Homelies

Paroisse Saint Thomas de Rochebrune

Les homélies du dimanche

Voir aussi les homélies sur la paroisse Sainte-Croix en cliquant ci-dessous.

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Premier dimanche de Carême — Appel décisif des catéchumènes

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Frères et sœurs, en inaugurant le Carême, nous sommes entrés dans un temps de combat spirituel qui nous invite à renoncer à Satan et à ses séductions, renoncer à nous laisser dominer par les attraits de la jouissance et de la consommation, du pouvoir et de la richesse, et de l’orgueil, pour remettre Dieu en premier dans nos vies et trouver en Lui notre liberté et notre plénitude. Les catéchumènes qui sont au milieu de nous comptent sur notre engagement et notre soutien pour apprendre eux-mêmes à renoncer au mal et à choisir la vie en écoutant la Parole de Dieu et en la mettant en pratique. Hélas, l’actualité a montré aux yeux du monde que des hommes d’Église sont tombés gravement ; ils ont cédé à la tentation du pouvoir de la chair ; par leur comportement pervers, ils ont provoqué de très graves blessures chez les fidèles qui leur étaient confiés par Dieu ; ils ont ébranlé la foi de certains chrétiens. Les révélations horribles de ces derniers jours sont un appel à prendre sérieusement le chemin de la conversion, car aucun de nous n’est à l’abri de telles déviations, s’il ne se convertit pas.
Il nous faut choisir : ou la vie ou la mort ! Choisir le Christ, c’est accepter de s’engager avec Lui dans une relation vraie, une relation d’amitié, qui demande à être entretenue tous les jours de la vie. Celui qui veut être chrétien apprend à écouter le Christ, à méditer sa Parole, à vivre dans sa lumière. Il apprend à discerner sa volonté, à faire ce qu’Il demande, à collaborer à son œuvre. La foi chrétienne n’est pas une simple adhésion à une association ; elle n’est pas réductible à des idées ; elle n’est pas un mouvement culturel ; elle n’est pas une assurance tous risques. Elle est une relation vivante à Dieu, par Jésus-Christ, dans la force de l’Esprit Saint ; elle est une manière de vivre selon Dieu et de façon pleinement humaine, puisque l’être humain a été créé à l’image de Dieu. La foi chrétienne est un engagement à travailler au Royaume de Dieu.
On ne devient pas chrétien pour se servir de manière égoïste, pour profiter d’un système, mais pour se donner à Dieu et à nos frères et sœurs, selon la volonté divine et non selon nos seuls points de vue.

Ensemble donc, nous, baptisés qui voulons persévérer dans notre chemin de conversion et catéchumènes qui veulent devenir disciples du Christ, entrons, à la suite du Peuple Hébreux et de tous les croyants qui nous ont précédés, dans le désert, conduits par l’Esprit Saint, pour vaincre avec le Christ. Prenons les moyens de nous mettre un peu à distance des bruits du monde, et évitons la dispersion. Allons au désert humblement, sans présomption, comptant sur la miséricorde inlassable de Dieu, sans duplicité ni tromperie, nous appuyant sur la Parole de Dieu, dans la désappropriation et la disponibilité du cœur.
Comme nous y invite la première lecture, commençons par faire mémoire des merveilles que le Seigneur a réalisées pour nous. Si nous sommes ici, c’est que Dieu a mis dans nos cœurs une attente, un désir, une quête de sens ; Il est venu au-devant de nous d’une manière ou d’une autre, à travers telle personne, telle communauté, tel évènement, ou dans le silence du cœur. Il nous a parlé ; que nous a-t-Il dit ? Rappelons-nous sa Parole et tous les signes qu’Il nous a faits. Rappelons-nous l’expérience que nous avons pu faire de son pardon. Chaque jour, Il fait briller son soleil ou tomber la pluie, chaque jour Il nous comble d’innombrables dons que souvent nous ne savons même plus voir, ou que nous considérons comme des dus. Faire mémoire des bienfaits de Dieu, Le remercier pour tous ses dons, nous aide à garder du recul face à la logique consumériste, face à ces désirs inutiles sans cesse excités par notre société de consommation. Rendre grâce à Dieu pour tous ses dons et tous les signes de son amour nous aide à jeûner de manière juste, et à partager avec nos semblables, surtout ceux qui sont dans le besoin. L’homme ne vit pas seulement de pain ou de confort matériel.

Le désert est le lieu du silence et de l’écoute. Prenons les moyens de méditer davantage la Parole de Dieu. C’est en quelque sorte, la deuxième chose à faire pendant le Carême. Elle est une vraie nourriture, elle apaise notre faim et notre soif. Elle fortifie notre foi, elle suscite en nous une réponse qui est l’acte de foi qui naît dans le cœur et est proclamé par nos lèvres. Le Carême est le temps pour nous dire et redire en qui nous mettons notre foi. La Parole de Dieu méditée vient toucher profondément le cœur, Elle est une vraie rencontre du Ressuscité, Elle suscite un vrai don de nous-mêmes. Croire c’est se donner à Dieu, Lui remettre notre vie, la construire sur Lui. Dans le désert et surtout dans les combats, il est bon de redire des actes de foi : « Jésus, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ; « je crois en toi » ; « j’ai confiance en toi »… « C’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut », disait saint Paul dans la deuxième lecture.

C’est avec la mémoire ravivée des merveilles du Seigneur et le cœur nourri de sa Parole que nous pouvons aborder le combat spirituel. Nous ne pouvons nous sevrer de comportements désordonnés, d’attachements stériles aux richesses, de relations malsaines, de soif de pouvoir, d’une consommation exagérée, que si nous goûtons aux vrais biens, si notre relation à Dieu nous pacifie et nous unifie, si nous sommes nourris de nourritures spirituelles solides et fortifiantes. Tout cela nous est donné dans le Christ, particulièrement dans son mystère pascal, dans sa mort et sa résurrection. En Lui nous goûtons le pardon des péchés, nous apprenons à vivre habituellement du sacrement de la réconciliation. Il n’est pas possible à l’être humain de se sortir de la logique du mal sans l’œuvre de Jésus, le Fils de Dieu, sans sa lumière et sa grâce, sans faire mémoire de ses bienfaits, ce que nous faisons particulièrement dans l’Eucharistie, sans le don du Saint Esprit. Le but du combat est de remettre Dieu à sa juste place, comme Origine et Fin de toutes choses, comme Celui de qui nous recevons tout et à qui tout est rapporté. Alors, par sa grâce, nous sommes libérés de la fatalité du mal et du péché, nous entrons dans l’Alliance Nouvelle et Éternelle, dans la liberté des enfants de Dieu, nous apprenons à vivre en vrais fils et filles de Dieu, sous la conduite de l’Esprit Saint. Nous pouvons alors combattre le combat de la justice et de la miséricorde, annoncer sans relâche la Bonne Nouvelle aux pauvres, travailler à l’édification du Royaume de Dieu.

Avec confiance, entrons avec Jésus dans le combat de Dieu, pour sa gloire et le salut du monde.

† Guy de Kerimel
Évêque de Grenoble-Vienne

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Sixième dimanche du Temps Ordinaire — Heureux ceux qui choisissent le Seigneur !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Heureux êtes-vous », dit Jésus à ceux qui L’écoutent ; le Seigneur nous promet le bonheur, et c’est pour cela que nous sommes rassemblés en ce dimanche. De manière consciente ou pas, chacun de nous recherche le bonheur ! c’est même le but essentiel de toute vie humaine. Mais l’expérience nous apprend aussi que le bonheur n’est pas si facile à trouver, et qu’il y a bien des chemins trompeurs pour y parvenir. Certains cherchent le bonheur dans la possession, d’autres dans le plaisir, d’autres dans le repli sur soi-même… Où trouver un bonheur qui soit vrai, digne, durable ?

Dans l’Évangile selon saint Luc, ces paroles célèbres de Jésus qu’on appelle les « Béatitudes » sont en quelque sorte doublées : il n’y a pas que des « Heureux êtes-vous », il y a aussi (et cela nous surprend) des « Quel malheur pour vous ! ». Jésus a l’air de promettre le bonheur aux uns, et un grand malheur aux autres. En réalité, Il nous met devant notre responsabilité : notre vie sera ce que nous en ferons. Elle sera à l’image de nos choix de vie : heureuse ou malheureuse. Ce bonheur que nous cherchons est entre nos mains : comme le dit le Deutéronome, il n’est pas « aux cieux [ou] au-delà des mers », mais il est « dans ta bouche et dans ton cœur » (Dt 30,12). Si nous voulons atteindre un bonheur véritable, ce choix est proche de nous, à notre disposition.
Le prophète Jérémie, quelques siècles avant Jésus (et comme tous les prophètes), nous mettait déjà devant le même type de décision. « Maudit soit l’homme […], béni soit l’homme… » : il faut choisir la direction que nous voulons donner à nos vies. Cependant, ne nous y trompons pas : le prophète ne nous parle pas d’un choix moral (distinction trop facile entre « les gentils » et « les méchants »), mais d’un choix spirituel : une décision prise face à Dieu. « Béni soit l’homme qui met sa foi, sa confiance, dans le Seigneur ». Il ne s’agit pas d’être impeccables, mais d’abord de faire confiance – ou pas… – au Seigneur pour nous guider. Au fond de notre cœur (si nous prêtons l’oreille), la voix de l’Esprit saint se fait entendre, pour nous inviter à faire un choix : vas-tu me faire confiance, dit le Seigneur ? En qui mettras-tu ta confiance : en Moi, ou bien dans les richesses et les idées de ce monde, qui sont éphémères et ne donnent pas le vrai bonheur ?

Oui, nous sommes sans cesse invités à faire la vérité sur notre vie. « Heureux sommes-nous ! », si nous prenons la bonne orientation sous le regard de Dieu ; et « quel malheur pour nous ! », si nos choix nous conduisent à nous séparer de Dieu. Avoir la foi, faire le choix d’une relation avec le Seigneur, ce n’est pas seulement « croire qu’Il existe », mais c’est laisser sa Parole conduire notre vie. C’est là que nous avons un témoignage important à donner, en montrant que le Seigneur occupe une place essentielle dans notre vie : Il n’est pas une vague idée ou quelqu’un auprès duquel on se réfugie quand on est triste, mais Celui qui conduit au vrai bonheur si on se confie à Lui.
Allons plus loin : nous, disciples du Christ, nous savons que le Christ est ressuscité : saint Paul nous disait donc tout à l’heure (deuxième lecture) que le centre de notre relation à Dieu, c’est la Résurrection. Croire en Jésus ressuscité, c’est le critère pour savoir si nous mettons vraiment notre confiance en Dieu. Selon que nous croyons ou pas à la Résurrection, notre vie est complètement transformée : c’est une question de confiance en Dieu, car Il est vainqueur du mal et de la mort par la Résurrection. Est-ce que j’accepte que le Seigneur me sauve de la mort et du péché par sa Résurrection ? Sinon, cela signifie que je ne Lui fais pas encore pleinement confiance. C’est ce que disait saint Paul de manière catégorique : « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur : vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ».

Il s’agit donc de faire le choix, non pas seulement de “laisser une place” au Seigneur dans notre vie, mais plus clairement, de Le laisser nous sauver du péché. Lui qui est ressuscité, Il a le pouvoir de nous arracher aux ténèbres pour nous donner le véritable bonheur, maintenant et pour l’éternité.
Alors qu’allons-nous faire ? Les Béatitudes nous posent la vraie question de la place de la foi dans notre vie. Quelle est notre foi ? Quelle importance, dans notre vie, a la foi en Jésus ressuscité ? « Heureux vous qui êtes pauvres, persécutés » : cette foi transforme-t-elle notre vie, au point que nous soyons en vérité « pauvres » devant le Seigneur : ne compter que sur Lui, sur la puissance de la Résurrection, et abandonner nos fausses richesses ? La foi nous conduirait-elle même à accepter d’être « persécutés » par amour de Jésus ? Posons-nous ces questions… même si elles nous semblent un peu radicales ! Car dans le monde où nous vivons, il faut faire ce choix. Nos frères les hommes ont besoin de voir des croyants véritables, des personnes pour lesquelles Dieu n’est pas une idée, mais une Présence. « Heureux ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur ! »

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Troisième dimanche du Temps Ordinaire — Ce jour consacré au Seigneur

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

L’Évangéliste saint Luc nous dit qu’il a « recueilli des informations » sur tout ce qui s’est passé ; il n’avait pas connu personnellement Jésus, mais il a trouvé des témoins, il a noté scrupuleusement leurs paroles : il a fait une enquête très sérieuse. Et dans son Évangile, dit-il, il fait un « exposé suivi » des événements qui marquent la venue du Christ parmi nous. Ces événements ne sont pas des légendes ni des mythes : c’est la vérité d’une histoire sainte où Dieu se révèle à nous. Et dès le début, cette Révélation de Jésus est marquée par la « puissance de l’Esprit » : Jésus enseigne, Jésus guérit, Il apporte au milieu de nous l’accomplissement des promesses de Dieu : « annoncer aux captifs leur libération, remettre en liberté les opprimés ».

Oui, toutes les promesses s’accomplissent réellement en Jésus : « Aujourd’hui s’accomplit cette parole de Dieu ». Aujourd’hui, la Bonne Nouvelle est portée aux pauvres, aux prisonniers, aux aveugles. Et comme nous sommes rassemblés en ce dimanche, jour du Seigneur, cet aujourd’hui prend une nouvelle dimension. Le jour essentiel où nous célébrons les Mystères du Seigneur, c’est le jour de la Résurrection, ce dimanche qui est une Pâque hebdomadaire. Par sa Résurrection, le Seigneur nous a libérés, nous a donné la vie et la lumière.
Justement, nous avons entendu un très beau passage dans le Livre de Néhémie (au temps de la reconstruction de Jérusalem, après l’exil à Babylone), qui anticipe déjà cette joie du jour du Seigneur. « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu : ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! Ce jour est consacré : la joie du Seigneur est votre rempart ». Le jour du Seigneur, le dimanche, est un jour consacré ; aujourd’hui, même si nous arrivons vers le Seigneur avec nos soucis et nos angoisses, notre rempart c’est la joie de Dieu. Sa victoire est plus grande que nos défaites et nos tristesses – et même que nos péchés. En ce dimanche, la puissance de l’Esprit est à nouveau à l’œuvre pour nous faire entrer dans la victoire du Seigneur.

Ce « jour consacré », ce jour de Dieu, est nécessaire à notre vie, pour marquer une pause dans nos activités et nous tourner vers le Seigneur [Il faudrait d’ailleurs relire à ce sujet la magnifique Lettre Dies Domini du saint Pape Jean-Paul II (31/5/1998)]. Car pour accueillir le don de la libération et de la Résurrection, il nous est nécessaire de lever les yeux vers le Seigneur – au moins une fois par semaine ! –, de prendre un temps, régulièrement, pour laisser de côté nos affaires et nous rappeler que nous sommes enfants de Dieu, libérés du péché par notre baptême. L’homme multiplie les occupations, les recherches et les entreprises, mais il court le risque de s’enfermer dans sa propre activité. À force de vouloir tout faire, nous tournons souvent sur nous-mêmes. Ainsi, nous avons besoin de briser le cercle qui nourrit cet enfermement ; nous avons besoin d’être libres pour écouter les prophètes : « Ce jour est consacré au Seigneur. Aujourd’hui [comme dit le Psaume (95)], ne fermez pas votre cœur, écoutez la voix du Seigneur ! Aujourd’hui s’accomplit la Parole ».

Cet « aujourd’hui », c’est bien sûr le Jour final qui verra revenir le Seigneur dans sa Gloire ; mais c’est d’abord pour nous, l’aujourd’hui de notre vie humaine sanctifiée par sa présence. Dans la foi juive, nous savons l’importance extrême du Sabbat : ce n’est pas une prescription rituelle parmi d’autres (ne pas manger ceci ou cela, se laver les mains…), mais c’est l’un des Dix commandements – à part égale avec l’interdiction du meurtre ou du vol : c’est dire sa valeur ! Pourquoi nous, qui sommes héritiers spirituels de Moïse, n’accordons-nous pas une importance plus grande à notre dimanche ; au point d’en faire un jour comme un autre, un jour d’emplettes ou un jour d’oisiveté ? Les Dix commandements nous rappellent que Dieu veut consacrer et sanctifier toute notre vie ; or le Seigneur se révèle dans le temps, au fil des jours ; et le centre de ce temps, c’est le dimanche, jour où la Résurrection nous fait entrer dans le temps de l’éternité.

Toute la semaine est donnée par Dieu, mais un jour particulier nous est confié pour reconnaître ce don, et y répondre. Les dons de Dieu sont sans interruption, mais il nous faut ce jour pour accueillir la Bonne Nouvelle de la libération. Si nous prenons ce dimanche au sérieux, nous pouvons échapper à la tyrannie de l’activisme ; à l’illusion de croire que tout nous appartient par notre travail. C’est finalement la logique à laquelle nous appelle le Pape : prendre soin de la nature car elle ne nous appartient pas ; prendre soin du temps, car lui non plus ne nous appartient pas : il nous est donné pour rendre gloire à Dieu. Ce n’est pas notre activité qui nous sauve, c’est le Seigneur ! En consacrant ce jour au Seigneur, nous trouvons la vraie joie : celle de l’accomplissement des promesses de Dieu.

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Fête du Baptême du Seigneur — Baptisés en Jésus, devenus comme Jésus

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Chaque année lorsque est lu cet épisode du baptême de Jésus, nous sommes un peu étonnés… car on ne voit pas très bien pourquoi Jésus avait besoin de recevoir le baptême. Lui qui est le Fils de Dieu, n’a pas de péché à laver ! Pourtant Il a voulu nous précéder dans le baptême, pour nous faire comprendre qui nous sommes. L’Esprit saint descend sur l’homme, Dieu le Père le reconnaît comme son Fils : nous aussi, dans l’eau du baptême, nous avons été mis au cœur de la Trinité : Dieu nous a adoptés comme ses enfants et nous a comblés de son Esprit saint.
C’est aujourd’hui le dernier jour du Temps de Noël : ce temps s’achève donc avec le don du Saint-Esprit et l’envoi en mission de Jésus : ce n’est pas une fin, mais un nouveau départ. Jésus va aller au désert, vaincre le démon, et partir annoncer l’Évangile dans tout le pays ! D’ailleurs, il se passe exactement la même chose à la fin du temps de Pâques, avec la fête de la Pentecôte : l’Église, à la suite de Jésus, reçoit le don de l’Esprit et est envoyée en mission dans le monde entier.

Ce qui marque donc le baptême de Jésus, comme notre baptême, c’est donc que le Seigneur nous envoie. Être chrétien, ce n’est pas rester dans son coin : c’est vouloir partager le don de la foi. Peut-être avons-nous remarqué la première lecture (du Livre d’Isaïe), car nous l’avions déjà entendue pendant l’Avent : « Une voix proclame : dans le désert, préparez le chemin du Seigneur, tracez une route pour notre Dieu ». Pendant l’Avent, nous avions compris cela comme la mission de Jean le Baptiste, qui annonçait la venue de Jésus ; eh bien maintenant, c’est notre mission de baptisés ! À nous maintenant de préparer le chemin du Seigneur, à nous d’annoncer sa venue parmi les hommes.

Cette fête du Baptême du Seigneur est donc une bonne occasion pour méditer sur notre mission de chrétiens dans le monde actuel, et la manière dont nous l’accomplissons (quel que soit notre âge !). Nous nous apercevons évidemment [au travail, en classe] qu’il n’est pas toujours très facile de parler de notre foi ; et cela nous oblige à y réfléchir. Comment partager notre foi ? Est-ce que la foi, pour nous, c’est un avis, une “opinion” comme une autre, au milieu de tant d’autres idéologies qui se développent autour de nous ? Si c’est le cas, alors il n’est pas question d’évangéliser ; car après tout, comment pourrais-je imposer mon opinion aux autres ? Qui peut prétendre que son avis personnel est meilleur qu’un autre, et au nom de quoi ?…
De plus, [vous les jeunes,] vous connaissez bien vos contemporains : dès qu’on a un avis un peu clair, un peu tranché, dès qu’on appelle quelque chose “bien” ou “mal”, on est tout de suite considéré comme intolérant, extrémiste, intégriste… Puisque c’est « à chacun sa vérité » : on ne peut pas vraiment séparer le vrai du faux ! Ce n’est donc pas par des arguments que l’Évangile pourrait être transmis… ça ne fonctionne pas.

Alors comment faire pour parler de notre foi, pour accomplir (malgré tout) notre mission de baptisés à notre époque ? Il ne s’agit pas de construire des raisonnements subtils, mais il faut revenir à la source. Et la source, c’est bien la puissance de notre baptême. Jésus a voulu lier le baptême et l’envoi en mission : pour nous ce doit être la même chose. Un jour dans notre vie, nous avons été plongés dans l’eau de la renaissance, avec Jésus. Un jour dans notre vie, le Seigneur nous a dit à nous aussi : « Tu es mon fils, ma fille bien-aimée : en toi je trouve ma joie ». Un jour dans notre vie, le Seigneur a fait descendre sur nous son Esprit et nous a comblés de sa présence. Depuis ce jour, notre vie est la même que celle de Jésus ressuscité, rempli de l’Esprit pour annoncer le Royaume. Comme l’écrit saint Paul (deuxième lecture), « par le bain du baptême, Dieu nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit saint ». Depuis notre baptême nous ne sommes plus exactement les mêmes ! Nous vivons en Jésus, Jésus vit en nous par la force de l’Esprit saint. Notre mission n’est pas la nôtre, mais celle de Jésus Lui-même. Tout ce qu’Il fait, nous pouvons le faire, puisque nous sommes réconciliés avec le Père par le baptême.

Oui, la mission des chrétiens est possible ! Elle ne relève pas de l’argumentation, du débat ou de la défense d’une opinion, mais de la vie et du témoignage personnel. Par la puissance de l’Esprit saint, nous pouvons simplement transmettre l’Évangile, en imitant le Christ, en vivant comme Lui dans la joie, la paix, la réconciliation. Et même, nous recevons la puissance de guérison de Jésus, car l’Amour de Dieu nous permet de guérir le cœur de nos frères qui sont blessés par le manque d’amour. L’Esprit saint est en nous, Jésus agit par nous : si nous prenons au sérieux notre baptême et si nous voulons transmettre l’Évangile, rien ne nous sera impossible !

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Sainte Marie, Mère de Dieu — Être là où Dieu nous veut

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce premier jour de l’année nouvelle.

(Notes)
C’est aujourd’hui le 8e jour depuis la naissance de Jésus : le jour de la circoncision, c’est le jour où l’enfant juif reçoit son nom : comme nous l’avons entendu dans l’Évangile. Le nom donné ici, c’est celui donné par l’Ange au jour de l’Annonciation : Jésus, c’est-à-dire « Dieu sauve ».
Ce nom de Jésus est un programme pour l’année nouvelle : au cours de cette année, Dieu va nous sauver. Tout au long de l’« An de grâce 2019 », Il va nous donner sa Grâce. Il nous a sauvés, Il va continuer de nous sauver cette année. En outre, le 1er janvier est la journée mondiale de prière pour la paix. Ainsi ce sont toutes les promesses de Dieu qui nous sont rappelées : la grâce, la paix, le salut, la Vie éternelle.

Cependant, cette année comme les autres années, le Seigneur ne nous sauvera pas “sans nous” ! Il ne veut rien faire sans nous. Il nous faut donc, en cette nouvelle année, comprendre que l’essentiel est de rechercher la sainteté : c’est-à-dire nous laisser conduire, sauver par le Seigneur chaque instant de cette année. Et en ce 1er janvier, la fête liturgique qui nous est proposée est celle de Marie, Mère de Dieu : l’exemple suprême de la sainteté est donc celui de la sainte Vierge Marie.
Il s’agit donc de chercher à être des saints, à faire la paix, tout cela à l’exemple de Marie. Ou plutôt, si l’on veut mettre les choses dans l’ordre : d’abord chercher la sainteté, comme Marie… et alors seulement, être dans la paix et devenir artisans de paix.

Qu’est-ce donc que la sainteté, la paix telles que Marie a vécu tout cela ? D’abord, l’accueil de la volonté de Dieu. Dans toutes les circonstances, nous voyons Marie qui accueille et qui médite les événements qui traversent sa vie. Nous avons entendu ceci dans l’Évangile : « Marie retenait tous ces événements et les méditait en son cœur ». Dans cette méditation, la paix de Marie vient de la conviction d’être exactement là où le Seigneur la veut. Accomplir la volonté de Dieu, c’est se dire qu’on est là où le Seigneur nous veut, à tout moment de notre vie. Et c’est cela qui donne la paix et la joie la plus profonde ! Marie, à Nazareth pour l’annonce de l’ange, à Bethléem pour la naissance, à Nazareth pendant l’enfance de Jésus, au Calvaire… a toujours gardé la paix qui venait de cette conviction. Il y a des épreuves, mais c’est toujours la paix de savoir que le Seigneur nous envoie ici et maintenant, dans l’accomplissement de notre vocation. La sainteté c’est cela : au jour le jour, la certitude que s’accomplit la volonté du Seigneur à travers ce que je vis.

Que serait l’opposé de la paix ? La révolte, l’envie, l’insatisfaction, la jalousie, le regard mauvais, la calomnie, la médisance… Ne jamais être content là où l’on est. Bien sûr, parfois il y a des situations injustes (par exemple, pensons au mouvement actuel que l’on appelle les « Gilets jaunes » : qui répond à un authentique sentiment d’injustice que l’on ne peut négliger) ; quand il y a une véritable injustice, la paix ne peut être rétablie que par le rétablissement de la justice. Mais la plupart du temps, il ne faut pas voir d’injustice là où il n’y a qu’envie et jalousie ; car c’est cela qui nous enlève la paix profonde à laquelle nous aspirons.

En ce premier jour de l’année, prions donc pour la paix en étant nous-mêmes facteurs de paix ; en grandissant en sainteté, en témoignage évangélique, là où nous sommes et là où le Seigneur nous veut.

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Fête de la sainte Famille — En famille, tout recevoir et tout accueillir

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Il y a quelques jours, nous avons célébré avec joie la naissance du Sauveur parmi nous. Notre regard était dirigé vers l’Enfant, couché au centre de la crèche, entouré par tous les personnages traditionnels : l’âne, le bœuf, les bergers, bientôt les Mages… Plus tard, lorsque les lumières se sont éteintes au lendemain de Noël, sont restés ceux qui entoureront Jésus non pas une nuit, mais pendant des années : Marie et Joseph. Le Seigneur a voulu naître comme tout le monde dans une famille – même si les conditions de sa naissance sont particulières. C’est l’immense étonnement des premiers chrétiens, lorsqu’ils méditent sur le Mystère de l’Incarnation : le Fils du Père n’est pas “tombé du ciel” adulte, tout prêt à accomplir sa mission, mais Il a traversé les étapes que nous traversons nous-mêmes, et Il l’a fait dans une famille. Il a voulu être enfant et avoir besoin de grandir (Lui le Dieu infini !), Il a développé son intelligence (Lui le Dieu de Sagesse !), et même Il a voulu apprendre de ses parents à aimer, Lui qui est l’Amour !

En célébrant aujourd’hui la Sainte Famille, nous devons donc comprendre ce que cela signifie pour nous, ce projet de Dieu de naître dans une famille. C’est dans ce noyau familial que Jésus, homme parmi les hommes, a tout reçu ; et nous qui partageons la même nature humaine, c’est aussi dans ce même cadre que nous recevons tout. Tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes, ce qui fait de nous aujourd’hui des adultes (ou en voie de le devenir), nous l’avons reçu et appris d’autres personnes, et le plus souvent dans le cadre familial. Bien sûr, il y a des situations douloureuses, des séparations, des solitudes ; et nous devons admirer ceux qui parviennent à grandir et à transmettre malgré toutes les difficultés. Mais le plus fréquemment, c’est bien là que nous avons tout appris : dans la communauté familiale, nous avons appris à vivre en communauté (le fameux « vivre-ensemble » qui paraît si difficile…) ; dans ce milieu fondé sur l’amour, nous avons appris ce que signifiait « aimer » ; en famille nous avons appris à « grandir en sagesse, en taille et en grâce » (comme Jésus), et en même temps à dire merci pour tous les dons reçus (« Honore ton père et ta mère », 4commandement). En outre, c’est aussi dans cette communauté (que les papes ont appelé « Église domestique », « petite Église ») que nous avons reçu la foi.

C’est donc dans les familles que se crée patiemment la personne humaine avec sa richesse, sa grandeur ; et c’est pour cela que l’Église ne cesse de prendre leur défense contre tout ce qui voudrait relativiser leur importance. La grande tentation de notre époque, nous le savons bien, consiste à vouloir tout organiser, planifier, faire entrer dans des cases, rendre technique… À cette tentation, la communauté familiale est la dernière à résister vaillamment ! Car justement, la famille est le lieu par excellence où l’on vit l’imprévu : faire grandir des hommes, ce n’est pas régler des machines, tout se passe toujours de manière surprenante !
D’abord, la famille est fondée sur l’amour de deux personnes qui se donnent l’une à l’autre dans un engagement indissoluble : on ne se prend pas, mais on se reçoit comme un don, comme un cadeau du Seigneur dans le mariage : cadeau toujours imprévu. Aimer pour la vie est un long apprentissage où, de plus en plus, on accepte d’accueillir les dons tels qu’ils se présentent (et non tels que nous voudrions les organiser). On accueille l’autre tel qu’il est. On accueille aussi la vie (dimension essentielle de la famille) comme un don. Il n’est pas facile de le redire aujourd’hui, mais c’est notre devoir de chrétiens, alors disons-le nettement : on ne fabrique pas les enfants ; on ne les fait pas porter par quelqu’un d’autre ; on ne les achète pas ; on ne les trie pas suivant des critères d’efficacité ; et bien sûr, on ne les élimine pas s’ils ne correspondent pas à notre projet…
Oui, c’est bien l’accueil le maître-mot de la vie familiale. Accueillir, cela veut dire que l’autre est toujours beaucoup plus grand que nos plans. Dans l’Évangile, Marie et Joseph accueillent Jésus tel qu’Il est, et comprennent qu’Il ne leur appartient pas : Il doit « être chez son Père », dans le Temple de Jérusalem. Dans la première lecture, Anne, la mère du prophète Samuel, accueille elle aussi le projet de Dieu, et accepte de confier son fils au Seigneur.

Oui, nous recevons tout dans la communauté familiale, dans la mesure où nos familles sont toujours ouvertes à l’imprévu. Aucune personne – enfant, adulte – n’appartient à quiconque, mais est d’abord enfant de Dieu (deuxième lecture) ; cette immense dignité donne à chacun le droit d’être aimé tel qu’il est. Chaque personne est un don à accueillir ; prions pour que toutes les familles soient témoins de ce don !

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Nuit de Noël — Entrer en dialogue avec Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette Nuit très sainte.

« Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. » Quelque chose d’extraordinaire, un événement central de notre foi, est advenu en cette sainte Nuit de Noël. Voici que le Fils éternel du Père, la deuxième Personne de la Sainte Trinité, entre dans le temps des hommes et pose pied sur notre terre. C’est un événement central car c’est un nœud de notre foi, de la vraie foi chrétienne en Jésus, Fils de Dieu. Car la foi ne consiste pas seulement à “reconnaître que Dieu existe”, mais à accueillir un Dieu présent, agissant dans le monde : or c’est justement ce que nous proclamons en cette fête de Noël : que Dieu vient pour être présent et pour transformer la vie des hommes. Il pourrait rester “dans son Ciel” et nous surveiller de là-haut ; mais alors nous ne serions pas sauvés, ni rachetés du péché, ni appelés à la Vie éternelle… et nous ne serions pas chrétiens !

Devant cet Enfant de Bethléem, nous sommes bien forcés de reconnaître que Dieu est venu à notre rencontre pour entrer en dialogue avec nous. Or le dialogue suppose un face-à-face, une contemplation mutuelle. Nous comprenons ce soir que Dieu n’est pas un concept, une invention des hommes pour peupler le vide du ciel, qu’Il n’est pas non plus une idée ou une morale : mais qu’Il est un visage, une présence : en un mot, qu’Il est Quelqu’un, une Personne ! Et aussi, qu’Il nous appelle à sortir de nous-mêmes, de nos enfermements et de notre égoïsme, pour entrer en dialogue avec Lui. Ce dont s’aperçoivent les bergers, les témoins – et même Marie et Joseph –, c’est qu’ils ont face à eux Quelqu’un qui appelle à ce dialogue. Et c’est une découverte extraordinaire pour tout homme, de saisir que ce dialogue est toujours possible avec Dieu ; d’autant que surtout à notre époque où règne très souvent l’individualisme, on ne croit plus guère au dialogue. C’est “chacun pour soi”, chacun sa vérité, « les autres n’arrivent pas à me comprendre donc je reste tout seul »… Oui, la naissance du Sauveur vient bouleverser cette fatalité de la solitude égoïste.
Noël nous ouvre donc au dialogue : et ce dialogue commence avec Dieu. Nous reconnaissons, à Bethléem, que nous ne sommes pas seuls, ni isolés : nous ne sommes pas dans un univers inconnu et obscur, puisque désormais le Fils du Père est venu habiter ce monde. Nous entrons dans une nouvelle attitude face à Celui qui nous sauve ; il s’agit d’un nouveau dialogue, et sous un mode tout à fait particulier qui est celui de l’adoration. Non seulement nous pouvons reconnaître que nous ne sommes pas seuls, mais encore nous comprenons que Dieu est grand, très grand – infiniment plus grand que nous ! Et nous trouvons précisément notre dignité et notre bonheur à reconnaître un Dieu infiniment grand ; à tomber à genoux et à adorer cet Enfant.
L’adoration, c’est savoir reconnaître la grandeur là où elle est, et s’agenouiller devant elle. Et l’adoration est une joie, car cette grandeur de Dieu ne nous diminue pas : au contraire elle nous grandit en nous donnant le sens de ce qui est vraiment important. Si par malheur je ne vois pas la grandeur de Dieu qui vient briser mes petitesses, alors je m’enferme moi-même dans la fatalité, dans l’égoïsme. Du reste, dans l’histoire de la philosophie, ceux qui ont été les athées les plus radicaux (par exemple Nietzsche, Lénine…) ont finalement été dans une attitude de jalousie vis-à-vis de Dieu, en refusant qu’Il soit plus grand que l’homme : ils se sont condamnés eux-mêmes au malheur.

Voici donc que le dialogue d’amour nous est proposé en cette Nuit de Noël. Dieu vient vers nous, non pas comme Celui qui impose sa Loi, mais comme Celui qui se met au niveau de l’homme – à notre niveau – pour que nous entrions dans le dialogue et l’adoration. Et ce dialogue avec Dieu est absolument nécessaire comme source d’un dialogue en vérité avec les hommes : c’est en nous confiant au Seigneur, en écoutant ce que cet Enfant de Bethléem a à nous dire, que nous apprenons à écouter la parole de nos frères. Sans cela – si nous ne sortons pas de nous-mêmes pour entrer dans un face-à-face avec Dieu –, nous ne saurons jamais nous mettre vraiment à l’écoute de la parole de l’autre. Osons même dire avec audace, que celui qui ne s’est jamais agenouillé devant la crèche dans le silence de Noël ; celui qui n’a jamais adoré, fait silence pour écouter la parole et contempler la faiblesse de l’Enfant ; celui-là ne saura jamais entrer dans un dialogue respectueux avec les hommes.

La Nuit de Noël a l’air d’un événement bien simple et fragile, passant presque inaperçu des contemporains ; et pourtant c’est un épisode extraordinairement puissant car il redonne sa dignité à l’homme enfermé sur lui-même. En nous ouvrant à la présence de Dieu, la naissance du Seigneur nous ouvre en même temps à la présence de chaque homme dans sa fragilité et sa pauvreté. Noël nous sauve de l’égoïsme, de l’individualisme en nous ouvrant au dialogue : nous aussi, tombons à genoux devant l’Enfant ! et nous saurons à notre tour accueillir et écouter nos frères en vérité.

Père Bertrand Cardinne

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Nuit de Noël — Devenir plus humains

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette Nuit très sainte.  

La solennité à laquelle nous préparait le temps de l’Avent est enfin arrivée : C’est Noël. Comme chaque 24 décembre au soir, nous nous retrouvons pour fêter la nativité de notre Seigneur Jésus Christ. Le point d’orgue de cette grande fête est la célébration eucharistique. Ensuite viennent les repas qui sont organisés en famille, ou entre amis ou encore par des associations et malheureusement certaines personnes restent seules ce soir-là aussi. Mais quelque soit la manière de vivre ce jour, la bonne nouvelle qui nous rassemble est la même : « Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur. (Cf. Lc 2, 11) ». Cette bonne nouvelle est accompagnée du chant du gloria : « Gloire à Dieu au plus des cieux et paix sur terre aux hommes qu’il aime », tu depuis quelques semaines.
 Que vient faire un tel sauveur dans notre monde ? La réponse à cette question se trouve dans les textes liturgiques que nous venons d’entendre. En effet, depuis la chute d’Adam et Eve, Dieu n’a cessé de multiplier les alliances pour restaurer sa création déchue. Finalement il envoie son fils unique comme gage du salut pour son peuple. Annoncée depuis des générations par les prophètes, sa venue n’a pour seul but et objectif que le bien du peuple. Un peuple qu’il veut sauver et libérer, un peuple qu’il vient faire sortir des ténèbres comme nous le dit la première lecture: « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière… ».

Par son incarnation en effet, le Verbe de Dieu vient instaurer la paix et la justice, il vient manifester l’amour de son père au monde entier. C’est pourquoi il est appelé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. ». Cet enfant nouveau-né emmailloté, couché dans une mangeoire, qui deviendra le pain de vie qui se donne en nourriture, est le Messie attendu depuis des siècles. C’est Jésus, l’enfant né de la Vierge Marie, Emmanuel, Dieu-avec-nous, le Seigneur, le Sauveur qui libère Israël et toutes les nations de tout esclavage et toutes les oppressions. Il aurait pu venir de manière grandiose comme dans un conte de fée, mais non. Dieu choisit de venir humblement. Dieu se révèle dans un nourrisson, dont la naissance n’est pas un mythe. L’introduction de l’évangile situe cette naissance bien dans l’espace et le temps à Bethléem sous le règne de l’empereur Auguste, alors que Quirinus était gouverneur de Syrie. Le message de Noël, la fête de la naissance de Jésus, la fête de l’amour de Dieu manifesté par l’Incarnation . est un Amour qui vit et qui se vit. Un amour qui manifeste sa profondeur et sa force en s’abaissant pour nous rejoindre et patiemment nous relever.

Frères et sœurs, en cette nuit, Dieu s’est fait homme pour nous, et voilà un autre mystère qui caractérise notre foi chrétienne. Jésus naît dans l’obscurité du monde, dans la nuit de nos vies d’hommes et de femmes… nuit de suffisance, d’indifférence, d’égoïsme, de manque de solidarité et de manque d’amour. Il veut nous en faire sortir par le don total de lui-même, et bâtir avec nous une humanité qui rejette le mal sous toutes ses formes. Dieu s’est fait homme pour que nous connaissions son amour, il s’est fait homme pour être notre modèle. Il s’est fait homme pour nous rendre participant de la nature divine. Mais, dès les premières heures de sa venue sur terre, Jésus, qui est la vie et la lumière véritable, est marqué par le rejet, en effet « il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune ».
Aujourd’hui encore il continue d’être rejeté, comme beaucoup d’hommes et de femmes.
Le drame de notre société actuelle est que nous voulons évacuer Dieu de notre vie et nous nous étonnons que notre monde aille mal : drames, guerre, conflit, remous sociaux, crise économique, précarité etc… Nous évacuons Dieu et nous l’accusons de nos maux. En réalité si notre société va mal, c’est bien nous les responsables. La paix que nous recherchons, par tous les moyens, tant bien que mal, vient de Dieu, mais elle est aussi le fruit de nos efforts.
Même si nous ne voulons pas de lui, son projet d’amour pour nous ne change pas. Dieu veut toujours nous sauver. Toutefois il ne saurait le faire sans notre contribution, sans notre participation. C’est avec nous qu’il veut bâtir une humanité nouvelle engagée pour le bien et la justice, pour le respect et l’amour de tout être. C’est en cela que notre fête de Noel sera différente des artifices de la célébration mondaine de Noël.

Oui, frères et sœurs nous célébrons chaque année la nativité de notre Seigneur. Et pour ne pas avoir une impression de déjà vu, notre engagement est déterminant. Nous devons réduire, voire supprimer le fossé grandissant entre la bonne nouvelle qui est annoncée par les anges et la manière dont nous la traduisons au quotidien. A titre d’illustration, nous célébrons le Prince de Paix et pourtant nous sommes confrontés à la guerre et la violence, dans notre société et dans nos familles.
L’Ange se serait-il trompé ? Sûrement pas. C’est plutôt nous qui ne nous engageons pas comme il le faut. La paix annoncée par l’ange, Paix dont est porteur l’enfant de Bethléem doit être accueillie comme un don gratuit de Dieu.
Nous avons donc pour mission d’accueillir cette paix et surtout de poursuivre l’œuvre grandiose de Jésus Christ, Prince de la Paix. Nous devons tous changer notre cœur, et discerner, avec l’assistance de son Esprit Saint, les tâches que nous devons entreprendre tous ensemble pour l’amélioration de notre humanité. Ces tâches sont entre autres, le respect du prochain et de sa dignité ; l’amour fraternel et la solidarité ; l’attention aux besoins des autres, l’accueil et l’ouverture à tout être humain. Des tâches guidées par l’amour de Dieu. Dieu aime tous les hommes. Personne n’est exclu de cet amour. Il nous faut donc l’accueillir, et nous laisser aimer. Cet amour radical de Dieu transforme nos vies et fait de nous des artisans de paix, de justice, d’amour et de joie. S’engager pour la paix, implique aussi de refuser d’entretenir la vengeance, de fuir le mensonge et de rechercher la vérité. Il est préférable de prévenir les troubles sociaux et les guerres que de les provoquer et d’essayer de les arrêter après qu’ils aient éclaté.

En définitive frères et sœurs, on pourrait résumer la révélation chrétienne de l’incarnation qui nous rassemble ce soir en disant que Le Christ a pris notre humanité pour nous faire participer à sa divinité. Il s’est fait homme pour nous révéler notre humanité que nous avons tendance à corrompre et pour nous demander d’être plus humain. Nous devenons plus humains en essayant de correspondre à la ressemblance et à l’image de Dieu placées en nous à la création. Nous devenons plus humains en imitant Jésus. C’est-à-dire en pratiquant la charité, en participant à son amour qui accueille, qui prend soin et qui se donne. C’est pourquoi saint Paul nous invite à l’engagement personnel : « rejetez le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux. » Car c’est notre engament qui fera la différence.

Au cours de cette célébration eucharistique, Demandons à Jésus Prince de la Paix de convertir nos cœurs afin qu’à la lumière de sa naissance, nous soyons plus généreux dans le partage, plus attentif les uns aux autres. Que la célébration de Noël soit pour tous une source d’abondantes grâces de renouvellement intérieur, de pardon et de réconciliation, de solidarité et de fraternité.
« À l’image de Dieu qui s’est fait petit enfant, nous aussi devenons des êtres humains ! » (Fr. Antoine-Marie) Que nous soit accordé ce soir, par l’intercession de la Vierge Marie, d’entrer réellement dans la grâce de Noël afin d’accueillir et de mettre en œuvre la Bonne Nouvelle proclamée par la troupe céleste des Anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. ».

Père Éric-Hervé Diby

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Quatrième dimanche de l'Avent — Que la joie de Noël soit durable

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Nous voici à la veille de Noël : c’est l’ultime préparation pour cette grande fête, ce sont les derniers jours où nous pouvons nous rendre prêts, pour accueillir le Sauveur dans la sainte Nuit de la Nativité. Depuis trois semaines nous essayons de vivre cette attente, en mettant l’accent sur la prière, comme les Israélites qui attendaient le Messie. Nous n’oublions pas, en ces derniers jours avant Noël, qu’une grande partie de nos frères, au lieu d’attendre dans la paix, sont inquiets et fébriles parce qu’il manque encore des cadeaux à acheter, des tables et des sapins à décorer… Et à l’heure même où nous prions ensemble, en ce dimanche matin jour du Seigneur, de nombreux magasins sont à nouveau ouverts… pour assouvir la soif matérialiste de ceux qui ont oublié Jésus. C’est le grand paradoxe de cette fête de Noël : on fête avec abondance la naissance du Sauveur, mais il n’est pas question de L’inviter, Lui Jésus, à cette fête !

Essayons donc de réparer cette injustice, nous qui voulons être disciples du Christ, en intensifiant notre prière à l’approche de Noël. L’attitude d’attente de Jésus est une attitude de contemplation ; l’Évangile que nous avons entendu nous invite à imiter celle qui est l’exemple de toute contemplation, le modèle de la prière et de l’amour de Jésus : Marie, « celle qui a cru à l’accomplissement des promesses » comme la salue sa cousine Élisabeth.
Alors qu’est-ce exactement que cette attitude de contemplation et de joie, cette attitude dont Marie a vécu toute sa vie (mais plus particulièrement en ces jours) ? Il nous faut prendre garde à ne pas faire de Noël un événement “trop exceptionnel”, qui laisserait le reste de l’année dans l’ombre. Marie a vécu pleinement, entièrement sous le regard de Dieu, non pas seulement quand elle était à Bethléem, mais le reste de sa vie. Noël n’est pas un « temps fort », dont il ne resterait rien après une ou deux semaines – sinon quelques guirlandes écrasées dans la rue, et des sapins plein les poubelles… Noël, pour nous comme pour Marie, c’est l’accueil du Seigneur au plus profond de notre vie ; c’est ce que nous préparons, en attendant la venue de Jésus comme un petit enfant. Nous préparons notre cœur pour accueillir la venue du Dieu Sauveur. La Lettre aux Hébreux (deuxième lecture), a cité le Psaume qui disait : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande… et j’ai dit : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté ». Il ne s’agit pas de “faire des choses extraordinaires” à l’occasion de Noël, mais de faire de toute notre vie une offrande au Seigneur.

Les paroles du Psaume sont appliquées à Jésus : « Voici que je viens, dit-Il, pour accomplir ta volonté ». Jésus va venir, et au fil des jours, Il nous enseignera patiemment la volonté de son Père. Vivre selon la volonté de Dieu, c’est le seul chemin de paix ; c’est la seule manière que nous avons de nous retrouver nous-mêmes, de nous réconcilier avec nous-mêmes. Sans Lui nous étions dispersés dans les ténèbres, sans guide ni repère ; nous ne savions plus aimer, nous ne savions même plus qui nous sommes. Celui qui ne connaît pas le Sauveur n’a pas la possibilité de connaître la signification de ce qu’il fait ; comme ceux qui font les magasins à l’approche de Noël, achètent tant de choses… sans savoir pourquoi ils achètent ! Mais le Seigneur nous redit quelle est sa volonté, son projet sur nous ; et en le suivant, nous parvenons à reprendre conscience de qui nous sommes vraiment ; des enfants bien-aimés du Père.

Pour nous préparer à Noël en ces tout derniers jours, imitons donc l’attitude de Marie : attitude d’accueil, de louange, de contemplation, qui dure au-delà de la fête. Car la fête de Noël est d’abord une fête intérieure, qui touche notre cœur et nous donne une joie durable. Si nous en faisons une célébration excessive, éphémère, artificielle, ce ne sera qu’une parenthèse ; notre vie “après Noël” redeviendra la même, et Noël n’aura servi à rien. Au contraire, en nous préparant à la rencontre du Sauveur, apprenons jour après jour à faire la volonté du Père ; comme Marie, croyons à l’accomplissement des promesses, et soyons des messagers de la joie de Dieu !

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Immaculée Conception — La gratuité de l'amour

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

« Béni soit Dieu, disait saint Paul, car Il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle; Il nous a choisis, Il nous a destinés d’avance à devenir des fils par Jésus-Christ » (2ème lecture). Voilà la source de notre joie en ce jour de l’Immaculée Conception de Marie. Dieu nous a choisis, prédestinés à être des fils : et Marie est le signe de ce choix de l’homme par Dieu.
Aujourd’hui pour nous, Marie est un signe: signe que Dieu veut communiquer sa Victoire aux hommes. Marie est la première créature (depuis Adam & Ève), qui accomplisse pleinement cette promesse : Dieu choisit la personne humaine pour être pleinement remplie de sa Vie et de son Amour. En Marie, il n’y a de place que pour l’Amour de Dieu, que pour le « oui » à Dieu.

Ce qui est si important dans cette fête de l’Immaculée Conception, ce n’est pas seulement d’admirer Marie ; c’est de comprendre qu’à travers Marie, nous voyons notre vocation, notre appel. Quelle joie de comprendre à quoi nous sommes appelés !
Dans notre monde actuel, nous souffrons de la séparation d’avec Dieu. Notre souffrance, la souffrance des hommes, c’est de ne pas être « à la hauteur » de notre appel. Nous voulons faire le bien, mais notre volonté n’est pas assez forte. Le péché nous sépare de Dieu, mais nous péchons quand même… Pourtant, en voyant Marie, nous comprenons que cette souffrance a un terme ! Marie est la source de notre espérance, car à travers elle nous voyons déjà la Victoire de l’homme sur le péché.

Donc il est bon de lever les yeux vers elle en ce jour (comme à d’autres occasions dans l’année, où nous fêtons la sainte Vierge ; et il y en a beaucoup !). Il est bon de s’arrêter, de lever les yeux, de contempler Marie ; et pas seulement Marie, mais Dieu qui agit en elle. De plus, c’est le temps de l’Avent : c’est le moment de nous préparer à la venue du Sauveur, en le remerciant déjà pour ce qu’Il fait dans nos cœurs – et pour ce qu’Il a fait en Marie.
Marie nous montre, par sa seule présence, la dimension de notre vocation. Et elle nous la montre de deux manières :
1/ Elle nous montre notre vocation comme une Mère ; ce qui veut dire, « comme une mère sait le faire » : en encourageant, avec confiance. Il ne s’agit pas de voir Marie comme quelqu’un d’inatteignable, de tellement pure qu’elle nous décourage d’avance : « on n’y arrivera jamais ». Non, Marie nous dit : « Ce que j’ai reçu, ce don de Dieu, c’est pour toi aussi. Tu es mon enfant, j’ai confiance en toi, tu peux y parvenir aussi ».
2/ Elle nous montre sa vocation et la nôtre comme un cadeau entièrement gratuit. Elle n’a rien fait, à sa conception, pour être Immaculée : elle a tout reçu. Et nous aussi, la Grâce de Dieu dont parlait saint Paul, elle n’est pas une récompense pour les bons élèves : c’est un cadeau, un don que nous ne méritons pas. Quelque chose de totalement gratuit, dû à l’Amour paternel de Dieu.

Dans l’Évangile (Annonciation), nous voyons Marie agir, tout simplement, pour répondre à sa vocation. L’Ange lui propose une mission ; et elle, dans la confiance la plus complète, choisit de dire « oui » à cette mission. Marie accueille le don de Dieu en pleine confiance ; c’est la relation qu’elle a depuis toujours avec Dieu, une relation de confiance, d’amour, d’accueil. C’est pour nous le modèle de toute relation à Dieu. Si parfois nous avons le sentiment de ne plus avoir vraiment confiance en Dieu, tournons-nous vers Marie !

L’Immaculée Conception de Marie, c’est la fête de la gratuité du don de Dieu. Marie, pour nous, se fait missionnaire de cette gratuité de l’Amour. Et nous, avec nos frères qui ont du mal à croire en Dieu (parce qu’ils ont une mauvaise image du Seigneur !), nous avons à être ces mêmes missionnaires de la gratuité. « Oui, le Seigneur t’aime, Il te précède, Il te donne son Amour gratuitement ! Crois en Lui, ta vie sera transformée ! » Demandons à Marie d’être pleins de sa confiance en Dieu, pour que nous sachions la communiquer aux autres.

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Premier dimanche de l'Avent — Préparer une rencontre avec Jésus

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Avec ce premier dimanche de l’Avent, nous commençons une nouvelle année liturgique, une année où nous écouterons surtout l’Évangéliste saint Luc (que nous venons justement d’entendre). Chaque année, cette période de commencement correspond à l’attente de la venue du Sauveur ; c’est donc un état d’esprit tout nouveau que nous avons à adopter, une nouvelle attente, une nouvelle Espérance, une hâte que s’accomplissent les promesses du Seigneur. Et comme chaque début d’année, nous pouvons déjà penser aux “bonnes résolutions” que nous prendrons devant le Seigneur, lorsqu’Il viendra à Noël : que sera cette année pour notre vie de foi ?

Pour nous aider à méditer sur ce nouveau commencement, nous avons entendu – comme souvent, sans trop y prêter attention – la prière de début de cette messe, juste avant les lectures. Que disait cette prière ? [pour ceux qui ont écouté…] Il s’agissait d’« aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur », pour vivre pleinement ce temps de l’Avent.
Cette phrase est très riche, il n’est pas inutile d’en peser chaque mot. D’abord, il y a le « courage » : l’Avent, comme le Carême, est un temps de reprise en main. Il s’agit de se réveiller, de montrer une certaine volonté pour se mettre en situation d’attendre le Seigneur : car l’Avent est un moment de conversion, ne l’oublions pas ! Ensuite, il s’agit de marcher « sur les chemins de la justice » : donc de faire ce qui est bien, de changer notre comportement. Comme l’écrivait saint Paul tout à l’heure, nous sommes invités à « bien nous conduire pour plaire à Dieu ».
Et enfin, le plus important : ce chemin de justice conduit « à la rencontre du Seigneur ». L’Avent est la préparation à une rencontre ; et c’est sur ce point que nous devons méditer, sans quoi nous ne mesurerons pas vraiment l’importance de la fête de Noël.

C’est donc une rencontre que nous préparons pendant l’Avent ; une rencontre qui a changé le cours du monde, une rencontre qui peut transformer notre vie. À dire vrai, si nous sommes aujourd’hui rassemblés dans cette église, c’est que nous avons déjà fait cette rencontre, chacun selon sa propre foi. Certains sont plus mystiques que d’autres, tout le monde n’a pas eu d’apparitions directes du Seigneur… mais l’important, c’est que nous soyons toujours en recherche de cette rencontre. Par exemple, le fondement de la vie des religieux (pensons à nos voisins Chartreux), c’est de chercher Dieu au travers de toute leur vie. Nous avons rencontré le Seigneur Jésus, comme les disciples, et nous cherchons toujours plus à approfondir cette rencontre.
Jésus est Celui qui vient vers nous tandis que nous allons vers Lui pendant l’Avent, Celui que nous trouverons emmailloté dans une mangeoire à Bethléem. Il n’est pas une idée, un concept, ni une morale ; Il n’est pas non plus un ensemble de « valeurs » (les fameuses « valeurs chrétiennes » : plus on en parle, moins on est chrétien…) : il s’agit d’une Personne qui vient nous sauver. Nous avons toujours à garder devant les yeux que Jésus est « Quelqu’un » (une vraie Personne) : car on en fait une figure historique un peu éloignée, un vague maître spirituel, presque une idée… et on oublie qu’Il vient en personne nous apporter l’Amour de Dieu. Voilà pourquoi nous avons des crèches dans nos églises, voilà pourquoi nous regardons avec émotion l’Enfant de Bethléem : même si parfois certaines représentations sont un peu mièvres (et semblent trop enfantines aux adultes !), il n’empêche que c’est la garantie que notre foi n’est pas une simple idée ou une opinion. Devant Marie, Joseph (les bergers, les Mages), devant l’Enfant, nous nous rappelons que notre foi est d’abord une rencontre voulue par Dieu. Et l’Avent, justement, nous propose de nous aider à nous préparer (avec courage, justice et conversion) à cette rencontre ; en premier lieu bien sûr, à travers la prière, qui est le lieu essentiel où l’Esprit saint nous fait faire cette rencontre.

Le Seigneur vient donc vers nous, Il vient illuminer notre nuit pour nous sauver du pouvoir des ténèbres. Dans l’Évangile nous avons relevé, avec étonnement, que Jésus décrit la rencontre finale – que nous attendons – comme un temps de catastrophes : « nations affolées, fracas de la mer, les hommes mourront de peur… ». C’est une vision un peu angoissante, et pourtant la venue du Christ ne doit pas nous effrayer : « Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche ». Pour que le Christ puisse venir à notre rencontre et nous sauver, il faut d’abord que s’écroulent toutes les “fausses sécurités” : tout ce qui occupe trop de place dans nos vies et empêche la rencontre. Oui, nous attendons sa venue, nous avons à nous convertir, à « rester éveillés », et nous Le rencontrerons dans la Nuit de Noël. Préparons-nous à cette rencontre !

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Trente-deuxième dimanche du Temps Ordinaire — « Ils ont tout donné… »

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Chers frères, il me semble voir comme un signe de la Providence le fait que cette date du Centenaire de l’Armistice de 1918 tombe un dimanche. Ce dimanche, jour de la Résurrection du Christ, nous rappelle que ceux dont les noms sont inscrits dans cette église, qui sont tombés pour la France au cours de cette guerre, étaient pour leur grande majorité un peuple chrétien – qui luttait, hélas, contre un autre peuple chrétien…
En ce dimanche, nous aussi, peuple chrétien de Moirans et des environs, sommes rassemblés afin de prier pour la paix. Ce dimanche 11 novembre est aussi (et là encore, ce n’est pas un hasard) la fête de saint Martin, l’évangélisateur des campagnes françaises au IVe siècle. Venu de Hongrie, saint Martin était légionnaire ; débarrassé de ses armes, il a parcouru la Gaule pour porter l’Évangile, et il a ainsi établi la vraie paix, celle qui vient du Christ.

Nous prions donc pour la paix, parce qu’aujourd’hui est le jour où les armes se sont tues : il y a cent ans, exactement à 11h, entrait en vigueur le cessez-le-feu, autrement dit l’Armistice. Ce fut la fin d’une guerre qui avait fait au total plus de dix-huit millions de morts, de disparus, de blessés, de mutilés. Nous connaissons le cadre de la signature de cet Armistice, dans le wagon du maréchal Foch à Rethondes, en forêt de Compiègne. Ce ne fut en fait qu’une “suspension” de la guerre, puisque sa fin ne fut effective qu’avec le Traité de Versailles en juin 1919. Mais hélas, d’autres intérêts inspiraient ce Traité de paix, et la stabilité de l’Europe n’était pas encore au rendez-vous. En 1918, toute l’Europe était bouleversée. En France, malgré les ravages et les morts, nous avions vécu une réconciliation dans les tranchées entre « ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas » ; mais ailleurs, les structures s’effondraient, l’Allemagne était renversée, l’Empire d’Autriche-Hongrie était pulvérisé, les nations se cherchaient.

Cette guerre avait eu des répercussions immenses sur des millions d’hommes et de femmes dans le monde entier. L’histoire de ce XXe siècle est connue, nous ne sommes pas ici pour faire de l’Histoire ni de la géopolitique – encore moins de la stratégie ou de l’économie : aujourd’hui simplement, nous nous souvenons. Nous prions, nous honorons ceux qui étaient nos ancêtres à deux, trois, quatre générations, et qui ont donné leur vie pour la France. Ils sont partis, ils ont quitté leur famille, leur vie quotidienne, leur métier, leurs moissons, car leur Patrie était en danger. En répondant à l’appel des drapeaux, ils sont allés défendre, justement, ce à quoi ils tenaient le plus : leurs familles, leur pays, leurs champs, leurs concitoyens. Ils n’étaient pas, comme on l’a dit récemment, des « civils que l’on avait armés » : ils étaient des soldats, parce que tout simplement nous avions besoin de soldats pour nous défendre. Ils ne pensaient pas non plus que tout changerait avec cette guerre. Ils ne croyaient pas « faire l’Histoire » par leur sacrifice : ils partaient simplement faire leur devoir, parce qu’ils l’avaient toujours fait. Derrière la charrue ou baïonnette au canon, nos ancêtres étaient des hommes de devoir ; c’est là qu’est la vraie bravoure, dans le courage d’accomplir sa tâche quotidienne.

Oui, nos aïeux soldats, chacun à sa place, allaient accomplir leur tâche. Si l’Évangile d’aujourd’hui peut nous aider à comprendre quelque chose, c’est que les petites choses – le devoir, le travail quotidien – peuvent avoir une valeur infinie. La « pauvre veuve » que voit Jésus, qui s’avance et donne deux petites pièces de monnaie, peut bien sembler ridicule aux yeux des donateurs importants qui se glorifient de leur générosité ; en fait, comme le dit Jésus, « elle a mis plus que tous les autres… car elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre ». Elle donne peu, mais elle donne tout ce qu’elle a. Nos soldats, eux aussi, ont donné “peu” à l’échelle d’un événement immense comme la Grande guerre ; ils ont donné peu, car ils avaient peu. Ils n’avaient que leur vie à donner ; et ils l’ont donnée.
Ce simple don, de tant de jeunes Français, a eu un immense retentissement : ce don de soi a fait l’Histoire, il a permis d’obtenir la victoire, la paix, le rétablissement de l’Alsace et de la Lorraine. Parce que la force d’une communauté humaine n’est pas dans ses canons, mais dans les esprits. La force d’un homme n’est pas dans ses bras, mais dans son cœur. La force de cette pauvre veuve n’était pas dans son porte-monnaie, mais dans sa générosité. Et il a suffi de peu pour que de grandes choses se passent : lorsque l’on donne peu, mais que l’on donne tout, le Seigneur agit dans une mesure inaccessible à l’homme.

C’est bien dans la volonté d’un peuple, que l’on mesure sa grandeur. Et nos ancêtres soldats ont tenu par leur volonté ; ils ont tenu et ils ont tout donné. Dans des conditions qui nous font frémir (et que nous serions aujourd’hui incapables de supporter !), ils ont tenu. Ils sont restés par leur volonté, par leur amour de la France et de leurs familles ; pour la plupart aussi, ils ont tenu par leur foi, nourrie au contact des aumôniers héroïques du front. Nos soldats n’étaient ni des va-t-en-guerre, ni des pacifistes : ils avaient une mission à accomplir. Ils demeurent dans les mémoires, dans nos mémoires, comme des exemples extraordinaires de vaillance et de résolution.

Il nous revient, aujourd’hui, de ne pas oublier ceux qui ont donné leur vie. Car même au fil de la guerre, loin du front, alors que les années passaient, beaucoup finissaient par reprendre leur vie quotidienne comme si de rien n’était. La guerre était si longue, si lointaine pour une grande partie du pays… Il se passait dans le monde d’autres choses intéressantes, dont on parlait davantage ; comme les riches de l’Évangile qui aimaient bien qu’on parle d’eux, et qui méprisaient la veuve pour sa petitesse. Pourtant, pendant ce temps les soldats continuaient de combattre, humblement, courageusement, et ils souffraient d’être oubliés. Et c’était dans leur combat quotidien que se décidait l’avenir.

Comme la veuve de l’Évangile, nos soldats ont « tout donné, toute leur indigence, tout ce qu’ils avaient pour vivre ». Que leur exemple demeure vivant en nos mémoires, avec leur humilité et leur pauvreté. En défendant leurs familles et leur patrie, ils ont rétabli la justice, ils ont construit la paix ; à nous de nous montrer dignes d’eux. Ils étaient souvent des gens simples, qui faisaient simplement leur devoir ; mais dans leur simplicité, ils étaient des héros.

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Trente-et-unième dimanche du Temps Ordinaire — Aimer, mais comment aimer ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

On pose beaucoup de questions à Jésus dans l’Évangile ! Il y a trois semaines, c’était déjà ce jeune homme qui Lui demandait : « Que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? » Aujourd’hui, c’est un autre homme, un scribe – qui devait connaître par cœur la Loi de Moïse –, qui Lui pose une autre question, finalement assez proche de la première. « Quel est le premier de tous les commandements ? » Ce sont deux questions semblables, car ce que cherchent ces hommes, c’est l’essentiel. Comment obtenir la vie éternelle, comment vivre en vérité devant Dieu, comment accomplir pleinement la vocation humaine ? Dans un monde complexe, quand beaucoup de choses sollicitent notre attention, quand nous avons des soucis multiples et artificiels… ou lorsqu’il y a beaucoup de commandements de divers niveaux, comme dans la Loi de Moïse : que faire d’essentiel ? Quel est le centre, autour duquel articuler notre vie ?

Oui, nous avons besoin d’essentiel. Ce week-end à Grenoble, des centaines de jeunes sont rassemblés autour de notre évêque, car en eux il y a cette soif de l’essentiel. On ne peut pas se satisfaire des distractions, des progrès techniques, de la connexion incessante et superficielle avec le monde entier… À tout âge, nous avons besoin de donner un sens à notre vie. Et Jésus répond avec bienveillance à la question du scribe, comme Il avait répondu au jeune homme : l’essentiel, le premier commandement, c’est celui de l’amour. Aimer Dieu « de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force » ; et aimer « son prochain comme soi-même ». En faisant cela, Jésus ne donne pas vraiment un “nouveau commandement” : Il revient à la nature même de l’homme. Nous sommes faits à l’image de Dieu, et Dieu est Amour de communion entre le Père, le Fils, le Saint-Esprit : nous sommes donc faits, à l’image de Dieu, pour aimer. De la même manière, il y a quatre semaines, Jésus nous parlait du mariage. Il ne disait pas : « Voilà ce qu’il faut faire : être fidèle, se marier pour la vie, etc. » : Il ramenait à la création de l’homme et de la femme, créés l’un pour l’autre, faits pour le don mutuel et l’amour. Finalement, l’Évangile nous rappelle sans cesse notre vocation unique en nous présentant le modèle absolu de Jésus : le Fils de Dieu qui s’est fait homme, nous montre que l’homme est appelé à vivre comme Dieu. Et ce qui nous rend semblables à Dieu, c’est d’aimer comme Dieu.

Donc : « l’essentiel, c’est d’aimer ». C’est une belle devise, mais cela sonne aussi comme un titre de chanson romantique… et nous savons bien qu’en fait, rien n’est plus “flou” que l’amour. On peut faire dire n’importe quoi à l’amour : on peut tuer par amour, on peut être manipulateur par amour, on peut se réfugier derrière l’amour pour exercer des influences dévastatrices. L’actualité autour de la bioéthique nous fait aussi réfléchir : car certains n’hésitent pas à trafiquer dans la génétique pour se fabriquer des enfants sans père, sans mère… et tout cela, disent-ils, “au nom de l’amour”.
Jésus, quand Il nous parle d’aimer, nous donne en fait deux commandements [et Il ajoute (Mt 22,39) que le second commandement est « semblable » (homoía) au premier]. D’abord, il y a l’amour de Dieu, « de tout son cœur, de toute sa force » ; puis ensuite, l’amour du prochain « comme soi-même ». Ce qui ne veut pas dire que l’amour de Dieu et l’amour des hommes soient en concurrence ; mais cela signifie que l’on ne peut aimer le prochain en vérité que si l’on aime Dieu, et si l’on reçoit de Dieu sa propre manière d’aimer. Nous devons aimer nos frères, mais seulement si nous les aimons comme Dieu les aime. Ce qui doit nous faire réfléchir sur ce que veut vraiment dire « aimer ».
Pour certains, « aimer » signifie surtout recevoir le plaisir d’aimer et d’être aimé ; pour d’autres, « aimer » veut dire faire plaisir à l’autre. Il y a du vrai dans tout cela, mais ce n’est pas le principal. Le Seigneur ne veut pas d’abord « nous faire plaisir » (et encore moins se faire plaisir à Lui !), mais Il veut nous sauver du mal. Aimer, c’est donc vouloir le bien de celui qu’on aime ; et vouloir le bien de l’autre, c’est une mission exigeante ! Ainsi, gaver de sucreries un enfant, c’est lui faire plaisir… mais est-ce vraiment l’aimer ? Autre exemple : quand des parents donnent un prénom bizarre à leur enfant, la plupart du temps ils se font plaisir, ils se rendent intéressants ; mais veulent-ils vraiment son bien, pensent-ils à son avenir ?…

Lorsque le Seigneur nous donne comme premier commandement l’amour, Il nous invite donc à un vrai discernement. Il s’agit d’aimer en vérité, comme Dieu Lui-même nous aime ; sinon, on se fait illusion. L’unique loi de l’amour, c’est bien cela l’essentiel : mais demandons surtout à l’Esprit saint de nous enseigner comment aimer !

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Vingt-huitième dimanche du Temps Ordinaire — Seul Dieu comble le cœur de l'homme

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Avez-vous noté cette phrase toute simple dans l’Évangile, dans ce dialogue, lorsque l’homme vient de dire à Jésus qu’il avait obéi aux commandements : « Jésus posa son regard sur lui, et Il l’aima ». Avec ce regard de Jésus, c’est une relation extraordinaire qui commence : Jésus a compris que la question de l’homme était une question sincère, une question sérieuse, une question qui engage toute sa vie. Jésus prend au sérieux cette demande ; Il pose son regard sur lui, Il l’aime, Il va lui révéler le grand secret de l’Amour de Dieu.

« Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? ». Ce n’est pas une plaisanterie, ni même une simple curiosité : cet homme veut s’engager pour avoir la vie éternelle. Mais que cherche-t-il exactement ? La vie éternelle n’est pas seulement une vie “après la mort” : c’est aussi une vie qui a un sens, une vie remplie, une vie en plénitude. Un homme d’aujourd’hui pourrait demander à Jésus : « Que dois-je faire pour être vraiment heureux, pour que ma vie ait un sens ? ». Car si nous le voulons, la Vie éternelle, le bonheur éternel, peut commencer dès maintenant. On peut vivre avec Dieu maintenant, comme nous sommes appelés à vivre avec Dieu dans l’éternité. Si nous faisons ce choix, notre vie sera transformée par le Seigneur ; et nous n’aurons plus peur de rien, pas même de la mort, car rien ne peut nous séparer de l’Amour de Dieu.
Alors comment faire, demande cet homme ? Que faut-il faire pour que notre vie soit pleine de sens ? Et aussi [messe des familles], que faut-il transmettre aux enfants ; comment leur donner la possibilité de grandir en plénitude, en vivant déjà de la Vie éternelle ? Dans le langage de la Bible, cette attitude de recherche s’appelle la Sagesse. Nous l’avons entendu dans la première lecture (dans le Livre qui porte justement ce nom de « Livre de la Sagesse ») : il s’agit de rechercher la Sagesse, de préférence à tout le reste. « Tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable »… Sans cette Sagesse divine, on peut bien s’enrichir, faire de grandes choses, mais rien ne comblera vraiment notre cœur. Avoir la Sagesse, c’est être à la recherche d’une vie différente : une Vie qui est éternelle car elle est pleine de la présence de Dieu. Si le Seigneur n’est pas présent dans notre vie, nos occupations ne seront « qu’un peu de sable », et nous serons toujours déçus. Dans le cœur nous portons l’image de Dieu, l’appel de Dieu ; et Dieu seul peut satisfaire cette soif !

C’est donc bien cela la quête de cet homme : j’ai soif de Vie éternelle, je veux que mon cœur soit comblé : alors que dois-je faire ? Évidemment, il a bien compris que tout dépend de notre manière de vivre. On ne vit pas de la même manière si l’on cherche la Vie éternelle, ou si l’on cherche à vivre dans le plaisir et la richesse ; si l’on veut faire le bien, ou si l’on veut écraser les autres…
Ce jeune homme semble pourtant bien parti : il obéit avec soin aux commandements de Dieu (les Dix commandements que Jésus lui a rappelés). Que demander de plus ? Et pourtant, il sent dans son cœur que cela ne lui suffit pas. Il y a des gens qui sont honnêtes, qui ne feraient pas de mal à une mouche, mais qui sont pourtant centrés sur eux-mêmes : je suis honnête, je suis gentil, je suis tolérant, je fais mes devoirs, j’obéis bien aux commandements, je respecte les limitations de vitesse, je m’admire dans le miroir… Mais cela ne suffit pas à donner un sens à ma vie ! La vraie Sagesse, ce n’est pas seulement faire des belles choses. C’est quelque chose de plus grand, de plus beau, d’infini ; car nous avons tous soif d’infini (particulièrement les jeunes, qui rêvent d’aller toujours plus loin pour accomplir leur vocation).

Et voilà que Jésus nous regarde, nous aime, et nous propose cette Sagesse nouvelle, de manière assez radicale : « Donne tout ce que tu as ; puis viens et suis-moi ». Cela peut paraître un peu dur… Et pourtant, Jésus nous invite surtout à briser nos chaînes. Nous mettons souvent notre sécurité dans nos richesses, nous croyons nous suffire à nous-mêmes ; et cela ferme notre cœur, cela nous empêche d’aller vers Dieu et vers les autres. Devant cet appel radical, nous sommes invités à nous poser la grande question : « En quoi mettons-nous vraiment notre sécurité ? » Dans mon bien-être, ma maison, ma voiture… ? C’est cela qui me rassure dans la vie ? Alors il n’y a plus de place pour Dieu ; et mon cœur sera toujours insatisfait.
« Tout quitter pour Jésus », cela signifie donc : mettre les bonnes priorités. Tant que je m’attache à mes biens, ou à mon image de moi-même, je n’obtiendrai pas la Vie éternelle, c’est-à-dire la plénitude du bonheur. Mais si je décide de laisser le Seigneur entrer dans ma vie, tout sera transformé. Que ce soit notre priorité, pour nous, nos familles, nos enfants : « car tout est possible à Dieu ».

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Vingt-septième dimanche du Temps Ordinaire — La fidélité, chemin de bonheur (Journée de rentrée paroissiale)

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Il y a un instant, nous avons entendu un récit extraordinaire : celui de la création de l’homme et de la femme. Ce n’est pas un récit scientifique, il ne décrit pas l’évolution des espèces… Dans la Genèse, Dieu ne nous raconte pas des histoires : Il nous explique l’essentiel, c’est-à-dire le sens du monde, le sens de l’homme et de la femme, le sens de notre vie. Ces lectures sont d’une richesse inépuisable, et nous rendons grâce à Dieu de nous les donner au jour de notre rentrée paroissiale ! Elles vont nous aider à fixer une direction pour notre Communauté paroissiale de Saint-Thomas.

Avant tout, le Seigneur nous dit, aujourd’hui comme hier : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Nous ne sommes pas faits pour la solitude, mais pour le dialogue, pour le face-à-face, pour l’échange ; c’est un premier élément essentiel de notre Communauté. À l’image de Dieu qui est Trinité, nous sommes nous aussi appelés à l’amour mutuel. Pas n’importe quel amour : un amour fraternel, un amour qui fait grandir, un amour qui respecte la dignité de chacun ; un amour qui reconnaît dans l’autre son semblable, comme Adam face à Ève : « Voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! » L’homme a besoin de la rencontre, du dialogue ; et plus encore, nous avons besoin d’un engagement dans ce dialogue. La plus belle chose que nous puissions faire, c’est nous engager librement. On ne peut pas dialoguer en vérité si l’on change sans cesse ; comme dans ces conversations d’apéritif où on parle de tout et de rien, en allant de l’un à l’autre de manière superficielle. Le dialogue, cela veut dire : je m’arrête près de toi, je prends le temps de t’écouter, d’échanger avec toi, de t’aimer tel que tu es.
Dans le récit de la Genèse, ce dialogue se noue entre deux personnes en même temps semblables et très différentes : l’homme et la femme. Il ne peut y avoir un dialogue véritable, que s’il y a un engagement, une fidélité : quoi qu’il arrive, nous continuerons ensemble ; je m’engage à ne jamais couper le dialogue avec toi. C’est pourquoi, nous dit le Seigneur, « l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un ». C’est ainsi qu’ils font alliance l’un envers l’autre, pour que jamais ce dialogue d’amour ne s’arrête.

Oui, ce récit est très riche car il ne nous parle pas seulement de l’amour entre l’homme et la femme. Il va plus loin : il nous parle de nous-mêmes (qui que nous soyons, les jeunes comme les vieux !), et de ce qui nous rend profondément heureux. Comment devenir de plus en plus ce que nous sommes, comment nous épanouir ? Dans le dialogue en vérité, dans le don de soi, et dans la fidélité. Et c’est vrai de toutes les dimensions de notre vie. Ce qui nous rend heureux, ce n’est pas le calcul (« Qu’est-ce qui est avantageux, de quoi vais-je tirer le maximum de profit ? »), ce n’est pas d’obéir à une loi, ni de chercher à être bien vu ; ce n’est pas non plus de rechercher le plaisir ou les richesses, et de marcher sur les pieds des autres pour y parvenir… Non, ce qui nous rend pleinement heureux, c’est de nous engager dans ce qui est bien, ce qui est vrai et beau ; et d’être fidèles à nos engagements. Le récit de la Genèse nous dit que parmi les engagements, celui du mariage (qui n’est pas le seul !) a une place particulière, et reflète le mieux cette vocation de l’homme à l’engagement et au dialogue. C’est cela le projet de Dieu sur l’homme, projet qui conduit au bonheur.

Pourtant, nous voyons bien que le projet de Dieu a été détourné par le péché ; que ce désir de dialogue et de fidélité n’est plus si évident. Jésus le constate dans l’Évangile : « C’est en raison de la dureté de vos cœurs… que Moïse a prévu une loi sur le divorce ». Voilà pourquoi Lui, le Fils de Dieu vainqueur du péché par sa Résurrection, revient à ce projet initial en lui donnant la valeur d’un Sacrement. Jésus ramène l’homme et la femme à la joie de la Création ; et plus largement, Il donne la force de la Résurrection à toutes nos relations humaines. Le projet de Dieu sur l’homme est désormais renouvelé : notre communauté paroissiale de Saint-Thomas, elle aussi, doit vivre du Christ ressuscité, et retrouver un nouveau sens des relations fraternelles. Notre vie de frères et de sœurs est transformée par la présence de Jésus, et nous pouvons à nouveau vivre dans la fidélité, dans le dialogue. Bien sûr, nous aurons toujours la tentation du changement, de ne jamais être satisfaits là où nous sommes – « les paroissiens sont comme ci, le curé est comme ça… » –, et la tentation de “papillonner” d’une communauté à l’autre. Mais le Seigneur nous appelle à la fidélité, au service, au don mutuel.
C’est là où nous sommes, en famille, en Communauté, que le Seigneur veut nous donner sa Grâce ; avec nos richesses et nos pauvretés, notre variété d’âges et de sensibilités. Dieu nous a unis… et le péché ne doit pas nous séparer. Le bonheur se trouvera toujours dans le dialogue, l’accueil de l’autre tel qu’il est, en renonçant à toute tentation de dominer ou de critiquer. Que ce soit ainsi le programme de vie de notre paroisse : « ne faire plus qu’un » dans le Seigneur !

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Vingt-sixième dimanche du Temps Ordinaire — Tout utiliser pour l'Amour de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Mieux vaut pour toi entrer dans le royaume de Dieu », dit Jésus : notre désir le plus profond, c’est bien d’entrer dans le royaume de Dieu ! Et pour cela, il s’agit de nous laisser guider par le Seigneur Jésus, de L’écouter, de suivre ses commandements, de Le connaître, de L’aimer. Jésus nous parle du bien et du mal, de l’amour et du péché, et nous apprend à discerner les choses ; sans la Sagesse du Christ, nous nous trompons souvent, nous faisons des confusions et nous ne savons pas comment séparer le bien du mal. Il y a des choses qui nous semblent mauvaises simplement parce qu’elles sont contraires à nos habitudes… et il y a des choses qui nous semblent bonnes, mais nous ne nous rendons pas toujours compte de leurs conséquences ! Alors comment discerner le bien, qui nous conduit au royaume de Dieu, et le mal, qui nous en éloigne ?

L’attitude générale à laquelle Jésus nous invite, c’est d’abord la bienveillance. Car il y a des choses bonnes, qui se font au nom de Jésus, et que nous ne soupçonnons pas. Par exemple, cet homme dont parle saint Jean à Jésus, et qui « expulse les démons en son nom ». Il ne s’agit pas de faire cesser cette action immédiatement, même si les Apôtres y voient une usurpation du nom de Jésus : laissons faire, prenons le temps de comprendre avec bienveillance, de voir vraiment ce qui se passe…
Le mal n’est pas toujours exactement là où nous le pensons, et nous avons à convertir notre regard sur ce qui nous entoure. Le mal n’est pas dans les objets, ni dans ce que nous croyons savoir de nos frères ; il n’est pas non plus dans la nourriture, ni même dans les richesses. Le mal se situe d’abord dans notre cœur blessé par le péché ; et de ce mal, Jésus seul peut nous guérir. Il voit toutes choses et les accueille avec bienveillance : « Celui qui n’est pas [volontairement] contre nous, est pour nous. » L’Esprit souffle parfois à des endroits insoupçonnés, de manière imprévisible, comme Moïse le constatait tout à l’heure : « Le Seigneur peut faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! ».

Oui, c’est notre intention, en profondeur, qui fait que nous commettons le bien ou le mal ; c’est pour cela que nous ne pouvons jamais juger des intentions des hommes. Le choix de notre conscience est toujours libre ; le chemin que nous prenons ne dépend pas des circonstances extérieures, mais de notre décision. Si nous voulons suivre Jésus, nous le ferons même dans les difficultés ; si au contraire nous voulons nous séparer de Lui, nous n’aurons pas besoin d’excuses pour le faire !

Alors que nous dit l’Évangile sur la manière d’« entrer dans le royaume de Dieu » ? Jésus nous parle de la main, du pied, de l’œil, qui peuvent être des « occasions de chute », c’est-à-dire nous inciter au péché. Mais cela signifie d’abord que le principal est de rechercher le royaume de Dieu : toutes les autres choses ne sont que des moyens. Le choix à faire est celui de l’usage des biens, des dons que nous avons reçus. Et Jésus nous invite à faire bon usage de ces dons. Le bien ou le mal ne sont évidemment pas dans la main, le pied, l’œil : on peut tout utiliser pour l’Amour de Dieu et des frères. Avec une main, on peut relever quelqu’un… ou bien le frapper. Avec un œil, on peut voir les besoins des autres… ou l’on peut convoiter leurs biens. Avec l’intelligence, on peut chercher le progrès des hommes ; et on peut aussi planifier très intelligemment un vol ou un meurtre !
De la même manière, dans la deuxième lecture, saint Jacques prévenait les riches contre leurs propres injustices ; non pas que la richesse soit mauvaise en soi, mais parce qu’elle donne l’occasion de faire le mal, de « frustrer les ouvriers et les moissonneurs », de « condamner le juste ». On peut utiliser la richesse pour faire le bien et venir en aide aux pauvres, mais on peut aussi l’utiliser pour exercer un pouvoir injuste.

Tout ce qui nous est donné est pour le bien, et nous devons demander la sagesse pour discerner la manière d’agir ; car ce qui est donné pour le bien, peut aussi être mal utilisé. À ce sujet, saint Ignace de Loyola a écrit ceci : « Les choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de sa vocation. L’homme doit donc en faire usage autant qu’elles le conduisent vers sa fin, et s’en dégager autant qu’elles l’en détournent » (Exercices spirituels).

Nous pouvons donc nous examiner en vérité : quels dons, quels biens ai-je reçus ? Qu’est-ce que j’utilise pour le bien ou pour le mal ? Si nous voulons « entrer dans le royaume de Dieu », à nous d’écouter l’Esprit saint, de faire la vérité sur notre vie : pour tout utiliser pour l’Amour de Dieu !

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Vingt-troisième dimanche du Temps Ordinaire — Consacrer son travail, l'ouvrir à Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jésus « fait entendre les sourds et parler les muets ». Jésus guérit, Jésus se penche sur toutes nos maladies et nos infirmités, pour les soigner. Comme le dira plus tard saint Pierre, Jésus « est passé sur terre en faisant le bien » (Ac 10,38) pour les hommes. Par ces guérisons si nombreuses, Il veut montrer qu’Il est venu parmi nous pour nous sauver ; Il n’est qu’Amour, sollicitude, générosité. Tout ce qu’Il nous demande, c’est de nous ouvrir à sa présence pour qu’Il nous guérisse.
Et justement, le passage que nous venons d’entendre nous parle d’ouverture. Jésus ouvre la bouche du muet, les oreilles du sourd, avec le geste qui nous est peut-être familier car l’Église l’a adopté dans le rite du Baptême : « Ephata, ouvre-toi ! », dit le ministre du baptême – comme Jésus – en touchant la bouche et les oreilles du futur baptisé. Ce geste nous rappelle que nous avons à nous ouvrir, à ouvrir notre cœur et notre esprit : non pas nous ouvrir à tout et n’importe quoi suivant les modes et les opinions, mais d’abord nous ouvrir à la Parole de Dieu. C’est Dieu qui donne sa Parole, et c’est Lui-même qui ouvre notre vie à sa présence. Sans Lui, nous demeurons fermés sur nous-mêmes et sur nos impasses.

L’Évangile nous est donné pour que notre vie s’ouvre à Dieu. Et si la vie s’ouvre à Dieu, elle prend une dimension entièrement nouvelle, qu’on ne peut même pas soupçonner si l’on n’a pas commencé à parcourir le chemin de la foi. Isaïe nous disait tout à l’heure : « L’eau jaillira dans le désert ; la région de la soif deviendra un lac ». Or c’est un peu ce que l’on ressent quand on fait la rencontre du Seigneur ! Ce qui était sec dans notre vie, devient fécond, joyeux. Les décisions deviennent paisibles, les peurs et les angoisses disparaissent dans la confiance en Dieu. Notre vie prend un nouveau sens, une nouvelle dimension qui nous ouvre à l’infini. Chaque événement prend une signification nouvelle, même les plus petites choses. Si le Seigneur ouvre nos oreilles et notre bouche (et aussi nos yeux) – « Ephata ! » –, nous commençons à ne plus vivre pour nous-mêmes, mais nous vivons pour l’Amour de Dieu et dans la charité fraternelle. Nous apprenons à pardonner, à faire la paix autour de nous. Rien n’était possible tant que nous avions le cœur fermé à l’action de Dieu, mais tout se transforme quand Il nous dit : « Ouvre-toi ! ». Beaucoup de personnes de foi pourront même nous dire que les événements douloureux, tragiques de l’existence, prennent une dimension nouvelle sous le regard du Seigneur.

Alors comment nous ouvrir à Dieu ? En ce temps de rentrée, nouvelle année pour beaucoup d’entre nous, l’accent est mis sur une dimension importante de notre vie : celle du travail. Trop souvent, on voit le travail comme quelque chose de pesant, ennuyeux, nécessaire mais fastidieux… [Et je pense d’ailleurs que nous, les adultes, nous avons une grave responsabilité envers les enfants : est-ce que nous ne contribuons pas à l’image négative qu’ont les jeunes du travail, par exemple en les plaignant lorsque les vacances sont terminées ?…] Mais ce travail, qui fait partie de notre vie, pourquoi est-ce que nous ne l’ouvrons pas à Dieu, comme les autres parties de l’existence ? Pensons-nous que le Seigneur ne s’intéresse pas à notre travail ? Qu’Il n’est là que le dimanche quand nous Le prions, mais pas le reste de la semaine quand nous travaillons ?
Eh bien, si. Le Seigneur est présent dans notre travail ; et là aussi Il nous dit : « Ephata ! ». Ouvre-toi, ouvre ton travail, tes occupations, à la dimension de l’infini. Quoi que tu fasses, tu peux le faire par amour et le consacrer à Dieu ! Dans le Royaume de Dieu, nous disait tout à l’heure saint Jacques, il n’y a pas de riches et de pauvres : de la même manière, il n’y a pas de travail noble et de travail indigne, de grandes choses et de choses inutiles. Tout ce que nous faisons est accueilli avec joie par le Seigneur, comme une offrande d’amour. Les choses les plus petites ont une dimension infinie, que nous ne soupçonnons pas, si nous les ouvrons à la présence de Dieu.

Et bien sûr, c’est ici même, dans l’Eucharistie du dimanche, que tout trouve un sens. Nos travaux (ceux des adultes, mais ceux des enfants aussi !) sont contenus symboliquement dans « le pain et le vin, fruits du travail des hommes ». Jésus accueille si bien nos travaux, qu’Il choisit de les consacrer : nos travaux deviennent le Corps et le Sang du Seigneur, et cette présence nous nourrit.
Notre vie n’aurait pas de sens, si nous ne venions pas – au moins le dimanche – présenter notre semaine laborieuse au Seigneur pour qu’Il la consacre, qu’Il la divinise, qu’Il l’ouvre à sa présence. Et ainsi, nous repartons tout transformés par ce don. Rien n’est inutile, notre vie tout entière est grande, belle, sanctifiée par le Seigneur : « Ouvre-toi ! ».