Homélies

Paroisse Sainte-Croix

Les homélies du dimanche

Voir aussi les homélies sur la paroisse Saint-Thomas de Rochebrune en cliquant ci-dessous.

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Deuxième dimanche de l'Avent — Notre Histoire sainte

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Voici que la Parole de Dieu est adressée à Jean, fils de Zacharie ; ce Jean que l’on appellera « Baptiste » parce qu’il accomplit un rite de purification dans le Jourdain. Avant Jean Baptiste, la Parole de Dieu avait été adressée à bien d’autres prophètes, dans l’histoire si riche du peuple d’Israël : peu à peu, le Seigneur avait fait avancer son peuple dans la fidélité à l’Alliance. Mais ce n’était pas une histoire tranquille, il y avait eu des infidélités et des châtiments : par exemple l’occupation romaine, que beaucoup voyaient comme une punition de Dieu.

Et voici donc qu’à un moment fixé, Dieu décide d’adresser une Parole toute nouvelle à Jean, ce nouveau prophète : une parole qui promet la conversion et de la venue du Messie. Cela se passe en un temps bien défini ; avons-nous entendu avec quels détails, quelle précision, l’Évangéliste donne le cadre de cette histoire ? « L’an quinze du règne de l’empereur romain Tibère, alors qu’Hérode régnait et que Ponce Pilate gouvernait la Judée, etc. » : c’est ce moment précis que Dieu choisit pour adresser sa Parole à Jean. Pourquoi pas avant, pourquoi pas après ? C’est la décision libre du Seigneur : Il choisit d’annoncer le Salut à tous les hommes, Il fait préparer le chemin par lequel Il viendra nous sauver : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ».
Avec Jean, c’est une nouvelle Histoire sainte qui commence, une Histoire des relations entre Dieu et les hommes, marquée par la réconciliation. L’Histoire sainte avait commencé sous l’Ancien Testament (Noé, Abraham, Moïse et tant d’autres), mais il y a maintenant un nouveau recommencement. À cette époque où règnent Tibère et Hérode, le Seigneur veut entrer dans une nouvelle Alliance avec les hommes ; les anciennes prophéties entrent dans leur accomplissement.

Il est important pour nous de méditer sur cette Histoire d’il y a deux mille ans : nous devons être convaincus que cette Histoire sainte n’est pas terminée ! Nous pouvons avoir confiance dans le Seigneur, car ce qu’Il a fait avec Jean Baptiste, Il continue de le faire pour nous aujourd’hui : Dieu ne se désintéresse pas de notre monde. Face aux événements du monde, à l’instabilité, aux conflits, nous serions entraînés à nous dire que finalement, c’est “toujours la même chose” : c’est le cycle du temps qui continue, il y a des guerres, des paix, des conflits, des réconciliations… et la Première Guerre mondiale dont nous avons fêté l’armistice, pourrait bien recommencer un de ces jours. Une autre attitude serait même de penser que tout va de plus en plus mal… et que peu à peu, Dieu abandonne le monde : il n’y aurait aucune espérance possible.
Mais à vrai dire, il y a encore une troisième attitude qui est possible, une attitude d’Espérance, celle de Jean Baptiste qui accueille, proclame la Parole et le projet de Dieu. Le Seigneur vient nous sauver à nouveau aujourd’hui ; Il nous adresse sa Parole, Il agit dans notre monde, et il ne faut pas manquer cette action de Dieu quand elle advient. Regarder seulement la situation du monde, c’est réaliste, mais c’est insuffisant : cela ne permet pas de voir le plan de Dieu dans son intégralité. Il s’agit aussi de lever les yeux pour voir à l’œuvre la puissance du Seigneur, comme l’a fait Jean Baptiste.

La conversion de l’Avent, c’est donc imiter Jean : dans un monde qui comme au temps de Jésus, paraît désespéré, nous mettre à l’écoute de ce que le Seigneur veut faire à travers nous. Il ne s’agit pas d’abord de devenir parfaits, impeccables pour Noël, mais d’accueillir la joie de Dieu qui vient vers son peuple. « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, proclamait le prophète Baruch ; revêts la parure de la gloire de Dieu ! ».
Oui, l’Histoire sainte continue aujourd’hui ; à nous de la découvrir et de la vivre. Nous pourrions même actualiser l’introduction de saint Luc : « L’an 6 du pontificat du Pape François, Élisabeth étant souveraine du Royaume-Uni depuis 66 ans, l’an 2 du mandat du président Macron… la Parole de Dieu est toujours adressée aux hommes de ce temps ». C’est notre Histoire sainte, et elle témoigne de la présence de Dieu. Nous avons simplement à demander de la comprendre : comme le disait saint Paul aux Philippiens, il nous faut grandir dans la « connaissance, dans la clairvoyance pour discerner ce qui est important ».
Se convertir en Avent, c’est laisser le Seigneur agir dans notre histoire pour en faire une Histoire sainte ; Le laisser aplanir nos montagnes d’orgueil, Le laisser combler les ravins de nos péchés, pour que nous soyons capables de L’accueillir à Noël. Prions le Seigneur, comme Jean Baptiste, afin d’être capables d’écouter sa Parole !

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Fête du Christ-Roi — Le Roi de vérité nous libère du mensonge

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette fête.

« Es-tu le roi des Juifs ? » Voilà une question bien curieuse adressée par Pilate, l’homme puissant, le représentant de l’Empire romain, à un homme enchaîné et affaibli par les traitements des légionnaires. Pourtant, c’est bien Jésus, le Christ, le Roi que nous honorons aujourd’hui. Il le dit Lui-même : Je suis roi, mais « ma royauté n’est pas de ce monde ». Ce Roi ne correspond pas à ce que nous connaissons (ou ce que nous imaginons) d’un roi de l’Antiquité : il n’a pas d’armée, il n’a pas de puissance, il ne menace pas, il ne contraint personne, il ne juge pas, il ne punit pas. Ce Roi n’a qu’une loi, c’est la loi de l’Amour.

Non, l’autorité de Jésus, Roi de l’univers, ne repose pas sur la force. Pourquoi est-Il venu parmi nous ? « Je ne suis venu dans le monde que pour ceci : rendre témoignage à la vérité ». Son autorité ne repose que sur la vérité. Cela peut paraître bien faible, à une époque où la vérité semble finalement très relative : on dit bien : « À chacun sa vérité ! ». Et puis il faut dire aussi qu’on fait des petits mensonges de temps à autre, des “petits arrangements avec la vérité”… Qui n’a jamais menti ? Même les informations, les autorités publiques prennent souvent des libertés avec la vérité.

Mais justement, l’autorité de Jésus ne vient que de ce témoignage à la vérité. En étant Lui-même la Vérité (« Je suis le chemin, la Vérité, la Vie » Jn 14,6), Il vient bousculer toutes les autres autorités de ce monde. Il vient relativiser toutes les autorités qui reposent sur le mensonge. Pensons à ceux qui nous promettent un bonheur immédiat en échange de notre obéissance : « Suis-moi et tu seras libre ; achète ceci, éclate-toi avec cela, profite de la vie, sois égoïste, et tu seras heureux ! ». Tout cela, on nous le promet pour que nous fassions marcher le commerce… mais c’est un vaste mensonge. Ceux qui prétendent être des dieux en nous promettant le bonheur, ne sont en fait que des idoles qui nous rendent esclaves et nous donnent le malheur.
Il faut aussi penser aux autorités de ce monde, qui sont en général légitimes, mais qui cherchent d’abord à se maintenir au pouvoir à tout prix – même parfois au prix du mensonge. Il s’agit, comme le dit Jésus ailleurs (Lc 20,25), de « rendre à César ce qui est à César »… mais surtout, de « rendre à Dieu ce qui est à Dieu ». La vérité, c’est que l’homme appartient à Dieu, et qu’il doit revenir à Dieu ; et donc que les chefs d’État ne doivent pas oublier qu’il y a, au-dessus d’eux, une autorité supérieure. Lorsqu’ils prennent des décisions qui sont contraires à la dignité de l’homme, on doit leur rappeler la vérité : ils n’ont pas l’autorité de Dieu !
Le Christ vient donc rendre témoignage à la vérité, et par ce témoignage, toutes les autorités sont ébranlées, remises en question. Le condamné à mort est couronné Roi de l’univers, et l’homme de pouvoir va à sa perte.

Accueillir le Christ comme notre unique Roi (et remettre en question les “faux rois”), c’est entrer dans son royaume d’Amour. Au début du livre de l’Apocalypse que nous venons d’entendre, saint Jean nous rappelle que le Christ nous a délivrés du péché, et qu’Il a fait de nous un royaume de grâce et de paix ; cette paix tellement nécessaire au monde, ne peut venir que si l’homme se laisse guider par Jésus dans le Royaume. Là encore, nous nous souvenons que Jésus est venu pour « rendre témoignage à la vérité » : chacun, selon sa vocation, peut accueillir la vérité du Christ dans sa vie et en faire un chemin de bonheur. Seul le Christ révèle à chacun qui il est vraiment.
- Les baptisés [chacun de nous, et particulièrement les enfants qui sont là aujourd’hui après leur baptême] ont été renouvelés par le Christ dans le baptême. La grande vérité qui nous concerne tous, c’est que nous n’appartenons plus aux ténèbres, au mal, à la mort, mais que désormais nous sommes soumis à l’autorité d’Amour du Christ. Nous participons à son Royaume, et avec Jésus nous sommes libres face au mensonge !
- Vocation particulière : les diacres [présents aujourd’hui en nombre] ont la vocation du service au nom du Christ. Par ce service, ils rappellent la dignité de chaque homme, frère de Jésus : ainsi ils contribuent à la construction du Royaume de paix. Être au service des hommes, c’est témoigner de la vérité : tout homme, pauvre ou riche, dans la joie ou dans la détresse, est unique dans le Royaume du Christ.

Finalement, Pilate n’a pas compris qui était Jésus… car le Seigneur vient nous déranger, nous bousculer dans nos convictions. Son Royaume n’est pas celui des puissants, mais celui de l’Amour ; si nous L’accueillons, Lui le Roi de vérité, Il nous libère et nous sauve !

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Trente-troisième dimanche du Temps Ordinaire — En attendant le retour du Seigneur…

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Comme chaque année, à la fin du temps liturgique (c’est-à-dire à l’approche d’une nouvelle année et du temps de l’Avent), l’Évangile nous fait entendre des paroles de Jésus tout à fait particulières : des paroles qui décrivent la fin des temps. C’est une réalité à laquelle nous ne pensons pas souvent (sauf peut-être en regardant un film-catastrophe…) : la fin des temps, la “fin du monde”. Est-ce que cela arrivera vraiment ? Comment cela va-t-il se passer ? Un tremblement de terre, une météorite qui percutera la terre, un tsunami géant, l’extinction du soleil ? Bien sûr, on peut imaginer beaucoup de choses, comme le font les scénaristes ; mais il est plus sage de nous en remettre à Jésus plutôt qu’à Hollywood ! Or Jésus (contrairement aux films) ne veut pas nous faire peur : Il veut nous faire prendre conscience du sens de notre vie et de notre monde.

Au milieu de notre vie quotidienne, il est bon de lever les yeux, de regarder vers Dieu. Le temps que nous vivons n’est pas cyclique, il n’est pas un “éternel recommencement” : le temps, le monde, se dirigent vers le Seigneur. La réalité la plus profonde, c’est ceci : tout vient de Dieu, tout retourne à Dieu. C’est la certitude qui nous guide, qui nous aide à avancer ; car nous ne sommes pas dans l’inconnu. Nous sommes dans une vie, dans un monde créé par Dieu ; nous avons notre source en Dieu, et nous allons vers Dieu. Quoi qu’il arrive, nous restons sur ce chemin et rien ne pourra jamais nous en écarter.
Il n’empêche que Jésus emploie des images qui peuvent nous sembler effrayantes : des images de troubles, d’instabilité (« les étoiles tomberont du ciel, les puissances célestes seront ébranlées… »). Car ce monde, créé par le Seigneur, est en même temps un monde qui ne sera pas éternellement sous sa forme actuelle. Ce que nous voyons, ce que nous contemplons, est un état temporaire. D’ailleurs, le souci pour l’écologie et pour le soin de la terre (auquel nous invite le Pape), nous rappelle que justement ce monde est blessé. Il ne va pas bien, à cause du péché de l’homme ; il est provisoirement dans un état de maladie, pour qu’un jour le Seigneur vienne le guérir par sa puissance.

Ainsi, nous sommes invités à ne pas trop nous « installer » dans ce monde. Tout change, tout passe ! et si nous mettons notre sécurité dans les choses qui passent (plaisirs temporaires, biens matériels…), nous serons bien vite déçus.
Mais Jésus ne s’arrête pas là. Ce qui passe, se renouvelle : l’important n’est pas de craindre les châtiments ou les catastrophes, mais de nous préparer à une vie nouvelle. Jésus ne veut pas nous effrayer : Il nous promet un nouveau monde, un monde où tout sera renouvelé par la Résurrection. La comparaison qu’Il emploie est claire : quand vous voyez les feuilles du figuier, c’est que l’été est proche. Oui, l’été est proche, la vie est proche, la joie est proche ! et notre vie de chrétiens doit rayonner cette joie du monde nouveau qui vient. Vivre en disciples de Jésus ressuscité, c’est déjà porter la lumière de la Résurrection dans ce monde qui désespère. Être chrétiens, signifie attendre activement le monde nouveau, le préparer, en rejetant tout ce qui vieillit et va à la mort : le mensonge, l’hypocrisie, le doute, la méfiance, l’égoïsme… tout cela appartient au monde ancien, et doit disparaître. Si pour l’instant les choses sont cachées, tout sera dévoilé lorsque le Seigneur illuminera tous les hommes. Comme l’écrivait le prophète Daniel il y a un instant : « Ceux qui ont l’intelligence, qui sont des maîtres de justice, brilleront comme les étoiles pour toujours ».

À tout instant, c’est en Jésus que nous trouvons notre modèle pour préparer le monde nouveau. Lui seul a la puissance de ressusciter toutes choses, de leur donner une nouvelle vie ; et c’est Lui qui reviendra à la fin des temps pour créer le monde nouveau, puisque c’est Lui qui donne déjà la Vie éternelle à ses disciples. Dans ce monde vieilli par le péché, Jésus apporte la jeunesse éternelle de sa Résurrection. En L’attendant, nous pouvons vivre comme Lui, en faisant l’offrande de notre vie (deuxième lecture : Jésus a « offert l’unique sacrifice » sur la Croix), en aimant, en donnant, en partageant… c’est cela notre plus belle vocation.

Non, nous ne devons pas avoir peur de l’avenir : car le monde changera, mais ce sera un changement de Résurrection. Et nous, nous sommes déjà porteurs de cette Résurrection : notre mission aujourd’hui, c’est de rejeter le monde du péché, et d’annoncer à nos frères un monde nouveau, un monde renouvelé par la présence du Seigneur !

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Fête de la Toussaint — Un peuple de Saints

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

« Heureux êtes-vous, réjouissez-vous », nous dit le Seigneur en ce jour de la Toussaint. Oui, réjouissons-nous, car au milieu d’un automne un peu morose, alors que les nuages nous cachent le ciel… nous sommes appelés à voir symboliquement au-delà des nuages ! A voir dans la foi le Royaume de Dieu où nous sommes tous invités à vivre. La fête de tous les Saints nous rappelle deux choses essentielles à notre foi : d’abord, que la sainteté est un don de Dieu que nous avons reçu au jour de notre baptême, et que rien ne peut nous enlever ce don ; et ensuite, que nous sommes précédés par un nombre prodigieux d’hommes et de femmes qui ont vécu de ce don, et qui ont tellement bien accompli leur vocation, qu’ils sont maintenant pour l’éternité dans l’Amour de Dieu.

Fêter les Saints (et à plus forte raison tous les Saints comme aujourd’hui), c’est nous reposer la question essentielle de notre vie : qu’est-ce qui donne un sens à l’existence, quel est le but de notre vie, vers quoi est-ce que nous nous dirigeons ? À ces questions, l’Évangile répond : nous venons de Dieu, nous allons vers Dieu, c’est cela la sainteté ; et ce but unique donne une dimension nouvelle à toute notre existence.
Plus particulièrement, comme nous le disait le Livre de l’Apocalypse, nous célébrons aujourd’hui la « foule immense de toutes nations, tribus, peuples et langues » qui ont écouté la voix du Seigneur ; et cela nous rappelle aussi que nous sommes saints dans le peuple des Saints. Trop souvent, on voit la sainteté comme une récompense “individuelle” : j’ai bien travaillé, j’ai une bonne note, le Seigneur va me donner le Royaume des Cieux ! Nous admirons tel ou tel Saint (la Vierge Marie, Mère Teresa, sainte Jeanne d’Arc, saint Pierre de Vérone…) parce que nous pensons que c’était quelqu’un d’extraordinaire ; ce n’est pas faux, mais c’est bien plus que cela. Le Saint est d’abord celui qui vit dans l’Assemblée des Saints, dans l’Église qui transmet la sainteté du Christ. Ce n’est qu’au milieu du Peuple des Saints, dans la prière de toute l’Église, que nous pouvons devenir des Saints.
Est-ce que nous avons remarqué, dans les lectures que nous avons entendues, cette dimension de Communauté des Saints ? Jamais le Seigneur ne nous dit : Si tu es quelqu’un de bien, si tu es honnête, sympa et tolérant, alors toi tout seul, tu seras un Saint. Mais Il nous invite dans la « foule immense » que décrivait saint Jean : cette foule qui acclame le Seigneur, avec les anges et les serviteurs de Dieu. « Nous serons semblables à Dieu, enfants de Dieu », dit encore saint Jean dans la deuxième lecture ; et Jésus, dans l’Évangile, nous promet un bonheur qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, si nous vivons dans cette famille des enfants de Dieu. « Heureux ceux qui ont le cœur pur, heureux ceux qui sont pauvres et doux » : car ils feront partie du peuple des Saints, ils recevrons ensemble la sainteté qui vient de Dieu.

Être des Saints, c’est donc se placer en vérité devant Dieu, au milieu d’un peuple, d’une Communauté qui nous transmet la Lumière, la sainteté de Dieu. Bien sûr, l’Église ne compte pas “100 % de Saints” ; nos frères et nous-mêmes, nous sommes loin d’être parfaits, et peut-être que nous ne donnons pas toujours un bon exemple de ce que veut dire « être chrétiens » ; de même, l’actualité nous rappelle douloureusement que tous sont pécheurs, même des prêtres, et même des évêques. Mais c’est tout de même dans ce peuple que nous recevons la sainteté, comme tous les Saints l’ont reçue ; parce que l’Église est surtout le Corps du Christ qui nous transmet la Grâce de Dieu. Ce Corps est formé de plusieurs membres : chacun a un rôle, chacun a une vocation, chacun de nous est connu personnellement par le Seigneur. Comme le sang circule dans le corps, l’Église est un organisme vivant où circule l’Amour ; et cet Amour, comme dans un corps humain, vient du Cœur de Dieu. Vivre de cet Amour, c’est recevoir une joie nouvelle : nous sommes des Saints dans la Communauté des Saints !

Demain, après la joie de la Toussaint, ce sera le jour de prière pour les défunts : nous serons proches de nos frères qui nous ont précédés, et qui ont peut-être encore besoin de nos prières pour entrer dans le Royaume de Dieu. Ce sera une très belle occasion de ressentir cette circulation de l’Amour entre nous, avec nos familles, nos disparus : nous nous aimons, nous prions pour eux, et eux prient pour nous. Prier les uns pour les autres, c’est faire partie de la Communauté des Saints où personne n’est solitaire ni abandonné ; c’est le plus bel acte d’amour et de sainteté, et ainsi nous comprenons que nous sommes « Tous Saints ».

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Vingt-neuvième dimanche du Temps Ordinaire — Servir au nom du Christ

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Celui qui veut être le premier, doit être le serviteur de tous », dit Jésus. L’Évangile nous invite à inverser les valeurs du monde, les valeurs de puissance et de pouvoir qui guident les hommes. Celui qui est vraiment le plus grand, ce n’est pas nécessairement celui qui fait la Une des journaux ni celui pour lequel on vote… Il y a une autre grandeur, une grandeur différente, une grandeur qui n’est pas de l’ordre du pouvoir, mais de l’homme. Jésus nous enseigne que ce qui grandit l’homme, ce qui lui permet d’accomplir sa vocation, ce n’est pas la domination mais le service. Bien sûr, on peut faire semblant de mal comprendre ces paroles, on peut croire que Jésus nous incite à la médiocrité, à l’insignifiance ; que les bons chrétiens, ce sont les minables qui ne savent rien décider et obéissent sans réfléchir… Mais ce n’est pas cela, le vrai service ! Avant tout, Jésus se donne en exemple Lui-même : Il n’est pas venu pour dominer, mais pour servir les hommes, en « donnant sa vie en rançon » pour nous tous. La vraie grandeur de l’homme, c’est d’imiter Jésus : vivre le don de soi par amour.

Qu’il y ait un rapport entre le pouvoir et le service, cela semble évident à tout le monde ; parce que nous sommes héritiers d’une civilisation chrétienne ! Par exemple, celui qui a le pouvoir politique n’a pas tous les droits : il a d’abord le devoir d’être au service de ceux qui l’ont élu. On n’y pense peut-être plus (dans notre État laïque), mais c’est une idée qui vient directement de l’Évangile. Avant le Christ, les Empereurs avaient absolument tous les pouvoirs, sans aucune opposition possible, ils n’en rendaient compte à personne (puisqu’on les considérait comme des dieux). Et c’est dans ce monde païen que résonne la parole de Jésus, comme un coup de tonnerre : « Celui qui veut devenir grand sera serviteur ! ». Depuis, même si l’on a souvent oublié l’Évangile, on a heureusement conservé cette idée : l’homme de pouvoir doit être serviteur. Ce que nous enseigne le Christ, c’est qu’il n’y a pas de pouvoir absolu : au-dessus d’un Empereur (ou d’un Président !), il y a un Roi plus grand, Quelqu’un qui règne sur le monde : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Les hommes de pouvoir n’ont pas le droit de se croire eux-mêmes l’alpha et l’oméga… car ils seront jugés, non sur leur richesse ou leur puissance, mais sur la manière dont ils ont exercé le service des hommes.

Oui, c’est bien le service qui fait grandir, car l’homme participe ainsi au service de Jésus, « venu non pour être servi, mais pour servir ». Pensons au Pape, qui a voulu que ce service soit son plus beau titre, celui de « Serviteur des serviteurs de Dieu » (depuis le pape saint Grégoire 590-604). Notre mission de chrétiens, à la suite du Christ, est exactement celle-ci : être serviteurs de nos frères, pour les aider à mieux vivre eux-mêmes leur vocation d’enfants de Dieu.
En attendant que Jésus revienne dans la Gloire, Jacques et Jean ont pensé qu’ils devaient assurer leur ambition en demandant des places d’honneur… Pour nous, en attendant le retour de Jésus, notre seule ambition doit être de faire comme Jésus a fait, en servant nos frères. Lui-même a servi les hommes dans toutes leurs dimensions : Il a nourri les foules, Il a guéri les malades, et Il a annoncé le Royaume de Dieu. L’homme n’a pas besoin seulement de pain ni de santé, il a aussi besoin de foi et d’espérance. Notre mission de service, elle aussi, ne sera pas complète si nous nous limitons à “faire de l’humanitaire” ; nos frères attendent une parole et un témoignage qui donnent un sens à leur vie. C’est pour cela que le service est une mission, car tout service participe déjà à la mission de Jésus, à l’annonce de l’Évangile. Nous inscrire nous-mêmes dans ce service, c’est être prêts à témoigner du Christ par l’action, et aussi par la parole.

Jésus n’a pas recherché les honneurs, même si les foules l’acclamaient comme Roi ; Il a voulu aller jusqu’au bout du service. D’abord, Il a partagé notre condition humaine ; comme nous venons de l’entendre dans la Lettre aux Hébreux, Il a « compati à nos faiblesses », Il a été « éprouvé à notre ressemblance ». Il s’est fait le serviteur des hommes en les réconciliant avec le Père ; et pour cela, Il a tout donné. C’est le modèle essentiel pour nous : il n’y a qu’en Jésus que nous pourrons à notre tour servir les hommes, de manière entièrement gratuite et désintéressée. Il reste toujours en nous un désir de pouvoir, de domination ; mais en nous faisant les serviteurs de Dieu, nous devenons avec joie serviteurs des hommes. « Celui qui veut devenir grand – à l’image de Jésus –, qu’il se fasse serviteur ! »

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Vingt-cinquième dimanche du Temps Ordinaire — La Passion du Christ, critère de conversion

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Entre dimanche dernier et aujourd’hui, ce sont deux annonces de la Passion que nous avons entendues. Jésus révèle deux fois de suite quelle sera la suite de sa mission sur terre : ses souffrances, sa mort et sa Résurrection. Dans l’Évangile de saint Marc que nous lisons, il y a quelques paragraphes de séparation entre les deux ; mais l’Église nous fait entendre ces paroles à la suite, comme pour insister sur cet événement, le Mystère pascal de Jésus qui est si essentiel dans sa vie. La Passion du Christ n’est pas un “accident” dans la mission de Jésus, comme si, après une vie de succès et de célébrité, il y avait eu une fin un peu ratée, qu’il vaudrait mieux oublier… Non : la Passion est annoncée par Jésus, elle est racontée avec précision dans les quatre évangiles, parce qu’on ne comprend rien à Jésus si on enlève sa mort et sa Résurrection.

C’est bien la Passion, et la Résurrection, qui donnent tout leur sens à la vie et à la mission de Jésus parmi nous : tout l’Évangile est orienté vers ces événements. Et ce n’est pas un hasard si les annonces de la Passion sont en général mal reçues par les Apôtres : car c’est le point essentiel où les disciples de Jésus vont devoir se convertir. Dimanche dernier, après l’annonce de la Passion, saint Pierre se met à faire des reproches à Jésus, car il ne comprend pas ; et aujourd’hui, ce sont les Apôtres, qui eux non plus ne comprennent tellement rien à l’annonce de Jésus, qu’ils commencent à se faire entre eux des petites jalousies ! Les paroles de Jésus sur ses souffrances et sur sa mort, arrivent juste à temps pour obliger les disciples à se convertir, à changer leur manière de penser, à remettre en cause leur égoïsme.
La Passion est le fait principal qui nous pousse à la conversion (et c’est d’ailleurs tout le sens du Carême chaque année). Devant Jésus souffrant, Jésus sur la Croix, nous sentons bien que nos petits arrangements, nos égoïsmes, notre estime de nous-mêmes, nos systèmes de valeurs et nos jalousies, ne pèsent pas bien lourd. Se convertir, c’est prendre au sérieux les paroles de Jésus, et Le suivre jusqu’à la Croix. Alors que pouvons-nous convertir dans nos vies ? Qu’avons-nous à remettre en cause, comme les disciples, pour être capables d’entrer pleinement dans la foi en Jésus mort et ressuscité ?

• La Passion de Jésus doit nous remettre en question, sans quoi elle ne sert à rien. Et d’abord, remettre en question, purifier notre vision de Dieu. Qui est Dieu pour nous ? Un Dieu qui nous donne des commandements, un Dieu qui nous empêche d’être libres ? Ou bien un Dieu qui ne veut régner que par le don et l’Amour, un Dieu qui veut uniquement notre bien ? Jésus nous appelle à vivre pour l’éternité dans l’Amour, et pour cela Il montre jusqu’où peut aller l’Amour. Si nous laissons de côté la Passion, cela signifie que nous ne sommes pas encore libérés en Jésus : Dieu nous semble encore trop éloigné pour nous aimer vraiment.
• Ensuite, la Passion doit aussi remettre en cause notre vision de nous-mêmes. Qu’est-ce qui nous permettra de devenir pleinement nous-mêmes ? Est-ce le plaisir individuel, le “développement personnel” et le bien-être ? Jésus dans sa Passion, nous montre que la perfection de notre vocation d’homme, c’est d’aimer jusqu’au bout. À son exemple, nous vivons la joie la plus grande dans le don de nous-mêmes. C’est cela notre vocation ultime ; elle est marquée par la Croix, mais elle est le vrai chemin de bonheur. Jésus le disait dimanche dernier : « Celui qui renoncera à lui-même, qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile, la sauvera. »
• Enfin, la Passion du Christ nous invite à une remise en question radicale de nos relations humaines. Là encore, la valeur suprême que nous montre Jésus est le don de soi. L’Apôtre saint Jacques nous parlait tout à l’heure des convoitises, des guerres, des conflits… tout comme lui-même, avec les autres Apôtres, avait participé aux jalousies (« Qui est le plus grand ? »). Imiter Jésus, c’est renoncer à tout cela : Il s’est fait humble, silencieux face aux humiliations et aux souffrances ; Il est allé jusqu’à la confiance des enfants, dont Il nous donne l’exemple dans l’Évangile. À son école, nous pouvons aussi renoncer à l’orgueil et à la jalousie, qui causent tant de blessures à nos relations fraternelles.

Oui, la Passion est si importante parce qu’elle nous montre ce que signifie la conversion. Les vraies “valeurs chrétiennes” se dévoilent lorsque Jésus nous annonce sa Passion : le système de valeurs du monde (la puissance, la richesse, l’égoïsme) est inversé par la présence de l’Amour parmi nous. À nous de nous convertir en écoutant de tout notre cœur les paroles de Jésus !

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Fête de la Sainte Croix — Nécessité de la Croix

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette fête.

Le Fils de l’homme, Jésus, sera un signe devant tous les hommes ; Il sera élevé sur la Croix, et celui qui aura foi en Lui obtiendra la Vie éternelle. Voilà qu’en cette fête de la Sainte Croix, l’Évangile nous rappelle l’essentiel de notre foi. La mission de Jésus parmi nous trouve son aboutissement, son accomplissement, dans le grand Mystère de la souffrance, de la Croix et de la Résurrection. « Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour que par Lui, le monde soit sauvé » : et c’est par la Croix que le salut du monde a été accompli.
Tout à l’heure, nous avons médité ensemble sur les diverses représentations de la Croix dans l’histoire chrétienne. Les représentations sont variées, les images sont nombreuses, mais il y a une seule Croix, et cette Croix est présente devant les yeux des chrétiens depuis le début. La Croix est essentielle à notre foi : un chrétien sans la Croix, c’est un chrétien incomplet ! Nous avons la tentation récurrente de nous faire une petite foi à notre image, pas trop dure à comprendre… et on évacue le Mystère de la Croix. C’est cela que le Pape appelle la « mondanité spirituelle », c’est-à-dire une déviation de l’Évangile pour le rendre plus “sympa”, plus “à la page”. Mais un Évangile sans la Croix, qui dirait la même chose que tout le monde, deviendrait inutile et serait vite oublié !

Nous ne pouvons donc pas être chrétiens sans la Croix de Jésus. Et pourtant, la Croix n’est pas très attirante. Pourquoi être chrétiens, pourquoi devenir disciples d’un Messie crucifié ? Et peut-être plus encore, nous qui sommes aujourd’hui à Parménie : quelle drôle d’idée, d’avoir un Sanctuaire tout entier consacré à cette Croix ! Pourquoi ce Sanctuaire, ce lieu où la Croix est si présente, attire-t-il tant de pèlerins depuis huit siècles, au point d’avoir créé la foire de Beaucroissant ? (laquelle a malheureusement oublié les raisons de sa naissance…) Qu’est-ce qui attire les hommes vers cette colline, et vers la Croix ?
Certains disent que vénérer la Croix, c’est avoir le culte de la souffrance ; et du coup, qu’il vaudrait mieux ne plus en parler. Mais pour nous, il ne s’agit pas de rechercher la souffrance ; au contraire, devant la Croix nous reconnaissons notre misère, notre souffrance. Le monde réel n’est pas celui de la télévision, où l’on essaie de cacher la misère et la mort. Oui, il y a de la souffrance dans le monde, elle touche tous les hommes, et nous la connaissons : elle est autour de nous, dans nos familles. Dans la vraie vie, tout n’est pas toujours « bien qui finit bien » ! C’est pourquoi la Croix est indispensable. Si nous faisons une démarche d’honnêteté intérieure, de vérité, nous ne pouvons que comprendre le sens de la Croix. La Croix n’est pas d’abord le signe de la souffrance : elle est surtout le signe de l’Amour infini du Seigneur. Toutes les misères qui nous touchent plus ou moins secrètement, Jésus a voulu les vivre avant nous, et pour nous. C’est pourquoi l’Évangile nous présente le Christ crucifié « élevé de terre », pour être un signe devant tous les hommes (avec l’analogie un peu surprenante dans l’Ancien Testament de l’histoire du serpent de bronze, lue dans la première lecture).

Pour nous chrétiens, la Croix est donc la réponse de Dieu au mal. Sans la Croix, l’homme serait solitaire et sans secours dans un monde hostile. Sans la Croix, quelle serait la réponse du Seigneur face au mal ? Est-ce que nous pourrions croire en un Dieu qui nous dirait avec désinvolture, du haut du Ciel : « un peu de patience, supporte tes souffrances un moment et tu auras ta récompense » ?
Ce qui nous attire finalement dans la Croix, c’est la certitude que Dieu nous accompagne, et qu’Il est proche de tout ce que nous vivons. Les pèlerins sont attirés par le sanctuaire de la Sainte Croix, car ils peuvent se dire : « Là-haut à Parménie, tu trouveras le signe de l’Amour de Dieu qui t’accompagne, l’Amour qui donne un sens à ta vie ». Et plus largement, nous chrétiens, nous paroissiens de la Sainte-Croix, nous avons à montrer nous-mêmes le signe de la Croix à nos frères, en témoignant de cette présence de Jésus crucifié dans nos vies.

« Dieu a tant aimé le monde, nous dit l’Évangile, qu’Il a envoyé son Fils unique… pour que par Lui, le monde soit sauvé ». La base de notre foi, c’est l’Incarnation du Fils de Dieu, et la Croix montre que l’Incarnation est allée jusqu’au bout. Jésus n’a pas pris notre nature humaine juste pour nous rendre une visite ou faire une promenade sur la Terre : Il a voulu aller jusqu’à la Croix, jusqu’au plus profond de notre misère, afin d’y mettre sa Miséricorde infinie. « C’est pourquoi Dieu l’a exalté », nous dit saint Paul (deuxième lecture) : la Croix est en même temps le signe de l’Amour, et le signe de la Victoire sur le mal. « Au nom de Jésus – devant la Croix –, que tout homme tombe à genoux ! »