui qui nous appelle depuis toujours à la Vie et non à la mort, à la foi et non au doute, à la bénédiction et non à la malédiction, à la porte étroite et non la voie royale des richesses, des honneurs et de la perdition. Cela demande toute une vie pour laisser le Christ, Parole éternelle du Père, habiter nos pensées, nos paroles et nos actes, pour en faire des lumières dans l’obscurité.

Qui fera de nous des guides ? « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ? » Les exemples sont foison… Ils sont nombreux les imprudents ou les présomptueux, les gens dans le vent ou les spécialistes, les charlatans ou les idéologues qui prétendent nous guider, nous dire quoi faire et même quoi penser ! Notre Pape est spécialement attentif, vous le savez, à nous faire sortir d’une mentalité mondaine, frivole, mélange de conformisme, de résignation, de formalisme et de tiédeur. Dieu n’a-t-Il pas ouvert notre regard, notre âme, sur « l’unique nécessaire », la vie éternelle ? N’a-t-Il pas fait de nous, par le baptême, des témoins de l’invisible, des messagers de l’essentiel, des guides, modestes, et indispensables, pour ceux qui risqueraient de se perdre dans les ténèbres du doute et de la colère, du plaisir et du désespoir ? Mais comment guiderons-nous si nous ne laissons pas la Parole de Dieu nous éclairer ?

« Je veux insister sur ce qui m’apparaît de plus en plus comme l’essentiel de ce que nous avons à faire : vivre du Christ réellement, pleinement, personnellement et ensemble, dans l’ardeur de l’Esprit Saint, et témoigner d’un art de vivre qui doit dire quelque chose de la réalité du Royaume de Dieu » (Lettre pastorale 2019 de Mgr Guy de Kerimel).

Homélie du P. Goudot - Messe du 24 février 2019

7ème Dimanche du Temps ordinaire / Année C

1S 26,2.7-9.12-13.22-23 / 1Co 15,45-49 / Lc 6,27-38

« Primus homo de terra Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel » : autrement dit, nous avons le choix entre deux modes de vie radicalement opposés. Cette opposition est bien illustrée par le sommet des présidents des conférences épiscopales autour du Pape, depuis jeudi, pour mettre fin aux intolérables abus qui défigurent l’Eglise. Des ministres ordonnés, ceux qui sont spécialement consacrés pour sanctifier le peuple de Dieu, souillent ce qu’il y a de plus précieux et de plus vulnérable ! Et répandent la honte et le scandale sur tous, alors qu’ils sont innombrables, les prêtres qui apportent le ciel sur la terre en laissant le Christ agir à travers eux ! Depuis toujours, Jésus Christ veut nous entraîner à Sa suite, Lui le Messie méconnu des Siens (3ème et 4ème dimanches), qui appelle les disciples à tout quitter pour Le suivre (5ème dimanche) : Il propose sans Se lasser l’idéal radical des Béatitudes (6ème dimanche) et pousse aujourd’hui l’exigence de l’amour très loin.

 

« Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; Il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses ». Heureusement pour nous ! Une des caractéristiques du portrait de Dieu dressé par la Bible est la manière dont Il réagit face à ce qui pourrait Le mettre en échec, le péché. Aujourd’hui que le sens du péché est largement méconnu, même de certains chrétiens, il semble à beaucoup que l’Eglise fait une fixation sur le sujet : il n’en est rien ! Il s’agit plutôt d’une compréhension réaliste de notre condition humaine, blessée par sa capacité à mal user de sa liberté. Là encore, s’opposent « tendresse, pitié, amour » du Seigneur et « nos fautes, nos offenses » : si nous ne recourons pas au pardon, seule nous restera en héritage la « colère » de Dieu, qui n’est si l’on ose dire que l’impuissance de Son amour méprisé à nous arracher à la mort éternelle. Les Béatitudes ne sont pas un message mièvre, mais un appel vigoureux à se laisser rejoindre par l’amour transformant du Seigneur.

Cet amour nous trouve parfois endormis ! « Le Seigneur avait fait tomber sur eux un sommeil mystérieux » pour leur apprendre, par la bouche de David, l’injustice de leur cause et la supériorité de celui qui choisit de ne pas se venger alors qu’il a sa revanche à portée de main. Ici le sommeil est torpeur, extase, signe du passage de Dieu dans une vie, révélation à accueillir dans le silence. Dieu attend parfois de nous cette apparente passivité, ce non-agir qui nous oblige à l’intériorité, à l’écoute, à la descente au fond de soi pour y rejoindre le sanctuaire où Il parle « dans le secret ». Dieu suscite parfois dans notre vie des périodes d’inactivité, d’impuissance, de baisse de régime, voire de paralysie spirituelle : nous avons alors l’impression d’être inutiles ou abandonnés, mais il faut avoir assez de foi pour se laisser faire par Dieu. Le sommeil peut aussi être celui du découragement, de la tiédeur ou de la négligence lorsque nous cessons d’aimer, de prier, de partager, lorsque les sacrements deviennent routine et que l’Evangile se fait fardeau… Il faut alors sortir de ce sommeil, se relever pour repartir à la suite du Seigneur. Car la route est longue !

« Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. […] Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » : ici, nous touchons au cœur de la morale chrétienne, dans ce qu’elle a de plus original. Il ne s’agit pas seulement de limiter la vengeance, voire de supporter vaillamment l’adversité ; il est question d’aimer le haineux, d’intercéder pour l’ennemi, de faire tomber la rosée de la miséricorde sur un sol irrémédiablement ingrat : comment faire ?

Imperceptiblement, l’Evangile nous a conduits sur la route de l’imitation : Jésus ne propose rien qu’Il n’ait personnellement expérimenté, pour nous de surcroît. Dieu ne contemple pas de l’extérieur nos querelles intestines en hochant la tête devant leur vaine violence : Il prend sur Lui notre péché, pour que nous ne soyons pas écrasés par ce poids de haine, d’égoïsme, de désespoir que des siècles d’histoire humaine pourraient faire peser sur chacun de nous. « Ce n’est pas un faiseur de programmes qui parle ; Celui qui parle ici du triomphe remporté sur le Malin […] c’est Celui-là même qui a été vaincu par le Malin sur la croix, et qui a surgi de cette défaite comme un triomphateur et un vainqueur. » (Dietrich Bonhöffer)

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 17 FEVRIER 2019

6ème Dimanche du Temps ordinaire / Année C

Jr 17,5-8 / 1Co 15,12-13.17-20 / Lc 6,17.20-26

« Heureux l’homme qui… » : ainsi commence le psaume que nous venons d’entendre, qui est le premier des 150 que comporte le psautier, ce recueil de prières qui se trouve au cœur de la Bible, et avec lequel Jésus Lui-même a prié. Heureux ! Ainsi commence donc la louange de Dieu ! Heureux ! Ainsi commencent aussi les Béatitudes, qui ouvrent le grand enseignement de Jésus sur la montagne, enseignement qui occupe tout le chapitre 6 de l’Evangile selon saint Luc, mais qui se prolonge, chez saint Matthieu, sur 3 chapitres ! Les lectures de ce 6ème Dimanche du Temps ordinaire posent clairement la question : voulons-nous choisir le bonheur ? Demande ridicule, puisque nous sommes censés fuir le malheur et chercher spontanément le bonheur… Et pourtant ! Aussi Dieu nous invite-t-Il maintenant à être heureux…

Heureux comme un arbre ! « Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt » : l’image revient chez Jérémie et dans le psaume 1, avec poésie mais aussi réalisme. L’arbre planté au bord d’un ruisseau est au bon endroit ; il peut puiser dans le sol tout ce dont il a besoin pour sa croissance ; il donne le fruit attendu, et en son temps ; il est verdoyant toute l’année : quelle leçon pour nous ! N’avons-nous pas à apprendre de l’arbre à être au bon endroit, là où Dieu nous veut, là où nous pourrons pousser nos racines, là où Dieu pourra nous nourrir en profondeur ? L’arbre ne nous dit-il pas que nous sommes faits pour porter du fruit, pour donner le meilleur de nous-mêmes, pour partager nos dons, au bon moment — moment de l’autre, moment de Dieu — et pour durer, persévérer, verdoyer tout au long de nos années ? Cet arbre heureux nous apprend à fuir l’impatience, la versatilité, la dispersion, l’égocentrisme, la paresse, la facilité… Oui, Dieu nous veut heureux comme cet arbre !

Heureux comme un pauvre : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous / Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! » (Lc). Là, on pourrait croire que cela se complique… Et pourtant l’histoire et même l’actualité nous avertissent que des millionnaires insatiables ne seront jamais heureux, même si la justice humaine ne les rattrape pas en pleine ascension. Non, le vrai bonheur ne se trouve pas dans l’accumulation de pouvoirs ou de biens, ni dans le culte du corps ou de l’apparence, ni dans la fuite éperdue dans les loisirs ou les sensations extrêmes : « Heureux, vous les pauvres » proclame Jésus, Lui qui S’est fait pauvre pour tout partager avec nous. Heureux, donc, celui qui sait avoir besoin des autres et, essentiellement, de Dieu ! Il n’est pas plein de soi au point de ne rien pouvoir recevoir des autres, au point que Dieu même est rendu impuissant, parce que Ses dons sont jugés superflus. Les Béatitudes de saint Luc prennent une forme de diptyque, reprenant des oppositions déjà présentées par les prophètes, notamment Jérémie : « … qui met sa foi dans un mortel / dans le Seigneur » (Jr). Au fond la pauvreté est un style de vie personnel et un regard sur la vie qui permet d’être libre intérieurement vis-à-vis des fausses richesses — et elles sont nombreuses à frapper à notre porte !

Heureux comme un futur ressuscité : « si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés » (1Co). Chrétiens, notre bonheur n’est pas fugitif comme la vie d’ici-bas ! Il est relié à une joie encore plus fondamentale : nous venons de Dieu et nous allons vers Dieu, ce qui oriente tous nos choix, nos engagements, nos épreuves comme nos réalisations. Dieu a semé en notre âme le germe de Son Royaume, autant dire de Sa présence, source de vie et d’éternité : si nous prenons au sérieux notre baptême, nous sommes conduits à goûter chaque beauté de la vie, à supporter chaque difficulté, en tenant le fil d’Ariane qui nous fera, au dernier moment, sortir du labyrinthe d’ici-bas pour vivre une plénitude divine. Ce bonheur, nul ne pourra nous l’arracher.

« Jésus, levant les yeux sur Ses disciples, déclara… » (Lc) : Jésus nous regarde ! C’est pour nous qu’Il prononce ces paroles, qu’Il Se fatigue à enseigner, qu’Il multiplie signes et guérisons ; c’est pour nous personnellement, soyons-en convaincus, que la Parole de Dieu est proclamée, inlassablement, tout au long de l’année liturgique ! Que ferons-nous de cette Parole ? Que ferons-nous de ce regard ? Que ferons-nous du bonheur véritable qui nous est proposé, dès aujourd’hui ?

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 10 FEVRIER 2019

5ème Dimanche du Temps ordinaire / Année C

Is 6,1-2a.3-8 / 1Co 15,1-11 / Lc 5,1-11

Dès le début du christianisme, l’Eglise a eu conscience d’avoir reçu du Christ le devoir de visiter les malades et le pouvoir de leur apporter réconfort et paix de Sa part : le Nouveau Testament est donc la source de ce sacrement des malades, don de Dieu, signe et moyen de Sa présence d’amour auprès des plus faibles, des plus fragiles. Dieu Se rend présent au cœur de nos détresses, pour y apporter Son salut. L’Evangile de ce jour nous le montre également.

« Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant : ''éloigne-Toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur !'' » : la réaction de l’homme biblique à la proximité de la Présence divine est l’effroi, la conscience très nette d’être indigne et pécheur. Logiquement, quand Simon, qui vient d’assister à la démonstration de la maîtrise de Jésus sur la Création, prend confusément conscience que l’homme assis à côté de lui dans la barque a des pouvoirs divins, il se recule. Avec le temps et après des années de route avec Jésus, Simon comprendra que lorsque Dieu S'approche de l'homme, Il peut tout lui pardonner, à condition de trouver un cœur disposé à écouter, à changer, à croire vraiment. Il n’y a donc à craindre de la Présence divine que notre propre endurcissement dans le péché, dont Dieu vient précisément nous libérer. Le sacrement des malades, connecté depuis toujours au sacrement de la réconciliation, vient nous redire la capacité de Dieu à S’approcher, à nous guérir corps et âme, à nous relever, à chasser de notre cœur l’angoisse ou la tentation du désespoir pour y faire régner réconfort, courage, force et paix.

« Avance en eau profonde, et lâchez vos filets pour la pêche » : le Seigneur donne des consignes précises pour une pêche réussie... Et cela marche ! La rencontre avec Dieu se fait sous le signe de la confiance et de la surabondance, qui se répondent mutuellement. Rencontrer Dieu permet de descendre « en eau profonde », c’est-à-dire d’aller profondément en soi pour y vivre l’essentiel grâce à une rencontre intime et personnelle avec notre Créateur et Sauveur. Loin d’être un enfermement intimiste, cette rencontre est une ouverture extraordinaire : croire en Jésus c’est accepter d'aller au large, de risquer, de chercher, de creuser, de ne satisfaire d’aucune formule, d’aucune habitude, d’aucun acquis. Jésus nous appelle à « avancer en eau profonde », et, comme Simon-Pierre, nous pouvons Lui faire vraiment confiance même si nous avons l'impression de connaître, mieux que Lui, le terrain. La relation à Dieu s’appelle foi, ce qui veut dire confiance absolue. L’onction des malades appelle, comme tout sacrement, cette rencontre « en eau profonde », celle de la souffrance, de la croix, de l’échec et de la mort, mais surtout, au cœur de ces ténèbres, la rencontre avec Celui qui dit être « la Lumière du monde », venue éclairer tout homme. Parmi les effets que l’on reconnaît à ce sacrement, est l’union à la Passion du Christ (consécration qui permet de participer à l’œuvre de salut accomplie par Jésus sur la croix), et, au final, une préparation à la mort (pour nous aider à vivre le passage par la Passion en vue de la Résurrection).

« Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras » : le Seigneur Jésus ne nous approche jamais sans faire de nous Ses disciples, Ses amis, Ses témoins. Il le fait en ôtant la peur de notre cœur : « Sois sans crainte » ! Le Pape n'a de cesse de répéter que la miséricorde est une présence qui aime, qui pardonne, qui accompagne, guérit, et, finalement, sauve : l'avons-nous entendu, au plus profond de notre âme, cet appel ? Le sacrement des malades n’est pas uniquement destiné à réconforter ceux qui sont fragilisé par l’âge ou la maladie : il est aussi envoi, pour chacun de vous qui le recevez aujourd’hui dans la foi, pour que vous témoigniez auprès de vos proches (familles, amis, soignants, paroissiens) de la bonté fidèle de notre Dieu, plus forte que notre peur, que notre solitude, que notre mort.

A la suite du concile de Trente, qui enseignait (1551) que l’onction des malades fut « instituée par le Christ notre Seigneur comme un sacrement de la Nouvelle Alliance, véritablement et proprement dit », le concile Vatican II permit de remettre en évidence (1972) la dimension communautaire, liturgique, de l’onction des malades : ce sacrement que vous allez recevoir maintenant, parce que nous allons le vivre tous ensemble, va tous nous toucher de sa grâce. Merci.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 27 JANVIER 2019

3ème Dimanche du Temps ordinaire / Année C

Ne 8,1-4a.5-6.8-10 / 1Co 12,12-30 / Lc 1,1-4 ; 4,14-21

« Excellent Théophile » : ainsi s’adresse saint Luc à son destinataire, qui peut être chacun de nous — ''Théophile'' signifiant aussi : ''ami de Dieu''. Les textes de ce 3ème dimanche du temps ordinaire nous font entrer de plain-pied dans l’Evangile selon saint Luc, qui nous accompagnera, sauf exception, toute cette année liturgique (''C''). Luc était médecin, peut-être un des 72 disciples mais pas un apôtre ; il devint l’un des compagnons d’apostolat de saint Paul et rédigea les Actes des Apôtres, qui est comme le second tome de son œuvre. Son Evangile est marqué par un esprit de douceur et d’exigence, une attention toute spéciale à la miséricorde de Jésus, une place plus importante accordée aux femmes, un récit détaillé des origines qui nous permet de connaître l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation et le Recouvrement au Temple. Mais que nous dit le Seigneur aujourd’hui ?

Il nous parle par des témoins : saint Luc, n’étant pas un apôtre, éprouve le besoin de se rattacher aux témoins directs, oculaires, de la vie publique, de la mort et de la résurrection du Sauveur, relatant les faits « d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole ». Il ne s’agit pas de colporter des mythes ou des rumeurs : voilà qui devrait servir d’exemple à tous ceux qui sont tentés de relayer, via les réseaux sociaux, tout et n’importe quoi ! Notre foi est donc liée directement et explicitement au témoignage irremplaçable des apôtres ; nous proclamons, dans le Credo, que notre Eglise est apostolique : elle ne transmettra rien d’autre que la foi des apôtres, n’en déplaise aux amateurs de nouveautés dogmatiques ! Saint Luc se fait donc le relai des témoins directs, sans pour autant nous livrer un matériau brut, un récit au jour le jour : « j’ai décidé, […] après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi un récit ordonné, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus ». Autrement dit, l’Evangile est composé, articulé, pensé pour être non une narration décousue mais un éclairage sur la personne du Messie : tout — miracles, guérisons, paraboles, enseignements, personnages secondaires — est subordonné à cette unique préoccupation. Dieu nous parle donc par des témoins animés par l’Esprit Saint, la foi et le désir de transmettre au mieux l’essentiel, en écartant tout ce qui ne servirait qu’à nourrir notre curiosité.

Il nous parle maintenant : « aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre ». Il ne s’agit pas de renvoyer les Ecritures saintes dans un passé nébuleux, une antiquité vénérable, ou une bibliothèque poussiéreuse ! Que ce soit à la messe, quand nous entendons les lectures, ou chez nous, quand nous méditons sur une page d’Evangile, ou lorsque nous échangeons en fraternité, c’est Dieu qui nous parle « aujourd’hui », ici et maintenant, pour nous toucher, nous changer en nous redisant qui Il est et qui nous sommes. La Parole de Dieu doit faire grandir notre foi, nourrir notre espérance, convertir notre cœur pour que l’Amour infini de Dieu nous rejoigne et nous guide au quotidien. Il s’agit donc de l’entendre aujourd’hui, de l’accueillir maintenant, sans poser de conditions ni remettre au lendemain.

Il nous parle en Eglise : le chrétien n’est pas isolé ! Comme le rappelle saint Paul, l’Eglise est organisée comme un corps où l’Esprit Saint S’exprime de multiples manières, par des charismes divers : « Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l’Eglise, il y a premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui ont charge d’enseigner […]. Tout le monde évidemment n’est pas apôtre, tout le monde n’est pas prophète, ni chargé d’enseigner ». Notre foi n’est pas solitaire, elle est personnelle ; elle n’est pas le fruit de la cogitation d’un groupe fermé, mais message universel adressé par Dieu à l’humanité ; elle n’est pas purement subjective, pour ne pas dériver dans des divagations ou des subdivisions infinies, mais elle est confiée à une Eglise structurée par le ministère ordonné. Diacres, prêtres et évêques, en communion avec le Pape comme Successeur de Pierre, ont mission de transmettre et de faire transmettre fidèlement la Parole de Dieu, de génération en génération.

« Excellent Théophile » : chacun de nous peut être cet ''ami de Dieu'' qui se donne les moyens d’entendre la Parole de Dieu, d’en vivre et d’en témoigner dès aujourd’hui.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 20 JANVIER 2019

2ème Dimanche du Temps ordinaire / Année C

Is 62,1-5 / 1Co 12,4-11 / Jn 2,1-11

« Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas » : voilà un début bien claironnant, comme si j’allais m’embarquer dans un sujet risqué. Et c’est le cas : je vais parler mariage !

Le mariage de Jésus, d’abord : non la ridicule idée d’une union avec la pauvre Madeleine, mais les noces mystiques du Christ et de l’humanité. « L’Eglise accorde une grande importance à la présence de Jésus aux noces de Cana. Elle y voit la confirmation de la bonté du mariage et l’annonce que désormais le mariage sera un signe efficace de la présence du Christ. » (CEC) C’est aussi un indice de la mission du Christ sur terre : tout réconcilier, tout unir, tout faire entrer dans une alliance « nouvelle et éternelle » scellée en Sa personne, Corps et Sang. En inaugurant les trois années de vie publique du Christ par une étrange scène de mariage où les époux sont muets et anonymes, saint Jean suggère que le véritable époux est le Christ, venu donner ce qui avait été « gardé jusqu’à présent » : « le bon vin » de l’alliance entre Dieu et l’humanité. Preuve en est que l’épisode s’achève sur un acte de foi en la divinité de Jésus, et donc Sa capacité à créer une alliance avec l’homme : « Il manifesta Sa gloire et Ses disciples crurent en Lui ».

Le mariage comme sacrement, ensuite : cette belle institution naît avec l’Eglise, c’est-à-dire au jour de Pentecôte. Le don de l’Esprit Saint se propage depuis ce jour dans des milliards d’existences individuelles transformées de l’intérieur, chacune selon son appel propre. L’un des appels, l’une des vocations possibles, est le mariage, alliance définitive d’un homme et d’une femme, alliance aux multiples effets : « du mariage valide naît entre les conjoints un lien [...] perpétuel et exclusif ; [...] les conjoints sont fortifiés et comme consacrés par un sacrement spécial ». Le mariage chrétien est choix décisif et confiant, don sans retour de tout soi-même, sous le regard et avec l’intervention de Dieu qui le bénit, c’est-à-dire lui donne sa force, son efficacité, son éternité : « le consentement par lequel les époux se donnent et s’accueillent mutuellement, est scellé par Dieu lui-même. [...] Ce lien [...] est une réalité désormais irrévocable et donne origine à une alliance garantie par la fidélité de Dieu. ». Un mariage ainsi conçu n’a rien d’un chemin semé de fleurs, mais est engagement dans une grande aventure dont Dieu ne sera jamais absent ; cette grande aventure peut se nommer sainteté. En se laissant combler de la grâce de Dieu, les époux se rendent capables d’aimer infiniment, au-delà de ce qui semble possible ou raisonnable. « Jésus leur dit : "Remplissez d’eau ces jarres. [...] Puisez maintenant" » : n’est-ce pas le mouvement de la vie sacramentelle — le temps de recevoir, le temps de donner ?

Le mariage comme réalité humaine, civile, naturelle : depuis l’aube des temps, hommes et femmes se marient. C’est que « Dieu lui-même est l’auteur du mariage. [...] Le mariage n’est pas une institution purement humaine », mais il a été inscrit dans l’histoire de l’humanité par le Créateur. « Dieu [les] ayant créé homme et femme, leur amour mutuel devient une image de l’amour absolu et indéfectible dont Dieu aime l’homme. [...] Et cet amour que Dieu bénit est destiné à être fécond ». Depuis toujours, des civilisations et des sociétés reconnaissent la valeur du mariage, union de deux êtres qui veulent donner la vie dans un cadre stable pour l’enfant : l’Etat déclare y trouver son compte, en termes de stabilité, de perpétuité de l’espèce, de croissance harmonieuse de ceux qui seront les citoyens de demain. Mais « le vin des noces était épuisé » : il semble en être ainsi aujourd’hui. Epuisé faute de soutien de l’Etat, faute aussi de sens définitif quand le consentement devient contrat révocable, quand l’ouverture à la vie risque de devenir un odieux "droit à l’enfant", quand les fondements de la différence sexuée sont niés au bénéfice d’une vision démiurgique de l’homme condamné à se construire tout seul, sans racine, sans nature, sans transcendance…

« Tel fut le premier des signes de Jésus, [...] à Cana de Galilée » : aujourd’hui pas plus qu’hier, Dieu refuse d’être le grand absent de la vie affective, familiale, sociale de l’homme et de la femme. Il ne veut pas être exclu de leurs engagements, de leur vie quotidienne, de leur croissance, de leurs joies et de leurs peines. Il veut leur transmettre la joie de se donner sans retour.

Homélie du P. KOUASSI de la messe du 20 JANVIER 2019

IIème dimanche du temps ordinaire - Année C (Verte) – Sainte Marie de Vizille

Is 62, 1-5
Ps 95 (96)
1Co 12, 4–11
Jn 2, 1-11

F/S, nous voilà dans le Temps Ordinaire. Toutefois, le thème de la joie demeure inscrit dans notre agenda de chrétien. L’Evangile de ce deuxième dimanche du temps ordinaire, en effet, nous conduit à un mariage: nous sommes aux noces Cana. C’est le signe que Dieu aime la joie de la rencontre, la fête entre tous les hommes, la joie du partage.  

A travers ce mariage qui préfigure les noces du Royaume, où tous les hommes vivront ensemble la joie du partage avec Dieu, nous sommes au  commencement des signes que Jésus accomplit. Et je voudrais m’arrêter sur deux points : « Ils n’ont plus de vin » ; et  « Tout ce qu'il vous dira, faites-le ».  

 

  • « Ils n’ont plus de vin » :  Marie, la médiatrice

Voici un triste constat ! A un mariage plus de vin, on dira même qu’ils ont trop bu et que le vin vint à manquer ! En bonne Mère, soucieuse de tout, Marie constate ce manque de vin. Marie va donc au-devant des besoins de l’homme et introduit ces besoins  dans le rayonnement messianique et de la puissance salvifique du Christ. Il y a donc une médiation: Marie se situe entre son Fils et les hommes dans la réalité de leurs privations, de leur pauvreté et de leurs souffrances. Elle se place « au milieu», c'est-à-dire qu'elle agit en médiatrice non pas de l'extérieur, mais à sa place de mère, consciente, comme telle, de pouvoir montrer au Fils les besoins des hommes -ou plutôt d'en «avoir le droit». Sa médiation a donc un caractère d'intercession: Marie «intercède» pour les hommes. Et bien cela arrive que l’humanité vint « à manquer de vin » quand il n’y a plus de compassion, de miséricorde et d’amour. Laissons-nous pénétrer et saisir par ces manques et d’éveiller simplement les consciences.

 

  • « Tout ce qu'il vous dira, faites-le » :  Marie, la porte-parole

Un autre élément essentiel de ce rôle maternel de Marie se trouve dans ce qu'elle dit aux serviteurs: «Tout ce qu'il vous dira, faites-le».  La Mère du Christ se présente devant les hommes comme porte-parole de la volonté du Fils, celle qui montre quelles exigences doivent être satisfaites afin que puisse se manifester la puissance salvifique du Messie. A Cana, grâce à l'intercession de Marie et à l'obéissance des serviteurs, Jésus inaugure «son heure». A Cana, Marie apparaît comme quelqu'un qui croit en Jésus: sa foi en provoque le premier «signe» et contribue à susciter la foi des disciples.

Que retenir ?

Six jarres, le chiffre six (6) symbolise notre état d’imperfection (par opposition au chiffre sept (7) symbole de la perfection, de la plénitude, de la maturité) : il signifie qu’il manque quelque chose d’essentiel, de vital.

Comme Marie, osons regarder dans notre monde d’aujourd’hui, osons regarder la réalité dérangeante au milieu de la fête des Noces : comment est-il possible qu’ils n’aient plus d’amour, de compassion et de charité? Marie se laisse interpeller et elle agit en accomplissant ce qui est à sa portée : elle se tourne vers Jésus puis s’adresse aux serviteurs présents…. Et le signe miraculeux de Jésus devient possible ! Laissons nous interpeller, laissons nos cœurs fibrés aux manques des besoins de ce monde, éveillons les consciences et faisons confiance à Dieu car « l’amour de Dieu est sans partage, l’amour de Dieu est réconfort, l’amour de Dieu est plus fort que le mal, l’amour de Dieu est notre vie ». O quelle joie !

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 13 JANVIER 2019

Baptême du Seigneur / Année C

Is 40,1-5.9-11 // Tt 2,11-14 ; 3,4-7 // Lc 3,15-16.21-22

Jésus n’a pas été baptisé ! Et l’Evangile que nous venons d’entendre n’est pas le tableau d’un sacrement… Evidemment, puisque Jésus est le Fils unique de Dieu : donc n’a pas besoin du baptême pour devenir enfant de Dieu, pour laver Ses péchés, pour entrer dans l’Eglise ! Quand la liturgie parle du « Baptême du Seigneur », elle désigne un acte exceptionnel par lequel Jésus Se manifeste aux yeux du monde comme l’Envoyé, le Christ, le Messie : nous sommes donc dans la même logique que Noël et l’Epiphanie. Mais l’occasion de parler du sacrement du baptême, de notre baptême donc, est trop bonne pour que je la laisse passer… Qu’en dire, donc ?

Soulignons d’abord la grâce de notre baptême : « Par le bain du baptême, Il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu L’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par Sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle » (Tite). Le baptême est, étymologiquement, un ‘‘plongeon’’, un « bain » dans lequel nous sommes immergés tout entiers, corps, esprit, âme. Tout est ‘‘plongé’’ en Dieu : dans Son amour et Sa miséricorde, dans Sa vérité et Sa justice, dans Sa vie et Son éternité. Ne sous-estimons pas la grâce, l’amour tout-puissant et infini dans lequel notre existence terrestre évolue désormais ! Ne réduisons pas le sacrement du baptême à une cérémonie extérieure, un rite de passage, un vague symbole de notre lien avec Dieu : non, le baptême est renaissance, renouvellement intérieur, justification, don — par avance — « de la vie éternelle », pas moins ! Enfin, qui dit « grâce », dit don gratuit, généreux, premier, prévenant toute initiative et tout mérite de notre part : Dieu fait le premier pas, et S’engage définitivement à nos côtés, pour que nous puissions Le rejoindre au dernier jour et vivre éternellement en Sa présence. Quel amour ! Quelle promesse ! Quel don incroyable ! Comment y répondrons-nous ?

Première réponse, la confiance : « Tous, ils comptent sur Toi pour recevoir leur nourriture au temps voulu. […] Tu ouvres la main : ils sont comblés » (Psaume 103/104). Dieu n’a pas besoin de notre peur, et une religion de la crainte, de la routine et du devoir ne L’intéresse pas. Que veut-Il ? Notre amour et notre confiance, notre réponse et notre engagement, notre ‘‘oui’’ à l’Alliance, bref notre foi. Si souvent, dans les Evangiles, nous voyons Jésus demander Si on croit en Lui, si on Lui fait vraiment confiance, si on est prêt à Le suivre jusqu’au bout ! Et la réponse de l’homme n’est pas toujours au rendez-vous : pas le temps de prier, d’aller à la messe ; pas envie de faire des efforts, de se confesser ; pas d’humeur à accepter des conseils ou des reproches ; pas capable d’ouvrir une page d’Evangile ; pas disponible pour écouter ou regarder l’autre ; pas motivé pour aller vers son prochain et faire le premier pas… « Tous, ils comptent sur Toi » : et si c’était vrai ? Et si nous nous mettions à compter totalement sur Dieu, à Lui parler, L’écouter, Le chercher, Le laisser nous rejoindre, L’aimer chaque jour ? Alors notre baptême vivra réellement en nous !

Deuxième réponse, le témoignage : « Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem » (Isaïe). Il ne faut pas garder pour soi les dons de Dieu : ils sont faits pour être partagés, à tel point qu’ils grandiront en nous à mesure même que nous les mettrons au service de l’Eglise et du monde. Témoigner comment ? En mettant en accord nos paroles et nos actes, en sachant nous engager et persévérer dans la parole donnée, en affrontant sans crainte les sourires moqueurs ou les critiques acerbes qui ne manqueront pas dès que quelqu’un se sera aperçu que nous sommes croyants, donc pratiquants… Mais s’en apercevra-t-on ? Peut-être sommes-nous tentés de raser les murs, de faire ‘‘comme tout le monde’’, de taire notre foi, de ne pas prendre le temps de transmettre : ce serait une erreur fatale, et pour nous-mêmes, et pour les autres. Dieu ne veut rien faire sans nous : voilà pourquoi Il nous demande de porter Sa Parole, de partager aux autres l’essentiel qui nous fait vivre, de prendre des risques !

Grâce, foi et témoignage ; ou amour, confiance et partage dans l’engagement : voilà un beau programme de vie pour ceux qui vivent le sacrement du mariage ou s’y préparent. Prendre au sérieux notre baptême, c’est porter des fruits ici et maintenant, et pour « la vie éternelle ».

Homélie du P. KOUASSI de la messe du 13 JANVIER 2019

BAPTEME DU SEIGNEUR / Année C (Blanche)

Is 40, 1-5 ; 9-11
Ps 103 (40)
Tt 2,1-14 ; 3,4-7
Lc 3, 15-16 ; 21-22

F/S biens aimés, c’est ma toute première eucharistie que je célèbre avec vous en L’Eglise Saint Martin (Paroisse Saint Jean de la Croix). Permettrez-moi de vous adresser mes vœux les meilleurs en cette nouvelle année 2019 que la bonté de Dieu nous offre. C’est à chacun de nous de travailler à l’avènement de tous ces vœux que nous nous adressons chaque année. Avec Saint Jean, je souhaite pour vous :

J = Joie ; E = Espérance ; A = Amour ; N= Notoriété.

 

La liturgie de l’Eglise, notre Mère, nous offre de célébrer aujourd’hui le Baptême de notre Seigneur Jésus. Sur les rives du Jourdain, le Sauveur est baptisé par Jean et désigné comme Fils bien-aimé en qui le Père trouve sa joie. C’est l’occasion pour chacun de nous de se souvenir de son propre baptême (date), de penser à ses parrains et/ou marraines et aux parrains/marraines de penser à leur filleul/filleule.

 

1)  Baptême du Christ : prolongement de l’Epiphanie

Avec la fête du Baptême de Jésus, la liturgie de ce dimanche prolonge l’Épiphanie (c'est-à-dire la manifestation) du Christ. Suite au mystère de l’Épiphanie où le Fils de Dieu se manifesta petit enfant aux mages venus l'adorer à Bethléem, aujourd'hui nous sommes appelés à faire mémoire du Christ adulte, baptisé par Jean le Baptiste.

Cette épiphanie de Jésus a comme témoin non seulement Jean le Baptiste, les disciples de ce dernier, et les pécheurs qui étaient venus recevoir un baptême de pénitence, mais aussi la Sainte Trinité : le Père (l'Aimant) – la voix venue d'en haut – révèle Jésus comme le Fils Unique (l'Aimé) - consubstantiel au Père - , et tout cela se réalise en vertu de l'Esprit Saint (l'Amour) qui descend sur le Messie sous forme de colombe.

En effet, au moment où, Jésus, sort de l'eau du Jourdain, et est recueilli en prière, l'Esprit Saint descend sur lui comme une colombe ; le ciel s'ouvre, et on entend la voix du Père, qui, d'en haut, dit à Jésus : « Toi, tu es mon fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » (Luc 3, 22).

La conséquence « pratique » pour nous sera de faire nôtre la prière par laquelle le prêtre commence la prière de ce dimanche : « Dieu éternel et tout-puissant, quand le Christ fut baptisé dans le Jourdain et que l'Esprit Saint reposa sur lui, tu l'as désigné comme ton Fils bien-aimé ; accorde à tes fils adoptifs, nés de l'eau et de l'Esprit, de persévérer toujours dans “ta joie amoureuse et bienveillante”». De cette manière, la fête du Baptême de Jésus ne sera pas seulement pour nous un moment où nous nous mettrons à l'écoute de son Évangile de joie, mais aussi une invitation à être témoin du Christ dans une existence vécue dans la joie, parce que dans le Fils, nous sommes fils nous aussi, nous sommes aimés et pardonnés.

2)  Signification du Baptême de Jésus

Selon saint Jérôme, il y a trois raisons qui expliquent pourquoi le Christ s'est fait baptiser par Jean.

  • Premièrement, parce que, étant né homme Il doit, comme les autres, respecter la loi dans la justice et l'humilité.
  • Deuxièmement, pour démontrer l'efficacité du baptême de Jean en se faisant baptiser.
  • Troisièmement pour montrer, en sanctifiant les eaux du Jourdain par la descente de la colombe, l'avènement de l'Esprit Saint dans le baptême des croyants » (Saint Jérôme)

Deux autres enseignements que l'on peut retirer de cette fête.

  • D'abord, en se faisant baptiser par Jean avec d'autres pécheurs, Jésus a déjà commencé à prendre sur lui le poids de la faute de toute l'humanité, comme Agneau de Dieu qui « enlève » (littéralement qui « prend sur lui ») le péché du monde (cf. Jn 1, 29).
  • Ensuite, par son baptême dans le Jourdain, Jésus nous révèle le Père, le Fils et le Saint Esprit qui descendent parmi les hommes et manifestent leur amour riche de miséricorde qui pardonne et recrée.

3) Conclusion

Dans le Baptême c’est le mouvement de Noël qui se répète : Dieu descend encore, il entre en chacun de nous, il naît en nous afin que nous naissions en Dieu et le Christ devient le centre de toute la vie chrétienne.

Le temps de Noël ne peut avoir meilleure conclusion que la célébration du baptême du Seigneur.

Dans la Crèche, nous avons contemplé le Verbe fait chair, à l’Épiphanie nous avons vu la lumière du Christ illuminer les nations, au jour de son baptême, l’œuvre de Dieu se révèle dans sa plénitude : le Père veut sauver tous les hommes et confie à son Fils de nous révéler son amour.

Que la divinité du Christ transforme pleinement notre humanité. Amen !

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 23 DECEMBRE 2018

4ème Dimanche d'Avent / Année C

Mi 5,1-4 / He 10,5-10 / Lc 1,39-45

Demain c’est Noël ! Notre 4ème semaine d’Avent va donc passer très vite ! Prenons le temps d’achever notre préparation spirituelle en méditant sur la lettre aux Hébreux.

Quelle offrande ? « Le Christ commence […] par dire : Tu n’as pas voulu ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché, ceux que la Loi prescrit d’offrir. » L’Avent prépare Noël en nous parlant d’offrande : que pouvons-nous offrir à Dieu le Père pour être en communion avec Lui ? Notre foi, notre amour, nos gestes de partage, nos temps de prière, notre conversion permanente, nos démarches de réconciliation, notre engagement pour plus de justice et de paix, nos efforts missionnaires ? Oui, bien sûr, et j’espère que l’Avent 2018 aura vu quelque chose de cela… Mais est-ce suffisant ? Non, car la sainteté du Père éternel est inaccessible. Alors que ferons-nous de plus ? Rien, je crois : c’est Lui qui agira. Tel est le sens profond de notre Avent, de Noël qui approche, de toute notre foi chrétienne : aucun acte humain n’étant de taille à procurer le salut éternel, Dieu le Père Lui-même intervient en nous offrant Son Fils Jésus. La folie consumériste du XXème siècle ayant transformé le 25/12 en fête des cadeaux, adoptons pour un instant son langage : à Noël c’est Dieu qui offre, et Dieu qui est offert.

Un corps : « En entrant dans le monde, le Christ dit : […] Tu m’as formé un corps ». Quel mystère ! Puissions-nous ne jamais ne nous y habituer ! L’Infini prend un corps, donc une limite terrible à Sa capacité de relation ; l’Eternel prend un corps, donc accepte d’être traversé par le temps, l’usure, la mort ; le Saint, le Parfait, le Tout-Puissant prend un corps, S’immergeant donc sans réserve dans l’humanité et son lot de souffrance et de péché… Qui d’entre nous, ayant en partage un tel bonheur, consentirait à plonger sans protection dans l’abîme de l’éphémère, de la limite, du mal ? Tel est, vaguement entrevu par notre foi, le sacrifice inconcevable auquel le Christ a consenti, par pur amour. Quand le Verbe éternel dit : « Tu m’as formé un corps », croyons bien qu’il ne s’agit pas là pour Lui d’une promotion ou d’un accomplissement ! L’Avent est pour ainsi dire indispensable pour habituer notre esprit à l’offrande infinie qui nous sera faite le jour de Noël : Dieu le Fils Se fait homme, le Créateur Se fait créature, la Parole divine va Se dire dans les balbutiements d’un bébé…

Une volonté : « Puis Il déclare : Me voici, je suis venu pour faire Ta volonté. […] Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de Son corps, une fois pour toutes. » Jésus est envoyé par le Père, Il répétera bien des fois qu’Il n’est venu parmi nous que pour accomplir la volonté du Père ; cependant Jésus trouve Sa liberté de Fils en disant ‘oui’ au Père, en unissant Sa volonté à la Sienne. L’Avent doit faire grandir en nous l’attente d’une liberté vraie qui soit entrée, progressive et confiante, dans la volonté du Père. Un chrétien qui passerait sa vie à n’en faire qu’à sa tête, au rythme cahotant des envies et des humeurs qu’il prendrait pour sa liberté individuelle, non seulement n’accomplirait pas la volonté de Dieu, mais passerait à côté de sa propre liberté, de sa vocation, du but de sa vie. Jésus nous enseignera, plus tard, à dire au Père « que Ta volonté soit faite » ; pour l’heure c’est en actes qu’Il accomplit, sans poser de conditions ni exiger de garanties, la volonté de Son Père et Sa propre volonté de nous sauver en nous donnant tout.

Dans le premier moment de son humanité, « le Christ s'offre en oblation à son Père. Ce don complet de Lui-même est une adhésion amoureuse [...] au dessein de Dieu [...]. Cette oblation n'est pas un acte isolé ; elle est une disposition foncière de l'âme du Christ Jésus ». Cette offrande « est vitale pour Lui et Lui assure sa nourriture. [...] L'oblation du Christ le livre aux volontés divines et spécialement au sacrifice du Calvaire. Identifiée au Christ par les envahissements de sa grâce, l'âme par l'oblation renouvelée, lui devient véritablement une humanité de surcroît en qui il peut étendre la réalisation de ses mystères » (bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant Jésus, Je veux voir Dieu, 327-328). En venant parmi nous à Noël, en prenant un corps, en acceptant la volonté du Père, Jésus offre déjà Sa vie pour nous et pour tous : l’offrande est faite, la recevrons-nous ?

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 09 DECEMBRE 2018

2ème Dimanche d'Avent / Annnée C

Ba 5,1-9 / Ph 1,4-6.8-11 / Lc 3,1-6

"Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère !" Nous avons bien besoin d’entendre cet appel en ce 2ème dimanche de l’Avent, alors que nous sentons les forces de dissolution très présentes et hélas très efficaces, et que nous sentons notre société partir à la dérive, capable du meilleur comme du pire… Les textes de ce jour nous invitent à la résistance, toute spirituelle, qui est refus de la violence, refus de la résignation, refus de l’autosuffisance, refus de l’indifférence : une résistance toute négative ? Non, car sur notre chemin nous rencontrons aujourd’hui Baruch et Jean-Baptiste.

Baruch : « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis » : on peut lire cette annonce comme un slogan politique, populiste, d’égalité absolue par arasement de tout ce qui dépasse, mais la Parole de Dieu n’est pas au service d’une cause, d’une utopie, d’une idéologie. Par la voix de Ses prophètes, dont saint Jean-Baptiste est le dernier, Dieu cherche à changer le cœur de l’homme, pour y rétablir la « ressemblance » que le péché lui a fait perdre. Reprenons le contexte de cette annonce : chez Baruch, il s’agit d’une action divine qui va ainsi permettre aux exilés de revenir dans leur pays, de retrouver sans encombre la Cité sainte, Jérusalem. Dieu est donc Celui qui permet de rejoindre le lieu de l’alliance, le lieu du culte, la terre de la promesse : autrement dit, l’homme ne trouve son identité véritable qu’en Dieu qui lui donne de vivre au centre de son être, de sa vocation. Entre Dieu et l’humanité, existe une mystérieuse correspondance qui s’épanouit lorsque l’homme se laisse guider par Dieu dans sa Jérusalem personnelle, sa Cité sainte, son sanctuaire intérieur où va se jouer plus que son bonheur, son salut : « et tout être vivant verra le salut de Dieu ».

Saint Jean-Baptiste : il reprend cette même exhortation, mais avec comme une urgence dans sa voix : « il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés ». Le Messie arrive ! C’est Lui qu’il faut accueillir en traçant un chemin droit, comme par un travail de cantonnier spirituel : Dieu appelle à rogner nos montagnes d’orgueil, combler ce qui est vide de sens dans notre existence, redresser ce qui est tordu, déformé par la routine voire défiguré par le péché ; bref, à se convertir. Comment faire ? Travailler sur soi, sans perdre de temps, mais pas s’échiner, tout seul, chacun sur ses mauvaises herbes : travailler spirituellement, c’est, d’abord, écouter, accueillir, faire confiance, se laisser faire, réellement, concrètement, quotidiennement par Dieu : « ainsi serez-vous […] comblés du fruit de la justice pour le jour du Christ ». Avec saint Jean-Baptiste, accueillons le Messie en nous rendant disponibles, en acceptant de ne pas tout contrôler — de ne rien contrôler, même.

Et Jésus ? Pour l’instant, Il a l’air de Se taire. L’Avent est aussi, d’une certaine manière, le temps du silence de Dieu, le temps où l’homme attend une Parole de Dieu qui semble ne pas devoir venir, le temps où les promesses ont l’air d’avoir été faites en vain. Jésus Se tait, car Son temps n’est pas venu : le cœur des hommes n’est pas prêt. Mais quand le sera-t-il vraiment ? Dieu fait silence, Dieu attend ; Dieu nous invite à entrer dans le silence de l’attente, à faire cesser le brouhaha perpétuel qui empêche de penser, de comprendre, de souffler, de vivre ! L’Avent peut devenir, pour chacun de nous, l’entrée dans l’attente de Dieu : non seulement le fait d’attendre Dieu, mais plus profondément correspondre à Son attente, y communier de tout notre être, et laisser la patience silencieuse de Dieu nous envahir et nous transformer. « Alors on [dira] parmi les nations : ‘‘Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur !’’ » Alors le monde verra l’œuvre de Dieu.

A la question d’un journaliste, un brin orientée, « Que faut-il changer dans l’Eglise ? », Mère Teresa répondait : « Vous et moi » : c’est valable aujourd’hui pour chacun de nous. L’Avent ne nous appelle pas à récriminer, à nous lamenter, ou à nous enfermer dans un mode de vie fait de surconsommation et d’autosatisfaction : le véritable changement sera intérieur, ou ne sera pas. L’Avent est comme le passage d’une attente nouvelle dans notre vie : Dieu nous invite à « quitter [notre] robe de tristesse et de misère », quitter ce qui ne peut que mourir pour entrer dans la Vie.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 02 DECEMBRE 2018

1er Dimanche d'Avent / Année C

Jr 33,14-16 / 1Th 3,12-4,2 / Lc 21,25-28.34-36

« Irène se transporte à grands frais en Epidaure, voit Esculape dans son temple, et le consulte sur tous ses maux. D’abord elle se plaint qu’elle est lasse et recrue de fatigue ; et le dieu prononce que cela lui arrive par la longueur du chemin qu’elle vient de faire. […] Elle lui déclare que le vin lui est nuisible : l’oracle lui dit de boire de l’eau ; qu’elle a des indigestions : et il ajoute qu’elle fasse diète. « Ma vue s’affaiblit, dit Irène. — Prenez des lunettes, dit Esculape. — […] Fils d’Apollon, s’écrie Irène, […] est-ce là toute cette science que les hommes publient, et qui vous fait révérer de toute la terre ? Que m’apprenez-vous de rare et de mystérieux ? et ne savais-je pas tous ces remèdes que vous m’enseignez ? — Que n’en usiez-vous donc, répond le dieu, sans venir me chercher de si loin » ? Quel rapport entre cette petite saynète, extraite des Caractères de La Bruyère, et ce 1er dimanche d’Avent ? Sans doute ceci : nous avons vécu bien des Avents, et nous avons peut-être l’impression qu’il n’y aura, cette année encore rien « de rare et de mystérieux », pour reprendre les termes de La Bruyère, rien de nouveau. Effectivement, je ne vais rien dire de nouveau sur l’Avent. Nouvelle, peut-être, sera notre écoute, notre prise en compte de ce que la liturgie nous donne comme feuille de route pour nous préparer à Noël.

Aujourd’hui, donc, l’Avent commence, avec sa tonalité particulière (pas de Gloria), sa couleur liturgique (violet), ses textes sacrés concentrés sur l’attente du Messie. Ces quatre semaines, que le choix des lectures tourne vers la venue, l’avènement (adventus) du Christ en notre chair, forment notre cœur pour le préparer à vivre, dans la joie et le recueillement nécessaires, la grande fête de Noël. Comment se préparer ? Par une attitude de veille spirituelle (« Restez éveillés et priez en tout temps »), unissant vie intérieure et partage, prière et don de soi ; par une grande persévérance dans ce que nous entreprenons, qui nous évitera la lassitude, la routine ou l’autosatisfaction (« Faites donc de nouveaux progrès ») ; peut-être par une relecture étalée dans le temps des Evangiles de Noël, pour les entendre différemment le jour venu ; certainement par une démarche de confession qui nous délivrera du péché qui entrave si bien notre marche vers la sainteté (« de crainte que votre cœur ne s’alourdisse »). L’Avent est un temps d’attente, tout en joie intérieure, mais pas un temps de passivité ! Mais vers quoi nous dirige-t-il ?

Noël, bien sûr ! Noël comme une naissance parmi nous, dans nos vieux pays comme dans les jeunes nations ; dans nos vieilles Eglises comme en pays de mission ; dans l’aurore comme au crépuscule de notre vie terrestre… Dieu naît : c’est énorme, quand on veut bien y penser sérieusement ! Dieu naît dans le temps, parce que c’est le seul moyen qu’Il a trouvé pour nous faire naître à l’éternité. Dieu naît pour nous apprendre à renaître par-delà le rideau de la mort… Noël, y avons-nous songé, nous apprend à naître chaque jour pour le Royaume de Dieu, comme une certitude qu’on espère, qui se reçoit et qui se prépare tout à la fois : « ainsi vous aurez la force […] de vous tenir debout devant le Fils de l’Homme ». Noël ne nous projette donc pas dans un passé fabuleux ou une nostalgie de l’enfance : non, cette naissance unique entre toutes est celle d’un « Astre » qui veut éclairer tous les pays, toutes les époques toutes les consciences. Noël nous tourne vers l’avenir tel que Dieu l’entrevoit et le prépare : « votre rédemption approche ». Que ferons-nous pour l’accueillir ? Quel sera notre chemin pour y parvenir ? Que changerons-nous dans nos cœurs pour que le Seigneur, dont nous avons fêté dimanche dernier la royauté, devienne réellement, par la grâce de Noël, notre Seigneur et notre Roi, l’Enfant Dieu ne demandant qu’à grandir non seulement dans nos crèches mais dans nos maisons ?

« Vous savez bien quelles instructions nous vous avons données de la part du Seigneur Jésus » : ne soyons donc pas comme Irène face à Esculape, et ne cherchons pas, dans notre vie de foi, midi à 14h : sinon le cycle liturgique aura beau, année après année, faire revivre pour nous les mêmes mystères de la vie du Sauveur, nous ne les verrons pas fructifier en nous faute de les revivre avec un cœur neuf. L’Avent commence : Dieu peut naître de nouveau pour nous.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 25 NOVEMBRE 2018

34ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Christ-Roi
Dn 7,13-14 / Ap 1,5-8 / Jn 18,33b-37

« A vous, la grâce et la paix, de la part de Jésus Christ, [...] le prince des rois de la terre » : ce souhait de l’Apocalypse donne sens à la fête du Christ-Roi, qui couronne aujourd'hui l'année liturgique commencée l'Avent dernier. Mais quel Roi est-Il ?

« Sa domination est une domination éternelle, [...] une royauté qui ne sera pas détruite », annonce le prophète Daniel : la royauté du Christ n'est pas une construction éphémère, mais une éternelle victoire. Mais victoire sur qui ? Dieu n'a pas d'adversaires, Il est trop grand pour cela ; même le diable n'est qu'un microbe en comparaison. Par contre les forces de destruction qu'il a semées dans le Jardin d'Eden, pour reprendre cette belle image, essaient d'occuper la première place, d'occulter le visage de Dieu présent en Sa création et au plus haut point en l'homme, Sa créature. Le Christ est venu rétablir, en prenant la nature humaine, la « ressemblance » voulue par Son Père dès l'origine et perdue par suite du péché : ressurgi d'entre les morts au matin de Pâques, d'ores et déjà Il est Roi, éternellement, Il est assis auprès de Son Père, et en Lui, la nature humaine est divinisée. Chrétiens, ne nous comportons donc pas comme si Dieu était mort, comme des gens « sans espérance », ne participons pas à la déprime générale, ne doutons pas de la capacité de Dieu à sauver l'homme, à racheter nos péchés.

« Ma royauté n'est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré. » Christ n'est pas venu faire la guerre, ni pour qu'on la fasse en Son Nom : Il n'est pas venu répandre une idéologie à la pointe de l'épée, ni répandre un système révolutionnaire mondial, ni proclamer la supériorité d'une race sur une autre, ni imposer une forme particulière d'organisation sociopolitique. Croyants, nous avons vécu sous bien des régimes, et aucun n'a été le parfait accomplissement du Royaume du Christ... Nous gardons donc, entre nous, une légitime diversité de sensibilités et d'options en la matière. Par contre, le Christ nous met en garde contre une utilisation du Nom de Dieu pour assujettir l'humanité : Il n'a pas voulu Se battre contre ceux qui Le conduisaient à la mort, Il n'a pas voulu être de ces rois qui envoient sans sourciller leurs sujets à la mort. Chrétiens, ne réduisons donc pas la religion à une guerre contre le mal ! La religion est d'abord une relation vivante, personnelle, intérieure autant que communautaire, avec le Dieu de Vie. Cette relation, la vivons-nous, dans la prière et dans les sacrements ? Ou laissons-nous les curés et les bonnes sœurs s’en charger à notre place ?

La religion n’est pas une guerre contre le mal : faut-il pour autant baisser les bras, ne rien faire ? Certainement pas ! « Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » Il est de notre responsabilité de faire vivre une démocratie où les dirigeants agissent pour le bien commun et ont en vue une paix fondée sur la justice, une liberté jamais déconnectée du devoir de tout homme de chercher la vérité. Le Christ ne nous invite pas à vivre recroquevillés sur nous-mêmes, chacun pour soi, sa foi et ses convictions enfermées dans une coquille d'œuf : Il est Roi, un Roi témoin de la vérité, proclamant la vérité au prix de Son Sang répandu en abondance pour que tous aient la vie. Etrange roi qui est témoin et non tribun, qui préfère mourir que tuer ! Voilà notre Roi, voilà notre royauté puisque le sacrement du baptême nous a transmis une part de la royauté même du Christ. Notre royauté sera donc reçue d'en haut, reflet d'une royauté divine qui Se fait servante de tous, qui souffre avec les affligés, relève les humiliés, réconcilie les pécheurs, affermit les timides, ressuscite les morts. Le Christ fait de nous des rois, c'est-à-dire des serviteurs de la vérité, serviteurs qui ne possèdent rien mais sont saisis par l'Amour du Christ et donneront tout pour le partager.

Le Christ n'est pas venu apporter la guerre, mais la paix ; une paix ni molle ni tiède, mais exigeante au point d'être comparée par Lui à une « épée ». Cette épée ne doit pas être brandie contre les autres, mais contre le péché qui sommeille ou s'éveille au fond de nous, et qui peut nous amener à la mort spirituelle. Un écrivain définissait la politique comme « l’art de triompher collectivement de la mort » (P. Del Perugia, Les derniers rois mages) : telle est la seule politique du Christ, notre Roi.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 18 NOVEMBRE 2018

33ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Dn 12,1-3 / He 10,11-14.18 / Mc 13,24-32

Il y avait une petite ville californienne appelée « Paradis » : les terribles incendies de ces derniers jours l’ont subitement rayée de la carte… Une vision de fin du monde. En cet avant-dernier dimanche de l’année liturgique, la liturgie nous oriente vers l'avenir collectif de l'humanité : si la question de la mort taraude chacun, jeunes et moins jeunes, elle est cependant occultée par notre société occidentale. Ce qui ne la rend pas moins angoissante, je pense... Mais cela donne à la Bonne Nouvelle une actualité percutante : que se passera-t-il à la fin du monde ?

Anges et catastrophes : « En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui se tient auprès des fils de ton peuple. Car ce sera un temps de détresse » (Dn). Voilà qui n’est pas engageant, et le Christ n’est pas plus rassurant : « les puissances célestes seront ébranlées » (Mc) ! Qu’en retenir ? Tout ce que nous voyons, tout ce que nous construisons, est inscrit dans le temps, donc soumis à des phases de croissance et de déclin, et, au final, périssable, voué à disparaître. On dit communément que l’essentiel est invisible, ce qui est très vrai : ce qui implique que le visible n’est que signe, provisoire et parfois éphémère. Il ne s’agit pas de s’arrêter de construire et de penser, car ce serait arrêter de vivre ; par contre, le chrétien se souvient que tout doit avoir sa fin en Dieu — et qui dit fin dit terme et but. Ce qui nous amène à revisiter nos choix, nos priorités, nos engagements, l’utilisation que nous faisons de notre temps, de nos moyens, de nos talents : est-ce porteur d’amour, de vie, de don de soi, est-ce que cela vient de Dieu et mène à Dieu ? Dans ce contexte, les anges nous disent le lien permanent entre ciel et terre, lien voulu par Dieu, lien de vie et de vérité. Si nous voulons l’ignorer, nous courrons le risque qu’à l’heure du bilan, notre existence sombre dans la « détresse », la catastrophe finale...

Une entrée définitive dans la Vie ou dans la Mort : ils « s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles » (Dn). Voilà qui est clair ! L'Evangile de ce jour parle de « rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel » (Mc), mais il ne faut pas oublier la contrepartie : ceux qui auront choisi de lutter contre Dieu et de défigurer sa créature s’excluent définitivement de la Vie. Comment est-il possible de défigurer une créature de Dieu ? La réponse, hélas, est multiple : abus, violences, meurtre, mais aussi, plus prosaïquement, mépris, médisance, indifférence ou hostilité, et, au final, refus de voir en l’autre un « prochain »… La réponse chrétienne à l’annonce, par Dieu, de la fin du monde n’est ni le tremblement, ni la confortable illusion d’une éternité automatique, d’un salut sans conversion, sans bonnes œuvres, sans foi, sans croix. La perspective du Royaume de Dieu ne stérilise pas nos efforts d’ici-bas, mais doit les fortifier, les purifier, leur donner le sens profond et définitif sans lequel tout ne sera que routine et tiédeur. Notre patrie est là-haut, mais l’apprentissage de la citoyenneté se fait ici et maintenant, et il n’y aura pas de session de rattrapage !

Une connaissance nouvelle, à préparer : « Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament » (Dn). Derrière ces mots mystérieux, une promesse incroyable : Dieu nous veut auprès de Lui pour nous irradier de Son amour, de Sa paix, de Sa propre divinité ! L’avenir n’est pas l’ennui d’un paradis statique ou d’une vie terrestre indéfiniment prolongée, mais une participation à l’être même de Dieu, à Son amour trinitaire qui nous transformera radicalement à Son image, nous rendant aptes à une vie éternelle, divine : d’où les images bibliques de lumière, de « splendeur du firmament ». Cette connaissance, qu’en faire ? Un avenir aussi lointain que nébuleux ? Une assurance-vie-éternelle ? Bien sûr que non ! Le Christ nous interpelle aujourd’hui : « Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier » (Mc). Autrement dit : servez-vous des réalités d’ici-bas pour accéder à un niveau supérieur de compréhension de votre vie, de l’univers, du temps, de la mort… Recevez de Dieu la connaissance des vrais enjeux de la vie sur terre, et partagez-la autour de vous : ne laissez pas vos contemporains s’égayer dans tous les sens, au risque de se perdre, ne les laissez pas s’illusionner, désespérer, mourir de soif ! Dieu est fontaine de vie éternelle : désirez-la, buvez-y, invitez ceux que vous aimez et ceux que vous n’aimez pas assez à y venir, pour y trouver la vraie Vie. Alors l’Apocalypse ne sera ni un mythe ni une terreur, mais l’horizon du quotidien, la boussole de l’amour que nous sommes faits pour vivre dès maintenant et pour toujours.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 11 NOVEMBRE 2018

31ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Is 32,15-18 / Ps 88 (89) 2-3, 4-5, 21-22, 25.27 / Ph 1,20c-24 / Mt 25,31-46

En ce jour où nous faisons mémoire des terribles combats de 1914-1918, et surtout de la fin de la 1ère guerre mondiale, nous fêtons aussi notre saint patron, saint Martin : ce qui nous invite à réfléchir sur la paix, mais pas n’importe laquelle !

Pas de paix sans justice : « L’œuvre de la justice sera la paix, et la pratique de la justice, le calme et la sécurité pour toujours ; mon peuple habitera un séjour de paix », promet le Seigneur. Dans la Bible, vous le savez bien, justice et paix vont toujours ensemble, car une paix sans justice ne serait que le prélude à une nouvelle guerre, et une justice qui n’aurait pas pour but la paix ne serait pas juste. Dieu, donc, n’envisage pas l’une sans l’autre et nous appelle à identifier les situations, les activités, les moments au cours desquels nous aurions cédé à la tentation de les disjoindre : quand nous avons voulu avoir raison à tout prix, quand nous avons laissé faire ce que notre conscience condamnait simplement pour avoir la paix, quand nous avons cru possibles des réconciliations artificielles car sans vérité… Quand l’homme sépare justice et paix, il en paie le prix, individuellement et collectivement : l’Histoire, aussi bien que notre histoire personnelle, sont là pour nous le rappeler.

La vraie paix est en haut, mais il nous faut y travailler dès ici-bas : « Je me sens pris entre les deux : je désire partir pour être avec le Christ, car c’est bien préférable ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire ». Ce dilemme de saint Paul a trouvé un écho, nous disent les chroniques, dans l’âme de saint Martin mourant et supplié par ses moines de rester un peu de temps encore… Mais le temps ne nous appartient pas ! Saint Martin était avant tout un croyant persuadé que la mort est passage vers la vie éternelle, un mystique attiré par l’union parfaite avec son Dieu : néanmoins, de toutes ses forces, il a travaillé à l’annonce de l'Evangile, à la purification des mœurs, à la réconciliation des grands comme des petits, jusqu'à son dernier souffle. Quelle leçon à la fois pour ceux qui tendraient à minimiser leurs responsabilités ici-bas par un attrait faussement spirituel pour l’éternité, et pour ceux qui limiteraient leur champ de vision à ce qu’ils peuvent construire de leurs propres mains ! La paix des hommes est toujours imparfaite, provisoire, limitée : jamais elle ne se substituera à la paix divine qui est plénitude de justice, de vérité, d’amour, de communion. Cependant elle est à rechercher, à construire pas à pas, à promouvoir sans relâche : sinon la parole appartiendra à ceux qui, dans les familles, dans les communautés, dans la sphère politique, ne savent que diviser par la peur, l’égoïsme, la bêtise et la haine. Le croyant ne se laissera pas abuser par ces sirènes maléfiques : avec l'Evangile comme boussole, il tentera, vaille que vaille, d’infuser ici-bas un peu de la lumière d’en haut, en se faisant « artisan de paix ».

La paix est reconnaissance du visage du Christ dans l’autre : « Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison [...] Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? / sans nous mettre à ton service ? ». L’alternative est simple : trouver et servir le Christ, ou Le rejeter. Si la guerre de tous contre tous est un avenir que nul n’envisage avec joie, cela doit commencer dès maintenant par la fin du chacun pour soi : le Seigneur est là, présent au milieu de nous dans Ses sacrements évidemment, mais aussi dans l’autre dont le visage peut nous être masqué par la détresse, l’isolement, l’étrangeté… Chercher le visage de celui qui baisse la tête, « venir jusqu'à lui », nous « mettre à son service », telle doit être notre quête ici-bas. Nous savons, nous chrétiens ― nous devrions savoir ! ― que la paix ne consiste pas en une simple absence de guerre ; plus encore, si la paix est une valeur positive, elle ne se réduit pas à un concept : la paix est une personne, Jésus Christ. Chercher la paix revient donc à faire rayonner sur cette terre le visage du Seigneur Jésus.

La paix, par sa présence ou par son absence, a des conséquences redoutables, qui seront un jour définitives : « ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle ». Demandons la grâce, pour notre monde, notre nation et pour chacun de nous, de ne jamais l’oublier. Alors « ceux de 14 » (Maurice Genevoix) ne seront pas morts en vain.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 28 OCTOBRE 2018

30ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Jr 31,7-9 / He 5,1-6 / Mc 10,46-52

« Jésus lui dit : ''Que veux-tu que je fasse pour toi ?'' » : cette question au fils de Timée qui implore le Fils de David, qu’elle est extraordinaire ! Je vous propose de la réentendre, de la laisser résonner dans notre vie personnelle aussi bien que communautaire.

« Jésus lui dit : ''Que veux-tu que je fasse (ποιήσω) pour toi ?'' » : mis à part le chapitre 10, le verbe ainsi conjugué ne se retrouve que deux fois chez Marc : « venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (1,17) et, dans un contexte tout autre, la demande de Pilate à la foule déchaînée : « que ferai-je de cet homme que vous appelez le roi des Juifs ? » (15,12). Dans la première occurrence, Jésus donne une nouvelle identité, un surcroît d’existence, une vocation inattendue qui rejoint les plus secrètes aspirations de ces modestes pécheurs et en fait des apôtres, de futures colonnes de l’Eglise. Dans la deuxième, Pilate cherche à se débarrasser de Jésus dans lequel il ne voit qu’un problème et une possible menace pour sa carrière de haut fonctionnaire impérial : la personne de Jésus n’a aucune importance. L’opposition entre Jésus et Pilate est celle qui existe trop souvent entre les regards, les manières de faire, les priorités de Dieu et de l’homme : l’Un voit, aime, appelle ; les autres jugent, utilisent, réduisent à l’état de marchandise… Qu’en est-il de nous ? De quel côté nous situons-nous ? N’y a-t-il pas des moments où l’autre n’est qu’une gêne, un obstacle, la source d’un avantage potentiel ? Jésus nous invite à la gratuité, à la pureté du regard et des intentions.

Plus proches de nous, les trois questions du chapitre 10 : « que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? » s’interrogeait le jeune homme riche (10,17), « que voulez-vous que je fasse pour vous ? » demandait Jésus à Jacques et Jean (10,36), et notre passage. Là encore, il y a opposition entre deux approches de la vie spirituelle : le riche croyant qui se rapproche de Jésus cherche à savoir, grâce au « Bon Maître » ce qu’il doit faire en plus des 10 commandements pour obtenir, louable désir, « la vie éternelle ». Jacques et Jean, eux, veulent obtenir des assurances pour l’avenir, en s’attribuant d’avance les bonnes places aux côtés du Messie victorieux. Quant à Jésus, Il va déplacer la question en faisant d’abord réfléchir le jeune homme sur « qui est bon » et les apprentis ministres sur le service et le don de soi. Plus radicalement encore, on passe d’une demande faite à Jésus à une demande de Jésus : par là doit s’opérer la transformation profonde du cœur de l’homme qui apprend d’abord à chercher le bien, à le pratiquer et à l’enseigner ; puis il comprend qu’il s’agit avant tout de laisser Dieu agir à Sa guise, de Se laisser modeler par son Créateur, de Se laisser sauver par son Rédempteur.

Nous voici enfin arrivés à notre passage : « Jésus lui dit : ''Que veux-tu que je fasse (ποιήσω) pour toi ?'' ». Un dialogue de foi est en cours entre le Messie et l’homme en détresse : « Fils de David, prends pitié de moi ! » « Va, ta foi t’a sauvé ». Plus que la vue, ô combien importante, Jésus lui rend déjà sa dignité, en l’acceptant comme interlocuteur ; par avance, Il le relève (« un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin [...] il criait de plus belle [...] il jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus ») ; surtout Il connaît le fond de son cœur, sa foi, et lui offre le salut. S’Il laisse l’homme dire son besoin le plus urgent (« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »), Jésus ne Se laisse pas enfermer par lui, et donne bien plus : la vue, la confirmation que sa foi dans le Messie est bien placée, le salut, le désir et les moyens de devenir disciple (« il suivait Jésus sur le chemin »).

En posant la question de manière si gratuite, si ouverte, si disponible, Jésus fait comprendre à Ses interlocuteurs qu’Il leur ouvre aussi Son regard, Sa grâce, et, au besoin, Son pardon : non seulement Il nous montre l’exemple, mais Il nous rend capables de L’imiter. Combien de fois pourrions-nous agir ainsi, dans notre vie personnelle mais aussi paroissiale, et plus largement, sociale ? Offrir du temps, de l’attention, une écoute de ce que l'Esprit Saint nous dit à travers l’autre, ses demandes, ses angoisses, ses fragilités, ses dons aussi. Mais pour ce faire, il nous faut d’abord entendre cette question pour nous-mêmes, et y répondre personnellement : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 21 OCTOBRE 2018

29ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Is 53,10-11 / He 4,14-16 / Mc 10,35-45

« Nous vous exhortons à élargir vos cœurs aux dimensions du monde, à entendre l’appel de vos frères et à mettre hardiment à leur service vos jeunes énergies. Luttez contre tout égoïsme. Refusez de laisser libre cours aux instincts de violence et de haine, qui engendrent les guerres et leur cortège de misères. Soyez généreux, purs, respectueux, sincères. Et construisez dans l’enthousiasme un monde meilleur que celui de vos aînés! » Tels étaient les encouragements et les avertissements de saint Paul VI dans son message aux jeunes, lors de la clôture du concile Vatican II, fin 1965. Le synode pour les jeunes est en train de travailler, à Rome, pour renouveler la pastorale de l’appel aux vocations et plus généralement l’accompagnement des jeunes dans l’Eglise de demain. Les textes de ce jour donnent aux jeunes ― et donc à chacun des baptisés ! ― trois pistes.

« Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » : question dont chacun imaginera le ton ! Jésus est-Il fatigué d’avance d’une demande impertinente ? Amusé de leur audace ? Bienveillant, prêt à tout entendre ? Soucieux que leur cœur s’intéresse à l’essentiel et non à des futilités ? Quoi qu’il en soit, Il Se rend disponible et est réellement prêt à « faire quelque chose » pour les Siens. En sommes-nous assez persuadés, chacun pour notre compte ? Peut-être avons-nous peur de Dieu : réentendons alors la Lettre aux Hébreux : « Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce ». « Avançons-nous » en priant Celui qui peut tout pour nous, même écouter nos sornettes, même redresser nos demandes, même dépasser nos rêves les plus fous. Il le fera, Il le fait déjà, parce qu’Il est bon, profondément bienveillant, d’un amour qui donnera sens à toute notre existence : « vous saurez affirmer votre foi dans la vie et dans ce qui donne un sens à la vie : la certitude de l’existence d’un Dieu juste et bon ».

« Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner Sa vie en rançon pour la multitude » : la correction est douce, mais radicale. Jésus ne nous parle pas de remaniements ministériels ! Nous ne sommes pas chrétiens pour obtenir des avantages ici-bas ou pour briller sur la scène du monde : non, nous sommes disciples du Roi des rois devenu Serviteur souffrant, de Celui qui a tout donné, jusqu'à Sa vie, jusqu'à Son honneur. « Nous avons un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché » : autrement dit, Jésus a tout partagé avec nous, sauf ce qui nous éloigne du Père, sauf ce qui chasse l'Esprit Saint de notre âme. Il a tout partagé, et nous demande donc de faire de même ; Il S’est mis à notre niveau, pour que nous entrions en esprit de service, sur pied d’égalité, envers tous ; Il a fait de Sa vie une offrande réparatrice, et nous envoie dans le monde en porteurs de Sa paix, jamais sans justice, de Son amour, jamais sans vérité.

« La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé » : puisque vous voulez partager mon règne, leur dit-Il d’une certaine façon, vous partagerez mon combat contre les forces du mal, contre la mort même, par le martyre. Qu’est-ce qu’un croyant qui n’est pas prêt à témoigner ? A quoi sert un témoin devenu muet ? Que devient notre baptême, notre plongée dans l’amour trinitaire, si nous prétendons barboter à la surface sans jamais descendre en eau profonde pour y porter la lumière du Ressuscité ? Oui mais ce n’est pas facile aujourd’hui direz-vous : mais quand a-t-il été confortable d’être chrétien ? Voilà pourquoi la Lettre aux Hébreux nous redit : « tenons donc ferme l’affirmation de notre foi ». Ferme, mais pas rigide ; fervent, mais pas fanatique ; spirituel, pas illuminé ; actif, pas agité en tous sens...

L’Eglise « possède ce qui fait la force et le charme des jeunes : la faculté de se réjouir de ce qui commence, de se donner sans retour, de se renouveler et de repartir pour de nouvelles conquêtes. Regardez-la, et vous retrouverez en elle le visage du Christ », proclamait saint Paul VI dans son message aux jeunes, lors de la clôture du concile Vatican II, en 1965. Paroles enthousiastes mais parfois dures à entendre : quel « visage du Christ » formons-nous aujourd’hui en Eglise ? Souillé par les abus en tous genres ? Recroquevillé, découragé, divisé, blasé ? Demandons la grâce de la jeunesse, de savoir « se réjouir de ce qui commence, se donner sans retour, se renouveler et repartir » sans cesse : c’est la jeunesse éternelle de l'Evangile.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 14 OCTOBRE 2018

28ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Sg 7,7-11 / He 4,12-13 / Mc 10,17-30

Le Pape a osé parler de l’avortement cette semaine, peut-être l’avez-vous entendu : des mots très forts pour réveiller les consciences, sans juger les personnes. Ce qui nous a valu ce commentaire outragé d’une membre du Planning familial : « Il fait fi de toutes les recommandations faites par l’Organisation Mondiale de la Santé. Il se place au-dessus de ce que décrètent les responsables médicaux au niveau de la santé mondiale » !! Effectivement nulle institution n’est au-dessus de la loi de l'Evangile et des 10 commandements, et le Vicaire du Christ a non seulement le droit, mais le devoir de rappeler avec énergie que toute vie est sacrée. Quel rapport avec les textes de ce jour, demanderez-vous ? « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours, que nos cœurs pénètrent la sagesse » : il devient de plus en plus difficile de discerner en un monde où des énormités tentent de se faire passer pour des évidences, et la Parole de Dieu est toujours plus nécessaire pour y voir clair, à titre personnel et collectif. Mais revenons à l'Evangile.

Une vocation ratée ? Tout semblait avoir bien commencé : une bonne question, une bonne réponse de la part de ce jeune homme riche. Voilà un jeune croyant cohérent dans ses actes, qui marche au droit chemin… « Et pourtant, il lui manque quelque chose. Il le sent bien, mais il ne sait pas exactement ce qui lui fait défaut [...] ; il souffre, à son insu, d’un vide secret que Dieu seul peut combler. Il a ce qu’on appelle la vocation. Et le Seigneur, Lui, comprend tout de suite » (Dom Delatte). Jésus, ayant fixé Son regard sur lui, décide donc d’aller beaucoup plus loin : « Tu connais les commandements... Une seule chose te manque : va, vends [...], viens, suis-moi ». Ces 4 verbes à l’impératif sont comme quatre coups de fouet à une conscience hésitante, en recherche, assoiffée de sens : Jésus répond à la quête intérieure de ce jeune homme, directement, sans détours ! Le Seigneur l’appelle à Le suivre, mais l’appel échoue (au moins provisoirement) : combien de fois cela arrive-t-il ! C’est que « l’attachement exagéré à une chose qui n’est pas mauvaise en soi, peut faire avorter toute une vie. Et il existe d’autres richesses ― les désirs, les vouloirs, les systèmes, les passions secrètes, les inerties ― qui ont en nous le même résultat effrayant » (Dom Delatte). Qu’en est-il de nous ? Y a-t-il des choses que nous ne voulons pas lâcher pour suivre le Christ ?

Une mission impossible ? Le jeune homme parti tout triste, Jésus poursuit Son enseignement en faisant voler en éclats quelques certitudes mal placées de Ses disciples : à croire qu’Il veut décourager tout le monde ! Même si le « trou de l’aiguille » est peut-être la Porte de l’Aiguille à Jérusalem, l’opération est difficile, et tous le sentent bien ! Mais pourquoi s’étonner ? « Le Seigneur nous l’a enseigné déjà : la porte qui donne accès au Royaume est étroite (Mt 7,13-14) ; se présenter devant elle avec tout l’encombrement des richesses, c’est s’obliger à demeurer dehors, [...] prisonnier et victime de la fortune » (Dom Delatte). De quoi désespérer ! Mais Jésus ajoute cette conclusion qui change tout : « tout est possible à Dieu ». De nos propres forces, nous ne pouvons rien faire ; sans l’aide active de l'Esprit Saint, nous ne pouvons persévérer ni dans la foi, ni dans nos engagements, ni dans notre marche vers le vrai et le bien. Pourquoi ne pas le dire ? Si la foi s’attiédit dans nos pays de vieille chrétienté, n’est-ce pas parce que beaucoup de chrétiens ont fixé des limites à ce que Dieu peut faire, ont renoncé, au fond d’eux-mêmes, à dépendre de Dieu en tout et pour tout… N’avons-nous pas un examen de conscience à faire à ce sujet ?

Quel discernement ? Revenons à notre question initiale : comment discerner le vrai du faux, l’essentiel de l’accessoire, la parole qui fait vivre du slogan qui tue ? Les lectures nous orientent vers deux pistes : la prière et la réflexion. « J’ai prié, et le discernement m’a été donné. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ». Le discernement naît de la prière, de la relation quotidienne, confiante, humble, persévérante, avec le Dieu vivant : sans prière la foi devient idéologie, l’action activisme, les sacrements routine. La prière doit aussi guider notre réflexion, pour nous donner une intelligence de la vie : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse ». Nous pourrons alors mettre en perspective les réalités d’ici-bas pour voir si elles sont porteuses de vérité dans l’amour, de justice dans la paix, en un mot : d’éternité.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 7 OCTOBRE 2018

27ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Gn 2,18-24 / He 2,9-11 / Mc 10,2-16

« L'amour est compliqué », disait une femme lors de l'enterrement de sa mère, pour qui il avait été si difficile d'aimer sa propre fille... En ce 27ème dimanche du temps ordinaire, Jésus vient nous parler d'amour et même de mariage. Ecoutons notre Pape François, lors de l'audience générale du 15 avril 2015 : « L’homme et la femme sont à la fois différents et complémentaires. Cette différence est présente dans la création ; mais dans le cas de l’homme et de la femme, elle porte l’image et la ressemblance de Dieu. La culture moderne introduit des doutes sur la compréhension de cette différence, ne voulant plus, parfois, la reconnaître, parce que ne sachant plus l’assumer. [...] La terre sera plus harmonieuse quand l’alliance entre l’homme et la femme sera bien vécue. » Comment la vivre, cette alliance ?

Dans la liberté : s'engager l'un envers l'autre, sans ignorer que la liberté de l'autre sera toujours difficile à recevoir, à conjuguer avec sa propre liberté. Il n'est pas évident de rester à l'écoute d'une différence qui, loin de se résorber avec le temps, s'accentue : homme et femme ne sont pas réductibles l'un à l'autre, et encore moins interchangeables, quoi qu'en disent les théories soi-disant progressistes. « Dès l'origine de la création Il les fit homme et femme », Il les créa différents et destinés à le rester, différents et appelés à s'aimer dans, et grâce à cette différence. La liberté se déploie dans un cœur quand l'amour qui y habite se tourne sans cesse vers l'être aimé comme un être à découvrir encore, à regarder encore d'un œil neuf, attentif, bienveillant. Sinon chacun s'enferme dans son petit monde, et le couple devient une prison dont on rêve de s'évader. « Dieu les créa » : libres, différents, complémentaires ! Le mariage chrétien sera toujours basé sur cette évidence physiologique et psychologique, sur cette vérité inscrite dès les premières lignes de la Bible, confirmée solennellement par le Christ, enseignée sans relâche par l'Eglise depuis 2000 ans, à travers tous les bouleversements de civilisation qu'elle a connu et qu'elle connaîtra encore.

Dans la fidélité : qu'elle est difficile, aujourd'hui plus qu'hier, puisque tout pousse au changement, à l'expérimentation, à la tentation permanente présentée comme la vraie liberté ! Un certain cinéma, une certaine littérature, des sites internet font depuis longtemps l'apologie de l'adultère... Comme si rien n'engageait à rien, comme si tout était réversible ! Or la fidélité est un absolu, un don de soi sans réserve qui décide, une fois pour toutes, de renoncer à tous les autres conjoints possibles : il n'y a pas de permission de sortie ! C'est ce que Jésus explicite par ces mots : « Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère à son égard ». Mais allons encore plus loin : la fidélité est aussi un choix de vie, basé sur la confiance, et qui conduit à faire passer le conjoint en premier, avant les enfants, les parents, les amis et le travail. Où en êtes-vous, en couple, sur ce point ?

Pour toujours : rien de grand ne se fait dans le transitoire ou le conditionnel. Dieu, en tout cas, ne sait pas faire ainsi, et n'a visiblement pas envie d'apprendre ! Quand Dieu agit, Il Se donne ; quand Il Se donne, c'est pour toujours, sans jamais Se reprendre ni Se renier. Son amour est inconditionnel, donc éternel, et Il donne à l'homme et à la femme les moyens spirituels de s'aimer pour toujours. Puisque Dieu le permet, et le veut même, l'engagement est donc définitif, et Jésus en tire les conclusions : « Ce que Dieu a uni, l'humain ne doit pas le séparer ». Couples chrétiens, vous êtes les témoins fragiles mais indispensables de la perpétuité des promesses de Dieu, des dons de Dieu, de l'amour de Dieu. Vous qui vivez une solitude non choisie à cause d'un divorce ou du veuvage, sachez que votre fidélité au conjoint parti est signe, en ce monde, d'un amour qui va jusqu'au bout du don. Merci à vous !

Ouvert à la vie : un amour véritable n'est pas égoïste, et doit pouvoir s'ouvrir sur la possibilité d'une vie nouvelle qui va élargir le couple et en faire un foyer. « Les deux ne feront qu'une seule chair », dit Jésus, reprenant les mots mêmes de la Genèse, qui désigne ainsi l'union sexuelle, le don de son corps au conjoint, prolongement et actualisation du don d'une parole opéré une fois pour toutes dans le consentement initial. Une famille peut être un lieu de vie extraordinaire, où, avec leurs limites, un homme et une femme savent donner le meilleur d'eux-mêmes et transmettre à la génération nouvelle la joie de l'engagement, de la fidélité, de l'écoute, du pardon, de la prière, de la foi.

« L'amour est compliqué » : oui, parce que notre cœur est tiraillé de mille et mille façons... Mais Dieu est infiniment simple, et peut faire de nos liens les plus chers une « alliance nouvelle et éternelle » source d'un bonheur authentique car exigeant, chemin de vérité et donc de vie. Amen.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 30 SEPTEMBRE 2018

26ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Nb 11,25-29 / Jc 5,1-6 / Mc 9,38-43.45.47-48

« Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer » : vous l’avez compris, le ton est grave. Saint Jacques, puis Jésus dans l'Evangile, nous avertissent, dans un enseignement particulièrement sévère. En effet, l'enjeu est capital : il en va de la foi, de la vérité, du salut, de la sainteté. Comment, bien sûr, ne pas penser aux victimes d’abus dans l’Église, dont nous découvrons, effarés, le grand nombre, dans bien des pays ? Nous aurons à cœur de prier pour elles, ce 5 octobre, comme le demande notre évêque, mais aussi à ne pas être nous-mêmes, de quelque façon que ce soit, « un scandale, une occasion de chute », pour qui que ce soit. Ces abus concernent l’Eglise mais aussi, hélas, les milieux sportifs, le monde du handicap et même la cellule familiale : quels remèdes notre société peut-elle proposer ?

Jésus prend la défense, avec une particulière vigueur, de ceux, dit-Il, « qui croient en moi » : c’est seule occurrence de l’expression dans saint Marc, désignant ceux qui se sont confiés au Christ en s’engageant dans l’Église (cf. Bible chrétienne, éd. Anne Sigier), ou bien qui ont fait confiance à l’Eglise du fait de leur foi en Christ. Nous rejoignons les intolérables abus, qui sont de véritables crimes contre l’enfance, dévoilés ces temps-ci : c’est la foi des petits, et de leur famille, qui est blessée, voire tuée, lorsque leur confiance a été trahie ; c’est la foi du peuple de Dieu qui est atteinte lorsque les responsables semblent ne pas prendre la mesure du problème ou, au contraire, lorsque les médias tentent de faire l’amalgame pour nier la possibilité du célibat consacré et plus largement de la fidélité à ses engagements. Que faire ? Choisir le Christ, irrévocablement : Lui donner la conduite de notre vie personnelle, dans toutes ses dimensions (affective, matérielle, relationnelle), et aussi de notre vie collective, qu’elle soit sociale, politique, ecclésiale… Choisir le Christ, et donc renoncer absolument à ce qui pourrait, en nous, s’opposer à la loi d’amour de l'Evangile. Tel est le sens des amputations mises en scène dans l'Evangile. L’urgence et la brutalité du remède sont faits pour heurter, réveiller notre apathie, nous forcer à prendre conscience de nos responsabilités : sous une forme imagée, la parole de Jésus redit qu’une option décisive s’impose pour être sauvé (cf. Bible chrétienne, éd. Anne Sigier).

« Ta parole, Seigneur, est vérité ; dans cette vérité, sanctifie-nous », demandait le verset de l’Alléluia. Osons demander au Seigneur d’intervenir dans notre vie ! Sinon on dire de nous : « votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille sera un témoignage contre vous » : il s’agit, bien sûr, des biens matériels non utilisés ou mal utilisés (accumulation, gaspillage, surconsommation). Il s’agit aussi de nos biens spirituels, à commencer par nos talents : qu’en faisons-nous ? Sommes-nous « rouillés » à force de nous économiser, de nous distraire, de nous éparpiller ? On peut aller jusqu’aux biens donnés par l’Eglise : la Bible, les sacrements, la prière : rouillent-ils faute d’être régulièrement fréquentés, visités, accueillis ?

Terminons, comme il convient, avec « la géhenne : là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas ». Avouons que nous aurions eu envie de l’évacuer de notre réflexion de ce jour ! Plutôt qu’un long discours, je vous laisse avec cette méditation, si poétique et si forte, de Dostoïevski dans Les Frères Karamazov : « je me demande : ''Qu’est-ce que l’enfer ?'' Je le définis ainsi : ''la souffrance de ne plus pouvoir aimer''. Une fois, dans l’infini de l’espace et du temps, un être spirituel, par son apparition sur la terre, a eu la possibilité de dire : ''je suis et j’aime''. Une fois seulement lui a été accordé un moment d’amour actif et vivant ; à cette fin lui a été donnée la vie terrestre, bornée dans le temps ; or, cet être heureux a repoussé ce don inestimable, ne l’a ni apprécié ni aimé, l’a considéré ironiquement, y est resté insensible. Un tel être, ayant quitté la terre, [...] contemple le paradis, peut s’élever jusqu’au Seigneur, mais ce qui le tourmente précisément, c’est qu’il se présente sans avoir aimé [...]. Car il a une claire notion des choses et se dit : ''[...] La vie et le temps sont à présent révolus. Je donnerais avec joie ma vie pour les autres, mais c’est impossible, car la vie que l’on pouvait sacrifier à l’amour est écoulée'' ».

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 23 SEPTEMBRE 2018

25ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Sg 2,12-17.20 / Jc 3,16-4,3 / Mc 9,30-37

La semaine dernière, quelqu'un a été battu à mort, en France, pour une place de parking ! Avez-vous entendu ce fait divers ? Voilà qui fait écho, avec beaucoup de réalisme, aux textes de ce 25ème dimanche du temps ordinaire…

« Bien-aimés, la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes. [...] D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ? Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre ». Saint Jacques n’a pas l’habitude de mâcher ses mots, comme vous vous en êtes aperçu en lisant en entier son épître, que nous entendons par tranches depuis quelques dimanches. Aujourd’hui encore, l’imposture du mal est dévoilée sans complaisance : la jalousie est source de guerre, laquelle est un meurtre, au moins dans l’intention. Une logique perverse est donc à l'œuvre dès que nous accueillons en nous-mêmes la tentation de la comparaison, de la compétition, de la rancœur : elle nous mènera fort loin, si nous n’y prenons garde ! Combien de guerres, sans chars d’assaut ni mines antipersonnelles, sommes-nous capables de mener en famille, au travail, en société, et même en paroisse ! Et qui ne voit la vacuité absolue de ce genre de comportement, qui mène à la mort de l’âme ?

« Au contraire, la sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie. C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix ». Nous avons autre chose à vivre ! La vie sur terre est trop courte pour la passer dans une guérilla et une rivalité permanentes ; la vie au ciel est trop longue pour la passer loin de Dieu à cause de notre comportement d’ici-bas… La foi chrétienne est aussi un style de vie, fait de pureté, de paix, de bienveillance, de miséricorde, de sincérité ; elle doit véhiculer, par ses choix et ses priorités effectivement mis en œuvre, la justice sans laquelle il n’est pas de paix et la paix qui est la condition de toute justice. Mais ne nous y trompons pas : nous n’arriverons à rien si nous ne laissons pas, d’abord, venir en nous « la sagesse qui vient d’en haut ». Être chrétien, c’est accepter de recevoir son identité profonde du Christ : mais comment faire ?

« Vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas ; vous demandez, mais vous ne recevez rien ; en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs » : saint Jacques est sévère mais réaliste, comme toujours. Comment recevoir son identité profonde du Christ, sinon en Le laissant agir dans notre vie par les sacrements ? Par le baptême, le Christ fait de nous Ses frères et sœurs, fils et filles d’un même Père, habités par le même Esprit Saint : on ne naît pas chrétien, on le devient par un acte de Dieu qui s’appelle baptême, car il s’agit, littéralement, de plonger dans l’amour infini de Dieu, et de n’en surtout pas ressortir tout sec, intact, inchangé, indifférent. Par le sacrement de l’Eucharistie, le chrétien apprend à ne pas passer une semaine sans communier, c’est-à-dire à ne pas faire sa vie sans Dieu, à recevoir de Dieu Lui-même la force de partager, de prier, de se donner dans la semaine qui suit : Dieu Lui-même peut devenir le carburant de notre existence, et cette énergie-là est infiniment renouvelable ! Par la confession, le chrétien ouvre son cœur au Dieu de miséricorde et de vérité pour recevoir de Lui la guérison et le pardon. C’est tout simple, donc : oui mais voilà, « vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas », peut-être laissez-vous dormir loin de vous ces trésors spirituels que sont les sacrements...

« De quoi discutiez-vous en chemin ? », nous demande Jésus : peut-être de ces choses qui rendent la vie de foi insipide en vidant notre cœur pour le remplir d’un fatras de misères… Que l’amour de Dieu pour nous et pour tous soit au centre de notre vie, et tout peut changer, car « l’amour est éternel. Au cœur de l’homme, malgré la culture de l’éphémère, une espérance indéracinable existe : un amour qui n’ait pas de fin et pas de limites, un monde où régnerait la paix et la justice, la vie et le respect de chacun » (Dom Dysmas, prieur de la Grande Chartreuse). Car c’est de l’Amour que nous sommes disciples.

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 9 septembre 2018

23ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Is 35,4-7 / Jc 2,1-5 / Mc 7,31-37

« ''Effata !'', c’est-à-dire : "Ouvre-toi ! », dit Jésus au malheureux qui se présente à Lui pour être guéri. C’est aussi, vous le savez, le thème diocésain pour la mise en route du Synode convoqué par notre Pape pour réfléchir avec et sur les jeunes, le discernement et les vocations.

Tout semble mal commencer : « Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu ». C’est le moment, pour les pourfendeurs du ''dieu vengeur'' de l’Ancien Testament, de triompher… Triomphe de courte durée, cependant, car la suite de la phrase nous montre comment Dieu compte Se venger : Il va S’occuper des « aveugles, sourds, boiteux, muets », et les combler comme une eau vive qui « jaillirait dans le désert » ! Voilà une bien singulière vengeance… Dieu S’engage donc au cœur des nos misères, quelles qu’elles soient, pour nous accompagner personnellement sur le chemin parfois très dur de cette vie terrestre. La foi ne protège de rien, sauf du désespoir qui nous noierait dans l’illusion que nous sommes seuls, abandonnés, méprisés, inutiles, ''en trop'' sur cette terre. « Effata, ouvre-toi ! », car Dieu S’intéresse à ton sort, au point d’être en colère quand tu gaspilles ta vie, au point d’être révolté quand règne entre nous l’injustice. Je pourrais parler longuement de certaines élites autoproclamées qui veulent emmener l’humanité sur des chemins de mort niant la nature humaine, le droit de naître et de mourir dans la dignité (c’est-à-dire quand l’heure est venue et non par une piqûre)… Plus largement, quelle leçon pour nos peuples toujours tentés par les querelles intestines, la peur de l’autre, l’individualisme à tout crin !

« Dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes » : il ne s’agit pas de tout gober, de dire que tout se vaut ! Le discernement est un art, un devoir aussi pour ne pas errer sur des chemins de traverse, ni suivre n’importe quel charlatan ou démagogue jusqu’au précipice… Non, il n’agit de notre regard sur les personnes, trop souvent déconnecté de notre foi, de notre relation au « Seigneur de gloire, Jésus Christ », au nom d’un faux réalisme qui est, en réalité, du fatalisme voire du cynisme. « Effata, ouvre-toi ! » à l’essentiel, qui est souvent invisible ! « Effata, ouvre-toi ! » au réalisme véritable qu’est la lucidité bienveillante, la confiance dans les fruits que porte l’autre quand il est reçu pour ce qu’il est et non annexé, récupéré, utilisé, enfermé dans une catégorie toute faite. La « partialité envers les personnes », le préjugé, empêche de recevoir ce que l’autre peut et veut me donner, empêche de voir et d’entendre : cela est valable en famille, au travail, en paroisse, dans nos choix politiques et sociaux, et même dans notre relation personnelle à Dieu…

« Puis, les yeux levés au ciel, Il soupira et lui dit : ''Effata !'', c’est-à-dire : "Ouvre-toi !" » : avez-vous noté la dimension trinitaire du passage, discrète mais bien réelle ? La liturgie romaine y fait écho dans le récit de l’Institution de l’Eucharistie : « La veille de sa Passion, Il prit le pain dans Ses mains très saintes et, les yeux levés au ciel, vers Toi, Dieu, Son Père tout-puissant, en Te rendant grâce Il le bénit, le rompit ». « Les yeux levés au ciel » sont le signe du lien avec le Père, tandis que le fait de « soupirer » n’est pas le signe d’une impatience mais l’émission d’un souffle, le Souffle, l'Esprit Saint que seul Jésus peut donner. Une lecture possible de ce passage de l’Evangile pourrait être que le lien vital entre nous et le Trinité n’est fécond en nous que si nous nous ouvrons.  C’est tellement vrai que le sacrement du baptême comporte le rituel de l’Effata, par lequel le futur chrétien est symboliquement ouvert à l’action divine. « Effata, ouvre-toi ! », sans peur, à l’action de Dieu dans ton cœur, dans ta vie, dans chacune de tes journées, dans tes failles, tes faiblesses, tes surdités, tes aveuglements. Sans prière, nous restons fermés à l'œuvre de Dieu en nous, et donc, à travers, pour tous ceux que nous aimons et pour nos frères en humanité. Sans prière, nous passons à côté de notre identité profonde, nous en qui Dieu a créé cette capacité unique à L’entendre, à Le suivre, à L’aimer.

« Ouvre-toi à la nouveauté que Jésus te propose. Ouvre-toi surtout à la parole de ton Dieu, qui vient te donner la force et la liberté, et qui agrandit chaque jour, si tu le veux, l’espace de ton espérance ». (P. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.)

Homélie du P.GOUDOT de la messe du 2 septembre 2018

22ème Dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Dt 4,1-2.6-8 / Jc 1,17-18.21b-22.27 / Mc 7,1-8.14-15.21-23

« Il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin. Une telle transformation nécessite la conversion personnelle et communautaire et nous pousse à regarder dans la même direction que celle indiquée par le Seigneur », écrivait le Pape dans sa Lettre au peuple de Dieu. Cette conversion, le Seigneur nous la demande aujourd’hui vigoureusement, si nous avons bien écouté l’Evangile de ce jour. En effet, après cinq dimanches tirés du chapitre 6 de l'Evangile selon saint Jean, et dédiés à l'Eucharistie, nous voilà revenus à l'évangéliste saint Marc qui nous accompagne depuis novembre.

Tout part d’une remarque anodine sur des mains non lavées : comme à son habitude, Jésus en profite pour redresser le tir et rehausser le niveau du débat. Les croyants du temps de Jésus sont obsédés par les questions de pureté et d’impureté rituelles, avec le souci de ne pas se contaminer au contact de choses ou de personnes dites impures. Sans nier les règles d’hygiène élémentaires, le Christ renverse les perspectives et appelle non plus à la pureté rituelle mais à la sainteté du cœur : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées/réflexions méchantes/perverses/mauvaises [...] Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur/souille l'homme ». L’extérieur, qui n’est pas à négliger, n’est que le reflet de l’intérieur, en bien ou en mal. Et là nous entrons dans les détails ! J’ai regroupé en cinq rubriques les péchés énumérés par Jésus :

  1. inconduites/fornication/prostitutions/impudicités                  adultères              débauche/luxure/dérèglement

Nous sommes accablés par des scandales sexuels à répétition : les crimes et abus commis par des membres du clergé et dont la sanction a été souvent insuffisante, mais aussi tous ceux qui ont lieu dans le monde sportif, dans le monde du spectacle et jusqu’au sein de familles où l’inceste n’est pas encore relégué dans les oubliettes de l’Histoire… Pourquoi tant de débordements, tant de manque de pudeur, de maîtrise de soi, de respect de l’autre et de soi-même ? Notre société hyper-sexualisée rend irréalisable aux yeux du plus grand nombre l’idéal de la continence, de la fidélité, de l’engagement définitif… Quelles sont nos convictions profondes ? Quels moyens concrets prenons-nous pour conserver et transmettre ces trésors pour qu’ils s’épanouissent dans notre vie, et, à travers nous, dans notre civilisation ?

  1. vols                        cupidités/convoitises                        fraude/ruse

Notre société pousse à l’extrême la possession de biens matériels comme l’objectif à atteindre à tout prix, littéralement ! Combien de publicités bâties sur la convoitise de ce qu’ont les autres ou le désir de susciter soi-même cette convoitise ! Et que dire de la banalisation du vol sous toutes ses formes : frauder le fisc ou les assurances, chiper de menus objets dans les magasins ou les hôtels… Quelle est notre ligne de conduite ? Quelle est notre approche des biens matériels, des impératifs de la mode, de la situation du voisin ? Qu’est-ce que notre style de vie transmet comme priorités à nos enfants, à nos amis, à nos collègues de travail ?

  1. meurtres

Nous sommes les spectateurs de tant de guerres, de massacres et d’attentats ! Notre culture cinématographique ou télévisuelle nous habitue à des scènes de crimes, des intrigues où les cadavres s’entassent… Par bien des aspects, nous sommes entrés dans la culture de mort dénoncée en son temps par saint Jean-Paul II : banalisation extrême de l’avortement et bientôt, si nous n’y prenons garde, de l’euthanasie. Ne nous laissons pas anesthésier ! Plus près de notre vie quotidienne, nos petites guerres intestines, nos petits meurtres entre amis…

  1. méchancetés/perversités                 envie/œil mauvais/regard envieux              diffamation/injures/calomnie

Peut-être nous habituons-nous à la guerre de tous contre chacun, par le biais des réseaux sociaux mais aussi de nos conversations ou simplement des pensées que nous remuons… N’oublions pas les paroles du psaume : « Seigneur, qui séjournera sous Ta tente ? Celui qui [...] agit avec justice et dit la vérité selon son cœur. Il met un frein à sa langue ». L’amour de l’autre commence par ne jamais se comparer, et doit aller jusqu'à une grande vigilance sur notre langage.

  1. orgueil/vanité et démesure/déraison/frénésie/folie

Au final, combien d’actes ou de paroles dans notre journée sont guidés par l’orgueil, qui est une véritable folie si l’on considère à quel point nous sommes peu de chose face à la maladie ou la mort ? Le Christ est parfois appelé la Sagesse divine, pour nous inciter à entendre Son enseignement et à suivre Ses exemples, pour fuir la folie du péché.

« La transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin » n’adviendra que par notre transformation personnelle : si nous laissons la Parole de Dieu nous déranger et nous rejoindre là où elle frappe juste, si nous vivons plus intensément des sacrements, si nous mettons en œuvre chaque jour, sans remettre au lendemain, ce que Dieu attend de nous. « Vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique ; ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples ». Demandons la grâce de cette fidélité, de cette cohérence, de cette sainteté.

Homélie du P. Kouassi-Yves Yao du 11/03/2018

Quatrième dimanche de Carême – Année B

2 Ch 36, 14-16.19-23 Ps 136 (137) Ep 2, 4-10, Jean 3, 14-21

Nous voici au quatrième dimanche de Carême, traditionnellement désigné comme "dimanche Laetare". Dimanche empreint d'une joie qui, dans une certaine mesure, adoucit le climat de pénitence de ce temps : "Réjouissez-vous avec Jérusalem - dit l'Eglise dans l'antienne d'ouverture - Exultez à cause d'elle [...] Avec elle soyez plein d'allégresse, vous tous qui portiez son deuil".

Penser à Dieu procure de la joie. On se demande alors spontanément: mais quel est le motif pour lequel nous devons nous réjouir? Un des motifs est certainement l'approche de Pâques. Mais la raison la plus profonde se trouve dans le message offert par les lectures bibliques que la liturgie propose aujourd'hui et que nous venons d'écouter. Celles-ci nous rappellent que, malgré notre fragilité et notre indignité, nous sommes les destinataires de la miséricorde infinie de Dieu. Dieu nous aime d'une façon que nous pourrions qualifier d'"obstinée", et il nous enveloppe de son inépuisable tendresse.

C'est ce qui apparaît déjà dans la première lecture, tirée du Livre des Chroniques de l'Ancien Testament. L'auteur propose une interprétation synthétique et significative de l'histoire du peuple élu : le temple est détruit et le peuple est en exil ; il n'a plus de terre; il semble réellement qu'il ait été oublié par Dieu.

Toutefois, Dieu poursuit, à travers les châtiments, un dessein de miséricorde. En effet le Seigneur démontre le primat absolu de son initiative sur tout effort purement humain, en se servant d'un païen, Cyrus, roi de Perse, pour libérer Israël. Dans le texte que nous venons d'entendre, la colère et la miséricorde du Seigneur se confrontent au cours d'un épisode à caractère dramatique, mais à la fin, l'amour triomphe, car Dieu est Amour.

Oui Dieu est Amour. C'est ce que nous confirme l'Apôtre Paul dans la deuxième lecture, en nous rappelant que « Dieu est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ » (Ep 2, 4-5).

Pour exprimer cette réalité de salut l'Apôtre utilise, à côté du terme de miséricorde, eleos en grec, le terme « amour », du grec « agape », repris et amplifié ultérieurement dans la très belle affirmation que nous avons entendue dans la page évangélique: « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique: ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle » (Jn 3, 16).

 Ce "don" de la part du Père a eu un développement dramatique: il est allé jusqu'au sacrifice du Fils sur la croix. La mission historique de Jésus est le signe éloquent de l'amour de Dieu et sa mort l'est de manière tout à fait particulière. En elle, la tendresse rédemptrice de Dieu s'est pleinement exprimée : « Quand je serai élevé de terre, c'est à dire sur la Croix, j'attirerai à moi  tous les hommes». «Tous », c'est-à-dire l'universalité absolue; et « attirer » ne signifie pas une force qui nous contraint, mais une beauté qui nous fascine. Jésus nous fascine. Voilà pourquoi dans la Croix, "s'accomplit le retournement de Dieu contre lui-même, dans lequel il se donne pour relever l'homme et le sauver - tel est l'amour dans sa forme la plus radicale" ( Benoit XVI, Deus Caritas Est).

Comment répondre à cet amour radical du Seigneur? L'Evangile nous présente un personnage du nom de Nicodème, membre du Sanhédrin de Jérusalem, qui va chercher Jésus la nuit. Il s'agit d'un honnête homme, attiré par les paroles et par l'exemple du Seigneur, mais qui a peur des autres, qui hésite à franchir le pas de la foi. Il ressent la fascination de ce Rabbì si différent des autres, mais il ne réussit pas à se soustraire aux conditionnements du milieu, contraire à Jésus, et il restera hésitant sur le seuil de la foi. Que de personnes, à notre époque également, sont à la recherche de Dieu, à la recherche de Jésus et de son Eglise, à la recherche de la miséricorde divine, et attendent un "signe" qui touche leur esprit et leur cœur! Aujourd'hui, l'évangéliste nous rappelle que le seul "signe" est Jésus élevé sur la croix: Jésus mort et ressuscité est le signe absolument suffisant. En Lui, nous pouvons comprendre la vérité de la vie et obtenir le salut. Telle est l'annonce centrale de l'Eglise, qui demeure immuable au cours des siècles. La foi chrétienne n'est donc pas une idéologie, mais une rencontre personnelle avec le Christ crucifié et ressuscité. De cette expérience, qui est individuelle et communautaire, naît ensuite une nouvelle façon de penser et d'agir: une existence marquée par l'amour comme en témoignent les saints de chaque époque.

Ainsi, sommes-nous invités aujourd'hui, de façon particulière, à témoigner l'amour de Dieu, Père miséricordieux. Cet amour qui est le véritable secret de la joie chrétienne, auquel nous invite le 4ème dimanche de carême - dimanche du Laetare -.

 En tournant notre regard vers Marie, « Mère de la sainte joie », demandons-lui de nous aider à approfondir les raisons de notre foi, pour que, comme nous y exhorte aujourd'hui la liturgie, renouvelés dans l'esprit et l'âme joyeuse, nous répondions à l'amour éternel et infini de Dieu. Amen!

Père Kouassi-Yves Yao

 

Homélie du Père Kouassi-Yves YAO du dimanche 4/03/2018

Troisième dimanche de Carême – Année B

Ex 20, 1-7-13.15-18 -Ps 18(19) 1 Co 1, 22-25 8, 31b-34 - Jn 2, 13-25

Après les deux premiers dimanches de Carême au cours desquels nous avons médité les tentations (Mc 1, 12-15) et la transfiguration de Jésus (Mc 9, 2-10) la Liturgie de ce troisième dimanche de carême guide notre chemin vers Pâques avec le passage de l'Évangile tiré de Jean (2,13-25) qui décrit l'expulsion des vendeurs du temple et la promesse faite par Jésus d'un nouveau Temple,

c'est à-dire Lui-même.

Pour le quatrième évangile (celui de Jean), c'est la personne même de Jésus qui sera le nouveau Temple, le milieu vital de l'habitation réciproque du Père et du Fils, le vrai lieu de la communion intime avec le Dieu trinitaire à laquelle sont appelés tous les croyants (cf. 14.2; 1 Jn 1,3). Il affirme que Jésus est le vrai Temple: « Il parlait du Temple de son corps. »

Mais descendons et analysons brièvement le texte de Jean :

  • vv 13-14 : Introduction : La scène se passe en Judée (Jérusalem) à l'occasion d'une fête juive, la pâque. Jean énumère les animaux (Bœufs, brebis, colombes). Ceux-ci évoquent les sacrifices cultuels. Pour Jean, avec la présence de l'agneau de Dieu, désormais les rites sacrificiels sont périmés.

 

  • vv 15-16 : Action de Jésus.

Ici, Jésus agit avant de parler. Jean met sur les lèvres de Jésus cette phrase qui met en opposition « maison de mon PERE » et « maison de TRAFIC ». Jésus voit le temple d'Israël comme la maison de Dieu en Israël. Par conséquent sa sainteté ne doit pas être altérée.

  • vv17-18: Réaction des gens.

Il y a une double réaction après le geste de Jésus :

  • D'un côté les disciples se souviennent une parole de l'Ecriture : l'amour de ta maison fera mon tourment. « Se souvenir » fait partie du langage particulier de Jean pour indiquer le processus par lequel la communauté des disciples parvient à voir en Jésus l'accomplissement de l'Ecriture après la résurrection.
  •  De l'autre côté, les juifs demandent des comptes à Jésus. Ce n'est pas la seule fois en Jean (Jn 6,30) et dans les synoptiques (Mc 8,11-12 ; Mt 12,38-39 ; 16,11 ; Lc 11,16.29-30) que l'on lui réclame des signes. En fait, la question regarde l'autorité de Jésus. Reconnaissent-ils dans l'action de Jésus, un geste prophétique ?  Peut-être !

En somme, ni les disciples ni les juifs ne posent de question sur l'acte même de Jésus ; leur intérêt se porte plutôt sur l'homme qui l'a posé. Son acte pourrait probablement traduire l'hostilité qui a toujours existé entre Jésus et les juifs (5,16.18) et surtout de la mort de Jésus. A travers l'acte de Jésus, s'exprime sa passion pour la cause de Dieu.

  • vv19-20 : Réponse de Jésus et l'autre réaction des juifs

Ici il s'agit du sanctuaire et non du temple. Le sanctuaire est l'espace sacré du temple qu'il faut respecter. C'est de ce lieu dont parle Jésus. Mais les juifs eux parlent des 46 ans qui concernent le temple, donc l'ensemble de l'édifice.

Ensuite, Jésus parle de son corps qui est le vrai Sanctuaire. En lui habite Dieu. Jésus parle de la destruction et du relèvement du temple. ‘'Relever'' langage biblique qui exprime la résurrection. Restaurer le temple, c'est restaurer le culte d'Israël.

  • vv21-22 : Conclusion.

Le sanctuaire c'est aussi le corps du Christ ressuscité. L'Eglise, corps du Christ est le temple de l'Esprit, donc chaque chrétien aussi. En conséquence, Dieu par l'Esprit habite en chacun de nous.

Que retenir de cette page de l'Evangile ?

Dans l'Ancien Testament le temple avait une double signification : c'était le lieu de la rencontre avec Dieu et le lieu du rassemblement des tribus. Il avait donc une dimension verticale et une dimension horizontale. Jésus est tout cela, affirme l'Evangile de Jean. C'est en Lui que nous pouvons faire une expérience authentique de la rencontre avec Dieu et c'est en Lui également que nous pouvons faire une véritable expérience de fraternité.

Chacun est invité ce matin à sortir de la dispersion et de nous réunir, d'abandonner les dissensions et de vivre en frères. Mais où et comment est-ce possible? Autour du Christ et de sa croix, répond Jean: « Quand je serai élevé de terre, c'est à dire sur la Croix, j'attirerai à moi  tous les hommes». «Tous », c'est-à-dire l'universalité absolue; et « attirer » ne signifie pas une force qui nous contraint, mais une beauté qui nous fascine. Jésus nous fascine.

Oui, laissons-nous fasciner ce matin par cet homme merveilleux et bon qui ne veut que nous rassembler, nous unir et nous introduire dans la divinité. Lui qui est Vivant pour les siècles et des siècles. Amen !

Père YAO Kouassi Yves (Fidei donum)

 

Homélie du P. GOUDOT de la messe du 4/03/2018

3ème Dimanche de Carême / B / 4-3-2018

Ex 20,1-17 / 1Co 1,22-25 / Jn 2,13-25

« Chacun de nous est appelé à discerner en son cœur et à examiner s'il est menacé par les mensonges [des] faux prophètes. Il faut apprendre à ne pas en rester à l'immédiat, à la superficialité, mais à reconnaître ce qui laisse en nous une trace bonne et plus durable, parce que venant de Dieu et servant vraiment à notre bien. » (Message de Carême du Pape François) Le Carême est donc un temps de discernement, d'approfondissement et d'action. Cette année, j'ai choisi de mettre en valeur, successivement, les quatre volets de ce temps liturgique : la pénitence, la prière, le jeûne... et aujourd'hui le partage (appelé autrefois aumône).

Le Livre de l'Exode donne le terrain sur lequel peut se situer la question du partage, en premier lieu par deux interdits : « Tu ne commettras pas de vol. [...] Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain » (Ex). Notre foi nous demande donc, avant toute chose, de ne rien nous approprier, de rendre justice à autrui, de faire taire en nous les désirs, les appétits, les rivalités qui conduisent à voir l'autre comme un danger ou comme une proie. La source de ces interdits fondamentaux est indiquée : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir [...] de la maison d'esclavage » (Ex). Dieu a libéré Son peuple, ce n'est pas pour qu'il retombe dans d'autres esclavages, et la cupidité en est un ! Notre Carême doit nous redonner la liberté là où nous l'avons perdue.

Le partage va cependant plus loin que l'interdit de voler ou de convoiter. « D'autres faux prophètes sont ces ''charlatans'' qui offrent des solutions simples et immédiates aux souffrances, des remèdes qui se révèlent cependant totalement inefficaces : à combien de jeunes a-t-on proposé le faux remède de la drogue, des relations ''use et jette'', des gains faciles mais malhonnêtes ! Combien d'autres encore se sont immergés dans une vie complètement virtuelle où les relations semblent plus faciles et plus rapides pour se révéler ensuite tragiquement privées de sens ! Ces escrocs, qui offrent des choses sans valeur, privent par contre de ce qui est le plus précieux : la dignité, la liberté et la capacité d'aimer. » (Message de Carême du Pape François) Qu'en retenir ? Notre société occidentale promeut un style de vie où tout s'achète et se vend, où rien n'est donné mais seulement prêté à intérêt, tarifé, essayé, galvaudé... Nous apprenons à faire deux ou trois choses en même temps, à enchaîner les expériences en nous imaginant qu'elles n'auront de conséquences que celles que nous voudrons bien retenir ; le don de soi, la fidélité, l'engagement sans retour sont devenus inimaginables. Or partager, c'est d'abord donner de soi, de son temps, de son attention, de sa présence vraie, de son respect et de sa confiance. Le Carême doit nous permettre de réapprendre cela.

Pourquoi donner ? Pourquoi partager ? Pourquoi se priver de ressources, mordre sur son emploi du temps, risquer de ''se faire avoir'' par l'autre ? Jésus nous le demande, pourtant, avec insistance : serait-Il irréaliste ? L'Evangile affirme le contraire : « Jésus [...] connaissait par Lui-même ce qu'il y a dans l'homme » (Jn) et tant mieux s'il y a un grain de folie dans notre Carême, car saint Paul nous assure que « ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1Co). Il s'agit donc de donner comme Dieu, généreusement, inlassablement, sans condition, et de recevoir Dieu Lui-même à travers l'autre : « La pratique de l'aumône libère de l'avidité et aide à découvrir que l'autre est mon frère : ce que je possède n'est jamais seulement mien. [...] Comme j'aimerais que dans nos relations quotidiennes aussi, devant tout frère qui nous demande une aide, nous découvrions qu'il y a là un appel de la Providence divine : chaque aumône est une occasion pour collaborer avec la Providence de Dieu envers ses enfants » (Message de Carême du Pape François). Au fond, le don, l'aumône, le partage, la charité, quel que soit le nom que nous préférions, est une manière d'être qui nous fait ressembler à Dieu, Lui qui existe en donnant vie, lumière, pardon, amour...

Donner pour aider, donner pour aimer, donner de soi au lieu de donner quelque chose, permettre à l'autre de nous donner ce qu'il est : voilà un programme de vie, beau et exigeant, pas simplement le temps d'un Carême... à condition d'abandonner quelques sécurités. Alors notre foi nous remettra en face de cette certitude : « Notre seule sécurité est l'amour de Dieu notre Père qui nous donne notre pain de chaque jour » (Message de Carême de Mgr de Kerimel).

Père Jean-Philippe Goudot

Homélie du P. GOUDOT du 25/02/2018

2ème Dimanche de Carême / B / 25-2-2018

Gn 22,1-2.9a.10-13.15-18 / Rm 8,31-34 / Mc 9,2-10

Le Carême, nous le savons, comporte quatre éléments : la pénitence (les cendres, le sacrement du pardon), la prière, le partage (la charité) et... le jeûne. C'est sur ce dernier point que nous porterons nos regards aujourd'hui.

Le jeûne comme silence : nous sommes encombrés, de nos jours, de bruits, de musiques de plus ou moins bonne facture (et souvent le son est d'autant plus fort que la mélodie est mauvaise), du bourdonnement des médias toujours en alerte, du vacarme de la circulation et je ne parle pas des conversations futiles ou médisantes... Tout est fait pour nous empêcher de penser, de nous retirer au fond de nous, de nous recueillir, de nous concentrer ! Et nous en prenons l'habitude, au point d'être presque effrayés quand s'installe, par hasard, un silence. Et pourtant, la Parole de Dieu implique un silence pour l'accueillir, sans quoi elle se perdra, inutile, dans le brouhaha ambiant. Les lectures de ce jours nous le montrent : Dieu est touché par l'écoute d'Abraham (« Puisque tu as écouté ma voix ») qui lui a permis le plus beau des dons (« tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique »). Rien n'aurait été possible pour Dieu avec un Abraham qui aurait bavardé sans cesse ! Silence et parole se répondent ainsi, se fortifiant mutuellement : il en est de même dans l'Evangile, où une Parole divine  (« Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre ») entraîne un fructueux silence des disciples (« ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : ''ressusciter d'entre les morts'' »). Notons bien que ce silence est interrogatif : ils n'ont pas compris. Le jeûne n'est pas un silence plein de soi, mais un silence d'attente, de veille, d'incomplétude, de disponibilité pour une Parole divine toujours nouvelle.

Le jeûne comme liberté : dans son message de Carême, notre Pape élève la voix contre tout ce qui, dans notre vie moderne, tend à nous ravir insidieusement notre liberté. Il parle même d'une véritable entreprise de séduction, de manipulation : « ces faux prophètes [...] sont comme des ''charmeurs de serpents'', c'est-à-dire qu'ils utilisent les émotions humaines pour réduire les personnes en esclavage et les mener à leur gré. Que d'enfants de Dieu se laissent séduire par l'attraction des plaisirs fugaces confondus avec le bonheur ! Combien d'hommes et de femmes vivent comme charmés par l'illusion de l'argent, qui en réalité les rend esclaves du profit ou d'intérêts mesquins ! Que de personnes vivent en pensant se suffire à elles-mêmes et tombent en proie à la solitude ! » Peut-être nous sommes-nous reconnus, à telle ou telle évocation... Peut-être avons-nous à repenser une partie de notre emploi du temps, de nos priorités, de nos habitudes, pour désencombrer nos journées, nos semaines, nos vies... Le jeûne peut nous aider dans la recherche de la vraie liberté intérieure, de l'unique nécessaire sans lequel nous aurons couru en vain.

Le jeûne comme paix : faire silence, retrouver une part de liberté dans nos vies si pressées par toutes sortes de contraintes, faire taire les urgences qui ne sont pas forcément des priorités, n'est-ce pas emprunter le chemin de la paix ? En maîtrisant désirs et besoins, nous nous reconnaissons comme des pauvres devant le Seigneur. Pour reprendre les termes du Pape : « Le jeûne [...] réduit la force de notre violence, il nous désarme et devient une grande occasion de croissance. [...] Il représente la condition de notre âme, affamée de bonté et assoiffée de la vie de Dieu. Le jeûne nous réveille, nous rend plus attentifs à Dieu et au prochain, il réveille la volonté d'obéir à Dieu, qui seul rassasie notre faim. » La paix n'est pas la simple absence de conflit ― encore moins l'endormissement ! La paix se conquiert, au prix d'un combat spirituel parfois intense et souvent long : elle n'est possible que si la soif de vérité et d'amour sont éveillées et orientées vers Dieu qui en est la source et le but. La paix chrétienne n'est en rien autosatisfaction, mais mise en œuvre de toutes les énergies de notre volonté pour atteindre Celui qui est notre paix, le Seigneur en personne.

Silence, liberté, paix : notre Carême pourra faire grandir tout cela en nous et, à travers nous, en ce monde tenté par le bavardage, l'esclavage volontaire (que ce soit la course aux loisirs, la surconsommation, les impératifs de la mode ou la frénésie perpétuelle des réseaux sociaux) et la guerre dans tant de pays. Seul le jeûne rendra cela possible... à nous d'essayer.

Père Jean-Philippe GOUDOT.

Homélie du P. Kouassi-Yves Yao du 25/02/2018

Deuxième dimanche de carême

Gn 22, 1-2.9-13.15-18 Ps 115(116b) Rm 8, 31b-34 Mc 9, 2-10

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé : Ecoutez-le »

Nous venons d'achever notre première semaine de carême et la liturgie de ce Deuxième Dimanche de carême nous propose ce beau récit de la Transfiguration. Nous passons du désert aride (le dimanche dernier) au sommet de la montagne : lieu de rencontre entre Dieu et l'homme, pour goûter aux privilèges de l'intimité des amis fidèles du Christ.

Oui, c'est un privilège, mieux une grâce qui nous est offerte. Cependant, nous ne nous apercevons pas de cela car chaque jour nous baignons dans la routine. Pour schématiser, tous les matins c'est le réveil, suivi de la douche, ensuite le dépôt des enfants à la crèche, puis le boulot avec son cortège de stress appuyé par la fatigue et les autres activités. Une fois descendu du boulot, il faut récupérer les enfants à la crèche, leur préparer le dîner et enfin les faire coucher afin de bénéficier d'un petit temps à soi. Et quand c'est la période des vacances, les grands-parents sont mobilisés à souhait pour la garde des petits-enfants. Cette ambiance, nous la connaissons et nous la vivons à chaque fois ! N'est-ce pas ?

Dans cette routine, dans cette ambiance dans laquelle nous baignons chaque jour, chaque semaine, chaque vacance, nous sommes invités « à l'écart sur une haute montagne » avec les intimes de Jésus (Pierre, Jacques et Jean) pour vivre la Transfiguration du Seigneur.

  • Dans une premier, cet Evangile nous fait contempler la gloire du Christ qui anticipe la résurrection et annonce la divinisation de l'Homme (Cf. Benoit XVI, 2010).
  •  Ensuite, il nous invite à accueillir d'une façon nouvelle le don de la Grâce de Dieu: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le » (v.5).
  • Enfin, ces paroles nous invitent à quitter la rumeur du quotidien, les bruits et le brouhaha de notre vie quotidienne dans nos villes et/ou villages pour nous plonger dans la présence de Dieu: Il veut nous transmettre chaque jour une Parole qui nous pénètre au plus profond de l'esprit et affermit notre volonté de suivre le Seigneur.

 

La transfiguration, c'est la grâce de Dieu qui présente Jésus à chacun de nous : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : Ecoutez-le »

 

Jésus, en choisissant Pierre, Jacques et Jean pour seuls témoins de sa transfiguration, a voulu au fond que toute l'humanité en sa diversité soit rassemblée :

Pierre, c'est la force, la détermination, le caractère vigoureux, le travailleur accompli, le gros barbu, le père de famille (marié), mais c'est aussi l'organisation, la responsabilité (le premier pape), c'est donc l'institution, la pierre d'angle de l'Eglise…

Jacques, appelé le majeur, frère aîné de Jean ; jeune et dynamique, tempérament fougueux, plein d'idéal. Son surnom en dit long : fils du tonnerre à cause de son tempérament fort, (fils du tonnerre) parce qu'il était battant. C'est donc un représentant de la jeuneuse ardente et battante….. Courageuse et intrépide

Jean, inutile de s'attarder sur lui. C'est lui qui s'étendait habituellement sur le cœur du Christ de tout son amour ; il est celui que Jésus aimait, il est le fidèle par excellence ; l'ami de cœur et d'esprit de l'Amour incarné. Jean réunit en lui tout ce que l'Amour exige : la tendresse et la force.

Ces trois apôtres ne se ressemblent pas. Chacun a sa grâce, ses limites et ses bassesses. Dieu n'appelle donc pas les meilleurs mais il rend meilleur ceux qu'il appelle. Le péché n'arrête pas l'Amour Divin. Autrement dit l'Amour de Dieu n'a pas de limite.

Jésus se promène donc avec trois êtres faillibles qu'il aime éperdument. La preuve il va leur faire un grand cadeau : son visage sera tout illuminé éblouissant ses apôtres et la voix du Père se fait entendre, comme pour dire qu'à la lumière il faut joindre le son pour marquer les esprits et les cœurs : « Celui-ci est mon Fils : Ecoutez-le ». Tout est dit. D'une part, c'est le Christ qu'il faut écouter et non nos péchés et nos misères encore moins les bruits et brouhahas dans lesquels nous sommes plongés au quotidien. D'autre part, Jésus veut que cette Lumière puisse éclairer nos cœurs quand nous traverserons l'obscurité profonde de la souffrance et les difficultés de la vie.

Arrêtons donc de penser que nous sommes indignes du Christ, arrêtons de pleurnicher sur nos péchés et de perdre cœurs. Cherchons plutôt à penser comme il pense, à agir comme il agit, à aimer comme il aime en un mot à pendre sa Lumière et à la tomber en nous. C'est ça carême. Alors, nous pourrons redescendre de la montagne, nous aussi, tout transformés et reprendre notre vie quotidienne mais cette fois, plein de la Lumière et de l'Amour de Dieu.

 Que Dieu nous accorde son Esprit Saint afin de repartir pour cette deuxième semaine de Carême avec la lumière dans nos cœurs et dans nos vies. Amen !

                                          

Père YAO Kouassi Yves (Prêtre fidei donum)

Homélie du P. Kouassi-Yves Yao du 14/02/2018

Mercredi des Cendres 2018 Année B

Jl 2, 12-18 / Ps 50(51) / 2 Co 5, 20 -6,2 Mt 6, 1-6.16-18

Chers frères et sœurs en Christ et en humanité, chers amis, nous voilà dans le Temps de Carême qui s'ouvre aujourd'hui avec le Mercredi des Cendres. Il s'agit d'un itinéraire de quarante jours qui nous conduira au Triduum pascal, mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, cœur du mystère de notre salut.

L'opportunité nous est donc offerte pour réfléchir sur ce qui est au cœur de la vie chrétienne : la charité. En effet, le pape François, dans son message de Carême 2018 intitulé « A cause de l'ampleur du mal, la charité de la plupart des hommes se refroidira » (Mt 24, 12), peint certaines situations dans lesquelles la communauté chrétienne pourrait se retrouver (des événements douloureux, certains faux prophètes…), et qui pourrait mettre à mal la charité (centre de tout l'Evangile) au point de l'éteindre dans les cœurs.

La marche que nous allons entreprendre comporte, certes, des exigences mais elle est aussi libératrice car elle dépouillera de tout ce qui nous empêche de nous ouvrir aux autres et de vivre la charité. C'est une nouvelle occasion pour que nous puissions recommencer à aimer.

Pour mieux vivre ce temps liturgique et nous aider à (re)découvrir la charité qu'est-ce qui pourrait être le plus adapté si ce n'est de nous laisser guider par la Parole de Dieu?

Les textes de ce jour, mieux l'Evangile nous plonge au cœur même de l'exigence de ce temps de carême. L'Evangile précise non seulement les actions concrètes à mener : le Jeûne ; la Prière et l'Aumône et qui balisent notre chemin sont bien entendu mais aussi l'attitude intérieure qui convient pour que Dieu puisse agréer nos efforts. En somme, l'Evangile nous indique ce qu'il y a lieu de faire tant dans la forme que dans le fond.

Au niveau du fond : Jésus nous demande de vivre « comme des justes ».  Le juste doit être entendu comme celui qui pratique la vertu de la ‘'justice'' qui consiste à donner chacun ce qui lui revient. Ainsi :

  • Dans la prière, je rends à Dieu l'adoration qui est due à Dieu seul. « En me consacrant à la prière, nous permettons à notre cœur de découvrir les mensonges secrets par lesquels nous nous trompons nous-mêmes, afin de rechercher la consolation en Dieu. il est notre Père et il veut nous donner la vie » (Pape François, message de Carême 2018)
  • Par l'aumône, je remets à mon prochain plus pauvre sa part du bien commun. « La pratique de l'aumône libère de l'avidité et aide à découvrir que l'autre est mon frère : ce que je possède n'est jamais seulement mien » (Pape François, message de Carême 2018)
    • Enfin, le jeûne me permet de me décentrer de moi-même, de relativiser mes exigences personnelles, en les situant à leur juste place sur l'horizon de mes devoirs envers Dieu et envers mes frères. « Le jeune réduit la force de notre violence, il nous désarme et devient une grande occasion de croissance. D'une part, il nous permet d'expérimenter ce qu'éprouvent tous ceux qui manque même du strict minimum nécessaire et connaissent les affres quotidiennes de la faim ; d'autre part, il représente la condition de notre âme, affamée de bonté et attentifs à Dieu et au prochain, il réveille la volonté d'obéir à Dieu, qui seul rassasie notre faim » (Pape François, message de Carême 2018)

Quant à la forme, Jésus nous demande d'accomplir nos devoirs dans la discrétion.  Privées de cette qualité essentielle, nos œuvres ne seraient plus des instruments de justice. Si j'accomplis les œuvres de pénitence ou de charité avec le désir d'être remarqué – en multipliant les manifestations extérieures qui m'assurent de ne pas passer inaperçu – je n'offre rien à Dieu, ni à mon prochain, mais je prends prétexte du service rendu à mon frère pour servir ma propre gloire. Et Christ d'ajouter : « Amen je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense ».

Alors, les yeux fixés sur Jésus-Christ, entrons dans le combat de Dieu. Bon temps de Carême à tous et à chacun      

Père YAO Kouassi Yves (Prêtre fidei donum)

Homélie du P. GOUDOT du 14/02/2018

Messe des Cendres 2018 Année B

Jl 2,12-18 / 2Co 5,20-6,2 / Mt 6,1-6.16-18

« Je ne suis pas un robot », m'ordonne de prouver mon ordinateur lorsque je veux accéder à mon adresse mail, depuis quelques jours... On n'arrête pas le progrès ! Comment prouver qu'on est pas un robot... à un robot ? Question absurde, que le Carême commençant m'amène à reformuler ainsi : comment vivre aujourd'hui en n'étant pas happé par la technique, les habitudes qui transforment la vie en grisaille, les urgences qui ne sont pas des priorités ? Le Carême a quatre réponses : pénitence, jeûne, partage, prière.

La pénitence est une dimension parfois bien négligée dans notre vie chrétienne : le Carême nous la rappelle fortement pour nous en faire vivre toute l'année. Nous serons confrontés plus que d'habitude à l'exigence de la conversion du cœur, pour arracher les mauvaises herbes qui étouffent en nous la disponibilité aux appels de Dieu et aux besoins de nos frères. Cette pénitence commence par le geste des cendres, reçues au commencement du Carême pour marquer le regret de nos fautes et notre désir de conversion : j'y reviendrai. Elle doit aboutir à demander le sacrement du pardon, vécu personnellement dans le dialogue avec un prêtre qui, au nom du Christ et de Son Eglise, entend les demandes de pardon et donne l'absolution qui libère réellement le pécheur des fautes commises. Cette démarche personnelle est irremplaçable : « l'initiative des ''24 heures pour le Seigneur'', qui nous invite à célébrer le sacrement de Réconciliation pendant l'adoration eucharistique, sera également cette année encore une occasion propice. En 2018, elle se déroulera les vendredi 9 et samedi 10 mars, s'inspirant des paroles du Psaume 130 : ''Près de toi se trouve le pardon'' (Ps 130, 4). » Ce n'est pas moi qui dit cela, c'est le Pape... qui a juste oublié de préciser que cela aura lieu à Vaulnaveys !

Sur ce terrain redevenu propice, vont germer ― il faut l'espérer ! ― des fruits de prière, de jeûne et de partage. La prière nous attend au tournant : il est dur, parfois, de prier en ne ressentant pas la présence de l'Être aimé, en doutant de Son action en nous et autour de nous… La prière vient guérir ce qui est blessé dans l'amour qui doit nous relier à Dieu : laissons-Le faire, donnons-Lui du temps, vivons une foi-confiance qui Lui permettra de convertir, peu à peu, notre cœur : « Prier, c'est rétablir entre Dieu et nous des relations dans un sens normal. [...] Sans prière, nous ne pourrons pas aimer. » (Madeleine Delbrêl) Le Carême est aussi l'occasion de se reposer les bonnes questions : où en suis-je avec le partage, la solidarité, la charité en actes qui ne sont pas des ''suppléments d'âme'' mais l'expression indispensable d'une vie chrétienne authentique… Quelle place les autres, proches ou lointains, ont-ils dans mon cœur, dans mon emploi du temps, dans ma vie de foi ? Si ces 40 jours nous invitent si fortement à donner, c'est pour nous rappeler que toute notre année doit être colorée par une attitude profonde d'ouverture aux attentes des autres. Le jeûne (le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint) vient guérir ce qui est blessé dans l'amour de soi : savoir me priver, ne pas être l'esclave de mes habitudes alimentaires, maîtriser mes désirs, remettre les choses à leur vraie place dans ma vie, communier à ce que d'autres peuvent vivre — bien involontairement — de privation, toutes ces dimensions sont présentes dans l'abstinence et le jeûne que l'Eglise nous propose.

Temps du désert, chemin vers le dépouillement, le Carême n'est pas pour autant une période de vide ou de misérabilisme, de petits ''sacrifices'' consentis de mauvaise grâce ou dans l'illusion de se mettre en règle avec Dieu : pas de Carême triste ou bien-pensant ! Nous aurons à cœur de vivre ce Carême comme un temps de grâce où, grâce à un renouveau dans notre prière, notre sens du partage et notre pénitence, nous pourrons resserrer les liens qui nous unissent au Seigneur, revivifier l'esprit de notre baptême, repartir d'un pas plus décidé vers ceux que Dieu nous donne à aimer, à pardonner, à écouter… Alors, et les cendres ? Faites à partir des rameaux bénis l'an dernier, elles sont le signe de tout ce qui est mort en nous, et doit être balayé par le souffle créateur de Dieu ; elles sont aussi le symbole de la renaissance que Dieu seul peut opérer, et que nous devons désirer, demander dans la prière, rendre possible par le jeûne, mettre en œuvre par le partage, pour ne pas vivre ''comme des robots''. Bon Carême à tous §

Père Jean-Philippe Goudot

Homélie du P. Kouassi-Yves Yao du 11/02/2018

6ème dimanche du temps ordinaire – Année B (Verte) / sacrement des malades

Lv 13, 1-2.45-46 Ps 94 (95) 1Co 10,31-11.1 Mc 1, 40-51

Nous voici rassemblé ce matin, autour de Brigitte, de Lucienne et d'Anne Marie pour célébrer l'eucharistie. Elles recevront au cours de cette eucharistie le sacrement des malades. Et la page de l'Évangile d'aujourd'hui que nous venons d'entendre raconte la rencontre entre Jésus et un lépreux. Celui-ci demande à être purifié et il s'en trouve guéri. Quelle coïncidence ! Là où certaines personnes verront le hasard, moi je vois la Providence divine qui conduit notre histoire. Ensemble, accompagnons de nos prières nos chères sœurs Brigitte, Lucienne et Anne Marie durant toute cette célébration.

A présent accueillons le message contenu dans les saintes écritures.

Selon la loi de l'Ancien Testament, quand on avait été frappé de la lèpre, on devait se tenir à l'écart et on ne pouvait s'approcher de personne parce que la loi prescrivait: "Le lépreux habitera à l'écart, sa demeure sera hors du camp » (Lv 13,46). Le lépreux était abandonné à lui-même, destiné à une mort lente, sujet d'opprobre parce qu'il était considéré comme un pécheur qui méritait d'avoir contracté une maladie repoussante, incurable et contagieuse. Personne ne devait toucher donc le lépreux

Mais Jésus lui apporte une nouveauté : il touche le lépreux et le guérit. Nos lois humaines ne peuvent que reconnaître le mal et le condamner. Mais pourquoi le Christ touche-t-il ce malade répugnant? Puisqu'il guérit les malades par sa volonté et sa parole, pourquoi Jésus vient-il, en plus, le toucher de sa main ? Saint Jean Chrysostome apporte une réponse : « Je crois qu'il n'y pas d'autre raison que de montrer que rien n'est impur pour un homme pur.». Jésus, lui touche le lépreux et le guérit. L'impur, le châtié, l'intouchable devient une source d'émerveillement et d'Evangile (=Bonne Nouvelle).

Le lépreux de l'Evangile n'a pas de nom, n'a pas de visage,  de sorte que chacun de nous peut s'identifier à lui. Sa voix exprime notre désir de santé physique et spirituelle. Discrètement il supplie: « Si tu le veux, guéris-moi »

Le lépreux exprime ce désir parce que, plus ou moins consciemment, il se demande: « Qu'est-ce que Dieu veut de moi? Que veut-Il de cette chair qui pourrie, de ce corps couvert de plaies, de ces années de douleur (pour ceux qui souffrent le temps de la maladie est toujours long) ? La question du lépreux est « théologique » car à partir de son expérience de la souffrance, cet homme se tourne vers le Fils de Dieu-Amour. La foi du lépreux n'est pas théorique ou abstraite: elle est née d'un cœur qui bat et qui a compris que Dieu est le Dieu de la compassion. La douleur fait ressortir l'amour à partir duquel on est né.

Ce matin donc faisons nôtre cet appel du lépreux: « Si tu le veux, tu peux me purifier » Il ne s'agit pas de notre pureté selon la Loi, mais de notre misère qui nous donne le droit de nous tourner vers le Seigneur, de l'invoquer et de tomber à genoux parce que nous reconnaissons sa Divinité et son Amour. Nous avons besoin de Dieu et de son Amour. L'important, c'est de reconnaître notre mal et de vouloir guérir.

Et Jésus, saisi de compassion, nous touche. Pour Jésus, le lépreux (et donc pour chacun de nous et plus encore pour Brigitte, Lucienne, Anne-Marie) n'est pas un cas à résoudre, mais une épine dans sa chair. Pour lui, le malade n'est pas une question théorique à laquelle il faille donner une réponse, mais un frère ou une sœur pour qui ses entrailles frémissent, comme celles d'une mère pour son enfant. Dieu a pour nous cette tendresse maternelle qui génère des gestes, qui fait quasiment violence à sa main douce et pleine d'amour et de bonté ; la fait se tendre, la fait toucher. Jésus touche le lépreux, sachant que, pour la loi mosaïque (Loi de MOISE), toucher un lépreux rend impur. Pour lui, l'homme vaut plus que cette loi. Avec une caresse, qui purifie, le Rédempteur porte l'ancienne loi à son accomplissement grâce à la nouvelle loi de l'amour et de la liberté.

Dieu veut des enfants guéris pour l'éternité. A chacun de nous, comme au lépreux, à Lazare, à la fille de Jaïre, à la belle-mère de Simon, Jésus répète: « je le veux, sois purifié…lève-toi, sois guéri. »

 L'Évangile n'est pas un conte de fées fait pour inspirer de bons sentiments et enseigner une morale, mais c'est le récit d'une Présence qui accomplit des miracles. Le miracle, pour Jésus, est la convergence de deux volontés bienveillantes; le contact vivant entre la volonté de bonté de celui qui agit et la foi de celui qui reçoit. La collaboration des deux forces. La concordance, la convergence de deux certitudes: une qui demande :"Si tu le veux, tu peux me guérir" et l'autre, purificatrice, qui guérit non seulement le corps mais aussi le cœur malade. « Je le veux sois purifié »

Pourquoi, la sainte Eglise célèbre-t-elle le sacrement des malades ; ce n'est pas pour faire du théâtre, mais pour qu'au plus intime de notre cœur, naisse en nous le réconfort de ce bon berger qui prend soin, qui soulage, qui  guérit, qui enlève toutes nos infirmités et nos maladies et les prend sur lui.

Et moi je vous ai tout dit en ce matin. Passons à présent au geste. Amen !

Père Kouassi-Yves Yao 

Homélie du P. GOUDOT du 11/02/2018

6ème Dimanche du Temps Ordinaire / B / 11-2-2018

Lv 13,1-2.45-46 / 1Co 10,31-11,1 / Mc 1,40-45

En ce jour du 11 février, l'Eglise fête aussi Notre-Dame de Lourdes et porte donc plus particulièrement dans sa prière tous les malades. Il se trouve que les textes de la liturgie de la Parole mettent en scène une terrible maladie, la lèpre, qu'on ne sait guérir que depuis le début du XXème siècle. A travers cet épisode, pourquoi ne pas réfléchir sur trois types de relation ?

La relation à soi : quand on est malade, on se sent diminué, parfois encombrant voire inutile. Comment porter maladie, handicap, grand âge, en continuant à se laisser aimer par Dieu et par l'entourage ? Prions les uns pour les autres, afin que chacun puisse toujours donner du sens à son existence. Dans un contexte tout différent, la lèpre est dans la Bible la figure du péché qui nous abîme à nos propres yeux et nous éloigne de Dieu et des autres... « Heureux l'homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! » : heureux serons-nous quand le pardon du Seigneur viendra rétablir en nous la paix et une juste relation à nous-mêmes !

La relation avec Jésus : « Un lépreux vint auprès de Jésus ; il Le supplia et, tombant à Ses genoux, Lui dit : ''Si Tu le veux, Tu peux me purifier.'' Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : ''Je le veux, sois purifié.'' À l'instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. » Quel élan ! Quelle confiance ! Ce lépreux demande l'impossible, et prend un vrai risque en abordant ainsi publiquement Jésus, ce que la mentalité du temps ne lui donne sans doute pas le droit de faire. Il a entendu parler des signes accomplis par cet homme de Dieu, de Son enseignement nouveau, de Sa profonde bonté, et il en a déduit que Jésus pouvait tout pour lui : ce qui n'est pas mal vu ! Pourtant il ne lui donne pas de titre messianique, comme le feront d'autres malades (« Fils de David, aie pitié de moi ! ») : l'évangéliste ne nous en dit pas plus sur le contenu de sa foi... « Aussitôt », comme dirait saint Marc, une relation s'instaure entre Jésus et le lépreux anonyme : Jésus est personnellement touché devant la misère de cet homme, dont l'aspect physique est sûrement marqué par l'affreuse maladie, et Il Se permet de toucher le malade de Sa main. Et l'impossible advient : sur une simple parole, « la lèpre le quitta » ! Jésus est vraiment tout-puissant contre le mal, quelle que soit sa forme ! Car, bien sûr, la lèpre symbolise à la fois toute maladie grave en ce qu'elle affaiblit, isole, diminue, exclut et conduit vers la mort, et le péché qui, spirituellement, amène les mêmes conséquences. Seule une demande confiante, dans le cadre d'une relation personnelle avec Jésus, peut aider à porter une maladie qui est toujours un fardeau et, dans un autre ordre, à se libérer d'un péché qui obstrue notre avenir spirituel.

La relation avec la communauté : « Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : ''Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage.'' Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l'écart, dans des endroits déserts. » Jésus ne Se contente pas de guérir un individu : Il a soin de le réintégrer dans la communauté, comme la Loi de Moïse, dont nous avons entendu un extrait en 1ère lecture, en faisait obligation. Aux yeux de Dieu, nous sommes les membres d'une même famille, l'humanité, et, pour ceux qui ont été baptisés, d'un même Corps, l'Eglise : notre vie morale et matérielle, notre santé physique ou spirituelle, nos choix et nos engagements, nos charismes et nos péchés ne restent jamais strictement privés. Jésus a le souci de réintégrer le lépreux dans sa communauté : avons-nous assez le souci concret des personnes malades, isolées, déprimées, endeuillées ? Nous engageons-nous, dans nos paroisses, à leur service ? Personnellement, intégrons-nous la dimension communautaire de notre foi en Jésus Christ ? Ou faisons-nous comme ce lépreux guéri, qui, finalement, gêne l'action de Jésus, obligé d'éviter les foules avides de miracles ?

« Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l'Eglise de Dieu » : demandons cette grâce, les uns pour les autres, de n'être jamais un obstacle pour la grâce de Dieu, que ce soit en nous ou autour de nous. Que Notre-Dame de Lourdes nous aide à collaborer généreusement, toute notre vie, à l'œuvre d'amour et de salut de son Fils !

Père Jean-Philippe GOUDOT

Homélie du P. GOUDOT du 21/01/2018

3ème Dimanche du Temps Ordinaire - Année B

Jon 3,1-5.10 / 1Co 7,29-31 / Mc 1,14-20

« Aussitôt, Jésus les appela », et la grande aventure commença pour les apôtres, l'aventure d'une vie avec Jésus. Ce 3ème dimanche du temps ordinaire, tout se passe vite, « aussitôt [εὐθὺς] », comme le répète souvent (41 fois!!) saint Marc dans son Evangile. Aussitôt ? Pas sûr...

« La parole du Seigneur fut adressée de nouveau à Jonas : ''Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, proclame le message que je te donne sur elle.'' Jonas se leva et partit pour Ninive ». « De nouveau » ? Est-ce-que, par hasard, le prophète n'aurait pas entendu du premier coup ? Vous connaissez bien ce beau livre de Jonas, plein d'humour, qui nous montre combien le prophète est rebelle à la voix de Dieu et part en direction opposée à l'ordre reçu, au point que Dieu est obligé d'envoyer un gros poisson le gober et le garder au frais pendant trois jours... Rien de banal dans ce conte qui nous montre très spirituellement quelle énergie peut mettre un bon croyant pour résister aux appels de Dieu ! « La parole du Seigneur fut adressée de nouveau à Jonas » : sans doute Jonas aurait-il dû répondre « aussitôt », comme saint Marc aime le souligner dans son Evangile, mais il avait d'autres idées sur Dieu. La Parole de Dieu rejoint celui qui garde un cœur ouvert, mais nous mettons parfois longtemps à ouvrir portes et fenêtres, et Dieu ne veut pas entrer par force.

« Car il passe, ce monde tel que nous le voyons » : saint Paul fait un constat en apparence banal, mais qui doit changer notre manière de vivre. Il peut être tentant de s'approprier les choses et les situations, comme si nous pouvions les détenir ad vitam æternam ; ou bien de laisser les jours succéder aux jours, les semaines, les mois et les années s'enchaîner sans jamais prendre de décisions vitales, ni s'engager, ni se convertir, ni choisir Dieu vraiment, avec l'idée qu'il sera toujours temps d'y penser... Mais le temps ne nous appartient pas, et « il passe, ce monde tel que nous le voyons », sans nous prévenir ni nous demander notre autorisation ! Là encore, l'« aussitôt » de saint Marc peut nous venir en aide, non pour nous précipiter sans trêve comme nous y incite notre société de surconsommation et de divertissement, mais pour ne pas retarder inutilement les décisions importantes, les réconciliations, les conversions, les partages que Dieu attend de nous. Le temps dit ordinaire n'est pas grisaille, mais inscription de l'éternité dans le provisoire, du Royaume de Dieu dans le quotidien : y pensons-nous ?

« Convertissez-vous et croyez à l'Evangile [...]. Venez à ma suite, je vous ferai devenir pêcheurs d'hommes ». Il m'a semblé intéressant de mettre en regard ces deux phrases de Jésus : se convertir, n'est-ce pas marcher à la suite de Jésus ? « Croire à l'Evangile » n'implique-t-il pas de s'en faire le porte-parole pour rassembler l'humanité autour de Jésus, dans Son Eglise puis dans Son Royaume ? Pas de conversion vraie, donc, sans une mise en route à la suite de Jésus : donc derrière Lui, à Son pas, sur Ses chemins, en passant par Sa porte, étroite mais ouverte, et salutaire ! Derrière, pas devant ou ailleurs ! Combien de fois imaginons-nous de dire à Dieu comment Il devrait s'y prendre pour nous guider, pour faire régner la paix dans notre monde ou dans nos familles... Etre disciple n'est pas si simple, et répondre « aussitôt », comme dans saint Marc, n'est pas forcément notre premier mouvement... Mais cela même ne suffit pas : croire, c'est annoncer ! Mettre sa foi en Jésus Christ, Lui faire totalement confiance, Lui donner la première place, ne peut rester dans la sphère intime sous peine de voir notre foi s'individualiser puis se rétrécir aux dimensions de notre ressenti. La foi est diffusive par essence, comme l'amour : dès qu'elle naît, elle veut se répandre ; plus elle grandit, plus elle est en capacité de se partager ; plus elle se donne et plus elle grandit en s'approfondissant. Avons-nous le désir d'une telle foi en Jésus Christ ? Prenons-nous le temps de prier pour que Dieu « augmente en nous la foi » ?

« Aussitôt, Jésus les appela » : Jésus, Lui n'hésite pas, ne renâcle pas, de pose pas de conditions, ne multiplie pas les obstacles sur la route de ceux qu'Il croise. Il les regarde, Il les choisit, Il les appelle, Il les envoie, en pleine connaissance de leurs limites et même de leur péché, mais aussi de la sainteté qui germe dans leur cœur à Son contact. Demandons cette grâce, pour notre temps ordinaire, de répondre « aussitôt » à Dieu et à nos frères.

Père Jean-Philippe Goudot

Homélie du P. GOUDOT du 14/01/2018

2ème Dimanche du Temps Ordinaire- Année B

1S 3,3b-10.19 / 1Co 6,13b-15a.17-20 / Jn 1,35-42

« Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : ''Voici l'Agneau de Dieu'' ». Ainsi débute notre temps ordinaire cette année : un regard posé sur Jésus. Celui qui regarde n'est pas n'importe qui : il s'agit du Précurseur, du dernier prophète de l'Ancien Testament, de celui qui connaissait le mieux le Messie puisque sa mission consistait uniquement à Le faire connaître au monde... Et pourtant il prend le temps de « poser son regard sur Jésus » : comme nous aujourd'hui.

« Tu m'as appelé, me voici » : nous connaissons bien ce passage du 1er Livre de Samuel, souvent repris pour parler de vocation. Peut-être avons-nous moins en mémoire le message dont le petit fut chargé auprès du grand-prêtre Eli pour lui annoncer la chute de sa maison, châtiment de la prévarication de ses fils ! Quoi qu'il en soit, Samuel entend avant de comprendre, répond avant de connaître son interlocuteur : il est déjà disponible pour l'action de Dieu en lui. Et tout commence par cela ! Où en sommes-nous, chrétiens de longue date ou convertis récents, de notre écoute ? De notre disponibilité à Dieu ? De notre connaissance de la foi de l'Eglise et de son approfondissement, qui sont une voie très sûre pour se mettre à l'écoute de Dieu et chercher la vérité avec une ferveur renouvelée ?

Cet appel peut tout changer en nous : « vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes » dit saint Paul. L'appel change jusqu'à notre identité, ou plutôt nous la révèle à nous-mêmes : « ''Tu es Simon, fils de Jean, tu t'appelleras Kèphas'' ⸻ ce qui veut dire : Pierre ». Qu'aurait dit Pierre, au soir de sa vie, si on avait voulu le réduire à sa condition initiale de Simon le pêcheur ? N'aurait-il pas refusé cet amoindrissement, cette amputation ? Et pourtant, ce nom de Pierre, ce charisme de Pierre, ce ministère de Pierre ne lui ont-ils pas été donnés par un autre, presque par surprise ? C'est ainsi que les appels de Dieu nous précèdent, nous bousculent et nous dépassent ; mais, loin de rogner notre liberté, ils nous la donnent en déployant notre identité profonde que Dieu seul connaît et que la foi nous fait reconnaître peu à peu. Sommes-nous disposés à laisser Dieu transformer notre existence en vocation ? Lui permettront-nous de faire de nous des disciples, des envoyés, des saints, à Sa façon ?

« En ma bouche Il a mis un chant nouveau » : quel « chant nouveau » Dieu peut-Il mettre en notre bouche, en notre cœur ? Le diocèse nous propose un moyen, les ''5 essentiels'', bien connu de certains mais toujours à redécouvrir et à approfondir :

  1. La vie de prière : personnelle et communautaire, indissociablement, elle nous conduit à aimer Dieu plus que tout, elle fait de nous des fils et des filles
  2. La vie fraternelle : elle permet de grandir dans l'accueil et l'amour des autres, faisant de nous des frères et sœurs en Jésus
  3. La formation : catéchèse, enseignement, lectures... non pour meubler le cerveau mais pour approfondir la conversion du cœur, et grandir comme disciples
  4. La vie de charité et de service : se donner aux autres, s'engager dans la communauté pour devenir non des chefs mais des serviteurs
  5. Le souci de l'évangélisation, pour que tous soient rejoints par la proclamation de Jésus mort et ressuscité : les chrétiens deviennent alors apôtres et témoins

Les ''cinq essentiels'' sont nécessaires, simultanément ; là est leur force et leur dynamisme. Le risque serait de se spécialiser dans un ''essentiel'' particulier, alors qu'il faut les faire grandir ensemble pour une fécondité véritable et durable. Prenons le temps, chacun, de faire le point...

« Posant son regard sur Jésus, Jean-Baptiste dit : ''Voici l'Agneau de Dieu'' » : tout commence par un regard, une contemplation du visage du Christ dans l'hostie consacrée, mais aussi dans une page d'Evangile, dans la vie fraternelle d'une communauté, dans le plus petit, le plus pauvre, le plus abandonné de nos frères. Ce(s) regard(s) ne se divise(nt) pas, mais rejoi(gne)nt Dieu à la fois dans les sacrements et dans l'action solidaire, dans le travail d'intelligence de la foi et dans l'action quotidienne en famille, en société, en paroisse... Que le Seigneur fasse de nous, indissociablement, des fils, des frères, des disciples, des serviteurs et des apôtres ! Alors seulement notre foi pourra donner sens à chacune de nos journées, nourrir ceux qui cherchent en tâtonnant, illuminer les ténèbres de ce monde d'un Amour plus fort que toute mort. 

Homélie du P. Kouassi-Yves Yao du 14 janvier 2018/2017

104ème Journée mondiale des migrants - Année B – Couleur liturgique Verte

1S 3, 3b-10.19 - Ps 39 (40) - 1Co 6,17-20 - Jn 1, 35-42

 

 

 

Avant tout propos, je voudrais souhaiter la bienvenue à tous dans cette belle Eglise de Sainte Marie. Elle se fait de plus en plus vivante, et nous rendons grâce à Dieu pour cette merveille.

L'Eglise notre mère nous offre aujourd'hui  de célébrer la 104 ème Journée mondiale du migrant et du refugié. Je voudrais saisir cette occasion pour traduire toute ma reconnaissance à la cette belle France. Moi votre humble serviteur, je viens de la Côte d'Ivoire, la Chorale d'aujourd'hui, les JTP, présente pour l'animation de cette messe, est composée d'étudiants et de jeunes pro, provenant de divers horizons, et cela est très significatif. Tous ensembles, nous voulons vous dire un grand et sincère merci pour votre hospitalité. Ce n'est pas habituel, mais je voudrais à titre exceptionnel qu'on puisse ovationner très fort toute la France de façon particulière et significative.

Tous les hommes ont la même valeur : migrants, refugiés, victimes de catastrophes naturels et autres, restent tous des hommes en dépit de ce qu'ils ont pu vivre ou de ce qu'ils ont pu endurer.

L'Eglise a toujours accordé une place particulière au phénomène de migration. Vivre la communion avec nos frères et sœurs migrants, c'est vivre l'enseignement de la Parole de Dieu : c'est un chemin pour découvrir d'une manière particulière ce que saint Paul dit aux Corinthiens « les dons de la grâce sont variés, mais c'est toujours le même Esprit ». Nous sommes tous différents, les dons sont variés mais c'est toujours le même Esprit. En effet partout où nous nous retrouvons, que ce soit en Europe, en Afrique, en Océanie, en Asie ou en Amérique, nous vivons de la même eucharistie avec nos particularités et nos sensibilité. Et tous, aussi différents que nous sommes, tous dis-je, une Seule et Unique Personne nous rassemble aujourd'hui : Jésus Christ. L'Agneau de Dieu. Regardons à présent la page de l'Evangile

v.35

Posant son regard sur Jésus, Jean dit à ses disciples : « Voici l'Agneau de Dieu ». Ayant pénétré quelque chose de profond du mystère de l'Etre de Jésus, Jean rend témoignage et désigne Jésus comme ‘‘l'Agneau de Dieu''. Une image de non-violence et de douceur. Qui peut avoir peur d'un agneau ? Qui peut craindre Jésus ? Il est l'Innocent dont la sainteté purifie le monde. Il enlève « le péché du monde », qui consiste en l'ignorance de Dieu et de sa Parole. Le témoignage de Jean a atteint son objectif puisque certains de ses disciples se mettent à la suite de Jésus.

 

vv.35-39 : Deux disciples de Jean suivent Jésus.

Les deux disciples sont d'abord des anonymes. Mais plus tard (v.40), on saura que l'un des deux s'appelait André et était le frère à Simon. En montrant Jésus à ses disciples, Jean les orientait ainsi vers celui qui deviendra désormais leur maître (rabbi). Le terme ‘‘rabbi'' est une appellation qui marque le respect envers Jésus.

v.38 : Jésus demande au disciple : « Que cherchez-vous ? » Il ne dit pas qui ‘‘cherchez-vous ?'' Mais «Que cherchez-vous ? » Jésus les séduit par son attention. Il les rejoint dans ce qui est le plus intime en eux : leur soif de liberté et de bonheur.  L'homme est à la recherche du bonheur. "Chercher" est un terme de la sagesse.

Et ce désir profond, Jésus va l'élever et lui donner sa dimension d'infini. «Rabbi, où demeures-tu ? » - «Venez et voyez. »

Aux versets 38-39, Jean emploie trois fois le verbe "demeurer". C'est un terme important en Jean. Il manifeste l'attachement du disciple à son maître. La foi au Christ ne se limite pas à suivre Jésus mais bien plus à rester pour toujours avec lui. C'est la marque de l'adhésion totale.

Jésus n'a pas de logis. Son «chez lui » n'est pas une maison. Sa demeure, c'est l'intimité de son Père. Partout, dans les villes, les villages ou les endroits déserts, il est chez lui parce qu'à tout moment il demeure dans son Père. Être là où se trouve Jésus, c'est entrer en relation avec lui et, par lui, avec le Père.

 

vv. 40-42 : André emmène Simon à Jésus.

André est l'un des deux disciples anonymes. Il a deux qualités: il a écouté le témoignage de Jean (vv36-37) puis il a suivi Jésus.

v.41 : «Nous avons trouvé le messie ». L'appel à la conversion, à la suite de Jésus est basé sur la confession de la messianité du Christ tout comme aux versets 36-37 où les deux disciples après avoir entendu dire que Jésus est l'agneau de Dieu se sont mis à le suivre.

André va chercher son frère Simon. «Nous l'avons trouvé, celui que nous attendions et désirions, il est là, enfin, au milieu de nous. » Il l'emmène à Jésus. Et Jésus le « regarde en profondeur » (εμβλεψας) pour lui révéler sa mission : « Tu t'appelleras Kêphas, Rocher, Pierre. » C'est le début d'un long chemin au bout duquel Jésus pourra s'appuyer sur Pierre, parce que Pierre aura appris à ne s'appuyer en rien sur lui-même. Devenir « Rocher » pour Pierre sera ne plus faire, à la suite de Jésus, que la volonté du Père.

 

L'autre disciple qui n'est pas mentionné et qui reste anonyme représente chacun et chacune de nous. Ainsi sommes-nous invités en ce jour, après cette expérience d'intimité avec Jésus et le Père, de conduire vers Dieu nos proches.

Faire la volonté du Père voilà ceux à quoi nous sommes invités en ce jour. Que Dieu nous y aide. Lui qui est Vivant pour les siècles et des siècles. Amen !

Père YAO Kouassi Yves

Fidei donum

 

 

 

 

 

 

Homélie du P. GOUDOT du dimanche 7/01/2018

Epiphanie 7-1-2018

Is 60,1-6 / Ep 3,2-3a.5-6 / Mt 2,1-12

Le temps de Noël est court cette année, puisqu'il s'achève dès lundi avec la célébration du Baptême du Seigneur ! En ce jour de l'Epiphanie, nous fêtons le Christ qui S'est manifesté parmi nous, attirant à Lui les mages venus d'Orient, et, à travers eux, tous les peuples de la terre.

« Tous les gens de Saba viendront, apportant l'or et l'encens » : même si vous n'êtes pas allés à Saba (au Yémen), vous connaissez la valeur symbolique de ces dons précieux, renvoyant à la royauté (l'or) et à la divinité (l'encens). Isaïe prophétise la venue de personnages lointains jusqu'en Terre sainte pour y honorer le Messie par l'offrande de leurs biens les plus précieux, anticipation du rassemblement de toutes les nations dans la même alliance que le peuple élu. Néanmoins, vous avez remarqué qu'il manque la myrrhe ! La myrrhe, cet onguent qui sert pour embaumer les morts, et qui n'était pas prévue pour le Messie !! L'Epiphanie s'inscrit donc dans la révélation prophétique, en la dépassant : mystérieusement, la Passion du Christ prend sa place dans la manifestation du Messie aux nations ― tout comme dans l'Evangile de la Présentation au temple, Syméon avait annoncé qu'un glaive transpercerait le cœur de Marie, au pied de la croix... Déjà le Messie surprend en S'apprêtant à Se donner beaucoup plus loin qu'attendu, jusqu'à la mort, jusqu'au sacrifice total de Soi, pour nous sauver.

« Ce mystère, c'est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Evangile ». Nous sommes souvent, à juste raison, affligés ou inquiets des divisions, des exclusions, des guerres qui enténèbrent notre actualité et même notre histoire, et nous nous posons peut-être la question : qu'est-ce qui peut réunir la grande famille humaine ? Et pour faire quoi ? La fête de l'Epiphanie nous dit, de manière prophétique, que c'est l'Evangile, et rien d'autre, qui réunira les peuples ! Jésus ne vient pas sauver un seul peuple, une seule catégorie de personnes, une seule culture : Il vient incarner « l'alliance nouvelle et éternelle » qui veut relier les hommes entre eux en en faisant les fils d'un même Père. La fête de l'Epiphanie déploie celle de Noël en explicitant la dimension universelle de cette naissance ignorée de presque tous, dans une étable, à Bethléem : Dieu Se fait homme pour que tout homme puisse vivre éternellement avec Dieu, en Dieu ! Nous fêtons donc non un bête regroupement de ''valeurs'' interchangeables, mais la révélation finale de l'identité humaine : être la famille de Dieu, le Corps du Christ, le Temple de l'Esprit Saint. Là seulement seront données la paix et la joie définitives.

« ''Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l'orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui.'' En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui » : Dieu a voulu qu'Israël apprenne la naissance de son Roi par des étrangers venus de loin ! Et pourtant, Hérode et sa cour auraient dû savoir... Il leur suffisait de chercher dans les Ecritures ; il manquait juste le désir de s'intéresser à ce sujet, que peut-être Hérode considérait comme résolu par son propre règne ! Comme toujours, ceux qui habitent à côté du lieu de rendez-vous ont toutes les chances d'arriver en retard ; au contraire, ceux qui viennent de loin auront pris leurs précautions et seront même en avance... Et cela n'est pas valable que pour la messe du dimanche ! Les mages viennent de très loin, et ils dament le pion aux croyants trop occupés par les plaisirs ou les soucis de cette vie pour s'intéresser encore à la venue du Messie : n'en va-t-il pas de même dans l'Eglise, quand des chrétiens de toujours se font ''doubler'' par des catéchumènes assoiffés de Dieu, soucieux de prendre les moyens d'une vie chrétienne ouverte, cohérente et contagieuse ? Bien sûr, il ne s'agit pas ici de compétition, mais peut-être nos communautés manquent-elles parfois de cette fraîcheur dans la foi, qui croit que Dieu peut faire des merveilles ― et du coup les rend possibles ?

Un Messie qui surprend en Se donnant jusqu'au sacrifice, un Messie qui Se fait l'un de nous pour que tout homme puisse vivre éternellement avec Dieu, un Messie qui comble les attentes de ceux qui sont loin et font la démarche d'aller le voir : l'Epiphanie nous révèle tout cela, et bien davantage. Car « Dieu est trop grand pour Se réduire au format de l'homme » (P.-E. Bonnard, La Sagesse en personne) : Son amour nous surprendra toujours ― si nous y sommes prêts.

Père Jean-Philippe Goudot

Homélie du P. GOUDOT du 25/12/2017

NOËL 2017

Is 9,1-6 / Tt 2,11-14 / Lc 2,1-14 - Is 52,7-10 / He 1,1-6 / Jn 1,1-18

« Se togliamo Gesù, che cosa rimane del Natale ? Una festa vuota. Non togliere Gesù dal Natale ! Gesù è il centro del Natale, Gesù è il vero Natale! » (Pape François) Cet appel très vigoureux du Pape vient nous rejoindre et éclairer notre fête de Noël : notre joie de Noël, n'est-ce pas d'abord Jésus Lui-même ?

Jésus est venu pour nous : « Oui, un enfant nous est né, un Fils nous a été donné ! » (Is) ; « aujourd'hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Lc) // « en ces jours où nous sommes, Il nous a parlé par Son Fils qu'Il a établi héritier de toutes choses » (He) ; « le Verbe S'est fait chair, Il a habité parmi nous » (Jn). Tout ce que nous célébrons aujourd'hui, la crèche, la joie d'une naissance, le bœuf et l'âne, les bergers et les anges, tout cela est orienté vers une seule personne le Christ : mais Lui est déjà tout entier tourné vers nous, et, au-delà de nous, vers l'humanité de tous les temps... Mystère insondable d'une naissance comme il y en a tant, et en même temps unique ; méprisée des puissants, et glorifiée par les anges ; passée presque inaperçue à son époque, et célébrée dans le monde entier depuis 2000 ans ; marquée par l'impuissance d'un nouveau-né fragile et accueilli dans la pauvreté, tout en étant le miracle le plus impressionnant accompli depuis le début de la Création : Dieu le Fils, le Verbe éternel du Père, Se fait homme et prend chair de notre chair pour partager véritablement notre humanité et la sauver du péché et de la mort éternelle ! Jésus vient donc pour nous, comme Il sera ''baptisé'' pour nous, annoncera la Bonne Nouvelle du Royaume pour nous, sera mis à mort pour nous, ressuscitera pour nous, enverra l'Esprit Saint pour nous !

Il vient pour nous mais comment L'accueillons-nous ? « Il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Lc) // « Il est venu chez Lui, et les siens ne L'ont pas reçu » (Jn). Une ombre de tristesse passerait-elle sur Noël ? Nos chants de joie seraient-ils inconvenants face à nos problèmes, nos soucis, nos deuils, ou devant une actualité souvent morose et parfois tragique ? C'est Noël et combien de pauvres, de chômeurs, de personnes isolées n'ont-elles pas le cœur en fête ? Mais Jésus n'est pas venu parce que tout allait bien, et que le climat de la Judée était propice : pensons simplement qu'il est né sous le règne d'Hérode, et mort sous l'empereur Tibère... Jésus est venu, comme une lumière parce que les ténèbres étaient trop épaisses pour que l'humanité puisse avancer seule. Il est aussi venu trouver place en nos cœurs, en nos vies, en nos maisons : combien de maisons sans croix, sans icône, sans crèche ! Combien de vies sans prière, sans pardon, sans générosité ! Jésus le sait tellement qu'Il n'a pas attendu que nous nous y mettions de nous-mêmes ⸻ comment aurions-nous pu ? ⸻ mais qu'Il a fait le premier pas en venant au-devant de nous : voilà ce que nous fêtons aujourd'hui. A nous de répondre, à nous de dire oui à Dieu dans chacune de nos journées, à nous de recevoir Jésus en communion dans l'hostie, à nous de vivre chaque jour un temps de prière, à nous d'être plus généreux, plus ouverts, plus attentifs aux autres !

Qu'attendre des fêtes de Noël ? De la joie, mais plus qu'une joie passagère ! Plus nos attentes de sens seront grandes, plus beau sera le don de Jésus à chacun pour Noël. Pour notre foi, dans « le Christ, Sagesse faite chair [...], s'accomplit pleinement l'œuvre même de la Sagesse : l'univers unifié, l'histoire est orientée, Dieu est pleinement communiqué, l'homme est radicalement réconcilié et reçoit en partage l'immortalité bienheureuse. » (P.-E. Bonnard, La Sagesse en personne). Autrement dit : la fête de Noël nous conduit aux joies de la résurrection, du Royaume de Dieu, du salut, et lorsque nous fêtons l'Enfant de la crèche, nous est donnée une joie immense, celle de rencontrer déjà Celui qui donne sens à notre vie, car Il est Lui-même « chemin, vérité, vie » !

« Aujourd'hui, à la Communion, quand notre cœur [deviendra] la crèche, l'Église [...] [fera] entendre à chacun : ''Dans la nuit de l'éternité, tu as été choisi par le Père; dans la sainte nuit de la naissance du Christ, tu avais place dans le Cœur du Fils de Dieu nouveau-né qui faisait de toi son frère ou sa sœur [...]. Tu célèbres, avec le Christ, ta nuit de naissance, une vraie nuit sainte. » (P. Parsch) Réjouissons-nous ! Nous sommes ici pour accueillir l'Enfant-Dieu dans notre vie !

Homélie du P. GOUDOT du 24/12/2017

4ème Dimanche d'Avent - Année B

2S 7,1-5.8b-12.14a.16 / Rm 16,25-27 / Lc 1,26-38

« Nous ne pouvons être sauvés par nous-mêmes, mais par le secours de Dieu » (Saint Irénée) : tel pourrait être le cœur de ce temps liturgique de l'Avent. Or notre Avent est tout petit cette année : ce 4ème dimanche de l'Avent précède immédiatement la nuit de Noël ! Comme nous avons peu de temps, concentrons-nous sur trois points en particulier : le mystère, la maison et la parole.

Noël est un mystère auquel nous ne nous préparons jamais assez : mystère, c'est-à-dire révélation que Dieu seul pouvait et voulait nous délivrer. Tel est le sens de ce passage de la Lettre aux Romains, qui se réjouit de la « révélation d'un mystère gardé depuis toujours dans le silence » : nul n'aurait pu imaginer que Dieu, dans le secret de Son cœur, oserait insérer en quelque sorte Son alliance dans notre humanité par l'envoi de Son Fils auprès de nous ! Dans le silence éternel, Dieu le Père méditait de nouer entre Lui et nous un lien indissoluble en la personne même de Son Fils, vrai Dieu et vrai homme, incarnation même de « l'alliance nouvelle et éternelle ». Pour autant, en bon pédagogue, Dieu avait annoncé Son projet : « mystère maintenant manifesté au moyen des écrits prophétiques », qui, bien des siècles à l'avance, indiquèrent au peuple élu l'horizon de sa foi, l'envoi d'un Sauveur... Mais de là à imaginer que ce Sauveur prendrait chair de notre chair ! Et que Sa naissance concernerait la terre entière : « mystère porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l'obéissance de la foi » !

Noël nous attire vers la crèche, qui est comme une maison : or ce mot rythme la lecture tirée du 2ème Livre de Samuel : « le roi David habitait enfin dans sa maison », nous dit-on. Il avait bien de la chance ! Peut-être même avait-il aidé cette chance en commençant par s'installer au meilleur endroit, avant de passer à des considérations plus spirituelles... Noël qui s'approche doit bien sûr nous faire penser à ceux qui n'ont pas, ou plus, de maison : sans-abris, réfugiés, travailleurs pauvres... Et à partager avec eux, dans la mesure de nos ressources, pour qu'ils puissent reconstruire une vie décente. Mais Noël nous posera aussi la question de notre propre installation : nous sommes parfois engoncés dans le matériel, quand ce n'est pas le matérialisme pratique. Enfin nous ne pourrons échapper, si nous sommes honnêtes, à la question que Dieu pose à David : « Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j'y habite ? » Autrement dit, Dieu doit-Il se rétrécir aux dimensions de notre demeure spirituelle, de notre cadre de vie, ou devons-nous « élargir l'espace de notre tente » pour entrer dans les vues et les projets de Dieu sur nous ? Au fond, c'est à chacun de nous qu'à l'occasion de Noël, Dieu dit : « Le Seigneur t'annonce qu'Il te fera Lui-même une maison » ! Laisserons-nous Dieu construire à Sa façon notre vie pour en faire Sa demeure ?

Dans cette maison, si nous faisons silence, pourra résonner une Parole : Dieu S'est approché de nous au point de nous donner Son Fils, le Verbe éternel. Comment réagit la Vierge Marie ? « À cette parole, elle fut toute bouleversée », effet de sa surprise mais aussi du sérieux avec lequel elle accueille les désirs de Dieu. Une Parole est donnée à Marie, qui la précède, la prévient, la surprend, l'enveloppe avec autant de force que de douceur, jamais pesante, toujours appel au don et à la liberté : voilà pourquoi Marie peut répondre « Voici la servante du Seigneur : que tout m'advienne selon ta parole ». Elle sait que cette Parole reçue attend un retour, qu'elle est la seule à pouvoir répondre à la question posée, que Dieu qui l'a choisie ne fera rien sans elle, et que rien n'est perdu de sa liberté si elle entre dans le projet de Dieu. Et nous ? Sommes-nous assez silencieux pour que la Parole puisse résonner en nous ? Fréquentons-nous assez souvent Dieu, dans la prière, les sacrements, les Evangiles, pour reconnaître Sa voix et suivre Ses chemins avec confiance ?

« Nous ne pouvons être sauvés par nous-mêmes, mais par le secours de Dieu » : si nous entrons avec confiance dans ce mystère, si nous offrons à Dieu la maison dont Il a tant besoin, c'est-à-dire nous-mêmes, alors la Parole éternelle du Père pourra résonner dans le silence de la nuit, et le Verbe éternel prendre chair en notre chair, chaque jour. Alors nous nous laisserons vraiment sauver par Dieu.

Homélie du P. GOUDOT du 10/12/2017

2ème Dimanche d'Avent / B / 10-12-2017

Is 40,1-5.9-11 / 2P 3,8-14 / Mc 1,1-8

« Notre Mère l'Eglise a fait de [la] révélation graduelle de Dieu un principe de sa liturgie. Nous le voyons particulièrement dans l'Avent » (P. Pius Parsch), qui nous invite à recommencer le chemin de Noël avec un regard renouvelé.

L'Avent, temps du commencement : « Commencement de l'Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Il est écrit dans Isaïe, le prophète... » La venue du Messie était annoncée depuis longtemps par les prophètes : quand elle advient, elle réalise le commencement absolu d'une présence nouvelle de Dieu sur terre : chrétiens, nous sommes appelés à revivre liturgiquement, c'est-à-dire symboliquement mais très réellement, cette attente et ce (re)commencement. Nous ne chantons plus le Gloria pendant ces semaines, pour que la nouveauté de la présence de Dieu à Noël résonne plus fortement en nous : car « Gloire à Dieu » pourrait se traduire par « Dieu est présent » ! L'Eglise, par la célébration de l'Avent, invite l'humanité à revenir à la grâce des commencements, et à s'émerveiller de ce que le Verbe éternel du Père, Jésus Christ, a accepté, en prenant chair de notre chair, de ''commencer'' au milieu de nous, S'associant ainsi, par une offrande libre de Lui-même, à notre finitude, à nos débuts dans la vie comme dans la foi, à tout ce que notre humanité comporte de fragilité et de petitesse. Dans le premier moment de son humanité, « le Christ s'offre en oblation à son Père. Ce don complet de Lui-même est une adhésion amoureuse [...] au dessein de Dieu [...]. Cette oblation n'est pas un acte isolé ; elle est une disposition foncière de l'âme du Christ Jésus » (bx Marie-Eugène de l'Enfant Jésus, Je veux voir Dieu, 327).

L'Avent, temps de l'écoute : « J'écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu'Il dit, c'est la paix pour Son peuple et Ses fidèles. Son salut est proche de ceux qui Le craignent, et la gloire habitera notre terre ». Le prophète Isaïe, qui nous accompagne pendant l'Avent, nous rappelle l'importance de l'écoute dans notre vie spirituelle. Celui qui écoute ne décide pas à l'avance de ce qu'il va entendre, il le reçoit avec surprise et attention, et laisse grandir en Lui ce qui a été dit... Nous avons, dans tous les domaines de notre vie, à cultiver cette gratuité, cette disponibilité, cette capacité à nous laisser surprendre par les autres et tout spécialement par Dieu, qui vient à notre rencontre comme porteur de « paix » et de « salut », pour reprendre les mots d'Isaïe. Sans écoute, pas de vrai dialogue mais les dangers de l'incompréhension ; pas de vraie prière mais un vain rabâchage ; pas de vie familiale, amicale, ecclésiale, mais la tristesse de l'enfermement de chacun dans son petit monde. L'Eglise, par la célébration de l'Avent, nous propose de reprendre, en chacun de nous et entre nous, le chemin de l'écoute, et donc le chemin de la prière personnelle, temps privilégié avec le Dieu vivant.

L'Avent, temps de la proclamation : « Une voix proclame : ''Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur [...]'' Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : ''Voici votre Dieu !'' » La venue du Messie a été préparée : les prophètes ont annoncé au peuple d'Israël, qui avait parfois d'autres priorités, l'avènement d'un roi qu'il faudrait accueillir par un effort exigeant conversion personnelle et communautaire. Jean-Baptiste, le dernier des prophètes, s'inscrit explicitement dans la lignée d'Isaïe en se lançant dans le ministère de la prédication sans compromis ni faux-semblant : le roi vient, et il faut qu'il trouve un peuple au cœur sincèrement prêt, faute de quoi la rencontre tant attendue se passera mal. Le temps de l'Avent nous fait revivre ces derniers temps où l'Ancien Testament s'apprête à accueillir le Nouveau : c'est ainsi que notre monde n'en finit pas de vieillir dans la peur et la dans la guerre, alors que la nouveauté de l'Evangile attend des interprètes pour la proclamer. L'Eglise, par la célébration de l'Avent, nous redit avec force que le monde a besoin non de héros, mais de hérauts, de porte-parole courageux d'une Bonne Nouvelle qui concerne tous les hommes.

Commencement, écoute, proclamation : notre Avent peut être tout cela, si nous nous laissons faire ! Demandons cette grâce de recevoir déjà l'esprit de Noël, pour que les deux semaines qui nous en séparent soient emplies de paix et de joie à partager avec tous.

Père Jean-Philippe Goudot

Homélie du P. Koussi-Yves Yao du 3/12/2017

1er Dimanche de l'Avent Année B

Is 63, 16b-17.19 Ps 79 (80) 1Co 1, 3-9 Mc 13, 33-37

 

Nous commençons l'Avent de cette nouvelle année liturgique B avec une consigne précise de la part de notre Seigneur : « Veillez ! »

Dans la culture africaine (notamment ivoirienne), l'adage  dit : « le meilleur jour de la fête, c'est la veille ». C'est-à-dire l'ensemble des préparatifs de cette fête : l'engouement, le dynamisme, la préparation que l'on y met.

Or, aujourd'hui, nous entrons dans le temps de l'Avent, temps d'attente pour l'Eglise mais aussi le temps de préparation à la grande fête de Noel. Et le mot qui revient par quatre fois dans notre évangile de ce premier dimanche de l'Avent, c'est le mot « Veiller ».

Mais celui qui veille (ou celui qui est de garde), il est debout ; celui qui attend les invités s'agite ; celui qui prépare un examen révise ; celui qui s'apprête à partir en voyage prépare l'itinéraire et ses bagages. En clair, « attendre » n'a rien à voir avec le repos ou le fait de ne rien faire. Nous sommes dans une attente, mais une attente dynamique. Cependant, quel constat faisons-nous?

 Parfois, nous attendons passivement que Dieu vienne à Noël. C'est si beau, chaque année de jouer, de rêver, de croire dans une attitude de passivité que Dieu naît comme ça, dans la chaleur, dans la tranquillité, dans l'opulence, dans l'insouciance, dans l'euphorie d'une douce nuit de Noël.

 Parfois aussi, nous attendons passivement que Dieu règle les problèmes de l'humanité, car nous pensons que, c'est à lui Dieu, d'agir. (Et ceux-là ne prennent pas position car ils croient, à tort ou à raison, que le chrétien ne doit pas faire de politique).

Il y a aussi que, parfois nous nous résignons devant les difficultés, confondant ainsi la douceur de l'Evangile et le manque de courage. Nous ne disons rien car il ne faut pas se faire remarquer. (Nous oublions que notre baptême nous engage à lutter contre le mal sous toutes ses forces même si cela provoque des tensions.)

Avoir de telles attitudes, que nous venons d'évoquer, risque bien de faire de notre vie de croyant et de chrétien un bain de tiédeur, de transformer l'attente chrétienne en un sommeil tranquille, de rendre fade tout ce qui touche à la foi au Christ.

Attendre, c'est une attitude dynamique.  Attendre, comme le dit le prophète Joël, c'est l'attitude du guetteur qui hurle à pleine bouche : « ne dormez pas ! » Oui, ne dormons pas, sinon jamais le Christ ne sera présent au monde, jamais le Royaume de Dieu ne sera réalité.

Attendre en ce temps de l'Avent, c'est donc l'attitude de celui qui n'hésite pas à se jeter dans la mêlée pour hâter la venue d'un monde plus juste.

Attendre le jour où le Christ va revenir, c'est se dépêcher vers celui qui est en difficulté, c'est prendre le temps d'écouter celui qui a besoin de vider son sac ou qui en a trop gros sur le cœur, c'est accepter de donner au moins un peu de son superflu pour celui qui n'a même pas le minimum nécessaire. (Rappelons-nous l'Evangile du dimanche dernier « J'ai eu soif, et vous m'avez donnez à boire….)

Attendre le jour du Christ, c'est maintenir, à travers les difficultés du « vivre ensemble », l'idée de bienveillance, l'idée que l'autre, quel qu'il soit, est mon frère.

Attendre, c'est risquer une parole engagée, une parole de témoin, une parole de juste et refuser la parole qui condamne globalement tout un groupe sans distinction.

Attendre, c'est préparer ; c'est donc briser sans répit tout ce qui emprisonne l'être humain.

Attendre, attendre le Christ c'est se mettre en situation d'Avent en livrant en chacune de nos vies une lutte sans merci contre toutes les graines de péché qui germent, s'enracinent et ne demandent qu'à grandir en chacun de nous.

En fait, attendre le Christ en vérité, c'est me livrer totalement à la lumière de l'Evangile, c'est me tourner vers Jésus le Christ et laisser sa Parole s'épanouir en moi et me transformer.

Attendre, c'est aussi être prêt à accueillir l'imprévu. Le peuple juif attendait un Messie, roi, prophète et grand prêtre… et c'est un enfant pauvre, un homme à la parole originale, libératrice et forte qui arrive.

Aujourd'hui, attendre c'est accueillir et ainsi faire Eglise ; accueillir l'étranger dans nos communautés, mais aussi les jeunes et une musique inhabituelle.

Attendre, c'est accueillir pour un baptême ou un mariage ceux que l'on ne voit pas bien souvent à l'église, accueillir une famille en deuil et témoigner de l'espérance chrétienne.

C'est ainsi qu'il nous faut attendre Noël, dans une attente active.

En conclusion, l'Avent n'est pas un temps d'attente passive ! C'est un temps de vigilance d'Évangile ! Cette vigilance-là agit afin de travailler dès maintenant à la mise en place des structures d'un monde de Paix et d'Amour dont la charpente serait l'Évangile ! Et dont la fraternité est une poutre maîtresse ! A force d'attendre ainsi le jour de Dieu, un matin du monde notre prière sera exaucée ; cette prière, elle dit : « Notre Père, que ton règne vienne ». Et ce jour-là, on pourra, j'espère, dire de moi, dire de vous : « Heureux es-tu, heureux êtes-vous ». Alors d'ici Noël,  « Veillons ».

Que Dieu nous aide à l'être. Amen !

 

Père YAO Kouassi Yves

Fidei donum

 

(Homélie inspirée  de celle du Père Pierre Tézenas. 

Curé de la paroisse Saint Thomas à Clermont)

Homélie du Père Goudot du dimanche 3 décembre 2017

1er Dimanche d'Avent Année B 3-12-2017

Is 63,16b-17.19b ; 64,2b-7 / 1Co 1,3-9 / Mc 13,33-37

« C'est Toi, Seigneur, notre Père ; ''Notre-rédempteur-depuis-toujours'', tel est Ton Nom » : sur ce cri de foi s'ouvre notre Avent, qui coïncide, en France, comme vous le savez, avec la mise en service de la nouvelle traduction de la prière du Notre Père.

« Maintenant, Seigneur, c'est Toi notre Père. Nous sommes l'argile, c'est Toi qui nous façonnes : nous sommes tous l'ouvrage de Ta main » : dire que Dieu est « Père », c'est reconnaître en Lui la source, l'origine absolue de notre existence, de notre identité. Il est notre Créateur, et à ce titre est de manière large le « Père » de tout ce qui vit et de toute l'humanité. Mais là ne s'arrête pas Sa paternité : Il a voulu, en nous envoyant Son Fils unique, Jésus Christ, faire de nous des fils et des filles non par une génération biologique, mais par un acte de foi, dans le sacrement du baptême. Voilà pourquoi les chrétiens ont une prière qui leur permet et leur demande tout à la fois d'appeler Dieu « Notre Père », et il est providentiel que nous puissions aborder cette prière avec un œil neuf en démarrant ensemble l'Avent, le temps liturgique qui marque le mieux la paternité de Dieu. Dieu le Père, savons-nous Le prier avec autant de confiance que Son Fils Jésus Christ ? Savons-nous tout remettre entre Ses mains : nos activités, nos responsabilités, nos soucis, nos joies, notre vie ?

« C'est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison » : le Père est « parti en voyage » ! Invisible, non représentable, hors de toute atteinte comme de toute expérience sensible, Il veut instaurer entre nous et Lui une relation de veille. Double veille : d'une part Il veille sur nous comme le Père par excellence, fidèlement, pour toujours, nous faisant grandir dans la foi, la liberté et la vie ; d'autre part, Il attend de nous que nous veillions dans l'espérance de Le rencontrer, face-à-face, au dernier jour. Le chrétien n'est pas celui qui se laisse bercer par les douces rêveries d'une religion au sucre d'orge qui justifierait toutes les envies et toutes les lubies ; ni celui qui se repose sur ses acquis, qui a tout lu, tout fait, tout compris de la vie et de la foi ! Le chrétien est un veilleur, attendant, debout, Celui qui viendra, au dernier jour, l'éveiller du sommeil de la mort et le relever en le ressuscitant : éveillé donc veilleur, veilleur pour les autres car éveillé en sa vie la plus profonde, la plus intime, la plus ''réelle''. Veilleur, le chrétien dit avec audace et confiance : « que Ta volonté soit faite » sur la terre, donc dans ma vie, comme elle l'est déjà et pour toujours au ciel, dans Ton Royaume. Prenons-nous assez le temps de veiller dans la prière pour cultiver en nous l'abandon aux volontés divines ?

« Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu'Il vous a donnée dans le Christ Jésus ; en Lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu » : le Père est insaisissable, mais Il nous a tout donné en Son Fils Jésus Christ. Il est bon de réentendre le chant d'action de grâce de saint Paul en ce début d'Avent, pour vivre une fois de plus ce temps d'attente dans la joie et l'espérance, dans la reconnaissance des dons que Dieu ne cesse de faire aux croyants, dans et par l'Eglise. Chaque semaine et même chaque jour, nous pouvons recevoir en communion « notre pain de ce jour », l'Eucharistie dont on ne redira jamais assez l'importance capitale pour vivre dans la grâce de Dieu : sommes-nous assez convaincus que lorsque nous communions, nous « recevons toutes les richesses », puisque nous rencontrons le Verbe éternel, Celui qui seul « a vu le Père » et a été envoyé pour nous Le faire connaître ? « Rendons grâce à Dieu » avec saint Paul et toute l'Eglise, pour tout ce que Dieu nous donne en surabondance, et qui nous aide à lutter contre la tentation, nous donnant la force de ne pas y « entrer », pour reprendre la nouvelle traduction, participant ainsi à la victoire finale sur « le Mal », littéralement le Mauvais, le tentateur ?

Oui, nous allons prier le Notre Père un peu différemment : quelle chance de pouvoir rompre des habitudes peut-être soporifiques, et vivre plus intensément la prière du Seigneur Jésus, celle qu'Il nous a donnée parce qu'elle est la Sienne. Entrons en Avent avec cette joie renouvelée de notre filiation en Christ, pour bien nous préparer à la naissance en notre chair de l'Emmanuel, Dieu-avec-nous qui vient nous sauver.

Père Jean-Philippe Goudot

Homélie du P. Kouassi-Yves YAO DU 26 novembre 2017

SOLENNITE DU CHRIST ROI DE L'UNIVERS Année A

Ez 34, 11 –12.15-17 Ps 22 (23) 1Co15, 20-26 Mt 25, 31-46

 

Nous voici au terme de l'Année liturgique A en ce 34ème Dimanche du Temps Ordinaire. Dès dimanche prochain nous débuterons une nouvelle année liturgique (l'Année B) qui commencera  avec le Temps de l'Avent. C'est l'occasion pour nous (comme les comptables) de faire le bilan de notre marche à la suite du Christ. Et de le faire à la lumière de la Parole de Dieu.

L'évangile que nous venons d'entendre, nous dit que Jésus, le Fils de l'homme, a voulu prendre le visage de ceux qui ont faim et soif, des étrangers, de ceux qui sont nus, malades ou prisonniers, finalement de toutes les personnes qui souffrent ou sont mises de côté ; le comportement que nous avons à leur égard sera donc considéré comme le comportement que nous avons à l'égard de Jésus lui-même. Ne voyons pas là une simple formule littéraire, une simple image ! Toute l'existence de Jésus en est une illustration. Lui, le Fils de Dieu, est devenu homme, il a partagé notre existence, jusque dans les détails les plus concrets, se faisant le serviteur du plus petit de ses frères. Lui qui n'avait pas où reposer sa tête, sera condamné à mourir sur une croix. Tel est le Roi que nous célébrons !

Sans doute cela peut nous paraître déconcertant ! Aujourd'hui encore, comme il y a 2017 ans, habitués à voir les signes de la royauté dans la réussite, la puissance, l'argent ou le pouvoir, nous avons du mal à accepter un tel roi, un roi qui se fait le serviteur des plus petits, des plus humbles, un roi dont le trône est le bois de la croix. Et pourtant, nous disent les Écritures, c'est ainsi que se manifeste la gloire du Christ ; c'est dans l'humilité de son existence terrestre qu'il trouve son pouvoir de juger le monde. Pour lui, régner c'est servir !

Et ce qu'il nous demande, c'est de le suivre sur ce chemin, de servir, d'être attentifs au cri du pauvre, du faible, du marginalisé.

« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde' » (Mt 25, 34). Accueillons cette parole de bénédiction que le Fils de l'homme adressera, au jour du Jugement, à ceux et à celles qui auront reconnu sa présence parmi les plus humbles de ses frères, dans un cœur libre et rempli de l'amour du Seigneur !

 Ce passage de l'Évangile est vraiment une parole d'espérance, parce que le Roi de l'univers s'est fait tout proche de nous, serviteur des plus petits et des plus humbles. Et je voudrais en ce jour que nous pensions avec une affection particulière à toutes les personnes qui souffrent, aux malades, à celles qui sont touchées par le sida, le virus d'Ebola ou par d'autres maladies, à tous les oubliés de la société (migrants, esclaves vendus…). Soyons proches de ces personnes par la prière et la pensée.

 Jésus a voulu s'identifier au petit, au malade ; il a voulu partager avec eux leur souffrance et reconnaître en eux des frères et des sœurs, pour les libérer de tout mal, de toute souffrance ! Chaque malade, chaque pauvre mérite notre respect et notre amour car à travers le malade ou le pauvre Dieu nous indique le chemin vers le ciel. La règle fondamentale est la charité vécue, attestée et concrétisée par des comportements et des actions simples, comme celles de donner à manger, à boire, assister, être proche de celui qui est dans la douleur, dans la souffrance, dans la marginalisation.

Une interrogation pour notre bilan : Avons-nous durant toute cette année A été proches de ces personnes, de ces marginalisés ? Telle est la question que nous devons nous doit se poser durant toute cette semaine.

La chose émouvante est que Dieu ne nous juge pas en parcourant la liste de nos faiblesses mais celle de nos gestes de bonté. Il n'examinera pas nos ombres mais il tiendra compte des semences de lumière et du bien que nous avons semé. Dieu fixe son regard sur le bien, simple et concret parce qu'il a lié le salut au don d'un peu de pain, d'un verre d'eau, d'un vêtement, de pas pour aller visiter un malade ou un pauvre. Certes, Dieu ne s'est pas lié aux choses, mais au cœur de celui qui se sert des choses. Notre futur, ciel et paradis, est généré du bien que chacun de nous a donné aux innombrables « Lazare » de la terre, qui méritent bien plus que les miettes qu'ils demandent. En ce dernier Dimanche de l'année Liturgique A, je voudrais clore en vous disant : « Régner, c'est servir » Soyons des serviteurs de l'amour.

Père Kouassi-Yves Yao

 

Homélie du P. GOUDOT du 26/11/2017

Christ-Roi Année A

Ez 34,11-12.15-17 / 1Co 15,20-26.28 / Mt 25,31-46

« Toi qui règnes pour les siècles des siècles », conclut le prêtre pendant la messe : nous y serons plus attentifs aujourd'hui, dernier dimanche de l'année liturgique, où nous fêtons la royauté du Christ, l'avènement du Royaume de Dieu, la victoire définitive de Dieu sur le péché et la mort, et donc notre disponibilité à ce que le Christ règne « pour les siècles des siècles ».

« Quand le Fils de l'Homme viendra dans Sa gloire, et tous les anges avec Lui, alors Il siégera sur Son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant Lui ; Il séparera les hommes les uns des autres ». L'image est saisissante : le roi vient, entouré de la cour céleste ; le juge s'assied, et l'on procède devant lui au rendu de la sentence... Nos cathédrales s'ouvrent souvent sur cette scène narrée en parabole par le Christ en personne qui dépeint ainsi l'avènement de Son Royaume de justice et de paix, d'amour et de vérité. L'histoire prendra fin, et avec elle la création telle que nous la connaissons ; le temps sera résorbé, ou plutôt accompli, dans le présent infini de  l'éternité ; la mort verra son nom effacé de la mémoire des vivants, et Dieu sera enfin tout en tous, pour toujours. En tous ? Il faut l'espérer, mais on ne peut écarter à priori l'hypothèse que certains aient refusé l'amour jusqu'au bout : voilà pourquoi le roi « séparera les hommes les uns des autres », dans un geste de à la fois de protection, d'appel et de rejet. Le geste rappelle aussi la création, quand Dieu séparait la terre et la mer, la lumière et les ténèbres : Dieu crée en séparant, en distinguant, en faisant la vérité de chaque chose ; ainsi fera-t-Il en recréant, à partir du néant de la mort, toute l'humanité, pour que viennent en pleine lumière la vie et les œuvres de chacun.

« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger... » : nous connaissons bien cet appel, que nous espérons entendre au dernier jour ! Il fonde aussi ce que l'Eglise appelle les « œuvres de miséricorde » que nous pouvons et devons exercer dans notre quotidien : Dieu appelle tout homme à se tourner vers son prochain, et à œuvrer concrètement pour que chacun ait, non les miettes du repas, mais sa place à table. Il y a tant à faire en ce vaste monde : qui peut dire « j'ai assez donné » ? Et il ne s'agit pas tant de faire que d'aimer : qui peut dire « j'ai assez aimé » ? Notre prochain, notre voisin aussi bien que celui qui, sur d'autres continents, n'a pas de conditions de vie dignes de ce nom, attendent notre geste de partage et d'amour, notre engagement au service de leur dignité égale à la nôtre ; notre prochain, c'est aussi notre conjoint, nos parents ou nos enfants, notre collègue de travail ou celui que nous croisons à la messe sans jamais avoir osé demander de ses nouvelles... Il est finalement partout, et nous pouvons deviner qu'il est, au fond, figure du Christ que la foi nous permet de rencontrer à tous les carrefours de l'existence.

« Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger... » Toute médaille a son revers, et l'appel de Dieu ne supprime pas notre liberté, ni la bonté de Dieu nos responsabilités propres : Dieu nous demandera compte de nos choix, de nos priorités, des talents enterrés, du temps gaspillé, des occasions gâchées... Notons que les péchés contre les Dix Commandements ne sont même pas mentionnés, car évidents ; le grand tort des réprouvés est de n'avoir pas fait le bien qui était à leur portée : voilà qui est beaucoup plus exigeant ! Le péché par omission est d'autant plus grave qu'il s'accompagne souvent d'une inaltérable bonne conscience qui exclut toute remise en cause : « je n'ai pas tué, pas volé, que me demande-t-on de plus ? Il y a des personnes à visiter, à consoler, à aider, est-ce mon affaire ? » Une telle logique mène tout droit, nous prévient le Christ, à l'abîme que nul pardon ne peut rejoindre... Cependant tous ont l'air surpris : « Seigneur, quand est-ce que nous T'avons vu...? », demandent les bons ; « Seigneur, quand T'avons-nous vu [...] sans nous mettre à Ton service ? », rétorquent les mauvais. Effectivement, nos actes nous dépassent et touchent Dieu Lui-même : il est bon de se dire que des incroyants à la conscience droite seront émerveillés, ce jour-là, de comprendre qu'en aidant leur prochain ils aimaient Dieu même ; il est terrible d'imaginer celui qui réalisera enfin la profondeur de son péché qui l'a coupé de l'Amour même, Dieu.

« C'est dans le Christ que tous recevront la Vie » : puisse notre baptême faire de nous des porteurs humbles et persévérants de la Vie du Christ, répandue au Calvaire pour que tout homme ait la vie. Puissions-nous être trouvés debout au jour du Fils de l'Homme !

Homélie du P. Yves Yao du 19 /11/2017

33ème Dimanche du Temps Ordinaire A

Pr 31, 10 –13.19-20.30-31, Ps 127 (128), 1Th 5, 1-6, Mt 25, 14-30

 

 

 


 

Chers frères et sœurs,

Nous sommes rendus en ce jour au 33ème Dimanche du Temps Ordinaire de l'Année liturgique A. Et donc à l'avant-dernier dimanche avant d'entrer dans la nouvelle année liturgique (l'Année B) qui pointe à l'horizon avec le Temps de l'Avent. C'est l'occasion pour nous (comme les comptables) de faire le bilan de notre marche à la suite du Christ. La PARABOLE DES TALENTS donné par le Christ en ce jour nous conduit à faire notre bilan car tout à la fois elle encourage et elle met en garde. : Qu'ai-je fais du talent reçu de la part de Dieu ?

(Notons bien qu'il s'agit d'une parabole et non d'une histoire réelle. Une parabole est un genre littéraire qui a pour but de nous conduire à un enseignement)

 

          La parabole des talents, se situe dans le chapitre 25, et donc dans le cinquième grand discours de Jésus : le discours eschatologique (les fins dernières) débutant au chapitre 24 et s'achevant en Mt 26,1. Notre péricope se trouve au cœur de ce discours eschatologique dans une partie exhortant à la vigilance.

Dans notre parabole, il s'agit d'un moment inattendu, inconnu, d'un retour. Le thème de la vigilance (25,13) et la nécessité d'être prêt (25,10) sont abordés par Matthieu. Il veut ainsi encourager les chrétiens de son temps à être vigilants et prêts. Ceci implique, un service actif et fidèle, une administration rigoureuse des biens ou des talents confiés.

La pointe de cette parabole se trouve l'attitude du troisième serviteur au moment de la reddition des comptes. (Dans cette parabole) on ne s'intéresse pas à la conduite exemplaire des deux premiers et bons serviteurs mais au reproche d'injustice et de jugement que se fait le troisième serviteur.  Le serviteur commence par faire le procès de son maître (v. 24) et le soupçonne d'injustice dans sa manière d'agir.

          « Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n'as pas semé, tu ramasses là où tu n'as pas répandu le grain. J'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici

          Cette manière de comprendre son maître a engendré chez lui la crainte et l'a empêché de faire fructifier son bien (v. 25). C'est la représentation de son maître qui est en cause. Il veut être quitte avec lui en lui rendant son bien. Il se situe dans une attitude de jugement et de refus par rapport à l'attitude de son maître. Il vit dans la crainte de son maître et il le critique car il trouve que sa conduite n'est pas juste.

          Le maître prend ensuite la parole (vv. 26-30). Il reprend les paroles de son serviteur : "tu savais". Il marque ainsi une distance par rapport à ses propos et en conséquence, il montre qu'il ne reconnaît pas la valeur de ces paroles. Jésus veut montrer qu'il se trompe dans son attitude de refus. Le drame du troisième serviteur est d'oublier qu'il n'est que serviteur et qu'il s'est placé en juge de son maître. Il s'est placé dans une attitude de refus de son maître. Il l'a enfermé dans une certaine vision et tout ce qui dépasse ce cadre est suspecté d'injustice et d'infidélité. En clair il a une image fausse de Dieu.

Ce dernier serviteur, qui symbolise-t-il ? Qui représente-t-il ? De qui est-il le porte-parole ? On peut voir derrière la figure du troisième serviteur celle des juifs qui refusent de faire fructifier leurs talents.

          Le signalement de ces mécontents : leur sentiment de la crainte de Dieu et leur souci de lui obéir renvoie à l'attitude des scribes et des pharisiens. Devant la conduite de Jésus, ils s'insurgent ; si Dieu agissait ainsi, cela ne serait pas juste ! Ils ont conscience d'avoir la justice de leur côté. Placé en face d'exigences qu'ils ne peuvent tenir, ils veulent rester sur leur terrain. Le message qui leur était destiné en premier est retiré et désormais donné au nouveau peuple qu'est l'Eglise.

 

Chers frères et sœurs, « au soir de notre vie, nous dit Saint de la Croix, nous serons jugés sur l'Amour ». C'est l'amour de Dieu qui doit orienter et déterminer notre agir. Quand on a peur de faire fructifier les talents du Maitre, c'est en ce moment qu'il faut se plonger dans la prière en demandant à Dieu de nous y aider et non se replier sur soi, s'isoler loin de l'Amour de Dieu.

Il nous reste encore une semaine pour clore l'année liturgique A. C'est le dernier virage où il faut demander à Dieu de détecter son talent et de le faire fructifier. C'est le moment d'être cette femme vaillante et précieuse que les perles ; c'est le moment d'être un homme vigilant et sobre, c'est le moment d'être un enfant docile et respectueux de ses parents, c'est le moment par exemple d'être en lien avec le Secours catholique et de faire un pas faire l'autre, dans une acte d'amour et de charité. Car le pauvre ou l'autre nous enrichit de sa pauvreté et de sa joie. Oui c'est le moment de faire ce pas vers ce Dieu d'Amour qui se révèle à chacun de nous dans le visage de l'autre. Lui est Vivant pour les siècles sans fin !

Amen !

Père Kouassi-Yves YAO

Homélie du P. GOUDOT du 12/11/2017

32ème Dimanche du Temps Ordinaire / A

Sg 6,12-16 / 1Th 4,13-18 / Mt 25,1-13

Elles sont en panne de pétrole... comme nous dans quelques décennies ! Comment faire ? Difficile de brancher une lampe à huile sur une éolienne ! L'huile, qui est figure de la joie (saint Augustin), de la charité (saint Jean Chrysostome) et même de la doctrine (Origène) manquera-t-elle à ce point à l'heure décisive ?

« Ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec Lui » (1Th) : nous connaissons bien ce passage, souvent lu lors de la célébration des obsèques. Il est question de la mort, présentée comme un sommeil dans l'attente de la résurrection... Cette image, qui n'est pas la seule façon de parler de la mort dans la Bible, est reprise dans la parabole de ce jour. Les noces dont parle le Christ sont la célébration de « l'alliance nouvelle et éternelle » à laquelle la résurrection générale donnera accès : Dieu et Sa création enfin unis indissolublement, la mort, le mal et le péché définitivement brisés. Tous, donc, comme les jeunes filles de la parabole, nous nous endormirons dans la nuit de la mort, en attendant le retour de l'Epoux, du Messie, du Christ Sauveur que notre foi confesse comme le « Juge des vivants et des morts ». Quand nous nous réveillerons, aurons-nous de l'huile dans notre lampe ? Autrement dit : serons-nous trouvés pleins d'amour, de bonnes œuvres et de foi ? Ou bien notre vie sur terre aura-t-elle consisté en un inexorable épuisement intérieur, nous laissant, au gré de nos péchés et de nos illusions, comme des coquilles vides ?

« Celui qui cherche [la Sagesse] dès l'aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte [...], et celui qui veille à cause d'elle sera bientôt délivré du souci » (Sg) : il est possible d'avoir un autre regard sur la parabole, grâce aux autres textes de la liturgie de ce jour. Le sommeil est aussi ce qui nous empêche d'être debout, éveillés, vigilants, attentifs, en recherche, ayant soif d'amour et de vérité... Notre foi nous invite à ne nous reposer qu'en Dieu, qui échappe cependant à notre compréhension et à notre ressenti, et non pas sur nous-mêmes, y compris sur ce que nous faisons de bien ! Celui qui cesse de chercher commence déjà à s'éloigner de Dieu ; celui qui se repose sur ses lauriers va les retrouver fanés à son réveil ; celui qui s'imagine tout savoir n'en est qu'au tout début de sa marche spirituelle ! « Dans la nuit, je me souviens de Toi et je reste des heures à Te parler » (Ps) : la Bible met dans notre bouche, si nous prions avec elle, des chants de joie, d'espérance, de confiance, mais aussi le cri de celui qui meurt de faim loin de son Seigneur, qui s'effondre loin de la main du Père, qui se recroqueville loin du soleil de l'Esprit ! Nous pouvons nous y reconnaître tout au long de notre vie sur terre...

« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure » (Mt) : jamais Jésus ne veut nous terroriser. Il prend soin de nous en dissipant l'illusion que tout nous appartient : notre vie, notre monde, notre temps... Nous ne possédons rien, et l'heure qui vient nous échappera toujours : le chrétien le sait et s'efforce de « veiller », de se tenir prêt à toute œuvre bonne comme à l'intimité avec son Seigneur, car nul ne le fera à sa place. Telle est bien l'erreur fatale des jeunes filles insouciantes : elles « demandèrent aux prévoyantes : ''Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent'' » (Mt). Mais non ! On ne peut aimer à la place des autres, vivre à crédit ou par procuration, ni être sauvé sans jamais dire oui. Notre époque est marquée par le virtuel, étonnant mélange de toute-puissance et d'impuissance, de connexion et d'isolement, de déferlement d'émotions et d'égoïsme assumé, d'exhibitionnisme et d'anonymat : devient normal de penser que tout se vaut, tout se dit, tout s'expérimente, tout s'efface et tout recommence à l'infini... Rien n'est plus faux, et la parole de Dieu nous appelle fortement à être, dans et pour ce monde, des veilleurs qui rappellent cette vérité essentielle, dussent-ils se trouver en décalage par rapport aux normes ambiantes.

De quelle huile nous servons-nous ? Quel est notre carburant au quotidien ? Croyants, savons-nous faire le plein régulièrement ? Dieu est-Il la source de nos engagements ? Est-Il aussi le but de notre marche ? Questions vitales, pour nous aider à « veiller » vraiment...

Homélie du P. GOUDOT du 5/11/2017

31ème Dimanche du Temps Ordinaire / A /

Ml 1,14b-2,2.8-10 / 1Th 2,7-9.13 / Mt 23,1-12

« Ils disent et ne font pas » :  terrible interpellation faite par Jésus aux pharisiens, aux spécialistes de la Loi, aux prêtres ! Quoi de pire qu'un prêtre qui ne vit pas ce qu'il annonce ? Quel plus grand scandale pour les incroyants qu'un chrétien incohérent, infidèle à sa vocation ? Quelques jours après la fête de tous les saints, cet Evangile vient nous rappeler l'immense exigence de l'amour, qui ne doit jamais être séparé de la vérité.

« Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude, vous avez détruit mon alliance avec mon serviteur Lévi, dit le Seigneur de l'univers. » Le reproche est spécialement adressé aux prêtres, accusés de mépriser les commandements de Dieu pour eux-mêmes, tout en restant très vigilants sur la vie des autres... C'est pour nous, prêtres, l'occasion de nous redire que le beau ministère que nous avons reçu au jour de notre ordination ne sera menacé par aucune persécution extérieure, mais bien par les petites et grandes infidélités intérieures, les tiédeurs, les négligences, les affadissements... Les dons de Dieu peuvent être, malheureusement, mis sous le boisseau : Dieu prend ce risque, tant est importante à Ses yeux la liberté de notre réponse, de notre acte de foi ! Pour autant, ne pensons jamais être libres lorsque nous tournons le dos à nos engagements et aux appels à la sainteté que Dieu ne cesse de nous lancer : quand nous nous « écartons de la route », nous nous perdons ― et parfois nous perdons avec nous ceux dont nous avons la responsabilité, ceux qui nous font confiance.

« Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux » : l'interdit est absolu, mais comment appeler nos papas, alors ? Il faut donc le comprendre autrement, puisque Jésus n'a pas pour habitude de nous donner des indications de savoir-vivre en société... La référence à la prière du Notre Père est, à mon sens, explicite : il s'agit donc d'entrer dans une filiation qui fonde toutes nos autres relations. Autrement dit : en nous révélant qu'Il est le Fils unique de Dieu, un seul Dieu avec Son Père dans l'unité de l'Esprit Saint, Jésus Christ fait de nous des frères et sœurs par le lien non du sang mais de la foi. C'est Dieu qui nous rend frères ! C'est Lui aussi qui nous permet de participer, de diverses façons, à Son unique paternité, qu'il s'agisse de devenir père de famille ou, pour un prêtre, d'assumer un rôle paternel dans et pour une communauté chrétienne. Notre foi nous invite donc à revisiter toutes nos relations terrestres, même et surtout les plus importantes, pour les fonder dans l'amour de Dieu qui nous envoie en mission partout : en famille, en paroisse, au travail et en société. Notre foi en l'unique paternité de Dieu nous demande de ne rien nous approprier, même et surtout pas les relations qui nous sont les plus chères : nos enfants ne sont pas ''nos'' enfants, pour reprendre la ritournelle d'un poète heureusement passé de mode... A travers ''l'interdit du père'', si j'ose dire, Jésus nous demande à tous de ne pas nous prendre pour la source, l'origine, la cause de la grâce.

« Ils disent et ne font pas » : les textes de ce dimanche sont rudes à entendre, mais salutaires. Ils nous rappellent que rien ne se fera sans cohérence, qu'un demi-chrétien peut faire plus de ravages qu'un athée, qu'une foi qui ne met pas en route, concrètement, vers la sainteté, est inutile car illusoire. Pourtant Dieu ne fait pas que nous admonester : Il est là, porteur d'un amour infiniment fidèle qui peut nous combler. Tel est le sens du psaume que nous avons entendu : « je tiens mon âme égale et silencieuse ». Dieu n'est pas d'abord Celui qui nous martèle une vérité que nous peinons à vivre ; Il est Celui qui console, qui fortifie, qui éclaire, qui permet d'avancer, qui est Lui-même le chemin pour avancer... Dieu trois-fois-saint n'est pas avare de Sa sainteté : lorsque nous demandons « que Ton Nom soit sanctifié », nous ouvrons les portes de notre vie pour accueillir plus généreusement la grâce de Dieu, le seul Père, le seul saint, le seul fidèle. En Dieu « je tiens mon âme égale et silencieuse », car seul le silence permet d'entendre la voix du Père et de la laisser faire en nous son œuvre d'unité et de paix, de cohérence et de sainteté : puissions-nous trouver, chaque jour, le temps du silence pour Dieu.

Homélie du P. GOUDOT du 2/11/2017

Commémoration des Défunts 2017

Sg 2,23 ; 3,1-6.9 / Ps 85 / 1Co 15,51-54.57 / Jn 11,32-45

« Ne pouvait-Il pas empêcher Lazare de mourir ? » : cette question, nous nous la sommes tous posée lors de la disparition d'un proche, surtout quand elle fut prématurée ou tragique... Cette question, cet appel, ce cri résonnent dans l'Evangile : rien de ce qui fait notre humanité, et donc de notre rapport à la mort, n'est étranger à la Parole de Dieu. Autrement dit, nous avons le droit de pleurer nos défunts, de nous interroger sur le sens de leur départ, de souffrir de l'absence, que la mort ait été brutale ou entrevue de longue date... Mais notre foi doit nous aider à ne pas en rester là, spécialement en ces jours de prière pour tous nos défunts. « Ce sont des jours particuliers, qui répondent à un désir profond de communion et d'appartenance [à l'Eglise], et qui nous invitent à sortir de l'isolement et de l'amertume. Nous devons nous souvenir de ceux qui nous ont fait du bien, être reconnaissants pour ce qui nous a été donné, pardonner et être pardonnés ; nous devons être unis dans la lutte contre le mal qui divise et nous isole les uns des autres » (Cardinal Betori)

Pourquoi sommes-nous là sur terre ? Par hasard ? Pour souffrir ? Pour disparaître un jour ou l'autre dans le néant de la mort ? Peu à peu s'est fait jour, dans le cœur de l'homme, une intuition devenue, un siècle avant la venue du Christ, une certitude de foi : « Dieu a créé l'homme pour l'incorruptibilité, Il a fait de lui une image de Sa propre identité » (Sg). Créés « à l'image et à la ressemblance » de Dieu, nous sommes donc faits pour partager Sa vie, non de manière transitoire et limitée comme ici-bas, mais dans la plénitude d'une Vie sans fin. Vivre en croyants revient donc à refléter petitement mais consciemment l'« identité » de Dieu, en faisant rayonner sur terre Sa bonté, Sa fidélité, Sa sainteté : les saints et les saintes que nous avons fêtés hier ne sont donc pas des êtres à part, mais des témoins d'une vocation humaine réussie, aboutie, car venant de Dieu et allant vers Dieu en toute confiance. Si donc nous sommes créés « pour l'incorruptibilité », comment ne pas se lamenter de ce qui vient nous corrompre de l'intérieur, le péché et son cortège de conséquences négatives en nous et autour de nous ?

« Alors Jésus dit à Marthe : ''Ne te l'ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu'' » ; cette promesse incroyable résonne dans tout le Nouveau Testament, et en particulier dans la lettre de saint Paul que nous venons d'entendre : « la trompette retentira [...], et les morts ressusciteront, impérissables » (1Co). Les trompettes du Jugement dernier nous ont parfois perdre de vue l'objet de ce Jugement, le grand passage du temps à l'éternité, de la vie sur terre à la Vie divine. Pour nous chrétiens, le but de la vie sur terre est de voir la « gloire » de Dieu, c'est-à-dire de Le contempler face à face, non plus dans la pénombre de la foi, mais dans l'évidence d'une présence enfin manifestée à tous, bons et mauvais, sans nulle contestation possible. Y croyons-nous du fond du cœur ? En faisons-nous la toile de fond de nos choix, l'horizon de nos démarches, le but de notre parcours ?

« Ceux qui sont fidèles resteront, dans l'amour, près de Lui. Pour Ses amis, grâce et miséricorde : Il visitera Ses élus » (Sg) : qui dit miséricorde dit pardon, et donc existence, dans l'au-delà, d'un état intermédiaire qui permet à nos défunts de se purifier de leurs fautes. Le Purgatoire ! Le mot est lâché, et il convient, en ce jour de commémoration des fidèles défunts, de l'aborder sans tergiverser. Certains ont laissé croire que la notion était dépassée depuis Vatican II : or il n'en est rien, et d'ailleurs nous le savons bien, nous qui prions régulièrement pour nos défunts. Quel serait le sens de ces prières si nos disparus étaient déjà tous dans la pleine lumière de Dieu ? Notre foi rejoint donc notre intuition profonde qui nous pousse à intercéder pour les morts que nous avons aimés, afin que Dieu leur accorde le pardon et la purification dont ils ont besoin pour entrer dans Sa maison de paix et d'éternité, d'amour et de vérité. Et quelle prière est plus belle, plus grande et plus efficace que celle de la messe, où le Christ offre Son Corps et Son Sang pour le salut de la multitude ? Voilà pourquoi nous sommes rassemblés aujourd'hui, voilà pourquoi l'Eglise nous propose d'offrir des messes pour nos défunts. Dans l'épreuve, l'Eglise notre Mère ne nous fait pas de discours : elle nous invite, tout simplement, à la foi en la résurrection.

Père Jean-Philippe GOUDOT.

Homélie du P. GOUDOT du 1/11/2017

TOUSSAINT 2017

Ap 7,2-4.9-14 / 1Jn 3,1-3 / Mt 5,1-12

« Heureux ! », proclame neuf fois l'Evangile des Béatitudes que nous connaissons si bien... La sainteté est, en effet, un bonheur que le Seigneur Jésus propose à tous parce que c'est d'abord Son bonheur profond d'être « doux, miséricordieux, artisan de paix », de S'être fait « pauvre de cœur » et d'avoir été « persécuté pour la justice » pour nous le proposer. En nous parlant de sainteté, l'Eglise, en cette fête de tous les saints, nous donne d'abord à contempler la sainteté de Dieu : cette sainteté parfaite, Dieu prétend pouvoir nous la communiquer pour nous en faire vivre, éternellement, auprès de Lui. Mais que peut être la sainteté pour nous ?

La sainteté comme refus des idoles : « Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? L'homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles », dit le psaume. L'Ancien Testament peut être relu comme le combat acharné de Dieu contre les idoles que l'homme se forge par peur, par orgueil ou par paresse... Elles sont innombrables, les idoles qui, de tout temps, ont tenté de voler à Dieu ce qui Lui appartient, Sa création et cette créature qui seule est faite « à Son image et à Sa ressemblance » : le pouvoir, l'argent, le plaisir, le matérialisme, l'orgueil, la colère et tous ces panneaux indicateurs qui nous trompent en faisant du chemin de notre vie une impasse peut-être mortelle...

La sainteté comme reconnaissance du salut : « et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer ; une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s'écriaient d'une voix forte : ''Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l'Agneau !'' ». A la fin des temps, tous les saints, rassemblés par Dieu dans Son Royaume, le loueront sans fin, proclamant qu'Il est la source de leur joie, de leur vie, de leur être même : Dieu ne donne pas simplement le salut, Il est le Salut, la victoire totale, définitive, absolue sur le mal, le péché, la mort. Tel est le cri de victoire des élus, des saints et des saintes ; telle est notre foi, à nous qui avançons encore dans la pénombre, parfois péniblement, sur la route de la vie et donc de la sainteté. Dieu seul sauve : ni les idoles dont j'ai précédemment parlé, ni la seule force de notre volonté ou de notre imagination ne peuvent nous sauver. Devient saint celui qui s'engage résolument sur le chemin comme disciple recevant de son Maître non un vague enseignement moral, mais la vie même ; devient saint celui qui reconnaît en Jésus Christ son Sauveur personnel, venu pour toute l'humanité.

La sainteté comme filiation : « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu » ose écrire saint Jean dans le style inimitable, fait de douceur et d'énergie, qui est le sien. Le baptême, qui seul fait de nous, par adoption, des fils et des filles de Dieu, doit être la racine de notre sainteté, racine qui lui donne, si j'ose dire, son style. La sainteté du chrétien a ceci de particulier qu'elle est filiale, c'est-à-dire l'accueil permanent d'un don venu d'en-haut qui fonde l'identité même de celui qui reçoit ce don. La sainteté chrétienne n'est donc pas une entreprise issue des efforts humains, ce qui serait aussi vain que de vouloir escalader les cieux ; elle n'est pas une aventure individuelle, mais l'entrée dans une famille créée par la volonté même de Dieu, l'Eglise. Le croyant qui a compris l'appel à la sainteté qui lui est lancé tâche de ne jamais lâcher la main du Père dont il est devenu le fils par grâce et non par mérite ; il ne s'approprie donc rien, ni ce qui lui est donné, ni Celui qui donne, ni ceux à qui il doit se donner. Intendant et non propriétaire, le chrétien sait que c'est en étant fils qu'il devient profondément lui-même, et que la sainteté est chemin de confiance, de croissance et de dépouillement.

Refus des idoles, reconnaissance du salut donné par Dieu seul, filiation reçue et vécue jusqu'au bout, telle pourrait être notre route vers la sainteté ; cette route, une prière bien connue la synthétise dans une demande pas toujours bien comprise. « Que Ton Nom soit sanctifié » afin « que Ton Règne vienne » : « ce salut, ce Royaume de Dieu, c'est dans l'éternité que nous devons le posséder, c'est à la mort que nous devons le trouver ; mais c'est dans la vie que nous le devons chercher. » (Bourdaloue) Puissions-nous chercher le Dieu trois fois saint chaque jour et jusqu'au dernier jour !

Homélie du P. Goudot du 15/10/ 2017

Is 25, 6-9 / Ph 4,12-14.19-20 / Mt 22,1-14

28ème Dimanche du Temps Ordinaire / A / 15-10-2017

Commençons par le plus difficile : « les pleurs et les grincements de dents » ! Ils vous ont fait tressaillir, sûrement... C'était sans doute le but du Seigneur Jésus, lorsqu'Il S'adressait à Ses interlocuteurs, à quelques jours de Sa Passion, pour leur proposer, une dernière fois, d'écouter et de croire.

Les grincements de dents : l'expression apparaît 6 fois dans saint Matthieu (Mt 8,12 ; 13,42.50 ; 22,13 ; 24,51 ; 25,30) et est associée au fait d'être « jeté » dans « les ténèbres » (3 fois) ou « la fournaise » (2 fois). C'est le dépit de qui constate avoir gâché sa vie à la recherche du pouvoir, du plaisir, des richesses, en refusant délibérément de boire aux sources dont Dieu a jalonné notre chemin sur terre : l'amour comme engagement et don de soi ; le partage comme expression d'une communion profonde et d'une décision de faire de l'autre le prochain ; le jeûne comme soif grandissante de l'essentiel et mobilisation des forces intérieures pour atteindre la vraie liberté. Les grincements de dents sont le prix — élevé ! — de notre liberté et de notre responsabilité ; ils nous invitent à ne pas remettre au lendemain les partages, l'intériorité et les conversions nécessaires, sans laisser la nostalgie du passé ni les rêves d'avenir nous empêcher de vivre l'aujourd'hui de Dieu. « L'autre resta muet », sans contester le jugement du Roi : il n'a rien à dire, car tout est dit par Celui qui « sonde les reins et le cœurs »...

N'oublions pas le Royaume ! Quelque chose se prépare, une invitation est lancée (« tout est prêt, venez aux noces ; la noce est prête, [...] conviez aux noces »), mais l'opération déraille très vite... Ils ne veulent pas venir... Que faire ? Pourtant le festin devait être appétissant, si on en croit les annonces d'Isaïe : et l'image d'une table bien garnie, entourée de convives partageant, en même temps que les victuailles, le temps de l'amitié et le bonheur d'être ensemble peut parler à tous... Non content de promettre un festin, Dieu a multiplié les images pour signifier cette réalité mystérieuse qu'Il a placée au bout de notre itinéraire terrestre : trésor, perle rare, filet rassemblant la pêche... Qu'en penser ? C'est le but de notre marche, qui n'enlève sa valeur à aucun de nos pas ; c'est l'horizon qui unifie notre existence laborieuse, toujours tiraillée entre mille sollicitations et mille désirs ; c'est la promesse qui surpasse toutes les autres et qui nous rend capables de tous les engagements, tous les dépassements. Le Royaume ne relativise rien de cette terre : au contraire, il éclaircit le chemin, fortifie notre marche, donne un poids d'éternité — pour le meilleur et pour le pire, nous rappelle Jésus — à chacun de nos actes.

« Voici notre Dieu, en Lui nous espérions, et Il nous a sauvés ! » : puisse toute l'humanité pousser ce cri de joie et de foi ! Puisse chacun se mettre en route vers Celui qui, seul, peut nous sauver et qu'il faut espérer, désirer, accueillir ! L'organisateur du festin de la parabole attend une participation personnelle (« venez aux noces »), d'où découlera une mission (« conviez aux noces »). La multitude est appelée au repas des noces, à l'alliance avec Dieu, au salut, mais chacun doit se pourvoir du vêtement de noces, c'est-à-dire faire grandir sa foi : nul ne se convertira à ma place, nul ne répondra oui pour annuler mes non, nul ne me sauvera malgré moi, pas même Dieu ! Voilà le sens du « vêtement de noces », qui n'a pas le prix exorbitant des robes de mariage, mais que chacun peut acquérir, « les mauvais comme les bons », pour entrer dans la salle du festin : la foi, non une liste d'obligations extérieures, mais un vêtement dont tout être humain peut être revêtu, la sanctification que l'Esprit peut et veut communiquer à tous. Pourquoi cette foi n'est-elle pas attrayante, au point qu'on lui préfère « son champ ou son commerce » ? Quelle foi donnons-nous à voir au monde ? Craintive, grincheuse, enfermée dans ses petits conflits internes ? Ou, au contraire, à la remorque de l'esprit du monde, dissoute dans l'humanitaire ou le sentimentalisme ?

Les grincements de dents que j'évoquais sont le revers d'un appel à la vraie liberté : bien sûr Dieu ne recherche que notre bonheur, qui passe par la foi. Guidé par Son amour infini, Dieu prend sans cesse l'initiative pour nous donner un bonheur qui soit à l'abri de tout ce qui pourrait le limiter, le cacher, ou le rendre impersonnel : « Dieu a créé toutes choses pour le bien ; toutes choses pour leur plus grand bien ; chaque chose pour son propre bien. […] [Dieu] me considère individuellement, Il m'appelle par mon nom, Il sait ce que je peux faire, ce que je peux être de mieux, ce qui est mon plus grand bonheur, et Il désire me le donner » (Bx cardinal Newman, Méditations sur la doctrine chrétienne). Ce bonheur, y croyons-nous vraiment ?

P. Jean-Philippe Goudot

Homélie du P. Yves Yao du 15 /10/2017

28 ème dimanche du temps ordinaire Année A

Is 25, 6-9 - Ps 22 (23) Ph 4, 12-14.19-20 Mt 22, 1-14

 

Chers frères et sœurs!

La liturgie de ce dimanche nous propose une parabole qui parle d'un banquet de noces auquel sont invitées un grand nombre de personnes. La première lecture, tirée du livre d'Isaïe, prépare ce thème, parce qu'elle parle du banquet de Dieu. C'est une image souvent utilisée dans l'Ecriture pour indiquer la joie dans la communion et dans l'abondance des dons du Seigneur, et elle laisse deviner quelque chose de la fête de Dieu avec l'humanité, comme le décrit Isaïe: «Le Seigneur de l'univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés » (Is 25, 6).

Le prophète ajoute que l'intention de Dieu est de mettre fin à la tristesse et à la honte; il veut que tous les hommes vivent heureux dans l'amour pour Lui et dans la communion réciproque; son projet est alors d'éliminer la mort pour toujours, d'essuyer les larmes sur chaque visage, de faire disparaître l'humiliation de son peuple, comme nous l'avons écouté (vv.7-8). Tout cela suscite une profonde gratitude et espérance: «Voici notre Dieu, en lui nous espérions et il nous a sauvés; c'est lui le Seigneur, en lui nous espérions. Exultons, réjouissons-nous il nous a sauvés ! » (v. 9).

Jésus, dans l'Evangile, nous parle de la réponse qui est donnée à l'invitation de Dieu  (représenté par un roi) à participer à son banquet (cf. Mt 22, 1-14). Les invités sont nombreux, mais il arrive une chose inattendue: ils se refusent de participer à la fête, ils ont autre chose à faire; certains accueillent même l'invitation avec mépris. Dieu est généreux à notre égard, il nous offre son amitié, ses dons, sa joie, mais souvent nous n'accueillons pas ses paroles, nous montrons plus d'intérêt pour d'autres choses, nous mettons à la première place nos préoccupations matérielles, nos intérêts. L'invitation du roi rencontre même des réactions hostiles, agressives. Mais cela ne freine pas sa générosité. Il ne se décourage pas, et il envoie ses serviteurs inviter beaucoup d'autres personnes.

Le refus des premiers invités a comme effet l'extension de l'invitation à tous, jusqu'aux plus pauvres, laissés-pour-compte et déshérités. Les serviteurs réunissent tous ceux qu'ils trouvent, et la salle se remplit: la bonté du roi n'a pas de limites et à tous il est donné la possibilité de répondre à son appel. Mais il y a une condition pour rester à ce banquet de noces: porter l'habit nuptial. Et en entrant dans la salle, le roi découvre que certains n'ont pas voulu l'endosser et, pour cette raison, ils sont exclus de la fête. Je voudrais m'arrêter un moment sur ce point avec une question: comment se fait-il que ce convive a accepté l'invitation du roi, est entré dans la salle du banquet, que la porte lui a été ouverte, mais qu'il n'a pas mis l'habit nuptial? Qu'est-ce que cet habit nuptial?  Saint Grégoire le Grand explique que ce convive a répondu à l'invitation de Dieu à participer à son banquet, il a en quelque sorte la foi, qui lui a ouvert la porte de la salle, mais il lui manque quelque chose d'essentiel: l'habit nuptial, qui est la charité, l'amour. Et saint Grégoire ajoute: « Chacun de vous, donc, qui, dans l'Eglise, a la foi en Dieu, a déjà pris part au banquet de noces, mais il ne peut pas dire avoir l'habit nuptial si il n'a pas en lui la grâce de la charité ».

Nous sommes tous invités à être des convives du Seigneur, à entrer avec la foi à son banquet, mais nous devons nous revêtir et conserver en nous l'habit nuptial, la charité, vivre un profond amour pour Dieu et pour notre prochain.

Pour conclure, n'ayons pas peur de vivre et de témoigner la foi dans les différents domaines de la société, dans les multiples situations de l'existence humaine! Nous avons toutes les raisons de nous montrer forts, confiants et courageux, et ce grâce à la lumière de la foi et à la force de la charité. Et lorsque que nous rencontrerons l'opposition du monde, faisons nôtres les paroles de l'Apôtre: « Je peux tout en Celui qui me donne la force » (Ph 4, 13). C'est ainsi que se sont comportés les saints et les saintes, qui ont fleuri, au cours des siècles, dans toute l'histoire. Puissent-ils nous garder toujours unis et nourrir en chacun de nous le désir de proclamer, avec les paroles et à travers les œuvres, la présence et l'amour du Christ. Que la Mère de Dieu, que nous vénérons tant en ce mois du Rosaire, nous assiste et nous conduise à la connaissance profonde de son Fils. Amen!

 

 

Père YAO Kouassi Yves (Prêtre fidei Donum)

Paroisses Saint Paul de la Romanche et Saint Jean de la Croix

Homélie du P. Yves Yao du 8/10/2017

Is 5, 1-7 Ps 79 (80) Ph 4, 6-9 Mt 21, 33-43

27 ème dimanche du temps ordinaire Année A 15/10/17

 


 

La première lecture de ce jour, tirée du livre du prophète Isaïe, tout comme la page de l'Evangile selon Matthieu, propose à notre assemblée liturgique : l'image de la vigne. Cette image dont nous avons déjà entendu parler les dimanches précédents. Sur deux dimanches, les textes nous ont montré l'appel que Dieu lance à tous les hommes à venir travailler dans sa vigne, d'abord avec les ouvriers de la première et dernière heure ; ensuite avec l'histoire des deux fils à œuvrer dans sa vigne. Dieu veut rassembler tous les hommes à sa vigne, c'est-à-dire dans son Royaume: être avec Dieu dans son Royaume.

Il n'y aucun doute, la vigne du Seigneur c'est d'abord Israël,  mais c'est aussi l'Eglise, particulièrement le peuple de Dieu, les chrétiens, c'est chacun et chacune de nous. Dieu prend le risque de confier surtout sa vigne aux hommes, de confier sa Vigne à nos fragiles personnes et à chaque homme. Une vigne dont Dieu prend particulièrement soin, de sorte qu'elle porte du fruit, qu'elle donne du bon fruit car Dieu nous a créés Bons et comme de bons plants de qualité il attend que nous donnions des fruits, des fruits de qualités. Le produit de la vigne que Dieu vient chercher : C'est la charité entre les hommes comme véritable louange à la gloire de Dieu. De fait, la parabole des vignerons homicides vient nous rappeler que notre mission première est de communiquer et d'étendre le règne de Dieu, Règne d'Amour tant dans sa qualité que dans son intensité ; ce Règne de Dieu, l'héritage du Christ.

L'image de la vigne décrit donc le projet divin du salut. Dieu envoie ses serviteurs  les prophètes qui sont maltraités et même tués. A la fin, le propriétaire de la vigne fait une dernière tentative: il envoie son propre fils, convaincu que lui, au moins, ils l'écouteront. C'est le contraire qui arrive: les vignerons le tuent justement parce qu'il est le fils, autrement dit l'héritier, convaincus de pouvoir ainsi prendre facilement possession de la vigne.  Le mépris pour l'ordre donné par le maître se transforme en mépris envers lui: ce n'est pas la simple désobéissance à un précepte divin, c'est le véritable rejet de Dieu. Ces vignerons veulent avoir part à l'héritage du fils en provoquant la mort du Fils et non pas en recevant Sa Vie. En se coupant du Fils et en se séparant de sa Vie, nous nous séparons de Dieu, nous rejetons Dieu.  Ce qui nous sépare de Dieu et nous fait demeurer dans le mauvais « Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n'ai fait? J'attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? » (Is 5, 4). Mais par l'acte même de ces vignerons le Fils offre sa Vie dans sa mort, brisant ainsi le pouvoir mal. De fait, « la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la principale de l'angle ».

Que retenir ?

D'abord, le message réconfortant que nous recueillons de ces textes bibliques est la certitude que le mal et la mort n'ont pas le dernier mot, mais que c'est le Christ qui gagne toujours!

Ensuite, ce que dénonce la page évangélique doit interpeller notre manière de penser et d'agir. Elle interpelle, d'une manière particulière, les peuples qui ont reçu l'annonce de l'Evangile. Si nous ne diffusons pas, cette bonne nouvelle, la vigne nous sera arrachée et confié à d'autres. Il y aura toujours d'autres peuples prêts à l'accueillir.   

Enfin, Enfin, au terme de cette célébration eucharistique, il nous faut demander la grâce d'êtres enivrés de l'Amour de Dieu, afin d'être de véritables vignerons, des vignerons de la charité vécue qui répande autour la Joie de l'Evangile, la Joie d'être chrétien, la joie de vivre en vue du salut de tous. Amen !

Père YAO Kouassi Yves (Prêtre fidei Donum)

Paroisses Saint Paul de la Romanche et Saint Jean de la Croix

Homélie du P. Goudot du 1/10/ 2017

Ez 18,25-28 / Ph 2,1-11 / Mt 21,28-32

26ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE / A /

« Ignorer les Ecritures, c'est ignorer le Christ », écrivait saint Jérôme, que nous fêtions hier. Ce n'est pas parce que ce saint a consacré toute sa vie à la recherche sur la Bible et qu'il en a donné une nouvelle traduction latine (la Vulgate) qu'il faut le soupçonner d'exagérer... Non, il nous faut prendre conscience que notre foi va s'étioler si elle ne s'alimente pas à la source de la Bible ; plus encore, il est bon de chausser les bonnes lunettes pour chercher, dans la Bible, le visage du Christ.
« Lequel des deux a fait la volonté du père ? / vous n'avez pas cru à sa parole » : je saute rapidement à la conclusion de la parabole qui est trop limpide pour supporter un commentaire. Qu'avons-nous entendu ? Une invitation à l'abandon et à la confiance, donc à la foi ; une équivalence entre « parole » et « volonté », qui demande que les Ecritures soient reçues et mises en œuvre comme la révélation d'un dessein de Dieu sur chacun de nous personnellement et sur l'humanité prise en son ensemble. Croire, c'est aussi faire ! Enfin, il n'est pas anodin que ce chemin de foi soit décrit par un vocabulaire de filiation : là encore, là surtout, nous découvrons le visage du Christ Fils éternel et obéissant du Père, venu parmi nous pour faire de nous des fils et des filles du Très-Haut.
Attardons-nous donc sur saint Paul, dans ce passage de la Lettre aux habitants de Philippes (en Grèce actuellement), qu'on appelle souvent l'Hymne aux Philippiens. « S'il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l'on s'encourage avec amour, si l'on est en communion dans l'Esprit, si l'on a de la tendresse et de la compassion, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité. Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres. Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus ». La vie de foi est marquée par la tendresse de Dieu à l'égard de l'humanité, et cette tendresse doit se répercuter dans nos rapports mutuels : « on se réconforte les uns les autres, on s'encourage avec amour, on est en communion dans l'Esprit... » Nous avons besoin, quand la dureté de la vie se fait sentir, d'éprouver le réconfort mutuel que donnent une même foi et l'appartenance à une même communauté, l'Eglise. La fraternité chrétienne ne doit pas être un vain mot ! C'est cela, aussi, que recherchent ceux qui viennent frapper à notre porte ou fréquentent nos offices... A nous d'être entreprenants, inventifs, courageux, ouverts, missionnaires !
« Ayant la condition de Dieu, Il ne retint pas jalousement le rang qui L'égalait à Dieu. Mais Il S'est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à Son aspect, Il S'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu L'a exalté : Il L'a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : ''Jésus Christ est Seigneur'' à la gloire de Dieu le Père ». Notre fraternité serait bien pâle et au final peut consistante si elle ne s'enracinait dans une filiation : là encore, la personne du Christ est absolument centrale et fondatrice. Le Christ nous montre comment être fils et filles par Son être même de Serviteur : Il ne revendique pas Ses droits et nous apprend que, dans notre vie de foi, rien n'est objet de réclamation, de récrimination ou de droits acquis. Il ne prend rien, mais reçoit une parole de la part de Son Père et donne tout en conséquence : « Il S'est anéanti, prenant la condition de serviteur », littéralement d'esclave. Jésus, Roi et Messie, nous apprend la fraternité en « devenant semblable aux hommes », spécialement ceux qui subissent, tout au long de l'histoire, « la mort de la croix » : esclaves, victimes de l'arbitraire ou de la torture, exilés, tous ceux qu'écrase la botte des tyrans... Notre foi en Jésus nous appelle à Le secourir là où Il est en danger, Le soutenir dans la personne des plus faibles par notre bienveillance, notre prière d'intercession, par le partage de nos ressources et de notre temps.
« Ignorer les Ecritures, c'est ignorer le Christ », c'est-à-dire méconnaître Celui dont parle la Bible, Celui que proclame l'Eglise, Celui qui Se donne dans les sacrements, Celui qu'il faut deviner, aider et aimer dans le frère proche ou lointain. Demandons au Seigneur de savoir nous remettre à l'écoute de Sa Parole, pour devenir des disciples selon Son cœur, des témoins crédibles de l'Evangile.

Père Jean-Philippe GOUDOT

Homélie du Père Yves Yao du 1/10/2017

Ez 18, 25-28, Ps 24 (25), Ph 2, 1-11, Mt 21, 28-32

26ème dimanche du temps ordinaire

 

 

1. Chers frères et Sœurs bien-aimés de Saint Martin d'Uriage, c'est avec beaucoup de joie que je me retrouve avec vous pour célébrer l'Eucharistie. C'est également avec joie que je souhaite la bienvenue, à vous qui êtes arrivés ici, même de très loin, pour prendre part à cette célébration eucharistique. J'adresse mes salutations particulières à tous et à chacun: aux fiancés présents en ce jour, je souhaite la bienvenue dans cette Eglise dédiée à Saint Martin. Vous avez décidé un cheminement avec le Christ et vous souhaitez fonder une famille. Cela veut dire que l'amour doit rayonner entre vous pour que vos enfants voient cet amour palpable. Car l'amour se fait geste. La vie en elle-même est une succession de moments de joies et des périodes de difficultés. Ainsi dans votre vie de couple vous allez connaître des difficultés. Cependant restez attacher au Christ en pensant à ce que je vous suggère à présent les 3 P.

  1. Prier ensemble ;
  2. Parler ensemble ;
  3. Pardonner ensemble.

Ensemble, accompagnons de nos prières, nos chers fiancés, durant toute cette célébration et cherchons à accueillir ce que le Seigneur nous dit dans les Saintes Ecritures qui viennent d'être proclamées.       

2. Dans l'Évangile, Jésus raconte la parabole des deux fils qui sont envoyés par leur père pour travailler dans la vigne. Le premier fils répond : « ‘Je ne veux pas'. Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla » (Mt 21, 29). L'autre au contraire dit à son père : « ‘Oui Seigneur ! » mais « il n'y alla pas » (Mt 21, 30). À la demande de Jésus, qui des deux a accompli la volonté du père, les auditeurs répondent justement : « Le premier » (Mt 21, 31). Le message de la parabole est clair : ce ne sont pas les paroles qui comptent, mais c'est l'agir, les actes de conversion et de foi. Jésus –nous l'avons entendu- adresse ce message aux grands prêtres et aux anciens du peuple d'Israël, c'est-à-dire aux experts en religion dans son peuple. Eux, d'abord, disent « oui » à la volonté de Dieu. Mais leur religiosité devient routine, et Dieu ne les inquiète plus. Pour cela ils ressentent le message de Jean Baptiste et le message de Jésus comme quelque chose qui dérange. Ainsi, le Seigneur conclut sa parabole par des paroles vigoureuses : « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, sur le chemin de la justice et vous n'avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis plus tard pour croire à sa parole » (Mt 21, 31-32). Cette parole devrait nous faire beaucoup réfléchir, nous secouer au plus profond de notre être et nous inviter à nous convertir.

3. Dans l'Évangile de ce dimanche – nous l'avons vu – on parle de deux fils, derrière lesquels, cependant, se tient, de façon mystérieuse, un troisième. Le premier fils dit non, mais réalise ensuite la volonté de son père. Le deuxième fils dit oui, mais ne fait pas ce qui lui a été ordonné. Le troisième fils dit « oui » et fait aussi ce qui lui est ordonné. Ce troisième fils est le Fils unique de Dieu, Jésus Christ, qui nous a tous réunis ici. Entrant dans le monde, Jésus a dit : « Voici, je viens […], pour faire, ô Dieu, ta volonté » (He 10, 7). Ce « oui », il ne l'a pas seulement prononcé, mais il l'a accompli et il a souffert jusqu'à la mort. Dans l'hymne christologique de la deuxième lecture on dit : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu ; mais il s'est anéanti prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu  homme à son aspect, il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2, 6-8). En humilité et obéissance, Jésus a accompli la volonté du Père, il est mort sur la croix pour ses frères et ses sœurs – pour nous – et il nous a rachetés de notre orgueil et de notre obstination. Remercions-le pour son sacrifice, fléchissons les genoux devant son Nom et proclamons ensemble avec les disciples de la première génération : «Jésus Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 10).

4. La vie chrétienne doit se mesurer continuellement sur le Christ : « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5), écrit saint Paul dans l'introduction à l'hymne. Raison pour laquelle nous demandons à Dieu, le courage et l'humilité de cheminer sur la route de la foi, de puiser à la richesse de sa miséricorde et de tenir notre regard fixé sur le Christ, la Parole qui fait toutes choses nouvelles. Lui qui est Dieu pour les siècles et des siècles. Amen.

 

 

Père YAO Kouassi Yves (Prêtre fidei Donum)

Paroisses Saint Paul de la Romanche et Saint Jean de la Croix

 

 

Homélie du P. Goudot du 23 septembre 2017 Si 27,30-28,7 / Rm 14,7-9 / Mt 18,21-35

Is 55,6-9 / Ph 1,20-24.27 / Mt 20,1-16

25ème Dimanche du Temps Ordinaire / A / 23-9-2017

« Præcipuum munus La fonction essentielle de la liturgie est précisément d'exprimer et même d'éprouver ces vérités de foi, donc de rendre actuelle en nous la certitude. [...] C'est dans cette certitude que nous communions avec Dieu en Le glorifiant et en Lui demandant Sa lumière, afin de Le connaître parfaitement, saintement, c'est-à-dire afin d'aimer et de vivre » (Andronikof, Le sens de la liturgie). Mettons cette affirmation à l'épreuve en interrogeant Isaïe, le psaume et l'Evangile.

« Cherchez le Seigneur tant qu'Il Se laisse trouver ; invoquez-Le tant qu'Il est proche » : le prophète lance un appel pressant, qui nous fait comprendre que Dieu, Amour infini, n'est pas à notre disposition, comme si tout dépendait de notre fantaisie... La Parole de Dieu nous remet à notre place, en installant Dieu au centre et en nous rappelant notre vocation humaine de ''chercheurs de Dieu''. Rien ne serait plus dramatique pour un chrétien que de s'imaginer avoir tout appris, tout vécu, tout compris de Dieu : ce serait une paralysie intérieure fatale ! Réapprenons donc, à l'image de ces adultes qui viennent frapper à notre porte pour trouver un sens à leur vie, à chercher Dieu, à Le désirer, à avoir soif de Sa présence, de Son amour, de Sa vérité : soyons sûrs qu'alors, et seulement alors, « Il Se laissera trouver » !

« Le Seigneur est juste en toutes Ses voies, fidèle en tout ce qu'Il fait. Il est proche de tous ceux qui L'invoquent, de tous ceux qui L'invoquent en vérité » : le psaume est une ode à la louange de la justice divine, qui se manifeste avant tout sous le mode d'une inébranlable fidélité. Cette fidélité s'exprime par une écoute attentive (« Il est proche de tous ceux qui L'invoquent ») et exigeante (« ceux qui L'invoquent en vérité »). Sommes-nous assez persuadés de cette écoute, de cette exigence aussi ? N'avons-nous pas tendance à mener notre barque loin de la présence effective de Dieu, comme s'Il n'était pas concerné par nos actes, nos choix ou nos priorités, ou ― pire encore ― comme si nos négligences, nos tiédeurs ou nos refus importaient peu au final ? Car « invoquer Dieu en vérité », n'est-ce pas ouvrir notre cœur aux besoins de nos frères, proches ou très lointains, donner de notre temps, partager nos ressources, aller parfois au-delà du superflu ? N'est-ce pas faire de Dieu le critère ultime de nos décisions et de nos rencontres, et Lui laisser la main sur nous, pour nous guider à Sa façon et faire vivre en nous Sa volonté ?

« Ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'un denier. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine ». Cette parabole peut se lire à plusieurs niveaux : d'abord comme la dénonciation d'un comportement humain de comparaison, qui ne mène qu'à la récrimination, la jalousie, l'orgueil ou la frustration, et au final à la perte de la foi. Combien de fois dans notre vie succombons-nous à ce péché que la Bible appelle ''murmure'' et dont Dieu a horreur, ce dont témoigne la brutalité de la réponse du maître (« Prends ce qui te revient, et va-t'en ») ! La société actuelle nous pousse dans ce sens, avec les mirages de la publicité et les incitations à la compétition permanente... une spirale destructrice dont Dieu veut absolument nous détourner. La parabole peut aussi se lire comme le résumé de l'histoire du salut : Israël, le premier arrivé à la Vigne du Seigneur, doit accueillir les païens qui, pendant des siècles, ont ignoré Dieu et Son alliance et deviennent, par la foi et le baptême, ses frères appelés au même Royaume des Cieux : on sait que cette transition, historiquement, n'a pas été facile ! Prolongeons la réflexion : nous, ''chrétiens de toujours'', baptisés dans l'enfance, n'avons-nous pas perdu le ressort et le sens de l'accueil, et ne savons plus nous émerveiller des propositions nouvelles de l'Eglise (assemblée diocésaine, visitations entre paroisses, nouveau Missel, Alpha, Zachée, fraternités locales...) ni ouvrir un œil bienveillant sur les nouveaux venus dans leur paroisse, qu'il s'agisse de personnes ayant déménagé, de recommençants dans la foi ou de catéchumènes : « Ceux-là, les derniers venus, n'ont fait qu'une heure, et tu les traites à l'égal de nous, qui avons enduré le poids du jour ! »

Il est bon, de temps en temps, de laisser Dieu nous remettre en question, pour rester des chrétiens vivants et contagieux ; il est bon de se redire, en communauté, que nous avancerons non chacun dans son coin, ni les uns contre les autres, mais les uns grâce aux autres ; il est bon de réentendre l'Eglise proclamer sa certitude de la présence, de l'amour, de la fidélité de Dieu trois fois saint, éternel et infini et en même temps si proche ! Puissent ces questions et ces certitudes de foi nous accompagner tout au long de cette semaine.

Homélie du P. Goudot du 17 septembre 2017

Si 27,30-28,7 / Rm 14,7-9 / Mt 18,21-35

24ème Dimanche du Temps Ordinaire / A / 17-9-2017

« Mesdames et messieurs... je vous signale tout de suite que je vais Parler Pour Ne Rien Dire. Oh ! je sais ! Vous pensez : "S'il n'a rien a dire... Il ferait mieux de se taire !" Évidemment. Mais c'est trop facile ! Vous voudriez que je fasse comme ceux qui n'ont rien à dire et qui le gardent pour eux ? Et bien, non ! Mesdames et messieurs, moi quand je n'ai rien à dire, je veux qu'on le sache ! Je veux en faire profiter les autres ! » (Raymond Devos)

Je vais essayer de ne pas l'imiter... en écoutant Celui qui a quelque chose à nous dire, Dieu.

Dans la parabole de l'Evangile, le Roi parle une seule fois : « Serviteur mauvais ! Je t'avais remis toute cette dette parce que tu m'avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi ? » Ce reproche allie le souvenir d'un bienfait reçu et le constat du refus d'un don : le Roi met le doigt sur l'incohérence profonde qui en résulte et en tire la conclusion définitive (« Serviteur mauvais ! ») qui exclut pour longtemps le fautif du pardon. Il nous faut prendre cette parole au sérieux, sans la rejeter tout de suite dans la catégorie des paraboles-qui-n'engagent-à-rien ! Nous ne saurions pas à quel point nos refus de pardonner touchent le Seigneur Dieu s'Il ne nous le disait Lui-même, en nous mettant devant une alternative : soit nous nous situons dans le registre de la « dette », et alors nous perdrons tout, car, au-delà des petites ou des grandes dettes dont nous sommes créanciers, nous sommes nous-mêmes insolvables aux yeux de Dieu. Soit nous nous jetons dans Son cœur miséricordieux, et tout nous sera donné (grâce, pardon, éternité) : mais alors il faut être à notre tour signes vivants de la miséricorde divine en ouvrant tout grand notre cœur à ceux de nos frères qui ont péché contre nous.

« Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître », dit le Siracide : les mots sont forts ! Pas de compromis possible avec ces péchés qui, dans bien des pays et à bien des époques, ont mené tout droit à la vengeance et au meurtre... Mais comment faire pour lutter ? Il faut, dit l'auteur sacré, tourner notre esprit vers deux réalités essentielles : « Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements ». Le Christ développe l'idée dans la parabole de ce jour : quand nous trébuchons dans notre parcours terrestre sur la colère ou la haine, se rappeler le but de notre chemin doit nous aider à nous relever, en mettant tout en perspective. Que restera-t-il de nos ambitions, de nos rivalités, de nos colères après notre mort ? Au jour du Jugement, prétendrons-nous embarquer Dieu dans nos petites histoires où l'amour-propre a eu plus que sa part ? Seconde réalité essentielle pour nous retenir sur la pente glissante de la colère et de la rancune : « Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l'Alliance du Très-Haut et sois indulgent ». Dieu est avec nous sur le chemin : Le délaisserons-nous pour nous faire justice nous-mêmes ? Oublierons-nous Sa présence pour nous perdre sans fin dans des ruminations intérieures ?

« Car Il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie » : le péché est une « offense » envers Dieu et une « maladie » de l'âme. Le médecin ne peut rien pour un malade qui refuse de venir le voir, conteste le diagnostic ou évite de prendre les médicaments prescrits... La Parole de Dieu est impitoyable envers le péché, avez-vous remarqué ? Elle le démasque, le pourchasse dans les moindres recoins, le dénonce jusque dans ses ultimes conséquences : rien n'échappe à l'œil de Dieu, qui sait et comprend toutes choses, mais Se révèle comme le seul médecin capable de guérir le péché qui est la pire des maladies ― une lèpre dit la Bible. Mais de même qu'il est des malades qui, très étrangement, semblent aimer leurs maux et ne pas pouvoir envisager de se retrouver en pleine forme, de même il est des chrétiens qui chérissent leur péché au point d'en faire une partie de leur personnalité : ''que voulez-vous, M. L'abbé, je suis comme ça, ça ne changera pas !''... C'est bien dommage, car nous prions pour changer, nous communions pour grandir, nous sommes baptisés pour devenir saints !

Une Parole de Dieu contre nos paroles de colères, de dépit, de découragement : voilà peut-être la médecine dont notre époque souvent creuse et bavarde a besoin : « Il y a des paroles qui ne servent qu'à entretenir la conversation et qui passent comme le vent. [...] Celles de Jésus, par contre, remplissent notre cœur, s'y enracinent et façonnent notre vie tout entière » (Benoît XVI, JMJ de Madrid). Demandons au Seigneur de ne pas participer au galimatias ambiant mais de faire grandir en nous Sa Parole de paix, de pardon et de vie : c'est d'elle que l'homme a soif !

Père Jean-Philippe Goudot

Homélie du P. Goudot du 3 septembre 2017

Jr 20,7-9 / Rm 12,1-2 / Mt 16,21-27

22ème Dimanche du Temps Ordinaire / A / 3-9-2017

Que deviendra notre foi cette année ? Ce que nous en ferons... avec Dieu.

Le Psaume nous donne une bonne piste : « Dieu, Tu es mon Dieu, je Te cherche dès l'aube : mon âme a soif de Toi ; après Toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. » La prière du psaume s'élève vers le Seigneur, dans une confession de foi (« Tu es mon Dieu »), puis dit sa quête (« je Te cherche »), son désir (« mon âme a soif de Toi »), son manque radical (« ma chair, terre aride ») : nous entrons dans le dialogue amoureux entre l'âme et Celui qui l'a créée et qui, seul, peut la combler. Dialogue aimant, amoureux même, entre Dieu et nous, sous le mode de la confiance et de l'absence, de l'adoration et du désir, de la plénitude et du manque : notre foi est tout cela, une recherche ardente qui trouve en Dieu l'Être aimé et qui ne s'arrête jamais à ce qu'elle a trouvé. Est-elle bien cela, notre foi ? Peut-être la routine, la tiédeur, la négligence la menacent-elles au point que la prière régulière est un lointain souvenir et Dieu une idée de plus en plus abstraite ? Quel chemin suivre pour nous renouveler dans la foi ?

La 2ème lecture va nous aider : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de Lui plaire, ce qui est parfait. » Cette phrase de saint Paul, très riche, comporte une défense (« Ne prenez pas pour modèle »), une demande (« transformez-vous ») et un but (« pour discerner »). Elle convient tout à fait pour nous aider à revivifier notre foi ! Il s'agit, d'abord, de quitter des façons mondaines de penser notre vie, notre temps et notre environnement : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent », où n'a de valeur que ce qui s'achète et se vend, ce qui est monté en épingle par les médias, ce qui est sur un écran, et j'en passe... Chrétiens, il nous faut vivre dans le monde mais refuser le formatage, le conformisme des slogans, des modes et des peurs, et remettre ― en commençant par notre propre quotidien ! ― les priorités au bon endroit : « transformez-vous en renouvelant votre façon de penser ». Un chrétien doit être en mouvement continu, non pour une vaine agitation ou une démangeaison du changement, mais pour vivre la dynamique de la conversion et de la sainteté en disciple qui suit les pas de son Maître et ne lâche pas Sa main où qu'Il l'emmène.Où nous emmène-t-Il ? Vers « ce qui est parfait », littéralement ce qui est entier, complet, achevé, accompli, qui atteint son plus haut degré de développement, autrement dit la vie éternelle. Cette vie, comment y parvient-on, comment nous y emmène-t-Il ?

L'Evangile nous répond : « Si quelqu'un veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. [...] Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c'est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l'Homme va venir avec Ses anges dans la gloire de Son Père ; alors Il rendra à chacun selon sa conduite ». L'enseignement du Christ, s'il est très connu, n'en est pas pour autant facile à suivre : il part d'une hypothèse (« Si quelqu'un veut marcher à ma suite »), donne le seul moyen de la résoudre (« qu'il prenne sa croix »), prend l'hypothèse inverse (« gagner le monde entier ») et sa conséquence inéluctable (« au prix de sa vie ») ; enfin Il montre le terme des deux chemins empruntés (« Car le Fils de l'Homme va venir »). Dans la perspective de la vie éternelle, qui est le fondement de notre foi, l'existence sur terre peut se présenter avec l'image des deux chemins, l'un large, facile, façonné par les envies et les convoitises de ce monde (« gagner »), l'autre ardu, demandant efforts et bagages légers, car c'est une véritable ascension spirituelle (« marcher à ma suite [en] prenant sa croix ») : il faut choisir ! La foi est un choix, une option radicale d'autant mieux vécue qu'elle est consciente de ce qu'elle laisse derrière elle et de ce qui se trouve devant. Jésus nous emmène vers le vrai bonheur en nous faisant expérimenter le don total de nous-mêmes, l'abandon entre Ses mains en toutes circonstances, la préparation à la rencontre ultime avec Lui, qui « va venir avec Ses anges dans la gloire de Son Père ».

« Ô Esprit Saint, Amour substantiel, Architecte et ouvrier des desseins de Dieu, [...] que pas une étincelle de cet amour que vous nous destinez ne reste inemployée, mais qu'elle descende ici-bas » (bx Marie-Eugène de l'Enfant Jésus)

Homélie du P. Goudot du 27 Août 2017

Is 22,19-23 / Rm 11,33-36 / Mt 16,13-20

21ème Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Connaissez-vous la chapelle des Angonnes ? Un petit joyau baroque, amoureusement entretenu par des amateurs éclairés, à deux pas d'ici... Sa porte se ferme par des barreaux en bois qui la bloquent lorsqu'ils sont intégrés dans des anneaux en fer et qui doivent être retirés complètement : on peut même les porter sur l'épaule. Voici « la clef de la maison de David » que Dieu « mettra sur l'épaule » d'Éliakim, nouveau majordome du palais royal.
Il est bien question de clefs, plus conventionnelles et plus extraordinaires en même temps, dans l'Evangile : celles qui sont confiées à Pierre après sa confession de foi en Jésus Messie et Fils de Dieu : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux ». Incroyable promesse, écrasante mission, divine puissance : le Christ donne à pleines mains à Pierre et, à travers lui, aux apôtres et à toute l'Eglise. Que donne-t-Il ? Ce qu'on appelle le pouvoir des clefs, celles qui lient le pécheur à son péché parce qu'il refuse de s'en séparer, celles qui délient, libérant par l'absolution du péché qui est poids, blessure et dette. Les apôtres, leurs successeurs les évêques, ainsi que leurs auxiliaires les prêtres, ont reçu la charge de « lier et de délier », de constater ― c'est rare ― que les conditions ne sont pas réunies pour que Dieu puisse pardonner (quand le pécheur s'obstine à justifier son acte et est déjà prêt à recommencer), ou au contraire d'opérer la libération que seule donne l'absolution sacramentelle après une confession personnelle. Quel ministère ! Quelle responsabilité ! Priez pour nous les prêtres, afin que nous soyons toujours disponibles pour écouter et donner le pardon du Seigneur.
Dans Sa réponse à Simon, Jésus dit aussi autre chose : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ». Il s'agit donc d'un rôle dévolu à Pierre au milieu des apôtres, rôle central appelé à se perpétuer jusqu'à ce que disparaisse « la puissance de la Mort », donc jusqu'à la fin des temps et de l'Eglise terrestre : ce rôle est donc perpétuel, transmissible, et nous savons que depuis Pierre les papes ont hérité de son ministère de primauté et d'unité. Il est bon de rendre grâce pour les bienfaits de ce ministère papal, qui évite à notre Eglise catholique l'asservissement aux pouvoirs politiques si souvent éprouvé par nos frères orthodoxes et la division en une infinité de chapelles qui est une des caractéristiques du protestantisme. Rendons grâce, mais restons vigilants sur nous-mêmes ! Si nous n'écoutons la voix de Pierre que lorsque cela nous arrange, si nous laissons les journalistes parasiter notre sens catholique en opposant un pape à l'autre, si jamais nous ne prenons la peine de lire un document pontifical, si nous ne prions jamais pour celui que Dieu nous a donné comme pape, alors quelque chose dans notre foi va s'amoindrir, s'étioler, se ternir, se fissurer...
Quelle richesse dans la promesse faite par Jésus ! Mais il y a plus encore : « la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur [mon Eglise] ». Ne cherchons pas cette Eglise loin de nous : nous sommes membres de cette Eglise à qui Jésus S'engage à donner la victoire sur le péché et son ultime conséquence, la mort éternelle. Pour l'instant, Il s'en tient là dans la révélation de Ses mystères à Ses apôtres, mais nous savons bien comment Il a tenu parole : la croix, la résurrection et le don de l'Esprit Saint à Pentecôte. Ce don est essentiel pour notre foi, Il fait naître l'Eglise, les sacrements, la prédication, et Il est seul source d'unité, de sainteté, d'universalité, de vérité. Ces dons sont multiples, et ils « sont en notre âme des portes qui s'ouvrent sur l'Infini et par lesquelles nous arrive le grand souffle du large » (bienheureux Marie-Eugène, Je veux voir Dieu) ; mais comment allons-nous y répondre ? Le nouveau bienheureux nous donne trois pistes, sur lesquelles je vais conclure : le don de soi, l'humilité et le silence. 
Nous sommes faits pour nous donner, à l'image de notre Créateur, et là est la clef de notre bonheur, celle qui ouvre le Royaume : mais comment se donner ? Le bienheureux précise : il faut que ce soit de manière absolue et complète (en ne gardant rien de nous loin de Dieu), indéterminée (en ne choisissant pas la manière dont Dieu doit s'y prendre avec nous), et aussi fréquente que possible (parce que nous reprenons constamment notre don). Alors, dit Marie-Eugène, « l'âme a dit son amour et le don atteint Dieu » : n'est-ce pas « la clef de la maison de David », la clef de Son cœur que Dieu nous donne aujourd'hui ?

Homélie du P. Goudot du 2 juillet 2017

2R 4,8-11.14-16a / Rm 6,3b-4.8-11 / Mt 10,37-42

13ème Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Qu'est-ce qu'une « récompense de prophète » ? Les prophètes sont généralement récompensés de leur mission par des moqueries ou des menaces, voire pire... Peut-être s'agit-il plus de la récompense que sait donner un prophète lorsqu'il est accueilli, comme le montre par exemple la 1ère lecture. Mais il nous faut aller plus loin...

« Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera » : vous avez remarqué que la traduction a changé ! Nous étions habitués à « qui veut garder sa vie pour soi la perdra » : comment interpréter cette modification ? Le verbe est en effet euriskô (eurêka!!), qui signifie trouver, obtenir, acquérir. On pourrait interpréter, avec saint Rémi, que « [celui qui] veut la conserver toujours, la perdra, c'est-à-dire qu'il prépare son âme à la damnation éternelle ». On pourrait également dire que celui qui croit avoir trouvé (obtenu, acquis) sa vie, se trompe : il s'est en quelque sorte installé alors que rien ici-bas n'est acquis, définitif. Celui qui a tout compris, tout trouvé, fait le tour de tout, montre en fait qu'il n'en est qu'au tout début. Le Christ nous invite donc à être de perpétuels recommençants, pleins d'émerveillement, de confiance, de fraîcheur d'esprit.

« Si donc, par le baptême qui nous unit à Sa mort, nous avons été mis au tombeau avec Lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts » : le lien le plus fort qui nous relie au Christ est sacramentel, dû au baptême, fortifié par la communion, rendu adulte par la confirmation, guéri par la confession. Chrétiens, nous sommes réellement membres du Corps du Christ, et, de ce fait, Son Sang même coule en nos veines : Sa mort est notre mort, Sa vie est notre vie, Son amour nous est donné, Son éternité nous est promise. Telle est notre foi, telle devrait être notre vie : les sacrements nous sont donnés, en effet gratuitement, mais pas en vain. Ils sont là pour rendre notre vie cohérente, dans une communion de pensées, de cœur, d'affection, de confiance et d'actes toujours plus grande avec Celui qui veut vivre en nous pour nous faire vivre de Sa vie éternelle.

« Je le dis : c'est un amour bâti pour toujours » : le cri de joie du psaume doit être le nôtre, en ces temps incertains où beaucoup semblent affairés à construire sur du sable. Quand Dieu agit, c'est pour bâtir solidement ou pour renverser des constructions vouées à s'écrouler : les tours de Babel disparaîtront, la croix continuera à surplomber la maison de l'Eglise, solide car ayant pour fondations le Christ en personne. Et nous ? Savons-nous bâtir « pour toujours » ? Avons-nous cette espérance qu'avec l'aide de Dieu, ce que nous faisons de beau, ce que nous donnons de nous-mêmes, ce que nous partageons, restera « pour toujours » ? Chrétiens, nous sommes un peu ces « sentinelles de l'invisible » dont parlait le pape Jean-Paul II : chargés de témoigner, par notre style de vie, notre attachement à l'essentiel, nos priorités, notre vision du monde, d'un Dieu qui aime et permet d'aimer en vérité, loin des contrefaçons que la société propose à foison à nos jeunes.

Alors, cette « récompense de prophète » ? Prophètes, nous le sommes quand nous nous dépouillons de ce que nous croyons tenir en comprenant que nous ne possédons rien ; quand nous développons une vie sacramentelle pleine et fervente ; quand nous laissons Dieu faire de nous les témoins de l'essentiel, c'est-à-dire de l'invisible ; quand nous unissons nos forces, au lieu de nous diviser et de nous comparer, pour permettre à chacun de vivre son charisme jusqu'au bout. « Celui qui possède les biens de la terre et qui pourvoit aux besoins du prophète et du juste, participera au mérite de son indépendance, et partagera la récompense de justice de celui qu'il a secouru et nourri sur la terre. Cet apôtre est plein de l'esprit de prophétie, mais son corps a besoin d'aliments, et si ses forces ne sont pas réparées, il est certain que la voix lui fera défaut. Or celui qui pourvoit à la nourriture du prophète, lui donne la force de parler: il recevra donc avec le prophète la récompense du prophète, parce qu'il a subvenu à ses besoins dans l'intention de plaire à Dieu. » (saint Grégoire, Homélie 20 sur les Evangiles)

Père Jean-Philippe Goudot

Homélie du P. Goudot du 4 juin 2017

PENTECÔTE / A / 4-6-2017

Est-ce que l'Esprit Saint ferait partie des énergies renouvelables bonnes pour le climat ? La réponse est dans la séquence de Pentecôte qui résume les fruits que nous attendons de cette fête.

Que demandons-nous à Pentecôte ?

« Viens, Esprit Saint, en nos cœurs, et envoie du haut de ciel un rayon de ta lumière »

Nous demandons la venue de Dieu ! Nous espérons une présence que nous ne méritons pas ni ne fabriquons par magie ou autosuggestion, mais qui viendra parce que Dieu le veut. « Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière » : ils attendaient depuis dix jours, mais sans savoir exactement quand ni quoi... Et ils sont surpris par la venue d'un Souffle puissant qui les libère de leurs peurs, et d'une Lumière qui éclaire jusqu'au fond de leur âme, renouvelant totalement leur foi. L'Esprit Saint descend là où est la prière et l'attente, mais Il surgit à l'improviste, librement, Se manifestant sous les signes du souffle, du feu, de la colombe, mais aussi de l'eau et de l'huile de consécration. L'Esprit Saint n'est donc pas réductible à un élément, une énergie, un symbole si puissants soient-ils : Il est une personne, et même la troisième Personne de la Trinité, Celui qui vient à nous par la volonté du Père et à la demande expresse du Fils. Nous proclamons notre foi, chaque dimanche, en l'Esprit qui « est Seigneur (c'est-à-dire Dieu) et qui donne la vie » biologique, morale, spirituelle, ecclésiale, sacramentelle.

« Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons »

Nous demandons la pauvreté du cœur pour accueillir Celui qui vient à l'improviste, Celui que nul ne peut contenir ou retenir, Celui qui ne comble que les hommes prêts à se laisser bouleverser, convertir, conduire toujours plus loin. « La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie » : ces paroles du Christ résonneront aux oreilles de l'Eglise jusqu'à la fin des temps. Avec la paix venue d'en-haut, l'envoi au large ; avec la mission, la certitude d'une présence à nos côtés ; avec l'abandon demandé, une générosité sans mesure qui permet d'accomplir des merveilles... L'Esprit Saint vient à Sa façon mais demande à être accueilli par un cœur confiant et croyant : il ne s'agit pas simplement de ''ne pas être contre'', comme je l'entends trop souvent, mais d'''être pour'', de Lui confier dans un élan intérieur et dans la durée notre vie notre situation, notre avenir, nos espoirs, nos talents et nos réalisations. Accueillir l'Esprit Saint, n'est-ce pas reconnaître que tout vient de Dieu et doit retourner à Dieu, et que nous ne pouvons ni ne devons rien sans approprier ?

« À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient, donne tes sept dons sacrés »

Nous demandons que l'Esprit Saint verse sur l'Eglise et, à travers elle, sur le monde, la plénitude de Ses grâces : « sagesse, intelligence, conseil, force, connaissance, piété et crainte de Dieu ». Ces grâces ne sont pas le partage de tous, mais sont réparties selon la liberté divine, de sorte que chacun peut prendre sa part dans la construction de la maison commune avec ce que l'Esprit lui a donné comme charisme. Mais attention ! « Les dons de la grâce sont variés, mais c'est le même Esprit. Les services sont variés, mais c'est le même Seigneur ». Autrement dit : diversité ne signifie pas disparité, rivalité, comparaison, compétition ! Ce qui est donné personnellement l'est pour le bien de tous, et le don le plus intime est aussi celui qui envoie le plus loin. C'est le diable, le diviseur, qui tente sans relâche de nous aiguiller sur les fausses pistes de l'orgueil, de la médisance, du manque de confiance qui font tant de mal dans l'Eglise, alors que l'Esprit Saint nous envoie proclamer à tous une Bonne Nouvelle de liberté et de vérité, d'amour et de paix. Mais que proclamerons-nous si nous ne commençons pas par le vivre réellement ?

« Si nous ne sommes pas convaincus a priori, par une vue de foi, qu'il y a une certaine harmonie préétablie entre la Révélation du Christ, prise dans sa plénitude, et l'attente secrète déposée par Dieu au fond de l'homme de tous les temps, nous manquerons de l'audace apostolique qui seule a chance d'atteindre l'homme de notre temps ». (Henri de Lubac, au moment du concile Vatican II, 1964)

Homélie du P. Yao du dimanche 28 mai 2017

Année A - Ac 1, 12-14 - Ps 26(27) - 1P 4, 13-16 - Jn 17, 1-11

7ème DIMANCHE DE PAQUES

 

Nous sommes rendus au septième dimanche de Pâques. Dimanche après l'Ascension et Dimanche qui précède la Pentecôte. L'absence de Jésus se fait sentir. Les disciples sont désormais livrés à eux-mêmes dans une société où tous leurs frères juifs les indexent comme disciples d'un Jésus réformateur de la vie religieuse.

Le livre des actes des apôtres rapporte qu' « après avoir vu Jésus s'en aller vers le ciel, les apôtres retournèrent à Jérusalem et se réfugièrent dans une maison à l'étage », enfermés. Parmi les apôtres, Marie, Mère de Jésus, confiée à Jean. Et ses frères : Jacques, José, Simon et Jude…"  Et pour la première fois, seuls, ils prient. Les disciples d'un seul cœur participaient fidèlement à la prière.

Les apôtres sont ainsi réunis, en constituant la première assemblée de prière avec Marie mère de Jésus. Ils y sont surtout parce que Jésus a insisté : « ne quittez pas la ville, vous recevrez une force celle du Saint Esprit ».

Au milieu de la crainte et des questionnements, la promesse du Christ fait l'espérance de la première assemblée. Et alors ils sont animés de la prière.

Dans la page de l'Evangile également, Jésus adresse une prière à Son Père ; il prie pour ces disciples. D'où l'importance de la Prière.

Jésus prie pour lui-même en demandant la gloire de son Père. Jésus prie également pour ses disciples. Jésus se pose comme le garant de ses disciples, et au-delà, de ceux qui croient. Car c'était cela sa mission : « Que le monde croie ». Jésus prie donc pour tous les croyants. « Je prie pour eux, ceux que tu m'as donnés ».

La prière, tout en étant la gloire rendue à Dieu, nous fait entrer dans la gloire du Christ. Cette unité entre le Père et Le Fils qui partagent la même gloire invite à l'unité des croyants qui vivent également de cette gloire divine. C'est d'une façon saisissante que Jésus déclare que le croyant lui appartient et est intégré dans cette unité glorieuse entre Lui et son père. « Ils sont à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux ».

Cette prière du Christ est fondamentale avant de quitter physiquement ses apôtres. Nous appartenons à Dieu et la prière est le lien qui nous unit lui. Autrement dit, Jésus nous engage à la prière pour vivre de sa gloire. Une vie sans prière est un corps sans vie qui se meut au gré du vent. Tout comme un chrétien esseulé est un chrétien qui se met en danger.

Dans ce cénacle, nous revivons l'assemblée des croyants en prière. Mais surtout l'unité spirituelle des hommes et des femmes au sein d'une société dont les vents sont contraires à l'Évangile. La prière devient le moment privilégié où les cœurs sur terre chantent en chœur avec les cœurs célestes afin d'y trouver assurance dans une vie en espérance, dans l'attente du Saint Esprit.

Avec le psalmiste nous pouvons donc prier : ‘' Le seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte, le Seigneur est le rempart de ma vie, devant qui tremblerais-je. J'ai demandé une chose au Seigneur, habiter sa maison tous les jours de ma vie. Écoute Seigneur je t'appelle, pitié réponds moi ! Mon cœur m'a redit ta Parole, cherche ma face, c'est ta face Seigneur que je cherche, elle est pleine de gloire, celle dont j'ai besoin, celle que tu me donnes, toi qui vit dans la gloire pour les siècles et des siècles''. Amen !

 Père YAO Kouassi Yves (Prêtre Fidei Donum)

Homélie du P. Yao Jeudi 25 mai 2017

Année A Ac 1, 1-11 - Ps 46 (47) Ep 1, 17-23 Mt 28, 16-20

SOLENNITE DE L'ASCENSION

Chers frères et sœurs, après une marche faite de prière et de recueillement, nous sommes rassemblés dans cette belle église dédiée à l'Esprit Saint, au sommet de la montagne, tout en hauteur, pour célébrer avec l'Eglise Universelle la Fête de l'Ascension de notre Seigneur. Au centre de ce jour, nous trouvons le Christ. C'est seulement grâce à Lui, grâce au mystère de son Ascension, que nous sommes réunis en ce jour. 

Mais en fait que signifie cette fête de l'Ascension de notre Seigneur ?

Dans notre société, actuelle, société fortement sécularisée, l'Ascension ne signifie pas grand-chose, avouons-le ! Elle est tout au plus l'occasion d'un congé supplémentaire qui vient agrémenter le mois de mai, le fameux pont de l'ascension. Quatre jours pour se détendre et s'offrir éventuellement un petit voyage en prémices des vacances d'été.

 

Mais pour nous qui sommes des ‘‘Théophile''  (Ami de Dieu), l'Ascension signifie autre chose que des vacances.

La fête de l'Ascension ne veut pas nous dire que le Seigneur s'en est allé dans un lieu éloigné des hommes et du monde. L'Ascension du Christ n'est pas un voyage dans l'espace, vers les astres les plus lointains. L'Ascension du Christ signifie qu'Il n'appartient plus au monde de la corruption et de la mort qui conditionne notre vie. Elle signifie qu'Il appartient totalement à Dieu. Elle signifie que le Christ a conduit notre condition humaine aux côtés de Dieu, il a apporté avec lui la chair et le sang sous une forme transfigurée. Ce qui est frappant c'est que L'homme trouve une place en Dieu. En effet, à travers le Christ l'être humain a été conduit jusqu'à l'intérieur de la vie même de Dieu. La Bonne nouvelle de l'Ascension, c'est donc que nous sommes tous appelés à partager cette intimité divine.

Du coup, les paroles des anges aux Apôtres voudraient s'adresser encore à nous aujourd'hui : « Hommes de Galilée (je dirai hommes et femmes de Chamrousse), pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? »

 Nous lisons dans la première lecture (le livre des actes) que « tandis que les apôtres le regardait, il s'éleva et une nuée vint le soustraire à leurs yeux". Et ces derniers "étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu'il s'en allait" (Ac 1, 9-10). Les apôtres étaient donc là, les yeux fixés au ciel, car ils accompagnaient du regard Jésus Christ, crucifié et ressuscité, qui était élevé vers le haut. Devant eux, s'ouvrait un horizon magnifique, infini, qui constitue le point d'arrivée définitif du pèlerinage terrestre de l'homme.

Pour nous, aujourd'hui, cet événement qui se produisit il y a deux mille dix-sept ans est facilement lisible : En restant sur terre à fixer le ciel, nous sommes appelés à tourner notre attention, notre pensée, notre cœur vers l'ineffable mystère de Dieu. Nous sommes appelés à regarder dans la direction de la réalité divine, vers laquelle l'homme est orienté dès la création. C'est là qu'est contenu le sens définitif de notre vie.

 

Le ciel n'est pas un lieu - nous disait le cardinal Ratzinger - mais le point de contact entre l'homme et Dieu, et ce contact est pleinement réalisé dans la personne du Ressuscité. Le Christ - trait d'union entre l'homme et Dieu - nous introduit pleinement dans la vie nouvelle. Il vient réaliser au plus intime de notre être ce contact entre l'homme et Dieu, par la foi et par les sacrements de l'Eglise.

 

Entrons donc aujourd'hui dans ce temps de préparation à la fête de la Pentecôte. Comme les Apôtres, avec Marie, prions avec ferveur pour que vienne sur l'Eglise cet Esprit divin et qu'Il fasse de nous les messagers de cette Bonne Nouvelle «  Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,  apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » Amen ! 

Père YAO Kouassi Yves (Prêtre Fidei Donum)

Homélie du P. Yao Dimanche 21 mai 2017

Année A - Ac 8, 5-8.14-17 Ps 65 (66) 1P 3, 15-18 Jn 14, 15-21

6ème DIMANCHE DE PAQUES

Chers frères et sœurs, nous sommes toujours dans le prolongement des Fêtes de Pâques, et donc dans la joie du Christ Ressuscité. Cependant, dans notre marche à la suite du Christ, il est bon de s'arrêter pour jeter un regard rétrospectif sur notre vie afin de faire une évaluation.

 Oui, nous devons faire une halte pour faire une évaluation, car bientôt, nous célébrerons l'Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ, le départ de Jésus vers le Père, mieux encore son absence-présence

  • Ai-je douté du Christ ?
  • Ai-je aimé le Christ

Les textes que nous venons d'entendre nous invitent à placer davantage notre foi en Jésus-Christ en étant des hommes et des femmes fidèles à son commandement d'Amour : Croire et à Aimer. Le commandement unique est de croire en Jésus et de s'aimer les uns les autres.

Aimer s'exprime dans par la fidélité aux commandements. Par trois fois, « Commandements » et « Amour » sont mis en rapport (vv. 15, 21, 23) et chaque fois une promesse divine est promise. Ainsi à travers cette triple mention de la présence divine auprès des disciples, l'Eglise peut vivre sa fidélité en aimant et en observant les commandements.

Efforçons nous donc d'être à la suite du Christ dans l'Amour et dans la fidélité aux commandements en étant toujours prêts à «  expliquer devant tous ceux qui nous le demande de rendre compte de l'espérance qui est en nous ». Oui mes frères, mes sœurs, il nous faut demeurez dans le Christ en étant de vrais disciples du Christ. Etre disciple du Christ, c'est porter du fruit. Porter du fruit signifie adhérer à Jésus dans la foi et l'amour, dans une attitude de conversion permanente ; un amour qui soit signe pour le monde par sa qualité et son intensité.

Ensuite, dans tout son discours d'adieu, Jésus nous dévoile en effet, que son départ vers le Père n'est pas un abandon mais qu'il veut nous associer à son propre destin en nous apportant l'Eprit Saint, l'esprit de Vérité et d'Amour.

Alors mes frères, tout ce que nous ferons, faisons le pour Jésus. Êtes-vous d'accord avec moi? Alors avec nos cinq doigts, disons «je fais tout pour Jésus». Ensemble on reprend «je fais tout pour Jésus ». Et lui nous répondra un jour  «Vous l'avez fait pour moi.»

Père YAO Kouassi Yves (Prêtre Fidei Donum)

Homélie du P. Yao du Dimanche 14 mai 2017

Année A–Ac 6, 1-7 Ps 32 (33) - 1P 2, 4-9 - Jn 14, 1-12

5ème dimanche de Pâques

    «Moi, Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie »

 

Nous venons d'entendre la Parole de Dieu et deux éléments retiennent mon attention pour notre méditation.

  • Jésus et Thomas

Jésus, annonce qu'il va préparer une place à ses disciples pour qu'ils aillent eux aussi là où il se trouve; et il leur précise: "Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin" (Jn 14, 4). C'est alors que Thomas intervient en disant: « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin? » (Jn 14, 5). Et ces paroles fournissent à Jésus l'occasion de prononcer la célèbre définition: "Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie" (Jn 14, 6).

D'abord Jésus nous révèle que nous sommes tous égaux devant Dieu. Il n'y a pas à chercher les meilleures places mais dans la demeure de Dieu chacun a sa place.

La demeure où Jésus va entrer préparer une place pour les apôtres avant de les introduire, c'est la vie du Père : « Là où je suis, vous serez aussi ». Or Jésus est dans le Père. Vers ce « lieu » qu'est le Père, Jésus est le passage, le chemin vivant.

Ensuite, chaque fois que nous entendons ou que nous lisons ces mots, nous pouvons nous placer en pensée aux côtés de Thomas et imaginer que le Seigneur nous parle à nous aussi, comme Il lui parlait. Dans le même temps, sa question nous confère à nous aussi le droit de demander des explications à Jésus. Souvent, nous ne le comprenons pas. Ayons le courage de dire: « je ne te comprends pas, Seigneur, écoute-moi, aide-moi à comprendre ». De cette façon, avec cette franchise qui est la véritable façon de prier, de parler avec Jésus, nous exprimons la petitesse de notre capacité à comprendre et, dans le même temps, nous nous plaçons dans l'attitude confiante de celui qui attend la lumière et la force de celui qui est en mesure de les donner.

  • Jésus et Philippe

Nous avons là une occasion, toute particulière, où Philippe entre en scène. Jésus affirme que Le connaître signifie également connaître le Père (cf. Jn 14, 7), Philippe, presque naïvement, lui demande: « Seigneur, montre-nous le Père; cela nous suffit" (Jn 14, 8). Jésus lui répond avec un ton de reproche bienveillant: « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire: »Montre-nous le Père?". Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi?... Croyez ce que je vous dis: je suis dans le Père, et le Père est en moi" (Jn 14, 9-11).

Ces paroles se trouvent parmi les plus importantes de l'Evangile de Jean. Elles contiennent une véritable révélation. Dieu, personne ne l'a jamais vu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui a conduit à le connaître" (Jn 1, 18). Nous pouvons bien dire que Dieu s'est donné un visage  humain, celui de Jésus, et en conséquence à partir de maintenant, si nous voulons vraiment connaître le visage de Dieu, nous n'avons qu'à contempler le visage de Jésus! Dans son visage, nous voyons réellement qui est Dieu et comment est Dieu!

Le but auquel doit tendre notre vie: C'est rencontrer Jésus comme Philippe l'a rencontré, en cherchant à voir en lui : Dieu lui-même, le Père céleste. Si cet engagement venait à manquer, nous serions toujours renvoyés uniquement à nous-mêmes comme dans un miroir, et nous serions toujours plus seuls! Philippe, en revanche, nous enseigne à nous laisser conquérir par Jésus, à être avec lui, et à inviter également les autres à partager cette indispensable compagnie. Et, en voyant, en trouvant Dieu, nous trouvons la vie véritable.

Père YAO Kouassi Yves (Prêtre Fidei Donum)

Homélie du P. Goudot du 30 avril 2017

Ac 2,14.22b-33 / 1P 1,17-21 / Lc 24,13-35

3ème dimanche de PÂQUES / A / 30-4-2017

Un Pape en Egypte : ce n'est pas tous les jours ! Déjà en l'an 2000, saint Jean-Paul II s'était rendu au Mont Sinaï, mais cette fois-ci le Pape François va au cœur de ce pays si récemment meurtri par d'épouvantables attentats dirigés contre les Coptes. Quelques jours après Pâques, cette initiative est symbolique de la force de résurrection de l'Amour, vainqueur, en dépit des apparences, de la haine et de la peur.

« Ce Jésus, Dieu L'a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Elevé par la droite de Dieu, Il a reçu du Père l'Esprit Saint qui était promis, et Il L'a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l'entendez » : dans son discours (je n'ose dire son homélie), saint Pierre relie Pâques et Pentecôte, la résurrection de Jésus Christ et l'envoi de l'Esprit Saint, la victoire sur la mort et la naissance de l'Eglise. C'est, au fond, un bon résumé de notre temps pascal, ces 50 jours pendant lesquels la liturgie déploie tous les signes de joie pour nous aider à entrer dans cette double bonne nouvelle : le Christ a vaincu la mort en Lui-même et pour nous. Vous l'avez remarqué, les messes du temps pascal nous proposent de suivre la naissance et le développement de l'Eglise (Actes des apôtres, 1ère lecture) et, à la suite des différentes apparitions de Jésus Christ ressuscité, des discours où Jésus révèle progressivement Son identité (Evangile selon saint Jean). La liturgie coordonne donc strictement la révélation de la personne de Jésus Christ et l'existence d'une Eglise en plein développement missionnaire : autant dire que sans l'Eglise, la résurrection du Christ n'atteint pas son but ; sans Pentecôte, Pâques resterait inaccomplie...

« Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : Tu ne peux m'abandonner à la mort ni laisser Ton ami voir la corruption » : ce psaume prophétise le cri de joie et de victoire du Christ au matin de Pâques. Mystérieusement, l'Ancien Testament a entrevu la résurrection du Messie, et l'a relié au sort final du croyant : en Jésus Christ nous pouvons nous aussi espérer au-delà de la mort ! Ne laissons donc pas le dernier mot à la mort, quel que soit son nom : peur, haine, découragement, indifférence, persécution. Ne vivons pas comme si Dieu n'était pas, déjà, la finalité de notre existence sur terre ! Le temps pascal doit insuffler en notre cœur une joie nouvelle, quelle que soit la morosité des temps : joie de la foi que nul ne pourra nous enlever mais qui s'éteindra en nous si nous ne la partageons pas.

« Vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers » : après la joie, « la crainte », me direz-vous... Oui, la victoire du Christ sur la mort doit passer dans nos actes ! La vie morale doit être une réponse à l'œuvre de Dieu, réponse basée à la fois sur la conscience que le temps est court et n'appartient pas à l'homme (« vous résidez ici-bas en étrangers »), et sur la certitude que Dieu nous demandera compte de notre vie d'ici-bas lorsque nous nous apprêterons à entrer dans Sa vie éternelle. « La crainte de Dieu » n'est donc pas la trouille qui paralyse et stérilise tout, mais l'immense respect envers Dieu qui seul permet une vraie prise en compte de Sa parole et de Sa volonté. Dieu nous demande de Le placer au centre de notre vie, afin que Sa vie éternelle puisse irriguer tous les secteurs de notre existence fragile et souvent éparpillée. « La crainte de Dieu », loin de confiner le croyant au ras du sol, doit élever son esprit vers les réalités éternelles et, de là, lui donner un regard neuf sur les réalisations d'ici-bas, lui évitant de tomber dans les slogans, le prêt-à-penser, les automatismes et la désespérante grisaille de la routine.

« Ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment le Seigneur S'était fait reconnaître par eux à la fraction du pain » : ils ne L'ont donc pas reconnu tous seuls ! Il a fallu que le Christ « Se fasse reconnaître » par un geste apparemment banal mais qui a profondément marqué Ses disciples lors de Son dernier repas avant la Passion. N'en est-il pas souvent ainsi pour nous ? Combien nous sommes lents à voir, à comprendre, à discerner, à décider pour les choses importantes ! Le visage du Seigneur, si présent dans Ses sacrements, dans les Ecritures mais aussi dans les pauvres et plus généralement dans l'autre, Le reconnaissons-nous ? En tirons-nous toutes les conséquences, toutes les richesses, tous les changements de regard qu'une vraie rencontre peut et doit produire en nous ? Un Pape en Egypte : ce n'est pas tous les jours ; le Christ sur notre route, ce peut être chaque jour, si nous savons Le reconnaître.

Homélie du P. Yao du Dimanche 23 avril 2017

IIème DIMANCHE DE PAQUES

Ac 2, 42-47 / Ps 117(118) / 1P 1, 3-9 / Jean 20,19 - 31

En ce premier dimanche après Pâque, l'Eglise nous invite à tourner notre attention vers le mystère de la Divine Miséricorde, selon la demande de Jésus lui-même à Sainte Faustyna Kowalska : « Je désire qu'il y ait une fête de la Miséricorde… le premier dimanche après Pâques. Ce dimanche doit être la fête de la Miséricorde ». Pourtant, quel rapport la figure de Thomas doutant de la résurrection du Seigneur et demandant des preuves bien concrètes de celle-ci peut-elle avoir avec le mystère de la miséricorde divine célébré en ce jour ?

« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n'y croirai pas » dit Thomas. Comme nous le savons, huit jours après, Jésus réapparaît parmi ses disciples, et cette fois, Thomas est présent. Jésus l'interpelle: « Avance ton doigt ici, et vois mes mains; avance ta main, et mets-la dans mon côté: cesse d'être incrédule, sois croyant » (Jn 20, 27). Thomas réagit avec la plus splendide profession de foi de tout le Nouveau Testament: « Mon Seigneur et mon Dieu! » (Jn 20, 28).

Ce qui est touchant c'est que Jésus a consenti à la demande de Thomas. En invitant son Apôtre à avancer la main et à la mettre dans son côté, il va bien lui donner une « preuve » tangible de sa résurrection. Mais en même temps, il lui intime de cesser d'être incrédule et de devenir croyant.

Cette injonction n'aurait pas de sens s'il s'agissait seulement de « croire » en la résurrection, puisque celle-ci est maintenant pour Thomas de l'ordre de l'évidence sensible. C'est ici que nous devons être bien attentifs. En fait, Jésus invite Thomas à dépasser une incrédulité qui ne concerne pas le fait de la résurrection mais plutôt l'interprétation de la résurrection. C'est au niveau du sens à donner à l'événement de la résurrection du Seigneur que Thomas doit passer de l'incrédulité à la foi.

Les disciples lui avaient annoncé pleins de joie : « Nous avons vu le Seigneur ! ». Certes ils avaient bénéficié d'une apparition du Ressuscité. Mais chez saint Jean, le verbe « voir » ne désigne pas une vision sensible, mais la perception nouvelle qui s'ouvre au regard du croyant grâce à l'action de l'Esprit, comme le récit nous le suggère par le geste du Seigneur qui souffle sur eux en disant : « Recevez l'Esprit Saint ».  Ce que les Apôtres ont « vu » de part l'œuvre de l'Esprit en eux c'est le véritable sens de l'événement de la résurrection à savoir le triomphe de la miséricorde divine.

Nous le percevons à travers les paroles de Jésus:

  •  Il leur donne le pouvoir de pardonner révélant ainsi le sens rédempteur de sa Passion glorieuse.
  • Ils sont invités à partager la grâce de la miséricorde dont ils sont les premiers bénéficiaires.

Et c'est bien ici qu'ils doivent entrer dans la foi car cette grâce demeure invisible : rien dans l'ordre sensible ne permet de vérifier le pardon des péchés.

Nous comprenons alors que l'acte de foi auquel Thomas est invité à poser (et nous avec) est celui de croire que la miséricorde du Seigneur a triomphé de son péché (de nos péchés). Le Ressuscité l'appelle à sortir d'une culpabilité qu'il entretenait sans doute en lui depuis la mort du Seigneur pour accueillir la vie nouvelle de son Esprit : « La paix soit avec vous ».

Thomas n'était donc pas en quête d'une preuve de la résurrection. D'ailleurs, il n'est pas précisé qu'il met sa main dans les plaies glorieuses de son Maître. En réalité, Thomas demandait un « signe » pour oser croire en la miséricorde. Et le Seigneur le lui donne en lui présentant ses plaies, tout particulièrement son côté ouvert : « Cesse d'être incrédule, sois croyant ! » Thomas peut alors accueillir la grâce et prononcer dans l'Esprit la plus belle confession de foi des évangiles : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». L'Esprit Saint lui a donné de reconnaître en Jésus, le Fils de Dieu, vainqueur du monde par l'effusion de sa miséricorde dans l'eau et le sang jaillis de son côté transpercé, ces deux faisceaux lumineux que Sainte Faustine a vu sortir du cœur ouvert de Jésus pour illuminer le monde.

Amen !

Homélie du P. Goudot du 16 avril 2017

Dimanche de PÂQUES Année A 16-17

Ac 10,34a.37-43 / 1Co 5,6b-8 / Jn 20,1-9

« La résurrection du Christ éclaire la dimension transcendante et relationnelle de la personne humaine » (Message de Pâques de Mgr de Kerimel) : en ce jour de Pâques où les chrétiens du monde entier célèbrent dans la joie la résurrection du Christ et la promesse de la vie éternelle, quelle meilleure façon de nous dire que cette fête doit transformer notre regard sur l'humanité, sur le monde, sur la vie ?

« La mort et la vie s'affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, Il règne » : la Séquence de Pâques a résumé ce que nous avons revécu liturgiquement dans ce Triduum pascal. Ce n'est pas un fait divers, mais l'événement, unique dans l'histoire, où « la Mort et la Vie ― j'ai envie de mettre une majuscule ― s'affrontèrent en un duel prodigieux », presque sans intermédiaire pourrait-on dire ! Le diable a mobilisé toutes ses forces pour faire trébucher le Messie : foules, spécialistes, opportunistes, soldats, puissants ; même les apôtres, même celui qui mourait sur la croix en même temps que Lui... Et sur la croix est apparue en pleine lumière ce que saint Jean appelle la « gloire » de Dieu, Sa Vie rayonnante d'amour et de pardon, toute-puissante en fin de compte. Car Il est ressuscité, le Crucifié du Vendredi Saint ; « vivant, Il règne » pour toujours !

« Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. » Qu'a-t-il donc vu, ce disciple, que Pierre n'avait pas vu ? Pas de corps ; les linges et le suaire, soigneusement disposés et non éparpillés par des pilleurs de tombe ; plus encore, les yeux de son cœur, si j'ose dire, voient que Jésus n'est plus à chercher parmi les morts. « Il vit, et il crut » : croyons-nous ? Faisons-nous une réelle confiance à Dieu et à Son Eglise ou posons-nous nos conditions ? Notre foi est-elle supplément d'âme ou choix de vie ?

« Nous qui avons mangé et bu avec Lui après Sa résurrection d'entre les morts, Dieu nous a chargés d'annoncer au peuple et de témoigner que Lui-même L'a établi Juge des vivants et des morts » : chrétiens, allez-vous rester inertes devant une telle nouvelle ? Allez-vous la garder pour vous ? Est-ce simplement possible ? Mais alors à quoi bon croire ? Pourquoi l'Eglise nous fait-elle revivre chaque année le mystère de la mort et de la résurrection du Messie, si ce n'est pour nous en persuader, nous en imprégner, en inonder notre cœur, en colorer notre existence pour faire de nous des témoins convaincants car vivants déjà de cette Bonne Nouvelle ? Nous qui célébrons Pâques aujourd'hui, nous sommes constitués témoins, tenus de dire la vérité : si notre vie a un sens, c'est par la grâce de cet événement dont les apôtres furent les protagonistes directs, les témoins oculaires, et finalement les martyrs. Un chrétien qui croit en la résurrection doit devenir contagieux !

« Vous [...] êtes le pain de la Pâque, celui qui n'a pas fermenté », le pain azyme, symbole de la hâte avec laquelle les Hébreux quittèrent l'esclavage d'Egypte, symbole aussi de la pureté nécessaire pour être agréable à Dieu. Pâques est aussi un repas, une fête qui établit entre les croyants une communion plus grande entre eux et avec Dieu : dans ce repas ne sont proposées que des choses saintes, pour représenter la sainteté intérieure que Dieu attend des croyants. Voilà pourquoi on ne prend pas de pain ordinaire pour l'Eucharistie, ni ne verse le précieux Sang dans un gobelet en plastique : tout doit nous dire combien Dieu est saint, combien le sacrement qu'Il nous donne est saint, c'est-à-dire porteur de la sainteté de Dieu, combien Dieu attend de chacun de nous qu'il devienne saint, traversé par Son amour qui est à la fois vérité et miséricorde. « Devenez ce que vous recevez », chanterons-nous en venant communier au plus précieux des dons, le Corps du Christ ressuscité : puisse chacune de nos communions être un pas de plus vers le Royaume de vie éternelle où Dieu nous attend. 

Homélie du P. Goudot du 15 avril 2017

VIGILE PASCALE Année A 16-17

Gn 1,1-2,2 + Ps 103 / Ex 14,15-15,1 + Ex 15,1-18 / Is 54, 5-14 + Ps 29 / Rm 6,3-11 / Ps 117 / Mt 28,1-10

« Dans le brouillard que notre société traverse, chacun pourrait être tenté de sauver sa peau », écrivait Mgr de Kerimel dans son message de Pâques : en cette nuit où nous passons, en communauté, de l'ombre de la mort à la lumière de la vie en Christ, la Bonne Nouvelle de la Résurrection peut redonner un sens à notre vie et à nos choix collectifs.

« Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres [...] ; Dieu dit : ''Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux, et qu'il sépare les eaux. [...] Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel, pour séparer le jour de la nuit'' » : Dieu crée en séparant... Quand il n'y a pas de séparation, de distinction, c'est le chaos... Notre époque semble s'y complaire, refusant toute distinction entre homme et femme, enfant et adulte, professeur et élève, sain et malsain, profane ou sacré... Sommes-nous condamnés au chaos de l'indistinction, de l'indiscernable, terre fertile pour toutes les manipulations, tous les avachissements, toutes les désespérances, tous les totalitarismes ? La réponse de Dieu est claire : Il crée, Il donne la vie, Il confie la terre à l'homme non en pleine propriété, mais en intendance, Il fait alliance avec l'humanité pour la guider, Il donne Ses commandements au peuple hébreu puis à tous les peuples, Il nous sauve de la mort en donnant la vie nouvelle du baptême. En Dieu la vie n'est jamais séparée de la vérité : qu'il en soit ainsi pour chacun d'entre nous !

« Les fils d'Israël entrèrent au milieu de la mer à pied sec » : ils ont fait confiance ! Passer par les eaux de la mort sans savoir si l'on va arriver au bout, sur l'autre rive, et, moins encore, en terre promise ; marcher en sentant la mort de tous côtés, simplement sur la promesse de Dieu, alors que tout vous dit que c'est sans espoir avec les troupes de pharaon qui surgissent derrière vous... « Ils entrèrent », donc, et en ressortirent libres de leurs peurs comme de leurs bourreaux : quelle expérience inoubliable ! Elle a marqué Israël à jamais, et le peuple chrétien après lui : Dieu nous libère par les eaux du baptême, faisant de nous un membre de Son peuple en exode vers le Royaume, la vraie terre promise. En acceptant de passer par les eaux du baptême, nous décidons de faire confiance une fois pour toutes en ce Dieu qui libère les petits et écrase les pharaons de toute époque et de toute pointure.

« Même si les montagnes s'écartaient, [...] ma fidélité ne s'écarterait pas de toi » : Candice, Dieu vous fait une promesse aujourd'hui ! Sa fidélité est première, inconditionnelle, solide comme le rocher, signe d'un amour éternel : avec Lui vous ne serez jamais seule, et jamais Il ne vous abandonnera. A nous tous aussi, chrétiens depuis l'enfance, Dieu vient rappeler Ses promesses : en sommes-nous convaincus ? En vivons-nous au quotidien ? Savons-nous les partager autour de nous, spécialement avec ceux que frappe le doute, la détresse, la maladie ou le deuil ? Sur la fidélité de Dieu tout peut se construire : tel est le sens de nos « amen », ne l'oublions pas !

« Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c'est à Sa mort que nous avons été unis par le baptême [...] pour que nous menions une vie nouvelle » : le baptême est plongeon, pour ne pas dire noyade... Que faut-il laisser au fond de l'eau ? Nos péchés, bien sûr ! Notre Carême nous a rappelé avec insistance la dimension pénitentielle de notre foi : les chrétiens ne sont pas spontanément meilleurs que les autres, ils se savent simplement aimés jusqu'au pardon par un Dieu à la fois juste et miséricordieux. Mais est-ce toujours le cas ? Combien de chrétiens désertent ce beau sacrement ! En nous voyant vivre, a-t-on le sentiment que nous sommes porteurs d'une « vie nouvelle » ou bien le poids de nos habitudes reste-il le plus fort ? Nous ne sommes pas baptisés pour stagner au fond de la piscine, mais pour sortir, purifiés et renouvelés par le grand bain de l'amour de Dieu !

« Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n'est pas ici, car Il est ressuscité, comme Il l'avait dit » : cherchons-nous Jésus crucifié et ressuscité ? Le laissons-nous bannir nos peurs et nos rancœurs, clouer nos péchés à Sa croix, faire entrer notre existence dans Sa vie éternelle ? Ce soir nous célébrons la victoire du Vivant sur toutes nos morts, et Candice, avec nous, va plonger dans Sa vie surabondante, plénière, éternelle. 

Homélie du P. Goudot du 13 avril 2017

Jeudi Saint Année A 16-17

Ex 12,1-8.11-14 / 1Co 11,23-26 / Jn 13,1-15

« L'être humain [...] tient sa vie de Dieu » et « ne peut vivre sans cette relation vitale avec son Dieu », rappelait Mgr de Kerimel au début de ce Carême : cette parole ne prend-elle pas tout sonrelief alors que nous célébrons aujourd'hui l'institution de l'Eucharistie et du sacerdoce ?

« Ce jour-là sera pour vous un mémorial » : non un souvenir, un anniversaire, une date du passé, mais un acte qui rend présente une réalité inscrite dans l'histoire. Pour les Juifs, le repas pascal était « mémorial » de la Pâque, célébrant et réactualisant la libération de l'esclavage en Egypte. Aujourd'hui, comme à chaque messe, nous rendons présents le dernier repas de Jésus, Son offrande sur la croix, Sa résurrection d'entre les morts. Aujourd'hui, comme à chaque messe, le pain et le vin sont changés en une réalité autre, par la grâce de la consécration : comme le Christ l'a voulu et promis ! Nous faisons donc cela « en mémoire de [Lui] », non comme un vague souvenir d'un passé révolu, mais, dans une fidélité totale à Sa parole, pour Le rendre présent, sacramentellement, au milieu de Son peuple, jusqu'à la fin des temps.

« Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'Il m'a fait ? J'élèverai la coupe du salut, j'invoquerai le Nom du Seigneur. [...] Je T'offrirai le sacrifice d'action de grâce » : au cœur de notre foi, le sacrifice du Christ repris et réactualisé par le sacrifice eucharistique. Je sais que le mot « sacrifice » n'est pas toujours bien compris : il ne marque pas un goût pour le morbide, mais un don total qui engage toute la personne, au mépris de la mort. Quand le psaume parle du « sacrifice d'action de grâce », il anticipe l'Eucharistie qui consiste, entre autres, à « [rendre] au Seigneur tout le bien qu'Il [nous] a fait ». Paroissiens réunis pour cette messe du Jeudi Saint, nous sommes appelés, plus fortement que d'habitude peut-être, à rendre grâce, à reconnaître que tout vient de Dieu et que tout retourne à Dieu, qui attend de notre part une confiance totale, un abandon complet, une adhésion définitive, une collaboration sans conditions.

« Frères, moi, Paul, j'ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l'ai transmis » : l'Eucharistie, la foi, se transmettent, car elles n'ont rien d'évident. Comment transmettre, se demandent, parfois avec angoisse, parents, grands-parents et catéchistes ? D'abord en vivant sa foi de manière personnelle, régulière, engagée, cohérente : si notre relation à Dieu ne touche pas chacune de nos journées et ne suscite aucune conversion en nous, elle est suspecte d'illusion ! Ensuite en vivant notre foi en Eglise, pas chacun pour soi : priant ensemble, œuvrant ensemble pour la liturgie, la solidarité, la catéchèse, l'accueil des demandes de sacrements... Ensemble pour témoigner que Dieu est Amour de communion et non repli sur soi, peur de l'autre, jugement réciproque ou orgueil mal placé ; ensemble pour vivre comme le peuple nouveau que Dieu veut Se constituer, à travers les vicissitudes de l'histoire, pour conduire une humanité réunifiée jusqu'au Royaume. Comment transmettre ? En allant au-devant des autres, en témoignant sans prétention et sans peur de la foi qui nous fait vivre et qui peut faire vivre tout homme. Comment transmettre ? En acceptant que l'Evangile dérange et ne soit jamais vraiment au goût du jour, en étant inventifs pour faire rayonner partout la Présence d'un autre que nous, le Seigneur crucifié et ressuscité.

« C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous » : tout est dans ce « comme » qui est identique au « comme » du Notre Père. Le chrétien n'est pas à son compte, il ne sait, ne peut, ne veut rien faire sans le Christ, et jamais contre Lui. Participer à l'Eucharistie, n'est-ce pas reconnaître cette réalité essentielle ? Notre Eucharistie de ce soir nous replace au cœur de notre foi et de l'esprit de service qui en découle : qu'en toute chose nous agissions « comme » le Christ, pour atteindre au but de notre baptême : devenir saints « comme » Dieu est Saint. 

Homélie du P. Goudot du 9 avril 2017

Dimanche des Rameaux / Année A / 9-4-2017

Mt 21,1-11 / Is 50,4-7 / Ph 2,6-11 / Mt 26,14-27,66

« Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée » : voilà qui est d'actualité, et les puissants du jour, qui n'hésitent pas à réprimer et même à gazer leur population, feraient mieux de s'en souvenir. Mais Jésus va plus loin dans Son refus de la violence : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d'anges. Mais alors, comment s'accompliraient les Ecritures ? » La non-violence de Jésus est avant tout une confiance absolue et un réel abandon entre les mains de Son Père. Comment pouvons-nous vivre cette confiance ?

« Les foules qui marchaient devant Jésus [...] criaient : ''Hosanna au fils de David ! Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux !''. La ville fut en proie à l'agitation [...] ''C'est le prophète Jésus, de Nazareth !'' » L'enthousiasme des foules de Jérusalem est touchant ― surtout si on se rappelle que ces mêmes foules réclameront la mort de Jésus, quelques jours plus tard ! Et pourtant la liturgie de la messe a repris leurs mots pour acclamer, quelques minutes avant la consécration du pain et du vin, « Celui qui vient au nom du Seigneur », Jésus, réellement présent lors du sacrifice de la messe. Y croyons-nous vraiment ? Jésus est-Il notre vrai Roi, Celui qui nous guide et nous sauve (c'est le sens du mot Hosanna : sauve-nous donc !) ? Sommes-nous conscients que, chaque fois que nous communions, nous rencontrons notre Sauveur ?

« Le Seigneur mon Dieu m'a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d'une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, Il éveille [...] mon oreille pour qu'en disciple, j'écoute » : le prophète Isaïe s'est laissé former le cœur par l'écoute et l'accueil de la Parole de Dieu, au point de la laisser changer sa vie, conduire tous ses actes, et le mener bien plus loin qu'il ne pouvait s'y attendre... Telle est notre foi chrétienne, qui ne nous condamne pas à la routine ou à la torpeur, mais au réveil spirituel, pour une attention renouvelée à l'essentiel. Chrétiens pratiquants ou occasionnels, nous laissons-nous toucher le cœur par la Parole de Dieu contenue dans la Bible et proclamée à chaque messe ? Avons-nous une Bible chez nous ? Dort-elle dans notre bibliothèque ? Notre foi fait-elle de nous des chercheurs de Dieu, des disciples à l'écoute de Dieu et de Son Eglise ?

« Une bande de vauriens m'entoure. Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os. Ils [...] tirent au sort mon vêtement » : le psaume a développé une terrible vision de l'agonie du Crucifié, dont la lecture de la Passion nous a fait revivre les derniers instants sur terre... Comment ne pas penser à toutes ces populations littéralement crucifiées par leurs indignes dirigeants, en Syrie, en Corée du Nord, en Erythrée ; comment ne pas porter dans nos prières tous ces peuples asservis, affamés, broyés par la guerre ? Le Christ a donné Sa vie sur la croix, une fois pour toutes, portant dans Son offrande les souffrances de l'humanité de tous les temps : qui aura jamais idée du fardeau qu'Il a accepté de porter, par pur amour ?

« Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, Il la leur donna, en disant : ''Buvez-en tous, car ceci est mon Sang, le Sang de l'Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés'' » : par cette simple phrase, Jésus a changé le cours de l'histoire. Voilà pourquoi nous sommes ici : pour rencontrer Celui qui est « le Sang de l'Alliance », la Vie qui fait le pont entre l'homme et Dieu. Nos rameaux ne veulent rien dire d'autre que notre foi en Celui qui seul peut nous sauver du péché et de la mort éternelle : en les emportant chez nous, c'est le Christ que nous voulons remettre au cœur de nos maisons, de nos familles, de nos choix, de notre vie. Alors n'abordons pas les fêtes de Pâques sans nous reposer la question de la fréquence de nos prières, de nos communions, de nos confessions, de nos gestes de partage : les rameaux que nous avons en main nous demandent d'avancer dans notre foi !

Homélie du P. Goudot du 2 avril 2017

5ème Dimanche de Carême / année A / 2-4-2017

Ez 37,12-14 / Rm 8,8-11 / Jean 11,1-45

« Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ». Les paroles de Jésus sont des promesses que Dieu seul est en capacité de tenir. Jésus ne Se contente pas de réanimer un mort, œuvre temporaire qui n'empêchera pas Lazare de (re)mourir lorsque son heure sera venue : Il promet à tous une victoire décisive sur la mort ; Il affirme être, en Sa personne même, la vie ressuscitée.

Nous avons entendu les trois actes de foi de Marthe : « je sais que tout ce que Tu demanderas à Dieu, Dieu Te l'accordera ; Je sais qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour ; Seigneur, je crois que Tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde ». S'y trouvent la confiance en la personne de Jésus, l'espérance dans la vie éternelle, la reconnaissance de Jésus comme le Messie tant attendu. Elle est bien loin la Marthe qu'on dépeint trop souvent enfoncée dans le souci des tâches matérielles ! L'Evangile nous montre une croyante audacieuse, d'une immense confiance, capable de poser des actes de foi radicaux alors qu'elle est dans le deuil et que sa grande souffrance pourrait la plonger dans le doute. Marthe doit nous aider à croire encore plus fort lorsque la mort nous enlève un proche : Dieu est fidèle, Il entend nos prières, Il partage nos peines, Il S'engage avec nous jusqu'au bout, jusqu'à triompher de notre mort même.

Pâques est dans deux semaines ! Cette grande fête nous prépare à notre future résurrection : « Si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par Son Esprit qui habite en vous » (Rm 8). A travers ce raisonnement de saint Paul s'exprime toute la cohérence de notre foi, dont la résurrection est la clef de voûte. Car tout est relié à Pâques dans notre foi : l'Evangile de ce jour est, chez saint Jean, la cause immédiate du complot monté contre Jésus et qui Le conduira à la croix ; notre baptême est célébré à côté du cierge pascal qui représente Jésus vainqueur de la mort ; notre espérance dans la vie éternelle fait de notre mort un passage, une ''pâque'' à la suite du Christ ; l'Esprit de sainteté et de vie qui a relevé du tombeau Jésus le crucifié est ce même Esprit qui habite en nous spécialement depuis notre baptême et qui sans pousse à prier en disant « Notre Père »... Si Jésus n'est pas ressuscité, nous prions un mort et sommes promis à une cuisante déconvenue ! Si Jésus est ressuscité, c'est pour nous ressusciter après Lui, avec Lui, en Lui puisque nous sommes, par la grâce du baptême, « plongés » dans Sa mort et dans Sa résurrection.

Le prophète est chargé de transmettre cette Parole de Vie : « Prophétise ! Tu leur diras : ''Ainsi parle le Seigneur YHWH : ʻVoici que j'ouvre vos tombeaux ; je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple, et je vous ramènerai sur le sol d'Israël. [...] Je mettrai mon Esprit en vous et vous vivrezʼ'' » (Ez 37). Plus la promesse est hors de portée des forces humaines, plus elle doit être relayée par des croyants humbles et courageux : humbles en ce qu'ils ne pensent pas tout comprendre de Dieu et prennent donc garde de réduire l'Evangile du Royaume à ce qu'ils en ont saisi ; courageux pour ne pas se laisser intimider par le ricanement généralisé qui est comme la marque de fabrique de notre civilisation en fin de cycle. Notre foi doit être contagieuse ! Un croyant qui ne transmet pas est en train de s'endormir... Une paroisse qui n'est pas obsédée par la foule de ceux que l'on ne voit jamais rentrer dans les églises passe à côté de sa fonction première... Une Eglise qui se referme sur elle-même est déjà à demi-morte ! Chrétiens, le baptême a fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois : n'est-il pas temps de vivre ces dons à 100% ?

« Je savais que Tu m'écoutes toujours ; mais c'est à cause de la foule qui m'entoure que j'ai parlé, afin qu'ils croient que Tu m'as envoyé » : la prière de Jésus à Son Père résume tout... Elle doit être la source de notre confiance, que nous nous préparions au baptême ou que nous l'ayons reçu il y a des années. Entre Jésus et Son Père n'existe que l'amour, que la confiance, le don de soi, la vie une et sainte de l'Esprit ; il doit en être de même pour nous, enfants adoptés par Dieu dans le baptême, nourris par l'Eucharistie, guéris par la réconciliation, affermis par la confirmation. « Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais », car il laissera Dieu vivre en lui et par lui : telle est la Bonne Nouvelle du Royaume ! Partageons-la !

Homélie du P. Goudot du 26 mars 2017

4ème Dimanche de Carême / A / 26-3-2017

1 S 16,1-13 / Ep 5,8-14 / Jean 9,1-41

Encore un long Evangile ! Ces trois dimanches ''de scrutins'' nous donnent de larges extraits de l'Evangile selon saint Jean : le Christ S'y révèle comme l'eau vive (la Samaritaine), la lumière du monde (l'aveugle-né) et le vainqueur de la mort (résurrection de Lazare).

« YHWH dit à Samuel : ''[...] Les vues de Dieu ne sont pas comme les vues de l'homme, car l'homme regarde à l'apparence, mais YHWH regarde au cœur'' » (1S 13). Combien de fois nous jugeons-nous les uns les autres ! Et sur quels critères ! Dieu doit frémir... Jamais le culte de l'apparence n'a été aussi puissant, focalisant les efforts, les dépenses et les critiques sur l'extérieur, l'habillement, le ''look'' comme on dit : et pour quel résultat ? Une hyper-consommation ― car ce que la mode vous a fait porter il y a un an est absolument im-met-table aujourd'hui ! ―, le désir de plaire qui pousse à entrer dans un moule plus qu'on ne le croit, la perte de la liberté intérieure à force de vivre sous le regard des autres... La foi chrétienne, et le Carême en particulier, nous appelle précisément à nous purger de ce phénoménal encombrement, par le jeûne ; à nous recentrer sur l'intériorité, par la prière ; à regarder l'autre différemment, par le partage ; à lutter contre les racines d'avidité et d'égoïsme, par le sacrement du pardon. « YHWH regarde au cœur » : nous aussi, si nous nous laissons guider par Lui !

« A présent vous êtes lumière dans le Seigneur : conduisez-vous en enfants de lumière ; car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité. Discernez ce qui plaît au Seigneur, et ne prenez aucune part aux œuvres stériles des ténèbres » (Ep 5). La démarche du baptême est ponctuée d'étapes qui, comme aujourd'hui, valorisent la lumière intérieure donnée par le Christ, qui est « lumière du monde ». Dans la nuit de Pâques, le grand cierge pascal sera rallumé, incarnant, si j'ose dire, le Christ vainqueur de la mort et diffusant l'éternité au cœur du temps ; le jour de notre baptême, ce cierge a brillé et nous a communiqué sa flamme par le cierge remis au parrain ; à l'heure de nos funérailles, il brûlera encore une fois pour nous sur cette terre pour manifester notre future résurrection d'entre les morts, par la grâce de la résurrection de Jésus Christ. Chrétiens, nous sommes « enfants de lumière » appelés par Dieu à refléter ici-bas la lumière de la Vie éternelle, de l'amour sans fin offert à tous les hommes : notre Carême nous rappelle, avec plus d'insistance que d'habitude, la nécessaire cohérence de vie que Dieu et le monde, chacun à sa façon, attendent légitimement de nous, « car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité. Discernez ce qui plaît au Seigneur, et ne prenez aucune part aux œuvres stériles des ténèbres » !

« Jésus dit alors : ''C'est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles'' » (Jn 9). Comme cela est actuel ! Qui ne voit le vertige qui saisit les puissants, et leur fait perdre pied ? Qui ne voit à quel point notre société se délite, sous le martellement des injonctions médiatiques et des lobbies, mais aussi d'un laisser-aller général, d'une indifférence au bien commun, d'une absence de réflexion sur la place de l'homme dans l'univers, d'une certaine tiédeur de ceux qui se disent croyants ? Nous sommes en passe de devenir collectivement aveugles, parce que nous prétendons voir plus loin que Dieu et maîtriser la vie humaine dès sa conception, maîtriser la mort quand elle ne vient pas assez vite, maîtriser la nature humaine quand elle ne se plie pas aux derniers slogans du jour, maîtriser la foi quand elle dérange le placide bonheur de la société des loisirs et de la consommation de masse... Aveugles, oui, et incapables de guider la génération qui monte vers un bonheur véritable et durable, une existence tournée vers Dieu et vers les autres par l'engagement, le respect de la parole donnée, le détachement des richesses, la soif de la vérité, la capacité à faire passer les autres avant soi...

« Crois-tu au Fils de l'Homme ? » (Jn 9) : au fond, c'est la seule question importante... Croyons-nous vraiment, du fond de notre cœur, au Messie, et à Sa capacité de nous relever, de nous guider, de nous faire vaincre la mort même ? Si oui, nous Le laisserons faire l'unité de notre vie, quitte à exiger de nous les sacrifices et les dépassements nécessaires ; nous retrouverons notre vocation de « lumière du monde » pour que chacun voie clair dans la grande œuvre de sa vie sur terre, le salut éternel.

Père Jean-Philippe Goudot.

retrouvez l'intégralité des textes 

Homélie du P. Kouassi Yves Yao du 19 mars 2017

3e Dimanche de Careme / Année A

Ex 17, 3-7 ; Ps 94(95) ; Rm 5, 1-2.5-8 ; Jn 4, 5-42

  Donne-moi à boire »

L'itinéraire de ce temps de carême nous fait progresser et nous fait découvrir pas à pas, petit à petit la soif de Dieu pour nous. En ce troisième Dimanche de Carême, la liturgie  nous propose cette année un des textes les plus beaux et profonds de la Bible : le dialogue entre Jésus et la Samaritaine.

« Donne-moi à boire » (Jn 4,7). Cette demande de Jésus à la Samaritaine, exprime la passion de Dieu pour tout homme et veut susciter en notre cœur le désir du don de « l'eau jaillissant en vie éternelle » (v.14)

L'Evangile de ce jour nous invite à nous identifier à cette femme qui, un jour comme tant d'autres, alla puiser l'eau du puits et y trouva Jésus, assis à côté, « fatigué du voyage », dans la chaleur du midi.

« Donne-moi à boire », lui dit Jésus, en la laissant toute étonnée. Mais cet étonnement de la femme était voué à augmenter : Jésus parle d'une « eau vive » capable d'étancher la soif et de devenir en elle « source d'eau qui jaillit pour la vie éternelle » ; il démontre en outre connaître sa vie personnelle ; il révèle que l'heure d'adorer l'unique véritable Dieu dans l'esprit et la vérité est maintenant arrivée ; et finalement il lui confie - chose très rare - être le Messie. Tout cela à partir de l'expérience réelle et sensible de la soif.

Le thème de la soif traverse tout l'Évangile de Jean : de la rencontre avec la Samaritaine, à la grande prophétie lors de la fête des Cabanes (Jn 7, 37-38), jusqu'à la Croix, lorsque Jésus, avant de mourir, dit pour réaliser les Écritures : « J'ai soif » (Jn 19, 28). La soif du Christ est une porte d'accès au mystère de Dieu, qui s'est laissé assoiffer pour nous désaltérer, comme il s'est fait pauvre pour nous enrichir (2 Cor 8, 9). Oui, Dieu a soif de notre foi et de notre Amour. Comme un père bon et miséricordieux, il désire pour nous tout le bien possible et ce bien c'est Lui-même.

La femme de Samarie, en revanche, représente l'insatisfaction existentielle de celui qui n'a pas trouvé ce qu'il cherche : elle a eu « cinq maris » et maintenant elle vit avec un autre homme ; ses allers-retours au puits pour prendre de l'eau expriment une vie répétitive et résignée. Tout cela cependant changea pour elle ce jour-là, grâce à sa conversation avec le Seigneur Jésus, qui la bouleversa au point de la pousser à laisser la cruche d'eau et à courir pour dire aux gens du village : « venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-ce point le Christ ?  » (Jn 4, 28-29).

Chers frères et sœurs, nous aussi, ouvrons notre cœur à l'écoute confiante de la Parole de Dieu pour rencontrer, comme la Samaritaine, Jésus qui nous révèle son Amour et dit : le Messie, ton Sauveur « c'est moi, qui te parle » (Jn 4, 26). Que Marie nous obtienne ce don, elle première et parfaite disciple du Verbe fait chair

Homélie du P. Kouassi Yves Yao du 12 mars 2017

Deuxième dimanche de carême / A

Gn 12, 1-4a ; Ps 32 (33) ; Tm 1, 8b - 10 ; Mt 17, 1-9

« Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi,  Ecoutez-le »

Nous sommes rendus au deuxième Dimanche de Carême. Et nous passons du désert aride (le dimanche dernier) avec le tentateur, le trompeur, l'illusionniste, le manipulateur à souhait de la parole de Dieu pour éloigner l'homme de Dieu, nous passons dis-je, en ce deuxième dimanche de carême, au sommet de la montagne, lieu de rencontre entre Dieu et l'homme, pour goûter aux privilèges de l'intimité des amis fidèles du Christ : la Transfiguration

Oui, c'est un privilège, mieux une grâce nous qui nous est offerte. Cependant, nous ne nous apercevons pas de cela car chaque jour nous baignons dans la routine. En effet, tous les matins c'est le réveil, suivi de la douche, ensuite le dépôt des enfants à la crèche, puis le boulot avec son cortège de stress appuyé par la fatigue et les autres activités. Une fois descendu du boulot, il faut récupérer les enfants à la crèche, leur préparer le dîner et enfin les faire coucher afin de bénéficier d'un petit temps à soi. Et quand c'est la période des vacances, les grands-parents sont mobilisés à souhait pour la garde des petits-enfants. Cette ambiance, nous la connaissons et nous la vivons à chaque fois ! N'est-ce pas ?

Dans cette routine, dans cette ambiance dans laquelle nous baignons chaque jour, chaque semaine, chaque vacance, nous sommes invités à l'écart avec les intimes de Jésus pour vivre la Transfiguration du Seigneur. Cet Evangile nous fait contempler la gloire du Christ qui anticipe la résurrection et annonce la divinisation de l'homme :( Cf. Benoit XVI, 2010)

  • Aujourd'hui, Dieu nous conduit (la communauté chrétienne) à la suite des apôtres Pierre, Jacques et Jean, « dans un lieu à part, sur une haute montagne ».
  • Ensuite, il nous invite à accueillir d'une façon nouvelle, dans le Christ, en tant que fils dans le Fils, le don de la Grâce de Dieu: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le » (v.5).
  • Enfin, ces paroles nous invitent à quitter la rumeur du quotidien pour nous plonger dans la présence de Dieu: Il veut nous transmettre chaque jour une Parole qui nous pénètre au plus profond de l'esprit, là où elle discerne le bien et le mal (cf. He 4,12) et affermit notre volonté de suivre le Seigneur.

La transfiguration, c'est la grâce de Dieu qui présente Jésus à chacun de nous : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, c'est lui que j'ai choisi. Ecoutez-le »

Jésus en choisissant Pierre, Jacques et Jean pour seuls témoins de sa transfiguration a voulu, au fond, que toute l'humanité en sa diversité soit rassemblée :

Pierre, c'est la force, la détermination, le caractère vigoureux, le travailleur accompli, le gros barbu, le père de famille (marié), mais c'est aussi l'organisation, la responsabilité (le premier pape), c'est donc l'institution, la pierre d'angle de l'Eglise…

Jacques, appelé le majeur, frère aîné de Jean ; jeune et dynamique, tempérament fougueux, plein d'idéal. Son surnom en dit long : fils du tonnerre à cause de son tempérament fort, (du tonnerre) parce qu'il était battant. C'est donc un représentant de la jeuneuse ardente, et battante….. Courageux et intrépide

Jean, inutile de s'attarder sur lui. C'est lui qui s'étendait habituellement sur le cœur du Christ de tout son amour ; il est celui que Jésus aimait, il est le fidèle par excellence ; l'ami de cœur et d'esprit de l'Amour incarné. Jean réunit en lui tout ce que l'Amour exige : la tendresse et la force.

Ces trois apôtres ne se ressemblent pas. Chacun a sa grâce, ses limites et ses bassesses. Dieu n'appelle pas les meilleurs mais il rend meilleur ceux qu'il appelle. Le péché n'arrête donc pas l'Amour Divin. Autrement dit l'Amour de Dieu n'a pas de limite.

Jésus se promène donc avec trois êtres faillibles qu'il aime éperdument. La preuve il va leur faire un grand cadeau : son visage sera tout illuminé éblouissant ses apôtres et la voix du Père se fait entendre, comme pour dire qu'à la lumière il faut joindre le son pour marquer les esprits et les cœurs : « Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi,  Ecoutez-le ». Tout est dit, c'est le Christ qu'il faut écouter et non nos péchés, et nos misères. Arrêtons de pleurnicher sur eux, de penser que nous sommes indignes du Christ, arrêtons de perdre cœurs. Cherchons plutôt à penser comme il pense, à agir comme il agit, à aimer comme il aime en un mot à pendre sa lumière et à la tomber en nous. C'est ça le carême. Alors, nous pourrons redescendre de la montagne, nous aussi, tout transformés et reprendre notre vie quotidienne mais cette fois, plein de la lumière et de l'Amour de Dieu.

 Que Dieu nous accorde son Esprit Saint afin de réussir notre carême 2017. Amen 

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 5 mars 2017

1er Dimanche de Carême / A

Gn 2,7-9 ; 3,1-7 / Rm 5,12-19 / Mt 4,1-11

Dans son Message de Carême (2017), le Pape François écrit : « le Carême est un temps favorable pour nous renouveler dans la rencontre avec le Christ vivant dans Sa Parole, dans Ses Sacrements et dans le prochain ». Le sens premier du Carême réside donc non dans des œuvres que nous accomplirions, mais d'abord dans « la rencontre avec le Christ vivant ». Cette rencontre, évidemment, ne se fera pas sans nous ! Le Carême nous rappelle la nécessité de nous réveiller de nos somnolences coutumières et de prendre conscience que le Christ nous appelle à Lui, pour une vraie relation d'amitié, de confiance, d'abandon. Cette relation au Christ, pour intime et personnelle qu'elle soit, n'est jamais individualiste et passe par des intermédiaires : « Sa Parole, Ses Sacrements et le prochain », la Bible, l'Eglise et la charité en actes. Dans notre Carême, comment approcherons-nous la Parole de Dieu plus régulièrement, prenant le temps de la méditer et de la goûter pour mieux la vivre ? Comment vivrons-nous plus intensément des sacrements, spécialement le sacrement du pardon, en prenant le temps de nous préparer et de voir un prêtre ? Comment ferons-nous de nos frères le lieu d'une rencontre « renouvelée » du Christ, par notre regard, notre écoute, nos initiatives ?
Jésus, Nouvel Israël, résume en Lui toute l'histoire sainte, et revit en Lui-même l'Exode de Son peuple et son errance 40 années dans le désert : « Alors Jésus fut emmené au désert par l'Esprit, pour être tenté par le diable. Il jeûna durant quarante jours et quarante nuits, après quoi Il eut faim ». Le temps du désert fut pour Israël la grande mise à l'épreuve de l'alliance : la venue de Jésus vient le faire entrer dans une « alliance nouvelle et éternelle ». Israël fut appelé, métaphoriquement, « fils de Dieu » ; désormais, le Fils éternel du Père est présent au milieu de Son peuple, pour lui révéler la plénitude de l'amour et de la vérité. Comment sera-t-il reçu ? Le Carême nous appelle donc sur les chemins de l'Exode, pour quitter l'esclavage d'Egypte (le péché) et avancer pas à pas vers la terre promise (le Royaume de Dieu) : comme Israël face à Moïse, nous serons peut-être tentés de ronchonner, de nous décourager, de retourner sur nos pas... Le Christ, Nouvel Israël, accomplit l'Exode en allant jusqu'au bout de la marche, jusqu'au bout de la confiance, de l'alliance : ne nous entraînera-t-Il pas à Sa suite ?
Jésus, Nouvel Adam, est confronté au même choix radical que le premier homme, choix marquant également l'humanité de Son empreinte : « Voilà pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché [...]. Comme en effet par la désobéissance d'un seul homme la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l'obéissance d'un seul la multitude sera-t-elle constituée juste ». La venue de Jésus concerne toute l'humanité et ouvre la filiation divine à l'ensemble de la famille humaine. Le Carême est un temps privilégié pour prendre conscience de notre péché, « le vieil homme » comme dit saint Paul, et s'en détourner radicalement pour suivre Jésus, l'Homme Nouveau ; cette conversion doit raviver la conscience de notre baptême, qui nous a rendus fils dans le Fils et nous envoie dans le monde. Envoyés pour quoi faire ? Envoyés pour témoigner qu'est venu, qu'est vivant Celui qui seul pourra « justifier la multitude », la réunir dans la paix, dans la foi, dans la justice, dans l'amour. Pendant ce Carême, deux adultes de nos paroisses feront leurs derniers pas vers le baptême : l'appel décisif de ce dimanche à Voiron, autour de l'évêque, et les scrutins les 3ème, 4ème et 5ème dimanches de Carême. Les accompagnerons-nous de nos prières ? Prendrons-nous le temps de leur parler, de les accueillir, de les intégrer dans nos communautés après leur baptême ? Leur donnerons-nous le bon exemple d'un baptême vivant en nos cœurs, portant des fruits de prière, de communion, de partage ?
La Genèse évoquait « l'arbre qui est au milieu du jardin » : cet arbre, qui symbolisait la propriété éminente de Dieu sur Sa création (et donc le fait que l'humanité n'est que dépositaire de ce monde merveilleux), est désormais la Croix du Christ, arbre symbolique du bien et du mal, arbre de mort et de Vie, arbre où le Nouvel Adam fait entrer toute l'humanité dans la nouvelle alliance. Puissions-nous ne pas fuir cet arbre-là ! Par lui passe le renouveau de notre « rencontre avec le Christ vivant dans Sa Parole, dans Ses Sacrements et dans le prochain ». Bon Carême !

Homélie du P. Kouassi Yves Yao du 5 mars 2017

Premier Dimanche de Carême / A

Gn 2, 7-9 ; 3,1-7a ; Ps 50(51) ; Rm 5, 12.17 - 19 ; Mt 4, 1-11

F/S, bien aimés, nous voici dans le Temps de Carême. Temps qui nous offre l'opportunité de réfléchir sur ce qui est au cœur de la Vie chrétienne : la charité.

Ce premier dimanche de Carême nous conduit dans le désert à la suite de Jésus, notre Seigneur et notre frère, où il fut tenté, pendant quarante jours par le démon comme nous le lisons dans l'Evangile d'aujourd'hui. En écrivant que Jésus est "conduit" (expression plus juste = poussé) au désert, nous pouvons interpréter que l'évangéliste Matthieu parle de Jésus comme d'un nouvel Adam. En effet, le vieil Adam fut repoussé du jardin terrestre et entra dans le désert de la vie. Mais avec le Christ, qui est le nouvel Adam, et nous retournons du désert au paradis.

  1. Le désert

Le Christ, en allant au désert, s'insère dans l'histoire du salut de son peuple, du peuple élu et de l'humanité. Le désert nous fournit une image très éloquente de la condition humaine. Le désert est le lieu de la purification, « le lieu austère, la terre aride sans eau » où Dieu conduit son peuple ou celui à qui Il veut se révéler, celui avec qui Il veut parler.

Pour aider à comprendre et vivre le désert comme lieu "indispensable" pour notre vie, voici une liste de quelques personnages bibliques pour qui le désert fut un lieu réellement indispensable.

Abraham. Pour ce patriarche, le désert fut de partir de la maison paternelle, du lieu de sa sécurité matérielle et physique, pour aller vers un monde inconnu, dans un lieu dont il ne connaissait même pas le nom : "quitte ton pays, ta patrie, la maison de ton père, et va vers le pays que je t'indiquerai" (Jn 12,1)

Moïse. Sa vie fut marquée par le désert. En fait, le désert marqua le lieu de son appel et le moment déterminant de sa vie: "Moïse qui faisait paître le troupeau de Jethro, son beau-père, prêtre de Madian, mena le troupeau au- delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, l'Horeb" (Ex 3,1).

Elie. Il partit pour se sauver, arriva à Beer-Sheba de Juda, et y laissa son serviteur. Lui-même s'en alla au désert à une journée de marche. (1R 19,3-4).

Pour le prophète Osée, un des prophètes les plus tourmentés, le désert représente le lieu de la rencontre avec Dieu qui lui dit des paroles d'amour : "Eh bien, c'est moi qui vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur" (Os 2,16).

Cette expérience du désert ne se limite pas aux hommes de l'Ancien Testament, elle est aussi l'expérience des grands personnages du Nouveau Testament et de Jésus lui-même.

Le Précurseur Jean-Baptiste. "En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, proclamant dans le désert de Judée; il portait un vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage". (Mt3, 1-4)

Jésus lui-même. "Aussitôt, l'Esprit pousse Jésus au désert et il y resta quarante jours (Mc 1, 12). Au matin, à la nuit noire, Jésus sortit et s'en alla dans un lieu désert, là il priait. (Mc 1,35)

Les disciples du Christ. Le désert est le lieu où le Seigneur les invite à rester avec lui et à parler de leur travail : "Les apôtres se réunissent auprès de Jésus et ils rapportèrent tout ce qu'ils avaient fait et enseigné. Il leur dit : venez à l' écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. Ils partirent en barque vers un lieu désert, à l'écart." (Mc 6,30-31).

Dans la Bible, le désert représente donc un moment privilégié de la rencontre avec Dieu. Faisons de ce carême un moment de désert pour que pour nous aussi, il soit un lieu de silence, c'est-à-dire de capacité à nous taire pour écouter Dieu parler à notre cœur.

  1. Du désert à la vie

Ce premier dimanche de l'itinéraire quadragésimal éclaire notre condition terrestre. Le combat victorieux de Jésus sur les tentations :

  • D'abord, cela est un appel à prendre conscience de notre fragilité pour accueillir la Grâce qui nous libère du péché et nous fortifie d'une façon nouvelle dans le Christ, chemin, vérité et vie.
  • Ensuite c'est une invitation pressante à nous rappeler, à l'exemple du Christ et en union avec lui, que la foi chrétienne implique une lutte contre les « Puissances de ce monde de ténèbres » (Ep 6,12) où le démon est à l'œuvre et ne cesse, même de nos jours, de tenter tout homme qui veut s'approcher du Seigneur:
  • Enfin, le Christ sort vainqueur de cette lutte, également pour ouvrir notre cœur à l'espérance et nous conduire à la victoire sur les séductions du mal.

Ainsi, donc un nouvel ordre est inauguré en la personne de Jésus. «  Les Temps sont accomplis : Le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et Croyez à la Bonne Nouvelle.»

Conclusion

N'oublions pas que la pénitence serait ou est une simple formalité si elle n'est pas faite par amour, si nous jeûnons sans nous unir au Christ. Quand nous l'imitons, prions-Le de faire que notre jeûne soit le sien, qu'Il veuille l'associer au sien de sorte que nous puissions être en lui et lui en nous. Que notre Carême 2017 ne soit pas formel mais réel. Amen !

Homélie du P. Kouassi Yves Yao du 1er mars 2017

Mercredi des Cendres / A

Jl 2,12-18 / 2Co 5,20-6,2 / Mt 6,1-6.16-18

Chers frères et sœurs en Christ et en humanité, chers amis, nous voilà dans le Temps de Carême qui s'ouvre aujourd'hui avec le Mercredi des Cendres. Il s'agit d'un itinéraire de quarante jours qui nous conduira au Triduum pascal, mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, cœur du mystère de notre salut.

Les quarante jours du Carême vont nous permettre de revivre avec le Christ les 40 jours au désert ; de revivre les quarante années de la Marche des Hébreux vers la terre promise. Mais surtout, ces quarante jours constituent l'occasion pour nous de faire l'expérience unique de la tendresse de Dieu (Cf. Benoit XVI, 2010).

La marche que nous allons entreprendre est un effort exigeant, mais libérateur, dans la mesure où, elle nous conduira à nous ouvrir à l'appel du Seigneur, ainsi qu'à la communauté des hommes nos frères.

En nous privant des nourritures terrestres sous les formes multiples où elles se présentent, nous apprendrons à goutter davantage le Pain de la Parole et celui de l'Eucharistie, en saisissant au mieux les exigences du partage. 

La pénitence, quant à elle, est orientée vers Dieu, qu'elle honore, et vers nos frères, qu'elle réconforte. En elle s'exprime avec une exceptionnelle vigueur l'humble soumission du disciple de Jésus et donc du chrétien au double commandement de l'amour.

Pour mieux vivre ce temps liturgique, qu'est-ce qui pourrait être le plus adapté si ce n'est de nous laisser guider par la Parole de Dieu?

Et les textes de ce jour, mieux l'Evangile nous plonge au cœur de l'exigence de ce temps de carême, en précisant non seulement les actions concrètes qui balisent le chemin de la conversion qui sont bien entendu le Jeûne ; la Prière et l'Aumône mais aussi l'attitude intérieure qui convient pour que Dieu puisse agréer nos efforts.

Au niveau du fond, Jésus nous demande de vivre « comme des justes. ». Le juste doit être entendu comme celui qui pratique la vertu de la ‘'justice'' qui consiste à donner chacun ce qui lui revient. Ainsi :

  • Dans la prière, je rends à Dieu l'adoration qui est due à Dieu seul.
  • Par l'aumône, je remets à mon prochain plus pauvre sa part du bien commun ;
  • Enfin, le jeûne me permet de me décentrer de moi-même, de relativiser mes exigences personnelles, en les situant à leur juste place sur l'horizon de mes devoirs envers Dieu et les autres. Voilà pour le fond.

Quant à la forme, Jésus nous demande d'accomplir nos devoirs dans la discrétion, car privées de cette qualité qui leur est essentielle, ces œuvres ne seraient plus des instruments de justice. Si j'accomplis les œuvres de pénitence avec le désir d'être remarqué – en multipliant les manifestations extérieures qui m'assurent de ne pas passer inaperçu – je n'offre rien à Dieu, ni à mon prochain, mais je prends prétexte du service de l'autre pour servir ma propre gloire : « Amen je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense ».

Bon Carême à tous et à Chacun. Amen !

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 1er mars 2017

Mercredi des Cendres / A

Jl 2,12-18 / 2Co 5,20-6,2 / Mt 6,1-6.16-18

Il manque le ''Notre Père'' : la liturgie de ce Mercredi des Cendres, qui nous permet de commencer notre marche vers Pâques par 40 jours de Carême, l'a mis entre parenthèses pour que notre attention se polarise sur la triple réprimande du Christ aux pharisiens de son temps ― et du nôtre.

« Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » : le partage arrive en premier dans la bouche de Jésus. Ce n'est donc pas une activité marginale que nous pourrions abandonner au Secours Catholique ! Le terme d'« aumône » a mal vieilli : néanmoins il porte dans sa racine grecque le mot de miséricorde... Nous sortons d'une année sainte de la miséricorde où, peut-être, nous avons eu le sentiment qu'on abusait du terme au point de le vider de son sens : il est cependant toujours d'actualité, car il signifie que nos gestes de partage sont l'expression d'un amour, d'une compassion pour ceux que nous découvrons en difficulté. Notre Carême nous rappelle donc, si nous l'avions oublié, que Dieu attend de nous un cœur généreux, apte à partager les ressources en argent, en temps, en compétences, que dans Sa Providence Il nous a données.

« Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte » : combien importante est la prière ! Saint Luc ne rate jamais une occasion de signaler que Jésus est en train de prier ; saint Matthieu nous donne aujourd'hui quelques règles pour la prière, qui introduisent la prescription de « ne pas rabâcher comme les païens » et le texte du Notre Père. Et pourtant, ils sont nombreux, les chrétiens, qui ont renoncé à prier, faute de goût, de temps, ou parce qu'ils se sont persuadés qu'ils ne sont pas faits pour cela ! Prier est une activité aussi indispensable que respirer, et comme pour la respiration, cette activité doit être régulière, profonde et paisible pour avoir toute sa portée. Pourquoi ne pas se remettre à une prière plus régulière, plus aimante, plus nourrie ? Chaque jour, Dieu nous attend...

« Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage » : notez bien « quand tu jeûnes », et non pas « si tu jeûnes » ! Ne proclamons donc pas trop vite périmées les prescriptions alimentaires, jeûne du Mercredi des Cendres et du Vendredi Saint, abstinence de viande tous les vendredis, efforts particuliers durant le Carême ! Il y a un intérêt à conserver une dimension corporelle, incarnée, dans nos efforts de sainteté et notre marche à la suite de Jésus. Cependant, dit Jésus, faites tout « dans le secret », pas pour vous faire une réputation d'ascète, ni pour se donner bonne conscience ou pour tenter je-ne-sais quel exploit : la religion n'est ni un sport, ni un régime, ni du théâtre... En ce temps de Carême, Dieu nous invite à maîtriser nos désirs, à retrouver une liberté intérieure même par rapport aux besoins les plus vitaux : autrement dit, le jeûne est affaire de discernement (qu'est-ce qui m'encombre, me prend trop de temps ou mobilise trop d'énergie?), de choix et donc de renoncement. Au-delà du carré de chocolat en moins, que faut-il remettre à sa juste place : écrans (télévision, ordinateurs, tablettes), cigarette, temps perdu, argent gaspillé ?

« Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d'eux ; sinon, vous n'aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux » : cet avertissement de Jésus est riche d'enseignements et nous servira de conclusion. Le but de notre séjour sur terre est de vivre pour toujours avec notre « Père qui est dans les cieux » ; le moyen d'y arriver est « de pratiquer [la] justice », c'est-à-dire de laisser Dieu nous ajuster à Lui en adoptant concrètement les remèdes qu'Il nous donne (partage, prière, jeûne, pénitence) ; le risque le plus grand pour notre foi serait de faire tout cela « devant les hommes, pour [se] faire remarquer », en perdant de vue l'intériorité, l'humilité et la sincérité sans lesquelles la religion n'est qu'une hypocrisie. Comme l'écrivait le Père Ambroise-Marie Carré, « Dieu veut que nous allions jusqu'au bout de notre grâce, mais nous avons toujours peur que les exigences de Dieu nous mènent trop loin. [...] Demandez la grâce de savoir toujours dire ''oui'' au Père » (Lettre à une veuve).

Homélie du P. Kouassi-Yves Yao du 26 février 2017

8ème Dimanche du Temps Ordinaire / A

Is 49,14-15 / 1Co 4,1-5 / Mt 6,24-34

 

Jeunesse Puissance ! Adultes Sagesse !

 F/S biens aimés, chers frères et sœurs humanité, c'est avec un cœur débordant de joie et d'allégresse que je souhaite la bienvenue à tous et à chacun. Merci aux Jeunes de Tous Pays qui ont accepté d'animer cette célébration eucharistique pour nous faire vivre quelque chose de différent. Merci pour cette sympathie que vous avez à l'endroit de notre Eglise Sainte Marie de Vizille.

Nous sommes venus nombreux ce matin. Et je crois fermement que nous nous savons profondément aimés de Dieu. Oui, Dieu nous aime de façon gratuite et il se préoccupe toujours de nous. C'est ce qu'il convient d'appeler La providence de Dieu. Car si Dieu nous abandonnait, nous ne serions plus.

Le Seigneur m'a abandonné… C'est la plainte qu'Israël adresse à son Dieu. Dieu quant à lui, propose par son prophète Isaïe l'image saisissante d'une mère : « Est-ce qu'une femme peut oublier son enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l'oublier, moi je ne t'oublierai pas. »

A ce propos permettez-moi de vous raconter, cette petite histoire :

Un soir pendant que maman préparait le souper, son petit garçon arrive dans la cuisine et lui présente un morceau de papier. Maman s'essuie les mains sur son tablier et commence à lire ce qui était écrit.

Pour avoir tondu le gazon 50 E

Pour le nettoyage du salon cette semaine 10 E

Pour avoir fait des courses pour toi 50 E

Pour avoir gardé mon petit frère pendant que tu étais au magasin………………………………………………………………….. 20 E

Pour avoir sorti les déchets…………………………….. 10 E

Pour le nettoyage et râtelage de la cour….. … 20 E

TOTAL…………………………………………………………… 180 E

Sa mère l'a regardé droit dans les yeux, prit une plume, tourna la feuille et se mit à écrire au verso.

Pour t'avoir porté pendant neuf mois…………….. C'est gratuit

Pour toutes les nuits passées auprès de toi à prier et à te soigner, C'est gratuit

Pour toutes les inquiétudes………………………………… C'est gratuit

Pour tous les conseils, les connaissances transmises et le prix de tes études C'est gratuit

Pour ta nourriture, tes jouets, tes vêtements et même te moucher C'est gratuit

Mon fils, si tu fais l'addition, tu constates que le prix de mon amour pour toi est gratuit. Le petit bonhomme regarda sa mère et lui dit : Maman, comme je t'aime. C'est alors qu'il prit la plume et inscrivit en grosses lettres : PAYE AU COMPLET.

 

L'amour de cette mère a convaincu son Fils. Et Dieu nous aime autant. Il nous aime au point de prendre soin de nous tant au niveau de notre vie que de nos besoins.

Des questions concernant cette Providence de Dieu, nous nous les posons. Et cela est tout à fait normal. eulement nos souffrances, notre abandon à travers notre indigence humaine, mieux, il a ouvert pour Israël et pour nous, une perspective nouvelle.
Avant d'entrer dans la nuit de sa passion, dans les ténèbres de nos péchés, Jésus s'était assuré de la consolation suivante : « L'heure vient et elle est déjà venue, vous serez dispersés chacun de son côté et vous me laisserez seul. Mais non, je ne suis pas seul : Le Père est avec moi. » Jn 16,32.
Avec Jésus, nous comprenons alors que l'abandon auquel fait allusion Israël et notre abandon à nous ne se limitent point aux ténèbres de nos misères humaines. L'abandon dont il est question ici est en réalité : Refus de Dieu.
L'alliance que Jésus n'abolit pas mais accomplit ne saurait admettre alors un quelconque abandon de la part du Seigneur. Dieu qui est fidèle n'abandonne jamais. Au contraire il permet de choisir librement : « Aucun homme ne peut servir deux maîtres… », soutient Jésus.
En ce huitième dimanche du temps ordinaire, Jésus nous déclare bien clairement ceci : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'argent. » Gardons-nous donc frères et sœurs d'abandonner celui dont l'amour pour nous est au dessus de l'amour humain. « Homme de peu de foi, si Dieu habille ainsi l'herbe des champs… ne fera-t-il pas d'avantage pour vous
Jésus lui-même a expérimenté non seulement nos souffrances mais aussi notre abandon (à travers notre indigence humaine). Toutefois, il a ouvert pour Israël et pour nous, une perspective nouvelle : Oui, une perspective nouvelle s'est ouverte pour nous, car Dieu, à travers son Fils Jésus-Christ, a marché sur cette terre et depuis, l'humanité n'est plus la même. Elle se trouve toute transformée.

Avec Jésus, nous comprenons alors que l'abandon auquel fait allusion Israël et notre abandon à nous ne se limitent point aux ténèbres de nos misères humaines. L'abandon dont il est question ici est en réalité : c'est le Refus de Dieu.

Dieu est fidèle ! Il n'abandonne jamais. Au contraire il permet de choisir librement : « Aucun homme ne peut servir deux maîtres… », soutient Jésus.

En ce huitième dimanche du temps ordinaire, gardons-nous donc frères et sœurs, d'abandonner celui dont l'amour pour nous est au-dessus de l'amour humain. « si Dieu habille ainsi l'herbe des champs… ne fera-t-il pas d'avantage pour vous ? »

Pour confirmer cela, je transcris la réponse que (Sainte) Mère Teresa de Calcutta donna à un journaliste qui lui demandait : « Mère, vous mettez toujours l'accent sur la Providence Divine. Nous vivons dans un monde où tout est organisé. Que faire pour que la foi dans la Providence divine trouve en nous une place plus importante ? Mère Teresa répondit : « Si nous regardons la nature, nous voyons des millions d'oiseaux, des millions de fleurs merveilleuses, millions d'arbres splendides, et Dieu prend soin d'eux avec le soleil, avec la pluie, avec le printemps, avec l'hiver … si nous promettons à Dieu de donner tout notre cœur aux plus pauvres des pauvres, les choses changeront. Moi-même et mes sœurs nous ne recevons pas de salaire de l'Etat, aucune aide de l'Eglise, nous ne recevons rien de personne pour notre travail. Et pourtant, nous nous occupons de milliers et milliers de malades, de beaucoup d'enfants adoptés. Nous n'avons jamais dit : ‘Nous n'avons pas ou nous ne pouvons plus'. L'amour de Dieu a mis en mouvement une multitude de personnes qui partage avec nous ce qu'elles ont. Chaque jour, nous nourrissons environs 300.000 personnes dans le monde. Mais nous n'avons jamais dû repousser quelqu'un en disant : ‘Nous n'avons rien!' C'est cela la Providence de Dieu, c'est l'amour délicat de Dieu ».

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 26 février 2017

8ème Dimanche du Temps Ordinaire / A

Is 49,14-15 / 1Co 4,1-5 / Mt 6,24-34

Les intendants, la conscience et le juge : ce n'est pas une fable de La Fontaine mais une sérieuse leçon de vie que nous donne le Seigneur, quelques jours avant le début de notre Carême.
Les intendants : « Qu'on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu. Or, ce qu'en fin de compte on demande à des intendants, c'est que chacun soit trouvé fidèle ». La phrase s'applique d'abord aux apôtres et à leurs successeurs les évêques ; elle concerne naturellement les autres ministres ordonnés, prêtres et diacres : aucun d'entre nous n'est propriétaire de la liturgie, des dogmes, de la discipline de l'Eglise, ni de sa charge. Il faut aussi élargir le regard vers tous ceux qui s'engagent dans notre Eglise ― et nos paroisses en ont un besoin criant ! ― et qui ne sont pas propriétaires de leur mission, mais envoyés au service du Christ, pour un temps. Intendants de notre vie, donc ne possédant rien : ni le temps qui nous est imparti ici-bas, ni nos biens, ni les enfants, ni le conjoint, rien, exactement rien ! D'où la doctrine de l'Eglise ― immuable ― sur le caractère sacré de la vie des enfants à naître, sur le refus de toute forme d'euthanasie, sur le respect de l'environnement, d'où les enseignements pontificaux dans les domaines familial, social, politique, économique : tout est basé sur la révélation divine qui fait d'Adam et de toute la race humaine le « jardinier », l'intendant de l'univers, sur lequel il a une immense responsabilité mais qu'il ne peut s'approprier, au risque de le détruire et de se détruire. Et si nous repérions nos réflexes de possession dans notre vie de tous les jours ?
La conscience : « Pour moi, il m'importe fort peu d'être jugé par vous ou par un tribunal humain. Bien plus, je ne me juge pas moi-même. Ma conscience, il est vrai, ne me reproche rien, mais je n'en suis pas justifié pour autant ». Nous abordons un autre sujet en apparence, mais tout se rejoint dans la Parole de Dieu ! La modernité et la post-modernité sont basées sur un individualisme forcené qui fait de l'existence sur terre une recherche solitaire de droits collectionnés sans souci de cohérence, de continuité ni de bien commun : pensons à tous ces films qui nous ressassent le même dicton (« fais ce que te dicte ton cœur... ») et fondent la décision morale sur des critères purement affectifs. Saint Paul articule un regard sur soi (« ma conscience ne me reproche rien »), une distance par rapport au qu'en-dira-t-on (« il m'importe fort peu d'être jugé par vous »), et la certitude que notre vérité profonde vient d'un autre, Dieu (« je n'en suis pas justifié pour autant »). Notre existence de croyants nous place non sous l'attention permanente des autres, des slogans médiatiques, des conventions sociales, des impératifs de la mode, mais dans la lumière de Dieu qui est à la fois amour et vérité. Et si nous repérions les peurs qui oblitèrent notre liberté de intérieure ?
Le juge : « Mon juge, c'est le Seigneur. Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur ; c'est Lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient ». Encore un autre thème, direz-vous ! Pas forcément... Celui qui m'a donné la liberté de conscience n'est pas le grand horloger des loges maçonniques, mais le compagnon secret de ma vie, qui éclaire en permanence mon discernement et m'oriente vers ce qui est beau, bon, vrai. Lui faisant confiance, je marche à tâtons, dans la pénombre de la foi, sans chercher à tout comprendre (« à chaque jour suffit sa peine ») ni à tout maîtriser, mais en acceptant de dépendre de Sa seule bonté. « Nul ne peut servir deux maîtres » : Dieu doit être le seul phare qui me donne la direction, la seule vérité absolue de mon existence sur laquelle tout le reste s'appuiera et s'édifiera. « Cherchez d'abord son Royaume et sa justice », et vous n'aurez rien à craindre lorsque le Juge demandera des comptes sur les talents qu'Il aura confiés, en intendance et non en propriété individuelle.
Les intendants, la conscience et le juge : Jésus nous demande de vivre au quotidien dans la vérité, la confiance, le dépouillement intérieur, l'abandon. « Pourquoi mesurer la difficulté de demain ? Prenons chaque jour, simplement, le travail qui nous est demandé, humblement et paisiblement. L'amour dont nous aurons besoin demain, même s'il doit fournir un effort violent, un effort héroïque, nous sera donné sur l'heure, il nous viendra de Dieu » (P. Marie-Eugène de l'Enfant Jésus, béatifié à Avignon en novembre 2016)

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 19 février 2017

7ème Dimanche du Temps Ordinaire / A

Lv 19,1-2.17-18 / 1Co 3,16-23 / Mt 5,38-48

SIT AUTEM SERMO « Que votre langage soit : ''Oui'', si c'est ''oui'', ''Non, si c'est ''non'' : ce qu'on dit de plus vient du Mauvais » : nous l'avons entendu dimanche dernier ; aujourd'hui, comment ce ''oui'' et ce ''non'' vont-ils se concrétiser ?
« Vous avez entendu qu'il a été dit [...] Eh bien, moi, je vous dis » : Jésus rappelle la Loi de Moïse ou les traditions qui l'explicitaient, et Il « accomplit » cette Loi par un enseignement beaucoup plus exigeant. Ce faisant, Il Se situe à égalité avec Celui qui avait donné la Loi à Moïse. Ce n'est pas pour rien que le grand Discours de Jésus était aussi solennellement introduit (« Il gravit la montagne, et quand Il fut assis, Ses disciples s'approchèrent de Lui ; et prenant la parole, Il les enseignait ») : du nouveau Sinaï est donnée la nouvelle Loi, l'Evangile de l'amour. Le Christ est donc notre Législateur et notre Dieu, la vérité de notre vie et le chemin qui mène à la vraie Vie : Sa Loi nouvelle est alliance éternelle, Sa Parole est la révélation définitive du projet divin pour l'homme. Avec l'Evangile, l'humanité est entrée dans une ère nouvelle : elle est appelée à la sainteté !
« Eh bien, moi, je vous dis » : quoi donc ? Rien que des choses déplaisantes ! « Ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu'un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l'autre ; veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau ; te requiert-il pour une course d'un mille, fais-en deux avec lui » : ben voyons ! Qui a jamais agi comme cela ? Certainement pas moi ! N'y aurait-il pas là une énorme faiblesse, un pacte tacite avec le mal qui défigure si souvent le visage de l'homme ? Ne pas résister au mal, n'est-ce pas en devenir complice ? En fait, le Christ nous appelle à ne pas répondre coup pour coup pour ne pas nous situer sur le mauvais terrain : si je l'emporte en haine, en agressivité, en violence ou en ruse, je suis perdant... On dit qu'un bon général choisit soigneusement le terrain où il va mener bataille, et que là est le secret de bien des victoires : Jésus nous invite au combat spirituel, exigeant au point de nous demander de déplacer le terrain, de changer les perspectives, d'élever le débat, de construire sur les bonnes fondations. Mais il y a plus : ne s'est-il vraiment trouvé personne pour tendre l'autre joue, pour laisser tunique et manteau ? Le Christ ne vivra-t-Il pas cela lors de Sa Passion, triomphant ― Lui le Tout-puissant ! ― de la force par la faiblesse, de la haine par un surcroît d'amour, de la trahison par le pardon, de la raillerie par la prière ?
« Eh bien, moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car Il fait lever Son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » Le Christ ne cède rien à notre humaine fragilité, semble-t-il ! Il ne s'agit plus seulement de ne pas riposter, mais d'aimer ! Impossible, diront les esprits forts : mais l'histoire n'est-elle pas témoin aussi de ces actes d'héroïsme quotidien où des pardons impossibles sont donnés, des amitiés naissent après des guerres inexpiables, des individus perdus pour la société, des criminels même, se convertissent et consacrent le reste de leur existence à réparer le mal commis ? Et tout cela, souvent, parce qu'un regard nouveau s'est posé sur eux, qu'un père, une mère, un ami, un prêtre, a su réveiller en eux la soif d'aimer et d'être aimé ? Mais comment fonder une exigence aussi phénoménale ? Uniquement dans l'être de Dieu le Père et de Son universel appel à entre dans une filiation (« afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux »), et dans la personne du Fils unique venu pour tout renouveler, tout sauver (c'est l'Astre levant de l'Epiphanie venu éclairer, tel un « Soleil, les méchants et sur les bons »). Autrement dit, Dieu seul est la source de notre morale et d'un possible renversement de nos logiques de méfiance, de vengeance et de guerre.
« Soyez saints, car moi, YHWH votre Dieu, je suis saint » ; l'Evangile traduit : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » : mission impossible ? Pas pour Dieu, en tout cas. Ne soyons donc pas plus pessimistes que Lui, ni pour nous, ni pour les autres...

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 12 février 2017

6ème Dimanche du Temps Ordinaire / A

Si 15,15-20 / 1Co 2,6-10 / Mt 5,17-37

« Devant toi Il a mis l'eau et le feu, selon ton désir étends la main. Devant les hommes sont la vie et la mort, à leur gré l'une ou l'autre leur est donnée » (Si) : à priori, qui serait assez fou pour étendre la main vers le feu, vers la mort ? Et pourtant, l'histoire des hommes et notre propre expérience nous font bien savoir que ces mauvais choix ne sont pas si rares... Que nous demande le Christ ? Comment Son Evangile nous éclaire-t-il aujourd'hui ?
« N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » : le Christ situe Son rôle dans l'accomplissement de la révélation divine dont la Loi de Moïse fut une étape essentielle mais non ultime. Pour le dire plus simplement : l'Evangile n'est pas une voie de salut au rabais, une proposition confortablement médiocre, une transaction avec l'exigence de sainteté contenue dans le Décalogue. Au contraire ! Les Evangiles de ces dimanches vont crescendo dans la révélation d'un amour absolu qui demande une foi ardente et une charité parfaite dans tous les domaines de la vie. Le Christ « accomplit » la Loi en lui donnant son sens ultime, plénier, définitif, et surtout en offrant à notre foi Sa Personne. En Jésus Christ, tout l'amour du Père se dit, se montre, se donne : Il est non plus le témoin de l'alliance, mais l'Alliance elle-même. Choisir le Christ, c'est donc choisir de vivre en alliance avec Dieu, sous le seul mode de l'Amour qui n'attend que de l'amour en réponse : telle est la joie profonde des Béatitudes que le Christ est venu nous partager et qui a été proclamée ici même il y a déjà deux dimanches.
« Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux » : le Christ Se révèle comme le Juste par excellence venu nous communiquer Sa justice. Nous ne devons donc pas chercher à ''coller'' à la justice des hommes, aux slogans du jour, moins encore nous donner à nous-mêmes notre propre justice. Le Christ est venu nous faire « entrer dans le Royaume des Cieux » : voilà ce que nul autre que Lui ne peut faire ! Notre foi doit donc nous orienter vers ce Royaume de justice et de paix qui « n'est pas de ce monde » mais qui doit changer ce monde... Là est le but, là est notre espérance, mais aussi là le critère de nos actes, de nos choix, et, au final, de notre foi : y croyons-nous suffisamment pour en faire comme le bâton de notre marche et le fanal au milieu des tempêtes qui parfois nous désorientent ? N'est-ce pas un peu de notre faute, à nous les chrétiens, si tant de nos concitoyens n'ont plus l'idée que leur vie a un sens, que leurs actes les construisent ou les détruisent, que certains choix engagent sans retour, qu'il nous sera demandé compte de nos talents et que Dieu est la seule lumière qui ne fera jamais défaut ? Chrétiens, quand avons-nous cessé d'être ajustés à notre Dieu ?
« Que votre langage soit : ''Oui ? oui'', ''Non ? Non'' (autre traduction : Dites simplement ''oui'' si c'est oui, ''non'' si c'est non) : ce qu'on dit de plus vient du Mauvais ». Que peut-on « dire de plus » ? ― ''Mais, peut-être, plus tard, sauf si, à moins que...'', autant de mots qui tuent l'élan, reprennent le don, biaisent la parole, et rendent l'engagement incertain voire stérile... Comment ne pas penser à sainte Thérèse de Lisieux, qui s'astreignait à cesser son activité du moment à l'instant même où il lui était demandé autre chose ? A tous ces saints qui, une fois convertis, regardaient résolument de l'avant, conscients des difficultés mais décidés à ne pas laisser leur ''oui'' se changer en ''non'' ? A la Sainte Vierge Marie surtout, dont le ''oui'' fut à la fois le fruit d'une longue attente et d'une foi adulte autant que l'acceptation immédiate d'un appel surprenant, inimaginable ? Nous vivons tous, aujourd'hui, du ''oui'' jamais repris de Marie, et des saints qui non seulement nous précèdent mais nous accompagnent, veillant et priant pour nous. Plus fondamentalement encore, l'homme est le fruit du ''Oui'' de Dieu, créateur de vie, d'amour, de vérité, qui attend notre réponse, notre adhésion, notre confiance. Sommes-nous toujours dans le ''oui'' à Dieu ?
« Nous annonçons ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui L'aiment » (1Co) : quelle nouveauté dans l'Evangile ! La vivons-nous assez radicalement, fuyant tout extrémisme et toute tiédeur, ces deux fléaux qui se nourrissent l'un l'autre et tuent toute vraie foi ? « Devant toi Il a mis l'eau et le feu » : puissions-nous avancer sur le chemin de la vie, avec le Christ et jamais sans Lui.

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 5 février 2017

5ème Dimanche du Temps Ordinaire / A

Is 58,7-10 / 1Co 2,1-5 / Mt 5,13-16

« Si le sel vient à s'affadir, avec quoi le salera-t-on ? » : question évidente, direz-vous… Oui mais c'est nous le sel ! Que répondrons-nous si Dieu nous juge « affadis » ? Et pourtant, dans quelle « extraordinaire estime où le Christ tient ses disciples » (Bible chrétienne, II) : Il nous dit sel, lumière, parfaits !
« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s'affadir, avec quoi le salera-t-on ? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors [parabole du roi qui fit un festin de noces pour son fils (Mt 22,13) ; parabole des talents (Mt 25,30) : « jetez-le dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents ». Il s'agit donc du Jugement dernier] et foulé aux pieds par les gens. Le sel a une haute valeur dans les sociétés antiques ; dans l'Ancien Testament, le sel doit « entrer dans toute offrande pour signifier la valeur "agréable" et durable de l'Alliance ainsi conclue » (Bible chrétienne, II). Ceux qui croient en Jésus sont donc ceux qui rendent l'offrande du monde agréable à Dieu, ceux qui permettent à l'Alliance inaugurée par Jésus de se perpétuer au long de l'histoire. Cette parole de Jésus n'est pas une demande morale : « il n'est pas dit : "vous devez être le sel" [...]. Ils le sont, qu'ils le veuillent ou non, par la puissance de l'appel qui les a atteints » (D. Bonhöffer, Le prix de la grâce). Autrement dit, le Christ nous a constitués « sel de la terre » par la puissance du baptême : à nous de le vivre.
« Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne se peut cacher, qui est sise au sommet d'un mont. [Mont : uniquement le mont des Oliviers dans les Evangiles : Jésus parle donc de Jérusalem, ville sainte] Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau [Boisseau : des poteries s'emboîtant les unes dans les autres ; comparé dans Zacharie à l'« iniquité, la malice » du peuple], mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison ». Lui, la lumière des hommes, qui sera exposé au regard de tous sur l'arbre (on n'ose dire : le lampadaire) de la croix, dans la ville sainte, Jérusalem, au mont du Calvaire ; Lui, Jésus Christ, nous rend participants de Sa lumière et veut que, par nous, elle rayonne jusqu'aux extrémités du monde. Quel pari fou ! Quelle grâce surtout ! Le sacrifice du Christ sur l'autel de la croix, établissant une fois pour toutes l'Alliance nouvelle, nous rend témoins, et plus encore membres du Christ : s'Il est lumière, alors nous le sommes ! S'Il donne Son corps en nourriture à chaque Eucharistie, alors nous devenons l'Eglise, Son Corps mystique appelé à regrouper toute la famille humaine.
Etre sel et lumière aujourd'hui : « ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux ». Cette vocation est à la fois un appel et un envoi, une consécration personnelle et une mission communautaire : mais comment faire ? Par le partage, la justice, la paix ; par l'engagement au service des plus faibles, des plus isolés ; pour le respect de la vie, du bébé à naître jusqu'à la personne malade et dépendante. « Si le sel vient à s'affadir, avec quoi le salera-t-on ? » : à quoi bon être chrétiens si c'est pour copier servilement l'esprit du monde, crier avec les loups le dernier slogan à la mode, se replier sur la sphère privée, refuser de témoigner quand c'est demandé et donc de prendre des risques ? Qu'est-ce que le monde pourra bien faire de nous quand nous aurons perdu tout « sel », quand nous aurons adapté notre foi, notre liturgie, nos dogmes et notre morale aux impératifs des lobbies ou des médias ? 
« Seule l'Eglise qui cesse d'être ce qu'elle est est perdue sans espoir » (D. Bonhöffer, Le prix de la grâce) : notre engagement à la suite du Christ n'est pas fondé sur notre seule bonne volonté, nos capacités ou nos bonnes idées, mais est une extension même de Sa vie, de Sa puissance de salut, de Sa capacité de donner à l'homme le goût de Dieu, à la vie sur terre le goût de l'éternité, à ceux qui cherchent dans les ombres et pénombres du quotidien la lumière de la vérité et de l'amour. Mais cela doit se voir ! Pas de communautés tristes, inquiètes de l'avenir, tournées sur elles-mêmes, divisées en chapelles stériles, voire tout simplement disparues du paysage… Le sel doit se sentir ! La lumière doit se voir ! « S'enfuir dans l'invisibilité, c'est renier l'appel reçu » (D. Bonhöffer, Le prix de la grâce). Puisse la flamme de notre baptême ne jamais s'éteindre !

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 29 janvier 2017

4ème Dimanche du Temps Ordinaire / A

So 2,3 ; 3,12-13 / 1Co 1,26-31 / Mt 5,1-12

Encore les Béatitudes ! Diront ceux d'entre nous qui ont le souvenir de les avoir entendues à la Toussaint... Oui mais les entendons-nous bien ? Disons d'abord quelques mots pour avoir une vue d'ensemble, puis méditons brièvement sur chaque Béatitude.
Nous sommes appelés au bonheur même du Christ : « Heureux » ! Le Christ, au commencement de Son grand discours sur la montagne, ne fait pas la morale, mais exprime en un saisissant condensé Son bonheur profond de Fils de Dieu, qu'Il est venu nous partager. Dans la même logique Il donnera Sa propre prière de Fils, le Notre Père, et le sacrement du baptême, qui a précisément pour effet de faire de nous des fils et des filles du Très-Haut. Les Béatitudes sont d'abord le portrait du Christ et de Ses disciples.
Entre présent et futur : 2 Béatitudes (« ceux qui ont une âme de pauvre » et « les persécutés pour la justice ») ont une conclusion, la même, au présent : « le Royaume des Cieux est à eux ». Les 6 autres Béatitudes intermédiaires se conjugueront au futur, c'est-à-dire ne se réaliseront pleinement que dans le Royaume de Dieu. Dans ce bonheur du Christ et de Ses disciples, commence déjà à se vivre la joie de la communion de vie et d'amour avec le Père, dans le lien de l'Esprit Saint ; en même temps nous ne sommes pas, ici-bas, ''dans la gloire'' (l'évidence, la vision, le face à face), mais ''dans la foi et l'espérance'', vertus qui nous font avancer, sans preuve et parfois sans ressenti, vers Celui qu'il nous faut aimer sans le voir ni toucher du doigt Sa présence. Les Béatitudes n'engendrent pas des croyants béats pour qui tout serait simple !
Prenons quelques instants pour nous approcher de plus près :
1) « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre (πτωχοι τω πνευματι : les pauvres en esprit / les pauvres de cœur / ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes ; ordinairement le mot pour parler des mendiants), car le Royaume des Cieux est à eux » : le plus important est dit ! Ceux qui sont trop pleins d'eux-mêmes pour accueillir l'autre ne pourront trouver Dieu ; cet appel fait de la foi non une science ou un ''message'' pleins de ''valeurs'', mais la radicalité d'un dépouillement, d'un abandon, d'une dépendance qui peut nous faire peur. Notons que le Christ emploie le mot le plus déplaisant pour signaler cette ouverture à l'autre comme un besoin vital : à méditer...
2) « Heureux les affligés (πενθουντες : ceux qui pleurent), car ils seront consolés (Dieu les consolera) » : le Père fera plus que sécher nos larmes, Il nous donnera le Consolateur, l'Esprit Saint ! Esprit de réconfort, de lucidité intérieure qui nous fera regretter nos péchés, mais aussi Esprit de paix qui laissera loin derrière nous tout ce qui nous blesse.
3) « Heureux les doux (πραεις : calmes, bons, indulgents), car ils posséderont la terre (ils recevront la terre en héritage / la terre que Dieu a promise) » : de même que « Moïse était un homme fort patient (doux), plus qu'aucun homme sur la face de la terre » (Nb 12,3), de même le croyant en marche vers la terre promise, le paradis, doit exercer sa patience et sa bonté de manière concrète.
4) « Heureux les affamés et assoiffés de la justice (ceux qui ont faim et soif de vivre comme Dieu le demande), car ils seront rassasiés » : pas les justiciers autoproclamés, mais ceux qui ont soif de vérité, de respect de l'autre, en commençant par changer ce qui n'est pas juste dans leur propre comportement ! Le « juste » n'est pas un vengeur masqué mais un croyant qui écoute son Dieu et tâche d'en tirer des conséquence pratiques.
5) « Heureux les miséricordieux (ελεημονες : ceux qui ont de la compassion pour autrui), car ils obtiendront miséricorde » : ce que nous demandons dans le Notre Père (« pardonne-nous... »)
6) « Heureux les cœurs purs (καθαροι : propres, nets, sains, innocents), car ils verront Dieu » : notre époque ne nous aide pas ! Comme il est capital d'enseigner cette Béatitude à la jeunesse, en commençant par la vivre nous-mêmes !
7) « Heureux les artisans de paix (ειρηνοποιοι : les pacifiques, les pacifiants), car ils seront appelés fils de Dieu » : ceux qui font la paix car ils sont en paix avec Dieu et avec eux-mêmes.
8) « Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux » : la plus dure ! Combien est actuelle dans l'Eglise cette invitation au témoignage, jusqu'au martyre s'il le faut...

Les Béatitudes sont renversantes ! Elles nous ramènent au cœur de la beauté et de la difficulté de notre foi. « Demandons à Notre-Seigneur de nous faire croire à l'efficacité de notre foi. De temps à autre nous la sentons, mais qu'il nous donne la foi en la puissance de la foi [...]. Nous serons ainsi affermis dans la conviction que notre foi est puissante, qu'elle est efficace, qu'elle atteint Dieu, qu'elle établit la communication avec lui, que par elle nous arrive la nourriture de Dieu, le pain de Dieu. (Bx Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus, homélie du 22 juillet 1962).

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 22 janvier 2017

3ème Dimanche du Temps Ordinaire / A

Is 8,23-9,3 / 1Co 1,10-13.17 / Mt 4,12-23

« Parole de réconciliation : ''l'amour du Christ nous presse '' (2Co 5,14-20) : tel est le thème de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, qui a débuté ce mercredi. Pour mieux l'entendre, penchons-nous sur les textes de ce dimanche.
« Pour que s'accomplît l'oracle d'Isaïe le prophète » : le moindre détail de la vie de Jésus est relié, par saint Matthieu, à une prophétie dont il devient l'accomplissement. Pourquoi ce souci presque obsessionnel (43 citations explicites de l'Ancien Testament) ? Pour montrer que Jésus est, contrairement aux apparences, le Messie tant attendu : chrétiens, nous sommes donc confrontés, comme saint Matthieu, à la non-évidence de notre foi, de Celui qui, nous le croyons, accomplit en Lui-même et les Ecritures et l'histoire humaine et le sens ultime de notre existence personnelle. Aujourd'hui, qu'est-ce qui peut faire obstacle à l'Evangile, au point d'empêcher le monde d'y croire ?
Le mal dans le monde : « N'est-ce pas la nuit pour le pays qui est dans la détresse ? », demande le prophète Isaïe. Nuit de la guerre en Syrie, en Irak, en Afghanistan, nuit de la haine en Terre sainte, nuit de la dictature en Corée du Nord ou en Erythrée, nuit de l'errance pour tant de migrants rejetés ou exploités de toutes parts, nuit du désespoir silencieux d'un Occident repus et de plus en plus inégalitaire : nombreuses sont les nuits dans lesquelles l'humanité se débat depuis toujours et qui lui font parfois se demander si Dieu existe vraiment. L'énigme du mal n'est pas levée magiquement par la foi : le croyant doit accepter d'y être confronté toute sa vie, et d'être pris à partie sur ce sujet... Notre foi ne fait pas de nous des ''experts'', comme ceux qui pullulent dans les médias, mais des intercesseurs qui sont souvent, comme Marie, au pied de la croix, sans comprendre mais sans déserter. Au mal, le chrétien de peut répondre que par un surcroît de charité et d'espérance.
La nécessité de se convertir : « Jésus Se mit à prêcher et à dire : ''Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche'' ». Comme nous préférerions, parfois, une religion à lunettes roses qui esquive la thématique du péché ! Une religion des énergies positives, de l'accomplissement personnel, où le salut ne serait affaire que de coaching et de réalisation du bien-être ! Mais voilà, l'Evangile résiste : les premières paroles de prédication de Jésus dans saint Matthieu sont un appel à la conversion radicale : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche ! » A la fin de Son parcours terrestre, le Christ prendra une coupe de vin en disant : « ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui va être répandu [...] en rémission des péchés » : Il ne nous facilite pas la tâche... Comment accueillons-nous ce rappel de notre péché et cet appel à la conversion ? Qu'acceptons-nous de changer dans notre comportement ou nos priorités en entendant le Christ et Son Eglise ? Sommes-nous convaincus que nous avons besoin d'un Sauveur, et que le monde en a besoin autant que nous ? Un chrétien qui refuserait de se laisser changer par l'Evangile serait un bien piètre témoin...
Nos divisions : « Qu'il n'y ait point parmi vous de divisions ; soyez étroitement unis dans le même esprit et dans la même pensée ». Ce message est toujours d'actualité, dans les familles, les paroisses, les nations : livrés à nous-mêmes, nous subissons les forces de dispersion à l'œuvre en ce monde, quand ne pactisons pas avec elles... En cette semaine de prière pour l'unité des chrétiens, cet appel de saint Paul doit résonner encore plus fort : ne sommes-nous pas résignés face à ce scandale de la division, non de l'Eglise, qui est une, mais des chrétiens ? N'avons-nous pas intégré cette séparation séculaire comme un fait inévitable, normal, voire définitif ? Mais ce n'est pas la volonté du Christ : Il veut que nous soyons un, Il prie instamment Son Père pour que nous le soyons et le demeurions, par le lien de l'Esprit de vérité et de charité. Prions donc avec ferveur pour l'unité, non celle des compromis ou du plus petit commun dénominateur, mais celle qui se fera dans la totalité de la foi, dans une exigence d'amour et de vérité.
Qu'est-ce qui peut empêcher le monde de croire à l'Evangile ? Des chrétiens tièdes ou consommateurs, résignés devant l'injustice et empêtrés dans leurs divisions ; des chrétiens sans Eglise, sans communauté, sans enracinement ni engagement ; des chrétiens que la messe ne transforme pas, qui s'éloignent du pardon, qui renoncent sans le dire au but de leur baptême : la sainteté. Mais « l'amour du Christ nous presse » : laissons-nous faire, laissons-Le faire en nous.

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 15 janvier 2017

2ème Dimanche du Temps Ordinaire / A / 15-1-2017

Is 49, 3.5-6 / Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd / 1 Co 1, 1-3 / Jn 1, 29-34

Nous ne fêtons pas aujourd'hui le Baptême du Seigneur, mais comme les textes y font largement allusion, je parlerai quand même du baptême.
La nature du baptême : il y a beaucoup à dire, mais je m'en tiendrai à trois pistes données par l'Evangile du jour.
Le baptême est pardon des péchés, par l'unique sacrifice du Christ : « Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». En offrant Sa vie sur la croix, Jésus fait de Sa personne, de Son être d'homme-Dieu, le pont par lequel toute l'humanité de tous les temps pourra passer pour rejoindre le Père et Son Royaume éternel. Cette alliance n'allait pas de soi, l'homme étant, depuis la chute, incapable de se débarrasser de la loi du péché. Par la grâce du baptême, nous sommes remis en amitié avec Dieu : « je crois en un seul baptême pour la rémission des péchés », dit le Credo. Le baptême pardonne les fautes de ceux qui le reçoivent, et rend possible, pour l'avenir, le pardon des péchés par le sacrement de la réconciliation.
Le baptême est don de l'Esprit Saint : « J'ai vu l'Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel, et demeurer sur Lui ». L'Esprit Saint, pour une fois, Se rendit presque visible pour manifester qu'Il reposait en permanence sur l'Oint du Seigneur, le Christ, et qu'Il ferait désormais Sa demeure particulière de toute personne baptisée. A travers les prêtres, c'est réellement Jésus qui baptise et donne Son Esprit de sainteté et d'amour : « c'est Lui qui baptise dans l'Esprit Saint ».
Le baptême est adhésion et identification au Christ : « je témoigne que Celui-ci est l'Élu de Dieu ». Tout baptisé peut, et doit en témoigner, au risque de sa vie s'il le faut : on ne compte plus les martyrs qui ont tout donné pour ne pas renier la grâce de leur baptême. Notre baptême nous engage à la suite de Celui qui est mort et ressuscité pour que tous aient la vie ; bien plus, il fait de nous d'autres « élus de Dieu », d'autres christs. L'onction baptismale, renouvelée lors de la confirmation, manifeste l'investiture du baptisé, fils de Dieu, temple de l'Esprit Saint, consacré par le Père et envoyé par Lui au monde.
Les fruits du baptême : ils sont nombreux ― ils devraient ! Limitons-nous à ce qu'en disent la 1ère et la 2ème lectures.
Service, unité, alliance : « YHWH a parlé, Lui qui m'a modelé dès le sein de ma mère pour être Son serviteur, pour ramener vers Lui Jacob, et qu'Israël Lui soit réuni ». Quand Dieu intervient dans la vie de l'homme, Il crée une cohérence, une simplicité, une unité qui n'est due qu'à Lui mais qui demande à être reçue ; combien plus par Ses sacrements ! Réellement Dieu y fait alliance avec l'homme pour le « réunir » à Lui : cette alliance va peu à peu pénétrer tous les aspects de la vie du croyant, faisant briller en lui un reflet ― mais oui ! ― de la sainteté de Dieu. Laquelle sainteté n'est pas source d'orgueil mais esprit de service, à l'image de Jésus Christ dont le prophète Isaïe dresse ici, par avance, le portrait de Serviteur.
Universalité, mission : « Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre ». Le cierge de baptême remis au nouveau baptisé ou à son parrain indique que le Christ sera désormais sa lumière, lui permettant d'avancer au milieu des ombres et pénombres de la vie d'ici-bas, jusqu'à la vie éternelle où les ténèbres du péché et de la mort seront définitivement dissipées. La liturgie du baptême va plus loin : elle montre que cette lumière est communiquée au croyant pour qu'il devienne lui-même lumière pour tous les autres, à l'instar de la lumière qui ne choisit pas qui elle veut éclairer mais offre à tous la possibilité de voir. Le baptême est envoi en mission et ouverture du cœur aux aspirations et aux souffrances de toute l'humanité.
Sainteté : « Ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le Nom de Jésus Christ ». Le baptême est un sacrement, et même le premier des sacrements, celui qui rend possibles tous les autres : il est donc communication réelle de la sainteté de Dieu. Baptisés pour être saints ! Telle est notre vocation, telle est notre espérance, tel doit être le but vers lequel tendront tous nos efforts, nos choix et nos engagements !
Le baptême : quel programme, quelle promesse, quel défi pour chacun de nous. Puissions-nous, en cette reprise du temps ordinaire, vivre pleinement ce beau sacrement.

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 8 janvier 2017

L'Épiphanie du Seigneur / A / 8-1-2017

Is 60, 1-6 / Ep 3, 2-3a.5-6 / Mt 2, 1-12

Nous voici revenus dans le Temps ordinaire, temps de l'Eglise, temps de la fidélité quotidienne aux appels que Dieu nous adresse pour nous aider à grandir humainement et spirituellement. Sur cette route, une étape importante : la semaine de prière pour l'unité des chrétiens. Cette semaine ne nous est pas donnée pour évacuer, tout le reste de l'année, le souci de l'unité des chrétiens dans l'unique Eglise du Christ ! Au contraire, elle doit réveiller en nous le désir de l'unité, et susciter notre engagement renouvelé à être, dans la mesure de nos moyens, des artisans d'unité autour de nous. Pour nous aider sur ce chemin, voici quelques lignes extraites de l'Encyclique Ut unum sint du pape saint Jean-Paul II (1995). Nous trouverons aussi, dans la feuille ''Ensemble'', la prière du Père Couturier, à méditer toute cette semaine.

« L'appel à l'unité des chrétiens, que le deuxième Concile œcuménique du Vatican a proposé à nouveau avec une détermination si passionnée, résonne avec toujours plus d'intensité dans le cœur des croyants. [...] Ceux qui croient au Christ, unis sur la voie tracée par les martyrs, ne peuvent pas rester divisés. S'ils veulent combattre vraiment et efficacement la tendance du monde à rendre vain le mystère de la Rédemption, ils doivent professer ensemble la vérité de la Croix. [...]

L'unité de toute l'humanité déchirée est voulue par Dieu. C'est pourquoi il a envoyé son Fils, afin que, mourant et ressuscitant pour nous, il nous donne son Esprit d'amour. A la veille du sacrifice de la Croix, Jésus lui-même demande au Père pour ses disciples, et pour tous ceux qui croiront en lui, qu'ils soient un, une communion vivante. [...] Comment serait-il possible de rester divisés, si, par le Baptême, nous avons été "plongés" dans la mort du Seigneur, c'est-à-dire dans l'acte même par lequel Dieu, en son Fils, a détruit les barrières de la division ? La division contredit ouvertement la volonté du Christ, et est un sujet de scandale pour le monde. [...]

L'unité donnée par l'Esprit Saint ne consiste pas seulement dans le rassemblement de personnes qui s'ajoutent l'une à l'autre. C'est une unité constituée par les liens de la profession de foi, des sacrements et de la communion hiérarchique. Les fidèles sont un parce que, dans l'Esprit, ils sont dans la communion du Fils et, en lui, dans sa communion avec le Père [...]. Les paroles du Christ ''que tous soient un'' sont donc la prière adressée au Père pour que son dessein s'accomplisse pleinement [...]. Croire au Christ signifie vouloir l'unité ; vouloir l'unité signifie vouloir l'Eglise ; vouloir l'Eglise signifie vouloir la communion de grâce qui correspond au dessein du Père de toute éternité. Tel est le sens de la prière du Christ : "Ut unum sint". »

Homélie du P. Yves Yao du 1er Janvier 2017

Sainte Marie, Mère de Dieu

Nb 6, 22-27
Ps 66 (67) Ga 4, 4-7 - Lc 2, 16 -21

Chers frères et soeurs bien-aimés !

C'est ma toute première eucharistie que je célèbre avec vous en cette année 2017. Permettrez-moi de vous adresser mes voeux les meilleurs en cette nouvelle année que la bonté de Dieu nous offre.

C'est à chacun de nous de travailler à l'avènement de tous ces voeux que nous nous adressons chaque année. Avec Saint Jean de la Croix, patron de l'ensemble de la Paroisse, je souhaite pour vous : J = Joie ; E = Espérance ; A = Amour ; N= Notoriété.

 

Nous célébrons aujourd'hui la fête de Marie, Mère de Dieu. Il ne s'agit pas une idée abstraite, mais d'un mystère et d'un fait historique : Jésus-Christ, personne divine, est né de la Vierge Marie qui est sa vraie Mère. 1) Marie, Bénie par le Fruit de son sein Il y a huit jours, nous avons célébré la naissance, de Jésus. Aujourd'hui, une semaine après, la liturgie nous invite à célébrer la Vierge Marie en tant que Mère de Dieu. Il s'agit de méditer aujourd'hui sur le Verbe fait homme, qui est né de la Vierge. Il est le « fruit béni des entrailles » de cette Vierge. Marie trouva en ce « fruit » tout ce qu'Ève avait désiré en mangeant le fruit mais qu'elle ne trouva pas. En fait, dans son fruit, Ève désirait trois choses que le diable lui avait faussement promises c'est-à-dire :  devenir comme Dieu et être conscient du bien et du mal,  d'avoir le plaisir parce que ce fruit était « bon à manger »  d'avoir la beauté parce que ce fruit était si beau à voir.

1. En mangeant le fruit défendu, Ève a enfreint l'image et la ressemblance à Dieu. Dans le fruit béni de son sein, Marie, et avec elle tous les chrétiens, a trouvé ce que Ève cherchait : l'union à Dieu à travers le Christ et la ressemblance avec Lui.

2. Ève cherchait le plaisir et la joie, mais elle a trouvé la douleur et la nudité. Dans le fruit du sein de la Vierge nous trouvons grâce et salut : celui qui mangera ce fruit aura la vie éternelle.

3. Ève cherchait la beauté qui passe et prit un fruit de la mort. Marie, quant à elle, a donné à l'humanité le fruit le plus beau que les anges contempleront : il est le plus beau parmi les fils des hommes (cf. Ps 44,3.) parce qu'il est la splendeur de la gloire du Père (Hb 1,3) 2) Marie, Mère de Dieu Même si les lectures bibliques de la Messe d'aujourd'hui mettent l'accent sur le « Fils de Marie » et sur le « Nom du Seigneur » au lieu de Marie, la solennité d'aujourd'hui est dédiée à la Vierge Mère de Dieu, pour souligner que le Verbe « en dehors temps » est entré dans le temps par l'intermédiaire de Marie. L'apôtre Paul le rappelle en affirmant que Jésus est « né d'une femme » (cf. Gal 4,4). Le titre « Mère de Dieu » souligne la mission unique de la Vierge sainte dans l'histoire du salut. En effet, Marie n'a pas reçu le don de Dieu uniquement pour elle-même, mais pour le donner au monde. Dans sa virginité féconde, Dieu a donné aux hommes les biens du salut éternel. Cette Mère enveloppe le Fils avec des langes. Et cet Enfant, « ce nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (cf. Lc 2, 12) est le signe donné par les anges aux bergers pour reconnaître le Roi des Rois. Partis rapidement, les bergers arrivèrent à la grotte de Bethléem et trouvèrent l'enfant emmailloté non seulement par des langes blancs mais ils trouvèrent Marie et Joseph, les personnes blanches de pureté qui, d'amour pur, emmaillotaient et réchauffaient le Nouveau-Né. Ce nouveau-né est entre les bras d'une jeune femme pure, gardée par un homme pur : Joseph.

1. Avec les yeux de Saint Joseph regardons Marie, la Vierge Mère, qui est la première à croire, et la première à voir le miracle né dans et de sa chair : son corps est la seconde nature -la nature humaine- du Christ et son ventre est le premier trône du Roi des rois, puis viendra la mangeoire, puis la croix.

2. Avec les yeux de Marie, contemplons le Fils de Dieu né homme pour l'homme et confié aux soins de sa mère. Elle vit avec les yeux posés sur le Christ et fait trésor de chacun de ses gestes. A l'école du regard de Marie, surpris par la joie, nous pouvons cueillir par le coeur ce que nos yeux et notre esprit seuls ne parviennent ni à percevoir, ni à contenir.

3. Avec les yeux des bergers, surpris par la joie, nous regardons le fait que la paix pour tous est née et gardée par la tendresse de la Mère de Dieu : Marie a donné au monde le Prince de la Paix, Jésus le Rédempteur de l'humanité. Notre paix, le Christ, est entre les bras d'une mère : Marie, une de nous. La Paix, Jésus, né d'une femme, est le don de Noël par excellence mis dans nos bras. Lui est le visage de la Paix qui rayonne par nos visages, mendiants la paix. Mendions cette paix de la Vierge Marie et nous l'aurons, comme l'eurent les pasteurs qui « allèrent, sans tarder, et trouvèrent Marie et Joseph et l'enfant, couché dans la crèche » (Lc 2, 16). Demandons à Marie, Mère de Dieu, de nous aider à accueillir son Enfant et, en Lui, la vraie paix. Comme les bergers, essayons d'être mendiants du Ciel, affamés d'amour, assoiffés de paix, rendons-nous à Bethléem et mettons-nous à genoux devant la crèche, qui montre Dieu qui devient Enfant de paix et une Mère, qui nous l'offre. Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse !

Père YAO Kouassi Yves (Prêtre fidei donum)
Paroisse Saint Jean de la Croix et Saint Paul de la Romanche

(Homélie inspirée des enseignements de Mgr FOLLO - Observateur du Saint Siège à l'ONU)

Homélie du P. Yves Yao du 8 janvier 2017

L'Épiphanie du Seigneur / A / 8-1-2017

Is 60, 1-6 / Ep 3, 2-3a.5-6 / Mt 2, 1-12

Chers frères et soeurs ! 

Avant des brins de mots, permettez-moi de vous adresser tous mes voeux de belle, bonne et heureuse année 2017. Que tous vos projets trouvent leurs réalisations et leurs concrétisations et que l'Amour demeure dans le coeur. Nous célébrons l'« Epiphanie », c'est à dire la manifestation de Jésus-Christ à tous les gens, représentés par les Rois Mages, qui se prosternèrent devant le Roi Enfant et l'adorèrent. 1. Epiphanie aux Mages : offrandes de nos personnes et de nos vies Rendons nous toute de suite à Bethléem (en Judée) et contemplons ensemble la manifestation de Jésus aux trois sages venus de très loin, pour adorer Dieu en le reconnaissant dans un pauvre enfant. Oui guidés par l'espérance, ces hommes mystérieux, ces rois mages venus de l'Orient effectuent un long voyage afin de rendre hommage au Sauveur nouveau-né. Grâce à leurs yeux du coeur qui brûlent du désir de lumière, les rois mages vont au-delà de ce que les yeux de leurs corps voient (au-delà de cette étoile). Grâce au coeur dilaté par la rencontre avec le Roi des Rois, ils s'agenouillent dans une étable et font des cadeaux importants (l'or, l'encens et la Myrrhe) ; des cadeaux royaux. Ce « pauvre » enfant est Roi et les trois Rois Mages Lui rendent l'hommage digne d'un Roi : ils s'agenouillent devant celui qui soumet la Science des Paroles et des chiffres à la nouvelle science : celle de l'Amour : leur Science s'humilie devant l'Amour et l'Innocence.

Agenouillés, dans leurs luxueux manteaux royaux, sur la paille éparpillée et donc sur le sol de l'étable eux, les puissants, savants, s'offrent eux-mêmes comme gage de l'obéissance du monde. Et bien mes frères et soeurs bien aimés, faisons de même ; en célébrant la fête de l'Epiphanie, dans la liturgie de ce jour et donc, dans la vie, comme un engagement, donnons quelque chose de précieux à Dieu, mais bien plus : donnons-nous au Verbe de Dieu pour qu'il nous prenne et pour qu'il prenne toutes choses à travers nous. Donnons-nous à lui. C'est la fête des Mages certes, mais nous aussi, nous devons lui porter nos cadeaux. Tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons. 2. Epiphanie : Appel Universel La manifestation que Jésus fait de lui-même aux Mages, aux païens venus de loin, devient la naissance de l'Eglise qui est l'appel « universel » au salut. Désormais, personne ne doit être loin du coeur de Dieu et, donc, de son Règne et de son Amour. Aujourd'hui, nous devrions écouter les paroles d'Isaïe prophète, qui s'adresse directement à nous : « Debout, Jérusalem, Resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi. Regarde : Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples ; Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparait. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore» (Is 60,1-6). Les Mages, prémices des païens, sont introduits auprès du grand Roi qu'ils cherchaient, et nous tous, aujourd'hui, le suivons. Comme l'Enfant leur a souri, Il nous sourit aujourd'hui et de cette façon, toutes les fatigues du long voyage qui portent vers Dieu sont oubliées : l'Emmanuel reste avec nous et nous avec lui. Bethléem qui nous a reçu, nous protège pour toujours, parce qu'à Bethléem nous recevons en don l'Enfant, et Marie sa Mère. Conclusion Lorsque nous allons à la messe, lorsque nous venons à l'eucharistie, lorsque nous nous rapprochons de l'autel, vers lequel l'étoile de la foi nous conduit, prions pour que cette Mère incomparable nous présente son Fils qui est notre lumière, notre amour, notre pain de vie. 
Offrons au nouveau-né notre or, notre encens et notre myrrhe. En effet, Il apprécie ces dons de bonté, signe du don de nous-mêmes. Après la Messe, nous sortirons de l'Eglise comme les Mages laissèrent la grotte. 
Comme eux, nous laisserons nos coeurs sous la souveraineté de l'Amour de l'Enfant Roi Divin et nous aussi, nous rentrerons chez nous par un autre chemin, tout neuf, le chemin de l'Amour.

Frères et soeurs, mes très chers amis, suivons les Mages. Allons-y! Faisons un long voyage. Les Rois Mages sont-ils repartis les mains vides ? Pas du tout. Ils avaient trouvé la perle précieuse : le Christ. Faisons de même ! Que l'enfant Dieu nous conduise vers son Père qui est notre Père, lui le Dieu vivant pour les siècles sans fin Amen !

Père YAO Kouassi Yves (Prêtre fidei donum)
Paroisse Saint Jean de la Croix et Saint Paul de la Romanche

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot pour Noël 2016

Fête de la Nativité / A / 25-12-2016

Is 52,7-10 / He 1,1-6 / Jn 1,1-18

Il y a des danses à quatre temps ; je vous propose un Noël en quatre temps, en s'appuyant sur la lecture la plus difficile, la Lettre aux Hébreux.

1er temps : « Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes » : Noël a été préparé. Dieu est un bon pédagogue ! Il n'a pas laissé l'humanité s'enfoncer dans la nuit, mais ne l'a pas non plus éblouie en donnant sans avertissement toute la lumière ! Progressivement, Il a murmuré au cœur de l'homme une espérance incroyable, envoyant des prophètes qui, de très loin, ont entrevu une venue, ou plutôt un avènement, un salut, ou plutôt un Sauveur. Dieu a pris le temps de préparer : et nous, avons-nous pris ce temps ? L'Avent était fait pour cela : chaque année, quatre semaines nous sont données pour faire grandir une dimension fondamentale de notre foi chrétienne, l'intériorité, l'attente, l'espérance. Certains ont aussi pris le temps de recevoir le sacrement du pardon en allant voir un prêtre : pourquoi pas nous ?

2ème temps : « Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils » : Noël est un accomplissement, et marque une étape définitive dans les relations entre Dieu et l'humanité. Marie et Joseph, les bergers et les mages, véritablement, « ont vu de leurs propres yeux YHWH qui revient à Sion » (Is) : cette venue est unique dans l'histoire, et notre société, qu'elle le veuille ou non, en est irréversiblement marquée. « Et le Verbe S'est fait chair et Il a habité parmi nous, et nous avons contemplé Sa gloire » : quel émerveillement dans cette phrase du disciple qui, des années plus tard, prend toujours mieux conscience du caractère décisif, dans sa vie, de sa rencontre avec le Christ ! Avons-nous assez conscience que Dieu parle, que Dieu nous parle dans les sacrements, dans notre prière, dans notre vie quotidienne ? Prenons-nous assez au sérieux Sa Parole ?

3ème temps : « qu'Il a établi héritier de toutes choses » : Noël nous tourne vers l'achèvement de l'histoire, car tout tend vers le Christ. Le Fils est héritier, c'est-à-dire appelé à tout réunir autour de Lui et même en Lui. Cette vie de famille dont nos crèches sont comme le modèle et le résumé, n'est-ce pas la meilleure image de cette vie éternelle que Dieu veut partager avec nous, avec toute l'humanité, pour l'éternité ? Noël nous redit la force de l'amour de Dieu pour nous, qui n'a de cesse de nous guider, de nous faire grandir, de nous consoler, de nous relever, pour nous rassembler, au final, auprès de Lui pour toujours. A Noël le projet de Dieu se rend visible à tous ceux qui ont le cœur assez simple et le regard assez pur pour se laisser toucher par la bonté infinie d'un Dieu désarmé et confiant, Dieu de vie et non de mort, Dieu de paix et non de guerre (et surtout pas guerre de religion!), Dieu de pardon et non de vengeance, Dieu de justice attentif aux plus faibles, aux plus petits, aux plus méprisés. Ne laissons pas la folie des hommes abîmer Dieu ! Ne laissons pas la violence de quelques énergumènes désespérer nos sociétés ballottées entre peur et indifférence ! Ne laissons pas les forces de division éparpiller peuples et sociétés loin de leur centre d'unité, Jésus Christ, le Sauveur de tous !

4ème temps : « par qui aussi Il a fait les siècles » : Noël est une naissance, et renvoie à la Création, car tout vient du Christ. La Nativité du Seigneur Jésus est comme une nouvelle création : en Lui, tout est neuf, en Lui tout se ressource en Dieu le Père, en Lui tout prend vie, vérité et force. « Tout fut par Lui, et sans Lui rien ne fut. Ce qui fut en Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jn) : ne laissons donc pas Noël vieillir dans nos cœurs, sinon il ne nous restera plus que la fête commerciale de la surconsommation et des chansons de Noël expurgées ! A nous, croyants, Noël est donné, pour que nous le donnions au monde, qui sans cela passera à côté de l'essentiel : « Il est venu chez Lui, et les Siens ne L'ont pas accueilli » (Jn). Donner Noël aux autres, en le vivant d'abord de manière renouvelée, non comme une routine, mais comme un départ toujours possible avec Dieu et, grâce à Lui, avec les autres : famille, amis, voisins, collègues de travail, et tous ceux qu'il nous sera donné de rencontrer.

« Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu » (Jn) : ne nous habituons jamais à ces paroles, à ce mystère. « Mystère de Noël ! [...] Dieu vient nous dire en Jésus, enfant tout petit, faible, fragile, pauvre, impuissant, que l'homme est aimé plus que tout, qu'il est en route vers la vie. » (Dom Dominique-Marie)

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 18 décembre 2016

4ème Dimanche d'Avent / A / 18-12-2016

Is 7,10-14 / Rm 1,1-7 / Mt 1,18-24

Qui a peur de la crèche ? La question n'est pas si sotte que cela, si j'en crois une certaine actualité... Elle se pose dans des termes aussi saugrenus en France qu'en Angleterre, dit le journal, avec des exemples sidérants de bêtise à l'appui ! Comme le disait cette semaine le Pape François, « sans nous en rendre compte, nous nous sommes habitués à vivre dans la ''société de la méfiance'' », une société qui installe « une culture de la désillusion, du désenchantement et de la frustration ». Les textes de ce jour nous invitent à aller plus loin.

Joseph ou Achaz ?

Peut-être avez-vous oublié le roi Achaz : vous êtes pardonnables, car il ne reste pas grand-chose des deux ou trois septennats de ce plat personnage. En tout cas Achaz est présenté dans la Bible comme un des plus idolâtres, violents et injustes rois de la dynastie de David ; bien logiquement, Achaz se méfie de Dieu : « Demande un signe à YHWH ton Dieu ― Je ne demanderai rien ». Car demander une faveur à YHWH, même en péril de mort, serait Le reconnaître comme son Dieu, et donc Lui rendre des comptes... Il se méfie, il ne demandera rien, il n'aura rien ? Eh bien non, Dieu n'est pas comme cela : Il lui donnera malgré tout un signe. Pas facile de décourager Dieu ! A l'opposé, regardons saint Joseph. Il aurait le droit de se décourager, car sa promise attend un enfant d'un autre que lui (« avant qu'ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint »). Mais Joseph est un homme juste : « il résolut de la répudier sans bruit. ». Autrement dit : il s'efface devant ce qu'il ne comprend pas... Joseph va-t-il repartir les mains vides ? Non, Dieu veille et lui fait signe par Son ange, et l'invite à collaborer au mystère de grâce qui se joue sous ses yeux : Joseph ne s'installe pas dans le refus ou la méfiance, « il fit comme l'Ange du Seigneur lui avait prescrit ».

Le signe de la Vierge

Isaïe répond, de la part de Dieu, à ce roi qui ne veut pas se décider, prendre l'initiative, risquer un acte de foi : « Le Seigneur Lui-même vous donnera un signe : voici, la vierge (ἡ παρθένος) est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel ». Vous le savez, la future mère est désignée par le mot hébreu almāh, qui veut dire « la jeune fille : dans le contexte de l'époque, l'oracle semble désigner la jeune reine, et annoncer la naissance d'un fils du roi, le futur Ezéchias, destiné à sauver son peuple de la menace assyrienne ; mais le prophète paraît entrevoir un règne messianique définitif (ch. 9 et 11) » (Bible pastorale de Maredsous). Une naissance royale devient beaucoup plus que cela, et l'identité de la mère, finalement inconnue, laisse place à une autre personne, à d'autres merveilles. Si, en hébreu, « la mère est une almāh, [...] la LXX interprète (plutôt que traduit) par parthenos, ce qui était pour elle un moyen d'indiquer l'identité collective de l'enfant, parthenos se référant souvent dans la LXX au peuple d'Israël » (Bible pastorale de Maredsous). Autrement dit : deux siècles avant le Christ, les traducteurs juifs de la Bible ont choisi un mot qui signifie « vierge » pour manifester le fait que le Messie serait le fruit de la foi, de l'attente, de l'espérance indéfectible de Son peuple. Marie sera donc le résumé de l'espérance millénaire du peuple d'Israël, par son cœur déjà totalement ouvert à Dieu. « La Bible grecque a [donc] traduit : la vierge, et les Evangiles y ont lu l'annonce de la naissance virginale de Jésus, en Mt 1.18-25; Lc 1.27-37 » (Bible pastorale de Maredsous). Au signe de la Vierge répond le signe de l'Emmanuel ['Immānû'ēl], qui signifie Dieu-avec-nous.

La Bonne Nouvelle de Noël

Quelle est-elle, au fond ? Une naissance ? Il y en a tant... Miraculeuse ? La Bible en recense plusieurs... La venue du Roi-Messie ? Plus encore, tant cet événement est surprenant, mystère, c'est-à-dire révélation par Dieu Lui-même de la profondeur de Son amour, de Sa fidélité, de Son alliance. La Bonne Nouvelle de Noël, à laquelle l'Avent a voulu nous préparer, n'est-elle pas que nous sommes rendus témoins et acteurs de cette naissance permanente du Christ au cœur des hommes ? « L'Evangile de Dieu, que d'avance Il avait promis par Ses prophètes [...], concernant Son Fils, issu de la lignée de David selon la chair », comme saint Paul, comme les missionnaires et les saints de toute époque, « nous avons reçu grâce et apostolat pour [le] prêcher » : Noël a besoin de chaque croyant pour prendre sa vraie dimension dans le cœur de tous ! Alors pourra advenir, selon les termes du Pape, une société de la confiance.

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 11 décembre 2016

3ème Dimanche d'Avent / A / 11-12-2016

Is 35,1-6a.10 / Jc 5,7-10 / Mt 11,2-11

« Dirige notre joie vers la joie d'un si grand mystère, pour que nous fêtions notre salut avec un cœur vraiment nouveau », ai-je demandé (en votre nom) dans la prière d'ouverture : comment le comprendre ?

Jean-Baptiste « est celui dont il est écrit : ''Voici que moi j'envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route devant toi'' ». Une parole a été prononcée sur lui : elle le précède, comme lui-même précède le Messie ; elle donne sens à sa vie comme un appel, un but, une vocation. Dieu aime appeler ainsi l'homme sans qu'il l'ait mérité, mais en lui donnant l'opportunité, à chaque pas, de dire et redire ''oui'' à ce qui est et devient de plus en plus le sens profond de son existence, de sa personnalité, de tout son être. Jean-Baptiste, figure principale de l'Avent après la sainte Vierge Marie, est tout entier sous le signe de la vocation : l'Evangile nous révèle, à travers lui, que tout être humain est voulu par Dieu, appelé à la sainteté, choisi comme l'un des innombrables maillons de la grande chaîne des témoins de Dieu sur terre. Et nous ? Admirerons-nous de loin ? Ou, comme Jean-Baptiste, irons-nous symboliquement au désert, qui, comme le disait récemment le Pape, est certes « un lieu où il est difficile de vivre », mais où l'« on peut marcher non seulement pour revenir chez soi, mais pour revenir à Dieu » (Pape François, 7 décembre 2016) ?

« Soyez patients, vous aussi ; affermissez vos cœurs, car l'Avènement du Seigneur est proche » : l'Avent est donc le temps de l'attente, qui nous rappelle la dimension de patience présente dans notre foi. Patience, c'est-à-dire espérance en Celui qui peut avoir l'air, parfois, de nous oublier, de laisser l'injustice triompher : que doivent penser les habitants d'Alep ou tous ceux qui sont en proie à la terreur de l'Etat islamique ? Et les victimes des tremblements de terre, si vite oubliées, qui auront vu leur vie s'effondrer avec leur maison et peut-être leur famille ? Et ceux qui n'arrivent pas à sortir du chômage ou de la précarité ? Et ceux qui sont englués dans des situations familiales inextricables ? Et pourtant Dieu nous parle de patience, non pour prêcher la résignation qui, dans certains cas, serait une complicité passive avec le péché, mais pour ranimer dans nos cœurs la petite flamme de l'espérance. A l'appui de cette exhortation, deux exemples : le laboureur et les prophètes. Le laboureur attend patiemment le temps de la moisson car il sait, d'expérience, que ce qui a été semé poussera à son rythme... Autrement dit, le croyant peut être patient s'il a fait l'expérience de l'action de Dieu, de Sa fidélité, de Sa présence. Les prophètes étaient patients car ils savaient annoncer de loin, parfois de très loin, la venue du Sauveur, sans espoir, à vue humaine, de le voir de leurs yeux : pour nous, ne s'agit-il pas de nous donner pour l'Evangile en acceptant de ne pas voir tous les fruits de notre action, voire aucun ?

« Dites aux cœurs défaillants : ''Soyez forts, ne craignez pas : voici votre Dieu'' ». Le thème de nos ''24h pour le Seigneur'' était précisément « n'ayez pas peur », cet appel de Jésus Christ à Ses disciples, relayé par le Pape saint Jean-Paul II. N'ayez pas peur de la mort : elle est passage vers la vie sans fin avec votre Sauveur ! N'ayez pas peur de vous donner : vous n'y perdrez réellement rien, sauf ce que, peut-être, vous auriez voulu garder pour vous. N'ayez pas peur de prier, d'adorer le Seigneur : le silence de la prière se fait parfois désert pour nous, mais c'est pour mieux entendre Sa présence si secrète. N'ayez pas peur de la sainteté : elle est votre but, votre horizon, ce pour quoi vous avez été créés et recréés par la grâce du baptême ! N'ayez pas peur de votre péché, car Dieu est plus fort que lui, et saura vous en guérir, vous en consoler...

« Dieu le Père console en suscitant des consolateurs à qui Il demande d'encourager le peuple à préparer le chemin du Seigneur, en s'ouvrant à Ses dons de salut. La consolation commence par la possibilité de marcher sur le chemin de Dieu, un chemin à préparer dans le désert pour pouvoir retourner chez soi, un chemin de salut et de libération » (Pape François, 7 décembre 2016). Puisse notre Avent être ce temps de consolation, où nous laisserons tout péché et toute peine derrière nous, pour nous ouvrir à Celui-qui-vient, Dieu-avec-nous, l'Emmanuel.

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 3 décembre 2016

2ème Dimanche d'Avent / A / 4-12-2016

Is 11,1-10 / Rm 15,4-9 / Mt 3,1-12

« L'Avent c'est toujours la même chose ! » Je vais vous raconter une histoire vraie : un jeune pasteur reçut des plaintes parce qu'il avait fait, trois semaines de suite, le même sermon. « Oui, c'est vrai, dit-il, j'ai fait le même sermon. Je passerai au suivant quand vous commencerez à mettre celui-ci en pratique ». Bon, il fallait oser ! Mais n'est-ce pas l'enjeu profond du cycle liturgique, qui se déroule, année après année, nous invitant, par la répétition même, à le mettre en pratique ? L'Avent, ces quatre semaines de préparation à Noël, nous rappelle que la vie chrétienne est chemin, que la foi chrétienne est préparation, que la naissance du Sauveur, pour bien se célébrer, doit être attendue et désirée. En ce 2ème dimanche de l'Avent, la parole de Dieu, par l'intermédiaire d'Isaïe, Jean-Baptiste et Paul, se fait insistante, réclamant notre conversion.

  • Que dit Isaïe ? « On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance de YHWH ». Notez le « car » : la victoire sur le mal est la conséquence de la foi en Dieu. Isaïe entrevoit le temps où l'homme, connaissant Dieu, Sa vérité et Son amour, perdra le goût pour les faux biens que sont l'appétit de domination, le prestige, l'entassement des richesses, et donc cessera d'user de violence pour s'en emparer. Peut-être certains hausseront les épaules en estimant que tout cela est chimérique, hors de portée de l'homme... Dieu ne le pense pas, en tout cas, puisqu'Il a chargé des prophètes d'annoncer cette possibilité, cet avenir. L'Avent doit remplir nos cœurs du désir de la paix, nos vies d'actes de paix, notre foi de confiance en Celui qui est notre Paix, Dieu-avec-nous, l'Emmanuel.

 

  • Que dit saint Jean-Baptiste ? « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche ! [...] Produisez donc un fruit digne du repentir ! [...] Tout arbre qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu ». Notez le « car » : la conversion est la conséquence d'un acte premier de Dieu, qui a choisi de S'approcher de nous, au point de Se faire l'un de nous, ce que nous célébrerons à Noël. Dieu fait le premier pas, toujours, mais Il attend une réponse, qui ne soit pas simplement verbale ! Jean-Baptiste annonce avec force le désir de Dieu : que l'homme se détourne de ce qui l'entrave, le divise, le salit. Tout arbre est fait pour produire des fruits, toute vie est faite pour être donnée, tout homme trouvera sa finalité en offrant ses talents aux autres : l'Avent nous redit que notre existence n'a de sens que comme vocation, réponse à un appel profond à se tourner vers Dieu et vers les autres. Dieu Se fait proche, mais comme notre cœur est loin ! Comme notre attention est faible, comme notre courage est intermittent, comme notre foi s'endort facilement ! Dieu est avec nous, mais comme il est facile de construire notre vie concrète sans Lui !

 

  • Que dit saint Paul ? « Que le Dieu de la constance et de la consolation vous accorde d'être bien d'accord entre vous, comme le veut le Christ Jésus [...]. Aussi soyez accueillants les uns pour les autres, comme le Christ le fut pour vous à la gloire de Dieu ». Notez le « comme » : notre lien mutuel est la conséquence de l'action de Jésus Christ pour nous, du don de Son pardon, de Son amour, de Sa présence. L'unité, l'harmonie, l'accueil de nos différences, de nos sensibilités, de nos tempéraments est un véritable enjeu pour notre Eglise, souvent défigurée par de petits conflits, de petites rivalités, des divisions qui laissent des traces en nous et autour de nous... Appelés à l'unité, nous ne la construirons pas à la force du poignet : il nous faut la recevoir de la main de Dieu. Et si notre Avent 2016 se plaçait sous le signe de l'unité, forgée dans la prière, réparée par le sacrement de la réconciliation, mise en œuvre au quotidien ?

Noël n'est pas un conte pour enfants où tout se passerait bien : Marie met son enfant au monde dans des conditions peu enviables, Hérode gronde au loin, prêt à tout pour sauver sa pitoyable couronne, et le monde à cette époque n'était pas plus juste et paisible qu'aujourd'hui. C'est le sens de notre Avent : non rêver d'un autrefois forcément meilleur qu'aujourd'hui ou de lendemains qui chantent, mais vivre le présent avec Dieu, sans jamais lâcher Sa main.

Père Jean-Philippe Goudot.

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 27 novembre 2016

1er Dimanche d'Avent / A / 27-11-2016

Is 2,1-5 / Rm 13,11-14 / Mt 24,37-44

Un déluge et un voleur : Jésus n'a pas peur de comparer Sa venue à ces événements désagréables ! Rien de tel pour commencer notre nouvelle année liturgique et notre Avent avec un cœur neuf ! Pour redonner sens à notre Avent, laissons le prophète Isaïe nous éclairer sur ce qu'est et sera l'avènement du Seigneur.

Restauration : « Il arrivera dans la suite des temps que la montagne de la maison de YHWH [...] s'élèvera au-dessus des collines ». Au cours de son histoire, bien des désastres se sont abattus sur Jérusalem ; bien des fois le peuple élu a été tenté de penser que tout était perdu, et que les promesses de Dieu n'auraient plus d'effet. Chaque fois Dieu envoie un prophète pour annoncer Sa fidélité éternelle : la venue de Dieu dans l'histoire, dans une vie, est toujours restauration. Ce qui fut vrai pour Israël l'est donc pour chaque homme, lorsqu'il laisse Dieu faire Son œuvre de restauration, de guérison, de pardon : alors redeviennent possibles l'amour dans la vérité et la paix dans la justice. Cette promesse, si l'on se veut ''réaliste'', semble devoir être reportée à la fin des temps : « Il sera l'arbitre de peuples nombreux. [...] On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on n'apprendra plus à faire la guerre ». Tel est l'horizon, certes, mais tel peut être aussi le chemin : voilà pourquoi notre Avent nous invite à être des veilleurs, qui laissent resplendir en eux la petite lumière du Christ (« La nuit est avancée, le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres »), voilà pourquoi nous vivrons un temps d'adoration et de pardon communautaire, lors des ''24h pour le Seigneur'', les 9 et 10/12 à Vaulnaveys.

Rassemblement : « Alors toutes les nations afflueront vers elle, [...] qui diront : ''Venez, montons à la montagne de YHWH, [...] qu'Il nous enseigne Ses voies'' ». Dieu rassemble, Il ne divise pas ! Il unit, et n'oppose pas les hommes les uns aux autres ! Il choisit, appelle, mais n'exclut personne, pas même ― surtout pas ― les pécheurs qui acceptent de tendre l'oreille à la voix de leur conscience. Chassons donc de notre vie sociale, politique, économique, paroissiale, tous les réflexes de clan, les préjugés, les commérages, tout ce qui contribue à l'action dissolvante du Diviseur ! Notre Avent nous appelle, au contraire, à une œuvre de rassemblement : figurez-vous qu'elle a déjà commencé, si nous acceptons de le voir : c'est l'Eglise, peuple nouveau né du côté ouvert du Christ sur la croix, manifesté au monde au jour de Pentecôte, destiné à dépasser toutes les frontières, à atteindre toutes les âmes, à rejoindre toutes les cultures, à transformer toutes les civilisations. Lorsque nous nous réunissons le dimanche, sommes-nous assez conscients que nous devons être le signe du grand rassemblement messianique de l'humanité voulu par Dieu et entrevu par les prophètes depuis si longtemps ?

Dimanche ensemble : pas ''dimanche-chacun-dans-son-coin'', éparpillé aux quatre coins de l'église, devant sa télé, enfermé dans son point de vue, sa sensibilité, ses humeurs... « Vous aussi, tenez-vous prêts, car c'est à l'heure que vous ne pensez pas que le Fils de l'Homme va venir » : l'Eucharistie dominicale est un temps de veille, où la Parole de Dieu nous rappelle parfois sans ménagements les exigences de l'amour, la cohérence de la foi, le long chemin de l'espérance ! Veillez sur vous-mêmes, pour que votre foi ne s'endorme pas, que votre charité concrète ne s'attiédisse pas, que votre lien à l'Eglise ne se relâche pas ! Veillez sur les autres, pour être attentifs à leurs joies, leurs peines, leurs croix, leurs questions, leurs talents, leurs appels ! Veillez dans ce monde parfois privé de lumière pour avancer vers la vérité dans l'amour, vers Dieu qui, pour être vraiment notre Dieu, doit avoir la première place ! La messe nous redit tout cela, nous apprend tout cela, nous donne tout cela : elle peut redevenir le temps de l'attente confiante et active qui rend vigilant sur l'essentiel et détaché par rapport à l'accessoire...

Alors le « déluge » et le « voleur » ne nous surprendront qu'en marche vers la lumière, qu'en train de nous donner au quotidien, en relation vitale et vivante avec Celui qui est et qui vient, Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Rien à craindre, donc, mais tout à attendre.

 

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du 20 novembre 2016

Christ-Roi / C / 20-11-2016 2S 5,1-3 / Col 1,12-20 / Lc 23,35-43

Comptons sur nos doigts : 4 fois dans la 1ère lecture, une fois dans la 2ème, 3 fois dans l'Evangile, ont retenti les mots « roi » et « royauté (règne) ». En cette fête du Christ Roi de l'univers qui conclut l'Année sainte de la miséricorde, regardons le Fils de Dieu, ce roi qui n'est pas venu « Se sauver Lui-même » mais choisit, Lui « le Messie, l'Elu », d'ouvrir le Paradis au malfaiteur repenti. Il est vraiment roi, mais d'une manière étonnante !

Roi de la Création : « Il est l'Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature, car c'est en Lui qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre ». Le Christ est au-dessus de tout ce qui est créé, comme l'artisan au-dessus de sa réalisation. La Création est une œuvre permanente de Dieu le Père, à laquelle collabore intimement le Christ, dans l'unité de l'Esprit Saint : elle se déploie, au travers des siècles, comme le fruit d'un amour qui existe en se donnant, en créant, en suscitant l'être à la place du néant. De cette œuvre merveilleuse, l'homme et la femme sont comme les jardiniers, les gardiens, les intendants : à travers l'image apparemment naïve de la Genèse, se dessine la royauté du Christ sur la Création. Lui seul en est le maître : l'être humain ne possède rien, au sens strict, et les efforts, les réflexions et les conférences actuelles sur le climat sont un bon exemple de la prise de conscience progressive de cet état de fait non seulement démographique ou climatique, mais pour nous, chrétiens, théologique. Combien de fois dans notre vie nous comportons-nous en propriétaires absolus ou en locataires négligents et sans-gêne ?

Roi par la croix : Il est le « Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés [...], par le sang de Sa croix ». Le Christ est à l'œuvre dans la Création, pour la ramener dans l'alliance par l'effusion de Son sang, c'est-à-dire l'offrande totale de tout Son être. Autrement dit : le monde a un besoin vital d'être sauvé, il ne se suffit pas, ne se sauve pas tout seul ! Sur la croix mieux que partout ailleurs, Christ est roi, souverainement libre, uni à Son Père, attaché indissolublement à l'humanité souffrante et pécheresse ; du haut de la croix nous sont donnés le pardon, la victoire sur le mal par un amour supérieur. Oui, notre foi ne nous conduit pas seulement à contempler la création ou à prendre soin d'elle, elle nous plonge au cœur de nos contradictions et de nos impasses : là aussi, Christ peut être notre roi, en prenant dans Sa main notre main si faible et si paralysée, comme celle du bon larron. Combien de fois nous comportons-nous comme si c'était trop tard, pour nous-mêmes ou pour les autres ?

Roi de l'Eglise : « Il est aussi la Tête du Corps, c'est-à-dire de l'Eglise ». Le Christ n'est pas roi seul, mais élargit Son être sauveur, pourrait-on dire, à tous ceux qui, par la foi, sont devenus membres de Sa famille ― plus encore, de Son Corps ― qui est l'Eglise. Le sacrement du baptême, qui nous fait membres de l'Eglise, n'est rien de moins que la communication effective et progressive de la sainteté, de la royauté, de la divinité du Christ. Christ est roi de l'Eglise, ce qui revient à dire que Lui seul la dirige et la maintient dans l'unité et la sainteté, par le don de Son Esprit depuis le jour de Pentecôte. Christ est roi de l'Eglise, ce qui fait que celle-ci n'est pas propriétaire des sacrements ni de la Bible, au grand dam de ceux qui voudraient tout passer au laminoir des sondages d'opinions et du ''politiquement correct''. Christ est roi de l'Eglise, chef d'un peuple nouveau qui ne se rassemble jamais que par Lui et en réponse à Son appel. Combien de fois nous comportons-nous comme si l'Eglise n'était qu'une vieille structure qu'''on'' pourrait révolutionner à sa guise, ou dont ''on'' pourrait se passer ?

Christ, Roi de l'univers : un roi qui n'a pas d'armées, ni d'autre arme que Son immense amour pour tous. Cet amour attend une réponse, notre entière confiance : « Donner à Dieu une grande confiance, c'est le moyen pour nous d'être comblés au-delà de tous nos mérites, au-delà même de toutes nos capacités humaines, et encore au-delà : à la mesure des désirs de Dieu qui dépassent infiniment les nôtres » (P. Marie-Eugène de l'Enfant Jésus, béatifié à Avignon ce week-end).

Puisse le Christ régner dans les cœurs, pour y faire resplendir la paix, la vérité et le vrai bonheur !

Père Jean-Philippe Goudot

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du dimanche 6 Novembre 2016

32ème Dimanche du Temps Ordinaire / C / 6-11-2016 2M 7,1-2.9-14 / 2Th 2,16-3,5 / Lc 20,27-38

« Vous les chrétiens, vous croyez des choses invraisemblables ! » disait un jour un ingénieur à l'un de mes paroissiens : il faut bien admettre que notre foi remet en cause bien des limites, comme aujourd'hui celle de la mort.

« Tu nous exclus de cette vie présente, mais le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour Ses lois » : ce cri du croyant persécuté, écrasé sous la botte de l'oppresseur, est à la fois universel et bien singulier... Il résonne peut-être en ce moment-même dans certains cachots, en Syrie, en Irak, en Corée du Nord... Israël a connu, à l'époque des frères Macchabées, sa première persécution religieuse : sa foi en a reçu un réel approfondissement, avec la compréhension intuitive que les promesses de Dieu ne pouvaient s'arrêter à la fin de la vie terrestre si cette même vie pouvait être raccourcie précisément à cause la fidélité à ce Dieu de l'alliance. Le croyant comprend que la mort n'est qu'un passage, une « porte étroite », c'est-à-dire ardue, angoissante, inconnue, cause de souffrances, où l'on n'emporte strictement rien comme bagage... mais une porte, un passage vers Quelqu'un qui est l'Amour et la Vie en personne. La révélation de la résurrection instaure une merveilleuse continuité entre le temps et l'éternité, entre cette terre et le Royaume.

« Cette femme, à la résurrection, duquel d'entre eux va-t-elle devenir la femme ? Car les sept l'auront eue pour femme » : le côté grivois de la question ne vous aura pas échappé, car les  Sadducéens ne croyaient pas en la résurrection, et étaient apparemment très soucieux que personne n'y croie... Alors ils inventent un cas d'école pour ridiculiser l'idée même de résurrection. Manque de chance, ils n'ont pas en face d'eux un laborieux pharisien, mais le Messie en personne, Celui qui est venu pour donner aux hommes la résurrection ! Une belle invitation à l'humilité pour nous croyants qui pensons parfois avoir tout compris et donnons volontiers de leçons même à Dieu ! Plus encore, la réponse du Christ (« ceux qui auront été jugés dignes d'avoir part à ce monde-là et à la résurrection d'entre les morts ne prennent ni femme ni mari ») nous invite à ne pas transposer dans l'au-delà des notions trop terrestres : n'entend-on pas parfois, quand quelqu'un est mort, qu'il ''continuera là-haut à jouer au golf ou à la belote'' ? La mort et la résurrection instaurent une rupture radicale entre notre vie terrestre et la vie avec Dieu : rien ne reviendra ''comme avant''. Dire ainsi les choses, c'est un peu déprimant ! Mieux vaudrait dire : tout sera neuf, nouveau, renouvelé, transfiguré par l'action même de Dieu au plus profond de notre être, corps, esprit et âme.

« Il n'est pas un Dieu de morts, mais de vivants » : ne rejetons pas Dieu du côté de l'histoire ancienne, du passé, de la culture, des racines... Il est là aujourd'hui, Il est là pour l'aujourd'hui, Il nous donne l'aujourd'hui de Sa Parole, de Son amour, de Son salut. La résurrection proclamée et vécue dans Sa chair par Jésus Christ installe la rédemption, l'œuvre de salut de Dieu, dans notre présent, notre vie, notre chair. Quand nous prions, que faisons-nous d'autre que nous mettre en présence de Celui-qui-est ? Quand nous célébrons l'Eucharistie, qu'est-ce d'autre que de permettre au Seigneur de réaliser, sous le voile du sacrement, une présence réelle, actuelle, substantielle ? Quand nous partons à la rencontre des autres, l'Evangile ne nous invite-t-il pas à y reconnaître, surtout s'il est petit et fragile, la présence de Dieu sur cette terre ? Ne faisons donc pas de notre Dieu le gardien d'un musée ou le protagoniste d'une mythologie irréelle : notre foi, notre liturgie, notre catéchèse, nos efforts de jeûne, de partage et de prière n'ont d'autre but ― et, normalement, d'autre effet ― que de Le rendre présent, ou plutôt de nous rendre présents à Sa Présence.

Que dire de plus ? Par la révélation de la résurrection, Dieu S'engage définitivement en faveur de l'humanité, Il Se lie avec elle comme dans un mariage, Il fait participer toutes Ses créatures à Sa puissance de vie illimitée. Oui, « Dieu n'est pas une hypothèse philosophique » (Benoît XVI, 9/11/2006) ! Il est le Sauveur, Il est le vivant et Son but, qui Le conduit à intervenir dans notre histoire, est que « tous vivent pour Lui ». Chrétiens, soyons témoins de cette promesse incroyable que Dieu ne cesse de faire à l'homme : l'amour aura le dernier mot.

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du dimanche 30 octobre 2016

31ème Dimanche du Temps Ordinaire / C / 30-10-2016 Sg 11,23-12,2 / 2 Th 1,11-2,2 / Lc 19,1-10

Il n'est pas prudent de grimper aux arbres ! On peut se faire remarquer... C'est ce qui arrive à Zachée, ce fils perdu qui ruinait sa vie et celle des autres par son amour immodéré pour l'argent mal gagné et que Jésus vient réconcilier avec lui-même et avec les autres.

Zachée l'homme pressé : il fait tout rapidement ! « Il courut donc en avant », « vite il descendit » ; plus grave, il a visiblement voulu s'enrichir vite : « j'ai extorqué quelque chose à quelqu'un » ! Etre pressé n'est pas forcément un défaut, mais fait passer souvent à côté de bien des réalités... Ne sommes-nous pas tous, de ce point de vue, des Zachée ? Quand je prépare des enterrements ― et ils sont nombreux ces jours-ci ! ― cette phrase revient presque toujours, même pour des centenaires : ''c'est allé trop vite !'' Et que dire de ceux qui se rendent compte qu'ils ne se sont pas assez occupés de la personne disparue ? Oui nous sommes pressés, oui le temps passe vite, mais il s'accélère d'autant plus que nous faisons plusieurs choses à la fois ou que nous ne laissons pas de place pour le silence, le calme (au risque de l'ennui!), la réflexion (quitte à affronter des remises en cause), la prière. Zachée aura tout fait vite, mais il aura à apprendre à suivre Jésus pas à pas, à approfondir sa foi en Lui, à renouveler sa relation avec les autres... L'homme pressé va devoir prendre le temps, ou plutôt le réorienter sur un essentiel qui ne se prend pas mais se reçoit.

Jésus le Salut : Son Nom, « Dieu-sauve », le disait dès le départ. Mais le salut n'est pas un concept théorique ou un acte purement extérieur : il ne se révèle qu'en se manifestant dans la vie concrète d'un homme, qu'il soit malade, désespéré ou pécheur selon les cas. Le Christ S'invite chez Zachée et constate, en toute logique, qu'« aujourd'hui le salut est arrivé pour cette maison » : peut-on identifier plus clairement l'Evangile non à un message mais à une Personne qui prend l'initiative, qui relève, redresse, pardonne et sauve ? « Car le Fils de l'Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » : Jésus met en application la parabole du publicain et du pharisien, que nous avons entendue dimanche dernier. Il ne fait pas de théorie sur la vie et sur la mort, mais vient en personne arracher le pécheur à ses chaînes : avidité, désir de puissance, attrait vers tout ce qui fait descendre l'humanité dans des caves obscures où elle se retrouve prisonnière... Jésus paie de Sa Personne, entrant dans le temps pour nous arracher au pouvoir destructeur du temps, affrontant aujourd'hui l'hostilité de la foule, demain la fureur des autorités religieuses de Son peuple... Le Salut n'est certes pas une idée : contemplons-Le, marchant sur nos routes pour nous faire sortir de nos impasses, appelant chacun par son nom, attendant une réponse personnelle...

La miséricorde : elle fait le lien entre Zachée et Jésus, entre l'homme pressé et le Salut qui vient à Sa rencontre, entre nous et Dieu. Cette miséricorde n'est pas faiblesse ou aveuglement : « Tu as pitié de tous, [...] pour qu'ils se repentent ». Dieu n'est pas un bénisseur universel qui ne ferait pas la part des choses : quand Il vient chez Zachée, c'est poussé par une véritable nécessité intérieure : « il me faut aujourd'hui demeurer chez toi ». La miséricorde s'invite, appelle, insiste, cherchant le pécheur jusque sur son arbre perché ; elle est patiente et ardente à la fois, elle saisit le moment et peut attendre au tournant ; elle tombe sur un homme non préparé aussi bien qu'elle travaille sourdement le cœur, semaine après semaine, année après année : « aussi est-ce peu à peu que Tu reprends ceux qui tombent ; Tu les avertis, leur rappelant en quoi ils pèchent, pour que, débarrassés du mal, ils croient en Toi, Seigneur ». Rien d'étonnant à ce que la miséricorde conduise à la foi, elle qui est guérison et restauration de la relation.

L'année sainte de la miséricorde sera bientôt finie ! Peut-être aurons-nous accepté de faire des démarches inhabituelles ; peut-être aurons-nous renoué des liens distendus avec tel ou tel ; peut-être avons-nous vécu le sacrement du pardon avec plus de ferveur, entendu la Parole de Dieu avec une oreille renouvelée... Peut-être avons-nous fait l'expérience que nous sommes membres d'une Eglise qui « ressent fortement l'urgence d'annoncer la miséricorde de Dieu [... et] sait que sa mission première, surtout à notre époque toute remplie de grandes espérances et de fortes contradictions, est de faire entrer tout un chacun dans le grand mystère de la miséricorde de Dieu, en contemplant le visage du Christ » (Vultus misericordiæ, 2015).

Père Jean-Philippe GOUDOT.

Homélie du P. Jean-Philippe Goudot du dimanche 23 octobre 2016

30ème Dimanche du Temps Ordinaire / C / 23-10-2016 Si 35,12-14.16-18 / 2Tim 4,6-8.16-18 / Lc 18,9-14

Un double portrait : le pharisien et le publicain, dont Jésus oppose les attitudes spirituelles, nous a saisis dans cette proclamation de l'Evangile.

A quoi ressemble la prière du pharisien ? Dans la parabole, il est centré sur lui (« je jeûne, je donne »), il se compare (« je ne suis pas comme le reste des hommes »), il n'a pas besoin de Dieu ni des autres, qu'il juge (« ils sont rapaces, injustes, adultères »)… Le tableau n'est pas brillant, et Jésus le peint sans complaisance. « Les pharisiens eux-mêmes savaient, avec un humour féroce, distinguer entre les bons et les mauvais d'entre eux », par exemple les « forts d'épaules, qui écrivent leurs bonnes actions sur leur dos pour se faire honorer des hommes ; les traînards, qui prétextent un précepte urgent à accomplir pour retarder le traitement des ouvriers ; les calculateurs qui se disent ''comme j'ai à mon actif beaucoup de mérites, je puis me payer un délit'' »... (Cahiers Evangile n°27). Beaucoup n'étaient pas dupes de ces apparences de piété, de ces prières ostentatoires dépourvues d'échos dans la vie quotidienne, de ces exercices de religion qui ne changent pas le cœur. Voilà ce que Jésus pointe, voilà ce que Jésus ne peut supporter, voilà ce qui fait trébucher les non-croyants ou ceux qui vivent dans ce que le pape appelle les périphéries. Si la prière n'est pas cela, qu'est-elle ?

La prière est justice : « le Seigneur est un juge qui ne fait pas acception de personnes », affirmait le Siracide. Juge, justice, voici des mots qui peut-être sonnent désagréablement à nos oreilles ! La prière nous remet en face de Celui que nous ne pouvons ni tromper, ni influencer : elle nous appelle à une attitude de profonde vérité, qu'on nomme aussi humilité. Seule cette attitude permet de se faire entendre du Très-Haut : « la prière de l'humble pénètre les nuées ». Mais de quoi parlons-nous lorsque nous disons ''justice'' ? Il ne s'agit bien sûr pas du tribunal, mais d'une participation à l'amour de Dieu, toujours relié, dans la Bible, à la vérité. Cette vérité dans