Homélies

Paroisse Sainte-Croix

Les homélies du dimanche

Voir aussi les homélies sur la paroisse Saint-Thomas de Rochebrune en cliquant ci-dessous.

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Quatrième dimanche de Pâques — Le Berger unique

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Ce dimanche du temps de Pâques, le quatrième depuis la Résurrection, a une dimension particulière. On l’appelle le dimanche du bon Berger (ou du bon Pasteur), et on écoute les paroles de Jésus dans l’Évangile de saint Jean qui parlent de la figure du berger. Jésus dit : « Je suis le bon berger ; mes brebis écoutent ma voix, je leur donne la vie éternelle ». Il ne s’agit pas bien sûr de nous comparer, nous chrétiens, à des brebis, qui ne sont pas des animaux particulièrement intelligents ! Ces paroles nous invitent plutôt à nous recentrer sur Jésus, Lui le bon berger venu pour nous sauver. Nous voyons tout de suite la référence au célèbre Psaume (22) : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien… Il me conduit sur les chemins de la justice ». Si le Seigneur est venu, s’Il est mort et ressuscité, c’est pour nous conduire sur les chemins de la justice et de la Vie éternelle. Par sa Résurrection, Il prend la tête de son peuple ; si nous Le suivons, nous parvenons nous aussi à la Résurrection et à la Vie.

Ce dimanche du bon Berger nous invite donc à nous orienter à la suite de Jésus. Voulons-nous vivre éternellement ? Voulons-nous ne plus avoir peur de la mort et des ténèbres ? Alors il s’agit de suivre le bon berger, le seul berger. C’est une dimension essentielle des paroles de Jésus : s’Il nous invite à Le suivre, c’est pour nous dire aussi qu’Il est le seul Sauveur, le seul qui nous guide aux sentiers de vie. Bien sûr, chacun de nous a une vocation et un chemin particulier ; mais au milieu de la diversité des hommes, il n’y a qu’une seule direction, un seul Maître qui nous sauve de la mort. Les autres maîtres, ceux qui se font passer pour des sauveurs (les faux prophètes, les idéologies…), Jésus les traite de « voleurs et de brigands » (Jn 10,8) : ce sont de faux bergers, qui font tomber les brebis dans le ravin.
Être disciples du Christ, c’est donc être certains que Jésus est le seul qui puisse nous sauver ; et que hors du chemin de Jésus, nous nous égarons. Il ne s’agit pas de revendiquer un privilège pour les chrétiens : « Nous sommes meilleurs que les autres, car nous sommes les seuls à suivre le vrai Sauveur ! ». Être chrétiens n’est pas un sujet de mérite, mais c’est d’abord un don de la Grâce de Dieu. Nous devons prendre conscience de ce don, de la joie d’avoir rencontré Celui qui nous sauve ; et nous devons surtout entretenir ce don, afin de ne pas devenir des chrétiens infidèles, endormis, non-pratiquants, indifférents… Nous devrions déborder de gratitude de connaître le seul Sauveur, le vrai Berger ! L’attitude des chrétiens, c’est l’action de grâces : « Merci Seigneur pour le don de la foi, donne-moi d’en témoigner par toute ma vie ! ».

Jésus est donc le seul Berger, et nous sommes ses disciples. Mais Il nous envoie aussi des bergers qui agissent en son Nom : les pasteurs de l’Église, évêques et prêtres (qui sont en nombre bien insuffisant : ce dimanche du bon berger est un jour consacré à la prière pour ces vocations). La première mission des bergers appelés par le Seigneur, c’est évidemment d’être eux-même de bons disciples : personne ne pourrait prétendre guider ses frères sans d’abord se laisser guider. Mais l’existence et la mission des pasteurs de l’Église nous apprend aussi à nous laisser conduire vers le Seigneur. Nous avons besoin de guides, pour nous rappeler que le Seigneur est le seul vrai Berger et qu’Il nous montre la bonne direction. Se laisser guider, c’est la garantie qu’on ne se fait pas sa “petite religion à soi” : les Pasteurs envoyés par le Seigneur sont là pour nous sortir de nous-mêmes, de nos perspectives limitées, de nos impressions subjectives. Le début de la Sagesse, c’est apprendre à suivre, à être disciples, à accueillir un Évangile qui nous surprend et nous dérange. À notre époque où chacun veut être indépendant, avoir sa vérité à lui, et où l’on prétend toujours tout savoir mieux que les autres, il nous est bon que Dieu nous guide visiblement par des hommes, qui nous évitent de nous enfermer dans nos idées personnelles.

Alors, voulons-nous vraiment suivre le Seigneur, le bon Berger ? Voulons-nous être sauvés de la mort, recevoir une Vie qui nous dépasse, une Espérance infinie ? Si nous ne voulons pas nous laisser guider, nous sommes comme ces Juifs auxquels Paul et Barnabé disaient tout à l’heure : « Vous ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle » : nous en restons à nos perspectives limitées, nous refusons l’Espérance. Mais si nous sommes prêts à lever les yeux, à écouter le Seigneur, à recevoir ses dons, à suivre le chemin de la Vie, alors nous recevrons pour l’Éternité le bonheur infini de connaître Dieu. Jésus est « le chemin, la Vérité, la Vie », et Il est le bon Berger : écoutons-Le et suivons-Le !

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Deuxième dimanche de Pâques — Dieu répond à la prière confiante

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Heureux ceux qui croient », dit Jésus. Que nous demande le Seigneur, finalement ? Il ne nous demande pas de grandes choses, ni une vertu extraordinaire : Il nous demande, tout simplement, de croire en Lui. De lui faire confiance ; de croire qu’Il est ressuscité. Ce temps de Pâques – ces cinquante jours jusqu’à la Pentecôte – nous sont donnés pour recentrer notre vie sur cet événement unique : la Résurrection de Jésus. Il s’agit de croire de tout notre cœur ; d’être profondément convaincus que Jésus est ressuscité, qu’Il est vainqueur de la mort, que toute sa mission sur terre culmine avec cet événement du dimanche de Pâques. Jésus n’est venu parmi nous que pour cela : vaincre le mal et la mort. Et comme conséquence, nous aussi, disciples de Jésus, nous entrons dans cette Victoire sur le péché, sur le mal et la mort. À la fin de l’Évangile que nous avons entendu, saint Jean nous redit la raison pour laquelle il a écrit ce récit : « …afin que vous croyiez en Jésus, et que vous ayez la vie en son nom ». Croire en Lui, c’est avoir la Vie éternelle, c’est participer à la Victoire du Christ sur la mort.

Entrer dans la Résurrection, c’est donc expérimenter cette Victoire en nous-mêmes. C’est pour cela qu’au temps de Pâques, l’Église nous propose de lire un très beau livre du Nouveau Testament, que sans doute nous ne connaissons pas assez : le Livre des Actes des Apôtres. On y assiste – en direct ! – à la découverte par les premiers chrétiens de la puissance du Christ ressuscité, par le don de l’Esprit saint. L’Église tout entière reçoit la force de la Résurrection, et elle l’exerce face au mal et aux souffrances des hommes. Nous voyons par exemple, dans le passage lu il y a un instant, que les Apôtres (Pierre en particulier) accomplissent les mêmes “signes” que Jésus : guérisons, prodiges, délivrances d’esprits mauvais… Ce que Jésus avait promis le jour de sa Résurrection, Il l’accomplit après la Pentecôte : nous avons entendu qu’Il « soufflait sur eux » (signe du don de l’Esprit) et qu’Il leur donnait pouvoir de « remettre les péchés ». Rien n’est impossible à ceux qui participent à cette mission donnée à l’Église : guérir du péché, transmettre la Victoire du Ressuscité aux hommes malades et blessés par le péché.

Jésus est venu parmi les hommes, pour leur donner la présence miséricordieuse de son Père. Il n’a pas voulu que cette présence se limite à la courte période où Il était là, au milieu de nous ; Il veut que la Miséricorde s’étendre à tous les siècles. Car l’homme d’aujourd’hui, comme l’homme du temps de Jésus, a toujours besoin (et sans doute, de plus en plus !) de la présence de Dieu. Nous qui connaissons nos contemporains, nous savons bien les peurs et les angoisses qui traversent notre époque : l’homme moderne se croit à l’abri de son intelligence et de sa technique, mais en fait, il continue de vivre dans la crainte. On peut dire qu’il y a deux “peurs” principales qui touchent les hommes : la peur de la souffrance, qui est bien compréhensible ; et la peur de la mort (de cet inconnu qu’il y a au-delà de la mort). Mais de ces peurs, l’homme se laisse-t-il délivrer par la Miséricorde de Dieu ? Accepte-t-il de recevoir dans sa vie la puissance d’amour du Seigneur, transmise par l’Église ? Souvent, nous voyons que la manière la plus fréquente de réagir face à ces peurs, c’est d’essayer de tout oublier. Combien de nos contemporains pensent-ils vraiment au sens de leur vie, à la perspective de leur mort ? Ils préfèrent ignorer tout cela, car ils en ont peur.
Pourtant, le Seigneur ne veut pas que nous vivions dans la peur : Il est venu nous délivrer pour nous donner le vrai bonheur, la vraie Espérance. Si nous nous laissons toucher par la Miséricorde de Dieu, nous n’oublierons pas les difficultés de la vie, mais nous parviendrons à les dépasser avec la force d’Amour du Seigneur. Un monde où les hommes, au lieu de se renfermer sur eux-mêmes, se laissent atteindre par la Victoire du Seigneur sur la mort, est un monde de joie et de paix [C’est ce que vous avez expérimenté, Nicolas, sur ce chemin qui vous a conduit à recevoir l’Eucharistie].

C’est donc un enjeu immense pour nous aujourd’hui, comme pour les Apôtres après la Résurrection : est-ce que nous nous laissons toucher par la Résurrection, est-ce que nous croyons vraiment au Christ victorieux de la mort ? L’homme moderne ne veut “croire que ce qu’il voit”, en se revendiquant de saint Thomas ; mais du coup, il s’enferme sur lui-même, il ne laisse pas la place à la foi ni à l’invisible : il se limite lui-même à la dimension horizontale, et refuse de se laisser délivrer de ses peurs. Mais Dieu ne répond pas aux ultimatums du genre : « Montre-Toi, sinon je ne crois pas en Toi »… Dieu répond à une prière confiante, et Il donne le vrai bonheur. Il nous suffit d’accueillir les signes qu’Il envoie : son Église, son Eucharistie [cf. Nicolas]. Il ne s’agit pas de “croire ce qu’on voit”, mais de voir en vérité ce que nous croyons : la puissance infinie du Seigneur qui nous transforme. « Heureux ceux qui croient ! »

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Vendredi Saint — L'acte de réconciliation entre DIeu et l'homme

Avant de lire l’homélie, je médite le récit de la Passion selon saint Jean.

Nous avons entendu un long récit : celui de la condamnation injuste, de la crucifixion, de la mort et de l’ensevelissement d’un homme. Cela se passait il y a deux mille ans, c’est un événement historique qui ne fait pas de doute. Mais l’Histoire des hommes est immense : depuis des millénaires, il y a eu bien d’autres morts injustes, de nombreux procès arbitraires, des souffrances injustifiées… Quelle importance particulière a cette histoire-là, quelles conséquences a-t-elle eues ? Pourquoi, depuis si longtemps, des millions de gens se rassemblent-ils au moins une fois par an pour méditer sur ces épisodes ? Qu’est-ce qui rend ce récit unique ?

Dans la foi, nous savons que cette Passion du Christ, avec la Résurrection, sont des événements qui ont transformé le monde : tout au long de l’année, nous essayons d’accueillir dans notre vie Celui qui nous a sauvés du mal et du péché. Cependant, parfois on est tenté d’en douter : quand on voit tous nos contemporains qui vivent comme si Dieu n’existait pas, comme si la Passion et la Résurrection de Jésus leur étaient complètement indifférents… Qu’est-ce que cela a changé en vérité, à quoi cela a-t-il servi ? C’est une tentation qui nous touche ; mais si l’on veut se rassurer, c’est sans doute la même tentation qui a touché Jésus, au cours de son agonie au jardin de Gethsémani. « À quoi bon toutes ces souffrances, à quoi bon cette mort ? », se disait peut-être Jésus hier soir au jardin des Oliviers. Est-ce que vraiment les hommes laisseront entrer dans leur cœur Celui qui est mort pour eux ?

Pourtant, oui, il y a bien quelque chose de nouveau, quelque chose d’unique. Dans l’Évangile selon saint Jean, nous sentons bien que Jésus ne se comporte pas comme le font habituellement les condamnés à mort. Il est pleinement libre dans tout le procès ; Il parle quand il s’agit de donner un témoignage, mais le reste du temps Il fait silence. Il ne se plaint pas, ne se défend pas ; Il n’est pas assassiné subitement, mais Il donne sa vie en pleine conscience. Et c’est ce don de la vie qui est exceptionnel : ce qui se passe à ce moment fait totalement partie du projet de Dieu, un projet de salut et de réconciliation.
Jésus, qui donne sa vie librement, est à la fois homme et Dieu : Il réconcilie en Lui l’homme et Dieu, l’humanité et le Créateur. Lorsqu’Il donne sa vie librement, cet acte a donc une valeur tout à fait particulière : c’est un acte d’Amour total entre Dieu et l’homme. La nature humaine de Jésus est conduite à se conformer entièrement, et par amour, au projet de Dieu. C’est ce qu’il y a d’unique dans le récit de la Passion : en donnant sa vie selon le projet de Dieu, Jésus opère la réconciliation parfaite entre l’homme et Dieu. C’est d’ailleurs pourquoi dans un instant, nous ferons la grande Prière Universelle du Vendredi saint, qui implore le Seigneur pour tous les hommes : parce que l’homme est réconcilié avec Dieu, parce que la volonté de l’homme est ajustée à celle de Dieu, nous pouvons Lui confier toutes nos intentions de prière.

Au cours de ce récit, nous avons donc vu que notre nature humaine est désormais capable d’adhérer au projet de notre Père. C’est cela, justement, que Jésus appelle la Vérité (dans son dialogue avec Pilate). La Vérité non pas au sens d’un concept ou d’une science, mais comme une correspondance entre l’homme et Dieu : l’homme est remis à sa juste place devant Dieu, il redevient fils de Dieu (place dont le péché l’avait éloigné). C’est à cela que Jésus porte témoignage en donnant sa vie : « Je ne suis venu que pour cela : rendre témoignage à la vérité ». La Passion du Christ nous fait entrer dans cette Vérité en nous réconciliant avec notre Père.
Aujourd’hui est donc bien sûr un jour de prière, de pénitence, de deuil, mais c’est aussi un jour d’admiration, d’adoration, de vénération. Car à travers la Passion de Jésus, l’homme s’est laissé conduire vers le Père. Nous sommes maintenant réconciliés ; encore deux nuits, et nous serons ressuscités avec Jésus !

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Jeudi Saint — Le Seigneur donne son Corps à son Épouse

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette sainte Cène.

Nous sommes entrés dans les trois jours les plus importants de l’année, ce Triduum pascal où tous les Mystères de la foi sont concentrés ; il nous faudrait davantage que trois petits jours pour tout savourer ! Profitons donc de chaque instant ; et en premier lieu, ce soir, de la messe de la sainte Cène du Seigneur. Au début de la messe, il y a un instant, nous avons rendu grâce au Seigneur parce que le Christ « a voulu remettre à son Église le sacrifice nouveau de l’Alliance éternelle ». Cette messe du soir commémore le don de Jésus à son Église : le don de son sacrifice, le don de l’Eucharistie, le don total de Jésus aux hommes.

Demain Jésus ira jusqu’au bout du don de soi, sur la Croix ; et ce soir, Il anticipe ce don en fondant le « sacrement de l’Alliance », l’Eucharistie. Il donne à son Église son Corps et son Sang, et en même temps Il lui donne le nouveau Sacerdoce qui commence avec les Apôtres : c’est cela qui permettra à l’Église de perpétuer ce don au long des siècles : « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang : faites cela en mémoire de moi ».
Jésus se donne à son Église, et Il fait ainsi une Alliance d’Amour : l’Église devient son Épouse. Ce don est un don conjugal : comme les époux se donnent l’un à l’autre, Jésus donne son Corps à son Épouse. Nous faisons partie de cette Église, l’Épouse du Christ : nous recevons donc à notre tour le don de l’Amour du Seigneur. Ce que le Seigneur nous donne en ce soir, c’est ce qu’il y a de plus extraordinaire, puisque c’est Lui-même ! Il nous apprend ainsi ce que signifie vraiment aimer : Jésus a aimé l’Église en se donnant entièrement pour elle. Aimer consiste donc à se donner sans retour, comme Jésus, et à servir comme Lui-même le fait ce soir. Finalement, les deux gestes que nous rapportent les Évangiles ont donc la même signification. Jésus donne son Corps et son Sang, et Jésus lave les pieds de ses disciples : deux manières complémentaires de manifester l’amour et le service. Il n’y a pas d’amour sans service concret (et nous voyons que Simon-Pierre est choqué par cette dimension très concrète !), et il n’y a pas de service sans que l’on aime en vérité.

Ce don de Jésus se continue dans les siècles : ainsi, depuis deux mille ans par le sacrement de l’Eucharistie, nous recevons l’Amour de Dieu et la capacité d’en vivre. Le grand drame de l’homme, c’est qu’il ne sait pas comment aimer : souvent il croit aimer, mais le péché l’enferme sur lui-même. Désormais, Jésus est notre modèle et notre source pour aimer vraiment. Aimer, c’est aimer comme Jésus ; et c’est aussi aimer en Jésus, par Jésus, en laissant l’Esprit saint nous redonner la ressemblance avec Jésus.

Ce repas du Jeudi saint est donc en même temps un événement tout simple (quoi de plus normal, de plus humain qu’un repas ?) ; et en même temps, c’est le plus bel enseignement que le Seigneur nous ait donné. Il nous apprend dans ce geste simple, que l’amour passe par la simplicité de notre condition humaine. Lui aussi a pris notre corps, Il a partagé notre humanité, et Il a voulu que le don incroyable de son Amour passe par son Corps. En recevant le Corps et le Sang de Jésus-Christ, nous sommes amenés à porter un regard tout nouveau sur notre propre corps humain, à l’image de celui de Jésus. Demain, Il donnera son Corps sur la Croix ; et ce soir Il nourrit notre corps avec son Corps : Il nous apprend à accueillir le don de son Corps comme modèle de tout amour.
Cette première Eucharistie célébrée par Jésus, si nous la prenons au sérieux, doit donc avoir des conséquences concrètes dans notre vie. Jésus donne son Corps à son Église : le corps de l’homme permet de manifester le don de soi, par ses actions, par son comportement. Les chrétiens ne sont pas de ceux qui méprisent le corps humain : au contraire, depuis toujours, le soin des malades, des souffrants (et même le respect pour le corps des défunts), ont fait partie des enseignements de l’Église. Chaque personne doit être respectée dans sa ressemblance avec le Christ, qui nous a donné son Corps par amour. En apprenant à vivre de l’Eucharistie, nous grandissons dans le respect pour les corps de nos frères les plus souffrants ; et nous apprenons à leur “laver les pieds”, c’est-à-dire à les servir de manière concrète, en toute circonstance.

- Le don de Jésus à son Église a aussi une immense importance dans la vocation du mariage : l’homme et la femme ne peuvent se marier que s’ils décident, eux aussi, de vivre le don total l’un à l’autre. Ce don, dans le sacrement du mariage, a comme seule source le don total du Corps de Jésus ; et les époux se font l’un à l’autre ce don, dans toutes les dimensions de leur personne : don de l’esprit et don du corps.
- De la même manière, dans la vocation consacrée (religieux ou prêtres), il s’agit d’accueillir le don total du Corps du Christ, et de répondre à ce don par un don complet de soi-même. C’est toujours en se donnant par amour que l’on trouve le vrai bonheur, puisque nous sommes à l’image de Jésus qui s’est donné par Amour à son Église.

En cette soirée du Jeudi saint, nous allons donc vivre successivement le geste du lavement des pieds – signe du service –, et le sacrement de l’Eucharistie – où Jésus se donne entièrement –. Tout est lié, tout est don du Seigneur pour notre vie. Nous devenons par cette sainte Cène les relais de l’Amour du Seigneur, qui veut continuer à être vivant pour les siècles dans son Église : à nous (quelle que soit notre vocation !) d’exprimer par notre manière de vivre la réponse à cet Amour de Dieu. Le Christ s’est donné pour nous, à nous ; et nous pouvons à notre tour, avec son Amour, nous donner à Lui et à nos frères.

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Dimanche des Rameaux — La foule et le peuple

Avant de lire l’homélie, je médite les récits des Rameaux et de la Passion.

C’est un jour très particulier que ce jour des Rameaux. Nous vivons en même temps la joie, l’exultation de la foule qui accueille Jésus à Jérusalem (« Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur ! ») ; et peu de temps après, la détresse, la souffrance de Jésus qui parcourt son chemin de croix, et va jusqu’au bout de l’abandon et de la solitude. Nous L’avons suivi depuis tout à l’heure en marchant après Lui. Cette messe est comme un “résumé” de la Semaine sainte qui commence : Jésus est acclamé comme le Messie, puis Il va donner son témoignage, être condamné, crucifié, mourir ; et Il va ressusciter pendant la Nuit de Pâques.

Tout au long de cette semaine si importante, Jésus n’est pas seul. Il est accompagné de ses disciples, de sa mère, et de tous ceux qui L’ont suivi, écouté depuis trois ans. Nous aussi, nous sommes là, et nous ne pouvons pas nous empêcher de nous demander ce que nous aurions fait : aurions-nous acclamé le Seigneur sur le chemin de Jérusalem, aurions-nous assisté au dernier repas, à la condamnation par Pilate, à la crucifixion ? Est-ce que nous nous serions enfuis, ou encore est-ce que nous aurions renié le Seigneur ?
Évidemment, nous ne pouvons pas vraiment savoir quel aurait été notre comportement dans cette histoire si marquante. Mais on sait bien qu’on ne décide jamais tout seul : les personnes qui entourent Jésus forment une communauté humaine… pour le meilleur ou pour le pire. C’est ensemble que les hommes décident, qu’ils acclament ou qu’ils crient leur haine. On peut s’attirer les uns les autres vers le bien, vers l’amour, ou au contraire s’entraîner les uns les autres vers le mal et vers la haine.

Le jour des Rameaux, nous voyons une « foule de disciples », qui acclame Jésus et L’accompagne, qui se met à « louer Dieu à pleine voix », nous dit l’Évangéliste. Cette foule a un but commun, une direction commune ; elle partage la foi, la joie, la confiance en Dieu et l’accueil du Sauveur attendu. En fait cette foule n’est pas une foule : il s’agit d’un peuple. Dans l’Ancien Testament, autour de Moïse, c’était tout le peuple d’Israël qui cheminait dans le désert vers la Terre promise : il devenait le peuple de Dieu. Lorsque chacun est à sa place, lorsqu’il y a une route commune, un amour commun, une foi commune, alors oui, nous formons un peuple. C’est ce que nous vivons en Église, quand nous célébrons le Seigneur : la foi nous unit [cette foi que les jeunes ont proclamée]. Et l’expérience de faire partie d’un peuple, d’une communauté réunie par le même amour, c’est une expérience unique (pensons par exemple aux merveilleux moments vécus par les jeunes depuis la création des JMJ !).

Et qu’en est-il alors de la suite du récit, lorsque les mêmes personnes se mettent à réclamer à Pilate la mort de Jésus ? « Ils se mirent à crier tous ensemble : “Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas” ». Est-ce qu’il s’agit toujours du même peuple de Dieu ? Individuellement, sans doute, ce sont les mêmes personnes. Mais en fait, elles ne sont plus unies par l’amour de Dieu : à travers le mystère du Mal qui est à l’œuvre, nous voyons que ce peuple est redevenu une foule. C’est un groupe d’hommes pleins de haine : ils sont réunis désormais par l’agressivité, la colère, le ressentiment… On les a incités à crier contre Jésus, on a fait appel à ce qu’il y avait de plus mauvais en eux ; et la joie du peuple de Dieu a disparu.

Si nous voulons, nous aussi, former un peuple plein de joie, et non une foule remplie de haine, il s’agit de vivre quelque chose en commun : la foi. Vivre ensemble les célébrations, les chants, la prière ; c’est le seul remède à l’individualisme, à la jalousie, à la division. On ne peut pas vivre ensemble sans cette direction commune, cette foi commune ; on ne peut pas vivre la fraternité sans accueillir Jésus, notre Frère qui vient nous réconcilier et nous sauver du péché. C’est ce qu’ont vécu avec tant de joie les habitants de Jérusalem. À l’orée de cette Semaine sainte, nous formons la communauté de l’Église : ensemble, avec tout le peuple de Dieu, préparons-nous à mourir et à ressusciter en suivant Jésus.

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Quatrième dimanche de Carême — Le fils aîné de la parabole

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

En ce dimanche de la joie, au milieu du Carême, l’Église a choisi de nous faire entendre une parabole très connue, peut-être la plus connue de l’Évangile (après celle du semeur) : la parabole du “fils prodigue”, qu’on devrait plutôt appeler parabole du père miséricordieux, car c’est lui le centre du récit. Il est vrai qu’on se focalise sur la personne du fils cadet, le fils ingrat : c’est un jeune homme égoïste, dépensier, oublieux de l’amour de son père. Il exige son héritage, donc symboliquement il « tue le père » ; il ne cherche qu’à se faire plaisir, gaspille le fruit du travail de ses aïeux… et même lorsqu’il revient à son père, c’est encore de manière intéressée, puisqu’il le fait principalement pour éviter de mourir de faim ! Bref, c’est un sale gosse… et son égoïsme montre par contraste la générosité incroyable du père : lui, il pardonne tout, il accueille dans la joie, et il rétablit la dignité de son fils en lui donnant le plus beau vêtement.

Tout a un sens dans les paraboles de Jésus : nous comprenons bien que ce fils dépensier, c’est chacun de nous, pécheurs, qui avons à nous précipiter avec une immense gratitude dans les bras de notre Père des cieux. Dans le contexte de la parabole, nous voyons aussi que les pharisiens reprochent à Jésus d’accueillir les pécheurs. Le fils aîné, celui qui ne se réjouit pas du retour de son frère, c’est donc le peuple juif. Il est fidèle depuis longtemps, observe tous les commandements de son père ; mais lorsque les pécheurs reviennent à Dieu, les juifs ont l’impression de perdre leur statut de “fils préférés”. Au lieu de se réjouir de la conversion de leurs frères, ils blâment le Seigneur d’être trop clément pour ces païens et ces pécheurs !
Tout cela est vrai, mais il faut aussi comprendre que les paroles de Jésus sont actuelles. Qui sont donc aujourd’hui les « fils aînés » de la parabole ? Qui sont ceux qui ont montré leur fidélité depuis longtemps, et ont l’impression que le Père les oublie un peu ? Nos églises, le dimanche, sont plus ou moins pleines selon les paroisses ; et la majorité de nos assemblées est composée de chrétiens fidèles, qui ont gardé la foi, la prière, qui sont très dévoués, souvent actifs dans la paroisse. Vous, frères chrétiens pratiquants, vous êtes fidèles depuis longtemps ! Et comme au fils aîné, notre Père du ciel peut vous dire, à vous aussi : « Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ». Nous ne sommes pas là pour nous jeter des fleurs, mais reconnaissons tout de même cette fidélité qui fait la plus grande part de notre vie paroissiale : nous pouvons dire au Seigneur : « Il y a tant d’années que je suis à ton service, dans ta paroisse, sans avoir jamais transgressé tes ordres ». En quelque sorte, nous sommes donc, nous aussi, les fils aînés de la parabole, et le Seigneur nous reconnaît comme tels.

Cependant, on ne peut pas se contenter d’être les fils aînés : car où est-il, le fils cadet ; où sont-ils, les fils dépensiers, les fils ingrats ? Dans nos assemblées, il manque toujours énormément de personnes parmi ceux qui nous entourent dans la vie quotidienne : ceux qui sont baptisés et qui se disent « chrétiens non-pratiquants » . Où sont-ils ? Seul le Seigneur sait ce qu’il y a dans leurs cœurs ; mais plus important, nous les “fils aînés”, comment les accueillons-nous lorsqu’ils reviennent à la maison du Père ? Sommes-nous vraiment heureux d’accueillir nos frères, ceux qui retrouvent le chemin de la prière et des sacrements ? Pour prendre un exemple récent, il y a trois semaines c’était l’Appel décisif : notre évêque accueillait 80 futurs baptisés à l’église de Moirans. Or je sais (de source sûre…), que beaucoup de paroissiens avaient préféré aller à la messe ce jour-là chez les Clarisses ou les Dominicaines. Quel exemple d’accueil donnons-nous alors, si nous nous absentons lorsque le Père fait tuer le veau gras ?

Oui, Dieu nous aime pour notre fidélité et notre constance au travers des épreuves ; mais Il aime autant (et même davantage, apparemment !) ses fils qui reviennent à Lui, même si leur itinéraire de foi a été agité. Cette parabole, du point de vue du fils aîné, est un appel à l’accueil, à la joie, à la fraternité vis-à-vis de tous ceux qui s’approchent du Seigneur et de l’Église. Comme nous le dit notre Évêque dans sa dernière Lettre pastorale, nous avons à former des communautés accueillantes, rayonnantes de cette joie que le Seigneur nous donne – et surtout à ne pas juger le passé de nos frères.
Nous ne sommes pas une Église de “fils aînés” ni une Église de “parfaits”, centrée sur elle-même : nous aussi nous sommes pécheurs, nous sommes des fils ingrats et nous avons à nous « laisser réconcilier avec Dieu » (comme nous y invitait saint Paul). Une paroisse doit être pour chacun le lieu de la réconciliation, le lieu où Jésus, comme dans l’Évangile, fait « bon accueil aux pécheurs ». Tant de nos frères sont perdus loin de Dieu : ils ont besoin de nous pour retrouver le chemin !

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Deuxième dimanche de Carême — Au-delà des apparences

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Nous sommes encore au début de ce Carême, et pourtant nous venons déjà d’entrevoir l’événement vers lequel nous tendons : la Résurrection du Christ. Lorsque Jésus montre sa gloire à Pierre, Jacques et Jean, lorsqu’Il laisse entrevoir la Lumière de Dieu sur la montagne, c’est déjà un signe de la Résurrection. C’est la lumière de Pâques que nous venons de voir brièvement : cette lumière qui sera représentée bientôt par le cierge pascal, où les nouveaux baptisés vont trouver la vraie lumière en ressuscitant eux aussi avec le Christ.

Cette Lumière de la Transfiguration nous parle de la gloire de Jésus ressuscité, bien sûr, mais elle nous parle aussi de la gloire à laquelle nous sommes tous appelés. Jésus vient accomplir toutes les promesses qui ont été faites par le Père, depuis l’Ancien Testament (d’où la présence de Moïse et d’Élie) jusqu’à aujourd’hui. Et cet accomplissement est infiniment plus grand et plus beau que ce que nous pouvons imaginer ! Nous sommes appelés à ressusciter avec Jésus, à entrer dans cette même Lumière, à trouver toute notre dimension d’enfants de Dieu, à voir Dieu dans la joie éternelle. Saint Paul, tout à l’heure, avait une belle formule pour nous redire l’appel de Dieu : « Nous avons notre citoyenneté dans les cieux ». Même si nous sommes “citoyens” ici (à Voreppe, Rives et ailleurs), notre vraie cité n’est pas ici : elle est avec le Seigneur. C’est là que nous trouverons (et que nous trouvons déjà) notre vraie lumière, notre véritable bonheur.
Nous avons été créés par Dieu avec amour, « à l’image de Dieu » : et ce que nous annonce Jésus, c’est que nous sommes re-créés avec Lui, à son image. Toute la joie que nous voyons dans l’Évangile, la joie de Jésus face à son Père, elle nous est promise à nous aussi par la Résurrection. Saint Paul disait encore : « Jésus transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux ». À l’image de Jésus, nous serons pleinement dans l’Amour de Dieu, avec notre cœur, notre corps, notre âme. Déjà par le Baptême, nous sommes ressuscités à l’image de Jésus !

Ce temps de Carême, avec la préparation de la Résurrection à Pâques, est donc un temps pour nous rappeler toutes ces promesses, et en vivre. Nous savons bien que parfois, nous avons du mal à pardonner aux autres ; nous faisons des choses que nous regrettons, et nous avons aussi du mal à nous pardonner à nous-mêmes. Ce que nous promet le Seigneur, c’est une réconciliation parfaite avec Lui, avec les autres, mais aussi avec nous-mêmes. Dans la Lumière de Dieu, nous sommes réconciliés avec notre cœur, notre corps : avec nos envies, nos désirs, notre intelligence, notre volonté, notre mémoire. Jésus nous recrée à son image ; et quand nous nous sentons bien pauvres (un peu « nuls », un peu « minables »), nous pouvons nous rappeler que nous sommes déjà dans sa Lumière. En Lui, nous trouvons le pardon ; en Lui nous retrouvons notre joie, notre dignité d’enfants de Dieu, cette Lumière que le péché avait obscurcie.

Enfin, la Lumière de la Transfiguration illumine une réalité particulière : c’est que nous sommes appelés à ressusciter avec notre corps. Jésus, le Fils de Dieu, montre aujourd’hui sa gloire : son corps devient rayonnant de lumière. Et pourtant, c’est ce même corps qui sera blessé, souffrant, crucifié, pendu à une croix, qui va perdre toute dignité aux yeux des hommes ; on va le frapper, lui cracher dessus, l’insulter… Mais Jésus va ressusciter avec son corps, et entrer dans la gloire de Dieu avec ce même corps.
Et nous, lorsque nous regardons nos frères : est-ce que nous les voyons dans la Lumière de Dieu, avec le regard de Dieu ? Est-ce que nous voyons leur dignité d’enfants de Dieu ; est-ce que nous voyons, au-delà des apparences, leur ressemblance avec Jésus ? Devant les autres, nous pouvons parfois avoir un regard de convoitise : regarder les autres comme des objets de consommation, qu’on utilise et qu’on jette. Ou à l’opposé, nous pouvons regarder les blessures, les imperfections, les infirmités des hommes, et les mépriser parce que leur apparence ne nous plaît pas… Mais dans les deux cas, nous en restons aux apparences : nous oublions la dignité qui est donnée par Jésus. Nous ignorons la beauté de la personne telle qu’elle est réellement, à l’image de Jésus et appelée à la Lumière.

Oui, nous sommes tous appelés à ressusciter, à vivre dans la Lumière de Dieu : avec Jésus, nous sommes déjà « citoyens des cieux ». En ce Carême, il s’agit de nous réconcilier, d’apprendre à regarder au-delà des apparences. Ainsi nous verrons la Lumière de Dieu : en Jésus, en nous-mêmes, et en chacun de nos frères.

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Huitième dimanche du Temps Ordinaire — Juger le bien et le mal

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

On peut dire que Jésus est exigeant pour ses disciples ; Il parle avec clarté du bien, du mal, de tout ce qui peut guider notre vie humaine, de tout ce qui nous influence dans nos choix. Car quotidiennement, nous avons à faire des choix, à prendre des décisions – qui ne sont pas neutres. Si, comme le dit Jésus, le « trésor de notre cœur » est bon, nous serons porteurs d’amour et de bonté ; si au contraire, notre cœur est mauvais, nous répandrons le mal autour de nous. C’est donc au plus profond de notre personne, dans ce « cœur » qui est le lieu où Dieu habite, que se déroule la lutte entre le bien et le mal, entre le Seigneur et le démon.

La semaine dernière, le Seigneur Jésus nous enseignait comment vaincre le péché dans nos relations humaines : il s’agissait de laisser la puissance de l’Esprit saint agir en nous, pour être rendus capables de pardonner, d’aimer nos ennemis, de « tendre l’autre joue »… L’Amour venu de Dieu est plus fort que la vengeance et que la rancune. Aujourd’hui, de manière encore plus concrète [c’est la suite du même enseignement dans l’Évangile], nous entendons la parabole bien connue de la paille et de la poutre. C’est évidemment très clair : cela signifie que la lumière de Dieu doit d’abord nous aider à faire la vérité sur nous-mêmes, avant de prétendre éclairer nos frères. Sinon, Jésus prévient que nous serons « des aveugles qui guident des aveugles » : sans la lumière de l’Esprit saint, nous ne savons pas discerner le bien du mal. Nos relations à nos frères, notre capacité à faire ce qui est bien, à témoigner de l’amour : tout cela est conditionné par notre relation à Dieu… sans quoi nous sommes aveugles, et incapables de trouver nous-mêmes la lumière.

Jésus nous enseigne que la première nécessité pour nous, c’est d’être pardonnés : car dans notre œil se trouve une poutre, qui non seulement est beaucoup plus volumineuse que celle du voisin, mais de plus nous empêche de nous voir nous-même ! Le Seigneur nous connaît bien : Il sait parfaitement que notre plus grande difficulté, c’est d’apprendre à se juger soi-même en vérité. Juger les autres, ça on sait faire, c’est même extrêmement facile. Mais se voir en vérité, avoir un regard vrai sur soi-même, juger objectivement ses propres actes… et même reconnaître qu’on est en faute, c’est vraiment difficile ! Combien d’entre nous peuvent, avec un cœur léger, reconnaître leurs propres torts ? On se trouve facilement des excuses, mais s’excuser n’est pas demander pardon. Dire : « Excuse-moi, j’étais fatigué, énervé, je pensais à autre chose… », c’est déjà bien, mais on en reste encore à des excuses et à des prétextes. Demander pardon, c’est autre chose : c’est assumer ses propres actes, reconnaître qu’on n’a pas fait le bien qu’on aurait pu accomplir.
La leçon spirituelle simple qu’on retire de cela, c’est qu’on se connaît rarement soi-même. On a toujours besoin de quelqu’un pour nous aider et nous éclairer ; quelqu’un en qui on a confiance pour nous juger nous-mêmes. D’ailleurs, essayez de décrire votre propre caractère, vos qualités et vos défauts : vous verrez que c’est un exercice difficile ! Être clairvoyant sur soi-même, c’est donc une condition essentielle pour entretenir des relations claires et sincères avec nos frères ; et cela ne peut venir que d’un accueil de la Vérité sur le bien et le mal que nous faisons.

La première lecture d’aujourd’hui, extraite d’un Livre de Sagesse de la Bible, nous aidait déjà à élargir notre regard sur nos relations humaines. Il n’est pas possible de juger un homme, nous dit le Sage, sans le connaître en profondeur, sans l’avoir entendu parler. Il est difficile de juger en vérité car nous ne connaissons jamais tout, et qu’en plus nous ne nous connaissons pas nous-mêmes. Pourtant, il s’agit quand même de discerner le bien du mal, car rien n’est indifférent dans notre vie. Juger, ce n’est pas enfermer l’autre dans son péché, ni lui montrer sans cesse la paille (ou la poutre) qu’il a dans l’œil ; c’est aider chacun de nos frères à avancer sur le bon chemin, à prendre les bonnes décisions, comme nous-mêmes nous voudrions être aidés sur le chemin de la vie.

Alors finalement, qu’est-ce qui juge vraiment ; qu’est-ce qui peut nous indiquer le bon chemin, si nous avons tant de peine à nous guider les uns les autres ? On lit dans la Lettre aux Hébreux (4,12) : « La parole de Dieu est vivante, énergique et plus coupante qu’une épée ; elle juge des intentions et des pensées du cœur, pas une créature n’échappe à ses yeux ». Seule cette Parole de Dieu – qui est Jésus Lui-même – juge avec vérité et miséricorde : elle ne condamne jamais définitivement, mais elle appelle à la conversion. Nous aussi, si nous vivons de cette Parole, nous saurons séparer le bien du mal, discerner la vérité du mensonge – pour nous-mêmes comme pour nos frères. Et nous éviterons de réduire les autres à la petite « paille » qu’ils ont dans l’œil, mais nous pourrons les appeler à la conversion, à l’accueil de l’Amour du Christ.

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Septième dimanche du Temps Ordinaire — Des commandements impossibles ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Il ne faut pas nous faire d’illusions : le programme que nous fixe Jésus dans cet Évangile est complètement impossible à appliquer ! Abandonner ses biens à ceux qui les volent, tendre l’autre joue lorsqu’on nous a frappé sur une joue, faire le bien à ceux qui nous font du mal… comment pourrions-nous vivre une vie humaine sur ces bases ? Si effectivement, toutes ces paroles étaient des commandements à suivre un par un, c’est même la foi en Jésus-Christ qui serait impossible, inhumaine, contraire à notre nature, contraire même à la justice. Cela nous rappelle d’autres paraboles, comme celle (Mt 20) où les ouvriers sont payés de la même manière, qu’ils aient travaillé une heure ou douze heures ! Parfois, les paroles de Jésus nous semblent bien étranges…

Pourtant, si nous prenons un moment pour y réfléchir, nous constatons tout de même deux choses. D’abord, ce « programme » que Jésus propose n’est pas absurde, car Lui-même l’a vécu pleinement. Lui, Jésus, a pardonné à ses ennemis, Il a toujours rendu le bien pour le mal, Il a été miséricordieux… Il est allé jusqu’à donner sa vie, par amour, pour ceux-là mêmes qui le condamnaient. Ses paroles correspondent donc profondément à sa vie, à son identité de Fils de Dieu.
Ensuite, on doit aussi reconnaître que le monde irait bien mieux si les hommes agissaient ainsi ! Ce n’est certes pas facile de pardonner, mais tout se passerait autrement si nous arrivions à pardonner en vérité. Oui, nous devons avouer que ces commandements de Jésus correspondent exactement à ce que notre cœur désire au plus profond : une vie pacifiée, des relations humaines où règnent le pardon et l’amour. Il serait souhaitable de vivre ainsi, et nous le savons ; mais nous n’y parvenons pas, et nous pensons que c’est impossible, inatteignable. En réalité, ces paroles de Jésus ne sont pas « contraires » à notre nature : elles sont au-dessus de notre nature, car notre nature est blessée par le péché.

Il faut donc nous demander pourquoi Jésus nous propose tout cela. Est-ce que nous ne jugeons pas ces commandements impossibles à cause des limites que nous nous fixons ? Est-ce que nous ne sommes pas découragés devant notre difficulté à aimer et à pardonner ? Est-ce que nous ne nous résignons pas au péché, à la violence, à la vengeance ? Jésus, Lui, ne s’y résigne pas. Il est venu pour nous sauver du péché, et Il nous promet qu’avec sa Grâce nous pouvons vaincre le péché, la rancune et la vengeance. Comme le disait saint Paul tout à l’heure, le premier homme – Adam – vient de la terre ; mais par le baptême, nous sommes renouvelés à l’image du Christ, le nouvel homme (« nouvel Adam ») qui vient du Ciel. Et pour celui qui est recréé à l’image du Christ, rien n’est impossible !
Nous ne devons donc jamais sous-estimer le travail de la Grâce de Dieu dans le cœur de l’homme. Ce qui nous est donné par le baptême, c’est l’entrée dans une Vie renouvelée, ressuscitée, transformée par la réconciliation avec Dieu. L’homme peut désormais vivre dans une nouvelle dimension où le péché ne règne plus, où la vengeance n’est plus nécessaire, où la loi suprême est l’Amour de Dieu.

Dans l’Ancien Testament, cette Grâce de Dieu n’était pas encore réalisée, mais elle était déjà annoncée. Nous avons entendu un épisode de l’histoire des rois d’Israël, où le roi Saül poursuit David pour le tuer (car il n’accepte pas que Dieu l’ait rejeté du trône au profit de David). Saül veut donc la mort de David, et c’est justement là que nous voyons David faire un acte de miséricorde extraordinaire : il sauve la vie de celui qui veut le tuer. Tout comme à propos des paroles de Jésus tout à l’heure, nous pouvons juger cet acte déraisonnable : pour David il s’agit de tuer ou d’être tué, donc bien sûr qu’il faudrait éliminer Saül ! Et pourtant, dit David, Saül a reçu l’onction du Seigneur : il est intouchable. Quel que soit son comportement, Saül est consacré par le Seigneur, et nul ne peut attenter à sa vie. À travers cet épisode, nous comprenons que tout homme, fait à l’image de Dieu, est consacré par Dieu, et que toute vie est précieuse, intouchable. C’est désormais ce qui doit guider nos relations humaines : la dignité de tout homme, la conviction que chacun est capable de pardonner et d’être pardonné. On peut trouver de bons prétextes pour se venger, mais l’homme renouvelé par le Christ est au-dessus de la tentation de la vengeance.

Ce que nous a dit Jésus, c’est finalement que le mal ne peut être vaincu que par un Bien plus grand, celui de la Miséricorde et de l’Amour de Dieu. À l’exemple du Christ et avec la Grâce de notre baptême, nous pouvons ainsi vaincre le péché : le monde meilleur que nous désirons est à notre portée !

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Cinquième dimanche du Temps Ordinaire — Rien n'est impossible à Dieu !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Simon-Pierre, son frère André, Jacques et Jean, ont travaillé toute la nuit sur leur bateau. Ils ont pêché sans relâche, cherché du poisson sur tout le lac ; sans aucun résultat. On les imagine découragés, lassés, fatigués. Mais voilà que quelque chose de tout nouveau est arrivé : la présence de Jésus dans leur vie. Et à partir du moment où ils se sont trouvés face à Jésus, leur vie a été entièrement transformée. Apparemment, ce sont les mêmes gestes, le même métier qu’ils font, ils continuent de jeter le filet ; mais en fait, tout a changé. De manière explicite, l’Évangile nous rapporte que le résultat de leur pêche est passé de zéro à… beaucoup trop ! Cela signifie qu’avec le Seigneur, rien n’est impossible. Ce qui nous paraissait inatteignable devient possible, si nous nous confions à Lui.

Ce miracle de la pêche, dans l’Évangile, ne veut pas dire bien sûr que la présence du Seigneur rend tout matériellement extraordinaire : les notes en classe ne passent pas directement à vingt sur vingt, les résultats financiers de mon entreprise ne me rendront pas immédiatement milliardaire… mais notre vie prend une nouvelle dimension si le Seigneur y est présent. Une dimension d’abondance, de grâce, de joie, de lumière. Si nous osons dire avec confiance, comme saint Pierre : « Sur ta parole, je vais jeter les filets », alors le Seigneur agira avec puissance. Rien ne change à l’extérieur, peut-être ; mais dans notre cœur tout va changer ! Une fois qu’on a compris, qu’on a fait l’expérience de faire les choses non plus par contrainte ou par habitude, mais pour l’Amour de Dieu, alors effectivement toute notre vie est transformée.
Ce que nous avons à apprendre, comme Pierre et les autres, c’est que rien n’est impossible à Dieu. Et qu’avec cette présence du Seigneur dans notre vie, rien ne nous est impossible. Mais pour cela, il s’agit de vivre une conversion, de décider de Lui faire confiance : « Sur ta parole, je vais jeter les filets ». Cela semble souvent difficile de faire confiance au Seigneur : on se sent un peu seul au milieu d’un monde où Dieu est oublié ! Et pourtant, c’est le seul chemin par lequel on accomplit entièrement notre vocation d’homme et de femme.

Le temps vient de faire un choix pour orienter sa vie, surtout à l’âge où l’on prend les grandes décisions. Vous les jeunes, vous avez envie d’accomplir des choses grandes, belles, de faire un monde juste et équitable, de partager ; mais devant l’ampleur de la tâche, vous pouvez vous sentir découragés. Le monde est immense, les hommes sont nombreux : que vais-je pouvoir faire, moi tout seul, pour améliorer les choses ?
La première décision, c’est de faire confiance. Nous sommes comme les prophètes d’autrefois, comme le prophète Isaïe dont nous avons entendu l’appel (première lecture) : « Malheur à moi, car je suis un homme aux lèvres impures ! ». Nous ne sommes pas parfaits, et cela peut nous troubler. Mais même cela, même notre imperfection, peut être un chemin vers le Seigneur : une ouverture pour laisser plus de place à l’Esprit saint dans notre vie. Au point qu’Isaïe, une fois que le Seigneur lui a parlé, est débordant d’enthousiasme : « Me voici, envoie-moi ! ». L’émerveillement des prophètes, c’est de constater qu’ils sont en même temps pardonnés et envoyés. Si nous restons centrés sur nous-mêmes (avec notre faiblesse, nos péchés, notre culpabilité), nous ne pourrons rien faire de beau ni de grand ; mais en accueillant le pardon du Seigneur, nous nous ouvrons à la vraie dimension de l’Amour ; et nous pouvons en témoigner.
De la même manière, saint Paul (deuxième lecture) annonce la Résurrection de Jésus, cet événement extraordinaire. Lui-même, Paul, s’est laissé transformer par cet événement : « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu ». Paul n’aurait jamais été capable d’annoncer l’Évangile, s’il n’avait pas accueilli en lui la force de la Résurrection : tout est possible à celui qui ressuscite avec Jésus.

C’est donc une expérience unique, une expérience que personne d’autre ne peut faire à notre place : ressentir profondément que Dieu est présent et transforme notre vie. La foi nous est transmise dans l’Église, et il est bon d’écouter la parole de ceux qui enseignent l’Évangile ; mais la foi a besoin d’une décision personnelle, d’une rencontre avec le Seigneur pour que tout cela devienne concret, vivant. Pierre, Paul, le prophète Isaïe… tous ont entendu cet appel du Seigneur qui leur disait : « Oui, tu es pécheur, mais je t’aime, je te sauve, et je te fais confiance. Sois sans crainte : je t’envoie pour être témoin ». Avec le Seigneur, rien n’est impossible !

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Quatrième dimanche du Temps Ordinaire — Se laisser déranger par la nouveauté de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture ». Nous avons déjà entendu ces paroles dimanche dernier : dans l’émerveillement, nous rendions grâce au Seigneur pour l’accomplissement de toutes ses promesses. Et en ce dimanche, l’Évangile commence par les mêmes paroles ; cependant, il y a une différence, c’est que la foule qui entend Jésus ne semble plus être vraiment dans l’action de grâces ni dans l’émerveillement ! Saint Luc nous dit qu’ils étaient étonnés, surpris parce que ces paroles viennent du fils de Joseph, scandalisés, et même à la fin, qu’ils deviennent furieux, au point de vouloir précipiter Jésus en bas de la falaise. À peine Jésus a-t-il commencé son annonce de la Bonne Nouvelle – nous sommes au tout début de l’Évangile –… qu’on cherche déjà à le tuer. Cette Parole de Dieu, qui s’accomplit, rencontre dès le début des oppositions acharnées.

Mais il ne suffit pas de constater ces oppositions : il faut les comprendre. Alors : qu’est-ce qui choque les gens de Nazareth ? Qu’est-ce qui, dans les paroles de Jésus, leur semble insupportable au point de vouloir le faire mourir ? Que dit-il de si déplaisant ? Et puisque aujourd’hui comme hier, l’Évangile est toujours persécuté partout dans le monde : qu’est-ce qui nous choque, qu’est-ce qui fait que la Parole du Christ est souvent mal comprise, mal reçue, et même rejetée ? Pourquoi y a-t-il des martyrs du Christ dans tous les pays, et à toutes les époques ? [Même depuis le prophète Jérémie (première lecture), qui portait au peuple d’Israël la Parole de Dieu, et qui a été si mal reçu !]

Ce qui est vrai, c’est que la Parole du Christ surprend toujours l’homme, car elle apporte quelque chose d’entièrement nouveau. On croit connaître l’Évangile, et soudain on y découvre une nouveauté. À Nazareth, on croyait connaître Jésus, parce qu’Il avait passé son enfance dans le village, et qu’Il avait succédé à son père Joseph comme charpentier ; et pourtant, sa parole est entièrement nouvelle, inattendue. Cette nouveauté nous dérange, parce qu’elle vient directement de Dieu. Si peu à peu, nous nous habituons à l’Évangile, c’est que ce n’est plus l’Évangile ! Ce n’est alors qu’une version radoucie, édulcorée, de la Parole de Jésus.
Trop souvent, l’homme n’est pas prêt à accueillir la nouveauté de l’Évangile ; il n’est pas prêt à comprendre que Dieu agit, que Dieu le conduit, qu’Il veut le sauver du mal, lui donner la vraie Espérance dans la Vie éternelle. Car pour accueillir la puissance de Dieu, il nous faut tout d’abord nous dépouiller de nos propres idées préconçues, de notre petit confort moral et spirituel. Il est facile de nous construire un petit monde à notre échelle, un univers où Dieu ne nous dérange pas parce qu’Il “fait partie des meubles” (avec un peu de poussière dessus !). Beaucoup de nos contemporains se font une bonne conscience, une morale à eux, des “valeurs”, mais en fait Dieu est absent de leur monde.

C’est là où le Seigneur veut être présent (dans notre vie quotidienne) que justement Il est souvent rejeté – parfois même sans qu’on s’en rende compte ! On peut trouver de multiples exemples autour de nous. Prenons le mariage : nous avons justement entendu (seconde lecture) un passage ultra-connu dans les mariages : le fameux Hymne à l’amour dans la première Épître aux Corinthiens. « L’amour ne passera jamais ». Il nous parle de l’Amour du Christ, qui donne sa vie pour nous sauver du péché. Mais dans le petit monde des amoureux, on en fait un texte romantique, et l’amour ne sert qu’à se faire plaisir : on oublie que sans l’Amour de Dieu, on ne saura jamais aimer ; et que la Croix, don suprême de l’Amour, n’a rien de romantique…
Disons la même chose pour le Baptême : ce merveilleux sacrement qui sauve du péché, qui ressuscite, qui fait entrer dans la Vie éternelle avec le Christ. Mais dans le petit monde des jeunes parents, où l’on ne se laisse pas trop déranger par le Christ, on n’y voit qu’une petite cérémonie : on s’attendrit sur un bébé mouillé, et on veut lui donner une certaine protection par le geste magique du prêtre…

Non, dans son petit monde tranquille, l’homme n’aime pas être dérangé ! Il voudrait bien, lui aussi, pousser les prophètes au bas de la falaise. Mais à ceux qui L’accueillent, ceux qui se laissent déranger, Jésus apporte une ouverture toute nouvelle : un amour et un bonheur qui ne sont pas à l’échelle humaine. Ce que promet l’Évangile, ce n’est pas le confort : c’est la sainteté, la présence de Dieu, la participation à la Vie de Dieu. Et pour l’Éternité, un bonheur que l’on ne peut même pas imaginer, dans le face-à-face avec Dieu. Oui, le Seigneur vient nous déranger, transformer notre horizon ; et si nous nous laissons bousculer, Il nous donne la nouveauté absolue de son Évangile. Celui qui nous invite n’est pas un simple prophète : c’est Dieu Lui-même, qui fait de nous ses enfants.

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Deuxième dimanche du Temps Ordinaire — Un mariage donné par Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Il est assez étonnant de voir Jésus, dans cet épisode de l’Évangile, qui multiplie le vin… et pousse les invités à être ivres ! On peut même dire qu’il est étonnant de Le voir à un mariage. Lui, le Fils de Dieu, n’a-t-Il pas des choses plus importantes à faire que de participer à ces banquets où l’on mange trop, où les conversations ne volent pas très haut… Mais par sa présence, Il nous dit surtout qu’Il veut participer à notre vie. S’Il est venu parmi nous à Noël, ce n’est pas pour rester dans sa tour d’ivoire : c’est pour partager notre existence, être présent, accueillir nos joies et nos peines ; et pour tout transformer, sanctifier par sa présence. Aujourd’hui, des couples se marient peut-être à l’église, mais la présence de Jésus est souvent très secondaire… Il veut pourtant être là, et donner la vraie joie aux familles.

En ce premier dimanche après le temps de Noël, l’Église nous parle justement de mariage (première lecture et Évangile). Et ce thème du mariage est un excellent début pour commencer l’année avec le Seigneur ! Car le mariage est un lieu d’amour, un lieu d’engagement ; et précisément, le centre de notre foi, c’est que le Seigneur nous aime et s’engage avec nous. Tout au long de la Bible, Il s’engage avec nous dans des Alliances, c’est-à-dire des pactes d’amour et de fidélité mutuels. Depuis l’Alliance avec Noé, avec Abraham, Moïse… jusqu’à la nouvelle Alliance – l’engagement définitif par le Christ –, Dieu nous montre sa fidélité. Et Il prend comme modèle de cette fidélité, l’institution du mariage ; c’est pour cela que ce thème du mariage est si présent tout au long de la Bible. La foi chrétienne n’est pas d’abord un “effort à faire” pour être fidèle à Dieu, mais une réponse donnée à la fidélité de Dieu qui est première, et qui est solide comme le roc. Marie s’est laissé aimer, elle a répondu à cette fidélité par une immense confiance, comme nous venons de l’entendre dans l’épisode des noces de Cana.
Le prophète Isaïe reprend ce thème du mariage pour parler de la fidélité de Dieu, et aussi de l’infidélité des hommes : c’est Dieu qui propose sans cesse son amour, et qui veut “épouser” le peuple d’Israël. Par son engagement et sa fidélité, le Seigneur permet à Israël d’exister ; ce pays qui était « délaissé », « désolation » à cause de son manque de foi, devient la terre qui est « épousée » et qui rayonne de la justice de Dieu.

Aujourd’hui, c’est dans cette fidélité du Seigneur que nous construisons notre vie. Il s’occupe de nous, Il ne cesse de nous poursuivre de son Amour et de nous rappeler qu’en Jésus-Christ, nous sommes “épousés” par Dieu. Rien ne pourra jamais nous séparer de cet amour, pas davantage qu’un mariage ne pourrait être rompu arbitrairement. Il nous revient de répondre à cet amour infini par toutes les dimensions de notre vie. Chaque parole, chaque action, peut être une réponse à Dieu qui passe par l’amour de nos frères. Ce sont des réponses car c’est le Seigneur qui a l’initiative ; c’est Lui qui nous donne la possibilité de faire de notre vie une réponse d’amour.
Dans la deuxième lecture, saint Paul nous parlait des dons de Dieu : la multiplicité des « dons de la grâce » qui sont au service du peuple de Dieu. Tous ces dons sont utiles, écrit saint Paul : la sagesse, le bien commun, les « paroles de connaissance », les « dons de guérison », les miracles, les prophéties… Il y a une variété extraordinaire des dons de Dieu, mais c’est le même Esprit saint qui donne tout cela. C’est la fidélité de Dieu qui nous permet de recevoir ces dons, et d’y répondre en les mettant au service des hommes. En exerçant les dons reçus, en répondant à la promesse du Seigneur, nous pouvons montrer au monde que Dieu est fidèle, qu’Il s’occupe de nous, que son Amour est premier et qu’il comble nos cœurs.

Nous sommes donc invités, concrètement, à voir quels dons de Dieu nous avons reçus : le don de l’amour, le don de la consolation, de la guérison des frères, le don du témoignage de foi ?… Puis il s’agit de les mettre au service de nos frères, car les cadeaux de Dieu n’ont un sens que si nous répondons à sa fidélité. Dans un couple, les dons de chacun sont au service de l’amour : de la même manière, dans l’Alliance que Dieu nous donne, les dons sont à utiliser pour servir et aimer. Sinon, nous gaspillons nos dons : nous les centrons sur nous-mêmes en cherchant le plaisir, le pouvoir et l’argent… au lieu de chercher à aimer et à donner.
Oui, le Seigneur s’est engagé pour toujours dans l’Alliance, dans ce “mariage” avec nous ; Il nous comble de bienfaits ; Il attend simplement que nous Lui répondions, et que nous L’aimions en retour. Notre vie chrétienne ne peut être qu’une réponse d’amour à Dieu, qui nous a aimés le premier !

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Jour de Noël — Qui est l'homme ?

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce Jour très saint.

Nous voici parvenus au terme de notre préparation à Noël. Après le temps d’Avent, après la surprise extraordinaire que nous avons vécue cette Nuit en compagnie de Marie, de Joseph et des bergers, nous sommes en ce jour auprès de la crèche, en contemplation devant l’Enfant ; avec Marie, nous nous reposons et nous regardons, tout simplement, Celui qui vient de naître parmi nous pour nous sauver. Dans l’Évangile, on entend dire plusieurs fois que Marie « retenait les événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19.51) ; en ce Jour de Noël, avec cette Mère très sainte, nous méditons nous aussi les événements que Dieu nous a donné de vivre. Le Fils du Père, le Dieu tout-puissant, devient fils d’homme ; et ainsi, l’homme devient participant de la nature de Dieu. Désormais, rien ne pourra jamais nous séparer de Dieu, puisque Dieu s’est fait l’un de nous !

En contemplant l’Enfant de la crèche, nous contemplons donc le Fils de Dieu ; mais ce Fils est aussi un petit bébé, comme nous l’avons tous été. Nous contemplons donc un homme, une personne humaine ; c’est comme si nous avions sous les yeux un miroir, où nous voyons qui nous sommes vraiment. Noël est un jour où l’homme comprend qui il est, à la lumière de cet Enfant qui nous est donné. Nous sommes peut-être une “poussière dans l’univers”, au milieu des milliards de galaxies qui nous entourent ; et pourtant, Dieu s’est fait homme. Le Psaume dit avec émerveillement : « Qu’est-ce que l’homme, Seigneur, pour que Tu penses à lui ? » (Ps 8,4) : oui, nous devons être émerveillés parce que Dieu a voulu devenir l’un de nous. Et cette venue du Fils dans le monde nous a transformés, nous a donné une nouvelle dignité.

Alors dans notre méditation de ce Jour de Noël, c’est le moment de nous demander, comme le Psaume : « Qu’est-ce que l’homme » exactement ? Qu’est-ce que la naissance de Jésus change pour nous ? Quelle est la Vérité sur l’homme ? Il y a tant d’avis et d’opinions contradictoires de nos jours sur la nature de l’homme ! Au point que nous pouvons penser que nous n’avons plus rien en commun les uns avec les autres. La difficulté du dialogue aujourd’hui, c’est justement que rien ne semble nous réunir, entre les différentes opinions philosophiques, religieuses, politiques… Nous ne nous comprenons plus les uns les autres. Pourtant, nous avons tout de même quelque chose en commun : c’est que Jésus nous réunit, puisqu’Il s’est fait homme pour tous les hommes.
Oui, depuis que Dieu est devenu homme, il y a quelque chose de nouveau pour tous les hommes, qui deviennent frères et sœurs. Le Verbe de Dieu, écrit saint Jean, la Parole de Dieu ; on peut même dire (dans le vocabulaire grec du Logos) la “pensée” de Dieu, est devenue l’un de nous. La Lettre aux Hébreux (deuxième lecture) soulignait que Dieu ne nous parlait plus seulement par des intermédiaires comme les prophètes, mais qu’Il venait nous parler directement en devenant homme parmi les hommes. Nous entrons alors au plus intime de Dieu, de sa pensée, de sa Parole ; nous sommes rendus capables de connaître Dieu, de connaître la Vérité qui est Jésus Lui-même.

Cet événement de Noël nous donne donc une magnifique Espérance, une nouvelle confiance dans l’homme recréé à l’image de Dieu. L’homme est désormais capable de Vérité ; il est en mesure de faire le bien, capable d’aimer – puisqu’il entre dans l’Amour de Dieu. Nous devenons capables d’engagement, de don… Nous sommes renouvelés à l’image et à la ressemblance de Jésus, le Fils du Père : et dans cette nouvelle ressemblance, rien n’est jamais perdu. Il est essentiel d’avoir cette confiance en nous-mêmes, non pas de manière orgueilleuse, mais avec reconnaissance pour le don de Dieu. L’attitude opposée – le désespoir –, nous la trouvons dans tant de courants contemporains : ceux qui militent pour le “droit” à faire mourir les malades, ou le “droit” à se débarrasser des enfants avant la naissance… tout ceux-là considèrent qu’il y a des vies qui ne valent pas d’être vécues. Ils oublient que tout homme est infiniment digne d’être aimé, parce que le Fils de Dieu a rétabli la confiance en devenant Lui-même homme au milieu de nous.

Voici donc que désormais, en tout homme il y a la capacité de « devenir enfants de Dieu, de (re-)naître de Dieu », comme l’annonce saint Jean au début de son Évangile. La fête de Noël doit faire de nous les témoins d’une Espérance nouvelle dans la personne humaine ; nous sommes devenus Fils de Dieu et frères de Jésus, et rien ne peut nous faire peur ! Les hommes et femmes qui nous entourent, trop souvent, ont peur de l’avenir (non sans raison parfois…), et désespèrent d’eux-mêmes ; ils se contentent de “survivre au jour le jour”, car ils n’ont guère de perspective et aucune espérance. Rejetons le désespoir, accueillons la présence du Christ qui nous renouvelle : « Le Verbe s’est fait chair, Il a habité parmi nous ; tous, nous avons eu part à sa plénitude ! ».

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Deuxième dimanche de l'Avent — Notre Histoire sainte

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Voici que la Parole de Dieu est adressée à Jean, fils de Zacharie ; ce Jean que l’on appellera « Baptiste » parce qu’il accomplit un rite de purification dans le Jourdain. Avant Jean Baptiste, la Parole de Dieu avait été adressée à bien d’autres prophètes, dans l’histoire si riche du peuple d’Israël : peu à peu, le Seigneur avait fait avancer son peuple dans la fidélité à l’Alliance. Mais ce n’était pas une histoire tranquille, il y avait eu des infidélités et des châtiments : par exemple l’occupation romaine, que beaucoup voyaient comme une punition de Dieu.

Et voici donc qu’à un moment fixé, Dieu décide d’adresser une Parole toute nouvelle à Jean, ce nouveau prophète : une parole qui promet la conversion et de la venue du Messie. Cela se passe en un temps bien défini ; avons-nous entendu avec quels détails, quelle précision, l’Évangéliste donne le cadre de cette histoire ? « L’an quinze du règne de l’empereur romain Tibère, alors qu’Hérode régnait et que Ponce Pilate gouvernait la Judée, etc. » : c’est ce moment précis que Dieu choisit pour adresser sa Parole à Jean. Pourquoi pas avant, pourquoi pas après ? C’est la décision libre du Seigneur : Il choisit d’annoncer le Salut à tous les hommes, Il fait préparer le chemin par lequel Il viendra nous sauver : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ».
Avec Jean, c’est une nouvelle Histoire sainte qui commence, une Histoire des relations entre Dieu et les hommes, marquée par la réconciliation. L’Histoire sainte avait commencé sous l’Ancien Testament (Noé, Abraham, Moïse et tant d’autres), mais il y a maintenant un nouveau recommencement. À cette époque où règnent Tibère et Hérode, le Seigneur veut entrer dans une nouvelle Alliance avec les hommes ; les anciennes prophéties entrent dans leur accomplissement.

Il est important pour nous de méditer sur cette Histoire d’il y a deux mille ans : nous devons être convaincus que cette Histoire sainte n’est pas terminée ! Nous pouvons avoir confiance dans le Seigneur, car ce qu’Il a fait avec Jean Baptiste, Il continue de le faire pour nous aujourd’hui : Dieu ne se désintéresse pas de notre monde. Face aux événements du monde, à l’instabilité, aux conflits, nous serions entraînés à nous dire que finalement, c’est “toujours la même chose” : c’est le cycle du temps qui continue, il y a des guerres, des paix, des conflits, des réconciliations… et la Première Guerre mondiale dont nous avons fêté l’armistice, pourrait bien recommencer un de ces jours. Une autre attitude serait même de penser que tout va de plus en plus mal… et que peu à peu, Dieu abandonne le monde : il n’y aurait aucune espérance possible.
Mais à vrai dire, il y a encore une troisième attitude qui est possible, une attitude d’Espérance, celle de Jean Baptiste qui accueille, proclame la Parole et le projet de Dieu. Le Seigneur vient nous sauver à nouveau aujourd’hui ; Il nous adresse sa Parole, Il agit dans notre monde, et il ne faut pas manquer cette action de Dieu quand elle advient. Regarder seulement la situation du monde, c’est réaliste, mais c’est insuffisant : cela ne permet pas de voir le plan de Dieu dans son intégralité. Il s’agit aussi de lever les yeux pour voir à l’œuvre la puissance du Seigneur, comme l’a fait Jean Baptiste.

La conversion de l’Avent, c’est donc imiter Jean : dans un monde qui comme au temps de Jésus, paraît désespéré, nous mettre à l’écoute de ce que le Seigneur veut faire à travers nous. Il ne s’agit pas d’abord de devenir parfaits, impeccables pour Noël, mais d’accueillir la joie de Dieu qui vient vers son peuple. « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, proclamait le prophète Baruch ; revêts la parure de la gloire de Dieu ! ».
Oui, l’Histoire sainte continue aujourd’hui ; à nous de la découvrir et de la vivre. Nous pourrions même actualiser l’introduction de saint Luc : « L’an 6 du pontificat du Pape François, Élisabeth étant souveraine du Royaume-Uni depuis 66 ans, l’an 2 du mandat du président Macron… la Parole de Dieu est toujours adressée aux hommes de ce temps ». C’est notre Histoire sainte, et elle témoigne de la présence de Dieu. Nous avons simplement à demander de la comprendre : comme le disait saint Paul aux Philippiens, il nous faut grandir dans la « connaissance, dans la clairvoyance pour discerner ce qui est important ».
Se convertir en Avent, c’est laisser le Seigneur agir dans notre histoire pour en faire une Histoire sainte ; Le laisser aplanir nos montagnes d’orgueil, Le laisser combler les ravins de nos péchés, pour que nous soyons capables de L’accueillir à Noël. Prions le Seigneur, comme Jean Baptiste, afin d’être capables d’écouter sa Parole !

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Fête du Christ-Roi — Le Roi de vérité nous libère du mensonge

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette fête.

« Es-tu le roi des Juifs ? » Voilà une question bien curieuse adressée par Pilate, l’homme puissant, le représentant de l’Empire romain, à un homme enchaîné et affaibli par les traitements des légionnaires. Pourtant, c’est bien Jésus, le Christ, le Roi que nous honorons aujourd’hui. Il le dit Lui-même : Je suis roi, mais « ma royauté n’est pas de ce monde ». Ce Roi ne correspond pas à ce que nous connaissons (ou ce que nous imaginons) d’un roi de l’Antiquité : il n’a pas d’armée, il n’a pas de puissance, il ne menace pas, il ne contraint personne, il ne juge pas, il ne punit pas. Ce Roi n’a qu’une loi, c’est la loi de l’Amour.

Non, l’autorité de Jésus, Roi de l’univers, ne repose pas sur la force. Pourquoi est-Il venu parmi nous ? « Je ne suis venu dans le monde que pour ceci : rendre témoignage à la vérité ». Son autorité ne repose que sur la vérité. Cela peut paraître bien faible, à une époque où la vérité semble finalement très relative : on dit bien : « À chacun sa vérité ! ». Et puis il faut dire aussi qu’on fait des petits mensonges de temps à autre, des “petits arrangements avec la vérité”… Qui n’a jamais menti ? Même les informations, les autorités publiques prennent souvent des libertés avec la vérité.

Mais justement, l’autorité de Jésus ne vient que de ce témoignage à la vérité. En étant Lui-même la Vérité (« Je suis le chemin, la Vérité, la Vie » Jn 14,6), Il vient bousculer toutes les autres autorités de ce monde. Il vient relativiser toutes les autorités qui reposent sur le mensonge. Pensons à ceux qui nous promettent un bonheur immédiat en échange de notre obéissance : « Suis-moi et tu seras libre ; achète ceci, éclate-toi avec cela, profite de la vie, sois égoïste, et tu seras heureux ! ». Tout cela, on nous le promet pour que nous fassions marcher le commerce… mais c’est un vaste mensonge. Ceux qui prétendent être des dieux en nous promettant le bonheur, ne sont en fait que des idoles qui nous rendent esclaves et nous donnent le malheur.
Il faut aussi penser aux autorités de ce monde, qui sont en général légitimes, mais qui cherchent d’abord à se maintenir au pouvoir à tout prix – même parfois au prix du mensonge. Il s’agit, comme le dit Jésus ailleurs (Lc 20,25), de « rendre à César ce qui est à César »… mais surtout, de « rendre à Dieu ce qui est à Dieu ». La vérité, c’est que l’homme appartient à Dieu, et qu’il doit revenir à Dieu ; et donc que les chefs d’État ne doivent pas oublier qu’il y a, au-dessus d’eux, une autorité supérieure. Lorsqu’ils prennent des décisions qui sont contraires à la dignité de l’homme, on doit leur rappeler la vérité : ils n’ont pas l’autorité de Dieu !
Le Christ vient donc rendre témoignage à la vérité, et par ce témoignage, toutes les autorités sont ébranlées, remises en question. Le condamné à mort est couronné Roi de l’univers, et l’homme de pouvoir va à sa perte.

Accueillir le Christ comme notre unique Roi (et remettre en question les “faux rois”), c’est entrer dans son royaume d’Amour. Au début du livre de l’Apocalypse que nous venons d’entendre, saint Jean nous rappelle que le Christ nous a délivrés du péché, et qu’Il a fait de nous un royaume de grâce et de paix ; cette paix tellement nécessaire au monde, ne peut venir que si l’homme se laisse guider par Jésus dans le Royaume. Là encore, nous nous souvenons que Jésus est venu pour « rendre témoignage à la vérité » : chacun, selon sa vocation, peut accueillir la vérité du Christ dans sa vie et en faire un chemin de bonheur. Seul le Christ révèle à chacun qui il est vraiment.
- Les baptisés [chacun de nous, et particulièrement les enfants qui sont là aujourd’hui après leur baptême] ont été renouvelés par le Christ dans le baptême. La grande vérité qui nous concerne tous, c’est que nous n’appartenons plus aux ténèbres, au mal, à la mort, mais que désormais nous sommes soumis à l’autorité d’Amour du Christ. Nous participons à son Royaume, et avec Jésus nous sommes libres face au mensonge !
- Vocation particulière : les diacres [présents aujourd’hui en nombre] ont la vocation du service au nom du Christ. Par ce service, ils rappellent la dignité de chaque homme, frère de Jésus : ainsi ils contribuent à la construction du Royaume de paix. Être au service des hommes, c’est témoigner de la vérité : tout homme, pauvre ou riche, dans la joie ou dans la détresse, est unique dans le Royaume du Christ.

Finalement, Pilate n’a pas compris qui était Jésus… car le Seigneur vient nous déranger, nous bousculer dans nos convictions. Son Royaume n’est pas celui des puissants, mais celui de l’Amour ; si nous L’accueillons, Lui le Roi de vérité, Il nous libère et nous sauve !

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Trente-troisième dimanche du Temps Ordinaire — En attendant le retour du Seigneur…

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Comme chaque année, à la fin du temps liturgique (c’est-à-dire à l’approche d’une nouvelle année et du temps de l’Avent), l’Évangile nous fait entendre des paroles de Jésus tout à fait particulières : des paroles qui décrivent la fin des temps. C’est une réalité à laquelle nous ne pensons pas souvent (sauf peut-être en regardant un film-catastrophe…) : la fin des temps, la “fin du monde”. Est-ce que cela arrivera vraiment ? Comment cela va-t-il se passer ? Un tremblement de terre, une météorite qui percutera la terre, un tsunami géant, l’extinction du soleil ? Bien sûr, on peut imaginer beaucoup de choses, comme le font les scénaristes ; mais il est plus sage de nous en remettre à Jésus plutôt qu’à Hollywood ! Or Jésus (contrairement aux films) ne veut pas nous faire peur : Il veut nous faire prendre conscience du sens de notre vie et de notre monde.

Au milieu de notre vie quotidienne, il est bon de lever les yeux, de regarder vers Dieu. Le temps que nous vivons n’est pas cyclique, il n’est pas un “éternel recommencement” : le temps, le monde, se dirigent vers le Seigneur. La réalité la plus profonde, c’est ceci : tout vient de Dieu, tout retourne à Dieu. C’est la certitude qui nous guide, qui nous aide à avancer ; car nous ne sommes pas dans l’inconnu. Nous sommes dans une vie, dans un monde créé par Dieu ; nous avons notre source en Dieu, et nous allons vers Dieu. Quoi qu’il arrive, nous restons sur ce chemin et rien ne pourra jamais nous en écarter.
Il n’empêche que Jésus emploie des images qui peuvent nous sembler effrayantes : des images de troubles, d’instabilité (« les étoiles tomberont du ciel, les puissances célestes seront ébranlées… »). Car ce monde, créé par le Seigneur, est en même temps un monde qui ne sera pas éternellement sous sa forme actuelle. Ce que nous voyons, ce que nous contemplons, est un état temporaire. D’ailleurs, le souci pour l’écologie et pour le soin de la terre (auquel nous invite le Pape), nous rappelle que justement ce monde est blessé. Il ne va pas bien, à cause du péché de l’homme ; il est provisoirement dans un état de maladie, pour qu’un jour le Seigneur vienne le guérir par sa puissance.

Ainsi, nous sommes invités à ne pas trop nous « installer » dans ce monde. Tout change, tout passe ! et si nous mettons notre sécurité dans les choses qui passent (plaisirs temporaires, biens matériels…), nous serons bien vite déçus.
Mais Jésus ne s’arrête pas là. Ce qui passe, se renouvelle : l’important n’est pas de craindre les châtiments ou les catastrophes, mais de nous préparer à une vie nouvelle. Jésus ne veut pas nous effrayer : Il nous promet un nouveau monde, un monde où tout sera renouvelé par la Résurrection. La comparaison qu’Il emploie est claire : quand vous voyez les feuilles du figuier, c’est que l’été est proche. Oui, l’été est proche, la vie est proche, la joie est proche ! et notre vie de chrétiens doit rayonner cette joie du monde nouveau qui vient. Vivre en disciples de Jésus ressuscité, c’est déjà porter la lumière de la Résurrection dans ce monde qui désespère. Être chrétiens, signifie attendre activement le monde nouveau, le préparer, en rejetant tout ce qui vieillit et va à la mort : le mensonge, l’hypocrisie, le doute, la méfiance, l’égoïsme… tout cela appartient au monde ancien, et doit disparaître. Si pour l’instant les choses sont cachées, tout sera dévoilé lorsque le Seigneur illuminera tous les hommes. Comme l’écrivait le prophète Daniel il y a un instant : « Ceux qui ont l’intelligence, qui sont des maîtres de justice, brilleront comme les étoiles pour toujours ».

À tout instant, c’est en Jésus que nous trouvons notre modèle pour préparer le monde nouveau. Lui seul a la puissance de ressusciter toutes choses, de leur donner une nouvelle vie ; et c’est Lui qui reviendra à la fin des temps pour créer le monde nouveau, puisque c’est Lui qui donne déjà la Vie éternelle à ses disciples. Dans ce monde vieilli par le péché, Jésus apporte la jeunesse éternelle de sa Résurrection. En L’attendant, nous pouvons vivre comme Lui, en faisant l’offrande de notre vie (deuxième lecture : Jésus a « offert l’unique sacrifice » sur la Croix), en aimant, en donnant, en partageant… c’est cela notre plus belle vocation.

Non, nous ne devons pas avoir peur de l’avenir : car le monde changera, mais ce sera un changement de Résurrection. Et nous, nous sommes déjà porteurs de cette Résurrection : notre mission aujourd’hui, c’est de rejeter le monde du péché, et d’annoncer à nos frères un monde nouveau, un monde renouvelé par la présence du Seigneur !

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Fête de la Toussaint — Un peuple de Saints

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

« Heureux êtes-vous, réjouissez-vous », nous dit le Seigneur en ce jour de la Toussaint. Oui, réjouissons-nous, car au milieu d’un automne un peu morose, alors que les nuages nous cachent le ciel… nous sommes appelés à voir symboliquement au-delà des nuages ! A voir dans la foi le Royaume de Dieu où nous sommes tous invités à vivre. La fête de tous les Saints nous rappelle deux choses essentielles à notre foi : d’abord, que la sainteté est un don de Dieu que nous avons reçu au jour de notre baptême, et que rien ne peut nous enlever ce don ; et ensuite, que nous sommes précédés par un nombre prodigieux d’hommes et de femmes qui ont vécu de ce don, et qui ont tellement bien accompli leur vocation, qu’ils sont maintenant pour l’éternité dans l’Amour de Dieu.

Fêter les Saints (et à plus forte raison tous les Saints comme aujourd’hui), c’est nous reposer la question essentielle de notre vie : qu’est-ce qui donne un sens à l’existence, quel est le but de notre vie, vers quoi est-ce que nous nous dirigeons ? À ces questions, l’Évangile répond : nous venons de Dieu, nous allons vers Dieu, c’est cela la sainteté ; et ce but unique donne une dimension nouvelle à toute notre existence.
Plus particulièrement, comme nous le disait le Livre de l’Apocalypse, nous célébrons aujourd’hui la « foule immense de toutes nations, tribus, peuples et langues » qui ont écouté la voix du Seigneur ; et cela nous rappelle aussi que nous sommes saints dans le peuple des Saints. Trop souvent, on voit la sainteté comme une récompense “individuelle” : j’ai bien travaillé, j’ai une bonne note, le Seigneur va me donner le Royaume des Cieux ! Nous admirons tel ou tel Saint (la Vierge Marie, Mère Teresa, sainte Jeanne d’Arc, saint Pierre de Vérone…) parce que nous pensons que c’était quelqu’un d’extraordinaire ; ce n’est pas faux, mais c’est bien plus que cela. Le Saint est d’abord celui qui vit dans l’Assemblée des Saints, dans l’Église qui transmet la sainteté du Christ. Ce n’est qu’au milieu du Peuple des Saints, dans la prière de toute l’Église, que nous pouvons devenir des Saints.
Est-ce que nous avons remarqué, dans les lectures que nous avons entendues, cette dimension de Communauté des Saints ? Jamais le Seigneur ne nous dit : Si tu es quelqu’un de bien, si tu es honnête, sympa et tolérant, alors toi tout seul, tu seras un Saint. Mais Il nous invite dans la « foule immense » que décrivait saint Jean : cette foule qui acclame le Seigneur, avec les anges et les serviteurs de Dieu. « Nous serons semblables à Dieu, enfants de Dieu », dit encore saint Jean dans la deuxième lecture ; et Jésus, dans l’Évangile, nous promet un bonheur qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, si nous vivons dans cette famille des enfants de Dieu. « Heureux ceux qui ont le cœur pur, heureux ceux qui sont pauvres et doux » : car ils feront partie du peuple des Saints, ils recevrons ensemble la sainteté qui vient de Dieu.

Être des Saints, c’est donc se placer en vérité devant Dieu, au milieu d’un peuple, d’une Communauté qui nous transmet la Lumière, la sainteté de Dieu. Bien sûr, l’Église ne compte pas “100 % de Saints” ; nos frères et nous-mêmes, nous sommes loin d’être parfaits, et peut-être que nous ne donnons pas toujours un bon exemple de ce que veut dire « être chrétiens » ; de même, l’actualité nous rappelle douloureusement que tous sont pécheurs, même des prêtres, et même des évêques. Mais c’est tout de même dans ce peuple que nous recevons la sainteté, comme tous les Saints l’ont reçue ; parce que l’Église est surtout le Corps du Christ qui nous transmet la Grâce de Dieu. Ce Corps est formé de plusieurs membres : chacun a un rôle, chacun a une vocation, chacun de nous est connu personnellement par le Seigneur. Comme le sang circule dans le corps, l’Église est un organisme vivant où circule l’Amour ; et cet Amour, comme dans un corps humain, vient du Cœur de Dieu. Vivre de cet Amour, c’est recevoir une joie nouvelle : nous sommes des Saints dans la Communauté des Saints !

Demain, après la joie de la Toussaint, ce sera le jour de prière pour les défunts : nous serons proches de nos frères qui nous ont précédés, et qui ont peut-être encore besoin de nos prières pour entrer dans le Royaume de Dieu. Ce sera une très belle occasion de ressentir cette circulation de l’Amour entre nous, avec nos familles, nos disparus : nous nous aimons, nous prions pour eux, et eux prient pour nous. Prier les uns pour les autres, c’est faire partie de la Communauté des Saints où personne n’est solitaire ni abandonné ; c’est le plus bel acte d’amour et de sainteté, et ainsi nous comprenons que nous sommes « Tous Saints ».

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Vingt-neuvième dimanche du Temps Ordinaire — Servir au nom du Christ

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Celui qui veut être le premier, doit être le serviteur de tous », dit Jésus. L’Évangile nous invite à inverser les valeurs du monde, les valeurs de puissance et de pouvoir qui guident les hommes. Celui qui est vraiment le plus grand, ce n’est pas nécessairement celui qui fait la Une des journaux ni celui pour lequel on vote… Il y a une autre grandeur, une grandeur différente, une grandeur qui n’est pas de l’ordre du pouvoir, mais de l’homme. Jésus nous enseigne que ce qui grandit l’homme, ce qui lui permet d’accomplir sa vocation, ce n’est pas la domination mais le service. Bien sûr, on peut faire semblant de mal comprendre ces paroles, on peut croire que Jésus nous incite à la médiocrité, à l’insignifiance ; que les bons chrétiens, ce sont les minables qui ne savent rien décider et obéissent sans réfléchir… Mais ce n’est pas cela, le vrai service ! Avant tout, Jésus se donne en exemple Lui-même : Il n’est pas venu pour dominer, mais pour servir les hommes, en « donnant sa vie en rançon » pour nous tous. La vraie grandeur de l’homme, c’est d’imiter Jésus : vivre le don de soi par amour.

Qu’il y ait un rapport entre le pouvoir et le service, cela semble évident à tout le monde ; parce que nous sommes héritiers d’une civilisation chrétienne ! Par exemple, celui qui a le pouvoir politique n’a pas tous les droits : il a d’abord le devoir d’être au service de ceux qui l’ont élu. On n’y pense peut-être plus (dans notre État laïque), mais c’est une idée qui vient directement de l’Évangile. Avant le Christ, les Empereurs avaient absolument tous les pouvoirs, sans aucune opposition possible, ils n’en rendaient compte à personne (puisqu’on les considérait comme des dieux). Et c’est dans ce monde païen que résonne la parole de Jésus, comme un coup de tonnerre : « Celui qui veut devenir grand sera serviteur ! ». Depuis, même si l’on a souvent oublié l’Évangile, on a heureusement conservé cette idée : l’homme de pouvoir doit être serviteur. Ce que nous enseigne le Christ, c’est qu’il n’y a pas de pouvoir absolu : au-dessus d’un Empereur (ou d’un Président !), il y a un Roi plus grand, Quelqu’un qui règne sur le monde : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Les hommes de pouvoir n’ont pas le droit de se croire eux-mêmes l’alpha et l’oméga… car ils seront jugés, non sur leur richesse ou leur puissance, mais sur la manière dont ils ont exercé le service des hommes.

Oui, c’est bien le service qui fait grandir, car l’homme participe ainsi au service de Jésus, « venu non pour être servi, mais pour servir ». Pensons au Pape, qui a voulu que ce service soit son plus beau titre, celui de « Serviteur des serviteurs de Dieu » (depuis le pape saint Grégoire 590-604). Notre mission de chrétiens, à la suite du Christ, est exactement celle-ci : être serviteurs de nos frères, pour les aider à mieux vivre eux-mêmes leur vocation d’enfants de Dieu.
En attendant que Jésus revienne dans la Gloire, Jacques et Jean ont pensé qu’ils devaient assurer leur ambition en demandant des places d’honneur… Pour nous, en attendant le retour de Jésus, notre seule ambition doit être de faire comme Jésus a fait, en servant nos frères. Lui-même a servi les hommes dans toutes leurs dimensions : Il a nourri les foules, Il a guéri les malades, et Il a annoncé le Royaume de Dieu. L’homme n’a pas besoin seulement de pain ni de santé, il a aussi besoin de foi et d’espérance. Notre mission de service, elle aussi, ne sera pas complète si nous nous limitons à “faire de l’humanitaire” ; nos frères attendent une parole et un témoignage qui donnent un sens à leur vie. C’est pour cela que le service est une mission, car tout service participe déjà à la mission de Jésus, à l’annonce de l’Évangile. Nous inscrire nous-mêmes dans ce service, c’est être prêts à témoigner du Christ par l’action, et aussi par la parole.

Jésus n’a pas recherché les honneurs, même si les foules l’acclamaient comme Roi ; Il a voulu aller jusqu’au bout du service. D’abord, Il a partagé notre condition humaine ; comme nous venons de l’entendre dans la Lettre aux Hébreux, Il a « compati à nos faiblesses », Il a été « éprouvé à notre ressemblance ». Il s’est fait le serviteur des hommes en les réconciliant avec le Père ; et pour cela, Il a tout donné. C’est le modèle essentiel pour nous : il n’y a qu’en Jésus que nous pourrons à notre tour servir les hommes, de manière entièrement gratuite et désintéressée. Il reste toujours en nous un désir de pouvoir, de domination ; mais en nous faisant les serviteurs de Dieu, nous devenons avec joie serviteurs des hommes. « Celui qui veut devenir grand – à l’image de Jésus –, qu’il se fasse serviteur ! »

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Vingt-cinquième dimanche du Temps Ordinaire — La Passion du Christ, critère de conversion

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Entre dimanche dernier et aujourd’hui, ce sont deux annonces de la Passion que nous avons entendues. Jésus révèle deux fois de suite quelle sera la suite de sa mission sur terre : ses souffrances, sa mort et sa Résurrection. Dans l’Évangile de saint Marc que nous lisons, il y a quelques paragraphes de séparation entre les deux ; mais l’Église nous fait entendre ces paroles à la suite, comme pour insister sur cet événement, le Mystère pascal de Jésus qui est si essentiel dans sa vie. La Passion du Christ n’est pas un “accident” dans la mission de Jésus, comme si, après une vie de succès et de célébrité, il y avait eu une fin un peu ratée, qu’il vaudrait mieux oublier… Non : la Passion est annoncée par Jésus, elle est racontée avec précision dans les quatre évangiles, parce qu’on ne comprend rien à Jésus si on enlève sa mort et sa Résurrection.

C’est bien la Passion, et la Résurrection, qui donnent tout leur sens à la vie et à la mission de Jésus parmi nous : tout l’Évangile est orienté vers ces événements. Et ce n’est pas un hasard si les annonces de la Passion sont en général mal reçues par les Apôtres : car c’est le point essentiel où les disciples de Jésus vont devoir se convertir. Dimanche dernier, après l’annonce de la Passion, saint Pierre se met à faire des reproches à Jésus, car il ne comprend pas ; et aujourd’hui, ce sont les Apôtres, qui eux non plus ne comprennent tellement rien à l’annonce de Jésus, qu’ils commencent à se faire entre eux des petites jalousies ! Les paroles de Jésus sur ses souffrances et sur sa mort, arrivent juste à temps pour obliger les disciples à se convertir, à changer leur manière de penser, à remettre en cause leur égoïsme.
La Passion est le fait principal qui nous pousse à la conversion (et c’est d’ailleurs tout le sens du Carême chaque année). Devant Jésus souffrant, Jésus sur la Croix, nous sentons bien que nos petits arrangements, nos égoïsmes, notre estime de nous-mêmes, nos systèmes de valeurs et nos jalousies, ne pèsent pas bien lourd. Se convertir, c’est prendre au sérieux les paroles de Jésus, et Le suivre jusqu’à la Croix. Alors que pouvons-nous convertir dans nos vies ? Qu’avons-nous à remettre en cause, comme les disciples, pour être capables d’entrer pleinement dans la foi en Jésus mort et ressuscité ?

• La Passion de Jésus doit nous remettre en question, sans quoi elle ne sert à rien. Et d’abord, remettre en question, purifier notre vision de Dieu. Qui est Dieu pour nous ? Un Dieu qui nous donne des commandements, un Dieu qui nous empêche d’être libres ? Ou bien un Dieu qui ne veut régner que par le don et l’Amour, un Dieu qui veut uniquement notre bien ? Jésus nous appelle à vivre pour l’éternité dans l’Amour, et pour cela Il montre jusqu’où peut aller l’Amour. Si nous laissons de côté la Passion, cela signifie que nous ne sommes pas encore libérés en Jésus : Dieu nous semble encore trop éloigné pour nous aimer vraiment.
• Ensuite, la Passion doit aussi remettre en cause notre vision de nous-mêmes. Qu’est-ce qui nous permettra de devenir pleinement nous-mêmes ? Est-ce le plaisir individuel, le “développement personnel” et le bien-être ? Jésus dans sa Passion, nous montre que la perfection de notre vocation d’homme, c’est d’aimer jusqu’au bout. À son exemple, nous vivons la joie la plus grande dans le don de nous-mêmes. C’est cela notre vocation ultime ; elle est marquée par la Croix, mais elle est le vrai chemin de bonheur. Jésus le disait dimanche dernier : « Celui qui renoncera à lui-même, qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile, la sauvera. »
• Enfin, la Passion du Christ nous invite à une remise en question radicale de nos relations humaines. Là encore, la valeur suprême que nous montre Jésus est le don de soi. L’Apôtre saint Jacques nous parlait tout à l’heure des convoitises, des guerres, des conflits… tout comme lui-même, avec les autres Apôtres, avait participé aux jalousies (« Qui est le plus grand ? »). Imiter Jésus, c’est renoncer à tout cela : Il s’est fait humble, silencieux face aux humiliations et aux souffrances ; Il est allé jusqu’à la confiance des enfants, dont Il nous donne l’exemple dans l’Évangile. À son école, nous pouvons aussi renoncer à l’orgueil et à la jalousie, qui causent tant de blessures à nos relations fraternelles.

Oui, la Passion est si importante parce qu’elle nous montre ce que signifie la conversion. Les vraies “valeurs chrétiennes” se dévoilent lorsque Jésus nous annonce sa Passion : le système de valeurs du monde (la puissance, la richesse, l’égoïsme) est inversé par la présence de l’Amour parmi nous. À nous de nous convertir en écoutant de tout notre cœur les paroles de Jésus !

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Fête de la Sainte Croix — Nécessité de la Croix

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette fête.

Le Fils de l’homme, Jésus, sera un signe devant tous les hommes ; Il sera élevé sur la Croix, et celui qui aura foi en Lui obtiendra la Vie éternelle. Voilà qu’en cette fête de la Sainte Croix, l’Évangile nous rappelle l’essentiel de notre foi. La mission de Jésus parmi nous trouve son aboutissement, son accomplissement, dans le grand Mystère de la souffrance, de la Croix et de la Résurrection. « Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour que par Lui, le monde soit sauvé » : et c’est par la Croix que le salut du monde a été accompli.
Tout à l’heure, nous avons médité ensemble sur les diverses représentations de la Croix dans l’histoire chrétienne. Les représentations sont variées, les images sont nombreuses, mais il y a une seule Croix, et cette Croix est présente devant les yeux des chrétiens depuis le début. La Croix est essentielle à notre foi : un chrétien sans la Croix, c’est un chrétien incomplet ! Nous avons la tentation récurrente de nous faire une petite foi à notre image, pas trop dure à comprendre… et on évacue le Mystère de la Croix. C’est cela que le Pape appelle la « mondanité spirituelle », c’est-à-dire une déviation de l’Évangile pour le rendre plus “sympa”, plus “à la page”. Mais un Évangile sans la Croix, qui dirait la même chose que tout le monde, deviendrait inutile et serait vite oublié !

Nous ne pouvons donc pas être chrétiens sans la Croix de Jésus. Et pourtant, la Croix n’est pas très attirante. Pourquoi être chrétiens, pourquoi devenir disciples d’un Messie crucifié ? Et peut-être plus encore, nous qui sommes aujourd’hui à Parménie : quelle drôle d’idée, d’avoir un Sanctuaire tout entier consacré à cette Croix ! Pourquoi ce Sanctuaire, ce lieu où la Croix est si présente, attire-t-il tant de pèlerins depuis huit siècles, au point d’avoir créé la foire de Beaucroissant ? (laquelle a malheureusement oublié les raisons de sa naissance…) Qu’est-ce qui attire les hommes vers cette colline, et vers la Croix ?
Certains disent que vénérer la Croix, c’est avoir le culte de la souffrance ; et du coup, qu’il vaudrait mieux ne plus en parler. Mais pour nous, il ne s’agit pas de rechercher la souffrance ; au contraire, devant la Croix nous reconnaissons notre misère, notre souffrance. Le monde réel n’est pas celui de la télévision, où l’on essaie de cacher la misère et la mort. Oui, il y a de la souffrance dans le monde, elle touche tous les hommes, et nous la connaissons : elle est autour de nous, dans nos familles. Dans la vraie vie, tout n’est pas toujours « bien qui finit bien » ! C’est pourquoi la Croix est indispensable. Si nous faisons une démarche d’honnêteté intérieure, de vérité, nous ne pouvons que comprendre le sens de la Croix. La Croix n’est pas d’abord le signe de la souffrance : elle est surtout le signe de l’Amour infini du Seigneur. Toutes les misères qui nous touchent plus ou moins secrètement, Jésus a voulu les vivre avant nous, et pour nous. C’est pourquoi l’Évangile nous présente le Christ crucifié « élevé de terre », pour être un signe devant tous les hommes (avec l’analogie un peu surprenante dans l’Ancien Testament de l’histoire du serpent de bronze, lue dans la première lecture).

Pour nous chrétiens, la Croix est donc la réponse de Dieu au mal. Sans la Croix, l’homme serait solitaire et sans secours dans un monde hostile. Sans la Croix, quelle serait la réponse du Seigneur face au mal ? Est-ce que nous pourrions croire en un Dieu qui nous dirait avec désinvolture, du haut du Ciel : « un peu de patience, supporte tes souffrances un moment et tu auras ta récompense » ?
Ce qui nous attire finalement dans la Croix, c’est la certitude que Dieu nous accompagne, et qu’Il est proche de tout ce que nous vivons. Les pèlerins sont attirés par le sanctuaire de la Sainte Croix, car ils peuvent se dire : « Là-haut à Parménie, tu trouveras le signe de l’Amour de Dieu qui t’accompagne, l’Amour qui donne un sens à ta vie ». Et plus largement, nous chrétiens, nous paroissiens de la Sainte-Croix, nous avons à montrer nous-mêmes le signe de la Croix à nos frères, en témoignant de cette présence de Jésus crucifié dans nos vies.

« Dieu a tant aimé le monde, nous dit l’Évangile, qu’Il a envoyé son Fils unique… pour que par Lui, le monde soit sauvé ». La base de notre foi, c’est l’Incarnation du Fils de Dieu, et la Croix montre que l’Incarnation est allée jusqu’au bout. Jésus n’a pas pris notre nature humaine juste pour nous rendre une visite ou faire une promenade sur la Terre : Il a voulu aller jusqu’à la Croix, jusqu’au plus profond de notre misère, afin d’y mettre sa Miséricorde infinie. « C’est pourquoi Dieu l’a exalté », nous dit saint Paul (deuxième lecture) : la Croix est en même temps le signe de l’Amour, et le signe de la Victoire sur le mal. « Au nom de Jésus – devant la Croix –, que tout homme tombe à genoux ! »