Homélies

Paroisse Sainte-Croix

Les homélies du dimanche

Voir aussi les homélies sur la paroisse Saint-Thomas de Rochebrune en cliquant ci-dessous.

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Premier dimanche de l'Avent — Prêts pour cette année nouvelle

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour.

Voici qu’avec ce premier dimanche de l’Avent, nous commençons une nouvelle année (liturgique). Cette année nous conduira à travers les Mystères de la vie du Seigneur Jésus, à commencer par sa naissance parmi nous : en Avent, nous nous préparons à célébrer la grande joie de Noël. Nous vivrons aussi le Carême, la Résurrection, l’Ascension, l’envoi de l’Esprit Saint… sans oublier toutes les fêtes des Saints dispersées dans l’année. Le calendrier, nous le connaissons. Mais il y a toute une dimension de l’année que nous ne connaissons pas, c’est la suite des événements. Que va-t-il se passer au cours de l’année ? Quelles joies, quelles peines, quelles circonstances, quels incidents traverserons-nous pendant cette année ? Il y a tant d’incertitudes de nos jours sur bien des sujets qui nous touchent : au niveau de la vie commune, des décisions publiques, mais aussi pour notre vie et celle de nos proches.

Dans toutes ces circonstances, le Seigneur ne cesse de nous dire qu’Il est avec nous, qu’Il nous conduit et qu’Il conduit le monde entier. Il va venir parmi nous à Noël, comment pourrait-on penser qu’il abandonne les hommes ? Cependant, en attendant la venue du Christ, il faut d’abord méditer sur notre attitude. Comment vivre, et que faut-il éviter, pour attendre paisiblement le Seigneur ? Je crois qu’il y a deux pièges opposés qui nous guettent.
- Le premier piège, c’est la peur ou le désespoir. En décrivant les événements à venir, Jésus ajoute que « les hommes mourront de peur ». La peur naît quand on n’a plus d’Espérance, quand on se croit conduit par des forces maléfiques : saint Paul écrit ainsi : « Il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance » (1Th 4,13). À notre époque, comme on ne sait plus quoi espérer, on se laisse conduire par la peur. Demandons-nous vraiment ce qui nous guide aujourd’hui : est-ce que parfois, nos décisions ne sont pas guidées par la peur ? La peur n’est pas la prudence : naturellement, il faut être prudent et raisonnable. Mais on dirait que la peur est partout présente, et même cultivée par certains pour nous empêcher de réfléchir vraiment. Par exemple, tel candidat aux élections nous fait peur en assimilant son concurrent à un dictateur. Ou encore, on nous fait peur sur les sujets écologiques, au point de désespérer complètement de l’avenir du monde. Plus récemment, c’est encore la peur qui nous guide face à ce nouveau virus : une angoisse contagieuse, qui a des conséquences graves sur nos relations humaines – et particulièrement sur les enfants. La peur est mauvaise conseillère ; nous devons faire preuve de sagesse et de discernement. Face aux dangers, le Seigneur nous donne son Esprit de sagesse ; et surtout, Il nous promet de ne jamais nous abandonner. Gardez la foi, « redressez-vous, relevez la tête » !
- Le second piège, opposé, contre lequel nous avertit Jésus, c’est l’endormissement : en quelque sorte, le fatalisme. Ce n’est pas de la peur, c’est de la passivité. De toute manière, pensons-nous, on n’y peut rien : à quoi bon agir, à quoi bon travailler… de toute manière ces événements arriveront. « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! » (1Co 15,32) On se comporte donc comme si notre monde était éternel. Mais en fait, c’est un enfermement sur soi-même, une attitude égoïste. Jésus nous avertit contre ce danger : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les soucis de la vie ».

L’attitude juste, c’est de se tenir prêts et sans crainte, comme le dit Jésus. Prêts pour la venue du Seigneur, prêts dès aujourd’hui pour cette année qui commence et dont nous ne savons rien. Nous suivrons le Seigneur au cours de cette année, du mieux que nous pourrons. Il nous donnera des signes de sa présence. Il y aura aussi peut-être « des signes dans le soleil, la lune et les étoiles » ; mais en tout cela, n’ayez pas peur car Il est présent !
Quoi qu’il arrive, nous sommes appelés à être ses témoins dans le monde. Certes, ce n’est pas nous qui ferons advenir sur la terre le Royaume de Dieu ! Mais à notre échelle, le témoignage d’amour des chrétiens est essentiel pour que les hommes se tournent vers Celui qui vient. « Ayez à l’égard de tous les hommes un amour de plus en plus intense et débordant », écrit saint Paul (deuxième lecture) : c’est l’amour paisible des disciples du Christ qui fera avancer le monde vers le retour de Jésus. En ce temps de l’Avent qui commence, nous nous plaçons donc dans une attitude d’attente : ni une attitude de peur (nous n’avons pas peur de notre Sauveur !), ni une attitude désinvolte qui nous ferait oublier la joie de Noël. Comme le recommande saint Paul, il s’agit de « se conduire pour plaire à Dieu » ; pour commencer cette année sous son regard de paix ; et pour attendre d’un cœur confiant le Messie qui viendra à Noël.

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Vingt-neuvième dimanche du Temps Ordinaire — Imiter Jésus dans son service

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Nous voudrions siéger à ta droite et à ta gauche, lorsque tu seras dans ta gloire ». Cette demande nous paraît un peu excessive de la part de Jacques et Jean, ces deux disciples du Christ ; mais en fait, c’est une démarche tout à fait naturelle. Après tout, qui ne chercherait pas à se placer, à assurer son avenir ? D’ailleurs, dans un autre évangile (Mt 20,21), c’est la mère de Jacques et Jean qui fait cette demande pour ses fils… Elle veille sur la carrière de sa famille ! Jacques et Jean ont été de bons disciples, ils désirent être récompensés de leurs services en obtenant une bonne place dans le Royaume de Jésus : c’est bien humain, et c’est la logique de toute vie professionnelle. Mais justement, cette demande des deux frères donne à Jésus l’occasion de les questionner sur leur conception de la vie – et de nous questionner en même temps : qu’est-ce qui est vraiment important pour nous, et quel sens voulons-nous donner à nos choix de vie ?

La logique de l’Évangile est toujours dérangeante pour nous ; elle remet en question nos conceptions. Il s’agit donc de bien comprendre la signification de ces paroles, pour orienter notre vie chrétienne. Dans le monde que nous connaissons (et qui n’a pas beaucoup changé depuis deux mille ans !), on cherche d’abord à “se grandir” soi-même ; à se distinguer, se mettre en avant, à cultiver l’image qu’on a de soi-même. Si possible, on essaie d’accumuler des biens ; on compare ses succès aux autres, et on montre clairement qu’on a mieux réussi que notre voisin. Grandir, c’est toujours un peu chercher à dominer sur les autres ! C’est ce que Jésus décrit en parlant des « chefs des nations », qui commandent et « font sentir leur pouvoir ». Cependant, nous connaissons bien aussi les conséquences de cette attitude : à toujours se comparer et vouloir dominer, on n’est jamais vraiment paisible ; on entretient les conflits, et on est triste de ne jamais arriver à monter assez haut. Ce type d’ambition ne conduit qu’à la tristesse et à la rancœur.
Or justement, le Christ Jésus est venu nous délivrer du péché, de la tristesse, des disputes et des jalousies, de ce qui conduit à la mort. Il a vaincu la mort par sa Résurrection : Il nous entraîne sur un chemin de vie en nous apprenant à aimer. Lui-même n’a pas cherché à se mettre en avant : c’est seulement par son Amour qu’Il attire les foules qui viennent L’écouter. Il nous dit qu’Il « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie » ; l’Évangile ne nous apprend qu’une seule chose : aimer et servir.
Les disciples de Jésus, comme Jacques et Jean, seront invités à entrer dans cette logique de service qui conduit au vrai bonheur. Il ne s’agit pas, évidemment, de se rabaisser, de renoncer à toute ambition, de se complaire dans la médiocrité : ce n’est certainement pas ce qu’on peut souhaiter quand on est [jeunes] [fiancés, prêts à fonder une famille]. On n’a pas envie d’une vie ordinaire, étriquée : on a le désir de vivre de grandes choses ! Oui, le Seigneur veut nous accompagner pour grandir en amour, en bonheur, en vie ; mais Il nous met en garde contre les fausses routes (la route de l’égoïsme, de l’orgueil, de la vanité) qui ne conduisent qu’à la tristesse et à la mort.

De manière pratique, comment vivre et comment grandir dans notre vocation ? Quand on est jeune, vous le savez bien : on ne grandit pas en écrasant les autres ni en voulant d’abord s’enrichir. On grandit en faisant le choix du service ; de l’amour, du don (particulièrement du pardon). Le but d’une vie “réussie”, c’est d’abord de se sentir utile, d’aimer et de donner. Et on ne peut vraiment aimer que si l’on sait déjà qu’on est aimé et sauvé par le Seigneur : il faut apprendre à garder la présence du Seigneur, cultiver le temps d’une prière fréquente.
Quand on construit un couple, il est encore plus important d’écouter cette parole du Seigneur ! Bien sûr, la plupart du temps les fiancés ne se disent pas : « Je vais dominer mon conjoint »… Mais on est tout de même souvent dans l’idée que le couple doit être gratifiant, m’apporter quelque chose : comme on le dit d’ailleurs : « On se marie pour être heureux ! ». Mais si le couple ne répond pas à tous mes désirs, alors on va penser qu’on s’est trompé, et briser l’engagement. Ce qui revient à un genre de domination sur l’autre : en quelque sorte, on pense plus à être servi(e) qu’à servir. Or fonder une famille sur l’Évangile, c’est inverser la logique : on se marie pour aimer, pour donner, pour se servir mutuellement. Et particulièrement, pour pardonner sans cesse, ce qui est le seul vrai chemin de bonheur.

Le Seigneur nous demande de servir comme Lui ; mais Il ne nous laisse pas seuls. Il nous donne surtout sa Grâce (sa force) pour accomplir cette vocation. Comme baptisés [comme mariés], l’Amour de Dieu comble nos cœurs pour imiter chaque jour le Christ Jésus. Le service, le don avec la force de l’Esprit saint : voilà l’unique chemin qui conduit au bonheur !

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Vingt-septième dimanche du Temps Ordinaire — L'Alliance de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

C’est évidemment une grave question qui est posée à Jésus, autour du mariage et du divorce. Les pharisiens abordent ce sujet « pour le mettre à l’épreuve », ce qui n’empêche que nous pouvons avoir les mêmes questionnements : comme il y a deux mille ans, l’amour de l’homme et de la femme reste un mystère. Ce qui est certain, c’est qu’au-delà des questions juridiques (« A-t-on le droit, est-il interdit… »), la séparation de deux personnes qui s’aiment est toujours une tragédie : il faut donc tout faire pour éviter que cela n’arrive. On veut nous faire croire que c’est un événement normal et même parfois souhaitable, que tout peut bien se passer, que chacun « reprend sa liberté »… mais la vérité est que c’est une blessure, un constat d’échec. C’est pour cela que les paroles de Jésus semblent assez “radicales” sur ce sujet : avant tout, Dieu ne souhaite pas que les cœurs de ses enfants soient blessés.

Ce qui est évident, c’est que les jeunes couples, quand ils vivent l’immense joie de s’engager dans l’aventure du mariage, ne songent pas au divorce. Ils exultent de se donner pleinement l’un à l’autre ; et s’ils sont chrétiens, ils se réjouissent que l’Amour de Dieu soit à la source de leur amour. Ils reproduisent l’émerveillement d’Adam, qui trouve enfin avec Ève quelqu’un de semblable, d’une égale dignité : « Voilà la chair de ma chair ». Les mariés ne prévoient pas l’échec : ils veulent de tout leur cœur s’aimer jusqu’à la mort. Ils ne veulent pas « reprendre leur liberté », mais ils se la donnent l’un à l’autre : « Ma liberté t’appartient désormais, je suis à toi ».
En réalité, tout cela est inscrit dans notre cœur par Celui qui nous a créés. Nous sommes faits pour aimer ! L’homme et la femme sont créés pour s’aimer l’un l’autre d’un amour sans retour, comme le dit encore la Genèse que Jésus cite : « L’homme s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront qu’une seule chair ». Le projet de Dieu sur l’homme, c’est qu’il s’engage dans l’amour ; qu’il aime librement, durablement, avec persévérance. Le cœur humain est fait à l’image de Dieu qui est Amour entre le Père, le Fils, le Saint-Esprit : notre cœur n’est pas fait pour l’éphémère, mais pour l’infini ! Et tout ce qui brise le don de l’amour, toute séparation, est aussi une blessure pour le Cœur de Dieu. Nous ressentons bien cela face aux tentations que nous propose la société actuelle : on veut nous faire croire que le bonheur se trouve dans le mouvement perpétuel, dans la satisfaction des désirs immédiats et dans le rejet de ce qui vieillit… mais au fond de notre âme, quelque chose nous dit au contraire que la vraie joie est un long chemin de persévérance, de constance. Les changements incessants ne rendent pas heureux ! Être soumis à ses désirs et à ses instincts ne fait pas grandir notre cœur. Nous devons nous interroger, non seulement sur notre manière d’aimer nos proches, mais aussi sur notre manière d’être : assiduité, fidélité, volonté de durer dans les épreuves – ou au contraire inconstance, instabilité. Vivons-nous fidèlement comme des enfants de Dieu ? En fait, ce que nous dit le Seigneur Jésus sur le mariage correspond plus largement à une manière de se comporter, un “style de vie” évangélique qui conduit au vrai bonheur dans la durée.

Ce qui donne un sens à tout cela, c’est l’Alliance que Dieu fait avec nous. Toute la Bible n’est qu’une succession d’Alliances entre le Seigneur et son peuple ; et ces Alliances nous montrent la persévérance de l’Amour de Dieu. Il ne cesse de renouveler son engagement avec le peuple d’Israël, surtout lorsque celui-ci est infidèle ; au fil de l’Histoire biblique, Dieu pardonne, s’engage, vient en aide aux Israélites dans leurs détresses. Et ces Alliances successives s’accomplissent pleinement lorsque le Fils de Dieu se fait homme pour nous : l’Épître aux Hébreux nous disait que Jésus et nous-mêmes avions « même origine », qu’Il était notre frère, et donc qu’Il s’était engagé dans sa Passion, sa mort et sa Résurrection. Dieu nous montre que son Alliance n’est pas éphémère, qu’Il ne change pas d’avis ; quand Il aime, le Seigneur n’accepte pas l’échec ! À son image, nous apprenons à durer, nous recevons la persévérance, la fidélité. Notre foi est fondée sur l’Alliance irrévocable du Seigneur, nous savons qu’Il ne nous abandonnera jamais ; avec Lui nous comprenons le vrai sens d’un amour qui ne renonce pas, un amour fidèle à l’image de l’Amour de Dieu.

Oui, notre relation avec le Seigneur est le fondement de toute relation. Si nous aimons le Seigneur avec fidélité, nous apprenons à aimer (notamment dans le couple) avec la même fidélité. L’alliance des époux, nous redit Jésus, est à l’image de l’Alliance que Dieu conclut avec nous. Il y a des épreuves et des difficultés, dans la vie de couple comme dans la vie de foi ! Mais avec la grâce du Seigneur, l’échec n’est jamais une fatalité. « Ce que Dieu a uni – ce que Dieu a consacré par son Alliance –, que l’homme ne le sépare pas ! ».

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Vingt-et-unième dimanche du Temps Ordinaire — Choisir de nous mettre à son écoute

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Nous avons entendu la fin de ce chapitre de l’Évangile selon saint Jean, à propos du Pain de vie. Jésus, peu à peu, a développé son enseignement pour nous dire à quel point Il nous aime : Il veut nous nourrir de sa Chair, c’est-à-dire de sa présence, tous les jours de notre vie pour nous conduire à Lui. Mais il semble que ce discours soit mal accueilli : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? ». À la fin de son enseignement, Jésus renvoie donc chacun à sa liberté. Croire en Lui, ou ne pas croire ; accueillir ses paroles, ou les rejeter. Certes, son enseignement est nouveau, dérangeant, et même apparemment scandaleux – car il s’agit de manger la chair et de boire le sang de quelqu’un ! Mais allons-nous en rester aux apparences ? En écoutant ces paroles, acceptons-nous d’aller plus loin que notre étonnement ? Avec Jésus, il faut toujours approfondir, et méditer pour bien comprendre. Ses paroles sur le Pain de vie sont le point d’orgue d’un message d’Amour que personne n’avait jamais entendu auparavant : à nous de recevoir ce message, et de le laisser transformer notre vie.

Si nous décidons d’être disciples de Jésus, il s’agit de nous mettre à son écoute. C’est l’attitude centrale du croyant, attitude de confiance et d’écoute. La Bible est pleine d’exemples (et aussi de contre-exemples !) de foi et de confiance en Dieu. Au fil des siècles, tant d’hommes et de femmes se sont mis à l’écoute de la Parole du Seigneur, en sachant que cette Parole allait les déranger, les faire sortir de leur cadre familier. Depuis Abraham qui a quitté son pays natal, avec Moïse, Élie, tous les prophètes, le Seigneur nous invite sans cesse à cette écoute. Jamais Il n’impose une décision par autorité, jamais Il ne demande la soumission aveugle : c’est toujours à un choix libre que l’homme est appelé. Choisir d’écouter Dieu, c’est une orientation qui qualifie toute une vie. Nous sommes dans la foi, c’est-à-dire que nous ne voyons pas clairement la présence du Seigneur ; mais ce qui guide le choix de l’homme, c’est l’Espérance et la confiance. Un jour nous verrons Dieu face à face dans l’Éternité, et nous connaîtrons pleinement Celui qui nous invite à Le suivre !
L’essentiel lorsque nous choisissons de nous mettre à la suite du Seigneur, c’est d’entretenir une relation fidèle avec Lui : Le connaître, Le prier. Il ne s’agit pas seulement de “prendre une bonne résolution” comme on le fait au début d’une année : par exemple se dire que désormais on sera plus gentil avec les autres… La foi est une relation avec le Seigneur, relation qui se compose d’échanges, de paroles et d’écoute. Prier n’est pas seulement demander des choses, c’est se mettre à l’écoute : faire silence pour entendre le Seigneur. Il nous parle depuis que nous avons reçu la vie, Il se fait connaître à nous et nous apprend le sens de notre vie. La foi nous décentre de nous-mêmes, pour nous aider à voir les choses avec le regard de Dieu.

Mais la foi n’est pas seulement une relation “à deux” entre Dieu et moi : c’est un chemin avec les autres, une route de concorde, de paix, d’amour. Choisir de nous mettre à l’écoute du Seigneur, engage aussi nos relations humaines. Nous avons entendu (première lecture) la décision de Josué, successeur de Moïse : « Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur ». Dans le cadre du peuple d’Israël, la famille large de Josué décide de rejeter les faux dieux, et de servir Celui qui les a libérés d’Égypte. Ensemble, nous prenons la décision de faire confiance à Dieu. Je ne suis pas croyant “tout seul”, comme si cela ne regardait que moi et comme si cela ne changeait rien dans mon comportement extérieur : cette foi, cette écoute du Seigneur, je la partage avec ceux qui me sont proches.
La foi crée des liens profonds, car nous nous mettons ensemble à l’écoute de la même Parole d’amour. Il faut connaître cette expérience extraordinaire de l’amitié dans la foi ! Il ne s’agit pas d’une bande de copains réunis par le goût d’un sport, mais d’une relation en vérité fondée sur ce qu’il y a de plus profond dans notre âme, la ressemblance avec notre Dieu. Seule la foi partagée nous fait entrer dans cette relation si intense, parce qu’elle est basée sur la Vérité. Et c’est aussi ce modèle de relation qui unit les époux, comme nous l’a dit saint Paul tout à l’heure : de même que le Christ aime son Église, l’époux et l’épouse sont rendus capables de s’aimer jusqu’au bout, puisque c’est l’Amour de Dieu qui les unit.

Oui, la Parole de Dieu peut nous réveiller, nous déranger ; elle nous semble parfois difficile à comprendre – comme dans l’Évangile d’aujourd’hui. Mais elle nous est donnée pour connaître le Seigneur, et pour comprendre qui nous sommes vraiment. Ensemble, librement, choisissons de nous mettre à son écoute ; accueillons cette Parole, seul chemin de vie et de paix pour tous les hommes !

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Dix-huitième dimanche du Temps Ordinaire — Libres en recevant le pain de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là ! », demande la foule à Jésus. Ce dimanche, comme chaque dimanche, nous avons à reconnaître que nous avons faim, et que seul le Seigneur peut combler notre faim. Au milieu de la lecture suivie de l’Évangile selon saint Marc, que nous parcourons cette année, nous nous interrompons pendant cinq semaines pour lire le chapitre sixième de saint Jean, sur l’Eucharistie et le Pain de vie : cela a déjà commencé dimanche dernier, avec le récit de la multiplication des pains. Jésus est Lui-même le Pain de vie : Lui seul peut rassasier notre désir d’Amour et de Vie éternelle, car Il est le seul Pain venu du Père pour nous sauver. « Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde ».

Nous sommes le Peuple de Dieu, c’est pourquoi il nous est essentiel de recevoir le Pain de Dieu ; sans ce Pain, nous ne pouvons pas vivre. Depuis que le Seigneur a commencé à se révéler à son peuple Israël, Il n’a cessé de le nourrir de sa Parole : car « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8,3 ; Mt 4,4). Et nous avons assisté, dans la première lecture, à une scène décisive pour Israël : celle où Dieu accomplit un prodige (qui durera quarante ans !) pour le nourrir de la manne.
Cependant, il faut revenir un peu en arrière pour comprendre le sens de cet événement de la manne. Israël est sorti d’Égypte, il a été libéré de l’esclavage par Dieu… et pourtant, nous avons entendu ses récriminations. Apparemment, les Israélites regrettent leur servitude ! « Il aurait mieux valu mourir en Égypte, auprès des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété », disent les Hébreux. Effectivement, la liberté semble s’accompagner de la famine ! Est-ce que cela signifie que Dieu a abandonné son peuple une fois que la mer Rouge est franchie ? Et qu’Israël préférait l’esclavage en Égypte, parce qu’on y mangeait à sa faim ?

Le don de la manne n’est pas un don comme un autre. La manne, dans le désert, est le signe de la dépendance essentielle du Peuple envers son Dieu – comme l’Eucharistie est le signe de notre dépendance envers le Seigneur. Le peuple d’Israël devra comprendre qu’il ne sera jamais vraiment libre vis-à-vis du Pharaon et de l’esclavage d’Égypte, s’il n’est pas d’abord dépendant de Dieu : lié par une Alliance irrévocable avec le Seigneur, seule source de liberté. Être libre consiste en premier lieu à se libérer de ses propres esclavages : qui ne sont pas extérieurs, mais surtout intérieurs : attachements aux biens matériels, à la prospérité, au confort, dépendance vis-à-vis des moyens de communication, recherche de plaisirs, de distractions, orgueil, estime de soi-même, mensonges… Tout cela forme nos servitudes ; elles sont souvent volontaires, mais cela ne les rend pas moins dangereuses ! Il n’y a de vraie libération que si l’on se met résolument à chercher la Vérité (c’est-à-dire à chercher Dieu), et à agir selon la Vérité. Personne ne peut être libre dans le mensonge, l’égoïsme, l’adoration des biens matériels. Pour être libéré, il s’agit donc de se placer clairement sous le regard de Dieu, accepter de dépendre de Lui, rejeter le mal, le péché, le mensonge. Et éventuellement, renoncer à une situation ou à un avantage matériel, comme les Israélites ont dû renoncer au petit confort des « marmites de viande » pour vivre du pain de Dieu. La liberté a parfois un prix !

Ce qu’a appris le peuple d’Israël dans le désert, c’est ce que nous avons sans cesse à apprendre. La liberté n’est jamais donnée une fois pour toutes : elle se construit, elle grandit, elle est toujours à réparer. On n’est jamais définitivement libre (sauf une fois qu’on est parvenu dans le Royaume de Dieu !). Le plus proche que nous puissions rencontrer d’un homme libre, c’est sans doute un moine âgé, usé par une vie de prière, et dont le sourire exprime qu’en renonçant à tout le reste, il a trouvé la liberté authentique. Mais si quelqu’un vous dit avec orgueil qu’il est libre tout seul, qu’il fait ce qu’il veut sans en rendre compte à personne, ne le croyez pas ! Il est dans l’illusion d’une liberté égoïste, il obéit en fait à ses propres caprices. Comme l’écrivait tout à l’heure saint Paul aux Éphésiens, il est « l’homme ancien, corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur ».

La vraie liberté n’est pas égoïste, elle naît de l’Amour de Dieu et du don dans la Vérité. Si nous refusions d’être nourris par le Seigneur, cela voudrait dire que nous rejetterions l’Amour, comme les Israélites qui préféraient la viande des Égyptiens à la liberté de Dieu. Nous ne parviendrons à la vraie liberté qu’en imitant le Christ : Il a été le plus libre des hommes en allant jusqu’au bout du don de soi, dans l’Amour et la Vérité. Que l’Eucharistie, le Pain de vie, nous fasse vivre en enfants de Dieu, de plus en plus libres à l’imitation de Jésus.

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Onzième dimanche du Temps Ordinaire — La vie imprévisible

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

En ce printemps où les plantes poussent avec abondance, où les jardins deviennent prolifiques, fourmillants de vie, Jésus nous parle justement de croissance des arbres et des plantes. Pour ceux qui L’écoutent, Il utilise des images simples, des images de graines, de semailles, d’épis et de moissons ; mais ces images sont pleines de richesses si nous voulons bien les comprendre. À l’époque de Jésus bien sûr, les mécanismes de la vie (que ce soient les plantes ou les animaux) restaient presque inconnus : on ne savait pas du tout comment les êtres vivants naissent, grandissent, meurent. Cela donnait sans doute plus de foi aux hommes, qui s’en remettaient entièrement à Dieu pour leurs récoltes ! Aujourd’hui, nous sommes pleins de science, et nous croyons pouvoir nous passer du Seigneur pour notre vie sur terre… mais en même temps, certains épisodes – comme la pandémie actuelle – nous rappellent que l’homme n’est pas tout-puissant. Méditons donc les paroles qui nous sont données, car elles apportent une Sagesse qui est toujours actuelle.

Le prophète Ézéchiel, tout à l’heure, a utilisé lui aussi l’image d’un arbre : il s’agissait d’un petit rameau qui devenait un cèdre immense grâce à la puissance du Seigneur. À l’époque, le peuple d’Israël était déporté à Babylone, et les promesses du Seigneur semblaient avoir été oubliées : est-ce que Dieu avait abandonné son peuple, est-ce que l’Alliance était rompue ? Les paroles d’Ézéchiel redonnent l’espérance au peuple déporté : car elles lui disent que la puissance de Babylone n’est pas éternelle. Dieu est Celui qui « renverse l’arbre élevé », dit le prophète, et qui fait un grand arbre à partir d’une simple branche ; Celui qui « fait sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec ». Il est le Maître de la vie et de la mort, Celui en qui se trouve la vraie puissance. Cela nous rappelle le cantique de la Vierge Marie : « Il renverse les puissants de leur trône, Il élève les humbles » (Lc 1,52). C’est en quelque sorte la loi de la nature et de la vie : loi souvent incompréhensible. Nous avons tous vu avec surprise une petite plante, une petite graine, grandir très rapidement ; et inversement, une vie qui paraissait puissante, invincible, décliner très vite – cela peut être vrai pour les plantes, mais nous le constatons aussi avec douleur, parfois chez des personnes que nous aimons.
Ce Mystère, c’est le Mystère de la vie. Nous avons certes fait des progrès extraordinaires dans le domaine biotechnologique, mais la vie reste un mystère pour l’homme ; et ce mystère nous renvoie à notre vie intérieure, où l’Esprit saint agit de manière silencieuse et mystérieuse. Nous ne sommes pas les maîtres de la vie, nous recevons cette vie comme un don de Dieu. C’est évidemment le défi principal de notre époque : l’homme, appuyé sur son intelligence et sa science, se croit maître de tout ; il pense qu’il n’est plus soumis aux difficultés de la nature, il croit avoir dépassé les exigences du monde où il vit. Le retour de l’écologie chrétienne, avec le Pape François, rappelle justement aux hommes qu’ils ne sont pas tout-puissants. Si l’homme devient déraisonnable, s’il oublie de respecter les lois de la Création et les lois de sa propre nature humaine, alors tout le monde en souffre. La démesure, l’orgueil de celui qui veut se créer soi-même, finit par faire oublier Dieu : et cela débouche sur le malheur.

Par ces images de plantes et de croissance, le Seigneur nous donne donc un enseignement spirituel : nous ne sommes pas créateurs, nous ne pouvons pas maîtriser notre vie. La vie est imprévisible, elle est pleine de surprises – agréables ou douloureuses. Or nous avons du mal à supporter l’imprévu, le non-maîtrisé ; nous voulons fabriquer, nous voulons créer, planifier, prévoir. Pensons à ce slogan : « Un enfant quand je veux, comme je veux » ! C’est vrai dans le domaine de la vie, et les débats actuels à l’Assemblée nationale montrent la folie de cette attitude ; mais c’est vrai aussi dans nos relations humaines. Est-ce que nous acceptons la différence, l’inattendu de la part des autres ? Est-ce que nous savons vraiment accepter l’autre tel qu’il est, au lieu d’essayer de le maîtriser ou de l’enfermer dans des cases ? Nos proches ne correspondent pas toujours à ce qu’on attend d’eux : chaque personne est un “arbre” d’une espèce différente, avec un rythme de croissance différent ! Le Seigneur est seul Maître de la vie : nous ne devons pas tenter de mettre les autres “sous serre” pour les domestiquer…

Le Seigneur Jésus nous parle donc des « petites graines », que nous semons et qu’Il fait grandir : nous apportons ces petites graines par notre travail quotidien. Le Règne de Dieu commence quand nous acceptons la manière dont ces graines germent et grandissent : non pas comme nous le voulons, mais selon le projet du Seigneur.
Son Amour est vivant : Il agit toujours de manière imprévisible !

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Fête de la Très Sainte Trinité — Créés à l'image de la Trinité

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette fête.

Une semaine après la Pentecôte, nous entendons à nouveau le Seigneur Jésus nous envoyer en mission. « Allez ! Faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit ». Mais cette fois-ci, l’Église nous invite à méditer sur le contenu de notre mission. Qu’est-ce que cela veut dire, « faire des disciples » ? Disciples de qui, de quoi ? Comme il s’agit de baptiser « au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit », c’est le Mystère de la Sainte Trinité qui nous est proposé en ce dimanche. La fête d’aujourd’hui n’est pas le souvenir d’un événement comme Pâques ou la Pentecôte : c’est un appel à nous arrêter pour contempler, pour revenir au centre de notre foi. Nous croyons bien sûr en un Dieu unique, le Dieu qui s’est fait connaître au peuple d’Israël pendant des siècles ; mais ce Dieu, voilà qu’Il se révèle à nous comme Père Créateur ; comme Fils, Jésus le Christ venu nous sauver ; et comme Esprit, répandu sur les hommes. Cette révélation mérite bien un dimanche pour l’accueillir !

Le premier émerveillement de notre foi, c’est d’abord que Dieu se révèle à nous dans son intimité. Comme Jésus nous le dit, « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis » (Jn 15,15) : Dieu veut que nous soyons ses amis, et pour cela Il nous dit qui Il est. Dans d’autres traditions religieuses (y compris certaines très présentes autour de nous), Dieu est finalement le “grand inconnu” : il s’agit juste d’obéir à ses lois, à ses préceptes, à ses rites, à ses interdictions… et l’homme devient juste, même sans connaître Dieu. Mais Jésus est venu nous révéler un Dieu tout différent : un Dieu qui ne veut pas des serviteurs qui obéissent aveuglément, mais des amis qui Le connaissent. Un Dieu qui veut se laisser aimer, qui veut que nous vivions dans son Amour ; et comment pourrait-on aimer Dieu sans Le connaître ? Comment peut-on avoir des amis si on ne se connaît pas, si on ne partage pas ce qui nous fait vivre, nos joies, nos peines ?
Ce Dieu qui nous connaît personnellement, veut que nous Le connaissions personnellement. Déjà, dans l’Ancien Testament, Moïse redisait son émerveillement (première lecture) : « A-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu, comme toi, la voix de Dieu ? ». Dieu parlait déjà à son peuple, le guidait sur son chemin, lui donnait une orientation ; et ainsi le peuple d’Israël a été avisé, prospère, il a été témoin de la Sagesse de Dieu. À une époque où les autres nations adoraient des dieux cruels et incompréhensibles, Israël a enseigné l’amour du Dieu unique, le Dieu qui veut être connu et aimé des hommes. C’était l’émerveillement des prophètes ; et nous qui avons la plénitude de la Révélation, nous devons être encore plus admiratifs, éblouis devant ce qui nous est donné !

Or nous-mêmes, comme nous le dit Jésus, nous avons été « baptisés au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit » : nous avons été marqués du signe de la Trinité. En connaissant qui est Dieu, nous savons en même temps qui nous sommes, puisque nous sommes créés (et recréés) à l’image de Dieu Trinité. Si l’homme était créé par un Dieu inconnu, il serait dans l’obscurité, il ne pourrait pas comprendre le sens de sa vie ! Mais nous sommes images de la Trinité, et cela change tout : nous sommes appelés à la communion, à l’amour, au don. L’Amour entre le Père et le Fils, Amour infini, c’est le Saint-Esprit : et nous, nous recevons l’Esprit, comme nous le disait saint Paul (deuxième lecture), pour entrer dans cet Amour et devenir fils de Dieu, frères de Jésus. Nous sommes faits pour cette communion d’amour infini, c’est là que nous trouvons notre accomplissement.
Célébrer la Très Sainte Trinité, c’est donc être éclairés sur notre manière de vivre : à l’image de la Trinité, notre vocation est l’amour. Nous ne pouvons pas nous résigner aux conflits, aux discordes : l’homme n’est pas fait pour la dispute, mais pour la réconciliation et la communion. Avec l’amour que nous recevons de l’Esprit saint, nous pouvons donc être facteurs de réconciliation entre nos frères : comme Jésus Lui-même qui est venu pour nous réconcilier avec le Père. Et Dieu sait que le monde d’aujourd’hui a besoin de réconciliation !

Finalement, en célébrant la Trinité, c’est aussi notre vocation éternelle qui s’éclaire. Nous sommes appelés à vivre au cœur de Dieu, au cœur de la Trinité. Le Dieu Père, Fils, Saint-Esprit, se fait connaître maintenant, pour que nous Le connaissions dans l’éternité. Il s’agit d’abord de connaître Dieu, de vivre en « amis de Dieu » ; et tout le reste, le pardon, la joie, la générosité, viennent naturellement puisque ce sont des dons de Dieu. Levons les yeux vers le Père, le Fils, le Saint-Esprit, Dieu qui nous donne la vie ; et recevons l’Amour de la Trinité !

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Ascension du Seigneur — Dieu en nous, et nous en Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

Voici donc qu’après quarante jours de présence au milieu de ses disciples, le Seigneur Jésus « est enlevé au ciel et s’assied à la droite de Dieu » son Père. Il était descendu du Ciel, Il s’était fait homme au milieu de nous pour nous apporter la présence de Dieu. Il a pris sur Lui nos péchés, est mort, est ressuscité pour nous donner la Vie éternelle ; et maintenant, il semble qu’Il nous quitte à nouveau. Les disciples sont donc désemparés, et on les comprend ! Comme lorsque Jésus est parti pour la Croix, ils se sentent abandonnés et solitaires dans ce monde qui a rejeté leur Maître. Que vont-ils faire désormais ? Comment vivre en disciples de Jésus, si Jésus est absent ? Comme tout croyant – et comme nous-mêmes –, les disciples sont affrontés à la question de l’absence. Dieu est-Il vraiment présent dans ce monde ? Ou bien est-ce une illusion, et devons-nous nous débrouiller tout seuls pour vivre notre vie ?

Ce qui est certain, c’est que Jésus n’abandonne pas ses disciples. Il n’a pas vécu toute sa vie, ses souffrances et sa mort, pour nous laisser tomber à la fin ! Dans ses paroles, on comprend très bien qu’il y a un rapport entre son départ vers le Père, et l’envoi de l’Esprit saint. « Si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous » (Jn 16,7) ; « Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous » (première lecture). Tout à l’heure, nous entendions saint Paul dire que Jésus était « monté » pour faire des dons aux hommes. Lui, le Fils de Dieu fait homme, remonte vers son Père et entraîne avec Lui notre humanité : nous sommes irrémédiablement liés à Dieu, et pour toujours puisque Jésus, notre frère, est éternellement auprès du Père. Le don qui nous est fait, c’est de participer pour l’éternité à la Vie de Dieu. L’Ascension n’est pas un départ, comme un ami qui s’en va pour toujours : c’est un échange entre Dieu et nous. Avec Jésus, nous demeurons en Dieu ; et par l’Esprit saint qui va nous être donné, c’est Dieu qui demeure en nous.
Il a sans doute fallu du temps aux disciples pour comprendre cela, mais nous ne sommes pas abandonnés par Jésus. Bien au contraire ! La venue de Jésus auprès du Père est la condition pour une nouvelle présence de Dieu dans notre monde : une présence qui n’est plus seulement limitée à un endroit et à un moment (comme Jésus en Galilée il y a deux mille ans), mais une présence universelle et illimitée. Désormais, le Seigneur ne s’éloignera jamais de nous, puisque nous-mêmes nous sommes auprès de Lui et que son Esprit est en nous. Rien n’est impossible aux disciples du Christ, et rien ne peut les effrayer ! Il nous suffit de tourner le regard vers Jésus, comme nous allons le faire dans un instant en célébrant l’Eucharistie. Il ne s’agit pas juste de « regarder vers le ciel » en attendant on ne sait quoi, comme les anges le reprochent aux Apôtres après l’Ascension ; mais de contempler Celui que nous connaissons, Celui qui nous donne la Vie et nous envoie annoncer l’Évangile.

Alors maintenant, que faire ? On peut imaginer que les disciples se posent cette question lorsque Jésus a disparu. Faut-il reprendre une vie normale, en attendant – comme ils le demandent à Jésus – qu’Il « rétablisse le royaume pour Israël » ? Les Apôtres vont recevoir une force, celle du Saint-Esprit : cette force ne sera pas donnée pour attendre, mais pour agir dans le monde. Les dons dont parlait saint Paul tout à l’heure, ce sont « les Apôtres, les évangélisateurs, les prophètes »… L’Église est créée pour transmettre la présence de Jésus, le don de l’Esprit saint, aux hommes. En remontant vers son Père, Jésus nous lance un appel pressant à l’évangélisation : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création ». Cet appel nous concerne tous, et il est marqué par l’urgence : car connaître Jésus n’est pas “superflu”, comme s’il était seulement là pour nous donner un peu de vie spirituelle. Ce qui est en jeu, c’est notre salut éternel : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné ». À travers les images des serpents et du poison (« Ils prendront des serpents dans leurs mains… »), Jésus parle du mal, du refus, du péché : de tout cela, ses disciples seront vainqueurs puisque Lui-même est au Ciel près de son Père.

Depuis le jour de l’Ascension, Jésus est donc présent d’une manière nouvelle. Il ne s’éloigne pas de nous ; nous Le rejoignons auprès du Père, et Il est en nous par le don de l’Esprit. Il agit avec puissance dans son Église, pour délivrer les hommes et leur donner la Vie. Comme le constatent les disciples, nous ne savons pas quand le Seigneur reviendra définitivement ! Mais en attendant, l’Esprit saint donne la réconciliation, la joie, la paix.

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Sixième dimanche de Pâques — Aimer, c'est donner la vie

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Aimez-vous les uns les autres ». Tout à l’heure, dans sa première Épître, saint Jean nous redisait ce qu’il avait appris auprès de Jésus, et que nous venons d’entendre : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres ». En ce sixième dimanche de Pâques, pour nous préparer à l’Ascension et à la Pentecôte, l’Église nous parle donc d’amour ! Amour qui vient de Dieu, Amour qui est fruit de la Résurrection et don de l’Esprit-Saint. Jésus parle sans cesse de l’Amour du Père ; et lorsqu’Il n’en parle pas, Il le donne avec abondance à travers ses actes, ses gestes, ses guérisons. L’Amour vient de Dieu, nous dit Jésus, et il est transmis avec une infinie générosité aux hommes par le Fils de Dieu : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». Enfin, la mission des disciples du Christ est de répandre cet Amour, d’en faire le fondement de notre vie : « Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Si nous entendons parler d’amour aujourd’hui, il s’agit donc de ne pas en rester à la dimension sentimentale des “histoires d’amour”, mais de comprendre vraiment ce que veut nous dire le Seigneur. Aimer, on en parle beaucoup, mais qu’est-ce que c’est exactement ? Pour beaucoup, aimer signifie plus ou moins “se faire plaisir” : c’est un amour centré sur soi-même, qui cesse dès qu’il y a une difficulté. On peut même détourner, pervertir l’amour, comme aujourd’hui on nous fait croire que, “par amour”, on pourrait mettre fin à la vie d’une personne malade.
Jésus seul, par sa mort et sa Résurrection, nous enseigne la vérité de l’amour. Sur la Croix Il a donné sa vie par amour pour nous. Et par la Résurrection, nous entrons vraiment au cœur de l’Amour de Dieu, car c’est un amour qui donne la vie. Aimer, c’est donner la vie. C’est la profonde vérité de l’Évangile, comme Lui-même vient de l’annoncer à ses disciples : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Jésus, en donnant sa vie, nous a donné la Vie éternelle.

Le fait que l’amour donne la vie, ce lien intime entre l’amour et le don de la vie, est inscrit profondément dans notre nature. Le premier exemple, bien sûr, c’est la transmission naturelle de la vie : par un geste d’amour, l’homme et la femme peuvent donner la vie à ceux qu’on appelle à juste titre les ”fruits de leur amour”. Le don de soi, le don mutuel, engendre la vie – et ce n’est pas un hasard de la biologie ! Plus largement, tout acte d’amour, tout geste de miséricorde, est un don de vie. Pensons aux personnes malades, solitaires, à ceux qui ne comprennent plus le sens de leur vie : un simple geste d’amour, un regard de sollicitude, peut rétablir la dignité d’une personne et la rendre à nouveau vivante en plénitude. Chacun de nous, par le don de la miséricorde, est capable de redonner la vie ! L’Évangile nous rappelle sans cesse que nous sommes à l’image de Dieu (« Dieu est amour »), appelés à aimer comme Dieu aime ; et appelés à donner la vie par chacune de nos actions, comme Dieu donne la Vie à ses enfants. Dieu est le seul Créateur, Il est l’unique source de vie ; mais en même temps Il nous permet de coopérer à ce don de la vie. Le seul amour qui mérite ce nom, le seul amour qui ne soit pas égoïste ou narcissique, c’est l’amour qui répand la vie autour de nous.

L’Amour véritable est donc un amour concret, un amour qui s’exerce dans la réalité de nos relations et qui donne la vie. Comme le dit le proverbe, « il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour » ! Autrement dit, on peut bien répéter à quelqu’un : « Je t’aime » ; si cet amour ne se manifeste pas dans le concret de la vie, il est mensonger. Concrètement, Jésus nous dit : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour » : les commandements de Jésus sont certes exigeants (car il s’agit d’aimer en toutes circonstances, de ne jamais laisser l’égoïsme prendre le dessus) ; mais ils sont surtout une réponse à l’Amour de Dieu, et c’est pourquoi ils sont faciles à observer. Donner la vie, faire grandir nos frères, est source de joie ! Dans la réalité de la vie quotidienne, aimer, c’est donc d’abord se laisser aimer par Dieu ; et répondre à cet Amour en aimant le Seigneur, en Le priant, en répandant autour de nous la Miséricorde de Dieu.

« Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est Lui qui nous a aimés » (deuxième lecture). Il nous a tellement aimés, qu’Il nous a donné la Vie par sa Résurrection. À nous, en ce temps de Pâques, de continuer à être témoins de ce don de la Vie ; par notre manière de vivre, par le don de notre amour, à nous de répandre dans le monde la Vie de Jésus ressuscité.

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Cinquième dimanche de Pâques — Branchés sur Jésus

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Après l’image du bon Berger que Jésus a employée dimanche dernier, c’est une autre image qu’Il nous invite à méditer en ce cinquième dimanche de Pâques : l’image de la vigne et des sarments (c’est-à-dire des branches de la vigne). Les images qu’utilise Jésus sont toujours d’une très grande simplicité… et en même temps d’une immense richesse ! Nous comprenons ce dont il s’agit : avec le bon Berger, Jésus se présentait comme Celui qui nous conduit dans un monde parfois difficile et obscur. Avec l’image de la vigne, Jésus nous indique encore qu’Il ne veut pas seulement nous guider “de l’extérieur”, mais que c’est en nous qu’Il agit, au plus profond de notre cœur. Le Christ est ressuscité pour nous faire vivre de sa vie, et cette Vie éternelle ne cesse de couler en nous comme le sang dans nos veines, ou comme la sève dans les branches d’une vigne.

La Résurrection, c’est un événement unique, mais c’est aussi quelque chose qui traverse les siècles. Jésus est ressuscité pour tous les hommes de tous les temps : Il vit éternellement pour nous faire vivre aujourd’hui. Il ne faudrait jamais cesser de nous émerveiller de ce don de la Vie : parce que Jésus est ressuscité, nous vivons d’une vie nouvelle. Comme le dit saint Paul aux Romains (6,11), nous sommes « morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus-Christ ». Être disciples du Christ, être passés par le Baptême, c’est être renouvelés par la Résurrection, libérés du péché et vivants par Jésus. Nous ne devons pas nous laisser attiédir par l’habitude, ou par les opinions contraires ! Beaucoup de nos contemporains voient la foi chrétienne comme une sorte de morale, une liste de commandements ; ou bien comme une consolation face aux difficultés de la vie ; ou encore, comme une histoire du passé, quelque chose de périmé… Mais être chrétien, c’est d’abord être connecté à Jésus, “branché” sur Jésus.
Nous avons entendu la comparaison de l’Évangile : la manière simple de traduire cette connexion à Jésus dans la civilisation rurale de l’époque, c’est bien sûr l’idée de la sève dans l’arbre ; cela pourrait être aussi l’image d’un bras ou d’une jambe, qui meurent s’ils sont coupés de leur source. À notre époque, d’autres comparaisons se présentent : par exemple, nous savons bien à quel point nous sommes dépendants de l’eau, de l’électricité ou même de la liaison à Internet… Et nous voyons à quel point certains sont perdus, voire paniqués, si leur connexion au réseau est en panne. Ces biens de consommation sont tellement partagés aujourd’hui qu’ils nous semblent absolument nécessaires : l’idée d’en être privés nous angoisse. Avec Jésus, la liaison n’est jamais en panne ! Pourtant, nous devrions accorder la même importance au maintien de cette connexion : est-ce que nous sommes angoissés à l’idée que nous pourrions perdre le lien avec Jésus ? Que faisons-nous pour entretenir ce lien de vie avec le Seigneur ; pour continuer à vivre de la Vie de Jésus ressuscité ?

Jésus n’hésite pas à nous redire sans cesse, de manière radicale, qu’Il est notre “tronc”, notre source de vie, et que nous sommes entièrement dépendants de Lui. « Le sarment ne peut pas porter de fruit s’il ne demeure sur la vigne » ; et encore, « en-dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». Si nous prenons ces paroles au sérieux, nous devons nous demander : en quoi Jésus nous est-Il indispensable ? Qu’est-ce que nous ne pouvons pas faire sans Lui ? Ou bien au contraire, Jésus est-Il juste quelque chose de superflu, dont nous pourrions nous passer… un « supplément d’âme », agréable mais pas vraiment nécessaire dans la vie de tous les jours ?
• Sans le Christ ressuscité, nous ne pourrons jamais vaincre le mal. Seul Jésus est vainqueur du péché et de la mort, Il est notre seule espérance dans un monde où le mal semble si puissant. Sans Lui nous pouvons tout au plus essayer de ne pas trop nous venger ; mais le vrai pardon, la Victoire authentique sur le mal, n’ont qu’une seule source : la Résurrection. Hors de cette puissance d’Amour, « la violence répond à la violence » (Gandhi).
• Sans Jésus ressuscité, nous ne pourrons pas non plus vraiment aimer : seul Jésus a aimé jusqu’au bout, jusqu’à donner sa vie, et ce don a engendré une Vie nouvelle. Notre amour sera toujours limité s’il ne puise pas sa source dans le Christ ressuscité : en Lui, comme le dit saint Jean (deuxième lecture), nous pouvons aimer « par des actes et en vérité », en « demeurant en Lui, et Lui en nous ».

Être témoins de l’Évangile en ce temps de Pâques, c’est donc finalement assez simple ! Nous n’avons pas à annoncer quelque chose d’inconnu ni de mystérieux : nous annonçons Celui qui nous fait vivre, Celui sans lequel notre vie n’aurait aucun sens ni aucun but, Celui qui est ressuscité pour nous donner la vraie Vie. Il nous suffit d’être les témoins de l’action du Seigneur en nous. « Il est ressuscité, Il agit dans le cœur des hommes, nous ne vivons que par Lui ! »

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Troisième dimanche de Pâques — Vivre en ressuscités

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Au fil des dimanches du temps de Pâques, nous écoutons avec émerveillement les récits des rencontres de Jésus ressuscité avec ses disciples. Dimanche dernier, c’était l’épisode bien connu de saint Thomas, et ce dimanche nous rencontrons Jésus ressuscité juste après le retour des disciples d’Emmaüs (dans l’Évangile selon saint Luc). Le point commun de toutes ces rencontres, nous l’avons certainement remarqué, c’est qu’il est difficile de croire à la Résurrection. Saint Thomas n’y croyait pas, les disciples d’Emmaüs n’avaient aucune espérance ; et aujourd’hui, les onze Apôtres pensent même que Jésus est un fantôme ! Il faut donc que Jésus leur montre la réalité de sa Résurrection en se faisant toucher, en allant jusqu’à manger un morceau de poisson : ceux qui n’y croyaient pas reçoivent alors la foi, et deviennent témoins de la Résurrection. Nous aussi, deux mille ans plus tard, nous aurions bien du mal à croire, mais le témoignage des Apôtres est crédible : ils ont rencontré Jésus – eux qui n’y croyaient pas –, et ils nous invitent à faire la même rencontre.

Le Seigneur est donc ressuscité. Il était venu parmi nous comme l’un de nous, avec un corps et une âme : Jésus est parfaitement semblable à nous. Nous sommes des créatures spirituelles, dotées d’une âme, et nous avons un corps pour vivre dans le monde : c’est par notre corps que nous nous rencontrons, que nous dialoguons, que nous entrons en contact avec le monde. La richesse de notre nature, c’est d’articuler ces deux dimensions ; et Jésus a voulu partager cela. Maintenant, Il est ressuscité, et Il nous montre que son corps aussi participe à la Résurrection. Ce n’est pas un esprit ni un fantôme ! Il est relativement facile de croire aux esprits (beaucoup de nos contemporains y croient plus ou moins…) ; mais croire à la Résurrection de Jésus avec son âme et son corps, c’est cela qui est particulier à notre foi.
Si nous prenons au sérieux la foi en Jésus ressuscité, nous comprenons que cela change tout. Comme nous sommes à l’image de Jésus, nous sommes, nous aussi, appelés à la Résurrection dans toutes les dimensions de notre vie. Il n’y a pas l’esprit qui resterait vivant, et puis le corps qui serait rejeté comme un habit usagé ! Tout dans notre vie est appelé à ressusciter : même les petites choses, nos activités quotidiennes, nos émotions, nos tentations, nos difficultés… Il n’y a rien qui reste à l’écart de la Résurrection. Depuis les premiers chrétiens, on a pris conscience que tout homme, par la Résurrection du Christ, devient image du Ressuscité : et donc que l’homme doit être respecté et soigné dans tous ses aspects. Chacun de nous a le devoir de veiller sur son propre corps, sur la manière dont il en prend soin (comme l’écrit saint Paul, « le corps n’est pas pour la débauche : il est pour le Seigneur », 1Co 6,13) ; et chacun a aussi le devoir de prendre soin du corps des autres, particulièrement de ceux qui souffrent – pensons aux religieuses hospitalières si nombreuses qui depuis des siècles ont pris soin des malades !

Par la Résurrection du Seigneur, nous sommes déjà ressuscités, corps et âme. Jésus est ressuscité, et nous sommes passés à sa suite par l’eau du Baptême ; déjà vivants dans sa Résurrection, nous pouvons nous nourrir du Pain qui est le Corps du Ressuscité. Si nous vivons de la lumière de la Résurrection, toute notre vie doit exprimer la Victoire de la Vie sur la mort. Il ne s’agit pas seulement de prier avec notre cœur et notre âme, mais de faire entrer la Résurrection dans les moindres détails de notre vie. Comme le disait saint Pierre au peuple de Jérusalem (première lecture), « vous étiez dans l’ignorance », vous aviez rejeté le Seigneur, « vous avez tué le Prince de la vie » ; mais par la Résurrection, vous pouvez vous tourner vers Lui, vous convertir, et enfin vivre en ressuscités.
La Résurrection du Seigneur donne une direction à notre existence. Non seulement nous savons que nous sommes déjà ressuscités, que notre corps est ressuscité et que nous ne sommes plus dominés par le péché ; mais en outre, nous connaissons le sens de notre Espérance. Un jour nous passerons par la mort, comme beaucoup de nos proches ; mais comme nous sommes déjà ressuscités, la mort ne peut pas nous faire peur. La vraie mort, ce serait d’être séparés définitivement de Dieu (ce qu’on appelle aussi l’Enfer) ; mais cela n’a plus de pouvoir sur nous, puisque le Baptême nous a fait revivre avec Jésus ressuscité !

Si nous choisissons de demeurer avec Jésus, de vivre de sa Résurrection, rien ne pourra jamais nous séparer de son Amour. Nous sommes déjà ressuscités : choisissons de vivre comme des ressuscités ! et alors, nous serons prêts à vivre définitivement avec Lui pour l’éternité.

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Dimanche de Pâques — La Résurrection, unique Espérance de l'homme

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce Jour très saint.

Voici le Jour très saint de la Résurrection du Seigneur ; jour que nous attendions, que nous préparions depuis le début du Carême. C’est la plus grande fête de toute l’année, c’est elle qui donne au dimanche la joie du Seigneur. Parce que le Christ est ressuscité en ce dimanche (au lendemain du sabbat des Juifs), chacun de nos dimanches est désormais une fête de Résurrection ! Tout au long de l’année le dimanche reste le Jour du Seigneur, parce qu’il est le jour de la Victoire du Seigneur sur la mort, le jour de l’Espérance, le jour où rien n’est impossible parce que Dieu est vivant avec nous. L’Évangile nous dit que l’Apôtre saint Jean « a vu, et a cru » : c’est en croyant de tout notre cœur, nous aussi, que nous participons à cette Victoire ; et c’est encore dans la foi que cette petite fille au milieu de nous sera baptisée et renouvelée à l’image de Jésus ressuscité.

Nous avons bien besoin actuellement de foi et d’Espérance. Nous traversons des temps difficiles, où un simple virus semble abattre une civilisation complète. À longueur de journaux et d’émissions, on se demande ce qui pourra enfin vaincre la maladie ; les chiffres donnent parfois des espoirs temporaires, puis on retombe dans la crainte. Nous apprenons à nous méfier les uns des autres, comme si chacun était l’assassin potentiel de ses proches. Qui pourra nous sauver de cette épreuve ? On cherche un “sauveur”, peut-être un vaccin ou un traitement… En réalité, notre époque expérimente ce qu’elle avait un peu oublié : l’homme est fragile, il n’est pas tout-puissant, l’homme n’est pas son propre sauveur. On avait l’impression que les événements tragiques – épidémies, guerres… – appartenaient au passé, que plus personne ne souffrirait, et qu’on parviendrait toujours à s’en sortir grâce à la technique ; et puis voilà qu’avec le virus, renaissent l’incertitude et l’angoisse.
L’homme n’a pas vaincu tous ses problèmes. Pourquoi ? Pour une seule raison : parce qu’il n’a pas vaincu le mal, et parce qu’il y a un lien entre le mal, le péché, la fragilité, la mort. Dans l’Évangile, nous voyons que Jésus vient guérir le mal, apporter l’Amour de Dieu ; c’est ce que dit saint Pierre à Césarée (première lecture) : « Jésus faisait le bien là où il passait, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable ». Dans un monde où le mal semble l’emporter, Jésus, le fils de Dieu, est le seul qui donne l’Espérance. À plusieurs reprises, Jésus a opéré des guérisons ; ce n’était que pour un temps, pour des maladies temporaires, mais ce qui nous est donné aujourd’hui est infiniment plus grand. Par la mort et la Résurrection de Jésus, le mal est entièrement vaincu. Nous étions impuissants à nous sauver nous-mêmes, mais le Christ a remporté cette victoire définitive.

Comment pouvons-nous participer à la Résurrection ? La Résurrection, c’est d’abord la victoire sur la mort. Or, à travers la crise sanitaire actuelle, nous retrouvons justement l’angoisse de la mort, une mort imprévue, une mort qui nous révolte. Savoir que la vie a une fin et que nous n’y pouvons rien – et plus encore lorsque cette fin peut advenir à tout moment –, cela peut pousser au désespoir : quel est le sens de la vie, si la mort peut tout enlever d’un coup ? À quoi bon tout cela, à quoi bon essayer de faire le bien, puisqu’à la fin, la mort aura toujours le dernier mot ? On peut avoir ces mêmes questions devant un petit enfant (comme notre future baptisée) : comment donner un sens à sa vie, comment lui permettre de faire les bons choix ? Nous avons tous besoin d’être sauvés (même les petits enfants !) : sauvés de la mort, du mal, du désespoir. Et sauvés pour l’éternité ! Pas seulement pour un moment.
Le matin de Pâques, c’est le moment où nous sommes sauvés, vainqueurs avec Jésus. Tout nous est donné : la Vie éternelle, Vie en plénitude, et la réconciliation avec Dieu. Au cœur de la vie de l’homme, la puissance d’Amour de Dieu fait irruption au moment où nous n’avions plus d’Espérance. Imaginons l’état d’esprit de Marie Madeleine, de Simon-Pierre, de Jean, alors qu’ils avaient vu mourir Jésus et qu’ils pensaient que tout était perdu… Si l’on croit que la mort a le dernier mot, on désespère (à juste titre !) ; mais lorsqu’on a contemplé Jésus ressuscité, quand on a décidé de Lui faire confiance, quand on choisit de faire entrer sa Vie dans notre vie, alors rien ne peut plus nous enlever notre joie. La Victoire de Jésus devient la nôtre ; ce que nous n’aurions jamais imaginé, l’Esprit de Dieu le réalise en nous. Jean avait des doutes, mais… « il vit, et il crut » !

C’est cela le centre de la vie chrétienne, et c’est cela la puissance du Baptême qui est célébré partout dans le monde en cette fête de Pâques. Le Baptême est une Résurrection avec Jésus ; les baptisés n’ont plus peur de rien, pas même de la mort, puisqu’ils sont ressuscités ! Dans les temps joyeux comme dans les temps difficiles, confions au Seigneur notre vie, pour qu’Il nous emmène avec Lui dans sa Résurrection.

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Dimanche des Rameaux — Jésus nous accompagne

Avant de lire l’homélie, je peux méditer les récits de la Passion.

En ce dimanche des Rameaux, nous avons entendu deux récits de l’Évangile : l’un au début de la messe, et l’autre, le récit de la Passion, plus long et plus difficile à entendre. Ce sont deux récits proches dans le temps (il se passe quelques jours entre les deux) mais apparemment contradictoires : dans l’épisode de l’entrée à Jérusalem, Jésus est accueilli, acclamé, ovationné ; et dans celui de la Passion, Jésus est hué, détesté par toute la foule. Deux récits très différents, mais avec un point commun, bien sûr : à chaque fois, Jésus est là Lui-même, au milieu de la foule, au milieu des hommes qu’Il est venu sauver. Pendant cette Semaine sainte qui commence, Jésus sera toujours au milieu de nous : nous L’accompagnerons dans son entrée glorieuse à Jérusalem, dans ses dernières paroles, dans sa condamnation, sa mort et sa Résurrection.

Nous avons donc à garder Jésus avec nous, devant nos yeux, particulièrement en ces derniers jours avant Pâques. N’oublions jamais de Le garder vivant dans notre cœur ! Mais ne nous y trompons pas : finalement, ce n’est pas nous qui accompagnons Jésus, c’est Lui qui nous accompagne. C’est Lui qui est là sans cesse, au milieu de nos vies : dans les moments joyeux comme cette entrée à Jérusalem, et aussi dans les moments tristes, où nous nous sentons abandonnés et perdus, comme le Vendredi saint, le temps de la souffrance et de la Croix.
Si cette Semaine sainte nous apprend quelque chose, c’est donc bien que nous ne sommes jamais seuls. Nous, peuple des baptisés, peuple de Dieu, nous formons une communauté qui nous est donnée par le Seigneur : Il nous accompagne, tous ensemble, vers le Royaume de Dieu. Nous sommes réunis autour de Lui. Quand nous sommes seuls, nous nous sentons démunis : la solitude est toujours une épreuve. Mais avec Jésus, nous trouvons la certitude d’être accompagnés, l’assurance de ne jamais être solitaires dans le monde. Tout au long du chemin de notre vie, Jésus nous accompagne et nous sommes avec Lui. C’est la première mission des Apôtres et de tout chrétien : Jésus nous appelle « pour que nous soyons avec Lui » en toute circonstance (cf. Mc 3,14).

Nous savons bien que parfois nous oublions le Seigneur, nous oublions de Lui donner la première place dans notre vie : nous le rejetons par notre indifférence, par notre égoïsme, ce qui est une manière de faire comme les foules qui crient : « Crucifie-le ! ». Mais même lorsque nous n’avons pas conscience de sa présence, Il est quand même avec nous, et Il chemine sur nos routes. En quelque sorte, la Semaine sainte qui commence est un résumé de notre vie : nous alternons d’une part entre joie, enthousiasme et foi dans le Seigneur ; et d’autre part, entre tristesse et refus du Seigneur.

Jésus nous accompagne : à nous aussi de L’accompagner. Pas seulement pour un instant, tant que tout va bien et que nous chantons : « Hosanna ! » ; mais dans la durée, dans la constance et avec le courage de la foi. Notre vie comporte des joies et des difficultés, mais jusqu’au bout, le Seigneur est avec nous. Si nous croyons profondément en Lui, nous sentirons sa présence bienfaisante.

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Quatrième dimanche de Carême — Dieu a tellement aimé le monde

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Nous venons de dépasser le milieu du temps de Carême, et l’Église nous propose de méditer quelques paroles de Jésus… qui ne sont pas si simples. Au début de cette conversation, il y avait un Pharisien important, un notable parmi les juifs : ce fameux Nicodème qui viendra beaucoup plus tard pour ensevelir le corps de Jésus (Jn 19,39). Il était venu poser quelques questions à Jésus, car il pensait bien qu’Il était un envoyé de Dieu. Mais la réponse de Jésus dépasse toutes les réflexions de Nicodème : Il lui parle de salut, de Vie éternelle, de foi et de jugement. Il ne s’agit plus seulement d’admirer les guérisons accomplies par Jésus, mais de comprendre que derrière ces prodiges, il y a un projet immense de Dieu sur les hommes : Jésus est venu nous sauver, nous délivrer, non seulement des maladies mais de la mort et du mal. En Lui, nous sommes ce que nous n’aurions jamais imaginé devenir : des enfants de Dieu.

La phrase centrale dans ce passage, qui doit nous donner une joie immense, c’est celle-ci : « Dieu a tellement aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique ». Phrase à retenir, à méditer ! Au milieu d’un monde qui nous semble parfois hostile, en proie aux conflits et aux guerres, Dieu nous redit qu’Il nous aime infiniment. Alors que le mal semble parfois l’emporter, alors que la mort est présente, Dieu veut nous en délivrer : Il ne peut nous abandonner, puisqu’Il nous a donné son Fils unique. Il ne pouvait pas nous donner davantage que son Fils, et ce don est irrévocable.
Chaque homme porte en lui les grandes questions : « Pourquoi le mal et la souffrance, pourquoi la mort ? ». Jésus ne nous donne pas de réponse directe, mais nous annonce qu’Il est venu nous en délivrer : Il a été envoyé parce que « Dieu a tellement aimé le monde ». Comme l’écrivait saint Paul tout à l’heure, « nous qui étions morts, Il nous a donné la vie avec le Christ ». En ce Carême, notre démarche principale, c’est cela : reconnaître que Dieu nous a sauvés gratuitement, simplement par Amour. En même temps bien sûr, le Carême nous aide à prendre conscience de notre péché, de nos égoïsmes et de notre indifférence ; non pas pour nous culpabiliser (ce qui ne servirait à rien), mais pour nous convertir et nous émerveiller, puisque le Seigneur est victorieux du mal et de la mort.

La question du mal, nous ne pouvons pas y échapper : et Dieu Lui-même prend cette question très au sérieux, depuis le début de l’Ancien Testament jusqu’à aujourd’hui. Ce qui nous est raconté dans la première lecture (à l’époque de la fin du royaume d’Israël), c’est une histoire de péchés, d’infidélités, une histoire où l’Amour sans cesse renouvelé du Seigneur se heurte au mal accompli par l’homme. Or après un certain temps, nous dit la lecture, « il n’y a plus de remède » : la pitié du Seigneur semble se lasser. Que va-t-il se passer ? Dieu va-t-Il châtier son peuple ? Non, car Dieu ne punit pas comme un père punit ses enfants : Il se contente de “se retirer”, de laisser le peuple sans protection, à la merci du mal et de l’invasion. Dieu seul pouvait délivrer du mal, mais le peuple n’a pas voulu de la présence de Dieu : alors les hommes, privés de cette présence, vont comprendre à quel point le Seigneur les aimait. Se séparer de Dieu, ce n’est pas vivre indépendant, libre et heureux : c’est au contraire être soumis au mal, s’enfermer soi-même dans la solitude et marcher vers la mort. Le peuple d’Israël qui subit l’invasion des Babyloniens finit par comprendre que son Dieu ne condamne pas, ne juge pas, ne punit pas, mais laisse simplement son peuple assumer les conséquences de ses choix.

Oui, sans la présence du Seigneur, l’homme est complètement dominé par le mal. Parfois, nous avons à expérimenter nous-mêmes notre difficulté à prendre de bonnes décisions, pour comprendre à quel point nous sommes fragiles. Or l’Évangile nous dit encore : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé ». Le Seigneur est venu pour donner aux hommes la victoire sur le mal et la mort ; si nous sommes « jugés », cela ne vient pas de Lui mais de nous, comme conséquence de nos choix et de nos décisions. « Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière », dit Jésus : si nous refusons la lumière de la Miséricorde du Seigneur, nous nous jugeons nous-mêmes, et nous nous enfermons dans les ténèbres (comme autrefois le peuple d’Israël).
Accueillons donc la lumière du Seigneur en ce temps de Carême : Il veut nous sauver de notre enfermement. « Celui qui croit en Lui échappe au jugement » : croire en Jésus de toute notre cœur, ne pas nous juger nous-mêmes, c’est le seul chemin qui nous conduit à Pâques : chemin de vie et de joie.

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Premier dimanche de Carême — Carême, chemin de liberté

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Nous voici donc partis quarante jours avec Jésus au désert. Ces quarante jours du Carême ne sont pas une invention de l’Église pour nous mettre au régime un petit moment : c’est une réalité que Jésus Lui-même a vécue, une période où Il rejoint ses ancêtres au désert, eux qui avaient erré pendant quarante ans en sortant d’Égypte. Le désert est le lieu par excellence où règne le silence : c’est donc aussi un lieu privilégié pour se mettre à l’écoute du Seigneur, car nous n’y sommes pas distraits par les bruits et les divertissements extérieurs. Jésus vient de recevoir le baptême de Jean Baptiste, Il a commencé sa mission en accueillant l’Esprit saint : le premier accomplissement de sa mission consiste à se mettre dans le silence et la prière. Ce premier dimanche de Carême commence donc par nous rappeler que rien n’est possible sans la prière. Si nous voulons accompagner Jésus et Lui ressembler, il s’agit d’être avec Lui lorsqu’Il s’adresse à son Père dans le silence, comblé de joie par l’Esprit saint.

L’Évangéliste saint Marc donne une description très brève de ces quarante jours : il nous dit simplement que Jésus est « tenté par Satan, servi par les anges, et vivant parmi les bêtes sauvages ». C’est tout simple, mais c’est en fait une description de la réconciliation que Jésus apporte dans notre monde. On pourrait presque dire que ce désert est une image du Paradis ! Jésus est servi par les anges, ce qui exprime l’harmonie complète avec le monde spirituel et avec Dieu Lui-même. Il partage la vie des bêtes sauvages, ce qui suggère l’harmonie avec la Création, rétablie dans la paix originelle. Et Jésus est aussi tenté par Satan… mais sans succès ! Car dans ce désert, l’homme vit une confiance parfaite en Dieu.
Si nous voulons donc accompagner Jésus au désert, c’est ainsi qu’il nous faut L’imiter : dans cette réconciliation, cette confiance, cette harmonie que Lui-même nous montre. Le désert est un moyen d’être libérés de tous les conflits qui perturbent nos vies, en renouant un contact personnel avec le Seigneur. Nous vivons sans doute parfois des disputes, des affrontements, des querelles, qui sont aussi de notre faute (ce n’est pas toujours la faute des autres !) ; et nous savons bien que cela ne nous rend pas heureux. Notre désir le plus profond est de vivre librement dans la paix, et pour cela il s’agit de nous réconcilier avec Dieu, avec nos frères et avec nous-mêmes. Au désert, éloignés des mensonges et des convoitises, il est possible d’être libres pour retrouver le vrai sens de nos relations : au lieu d’être conduits par l’égoïsme et l’indifférence, la rencontre de Jésus au désert nous permet de poser comme bases de notre vie la charité, le don, le dialogue.

Concrètement, que signifie le « désert » qui nous est proposé pendant ce temps de Carême ? Sans doute, il s’agit de faire des efforts pour être attentifs à la présence du Seigneur et aux besoins de nos frères : les trois recettes traditionnelles, l’aumône, la prière et le jeûne, gardent toute leur valeur. Mais ce n’est pas nous-mêmes qui nous libérons de nos péchés : c’est Jésus seul qui est le Sauveur. Aller au désert, c’est répondre à l’appel de Jésus pour vivre ce temps avec Lui et expérimenter sa liberté. Nos efforts de Carême ne sont pas des démarches solitaire ni “volontaires” (qui nous rendraient fiers en fonction du nombre de kilos perdus…), mais une réponse libre à Dieu qui appelle. La foi chrétienne, c’est toujours Dieu qui propose, et l’homme qui répond. Dans la Bible, cela s’appelle une Alliance, et c’est ce que fait Dieu avec Noé (première lecture) : Dieu s’engage à maintenir la Création, et les hommes accueillent librement l’Amour de Dieu en promettant à leur tour d’être fidèles à l’Alliance.
C’est donc en répondant librement au Seigneur que nous devenons de plus en plus libres : c’est dans cette direction que nous emmène le Carême. Au bout de ce Carême, il y aura la veillée de Pâques, au cours de laquelle beaucoup d’adultes seront baptisés : pour eux aussi, la foi et le baptême ne sont pas une envie qui les a saisis un beau matin, mais c’est un appel de Dieu qu’ils ont ressenti et auquel ils ont voulu répondre librement, de tout leur cœur.

Oui, le Carême est un chemin de liberté. Le désert est parfois austère, car il nous oblige à rejeter les petits égoïsmes, les péchés, les conflits de chaque jour ; mais c’est le seul chemin possible qui nous permette de retrouver l’harmonie avec nous-mêmes, avec Dieu, et avec nos frères. Jésus nous appelle : « Convertissez-vous ! », c’est-à-dire : changez de direction, prenez le chemin du Seigneur. À nous de répondre à cet appel, de nous mettre en marche au désert, pour trouver en Jésus la véritable liberté.

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Sixième dimanche du Temps Ordinaire — L'isolement n'est pas une fatalité !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Le plus étonnant dans ce récit de guérison du lépreux, c’est peut-être quelque chose auquel on ne pense pas : c’est que le lépreux n’aurait jamais dû rencontrer Jésus. Tout était fait pour éviter cette rencontre, puisqu’il était atteint d’une maladie qui lui interdisait de s’approcher des hommes. Nous avons entendu, dans la Loi de Moïse, les obligations draconiennes (bien que justifiées par la contagion) concernant les personnes atteintes de la lèpre : elles doivent demeurer « hors du camp » – c’est-à-dire loin du lieu de vie des hommes – et même crier pour que personne ne les approche. C’est donc déjà un miracle que ce lépreux ait pu venir près de Jésus pour Le supplier de le guérir ; cela signifie que si quelqu’un se croit exclu de la communauté, s’il se sent rejeté par tous, la présence de Jésus ne lui est jamais fermée. C’est une certitude qui peut consoler tous nos frères : en toutes circonstances, chacun peut toujours aller à Jésus pour se confier à Lui.

La rencontre du lépreux et de Jésus est donc inattendue, mais pour ce malade, elle représente son dernier espoir. Nous ne savons pas vraiment comment il a pu entendre parler de Jésus, sinon par le bouche-à-oreille de tous ceux qui ont déjà été guéris (versets précédents dans l’Évangile de saint Marc) ; en tout cas, Il représente l’unique espoir de cet homme. C’est sans doute ce qui suscite la compassion de Jésus : cette foi toute simple et infiniment confiante qui lui fait dire : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Pour expérimenter la puissance de guérison du Seigneur, il nous faut avoir épuisé toute autre possibilité, et ne mettre notre confiance qu’en Lui.
Une fois qu’il est guéri, la joie du lépreux est une joie débordante qui le pousse à proclamer cette nouvelle dans toute la région. C’est une double joie : le bonheur d’avoir été libéré de cette maladie horrible, bien sûr ; mais aussi (et peut-être surtout) la joie de retrouver sa place parmi les hommes. Il était isolé, condamné à vivre loin de ses concitoyens et de sa famille, voué à finir sa vie solitaire et pitoyable ; et le voilà qui redevient un homme parmi les autres, capable d’aller de lieu en lieu pour annoncer à tous les actions de Jésus. Cette joie de la communauté, du dialogue, la joie de trouver sa place parmi ses frères, c’est une joie que l’on ne goûte vraiment que quand on en a été privé. En ce sens, la lèpre est comme le modèle de toute maladie : car non seulement elle déforme l’image de Dieu selon laquelle nous sommes créés, mais encore elle isole l’homme de la communauté – comme le malade doit s’isoler pour être soigné. Et la maladie guérie par Jésus est évidemment une image du péché et de la rédemption : accueillir le pardon donné par le Seigneur, guérir du péché, c’est rétablir la dignité de la ressemblance avec Dieu, et en même temps retrouver en plénitude la communauté de l’Église.

Cette guérison donnée par Jésus au lépreux a donc un sens très profond : il ne s’agit pas seulement de guérir un homme en lui permettant de retrouver une vie normale, mais de le rendre à la communauté. Nous sommes créés pour vivre en communauté, non pas pour être isolés ; et notre joie n’est jamais complète, tant que nous n’avons pas expérimenté le partage et la charité fraternelle. Comme nous le disait saint Paul tout à l’heure : « tout ce que nous faisons, nous pouvons le faire pour la gloire de Dieu », à travers la manière dont nous vivons avec nos frères. Faire quelque chose de simple et bon, c’est élever en même temps nos proches vers Dieu ; et nous rabaisser par le péché, c’est aussi faire baisser le niveau de nos frères.
Cette méditation sur notre communauté, nous la faisons d’une manière nouvelle, malheureusement, à l’occasion de cette épidémie qui nous touche actuellement. Nous n’avons jamais autant senti à quel point nous avons besoin de relations humaines, qu’à ce moment où nous en sommes relativement privés ! Nous ne sommes pas lépreux, Dieu merci, mais nous sommes tout de même tenus à distance les uns des autres. Au point de pouvoir lire sur des affiches un slogan étonnant et révélateur : « S’aimer, c’est rester à distance ». S’aimer, en temps normal, ce n’est justement pas rester à distance ! Au contraire, c’est se retrouver, se réconcilier, parler, partager, voir notre visage (et pas un demi-visage…). S’aimer, c’est se faire proches les uns des autres.

Oui, nous vivons un temps où l’isolement – celui-là même qui fait souffrir le lépreux – est une tentation grave. Les mesures sanitaires nous incitent à nous retrancher, à nous renfermer nous-mêmes ; mais si nous cédons à cette tentation, nous perdons le sens de l’amour fraternel. Le Seigneur vient nous rétablir dans la communion ; par sa Miséricorde, nous sommes appelés à exercer nous-mêmes la miséricorde auprès de ceux qui se sentent exclus et solitaires. Choisissons de garder le contact : l’isolement n’est pas une fatalité ! Le Seigneur nous guérit : Il fait de nous une communauté, qui est plus forte que toutes les séparations.

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Quatrième dimanche du Temps Ordinaire — Confiance en Jésus

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Dimanche dernier, Jésus appelait ses premiers disciples Pierre, André, Jacques et Jean, et ils le suivaient immédiatement avec joie ; pourtant, Jésus n’avait pas encore fait grand-chose pour être connu ! Aujourd’hui, dans la suite de son Évangile, saint Marc nous raconte la vitesse avec laquelle la « renommée » de Jésus se répand « dans toute la région de la Galilée ». En effet, Jésus se fait connaître rapidement, en accomplissant les deux versants de sa mission (ce pour quoi Il est venu parmi nous) : Il annonce l’Évangile, et Il guérit ceux qui sont dominés par les esprits mauvais. À chaque fois, Jésus montre son autorité : Il « enseigne en homme qui a autorité », et Il chasse les démons avec l’autorité de Dieu contre le mal. La mission de Jésus parmi les hommes s’accomplit lorsque la puissance d’amour, l’autorité de Dieu se fait connaître par les hommes : ils étaient tristes, dans l’obscurité, blessés par le mal, et ils sont enfin éclairés par l’Amour et la Miséricorde du Seigneur qui vient les visiter.

Comme à chaque fois que nous entendons l’Évangile, il nous est posé la même question : Et moi dans tout cela ? Quelle place a dans ma vie la Lumière du Seigneur ? [Question posée aux jeunes particulièrement, et à Sarah, Charlotte et Étienne qui font leur profession de foi aujourd’hui] Cette autorité, cette puissance, Jésus ne nous la montre pas pour que nous en soyons simples spectateurs, mais pour que nous nous convertissions : pour que nous nous engagions à sa suite. La foi consiste en cela : accueillir dans notre vie cette puissance qui dépasse infiniment notre horizon, et la mettre en pratique. La Sagesse du Seigneur dépasse de loin notre propre sagesse ; et la force du Seigneur contre le mal dépasse largement nos capacités pour lutter contre l’égoïsme. Ce n’est qu’en croyant en Lui de tout notre cœur, en L’accueillant comme guide de notre vie, que nous [vous, les jeunes] accomplirons vraiment notre vocation d’homme et de femme dans le monde actuel. Ce que désire le Seigneur pour notre bonheur, c’est (comme Il le fait dans l’Évangile) nous délivrer, nous transformer, nous faire vivre de son Amour. Mais bien sûr, Il ne le fera pas sans nous : Il attend notre foi, notre adhésion.
Avant nous, le Seigneur a transformé les cœurs de tous ceux qui ont cru en Lui : nous sommes leurs héritiers. À chaque fois que nous entrons dans une église, nous devrions avoir une pensée particulière pour tous ceux qui ont édifié cette maison de prière, et pour tous ceux qui y ont prié depuis des siècles. La foi qui nous fait vivre aujourd’hui, nous ne l’avons pas inventée : nous l’avons reçue d’autres chrétiens, qui eux-mêmes l’avaient reçue, et ainsi de suite ! C’est le principe de la transmission de la foi, et c’est pour cela que nous pouvons chaque dimanche [et lors de votre profession de foi] dire : « Je crois en Dieu » : parce qu’en disant que nous croyons, nous devenons un chaînon de cette transmission de la foi, et nous nous engageons à transmettre à notre tour notre amour du Seigneur. Chacun de nous est un prophète pour ses frères, comme le disait Moïse dans la première lecture : le Seigneur met « dans notre bouche ses paroles » et fait de nous des témoins de sa présence. Il ne s’agit pas d’essayer de convaincre les autres que nous avons raison, mais simplement de rendre témoignage au Seigneur : tout comme les contemporains de Jésus, nous avons entendu sa Parole et nous avons vu sa puissance contre le mal. Partout où Il passe, partout où nous vivons le message de l’Évangile, la haine et la violence font place à la paix et au pardon.

La foi est donc pour nous une réponse à l’Amour du Seigneur : un mouvement de confiance vers le Dieu qui nous sauve, qui transforme notre vie. On peut réciter le Credo, affirmer que Jésus est le Fils de Dieu, et ne pas encore Lui faire confiance : beaucoup autour de nous croient que Dieu existe, ils croient que Jésus est venu à Noël, mais il ne laissent pas son Amour les guider dans leurs décisions : ce n’est pas encore la foi. Dans l’Évangile, nous voyons de manière étonnante que le démon lui-même (l’« esprit impur ») connaît Jésus : « Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ! ». Il connaît Jésus, mais évidemment il n’a pas la foi ! puisqu’il ne fait pas confiance au Seigneur : au contraire, il lutte contre Lui.

Notre foi ne consiste donc pas seulement à savoir “qui est le Seigneur”, mais à Le laisser entrer dans notre vie pour nous enseigner et pour nous guérir de nos péchés : Il le fait dans l’Évangile, Il veut continuer à le faire pour nous aujourd’hui. Il ne s’agit pas de regarder Jésus “de loin” comme un touriste, mais de s’engager à sa suite : d’adhérer de tout notre cœur au Seigneur qui se révèle à nous, à son autorité, à sa puissance contre le mal. Il veut accomplir des merveilles pour nous ! Nous avons tout simplement à Le laisser entrer dans nos cœurs.

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Fête du Baptême du Seigneur — La richesse des dons de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Avec cette fête du Baptême du Seigneur, nous arrivons à la fin du temps de Noël. Jésus est né à Bethléem, entouré de Marie et Joseph, Il a été vu et adoré par les Mages qui représentent toutes les nations. Et maintenant, nous assistons au dernier acte qui inaugure sa vie publique : son Baptême par Jean et la manifestation de la Trinité aux yeux de tout le monde. Le Père parle au Fils (« Tu es mon Fils bien-aimé »), et l’Esprit saint descend sur Lui pour montrer aux hommes que Jésus est consacré pour l’Évangile. Les prophètes de l’Ancien Testament, eux aussi, avaient été marqués par l’Esprit saint pour accomplir leur mission ; mais cet événement du Baptême est entièrement nouveau, car Jésus est reconnu comme Fils unique du Père. Par son baptême, Il inaugure un Baptême nouveau, qui fera de tous les hommes, à leur tour, des enfants de Dieu.

C’est donc pour nous l’occasion de méditer sur le Baptême que nous avons reçu. Et d’abord, sur les dons que le Seigneur nous a faits. Il est dommage que trop souvent, le Baptême soit vu comme une simple cérémonie familiale, une coutume, un “passage à l’église” pour le petit enfant : car c’est une réalité infiniment plus riche ! Dans la deuxième lecture de ce dimanche, l’Apôtre saint Jean nous livre une magnifique méditation sur cette richesse du don de Dieu. Être disciple du Christ par le Baptême, dit saint Jean, c’est être « né de Dieu ». Et si l’on est né de Dieu, on entre alors dans une vie toute nouvelle, une vie marquée par la Résurrection du Christ, une vie où le Seigneur est présent et nous comble de sa joie.
L’un des signes de cette renaissance, écrit encore saint Jean, c’est « que nous accomplissons ses commandements » ; et surtout, que nous les accomplissons par amour. Les commandements de Dieu ne sont pas des choses difficiles à faire : ce sont des directions que le Seigneur nous propose pour vivre pleinement notre vocation. Et dans l’autre sens, s’écarter de la Loi d’Amour de Dieu, ce serait en même temps aller contre notre propre bonheur. Ainsi, ce qui caractérise le disciple de Jésus, c’est de pouvoir faire le bien “sans contrainte” : par amour et dans la joie. « Ses commandements ne sont pas un fardeau », ajoute saint Jean, puisque c’est le seul chemin de bonheur ! L’Esprit saint, qui est donné au Baptême, nous permet de vivre vraiment selon la Parole du Seigneur ; de discerner le bien du mal, et d’être consacrés comme Jésus, enfants de Dieu.

Le Baptême nous a donc fait renaître, il crée un « homme nouveau » qui n’est plus esclave du péché, qui ne vit plus sous la contrainte, mais qui accomplit “naturellement” la volonté de Dieu. Si Jésus a voulu passer par le Baptême, c’est pour que nous soyons renouvelés à son image. On peut dire que nous “revenons” dans l’état que voulait Dieu en nous créant : le péché avait abîmé ce projet de Dieu, mais à l’origine, nous sommes voulus par le Seigneur dans un état de paix, d’harmonie, de concorde entre le Créateur et la créature, et entre tous les hommes. Le Baptême fait de nous des « sauvés », c’est-à-dire des hommes qui ne sont plus soumis au péché, recréés à l’image de Jésus pour vivre en enfants de Dieu.

Le Seigneur nous lance donc un appel en ce jour, ce même appel que saint Jean-Paul II avait lancé à notre pays en 1980 : « Es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? ». Que faisons-nous, nous-mêmes, de notre baptême ? Avons-nous conscience de tout ce qui nous a été donné par ce sacrement ? La plupart d’entre nous ont sans doute été baptisés tout petits ; c’est le signe que le Seigneur s’est penché sur nous, nous a comblés de sa grâce sans nous demander nos mérites ou nos diplômes. Pour d’autres, ce fut une démarche personnelle ; mais il n’y a pas de contradiction, car dans tous les cas, le Baptême reste un don gratuit, non une récompense.
Tout au long de notre vie, nous avons à rendre grâces pour le baptême, car c’est la porte d’entrée vers la Vie éternelle, dans une pleine réconciliation avec Dieu. Nous étions éloignés de Dieu, vivant dans la peur, soumis à la mort et au péché, et nous devenons fils adoptifs de Dieu : à nous comme à Jésus, le Père dit : « Tu es mon fils bien-aimé ! ». Notre manière d’être « fidèles aux promesses de notre baptême », c’est tout simplement d’avoir un comportement qui manifeste la joie de la victoire sur le mal. Vivre en “sauvés”, en réconciliés ; se faire le relais de l’Amour infini de Dieu donné au baptême ; voir dans tout homme un frère ; aimer, respecter la dignité de chacun ; donner et pardonner. Comme pour Jésus, le baptême (avec la confirmation) est le début de notre mission dans le monde : si nous sommes conscients de la nouveauté du Baptême, nous aurons le désir de transmettre aux hommes cette joie : le Seigneur nous invite à une Vie nouvelle !

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Fête de la Sainte Famille — Irremplaçables familles !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples », s’exclame Syméon qui attendait le Messie. Il peut mourir, puisqu’il a enfin vu le Christ, le Fils de Dieu ! La promesse de Dieu est accomplie pour Syméon et pour tout le peuple d’Israël ; cette promesse, nous l’avons commémorée il y a trois jours en célébrant la fête de Noël. Le Seigneur a envoyé son Fils parmi nous, et tout ce que nous attendions a été réalisé par Dieu. Lorsque Marie et Joseph viennent à Jérusalem pour « présenter Jésus au Seigneur selon la Loi », le Messie de Dieu entre dans son Temple, comme cela avait été promis. Dans l’Ancien Testament (au temps du roi Salomon, 1Rois 8,11), Dieu entrait dans son Temple avec gloire et puissance ; aujourd’hui, dans la Nouvelle Alliance, le Fils de Dieu entre à nouveau dans son Temple, mais avec simplicité et discrétion, comme un petit enfant accompagné par son père et sa mère. Jésus a voulu emprunter le “chemin de tout le monde”, dans la simplicité, pour entrer dans son Temple et dans le monde : une famille, un père, une mère. Il n’est pas différent de nous : comme tout enfant, Il a eu besoin d’une famille pour venir au monde.

Nous savons que de manière naturelle, tout enfant ressent ce besoin d’être entouré par un père et une mère ; chacun (garçon ou fille) a besoin de construire sa personnalité en fonction de ses parents. Jésus assume cette réalité naturelle, et en même temps Il la sanctifie : Il lui donne une dimension de sainteté, en grandissant Lui-même sous le regard de deux Saints. Joseph et Marie ont donné le meilleur d’eux-mêmes à leur enfant, ils ont vécu dans la sainteté de leur vocation, en accomplissant les tâches quotidiennes dans un amour parfait. Comme tout homme et toute femme, ils ont transmis à Jésus ce qu’ils savaient, leur foi, leur vie de prière ; ils ont ressenti le désir tout naturel de donner, de léguer à leur fils ce qu’ils avaient eux-mêmes reçu de leurs parents.
Ce désir de transmettre, Abraham l’avait ressenti lui aussi. Nous avons entendu dans la première lecture son grand malheur, qui est de n’avoir personne après lui : « Seigneur, que pourrais-tu me donner ? Je m’en vais sans enfant… ». Même s’il donne tout à son serviteur Éliézer, ce n’est pas assez : il a besoin d’un héritier « de son sang ». Dieu seul pourra accomplir l’impossible : donner un enfant à un couple infécond.
Autour de nous, les situations sont très diverses, et parfois certaines détresses empêchent les familles de créer un cadre aussi stable, aussi sanctifiant que la famille de Marie et Joseph, ou celle d’Abraham et Sara. L’Église, bien sûr, accompagne toutes les familles et toutes les difficultés sans juger quiconque ; mais elle redit quand même (et encore plus dans le monde actuel) que si Jésus a eu besoin d’un père et d’une mère, alors à plus forte raison, tout enfant a besoin d’avoir une famille stable.

La crise du virus, le confinement de presque trois mois au printemps, tous ces événements récents ont remis de manière inattendue la famille au cœur de la vie sociale. Dans un monde qui l’oublie trop souvent, on a finalement retrouvé le sens de la vie familiale. À nouveau on s’est “réfugié” dans les familles, comme les derniers havres de paix, d’amour, de croissance, de sécurité. Les parents ont été encouragés à “faire l’école à la maison”, les grands-parents à garder les plus petits pendant que leurs parents travaillaient. Pourtant, auparavant on ne cessait de relativiser la famille, de dire que le père ou la mère n’étaient pas si indispensables, et que les liens du sang n’avaient pas une si grande importance. On préparait même des lois (et cela revient à l’ordre du jour) pour interdire l’école à la maison ! Mais face à l’urgence de la crise, toutes les chimères et les idéologies se sont écroulées. Chacun a pu ressentir au plus profond de lui que l’appartenance à une famille, la communion dans une même histoire, si possible l’ancrage dans une descendance commune, tout cela était irremplaçable. Et tous ont compris (jusqu’aux plus hauts niveaux du pouvoir, espérons-le !) qu’il était dangereux de jouer avec la famille, car elle est le socle de toute communauté.

Jésus, Marie et Joseph, dans la simplicité de leur famille, nous montrent que la famille est quelque chose de précieux. Dans un monde souvent dur, elle apprend l’amour, l’accueil de chacun quels que soient son âge ou sa santé ; elle apprend la patience, la charité, l’écoute, la gratuité (car on n’y est pas aimé pour ses performances, mais simplement parce qu’on est là et que la vie est un don). Les familles traversent parfois des épreuves, et la sainte Famille n’en a pas manqué ; mais elles restent quand même un secours indispensable dans les difficultés. Il n’y a pas besoin d’avoir la foi pour comprendre cela ! Cependant, avec toute notre foi, prions Jésus, Marie et Joseph pour que nos familles grandissent elles aussi dans la grâce de Dieu.

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Troisième dimanche de l'Avent — Joyeuse Espérance

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Comme dimanche dernier, nous sommes accompagnés aujourd’hui par la figure de Jean le Baptiste : une figure étonnante ! Jean est un homme qui vit dans le désert, dans l’austérité, il ne cherche pas à se mettre en avant ; il répond systématiquement « non » à toutes les questions qu’on lui pose : « Es-tu le Messie, Élie ou un autre prophète ?… » On ne sait pas comment le décrire ! Il baptise, mais annonce en même temps un autre baptême ; il n’est que « la voix de celui qui crie dans le désert », la voix de Quelqu’un d’autre. Et il a tellement peu de considération pour lui-même, qu’il ne se juge même pas digne de délier la sandale de Celui qui vient après lui !

Pourtant, le grand paradoxe de ce prophète (et c’est cela qui nous aide à vivre ce temps de l’Avent), c’est qu’au milieu de son désert et de ses sauterelles, Jean est le plus heureux des hommes. Il éprouve la vraie joie, non pas la joie superficielle des petits plaisirs quotidiens, mais la joie profonde de l’amour. Et en ce dimanche de l’Avent marqué par la joie, il est beau de rencontrer un homme parfaitement heureux ! Un peu plus loin dans le même Évangile, Jean dira en parlant de Jésus : « Ma joie est parfaite : lui, il faut qu’il grandisse, et moi, que je diminue » (3,29). La joie de Jean n’est pas centrée sur lui-même, mais au contraire, elle est tout orientée vers Celui qui va venir ; et notre joie d’aujourd’hui, de la même manière, est une joie orientée vers le Seigneur qui vient.
La joie de l’Avent est donc une joie ancrée dans l’attente, dans l’Espérance. Nous sommes invités à méditer sur cette Espérance qui nous est donnée pour préparer Noël. L’Espérance, c’est la confiance en Dieu, c’est la certitude que le Seigneur vient nous sauver. Quand on y pense, l’Espérance est quelque chose d’extraordinaire ! Ce n’est pas un simple “espoir” que les choses pourraient aller mieux ; ce n’est pas non plus un calcul sur l’avenir, ni une prévision optimiste. On peut espérer vaguement, en se répétant matin et soir que tout ira mieux ; on peut faire des probabilités sur le nombre de contaminations, sur le taux d’hospitalisations qui pourrait baisser… mais l’Espérance est bien différente de cela. Si l’Espérance donne la joie, c’est parce que c’est une certitude : la certitude de l’Amour et de la puissance du Seigneur.

Lorsque la situation est difficile, lorsqu’on ne voit pas d’issue, c’est justement là que commence l’Espérance : quand on est persuadé que le seul qui puisse agir pour nous sauver, c’est Dieu Lui-même. Dans la première lecture (prophète Isaïe), nous devinons toutes les questions qui se posent au peuple d’Israël lorsqu’il revient de l’Exil à Babylone : le royaume de David n’est pas rétabli, et au contraire on rencontre de nouveaux défis. Si Dieu n’intervient pas, les pauvres restent pauvres, les cœurs restent brisés, les prisonniers sont toujours captifs… mais c’est là, lorsque “tout va mal”, que le Seigneur annonce « une année de bienfaits », que les pauvres reçoivent la bonne nouvelle et les captifs sont libérés. La joie d’Israël vient justement de sa pauvreté : on ne peut compter que sur Dieu, et sa promesse est fidèle. Ce n’est pas la joie orgueilleuse de celui qui se croit plus fort que les autres, mais la joie paisible et humble de la confiance en Dieu : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu ! » Le prophète Isaïe n’a pas fait de prévisions ni de sondages, il n’est ni optimiste ni pessimiste : il est dans l’Espérance, et cette Espérance vient de sa foi en Dieu.

Comme Isaïe, comme Jean le Baptiste, nous ne trouvons la joie de l’Espérance que dans la foi et la confiance. La joie de Jean Baptiste, c’est d’annoncer le Seigneur, de “s’effacer” devant Lui pour Le laisser sauver son peuple : « Au milieu de vous, se tient celui que vous ne connaissez pas ». L’essentiel pour nous, en ce temps de l’Avent, n’est pas de nous regarder le nombril, mais d’orienter notre regard vers Jésus qui vient nous sauver à Noël. C’est ce qui nous rassemble en ce dimanche : autour de l’Eucharistie, nous préparons notre cœur à accueillir le Fils de Dieu au milieu de nous. Ainsi, ensemble, nous recevons l’Espérance ! Quelle que soit notre vie, dans la diversité de nos situations (certains ont apparemment une vie tranquille, d’autres vivent des épreuves), c’est la même Espérance qui nous attire vers Jésus : nous sommes certains que le Sauveur se fait proche de nous, qui que nous soyons. Comme serviteurs du Seigneur, nous voulons ressembler à Jean le Baptiste : ce qui compte, ce n’est pas nous, mais Celui dont nous vivons et que nous essayons d’annoncer à nos frères : Jésus qui est le seul chemin de joie. Oui, le Sauveur vient, notre joie est complète : préparez le chemin du Seigneur !

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Premier dimanche de l'Avent — L'incertitude des hommes

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce premier dimanche.

« Vous ne savez pas quand vient le maître de maison : le soir, à minuit ou le matin »… De fait, nous ne savons pas grand-chose de la venue du Seigneur. En ce début d’année liturgique, en ce début d’Avent (attente de la venue du Christ à Noël), nous nous rappelons que l’initiative vient du Seigneur. C’est toujours Lui qui vient vers nous, Lui qui fait le premier pas pour venir nous sauver. À Noël, ce sera ainsi : nous nous émerveillerons devant cette venue, qui était en même temps attendue par le peuple d’Israël… et tellement surprenante ! Le fait que la date de Noël soit fixée, évidemment, ne doit pas nous faire illusion : nous attendons, sans vraiment savoir quand nous ferons la rencontre ultime avec le Seigneur.

Bien sûr, cette attente ne doit pas nous détourner de ce que nous devons faire : nous avons une tâche à accomplir, une mission dans ce monde, nous avons l’Amour du Seigneur à transmettre à tous nos frères, et la venue du Seigneur n’est pas un prétexte pour être négligents ou paresseux. En attendant que Jésus revienne, nous ne sommes pas seuls pour accomplir notre devoir : Il nous a laissé l’Église, Il nous a laissé les dons de l’Esprit, et sa Grâce nous accompagne, comme le disait tout à l’heure saint Paul : « Aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ ». Nous recevons du Seigneur tout ce dont nous avons besoin pour préparer la Vie éternelle ; mais nous ne savons toujours pas quand viendra cette Vie éternelle.
Cette ignorance du temps, de l’avenir et des événements qui viennent, traverse toute la Bible. L’Alliance avec Israël disait que Dieu venait sauver son peuple, mais aussi explicitement que le temps appartenait à Dieu. Il a fallu attendre quatre cents ans pour qu’Israël soit libéré d’Égypte ! Le temps de Dieu n’est pas le nôtre, et nous ne connaissons pas l’avenir. C’est tellement vrai, que le Seigneur a voulu nous mettre en garde contre la tentation de connaître ce qui va arriver : dans l’Ancien Testament, la divination, les oracles étaient punis de mort (Lévitique 20,27). Nous ne pouvons pas connaître l’avenir, car l’avenir est le domaine de Dieu : vouloir découvrir ce qui est caché, ce serait la tentation de devenir Dieu.

Nous sommes donc condamnés à l’incertitude ! Mais finalement, tout dans notre vie n’est-il pas incertain ? Et la période que nous traversons ne fait que renforcer cette impression d’obscurité. Nous ne savons pas ce que nous réserve la suite de cette épidémie, ni qui sera touché autour de nous, ni combien de temps nous aurons encore à supporter les masques… Nous ne savons pas quelles seront les mesures légales qui nous permettront (ou nous empêcheront) de prier ensemble. Plus largement, nous ne savons pas non plus le moment de notre mort, de la mort de nos proches. Sans cesse nous sommes ignorants de ce que la vie nous réserve : que nous attendions un résultat d’examen, la venue d’un enfant… ou même parfois les transports en commun, nous ne savons toujours pas ! Cette incertitude, nous la connaissons bien et elle nous est parfois douloureuse.
Pourtant, nous devons aussi penser que cette ignorance peut être bienheureuse, et que le Seigneur nous la donne pour notre bien. Car toutes ces attentes de la vie quotidienne nous ramènent à l’ultime attente, celle du Christ qui va venir nous sauver : attente joyeuse et pleine de hâte. Si parfois nous attendons dans la souffrance, cela nous rappelle qu’aucun espoir, aucun accomplissement ne peut combler notre cœur, sinon celui de la venue du Sauveur.

Et c’est pour cela que nos attentes et nos ignorances peuvent nous aider à nous convertir : parce que l’attente du Seigneur est une attitude d’amour, l’attente de l’épouse qui guette la venue de l’Époux. À travers cette Espérance, c’est la gratuité de l’amour qui s’exprime : on n’attend pas le Seigneur pour en retirer un avantage, mais simplement par amour (comme on n’attend pas un enfant pour en faire sa propriété, mais parce que c’est un don). Si nous connaissions l’avenir, si nous savions exactement quand va venir le Seigneur, nous serions dans le calcul, la prévision, nous chercherions à nous montrer sous notre meilleur jour – et ce ne serait pas une attitude d’amour ! Mais parce que nous ne savons pas, nous ne calculons rien : nous sommes invités à attendre gratuitement, joyeusement, dans l’Espérance et dans l’amour. Veillez, dit le Seigneur, restez dans la joie. Il s’occupe de nous, de nos attentes, de ce que nous savons et de ce que nous ne savons pas ; l’important n’est pas de faire des projets éphémères, mais d’accueillir Jésus lorsqu’Il viendra. Préparons-nous à la venue du Sauveur !

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Fête du Christ-Roi — Qui est ce Roi ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

« Le Roi viendra dans sa gloire » : c’est ainsi que Jésus décrit son propre avènement à la fin des temps. Si le Roi revient, c’est en fait qu’Il est déjà venu, et qu’Il règne aujourd’hui sur le monde. Même si pour l’instant, sa royauté n’est pas encore visible par tous les hommes, Jésus est le Roi qui est déjà là, qui doit revenir ; le Roi qui règne sur nous dès maintenant. C’est l’objet de cette fête du Christ-Roi, à la fin de l’année liturgique (juste avant le début de l’Avent de l’année suivante) : nous rappeler que Jésus est notre Roi. Et aussi – c’était même l’intention première du Pape Pie XI en 1925 –, rappeler aux autorités publiques qu’elles ne sont pas toutes-puissantes, et qu’elles-mêmes ont un Roi qui les jugera sur leur manière d’exercer le pouvoir.

La foi nous dit donc que le Christ règne sur les hommes. Mais que signifie régner ? Pour nos mentalités actuelles républicaines, un roi est toujours plus ou moins synonyme d’absolutisme, d’arbitraire, et même de tyrannie – même si la vérité historique est tout autre. Par conséquent, nous avons sans doute plus de difficultés à comprendre le sens de cette fête, que lorsqu’elle a été instituée. Et cela rejoint une objection que l’on entend parfois : celle de l’autorité de Dieu. Si Dieu existe, s’Il est supérieur à nous, s’Il connaît tout et voit tout, s’Il punit les péchés, alors Il est nécessairement un tyran ! L’homme moderne ne veut avoir personne au-dessus de lui (surtout pas un roi) ; et certains pensent donc rejeter Dieu parce qu’ils ne veulent pas d’autorité, et parce qu’ils veulent être indépendants et autonomes.
Il s’agit bien sûr de comprendre les raisons de ce refus. Mais il s’agit surtout de ne pas nous tromper sur le Seigneur, de ne pas avoir d’image fausse de Lui ni de son règne ! Particulièrement en ce temps de confinement où nous sommes privés de l’Eucharistie, il nous reste la Parole de Dieu qui nous enseigne continuellement l’Amour de Dieu. Faisons un effort supplémentaire pour la méditer, cette Parole ; pour nous laisser enseigner, éviter les idées trompeuses qui nous éloignent de Lui. Dieu n’est pas celui que nous imaginons, ni celui que croit connaître l’opinion publique : Il est Celui qui se révèle dans sa Parole, et nous parle de notre vocation à Le connaître.

Que nous disent donc les lectures d’aujourd’hui sur le Christ Roi et sur son règne ? D’abord, par la bouche du prophète Ézéchiel, le Seigneur se révèle à nous « comme un berger qui veille sur les brebis de son troupeau ». Le Seigneur est notre berger, c’est une image fréquente. Qu’implique cette image ? D’une part, le berger est celui qui partage le sort des brebis : avec les brebis, il souffre de la pluie, du froid, de la chaleur… Il marche avec elles et se fatigue avec elles. Il n’est pas “au-dessus” de ses brebis. D’autre part, le berger cherche le bien des brebis : il ne cherche pas à les tondre, mais à les faire grandir ! Il veut leur bien, et pour cela il exerce une autorité sur elles : il connaît les bons chemins, les bons pâturages, et il connaît aussi les dangers des ravins. L’autorité du berger ne s’exerce pas pour son propre avantage, mais pour le bien des brebis.
Ensuite, l’Évangile qui nous est proposé nous donne aussi une image vraie et essentielle du Christ Roi. L’idée du jugement de la fin des temps (« Il séparera les hommes les uns des autres ») a quelque chose d’effrayant, mais Jésus nous en parle précisément pour que nous n’ayons pas peur. Ce Roi est un Roi de justice : Il juge selon une Loi d’amour. Et le Roi veut tellement que nous soyons conduits par l’amour, qu’Il n’a pas hésité à partager notre nature. Ce Roi est parmi nous, au milieu de nous : Il se fait l’un de nous. Nous le savions déjà, puisque c’est ce que nous célébrons à chaque fête de Noël : Dieu se fait homme. Mais l’Évangile d’aujourd’hui nous le redit : le Roi qui reviendra est Celui qui est déjà présent dans les plus pauvres (« J’avais faim, j’avais soif »…). Il est devenu notre frère, et s’est même identifié au plus démuni de nos frères. C’est pour cela qu’Il est légitimement notre Roi : parce qu’Il partage notre nature, qu’Il ne nous guide pas arbitrairement ni par caprice, mais qu’il nous conduit vers le bien comme le bon Berger. Il nous crée et partage notre nature humaine : Il sait, mieux que nous, ce qui est bon pour nous ! Il est l’unique Roi que nous puissions suivre librement, en lui faisant pleine confiance.

Dans le Royaume où Jésus règne, il n’y a qu’une Loi : la Loi d’Amour. Refuser le règne de Dieu pour être autonome, ce serait se tromper entièrement, et en même temps se condamner soi-même à la solitude. Le Christ Roi est Celui qui nous donne notre dignité d’homme, car Il se rend présent dans le plus pauvre et le plus délaissé : soyons dans la joie de servir un tel Roi !

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Trente-deuxième dimanche du Temps Ordinaire — Attente du Seigneur et Espérance

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Veillez, tenez-vous prêts : le Fils de l’homme viendra ». Au cours de ces trois derniers dimanches jusqu’à la fête du Christ-Roi (fin de l’année liturgique), l’Église nous propose de parcourir les dernières paroles de Jésus dans l’Évangile selon saint Matthieu : ces paroles qui décrivent les “derniers temps”. « Jésus, dit l’Évangile, parlait à ses disciples de sa venue » : Jésus reviendra, le royaume des Cieux viendra, et il s’agit de nous préparer à cette venue : Il sera comme un Époux qui vient à la noce, comme un Roi qui vient demander compte de nos talents (33e dimanche) et de notre charité (34e dimanche, Christ-Roi).

Il nous est bon d’écouter de temps à autre ces paroles, qui nous parlent de l’avenir et de notre Espérance. Car à l’image de Jésus qui n’avait pas où reposer sa tête (Lc 9,58), nous devons prendre garde à ne pas nous installer dans la vie présente et croire que tout va bien. Le royaume des Cieux ne peut pas être construit par nos forces ; c’est Dieu qui nous en fait le don et qui le conduira à sa perfection. Quelle que soit notre foi, quels que soient notre prière, notre amour de Dieu, notre amour fraternel, nous sommes toujours dans l’attente du Seigneur. Comme les jeunes filles de la parabole, invitées à des noces, nous attendons toujours la venue de l’Époux qui nous sauvera définitivement.
Aujourd’hui, nous traversons des événements qui peuvent nous aider à mieux prendre conscience de cela. Le monde, qui nous semblait bien calme depuis la pacification de notre Europe, s’agite et souffre. Il y a les violences, les guerres et les menaces ; il y a les épidémies où l’on voit la fragilité de la vie humaine ; il y a encore les catastrophes naturelles ou humaines ; et tout cela vient bousculer notre confiance en l’avenir. Comment faire des projets si rien n’est sûr, si nous ne savons pas où nous allons ? L’Évangile nous aide à élever notre regard vers une Espérance qui dépasse notre vision de l’avenir. Le Seigneur ne vient pas pour nous rassurer facilement et nous dire que « tout ira mieux », mais Il nous conduit plus loin, en donnant dès maintenant à notre vie une dimension d’Éternité. L’Espérance consiste à croire résolument que tout a un sens dès maintenant : que même si la situation est incertaine, nous ne sommes pas voués à périr dans les ténèbres, puisque le Christ nous illumine. Nos petites actions, notre travail quotidien, sont déjà l’instrument dont se sert le Seigneur pour nous faire avancer vers son Royaume.

Par la prière, par l’écoute de la Parole (surtout alors que nous sommes privés momentanément de l’Eucharistie), par l’exercice concret de la charité fraternelle, nous cultivons l’Espérance qui nous fait vivre. Sans cela, nous risquons de désespérer : c’est-à-dire de faire perdre toute signification à notre vie.
Il y a deux manières de perdre l’Espérance et de vivre sans but. Soit par le désespoir complet, c’est-à-dire en pensant que le monde va à sa perte et qu’il n’y a plus rien à faire : le Seigneur ne s’occupe pas de nous, Il nous a laissés tomber, le Mal est vainqueur… et Jésus est venu pour rien. C’est en quelque sorte la tentation athée, qui a pour conséquence qu’il faut jouir de la vie sans penser au lendemain (« Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! », 1Co 15,32). La seconde possibilité, c’est de se dire que l’homme n’est bon à rien, mais que Dieu s’occupe de tout sans prêter attention à ce que nous faisons. On a peut-être la foi, mais on croit en un Dieu qui ne nous aime pas, un Dieu qui n’accorde aucune importance aux hommes. Et c’est aussi une manière de désespérer, puisque notre vie n’a alors aucune valeur aux yeux du Seigneur : elle n’a aucun sens.

Alors que demande finalement l’Époux aux jeunes filles qui L’attendent ? D’avoir, petit à petit, emmagasiné de l’huile dans leurs lampes. À notre petite échelle, en attendant l’Époux qui vient, nous avons à remplir nos lampes avec l’huile de l’amour, l’huile de notre tâche quotidienne. Si nos cœurs sont remplis d’amour de Dieu, rien ne pourra nous surprendre, rien ne pourra nous angoisser : puisque notre vie et notre avenir appartiennent au Seigneur.
Cette attitude correspond à ce que l’Ancien Testament appelle la Sagesse (première lecture) : accumuler la Sagesse dans nos lampes, c’est tout rapporter à Dieu, garder la référence, le “point d’ancrage” qui nous permet de traverser les épreuves de la vie sans perdre pied. Puisque le Seigneur est venu, qu’Il reviendra, rien n’est jamais désespéré. Tout passe ; mais l’Amour du Seigneur – dont nos cœurs sont remplis jour après jour – demeure éternellement !

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Trentième dimanche du Temps Ordinaire — Ce qu'il y a de spécial dans la foi en Jésus

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

À chaque fois que Jésus répond à une question, Il donne un nouvel enseignement : Il ne se contente pas de répondre à la curiosité des gens, comme un professeur qui donnerait les détails qu’on lui demande. Chaque parole de Jésus ouvre à la nouveauté de la Parole de Dieu ; chaque question est l’occasion de découvrir une nouvelle dimension de la sagesse du Seigneur. Jésus dépasse sans cesse l’horizon de ses interlocuteurs, Il nous conduit toujours plus haut vers Dieu notre Père. Ici, la question du docteur de la Loi est posée à Jésus « pour le mettre à l’épreuve », mais elle n’est pas absurde : quel est le premier commandement de la Loi, puisqu’il y a des centaines de préceptes très variés dans la Loi de Moïse ? Où est la priorité dans tout cela ? Et nous, qui essayons de vivre en disciples du Christ, quelles sont nos priorités ? Quel est le centre de notre foi, et qu’est-ce qui nous semble fondamental dans notre relation à Dieu ? Lorsque nous partageons notre foi avec d’autres, que mettons-nous au centre de notre témoignage ?

Ce sujet est plus actuel qu’on ne le pense. Aujourd’hui, on assiste à des épisodes tragiques où des gens sont tués “au nom de Dieu” : cela nous force à réfléchir sur notre foi. Notre premier réflexe, bien entendu, est de dire que le Seigneur ne peut pas demander aux hommes de s’entre-tuer : ce n’est pas ainsi que nous concevons les commandements de Dieu ! Mais nous voyons que certains, qui croient en un Dieu, le pensent quand même. Alors quelle est la différence ? Qu’est-ce qui, dans l’Évangile, nous fait vraiment agir ; qu’est-ce qui est central et qui nous guide, nous donne une direction qui n’est pas celle de la violence ?
Dans les journaux et l’opinion publique, on entend souvent parler “des religions” en général, et on les met toutes dans le même sac ; sans doute parce que ceux qui en parlent sont très ignorants… Les religions sont donc toutes considérées comme plus ou moins intolérantes, rigides, dogmatiques, et souvent violentes. C’est pourquoi il est bon aujourd’hui d’entendre la parole de Jésus, qui nous recentre sur ce qui est vraiment spécifique à notre foi. Il ne s’agit pas de juger les autres, ni de faire une échelle de valeurs entre les différentes traditions spirituelles ; mais il nous faut connaître vraiment Celui en qui nous croyons, et mesurer en vérité quelle est la relation que nous avons avec Dieu et avec nos frères. Pour dialoguer avec tous les hommes, il nous faut nous connaître nous-mêmes et savoir le sens de notre foi.

Revenons donc à la source, à partir des paroles que nous avons entendues. Qu’est-ce qui est propre à l’Évangile de Jésus-Christ ? Qu’est-ce qui différencie l’Évangile des autres traditions, des autres intuitions religieuses qui parcourent le monde ? En premier lieu, au fondement de l’Évangile, il y a la liberté. Nous avons entendu saint Paul qui félicitait les Thessaloniciens (deuxième lecture), car ils s’étaient « convertis à Dieu en se détournant des idoles », et qu’ils avaient « accueilli la Parole dans la joie de l’Esprit saint ». Lorsqu’on fait la rencontre du Christ, on L’accueille librement, on choisit librement de renaître avec Lui, de ressusciter par le baptême, et de se mettre à sa suite dans la nouveauté de l’Esprit saint. Comme le disait Tertullien (un Père de l’Église du IIIe siècle), « on ne naît pas chrétien, on le devient ! ». On choisit de rejeter les idoles, les faux dieux, pour vivre de l’Amour de Dieu.
Et c’est justement l’autre fondement de la foi en Jésus-Christ, telle que cette foi nous est décrite dans l’Évangile : ce qui caractérise les disciples de Jésus, ce doit être l’amour. Le premier commandement, c’est l’amour de Dieu : une relation avec Dieu fondée sur la confiance, sur la joie d’être enfant de Dieu ; non pas sur la soumission ou la peur. Et puis le second commandement, qui est inséparable (« semblable » selon Jésus) : l’amour du prochain. Et nous comprenons dans l’Évangile (par exemple dans la parabole du bon Samaritain) que le « prochain » n’est pas seulement celui qui m’est proche, celui qui partage mon village, mes opinions ou ma religion, mais qu’il s’agit de se faire le prochain de tout homme. Il est facile d’aimer seulement les proches, mais l’Évangile nous demande ce qui est impossible sans la grâce de Dieu : aimer l’autre, et même aimer son ennemi. En conséquence, la foi en Jésus permet de rejeter résolument la vengeance et la violence. C’est cela le fondement de notre foi, puisque avec Jésus nous sommes ressuscités à une vie nouvelle.

Cette priorité donnée par Jésus, ce « grand commandement », c’est ce qui permet à l’Église d’être dans le monde une source de paix et de réconciliation. Les chrétiens obéissent bien à une Loi, mais c’est une Loi d’amour et de vie : face aux défis du monde actuel, n’oublions jamais de revenir au fondement de l’Évangile !

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Vingt-septième dimanche du Temps Ordinaire — Des enfants qui doivent tout à leur Père

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

En cet automne, période des vendanges, l’Église nous propose des lectures de la Parole de Dieu qui nous parlent justement de vignes et de vendanges ! Comme à son habitude, Jésus emploie des images simples, un peu poétiques, pour nous parler du Royaume de Dieu. La vigne, c’est un organisme vivant qui donne un excellent fruit : le vin, dans la Bible, est l’image de la fête. Mais la vigne ne donne son fruit que si l’on s’occupe bien d’elle : car il faut l’entretenir, nettoyer les sarments, enlever les mauvaises herbes… Celui qui s’en occupe récolte le raisin : une vigne harmonieuse, “heureuse”, donne de beaux fruits. Dans la Bible, la vigne est l’image du peuple d’Israël – le peuple de Dieu – dont le Seigneur s’occupe fidèlement et avec soin. Mais le peuple d’Israël (par exemple dans le passage du prophète Isaïe que nous avons entendu) est souvent infidèle à la promesse de Dieu : il est comme une vigne dont le maître s’occupe avec amour, mais qui ne donne pas de raisin. L’attitude que le prophète dénonce est l’ingratitude du peuple de Dieu : le Maître lui donne tout ce qu’il peut, et la vigne ne donne rien en échange. L’Amour de Dieu est donné avec abondance, mais les hommes ne répondent pas à cet amour.

Jésus, à son tour, reprend cette image de la vigne. À la suite du prophète Isaïe, Il reproche au peuple d’Israël de ne pas avoir accueilli l’Amour de Dieu. Comme déjà la semaine dernière, Il s’adresse aux « grands prêtres » – donc aux responsables des Juifs – pour les appeler à croire à l’Évangile. À travers cette parabole très facile à comprendre, Jésus leur rappelle que Dieu son Père leur a déjà envoyé une multitude de prophètes (les « serviteurs »), qu’ils ont rejetés et maltraités ; et que le Maître a maintenant envoyé son Fils, mais que ce Fils sera Lui aussi rejeté et tué. Le peuple de Dieu veut garder l’« héritage », mais se débarrasser de Celui qui leur apporte cet héritage.
Cette parabole est dite pour les Juifs, mais aujourd’hui, elle est surtout pour nous ! Jésus veut nous apprendre à accueillir le don de Dieu, à accueillir l’Évangile et les signes que le Seigneur veut nous donner. Nous sommes les enfants bien-aimés du Seigneur, et Il veut tout nous donner ! Mais il faut prendre garde à ne pas nous approprier les dons du Seigneur, comme si cela nous était dû. C’est une attitude essentielle, comme croyants, de revenir à la source de notre existence et de reconnaître que nous recevons notre vie de Dieu. Nos dons personnels, nos qualités, nos richesses, notre vie elle-même : tout cela, nous l’avons reçu gratuitement du Seigneur. Nous ne pouvons pas nous enorgueillir parce que nous sommes plus beaux, mieux portants, ou meilleurs en maths que notre voisin ; et nous ne devons pas non plus nous mépriser si nous pensons être moins performants que les autres. Tout est don de Dieu ! Et même plus largement, il est nécessaire de reconnaître ce que nous devons aux autres : à ceux qui nous ont précédés, qui nous ont appris à parler, à penser ; à ceux qui ont bâti nos maisons, qui ont inventé l’électricité et le chauffage… Il est tellement important d’avoir de la gratitude pour ce que nous recevons ! Sans quoi nous ne sommes que des enfants gâtés ; et si quelqu’un vient nous rappeler ce que nous devons à l’Amour de Dieu, alors nous le tuons et nous le jetons hors de la vigne…

Le choix fondamental de notre vie chrétienne, c’est donc cela : savoir vivre en enfants dépendants de leur Père, et accepter avec joie, avec gratitude, de dépendre du Dieu qui nous aime. Hors de cette attitude d’accueil, il n’y a qu’arrogance, égoïsme, violence, et jalousie envers les autres. Est-ce que nous sommes vraiment conscients de ne pas nous créer nous-mêmes, mais d’être créés par Amour ? Est-ce que nous sommes heureux de dépendre d’un Dieu d’Amour, de pouvoir tout Lui demander, d’être certains qu’Il est vainqueur de la mort ?
C’est une attitude essentielle (et difficile dans le monde actuel) ; car c’est un chemin de respect et d’amour. Si chacun est voulu, aimé gratuitement par Dieu, alors chacun a une valeur infinie aux yeux de Dieu ; et personne ne peut être méprisé parce qu’il est différent ! Notre vie ne nous appartient pas, elle appartient au Seigneur ; chaque personne est comme une vigne fragile dont le Seigneur seul peut prendre soin. Aujourd’hui on voudrait s’approprier les dons de Dieu, par exemple en créant la vie de manière artificielle, en trafiquant la génétique, en “fabriquant” des personnes selon des critères d’efficacité… L’Amour qui vient de Dieu nous donne la vie avec abondance, mais comme la vigne de la parabole, cette vie ne nous appartient pas.

Ne soyons donc pas ingrats comme les vignerons ! À la lumière de la Parole de Jésus, apprenons à répondre à l’Amour créateur du Seigneur, à porter du fruit là où nous sommes… et surtout, à rendre grâces au Seigneur pour ses dons. Notre vraie dignité, c’est d’être des enfants de Dieu qui doivent tout à leur Père.

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Fête de la Sainte-Croix — Soyons fiers de la Croix, signe d'Amour !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de notre fête paroissiale.

Que notre paroisse soit consacrée à la Croix de Jésus, cela peut sembler curieux. Dans la foi de l’Église, il y a tant d’événements joyeux, il y a tant de Saints rayonnants… alors pourquoi avoir choisi ce nom de « paroisse de la Sainte Croix » ? Cependant, on comprend un peu mieux quand on considère ce lieu où nous sommes : le sanctuaire de Parménie, riche de siècles d’histoire. Non seulement nous célébrons le huit centième anniversaire du premier pèlerinage, mais il faut encore garder à l’esprit que bien avant 1220, ce lieu était déjà un lieu saint, un lieu de pèlerinage à la Croix. Ici, tant de prières se sont élevées vers le Seigneur ! Des milliers de pèlerins ont quitté leur maison pour venir et rendre grâces ! Tant de personnes ont reçu des signes de l’Amour de Dieu en vénérant la Croix du Seigneur ! Et nous, humblement, nous nous inscrivons dans cet héritage spirituel si riche. Avoir une paroisse consacrée à la sainte Croix, ce n’est pas une curiosité : c’est un privilège et une responsabilité.

Nous ne sommes pas les seuls, bien sûr, à participer à cette vénération de la Croix ; mais nous sommes d’une certaine manière les héritiers de ce sanctuaire et de cette ferveur. Ici, nous héritons de la consécration à la Croix, et nous recevons en même temps une mission, qui doit être essentielle dans la vie de notre communauté paroissiale : la mission de montrer à nos frères l’importance de la Croix dans la vie chrétienne. Souvent, on laisse de côté le Mystère de la Croix, car on sent que c’est un peu gênant, et surtout pas très attirant ! Plutôt que de contempler Jésus sur la Croix, on aime mieux rappeler les belles histoires de l’Évangile, lorsque Jésus enseigne, parle de l’Amour de Dieu, guérit les malades… Pourtant, la Croix fait pleinement partie de notre foi ; elle est même selon la tradition liturgique, « notre unique Espérance » (O Crux Ave, spes unica!).
Nous avons donc à comprendre pourquoi la Croix, malgré son caractère déplaisant, est notre unique Espérance. La clef de lecture, c’est bien sûr l’Amour de Dieu (comme pour tout le reste de notre foi). Tout à l’heure saint Paul, dans ce magnifique passage de l’Épître aux Philippiens, nous rappelait que le Fils de Dieu s’était fait homme, qu’Il avait épousé la condition de serviteur, qu’Il était allé jusqu’au bout de l’obéissance, de la souffrance, jusqu’à la mort ; et tout cela, par Amour pour nous. Quand on aime, on cherche à se rapprocher de l’être aimé ; on veut être avec lui, comme lui (nous connaissons tous des couples où à force de s’aimer, on finit par se ressembler !). C’est cela qu’a fait Jésus : Il nous a tellement aimés qu’Il est venu partager notre vie, notre ressemblance. Rien de ce que nous vivons (joies, peines, épreuves et mort), ne peut être éloigné du Christ : toutes les dimensions de notre existence, Jésus les a vécues avant nous. Nous ne sommes plus jamais seuls, puisque le Seigneur nous a aimés jusqu’à la Croix.

C’est pour cela que la Croix est le signe ultime, efficace, de l’Amour de Dieu. Depuis le Golgotha, personne ne peut plus croire que le Seigneur est indifférent à nos souffrances : Il a porté sur Lui toute notre vie, tout le mal qui nous blesse (et dont nous sommes aussi complices). Il nous apprend ainsi à aimer, puisqu’on ne peut pas aimer vraiment sans s’impliquer en profondeur dans la vie de celui qu’on aime. Aimer tout en restant à distance, ce serait “faire semblant” d’aimer : or Dieu ne nous aime pas à distance.
Parfois, on entend des proches qui nous disent : « Si Dieu existait, il n’y aurait pas toute cette souffrance dans le monde ! » – sous-entendu : Dieu se fiche complètement des gens qui souffrent. Mais le Seigneur, Lui, a voulu aller au plus profond du mal ; et c’est là, sur la Croix, qu’Il nous montre jusqu’où va son Amour pour nous.

La Croix est donc le signe de l’Amour total ; et en même temps, elle est le signe de la Victoire sur la mort. Non seulement Jésus a porté l’Amour de Dieu jusqu’à l’abîme du péché, mais Il a vaincu la mort par sa Résurrection. Saint Paul dit encore : « Jésus s’est abaissé jusqu’à la mort de la croix… C’est pourquoi Dieu l’a exalté ». L’Amour de Dieu qui va jusqu’au bout, est en même temps la puissance suprême, celle qui ressuscite et donne la vie.
Soyons donc fiers de la Croix du Christ, ne la cachons pas à nos frères : elle est le lieu où nous retrouvons l’Espérance et où nous sommes sauvés. Cette croix, nous la portons autour du cou, nous la mettons dans nos maisons, dans nos églises ; nous la plantons sur nos sommets (comme ici à Parménie), pour montrer que l’Amour de Dieu domine le monde. Où que nous soyons, levons les yeux, regardons la Croix, et nous comprendrons à quel point Dieu nous aime !

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Vingtième dimanche du Temps Ordinaire — La gratuité de notre relation à Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jésus « n’a été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » ; pourtant, Il va céder aux prières de cette femme, de cette Cananéenne (donc païenne, n’appartenant pas au peuple d’Israël), et Il va libérer sa fille du démon qui la tourmente. Jésus guérit donc même au-dehors de son peuple : Il est venu non seulement accomplir les promesses faites à Israël, mais surtout étendre ces promesses à tous les hommes (comme l’avait déjà prophétisé Isaïe dans la première lecture : « Les étrangers qui s’attachent au Seigneur, je les conduirai à ma montagne sainte »). Cela ne nous semble peut-être pas extraordinaire, à nous qui voyons depuis deux mille ans l’Évangile se répandre dans le monde entier ; mais à l’époque de Jésus, l’Alliance entre Dieu et Israël était jalousement gardée, vue comme un privilège limité aux Juifs. C’étaient eux, les « enfants » qui mangeaient le pain promis par Dieu, et il était hors de question de leur retirer ce pain pour le donner aux païens – qui étaient traités de « chiens ».

La foi dont fait preuve cette Cananéenne, cette foi que Jésus admire, consiste à compter sur l’infinie générosité du Seigneur. Les « enfants » (les Juifs) ont reçu le pain de l’Alliance, mais n’en reste-t-il pas un peu, quelques « miettes », pour les païens ? Bien sûr, répond Jésus, l’Amour de Dieu est infini, et il se répand dans le monde entier. La femme était venue implorer de Jésus qu’Il fasse tomber sur elle, et sur sa fille, quelques miettes de sa Miséricorde ; Jésus répond largement à cette prière en guérissant la jeune fille.
L’attitude spirituelle de cette femme est exemplaire, car elle se situe exactement à l’opposé de l’attitude des pharisiens que nous voyons fréquemment. En ce sens, cette rencontre de Jésus et de la Cananéenne est un moment-clef de l’Évangile ! Les pharisiens sont les héritiers de Moïse : ils revendiquent leur héritage, la fidélité de Dieu envers leur peuple. S’ils sont les descendants des patriarches d’Israël, ce n’est pas pour eux un honneur, mais un privilège qui les place au-dessus des autres hommes. Et parce qu’ils font partie du peuple d’Israël, Dieu serait “obligé” de leur garder son amour et sa fidélité : « Dieu nous doit quelque chose, puisque nous sommes Israélites ! ».

La Cananéenne de l’Évangile, elle, n’a rien à revendiquer, rien à réclamer. Dieu ne lui doit rien : elle le sait très bien, puisqu’elle n’est qu’une païenne. Et pourtant, c’est elle dont Jésus admire la foi ; car la foi consiste justement à tout recevoir gratuitement de Dieu. Le Seigneur ne me “doit” rien : je n’ai rien à exiger de Lui, car Il est infiniment plus puissant que moi et je ne fais même pas partie de son peuple. Je suis heureuse, dit la femme, si je peux avoir ne serait-ce que quelques miettes de l’Amour de Dieu pour moi et pour ma fille !
Cette attitude est exemplaire pour nous, car notre relation au Seigneur ne peut pas se construire sur le mode de la revendication. Dieu nous a aimés gratuitement, et notre réponse d’amour ne peut être que gratuite [La Vierge Marie, que nous célébrions hier à l’Assomption, a pleinement vécu cette gratuité : Dieu lui a tout donné gratuitement]. Nous ne croyons pas en Lui pour avoir une récompense, nous ne Le prions pas pour espérer des avantages ! Celui qui dit au Seigneur : « Comme j’ai été gentil, j’ai le droit d’aller au Paradis », n’a rien compris à l’Amour de Dieu. Parce que notre foi est gratuite, nous avons sans cesse à l’entretenir : car une relation d’amour n’est jamais acquise une fois pour toutes, elle se cultive et se protège. L’amour qu’on n’entretient pas, finit par disparaître peu à peu, comme le savent tous les époux. Le Seigneur nous invite à Le prier régulièrement ; Il nous propose l’Eucharistie dimanche après dimanche, pour Lui offrir notre vie constamment et raffermir notre vie de foi. Dédaigner la Messe du dimanche, ce serait revendiquer le “droit” d’être aimés par le Seigneur, sans faire aucun effort pour recevoir son Amour : c’est le comportement des pharisiens.

Cette tentation pharisienne existe toujours aujourd’hui, et l’Évangile doit nous aider à la repousser. Certains viennent d’une famille catholique, et considèrent la foi comme un privilège héréditaire… mais est-ce que notre foi est toujours vivante ? Est-ce que pour nous, la foi est un don extraordinaire que nous fait le Seigneur, et que nous ne méritons pas ?
Comme la Cananéenne de l’Évangile, nous ne devons jamais cesser d’implorer « quelques miettes » de la Miséricorde du Seigneur : nous en avons tellement besoin ! Le Seigneur nous demande de Le prier sans interruption : non pas pour Lui faire plaisir, mais pour notre bien ; car sans une prière régulière, c’est notre amour et notre joie qui dépérissent et finissent par disparaître. Si nous Lui faisons confiance constamment, si nous L’aimons gratuitement, alors Il exaucera notre prière !

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Assomption — La France doit regarder vers le Ciel

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour de joie.

« Mon âme exalte le Seigneur ! », chante Marie dans ce chant de louange, le Magnificat que nous rapporte l’Évangile. En ce beau jour d’été, notre âme aussi exalte le Seigneur, car c’est une grande fête qui nous rassemble. Il est toujours bon à des enfants de se tourner vers leur Mère pour la remercier : c’est ce que nous faisons aujourd’hui, en nous tournant vers Marie dans la Gloire de Dieu, pour célébrer l’amour dont elle nous accompagne. De plus, comme nous le savons, cette fête de l’Assomption a une valeur particulière en France depuis presque quatre siècles. En 1638, le roi Louis XIII consacrait son royaume à la Vierge de l’Assomption ; et même la République a gardé cette dimension symbolique en faisant du 15 août un jour férié ! Nous sommes donc en même temps dans la joie d’une grande fête, et de manière particulière dans la célébration d’une “Fête nationale” qui nous rappelle la vocation spirituelle de notre pays.

Marie a une place essentielle dans la foi de tout chrétien ; mais nous, peuple français, avons un lien particulier depuis longtemps avec la Mère de Jésus. Pensons à la place de Marie dans notre paysage ; aux multiples apparitions de Marie en France ; au nombre de cathédrales qui sont consacrées à Notre-Dame ; et même à la douleur profonde que nous avons ressentie l’an dernier en voyant l’incendie de Notre-Dame de Paris. Pensons que notre diocèse, lui aussi, est consacré à la Vierge, et que notre cathédrale de Grenoble – même si elle n’a pas le prestige de celle de Paris ! – est aussi une “Notre-Dame”. Nous sommes les héritiers de cette longue histoire de prédilection, d’appels à la conversion, et de reconnaissance ; et même si aujourd’hui nous aurions des raisons de désespérer, nous savons que Marie continue de prendre soin de nous, si nous lui faisons confiance.
Comme nous le rappelle la lecture du Livre de l’Apocalypse, nous sommes donc appelés à lever les yeux vers Marie, cette « femme qui a le soleil pour manteau » et qui est dans la Gloire de Dieu « avec son âme et son corps » (prière d’ouverture de la messe). Que signifie cette vision de Marie dans la lumière de Dieu, couronnée d’étoiles ? Est-ce que cela veut dire que Marie est trop éloignée, trop pure pour nous, et qu’elle est hors d’atteinte ? Non, bien sûr : si Marie est élevée dans la Gloire de Dieu, ce n’est pas pour se désintéresser de nous, « pauvres pécheurs » : c’est pour nous montrer la direction, le chemin qui conduit à Dieu. Marie nous conduit personnellement en tant que baptisés, enfants de Dieu ; et elle nous conduit, en tant que peuple consacré à son service.

En ce jour, l’Église nous montre donc Marie à deux moments essentiels de sa vie : lors de la Visitation à sa cousine Élisabeth, et dans sa Gloire éternelle.
1. Lorsque Marie vient visiter Élisabeth, elle vient d’abord pour l’aider ; mais en fait, elle lui apporte le Christ. La joie d’Élisabeth vient de la joie de son fils de rencontrer Jésus. Ainsi Marie porte Jésus à sa cousine qui exulte, et Marie, à son tour, chante sa joie. À son imitation, nous ne sommes pleinement nous-mêmes que si nous portons la joie de Jésus à nos frères ; et la France n’est elle-même que si elle aussi, elle est missionnaire et porte le Christ aux hommes. Notre pays rayonne seulement dans la mesure où il est fidèle à Jésus, et où il est porteur de Jésus. Notre vocation n’est pas d’exporter des idéologies douteuses, mais de témoigner du Sauveur qui est fidèle à ses promesses. Pour témoigner de la fidélité de Dieu pour nous, il faut que nous soyons nous-mêmes fidèles !
2. Marie, dans la Gloire du Ciel, nous montre encore à quoi nous sommes appelés : à entrer, nous aussi, dans la Gloire de Dieu. La vocation de la personne humaine, c’est de contempler le Seigneur pour l’éternité. Nous devons donc nous rappeler l’extraordinaire dignité de chaque homme et de chaque femme ; et la vie commune des citoyens d’un pays (qu’on appelle aujourd’hui le « vivre-ensemble ») doit nous aider à nous rappeler cette dignité. Il ne s’agit pas de faire une différence entre « ceux qui croient au Ciel et ceux qui n’y croient pas » ; il s’agit simplement de favoriser le respect de toute personne humaine. Et si la France ne respecte pas cette dignité, en faisant des lois qui méprisent les plus petits ou les malades, alors elle n’est plus fidèle à sa vocation.

Ce jour de l’Assomption est donc en même temps un jour de joie, et une fête qui nous rappelle qui nous sommes : ce qui nous permet d’accomplir vraiment notre vocation. Marie nous a été envoyée plusieurs fois (Lourdes, La Salette etc.), non pas pour nous féliciter, mais pour faire écho à l’appel du Seigneur à la conversion. Si nous voulons chanter avec Marie son chant de louange « Mon âme exalte le Seigneur ! », il nous faut prendre au sérieux le message qu’elle nous délivre sans cesse : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! ».

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Dix-septième dimanche du Temps Ordinaire — A quoi donner la priorité ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Le royaume des Cieux est comparable… » : le génie des paraboles employées par Jésus, c’est de nous faire toucher du doigt une réalité infinie – le royaume de Dieu – au moyen de petites choses très simples. Ces images nous parlent d’un contraste entre l’apparente banalité (un champ, une terre, une petite perle) et l’importance réelle des choses. Celui qui voit les choses de l’extérieur, de manière superficielle, ne voit pas la réalité telle qu’elle est en vérité ; il faut s’y plonger, il faut “creuser la terre” pour voir ce qu’il y a vraiment dessous ; il faut être “connaisseur” pour distinguer une perle précieuse d’un simple bout de nacre. Jésus nous invite donc à ne pas en rester à la surface des choses : pour donner à notre vie la bonne direction, nous avons à comprendre la signification du royaume des Cieux où nous sommes appelés à vivre.

Alors qu’est-ce que c’est exactement, ce royaume des Cieux ? Est-ce seulement une hypothèse lointaine qui arrive après la mort ; ou bien quelque chose de plus proche, de présent aujourd’hui ? Le Royaume, évidemment comme son nom l’indique, c’est là où Dieu règne. Ce qui nous pose déjà une question, à nous qui aimons bien en faire à notre guise : quelle valeur donnons-nous au Règne de Dieu ? Sommes-nous convaincus de l’importance de laisser le Seigneur régner sur nous ? Le monde actuel ne se laisse pas vraiment conduire par Dieu, et nous voyons les malheurs qui arrivent lorsque d’autres puissances conduisent le monde. Est-ce que nous voulons orienter notre existence pour que toutes nos actions soient faites selon l’Évangile, dans l’Esprit saint ?
Chacun de nous doit se demander en vérité quelle place il accorde au règne de Dieu dans sa vie ; par exemple, de manière très concrète, si nous demandons l’aide de l’Esprit saint quand nous avons une décision à prendre. Pour beaucoup de nos contemporains qui se disent croyants, Dieu existe vaguement, mais Il n’inspire pas leur vie : Il ne règne pas en eux. Pour nous aider à comprendre, nous avons entendu le magnifique exemple du roi Salomon, qui accède au trône d’Israël alors qu’il est encore un tout jeune homme. Dieu lui pose la question fondamentale de son règne : qu’est-ce qui fera de toi un grand roi ? Est-ce la fortune, la longévité, les conquêtes militaires ? Salomon répond comme celui qui a déjà trouvé le trésor caché dans le champ : ce qui sera essentiel pour un jeune roi, c’est la Sagesse, « un cœur attentif pour discerner le bien et le mal ». Si l’on regarde les choses de manière superficielle, ce n’est pas grand-chose d’être sage, il vaudrait mieux avoir une armée puissante et beaucoup d’argent ! Mais Salomon sait bien qu’il a besoin d’un fondement, d’une dimension indispensable à sa mission : et que sans la Sagesse de Dieu, toute la puissance et toute la fortune du monde ne sont qu’une poussière dispersée par le vent.

Le Seigneur nous invite donc à retrouver ce trésor enfoui dans le champ de notre vie, et à lui donner la première place. Le règne de Dieu dans notre cœur, c’est le fondement sans lequel rien n’a vraiment de valeur. Pour celui qui choisit d’acquérir ce trésor, toute l’existence est transformée et renouvelée. Comme le décrit saint Paul aux Romains (deuxième lecture), Dieu appelle, Dieu rend juste, Dieu fait de nous des images de Jésus : tout est changé dans le cœur de l’homme qui répond à l’appel de Dieu. Désormais, la priorité d’une vie n’est plus dans la satisfaction ou l’ambition personnelle, mais dans l’amour et dans le don, à l’image de Jésus.
L’Esprit saint nous permet ainsi de vivre pour Jésus, en Jésus, avec Jésus ; le trésor que nous découvrons, c’est que nous devenons enfants de Dieu. Vue de l’extérieur, à la superficie, peut-être la vie d’un enfant de Dieu ressemble-t-elle à la vie de toute autre personne ; mais à l’intérieur, en profondeur, le cœur de l’homme est entièrement renouvelé. Celui qui se laisse conduire par le règne du Christ, toute son activité humaine est transfigurée, comme la sagesse du roi Salomon. Si l’on veut prendre une comparaison, c’est comme le pain de l’Eucharistie : avant et après la consécration, il paraît identique… et pourtant, il est devenu le Corps ressuscité de Jésus. C’était un simple aliment, il a été transformé pour devenir nourriture d’éternité !

Vivre pour Jésus, c’est aussi être transformé pour entrer dans l’éternité. Le royaume des Cieux nous donne une direction intérieure ; grâce à ce trésor, nous ne sommes plus jamais seuls. Nous pouvons consacrer au Seigneur chaque moment, connaître le sens de notre action, et recevoir au centuple ce que nous donnons. Tel est ce trésor de la Sagesse de Dieu, qui doit être la dimension essentielle de notre vie. Ce trésor est toujours caché aux yeux du monde, si bien que beaucoup considèrent comme dérisoire le choix du royaume de Dieu ; demandons la Sagesse du Seigneur pour rester fidèles à ce qui est vraiment important.

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Quinzième dimanche du Temps Ordinaire — La Parole dans notre cœur

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Le semeur est sorti pour semer la Parole de Dieu ». Le premier semeur, nous dit Jésus, c’est Lui-même ; Il est « sorti » (descendu du Ciel) pour venir vers nous et semer la Parole de Dieu dans nos cœurs. Il n’a pas fait que nous donner “une parole”, mais Il est Lui-même la Parole, Il vient Lui-même habiter en nous par l’Esprit saint. Nous aussi, en ce dimanche, nous sommes « sortis » de chez nous pour aller à la rencontre de la Parole de Dieu ; pour rencontrer Jésus, et raffermir la puissance de vie que nous portons en nous depuis le baptême. Nous avons besoin de recevoir sans cesse la semence de la Parole de Dieu, elle doit être semée continuellement en nous pour porter du fruit. Si nous pensons que nous n’en avons pas besoin, nous nous faisons illusion ; à la place de la Parole de Dieu, à la place de Jésus, nous risquons de nous faire des idoles. Si nous dédaignons d’écouter la voix du Christ, nous écouterons la voix de notre égoïsme et de notre péché.

En ce dimanche, nous voyons de manière très claire ce que Jésus nous décrit : il y a plusieurs types de « terre » où est semée la Parole de Dieu. Dieu parle à des cœurs très différents les uns des autres. Il y a les cœurs ouverts, les cœurs distraits, superficiels, ou encore préoccupés, inattentifs, voire indifférents… il y a même les cœurs hostiles à cette Parole. Nous le voyons très bien – et à la limite, Jésus ne nous apprend rien ! –, c’est ce qui se passe chaque dimanche : nous, qui venons ici entendre la Parole, nous sommes une minorité au milieu de communautés humaines qui ont bien d’autres choses à faire le dimanche (randonnées, sport, oisiveté…). Il y a les croyants et les indifférents, ceux qui prient et ceux qui ne prient pas. Ce n’est évidemment pas un motif d’orgueil pour nous si nous croyons : nous n’avons en aucun cas à mépriser qui que ce soit, car devant la Parole de Dieu nous sommes tous des pécheurs. Mais cela nous interroge sur notre propre obéissance, sur la manière dont nous écoutons cette Parole et nous la laissons modeler notre cœur.
En écoutant cette parabole si connue, nous avons tendance à revenir sur nous-mêmes, et à chercher quel type de terre nous sommes : la terre superficielle, celle des ronces, la terre sèche, la bonne terre… ? Mais en fait, le “personnage central” de la parabole n’est pas la terre (ni nous !) : c’est la semence, la Parole de Dieu qui est au centre. Cette même Parole dont le Seigneur parlait tout à l’heure par la bouche du prophète Isaïe : « Ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat ». Jésus veut d’abord nous parler du don de la Parole, que son Père fait à tous les hommes. C’est ce don qui nous a permis de recevoir la foi, c’est grâce à l’abondance de ce don que nous connaissons et que nous aimons le Seigneur.

Sans la Parole, nous ne comprenons rien, nous ne connaissons rien, et notre vie n’a aucun sens ; sans Jésus, nous ne savons pas comment rencontrer Dieu ni comment le prier ; et nous ne distinguons même pas vraiment le bien du mal. Sans la semence, même si la terre est excellente, rien ne poussera ! (sauf peut-être quelques mauvaises herbes apportées par le vent…) Notre cœur n’est comblé d’amour que si Dieu nous parle face à face, et s’Il nous donne son Esprit. Nous pouvons être des bonnes terres, des terres fertiles, des “gens bien”, honnêtes, gentils… mais si la Parole ne pénètre pas dans nos cœurs, nous ne serons jamais davantage que des gens honnêtes. Or le Seigneur n’est pas venu pour nous rendre “sympas”, mais pour nous proposer la sainteté de Dieu ! « Soyez saints comme Dieu est saint » (1P 1,16). Il s’agit d’être des Saints, des enfants de Dieu, de ressentir la vraie joie d’avoir Dieu pour Père. D’ailleurs, nous prions aujourd’hui pour nos défunts à la lumière de cette même vocation : la Vie éternelle n’est pas une question de gentillesse personnelle, mais d’écoute et de pratique de la Parole de Dieu.
Devant cette Parole de Dieu, notre vie reçoit une nouvelle direction et une nouvelle Espérance. Saint Paul, tout à l’heure, nous parlait de la Création « soumise au pouvoir du néant » ; ce qui peut paraître pessimiste, mais finalement, l’actualité nous montre que ce n’est pas si faux… En tout cas, ajoute saint Paul, nous « gémissons » pour être « libérés de la dégradation ». Mais la Parole de Dieu, elle seule, nous donne une vraie Espérance de libération. Nous ne pouvons pas nous sauver nous-mêmes : seul Jésus nous sauve du mal et du désespoir.

La Parole de Dieu, qui est Jésus, nous révèle donc qui nous sommes, quelle est notre vocation, comment répondre à l’appel de l’Amour de Dieu ; elle nous fait partager la Vérité, le chemin vers Dieu. Pour être des “bonnes terres”, il suffit d’adopter une attitude d’ouverture à la Parole de Dieu : ne pas nous croire tout-puissants, mais accueillir cette Parole qui nous sauve. Une terre ne peut se semer elle-même : pour porter du fruit, tout simplement, nous devons d’abord recevoir la semence du Seigneur !