Homelies

Paroisse Saint Thomas de Rochebrune

Les homélies du dimanche

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Septième dimanche de Pâques — Accomplir la même mission que Jésus

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

En ce dernier dimanche avant la Pentecôte, nous voyons Jésus qui se tourne vers son Père pour une dernière prière, un ultime geste de confiance. Après sept semaines de joie pascale, après la fête de l’Ascension, c’est en quelque sorte un accomplissement auquel nous assistons : Jésus a pleinement accompli sa mission, Il a fait tout ce qui devait être fait, Il a traversé ses épreuves, ses souffrances, sa Résurrection. Avec Jésus, nous nous retournons pour contempler le don que le Père nous a fait : Il nous a tout donné. Dieu avait voulu sauver le genre humain, le délivrer du péché et lui donner une Vie nouvelle : tout cela a été accompli. Jésus, dans sa nature humaine, a partagé toute notre vie, nos difficultés, Il a tout vaincu par son amour ; nous aussi, qui partageons cette même nature humaine, nous avons fait ce chemin, et nous pouvons rendre grâces au Père avec Jésus, dans l’Esprit saint.

La Bonne Nouvelle de l’Évangile, c’est d’abord que nous avons été réconciliés avec le Père. C’est peut-être ce que nous voyons le plus clairement dans cette prière de Jésus : c’est une prière de réconciliation, une prière de confiance totale envers Dieu. Toute la vie terrestre de Jésus témoigne de cette confiance, et plus particulièrement ses dernières paroles à son Père : « Tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi ». Notre vocation unique est bien de nous laisser réconcilier avec le Père, de revenir dans la communion avec Dieu, de vivre dans le Cœur de Dieu (que nous n’aurions jamais dû quitter !). Nous sommes appelés à la Gloire de Dieu, et Jésus parle à son Père de sa glorification. Il va partir vers la Croix, vers la mort et la Résurrection : Il va glorifier le Nom du Père en montrant aux hommes jusqu’où va l’Amour de Dieu.
Cette mission que Jésus a accomplie (et dont nous recueillerons le fruit à la Pentecôte) est le modèle de toute mission que Dieu nous confie. En Jésus nous trouvons le fondement de notre vocation, puisque nous sommes faits pour vivre dans l’amour et pour le transmettre. Jésus a donné aux hommes l’amour qu’Il a reçu du Père : nous aussi nous recevons tout de Dieu, et nous aussi nous pouvons transmettre à nos frères l’amour reçu de Dieu. Avec Jésus, nous avons vaincu le péché, en ressuscitant avec Lui par le baptême : nous pouvons montrer à nos frères la victoire du Bien sur le mal, la victoire du pardon et de l’amour sur la haine. Même si ce message d’amour universel peut être dérangeant pour un monde qui ne sait pas aimer ! C’est pourquoi saint Pierre (deuxième lecture) nous disait que nous pouvions « être insultés pour le nom du Christ, souffrir comme chrétiens… ».

Alors en cette fin du temps de Pâques, il est temps de nous demander quelle est vraiment notre mission de chrétiens : marqués du nom du Christ, baptisés, ressuscités avec Lui, qu’avons-nous à accomplir dans le monde ? À quoi nous a servi la célébration du Mystère de Pâques (que nous avons malheureusement dû vivre dans le confinement) ?
- Notre première mission, nous l’avons déjà entendue : « glorifier le Père », comme Jésus l’a fait. N’oublions pas qu’il s’agit de la première demande du Notre Père : « Que ton Nom soit sanctifié ». À travers nous, le nom du Père peut être sanctifié, glorifié. Que faisons-nous donc, tout simplement, pour que le Seigneur soit aimé autour de nous ? Est-ce que nous montrons à nos frères à quel point l’Amour, la sollicitude, la tendresse de Dieu pour nous, comblent notre cœur ?
- Mais pour cela, bien sûr, il s’agit de connaître vraiment le Seigneur, comme Il se révèle à nous. « La vie éternelle, dit Jésus, c’est qu’ils Te connaissent, Toi le seul vrai Dieu ». Connaître Dieu, Père, Fils, Saint-Esprit ; être – si l’on peut dire – familier avec le Seigneur, puisque nous sommes ses enfants : montrer à notre tour cette confiance, cet abandon, dont Jésus nous donne le modèle. Que Dieu ne soit pas pour nous l’Étranger, l’Inconnu, Celui dont on a un peu peur et dont on n’ose pas vraiment parler… Les hommes qui rencontraient Jésus étaient frappés par la présence du Père que l’on devinait à travers Lui : nous aussi, notre vie doit montrer, comme “naturellement”, la présence d’un Dieu qui est notre Père. Vivre la sainteté des enfants de Dieu, c’est attester aux yeux des hommes que notre vie n’aurait aucun sens si nous ne connaissions pas Dieu, et s’Il ne nous conduisait pas.

En définitive, notre mission dans ce monde, Jésus la redit au Père par ses paroles : « Ils sont à toi ». Nous sommes à Dieu, nous appartenons au Seigneur ; et c’est dans cette appartenance que nous trouvons la vraie joie. Être à Dieu, c’est ne plus être soumis aux forces du Mal : c’est être pleinement libres comme Jésus est entièrement libre dans la confiance au Père. Soyons des enfants de Dieu pleins d’amour et de joie, et Jésus continuera à sauver le monde à travers nous !

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Cinquième dimanche de Pâques — Offrir notre vie pour ressusciter

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Au moment où Jésus prononce les paroles que nous venons d’entendre, Il part vers son Père ; c’est le soir du Jeudi saint, le soir où Il sera trahi et passera en jugement. Le lendemain, Jésus ira jusqu’au bout de l’amour, en donnant sa vie pour nous sur la Croix (pour nous, dans notre calendrier liturgique, c’était il y a un mois). Mais dès ce soir-là, avant de partir, Jésus avait annoncé son retour : « Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi ». Jésus est donc parti auprès de son Père ; par amour, Il a fait l’offrande de sa vie humaine, par cette mort Il a détruit notre mort. Et puis le Père a ressuscité son Fils : Il lui a rendu la vie, Il lui a donné une nouvelle vie, une vie éternelle à laquelle nous sommes tous appelés. Le Mystère de Pâques est un Mystère de don : Jésus donne sa vie, et le Père rétablit cette vie dans une nouvelle dimension, la dimension de l’éternité. C’est pourquoi nous entendons à nouveau ces paroles dans le temps de la joie de Pâques.

À travers ce grand Mystère qui est au centre de notre foi, nous sommes invités à méditer sur le sens de notre propre vie. C’est en donnant sa vie que Jésus a pleinement accompli sa mission ; et nous, que faisons-nous de notre vie ? Nous savons bien, si nous interrogeons notre cœur, que la vie n’est pas faite pour se faire plaisir, ni pour en jouir, ni pour « s’éclater » en attendant la mort ! Nous pressentons que le secret d’une vie bonne et heureuse se trouve dans l’amour, et non dans l’égoïsme ; et pourtant, il n’est pas toujours facile de vivre pleinement cet amour.
Avec Jésus, nous comprenons que le don de la vie correspond exactement à ce que nous désirons (parfois sans le savoir). Notre vocation est d’imiter le Fils de Dieu, en vivant profondément de l’amour qui nous est donné par l’Esprit saint. Donner sa vie comme Jésus, c’est parvenir à l’épanouissement de notre nature humaine, à l’accomplissement de notre vocation. Ce que nous donnons est vraiment gagné : comme le dit Jésus, « celui qui donnera sa vie pour moi et pour l’Évangile, la sauvera » (Mc 8,35). Et au contraire, ne pas donner sa vie, la garder égoïstement pour en profiter soi-même, c’est finalement perdre le sens de sa vie : c’est gâcher son existence ! Ce que nous pouvons désirer de plus important, c’est faire ce que Jésus fait, entrer dans cette offrande : et alors nous verrons que Jésus nous aura précédés sur ce chemin. Il est parti « nous préparer une place » dans les demeures du Père. Ainsi, donner sa vie avec Jésus, c’est déjà ressusciter avec Lui, c’est entrer dans la Vie éternelle.

Jésus nous invite donc à Le suivre personnellement, mais en même temps Il constitue l’Église qui est son peuple. Dans la deuxième lecture, saint Pierre nous a fait méditer sur la « demeure spirituelle » qui est le Temple de Dieu, que nous construisons chacun comme « pierres vivantes ». Par notre appartenance à l’Église, nous entrons pleinement dans cette offrande de Jésus à son Père, qui conduit à la Résurrection : nous pouvons, écrit saint Pierre, « présenter des sacrifices spirituels agréables à Dieu, par Jésus-Christ ». Nous sommes baptisés dans l’Église, nous sommes donc déjà morts et ressuscités avec Jésus ; et ainsi, comme pierres de construction, nous pouvons participer à cette offrande d’amour du peuple de Dieu, par Jésus.
L’Église existe donc pour accomplir une mission essentielle, sans cesse et jusqu’à la fin des temps : rendre présent le sacrifice d’amour de Jésus, et faire cette offrande à travers chacun des baptisés que nous sommes. C’est pourquoi dans l’Église, la mission de charité envers les hommes n’est pas annexe ou accessoire : elle est centrale, comme nous l’avons vu dans les Actes des Apôtres (première lecture). En effet, lorsque les Apôtres désignent sept hommes pour le service des pauvres (les futurs diacres), ce n’est pas un simple “job” qu’ils leur proposent : c’est une consécration, un appel de Dieu qui se traduit par un sacrement : « Après avoir prié, ils leur imposèrent les mains ». La sollicitude, la compassion, sont donc des aspects indispensables qui font partie de l’être de l’Église : une Église qui ne vivrait pas la charité ne serait pas fidèle au Christ, car elle n’imiterait pas son offrande d’amour.

Jésus nous rend donc capables, en Église, d’accomplir comme Lui un sacrifice d’amour au Père et à nos frères. C’est bien sûr dans l’Eucharistie que nous vivons cette offrande, en nous unissant à la mort et la Résurrection du Christ. Mais que faire en ce temps de confinement, sans Eucharistie ? En désirant de tout notre cœur recevoir son Corps (« communion de désir »), nous pouvons tout de même offrir des sacrifices, c’est-à-dire faire l’offrande de nous-mêmes : offrande de notre prière, de notre foi, de notre charité à nos frères… et même faire l’offrande des difficultés, des désagréments de la vie quotidienne. Avec Jésus, en offrant toute notre vie par amour, nous sommes déjà ressuscités !

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Troisième dimanche de Pâques — Croire à l'accomplissement des promesses !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Le Seigneur est réellement ressuscité ! » Ce refrain, que nous entendons des Apôtres et que nous proclamons tout au long du temps de Pâques, est d’abord une exclamation de joie. Et la joie est d’autant plus réelle, qu’avec les Apôtres nous avions vécu les souffrances de la Passion, la mort de Jésus… Cette Résurrection est donc une véritable surprise pour tous les croyants ! Surprise extraordinaire de la victoire de la Vie sur la mort ; victoire de Dieu sur les forces du Mal. Et nous sommes envoyés, à notre tour, pour annoncer au monde cette victoire ; particulièrement à ce monde qui a toujours peur de la mort, comme nous le voyons avec cette période d’épidémie.

L’événement de la Résurrection est donc quelque chose d’inattendu ; mais paradoxalement, c’est aussi un événement qui avait été largement annoncé ! D’abord, Jésus Lui-même l’avait dit à ses disciples plusieurs fois ; et puis surtout, la victoire de Dieu sur la mort faisait partie du message de tous les prophètes d’Israël. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, nous voyons Jésus reprocher aux disciples d’Emmaüs leur incompréhension : « Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! » ; et puis, Il reprend avec eux les prophéties, pour leur montrer comme cela avait été annoncé. De la même manière, saint Pierre le jour de la Pentecôte reprend le Psaume de David (15,10) pour montrer que le Seigneur « ne peut abandonner son Messie au séjour des morts ». Le roi David est mort ; mais Celui dont il parle, c’est bien le Christ qui sera victorieux de la mort.
Oui, la Résurrection, même si elle surpasse tous nos espoirs, est bien l’accomplissement des prophéties ! Du reste, c’est aussi ce que nous disons dans le Credo : « Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures ». Dieu n’a jamais cessé de transmettre des promesses de vie au peuple de l’Ancien Testament ; car son dessein éternel, depuis le premier péché, est de ne pas abandonner l’homme au pouvoir du mal et de la mort. Et par son Fils Jésus-Christ, Il a accompli ses promesses, « conformément aux Écritures ».

Nous pouvons donc être étonnés que les disciples, même ceux qui avaient été les plus proches de Jésus, aient eu tant de peine à croire à la Résurrection. Au début, ceux qui croient en Jésus ne croient pas vraiment à sa Victoire ! Il faudra attendre le don de l’Esprit saint pour que cette Victoire se transmette pleinement à l’Église, au peuple des croyants. Mais nous, qui avons reçu l’annonce de la Résurrection (et qui avons aussi reçu l’Esprit saint lors de notre baptême), croyons-nous vraiment à l’accomplissement des promesses du Seigneur ? Sommes-nous certains que ce que Dieu promet, Il l’accomplit ? D’abord, bien sûr, il s’agit de connaître les promesses de Dieu ; et pour cela, de connaître l’Écriture. C’est donc déjà pour nous une première nécessité : lire la Bible, la Parole de Dieu, pour y trouver ce que le Seigneur nous promet vraiment.
Mais surtout, c’est un appel à notre foi. Croyons-nous vraiment que le Seigneur est victorieux, en nous, du mal, du péché et de la mort ? Est-ce que nous croyons qu’Il nous donne la force de rester fidèles en toutes circonstances ; même en ce temps de confinement qui met à dure épreuve notre confiance ? Nous sommes capables de vaincre le péché, l’infidélité, la méfiance : non par notre propre force, mais par la force de la Résurrection du Seigneur. Si nous croyons, si nous avons une foi authentique (pas seulement une foi “occasionnelle”, mais une foi qui colore toute notre vie), alors nous avons en même temps l’Espérance : c’est-à-dire que nous sommes certains de l’accomplissement des promesses du Seigneur. Nous croyons que le péché est vaincu, en nous et autour de nous – malgré les signes apparents d’une domination du mal dans le monde. Nous croyons que la mort est vaincue : face au deuil, nous ne nous réfugions pas dans la vague certitude de nous retrouver un jour, mais dans la foi vivante au Christ ressuscité qui nous ressuscitera avec Lui.
Et puis, avec la foi et l’Espérance, vient encore la Charité : le Seigneur nous promet que l’Amour sera victorieux, et que nos actes d’amour porteront du fruit. Nous pouvons donc aimer, nous pouvons nous dévouer, nous réconcilier, visiter les malades (particulièrement en cette période de solitude pour beaucoup) ; car la puissance de la Résurrection agit, et aucune œuvre de miséricorde ne sera perdue. Tout ce que nous pouvons faire de bien, de vrai, de beau, s’inscrit dans l’immense Victoire de Jésus sur la mort et le péché.

Alors, est-ce que nous croyons vraiment à l’accomplissement des prophéties du Seigneur ? Le temps de Pâques est un temps pour renforcer notre foi : la Résurrection nous montre que Dieu est fidèle, et qu’Il fait ce qu’Il promet. Que l’on dise donc de nous, comme Élisabeth l’a dit de Marie : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ! » (Lc 1,45)

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Jour de Pâques — Communier à la Résurrection

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce Jour très saint.

Voici le Jour très saint de la Résurrection, ce jour espéré par tous les chrétiens depuis le début du Carême ; le jour où le Christ a vaincu la mort, où nous reprenons un nouveau souffle dans l’Espérance de la Vie éternelle. Parce que nous savons que le Seigneur vient prendre sur Lui nos détresses et qu’Il en est vainqueur, nous comprenons désormais que tout est possible, et que la mort n’a plus le dernier mot. C’est une nouvelle source de confiance dans la période que nous traversons : ce Dieu qui a vaincu la mort peut aussi vaincre l’épidémie et la maladie, et nous devons Le prier avec davantage de foi et d’amour !

L’événement de la Résurrection ne nous est pas directement raconté par l’Évangile de saint Jean, mais il nous rapporte en revanche ce que constatent les croyants et les Apôtres. Et que voient-ils ? Ils voient le tombeau vide avec les linges et le suaire. La grande nouvelle pour eux, au début, ce n’est donc pas : « Jésus est ressuscité », mais : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau ! » ; et pour eux, ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle. Même si Jésus avait annoncé sa Résurrection plusieurs fois, les disciples ne comprennent pas tout de suite ; et ils ne croient pas. Au début, personne ne croit vraiment à cette Résurrection : ni les femmes, ni les Apôtres – et dans les autres récits évangéliques, Jésus ressuscité reproche à ses disciples leur manque de foi (Mc 16,14). C’est pour cela que saint Jean prend soin de dire que lui-même « a vu, et qu’il a cru » : parce que la foi, au début, n’est pas donnée à tous les disciples.
Oui, cet événement de la Résurrection est difficile à croire : parce qu’il veut dire que Dieu vient intervenir dans notre monde, et qu’Il inverse la fatalité du mal et de la mort. Pour nous, la mort est quelque chose d’inéluctable ; le mal lui-même semble inévitable. Nous voyons autour de nous tant de souffrances, auxquelles nous ne pouvons porter secours : les difficultés de la vie, les épreuves du monde, sont comme des fatalités sans recours. Alors nous devenons fatalistes : comme nous ne pouvons rien y faire, nous acceptons ce qui arrive. Aujourd’hui, quand cessera l’épidémie, quand finira le confinement, quand retrouverons-nous la joie des relations humaines ? Nous ne le savons pas, et nous n’y pouvons pas grand-chose… alors nous nous résignons, nous devenons presque indifférents, nous perdons l’espoir.
Bien sûr, souvent nous ne pouvons rien ; mais Dieu, Lui, n’est pas impuissant face au mal. La Résurrection nous montre qu’Il est entré dans ce combat, Lui, le Seigneur, le Fils de Dieu, et qu’il a remporté ce combat. La victoire du Seigneur en ce Jour de Pâques signifie que nous ne pourrons plus jamais nous résigner à perdre l’espoir. Pour nous, les petits espoirs quotidiens deviennent une grande Espérance, dont Dieu est le seul fondement.

Cependant, nous avons aussi une deuxième difficulté à croire vraiment en ce Jour de Pâques. Nous admettons que Jésus est ressuscité ; mais en quoi cela nous concerne-t-il ? Les événements racontés se sont passés il y a deux mille ans, ils ont touché un seul homme, d’un lieu et d’une culture éloignés des nôtres ; alors qu’est-ce qui nous regarde vraiment dans cette histoire ? Cet enjeu est encore plus important en ce temps d’épidémie, parce que nous sommes éloignés les uns des autres, et que nous ne pouvons pas nous réunir pour former l’Assemblée des croyants. Alors si l’Eucharistie est célébrée à un endroit, est-ce que cela me concerne, moi qui habite ailleurs ?
La Résurrection nous fait donc revenir au sens profond de l’Église. Cette Église est le Corps du Christ ressuscité, dont nous sommes les membres ; elle est animée, vivifiée par l’Esprit saint ; elle est l’Assemblée unique et immense de tous ceux qui sont ressuscités avec le Christ. Si bien que le Corps ne peut pas être séparé : il est ressuscité tout entier avec Jésus. La force d’Amour de Dieu, la Victoire contre le mal et la mort, tout cela vient du Christ ressuscité et se répand dans chaque membre du Corps. Depuis que le Christ est ressuscité, il n’y a plus d’isolement, plus de solitude (et plus de « confinement » !). La Vie se transmet à chacun, depuis que nous sommes baptisés dans la mort et la Résurrection de Jésus – et cette Vie aurait dû se transmettre, cette nuit même, à ceux qui se préparent depuis déjà longtemps au baptême.

Où que nous soyons, la Résurrection du Christ nous atteint donc, puisqu’elle forme le Corps de Jésus auquel nous appartenons. Si nous ne pouvons pas communier aujourd’hui au sacrement de l’Eucharistie, nous pouvons tout de même communier spirituellement, c’est-à-dire redire de tout notre cœur au Seigneur que nous voulons ressusciter et vivre avec Lui. Au cours de cette Messe de Pâques, malgré l’éloignement, nous sommes unis les uns aux autres dans notre paroisse ; nous sommes unis à tous les baptisés du monde, et à tous ceux qui sont ressuscités depuis deux mille ans avec le Christ. Avec eux, par Jésus, nous sommes vainqueurs du mal, de la maladie, de la mort : rien ne pourra nous séparer de l’Amour de Dieu. Entrons dans la Communion des Saints, dans la Communion des Ressuscités !

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Quatrième dimanche de Carême — Ouvrir les yeux sur nos pauvretés

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Dimanche dernier, ce qui nous conduisait sur notre chemin de Carême était le thème de l’eau ; Jésus promettait à la Samaritaine l’eau vive qui jaillit de son Cœur, et devient source de vie pour les baptisés. Pour continuer notre itinéraire, en ce quatrième dimanche, nous méditons sur la Lumière de Dieu. Nous savons bien l’importance qu’aura cette lumière au cours de la veillée pascale, avec le feu, l’église plongée dans les ténèbres… qui s’illumine peu à peu jusqu’au moment où l’on proclame la Résurrection du Seigneur ! La lumière, dans la Bible, c’est la première création de Dieu (« Que la lumière soit ! »), et c’est toujours un don merveilleux ; car sans lumière, nous ne pouvons pas savoir où nous sommes ni où nous allons ; et sans lumière, il nous est impossible de voir nos frères – ce qui symboliquement, signifie qu’on ne peut pas nouer de véritables relations.

En guérissant cet aveugle, Jésus revient donc aux “origines de la Création” pour redonner la lumière à l’homme. Et Il le fait toujours de manière inattendue : car c’est Lui qui a l’initiative. Qu’importe si la guérison a lieu le jour du sabbat ! Bien au contraire, le sabbat est le jour où Dieu agit : le jour où l’homme doit s’ouvrir à l’action de Dieu. Il est paradoxal que les pharisiens, qui voulaient sincèrement réserver ce jour à Dieu, récriminent parce que justement, le Seigneur guérit ce jour-là…
Lorsque le Seigneur ouvre nos yeux à sa Lumière, c’est toujours quelque chose qui nous réveille et nous remet en chemin. Comme l’écrit saint Paul : « Ceux qui s’enivrent, le font la nuit ; mais nous, nous sommes du jour ! » (1Th 5,7). La lumière du Seigneur nous empêche de nous endormir dans les mauvaises habitudes, dans le péché ; et c’est justement le sens de ce parcours de Carême, de nous remettre peu à peu pleinement dans la Lumière. Nous avons donc à demander au Seigneur d’ouvrir nos yeux à sa lumière, à la Vérité, à la réalité ; non seulement la réalité de notre péché, mais surtout la réalité de sa présence dans notre monde. La lumière de Dieu ouvre nos yeux à la Vérité, comme l’a appris le prophète Samuel dans la première lecture : celui qu’a choisi le Seigneur pour être roi d’Israël n’est pas le plus fort, le plus beau, ni celui qui a le plus de prestige aux yeux des hommes ; mais c’est le plus petit, le “petit dernier” de la famille, qui est le plus grand aux yeux du Seigneur. Sans la lumière de Dieu, nous en restons aux apparences.

Alors que nous dit vraiment cette Lumière, si nous l’accueillons en vérité ? Que seul Dieu donne une direction à notre vie. Et ce n’est qu’en vivant selon l’Évangile, que nous trouvons le vrai bonheur – dès maintenant et pour l’éternité. Ce temps du Carême se double d’une épreuve particulière pour la plupart d’entre nous : une épreuve d’isolement, un temps de pénurie, de pauvreté. Non pas de pauvreté matérielle (pour l’instant), mais de manque de relations, de manque de fraternité visible ; de manque de prière commune, et plus grave encore, de manque de sacrements. Tout cela, nous le ressentons douloureusement. Les autorités publiques, certes, répondent de manière matérielle et technique à la crise : fermeture des commerces, des lieux de convivialité. Le Premier ministre a annoncé qu’il fermait les restaurants et les bars… et avec désinvolture, presque dans la même phrase, il a fermé aussi les églises. Les besoins matériels semblent donc pris en charge. Mais qu’en est-il de nos besoins spirituels ? Si la Lumière nous éclaire, elle doit justement nous apprendre (comme Jésus le disait au désert) que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Voilà pourquoi Jésus nous guérit aujourd’hui de notre aveuglement ; et Il le fait, comme il y a deux mille ans, de manière inattendue ! Il le fait, semble-t-il, à travers cette crise sanitaire qui nous affecte ; à travers l’épreuve de la privation de sacrements, la souffrance de notre isolement, la solitude et l’absence de notre communauté chrétienne. Mais c’est là que nos yeux s’ouvrent, et que nous comprenons à quel point cette vie spirituelle nous est indispensable. Tant qu’on a l’abondance, on considère que tout est normal… et puis vient la pénurie, et l’on saisit que tout est donné par le Seigneur. Quand nous retrouverons un rythme de vie normal, nous ne serons plus les mêmes, notre regard aura changé ; nous rendrons grâce de tout notre cœur au Seigneur, qui nous a donné son Église pour nous rassembler et nous nourrir avec profusion.

Sans le Seigneur, nous ne pouvons pas vivre ; sans le jour du Seigneur, sans la Messe dominicale, sans les sacrements et sans la Communauté chrétienne, nous ne pouvons pas vivre. C’était déjà ce que disaient des martyrs d’Afrique du Nord au IIIe siècle : « Sine dominico non possumus », sans le Seigneur, sans le jour du Seigneur, nous ne pouvons vivre ! Que dans notre pauvreté actuelle, la Lumière du Seigneur nous ouvre les yeux sur nos vrais besoins.

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Troisième dimanche de Carême — Avoir soif de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Cette rencontre entre Jésus et la femme de Samarie est un passage important dans l’Évangile de saint Jean. Tout d’abord, on y voit Jésus fatigué, assoiffé… et il nous est bon, déjà, de savoir que Jésus partage nos difficultés et nos lassitudes ! Et puis on entend ce dialogue si riche, où Jésus élève peu à peu le cœur de cette femme jusqu’à lui faire reconnaître – à elle et à ses concitoyens – que le Christ, le Messie attendu, le Sauveur de tous les hommes, c’est Lui, Jésus. Dans ce dialogue, il est question de fatigue, de soif, d’eau, d’adoration… C’est pour cela que depuis le tout début de l’Église, depuis que l’on fête la Résurrection de Jésus et qu’on y célèbre des baptêmes, on lit ce passage quelques semaines avant Pâques : c’est une étape sur notre chemin de conversion, et pour beaucoup [pour vous, Laurence, Lucie et Maud], c’est une étape vers le baptême !

À midi ce jour-là, sous le chaud soleil de Samarie, Jésus rencontre cette femme au bord d’un puits. Il est donc bien normal qu’on entende parler de l’eau : cette eau que la Samaritaine est venue chercher au puits, mais aussi l’eau qui est toujours le signe de la présence de la vie dans le désert. Quand les Hébreux sont eux-mêmes dans le désert (première lecture), le seul espoir du peuple réside dans cette eau : s’il n’y a pas d’eau, si Dieu, par Moïse, ne fait pas jaillir de l’eau du rocher, alors les Israélites mourront de soif.
Au cours de ce temps de Carême, qui est “notre désert”, nous sommes aussi appelés à ressentir l’abondance de l’eau de la Vie donnée par Dieu. Mais il s’agit d’abord d’oser avoir soif ! Avons-nous vraiment soif de Dieu ; avons-nous soif de donner un sens à notre vie ? C’est cette soif dont témoignent les catéchumènes, et c’est pour cela qu’ils demandent le baptême. Nous avons tant de soifs différentes, mais il nous faut oser les déposer humblement devant le Seigneur ; car Il veut venir à notre secours et combler notre soif. Est-ce que nous osons aussi confier au Seigneur nos soifs de secours face aux difficultés de la vie ? Est-ce que nous osons le prier pour nous, pour nos proches, pour le monde… et même pour la fin d’une épidémie ! Lui faisons-nous vraiment confiance, ou bien pensons-nous que nous allons nous débrouiller tout seuls ?

Comme à cette femme de Samarie, Jésus nous demande donc : de quoi as-tu vraiment soif ? D’eau bien sûr, pour notre corps… Mais comment aller plus loin : qu’est-ce qui nous donne une vraie joie, une vraie paix, qu’est-ce qui répond vraiment à tous les désirs de notre cœur ? Jésus nous parle d’une eau qui ne se contente pas d’assouvir notre soif ; une eau qui « devient une source jaillissant pour la vie éternelle ». Et cette eau, dit Jésus, c’est l’adoration de Dieu (« les adorateurs que recherche le Père »). Nous devons comprendre que tout comme notre corps est fait pour vivre de l’eau (et que sans eau il meurt), notre cœur est fait pour adorer le Seigneur ; et que sans cette présence du Seigneur dans notre vie, nous mourons de faiblesse, de tristesse, de désespoir. L’adoration – c’est-à-dire le désir profond de l’Amour de Dieu, la prière, le dialogue dans l’Esprit-saint –, c’est la seule chose qui puisse combler la soif de notre cœur.
En ce temps de Carême, nous sommes donc invités à revenir nous placer devant le Seigneur pour expérimenter comme il est beau, comme il est doux, de recevoir son Amour. Nous avions péché, nous avions été séparés de Dieu par le péché, et c’est le sens de ce Carême [particulièrement des scrutins où le Seigneur va agir en profondeur dans votre cœur, pour en arracher le mal]. L’éloignement de Dieu avait produit en nous une soif, une nostalgie, un malaise, une peur… Mais comme nous le rappelle saint Paul, « le Christ est mort pour nous » ; et nous avons retrouvé le chemin de Dieu, par le baptême, par cette eau qui donne la vie. La source de Dieu est devenue en nous « source jaillissante », car Jésus nous a transmis cette nouvelle vie par sa Résurrection. Notre cœur est comblé de son Amour ; et nous pouvons aussi faire jaillir cette eau dans le cœur de nos frères, si nous témoignons de la joie de la foi ! Actuellement on parle beaucoup de contagion – avec le risque d’avoir peur des autres – ; mais n’oublions pas que l’Amour aussi, la joie de Dieu, c’est une contagion qui transmet la vraie vie !

Jésus nous invite donc à l’adoration : recevoir l’eau qui vient de Dieu. Adorer le Seigneur, c’est comprendre à quel point nous dépendons de Dieu, à quel point c’est Lui qui nous apporte le vrai bonheur, la vraie paix. Avec Jésus, nous avons la certitude que nous ne manquerons jamais de l’eau de la Vie !

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Premier dimanche de Carême — Rejeter la méfiance et les conflits

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Dès le début du Carême, l’Église nous propose de mesurer l’enjeu de cette période de conversion. De quoi s’agit-il donc au cours de ce Carême ? De perdre du poids en jeûnant ? De faire le maximum de bonnes actions pour être fiers de soi ? De doubler (ou tripler) notre temps de prière quotidien ? En réalité, l’enjeu de ce Carême (et bien sûr, l’enjeu de toute vie chrétienne), c’est d’entrer dans le combat éternel entre le Bien et le Mal. De participer à ce combat, de s’impliquer de toutes ses forces. On ne peut pas être spectateur dans cette lutte, on ne peut pas rester indifférent. On ne peut pas déplorer la violence du monde comme un touriste se plaint du mauvais temps : il faut s’engager. Le Carême nous le permet.

Les deux récits que nous avons entendus nous parlent donc de cette lutte ; et plus particulièrement, du combat dans le cœur de l’homme, lorsqu’il est soumis à la tentation. Face à l’épreuve qui nous entraîne au mal (qu’on appelle la tentation), nous avons assisté à deux réponses radicalement différentes : celle de l’homme dans son état premier (l’homme et la femme tout juste créés par Dieu), et celle de Jésus, l’Homme nouveau qui vient sauver l’humanité. Dans la Genèse, c’était le récit mystérieux du premier péché, de la méfiance de l’homme envers Dieu. Influencés par les paroles tentatrices du Mauvais, l’homme et la femme renoncent librement à faire confiance au Seigneur. La suite de l’histoire montre que cette méfiance s’étend à toutes les relations humaines : en se séparant de Dieu, Adam et Ève commencent à se méfier l’un de l’autre, puis plus tard cette méfiance causera le premier assassinat entre Caïn et Abel.
Le récit (tout aussi mystérieux) des tentations de Jésus au désert, vient inverser cette logique de la méfiance. Nous voyons Jésus dévoiler la ruse du tentateur, rejeter avec force les propositions qui Lui sont faites, et redire à son Père sa confiance entière : « C’est Dieu seul que tu adoreras ». Avec Jésus, à notre tour, nous recevons la force de rejeter les faux bonheurs pour redire à notre Père que nous avons confiance en Lui, en son Amour pour nous.

Ce temps de Carême nous est donc proposé, non pas comme une épreuve supplémentaire ! mais comme un moment où nous pouvons être plus proches de Jésus ; avec Lui, vivre en parfaite confiance dans l’Amour de Dieu, et donc dans la paix les uns avec les autres. Nous voudrions vivre dans la confiance, mais nous nous rendons compte que ce n’est pas si simple : il y a une petite voix à nos oreilles, comme aux oreilles d’Adam et Ève, qui nous tente en nous disant : « Dieu vous donne des commandements difficiles, mais vous n’avez pas besoin de Lui ! Faites selon vos envies, et vous serez comme des dieux… ».
Alors, comment résister à ces tentations de méfiance, comment être vraiment libres pour aimer le Seigneur ? Il faut déjà nous rendre compte que se méfier de Dieu, c’est en même temps se méfier les uns des autres. Suivre nos envies sans tenir compte du Seigneur, c’est être guidés par l’individualisme, et donc entrer en rivalité avec les autres. Le chemin du Carême consiste justement à maîtriser nos tentations, à refuser les plaisirs faciles qui nous séparent de nos frères ; et ainsi, à être des artisans de paix par notre confiance en Dieu.

Dans l’Évangile, c’est Jésus qui nous donne l’exemple du combat contre le mal. Lorsque l’égoïsme nous tente, les réponses de Jésus nous montrent la meilleure direction.
• Le démon propose la prospérité, la satisfaction égoïste des désirs (« que ces pierres deviennent des pains ») ; mais Jésus répond que le vrai pain vient de Dieu. En prenant conscience que nous dépendons de Dieu, nous apprenons aussi à dépendre de nos frères et à les aimer.
• Le démon propose à Jésus de se jeter du sommet du Temple, comme si un homme pouvait se comporter n’importe comment et exiger de Dieu qu’Il prenne soin de lui. Au contraire, il s’agit de connaître les conséquences de nos actes, et d’agir toujours dans le souci des autres et selon l’Amour de Dieu.
• Le démon demande qu’on se prosterne devant lui ; mais l’unique chemin de gratuité, de paix, de charité, c’est l’adoration du seul vrai Dieu. Les idoles, les faux dieux, sont toujours ce qui divise les hommes.

Oui, notre chemin de Carême doit être un chemin de confiance en Dieu, et en même temps de confiance les uns envers les autres. Seul Jésus, Fils bien-aimé du Père, peut nous conduire sur cette route : Il a résisté au tentateur, Il a rétabli la relation de l’homme avec Dieu. Jésus au désert nous apprend à aimer et à faire confiance !

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Septième dimanche du Temps Ordinaire — Vaincre le mal par le Bien

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Nous célébrons le dernier dimanche avant l’entrée en Carême, qui commencera mercredi prochain. C’est le moment de nous orienter résolument vers la vraie conversion ! Pour cela, à travers ses paroles rapportées par saint Matthieu, le Seigneur Jésus nous donne quelques règles de vie. Nous avons remarqué que ces paroles font suite à celles de dimanche dernier, où il s’agissait de mettre en harmonie notre attitude intérieure et notre comportement extérieur ; le Seigneur ne cesse de nous appeler à la conversion du cœur, non pas simplement à une vie acceptable et “bien élevée”. Ainsi, aujourd’hui comme la semaine dernière, Jésus nous donne quelques critères de comportement pour suivre son exemple et vivre en disciples.

Alors comment nous comporter pour être vraiment disciples du Christ, pour être reconnus comme croyants, pour vivre pleinement l’Évangile ? Déjà, il faut faire attention à ne pas faire de l’Évangile un code de morale : “comment se comporter”, cela ne veut pas dire faire de belles choses pour être content de soi ! Le chrétien n’est pas celui qui est arriviste, qui “gagne le Ciel” à coups de bonnes actions… Il s’agit d’abord de nous laisser transformer par l’action de l’Esprit saint. C’est cela, se comporter en chrétien : une manière de vivre qui ne vient pas de nous mais de l’Esprit de Dieu. Saint Paul nous disait tout à l’heure : « Vous êtes un sanctuaire de Dieu, l’Esprit de Dieu habite en vous » : c’est cela le fondement de notre attitude, vivre selon l’Esprit saint.
Le disciple du Christ doit donc avoir un comportement particulier dans ce monde, une manière de vivre qui n’est pas celle de tout le monde ; et c’est cela que Jésus nous a détaillé dans son enseignement. Ce qui guide les chrétiens, ce n’est pas d’abord une série de lois ; car Jésus ne nous a pas laissé un Code civil. Ce n’est pas la force extérieure des commandements qui doit nous conduire, mais la force intérieure de l’Esprit de Dieu. Et si nous nous laissons guider sincèrement par l’Esprit, alors nous pourrons agir naturellement, spontanément, dans le sens du plus grand bien. Nous sommes invités à exercer avec conviction, en premier lieu, la charité fraternelle ; car c’est une attitude qui rend profondément heureux. Si nous essayons d’aimer nos frères, ce n’est pas par calcul, par désir d’avoir une récompense, comme un enfant qui chercherait à avoir une friandise ; c’est tout simplement parce qu’il est bon, qu’il est joyeux, de faire le bien. Faire le bien autour de soi, c’est en même temps recevoir de la joie ; donner de l’amour, c’est recevoir de l’amour. Et c’est l’Esprit saint qui nous enseigne à être dans cette logique de l’amour donné et reçu. Nous connaissons la joie d’agir selon l’Esprit, et nous savons aussi, sans doute, que l’égoïsme est toujours source de tristesse.

Nous comporter en chrétiens, c’est donc suivre naturellement, joyeusement, paisiblement, les commandements de Jésus. Et parmi ces commandements, il y a ceux que nous venons d’entendre, qui nous paraissent bien particuliers : « Pardonnez, aimez vos ennemis, etc. » Ces commandements de l’amour et du pardon sont même déjà présents dans l’Ancien Testament, comme nous l’avons entendu dans la première lecture : « Tu ne te vengeras pas, tu ne garderas pas de rancune ». Depuis des siècles, le Dieu d’Amour conduit ses enfants vers le pardon ; mais avec Jésus, Il nous donne en même temps la force intérieure de le vivre.
Aimer nos ennemis, « tendre l’autre joue » quand on nous frappe, c’est difficile. Si nous prenons ces commandements un par un, ils nous paraissent même impossibles (et déraisonnables) ! Mais il faut les lire ensemble, pour comprendre que ce sont des signes variés d’une seule réalité : l’Amour de Dieu qui vient transformer le monde. Jésus nous dit : si vous faites ainsi, vous serez « les fils de votre Père qui est aux cieux » : autrement dit, c’est parce que nous sommes enfants de Dieu, que nous pouvons transmettre l’amour et le pardon. Lui-même nous aime et nous pardonne : nous avons la mission, à notre tour, de porter au monde l’amour et le pardon. Sans l’Esprit saint, le monde n’est qu’un champ de bataille où la vengeance répond à la vengeance ; mais si nous prenons au sérieux notre mission de « sanctuaires de l’Esprit saint », alors le monde peut avancer vers le Royaume de Dieu. Dans ce Royaume inauguré par Jésus, le mal est vaincu par le Bien, par l’Amour.

Notre comportement de disciples du Christ, c’est donc ceci : non pas “faire les choses mieux que les autres”, mais laisser l’Esprit saint nous habiter et inspirer notre conduite. Alors nous pourrons aimer, pardonner, prier pour nos ennemis ; et alors, nous serons signes du Royaume de Dieu, signes d’Espérance dans un monde désespéré par le mal. J’en suis sûr : si je fais le bien, si je pardonne à un seul ennemi, c’est déjà la victoire du Seigneur sur la haine et le péché !

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Sixième dimanche du Temps Ordinaire — La paix intérieure

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux ». Quand Il parle de notre manière de vivre, Jésus place la barre très haut ! Aujourd’hui, cela nous choquerait un peu : c’est comme si nous L’entendions dire : « Si vous n’êtes pas meilleurs que les autres (les honnêtes gens, nos voisins…), alors vous ne serez pas sauvés ». C’est difficile à admettre : est-ce que vraiment nous sommes meilleurs ? Est-ce que les disciples du Christ, aujourd’hui, font davantage de bien que les autres ? Si nous regardons les Saints anciens et contemporains, nous pouvons tout de même répondre (timidement) par l’affirmative : comment Mère Teresa, saint Vincent de Paul, saint Jean Bosco et tant d’autres, ont-ils pu être aussi dévoués, aussi généreux, sinon par l’Amour qui vient du Christ ? Non, les Saints ne se sont pas contentés d’être des gens honnêtes et sympas : ils ont tout donné par amour, parce qu’ils avaient reçu l’Amour du Seigneur. Leur « justice » a largement dépassé celle des gens normaux.

Bien sûr, tout le monde n’est pas Mère Teresa… mais les paroles de Jésus, elles, sont pour tout le monde. Nous avons à « dépasser la justice » des gens normaux, non pas nécessairement en faisant des choses extraordinaires, mais en faisant les choses simples avec un vrai amour, une vraie sincérité. Ce que nous dit Jésus, c’est surtout que notre attitude intérieure doit être entièrement juste : il ne suffit pas de “ne pas tuer notre voisin”, ou de “ne ne pas tromper mon conjoint”, pour faire le bien ! La tentation des « gens honnêtes » qui veulent garder une bonne apparence, c’est de ne rien faire de mal extérieurement, et de croire que cela s’arrête là. Mais on sait bien qu’on peut faire de belles choses sans amour ; on peut avoir beaucoup de dévouement, simplement pour se faire admirer – ou pour s’admirer soi-même, en se disant : « Je suis tout de même quelqu’un de bien, car je fais ceci et cela ». Les pharisiens auxquels Jésus fait des reproches, étaient des gens irréprochables : ils faisaient tout ce qu’il y avait à faire dans la Loi de Moïse, et ils étaient contents d’eux-mêmes : cela les autorisait à juger sévèrement les autres…
Être disciple de Jésus, c’est donc autre chose que simplement bien se comporter. Jésus n’est pas venu nous apprendre la politesse, mais Il est venu pour ouvrir notre cœur à la présence de l’Esprit saint. Or, un cœur qui est encore dans la haine, dans la rancune ou dans la convoitise – même si cela ne se voit pas de l’extérieur –, c’est un cœur qui ne peut pas être habité par l’Esprit de Dieu ! Être chrétien, c’est vivre en profondeur dans l’Amour de Dieu et des frères ; c’est refuser résolument la malveillance, c’est choisir de tout son cœur le pardon, la douceur et l’accueil. Il s’agit de « vaincre le mal par le bien », comme l’écrit saint Paul (Rm 12,21), par une attitude profondément juste et par l’accueil de l’Esprit saint. Comme nous l’a dit le Sage dans la première lecture, « le Seigneur voit tout » : dans l’Esprit saint, rien n’est caché de nos bonnes pensées et de nos mauvaises intentions.

Si Jésus nous donne ces commandements – qui peuvent nous sembler difficiles à première vue ! –, c’est d’abord parce qu’Il veut que nous soyons dans la paix intérieure. Et on n’a pas la paix du cœur, tant qu’on garde encore des rancunes et des haines. Par exemple, le Seigneur juge sévèrement ceux qui se mettent en colère : pourquoi ? Parce que Jésus n’hésite pas à affirmer que la colère est un premier pas vers le meurtre ! Être « en colère contre son frère », c’est déjà refuser la présence de ce frère, et donc entrer dans une logique de haine… qui n’est pas fondamentalement différente du meurtre. Ce qui doit nous guider, c’est le souci d’une attitude intérieure qui exprime pleinement l’Amour de Dieu ; une attitude qui commence par la prière, par l’accueil de la Parole de Dieu, et qui se continue par l’amour donné autour de nous.

Le vrai sens de l’Évangile est celui d’une conversion du cœur. Ce qui compte, c’est ce qui se passe dans notre cœur, puisque le Seigneur souhaite habiter en nous et nous donner la vraie joie. Il ne nous est pas demandé de faire de grandes choses, mais simplement d’être dans la Vérité, d’agir en Vérité, de faire la Vérité. Avoir une attitude extérieure de gentillesse tout en méprisant les autres, ce serait le mensonge que dénonce Jésus : nous avons au contraire à être entièrement unifiés dans l’Esprit saint : ne pas avoir deux personnalités, ni être hypocrites. Jésus dit encore : « Que votre parole soit ‘oui’ si c’est ‘oui’, ‘non’ si c’est ‘non’ » : apprenons comme Lui, par la force de l’Esprit saint, à être entièrement transparents. Nous pourrons avoir des relations vraies avec nos frères, dire sincèrement « oui », seulement si notre cœur vit intérieurement de l’Amour du Seigneur.

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Présentation du Seigneur au Temple — Une Lumière qui se révèle peu à peu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette fête.

« Voici le Seigneur qui vient dans son Temple », avait prophétisé Malachie ; et voici que cette prophétie s’accomplit, quarante jours après Noël, par la venue de Jésus dans le Temple de Jérusalem. Comme nous l’avons entendu, c’était une prescription de la Loi de Moïse : tous les parents devaient aller à Jérusalem, et présenter leur premier enfant au Seigneur. C’est un beau geste des parents qui reconnaissent que la vie est un don de Dieu, et nous pouvons nous en souvenir ! Mais dans le cas de Jésus, cet événement a une autre dimension : le Fils de Dieu revient vers son Temple pour signifier que le nouveau Temple, désormais, c’est Lui, Jésus. Les deux personnes qui L’accueillent, Syméon et Anne, sont toutes deux âgées, ce qui montre qu’elles attendaient depuis longtemps cette venue du Messie. Syméon et Anne habitent le Temple de Dieu, et pourtant ils attendent Quelqu’un… Ils attendent la lumière du Seigneur, cette lumière que Syméon acclame : « Mes yeux ont vu le salut, la lumière qui se révèle aux nations ».

Pour accueillir cette lumière de Dieu dans notre vie, il s’agit d’abord d’en avoir le désir. Syméon n’aurait pas expérimenté cette joie immense, s’il n’avait pas d’abord passé de longues années à désirer la venue du Seigneur. Attendre le Seigneur, c’est se préparer à Lui ouvrir notre cœur quand Il viendra ; c’est exposer notre vie à sa présence ; c’est faire entièrement confiance à son Amour. Lorsque la Lumière vient, c’est toute notre existence qui est illuminée, si nous en avons le désir. Mais nous connaissons aussi une tentation bien fréquente : laisser une partie de notre vie hors de la présence de Dieu. Telle ou telle chose (la vie affective, ou la vie professionnelle…), nous pensons qu’elle ne regarde pas vraiment le Seigneur ; alors nous laissons ces éléments dans l’ombre, en essayant de ne pas trop attirer l’attention dessus ! Et finalement, nous nous enfermons sur nous-mêmes : car seule la lumière du Seigneur nous permet de faire la vérité sur notre vie.
Être dans l’attitude de Syméon, c’est être dans une parfaite transparence devant la lumière de Dieu. Il vient nous sauver, mais nous ne savons pas comment ; nous ne connaissons pas par avance les signes qu’Il nous donnera. Tout au long de ses années d’attente du Messie, Syméon s’est préparé ; et quand le Seigneur est venu vers lui, il L’a reconnu. Si nous aussi nous Le désirons de tout notre cœur, si par avance nous Lui ouvrons notre cœur, alors nous Le reconnaîtrons à sa présence.

Mais bien sûr, nous savons bien que la vocation de Syméon est exceptionnelle : tout le monde n’a pas la chance de rencontrer le Seigneur subitement, face à face ! Cela évoque la deuxième dimension de cette lumière du Seigneur : elle se montre à nous petit à petit. Notre désir du Seigneur n’est pas assouvi “d’un seul coup”, mais progressivement. Dans toute l’histoire biblique, Dieu se révèle à son peuple par étapes, avec pédagogie ; car Il sait bien que les hommes ne sont pas encore prêts à Le rencontrer. Il donne sa Parole (Il Se fait connaître) au fil du temps, génération après génération, par Noé, Abraham, Moïse, et tant d’autres qui progressent dans la connaissance du Seigneur. C’est dans l’Histoire des hommes que Dieu se manifeste, en conduisant les événements. Il ne donne pas la Bible toute faite, en nous disant : « Voici ma Parole, débrouillez-vous ! » ; mais sans cesse, patiemment, Il nous guide vers Lui. Et c’est cette patience qu’a expérimentée Syméon, quand enfin, après des siècles d’attente, il a rencontré le Sauveur.
Si donc nous désirons de tout notre cœur voir la lumière du Seigneur, alors nous aussi, nous pourrons la recevoir. Il vient dans le monde, nous a dit la Lettre aux Hébreux, « semblable à ses frères », pour enlever les ténèbres de nos cœurs et nous réconcilier avec Dieu. Il vient nous apporter la lumière, mais cette lumière est tellement intense qu’il nous faut du temps pour nous y habituer ! Malgré notre désir de Le connaître, de recevoir son Amour, là encore nous avons besoin de patience pour nous convertir vraiment. Même si nous sommes baptisés, croyants, même si nous prions, il ne faut pas nous étonner si parfois nous avons l’impression de ne pas progresser dans notre foi… C’est le Seigneur qui agit dans notre cœur, et Il le fait à sa propre vitesse. Tout ce qui nous est demandé, c’est de vouloir L’accueillir dans notre vie.

Voici donc que le Seigneur vient dans son Temple – dans le temple de notre cœur – pour apporter la vraie lumière. Laissons-Le nous illuminer ! Il ne demande pas grand-chose : simplement que nous ayons la volonté de ne rien Lui cacher, pour que patiemment, tout au long de notre vie, Il nous prépare à l’Amour éternel.

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Troisième dimanche du Temps Ordinaire — Une Parole vivante et vraie qui entre en dialogue

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Dans les ténèbres, une grande lumière s’est levée » : cette lumière, c’est Jésus Lui-même qui apporte au monde la présence de Dieu. Jésus est la Parole de Dieu, le « Verbe » comme le dit aussi l’Évangile selon saint Jean. Il nous dit qui est Dieu, Il nous transmet la Bonne Nouvelle, Il nous sauve des ténèbres. Sans Jésus, sans la Parole de Dieu qui nous éclaire, nous serions effectivement dans l’obscurité : nous ne saurions pas quel est le sens de notre vie, ni la signification du monde qui nous entoure. Le « peuple qui marchait dans les ténèbres », comme l’a décrit le prophète Isaïe, c’est bien nous, les hommes… jusqu’à ce que le Seigneur nous éclaire.

En ce dimanche, nous suivons donc la proposition du Pape François de privilégier la Parole de Dieu comme un don extraordinaire ; et nous essayons de faire en sorte que cette Parole nous soit plus proche, plus familière, que nous vivions d’elle. Elle est la Lumière que le Seigneur nous donne jour après jour pour nous sortir de nos ténèbres ; et nous avons à l’accueillir, à en faire notre nourriture spirituelle.
La Parole de Dieu, c’est d’abord Dieu qui prend l’initiative de s’adresser à nous. C’est Lui qui est Amour, c’est Lui qui veut entrer dans une relation d’amour avec chaque créature : c’est pourquoi Il propose sans cesse son Amour. Et Il le fait en dialoguant avec nous à travers sa Parole. Le dialogue, bien évidemment, passe toujours par la parole ! Sans parole il n’y a aucune relation : comment une famille pourrait-elle vivre ensemble, comment pourrait-on avoir des amis, sans échanger des paroles ? Le premier exemple de parole que le Seigneur nous montre, c’est le magnifique récit de la Création du monde. Dieu crée, Dieu donne l’existence, par sa Parole. « Que la lumière soit… Que la terre produise des êtres vivants… » ; cette Parole est puissante, créatrice, elle accomplit ce qu’elle dit. À travers la Création, Dieu entre déjà en dialogue avec tous les êtres vivants.

Ce dialogue continue à travers toute l’histoire. Car la Parole de Dieu est une parole qui se propose, et qui ne s’impose pas. Elle n’impose pas des lois et des décrets, mais elle veut entrer dans le dialogue ; elle attend une réponse. La Parole de Dieu est humble, elle vient nous toucher au cœur et nous demander une réponse. Pensons à l’épisode de l’annonce faite à Marie : la Parole de Dieu se propose à Marie, et Marie, librement, va accueillir en elle cette Parole pour engendrer le Fils de Dieu. C’est une Parole humble, une Parole qui écoute, mais aussi une Parole puissante parce qu’elle réalise ce qu’elle promet.
Mais aussi, la Parole de Dieu est une parole de Vérité. Et c’est peut-être la dimension la plus importante dans notre monde, car nous savons bien à quel point nous avons du mal à faire confiance à la parole des hommes. La parole a été utilisée (encore récemment) pour mentir, pour convaincre à tout prix, pour soulever des foules, pour entraîner au mal et à la haine… Oui, on peut utiliser la parole pour des fausses promesses, pour la séduction, pour le mensonge. Mais la Parole de Dieu, elle, n’est que Vérité ; elle ne cherche pas à convaincre (ni à se faire élire !), elle n’utilise pas d’artifices ni d’effets de manches, elle propose tout simplement l’Amour de Dieu aux hommes. Elle ne divise pas (cf. deuxième lecture, la division des Corinthiens), car c’est le mensonge qui divise : la Parole de Dieu fait l’unité des croyants dans la recherche de la Vérité.

Dans l’Évangile, nous voyons donc en œuvre la puissance de la Parole de Dieu : Jésus enseigne, proclame la Bonne Nouvelle, et guérit les malades. L’annonce de la Bonne Nouvelle et les guérisons, c’est finalement la même chose : car la Parole créatrice et puissante agit de la même manière, en transmettant le message et la force de l’Évangile. La Parole de Dieu, c’est la présence de Jésus Lui-même, venu nous donner la Victoire du Seigneur : « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande Lumière », et cette Lumière, c’est Jésus.
Alors comment pouvons-nous vivre à notre tour de cette Parole de Dieu ? Dans notre vie quotidienne, nous savons la puissance de la parole entre nous : que ce soit une parole bienveillante, un dialogue (et même des mots d’amour), qui donnent du bonheur ; ou inversement, la menace, la calomnie, le mensonge, qui blessent les cœurs. La Parole de Dieu est encore infiniment plus puissante, et nous avons à la recevoir et à en vivre. En Église, en communauté, ou encore chez nous dans nos Bibles… cette Parole nous est toujours proposée, elle attend que nous ouvrions nos cœurs à sa lumière. Le Seigneur veut que nous ayons sa Parole sur nos lèvres, qu’elle nous accompagne, et que notre parole se calque sur sa Parole : ainsi nous serons nous aussi, porteurs de Vérité et d’amour.

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Deuxième dimanche du Temps Ordinaire — Celui qui montre Jésus au monde

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

En ce début d’année, le Seigneur nous appelle de manière plus insistante à la conversion. Que sera cette année pour nous et pour le monde ? Qu’allons-nous vivre : des joies, des peines ? Est-ce que nous voulons qu’au cours de cette année, notre vie ait un sens, une direction ; ou bien allons-nous nous laisser guider par les événements ? Il y a des résolutions à prendre : les fameuses « bonnes résolutions » du début d’année ! Parmi ces résolutions, il s’agit de choisir d’écouter le Seigneur ; de faire en sorte que notre foi soit vivante. Car le Seigneur nous attend, chaque jour de cette année, pour nous donner le vrai bonheur. Ne passons pas à côté de cet appel de Dieu !

Pour nous aider, nous retrouvons cette grande figure qui nous a déjà accompagnés au cours de l’Avent : la figure de Jean le Baptiste. Sa mission consiste à désigner Jésus, à Le montrer aux hommes. C’est pour cela que Jean Baptiste est si actuel : aujourd’hui comme hier, les hommes ont besoin qu’on leur montre Jésus, car Il est la seule raison de garder l’Espérance au milieu d’une vie parfois difficile. Jean désigne donc Jésus comme l’Agneau de Dieu (c’est-à-dire la “douceur” de Dieu), celui qui enlève le péché du monde ; et il Le désigne encore comme le Fils de Dieu.
En nous mettant à l’école de Jean Baptiste, nous pouvons nous aussi nous demander : qui est Jésus pour nous ? Est-ce que cela signifie quelque chose, de dire qu’Il est l’Agneau de Dieu et le Fils de Dieu ? Pour beaucoup de nos contemporains, des gens autour de nous, Jésus est certes un homme sympathique, une sorte de prophète ou de sage qui a vécu voici deux mille ans… mais y a-t-il quelque chose de plus ? Est-ce que ce Jésus a une place dans notre vie quotidienne ? Est-ce que nous Le prions, est-ce que nous nous sentons proches de Lui, de Marie sa mère, de tous les Saints ? Est-ce que Jésus ne serait pas une sorte de personnage important, qu’on invite aux grands événements (naissances, mariages…), mais qu’on n’ose pas trop déranger le reste du temps ? Est-ce que la présence de Jésus ne serait pas finalement une sorte de tradition familiale assez vide… car finalement, si l’on n’écoute pas la voix de Jean Baptiste et la voix de l’Église, on ne sait plus vraiment qui est Jésus. Et si l’on ne connaît pas Jésus, alors évidemment on ne peut pas non plus Le prier.

Il me semble donc qu’à travers ces lectures que nous avons entendues, le Seigneur nous propose de revenir à l’essentiel de notre foi pour cette année : nous recentrer sur cette Personne de Jésus, le Christ, qui est notre Sauveur. Il s’agit d’écouter la voix de Jean le Baptiste qui nous montre Jésus ; il s’agit plus largement d’écouter la Parole de Dieu quand elle nous est proposée, c’est-à-dire surtout le dimanche avec l’assemblée chrétienne ; Dieu nous parle pour nous dire qui Il est, et pour nous dire quel est son Amour pour nous. Nous l’avons entendu dans la bouche du prophète Isaïe, qui s’émerveille de comprendre à quel point il est aimé par le Seigneur : « C’est lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère ; j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur ». Si nous ne prenons pas l’habitude d’écouter fréquemment la voix de Dieu, nous ne saurons pas à quel point nous avons « de la valeur aux yeux du Seigneur » ! Chaque dimanche, Dieu nous envoie son Fils pour nous parler, nous sanctifier, nous sauver, nous rassembler, faire de nous un seul corps. Dans l’Église, nous apprenons donc aussi que nous avons de la valeur les uns pour les autres – et dans ce monde parfois si dur, nous en avons vraiment besoin !

Alors, si nous écoutons Jean le Baptiste, qui est vraiment Jésus ? Il est d’abord le Fils de Dieu : c’est-à-dire Celui qui rend Dieu présent dans notre monde, Celui qui nous fait devenir enfants de Dieu, et qui nous promet de ne jamais nous abandonner. Jésus est ensuite l’Agneau de Dieu, c’est-à-dire dans le langage biblique, la douceur de Dieu. Il est Celui qui vient au milieu de l’indifférence et du mensonge, pour nous donner la douceur de la Vérité. Et puis encore, dit Jean Baptiste, Jésus est Celui qui enlève le péché du monde ; Il n’a pas seulement “effacé le péché” avec une gomme, mais Il a porté sur Lui notre péché. Il nous aime tellement, qu’Il porte nos péchés sur la Croix !

En ce début d’année, si nous voulons que notre foi soit vivante, retrouvons donc la présence de Jésus dans notre vie, Celui qui nous est montré par Jean Baptiste. Que Jésus ne soit pas pour nous un inconnu ni quelqu’un d’éloigné ; mais accueillons-Le dans notre cœur (par la prière), dans notre vie, dans notre famille. L’Agneau de Dieu, la douceur de l’Amour de Dieu, fait de nous des enfants de Dieu !

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Épiphanie — La rencontre que tous les hommes désirent

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

L’Épiphanie, dans le langage de la Bible, c’est la manifestation du Seigneur aux hommes, particulièrement dans sa dimension universelle. Jésus, né à Bethléem, n’avait été vu que de quelques bergers et des personnes qui étaient là : pour l’instant, c’était donc seulement le peuple d’Israël qui avait rencontré le Messie. Il fallait encore que les Mages, et à travers eux le monde entier – dans la variété de ses peuples et de ses coutumes – rencontre le Sauveur de tous les hommes. Jésus est venu pour nous tous, quelles que soient notre race, notre culture, notre civilisation : car tout homme est appelé à accueillir Jésus comme Sauveur.

Il vient donc pour se manifester aux hommes, pour se révéler à ceux qui L’attendent. L’Épiphanie est un Mystère de Révélation ; mais en fait, le Mystère de la Révélation traverse la Bible tout entière. Depuis le début (même avant le péché), Dieu voulait se révéler aux hommes, et Il n’a jamais cessé de se révéler. Il ne veut pas nous révéler seulement des “choses à savoir” : quel est le sens de la vie, que devenons-nous après la mort, comment faut-il se comporter… Il ne vient pas uniquement répondre à nos questions et à notre curiosité. Il va beaucoup plus loin : Il vient nous dire qui Il est Lui-même : Il vient Se dire à nous. Et toute notre vie est transformée, car il s’agit désormais de répondre à cette Parole qu’Il nous adresse. C’est Dieu qui est au centre : vivre dans la foi, c’est se positionner par rapport à Lui. La vraie conversion n’est pas de suivre une morale ou des lois : c’est accueillir Quelqu’un et Le suivre.
C’est pour cela que cette fête de l’Épiphanie a une importance particulière : parce qu’elle est la manifestation de Quelqu’un. Celui que les Mages sont venus voir (même s’ils ne le savaient pas avant de Le rencontrer), ce n’est pas un sage, ni un professeur, ni un penseur qui aurait pu les émerveiller par son savoir… C’est tout simplement une Personne, dans la simplicité de l’enfance, qui vient pour nous sauver ; et cette Personne appelle une rencontre et un dialogue. C’est finalement cela, la grande nouveauté de la foi en Jésus-Christ : que ce soit d’abord une rencontre à faire. Croire en Jésus, cela ne consiste pas d’abord à “faire des choses”, à connaître une science ou une sagesse particulière : être chrétien, c’est venir voir Jésus, Le rencontrer, s’agenouiller devant Lui comme les Mages n’ont pas hésité à le faire, Le prier et dialoguer avec Lui.

Oui, c’est bien cette rencontre qui est au cœur de la célébration d’aujourd’hui, au cœur de toute notre vie ; cette rencontre qu’attendent tous les hommes de toutes les nations (même sans le savoir). Si nous sommes chrétiens, c’est parce que nous avons fait cette rencontre, et parce que nous avons le désir d’aider nos frères, à leur tour, à faire cette rencontre. L’erreur principale sur la foi chrétienne, c’est souvent de faire de la foi un système de pensée, une morale ; ou encore une coutume, une tradition familiale (« Nous sommes une famille chrétienne, nos enfants seront baptisés… mais nous ne prions jamais ! »). Il s’agit de retrouver, avec les Mages, le sens de notre foi, c’est-à-dire de nous placer devant le Seigneur et de nouer un dialogue avec Lui.

Mais ce que nous apprend aussi l’événement de l’Épiphanie, c’est qu’une rencontre peut être refusée. On ne refuse pas un système philosophique : on l’argumente, on trouve des points d’accords ou des divergences… En revanche, une rencontre nous oblige à choisir : on doit l’accueillir ou la refuser. L’attitude du roi Hérode, qui est « bouleversé » à l’idée qu’un roi puisse venir lui faire concurrence, nous montre un exemple de refus de la rencontre. Jésus s’est fait tout petit, humble, vulnérable, justement pour laisser à chacun la liberté de L’accueillir ou de Le rejeter ; la liberté de L’aimer ou de refuser son Amour ; la liberté de Le rencontrer (comme les Mages) ou de L’exclure (comme Hérode). Ce n’est qu’en Jésus que l’homme peut trouver le véritable sens de sa vie ; mais cela suppose une rencontre et une conversion. Jésus ne s’impose pas à nous, Il nous attend : comme autrefois à Bethléem Il a attendu les Mages. Et si nous prenons la peine de nous tourner vers Lui, de quitter notre confort (comme les Mages) pour prendre la route vers Jésus, alors Il se montrera à nous ; et comme nous le dit l’Évangile, à la vue de Jésus, l’homme ressent « une très grande joie » !

En ce jour de l’Épiphanie, prions donc pour que tous les hommes fassent l’effort de rencontrer le Seigneur ; qu’ils ne s’arrêtent pas aux apparences, aux rites, aux coutumes, à une vague spiritualité ou à une morale… mais qu’ils aillent jusqu’à Bethléem, où Jésus les attend personnellement. À Noël, Dieu est venu librement vers nous pour nous sauver : à nous de répondre librement, et de faire concrètement la rencontre du Seigneur !

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Fête de la sainte Famille — Être responsables les uns des autres

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Dans ce passage de l’Évangile selon saint Matthieu, il s’agit surtout de saint Joseph. C’est lui qui conduit la famille de Nazareth, il est (au sens noble et ancien) le « chef de famille » ; il prend les décisions, il prend des risques pour lui et pour les deux trésors qui lui sont confiés, Jésus et Marie. Il fait ce qu’il a à faire, et il le fait toujours dans l’écoute de la voix du Seigneur : on est même étonné de sa docilité à suivre ce que l’ange du Seigneur lui prescrit : « Lève-toi, fais ceci ou cela »… Et à chaque fois, Joseph se lève et part pour accomplir sa mission. « Se lever », c’est un geste de dynamisme : Joseph est un homme de décision, un homme qui ne s’attache pas à son petit confort, un homme qui voit où est son devoir (sans avoir besoin d’en discuter : on n’entend jamais Joseph parler !). Et lorsque l’ange du Seigneur ne lui dit rien d’explicite, il prend lui-même ses décisions : au retour d’Égypte, lorsque le tyran Archélaüs règne sur la Judée, Joseph a encore la sagesse de trouver un endroit tranquille pour la famille dont il a la charge. Il allie l’écoute du Seigneur à l’intelligence humaine ; au sens biblique, Joseph est un homme sage !

Joseph prend donc au sérieux la responsabilité qui est la sienne. Il est responsable d’une famille, et il comprend que son rôle essentiel est de prendre soin de cette famille bien particulière. Joseph n’a pas vraiment choisi ce qui lui arrive : Jésus n’est pas son fils, sa relation avec Marie n’est pas celle qu’il attendait… Mais il a conscience que le Seigneur lui a confié une mission unique. La sainte Famille, pour Joseph, c’est le lieu de la responsabilité. Par son exemple, il nous apprend à être responsables les uns des autres comme lui-même l’a été de Jésus et Marie. C’est d’ailleurs aussi ce que nous dit saint Paul tout à l’heure : soyez responsables les uns des autres, en vous encourageant mutuellement, en étant soumis les uns aux autres, en accomplissant nos devoirs les uns envers les autres : femme, mari, enfants.
La famille est donc le lieu de la responsabilité mutuelle, et c’est ce qui la rend si unique et nécessaire. À notre époque, tout le monde déplore l’individualisme qui règne : on dirait que chacun ne pense qu’à son propre intérêt. On en voit de nombreux exemples dans les incivilités, les signes de sans-gêne et d’égoïsme… Mais qu’est-ce qui peut nous aider à lutter contre l’individualisme ? Eh bien justement, le noyau irremplaçable de la famille : car dans une famille, on n’est pas uniquement responsable de soi-même, mais on est responsable des autres membres de la famille. On ne pense pas d’abord à son propre intérêt, à son propre plaisir, mais au bien des autres. On ne grandit pas dans le milieu familial en revendiquant des “droits”, mais bien davantage en ayant conscience de nos devoirs les uns envers les autres. Entre parents, enfants, frères et sœurs, on apprend à penser d’abord aux autres, et à accomplir nos devoirs envers eux : les grands envers les petits, les petits envers les grands… chacun à sa place.

C’est dans l’éducation que chacun apprend à être responsable des autres. Naître, c’est venir au monde comme quelqu’un d’entièrement égoïste : le nouveau-né ne pense qu’à lui-même et à sa survie (ce qui est normal). Mais peu à peu, en grandissant, l’enfant prend en compte l’entourage, l’amour fraternel, le don mutuel. S’il a la chance de trouver la foi dans sa famille, il comprend aussi que la source de tout amour vient du Seigneur. Mais si un enfant grandit avec la conscience que tout lui est dû, qu’il est le centre de l’univers (« enfant-roi »), alors il aura beaucoup plus de difficultés à parvenir à un véritable altruisme. C’est dans la communauté familiale qu’on reçoit cette conviction de la valeur de chacun, de l’importance de l’expérience (et donc du respect des générations précédentes, cf. première lecture), du respect dû aux plus faibles ; bref, de tout ce qui fait l’harmonie d’une société humaine. On apprend à recevoir la vie, l’Amour de Dieu ; on apprend à remercier pour ce qui est donné, on apprend la logique du don et de l’amour, de la gratuité et de la reconnaissance.

Tout cela, la sainte Famille nous l’apprend de manière encore plus claire : car pour aimer, il faut reconnaître que tout vient de Dieu. Or Joseph et Marie ont bien compris que cet Enfant venait directement de Dieu ; et cela n’a pas été facile à admettre ! car c’était un bouleversement de tous leurs projets. Mais ils ont accepté de se laisser “déposséder”, comme toute famille apprend à ne pas être propriétaire de ses dons. Si nous reconnaissons que nous nous devons tout les uns aux autres, et surtout que nous devons tout au don du Seigneur, alors comme saint Joseph, nous pouvons être disponibles au projet de Dieu. L’important n’est pas de se faire plaisir à soi-même, mais d’assumer notre mission dans la communauté familiale : le chemin particulier de sainteté dans la famille, c’est de nous savoir responsables les uns des autres.

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Nuit de Noël — Le Prince de la Paix

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette Nuit très sainte.

Nous voici dans cette Nuit de Noël ! Nuit en même temps si paisible, si sainte, et si extraordinaire. Dans le calme de la nuit de Bethléem, sans que les hommes en aient vraiment conscience, il se passe l’événement le plus incroyable de toute l’histoire de l’humanité. Dans les ténèbres d’un pays en guerre, sous un régime d’occupation tyrannique, soudain apparaît la Lumière de Dieu. Le prophète Isaïe nous l’avait bien annoncé : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». Dans cette prophétie d’Isaïe, nous avons tous les éléments de la naissance du Christ : un enfant nous est né, Il est le « Prince de la paix », et la paix sera « sans fin pour le règne de David ».

La fête de Noël est bien la fête de la libération des hommes. Toutes les blessures, toutes les tragédies (les « manteaux couverts de sang » dont parle Isaïe), tout cela est terminé. La guerre et les luttes fratricides sont vaincues, puisque ce Roi qui vient est le Prince de la paix. Nous aspirons tous à la paix ; et l’événement de cette Nuit nous apporte cette paix éternelle que Dieu seul peut donner. D’ailleurs, les traditions ne s’y trompent pas : depuis que l’on fête Noël dans les pays de chrétienté, cette fête a toujours été synonyme de paix, de trêve, d’entente, de cessation des combats (on en a même fait un film il y a quinze ans, à propos de la Grande Guerre et de la trêve de Noël).
Noël est la fête de la paix : la fête où l’on reprend conscience (même au milieu des conflits qui paraissent insolubles) que l’Espérance de la paix est toujours possible. Si l’on prend au sérieux ce que nous dit saint Paul (deuxième lecture), on comprend le sens de cette célébration : « la grâce de Dieu s’est manifestée… elle nous apprend à vivre de manière raisonnable, avec justice et piété ». Il s’agit de renoncer aux convoitises, à l’orgueil ; de rejeter de notre cœur l’ambition déraisonnable, la démesure, l’égoïsme, les conflits, pour retrouver la paix intérieure. Et vivre intérieurement dans la paix, c’est être facteur de paix dans son environnement.

Si nous méditons le récit de l’Évangile de cette Nuit de Noël, nous voyons d’abord que cette paix apportée par le Seigneur n’est pas très bien acceptée. « Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » : le Prince de la paix ne sera pas accueilli comme un prince ! Pourtant, Il vient tout de même pour nous sauver. Et quel est le signe de sa venue ? L’ange du Seigneur l’annonce aux bergers : « Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». C’est quelque chose de tout simple, et pourtant c’est ce qui change tout. Le signe de l’intervention de Dieu dans ce monde, le signe de l’irruption du Prince de la paix, est un signe discret : ce n’est qu’un enfant innocent et pauvre, qui doit naître dans une étable parce qu’on n’a pas de place pour lui.
Il est important de nous redire la valeur de ce signe, peut-être en se risquant à le comparer aux « signes » des autres traditions religieuses. Le signe de Dieu pour nous, ce n’est pas une série de victoires militaires contre les infidèles. Ce n’est pas non plus un maître spirituel qui apprend à méditer pour se détacher du monde matériel. Le signe de Dieu, c’est tout simplement, au plus profond de notre expérience humaine, la naissance d’un enfant humble, un enfant qui tend ses bras vers ses parents et qui attend d’être aimé. Le Fils de Dieu qui porte en Lui la Gloire divine devient le modèle de tout homme ; et il se montre dans la pauvreté, l’innocence, et même apparemment l’impuissance. Mais pour nous, c’est dans cette apparence si simple et inoffensive que se trouve la vraie Victoire sur le mal, la victoire de la paix et de l’amour sur la haine et la guerre.

Nous chrétiens, nous avons donc toujours ce modèle devant les yeux. Cela n’empêche pas que nous soyons pécheurs, et que certains chrétiens depuis deux mille ans n’aient pas été eux-mêmes des artisans de paix… Mais comme croyants, nous pouvons revenir chaque année à Bethléem pour y trouver notre modèle et notre source de paix.
L’Évangile a façonné notre manière d’être depuis le premier Noël. Constamment, depuis les chrétiens de l’Empire romain jusqu’aux chrétiens d’Orient aujourd’hui, les Églises ont dû faire face à la persécution ; et constamment, la réponse des disciples du Christ a été une réponse de pardon et de paix. Plus nos frères chrétiens sont tourmentés, aujourd’hui comme hier, plus ils se souviennent que le Sauveur Lui-même a été rejeté ; et plus ils expérimentent que la réponse n’est pas dans la vengeance, mais dans la miséricorde. Parce que le premier signe donné par Dieu – cet enfant dans une mangeoire – a été un signe de paix et d’amour, nous pouvons être certains que c’est ainsi que nous avons à vivre. Ce qui sauve le monde depuis Bethléem, c’est le témoignage donné par les baptisés : comme le Seigneur, le Prince de la paix, est né par amour au cœur d’une nuit paisible, notre seule arme, à nous chrétiens, c’est l’Évangile de la paix.

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Troisième dimanche de l'Avent — Plus grands que Jean Baptiste !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Nous sommes dans la joie de l’attente de Noël, joie qui se fait plus proche : joie exprimée par la couleur un peu spéciale de la liturgie de ce troisième dimanche. Dans une dizaine de jours, nous serons à Bethléem, devant la modeste étable où est né le Sauveur ; et pendant un instant, nous oublierons nos morosités, nos insatisfactions, pour avoir la joie de nous tenir là, simplement, devant Lui. Nous sentons cette joie déjà présente ; mais finalement, d’où vient-elle, cette joie ? Pourquoi la naissance de cet enfant est-elle particulière ? Évidemment, on s’émerveille toujours devant un enfant, devant une promesse de vie… mais après tout, il y a des centaines de naissances autour de nous ! Alors qu’est-ce qu’il y a de différent pour cette naissance particulière ? En quoi ce petit bébé nous concerne-t-il, nous, vingt siècles plus tard, alors que tant de choses ont changé depuis l’époque de l’Évangile ? D’où vient la joie toute spéciale de Noël ?

Si nous voulons comprendre la joie de Noël, il nous faut faire un détour par la figure du grand prophète qui vient l’annoncer : Jean le Baptiste. C’est non seulement un grand prophète, mais selon Jésus, il est « le plus grand des enfants des femmes ». De fait, nous admirons sa foi, son courage, sa fidélité ; il appelle tous les hommes à se convertir, il se moque des riches et des puissants, il annonce la venue du Messie ; il quitte tout pour partir dans le désert, habillé d’une peau de chameau, il se nourrit de sauterelles… Un homme étonnant ! C’est bien « le plus grand » des prophètes. Et pourtant, nous le voyons aussi – et c’est surprenant – qui finit par douter : une fois jeté en prison, il fait demander à Jésus si finalement, c’est bien lui le Messie. Sa foi si forte semble chanceler… Et c’est un signe pour nous : les gens extraordinaires, eux aussi, peuvent avoir des moments de faiblesse, des passages de leur vie où leurs forces semblent les abandonner. Si nous-mêmes nous ne comptons que sur nos propres qualités, un jour nécessairement nous ressentirons notre faiblesse, comme Jean le Baptiste.
La joie de Noël vient donc de quelque chose de nouveau, de différent : la nouveauté de Jésus qui nous fait entrer dans le royaume des Cieux. Jean Baptiste est un homme immense, mais, nous a dit Jésus, « le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui ». Jean était venu annoncer la venue du Fils de Dieu parmi les hommes. C’est Dieu Lui-même qui vient pour être présent dans notre monde : alors le monde ne peut qu’être transformé par cette présence ! C’est de là que vient notre joie : de la transformation du monde, de la nouveauté du royaume. La grâce de Dieu nous est donnée, et cette grâce nous rend « plus grands que Jean le Baptiste ». Nous n’avons plus à compter sur notre propre courage, sur notre propre foi, et nous n’avons plus à souffrir de nos faiblesses et de nos tristesses comme Jean : désormais c’est la présence de Jésus qui habite en nous.

Ce que nous montre Jean le Baptiste, c’est donc en même temps la force d’une foi extraordinaire, et les limites de cette foi. Nous-mêmes, nous pouvons croire en Dieu ; mais si notre cœur n’est pas transformé en profondeur par la présence de Jésus, notre foi ne nous conduira pas très loin. Nous ne pouvons pas compter que sur nous-mêmes, car nous serons comme Jean dans sa prison, tristes et désespérés, dans les ténèbres du doute. Mais le Seigneur va venir à Noël et illuminer le monde : Il nous fait entrer dans son royaume, où tout est renouvelé ! Et notre foi elle-même sera renouvelée.
La vraie foi en Jésus, la foi qui transforme notre vie et fait de nous des frères de Jésus, nous l’avons reçue au jour de notre baptême [cf. baptême d’aujourd’hui]. Être disciple de Jésus par le baptême, c’est déjà être entré dans le royaume des Cieux avec Jésus. Et le Seigneur nous redit : le plus petit dans le royaume des Cieux, est plus grand que Jean le Baptiste. Le plus petit des baptisés est plus grand que Jean ; le petit bébé que l’on baptise, devient subitement plus grand que le plus grand des prophètes ! C’est cela le don extraordinaire qui nous renouvelle. Bien sûr, pour ce qui est du courage et de la force, nous n’arrivons pas à la cheville de Jean Baptiste ; mais par la grâce de Dieu reçue au baptême, nous dépassons tout ce qu’on peut imaginer.

En venant à Noël, le Seigneur va rendre possible ce qui est impossible : de manière imagée (Isaïe), l’aveugle se mettra à voir et le boiteux sautera de joie. Nous vivrons enfin comme nous le désirons vraiment, dans une Communauté où règne l’amour de Dieu. La joie de Noël viendra de cette certitude : le Fils de Dieu s’est fait tout petit pour nous rejoindre, que nous soyons grands ou petits, forts ou faibles ! Oui, cette naissance de Jésus sera bien différente de toutes les autres naissances : car elle nous rendra grands pour vivre avec Lui dans le royaume des Cieux.

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Deuxième dimanche de l'Avent — Il nous donnera ce que nous attendons !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Depuis une semaine, nous voici désormais bien entrés dans le temps de l’Avent : temps de préparation, temps de vigilance, temps de prière. Pour cette période courte mais si importante, l’Église nous donne deux compagnons de voyage qui nous conduiront jusqu’à Noël (si nous les écoutons !), deux prophètes séparés par huit siècles : le prophète Isaïe, et Jean Baptiste le précurseur du Christ. Ce sont deux hommes qui nous touchent surtout par la force de leur foi. Nous qui avons parfois du mal à garder la foi, ils nous donnent un magnifique exemple : ils ont gardé la foi au milieu des épreuves, ils ont attendu la venue du Seigneur et n’ont jamais désespéré. Isaïe a attendu la conversion du peuple d’Israël, à une période où les infidélités des Israélites allaient entraîner la perte du Royaume (invasion des Assyriens). Il a attendu Celui qui rétablirait pleinement le Royaume, un royaume de paix où le loup, l’agneau et le serpent pourraient cohabiter. Quant à Jean le Baptiste, il a attendu le Messie promis, il L’a annoncé et montré aux hommes.

Ces deux prophètes ont espéré, attendu le Seigneur. Ils nous montrent tous deux ce que signifie l’attente de l’Avent : attendre, c’est être tourné vers Celui qui va venir ; c’est ne se laisser distraire par rien d’autre, dans la hâte, l’espérance de sa venue. Pensons aux attentes que nous vivons quotidiennement : quand on attend le médecin, quand on attend le train (et qu’on est déjà en retard…), on ne pense qu’à cela. On est tourné vers le bonheur qui va arriver, même si c’est un bonheur d’un moment. Attendre le Seigneur en ce temps de l’Avent, c’est être tourné vers un bonheur immense, infini, éternel, celui de rencontrer le Sauveur !
Ce temps de l’Avent est donc un temps de conversion, comme le dit Jean Baptiste dans le désert. Ce n’est pas aussi intense que le Carême, nous ne prenons peut-être pas autant conscience du péché ; mais l’Avent est tout de même un moment pour retrouver nos priorités, pour remettre les choses dans l’ordre. Face à la proximité de la fête de Noël (qui sera un signe de pauvreté, et malheureusement aussi une fête trop matérielle), quel est le vrai sens de notre vie ? Et plus encore, qu’est-ce qui prend trop d’importance, et de quoi avons-nous besoin d’être délivrés ? Nous attendons le Sauveur ; alors avons-nous le désir d’être sauvés ? Et de quoi ?
Il s’agit de comprendre ce qui, dans notre vie, nous empêche d’avancer comme nous le voudrions. Il y a des mauvaises habitudes, des disputes, des blessures, qui nous freinent (même si souvent, nous avons de la peine à nous l’avouer à nous-mêmes). Le vrai bonheur, c’est de remettre tout cela entre les mains du Seigneur, car Il a la force de nous en délivrer. Le Sauveur qui viendra à Noël, viendra nous sauver personnellement ; et dès maintenant, nous espérons sa venue et nous Le prions de nous libérer.

Comme Isaïe, comme Jean le Baptiste, nous avons donc à présenter nos attentes au Seigneur qui va venir. Il nous donnera ce que nous attendons ! Si nous n’attendons rien du Seigneur, si nous n’avons pas besoin de Lui, Il ne nous donnera rien. Si je pense que je n’ai pas besoin d’être sauvé, si à Noël je n’attends que les cadeaux, alors j’aurai peut-être les cadeaux… mais Noël ne sera que cela ; et ma tristesse, mon désespoir, mes angoisses, seront toujours là. Jésus vient parmi nous comme un médecin pour nous guérir : il s’agit de Le prier, de Lui présenter nos douleurs, nos difficultés, et Il les guérira. Si le malade n’a pas le courage de dire où il a mal, le médecin repart et rien n’a changé. Ce serait bien triste si à Noël, le Christ venait parmi nous, et repartait parce que personne ne L’a accueilli !
Le prophète Isaïe annonce : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ». Vivre cette attente joyeuse de l’Avent, c’est préparer la route : c’est reconnaître les obstacles qu’il y a sur cette route entre Dieu et moi, et sur tous les chemins qui nous relient à nos frères. Sur ces chemins, le plus grand obstacle est souvent notre égoïsme, notre indifférence : nous pouvons vivre comme si le Seigneur n’était pas là, et “régler les affaires courantes” sans regarder vers Jésus qui vient. Mais si nous attendons de Lui un plus grand amour, Il nous donnera ce que nous demandons.

« Aplanissez les chemins vers le Seigneur » en accueillant sa présence dans nos vies, en « nous accueillant les uns les autres », comme nous l’a dit saint Paul. Rejetons l’indifférence, levons les yeux vers Lui, tournons-nous vers sa venue. Si nous voulons accueillir les promesses de Noël, à nous de vivre dès maintenant dans l’attente joyeuse de Jésus qui vient. La joie de Noël commence aujourd’hui !

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Fête du Christ-Roi — Le Royaume du Christ est une Communauté

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette fête.

Aujourd’hui nous célébrons le Christ Roi de l’Univers, et de manière étonnante, l’Évangile qui nous est proposé nous parle de la crucifixion de Jésus. Sur sa croix, Jésus est entouré de malfaiteurs condamnés à mort : curieux voisinage pour un roi ! C’est que ce roi, nous le savons bien, n’est pas un roi comme les autres. Il ne règne pas par son autorité ou par ses lois, mais Il règne uniquement par l’Amour. Et notre foi en Jésus ne repose pas sur des victoires de guerre, mais sur le don de son Amour et sur sa Résurrection. C’est pour cela qu’Il règne, et c’est pour cela que nous souhaitons la venue de son règne d’Amour et de paix.

Autour de Jésus, il n’y a pas que les malfaiteurs et les légionnaires romains : il y a aussi son peuple, qui est au pied de la Croix (et qui pour l’instant ne comprend pas). Nous aussi, nous formons ce peuple de Dieu, racheté par le Sang du Christ ; et comme Jésus est notre roi, nous sommes la communauté, le Royaume de Jésus. C’est Lui qui nous rassemble autour de sa Croix. Mais cela nous pose une vraie question quant à notre manière de vivre. Sommes-nous bien unis par la Croix du Christ ? Sommes-nous vraiment une communauté, l’Église, le peuple de Dieu ? Le vrai défi des chrétiens dans le monde actuel, c’est de former une communauté. Accueillir le Christ comme notre roi n’est pas seulement une affaire individuelle, mais c’est une décision de famille, un choix d’Église.
Si nous voulons que Jésus règne sur nous, il nous faut accepter le caractère communautaire de notre foi. Et cela nous engage, peut-être plus encore que nous ne croyons. Car dire à Jésus : « Tu es mon roi », c’est très beau ; mais cela me conduit aussi à appartenir à la même famille que tous ceux qui ont la même foi. Et aimer Jésus, c’est facile ; mais aimer nos frères, avec leurs travers et leurs défauts, c’est plus difficile ! Fêter le Christ-Roi nous amène donc nécessairement à nous considérer comme membres d’une même famille, d’un même Royaume, d’un même peuple. Le règne du Christ – ce règne promis au malfaiteur repentant – est un règne d’Amour et de paix, et il ne viendra que si nous l’accueillons ensemble.

Notre foi est donc en même temps personnelle, car chacun choisit librement d’être disciple de Jésus ; et en même temps communautaire, car le Seigneur parle à son peuple. Dans le Christ, nous parvenons à un merveilleux équilibre entre le « je » et le « nous », qui nous préserve de l’égoïsme et de l’individualisme. Il est vrai que le Seigneur nous a aimés personnellement : saint Paul peut écrire : « Je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2,20). Pour moi, personnellement ; mais pas pour moi, égoïstement ! Car ensemble, nous formons le peuple sauvé par le Seigneur, l’Église dont nous sommes les membres et dont Jésus est la Tête (cf. 2e lecture).
Or aujourd’hui, si tout le monde se plaint de l’individualisme (de l’égoïsme, du sans-gêne…), quelles sont les causes de tout cela ? Pourquoi y a-t-il tant de gens qui ne pensent qu’à eux ? Peut-être justement parce qu’on perd la conscience d’être le peuple de Dieu. À vrai dire, on perd la conscience d’être un peuple, tout court : car ce qui compte par-dessus tout, c’est de pouvoir assouvir ses désirs individuels, sans tenir compte des conséquences de ses actes. Le critère unique, c’est de se faire plaisir, de s’épanouir… même si cela rend les autres malheureux.
Dans notre Église, nous ne sommes pas préservés de cette tentation. Avons-nous déjà réfléchi à la manière souvent individualiste que nous avons de vivre en chrétiens ? Prenons l’exemple (essentiel pour notre foi) de la Messe dominicale. Un jeune couple que j’ai rencontré me disait récemment que l’individualisme, certes, ce n’était pas bien… mais qu’ils ne voyaient pas l’intérêt de venir prier avec les autres le dimanche ! Or la messe du dimanche, c’est justement le critère de notre foi vécue en commun. La messe, ce n’est pas un lieu pour faire ses dévotions privées, ni pour prier dans le silence d’un monastère (sinon on récrimine contre les voisins qui chantent faux et les bébés qui pleurent…), mais c’est le lieu pour se sentir membre d’un peuple, tournés ensemble dans la même direction : vers le Christ notre Roi. Il s’agit de laisser de côté son individualisme, pour ajouter sa voix à l’immense chant de louange du Peuple de Dieu. Même si notre orgueil personnel doit en souffrir, nous sommes une toute petite partie de ce Peuple, qui s’étend depuis deux mille ans sur toute la face de la terre ! Il y a une très grande joie à se reconnaître petit, membre d’une Communauté ; unique devant Dieu, mais pas seul. Tant que nous n’aurions pas ressenti profondément cette joie, nous serons toujours tentés par l’individualisme de notre époque.

Oui, si nous voulons que Jésus soit notre Roi, et si nous voulons que la charité règne en nous, nous avons à éprouver le sens de notre Communauté, de notre Église, « pour que tout soit enfin réconcilié sur la terre et dans le ciel » !

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Trente-troisième dimanche du Temps Ordinaire — Travailler dans l'Espérance

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

On ne peut pas dire que les paroles de Jésus soient vraiment très encourageantes pour notre avenir… Déjà le prophète Malachie nous a décrit un jour « brûlant comme la fournaise » (première lecture), et par-dessus le marché, Jésus nous parle de catastrophes, d’épidémies, de guerres et de séismes. Ce qui correspond d’ailleurs assez bien aux films à grand spectacle qui attirent nos contemporains ! Décrire une catastrophe à venir, c’est sans doute un moyen de mieux apprécier le présent : la paix et la fraternité qui nous réunissent, en ce jour d’amitié et de rassemblement.

À travers ces images et ces récits, Jésus ne cherche évidemment pas à nous faire peur. Nous ne savons pas comment le monde va finir, mais nous croyons d’abord au Royaume de Dieu et à la victoire du Seigneur sur le mal et la mort : si nous gardons la foi, nous ne devons pas être effrayés. En réalité, Jésus veut surtout nous transmettre une vérité importante à propos du monde : il n’est pas éternel. Le monde aura une fin. Et cette vérité que Jésus nous enseigne, nous avons besoin de l’entendre. Nous avons besoin de comprendre que nous sommes en chemin vers Dieu, et que ce chemin est transitoire : cela doit nous aider à remettre chaque chose à sa place dans notre vie. Nous devons faire attention à ne pas considérer comme absolu, éternel, ce qui ne l’est pas ; et nous avons besoin de remettre les priorités là où elles sont vraiment.
Tout au long de la Bible, le Seigneur avertit son peuple de la grande menace de l’idolâtrie. Le peuple d’Israël, environné de peuples païens polythéistes, aura toujours la tentation des idoles, c’est-à-dire de rendre un culte à ce qui n’est pas Dieu : le soleil, la lune, la mer, les fleuves, les éléments naturels. Le soleil et la lune sont beaux, tout cela a une grande valeur, mais ils ne sont pas Dieu : Dieu seul peut être adoré. Aujourd’hui, la tentation a changé mais elle existe toujours. Les choses de la terre, comme l’argent, le pouvoir, le travail, la technique, le plaisir, sont de bonnes choses en soi ; mais elles peuvent prendre la place de Dieu dans le cœur des hommes. C’est pour cela que Jésus nous fait ce rappel en utilisant des images radicales : catastrophes, guerres et désordres. Il veut nous redire que Dieu seul est éternel, et que la Création est là pour nous aider à cheminer vers Dieu. Tout est beau et grand, mais tout est créé par le Seigneur qui nous appelle à Lui rendre grâces, L’aimer et Le prier. Cela ne trouve son sens que par Dieu.

Nous, chrétiens, nous vivons dans ce monde avec tous les hommes ; et nous nous rappelons aussi que nous allons vers Dieu. Si nous voulons vivre pleinement notre foi, notre position sera nécessairement un peu inconfortable, entre les préoccupations du monde et le souci d’avancer vers la Vie éternelle. Tout à l’heure, saint Paul rappelait aux Thessaloniciens la valeur du travail quotidien : « Travaillez dans le calme pour manger le pain que vous aurez gagné… Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ! ». C’est vrai, et saint Paul se l’est appliqué à lui-même ; mais il croyait aussi à la Vie éternelle. Nous accomplissons notre travail quotidien, mais nous ne mettons pas en lui tout notre espoir, car lui non plus n’est pas un dieu. Tout en vivant « comme tout le monde », nous levons les yeux vers l’Espérance qui nous est promise, celle de l’Éternité.
Jésus a voulu partager notre vie, et Lui aussi a travaillé (comme saint Joseph). Tout ce qu’Il a fait, Il l’a fait par amour de son Père. Il n’a pas consacré toute sa vie à son métier de charpentier, Il n’a pas « tout donné pour sa réussite professionnelle » (comme on dit aujourd’hui), mais Il a orienté son activité vers la Gloire de Dieu. De la même manière, ce que nous faisons, nous pouvons le faire pour la Gloire de Dieu. En reconnaissant la beauté de ce qui nous entoure, l’importance du travail, notre regard est dirigé vers Celui qui donne son sens à notre vie. Et si nous travaillons pour la Gloire de Dieu, nous pourrons aussi témoigner de l’Évangile par toute notre vie ; car nos frères, eux aussi, ont besoin de lever les yeux au-dessus des occupations de chaque jour, pour se mettre en route vers le Seigneur.

Nous, disciples du Christ, nous avons donc la mission de sanctifier le monde par notre manière de vivre jour après jour. En particulier, rappelons-nous la valeur du dimanche : ce simple jour, dans notre semaine, nous empêche de faire notre seule loi du travail, du profit, de l’argent. En priant le Seigneur, en écoutant sa Parole, nous retrouvons notre vraie dignité d’enfants de Dieu. Le dimanche nous rappelle que le temps passe, que le monde finira un jour… mais que nous sommes en chemin vers le Seigneur !

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Toussaint — Le bonheur d'être appelé à la sainteté

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce grand jour.

La fête de la Toussaint nous rappelle que nous sommes tous appelés à être saints. Aujourd’hui, non seulement nous honorons tous les Saints : ceux dont nous portons les noms, ceux que nous prions souvent, et même ceux que nous ne connaissons pas (et que Dieu connaît !) ; mais encore, nous nous souvenons que la sainteté est notre vocation à tous. Dans les lettres de saint Paul, le mot Saint est synonyme du mot baptisé (Rm 1,7 ; Ep 1,1 etc.) : à partir du moment où nous sommes baptisés, nous avons reçu en nous le premier germe de la sainteté. Et ceux qui nous ont quittés, pour lesquels nous prierons demain, ont aussi porté en eux cet appel à la sainteté. Avec la grâce de l’Esprit saint, ils ont pu faire grandir cet appel, comme nous essayons de le faire : peut-être sont-ils déjà saints !

Comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, cette fête nous rappelle que la sainteté est d’abord un bonheur. Jésus répète huit fois : « Heureux ! ». Notre première réaction, c’est de penser que le vrai bonheur est le bonheur éternel de voir Dieu, bonheur que les Saints vivent pour l’éternité. En effet, dans notre cœur il y a ce désir de rencontrer le Seigneur, de vivre éternellement dans l’Amour avec nos frères. C’est notre vocation à tous, c’est notre désir et c’est pour cela que nous sommes créés : retrouver un bonheur qui ne soit plus brisé par les deuils, les tristesses, les péchés. Nous avons à garder sans cesse devant les yeux cette Espérance de bonheur éternel.
Mais trop souvent, on considère que le bonheur promis par Dieu n’est pas pour maintenant, qu’il est réservé à l’avenir ; et pire encore, on pense que ce bonheur « se paie » par des difficultés pendant la vie présente. Plus on souffrirait maintenant, et plus on aurait la joie éternelle ! D’ailleurs, c’est une manière dont on pourrait comprendre les paroles de Jésus : on a l’impression qu’il nous dit : « Heureux êtes-vous si vous êtes très malheureux maintenant, vous serez très heureux après votre mort ». Tout cela n’est pas très attirant, si la foi en Jésus se résume à cela : on comprend qu’on n’ait pas très envie de connaître Dieu, et qu’on laisse la sainteté aux grands Saints du calendrier…

En réalité, la sainteté est bien pour nous, pour chacun de nous ; parce que la sainteté est effectivement une recherche de bonheur. Être saint, c’est être heureux dès maintenant, en préparant le bonheur éternel. Il s’agit bien de chercher le bonheur, mais pas n’importe quel bonheur : un vrai bonheur, un bonheur qui commence aujourd’hui et qui ne passera jamais. C’est pour cela que Jésus nous donne des chemins de bonheur qui sont parfois étonnants : « Heureux ceux qui pleurent… », parce qu’il s’agit d’une recherche de bonheur qui n’est pas une recherche de facilité. Le bonheur de la sainteté n’est pas dans le plaisir de la richesse et du confort, mais il est dans la vérité et la justice. Et donc, en cherchant à être pleinement heureux, la présence du Dieu d’amour nous est nécessaire : on ne peut pas chercher le bonheur si on se coupe de la source de l’amour et de la vérité.

Une fois qu’on a décidé de chercher à être saint, le reste n’est pas difficile ! Car chercher le vrai bonheur, c’est à la portée de tout le monde. Il ne nous est rien demandé d’extraordinaire, mais simplement d’être là où nous sommes, comme dit Jésus, « doux, miséricordieux, artisan de paix ». Être saint, c’est accomplir pleinement, naturellement, notre vocation : pas nécessairement partir au désert, donner tous ses biens ou quitter sa famille, mais faire ce que nous avons à faire dans le bonheur de la présence de Dieu. Saint Jean nous disait tout à l’heure : « Nous sommes appelés enfants de Dieu, et nous le sommes… Cela n’apparaît pas tout de suite, mais nous sommes tout de même enfants de Dieu ! ». Nous pouvons donc vivre dans ce monde en enfants de Dieu ; et agir chaque jour en enfants de Dieu. Si nous sommes à l’école ou au lycée, nous pouvons étudier, travailler, progresser en sagesse et en intelligence, tout cela pour l’amour de Dieu ! Si nous avons une activité professionnelle, nous pouvons faire de notre travail une offrande au Seigneur. Et même si nous sommes retraités, nous pouvons encore partager la sagesse des années, être « artisans de paix » là où nous sommes, être présents à ceux qui sont seuls…

Oui, tout dans notre vie peut être chemin de sainteté, si nous vivons en présence du Seigneur. Les Saints que nous honorons aujourd’hui n’ont pas tous été extraordinaires, mais ils ont tous vécu pleinement leur vie. Par leur foi, ils ont été plus humains, plus miséricordieux, ils ont eu le cœur pur, ils ont été heureux. Accomplir en plénitude notre humanité, être là où le Seigneur nous veut, c’est cela la sainteté ; et c’est cela le vrai bonheur.

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Vingt-neuvième dimanche du Temps Ordinaire — Prier sans cesse !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Toujours prier sans jamais se décourager » : voilà ce à quoi Jésus nous invite à travers cette parabole. Toujours prier, c’est une attitude que Jésus Lui-même a mise en œuvre ; et saint Paul recommande la même chose aux Thessaloniciens : « Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance » (1Th 5,16). Prier, c’est une manière d’être, un comportement qui exprime la foi qui nous habite. Si notre foi est vivante, active, alors la prière fait pleinement partie de notre vie car nous sommes sans cesse en présence du Seigneur ; mais si notre foi s’affaiblit, alors la première conséquence sera la perte de la prière. Or c’est une question qui nous est sans cesse posée, comme le dit Jésus en conclusion : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? ».

D’abord, nous ne devons pas hésiter, dans la prière, à demander à Dieu ce qu’il nous faut. C’est le sens de la parabole que nous venons d’entendre : notre désir de justice, nos souhaits pour le monde et nous-mêmes, nous devons les faire connaître au Seigneur, même de manière insistante. « Crier vers Lui jour et nuit » comme le recommande Jésus, c’est une attitude qui paraît exagérée ; mais en fait cela traduit notre confiance en Dieu. Oui, « jour et nuit » nous avons absolument besoin de Lui ! même dans les petites circonstances de la vie quotidienne. Rien ne peut échapper à son Amour, à sa Puissance ; et nous avons à prendre l’habitude de Lui confier tout ce que nous vivons, notre existence quotidienne. Même les petites choses, même une rencontre, un rendez-vous, des retrouvailles, un examen, un travail, un entretien… il s’agit de garder cette attitude de prière, c’est-à-dire de confiance envers Dieu qui conduit le monde. Avec l’aide de nos frères, nous pouvons garder les « bras levés » comme Moïse dans la première lecture : si nous avons sans cesse la présence du Seigneur dans notre vie, nous verrons qu’Il agit et qu’Il prend soin de nous.

Mais bien sûr, la prière ne peut pas consister uniquement à demander des choses au Seigneur : une relation d’amour doit avoir un caractère de gratuité ! On ne va pas voir ses proches seulement quand on a besoin d’argent, et les enfants n’embrassent pas leur maman juste pour avoir du chocolat… La prière que nous recommande Jésus est d’abord un dialogue d’amour. Et nous devons toujours garder à l’esprit la même question de Jésus : « Trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Avons-nous assez de foi pour dialoguer gratuitement avec Dieu ?
Ce dialogue avec le Seigneur est inscrit dans notre nature : notre cœur a soif de Dieu. Et pourtant, il est étonnant de voir que beaucoup de nos frères prient rarement. Comment peut-on vivre sans ressentir cette présence de Dieu ? Comment pourrait-on trouver en soi, dans la solitude, le sens de notre vie, sans nous mettre sous le regard de Celui qui nous crée ? Comment pourrait-on trouver une direction profonde, si nous restons à la superficie et à l’apparence des choses ? Le Seigneur désire notre prière : non pas parce qu’Il a besoin de nous, mais tout simplement parce que sans Lui, nous ne vivons pas vraiment : nous survivons, nous tenons de jour en jour sans savoir vraiment où nous allons.

Pourtant, nous savons bien que la prière n’est pas toujours facile. Comment prier ? C’est une question qu’on pose souvent aux religieux, aux prêtres, et même à tout chrétien. La prière chrétienne est tout à fait particulière, car justement elle ne vient pas de nous : elle vient de l’Esprit saint, qui nous a été donné lors de notre baptême. Nous ne sommes pas “seuls face à Dieu”, comme s’il fallait parler à Dieu avec nos propres mots. En nous il y a déjà la présence du Seigneur, la présence de l’Esprit saint qui prie en nous. Nous entrons au cœur de la Trinité par la prière : l’Esprit nous inspire la vraie prière au Père, et nous fait ressembler à Jésus. C’est vrai que « nous ne savons pas prier comme il faut » ! (Rm 8,26) Tout seuls, il nous est impossible de prier. Mais le Seigneur veut nous faire entrer dans la communion entre le Père, le Fils, le Saint-Esprit, pour que notre prière devienne aussi naturelle qu’une respiration.

Alors, que nous ayons ou pas des choses à demander au Seigneur, que nous ayons le temps ou pas, écoutons Jésus qui nous dit de « toujours prier sans jamais nous décourager ». L’enjeu, c’est d’avoir une vie intérieure, de dépasser les apparences pour retrouver la profondeur de notre âme. Si notre prière est vivante, alors notre amour sera actif, notre générosité sera empressée, notre sagesse sera grande. Le monde n’a pas besoin de consommateurs ni de téléspectateurs : le monde a besoin de personnes qui prient.

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Vingt-sixième dimanche du Temps Ordinaire — S'ouvrir à « l'Autre »

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

C’est une étrange histoire que Jésus nous raconte ici. Il s’agit de deux hommes, un riche et un pauvre ; puis de leur mort et du jugement qu’ils subissent l’un et l’autre. Dans un langage très clair, le Seigneur affirme que l’un des deux, Lazare, est au Paradis (« auprès d’Abraham »), et que l’autre, le riche égoïste, est en Enfer (« en proie à la torture, à une souffrance terrible dans la fournaise »). On ne s’attend pas à ce que Jésus donne de telles précisions ; d’autant qu’on sait bien qu’Il est venu pour nous sauver, qu’Il fait de nous des enfants de Dieu… et donc qu’« on ira tous au Paradis » !

Pourtant, le Seigneur n’hésite pas à décrire une telle scène, pour nous rappeler que nous sommes libres de choisir le bien ou le mal ; que notre vie a la direction que nous lui donnons ; et que, effectivement, il y a un jugement qui met en lumière notre comportement. Ce n’est pas pour nous effrayer que le Seigneur nous parle ainsi, mais pour nous appeler à nous convertir ! Et nous convertir en profondeur. Ne pas nous contenter de nous dire que nous sommes vaguement chrétiens de père en fils, mais accueillir en vérité l’Évangile dans notre vie. L’enjeu, d’après le récit de Jésus, c’est d’être dans l’Amour de Dieu (avec Abraham et tous les saints), ou bien au contraire d’être pour toujours dans la souffrance du regret éternel.
Le choix que nous faisons d’être disciples du Seigneur, évidemment, doit se traduire dans notre comportement. On ne vit pas de la même manière si l’on connaît l’Amour de Dieu, ou si l’on n’en a rien à faire ! Saint Paul, tout à l’heure, écrivait à son ami Timothée que sa vie devait être une réponse à l’appel du Seigneur : « Garde le commandement du Seigneur, témoigne de ta foi, comme Jésus Lui-même a témoigné devant Ponce Pilate ». Ce comportement de disciples de Jésus doit toucher toute notre vie, tous les domaines de notre vie, comme Jésus Lui-même qui annonçait l’Évangile à tous les hommes et dans toutes les circonstances. C’est parfois à des moments inattendus que le Seigneur nous appelle à nous convertir…

Pour le dire brièvement, ce chemin de conversion est un chemin d’ouverture. Ceux qui dans l’Évangile refusent le message de Jésus, sont ceux qui se ferment sur eux-mêmes, sur leur conception personnelle de Dieu, sur leur égoïsme, sur leur refus de changer leur cœur. Et derrière un refus du Seigneur, il y a toujours un refus de s’ouvrir. Il s’agit d’ouverture à l’autre, à ce qui vient me déranger dans mon confort et mon égoïsme.
1/ D’abord, l’Autre, c’est Dieu : c’est à Dieu que nous avons à nous ouvrir, car c’est Lui qui est la source de tout Amour ; et si nous ne recevons par l’Amour de Dieu, nous ne savons pas aimer. Il nous aime, nous crée, nous porte, nous sauve ; Il nous parle sans cesse, comme le dit Abraham dans la parabole : « Ils ont Moïse et les prophètes : qu’ils les écoutent ! ». La pire des fermetures, c’est de vivre comme si Dieu n’avait rien à nous dire, comme si le Fils de Dieu n’était pas venu nous sauver.
2/ Ensuite, comme le raconte la parabole, autour de nous il y a des hommes, des compagnons, des frères, des pauvres, qui sont « faits à l’image de Dieu » comme le dit la Genèse, et qui ont besoin de nous. Dans la parabole, l’homme riche n’a rien fait de mal au pauvre Lazare… Il s’est contenté de l’ignorer, il est resté fermé sur son indifférence. Si nous oublions Dieu, nous risquons fortement d’oublier l’« image de Dieu » : oublier toutes ces personnes que le Seigneur nous donne comme signes de sa présence.
3/ Et puis, j’ajouterai aussi, de manière plus actuelle car un autre égoïsme nous menace (surtout les jeunes) : il s’agit de nous ouvrir à ceux qui nous ont faits ce que nous sommes. Ceux qui nous précèdent, ceux qui nous ont donné la vie, l’éducation, le langage, la culture. Ne soyons pas des ingrats ! Nous avons la tentation de croire que nous nous créons nous-mêmes, et qu’avant nous il n’y avait pas grand-chose… et nous nous fermons ainsi sur nous-mêmes. Être ouverts, c’est aussi remercier pour tout ce que nous devons. Même le riche, un peu tardivement, pense à ses frères et à sa famille !

Le Seigneur nous invite donc à nous ouvrir aux signes qu’Il nous envoie, et qui sont toujours inattendus. Derrière tout égoïsme, il y a la fermeture à l’imprévu, à Dieu et aux autres. Pour le riche de la parabole, Lazare était un signe, qu’il a refusé de voir. Mais ce n’était pas le seul signe : il y avait d’abord « Moïse et les prophètes », cette Parole de Dieu qu’il avait déjà refusé d’entendre. Si nous fermons notre cœur, rien ne pourra nous toucher, ni Dieu ni les pauvres (même pas la résurrection d’un homme !) ; mais avec la force de l’Esprit saint, l’Évangile pourra venir transformer notre vie.

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Vingt-quatrième dimanche du Temps Ordinaire — La Miséricorde de Dieu à la recherche de l'homme

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jésus fait bon accueil aux pécheurs, Il parle avec eux, Il mange avec eux ; alors que ce sont des gens qu’Il devrait éviter, s’Il était vraiment le Messie ! Tout au long de l’Évangile, les hommes sont surpris par cette attitude constante de Jésus : se faire proche de ceux qui semblent loin de Dieu. Cette attitude, dans la tradition biblique, porte un nom : c’est la Miséricorde (c’est-à-dire, dans l’origine du terme, se pencher vers la misère du cœur de l’homme). Jésus témoigne de la Miséricorde d’une manière entièrement nouvelle, et cela surprend, choque son entourage ; non seulement Il montre la Miséricorde de Dieu, mais Il l’explique en utilisant les paraboles bien connues : celle de la brebis perdue, celle de la pièce d’argent (et encore celle du fils prodigue que nous lisons souvent).

Dans l’Ancien Testament, Dieu montrait déjà sa Miséricorde envers le peuple qu’Il avait choisi. Tout au long de l’histoire d’Israël, à travers les prophètes, le Seigneur ne cessait de pardonner les infidélités. Nous l’avons entendu tout à l’heure : les Israélites ont construit une idole en or, ils ont oublié le Dieu qui les a libérés, ils auraient mérité un châtiment sévère. Mais Dieu renonce à la punition, Il maintient son Alliance, sa fidélité envers la descendance d’Abraham. Dieu se présente déjà comme Celui qui pardonne, le Dieu de Miséricorde.
Mais même cela était encore transitoire : le don total de la Miséricorde nous est donné avec la personne de Jésus. Désormais, la Miséricorde, ce n’est plus seulement une action ou une attitude : c’est Jésus Lui-même ! Il est la Miséricorde du Père, donnée aux hommes. Dieu a envoyé son Fils pour nous réconcilier, car Il ne se résout pas à ce que l’homme soit éloigné de Dieu. Il y a quelque chose de particulier dans ces deux paraboles (la brebis et la pièce d’argent) : c’est que dans les deux cas, le propriétaire ne peut pas accepter d’avoir perdu son bien. Quand nous perdons un objet, nous sommes ennuyés : nous cherchons (en priant saint Antoine de Padoue !), et puis parfois, on ne le retrouve pas : on abandonne les recherches. Mais pour Dieu, il n’en est pas de même. Lui, Il n’abandonne jamais, Il n’admet pas que l’homme soit perdu : parce que l’homme appartient à Dieu et qu’il ne peut pas tomber dans la soumission au Mal. C’est aussi cela la Miséricorde : c’est l’Amour porté à un tel point, que rien ne peut le briser. Dieu n’oublie jamais aucun homme, chacun de nous est aimé personnellement, infiniment précieux pour le Seigneur. Quand nous échappons au regard d’Amour de Dieu, Il se met à notre recherche jusqu’à ce qu’Il nous ait ramené à Lui.

Prendre conscience de la Miséricorde de Dieu, c’est donc aussi prendre conscience de notre péché, c’est-à-dire de la situation d’éloignement que nous vivons souvent, par rapport au seul Amour qui nous comble. Ce n’est pas facile de nous rendre compte que nous sommes parfois la centième brebis, et que le Seigneur nous cherche pour nous pardonner ! On peut imaginer que cette brebis, qui batifolait dans les champs, ne pensait plus tellement à son berger… et c’est aussi notre cas, lorsque nous oublions à quel point nous sommes aimés du Seigneur, et à quel point nous avons besoin de Lui pour vivre pleinement. Se rappeler que nous dépendons de Dieu seul, c’est parfois difficile.
Aujourd’hui, l’homme maîtrise tout l’univers, il domine le monde, il a une technologie presque infinie, il fait ce qu’il veut dans le monde, tout lui appartient… sauf justement, lui-même. La vérité de notre vie, de notre vocation, de notre éternité, ne dépend pas de nous, mais de Dieu. Et il n’est pas facile de reconnaître que nous dépendons de Quelqu’un d’autre ; ni de comprendre que la brebis perdue, qui se croit libre de faire comme elle veut, est en fait enfermée dans son individualisme, et privée de l’amour du berger.
Mais comme l’a dit saint Paul tout à l’heure, « le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » : Jésus qui est la Miséricorde, est envoyé par le Père pour nous remettre sur les chemins de la vie. Il veut nous réconcilier avec le Père, et en même temps nous réconcilier avec nous-mêmes. Ce que nous voyons dans l’Évangile, cette proximité avec les pécheurs (qui scandalise les pharisiens), c’est Jésus qui rend visible la Miséricorde du Père pour chaque homme.

Aujourd’hui, l’Esprit saint agit dans notre monde et rend toujours visible la Miséricorde du Père, sa sollicitude pour chacun de nous. Si nous reconnaissons, tout simplement, que nous avons besoin de retrouver le bon chemin, le Seigneur nous guidera. Lui qui nous a donné son Fils, Il ne peut pas nous abandonner : Il ne cesse de venir vers nous, de nous rechercher, et de se réjouir quand nous répondons à son Amour !

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Vingt-troisième dimanche du Temps Ordinaire — Faire nos projets dans le Seigneur

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

La vie est une suite de choix, de décisions que nous avons à prendre. En cette rentrée, en ce début d’année, c’est le moment de poser les orientations qui nous guideront tout au long de l’année. Quels choix ferons-nous cette année ? Quelles priorités aurons-nous, et qu’est-ce qui nous guidera ? Devant un bébé, on se demande avec un mélange d’inquiétude et d’espoir : « Que sera cette vie ? » : de même ces jours-ci, nous regardons notre calendrier avec un œil nouveau : que ferons-nous de cette année ? Lorsque arrivera l’été prochain, qu’est-ce qui aura changé dans notre vie ? Aurons-nous mûri, grandi en sagesse ? Nos projets se seront-ils réalisés ? Serons-nous plus heureux, plus proches du Seigneur ?

Il faut nous donner des priorités, car nous savons bien comme on le dit, qu’« on ne peut pas tout avoir » (ou encore : « le beurre et l’argent du beurre » !). C’est la sagesse humaine qui nous invite à discerner, à réfléchir aux conséquences de nos actes ; c’est d’ailleurs exactement ce que vient de nous dire Jésus, en parlant de “calculs préliminaires” quand il s’agit de bâtir une tour ou de partir en guerre : puis-je atteindre mon but ? Est-ce que je ne vais pas dépenser tout mon bien sans aucun résultat ?
Dans les choix qu’il s’agit de faire, le Seigneur nous oriente bien sûr vers le choix essentiel, qui ne remplace pas les autres choix, mais qui leur donne une nouvelle dimension. La première priorité qui change toute notre vie, c’est de choisir de vivre en présence de Dieu. Il ne s’agit pas seulement de « croire en Dieu », mais de Le laisser prendre sa place dans notre vie, nous éclairer ; et à sa lumière, pouvoir faire les autres choix. Prétendre être croyant mais laisser systématiquement le Seigneur au-dehors de nos décisions de vie, serait complètement incohérent. Ce qui donne tout son sens à notre vie, c’est la présence du Seigneur, car nous sommes faits à l’image de Dieu. Le seul modèle de vie que nous puissions avoir, c’est Jésus ; car Il est l’unique, le seul homme qui ait pleinement accompli sa vocation de Fils de Dieu.

Oui, le choix de ressembler à Jésus, d’être son ami et son disciple, de Le suivre et de L’imiter, donne une lumière nouvelle à notre vie. Il nous demande de « Le préférer » à tout le reste, mais cela ne veut pas dire qu’il y ait concurrence : « si j’aime Jésus, je ne peux pas aimer mes frères… » Bien au contraire, c’est une lumière qui se transmet. Le choix de suivre Jésus donne à mes relations humaines (père, mère, enfants) un nouveau relief. Et le fait d’aimer concrètement (par des actes, par des attentions…) les personnes autour de moi, me fait cheminer vers ma vocation à l’amour, et me rapproche de Dieu.
Choisir de suivre le Seigneur, de nous laisser éclairer par sa lumière, est donc la seule orientation qui puisse nous donner le vrai bonheur ; et c’est dans la confiance que nous faisons ce choix. À partir du moment où nous choisissons le Seigneur comme direction de notre vie, Il s’occupe de nous. Et ce choix, du coup, nous libère : car tous les autres projets peuvent être faits sereinement, en sachant que Dieu prend soin de nos vies. Sans le Seigneur, tout nous inquiète, car la vie est imprévisible ! Qui pourrait tout prévoir ? Qui pourrait savoir exactement ce qui arrivera, et comment répondre aux événements futurs ? Bien sûr, il s’agit de prévoir ce qui dépend de nous, et de ne pas construire une tour s’il est évident qu’on n’ira pas plus loin que le premier étage… Mais nous savons bien que chaque jour apporte quelque chose de nouveau ; et que nous ne connaissons pas l’avenir. Vouloir maîtriser l’avenir, c’est prétendre connaître les projets du Seigneur ; comme le disait le Livre de la Sagesse (première lecture) : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre ses volontés ? ».
Il est donc important d’être prévoyant, mais nous avons aussi à être ouverts à l’action de Dieu dans notre vie. Si nous faisons le choix de nous éclairer à sa lumière, le Seigneur veille sur nous et nous oriente. Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, nous remettons au Seigneur, dans le pain et le vin, tous nos projets, nos choix, nos activités, notre avenir. Et Il accueille, Il bénit, Il consacre tout cela. Tout choix fait sous le regard du Seigneur est une ouverture vers l’infini !

Comme la Vierge Marie, nous pouvons donc accueillir l’imprévu du Seigneur, et choisir librement de le suivre. Nos chemins ne seront sans doute pas ceux que nous aurons prévus – ils pourront même passer par la Croix –, mais ils nous conduiront dans la bonne direction. Au début de cette année, faisons simplement le choix essentiel : celui d’être disciples du Seigneur.

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Vingt-deuxième dimanche du Temps Ordinaire — La gratuité de notre relation à Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« À table, assieds-toi à telle et telle place ; n’invite pas telle ou telle personne ». Jésus a l’air de parler comme un père de famille qui rappelle la politesse à ses enfants : tiens-toi droit, parle aimablement, ne te sers pas avant les autres… On dirait bien une leçon de savoir-vivre. Qui ne serait pas inutile d’ailleurs, car la politesse est un acte de charité que nous devons à nos frères ; et chaque génération a sans doute besoin de se voir rappeler certaines règles de bienséance. Cependant, Jésus ne veut évidemment pas s’arrêter à la courtoisie des relations humaines ; Il est venu d’abord pour réconcilier l’homme avec Dieu, donc tous ses enseignements nous rappellent la sollicitude de notre Père, cet Amour infini qui nous sauve de la mort.

Justement, si nous lisons le chapitre de l’Évangile selon saint Luc (chapitre 14), d’où est extrait ce passage, nous constatons que tout nous y parle de la joie du Père qui nous invite à la Vie éternelle. Plus précisément, Jésus emploie plusieurs fois l’image d’un banquet ; Il parle d’invitations, de convives, de réponses, de partage (et dans le passage équivalent de saint Matthieu, nous lisons qu’il s’agit d’un père qui invite au repas de noces de son fils). La signification de tout cela est assez claire : le Seigneur nous appelle à un repas, un banquet éternel, une joie infinie. C’est évidemment une image, car la joie de la Vie éternelle ne sera pas celle d’un plaisir gastronomique ! Néanmoins, à travers cette belle image, il y a deux aspects essentiels et profonds de notre relation à Dieu. 1. D’abord, le Seigneur veut nous combler : comme on est rassasié lors d’un bon repas, notre cœur sera entièrement apaisé par le don du Seigneur ; dès maintenant, nous goûtons cette paix intérieure qui vient de l’Esprit saint. 2. Et ensuite, le Seigneur nous rassemble, comme lors d’un grand repas. Nous ne sommes pas faits pour être “heureux tout seuls”, mais pour nous réconcilier et partager, vivre ensemble sous le regard de Dieu comme la Lettre aux Hébreux nous le disait : « Vous êtes venus vers la ville du Dieu vivant, les anges en fête, l’assemblée des premiers-nés… ».

Le Seigneur nous comble, et Il nous rassemble : c’est donc ainsi que nous pouvons comprendre ces images de banquets, et notamment les paroles sur le choix des places : « Ne va pas t’installer à la première place ». Si nous sommes invités ensemble par Dieu, c’est par Amour gratuit : tout est Grâce, tout est don de Dieu entièrement gratuit. Ce n’est donc pas le moment de se mettre en avant ou de marcher sur les pieds des autres ! Le Seigneur a fait de nous ses enfants, par Amour. Il a envoyé son Fils parmi nous pour nous sauver : tout est fait par Amour gratuit. Nous avons tout reçu de Lui. Si nous avons la chance de connaître le Seigneur, de comprendre le sens de notre existence, c’est par sa grâce. Si nous avons la chance de vivre l’amour fraternel, c’est encore par sa grâce !
Notre relation avec le Seigneur doit donc être vécue sur le mode de la gratuité, et plus encore : de l’émerveillement. Dieu ne nous doit rien, Il n’est pas “obligé” de nous donner la Vie éternelle : Il le fait volontairement, parce qu’Il a choisi de nous créer et de nous aimer. Nous ne pouvons rien revendiquer : face à Lui nous ne sommes en aucun cas dans le “donnant-donnant” ! « Seigneur, j’ai été sympa, donne-moi ce que je Te demande – ou au contraire : le Seigneur ne m’a pas exaucé, je ne veux plus L’écouter ». Simplement, nous accueillons ses dons, nous Lui rendons grâce, nous Lui demandons pardon ; et aussi, avec confiance, nous Lui confions toutes nos prières.

Face au Seigneur, il est important d’entretenir cet état d’esprit de gratuité : et c’est aussi valable dans nos relations humaines. De nos jours, dans la vie quotidienne nous constatons un climat où l’on revendique sans cesse : c’est toujours : « moi, moi, moi, j’ai le droit… » (peut-être davantage chez les plus jeunes !). Ayons donc soin de témoigner nous aussi de la gratuité dans nos relations. Il s’agit de prendre conscience que nous avons tout reçu : pas seulement du Seigneur, mais aussi de nos proches, de ceux qui nous ont précédés. La culture, la langue, la famille, le logement, la nourriture : ce sont des cadeaux que nous devons au travail, à la persévérance de nos aïeux et de nos contemporains. Avons-nous assez de gratitude pour tous ces cadeaux ? Sommes-nous conscients d’être surtout des héritiers, et de pouvoir créer à notre tour sur ce que nous avons reçu ?
Devant le Seigneur comme devant nos frères, c’est finalement la même attitude dont Jésus nous parle : soit nous choisissons l’orgueil, la revendication, et cela nous conduit au rejet ; soit nous préférons l’accueil, la gratitude, l’humilité, qui permettent de construire vraiment, et qui nous mènent à la paix et l’amour. La sagesse que nous propose le Seigneur, c’est tout simplement… de savoir dire : « Merci ! ».

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Vingt-et-unième dimanche du Temps Ordinaire — Qui sera sauvé ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Qui sera sauvé ? Nous qui sommes chrétiens, qui croyons à la Vie éternelle, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous poser parfois cette question. Nous savons que notre vie finira, que nous rencontrerons un jour le Seigneur, et que comme Il nous le dit souvent, il y aura un jugement. Nous savons aussi que le mal existe, qu’il blesse les hommes, et que nous avons tous besoin d’être délivrés de ce mal. Alors, qui sera sauvé ? Et même, comme le demande quelqu’un à Jésus avec un peu de pessimisme : « n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? ». Dans l’histoire d’Israël, c’est un thème qui revient souvent par la voix des prophètes. Il y a peu de monde, un « petit reste » du peuple d’Israël qui sera délivré par l’Amour du Seigneur ; mais la grande majorité des hommes, des peuples païens, recevra la punition de Dieu pour ses péchés. Est-ce vrai ? Est-ce que Dieu réserve son salut pour une petite minorité des hommes ?

Cette question n’est pas superficielle, même si nous pouvons être étonnés de la manière dont elle est posée à Jésus. Connaître le Seigneur, c’est la source de joie la plus profonde, c’est la certitude que notre vie a un sens : qu’elle ne finit pas dans les ténèbres, mais que le mal est vaincu. La connaissance du Seigneur donne l’Espérance et l’amour, et débouche sur la Vie éternelle. Et pourtant, à notre époque, nous sommes entourés de personnes qui ne connaissent pas le Seigneur. Je ne juge pas : je constate. Nos contemporains dans leur immense majorité, se moquent complètement de la foi, de la présence de Dieu : ils ne prient jamais, et apparemment ils ont même oublié qu’ils ont une âme. L’Évangile n’est une référence pour personne, plus personne ne connaît la Parole de Dieu. Si vous participez parfois à un baptême, un mariage ou des obsèques, vous le savez bien : personne ne connaît, ne serait-ce que le Notre Père.
En dressant ce constat, encore une fois, il ne s’agit pas de juger, mais d’observer tout simplement la réalité de notre société actuelle. Et alors, la question de l’Évangile devient bien concrète : qui sera sauvé ? Celui qui ne prie pas, celui dont le cœur ne cherche pas Dieu ? Celui qui vit au jour le jour, qui cherche simplement à se faire plaisir ? Celui même qui peut être dévoué, généreux, mais qui compte sur ses propres forces et oublie Dieu qui donne la vie et l’amour ?

Oui, cette question du salut des hommes doit être pour nous une question brûlante, une question qui ne nous laisse pas en repos. Cependant, il ne suffit pas de poser la question sous l’angle du recensement, comme cet homme qui parle à Jésus en lui demandant le nombre des sauvés : il ne s’agit pas de faire des statistiques, mais de se laisser appeler à la conversion ! En ce dimanche, dans cette église, nous ne sommes pas venus pour nous demander si notre voisin ou notre belle-mère sera sauvée… mais pour nous laisser convertir par la Parole du Seigneur. Cette question doit nous brûler intérieurement, comme saint Dominique que nous fêtions récemment (le 8 août) : il ne priait pas pour demander qui serait sauvé, mais il passait ses nuits à implorer le Seigneur, comme ses frères l’ont rapporté : « Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? ».
Que les hommes connaissent le Seigneur et soient sauvés, c’est un Mystère auquel nous participons : cela nous concerne, car c’est notre Vie éternelle qui est en jeu. L’homme qui parle à Jésus pose sa question d’un air détaché, comme si cela ne le concernait pas, comme s’il se croyait déjà au Paradis… mais il n’est est pas de même pour nous. Nous savons bien que si nous voulons entrer dans la Vie de Dieu, nous avons toujours plus à nous convertir, à laisser agir en nous l’Esprit saint.

La réponse de Jésus est bien un appel à la conversion ; à une conversion réelle et profonde. Il ne suffit pas, nous dit-Il, d’avoir vaguement rencontré le Seigneur (« Nous avons mangé et bu en ta présence ») ; il ne suffit pas d’avoir une tradition familiale chrétienne, d’avoir fait sa première communion, d’avoir fait baptiser ses enfants… Il s’agit de faire partie de ces « nations qui viennent vers Jérusalem », comme les décrit le prophète Isaïe (première lecture) : de tous ces peuples qui se mettent à l’écoute du Seigneur, qui ne sont pas jugés sur leur appartenance ou leurs traditions, mais sur l’ouverture du cœur à la Parole de Dieu. Nous n’avons pas – heureusement ! – à savoir qui sera sauvé et qui ne le sera pas : nous avons simplement à vivre sous le regard du Seigneur, à former ensemble son Église, à écouter sa Parole, expérimenter sa Miséricorde, demander l’Esprit saint dans la prière, et transmettre autour de nous l’Amour infini dont Il nous aime. Et alors, peut-être… nous serons sauvés !

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Vingtième dimanche du Temps Ordinaire — La paix véritable dans l'Amour de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jésus est le Messie, le Prince de la Paix que tous les hommes attendaient. Dans un monde blessé par le péché et les guerres, Il est enfin venu apporter la Paix à laquelle nous aspirons tous : c’est pourquoi son Règne est un règne de paix, sa venue est une immense joie pour nous tous. Pourtant, ses paroles sont toujours surprenantes, dérangeantes, en particulier celles que nous venons d’entendre. « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix, dit-Il ? Eh bien non, mais la division ; et même la division au sein des familles, père contre fils et mère contre fille ». Voilà quelque chose auquel nous ne nous attendions pas ! Jésus veut nous réconcilier, mais Il constate aussi que sa venue sera l’objet de divisions. On peut dire que dès l’époque des premiers chrétiens, cette annonce s’est réalisée : l’Évangile a été accueilli par beaucoup, mais aussi rejeté, persécuté. Au sein des familles, il y a eu des divisions entre ceux qui sont devenus disciples de Jésus, et ceux qui le rejetaient.

Oui, le Christ apporte la Paix, mais c’est une Paix véritable qu’il s’agit d’accueillir en vérité. Nous voulons être disciples du Christ, mais pas seulement en superficie : au plus profond de notre cœur, en nous laissant convertir. Pour accueillir l’Évangile du Christ, nous devons prendre la pleine mesure de cet Évangile : Jésus est venu nous sauver du mal et du péché, ce qui implique que notre cœur doit être blessé, comme le sien, par la réalité du péché ; sans cela, notre foi ne sera qu’une apparence.
Jésus peut être vu comme un homme très gentil qui vient annoncer l’Amour de Dieu ; c’est souvent ainsi que nos contemporains le voient, et peut-être aussi de cette manière que nous en parlons autour de nous. Mais Jésus est aussi tellement plus que cela ! Il est le Fils de Dieu, devenu homme par amour pour nous, et qui va porter sur Lui tous les péchés, tous les refus de Dieu, tout le mal qui défigure et meurtrit les hommes depuis le début. La Lettre aux Hébreux, tout à l’heure, nous disait que Jésus avait enduré la Croix, alors qu’Il aurait pu avoir une gloire facile en délivrant son peuple de l’occupation romaine : Il n’a pas voulu correspondre à ce que les gens attendaient de Lui, tout comme aujourd’hui encore Il reste bien différent des images qu’on a de Lui. Accepter Jésus comme notre Sauveur, c’est changer nos idées préconçues sur Lui. Il est l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est en portant notre péché qu’Il nous donne la paix véritable. Jésus n’est pas venu pour nous féliciter de notre gentillesse, ni pour se faire des amis en prêchant une morale facile : Il est venu dénoncer le péché, et nous en sauver.

Il s’agit donc, en étant disciples du Christ, de prendre conscience nous aussi de la présence du péché dans notre cœur. Non pas pour nous culpabiliser, mais pour accueillir le vrai salut, la vraie paix. Le Seigneur nous invite à faire un choix clair entre Lui et le péché : soit Dieu, soit le refus de Dieu qui conduit à la mort. C’est un choix qui engage, qui transforme la vie ; et donc éventuellement un choix qui introduit une division, comme Il nous en prévient, entre ceux qui essaient de suivre le Seigneur et ceux qui prennent un autre chemin.
Les disciples du Christ sont appelés à être les prophètes d’aujourd’hui, c’est-à-dire ceux qui portent la Parole du Seigneur, qui choisissent de Le suivre, et qui, comme Jésus, dénoncent le mal à l’œuvre dans le monde. Cette mission a toujours été celle des prophètes, comme nous l’avons entendu à travers l’histoire du prophète Jérémie (première lecture). À une époque troublée où Israël abandonne son Dieu, Jérémie est envoyé pour ramener le peuple à la foi de ses pères : sans se lasser, il annonce la Parole du Seigneur. Il rappelle aux Israélites que le péché ne les conduira nulle part, il dénonce ceux qui font le malheur du peuple en le détournant de Dieu. Mais le paradoxe de cette histoire, c’est que Jérémie est lui-même accusé de ce qu’il dénonce : on dit que « cet homme cherche le malheur du peuple », parce qu’il pointe du doigt la réalité du péché qui rend les hommes malheureux. Là aussi, on pourrait dire que Jérémie « introduit la division », car il se refuse à laisser se développer les injustices sous les apparences d’une paix trompeuse. Le rôle du prophète est bien de revenir à la source de toute misère humaine, qui est toujours liée à l’abandon de Dieu.

Le Christ est bien Celui qui apporte la paix, mais cette paix passe par une ouverture du cœur : il s’agit de rejeter le mal pour accueillir le Sauveur. À la suite de Jésus, nous ne devons pas craindre la possibilité des « divisions », dans la mesure où nous appelons nos frères à rencontrer le Christ ! Car la division ne vient pas de l’Évangile : elle vient du péché de l’homme. Et la vraie paix, elle, ne peut venir que de notre conversion à l’Amour du Seigneur.

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Assomption de Notre-Dame — Marie proche de Dieu, proche de nous

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce grand jour de fête.

En cette grande fête de l’Assomption, nous entendons le chant de Marie lorsqu’elle vient visiter sa cousine Élisabeth. Ce chant qu’on appelle le Magnificat est un chant de victoire ; mais il ne s’agit pas d’une victoire personnelle. La victoire que chante Marie est la victoire du Seigneur sur le mal et sur la mort, la victoire du Messie qui vient sauver son peuple. Là où l’homme était orgueilleux, égoïste, Dieu vient mettre sa Miséricorde, rabaisser les puissants et élever les humbles. Marie a expérimenté, dans son cœur et dans sa chair, l’action de Dieu sans laquelle nous ne pouvons rien faire. Elle chante la faiblesse des forces humaines, la fragilité des projets humains si nous n’y faisons pas entrer le Seigneur ; et la Force que Dieu donne si l’on s’en remet à Lui.

Aujourd’hui, ce chant de victoire est pleinement accompli, car Marie a rejoint son Fils dans la Gloire de Dieu. Nous ne savons pas exactement “comment” cela s’est passé ; mais ce qui compte, c’est que Marie a fait son passage de la vie terrestre à la vie du Ciel, comme une traversée paisible vers le Royaume de Dieu. Elle qui avait vécu toute sa vie sous le regard de Dieu, qui avait accueilli la présence du Sauveur dans son âme et dans son corps, est accueillie à son tour par Dieu, tout entière avec son âme et son corps.
Ainsi, la Vierge Marie est la première des créatures à participer pleinement à la Victoire de la Résurrection, à la suite du Christ. Elle a ce privilège extraordinaire d’être déjà accueillie dans la Vie éternelle, alors que le reste de la Création attend le retour du Christ. Nous aussi nous attendons ! et nous regardons vers Marie en espérant la rejoindre un jour, pour participer à la Victoire du Christ. Cependant, ce privilège de Marie ne la met pas “à l’écart” de notre vie : bien au contraire, elle est d’autant plus proche de nous qu’elle est proche de Dieu. Lorsqu’elle a chanté que Dieu « étend sa miséricorde d’âge en âge », qu’Il « relève les humbles », cela signifiait que Dieu se faisait infiniment proche de tous les hommes, particulièrement des plus pauvres. Et donc, si Marie est désormais devant le Visage de Dieu, elle est encore plus proche de nous quand nous nous confions à elle : dans nos difficultés, dans nos combats quotidiens, notre Mère est avec nous et ne cesse de prier son Fils pour nous. Elle nous indique la direction à prendre, et nous aide en même temps à faire les bons choix pour parvenir avec elle à la Vie éternelle.

Nous sommes donc certains, en ce jour de l’Assomption, que la confiance en Dieu débouche sur le bonheur éternel, puisque Marie a fait ce chemin avant nous. Parfois nous sommes tentés de faire moins confiance au Seigneur, lorsque nous avons l’impression que les choses vont mal ; mais nous voyons toutes les épreuves que Marie a elle-même traversées, et nous savons qu’elle n’a jamais perdu sa confiance. Lorsque Jésus est mort sur la Croix, elle a gardé la foi : cette foi l’a conduite à la joie de la Résurrection et à la contemplation éternelle de Dieu. Comme elle, nous sommes appelés à garder la foi dans l’Amour du Seigneur, pour rencontrer un jour face à face Celui qui nous aime.

Marie est donc celle qui nous conduit, au travers des difficultés qu’elle-même a vécues ; nous avons besoin de ce guide, de cette Mère qui a traversé nos peurs et nos angoisses. Quand nous regardons vers elle, nous sommes unis dans une même Espérance. C’est pour cela qu’il est aussi important qu’elle veille sur nous en tant que nation, et en tant que diocèse ; car la France, et le Diocèse de Grenoble-Vienne, sont confiés tout particulièrement à son intercession. Elle nous rassemble dans la foi, elle nous rappelle que Jésus est le seul Sauveur : nous pouvons, ensemble, regarder dans la même direction. Enfin, Marie est l’image de l’Église qui est en marche vers Dieu et « guide le peuple en chemin » (Préface de cette messe). Confions-lui toutes nos prières, car « la Miséricorde de Dieu s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » : sur la Vierge Marie, sur l’Église et sur chacun de nous !

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Dix-huitième dimanche du Temps Ordinaire — Tout est vanité ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Être riche en vue de Dieu », nous dit Jésus : c’est cela la vraie richesse, c’est cela à quoi nous aspirons. La vraie richesse n’est pas une question de compte en banque : être riche consiste à avoir un cœur serein, être dans la paix, à ne pas entretenir de souci du lendemain. Or nous voyons souvent que les gens très riches, très célèbres, ceux dont on parle dans les journaux pour faire rêver les lecteurs, n’ont pas vraiment cette paix. Au contraire, malgré tout leur argent, derrière les sourires de façade, ils sont soucieux, anxieux, angoissés, instables… Où donc est la vraie richesse, qui pourra donner à l’homme la plénitude de la paix ? Comment avoir un cœur éclairé et apaisé ?

Sur cette question, Jésus nous donne un enseignement nouveau et nécessaire. Et l’Église met en relation ces paroles avec un passage bien connu de l’Ancien Testament, que nous avons entendu dans la première lecture : le Livre qu’on appelle “Ecclésiaste” (ou Qohèlet en hébreu), qui commence avec ces paroles proverbiales : « Vanité des vanités, tout est vanité ! ». Ce sont des mots qui nous surprennent dans la Bible, car ils paraissent assez pessimistes, assez désabusés. « Tout est vanité », dit Qohèlet : c’est-à-dire que tout est vide, rien n’a de sens. Si l’on prend ces paroles au premier degré, toute la peine de l’homme, tous ses soucis, ne sont que vanité : cela ne sert à rien. Et en allant plus loin, finalement, rien n’a de sens, tout se vaut. Que nous travaillions ou que nous ne fassions rien : cela se vaut. Que nous fassions le bien ou le mal : cela se vaut.
Nous pouvons nous rendre compte que cette attitude est assez répandue aujourd’hui ! Pour beaucoup de nos contemporains qui ne connaissent pas la foi, “tout se vaut”, chacun se fait sa propre vérité : il n’y a pas vraiment de bien ni de mal. Si le Seigneur n’a pas vaincu le péché et la mort, « à quoi bon ? » À quoi sert de chercher à faire le bien, à quoi sert de travailler ? Nous vivons dans un monde qui a perdu l’Espérance, et donc qui ne comprend pas le sens de la vie humaine. Le désespoir nous interdit d’aller dans une direction plutôt qu’une autre : car tout se vaut, « tout est vanité ».

Oui, malheureusement beaucoup de nos frères sont désabusés, car ils constatent que les biens matériels ne peuvent pas donner le vrai bonheur ; mais en même temps, ils ne savent pas dans quelle direction se tourner. Certains se réfugient dans des idéologies de mort, qui vont encore plus loin dans le désespoir : de toute manière, notre monde est voué à la destruction, nous allons tous mourir sur une planète désertique… Cependant, il ne faut pas se tromper sur le sens des paroles de Qohèlet : en aucun cas le Seigneur ne nous appelle au désespoir ni à l’angoisse ! Comment pourrions-nous désespérer, si nous savons que le Seigneur nous sauve du mal, du péché, de la mort ? Il ne s’agit pas de perdre l’Espérance, mais de donner une nouvelle direction à notre vie : une direction qui nous fera avancer vers la vraie richesse et la paix du cœur ; une direction qui donnera son vrai sens à toute notre vie, à tout ce qui semble parfois « vanité ».
Ce que veut nous dire Qohèleth, c’est d’abord qu’effectivement tout est « vanité » pour notre cœur, car rien ne peut vraiment le satisfaire. Cependant, il ne s’agit pas d’en rester au désespoir, mais d’aller jusqu’à l’adoration. Rien ne peut pleinement combler notre cœur, sauf Dieu Lui-même ! Comme l’écrit sainte Thérèse d’Avila, « Dieu seul suffit » : notre vocation, c’est l’adoration, l’Amour gratuit devant Dieu qui répond à l’Amour gratuit qu’Il nous donne. Nous ne cherchons pas Dieu pour nous rassurer ou en retirer des avantages, mais pour aimer gratuitement : c’est cela seul qui fait entrer dès maintenant dans le bonheur de la Vie éternelle, c’est cela seul qui répond à notre soif.

C’est en ce sens que le Seigneur Jésus répond, avec un peu de sévérité, à cet homme qui le prend à témoin d’une injustice : « Maître, dis à mon frère de partager notre héritage ». Jésus n’est pas là pour juger ni pour établir une justice équitable sur la terre, mais pour conduire l’homme à Dieu, gratuitement. La justice est importante et nécessaire, mais ce n’est pas elle qui donne la paix du cœur : Dieu seul donne la paix. En adorant le Seigneur, l’homme répond à ce don et son cœur est pleinement comblé.
Saint Paul, dans le passage de la Lettre aux Colossiens que nous avons entendu, nous rappelle aussi que nous sommes renouvelés à l’image de Dieu, « revêtus de l’homme nouveau », et que désormais notre vie n’a de sens que dans le Christ ressuscité. « Recherchez les réalités d’en-haut », dit saint Paul, là où est le Christ : conformez-vous à l’image de Dieu. Le seul chemin qui nous tire de la « vanité » du monde, c’est de vivre dans la paix du Christ, dans la Résurrection du Christ !

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Dix-septième dimanche du Temps Ordinaire — Dieu n'agit pas sans l'homme

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Comment faut-il prier ? Y a-t-il des règles pour bien prier ? Parfois il y a des gens qui me disent : « J’aimerais bien prier, mais je ne sais pas comment faire ! » Bien sûr, dans certaines traditions spirituelles, tout est parfaitement codifié : il y a des choses à faire, des gestes à accomplir… et on se prend pour un bon croyant une fois qu’on a fait tout cela. Mais la prière, fondamentalement, ce ne sont pas des choses à faire : c’est une relation à cultiver (comme nous le voyons avec Jésus Lui-même, qui passe des nuits entières à prier son Père). Lorsque les disciples, à leur tour, demandent à Jésus : « Apprends-nous à prier », Jésus répond non pas par une “formule toute faite” (même si c’est le Notre Père), mais par une prière de confiance : Père, que ton règne vienne… donne-nous… pardonne-nous.

Si nous voulons donc vivre la prière à laquelle notre cœur aspire profondément, il s’agit d’établir et de maintenir cette relation de confiance avec Dieu notre Père, avec son Fils, avec l’Esprit saint. Et de manière très claire, Jésus nous dit aujourd’hui que cette confiance passe aussi par la demande. Peut-être parfois, avons-nous un peu peur de demander des choses à Dieu, car Il nous paraît trop loin, trop grand pour s’intéresser à nos petites affaires… Et pourtant, Jésus le dit aussi de manière très claire : « Demandez, et l’on vous donnera ; frappez, on vous ouvrira ». Dans la prière, nous ne devons pas hésiter à demander à Dieu « notre pain quotidien », comme on le dit dans le Notre Père. Ce Dieu qui est notre Père ne peut pas oublier que nous avons besoin de Lui, et même que nous dépendons entièrement de Lui pour exister. Ce serait le contraire qui blesserait le Cœur de Dieu : croire que nous pouvons vivre sans avoir besoin de Lui ! Tout au long de l’histoire des hommes, Dieu ne cesse de montrer sa sollicitude en se rendant présent et agissant : Il veut continuer à agir dans notre vie, et Il veut que nous fassions appel à Lui.

La prière de demande nous montre encore quelque chose d’essentiel pour notre foi : c’est que l’homme est actif dans sa relation à Dieu. Il ne s’agit pas d’abord d’être soumis à la Loi de Dieu, mais surtout de participer à l’œuvre de Dieu ; et cette participation passe par toutes les dimensions de notre vie, dont la prière. Prier, c’est agir dans l’Amour de Dieu. L’homme ne peut rien sans Dieu, évidemment ; mais Dieu Lui-même veut aussi avoir besoin de l’homme pour agir. Si nous prions avec confiance, le Seigneur nous écoute et prend en compte notre prière ; mais si nous ne prions pas, le Seigneur ne voudra pas agir sans que nous ayons exprimé notre confiance. C’est ce que nous voyons dans la magnifique (et étonnante) histoire d’Abraham, que nous avons entendue : on peut dire qu’Abraham se livre à une négociation, un marchandage avec Dieu. Comment peut-on oser discuter ainsi le bout de gras avec le Dieu Tout-puissant ? Pourtant, c’est ce que fait Abraham… au point de faire changer le Seigneur d’avis. Dieu avait un projet : celui de châtier les crimes de Sodome et Gomorrhe. Mais avec la persuasion d’Abraham, parce que le Seigneur prend en compte la parole de l’homme, Il accepte de remettre en question ce projet. La prière de l’homme est puissante auprès de Dieu !
Voilà pourquoi Jésus nous redit : « Demandez, on vous donnera » : si nous ne demandons pas, Il ne nous donnera pas. Bien sûr, le Seigneur sait très bien de quoi nous avons besoin ! Mais Il attend tout de même notre prière. De la même manière, Dieu connaît parfaitement nos péchés ; mais Il attend tout de même que nous venions les Lui confesser pour nous accorder son pardon.

Tout cela, c’est la logique profonde de notre foi : être chrétien, c’est être conscient que le Seigneur veut avoir besoin de l’homme. Depuis que Dieu s’est fait homme, la personne humaine n’est plus passive, ni soumise à un destin aveugle comme le pensaient les païens de l’Antiquité : l’homme est partie prenante de l’action, du projet, du Salut donné par Dieu.
C’est aussi la logique des Sacrements où nous recevons la vie de Dieu. Si l’homme n’agit pas, il ne reçoit pas la grâce des Sacrements. Si je n’annonce pas mes péchés à un prêtre, Dieu ne me pardonne pas. Si je ne baptise pas avec de l’eau, l’Esprit saint n’est pas donné. Si l’homme n’utilise pas son intelligence, son savoir-faire pour fabriquer du pain et du vin, l’Eucharistie n’est pas célébrée, et le Seigneur ne se rend pas présent au milieu de nous. Oui, le Seigneur veut avoir besoin de notre travail, de notre action, de notre prière. Si nous ne faisons rien, ne nous étonnons pas d’avoir l’impression que Dieu est absent. Mais demandez, cherchez, frappez, travaillez, agissez avec confiance… et le Seigneur vous comblera de ses dons !

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Quatorzième dimanche du Temps Ordinaire — Où est Dieu dans notre vie ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Le Seigneur désigna encore soixante-douze disciples, et les envoya deux par deux pour annoncer le Règne de Dieu ». C’est le premier envoi en mission que raconte l’Évangéliste saint Luc, et qui nous concerne tous : car nous chrétiens, nous sommes tous envoyés en mission à la suite des disciples de Jésus. Dans l’Évangile que nous lisons dimanche après dimanche, nous pouvons remarquer que les thèmes importants se développent. Dimanche dernier, il s’agissait des conditions nécessaires pour être disciple de Jésus : cela nous semblait très exigeant, car il fallait tout quitter pour se mettre à sa suite. Et aujourd’hui, l’Évangile nous parle du “déroulement” de cette mission, c’est-à-dire de l’envoi et du retour des disciples. Nous allons comprendre, au fil de cette mission, pourquoi il était si important de renoncer à tout avant de suivre Jésus : car tout quitter, c’est devenir disponible, et cela permet au Seigneur d’agir à travers nous dans la mission.

Jésus donne donc des consignes à ses disciples au moment où ils partent en mission, comme nous L’avons entendu : « Ne prenez ni bourse, ni sac, ni sandales, mangez ce qu’on vous servira… ». Après avoir quitté leur famille, les missionnaires sont encore invités à vivre dans un certain dénuement : à renoncer aussi à leur petit confort, à leurs objets familiers, à leur sécurité, à leur assurance-vie. Il s’agit d’être dans la dépendance, dans la pauvreté : apprendre à ne pas se suffire à soi-même, mais accepter de recevoir de la part des autres.
C’est justement dans ce cadre de pauvreté, que la mission des disciples va se développer. Car la puissance du Seigneur est à l’œuvre, comme nous l’entendons encore : « Guérissez les malades », dit Jésus, et au retour de mission, les disciples sont émerveillés : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom ! ». Ceux qui ont fait confiance au Seigneur, au point de renoncer à leurs certitudes et à leurs assurances, font l’expérience que Dieu agit avec force et autorité, même sur le mal et les esprits mauvais. L’émerveillement des disciples nous rappelle que si nous cherchons à asseoir notre propre autorité, nous n’arriverons pas à grand-chose ; mais si nous demandons au Seigneur de faire agir sa puissance sur le mal, alors tout sera possible et nous participerons à la victoire de Dieu.

Finalement, à travers cet envoi en mission des soixante-douze disciples, c’est toujours plus ou moins la même question qui nous est posée. Quelle est notre foi ? Voulons-nous vraiment laisser le Seigneur agir dans notre vie ? Et plus largement, comment faire en sorte que le monde accueille l’action de Dieu ? De manière très claire, ce que nous enseigne l’Évangile d’aujourd’hui, c’est que le Seigneur n’agit que si nous Lui faisons confiance (ce qui veut dire ici : quitter notre confort, abandonner nos sécurités humaines). Il met en œuvre sa puissance, seulement si nous Lui laissons de la place. Si nous ne nous ouvrons pas à sa présence, alors Il ne forcera pas notre porte : Il nous laissera dans notre prétention de nous débrouiller tout seuls (et nous finirons toujours par le regretter). Dans un autre passage, nous voyons que Jésus se heurte au manque de foi de certains : en ce cas, dit l’Évangile, « Il ne pouvait faire là aucun miracle » (Mc 6,5).
Oui, le Seigneur veut être présent dans notre vie, et Il veut nous sauver en toutes circonstances ; mais d’abord, Il accorde une immense valeur à notre liberté. En aucun cas, Il ne veut s’imposer à nous. Parfois, face aux malheurs, face aux drames de l’actualité, on pointe un doigt accusateur : « Où est Dieu ? Comment peut-Il permettre que cela se passe ? ». Mais en même temps, on maintient volontairement le Seigneur à l’écart de notre vie ; on voudrait qu’Il agisse, mais sans trop nous déranger… Si nous écartons le Christ de notre vie publique (c’est-à-dire de nos écoles, de notre société, de notre manière de vivre…), nous Lui enlevons la possibilité d’agir parmi les hommes. Sans la présence de Dieu, il n’y a plus d’Espérance, plus de raison de vivre : et on s’étonne que les jeunes soient parfois cyniques, matérialistes, ou qu’ils sombrent dans le désespoir…

Il faut le redire : nous ne pouvons pas demander à Dieu de nous protéger du mal (comme nous L’en prions dans le Notre Père), si d’abord nous ne nous convertissons pas à son Amour et si nous ne vivons pas résolument en sa présence. Lui seul a le pouvoir de « chasser les esprits mauvais », comme le dit l’Évangile ; et s’Il n’agit pas, ces esprits sont bien présents : nous les voyons à l’œuvre dans les conflits, les guerres, mais aussi les addictions, les souffrances qui nous entourent. Oui, comme le redit Jésus, « le Règne de Dieu est tout proche » ! À condition d’être disponibles à sa présence, et de laisser entrer ce Règne dans notre monde.

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Treizième dimanche du Temps Ordinaire — Être appelés avec nos frères

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

À travers les récits de ce dimanche, nous avons beaucoup entendu parler d’appels. Dieu ne cesse d’appeler des hommes tout au long de l’histoire biblique : Il appelle des prophètes comme Élie et Élisée, Il appelle aussi d’autres personnes, des rois, des prêtres… et Jésus, dans l’Évangile, appelle Lui aussi : « Viens, suis-moi ». Lorsque Dieu appelle, c’est toujours un dialogue entre deux libertés : la liberté de Dieu, qui choisit qui Il veut, et la liberté de l’homme qui Lui répond (ou ne Lui répond pas !). Le Seigneur n’appelle que des hommes libres : Il ne veut pas être obéi par force, mais Il nous demande de répondre librement, par amour, à ce qu’Il nous propose. C’est pour cela que les personnages de la Bible ont une telle densité, une telle richesse, une telle fécondité : ils sont appelés librement par Dieu, et ils déploient à son service tous les dons qu’ils ont reçus. Les prophètes, les Apôtres, ne sont pas des esclaves : ce sont des amis de Dieu qui servent par amour.

Notre paroisse, justement, est placée sous le patronage d’un de ces amis de Dieu : l’Apôtre saint Thomas, qui a été appelé par le Seigneur. Nous avons à prendre au sérieux cette présence de saint Thomas, pour écouter nous aussi l’appel que Dieu nous lance aujourd’hui. Être Apôtre, c’est non seulement être appelé par le Seigneur, mais c’est aussi être envoyé pour annoncer l’Évangile, et pour appeler à son tour d’autres personnes à cheminer vers le Seigneur. Saint Thomas, avec l’expérience unique qu’il a acquise au soir de la Résurrection, a accompli cette mission de témoignage.
Si la Bible nous parle d’appels, si saint Thomas témoigne de sa vocation, c’est pour nous rappeler quelque chose d’essentiel, à nous communauté paroissiale : la foi se transmet par des appels. Ou bien, pour être plus précis : la foi se transmet par des relations humaines, où nous nous appelons les uns les autres. On ne peut pas devenir chrétien tout seul, simplement en lisant la Bible et en prétendant connaître ainsi le Seigneur (cela arrive parfois, c’est vrai ! Mais c’est rare). Et plus encore, on ne reste pas chrétien tout seul ! On se ferait illusion si on pensait pouvoir garder le contact avec le Christ, sans être soi-même présent et vivant dans la Communauté chrétienne. Notre foi est directement dépendante des appels que nous recevons à travers nos relations humaines ; la foi dépend de la fraternité, elle dépend de la Communauté. C’est tous ensemble que nous progressons vers le Seigneur, en nous aidant les uns les autres à vivre avec davantage de générosité.
L’exemple de saint Thomas, qui a répondu à l’appel du Seigneur, nous donne donc une orientation à vivre en paroisse : si nous avons un exemple à donner autour de nous comme paroisse, c’est celui d’un lieu où l’on vit, où l’on transmet la foi (la confiance en Dieu) à travers la fraternité que nous vivons, chacun selon notre vocation. Il n’y aura pas de témoignage de foi valable, sans ce témoignage de vie fraternelle dans la paroisse.

Dieu nous appelle donc, et nous avons sans doute remarqué que son appel est assez radical. Dans la première lecture, c’était le prophète Élie qui empêchait son disciple Élisée d’aller faire ses adieux à ses parents ; et dans l’Évangile, Jésus paraît tout aussi dur avec ceux qui veulent Le suivre : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; ne regarde pas en arrière… ». Il s’agit manifestement de faire un choix ; et ce choix n’est pas toujours facile, parce que c’est un choix qui engage. Dans la vie nouvelle où Jésus nous appelle, il y a des priorités à fixer. Le Seigneur ne dit pas, bien évidemment, qu’il faut haïr ses proches pour L’aimer, Lui ; il n’y a pas de concurrence, mais un ordre à mettre dans notre vie. Il nous dit en fait que nos affections (amicales, familiales), ont à se développer avec sa présence d’amour. Toute affection qui se construit loin de Dieu, n’a pas d’avenir. Nous sommes appelés à vivre nos relations humaines en leur donnant le Seigneur comme seul fondement.
Nous pouvons donc, à nouveau, appliquer cet appel à notre Communauté paroissiale. Dans une paroisse, c’est comme dans une famille : on ne se choisit pas les uns les autres, et plus encore, il se peut très bien qu’il y ait des personnes avec lesquelles on n’a pas beaucoup d’affinités ! Ça arrive dans toutes les paroisses… Mais c’est justement là que le Seigneur nous attend, pour que nos relations entre nous soient fondées sur son Amour. Jésus ne nous demande pas d’être des “copains”, mais d’être des frères. Le témoignage de foi de notre paroisse repose sur nos relations fraternelles : « ne pas regarder en arrière », cela veut dire ne pas s’attacher à des sympathies, à des jugements, afin que notre Communauté ne vive que de l’Amour de Dieu.

Chacun, comme baptisé, est responsable de son propre témoignage, à l’exemple de saint Thomas : mais ensemble, en vivant de la force de la Résurrection du Christ, nous formons une paroisse qui fait résonner l’appel du Seigneur. Nous nous appelons les uns les autres à la sainteté, et nous appelons nos frères à la joie de l’Évangile !

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Fête du Saint-Sacrement — Connaître la Trinité par l'Eucharistie

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour.

Ce qui nous rassemble aujourd’hui, comme chaque dimanche, c’est l’Eucharistie : le Mystère du Corps et du Sang du Seigneur, qui nous est donné à chaque messe. Cette messe du dimanche a une immense importance, parce que nous avons besoin d’être nourris fréquemment de cette présence. La relation à Dieu est comme une relation familiale : si nous n’entretenons pas la relation par des rencontres, des visites fréquentes, petit à petit cette relation deviendra de plus en plus légère, inconsistante… et puis un jour elle disparaîtra complètement. Voilà pourquoi l’Eucharistie est le centre, la source, le sommet de notre vie chrétienne : et l’Église en a fait une fête spéciale, pour nous rappeler à quel point ce don de Dieu est extraordinaire, et surtout indispensable.

Cette fête du Corps et du Sang du Seigneur est célébrée le dimanche suivant la fête de la sainte Trinité, elle-même après la Pentecôte. Ce n’est évidemment pas un hasard ! Le Dieu Trinité – Père, Fils, Saint-Esprit – se fait connaître par le don de l’Esprit saint : Il nous fait rentrer dans l’intimité de son Amour. Nous sommes invités à connaître Dieu, à Le voir face à face et à y trouver le bonheur éternel. La continuité de ces fêtes successives, c’est que Dieu se fait connaître : par l’Esprit saint, et aujourd’hui par l’Eucharistie.
Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, lorsque nous entendons les paroles de Jésus : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang », nous centrons notre regard sur Jésus, et bien sûr nous n’avons pas tort ! Mais il ne faut pas oublier pour autant que l’Eucharistie n’est pas seulement un don de Jésus : elle est un don de la Trinité, une manifestation de l’Amour du Père, du Fils, du Saint-Esprit. C’est pourquoi en ce jour où nous célébrons de manière particulière le don de l’Eucharistie, nous continuons à approfondir notre relation avec le Dieu d’Amour, le Dieu Trinité.

L’Évangile que nous venons d’entendre est celui bien connu de la multiplication des pains (et des poissons), et nous y voyons un signe de l’abondance de l’Eucharistie. Lorsque le Seigneur fait des dons aux hommes, Il est généreux : Il ne donne pas juste quelques pains, mais il y a surabondance de nourriture, et même du surplus. Cette abondance de l’Amour de Dieu vient de la richesse de la communion entre le Père, le Fils, le Saint-Esprit. Dans l’Amour de la Trinité, il y a une telle plénitude que cet Amour ne peut que déborder : lorsque Dieu aime, Il aime du débordement de son Amour trinitaire. Si Jésus distribue les pains (et donc son Corps et son Sang) avec tant de profusion, Il le fait parce qu’avec son Père et l’Esprit saint, Il reverse sur les hommes les richesses de son Amour débordant. Nous n’avons qu’à ouvrir la bouche pour recevoir cette abondance d’Amour de la Trinité : c’est le seul don dont nous ayons vraiment besoin, le don gratuit et débordant de l’Amour de Dieu.

Mais il y a plus important encore : l’Eucharistie n’est pas que nourriture, elle est offrande. Saint Paul disait aux chrétiens de Corinthe (deuxième lecture) : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne ». Chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, le Seigneur se rend présent, Il rend présent le don de sa vie : nous « proclamons sa mort » et sa Résurrection. Jésus offre sa vie par amour pour nous ; Il l’offre dans l’Esprit d’Amour, et Il l’offre à son Père. Célébrer l’Eucharistie, c’est donc entrer dans l’offrande de Jésus à son Père, dans l’Esprit saint. C’est un mouvement d’Amour, sans cesse renouvelé, qui conduit tous les hommes vers le Père.
C’est pour cela que nous ne faisons pas qu’assister à la messe : nous y participons, dans la mesure où nous entrons toujours plus dans ce don d’Amour. Avec Jésus nous offrons notre vie à l’Amour de Dieu. L’Eucharistie est le sommet de notre vie, car elle nous place directement au cœur de la Trinité : avec Jésus, dans l’Esprit saint, vers le Père. Jésus nous a laissé ce don extraordinaire de l’Eucharistie, afin de nous permettre de faire comme Lui : d’offrir notre vie par amour et de recevoir la présence de Dieu.

Pour célébrer l’Eucharistie, il faut du pain et du vin, « fruits du travail des hommes » : nous venons le dimanche offrir à Dieu notre travail, toute notre vie, tout ce que nous avons fait pendant la semaine. Tout peut devenir offrande au Père : même les petites choses, les petites attentions, les gestes de générosité qui nous semblent insignifiants. Jésus accueille tout, sanctifie notre travail et l’offre au Père ; et nous entrons dans ce don d’Amour, avec Jésus. Eucharistie après Eucharistie, nous participons de plus en plus à l’Amour de la Trinité : nous devenons de plus en plus enfants de Dieu, dans l’Esprit saint, à l’image de Jésus.

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Pentecôte — L'Esprit saint fait de nous d'autres Christs

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour très saint.

« Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra, vous enseignera tout », dit Jésus. En ce jour de la Pentecôte, après avoir médité la Résurrection du Seigneur pendant cinquante jours, nous avons maintenant à nous laisser enseigner par l’Esprit saint. Qu’a-t-Il à nous dire aujourd’hui ? Qu’est-ce que l’Esprit apporte à notre monde ; pourquoi Le prions-nous, quels dons veut-Il nous faire – et quels dons a-t-Il déjà faits aux jeunes qui ont reçu le sacrement de Confirmation il y a quinze jours ?

Nous avons entendu le célèbre récit de la Pentecôte, dans les Actes des Apôtres : ce moment où, avec Marie, les disciples de Jésus sont rassemblés, pas entièrement rassurés depuis l’Ascension… Ils ne savent pas vraiment ce qu’ils attendent. C’est alors que l’Esprit saint va faire de leur petit groupe apeuré la première Église, qui est envoyée aussitôt en mission auprès de tous les peuples. « Parthes, Mèdes, Élamites… », tous les hommes entendent l’Évangile dans leur propre langue. Le feu de l’Esprit saint envoie en mission vers tous les hommes ; les membres de l’Église reçoivent cet Esprit, et peuvent alors se faire proches de tout homme, en parlant sa langue et en dialoguant avec lui. L’Esprit saint permet aux hommes de se rapprocher, de parler la même langue, de s’unir les uns avec les autres. Symboliquement, dans l’Ancien Testament, c’était l’événement de Babel qui avait séparé les hommes : ils n’arrivaient plus à se comprendre, ils étaient désunis. L’homme, avec ses propres forces, ne peut ni se réunir ni se réconcilier : c’est l’Esprit saint, l’Esprit de Dieu qui rassemble les hommes.
Nous qui sommes baptisés, nous ne devons pas oublier la grandeur de notre vocation. Le baptême a fait des nous des membres du Corps du Christ ; et l’Esprit saint ne cesse de nous renouveler. Être membre du Corps du Christ, c’est ressembler de plus en plus à Jésus. Tout au long de sa vie sur terre, Jésus a annoncé l’Évangile par des paroles, par des signes ; à chaque instant, on peut dire que Jésus était inspiré par l’Esprit qui reposait sur Lui. Sa manière d’être, ses sentiments, son amour, sa sollicitude pour les pauvres, ses paroles de guérison ; tout cela était l’œuvre de l’Esprit en Lui. L’Esprit saint est donc l’Esprit de Jésus (cf. p. ex. Ac 16,7) ; et nous qui recevons l’Esprit (particulièrement vous, qui avez reçu récemment la Confirmation !), nous sommes peu à peu transformés pour être d’autres Jésus dans notre monde.
Ainsi, chacun reçoit l’Esprit pour être orienté et renforcé dans sa propre vocation. Nous ne sommes pas tous identiques, nous ne recevons pas tous le même appel ; mais dans toute vocation il y a la présence de l’Esprit saint, et la ressemblance avec Jésus. Nous formons ensemble le Corps du Christ, chacun selon les dons qu’il a reçus de l’Esprit saint. Et ensemble, nous ressemblons de plus en plus à Jésus, nous formons de plus en plus la présence de Jésus dans ce monde. C’est pour cela que l’Esprit saint nous réunit, nous rend proches de tout homme, capables de parler son langage : parce que Jésus Lui-même s’est fait proche de chaque homme, et pour que nous continuions sa mission.

Nous recevons donc la ressemblance avec Jésus ; mais de manière plus précise, nous sommes conduits à sa suite à travers sa mort et sa Résurrection. Comme le disait saint Paul tout à l’heure, « l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous… Il donnera la vie à vos corps mortels ». Avec Jésus, nous ressuscitons ; Il nous a baptisés dans sa mort et sa Résurrection, pour que par l’Esprit saint, nous soyons pleinement ressuscités.
La présence de Jésus en nous est donc une présence ressuscitée, qui a vaincu la mort et le péché. L’œuvre de l’Esprit saint, aujourd’hui dans l’Église et à travers nous, c’est l’œuvre de Jésus ressuscité qui continue. Aujourd’hui encore par le ministère de l’Église, Jésus guérit, proclame la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Nous aussi, à sa suite, nous sommes ressuscités, unis à tous les hommes par le don de l’Esprit saint ; nous avons reçu les fruits de l’Esprit pour ressembler à Jésus ressuscité, ces dons énumérés par saint Paul (Ga 5,22) : charité, joie, paix, constance, bonté, confiance, douceur…

Voici donc qu’à la Pentecôte, notre mission commence vraiment : dans l’Esprit saint, il s’agit de continuer la présence de Jésus ressuscité. On ne peut pas se contenter de dire : dans le monde, tout va mal, « Jésus, reviens ! ». Car Jésus est déjà là, dans l’Église et par nous. En comptant sur les dons de l’Esprit, en nous laissant enseigner par l’Esprit comme les Apôtres, nous pouvons annoncer à notre tour l’Évangile, et être témoins de la puissance de la Résurrection. Jésus est le Sauveur ressuscité, nous avons reçu son Esprit !

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Septième dimanche de Pâques — L'accomplissement des promesses du Christ

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Avec ce dernier dimanche avant la Pentecôte, nous sommes au cœur de la grande Neuvaine, c’est-à-dire les neuf jours (entre Ascension et Pentecôte) où nous demandons avec plus d’insistance la venue de l’Esprit saint. Dimanche prochain, nous ferons mémoire de cet événement extraordinaire : l’Esprit de Dieu vient dans ce monde, Il vient habiter les cœurs des hommes. Dieu s’est tellement impliqué dans le monde qu’Il a créé, qu’Il vient le renouveler par son Esprit ; déjà le Fils de Dieu avait habité parmi les hommes pour un temps limité, mais désormais c’est pour toujours que notre monde est devenu la demeure de Dieu.

En cette fin du temps de Pâques, l’Église nous fait écouter un passage magnifique de l’Évangile selon saint Jean : la grande prière finale de Jésus à son Père avant de partir vers la Croix. Cette prière est en même temps une promesse, une perspective, une “description” de la vie des disciples du Christ après son départ : Jésus s’en va mais Il promet l’Esprit saint, Il annonce une vocation nouvelle et une puissance nouvelle donnée aux hommes qui croiront en Lui.
Pour être plus précis, le Seigneur Jésus nous appelle à vivre deux dimensions qui forment notre vocation : être Un en Lui, et contempler la Gloire de Dieu. En effet, d’abord Il prie son Père pour cela : « Que tous soient Un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » Notre premier appel – ce qui fait la particularité de la foi chrétienne –, c’est que nous sommes appelés à entrer dans l’unité de la sainte Trinité : tout comme Jésus, son Père, l’Esprit saint, sont Un dans l’Amour divin, nous aussi nous sommes faits pour être Un. Cela n’enlève rien à la diversité des vocations de chacun, mais le peuple de Dieu est unifié par l’Unité de la Trinité. Et puis d’autre part, Jésus prie aussi son Père pour que nous entrions dans la contemplation de la Gloire de Dieu : « Père, qu’ils soient avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée ». Tous les hommes sont appelés à voir la Gloire de Dieu, à être devant Dieu face à face, et à recevoir ainsi le bonheur éternel (bonheur tellement infini que nous avons bien du mal à nous en faire une idée !).

Notre vocation éternelle consiste donc en cela : être Un en Dieu, et contempler la Gloire de Dieu. Cela peut paraître un peu éloigné, réservé à l’au-delà ; et c’est vrai que nous ne vivrons cela en plénitude que lorsque nous aurons quitté ce monde. Mais en même temps, ce bonheur n’est pas seulement « à-venir » : il est déjà là, nous pouvons déjà vivre aujourd’hui cet accomplissement de notre vocation. Être chrétien, c’est comprendre que les promesses de Dieu sont déjà accomplies, parce que Jésus est vainqueur et nous a envoyé l’Esprit saint.
Si nous nous examinons nous-mêmes, nous voyons bien quels sont nos désirs les plus profonds. Nous sommes souvent blessés par des disputes, des conflits ; nous voyons que le monde va de guerre en guerre, d’affrontement en rupture. Notre premier désir est donc un désir de paix, d’unité. Ne faire qu’Un avec tous les hommes, c’est ce que nous souhaitons. Et en même temps, nous sentons bien que les hommes ne seront vraiment réconciliés comme frères que s’ils accueillent un seul Dieu comme Père. Nous désirons donc aussi voir ce Dieu qui est la source de notre vie : en Lui seul nous trouverons la réponse à toutes nos questions. Vivre dans l’unité et voir Dieu : ce que tous les hommes cherchent, nous pouvons en vivre pleinement dès maintenant, si nous nous mettons résolument à la suite du Christ.

Pour nous préparer à la fête de Pentecôte, il s’agit donc de prendre au sérieux ces promesses que Jésus nous fait en priant son Père, et qui sont déjà accomplies. Et cela porte en même temps une série d’exigences : on ne peut pas prétendre connaître Dieu, si l’on fait n’importe quoi et si l’on vit n’importe comment ! Être déjà dans l’accomplissement des promesses, c’est être libéré des convoitises de ce monde : donc l’égoïsme, l’envie, la jalousie, la colère, la malveillance, ne doivent plus nous guider. Être Un avec le Père, le Fils et l’Esprit saint, cela veut dire que nous pouvons aimer, pardonner à nos frères, demander pardon, nous réconcilier. Ce que nous vivrons éternellement, nous pouvons le vivre dès maintenant, car le Christ nous a délivrés.
Jésus conclut ainsi sa prière : « Pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. » : nous pouvons accueillir en nous la source de l’Amour, Dieu Lui-même. Et ainsi, comme saint Étienne (première lecture), nous ne craignons plus rien : Dieu est à la première place dans notre vie, et nous sommes Un en Dieu. Prions l’Esprit saint pour que les promesses de Jésus s’accomplissent en nous !

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Cinquième dimanche de Pâques — L'Église de Dieu que nous formons

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Aimez-vous les uns les autres » : ce commandement de Jésus – « commandement nouveau » –, c’est d’abord un signe qui nous est proposé. « Tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres ». Il ne s’agit pas d’une loi morale, mais d’une vie spirituelle qui nous est donnée : Dieu nous a aimés le premier, nous ne vivons que par cet Amour, et nous avons à exercer cet amour auprès de nos frères. L’amour qui vient de Dieu est universel, il est le signe le plus manifeste de la Victoire du Christ sur la mort. C’est pourquoi Jésus nous parle de sa Gloire : par sa Résurrection, Il est glorifié, et nous pouvons participer à cette Gloire de la Résurrection. Désormais, le péché est vaincu. Il n’est plus temps pour nous de garder des rancunes, des disputes, ni d’entretenir des regrets : mais il s’agit de progresser ensemble, dans l’amour, vers le Royaume de Dieu : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Oui, nous vivons aujourd’hui de la Résurrection du Seigneur. Et le lieu où nous en vivons, où nous recevons cette force de la Résurrection, c’est l’Église que nous formons. Il est essentiel, en ce temps de Pâques, de sortir de notre individualisme pour comprendre que nous participons ensemble, en Église, à la Résurrection. « Aimez-vous les uns les autres », c’est un commandement qui fonde la Communauté de l’Église. Nous ne sommes pas seuls devant le Seigneur, nous ne sommes pas ressuscités tout seuls ! L’Amour que nous recevons nous permet de vivre dans une communauté qui se reçoit de Dieu. C’est dans l’Église que nous avons reçu le baptême ; dans l’Église que nous continuons de recevoir les sacrements, que nous entendons la Parole de Dieu, que nous vivons l’amour fraternel. C’est l’Église que Dieu a choisie pour engendrer des croyants et pour transmettre l’Évangile. Dans la deuxième lecture (Apocalypse), saint Jean nous décrivait « la ville sainte, la Jérusalem céleste, la demeure de Dieu avec les hommes » : cette ville sainte, c’est l’Église où règne l’Amour donné par Dieu.

Il nous faut donc retrouver le vrai sens de l’Église – surtout à notre époque. Bien sûr, on peut lire la presse et se joindre aux condamnations faciles : l’Église a fait ceci, elle a laissé faire cela, l’Église a protégé tel ou tel criminel… Les hommes sont pécheurs, c’est certain ; et même des hommes avec de grandes responsabilités dans l’Église, ont pu agir de manière négligente ou scandaleuse. Mais l’Église reste la « Jérusalem céleste » sanctifiée par Dieu, elle est toujours la « fiancée parée pour son époux » ; elle continue de nous transmettre le Christ, nous continuons d’être nous-mêmes les « pierres vivantes » (1P 2,5) qui édifient le peuple de Dieu. Et malgré les péchés de certains, il y a toujours des Saints dans l’Église ! Nous en connaissons tous autour de nous, des personnes qui agissent discrètement, qui se dévouent sans bruit, qui sont témoins de l’Évangile. Et puis il y a encore les grands Saints, ceux qui rayonnent de charité : pensons à des gens comme Jean Vanier, qui a fait tant de bien. C’est cela l’Église, c’est cela le Temple où Dieu demeure, là où le Christ continue de vivre ressuscité et transmet sa force de Résurrection. Si l’Église n’apparaît pas assez sainte à ce monde, c’est aussi parce que nous-mêmes, nous sommes des pécheurs, et que l’Amour de Dieu ne rayonne pas assez à travers nous !

Nous ne devons donc pas perdre l’Espérance, même si aujourd’hui l’Église est souvent mal traitée. Elle est là pour proposer la foi à tous les hommes, de manière visible ; elle annonce l’Évangile, et ne cesse d’être renouvelée par l’Esprit saint. Nous lisions tout à l’heure l’action de Paul et Barnabé, qui « désignent des Anciens [c’est-à-dire des évêques et des prêtres] pour les communautés, et après avoir prié et jeûné, ils confient au Seigneur ces hommes qui ont mis leur foi en Lui ». Sans doute, aujourd’hui nous manquons de foi, si bien que nous manquons en même temps des personnes qui se consacrent au Seigneur pour le service des hommes ; mais l’Esprit de Dieu ne nous laissera jamais manquer.
Si nous suivons le commandement du Seigneur, si nous avons de l’amour les uns pour les autres, alors les hommes retrouveront le chemin de l’Évangile et de l’Église ; ils comprendront que la foi en Jésus ressuscité est la plus belle chose qui nous soit donnée, et l’unique direction qui puisse guider nos vies. Nous avons à affirmer, simplement mais avec conviction, que nous faisons partie de l’Église, et qu’elle transmet l’Évangile au monde. Dans la lumière de la Résurrection, dans l’Église, nous pouvons nous aimer les uns les autres !

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Troisième dimanche de Pâques — Nous sommes entrés dans l'Éternité

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Jésus ressuscité d’entre les morts se manifeste à ses disciples » ; et d’après l’Évangile, cela arrive plusieurs fois. C’est tout le sens du temps de Pâques, que de nous faire entrer toujours plus dans la joie de la Résurrection : nous rappeler que Jésus ressuscité s’est montré aux hommes, que cette Résurrection est véritable : elle n’est pas le fruit de l’imagination des disciples. « Christ est vraiment ressuscité, Il a vaincu la mort ! » Chaque dimanche nous faisons mémoire de cette Résurrection, de la joie de cette Vie nouvelle. Cette joie, rien ne peut l’égaler ; et aujourd’hui, en célébrant les baptêmes de tous ces enfants petits et grands, nous ressentons quelque chose de cette joie de la Résurrection. Le Baptême est une nouvelle naissance qui est offerte à tous les hommes. Et passer par cette naissance, comme dit Jésus, c’est « renaître d’en haut » (Jn 3,7). Toute naissance est un sujet de joie : en renaissant dans la force de l’Esprit saint, vous tous chers enfants, vous allez recevoir une joie immense (et nous aussi, qui vous accompagnons : parents, parrains et marraines, et tous les chrétiens de notre assemblée). La joie du Baptême et la joie de la Résurrection, c’est finalement une seule et unique joie, qui vient de la certitude que l’Amour de Dieu est vainqueur !

En recevant le Baptême, vous les enfants, et nous qui sommes déjà baptisés, nous comprenons que la mort n’aura plus jamais le dernier mot, puisque Jésus est ressuscité et qu’Il nous fait participer à sa Résurrection. Dans notre vie, nous cherchons le bonheur, mais il y a souvent des difficultés, des épreuves, des disputes, des malentendus, des blessures. Nous avons du mal à aimer, à pardonner et à demander pardon ; en outre, nous avons souvent peur de l’avenir. On essaie de se donner l’impression de s’en sortir tout seul, on se croit solide… mais au fond de nous, nous savons bien que le vrai bonheur est plus que cela : il ne s’agit pas simplement de “vivre au jour le jour”, mais de nous ouvrir à une nouvelle dimension. Ce ne sont pas les “petits bonheurs” de chaque jour qui font une vraie joie : notre cœur a besoin de bien davantage.
Nous avons entendu l’Évangile qui se situe peu après la Résurrection, à un moment où malgré les signes, Pierre, Thomas, les autres Apôtres, ne croient pas encore pleinement que Jésus est ressuscité (ou bien ils n’osent pas y croire). « Simon-Pierre leur dit : “Je m’en vais à la pêche” ». Après tout ce qu’il a vécu, ces trois ans passés avec Jésus et tous les signes qu’il a vus, on sent que Pierre a perdu tout espoir. Il reprend son activité ancienne, il part pêcher sur le lac ; mais il n’y a en lui aucune espérance, aucune joie. En l’absence de Jésus, la vie est triste, morose, sans intérêt, sans fruit – même après une nuit de travail, les filets restent vides. Si Jésus est absent, ce n’est pas dans la vie quotidienne que nous trouvons le bonheur : il n’y a que des activités répétitives et ennuyeuses. Il faut que Jésus vienne Lui-même donner sa présence, sa joie, pour que le travail des pêcheurs ait un résultat (et un résultat abondant !).

Cette présence de Jésus qui donne la vie, nous l’avons tous vécue, expérimentée, à un moment ou un autre de notre vie. Nous ne sommes pas faits pour une existence monotone, mais pour une vie éternelle en présence de Dieu. Vous les enfants qui avez cheminé vers le Baptême ; vous, les parents qui présentez vos petits enfants pour qu’ils soient baptisés ; et nous tous déjà baptisés, nous avons la conviction que notre vie est appelée à l’éternité. Dieu seul, en ressuscitant son Fils Jésus, peut nous donner à nous aussi de vivre comme des ressuscités, de ne plus être soumis à la fatalité de la mort et de la tristesse. Nous sommes pareillement certains que le chemin privilégié pour participer à cette Victoire du Seigneur (pour devenir éternels avec Jésus), c’est le Baptême qui nous fait « renaître d’en haut ». Être baptisés, c’est mourir et ressusciter avec Jésus, et échapper ainsi pour toujours à la mort. En ressuscitant par le Baptême, nous entrons dans l’Éternité, notre vie tout entière entre dans l’Éternité : même les petites choses, nos « petits poissons » de chaque jour, tout cela est illuminé par la présence de Jésus ressuscité. Rien ne peut combler notre cœur, sauf cette présence et cet Amour du Seigneur !

Vivre ce temps de Pâques, c’est donc entrer dans cette extraordinaire nouveauté. Tout est renouvelé, et les nouveaux baptisés eux-mêmes sont renouvelés. Jésus ressuscité vient faire irruption dans notre vie, la transformer et nous donner la vraie joie. Cette joie, nous devons la partager ! Comme les Apôtres (première lecture), auxquels on a interdit de parler de Jésus ; mais ils ne peuvent se taire, car l’Évangile est une force qu’on ne cache pas. Nous aussi, porteurs de la Bonne Nouvelle, on peut bien se moquer de nous, railler l’Église et critiquer notre foi : nous ne pouvons nous taire car Jésus s’est manifesté ! Nous sommes entrés dans l’Éternité : Jésus est ressuscité.

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Vigile de Pâques — L'homme n'a besoin que de Dieu

Avant de lire l’homélie, je peux prendre le temps de lire toutes les lectures de cette Nuit très sainte.

C’est une bien longue histoire que nous venons d’entendre, à travers les extraits de l’Ancien Testament qui sont lus à cette Vigile de Pâques. C’est l’histoire de Dieu qui crée le monde et parle aux hommes ; c’est l’histoire des hommes qui essaient de répondre à Dieu, mais qui mystérieusement, refusent souvent de vivre en sa présence et de L’aimer. C’est encore l’histoire de la foi d’un peuple, au travers des événements parfois tragiques qui jalonnent son existence. Et puis, surtout, c’est l’histoire d’une délivrance qui nous est racontée ce soir. Dieu ne veut que le bonheur et la vie de sa Création, mais l’homme choisit d’exercer sa liberté en rejetant Dieu. Si bien qu’il va falloir libérer l’homme de lui-même. Dieu ne veut qu’une seule chose : nous délivrer de ce qui nous éloigne de notre propre vocation. Il nous crée, Il sait comment nous pouvons nous diriger vers le bonheur éternel, vers l’épanouissement de notre vocation. Tout au long de cette histoire biblique, le Seigneur se penche vers l’homme pour le guider, lui indiquer le bon chemin. Et nous-mêmes à notre époque, d’une certaine manière nous faisons partie de cette histoire biblique, nous continuons le récit de l’Alliance et de la délivrance données par Dieu : ce soir, Julia va entrer à son tour dans cette Alliance en renaissant dans la Miséricorde de Dieu. L’histoire de la foi, de la délivrance, continue pour les siècles !

Pour accueillir la délivrance donnée par Dieu, il nous faut d’abord reconnaître que nous en avons besoin. Les récits bibliques nous présentent souvent des situations désespérées, comme le passage de la mer Rouge, pour nous rappeler que la puissance de Dieu dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Moïse et le peuple d’Israël sont encerclés, face à la mer, et aucun espoir n’est permis ; pourtant Dieu va réaliser l’impossible pour les délivrer du pouvoir de Pharaon. Il nous est bon parfois d’expérimenter notre impuissance : comprendre que seuls, nous ne pouvons rien. Nous ne pouvons pas nous délivrer nous-mêmes du mal et du péché. Nous ne pouvons même pas vraiment aimer avec nos propres forces : on peut essayer de vivre une certaine fraternité, un certain « vivre-ensemble » comme on dit, mais ce sera toujours limité ; et si nous refusons que Dieu nous enseigne comment aimer, nous tomberons dans l’égoïsme et la violence.
Tous seuls, nous sommes comme les Hébreux face à la mer Rouge : tristes, découragés, sans espérance. Combien de nos contemporains n’ont pas la joie de connaître la puissance libératrice du Seigneur, et vivent dans l’obscurité ; cette même obscurité où tout à l’heure, nous sommes entrés dans l’église, jusqu’à ce que les lumières de la Résurrection chassent les ténèbres !
Au cours de la Semaine sainte, de la même manière nous avons vu grandir le mal, le refus de Jésus, qui a conduit à la souffrance et à la mort. Si nous en restons à la Croix de Jésus, nous sommes tentés par le découragement. Dans les situations difficiles de notre vie, quelle espérance pouvons-nous avoir si nous n’avons pas confiance dans la puissance du Seigneur ?

Ce long chemin de foi entre Dieu et l’homme nous enseigne donc une chose essentielle : l’homme ne se trouve lui-même que dans le dialogue avec Dieu. Si nous ne recherchons pas l’Amour du Seigneur de tout notre cœur, il manquera toujours une dimension essentielle à notre vie : un monde sans Dieu sera froid, individualiste, triste, désespéré. L’image du sel, que l’on met parfois dans l’eau du baptême, est parlante : sans sel, les aliments peuvent sembler savoureux, mais en fait ils sont fades et n’apportent aucune joie. Si l’on met dans notre vie le sel de la présence de Dieu, alors – même si extérieurement on ne voit pas toujours le changement – tout sera transformé. Avec le Seigneur, notre existence a la saveur, la joie qui nous guide à tout moment. Même lorsque parfois nous nous trouvons devant des situations difficiles ou désespérées (« face à la mer Rouge »), le Seigneur saura toujours nous montrer un chemin de libération surprenant, inattendu.

Non seulement le Seigneur nous promet la saveur de sa fidélité, mais Il nous donne en même temps une famille où vivre cette joie : c’est l’Église dans laquelle ce soir, Julia, tu vas entrer pleinement par le baptême. Dieu ne veut pas nous libérer individuellement, et Il ne veut pas non plus que la saveur de notre vie soit une saveur égoïste : lorsqu’il sauve Moïse, il ouvre un chemin pour tout le peuple. C’est en étant sauvés ensemble, que nous devenons un peuple : le peuple de Dieu. Ensemble nous recevons l’adoption filiale, nous devenons enfants de Dieu et frères de Jésus, nous accueillons l’unique Esprit saint qui nous transforme. L’Église est l’image de la famille humaine réconciliée par le Seigneur. Bien sûr, nous savons que le péché est toujours à l’œuvre : cette année nous a montré douloureusement les crimes inexcusables de certains membres de l’Église, et cela nous blesse en profondeur. Mais la promesse du Seigneur reste active, agissante dans son Église. Le prophète Ézéchiel nous transmettait tout à l’heure une Parole de Dieu qui semble être dite pour nous : « Vous avez profané mon saint Nom. [Mais] je vous rassemblerai de tous les pays, je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon Esprit ». Dans l’Église, l’humanité reçoit le don de la réconciliation. Parce que le Seigneur nous donne un « cœur de chair », nous vivons réconciliés, et nous pouvons montrer aux hommes la joie de faire partie de son Église.

Oui, nous avons tellement besoin que le Seigneur nous parle ! En nous il y a une immense soif de connaître Dieu. Et que disait justement le prophète Isaïe ? « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! […] Prêtez l’oreille, venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. » Chaque année, la Vigile de Pâques nous permet d’inscrire notre désir de Dieu dans la longue histoire des hommes. Depuis que le monde est créé avec amour [première lecture], depuis que l’homme admire la beauté du monde, nous avons soif de connaître Celui qui nous donne la vie. Depuis les premiers hommes, depuis Abraham… jusqu’à Julia ! nous portons tous en nous le désir de Dieu, le désir de comprendre qui nous sommes, à l’image de Dieu.

En cette Nuit très sainte, toutes les promesses de Dieu s’accomplissent avec la Résurrection du Seigneur Jésus. En un seul événement, tout est résumé : la Création est re-créée, l’homme est délivré, réconcilié ; la mort est vaincue, le mal est absorbé par la puissance de Dieu, notre cœur est renouvelé et comblé d’Amour ; l’Esprit de Dieu est donné aux hommes, et les nouveaux baptisés deviennent enfants de Dieu. Nous n’avions besoin que de la présence du Seigneur pour atteindre le bonheur éternel que nous attendions : cette présence nous est donnée pour l’éternité. Jésus est vivant, Il est ressuscité, nous sommes libérés !