Homelies

Paroisse Saint Thomas de Rochebrune

Les homélies du dimanche

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Vingt-quatrième dimanche du Temps Ordinaire — La Miséricorde de Dieu à la recherche de l'homme

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jésus fait bon accueil aux pécheurs, Il parle avec eux, Il mange avec eux ; alors que ce sont des gens qu’Il devrait éviter, s’Il était vraiment le Messie ! Tout au long de l’Évangile, les hommes sont surpris par cette attitude constante de Jésus : se faire proche de ceux qui semblent loin de Dieu. Cette attitude, dans la tradition biblique, porte un nom : c’est la Miséricorde (c’est-à-dire, dans l’origine du terme, se pencher vers la misère du cœur de l’homme). Jésus témoigne de la Miséricorde d’une manière entièrement nouvelle, et cela surprend, choque son entourage ; non seulement Il montre la Miséricorde de Dieu, mais Il l’explique en utilisant les paraboles bien connues : celle de la brebis perdue, celle de la pièce d’argent (et encore celle du fils prodigue que nous lisons souvent).

Dans l’Ancien Testament, Dieu montrait déjà sa Miséricorde envers le peuple qu’Il avait choisi. Tout au long de l’histoire d’Israël, à travers les prophètes, le Seigneur ne cessait de pardonner les infidélités. Nous l’avons entendu tout à l’heure : les Israélites ont construit une idole en or, ils ont oublié le Dieu qui les a libérés, ils auraient mérité un châtiment sévère. Mais Dieu renonce à la punition, Il maintient son Alliance, sa fidélité envers la descendance d’Abraham. Dieu se présente déjà comme Celui qui pardonne, le Dieu de Miséricorde.
Mais même cela était encore transitoire : le don total de la Miséricorde nous est donné avec la personne de Jésus. Désormais, la Miséricorde, ce n’est plus seulement une action ou une attitude : c’est Jésus Lui-même ! Il est la Miséricorde du Père, donnée aux hommes. Dieu a envoyé son Fils pour nous réconcilier, car Il ne se résout pas à ce que l’homme soit éloigné de Dieu. Il y a quelque chose de particulier dans ces deux paraboles (la brebis et la pièce d’argent) : c’est que dans les deux cas, le propriétaire ne peut pas accepter d’avoir perdu son bien. Quand nous perdons un objet, nous sommes ennuyés : nous cherchons (en priant saint Antoine de Padoue !), et puis parfois, on ne le retrouve pas : on abandonne les recherches. Mais pour Dieu, il n’en est pas de même. Lui, Il n’abandonne jamais, Il n’admet pas que l’homme soit perdu : parce que l’homme appartient à Dieu et qu’il ne peut pas tomber dans la soumission au Mal. C’est aussi cela la Miséricorde : c’est l’Amour porté à un tel point, que rien ne peut le briser. Dieu n’oublie jamais aucun homme, chacun de nous est aimé personnellement, infiniment précieux pour le Seigneur. Quand nous échappons au regard d’Amour de Dieu, Il se met à notre recherche jusqu’à ce qu’Il nous ait ramené à Lui.

Prendre conscience de la Miséricorde de Dieu, c’est donc aussi prendre conscience de notre péché, c’est-à-dire de la situation d’éloignement que nous vivons souvent, par rapport au seul Amour qui nous comble. Ce n’est pas facile de nous rendre compte que nous sommes parfois la centième brebis, et que le Seigneur nous cherche pour nous pardonner ! On peut imaginer que cette brebis, qui batifolait dans les champs, ne pensait plus tellement à son berger… et c’est aussi notre cas, lorsque nous oublions à quel point nous sommes aimés du Seigneur, et à quel point nous avons besoin de Lui pour vivre pleinement. Se rappeler que nous dépendons de Dieu seul, c’est parfois difficile.
Aujourd’hui, l’homme maîtrise tout l’univers, il domine le monde, il a une technologie presque infinie, il fait ce qu’il veut dans le monde, tout lui appartient… sauf justement, lui-même. La vérité de notre vie, de notre vocation, de notre éternité, ne dépend pas de nous, mais de Dieu. Et il n’est pas facile de reconnaître que nous dépendons de Quelqu’un d’autre ; ni de comprendre que la brebis perdue, qui se croit libre de faire comme elle veut, est en fait enfermée dans son individualisme, et privée de l’amour du berger.
Mais comme l’a dit saint Paul tout à l’heure, « le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » : Jésus qui est la Miséricorde, est envoyé par le Père pour nous remettre sur les chemins de la vie. Il veut nous réconcilier avec le Père, et en même temps nous réconcilier avec nous-mêmes. Ce que nous voyons dans l’Évangile, cette proximité avec les pécheurs (qui scandalise les pharisiens), c’est Jésus qui rend visible la Miséricorde du Père pour chaque homme.

Aujourd’hui, l’Esprit saint agit dans notre monde et rend toujours visible la Miséricorde du Père, sa sollicitude pour chacun de nous. Si nous reconnaissons, tout simplement, que nous avons besoin de retrouver le bon chemin, le Seigneur nous guidera. Lui qui nous a donné son Fils, Il ne peut pas nous abandonner : Il ne cesse de venir vers nous, de nous rechercher, et de se réjouir quand nous répondons à son Amour !

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Vingt-troisième dimanche du Temps Ordinaire — Faire nos projets dans le Seigneur

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

La vie est une suite de choix, de décisions que nous avons à prendre. En cette rentrée, en ce début d’année, c’est le moment de poser les orientations qui nous guideront tout au long de l’année. Quels choix ferons-nous cette année ? Quelles priorités aurons-nous, et qu’est-ce qui nous guidera ? Devant un bébé, on se demande avec un mélange d’inquiétude et d’espoir : « Que sera cette vie ? » : de même ces jours-ci, nous regardons notre calendrier avec un œil nouveau : que ferons-nous de cette année ? Lorsque arrivera l’été prochain, qu’est-ce qui aura changé dans notre vie ? Aurons-nous mûri, grandi en sagesse ? Nos projets se seront-ils réalisés ? Serons-nous plus heureux, plus proches du Seigneur ?

Il faut nous donner des priorités, car nous savons bien comme on le dit, qu’« on ne peut pas tout avoir » (ou encore : « le beurre et l’argent du beurre » !). C’est la sagesse humaine qui nous invite à discerner, à réfléchir aux conséquences de nos actes ; c’est d’ailleurs exactement ce que vient de nous dire Jésus, en parlant de “calculs préliminaires” quand il s’agit de bâtir une tour ou de partir en guerre : puis-je atteindre mon but ? Est-ce que je ne vais pas dépenser tout mon bien sans aucun résultat ?
Dans les choix qu’il s’agit de faire, le Seigneur nous oriente bien sûr vers le choix essentiel, qui ne remplace pas les autres choix, mais qui leur donne une nouvelle dimension. La première priorité qui change toute notre vie, c’est de choisir de vivre en présence de Dieu. Il ne s’agit pas seulement de « croire en Dieu », mais de Le laisser prendre sa place dans notre vie, nous éclairer ; et à sa lumière, pouvoir faire les autres choix. Prétendre être croyant mais laisser systématiquement le Seigneur au-dehors de nos décisions de vie, serait complètement incohérent. Ce qui donne tout son sens à notre vie, c’est la présence du Seigneur, car nous sommes faits à l’image de Dieu. Le seul modèle de vie que nous puissions avoir, c’est Jésus ; car Il est l’unique, le seul homme qui ait pleinement accompli sa vocation de Fils de Dieu.

Oui, le choix de ressembler à Jésus, d’être son ami et son disciple, de Le suivre et de L’imiter, donne une lumière nouvelle à notre vie. Il nous demande de « Le préférer » à tout le reste, mais cela ne veut pas dire qu’il y ait concurrence : « si j’aime Jésus, je ne peux pas aimer mes frères… » Bien au contraire, c’est une lumière qui se transmet. Le choix de suivre Jésus donne à mes relations humaines (père, mère, enfants) un nouveau relief. Et le fait d’aimer concrètement (par des actes, par des attentions…) les personnes autour de moi, me fait cheminer vers ma vocation à l’amour, et me rapproche de Dieu.
Choisir de suivre le Seigneur, de nous laisser éclairer par sa lumière, est donc la seule orientation qui puisse nous donner le vrai bonheur ; et c’est dans la confiance que nous faisons ce choix. À partir du moment où nous choisissons le Seigneur comme direction de notre vie, Il s’occupe de nous. Et ce choix, du coup, nous libère : car tous les autres projets peuvent être faits sereinement, en sachant que Dieu prend soin de nos vies. Sans le Seigneur, tout nous inquiète, car la vie est imprévisible ! Qui pourrait tout prévoir ? Qui pourrait savoir exactement ce qui arrivera, et comment répondre aux événements futurs ? Bien sûr, il s’agit de prévoir ce qui dépend de nous, et de ne pas construire une tour s’il est évident qu’on n’ira pas plus loin que le premier étage… Mais nous savons bien que chaque jour apporte quelque chose de nouveau ; et que nous ne connaissons pas l’avenir. Vouloir maîtriser l’avenir, c’est prétendre connaître les projets du Seigneur ; comme le disait le Livre de la Sagesse (première lecture) : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre ses volontés ? ».
Il est donc important d’être prévoyant, mais nous avons aussi à être ouverts à l’action de Dieu dans notre vie. Si nous faisons le choix de nous éclairer à sa lumière, le Seigneur veille sur nous et nous oriente. Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, nous remettons au Seigneur, dans le pain et le vin, tous nos projets, nos choix, nos activités, notre avenir. Et Il accueille, Il bénit, Il consacre tout cela. Tout choix fait sous le regard du Seigneur est une ouverture vers l’infini !

Comme la Vierge Marie, nous pouvons donc accueillir l’imprévu du Seigneur, et choisir librement de le suivre. Nos chemins ne seront sans doute pas ceux que nous aurons prévus – ils pourront même passer par la Croix –, mais ils nous conduiront dans la bonne direction. Au début de cette année, faisons simplement le choix essentiel : celui d’être disciples du Seigneur.

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Vingt-deuxième dimanche du Temps Ordinaire — La gratuité de notre relation à Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« À table, assieds-toi à telle et telle place ; n’invite pas telle ou telle personne ». Jésus a l’air de parler comme un père de famille qui rappelle la politesse à ses enfants : tiens-toi droit, parle aimablement, ne te sers pas avant les autres… On dirait bien une leçon de savoir-vivre. Qui ne serait pas inutile d’ailleurs, car la politesse est un acte de charité que nous devons à nos frères ; et chaque génération a sans doute besoin de se voir rappeler certaines règles de bienséance. Cependant, Jésus ne veut évidemment pas s’arrêter à la courtoisie des relations humaines ; Il est venu d’abord pour réconcilier l’homme avec Dieu, donc tous ses enseignements nous rappellent la sollicitude de notre Père, cet Amour infini qui nous sauve de la mort.

Justement, si nous lisons le chapitre de l’Évangile selon saint Luc (chapitre 14), d’où est extrait ce passage, nous constatons que tout nous y parle de la joie du Père qui nous invite à la Vie éternelle. Plus précisément, Jésus emploie plusieurs fois l’image d’un banquet ; Il parle d’invitations, de convives, de réponses, de partage (et dans le passage équivalent de saint Matthieu, nous lisons qu’il s’agit d’un père qui invite au repas de noces de son fils). La signification de tout cela est assez claire : le Seigneur nous appelle à un repas, un banquet éternel, une joie infinie. C’est évidemment une image, car la joie de la Vie éternelle ne sera pas celle d’un plaisir gastronomique ! Néanmoins, à travers cette belle image, il y a deux aspects essentiels et profonds de notre relation à Dieu. 1. D’abord, le Seigneur veut nous combler : comme on est rassasié lors d’un bon repas, notre cœur sera entièrement apaisé par le don du Seigneur ; dès maintenant, nous goûtons cette paix intérieure qui vient de l’Esprit saint. 2. Et ensuite, le Seigneur nous rassemble, comme lors d’un grand repas. Nous ne sommes pas faits pour être “heureux tout seuls”, mais pour nous réconcilier et partager, vivre ensemble sous le regard de Dieu comme la Lettre aux Hébreux nous le disait : « Vous êtes venus vers la ville du Dieu vivant, les anges en fête, l’assemblée des premiers-nés… ».

Le Seigneur nous comble, et Il nous rassemble : c’est donc ainsi que nous pouvons comprendre ces images de banquets, et notamment les paroles sur le choix des places : « Ne va pas t’installer à la première place ». Si nous sommes invités ensemble par Dieu, c’est par Amour gratuit : tout est Grâce, tout est don de Dieu entièrement gratuit. Ce n’est donc pas le moment de se mettre en avant ou de marcher sur les pieds des autres ! Le Seigneur a fait de nous ses enfants, par Amour. Il a envoyé son Fils parmi nous pour nous sauver : tout est fait par Amour gratuit. Nous avons tout reçu de Lui. Si nous avons la chance de connaître le Seigneur, de comprendre le sens de notre existence, c’est par sa grâce. Si nous avons la chance de vivre l’amour fraternel, c’est encore par sa grâce !
Notre relation avec le Seigneur doit donc être vécue sur le mode de la gratuité, et plus encore : de l’émerveillement. Dieu ne nous doit rien, Il n’est pas “obligé” de nous donner la Vie éternelle : Il le fait volontairement, parce qu’Il a choisi de nous créer et de nous aimer. Nous ne pouvons rien revendiquer : face à Lui nous ne sommes en aucun cas dans le “donnant-donnant” ! « Seigneur, j’ai été sympa, donne-moi ce que je Te demande – ou au contraire : le Seigneur ne m’a pas exaucé, je ne veux plus L’écouter ». Simplement, nous accueillons ses dons, nous Lui rendons grâce, nous Lui demandons pardon ; et aussi, avec confiance, nous Lui confions toutes nos prières.

Face au Seigneur, il est important d’entretenir cet état d’esprit de gratuité : et c’est aussi valable dans nos relations humaines. De nos jours, dans la vie quotidienne nous constatons un climat où l’on revendique sans cesse : c’est toujours : « moi, moi, moi, j’ai le droit… » (peut-être davantage chez les plus jeunes !). Ayons donc soin de témoigner nous aussi de la gratuité dans nos relations. Il s’agit de prendre conscience que nous avons tout reçu : pas seulement du Seigneur, mais aussi de nos proches, de ceux qui nous ont précédés. La culture, la langue, la famille, le logement, la nourriture : ce sont des cadeaux que nous devons au travail, à la persévérance de nos aïeux et de nos contemporains. Avons-nous assez de gratitude pour tous ces cadeaux ? Sommes-nous conscients d’être surtout des héritiers, et de pouvoir créer à notre tour sur ce que nous avons reçu ?
Devant le Seigneur comme devant nos frères, c’est finalement la même attitude dont Jésus nous parle : soit nous choisissons l’orgueil, la revendication, et cela nous conduit au rejet ; soit nous préférons l’accueil, la gratitude, l’humilité, qui permettent de construire vraiment, et qui nous mènent à la paix et l’amour. La sagesse que nous propose le Seigneur, c’est tout simplement… de savoir dire : « Merci ! ».

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Vingt-et-unième dimanche du Temps Ordinaire — Qui sera sauvé ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Qui sera sauvé ? Nous qui sommes chrétiens, qui croyons à la Vie éternelle, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous poser parfois cette question. Nous savons que notre vie finira, que nous rencontrerons un jour le Seigneur, et que comme Il nous le dit souvent, il y aura un jugement. Nous savons aussi que le mal existe, qu’il blesse les hommes, et que nous avons tous besoin d’être délivrés de ce mal. Alors, qui sera sauvé ? Et même, comme le demande quelqu’un à Jésus avec un peu de pessimisme : « n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? ». Dans l’histoire d’Israël, c’est un thème qui revient souvent par la voix des prophètes. Il y a peu de monde, un « petit reste » du peuple d’Israël qui sera délivré par l’Amour du Seigneur ; mais la grande majorité des hommes, des peuples païens, recevra la punition de Dieu pour ses péchés. Est-ce vrai ? Est-ce que Dieu réserve son salut pour une petite minorité des hommes ?

Cette question n’est pas superficielle, même si nous pouvons être étonnés de la manière dont elle est posée à Jésus. Connaître le Seigneur, c’est la source de joie la plus profonde, c’est la certitude que notre vie a un sens : qu’elle ne finit pas dans les ténèbres, mais que le mal est vaincu. La connaissance du Seigneur donne l’Espérance et l’amour, et débouche sur la Vie éternelle. Et pourtant, à notre époque, nous sommes entourés de personnes qui ne connaissent pas le Seigneur. Je ne juge pas : je constate. Nos contemporains dans leur immense majorité, se moquent complètement de la foi, de la présence de Dieu : ils ne prient jamais, et apparemment ils ont même oublié qu’ils ont une âme. L’Évangile n’est une référence pour personne, plus personne ne connaît la Parole de Dieu. Si vous participez parfois à un baptême, un mariage ou des obsèques, vous le savez bien : personne ne connaît, ne serait-ce que le Notre Père.
En dressant ce constat, encore une fois, il ne s’agit pas de juger, mais d’observer tout simplement la réalité de notre société actuelle. Et alors, la question de l’Évangile devient bien concrète : qui sera sauvé ? Celui qui ne prie pas, celui dont le cœur ne cherche pas Dieu ? Celui qui vit au jour le jour, qui cherche simplement à se faire plaisir ? Celui même qui peut être dévoué, généreux, mais qui compte sur ses propres forces et oublie Dieu qui donne la vie et l’amour ?

Oui, cette question du salut des hommes doit être pour nous une question brûlante, une question qui ne nous laisse pas en repos. Cependant, il ne suffit pas de poser la question sous l’angle du recensement, comme cet homme qui parle à Jésus en lui demandant le nombre des sauvés : il ne s’agit pas de faire des statistiques, mais de se laisser appeler à la conversion ! En ce dimanche, dans cette église, nous ne sommes pas venus pour nous demander si notre voisin ou notre belle-mère sera sauvée… mais pour nous laisser convertir par la Parole du Seigneur. Cette question doit nous brûler intérieurement, comme saint Dominique que nous fêtions récemment (le 8 août) : il ne priait pas pour demander qui serait sauvé, mais il passait ses nuits à implorer le Seigneur, comme ses frères l’ont rapporté : « Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? ».
Que les hommes connaissent le Seigneur et soient sauvés, c’est un Mystère auquel nous participons : cela nous concerne, car c’est notre Vie éternelle qui est en jeu. L’homme qui parle à Jésus pose sa question d’un air détaché, comme si cela ne le concernait pas, comme s’il se croyait déjà au Paradis… mais il n’est est pas de même pour nous. Nous savons bien que si nous voulons entrer dans la Vie de Dieu, nous avons toujours plus à nous convertir, à laisser agir en nous l’Esprit saint.

La réponse de Jésus est bien un appel à la conversion ; à une conversion réelle et profonde. Il ne suffit pas, nous dit-Il, d’avoir vaguement rencontré le Seigneur (« Nous avons mangé et bu en ta présence ») ; il ne suffit pas d’avoir une tradition familiale chrétienne, d’avoir fait sa première communion, d’avoir fait baptiser ses enfants… Il s’agit de faire partie de ces « nations qui viennent vers Jérusalem », comme les décrit le prophète Isaïe (première lecture) : de tous ces peuples qui se mettent à l’écoute du Seigneur, qui ne sont pas jugés sur leur appartenance ou leurs traditions, mais sur l’ouverture du cœur à la Parole de Dieu. Nous n’avons pas – heureusement ! – à savoir qui sera sauvé et qui ne le sera pas : nous avons simplement à vivre sous le regard du Seigneur, à former ensemble son Église, à écouter sa Parole, expérimenter sa Miséricorde, demander l’Esprit saint dans la prière, et transmettre autour de nous l’Amour infini dont Il nous aime. Et alors, peut-être… nous serons sauvés !

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Vingtième dimanche du Temps Ordinaire — La paix véritable dans l'Amour de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jésus est le Messie, le Prince de la Paix que tous les hommes attendaient. Dans un monde blessé par le péché et les guerres, Il est enfin venu apporter la Paix à laquelle nous aspirons tous : c’est pourquoi son Règne est un règne de paix, sa venue est une immense joie pour nous tous. Pourtant, ses paroles sont toujours surprenantes, dérangeantes, en particulier celles que nous venons d’entendre. « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix, dit-Il ? Eh bien non, mais la division ; et même la division au sein des familles, père contre fils et mère contre fille ». Voilà quelque chose auquel nous ne nous attendions pas ! Jésus veut nous réconcilier, mais Il constate aussi que sa venue sera l’objet de divisions. On peut dire que dès l’époque des premiers chrétiens, cette annonce s’est réalisée : l’Évangile a été accueilli par beaucoup, mais aussi rejeté, persécuté. Au sein des familles, il y a eu des divisions entre ceux qui sont devenus disciples de Jésus, et ceux qui le rejetaient.

Oui, le Christ apporte la Paix, mais c’est une Paix véritable qu’il s’agit d’accueillir en vérité. Nous voulons être disciples du Christ, mais pas seulement en superficie : au plus profond de notre cœur, en nous laissant convertir. Pour accueillir l’Évangile du Christ, nous devons prendre la pleine mesure de cet Évangile : Jésus est venu nous sauver du mal et du péché, ce qui implique que notre cœur doit être blessé, comme le sien, par la réalité du péché ; sans cela, notre foi ne sera qu’une apparence.
Jésus peut être vu comme un homme très gentil qui vient annoncer l’Amour de Dieu ; c’est souvent ainsi que nos contemporains le voient, et peut-être aussi de cette manière que nous en parlons autour de nous. Mais Jésus est aussi tellement plus que cela ! Il est le Fils de Dieu, devenu homme par amour pour nous, et qui va porter sur Lui tous les péchés, tous les refus de Dieu, tout le mal qui défigure et meurtrit les hommes depuis le début. La Lettre aux Hébreux, tout à l’heure, nous disait que Jésus avait enduré la Croix, alors qu’Il aurait pu avoir une gloire facile en délivrant son peuple de l’occupation romaine : Il n’a pas voulu correspondre à ce que les gens attendaient de Lui, tout comme aujourd’hui encore Il reste bien différent des images qu’on a de Lui. Accepter Jésus comme notre Sauveur, c’est changer nos idées préconçues sur Lui. Il est l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est en portant notre péché qu’Il nous donne la paix véritable. Jésus n’est pas venu pour nous féliciter de notre gentillesse, ni pour se faire des amis en prêchant une morale facile : Il est venu dénoncer le péché, et nous en sauver.

Il s’agit donc, en étant disciples du Christ, de prendre conscience nous aussi de la présence du péché dans notre cœur. Non pas pour nous culpabiliser, mais pour accueillir le vrai salut, la vraie paix. Le Seigneur nous invite à faire un choix clair entre Lui et le péché : soit Dieu, soit le refus de Dieu qui conduit à la mort. C’est un choix qui engage, qui transforme la vie ; et donc éventuellement un choix qui introduit une division, comme Il nous en prévient, entre ceux qui essaient de suivre le Seigneur et ceux qui prennent un autre chemin.
Les disciples du Christ sont appelés à être les prophètes d’aujourd’hui, c’est-à-dire ceux qui portent la Parole du Seigneur, qui choisissent de Le suivre, et qui, comme Jésus, dénoncent le mal à l’œuvre dans le monde. Cette mission a toujours été celle des prophètes, comme nous l’avons entendu à travers l’histoire du prophète Jérémie (première lecture). À une époque troublée où Israël abandonne son Dieu, Jérémie est envoyé pour ramener le peuple à la foi de ses pères : sans se lasser, il annonce la Parole du Seigneur. Il rappelle aux Israélites que le péché ne les conduira nulle part, il dénonce ceux qui font le malheur du peuple en le détournant de Dieu. Mais le paradoxe de cette histoire, c’est que Jérémie est lui-même accusé de ce qu’il dénonce : on dit que « cet homme cherche le malheur du peuple », parce qu’il pointe du doigt la réalité du péché qui rend les hommes malheureux. Là aussi, on pourrait dire que Jérémie « introduit la division », car il se refuse à laisser se développer les injustices sous les apparences d’une paix trompeuse. Le rôle du prophète est bien de revenir à la source de toute misère humaine, qui est toujours liée à l’abandon de Dieu.

Le Christ est bien Celui qui apporte la paix, mais cette paix passe par une ouverture du cœur : il s’agit de rejeter le mal pour accueillir le Sauveur. À la suite de Jésus, nous ne devons pas craindre la possibilité des « divisions », dans la mesure où nous appelons nos frères à rencontrer le Christ ! Car la division ne vient pas de l’Évangile : elle vient du péché de l’homme. Et la vraie paix, elle, ne peut venir que de notre conversion à l’Amour du Seigneur.

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Assomption de Notre-Dame — Marie proche de Dieu, proche de nous

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce grand jour de fête.

En cette grande fête de l’Assomption, nous entendons le chant de Marie lorsqu’elle vient visiter sa cousine Élisabeth. Ce chant qu’on appelle le Magnificat est un chant de victoire ; mais il ne s’agit pas d’une victoire personnelle. La victoire que chante Marie est la victoire du Seigneur sur le mal et sur la mort, la victoire du Messie qui vient sauver son peuple. Là où l’homme était orgueilleux, égoïste, Dieu vient mettre sa Miséricorde, rabaisser les puissants et élever les humbles. Marie a expérimenté, dans son cœur et dans sa chair, l’action de Dieu sans laquelle nous ne pouvons rien faire. Elle chante la faiblesse des forces humaines, la fragilité des projets humains si nous n’y faisons pas entrer le Seigneur ; et la Force que Dieu donne si l’on s’en remet à Lui.

Aujourd’hui, ce chant de victoire est pleinement accompli, car Marie a rejoint son Fils dans la Gloire de Dieu. Nous ne savons pas exactement “comment” cela s’est passé ; mais ce qui compte, c’est que Marie a fait son passage de la vie terrestre à la vie du Ciel, comme une traversée paisible vers le Royaume de Dieu. Elle qui avait vécu toute sa vie sous le regard de Dieu, qui avait accueilli la présence du Sauveur dans son âme et dans son corps, est accueillie à son tour par Dieu, tout entière avec son âme et son corps.
Ainsi, la Vierge Marie est la première des créatures à participer pleinement à la Victoire de la Résurrection, à la suite du Christ. Elle a ce privilège extraordinaire d’être déjà accueillie dans la Vie éternelle, alors que le reste de la Création attend le retour du Christ. Nous aussi nous attendons ! et nous regardons vers Marie en espérant la rejoindre un jour, pour participer à la Victoire du Christ. Cependant, ce privilège de Marie ne la met pas “à l’écart” de notre vie : bien au contraire, elle est d’autant plus proche de nous qu’elle est proche de Dieu. Lorsqu’elle a chanté que Dieu « étend sa miséricorde d’âge en âge », qu’Il « relève les humbles », cela signifiait que Dieu se faisait infiniment proche de tous les hommes, particulièrement des plus pauvres. Et donc, si Marie est désormais devant le Visage de Dieu, elle est encore plus proche de nous quand nous nous confions à elle : dans nos difficultés, dans nos combats quotidiens, notre Mère est avec nous et ne cesse de prier son Fils pour nous. Elle nous indique la direction à prendre, et nous aide en même temps à faire les bons choix pour parvenir avec elle à la Vie éternelle.

Nous sommes donc certains, en ce jour de l’Assomption, que la confiance en Dieu débouche sur le bonheur éternel, puisque Marie a fait ce chemin avant nous. Parfois nous sommes tentés de faire moins confiance au Seigneur, lorsque nous avons l’impression que les choses vont mal ; mais nous voyons toutes les épreuves que Marie a elle-même traversées, et nous savons qu’elle n’a jamais perdu sa confiance. Lorsque Jésus est mort sur la Croix, elle a gardé la foi : cette foi l’a conduite à la joie de la Résurrection et à la contemplation éternelle de Dieu. Comme elle, nous sommes appelés à garder la foi dans l’Amour du Seigneur, pour rencontrer un jour face à face Celui qui nous aime.

Marie est donc celle qui nous conduit, au travers des difficultés qu’elle-même a vécues ; nous avons besoin de ce guide, de cette Mère qui a traversé nos peurs et nos angoisses. Quand nous regardons vers elle, nous sommes unis dans une même Espérance. C’est pour cela qu’il est aussi important qu’elle veille sur nous en tant que nation, et en tant que diocèse ; car la France, et le Diocèse de Grenoble-Vienne, sont confiés tout particulièrement à son intercession. Elle nous rassemble dans la foi, elle nous rappelle que Jésus est le seul Sauveur : nous pouvons, ensemble, regarder dans la même direction. Enfin, Marie est l’image de l’Église qui est en marche vers Dieu et « guide le peuple en chemin » (Préface de cette messe). Confions-lui toutes nos prières, car « la Miséricorde de Dieu s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » : sur la Vierge Marie, sur l’Église et sur chacun de nous !

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Dix-huitième dimanche du Temps Ordinaire — Tout est vanité ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Être riche en vue de Dieu », nous dit Jésus : c’est cela la vraie richesse, c’est cela à quoi nous aspirons. La vraie richesse n’est pas une question de compte en banque : être riche consiste à avoir un cœur serein, être dans la paix, à ne pas entretenir de souci du lendemain. Or nous voyons souvent que les gens très riches, très célèbres, ceux dont on parle dans les journaux pour faire rêver les lecteurs, n’ont pas vraiment cette paix. Au contraire, malgré tout leur argent, derrière les sourires de façade, ils sont soucieux, anxieux, angoissés, instables… Où donc est la vraie richesse, qui pourra donner à l’homme la plénitude de la paix ? Comment avoir un cœur éclairé et apaisé ?

Sur cette question, Jésus nous donne un enseignement nouveau et nécessaire. Et l’Église met en relation ces paroles avec un passage bien connu de l’Ancien Testament, que nous avons entendu dans la première lecture : le Livre qu’on appelle “Ecclésiaste” (ou Qohèlet en hébreu), qui commence avec ces paroles proverbiales : « Vanité des vanités, tout est vanité ! ». Ce sont des mots qui nous surprennent dans la Bible, car ils paraissent assez pessimistes, assez désabusés. « Tout est vanité », dit Qohèlet : c’est-à-dire que tout est vide, rien n’a de sens. Si l’on prend ces paroles au premier degré, toute la peine de l’homme, tous ses soucis, ne sont que vanité : cela ne sert à rien. Et en allant plus loin, finalement, rien n’a de sens, tout se vaut. Que nous travaillions ou que nous ne fassions rien : cela se vaut. Que nous fassions le bien ou le mal : cela se vaut.
Nous pouvons nous rendre compte que cette attitude est assez répandue aujourd’hui ! Pour beaucoup de nos contemporains qui ne connaissent pas la foi, “tout se vaut”, chacun se fait sa propre vérité : il n’y a pas vraiment de bien ni de mal. Si le Seigneur n’a pas vaincu le péché et la mort, « à quoi bon ? » À quoi sert de chercher à faire le bien, à quoi sert de travailler ? Nous vivons dans un monde qui a perdu l’Espérance, et donc qui ne comprend pas le sens de la vie humaine. Le désespoir nous interdit d’aller dans une direction plutôt qu’une autre : car tout se vaut, « tout est vanité ».

Oui, malheureusement beaucoup de nos frères sont désabusés, car ils constatent que les biens matériels ne peuvent pas donner le vrai bonheur ; mais en même temps, ils ne savent pas dans quelle direction se tourner. Certains se réfugient dans des idéologies de mort, qui vont encore plus loin dans le désespoir : de toute manière, notre monde est voué à la destruction, nous allons tous mourir sur une planète désertique… Cependant, il ne faut pas se tromper sur le sens des paroles de Qohèlet : en aucun cas le Seigneur ne nous appelle au désespoir ni à l’angoisse ! Comment pourrions-nous désespérer, si nous savons que le Seigneur nous sauve du mal, du péché, de la mort ? Il ne s’agit pas de perdre l’Espérance, mais de donner une nouvelle direction à notre vie : une direction qui nous fera avancer vers la vraie richesse et la paix du cœur ; une direction qui donnera son vrai sens à toute notre vie, à tout ce qui semble parfois « vanité ».
Ce que veut nous dire Qohèleth, c’est d’abord qu’effectivement tout est « vanité » pour notre cœur, car rien ne peut vraiment le satisfaire. Cependant, il ne s’agit pas d’en rester au désespoir, mais d’aller jusqu’à l’adoration. Rien ne peut pleinement combler notre cœur, sauf Dieu Lui-même ! Comme l’écrit sainte Thérèse d’Avila, « Dieu seul suffit » : notre vocation, c’est l’adoration, l’Amour gratuit devant Dieu qui répond à l’Amour gratuit qu’Il nous donne. Nous ne cherchons pas Dieu pour nous rassurer ou en retirer des avantages, mais pour aimer gratuitement : c’est cela seul qui fait entrer dès maintenant dans le bonheur de la Vie éternelle, c’est cela seul qui répond à notre soif.

C’est en ce sens que le Seigneur Jésus répond, avec un peu de sévérité, à cet homme qui le prend à témoin d’une injustice : « Maître, dis à mon frère de partager notre héritage ». Jésus n’est pas là pour juger ni pour établir une justice équitable sur la terre, mais pour conduire l’homme à Dieu, gratuitement. La justice est importante et nécessaire, mais ce n’est pas elle qui donne la paix du cœur : Dieu seul donne la paix. En adorant le Seigneur, l’homme répond à ce don et son cœur est pleinement comblé.
Saint Paul, dans le passage de la Lettre aux Colossiens que nous avons entendu, nous rappelle aussi que nous sommes renouvelés à l’image de Dieu, « revêtus de l’homme nouveau », et que désormais notre vie n’a de sens que dans le Christ ressuscité. « Recherchez les réalités d’en-haut », dit saint Paul, là où est le Christ : conformez-vous à l’image de Dieu. Le seul chemin qui nous tire de la « vanité » du monde, c’est de vivre dans la paix du Christ, dans la Résurrection du Christ !

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Dix-septième dimanche du Temps Ordinaire — Dieu n'agit pas sans l'homme

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Comment faut-il prier ? Y a-t-il des règles pour bien prier ? Parfois il y a des gens qui me disent : « J’aimerais bien prier, mais je ne sais pas comment faire ! » Bien sûr, dans certaines traditions spirituelles, tout est parfaitement codifié : il y a des choses à faire, des gestes à accomplir… et on se prend pour un bon croyant une fois qu’on a fait tout cela. Mais la prière, fondamentalement, ce ne sont pas des choses à faire : c’est une relation à cultiver (comme nous le voyons avec Jésus Lui-même, qui passe des nuits entières à prier son Père). Lorsque les disciples, à leur tour, demandent à Jésus : « Apprends-nous à prier », Jésus répond non pas par une “formule toute faite” (même si c’est le Notre Père), mais par une prière de confiance : Père, que ton règne vienne… donne-nous… pardonne-nous.

Si nous voulons donc vivre la prière à laquelle notre cœur aspire profondément, il s’agit d’établir et de maintenir cette relation de confiance avec Dieu notre Père, avec son Fils, avec l’Esprit saint. Et de manière très claire, Jésus nous dit aujourd’hui que cette confiance passe aussi par la demande. Peut-être parfois, avons-nous un peu peur de demander des choses à Dieu, car Il nous paraît trop loin, trop grand pour s’intéresser à nos petites affaires… Et pourtant, Jésus le dit aussi de manière très claire : « Demandez, et l’on vous donnera ; frappez, on vous ouvrira ». Dans la prière, nous ne devons pas hésiter à demander à Dieu « notre pain quotidien », comme on le dit dans le Notre Père. Ce Dieu qui est notre Père ne peut pas oublier que nous avons besoin de Lui, et même que nous dépendons entièrement de Lui pour exister. Ce serait le contraire qui blesserait le Cœur de Dieu : croire que nous pouvons vivre sans avoir besoin de Lui ! Tout au long de l’histoire des hommes, Dieu ne cesse de montrer sa sollicitude en se rendant présent et agissant : Il veut continuer à agir dans notre vie, et Il veut que nous fassions appel à Lui.

La prière de demande nous montre encore quelque chose d’essentiel pour notre foi : c’est que l’homme est actif dans sa relation à Dieu. Il ne s’agit pas d’abord d’être soumis à la Loi de Dieu, mais surtout de participer à l’œuvre de Dieu ; et cette participation passe par toutes les dimensions de notre vie, dont la prière. Prier, c’est agir dans l’Amour de Dieu. L’homme ne peut rien sans Dieu, évidemment ; mais Dieu Lui-même veut aussi avoir besoin de l’homme pour agir. Si nous prions avec confiance, le Seigneur nous écoute et prend en compte notre prière ; mais si nous ne prions pas, le Seigneur ne voudra pas agir sans que nous ayons exprimé notre confiance. C’est ce que nous voyons dans la magnifique (et étonnante) histoire d’Abraham, que nous avons entendue : on peut dire qu’Abraham se livre à une négociation, un marchandage avec Dieu. Comment peut-on oser discuter ainsi le bout de gras avec le Dieu Tout-puissant ? Pourtant, c’est ce que fait Abraham… au point de faire changer le Seigneur d’avis. Dieu avait un projet : celui de châtier les crimes de Sodome et Gomorrhe. Mais avec la persuasion d’Abraham, parce que le Seigneur prend en compte la parole de l’homme, Il accepte de remettre en question ce projet. La prière de l’homme est puissante auprès de Dieu !
Voilà pourquoi Jésus nous redit : « Demandez, on vous donnera » : si nous ne demandons pas, Il ne nous donnera pas. Bien sûr, le Seigneur sait très bien de quoi nous avons besoin ! Mais Il attend tout de même notre prière. De la même manière, Dieu connaît parfaitement nos péchés ; mais Il attend tout de même que nous venions les Lui confesser pour nous accorder son pardon.

Tout cela, c’est la logique profonde de notre foi : être chrétien, c’est être conscient que le Seigneur veut avoir besoin de l’homme. Depuis que Dieu s’est fait homme, la personne humaine n’est plus passive, ni soumise à un destin aveugle comme le pensaient les païens de l’Antiquité : l’homme est partie prenante de l’action, du projet, du Salut donné par Dieu.
C’est aussi la logique des Sacrements où nous recevons la vie de Dieu. Si l’homme n’agit pas, il ne reçoit pas la grâce des Sacrements. Si je n’annonce pas mes péchés à un prêtre, Dieu ne me pardonne pas. Si je ne baptise pas avec de l’eau, l’Esprit saint n’est pas donné. Si l’homme n’utilise pas son intelligence, son savoir-faire pour fabriquer du pain et du vin, l’Eucharistie n’est pas célébrée, et le Seigneur ne se rend pas présent au milieu de nous. Oui, le Seigneur veut avoir besoin de notre travail, de notre action, de notre prière. Si nous ne faisons rien, ne nous étonnons pas d’avoir l’impression que Dieu est absent. Mais demandez, cherchez, frappez, travaillez, agissez avec confiance… et le Seigneur vous comblera de ses dons !

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Quatorzième dimanche du Temps Ordinaire — Où est Dieu dans notre vie ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Le Seigneur désigna encore soixante-douze disciples, et les envoya deux par deux pour annoncer le Règne de Dieu ». C’est le premier envoi en mission que raconte l’Évangéliste saint Luc, et qui nous concerne tous : car nous chrétiens, nous sommes tous envoyés en mission à la suite des disciples de Jésus. Dans l’Évangile que nous lisons dimanche après dimanche, nous pouvons remarquer que les thèmes importants se développent. Dimanche dernier, il s’agissait des conditions nécessaires pour être disciple de Jésus : cela nous semblait très exigeant, car il fallait tout quitter pour se mettre à sa suite. Et aujourd’hui, l’Évangile nous parle du “déroulement” de cette mission, c’est-à-dire de l’envoi et du retour des disciples. Nous allons comprendre, au fil de cette mission, pourquoi il était si important de renoncer à tout avant de suivre Jésus : car tout quitter, c’est devenir disponible, et cela permet au Seigneur d’agir à travers nous dans la mission.

Jésus donne donc des consignes à ses disciples au moment où ils partent en mission, comme nous L’avons entendu : « Ne prenez ni bourse, ni sac, ni sandales, mangez ce qu’on vous servira… ». Après avoir quitté leur famille, les missionnaires sont encore invités à vivre dans un certain dénuement : à renoncer aussi à leur petit confort, à leurs objets familiers, à leur sécurité, à leur assurance-vie. Il s’agit d’être dans la dépendance, dans la pauvreté : apprendre à ne pas se suffire à soi-même, mais accepter de recevoir de la part des autres.
C’est justement dans ce cadre de pauvreté, que la mission des disciples va se développer. Car la puissance du Seigneur est à l’œuvre, comme nous l’entendons encore : « Guérissez les malades », dit Jésus, et au retour de mission, les disciples sont émerveillés : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom ! ». Ceux qui ont fait confiance au Seigneur, au point de renoncer à leurs certitudes et à leurs assurances, font l’expérience que Dieu agit avec force et autorité, même sur le mal et les esprits mauvais. L’émerveillement des disciples nous rappelle que si nous cherchons à asseoir notre propre autorité, nous n’arriverons pas à grand-chose ; mais si nous demandons au Seigneur de faire agir sa puissance sur le mal, alors tout sera possible et nous participerons à la victoire de Dieu.

Finalement, à travers cet envoi en mission des soixante-douze disciples, c’est toujours plus ou moins la même question qui nous est posée. Quelle est notre foi ? Voulons-nous vraiment laisser le Seigneur agir dans notre vie ? Et plus largement, comment faire en sorte que le monde accueille l’action de Dieu ? De manière très claire, ce que nous enseigne l’Évangile d’aujourd’hui, c’est que le Seigneur n’agit que si nous Lui faisons confiance (ce qui veut dire ici : quitter notre confort, abandonner nos sécurités humaines). Il met en œuvre sa puissance, seulement si nous Lui laissons de la place. Si nous ne nous ouvrons pas à sa présence, alors Il ne forcera pas notre porte : Il nous laissera dans notre prétention de nous débrouiller tout seuls (et nous finirons toujours par le regretter). Dans un autre passage, nous voyons que Jésus se heurte au manque de foi de certains : en ce cas, dit l’Évangile, « Il ne pouvait faire là aucun miracle » (Mc 6,5).
Oui, le Seigneur veut être présent dans notre vie, et Il veut nous sauver en toutes circonstances ; mais d’abord, Il accorde une immense valeur à notre liberté. En aucun cas, Il ne veut s’imposer à nous. Parfois, face aux malheurs, face aux drames de l’actualité, on pointe un doigt accusateur : « Où est Dieu ? Comment peut-Il permettre que cela se passe ? ». Mais en même temps, on maintient volontairement le Seigneur à l’écart de notre vie ; on voudrait qu’Il agisse, mais sans trop nous déranger… Si nous écartons le Christ de notre vie publique (c’est-à-dire de nos écoles, de notre société, de notre manière de vivre…), nous Lui enlevons la possibilité d’agir parmi les hommes. Sans la présence de Dieu, il n’y a plus d’Espérance, plus de raison de vivre : et on s’étonne que les jeunes soient parfois cyniques, matérialistes, ou qu’ils sombrent dans le désespoir…

Il faut le redire : nous ne pouvons pas demander à Dieu de nous protéger du mal (comme nous L’en prions dans le Notre Père), si d’abord nous ne nous convertissons pas à son Amour et si nous ne vivons pas résolument en sa présence. Lui seul a le pouvoir de « chasser les esprits mauvais », comme le dit l’Évangile ; et s’Il n’agit pas, ces esprits sont bien présents : nous les voyons à l’œuvre dans les conflits, les guerres, mais aussi les addictions, les souffrances qui nous entourent. Oui, comme le redit Jésus, « le Règne de Dieu est tout proche » ! À condition d’être disponibles à sa présence, et de laisser entrer ce Règne dans notre monde.

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Treizième dimanche du Temps Ordinaire — Être appelés avec nos frères

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

À travers les récits de ce dimanche, nous avons beaucoup entendu parler d’appels. Dieu ne cesse d’appeler des hommes tout au long de l’histoire biblique : Il appelle des prophètes comme Élie et Élisée, Il appelle aussi d’autres personnes, des rois, des prêtres… et Jésus, dans l’Évangile, appelle Lui aussi : « Viens, suis-moi ». Lorsque Dieu appelle, c’est toujours un dialogue entre deux libertés : la liberté de Dieu, qui choisit qui Il veut, et la liberté de l’homme qui Lui répond (ou ne Lui répond pas !). Le Seigneur n’appelle que des hommes libres : Il ne veut pas être obéi par force, mais Il nous demande de répondre librement, par amour, à ce qu’Il nous propose. C’est pour cela que les personnages de la Bible ont une telle densité, une telle richesse, une telle fécondité : ils sont appelés librement par Dieu, et ils déploient à son service tous les dons qu’ils ont reçus. Les prophètes, les Apôtres, ne sont pas des esclaves : ce sont des amis de Dieu qui servent par amour.

Notre paroisse, justement, est placée sous le patronage d’un de ces amis de Dieu : l’Apôtre saint Thomas, qui a été appelé par le Seigneur. Nous avons à prendre au sérieux cette présence de saint Thomas, pour écouter nous aussi l’appel que Dieu nous lance aujourd’hui. Être Apôtre, c’est non seulement être appelé par le Seigneur, mais c’est aussi être envoyé pour annoncer l’Évangile, et pour appeler à son tour d’autres personnes à cheminer vers le Seigneur. Saint Thomas, avec l’expérience unique qu’il a acquise au soir de la Résurrection, a accompli cette mission de témoignage.
Si la Bible nous parle d’appels, si saint Thomas témoigne de sa vocation, c’est pour nous rappeler quelque chose d’essentiel, à nous communauté paroissiale : la foi se transmet par des appels. Ou bien, pour être plus précis : la foi se transmet par des relations humaines, où nous nous appelons les uns les autres. On ne peut pas devenir chrétien tout seul, simplement en lisant la Bible et en prétendant connaître ainsi le Seigneur (cela arrive parfois, c’est vrai ! Mais c’est rare). Et plus encore, on ne reste pas chrétien tout seul ! On se ferait illusion si on pensait pouvoir garder le contact avec le Christ, sans être soi-même présent et vivant dans la Communauté chrétienne. Notre foi est directement dépendante des appels que nous recevons à travers nos relations humaines ; la foi dépend de la fraternité, elle dépend de la Communauté. C’est tous ensemble que nous progressons vers le Seigneur, en nous aidant les uns les autres à vivre avec davantage de générosité.
L’exemple de saint Thomas, qui a répondu à l’appel du Seigneur, nous donne donc une orientation à vivre en paroisse : si nous avons un exemple à donner autour de nous comme paroisse, c’est celui d’un lieu où l’on vit, où l’on transmet la foi (la confiance en Dieu) à travers la fraternité que nous vivons, chacun selon notre vocation. Il n’y aura pas de témoignage de foi valable, sans ce témoignage de vie fraternelle dans la paroisse.

Dieu nous appelle donc, et nous avons sans doute remarqué que son appel est assez radical. Dans la première lecture, c’était le prophète Élie qui empêchait son disciple Élisée d’aller faire ses adieux à ses parents ; et dans l’Évangile, Jésus paraît tout aussi dur avec ceux qui veulent Le suivre : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; ne regarde pas en arrière… ». Il s’agit manifestement de faire un choix ; et ce choix n’est pas toujours facile, parce que c’est un choix qui engage. Dans la vie nouvelle où Jésus nous appelle, il y a des priorités à fixer. Le Seigneur ne dit pas, bien évidemment, qu’il faut haïr ses proches pour L’aimer, Lui ; il n’y a pas de concurrence, mais un ordre à mettre dans notre vie. Il nous dit en fait que nos affections (amicales, familiales), ont à se développer avec sa présence d’amour. Toute affection qui se construit loin de Dieu, n’a pas d’avenir. Nous sommes appelés à vivre nos relations humaines en leur donnant le Seigneur comme seul fondement.
Nous pouvons donc, à nouveau, appliquer cet appel à notre Communauté paroissiale. Dans une paroisse, c’est comme dans une famille : on ne se choisit pas les uns les autres, et plus encore, il se peut très bien qu’il y ait des personnes avec lesquelles on n’a pas beaucoup d’affinités ! Ça arrive dans toutes les paroisses… Mais c’est justement là que le Seigneur nous attend, pour que nos relations entre nous soient fondées sur son Amour. Jésus ne nous demande pas d’être des “copains”, mais d’être des frères. Le témoignage de foi de notre paroisse repose sur nos relations fraternelles : « ne pas regarder en arrière », cela veut dire ne pas s’attacher à des sympathies, à des jugements, afin que notre Communauté ne vive que de l’Amour de Dieu.

Chacun, comme baptisé, est responsable de son propre témoignage, à l’exemple de saint Thomas : mais ensemble, en vivant de la force de la Résurrection du Christ, nous formons une paroisse qui fait résonner l’appel du Seigneur. Nous nous appelons les uns les autres à la sainteté, et nous appelons nos frères à la joie de l’Évangile !

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Fête du Saint-Sacrement — Connaître la Trinité par l'Eucharistie

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour.

Ce qui nous rassemble aujourd’hui, comme chaque dimanche, c’est l’Eucharistie : le Mystère du Corps et du Sang du Seigneur, qui nous est donné à chaque messe. Cette messe du dimanche a une immense importance, parce que nous avons besoin d’être nourris fréquemment de cette présence. La relation à Dieu est comme une relation familiale : si nous n’entretenons pas la relation par des rencontres, des visites fréquentes, petit à petit cette relation deviendra de plus en plus légère, inconsistante… et puis un jour elle disparaîtra complètement. Voilà pourquoi l’Eucharistie est le centre, la source, le sommet de notre vie chrétienne : et l’Église en a fait une fête spéciale, pour nous rappeler à quel point ce don de Dieu est extraordinaire, et surtout indispensable.

Cette fête du Corps et du Sang du Seigneur est célébrée le dimanche suivant la fête de la sainte Trinité, elle-même après la Pentecôte. Ce n’est évidemment pas un hasard ! Le Dieu Trinité – Père, Fils, Saint-Esprit – se fait connaître par le don de l’Esprit saint : Il nous fait rentrer dans l’intimité de son Amour. Nous sommes invités à connaître Dieu, à Le voir face à face et à y trouver le bonheur éternel. La continuité de ces fêtes successives, c’est que Dieu se fait connaître : par l’Esprit saint, et aujourd’hui par l’Eucharistie.
Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, lorsque nous entendons les paroles de Jésus : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang », nous centrons notre regard sur Jésus, et bien sûr nous n’avons pas tort ! Mais il ne faut pas oublier pour autant que l’Eucharistie n’est pas seulement un don de Jésus : elle est un don de la Trinité, une manifestation de l’Amour du Père, du Fils, du Saint-Esprit. C’est pourquoi en ce jour où nous célébrons de manière particulière le don de l’Eucharistie, nous continuons à approfondir notre relation avec le Dieu d’Amour, le Dieu Trinité.

L’Évangile que nous venons d’entendre est celui bien connu de la multiplication des pains (et des poissons), et nous y voyons un signe de l’abondance de l’Eucharistie. Lorsque le Seigneur fait des dons aux hommes, Il est généreux : Il ne donne pas juste quelques pains, mais il y a surabondance de nourriture, et même du surplus. Cette abondance de l’Amour de Dieu vient de la richesse de la communion entre le Père, le Fils, le Saint-Esprit. Dans l’Amour de la Trinité, il y a une telle plénitude que cet Amour ne peut que déborder : lorsque Dieu aime, Il aime du débordement de son Amour trinitaire. Si Jésus distribue les pains (et donc son Corps et son Sang) avec tant de profusion, Il le fait parce qu’avec son Père et l’Esprit saint, Il reverse sur les hommes les richesses de son Amour débordant. Nous n’avons qu’à ouvrir la bouche pour recevoir cette abondance d’Amour de la Trinité : c’est le seul don dont nous ayons vraiment besoin, le don gratuit et débordant de l’Amour de Dieu.

Mais il y a plus important encore : l’Eucharistie n’est pas que nourriture, elle est offrande. Saint Paul disait aux chrétiens de Corinthe (deuxième lecture) : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne ». Chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, le Seigneur se rend présent, Il rend présent le don de sa vie : nous « proclamons sa mort » et sa Résurrection. Jésus offre sa vie par amour pour nous ; Il l’offre dans l’Esprit d’Amour, et Il l’offre à son Père. Célébrer l’Eucharistie, c’est donc entrer dans l’offrande de Jésus à son Père, dans l’Esprit saint. C’est un mouvement d’Amour, sans cesse renouvelé, qui conduit tous les hommes vers le Père.
C’est pour cela que nous ne faisons pas qu’assister à la messe : nous y participons, dans la mesure où nous entrons toujours plus dans ce don d’Amour. Avec Jésus nous offrons notre vie à l’Amour de Dieu. L’Eucharistie est le sommet de notre vie, car elle nous place directement au cœur de la Trinité : avec Jésus, dans l’Esprit saint, vers le Père. Jésus nous a laissé ce don extraordinaire de l’Eucharistie, afin de nous permettre de faire comme Lui : d’offrir notre vie par amour et de recevoir la présence de Dieu.

Pour célébrer l’Eucharistie, il faut du pain et du vin, « fruits du travail des hommes » : nous venons le dimanche offrir à Dieu notre travail, toute notre vie, tout ce que nous avons fait pendant la semaine. Tout peut devenir offrande au Père : même les petites choses, les petites attentions, les gestes de générosité qui nous semblent insignifiants. Jésus accueille tout, sanctifie notre travail et l’offre au Père ; et nous entrons dans ce don d’Amour, avec Jésus. Eucharistie après Eucharistie, nous participons de plus en plus à l’Amour de la Trinité : nous devenons de plus en plus enfants de Dieu, dans l’Esprit saint, à l’image de Jésus.

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Pentecôte — L'Esprit saint fait de nous d'autres Christs

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour très saint.

« Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra, vous enseignera tout », dit Jésus. En ce jour de la Pentecôte, après avoir médité la Résurrection du Seigneur pendant cinquante jours, nous avons maintenant à nous laisser enseigner par l’Esprit saint. Qu’a-t-Il à nous dire aujourd’hui ? Qu’est-ce que l’Esprit apporte à notre monde ; pourquoi Le prions-nous, quels dons veut-Il nous faire – et quels dons a-t-Il déjà faits aux jeunes qui ont reçu le sacrement de Confirmation il y a quinze jours ?

Nous avons entendu le célèbre récit de la Pentecôte, dans les Actes des Apôtres : ce moment où, avec Marie, les disciples de Jésus sont rassemblés, pas entièrement rassurés depuis l’Ascension… Ils ne savent pas vraiment ce qu’ils attendent. C’est alors que l’Esprit saint va faire de leur petit groupe apeuré la première Église, qui est envoyée aussitôt en mission auprès de tous les peuples. « Parthes, Mèdes, Élamites… », tous les hommes entendent l’Évangile dans leur propre langue. Le feu de l’Esprit saint envoie en mission vers tous les hommes ; les membres de l’Église reçoivent cet Esprit, et peuvent alors se faire proches de tout homme, en parlant sa langue et en dialoguant avec lui. L’Esprit saint permet aux hommes de se rapprocher, de parler la même langue, de s’unir les uns avec les autres. Symboliquement, dans l’Ancien Testament, c’était l’événement de Babel qui avait séparé les hommes : ils n’arrivaient plus à se comprendre, ils étaient désunis. L’homme, avec ses propres forces, ne peut ni se réunir ni se réconcilier : c’est l’Esprit saint, l’Esprit de Dieu qui rassemble les hommes.
Nous qui sommes baptisés, nous ne devons pas oublier la grandeur de notre vocation. Le baptême a fait des nous des membres du Corps du Christ ; et l’Esprit saint ne cesse de nous renouveler. Être membre du Corps du Christ, c’est ressembler de plus en plus à Jésus. Tout au long de sa vie sur terre, Jésus a annoncé l’Évangile par des paroles, par des signes ; à chaque instant, on peut dire que Jésus était inspiré par l’Esprit qui reposait sur Lui. Sa manière d’être, ses sentiments, son amour, sa sollicitude pour les pauvres, ses paroles de guérison ; tout cela était l’œuvre de l’Esprit en Lui. L’Esprit saint est donc l’Esprit de Jésus (cf. p. ex. Ac 16,7) ; et nous qui recevons l’Esprit (particulièrement vous, qui avez reçu récemment la Confirmation !), nous sommes peu à peu transformés pour être d’autres Jésus dans notre monde.
Ainsi, chacun reçoit l’Esprit pour être orienté et renforcé dans sa propre vocation. Nous ne sommes pas tous identiques, nous ne recevons pas tous le même appel ; mais dans toute vocation il y a la présence de l’Esprit saint, et la ressemblance avec Jésus. Nous formons ensemble le Corps du Christ, chacun selon les dons qu’il a reçus de l’Esprit saint. Et ensemble, nous ressemblons de plus en plus à Jésus, nous formons de plus en plus la présence de Jésus dans ce monde. C’est pour cela que l’Esprit saint nous réunit, nous rend proches de tout homme, capables de parler son langage : parce que Jésus Lui-même s’est fait proche de chaque homme, et pour que nous continuions sa mission.

Nous recevons donc la ressemblance avec Jésus ; mais de manière plus précise, nous sommes conduits à sa suite à travers sa mort et sa Résurrection. Comme le disait saint Paul tout à l’heure, « l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous… Il donnera la vie à vos corps mortels ». Avec Jésus, nous ressuscitons ; Il nous a baptisés dans sa mort et sa Résurrection, pour que par l’Esprit saint, nous soyons pleinement ressuscités.
La présence de Jésus en nous est donc une présence ressuscitée, qui a vaincu la mort et le péché. L’œuvre de l’Esprit saint, aujourd’hui dans l’Église et à travers nous, c’est l’œuvre de Jésus ressuscité qui continue. Aujourd’hui encore par le ministère de l’Église, Jésus guérit, proclame la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Nous aussi, à sa suite, nous sommes ressuscités, unis à tous les hommes par le don de l’Esprit saint ; nous avons reçu les fruits de l’Esprit pour ressembler à Jésus ressuscité, ces dons énumérés par saint Paul (Ga 5,22) : charité, joie, paix, constance, bonté, confiance, douceur…

Voici donc qu’à la Pentecôte, notre mission commence vraiment : dans l’Esprit saint, il s’agit de continuer la présence de Jésus ressuscité. On ne peut pas se contenter de dire : dans le monde, tout va mal, « Jésus, reviens ! ». Car Jésus est déjà là, dans l’Église et par nous. En comptant sur les dons de l’Esprit, en nous laissant enseigner par l’Esprit comme les Apôtres, nous pouvons annoncer à notre tour l’Évangile, et être témoins de la puissance de la Résurrection. Jésus est le Sauveur ressuscité, nous avons reçu son Esprit !

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Septième dimanche de Pâques — L'accomplissement des promesses du Christ

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Avec ce dernier dimanche avant la Pentecôte, nous sommes au cœur de la grande Neuvaine, c’est-à-dire les neuf jours (entre Ascension et Pentecôte) où nous demandons avec plus d’insistance la venue de l’Esprit saint. Dimanche prochain, nous ferons mémoire de cet événement extraordinaire : l’Esprit de Dieu vient dans ce monde, Il vient habiter les cœurs des hommes. Dieu s’est tellement impliqué dans le monde qu’Il a créé, qu’Il vient le renouveler par son Esprit ; déjà le Fils de Dieu avait habité parmi les hommes pour un temps limité, mais désormais c’est pour toujours que notre monde est devenu la demeure de Dieu.

En cette fin du temps de Pâques, l’Église nous fait écouter un passage magnifique de l’Évangile selon saint Jean : la grande prière finale de Jésus à son Père avant de partir vers la Croix. Cette prière est en même temps une promesse, une perspective, une “description” de la vie des disciples du Christ après son départ : Jésus s’en va mais Il promet l’Esprit saint, Il annonce une vocation nouvelle et une puissance nouvelle donnée aux hommes qui croiront en Lui.
Pour être plus précis, le Seigneur Jésus nous appelle à vivre deux dimensions qui forment notre vocation : être Un en Lui, et contempler la Gloire de Dieu. En effet, d’abord Il prie son Père pour cela : « Que tous soient Un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » Notre premier appel – ce qui fait la particularité de la foi chrétienne –, c’est que nous sommes appelés à entrer dans l’unité de la sainte Trinité : tout comme Jésus, son Père, l’Esprit saint, sont Un dans l’Amour divin, nous aussi nous sommes faits pour être Un. Cela n’enlève rien à la diversité des vocations de chacun, mais le peuple de Dieu est unifié par l’Unité de la Trinité. Et puis d’autre part, Jésus prie aussi son Père pour que nous entrions dans la contemplation de la Gloire de Dieu : « Père, qu’ils soient avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée ». Tous les hommes sont appelés à voir la Gloire de Dieu, à être devant Dieu face à face, et à recevoir ainsi le bonheur éternel (bonheur tellement infini que nous avons bien du mal à nous en faire une idée !).

Notre vocation éternelle consiste donc en cela : être Un en Dieu, et contempler la Gloire de Dieu. Cela peut paraître un peu éloigné, réservé à l’au-delà ; et c’est vrai que nous ne vivrons cela en plénitude que lorsque nous aurons quitté ce monde. Mais en même temps, ce bonheur n’est pas seulement « à-venir » : il est déjà là, nous pouvons déjà vivre aujourd’hui cet accomplissement de notre vocation. Être chrétien, c’est comprendre que les promesses de Dieu sont déjà accomplies, parce que Jésus est vainqueur et nous a envoyé l’Esprit saint.
Si nous nous examinons nous-mêmes, nous voyons bien quels sont nos désirs les plus profonds. Nous sommes souvent blessés par des disputes, des conflits ; nous voyons que le monde va de guerre en guerre, d’affrontement en rupture. Notre premier désir est donc un désir de paix, d’unité. Ne faire qu’Un avec tous les hommes, c’est ce que nous souhaitons. Et en même temps, nous sentons bien que les hommes ne seront vraiment réconciliés comme frères que s’ils accueillent un seul Dieu comme Père. Nous désirons donc aussi voir ce Dieu qui est la source de notre vie : en Lui seul nous trouverons la réponse à toutes nos questions. Vivre dans l’unité et voir Dieu : ce que tous les hommes cherchent, nous pouvons en vivre pleinement dès maintenant, si nous nous mettons résolument à la suite du Christ.

Pour nous préparer à la fête de Pentecôte, il s’agit donc de prendre au sérieux ces promesses que Jésus nous fait en priant son Père, et qui sont déjà accomplies. Et cela porte en même temps une série d’exigences : on ne peut pas prétendre connaître Dieu, si l’on fait n’importe quoi et si l’on vit n’importe comment ! Être déjà dans l’accomplissement des promesses, c’est être libéré des convoitises de ce monde : donc l’égoïsme, l’envie, la jalousie, la colère, la malveillance, ne doivent plus nous guider. Être Un avec le Père, le Fils et l’Esprit saint, cela veut dire que nous pouvons aimer, pardonner à nos frères, demander pardon, nous réconcilier. Ce que nous vivrons éternellement, nous pouvons le vivre dès maintenant, car le Christ nous a délivrés.
Jésus conclut ainsi sa prière : « Pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. » : nous pouvons accueillir en nous la source de l’Amour, Dieu Lui-même. Et ainsi, comme saint Étienne (première lecture), nous ne craignons plus rien : Dieu est à la première place dans notre vie, et nous sommes Un en Dieu. Prions l’Esprit saint pour que les promesses de Jésus s’accomplissent en nous !

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Cinquième dimanche de Pâques — L'Église de Dieu que nous formons

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Aimez-vous les uns les autres » : ce commandement de Jésus – « commandement nouveau » –, c’est d’abord un signe qui nous est proposé. « Tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres ». Il ne s’agit pas d’une loi morale, mais d’une vie spirituelle qui nous est donnée : Dieu nous a aimés le premier, nous ne vivons que par cet Amour, et nous avons à exercer cet amour auprès de nos frères. L’amour qui vient de Dieu est universel, il est le signe le plus manifeste de la Victoire du Christ sur la mort. C’est pourquoi Jésus nous parle de sa Gloire : par sa Résurrection, Il est glorifié, et nous pouvons participer à cette Gloire de la Résurrection. Désormais, le péché est vaincu. Il n’est plus temps pour nous de garder des rancunes, des disputes, ni d’entretenir des regrets : mais il s’agit de progresser ensemble, dans l’amour, vers le Royaume de Dieu : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Oui, nous vivons aujourd’hui de la Résurrection du Seigneur. Et le lieu où nous en vivons, où nous recevons cette force de la Résurrection, c’est l’Église que nous formons. Il est essentiel, en ce temps de Pâques, de sortir de notre individualisme pour comprendre que nous participons ensemble, en Église, à la Résurrection. « Aimez-vous les uns les autres », c’est un commandement qui fonde la Communauté de l’Église. Nous ne sommes pas seuls devant le Seigneur, nous ne sommes pas ressuscités tout seuls ! L’Amour que nous recevons nous permet de vivre dans une communauté qui se reçoit de Dieu. C’est dans l’Église que nous avons reçu le baptême ; dans l’Église que nous continuons de recevoir les sacrements, que nous entendons la Parole de Dieu, que nous vivons l’amour fraternel. C’est l’Église que Dieu a choisie pour engendrer des croyants et pour transmettre l’Évangile. Dans la deuxième lecture (Apocalypse), saint Jean nous décrivait « la ville sainte, la Jérusalem céleste, la demeure de Dieu avec les hommes » : cette ville sainte, c’est l’Église où règne l’Amour donné par Dieu.

Il nous faut donc retrouver le vrai sens de l’Église – surtout à notre époque. Bien sûr, on peut lire la presse et se joindre aux condamnations faciles : l’Église a fait ceci, elle a laissé faire cela, l’Église a protégé tel ou tel criminel… Les hommes sont pécheurs, c’est certain ; et même des hommes avec de grandes responsabilités dans l’Église, ont pu agir de manière négligente ou scandaleuse. Mais l’Église reste la « Jérusalem céleste » sanctifiée par Dieu, elle est toujours la « fiancée parée pour son époux » ; elle continue de nous transmettre le Christ, nous continuons d’être nous-mêmes les « pierres vivantes » (1P 2,5) qui édifient le peuple de Dieu. Et malgré les péchés de certains, il y a toujours des Saints dans l’Église ! Nous en connaissons tous autour de nous, des personnes qui agissent discrètement, qui se dévouent sans bruit, qui sont témoins de l’Évangile. Et puis il y a encore les grands Saints, ceux qui rayonnent de charité : pensons à des gens comme Jean Vanier, qui a fait tant de bien. C’est cela l’Église, c’est cela le Temple où Dieu demeure, là où le Christ continue de vivre ressuscité et transmet sa force de Résurrection. Si l’Église n’apparaît pas assez sainte à ce monde, c’est aussi parce que nous-mêmes, nous sommes des pécheurs, et que l’Amour de Dieu ne rayonne pas assez à travers nous !

Nous ne devons donc pas perdre l’Espérance, même si aujourd’hui l’Église est souvent mal traitée. Elle est là pour proposer la foi à tous les hommes, de manière visible ; elle annonce l’Évangile, et ne cesse d’être renouvelée par l’Esprit saint. Nous lisions tout à l’heure l’action de Paul et Barnabé, qui « désignent des Anciens [c’est-à-dire des évêques et des prêtres] pour les communautés, et après avoir prié et jeûné, ils confient au Seigneur ces hommes qui ont mis leur foi en Lui ». Sans doute, aujourd’hui nous manquons de foi, si bien que nous manquons en même temps des personnes qui se consacrent au Seigneur pour le service des hommes ; mais l’Esprit de Dieu ne nous laissera jamais manquer.
Si nous suivons le commandement du Seigneur, si nous avons de l’amour les uns pour les autres, alors les hommes retrouveront le chemin de l’Évangile et de l’Église ; ils comprendront que la foi en Jésus ressuscité est la plus belle chose qui nous soit donnée, et l’unique direction qui puisse guider nos vies. Nous avons à affirmer, simplement mais avec conviction, que nous faisons partie de l’Église, et qu’elle transmet l’Évangile au monde. Dans la lumière de la Résurrection, dans l’Église, nous pouvons nous aimer les uns les autres !

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Troisième dimanche de Pâques — Nous sommes entrés dans l'Éternité

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Jésus ressuscité d’entre les morts se manifeste à ses disciples » ; et d’après l’Évangile, cela arrive plusieurs fois. C’est tout le sens du temps de Pâques, que de nous faire entrer toujours plus dans la joie de la Résurrection : nous rappeler que Jésus ressuscité s’est montré aux hommes, que cette Résurrection est véritable : elle n’est pas le fruit de l’imagination des disciples. « Christ est vraiment ressuscité, Il a vaincu la mort ! » Chaque dimanche nous faisons mémoire de cette Résurrection, de la joie de cette Vie nouvelle. Cette joie, rien ne peut l’égaler ; et aujourd’hui, en célébrant les baptêmes de tous ces enfants petits et grands, nous ressentons quelque chose de cette joie de la Résurrection. Le Baptême est une nouvelle naissance qui est offerte à tous les hommes. Et passer par cette naissance, comme dit Jésus, c’est « renaître d’en haut » (Jn 3,7). Toute naissance est un sujet de joie : en renaissant dans la force de l’Esprit saint, vous tous chers enfants, vous allez recevoir une joie immense (et nous aussi, qui vous accompagnons : parents, parrains et marraines, et tous les chrétiens de notre assemblée). La joie du Baptême et la joie de la Résurrection, c’est finalement une seule et unique joie, qui vient de la certitude que l’Amour de Dieu est vainqueur !

En recevant le Baptême, vous les enfants, et nous qui sommes déjà baptisés, nous comprenons que la mort n’aura plus jamais le dernier mot, puisque Jésus est ressuscité et qu’Il nous fait participer à sa Résurrection. Dans notre vie, nous cherchons le bonheur, mais il y a souvent des difficultés, des épreuves, des disputes, des malentendus, des blessures. Nous avons du mal à aimer, à pardonner et à demander pardon ; en outre, nous avons souvent peur de l’avenir. On essaie de se donner l’impression de s’en sortir tout seul, on se croit solide… mais au fond de nous, nous savons bien que le vrai bonheur est plus que cela : il ne s’agit pas simplement de “vivre au jour le jour”, mais de nous ouvrir à une nouvelle dimension. Ce ne sont pas les “petits bonheurs” de chaque jour qui font une vraie joie : notre cœur a besoin de bien davantage.
Nous avons entendu l’Évangile qui se situe peu après la Résurrection, à un moment où malgré les signes, Pierre, Thomas, les autres Apôtres, ne croient pas encore pleinement que Jésus est ressuscité (ou bien ils n’osent pas y croire). « Simon-Pierre leur dit : “Je m’en vais à la pêche” ». Après tout ce qu’il a vécu, ces trois ans passés avec Jésus et tous les signes qu’il a vus, on sent que Pierre a perdu tout espoir. Il reprend son activité ancienne, il part pêcher sur le lac ; mais il n’y a en lui aucune espérance, aucune joie. En l’absence de Jésus, la vie est triste, morose, sans intérêt, sans fruit – même après une nuit de travail, les filets restent vides. Si Jésus est absent, ce n’est pas dans la vie quotidienne que nous trouvons le bonheur : il n’y a que des activités répétitives et ennuyeuses. Il faut que Jésus vienne Lui-même donner sa présence, sa joie, pour que le travail des pêcheurs ait un résultat (et un résultat abondant !).

Cette présence de Jésus qui donne la vie, nous l’avons tous vécue, expérimentée, à un moment ou un autre de notre vie. Nous ne sommes pas faits pour une existence monotone, mais pour une vie éternelle en présence de Dieu. Vous les enfants qui avez cheminé vers le Baptême ; vous, les parents qui présentez vos petits enfants pour qu’ils soient baptisés ; et nous tous déjà baptisés, nous avons la conviction que notre vie est appelée à l’éternité. Dieu seul, en ressuscitant son Fils Jésus, peut nous donner à nous aussi de vivre comme des ressuscités, de ne plus être soumis à la fatalité de la mort et de la tristesse. Nous sommes pareillement certains que le chemin privilégié pour participer à cette Victoire du Seigneur (pour devenir éternels avec Jésus), c’est le Baptême qui nous fait « renaître d’en haut ». Être baptisés, c’est mourir et ressusciter avec Jésus, et échapper ainsi pour toujours à la mort. En ressuscitant par le Baptême, nous entrons dans l’Éternité, notre vie tout entière entre dans l’Éternité : même les petites choses, nos « petits poissons » de chaque jour, tout cela est illuminé par la présence de Jésus ressuscité. Rien ne peut combler notre cœur, sauf cette présence et cet Amour du Seigneur !

Vivre ce temps de Pâques, c’est donc entrer dans cette extraordinaire nouveauté. Tout est renouvelé, et les nouveaux baptisés eux-mêmes sont renouvelés. Jésus ressuscité vient faire irruption dans notre vie, la transformer et nous donner la vraie joie. Cette joie, nous devons la partager ! Comme les Apôtres (première lecture), auxquels on a interdit de parler de Jésus ; mais ils ne peuvent se taire, car l’Évangile est une force qu’on ne cache pas. Nous aussi, porteurs de la Bonne Nouvelle, on peut bien se moquer de nous, railler l’Église et critiquer notre foi : nous ne pouvons nous taire car Jésus s’est manifesté ! Nous sommes entrés dans l’Éternité : Jésus est ressuscité.

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Vigile de Pâques — L'homme n'a besoin que de Dieu

Avant de lire l’homélie, je peux prendre le temps de lire toutes les lectures de cette Nuit très sainte.

C’est une bien longue histoire que nous venons d’entendre, à travers les extraits de l’Ancien Testament qui sont lus à cette Vigile de Pâques. C’est l’histoire de Dieu qui crée le monde et parle aux hommes ; c’est l’histoire des hommes qui essaient de répondre à Dieu, mais qui mystérieusement, refusent souvent de vivre en sa présence et de L’aimer. C’est encore l’histoire de la foi d’un peuple, au travers des événements parfois tragiques qui jalonnent son existence. Et puis, surtout, c’est l’histoire d’une délivrance qui nous est racontée ce soir. Dieu ne veut que le bonheur et la vie de sa Création, mais l’homme choisit d’exercer sa liberté en rejetant Dieu. Si bien qu’il va falloir libérer l’homme de lui-même. Dieu ne veut qu’une seule chose : nous délivrer de ce qui nous éloigne de notre propre vocation. Il nous crée, Il sait comment nous pouvons nous diriger vers le bonheur éternel, vers l’épanouissement de notre vocation. Tout au long de cette histoire biblique, le Seigneur se penche vers l’homme pour le guider, lui indiquer le bon chemin. Et nous-mêmes à notre époque, d’une certaine manière nous faisons partie de cette histoire biblique, nous continuons le récit de l’Alliance et de la délivrance données par Dieu : ce soir, Julia va entrer à son tour dans cette Alliance en renaissant dans la Miséricorde de Dieu. L’histoire de la foi, de la délivrance, continue pour les siècles !

Pour accueillir la délivrance donnée par Dieu, il nous faut d’abord reconnaître que nous en avons besoin. Les récits bibliques nous présentent souvent des situations désespérées, comme le passage de la mer Rouge, pour nous rappeler que la puissance de Dieu dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Moïse et le peuple d’Israël sont encerclés, face à la mer, et aucun espoir n’est permis ; pourtant Dieu va réaliser l’impossible pour les délivrer du pouvoir de Pharaon. Il nous est bon parfois d’expérimenter notre impuissance : comprendre que seuls, nous ne pouvons rien. Nous ne pouvons pas nous délivrer nous-mêmes du mal et du péché. Nous ne pouvons même pas vraiment aimer avec nos propres forces : on peut essayer de vivre une certaine fraternité, un certain « vivre-ensemble » comme on dit, mais ce sera toujours limité ; et si nous refusons que Dieu nous enseigne comment aimer, nous tomberons dans l’égoïsme et la violence.
Tous seuls, nous sommes comme les Hébreux face à la mer Rouge : tristes, découragés, sans espérance. Combien de nos contemporains n’ont pas la joie de connaître la puissance libératrice du Seigneur, et vivent dans l’obscurité ; cette même obscurité où tout à l’heure, nous sommes entrés dans l’église, jusqu’à ce que les lumières de la Résurrection chassent les ténèbres !
Au cours de la Semaine sainte, de la même manière nous avons vu grandir le mal, le refus de Jésus, qui a conduit à la souffrance et à la mort. Si nous en restons à la Croix de Jésus, nous sommes tentés par le découragement. Dans les situations difficiles de notre vie, quelle espérance pouvons-nous avoir si nous n’avons pas confiance dans la puissance du Seigneur ?

Ce long chemin de foi entre Dieu et l’homme nous enseigne donc une chose essentielle : l’homme ne se trouve lui-même que dans le dialogue avec Dieu. Si nous ne recherchons pas l’Amour du Seigneur de tout notre cœur, il manquera toujours une dimension essentielle à notre vie : un monde sans Dieu sera froid, individualiste, triste, désespéré. L’image du sel, que l’on met parfois dans l’eau du baptême, est parlante : sans sel, les aliments peuvent sembler savoureux, mais en fait ils sont fades et n’apportent aucune joie. Si l’on met dans notre vie le sel de la présence de Dieu, alors – même si extérieurement on ne voit pas toujours le changement – tout sera transformé. Avec le Seigneur, notre existence a la saveur, la joie qui nous guide à tout moment. Même lorsque parfois nous nous trouvons devant des situations difficiles ou désespérées (« face à la mer Rouge »), le Seigneur saura toujours nous montrer un chemin de libération surprenant, inattendu.

Non seulement le Seigneur nous promet la saveur de sa fidélité, mais Il nous donne en même temps une famille où vivre cette joie : c’est l’Église dans laquelle ce soir, Julia, tu vas entrer pleinement par le baptême. Dieu ne veut pas nous libérer individuellement, et Il ne veut pas non plus que la saveur de notre vie soit une saveur égoïste : lorsqu’il sauve Moïse, il ouvre un chemin pour tout le peuple. C’est en étant sauvés ensemble, que nous devenons un peuple : le peuple de Dieu. Ensemble nous recevons l’adoption filiale, nous devenons enfants de Dieu et frères de Jésus, nous accueillons l’unique Esprit saint qui nous transforme. L’Église est l’image de la famille humaine réconciliée par le Seigneur. Bien sûr, nous savons que le péché est toujours à l’œuvre : cette année nous a montré douloureusement les crimes inexcusables de certains membres de l’Église, et cela nous blesse en profondeur. Mais la promesse du Seigneur reste active, agissante dans son Église. Le prophète Ézéchiel nous transmettait tout à l’heure une Parole de Dieu qui semble être dite pour nous : « Vous avez profané mon saint Nom. [Mais] je vous rassemblerai de tous les pays, je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon Esprit ». Dans l’Église, l’humanité reçoit le don de la réconciliation. Parce que le Seigneur nous donne un « cœur de chair », nous vivons réconciliés, et nous pouvons montrer aux hommes la joie de faire partie de son Église.

Oui, nous avons tellement besoin que le Seigneur nous parle ! En nous il y a une immense soif de connaître Dieu. Et que disait justement le prophète Isaïe ? « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! […] Prêtez l’oreille, venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. » Chaque année, la Vigile de Pâques nous permet d’inscrire notre désir de Dieu dans la longue histoire des hommes. Depuis que le monde est créé avec amour [première lecture], depuis que l’homme admire la beauté du monde, nous avons soif de connaître Celui qui nous donne la vie. Depuis les premiers hommes, depuis Abraham… jusqu’à Julia ! nous portons tous en nous le désir de Dieu, le désir de comprendre qui nous sommes, à l’image de Dieu.

En cette Nuit très sainte, toutes les promesses de Dieu s’accomplissent avec la Résurrection du Seigneur Jésus. En un seul événement, tout est résumé : la Création est re-créée, l’homme est délivré, réconcilié ; la mort est vaincue, le mal est absorbé par la puissance de Dieu, notre cœur est renouvelé et comblé d’Amour ; l’Esprit de Dieu est donné aux hommes, et les nouveaux baptisés deviennent enfants de Dieu. Nous n’avions besoin que de la présence du Seigneur pour atteindre le bonheur éternel que nous attendions : cette présence nous est donnée pour l’éternité. Jésus est vivant, Il est ressuscité, nous sommes libérés !

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Cinquième dimanche de Carême — La Création re-créée

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Ce dialogue entre Jésus et les pharisiens est toujours étonnant à entendre : alors que la question est grave, qu’il s’agit de la vie d’une femme qui risque la lapidation, Jésus semble s’en désintéresser. L’Évangile nous dit : « Jésus s’était baissé, et du doigt il écrivait sur la terre ». Qu’est-ce que cela veut dire, ce geste surprenant de jouer avec la poussière, comme s’il n’y avait rien de plus important ?
On voit que Jésus va amener les pharisiens à reconnaître la dignité de cette femme. Elle qui était traînée devant le tribunal, menacée de mort, elle qui était réduite à son péché et avait perdu tout honneur et tout respect, la voilà rétablie dans sa dignité de fille de Dieu. Pécheresse, adultère, certes, mais toujours fille de Dieu ! Et c’est le regard du Christ, la Miséricorde du Christ, qui lui redonne cette identité. Jésus a rétabli, re-créé cette femme : Il a fait une « nouvelle Création » en remettant cette femme sous le regard d’Amour de son Père. On peut penser que tout comme l’homme avait été créé à partir de la « poussière tirée du sol » (Gn 2,7), Jésus recrée cette femme par ce geste inattendu de dessiner dans la poussière. C’est la nouvelle Création qui est à l’œuvre par la Miséricorde du Seigneur.

Alors qu’approche la fête de Pâques, l’Église nous propose donc de méditer sur cette Création renouvelée, dont la Résurrection du Christ est la source. Nous avons entendu un magnifique passage du prophète Isaïe : « Voici que je fais toute chose nouvelle ! Il y aura de l’eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides… » Le Seigneur vient pour renouveler toute la Création. Ce sont des thèmes qui sont surtout liés à la période de l’Avent, lorsque nous préparions la venue du Christ à Noël ; mais nous retrouvons ces thèmes aujourd’hui en Carême, puisque le Christ ressuscité vient tout renouveler. Jésus, qui est venu pour nous à Noël, accomplit pleinement sa mission en entraînant avec Lui, dans sa Résurrection, toute la Création.
Le Carême est un temps important pour que nous prenions conscience du péché. En comprenant l’étendue de notre péché, nous comprenons aussi qu’il y a des déséquilibres dans nos vies, qui sont dus à l’oubli de Dieu : égoïsme, orgueil, recherche de la possession… Et ces déséquilibres ont encore des conséquences dans ce qui nous entoure : quand le pape François nous parle de sauvegarde de la Création, il nous dit que la source des inégalités se trouve dans le cœur de l’homme. C’est par l’égoïsme, la soif de plaisirs et de biens, la cupidité… que la Création est abîmée, blessée. Si nous voulons soigner notre environnement, il faut commencer par soigner notre propre cœur ! Et c’est justement ce temps de préparation à Pâques qui doit nous le permettre. Le Christ a renouvelé la Création par sa Résurrection au matin de Pâques, et il s’agit pour nous, maintenant, de l’accueillir dans nos vies. Tout est lié : le don de Dieu vient renouveler nos cœurs, nos familles, notre monde. L’accomplissement des promesses du Seigneur passe par notre conversion : nous avons à accepter de nous laisser réconcilier, avec Lui, avec nos frères, avec nous-mêmes, et avec le monde qui nous entoure.

Dans le passage de l’Évangile, nous assistons donc en direct à un extraordinaire renouvellement. Par le don de Dieu, don gratuit de la Miséricorde de Jésus face à cette femme, les relations entre les hommes sont re-créées. La communauté humaine était divisée par le péché, les jalousies, les jugements mutuels : on s’envie, on se méprise, on se traite de pécheur, on se lapide les uns les autres… Mais voilà que le Seigneur accueille les pécheurs, et cela fait grincer les dents ! Car Il veut manifester aux yeux de tous que le monde nouveau est arrivé, un monde où la loi suprême est la Miséricorde. Et désormais, nous ne sommes plus enfermés dans l’ancien monde, celui des accusations et des jugements : nous sommes libérés, recréés pour vivre de cette Miséricorde. La force du Christ ressuscité dépasse nos points de vue, nos petites opinions, nos condamnations…

Lorsque parfois tout semble aller mal dans le monde, l’approche de Pâques nous ramène à la puissance de renouvellement du Seigneur. Rien n’est jamais perdu dans la logique de Dieu : des personnes qui ne connaissaient pas le Seigneur demandent le baptême [pensons à Julia et aux catéchumènes], les conflits prennent fin, les pécheurs (« femmes adultères ») d’aujourd’hui se convertissent, les familles se réconcilient… Nous entrons dans un nouveau monde où tout est transformé. Lorsque Jésus dit à la femme : « Je ne te condamne pas », ce n’est pas juste un “coup d’éponge” sur ses péchés : c’est une re-création. Avec tous les hommes et toute la Création, nous sommes renouvelés à l’image du Christ !

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Troisième dimanche de Carême — « Celui qui est »

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? » Ce n’est pas seulement le titre d’un film (et même de deux films), c’est d’abord un dicton. Quand des difficultés sérieuses nous tombent dessus, quand la vie devient trop dure, on se tourne spontanément vers le Seigneur ; et on Lui dit : « Seigneur, qu’est-ce que je T’ai fait pour que Tu me traites si durement ? » C’est un réflexe bien naturel, si on croit que tout vient de Dieu. [Notons en passant que cela suppose aussi qu’on remercie le Seigneur lorsque notre vie est belle et joyeuse : n’oublions pas cela !]
Dans les difficultés, on se tourne donc vers Dieu. Et naturellement, on a tendance à croire que le mal qui nous arrive est une punition. Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu… Comme Job, dans l’Ancien Testament, qui ne comprenait pas quel péché il avait pu faire pour susciter un tel châtiment. C’est bien cette même question qui traverse l’Évangile que nous venons d’entendre : voilà des pauvres gens qui ont été massacrés par Pilate ; et encore dix-huit autres qui ont été tués dans un accident. Mais eux, qu’est-ce qu’ils avaient fait au bon Dieu ? Pourquoi ce mal, pourquoi cette souffrance ? Quelle est l’origine du mal ; est-ce que les gens morts étaient « plus coupables que les autres », est-ce un châtiment divin ?

Si nous lisons ce passage au temps du Carême, ce n’est évidemment pas un hasard. Le Carême est un temps pour nous convertir, pour reconnaître la présence du Seigneur dans nos vies ; et c’est exactement le sens de la réponse de Jésus. Ces événements tragiques, incompréhensibles, Jésus ne prétend pas les “expliquer” en disant : « Voilà pourquoi ces gens sont morts ». Nous nous approchons du temps de la Passion du Christ : Jésus n’explique pas le mal, mais Il décide de prendre sur Lui toute la souffrance des hommes. Avec les personnes mortes tragiquement ; avec les survivants qui pleurent sans comprendre ; avec tous ceux qui souffrent de la maladie, du deuil… Jésus va Lui aussi entrer dans la souffrance. Pour nous sauver du péché, Il va porter sur Lui toutes les conséquences du mal et du péché.
Il ne nous dit donc pas : « Voilà la raison de ces tragédies », mais Il nous dit : « C’est un appel à se convertir ». Jésus, qui va souffrir pour tous les pécheurs, nous invite à reconnaître que nous sommes nous-mêmes des pécheurs. Ce ne sont pas, bien sûr, les victimes des catastrophes et des massacres qui sont plus pécheurs que les autres ; mais ces catastrophes, elles, sont bien la conséquence du mal, du péché de l’homme. Mystérieusement, ce que nous voyons, tout ce qui va mal dans le monde, vient plus ou moins clairement de la séparation de l’homme et de Dieu. Il y a dans le monde un déséquilibre, un dérèglement, dont la source est le péché de l’homme. Notre cœur partagé, désireux de faire le bien mais tenté par le mal, entraîne à sa suite le monde entier : nous sommes solidaires entre nous, dans le bien comme dans le mal.

Alors que faire face au mal ? Faut-il se révolter contre Dieu, se venger ? La conversion, cela veut dire “revenir à Dieu” ; et c’est à cela que nous sommes appelés. Car si parfois nous ne Le voyons pas, Lui, le Seigneur, est toujours avec nous pour nous sauver. Nous avons entendu (première lecture) l’appel de Dieu à Moïse : « J’ai vu la misère de mon peuple, je connais ses souffrances ». Tout ce que Dieu veut, c’est nous sauver du mal ! Et nous pouvons compter sur Lui.
Avec Moïse, le Seigneur révèle Qui Il est ; c’est une simple phrase, mais infiniment riche. Dieu dit : « Je suis qui je suis », ou encore : « Je suis Celui qui est ». Dieu est : voilà son Nom. Il est, c’est-à-dire qu’Il ne change pas, qu’Il est toujours le même, plein d’Amour et de Miséricorde ; qu’Il ne se laisse pas décourager, irriter par les péchés des hommes. Il est, c’est-à-dire qu’Il est toujours là, au plus près de notre cœur, qu’Il est présent partout, proche des victimes, proche de ceux qui souffrent ; qu’Il entend nos cris, nos prières, nos détresses, surtout lorsque nous ne comprenons pas « ce que nous avons fait au bon Dieu »… Il est, donc Il est vainqueur du mal et de la mort.

L’attitude de ce temps de Carême, c’est donc d’abord la confiance. Il faut combattre le mal, bien sûr, mais il ne s’agit pas de se révolter : il s’agit de se convertir. Comme l’écrit saint Paul, « Sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12,21). Se convertir, c’est-à-dire revenir à « Celui qui est », cheminer vers l’Amour de Dieu [comme Julia qui fait ce chemin en préparant son baptême]. Il nous attend avec patience, comme nous le disait l’Évangile à propos du figuier : Dieu est, donc Il a tout le temps ! Quand nous sommes victimes du mal, nous avons à reconnaître que nous sommes aussi parfois les complices du péché. Le Carême, c’est le moment de nous demander, non pas « ce que nous avons fait au bon Dieu », mais plutôt « comment revenir au bon Dieu ? »

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Premier dimanche de Carême — Appel décisif des catéchumènes

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Frères et sœurs, en inaugurant le Carême, nous sommes entrés dans un temps de combat spirituel qui nous invite à renoncer à Satan et à ses séductions, renoncer à nous laisser dominer par les attraits de la jouissance et de la consommation, du pouvoir et de la richesse, et de l’orgueil, pour remettre Dieu en premier dans nos vies et trouver en Lui notre liberté et notre plénitude. Les catéchumènes qui sont au milieu de nous comptent sur notre engagement et notre soutien pour apprendre eux-mêmes à renoncer au mal et à choisir la vie en écoutant la Parole de Dieu et en la mettant en pratique. Hélas, l’actualité a montré aux yeux du monde que des hommes d’Église sont tombés gravement ; ils ont cédé à la tentation du pouvoir de la chair ; par leur comportement pervers, ils ont provoqué de très graves blessures chez les fidèles qui leur étaient confiés par Dieu ; ils ont ébranlé la foi de certains chrétiens. Les révélations horribles de ces derniers jours sont un appel à prendre sérieusement le chemin de la conversion, car aucun de nous n’est à l’abri de telles déviations, s’il ne se convertit pas.
Il nous faut choisir : ou la vie ou la mort ! Choisir le Christ, c’est accepter de s’engager avec Lui dans une relation vraie, une relation d’amitié, qui demande à être entretenue tous les jours de la vie. Celui qui veut être chrétien apprend à écouter le Christ, à méditer sa Parole, à vivre dans sa lumière. Il apprend à discerner sa volonté, à faire ce qu’Il demande, à collaborer à son œuvre. La foi chrétienne n’est pas une simple adhésion à une association ; elle n’est pas réductible à des idées ; elle n’est pas un mouvement culturel ; elle n’est pas une assurance tous risques. Elle est une relation vivante à Dieu, par Jésus-Christ, dans la force de l’Esprit Saint ; elle est une manière de vivre selon Dieu et de façon pleinement humaine, puisque l’être humain a été créé à l’image de Dieu. La foi chrétienne est un engagement à travailler au Royaume de Dieu.
On ne devient pas chrétien pour se servir de manière égoïste, pour profiter d’un système, mais pour se donner à Dieu et à nos frères et sœurs, selon la volonté divine et non selon nos seuls points de vue.

Ensemble donc, nous, baptisés qui voulons persévérer dans notre chemin de conversion et catéchumènes qui veulent devenir disciples du Christ, entrons, à la suite du Peuple Hébreux et de tous les croyants qui nous ont précédés, dans le désert, conduits par l’Esprit Saint, pour vaincre avec le Christ. Prenons les moyens de nous mettre un peu à distance des bruits du monde, et évitons la dispersion. Allons au désert humblement, sans présomption, comptant sur la miséricorde inlassable de Dieu, sans duplicité ni tromperie, nous appuyant sur la Parole de Dieu, dans la désappropriation et la disponibilité du cœur.
Comme nous y invite la première lecture, commençons par faire mémoire des merveilles que le Seigneur a réalisées pour nous. Si nous sommes ici, c’est que Dieu a mis dans nos cœurs une attente, un désir, une quête de sens ; Il est venu au-devant de nous d’une manière ou d’une autre, à travers telle personne, telle communauté, tel évènement, ou dans le silence du cœur. Il nous a parlé ; que nous a-t-Il dit ? Rappelons-nous sa Parole et tous les signes qu’Il nous a faits. Rappelons-nous l’expérience que nous avons pu faire de son pardon. Chaque jour, Il fait briller son soleil ou tomber la pluie, chaque jour Il nous comble d’innombrables dons que souvent nous ne savons même plus voir, ou que nous considérons comme des dus. Faire mémoire des bienfaits de Dieu, Le remercier pour tous ses dons, nous aide à garder du recul face à la logique consumériste, face à ces désirs inutiles sans cesse excités par notre société de consommation. Rendre grâce à Dieu pour tous ses dons et tous les signes de son amour nous aide à jeûner de manière juste, et à partager avec nos semblables, surtout ceux qui sont dans le besoin. L’homme ne vit pas seulement de pain ou de confort matériel.

Le désert est le lieu du silence et de l’écoute. Prenons les moyens de méditer davantage la Parole de Dieu. C’est en quelque sorte, la deuxième chose à faire pendant le Carême. Elle est une vraie nourriture, elle apaise notre faim et notre soif. Elle fortifie notre foi, elle suscite en nous une réponse qui est l’acte de foi qui naît dans le cœur et est proclamé par nos lèvres. Le Carême est le temps pour nous dire et redire en qui nous mettons notre foi. La Parole de Dieu méditée vient toucher profondément le cœur, Elle est une vraie rencontre du Ressuscité, Elle suscite un vrai don de nous-mêmes. Croire c’est se donner à Dieu, Lui remettre notre vie, la construire sur Lui. Dans le désert et surtout dans les combats, il est bon de redire des actes de foi : « Jésus, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ; « je crois en toi » ; « j’ai confiance en toi »… « C’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut », disait saint Paul dans la deuxième lecture.

C’est avec la mémoire ravivée des merveilles du Seigneur et le cœur nourri de sa Parole que nous pouvons aborder le combat spirituel. Nous ne pouvons nous sevrer de comportements désordonnés, d’attachements stériles aux richesses, de relations malsaines, de soif de pouvoir, d’une consommation exagérée, que si nous goûtons aux vrais biens, si notre relation à Dieu nous pacifie et nous unifie, si nous sommes nourris de nourritures spirituelles solides et fortifiantes. Tout cela nous est donné dans le Christ, particulièrement dans son mystère pascal, dans sa mort et sa résurrection. En Lui nous goûtons le pardon des péchés, nous apprenons à vivre habituellement du sacrement de la réconciliation. Il n’est pas possible à l’être humain de se sortir de la logique du mal sans l’œuvre de Jésus, le Fils de Dieu, sans sa lumière et sa grâce, sans faire mémoire de ses bienfaits, ce que nous faisons particulièrement dans l’Eucharistie, sans le don du Saint Esprit. Le but du combat est de remettre Dieu à sa juste place, comme Origine et Fin de toutes choses, comme Celui de qui nous recevons tout et à qui tout est rapporté. Alors, par sa grâce, nous sommes libérés de la fatalité du mal et du péché, nous entrons dans l’Alliance Nouvelle et Éternelle, dans la liberté des enfants de Dieu, nous apprenons à vivre en vrais fils et filles de Dieu, sous la conduite de l’Esprit Saint. Nous pouvons alors combattre le combat de la justice et de la miséricorde, annoncer sans relâche la Bonne Nouvelle aux pauvres, travailler à l’édification du Royaume de Dieu.

Avec confiance, entrons avec Jésus dans le combat de Dieu, pour sa gloire et le salut du monde.

† Guy de Kerimel
Évêque de Grenoble-Vienne

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Sixième dimanche du Temps Ordinaire — Heureux ceux qui choisissent le Seigneur !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Heureux êtes-vous », dit Jésus à ceux qui L’écoutent ; le Seigneur nous promet le bonheur, et c’est pour cela que nous sommes rassemblés en ce dimanche. De manière consciente ou pas, chacun de nous recherche le bonheur ! c’est même le but essentiel de toute vie humaine. Mais l’expérience nous apprend aussi que le bonheur n’est pas si facile à trouver, et qu’il y a bien des chemins trompeurs pour y parvenir. Certains cherchent le bonheur dans la possession, d’autres dans le plaisir, d’autres dans le repli sur soi-même… Où trouver un bonheur qui soit vrai, digne, durable ?

Dans l’Évangile selon saint Luc, ces paroles célèbres de Jésus qu’on appelle les « Béatitudes » sont en quelque sorte doublées : il n’y a pas que des « Heureux êtes-vous », il y a aussi (et cela nous surprend) des « Quel malheur pour vous ! ». Jésus a l’air de promettre le bonheur aux uns, et un grand malheur aux autres. En réalité, Il nous met devant notre responsabilité : notre vie sera ce que nous en ferons. Elle sera à l’image de nos choix de vie : heureuse ou malheureuse. Ce bonheur que nous cherchons est entre nos mains : comme le dit le Deutéronome, il n’est pas « aux cieux [ou] au-delà des mers », mais il est « dans ta bouche et dans ton cœur » (Dt 30,12). Si nous voulons atteindre un bonheur véritable, ce choix est proche de nous, à notre disposition.
Le prophète Jérémie, quelques siècles avant Jésus (et comme tous les prophètes), nous mettait déjà devant le même type de décision. « Maudit soit l’homme […], béni soit l’homme… » : il faut choisir la direction que nous voulons donner à nos vies. Cependant, ne nous y trompons pas : le prophète ne nous parle pas d’un choix moral (distinction trop facile entre « les gentils » et « les méchants »), mais d’un choix spirituel : une décision prise face à Dieu. « Béni soit l’homme qui met sa foi, sa confiance, dans le Seigneur ». Il ne s’agit pas d’être impeccables, mais d’abord de faire confiance – ou pas… – au Seigneur pour nous guider. Au fond de notre cœur (si nous prêtons l’oreille), la voix de l’Esprit saint se fait entendre, pour nous inviter à faire un choix : vas-tu me faire confiance, dit le Seigneur ? En qui mettras-tu ta confiance : en Moi, ou bien dans les richesses et les idées de ce monde, qui sont éphémères et ne donnent pas le vrai bonheur ?

Oui, nous sommes sans cesse invités à faire la vérité sur notre vie. « Heureux sommes-nous ! », si nous prenons la bonne orientation sous le regard de Dieu ; et « quel malheur pour nous ! », si nos choix nous conduisent à nous séparer de Dieu. Avoir la foi, faire le choix d’une relation avec le Seigneur, ce n’est pas seulement « croire qu’Il existe », mais c’est laisser sa Parole conduire notre vie. C’est là que nous avons un témoignage important à donner, en montrant que le Seigneur occupe une place essentielle dans notre vie : Il n’est pas une vague idée ou quelqu’un auprès duquel on se réfugie quand on est triste, mais Celui qui conduit au vrai bonheur si on se confie à Lui.
Allons plus loin : nous, disciples du Christ, nous savons que le Christ est ressuscité : saint Paul nous disait donc tout à l’heure (deuxième lecture) que le centre de notre relation à Dieu, c’est la Résurrection. Croire en Jésus ressuscité, c’est le critère pour savoir si nous mettons vraiment notre confiance en Dieu. Selon que nous croyons ou pas à la Résurrection, notre vie est complètement transformée : c’est une question de confiance en Dieu, car Il est vainqueur du mal et de la mort par la Résurrection. Est-ce que j’accepte que le Seigneur me sauve de la mort et du péché par sa Résurrection ? Sinon, cela signifie que je ne Lui fais pas encore pleinement confiance. C’est ce que disait saint Paul de manière catégorique : « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur : vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ».

Il s’agit donc de faire le choix, non pas seulement de “laisser une place” au Seigneur dans notre vie, mais plus clairement, de Le laisser nous sauver du péché. Lui qui est ressuscité, Il a le pouvoir de nous arracher aux ténèbres pour nous donner le véritable bonheur, maintenant et pour l’éternité.
Alors qu’allons-nous faire ? Les Béatitudes nous posent la vraie question de la place de la foi dans notre vie. Quelle est notre foi ? Quelle importance, dans notre vie, a la foi en Jésus ressuscité ? « Heureux vous qui êtes pauvres, persécutés » : cette foi transforme-t-elle notre vie, au point que nous soyons en vérité « pauvres » devant le Seigneur : ne compter que sur Lui, sur la puissance de la Résurrection, et abandonner nos fausses richesses ? La foi nous conduirait-elle même à accepter d’être « persécutés » par amour de Jésus ? Posons-nous ces questions… même si elles nous semblent un peu radicales ! Car dans le monde où nous vivons, il faut faire ce choix. Nos frères les hommes ont besoin de voir des croyants véritables, des personnes pour lesquelles Dieu n’est pas une idée, mais une Présence. « Heureux ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur ! »

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Troisième dimanche du Temps Ordinaire — Ce jour consacré au Seigneur

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

L’Évangéliste saint Luc nous dit qu’il a « recueilli des informations » sur tout ce qui s’est passé ; il n’avait pas connu personnellement Jésus, mais il a trouvé des témoins, il a noté scrupuleusement leurs paroles : il a fait une enquête très sérieuse. Et dans son Évangile, dit-il, il fait un « exposé suivi » des événements qui marquent la venue du Christ parmi nous. Ces événements ne sont pas des légendes ni des mythes : c’est la vérité d’une histoire sainte où Dieu se révèle à nous. Et dès le début, cette Révélation de Jésus est marquée par la « puissance de l’Esprit » : Jésus enseigne, Jésus guérit, Il apporte au milieu de nous l’accomplissement des promesses de Dieu : « annoncer aux captifs leur libération, remettre en liberté les opprimés ».

Oui, toutes les promesses s’accomplissent réellement en Jésus : « Aujourd’hui s’accomplit cette parole de Dieu ». Aujourd’hui, la Bonne Nouvelle est portée aux pauvres, aux prisonniers, aux aveugles. Et comme nous sommes rassemblés en ce dimanche, jour du Seigneur, cet aujourd’hui prend une nouvelle dimension. Le jour essentiel où nous célébrons les Mystères du Seigneur, c’est le jour de la Résurrection, ce dimanche qui est une Pâque hebdomadaire. Par sa Résurrection, le Seigneur nous a libérés, nous a donné la vie et la lumière.
Justement, nous avons entendu un très beau passage dans le Livre de Néhémie (au temps de la reconstruction de Jérusalem, après l’exil à Babylone), qui anticipe déjà cette joie du jour du Seigneur. « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu : ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! Ce jour est consacré : la joie du Seigneur est votre rempart ». Le jour du Seigneur, le dimanche, est un jour consacré ; aujourd’hui, même si nous arrivons vers le Seigneur avec nos soucis et nos angoisses, notre rempart c’est la joie de Dieu. Sa victoire est plus grande que nos défaites et nos tristesses – et même que nos péchés. En ce dimanche, la puissance de l’Esprit est à nouveau à l’œuvre pour nous faire entrer dans la victoire du Seigneur.

Ce « jour consacré », ce jour de Dieu, est nécessaire à notre vie, pour marquer une pause dans nos activités et nous tourner vers le Seigneur [Il faudrait d’ailleurs relire à ce sujet la magnifique Lettre Dies Domini du saint Pape Jean-Paul II (31/5/1998)]. Car pour accueillir le don de la libération et de la Résurrection, il nous est nécessaire de lever les yeux vers le Seigneur – au moins une fois par semaine ! –, de prendre un temps, régulièrement, pour laisser de côté nos affaires et nous rappeler que nous sommes enfants de Dieu, libérés du péché par notre baptême. L’homme multiplie les occupations, les recherches et les entreprises, mais il court le risque de s’enfermer dans sa propre activité. À force de vouloir tout faire, nous tournons souvent sur nous-mêmes. Ainsi, nous avons besoin de briser le cercle qui nourrit cet enfermement ; nous avons besoin d’être libres pour écouter les prophètes : « Ce jour est consacré au Seigneur. Aujourd’hui [comme dit le Psaume (95)], ne fermez pas votre cœur, écoutez la voix du Seigneur ! Aujourd’hui s’accomplit la Parole ».

Cet « aujourd’hui », c’est bien sûr le Jour final qui verra revenir le Seigneur dans sa Gloire ; mais c’est d’abord pour nous, l’aujourd’hui de notre vie humaine sanctifiée par sa présence. Dans la foi juive, nous savons l’importance extrême du Sabbat : ce n’est pas une prescription rituelle parmi d’autres (ne pas manger ceci ou cela, se laver les mains…), mais c’est l’un des Dix commandements – à part égale avec l’interdiction du meurtre ou du vol : c’est dire sa valeur ! Pourquoi nous, qui sommes héritiers spirituels de Moïse, n’accordons-nous pas une importance plus grande à notre dimanche ; au point d’en faire un jour comme un autre, un jour d’emplettes ou un jour d’oisiveté ? Les Dix commandements nous rappellent que Dieu veut consacrer et sanctifier toute notre vie ; or le Seigneur se révèle dans le temps, au fil des jours ; et le centre de ce temps, c’est le dimanche, jour où la Résurrection nous fait entrer dans le temps de l’éternité.

Toute la semaine est donnée par Dieu, mais un jour particulier nous est confié pour reconnaître ce don, et y répondre. Les dons de Dieu sont sans interruption, mais il nous faut ce jour pour accueillir la Bonne Nouvelle de la libération. Si nous prenons ce dimanche au sérieux, nous pouvons échapper à la tyrannie de l’activisme ; à l’illusion de croire que tout nous appartient par notre travail. C’est finalement la logique à laquelle nous appelle le Pape : prendre soin de la nature car elle ne nous appartient pas ; prendre soin du temps, car lui non plus ne nous appartient pas : il nous est donné pour rendre gloire à Dieu. Ce n’est pas notre activité qui nous sauve, c’est le Seigneur ! En consacrant ce jour au Seigneur, nous trouvons la vraie joie : celle de l’accomplissement des promesses de Dieu.

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Fête du Baptême du Seigneur — Baptisés en Jésus, devenus comme Jésus

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Chaque année lorsque est lu cet épisode du baptême de Jésus, nous sommes un peu étonnés… car on ne voit pas très bien pourquoi Jésus avait besoin de recevoir le baptême. Lui qui est le Fils de Dieu, n’a pas de péché à laver ! Pourtant Il a voulu nous précéder dans le baptême, pour nous faire comprendre qui nous sommes. L’Esprit saint descend sur l’homme, Dieu le Père le reconnaît comme son Fils : nous aussi, dans l’eau du baptême, nous avons été mis au cœur de la Trinité : Dieu nous a adoptés comme ses enfants et nous a comblés de son Esprit saint.
C’est aujourd’hui le dernier jour du Temps de Noël : ce temps s’achève donc avec le don du Saint-Esprit et l’envoi en mission de Jésus : ce n’est pas une fin, mais un nouveau départ. Jésus va aller au désert, vaincre le démon, et partir annoncer l’Évangile dans tout le pays ! D’ailleurs, il se passe exactement la même chose à la fin du temps de Pâques, avec la fête de la Pentecôte : l’Église, à la suite de Jésus, reçoit le don de l’Esprit et est envoyée en mission dans le monde entier.

Ce qui marque donc le baptême de Jésus, comme notre baptême, c’est donc que le Seigneur nous envoie. Être chrétien, ce n’est pas rester dans son coin : c’est vouloir partager le don de la foi. Peut-être avons-nous remarqué la première lecture (du Livre d’Isaïe), car nous l’avions déjà entendue pendant l’Avent : « Une voix proclame : dans le désert, préparez le chemin du Seigneur, tracez une route pour notre Dieu ». Pendant l’Avent, nous avions compris cela comme la mission de Jean le Baptiste, qui annonçait la venue de Jésus ; eh bien maintenant, c’est notre mission de baptisés ! À nous maintenant de préparer le chemin du Seigneur, à nous d’annoncer sa venue parmi les hommes.

Cette fête du Baptême du Seigneur est donc une bonne occasion pour méditer sur notre mission de chrétiens dans le monde actuel, et la manière dont nous l’accomplissons (quel que soit notre âge !). Nous nous apercevons évidemment [au travail, en classe] qu’il n’est pas toujours très facile de parler de notre foi ; et cela nous oblige à y réfléchir. Comment partager notre foi ? Est-ce que la foi, pour nous, c’est un avis, une “opinion” comme une autre, au milieu de tant d’autres idéologies qui se développent autour de nous ? Si c’est le cas, alors il n’est pas question d’évangéliser ; car après tout, comment pourrais-je imposer mon opinion aux autres ? Qui peut prétendre que son avis personnel est meilleur qu’un autre, et au nom de quoi ?…
De plus, [vous les jeunes,] vous connaissez bien vos contemporains : dès qu’on a un avis un peu clair, un peu tranché, dès qu’on appelle quelque chose “bien” ou “mal”, on est tout de suite considéré comme intolérant, extrémiste, intégriste… Puisque c’est « à chacun sa vérité » : on ne peut pas vraiment séparer le vrai du faux ! Ce n’est donc pas par des arguments que l’Évangile pourrait être transmis… ça ne fonctionne pas.

Alors comment faire pour parler de notre foi, pour accomplir (malgré tout) notre mission de baptisés à notre époque ? Il ne s’agit pas de construire des raisonnements subtils, mais il faut revenir à la source. Et la source, c’est bien la puissance de notre baptême. Jésus a voulu lier le baptême et l’envoi en mission : pour nous ce doit être la même chose. Un jour dans notre vie, nous avons été plongés dans l’eau de la renaissance, avec Jésus. Un jour dans notre vie, le Seigneur nous a dit à nous aussi : « Tu es mon fils, ma fille bien-aimée : en toi je trouve ma joie ». Un jour dans notre vie, le Seigneur a fait descendre sur nous son Esprit et nous a comblés de sa présence. Depuis ce jour, notre vie est la même que celle de Jésus ressuscité, rempli de l’Esprit pour annoncer le Royaume. Comme l’écrit saint Paul (deuxième lecture), « par le bain du baptême, Dieu nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit saint ». Depuis notre baptême nous ne sommes plus exactement les mêmes ! Nous vivons en Jésus, Jésus vit en nous par la force de l’Esprit saint. Notre mission n’est pas la nôtre, mais celle de Jésus Lui-même. Tout ce qu’Il fait, nous pouvons le faire, puisque nous sommes réconciliés avec le Père par le baptême.

Oui, la mission des chrétiens est possible ! Elle ne relève pas de l’argumentation, du débat ou de la défense d’une opinion, mais de la vie et du témoignage personnel. Par la puissance de l’Esprit saint, nous pouvons simplement transmettre l’Évangile, en imitant le Christ, en vivant comme Lui dans la joie, la paix, la réconciliation. Et même, nous recevons la puissance de guérison de Jésus, car l’Amour de Dieu nous permet de guérir le cœur de nos frères qui sont blessés par le manque d’amour. L’Esprit saint est en nous, Jésus agit par nous : si nous prenons au sérieux notre baptême et si nous voulons transmettre l’Évangile, rien ne nous sera impossible !

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Sainte Marie, Mère de Dieu — Être là où Dieu nous veut

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce premier jour de l’année nouvelle.

(Notes)
C’est aujourd’hui le 8e jour depuis la naissance de Jésus : le jour de la circoncision, c’est le jour où l’enfant juif reçoit son nom : comme nous l’avons entendu dans l’Évangile. Le nom donné ici, c’est celui donné par l’Ange au jour de l’Annonciation : Jésus, c’est-à-dire « Dieu sauve ».
Ce nom de Jésus est un programme pour l’année nouvelle : au cours de cette année, Dieu va nous sauver. Tout au long de l’« An de grâce 2019 », Il va nous donner sa Grâce. Il nous a sauvés, Il va continuer de nous sauver cette année. En outre, le 1er janvier est la journée mondiale de prière pour la paix. Ainsi ce sont toutes les promesses de Dieu qui nous sont rappelées : la grâce, la paix, le salut, la Vie éternelle.

Cependant, cette année comme les autres années, le Seigneur ne nous sauvera pas “sans nous” ! Il ne veut rien faire sans nous. Il nous faut donc, en cette nouvelle année, comprendre que l’essentiel est de rechercher la sainteté : c’est-à-dire nous laisser conduire, sauver par le Seigneur chaque instant de cette année. Et en ce 1er janvier, la fête liturgique qui nous est proposée est celle de Marie, Mère de Dieu : l’exemple suprême de la sainteté est donc celui de la sainte Vierge Marie.
Il s’agit donc de chercher à être des saints, à faire la paix, tout cela à l’exemple de Marie. Ou plutôt, si l’on veut mettre les choses dans l’ordre : d’abord chercher la sainteté, comme Marie… et alors seulement, être dans la paix et devenir artisans de paix.

Qu’est-ce donc que la sainteté, la paix telles que Marie a vécu tout cela ? D’abord, l’accueil de la volonté de Dieu. Dans toutes les circonstances, nous voyons Marie qui accueille et qui médite les événements qui traversent sa vie. Nous avons entendu ceci dans l’Évangile : « Marie retenait tous ces événements et les méditait en son cœur ». Dans cette méditation, la paix de Marie vient de la conviction d’être exactement là où le Seigneur la veut. Accomplir la volonté de Dieu, c’est se dire qu’on est là où le Seigneur nous veut, à tout moment de notre vie. Et c’est cela qui donne la paix et la joie la plus profonde ! Marie, à Nazareth pour l’annonce de l’ange, à Bethléem pour la naissance, à Nazareth pendant l’enfance de Jésus, au Calvaire… a toujours gardé la paix qui venait de cette conviction. Il y a des épreuves, mais c’est toujours la paix de savoir que le Seigneur nous envoie ici et maintenant, dans l’accomplissement de notre vocation. La sainteté c’est cela : au jour le jour, la certitude que s’accomplit la volonté du Seigneur à travers ce que je vis.

Que serait l’opposé de la paix ? La révolte, l’envie, l’insatisfaction, la jalousie, le regard mauvais, la calomnie, la médisance… Ne jamais être content là où l’on est. Bien sûr, parfois il y a des situations injustes (par exemple, pensons au mouvement actuel que l’on appelle les « Gilets jaunes » : qui répond à un authentique sentiment d’injustice que l’on ne peut négliger) ; quand il y a une véritable injustice, la paix ne peut être rétablie que par le rétablissement de la justice. Mais la plupart du temps, il ne faut pas voir d’injustice là où il n’y a qu’envie et jalousie ; car c’est cela qui nous enlève la paix profonde à laquelle nous aspirons.

En ce premier jour de l’année, prions donc pour la paix en étant nous-mêmes facteurs de paix ; en grandissant en sainteté, en témoignage évangélique, là où nous sommes et là où le Seigneur nous veut.

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Fête de la sainte Famille — En famille, tout recevoir et tout accueillir

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Il y a quelques jours, nous avons célébré avec joie la naissance du Sauveur parmi nous. Notre regard était dirigé vers l’Enfant, couché au centre de la crèche, entouré par tous les personnages traditionnels : l’âne, le bœuf, les bergers, bientôt les Mages… Plus tard, lorsque les lumières se sont éteintes au lendemain de Noël, sont restés ceux qui entoureront Jésus non pas une nuit, mais pendant des années : Marie et Joseph. Le Seigneur a voulu naître comme tout le monde dans une famille – même si les conditions de sa naissance sont particulières. C’est l’immense étonnement des premiers chrétiens, lorsqu’ils méditent sur le Mystère de l’Incarnation : le Fils du Père n’est pas “tombé du ciel” adulte, tout prêt à accomplir sa mission, mais Il a traversé les étapes que nous traversons nous-mêmes, et Il l’a fait dans une famille. Il a voulu être enfant et avoir besoin de grandir (Lui le Dieu infini !), Il a développé son intelligence (Lui le Dieu de Sagesse !), et même Il a voulu apprendre de ses parents à aimer, Lui qui est l’Amour !

En célébrant aujourd’hui la Sainte Famille, nous devons donc comprendre ce que cela signifie pour nous, ce projet de Dieu de naître dans une famille. C’est dans ce noyau familial que Jésus, homme parmi les hommes, a tout reçu ; et nous qui partageons la même nature humaine, c’est aussi dans ce même cadre que nous recevons tout. Tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes, ce qui fait de nous aujourd’hui des adultes (ou en voie de le devenir), nous l’avons reçu et appris d’autres personnes, et le plus souvent dans le cadre familial. Bien sûr, il y a des situations douloureuses, des séparations, des solitudes ; et nous devons admirer ceux qui parviennent à grandir et à transmettre malgré toutes les difficultés. Mais le plus fréquemment, c’est bien là que nous avons tout appris : dans la communauté familiale, nous avons appris à vivre en communauté (le fameux « vivre-ensemble » qui paraît si difficile…) ; dans ce milieu fondé sur l’amour, nous avons appris ce que signifiait « aimer » ; en famille nous avons appris à « grandir en sagesse, en taille et en grâce » (comme Jésus), et en même temps à dire merci pour tous les dons reçus (« Honore ton père et ta mère », 4commandement). En outre, c’est aussi dans cette communauté (que les papes ont appelé « Église domestique », « petite Église ») que nous avons reçu la foi.

C’est donc dans les familles que se crée patiemment la personne humaine avec sa richesse, sa grandeur ; et c’est pour cela que l’Église ne cesse de prendre leur défense contre tout ce qui voudrait relativiser leur importance. La grande tentation de notre époque, nous le savons bien, consiste à vouloir tout organiser, planifier, faire entrer dans des cases, rendre technique… À cette tentation, la communauté familiale est la dernière à résister vaillamment ! Car justement, la famille est le lieu par excellence où l’on vit l’imprévu : faire grandir des hommes, ce n’est pas régler des machines, tout se passe toujours de manière surprenante !
D’abord, la famille est fondée sur l’amour de deux personnes qui se donnent l’une à l’autre dans un engagement indissoluble : on ne se prend pas, mais on se reçoit comme un don, comme un cadeau du Seigneur dans le mariage : cadeau toujours imprévu. Aimer pour la vie est un long apprentissage où, de plus en plus, on accepte d’accueillir les dons tels qu’ils se présentent (et non tels que nous voudrions les organiser). On accueille l’autre tel qu’il est. On accueille aussi la vie (dimension essentielle de la famille) comme un don. Il n’est pas facile de le redire aujourd’hui, mais c’est notre devoir de chrétiens, alors disons-le nettement : on ne fabrique pas les enfants ; on ne les fait pas porter par quelqu’un d’autre ; on ne les achète pas ; on ne les trie pas suivant des critères d’efficacité ; et bien sûr, on ne les élimine pas s’ils ne correspondent pas à notre projet…
Oui, c’est bien l’accueil le maître-mot de la vie familiale. Accueillir, cela veut dire que l’autre est toujours beaucoup plus grand que nos plans. Dans l’Évangile, Marie et Joseph accueillent Jésus tel qu’Il est, et comprennent qu’Il ne leur appartient pas : Il doit « être chez son Père », dans le Temple de Jérusalem. Dans la première lecture, Anne, la mère du prophète Samuel, accueille elle aussi le projet de Dieu, et accepte de confier son fils au Seigneur.

Oui, nous recevons tout dans la communauté familiale, dans la mesure où nos familles sont toujours ouvertes à l’imprévu. Aucune personne – enfant, adulte – n’appartient à quiconque, mais est d’abord enfant de Dieu (deuxième lecture) ; cette immense dignité donne à chacun le droit d’être aimé tel qu’il est. Chaque personne est un don à accueillir ; prions pour que toutes les familles soient témoins de ce don !

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Nuit de Noël — Entrer en dialogue avec Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette Nuit très sainte.

« Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. » Quelque chose d’extraordinaire, un événement central de notre foi, est advenu en cette sainte Nuit de Noël. Voici que le Fils éternel du Père, la deuxième Personne de la Sainte Trinité, entre dans le temps des hommes et pose pied sur notre terre. C’est un événement central car c’est un nœud de notre foi, de la vraie foi chrétienne en Jésus, Fils de Dieu. Car la foi ne consiste pas seulement à “reconnaître que Dieu existe”, mais à accueillir un Dieu présent, agissant dans le monde : or c’est justement ce que nous proclamons en cette fête de Noël : que Dieu vient pour être présent et pour transformer la vie des hommes. Il pourrait rester “dans son Ciel” et nous surveiller de là-haut ; mais alors nous ne serions pas sauvés, ni rachetés du péché, ni appelés à la Vie éternelle… et nous ne serions pas chrétiens !

Devant cet Enfant de Bethléem, nous sommes bien forcés de reconnaître que Dieu est venu à notre rencontre pour entrer en dialogue avec nous. Or le dialogue suppose un face-à-face, une contemplation mutuelle. Nous comprenons ce soir que Dieu n’est pas un concept, une invention des hommes pour peupler le vide du ciel, qu’Il n’est pas non plus une idée ou une morale : mais qu’Il est un visage, une présence : en un mot, qu’Il est Quelqu’un, une Personne ! Et aussi, qu’Il nous appelle à sortir de nous-mêmes, de nos enfermements et de notre égoïsme, pour entrer en dialogue avec Lui. Ce dont s’aperçoivent les bergers, les témoins – et même Marie et Joseph –, c’est qu’ils ont face à eux Quelqu’un qui appelle à ce dialogue. Et c’est une découverte extraordinaire pour tout homme, de saisir que ce dialogue est toujours possible avec Dieu ; d’autant que surtout à notre époque où règne très souvent l’individualisme, on ne croit plus guère au dialogue. C’est “chacun pour soi”, chacun sa vérité, « les autres n’arrivent pas à me comprendre donc je reste tout seul »… Oui, la naissance du Sauveur vient bouleverser cette fatalité de la solitude égoïste.
Noël nous ouvre donc au dialogue : et ce dialogue commence avec Dieu. Nous reconnaissons, à Bethléem, que nous ne sommes pas seuls, ni isolés : nous ne sommes pas dans un univers inconnu et obscur, puisque désormais le Fils du Père est venu habiter ce monde. Nous entrons dans une nouvelle attitude face à Celui qui nous sauve ; il s’agit d’un nouveau dialogue, et sous un mode tout à fait particulier qui est celui de l’adoration. Non seulement nous pouvons reconnaître que nous ne sommes pas seuls, mais encore nous comprenons que Dieu est grand, très grand – infiniment plus grand que nous ! Et nous trouvons précisément notre dignité et notre bonheur à reconnaître un Dieu infiniment grand ; à tomber à genoux et à adorer cet Enfant.
L’adoration, c’est savoir reconnaître la grandeur là où elle est, et s’agenouiller devant elle. Et l’adoration est une joie, car cette grandeur de Dieu ne nous diminue pas : au contraire elle nous grandit en nous donnant le sens de ce qui est vraiment important. Si par malheur je ne vois pas la grandeur de Dieu qui vient briser mes petitesses, alors je m’enferme moi-même dans la fatalité, dans l’égoïsme. Du reste, dans l’histoire de la philosophie, ceux qui ont été les athées les plus radicaux (par exemple Nietzsche, Lénine…) ont finalement été dans une attitude de jalousie vis-à-vis de Dieu, en refusant qu’Il soit plus grand que l’homme : ils se sont condamnés eux-mêmes au malheur.

Voici donc que le dialogue d’amour nous est proposé en cette Nuit de Noël. Dieu vient vers nous, non pas comme Celui qui impose sa Loi, mais comme Celui qui se met au niveau de l’homme – à notre niveau – pour que nous entrions dans le dialogue et l’adoration. Et ce dialogue avec Dieu est absolument nécessaire comme source d’un dialogue en vérité avec les hommes : c’est en nous confiant au Seigneur, en écoutant ce que cet Enfant de Bethléem a à nous dire, que nous apprenons à écouter la parole de nos frères. Sans cela – si nous ne sortons pas de nous-mêmes pour entrer dans un face-à-face avec Dieu –, nous ne saurons jamais nous mettre vraiment à l’écoute de la parole de l’autre. Osons même dire avec audace, que celui qui ne s’est jamais agenouillé devant la crèche dans le silence de Noël ; celui qui n’a jamais adoré, fait silence pour écouter la parole et contempler la faiblesse de l’Enfant ; celui-là ne saura jamais entrer dans un dialogue respectueux avec les hommes.

La Nuit de Noël a l’air d’un événement bien simple et fragile, passant presque inaperçu des contemporains ; et pourtant c’est un épisode extraordinairement puissant car il redonne sa dignité à l’homme enfermé sur lui-même. En nous ouvrant à la présence de Dieu, la naissance du Seigneur nous ouvre en même temps à la présence de chaque homme dans sa fragilité et sa pauvreté. Noël nous sauve de l’égoïsme, de l’individualisme en nous ouvrant au dialogue : nous aussi, tombons à genoux devant l’Enfant ! et nous saurons à notre tour accueillir et écouter nos frères en vérité.

Père Bertrand Cardinne

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Nuit de Noël — Devenir plus humains

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette Nuit très sainte.  

La solennité à laquelle nous préparait le temps de l’Avent est enfin arrivée : C’est Noël. Comme chaque 24 décembre au soir, nous nous retrouvons pour fêter la nativité de notre Seigneur Jésus Christ. Le point d’orgue de cette grande fête est la célébration eucharistique. Ensuite viennent les repas qui sont organisés en famille, ou entre amis ou encore par des associations et malheureusement certaines personnes restent seules ce soir-là aussi. Mais quelque soit la manière de vivre ce jour, la bonne nouvelle qui nous rassemble est la même : « Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur. (Cf. Lc 2, 11) ». Cette bonne nouvelle est accompagnée du chant du gloria : « Gloire à Dieu au plus des cieux et paix sur terre aux hommes qu’il aime », tu depuis quelques semaines.
 Que vient faire un tel sauveur dans notre monde ? La réponse à cette question se trouve dans les textes liturgiques que nous venons d’entendre. En effet, depuis la chute d’Adam et Eve, Dieu n’a cessé de multiplier les alliances pour restaurer sa création déchue. Finalement il envoie son fils unique comme gage du salut pour son peuple. Annoncée depuis des générations par les prophètes, sa venue n’a pour seul but et objectif que le bien du peuple. Un peuple qu’il veut sauver et libérer, un peuple qu’il vient faire sortir des ténèbres comme nous le dit la première lecture: « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière… ».

Par son incarnation en effet, le Verbe de Dieu vient instaurer la paix et la justice, il vient manifester l’amour de son père au monde entier. C’est pourquoi il est appelé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. ». Cet enfant nouveau-né emmailloté, couché dans une mangeoire, qui deviendra le pain de vie qui se donne en nourriture, est le Messie attendu depuis des siècles. C’est Jésus, l’enfant né de la Vierge Marie, Emmanuel, Dieu-avec-nous, le Seigneur, le Sauveur qui libère Israël et toutes les nations de tout esclavage et toutes les oppressions. Il aurait pu venir de manière grandiose comme dans un conte de fée, mais non. Dieu choisit de venir humblement. Dieu se révèle dans un nourrisson, dont la naissance n’est pas un mythe. L’introduction de l’évangile situe cette naissance bien dans l’espace et le temps à Bethléem sous le règne de l’empereur Auguste, alors que Quirinus était gouverneur de Syrie. Le message de Noël, la fête de la naissance de Jésus, la fête de l’amour de Dieu manifesté par l’Incarnation . est un Amour qui vit et qui se vit. Un amour qui manifeste sa profondeur et sa force en s’abaissant pour nous rejoindre et patiemment nous relever.

Frères et sœurs, en cette nuit, Dieu s’est fait homme pour nous, et voilà un autre mystère qui caractérise notre foi chrétienne. Jésus naît dans l’obscurité du monde, dans la nuit de nos vies d’hommes et de femmes… nuit de suffisance, d’indifférence, d’égoïsme, de manque de solidarité et de manque d’amour. Il veut nous en faire sortir par le don total de lui-même, et bâtir avec nous une humanité qui rejette le mal sous toutes ses formes. Dieu s’est fait homme pour que nous connaissions son amour, il s’est fait homme pour être notre modèle. Il s’est fait homme pour nous rendre participant de la nature divine. Mais, dès les premières heures de sa venue sur terre, Jésus, qui est la vie et la lumière véritable, est marqué par le rejet, en effet « il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune ».
Aujourd’hui encore il continue d’être rejeté, comme beaucoup d’hommes et de femmes.
Le drame de notre société actuelle est que nous voulons évacuer Dieu de notre vie et nous nous étonnons que notre monde aille mal : drames, guerre, conflit, remous sociaux, crise économique, précarité etc… Nous évacuons Dieu et nous l’accusons de nos maux. En réalité si notre société va mal, c’est bien nous les responsables. La paix que nous recherchons, par tous les moyens, tant bien que mal, vient de Dieu, mais elle est aussi le fruit de nos efforts.
Même si nous ne voulons pas de lui, son projet d’amour pour nous ne change pas. Dieu veut toujours nous sauver. Toutefois il ne saurait le faire sans notre contribution, sans notre participation. C’est avec nous qu’il veut bâtir une humanité nouvelle engagée pour le bien et la justice, pour le respect et l’amour de tout être. C’est en cela que notre fête de Noel sera différente des artifices de la célébration mondaine de Noël.

Oui, frères et sœurs nous célébrons chaque année la nativité de notre Seigneur. Et pour ne pas avoir une impression de déjà vu, notre engagement est déterminant. Nous devons réduire, voire supprimer le fossé grandissant entre la bonne nouvelle qui est annoncée par les anges et la manière dont nous la traduisons au quotidien. A titre d’illustration, nous célébrons le Prince de Paix et pourtant nous sommes confrontés à la guerre et la violence, dans notre société et dans nos familles.
L’Ange se serait-il trompé ? Sûrement pas. C’est plutôt nous qui ne nous engageons pas comme il le faut. La paix annoncée par l’ange, Paix dont est porteur l’enfant de Bethléem doit être accueillie comme un don gratuit de Dieu.
Nous avons donc pour mission d’accueillir cette paix et surtout de poursuivre l’œuvre grandiose de Jésus Christ, Prince de la Paix. Nous devons tous changer notre cœur, et discerner, avec l’assistance de son Esprit Saint, les tâches que nous devons entreprendre tous ensemble pour l’amélioration de notre humanité. Ces tâches sont entre autres, le respect du prochain et de sa dignité ; l’amour fraternel et la solidarité ; l’attention aux besoins des autres, l’accueil et l’ouverture à tout être humain. Des tâches guidées par l’amour de Dieu. Dieu aime tous les hommes. Personne n’est exclu de cet amour. Il nous faut donc l’accueillir, et nous laisser aimer. Cet amour radical de Dieu transforme nos vies et fait de nous des artisans de paix, de justice, d’amour et de joie. S’engager pour la paix, implique aussi de refuser d’entretenir la vengeance, de fuir le mensonge et de rechercher la vérité. Il est préférable de prévenir les troubles sociaux et les guerres que de les provoquer et d’essayer de les arrêter après qu’ils aient éclaté.

En définitive frères et sœurs, on pourrait résumer la révélation chrétienne de l’incarnation qui nous rassemble ce soir en disant que Le Christ a pris notre humanité pour nous faire participer à sa divinité. Il s’est fait homme pour nous révéler notre humanité que nous avons tendance à corrompre et pour nous demander d’être plus humain. Nous devenons plus humains en essayant de correspondre à la ressemblance et à l’image de Dieu placées en nous à la création. Nous devenons plus humains en imitant Jésus. C’est-à-dire en pratiquant la charité, en participant à son amour qui accueille, qui prend soin et qui se donne. C’est pourquoi saint Paul nous invite à l’engagement personnel : « rejetez le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux. » Car c’est notre engament qui fera la différence.

Au cours de cette célébration eucharistique, Demandons à Jésus Prince de la Paix de convertir nos cœurs afin qu’à la lumière de sa naissance, nous soyons plus généreux dans le partage, plus attentif les uns aux autres. Que la célébration de Noël soit pour tous une source d’abondantes grâces de renouvellement intérieur, de pardon et de réconciliation, de solidarité et de fraternité.
« À l’image de Dieu qui s’est fait petit enfant, nous aussi devenons des êtres humains ! » (Fr. Antoine-Marie) Que nous soit accordé ce soir, par l’intercession de la Vierge Marie, d’entrer réellement dans la grâce de Noël afin d’accueillir et de mettre en œuvre la Bonne Nouvelle proclamée par la troupe céleste des Anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. ».

Père Éric-Hervé Diby

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Quatrième dimanche de l'Avent — Que la joie de Noël soit durable

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Nous voici à la veille de Noël : c’est l’ultime préparation pour cette grande fête, ce sont les derniers jours où nous pouvons nous rendre prêts, pour accueillir le Sauveur dans la sainte Nuit de la Nativité. Depuis trois semaines nous essayons de vivre cette attente, en mettant l’accent sur la prière, comme les Israélites qui attendaient le Messie. Nous n’oublions pas, en ces derniers jours avant Noël, qu’une grande partie de nos frères, au lieu d’attendre dans la paix, sont inquiets et fébriles parce qu’il manque encore des cadeaux à acheter, des tables et des sapins à décorer… Et à l’heure même où nous prions ensemble, en ce dimanche matin jour du Seigneur, de nombreux magasins sont à nouveau ouverts… pour assouvir la soif matérialiste de ceux qui ont oublié Jésus. C’est le grand paradoxe de cette fête de Noël : on fête avec abondance la naissance du Sauveur, mais il n’est pas question de L’inviter, Lui Jésus, à cette fête !

Essayons donc de réparer cette injustice, nous qui voulons être disciples du Christ, en intensifiant notre prière à l’approche de Noël. L’attitude d’attente de Jésus est une attitude de contemplation ; l’Évangile que nous avons entendu nous invite à imiter celle qui est l’exemple de toute contemplation, le modèle de la prière et de l’amour de Jésus : Marie, « celle qui a cru à l’accomplissement des promesses » comme la salue sa cousine Élisabeth.
Alors qu’est-ce exactement que cette attitude de contemplation et de joie, cette attitude dont Marie a vécu toute sa vie (mais plus particulièrement en ces jours) ? Il nous faut prendre garde à ne pas faire de Noël un événement “trop exceptionnel”, qui laisserait le reste de l’année dans l’ombre. Marie a vécu pleinement, entièrement sous le regard de Dieu, non pas seulement quand elle était à Bethléem, mais le reste de sa vie. Noël n’est pas un « temps fort », dont il ne resterait rien après une ou deux semaines – sinon quelques guirlandes écrasées dans la rue, et des sapins plein les poubelles… Noël, pour nous comme pour Marie, c’est l’accueil du Seigneur au plus profond de notre vie ; c’est ce que nous préparons, en attendant la venue de Jésus comme un petit enfant. Nous préparons notre cœur pour accueillir la venue du Dieu Sauveur. La Lettre aux Hébreux (deuxième lecture), a cité le Psaume qui disait : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande… et j’ai dit : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté ». Il ne s’agit pas de “faire des choses extraordinaires” à l’occasion de Noël, mais de faire de toute notre vie une offrande au Seigneur.

Les paroles du Psaume sont appliquées à Jésus : « Voici que je viens, dit-Il, pour accomplir ta volonté ». Jésus va venir, et au fil des jours, Il nous enseignera patiemment la volonté de son Père. Vivre selon la volonté de Dieu, c’est le seul chemin de paix ; c’est la seule manière que nous avons de nous retrouver nous-mêmes, de nous réconcilier avec nous-mêmes. Sans Lui nous étions dispersés dans les ténèbres, sans guide ni repère ; nous ne savions plus aimer, nous ne savions même plus qui nous sommes. Celui qui ne connaît pas le Sauveur n’a pas la possibilité de connaître la signification de ce qu’il fait ; comme ceux qui font les magasins à l’approche de Noël, achètent tant de choses… sans savoir pourquoi ils achètent ! Mais le Seigneur nous redit quelle est sa volonté, son projet sur nous ; et en le suivant, nous parvenons à reprendre conscience de qui nous sommes vraiment ; des enfants bien-aimés du Père.

Pour nous préparer à Noël en ces tout derniers jours, imitons donc l’attitude de Marie : attitude d’accueil, de louange, de contemplation, qui dure au-delà de la fête. Car la fête de Noël est d’abord une fête intérieure, qui touche notre cœur et nous donne une joie durable. Si nous en faisons une célébration excessive, éphémère, artificielle, ce ne sera qu’une parenthèse ; notre vie “après Noël” redeviendra la même, et Noël n’aura servi à rien. Au contraire, en nous préparant à la rencontre du Sauveur, apprenons jour après jour à faire la volonté du Père ; comme Marie, croyons à l’accomplissement des promesses, et soyons des messagers de la joie de Dieu !

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Immaculée Conception — La gratuité de l'amour

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

« Béni soit Dieu, disait saint Paul, car Il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle; Il nous a choisis, Il nous a destinés d’avance à devenir des fils par Jésus-Christ » (2ème lecture). Voilà la source de notre joie en ce jour de l’Immaculée Conception de Marie. Dieu nous a choisis, prédestinés à être des fils : et Marie est le signe de ce choix de l’homme par Dieu.
Aujourd’hui pour nous, Marie est un signe: signe que Dieu veut communiquer sa Victoire aux hommes. Marie est la première créature (depuis Adam & Ève), qui accomplisse pleinement cette promesse : Dieu choisit la personne humaine pour être pleinement remplie de sa Vie et de son Amour. En Marie, il n’y a de place que pour l’Amour de Dieu, que pour le « oui » à Dieu.

Ce qui est si important dans cette fête de l’Immaculée Conception, ce n’est pas seulement d’admirer Marie ; c’est de comprendre qu’à travers Marie, nous voyons notre vocation, notre appel. Quelle joie de comprendre à quoi nous sommes appelés !
Dans notre monde actuel, nous souffrons de la séparation d’avec Dieu. Notre souffrance, la souffrance des hommes, c’est de ne pas être « à la hauteur » de notre appel. Nous voulons faire le bien, mais notre volonté n’est pas assez forte. Le péché nous sépare de Dieu, mais nous péchons quand même… Pourtant, en voyant Marie, nous comprenons que cette souffrance a un terme ! Marie est la source de notre espérance, car à travers elle nous voyons déjà la Victoire de l’homme sur le péché.

Donc il est bon de lever les yeux vers elle en ce jour (comme à d’autres occasions dans l’année, où nous fêtons la sainte Vierge ; et il y en a beaucoup !). Il est bon de s’arrêter, de lever les yeux, de contempler Marie ; et pas seulement Marie, mais Dieu qui agit en elle. De plus, c’est le temps de l’Avent : c’est le moment de nous préparer à la venue du Sauveur, en le remerciant déjà pour ce qu’Il fait dans nos cœurs – et pour ce qu’Il a fait en Marie.
Marie nous montre, par sa seule présence, la dimension de notre vocation. Et elle nous la montre de deux manières :
1/ Elle nous montre notre vocation comme une Mère ; ce qui veut dire, « comme une mère sait le faire » : en encourageant, avec confiance. Il ne s’agit pas de voir Marie comme quelqu’un d’inatteignable, de tellement pure qu’elle nous décourage d’avance : « on n’y arrivera jamais ». Non, Marie nous dit : « Ce que j’ai reçu, ce don de Dieu, c’est pour toi aussi. Tu es mon enfant, j’ai confiance en toi, tu peux y parvenir aussi ».
2/ Elle nous montre sa vocation et la nôtre comme un cadeau entièrement gratuit. Elle n’a rien fait, à sa conception, pour être Immaculée : elle a tout reçu. Et nous aussi, la Grâce de Dieu dont parlait saint Paul, elle n’est pas une récompense pour les bons élèves : c’est un cadeau, un don que nous ne méritons pas. Quelque chose de totalement gratuit, dû à l’Amour paternel de Dieu.

Dans l’Évangile (Annonciation), nous voyons Marie agir, tout simplement, pour répondre à sa vocation. L’Ange lui propose une mission ; et elle, dans la confiance la plus complète, choisit de dire « oui » à cette mission. Marie accueille le don de Dieu en pleine confiance ; c’est la relation qu’elle a depuis toujours avec Dieu, une relation de confiance, d’amour, d’accueil. C’est pour nous le modèle de toute relation à Dieu. Si parfois nous avons le sentiment de ne plus avoir vraiment confiance en Dieu, tournons-nous vers Marie !

L’Immaculée Conception de Marie, c’est la fête de la gratuité du don de Dieu. Marie, pour nous, se fait missionnaire de cette gratuité de l’Amour. Et nous, avec nos frères qui ont du mal à croire en Dieu (parce qu’ils ont une mauvaise image du Seigneur !), nous avons à être ces mêmes missionnaires de la gratuité. « Oui, le Seigneur t’aime, Il te précède, Il te donne son Amour gratuitement ! Crois en Lui, ta vie sera transformée ! » Demandons à Marie d’être pleins de sa confiance en Dieu, pour que nous sachions la communiquer aux autres.

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Premier dimanche de l'Avent — Préparer une rencontre avec Jésus

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Avec ce premier dimanche de l’Avent, nous commençons une nouvelle année liturgique, une année où nous écouterons surtout l’Évangéliste saint Luc (que nous venons justement d’entendre). Chaque année, cette période de commencement correspond à l’attente de la venue du Sauveur ; c’est donc un état d’esprit tout nouveau que nous avons à adopter, une nouvelle attente, une nouvelle Espérance, une hâte que s’accomplissent les promesses du Seigneur. Et comme chaque début d’année, nous pouvons déjà penser aux “bonnes résolutions” que nous prendrons devant le Seigneur, lorsqu’Il viendra à Noël : que sera cette année pour notre vie de foi ?

Pour nous aider à méditer sur ce nouveau commencement, nous avons entendu – comme souvent, sans trop y prêter attention – la prière de début de cette messe, juste avant les lectures. Que disait cette prière ? [pour ceux qui ont écouté…] Il s’agissait d’« aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur », pour vivre pleinement ce temps de l’Avent.
Cette phrase est très riche, il n’est pas inutile d’en peser chaque mot. D’abord, il y a le « courage » : l’Avent, comme le Carême, est un temps de reprise en main. Il s’agit de se réveiller, de montrer une certaine volonté pour se mettre en situation d’attendre le Seigneur : car l’Avent est un moment de conversion, ne l’oublions pas ! Ensuite, il s’agit de marcher « sur les chemins de la justice » : donc de faire ce qui est bien, de changer notre comportement. Comme l’écrivait saint Paul tout à l’heure, nous sommes invités à « bien nous conduire pour plaire à Dieu ».
Et enfin, le plus important : ce chemin de justice conduit « à la rencontre du Seigneur ». L’Avent est la préparation à une rencontre ; et c’est sur ce point que nous devons méditer, sans quoi nous ne mesurerons pas vraiment l’importance de la fête de Noël.

C’est donc une rencontre que nous préparons pendant l’Avent ; une rencontre qui a changé le cours du monde, une rencontre qui peut transformer notre vie. À dire vrai, si nous sommes aujourd’hui rassemblés dans cette église, c’est que nous avons déjà fait cette rencontre, chacun selon sa propre foi. Certains sont plus mystiques que d’autres, tout le monde n’a pas eu d’apparitions directes du Seigneur… mais l’important, c’est que nous soyons toujours en recherche de cette rencontre. Par exemple, le fondement de la vie des religieux (pensons à nos voisins Chartreux), c’est de chercher Dieu au travers de toute leur vie. Nous avons rencontré le Seigneur Jésus, comme les disciples, et nous cherchons toujours plus à approfondir cette rencontre.
Jésus est Celui qui vient vers nous tandis que nous allons vers Lui pendant l’Avent, Celui que nous trouverons emmailloté dans une mangeoire à Bethléem. Il n’est pas une idée, un concept, ni une morale ; Il n’est pas non plus un ensemble de « valeurs » (les fameuses « valeurs chrétiennes » : plus on en parle, moins on est chrétien…) : il s’agit d’une Personne qui vient nous sauver. Nous avons toujours à garder devant les yeux que Jésus est « Quelqu’un » (une vraie Personne) : car on en fait une figure historique un peu éloignée, un vague maître spirituel, presque une idée… et on oublie qu’Il vient en personne nous apporter l’Amour de Dieu. Voilà pourquoi nous avons des crèches dans nos églises, voilà pourquoi nous regardons avec émotion l’Enfant de Bethléem : même si parfois certaines représentations sont un peu mièvres (et semblent trop enfantines aux adultes !), il n’empêche que c’est la garantie que notre foi n’est pas une simple idée ou une opinion. Devant Marie, Joseph (les bergers, les Mages), devant l’Enfant, nous nous rappelons que notre foi est d’abord une rencontre voulue par Dieu. Et l’Avent, justement, nous propose de nous aider à nous préparer (avec courage, justice et conversion) à cette rencontre ; en premier lieu bien sûr, à travers la prière, qui est le lieu essentiel où l’Esprit saint nous fait faire cette rencontre.

Le Seigneur vient donc vers nous, Il vient illuminer notre nuit pour nous sauver du pouvoir des ténèbres. Dans l’Évangile nous avons relevé, avec étonnement, que Jésus décrit la rencontre finale – que nous attendons – comme un temps de catastrophes : « nations affolées, fracas de la mer, les hommes mourront de peur… ». C’est une vision un peu angoissante, et pourtant la venue du Christ ne doit pas nous effrayer : « Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche ». Pour que le Christ puisse venir à notre rencontre et nous sauver, il faut d’abord que s’écroulent toutes les “fausses sécurités” : tout ce qui occupe trop de place dans nos vies et empêche la rencontre. Oui, nous attendons sa venue, nous avons à nous convertir, à « rester éveillés », et nous Le rencontrerons dans la Nuit de Noël. Préparons-nous à cette rencontre !

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Trente-deuxième dimanche du Temps Ordinaire — « Ils ont tout donné… »

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Chers frères, il me semble voir comme un signe de la Providence le fait que cette date du Centenaire de l’Armistice de 1918 tombe un dimanche. Ce dimanche, jour de la Résurrection du Christ, nous rappelle que ceux dont les noms sont inscrits dans cette église, qui sont tombés pour la France au cours de cette guerre, étaient pour leur grande majorité un peuple chrétien – qui luttait, hélas, contre un autre peuple chrétien…
En ce dimanche, nous aussi, peuple chrétien de Moirans et des environs, sommes rassemblés afin de prier pour la paix. Ce dimanche 11 novembre est aussi (et là encore, ce n’est pas un hasard) la fête de saint Martin, l’évangélisateur des campagnes françaises au IVe siècle. Venu de Hongrie, saint Martin était légionnaire ; débarrassé de ses armes, il a parcouru la Gaule pour porter l’Évangile, et il a ainsi établi la vraie paix, celle qui vient du Christ.

Nous prions donc pour la paix, parce qu’aujourd’hui est le jour où les armes se sont tues : il y a cent ans, exactement à 11h, entrait en vigueur le cessez-le-feu, autrement dit l’Armistice. Ce fut la fin d’une guerre qui avait fait au total plus de dix-huit millions de morts, de disparus, de blessés, de mutilés. Nous connaissons le cadre de la signature de cet Armistice, dans le wagon du maréchal Foch à Rethondes, en forêt de Compiègne. Ce ne fut en fait qu’une “suspension” de la guerre, puisque sa fin ne fut effective qu’avec le Traité de Versailles en juin 1919. Mais hélas, d’autres intérêts inspiraient ce Traité de paix, et la stabilité de l’Europe n’était pas encore au rendez-vous. En 1918, toute l’Europe était bouleversée. En France, malgré les ravages et les morts, nous avions vécu une réconciliation dans les tranchées entre « ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas » ; mais ailleurs, les structures s’effondraient, l’Allemagne était renversée, l’Empire d’Autriche-Hongrie était pulvérisé, les nations se cherchaient.

Cette guerre avait eu des répercussions immenses sur des millions d’hommes et de femmes dans le monde entier. L’histoire de ce XXe siècle est connue, nous ne sommes pas ici pour faire de l’Histoire ni de la géopolitique – encore moins de la stratégie ou de l’économie : aujourd’hui simplement, nous nous souvenons. Nous prions, nous honorons ceux qui étaient nos ancêtres à deux, trois, quatre générations, et qui ont donné leur vie pour la France. Ils sont partis, ils ont quitté leur famille, leur vie quotidienne, leur métier, leurs moissons, car leur Patrie était en danger. En répondant à l’appel des drapeaux, ils sont allés défendre, justement, ce à quoi ils tenaient le plus : leurs familles, leur pays, leurs champs, leurs concitoyens. Ils n’étaient pas, comme on l’a dit récemment, des « civils que l’on avait armés » : ils étaient des soldats, parce que tout simplement nous avions besoin de soldats pour nous défendre. Ils ne pensaient pas non plus que tout changerait avec cette guerre. Ils ne croyaient pas « faire l’Histoire » par leur sacrifice : ils partaient simplement faire leur devoir, parce qu’ils l’avaient toujours fait. Derrière la charrue ou baïonnette au canon, nos ancêtres étaient des hommes de devoir ; c’est là qu’est la vraie bravoure, dans le courage d’accomplir sa tâche quotidienne.

Oui, nos aïeux soldats, chacun à sa place, allaient accomplir leur tâche. Si l’Évangile d’aujourd’hui peut nous aider à comprendre quelque chose, c’est que les petites choses – le devoir, le travail quotidien – peuvent avoir une valeur infinie. La « pauvre veuve » que voit Jésus, qui s’avance et donne deux petites pièces de monnaie, peut bien sembler ridicule aux yeux des donateurs importants qui se glorifient de leur générosité ; en fait, comme le dit Jésus, « elle a mis plus que tous les autres… car elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre ». Elle donne peu, mais elle donne tout ce qu’elle a. Nos soldats, eux aussi, ont donné “peu” à l’échelle d’un événement immense comme la Grande guerre ; ils ont donné peu, car ils avaient peu. Ils n’avaient que leur vie à donner ; et ils l’ont donnée.
Ce simple don, de tant de jeunes Français, a eu un immense retentissement : ce don de soi a fait l’Histoire, il a permis d’obtenir la victoire, la paix, le rétablissement de l’Alsace et de la Lorraine. Parce que la force d’une communauté humaine n’est pas dans ses canons, mais dans les esprits. La force d’un homme n’est pas dans ses bras, mais dans son cœur. La force de cette pauvre veuve n’était pas dans son porte-monnaie, mais dans sa générosité. Et il a suffi de peu pour que de grandes choses se passent : lorsque l’on donne peu, mais que l’on donne tout, le Seigneur agit dans une mesure inaccessible à l’homme.

C’est bien dans la volonté d’un peuple, que l’on mesure sa grandeur. Et nos ancêtres soldats ont tenu par leur volonté ; ils ont tenu et ils ont tout donné. Dans des conditions qui nous font frémir (et que nous serions aujourd’hui incapables de supporter !), ils ont tenu. Ils sont restés par leur volonté, par leur amour de la France et de leurs familles ; pour la plupart aussi, ils ont tenu par leur foi, nourrie au contact des aumôniers héroïques du front. Nos soldats n’étaient ni des va-t-en-guerre, ni des pacifistes : ils avaient une mission à accomplir. Ils demeurent dans les mémoires, dans nos mémoires, comme des exemples extraordinaires de vaillance et de résolution.

Il nous revient, aujourd’hui, de ne pas oublier ceux qui ont donné leur vie. Car même au fil de la guerre, loin du front, alors que les années passaient, beaucoup finissaient par reprendre leur vie quotidienne comme si de rien n’était. La guerre était si longue, si lointaine pour une grande partie du pays… Il se passait dans le monde d’autres choses intéressantes, dont on parlait davantage ; comme les riches de l’Évangile qui aimaient bien qu’on parle d’eux, et qui méprisaient la veuve pour sa petitesse. Pourtant, pendant ce temps les soldats continuaient de combattre, humblement, courageusement, et ils souffraient d’être oubliés. Et c’était dans leur combat quotidien que se décidait l’avenir.

Comme la veuve de l’Évangile, nos soldats ont « tout donné, toute leur indigence, tout ce qu’ils avaient pour vivre ». Que leur exemple demeure vivant en nos mémoires, avec leur humilité et leur pauvreté. En défendant leurs familles et leur patrie, ils ont rétabli la justice, ils ont construit la paix ; à nous de nous montrer dignes d’eux. Ils étaient souvent des gens simples, qui faisaient simplement leur devoir ; mais dans leur simplicité, ils étaient des héros.

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Trente-et-unième dimanche du Temps Ordinaire — Aimer, mais comment aimer ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

On pose beaucoup de questions à Jésus dans l’Évangile ! Il y a trois semaines, c’était déjà ce jeune homme qui Lui demandait : « Que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? » Aujourd’hui, c’est un autre homme, un scribe – qui devait connaître par cœur la Loi de Moïse –, qui Lui pose une autre question, finalement assez proche de la première. « Quel est le premier de tous les commandements ? » Ce sont deux questions semblables, car ce que cherchent ces hommes, c’est l’essentiel. Comment obtenir la vie éternelle, comment vivre en vérité devant Dieu, comment accomplir pleinement la vocation humaine ? Dans un monde complexe, quand beaucoup de choses sollicitent notre attention, quand nous avons des soucis multiples et artificiels… ou lorsqu’il y a beaucoup de commandements de divers niveaux, comme dans la Loi de Moïse : que faire d’essentiel ? Quel est le centre, autour duquel articuler notre vie ?

Oui, nous avons besoin d’essentiel. Ce week-end à Grenoble, des centaines de jeunes sont rassemblés autour de notre évêque, car en eux il y a cette soif de l’essentiel. On ne peut pas se satisfaire des distractions, des progrès techniques, de la connexion incessante et superficielle avec le monde entier… À tout âge, nous avons besoin de donner un sens à notre vie. Et Jésus répond avec bienveillance à la question du scribe, comme Il avait répondu au jeune homme : l’essentiel, le premier commandement, c’est celui de l’amour. Aimer Dieu « de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force » ; et aimer « son prochain comme soi-même ». En faisant cela, Jésus ne donne pas vraiment un “nouveau commandement” : Il revient à la nature même de l’homme. Nous sommes faits à l’image de Dieu, et Dieu est Amour de communion entre le Père, le Fils, le Saint-Esprit : nous sommes donc faits, à l’image de Dieu, pour aimer. De la même manière, il y a quatre semaines, Jésus nous parlait du mariage. Il ne disait pas : « Voilà ce qu’il faut faire : être fidèle, se marier pour la vie, etc. » : Il ramenait à la création de l’homme et de la femme, créés l’un pour l’autre, faits pour le don mutuel et l’amour. Finalement, l’Évangile nous rappelle sans cesse notre vocation unique en nous présentant le modèle absolu de Jésus : le Fils de Dieu qui s’est fait homme, nous montre que l’homme est appelé à vivre comme Dieu. Et ce qui nous rend semblables à Dieu, c’est d’aimer comme Dieu.

Donc : « l’essentiel, c’est d’aimer ». C’est une belle devise, mais cela sonne aussi comme un titre de chanson romantique… et nous savons bien qu’en fait, rien n’est plus “flou” que l’amour. On peut faire dire n’importe quoi à l’amour : on peut tuer par amour, on peut être manipulateur par amour, on peut se réfugier derrière l’amour pour exercer des influences dévastatrices. L’actualité autour de la bioéthique nous fait aussi réfléchir : car certains n’hésitent pas à trafiquer dans la génétique pour se fabriquer des enfants sans père, sans mère… et tout cela, disent-ils, “au nom de l’amour”.
Jésus, quand Il nous parle d’aimer, nous donne en fait deux commandements [et Il ajoute (Mt 22,39) que le second commandement est « semblable » (homoía) au premier]. D’abord, il y a l’amour de Dieu, « de tout son cœur, de toute sa force » ; puis ensuite, l’amour du prochain « comme soi-même ». Ce qui ne veut pas dire que l’amour de Dieu et l’amour des hommes soient en concurrence ; mais cela signifie que l’on ne peut aimer le prochain en vérité que si l’on aime Dieu, et si l’on reçoit de Dieu sa propre manière d’aimer. Nous devons aimer nos frères, mais seulement si nous les aimons comme Dieu les aime. Ce qui doit nous faire réfléchir sur ce que veut vraiment dire « aimer ».
Pour certains, « aimer » signifie surtout recevoir le plaisir d’aimer et d’être aimé ; pour d’autres, « aimer » veut dire faire plaisir à l’autre. Il y a du vrai dans tout cela, mais ce n’est pas le principal. Le Seigneur ne veut pas d’abord « nous faire plaisir » (et encore moins se faire plaisir à Lui !), mais Il veut nous sauver du mal. Aimer, c’est donc vouloir le bien de celui qu’on aime ; et vouloir le bien de l’autre, c’est une mission exigeante ! Ainsi, gaver de sucreries un enfant, c’est lui faire plaisir… mais est-ce vraiment l’aimer ? Autre exemple : quand des parents donnent un prénom bizarre à leur enfant, la plupart du temps ils se font plaisir, ils se rendent intéressants ; mais veulent-ils vraiment son bien, pensent-ils à son avenir ?…

Lorsque le Seigneur nous donne comme premier commandement l’amour, Il nous invite donc à un vrai discernement. Il s’agit d’aimer en vérité, comme Dieu Lui-même nous aime ; sinon, on se fait illusion. L’unique loi de l’amour, c’est bien cela l’essentiel : mais demandons surtout à l’Esprit saint de nous enseigner comment aimer !

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Vingt-huitième dimanche du Temps Ordinaire — Seul Dieu comble le cœur de l'homme

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Avez-vous noté cette phrase toute simple dans l’Évangile, dans ce dialogue, lorsque l’homme vient de dire à Jésus qu’il avait obéi aux commandements : « Jésus posa son regard sur lui, et Il l’aima ». Avec ce regard de Jésus, c’est une relation extraordinaire qui commence : Jésus a compris que la question de l’homme était une question sincère, une question sérieuse, une question qui engage toute sa vie. Jésus prend au sérieux cette demande ; Il pose son regard sur lui, Il l’aime, Il va lui révéler le grand secret de l’Amour de Dieu.

« Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? ». Ce n’est pas une plaisanterie, ni même une simple curiosité : cet homme veut s’engager pour avoir la vie éternelle. Mais que cherche-t-il exactement ? La vie éternelle n’est pas seulement une vie “après la mort” : c’est aussi une vie qui a un sens, une vie remplie, une vie en plénitude. Un homme d’aujourd’hui pourrait demander à Jésus : « Que dois-je faire pour être vraiment heureux, pour que ma vie ait un sens ? ». Car si nous le voulons, la Vie éternelle, le bonheur éternel, peut commencer dès maintenant. On peut vivre avec Dieu maintenant, comme nous sommes appelés à vivre avec Dieu dans l’éternité. Si nous faisons ce choix, notre vie sera transformée par le Seigneur ; et nous n’aurons plus peur de rien, pas même de la mort, car rien ne peut nous séparer de l’Amour de Dieu.
Alors comment faire, demande cet homme ? Que faut-il faire pour que notre vie soit pleine de sens ? Et aussi [messe des familles], que faut-il transmettre aux enfants ; comment leur donner la possibilité de grandir en plénitude, en vivant déjà de la Vie éternelle ? Dans le langage de la Bible, cette attitude de recherche s’appelle la Sagesse. Nous l’avons entendu dans la première lecture (dans le Livre qui porte justement ce nom de « Livre de la Sagesse ») : il s’agit de rechercher la Sagesse, de préférence à tout le reste. « Tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable »… Sans cette Sagesse divine, on peut bien s’enrichir, faire de grandes choses, mais rien ne comblera vraiment notre cœur. Avoir la Sagesse, c’est être à la recherche d’une vie différente : une Vie qui est éternelle car elle est pleine de la présence de Dieu. Si le Seigneur n’est pas présent dans notre vie, nos occupations ne seront « qu’un peu de sable », et nous serons toujours déçus. Dans le cœur nous portons l’image de Dieu, l’appel de Dieu ; et Dieu seul peut satisfaire cette soif !

C’est donc bien cela la quête de cet homme : j’ai soif de Vie éternelle, je veux que mon cœur soit comblé : alors que dois-je faire ? Évidemment, il a bien compris que tout dépend de notre manière de vivre. On ne vit pas de la même manière si l’on cherche la Vie éternelle, ou si l’on cherche à vivre dans le plaisir et la richesse ; si l’on veut faire le bien, ou si l’on veut écraser les autres…
Ce jeune homme semble pourtant bien parti : il obéit avec soin aux commandements de Dieu (les Dix commandements que Jésus lui a rappelés). Que demander de plus ? Et pourtant, il sent dans son cœur que cela ne lui suffit pas. Il y a des gens qui sont honnêtes, qui ne feraient pas de mal à une mouche, mais qui sont pourtant centrés sur eux-mêmes : je suis honnête, je suis gentil, je suis tolérant, je fais mes devoirs, j’obéis bien aux commandements, je respecte les limitations de vitesse, je m’admire dans le miroir… Mais cela ne suffit pas à donner un sens à ma vie ! La vraie Sagesse, ce n’est pas seulement faire des belles choses. C’est quelque chose de plus grand, de plus beau, d’infini ; car nous avons tous soif d’infini (particulièrement les jeunes, qui rêvent d’aller toujours plus loin pour accomplir leur vocation).

Et voilà que Jésus nous regarde, nous aime, et nous propose cette Sagesse nouvelle, de manière assez radicale : « Donne tout ce que tu as ; puis viens et suis-moi ». Cela peut paraître un peu dur… Et pourtant, Jésus nous invite surtout à briser nos chaînes. Nous mettons souvent notre sécurité dans nos richesses, nous croyons nous suffire à nous-mêmes ; et cela ferme notre cœur, cela nous empêche d’aller vers Dieu et vers les autres. Devant cet appel radical, nous sommes invités à nous poser la grande question : « En quoi mettons-nous vraiment notre sécurité ? » Dans mon bien-être, ma maison, ma voiture… ? C’est cela qui me rassure dans la vie ? Alors il n’y a plus de place pour Dieu ; et mon cœur sera toujours insatisfait.
« Tout quitter pour Jésus », cela signifie donc : mettre les bonnes priorités. Tant que je m’attache à mes biens, ou à mon image de moi-même, je n’obtiendrai pas la Vie éternelle, c’est-à-dire la plénitude du bonheur. Mais si je décide de laisser le Seigneur entrer dans ma vie, tout sera transformé. Que ce soit notre priorité, pour nous, nos familles, nos enfants : « car tout est possible à Dieu ».

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Vingt-septième dimanche du Temps Ordinaire — La fidélité, chemin de bonheur (Journée de rentrée paroissiale)

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Il y a un instant, nous avons entendu un récit extraordinaire : celui de la création de l’homme et de la femme. Ce n’est pas un récit scientifique, il ne décrit pas l’évolution des espèces… Dans la Genèse, Dieu ne nous raconte pas des histoires : Il nous explique l’essentiel, c’est-à-dire le sens du monde, le sens de l’homme et de la femme, le sens de notre vie. Ces lectures sont d’une richesse inépuisable, et nous rendons grâce à Dieu de nous les donner au jour de notre rentrée paroissiale ! Elles vont nous aider à fixer une direction pour notre Communauté paroissiale de Saint-Thomas.

Avant tout, le Seigneur nous dit, aujourd’hui comme hier : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Nous ne sommes pas faits pour la solitude, mais pour le dialogue, pour le face-à-face, pour l’échange ; c’est un premier élément essentiel de notre Communauté. À l’image de Dieu qui est Trinité, nous sommes nous aussi appelés à l’amour mutuel. Pas n’importe quel amour : un amour fraternel, un amour qui fait grandir, un amour qui respecte la dignité de chacun ; un amour qui reconnaît dans l’autre son semblable, comme Adam face à Ève : « Voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! » L’homme a besoin de la rencontre, du dialogue ; et plus encore, nous avons besoin d’un engagement dans ce dialogue. La plus belle chose que nous puissions faire, c’est nous engager librement. On ne peut pas dialoguer en vérité si l’on change sans cesse ; comme dans ces conversations d’apéritif où on parle de tout et de rien, en allant de l’un à l’autre de manière superficielle. Le dialogue, cela veut dire : je m’arrête près de toi, je prends le temps de t’écouter, d’échanger avec toi, de t’aimer tel que tu es.
Dans le récit de la Genèse, ce dialogue se noue entre deux personnes en même temps semblables et très différentes : l’homme et la femme. Il ne peut y avoir un dialogue véritable, que s’il y a un engagement, une fidélité : quoi qu’il arrive, nous continuerons ensemble ; je m’engage à ne jamais couper le dialogue avec toi. C’est pourquoi, nous dit le Seigneur, « l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un ». C’est ainsi qu’ils font alliance l’un envers l’autre, pour que jamais ce dialogue d’amour ne s’arrête.

Oui, ce récit est très riche car il ne nous parle pas seulement de l’amour entre l’homme et la femme. Il va plus loin : il nous parle de nous-mêmes (qui que nous soyons, les jeunes comme les vieux !), et de ce qui nous rend profondément heureux. Comment devenir de plus en plus ce que nous sommes, comment nous épanouir ? Dans le dialogue en vérité, dans le don de soi, et dans la fidélité. Et c’est vrai de toutes les dimensions de notre vie. Ce qui nous rend heureux, ce n’est pas le calcul (« Qu’est-ce qui est avantageux, de quoi vais-je tirer le maximum de profit ? »), ce n’est pas d’obéir à une loi, ni de chercher à être bien vu ; ce n’est pas non plus de rechercher le plaisir ou les richesses, et de marcher sur les pieds des autres pour y parvenir… Non, ce qui nous rend pleinement heureux, c’est de nous engager dans ce qui est bien, ce qui est vrai et beau ; et d’être fidèles à nos engagements. Le récit de la Genèse nous dit que parmi les engagements, celui du mariage (qui n’est pas le seul !) a une place particulière, et reflète le mieux cette vocation de l’homme à l’engagement et au dialogue. C’est cela le projet de Dieu sur l’homme, projet qui conduit au bonheur.

Pourtant, nous voyons bien que le projet de Dieu a été détourné par le péché ; que ce désir de dialogue et de fidélité n’est plus si évident. Jésus le constate dans l’Évangile : « C’est en raison de la dureté de vos cœurs… que Moïse a prévu une loi sur le divorce ». Voilà pourquoi Lui, le Fils de Dieu vainqueur du péché par sa Résurrection, revient à ce projet initial en lui donnant la valeur d’un Sacrement. Jésus ramène l’homme et la femme à la joie de la Création ; et plus largement, Il donne la force de la Résurrection à toutes nos relations humaines. Le projet de Dieu sur l’homme est désormais renouvelé : notre communauté paroissiale de Saint-Thomas, elle aussi, doit vivre du Christ ressuscité, et retrouver un nouveau sens des relations fraternelles. Notre vie de frères et de sœurs est transformée par la présence de Jésus, et nous pouvons à nouveau vivre dans la fidélité, dans le dialogue. Bien sûr, nous aurons toujours la tentation du changement, de ne jamais être satisfaits là où nous sommes – « les paroissiens sont comme ci, le curé est comme ça… » –, et la tentation de “papillonner” d’une communauté à l’autre. Mais le Seigneur nous appelle à la fidélité, au service, au don mutuel.
C’est là où nous sommes, en famille, en Communauté, que le Seigneur veut nous donner sa Grâce ; avec nos richesses et nos pauvretés, notre variété d’âges et de sensibilités. Dieu nous a unis… et le péché ne doit pas nous séparer. Le bonheur se trouvera toujours dans le dialogue, l’accueil de l’autre tel qu’il est, en renonçant à toute tentation de dominer ou de critiquer. Que ce soit ainsi le programme de vie de notre paroisse : « ne faire plus qu’un » dans le Seigneur !

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Vingt-sixième dimanche du Temps Ordinaire — Tout utiliser pour l'Amour de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Mieux vaut pour toi entrer dans le royaume de Dieu », dit Jésus : notre désir le plus profond, c’est bien d’entrer dans le royaume de Dieu ! Et pour cela, il s’agit de nous laisser guider par le Seigneur Jésus, de L’écouter, de suivre ses commandements, de Le connaître, de L’aimer. Jésus nous parle du bien et du mal, de l’amour et du péché, et nous apprend à discerner les choses ; sans la Sagesse du Christ, nous nous trompons souvent, nous faisons des confusions et nous ne savons pas comment séparer le bien du mal. Il y a des choses qui nous semblent mauvaises simplement parce qu’elles sont contraires à nos habitudes… et il y a des choses qui nous semblent bonnes, mais nous ne nous rendons pas toujours compte de leurs conséquences ! Alors comment discerner le bien, qui nous conduit au royaume de Dieu, et le mal, qui nous en éloigne ?

L’attitude générale à laquelle Jésus nous invite, c’est d’abord la bienveillance. Car il y a des choses bonnes, qui se font au nom de Jésus, et que nous ne soupçonnons pas. Par exemple, cet homme dont parle saint Jean à Jésus, et qui « expulse les démons en son nom ». Il ne s’agit pas de faire cesser cette action immédiatement, même si les Apôtres y voient une usurpation du nom de Jésus : laissons faire, prenons le temps de comprendre avec bienveillance, de voir vraiment ce qui se passe…
Le mal n’est pas toujours exactement là où nous le pensons, et nous avons à convertir notre regard sur ce qui nous entoure. Le mal n’est pas dans les objets, ni dans ce que nous croyons savoir de nos frères ; il n’est pas non plus dans la nourriture, ni même dans les richesses. Le mal se situe d’abord dans notre cœur blessé par le péché ; et de ce mal, Jésus seul peut nous guérir. Il voit toutes choses et les accueille avec bienveillance : « Celui qui n’est pas [volontairement] contre nous, est pour nous. » L’Esprit souffle parfois à des endroits insoupçonnés, de manière imprévisible, comme Moïse le constatait tout à l’heure : « Le Seigneur peut faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! ».

Oui, c’est notre intention, en profondeur, qui fait que nous commettons le bien ou le mal ; c’est pour cela que nous ne pouvons jamais juger des intentions des hommes. Le choix de notre conscience est toujours libre ; le chemin que nous prenons ne dépend pas des circonstances extérieures, mais de notre décision. Si nous voulons suivre Jésus, nous le ferons même dans les difficultés ; si au contraire nous voulons nous séparer de Lui, nous n’aurons pas besoin d’excuses pour le faire !

Alors que nous dit l’Évangile sur la manière d’« entrer dans le royaume de Dieu » ? Jésus nous parle de la main, du pied, de l’œil, qui peuvent être des « occasions de chute », c’est-à-dire nous inciter au péché. Mais cela signifie d’abord que le principal est de rechercher le royaume de Dieu : toutes les autres choses ne sont que des moyens. Le choix à faire est celui de l’usage des biens, des dons que nous avons reçus. Et Jésus nous invite à faire bon usage de ces dons. Le bien ou le mal ne sont évidemment pas dans la main, le pied, l’œil : on peut tout utiliser pour l’Amour de Dieu et des frères. Avec une main, on peut relever quelqu’un… ou bien le frapper. Avec un œil, on peut voir les besoins des autres… ou l’on peut convoiter leurs biens. Avec l’intelligence, on peut chercher le progrès des hommes ; et on peut aussi planifier très intelligemment un vol ou un meurtre !
De la même manière, dans la deuxième lecture, saint Jacques prévenait les riches contre leurs propres injustices ; non pas que la richesse soit mauvaise en soi, mais parce qu’elle donne l’occasion de faire le mal, de « frustrer les ouvriers et les moissonneurs », de « condamner le juste ». On peut utiliser la richesse pour faire le bien et venir en aide aux pauvres, mais on peut aussi l’utiliser pour exercer un pouvoir injuste.

Tout ce qui nous est donné est pour le bien, et nous devons demander la sagesse pour discerner la manière d’agir ; car ce qui est donné pour le bien, peut aussi être mal utilisé. À ce sujet, saint Ignace de Loyola a écrit ceci : « Les choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de sa vocation. L’homme doit donc en faire usage autant qu’elles le conduisent vers sa fin, et s’en dégager autant qu’elles l’en détournent » (Exercices spirituels).

Nous pouvons donc nous examiner en vérité : quels dons, quels biens ai-je reçus ? Qu’est-ce que j’utilise pour le bien ou pour le mal ? Si nous voulons « entrer dans le royaume de Dieu », à nous d’écouter l’Esprit saint, de faire la vérité sur notre vie : pour tout utiliser pour l’Amour de Dieu !

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Vingt-troisième dimanche du Temps Ordinaire — Consacrer son travail, l'ouvrir à Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jésus « fait entendre les sourds et parler les muets ». Jésus guérit, Jésus se penche sur toutes nos maladies et nos infirmités, pour les soigner. Comme le dira plus tard saint Pierre, Jésus « est passé sur terre en faisant le bien » (Ac 10,38) pour les hommes. Par ces guérisons si nombreuses, Il veut montrer qu’Il est venu parmi nous pour nous sauver ; Il n’est qu’Amour, sollicitude, générosité. Tout ce qu’Il nous demande, c’est de nous ouvrir à sa présence pour qu’Il nous guérisse.
Et justement, le passage que nous venons d’entendre nous parle d’ouverture. Jésus ouvre la bouche du muet, les oreilles du sourd, avec le geste qui nous est peut-être familier car l’Église l’a adopté dans le rite du Baptême : « Ephata, ouvre-toi ! », dit le ministre du baptême – comme Jésus – en touchant la bouche et les oreilles du futur baptisé. Ce geste nous rappelle que nous avons à nous ouvrir, à ouvrir notre cœur et notre esprit : non pas nous ouvrir à tout et n’importe quoi suivant les modes et les opinions, mais d’abord nous ouvrir à la Parole de Dieu. C’est Dieu qui donne sa Parole, et c’est Lui-même qui ouvre notre vie à sa présence. Sans Lui, nous demeurons fermés sur nous-mêmes et sur nos impasses.

L’Évangile nous est donné pour que notre vie s’ouvre à Dieu. Et si la vie s’ouvre à Dieu, elle prend une dimension entièrement nouvelle, qu’on ne peut même pas soupçonner si l’on n’a pas commencé à parcourir le chemin de la foi. Isaïe nous disait tout à l’heure : « L’eau jaillira dans le désert ; la région de la soif deviendra un lac ». Or c’est un peu ce que l’on ressent quand on fait la rencontre du Seigneur ! Ce qui était sec dans notre vie, devient fécond, joyeux. Les décisions deviennent paisibles, les peurs et les angoisses disparaissent dans la confiance en Dieu. Notre vie prend un nouveau sens, une nouvelle dimension qui nous ouvre à l’infini. Chaque événement prend une signification nouvelle, même les plus petites choses. Si le Seigneur ouvre nos oreilles et notre bouche (et aussi nos yeux) – « Ephata ! » –, nous commençons à ne plus vivre pour nous-mêmes, mais nous vivons pour l’Amour de Dieu et dans la charité fraternelle. Nous apprenons à pardonner, à faire la paix autour de nous. Rien n’était possible tant que nous avions le cœur fermé à l’action de Dieu, mais tout se transforme quand Il nous dit : « Ouvre-toi ! ». Beaucoup de personnes de foi pourront même nous dire que les événements douloureux, tragiques de l’existence, prennent une dimension nouvelle sous le regard du Seigneur.

Alors comment nous ouvrir à Dieu ? En ce temps de rentrée, nouvelle année pour beaucoup d’entre nous, l’accent est mis sur une dimension importante de notre vie : celle du travail. Trop souvent, on voit le travail comme quelque chose de pesant, ennuyeux, nécessaire mais fastidieux… [Et je pense d’ailleurs que nous, les adultes, nous avons une grave responsabilité envers les enfants : est-ce que nous ne contribuons pas à l’image négative qu’ont les jeunes du travail, par exemple en les plaignant lorsque les vacances sont terminées ?…] Mais ce travail, qui fait partie de notre vie, pourquoi est-ce que nous ne l’ouvrons pas à Dieu, comme les autres parties de l’existence ? Pensons-nous que le Seigneur ne s’intéresse pas à notre travail ? Qu’Il n’est là que le dimanche quand nous Le prions, mais pas le reste de la semaine quand nous travaillons ?
Eh bien, si. Le Seigneur est présent dans notre travail ; et là aussi Il nous dit : « Ephata ! ». Ouvre-toi, ouvre ton travail, tes occupations, à la dimension de l’infini. Quoi que tu fasses, tu peux le faire par amour et le consacrer à Dieu ! Dans le Royaume de Dieu, nous disait tout à l’heure saint Jacques, il n’y a pas de riches et de pauvres : de la même manière, il n’y a pas de travail noble et de travail indigne, de grandes choses et de choses inutiles. Tout ce que nous faisons est accueilli avec joie par le Seigneur, comme une offrande d’amour. Les choses les plus petites ont une dimension infinie, que nous ne soupçonnons pas, si nous les ouvrons à la présence de Dieu.

Et bien sûr, c’est ici même, dans l’Eucharistie du dimanche, que tout trouve un sens. Nos travaux (ceux des adultes, mais ceux des enfants aussi !) sont contenus symboliquement dans « le pain et le vin, fruits du travail des hommes ». Jésus accueille si bien nos travaux, qu’Il choisit de les consacrer : nos travaux deviennent le Corps et le Sang du Seigneur, et cette présence nous nourrit.
Notre vie n’aurait pas de sens, si nous ne venions pas – au moins le dimanche – présenter notre semaine laborieuse au Seigneur pour qu’Il la consacre, qu’Il la divinise, qu’Il l’ouvre à sa présence. Et ainsi, nous repartons tout transformés par ce don. Rien n’est inutile, notre vie tout entière est grande, belle, sanctifiée par le Seigneur : « Ouvre-toi ! ».