Homélies

Paroisse Sainte-Croix

Les homélies du dimanche

Voir aussi les homélies sur la paroisse Saint-Thomas de Rochebrune en cliquant ci-dessous.

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Dix-huitième dimanche du Temps Ordinaire — Un monde de gratuité

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Au cours des discours que nous avons entendus les dimanches précédents, le Seigneur Jésus montrait son souci d’être très clair, très concret : Il parlait un langage que tout le monde pouvait comprendre (semences, moissons…). Peu de temps après, Il revient dans son pays natal, et accomplit des signes qui sont tout aussi clairs et concrets. Il y aura des guérisons, et pour l’instant il y a ce signe très éloquent qu’est la multiplication des pains – un signe qu’il reproduira au moins deux fois, et qui est rapporté dans tous les Évangiles. Le Seigneur s’inscrit dans l’histoire biblique, à la suite de l’épisode de la manne dans le désert ; Il veut rassasier les hommes, Il ne se résout pas à voir ses frères mourir de faim. L’Évangile nous dit qu’Il est « saisi de compassion envers eux » : nous voyons à l’œuvre le Cœur de Dieu, qui déborde d’amour pour les hommes.

Le désir le plus profond de Dieu, la raison pour laquelle Il nous a envoyé son Fils, c’est de pouvoir répondre à notre soif et à notre faim. L’homme s’était égaré loin des chemins de l’Amour : Dieu vient nous y ramener en nourrissant notre cœur, en nous comblant de l’abondance de ses bénédictions. Tout ce qu’Il nous demande, c’est de nous laisser rassasier par ses dons.
L’abondance et la générosité, ce sont des choses qui ne nous sont guère familières dans le monde actuel. La plupart de nos contemporains s’inquiètent à cause des préoccupations quotidiennes : comment payer le loyer, l’électricité ; comment acheter de quoi manger, prévoir des vacances, boucler la fin du mois. Dans notre monde, rien n’est gratuit, tout est compté, les choses sont chères : c’est une époque sans pitié ! Nous avons entendu dans la première lecture [prophète Isaïe] : « Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer » : cela nous a sans doute un peu fait rêver, car les biens de consommation ne sont pas gratuits ! Notre société est celle de l’abondance, les biens matériels sont en théorie à disposition de tous, mais il faut avoir assez de richesse pour les acquérir. Et ce n’est pas le cas de tout le monde : pensons par exemple à la période de Noël, où les magasins débordent de choses, mais où finalement bien peu de familles peuvent se les procurer. Dans un monde de richesses apparentes, ne pas avoir assez de biens, c’est être mis à l’écart, exclu de la communauté.

C’est pourquoi il est tellement important d’expérimenter la gratuité, l’amour qui ne demande rien. Seul le Seigneur donne avec abondance, gratuitement, sans exiger de contrepartie. Devant Lui, nous sommes tous pauvres, nous ne pouvons rien promettre au Seigneur en échange de ses dons ! Il veut nous combler gracieusement, spontanément, quelles que soient nos pauvretés. Il fait toujours le premier pas ; et plus nous sommes pauvres, plus Il se fait proche de nous. Ce sont des choses à se rappeler actuellement, surtout avec les réflexions autour de la “fin de vie”. On nous parle de “dignité”, mais notre dignité vient de l’Amour de Dieu, cet Amour généreux qui nous crée : personne ne peut perdre sa dignité, même dans la maladie et la souffrance. Si nous oublions cela, nous construisons un monde où l’on sera jugé sur son utilité, et où une personne pourra être considérée comme “inutile”…
À notre époque impitoyable où rien n’est gratuit, chacun de nous a donc besoin d’être aimé gratuitement, avec générosité, sans condition. Quand Jésus a fini de nourrir la foule, il reste « douze paniers pleins » : Il a nourri tout le monde, les riches, les pauvres, les grands et les petits. L’abondance du don de Dieu dépasse tout ce qu’on peut imaginer !

Enfin, dans la deuxième lecture, saint Paul, chantait aux chrétiens de Rome l’abondance des dons de Dieu. « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution ? Non, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ ». Rien ne peut nous séparer de l’Amour de Dieu, parce que cet Amour est sans limites. Si l’on pouvait mettre des limites à la Miséricorde divine, si cet Amour dépendait de notre réponse ou de nos capacités, il ne serait pas infini, et nous pourrions demeurer à l’écart de ce don. Mais non, rien ne peut nous en séparer, puisqu’il est donné gratuitement dans la mesure où nous l’accueillons : nous n’avons qu’à manger et être rassasiés par le pain de Dieu.

À l’exemple du Seigneur, à nous de mettre dans notre vie la gratuité de son Amour. Sachons aimer gratuitement ; sachons prier gratuitement, prendre du temps pour le Seigneur sans compter. Sachons aussi chanter gratuitement, offrir à nos frères des espaces de gratuité et de beauté dans nos églises. Tout est payant, tout est cher… sauf l’Amour de Dieu manifesté aux hommes !

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Onzième dimanche du Temps Ordinaire — Les envoyés

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Jésus appela ses douze disciples, et les envoya en mission » ; en ce dimanche, c’est la figure de l’Apôtre, de l’envoyé, qui nous est présentée dans l’Évangile. Nous avons tous reçu la foi par des envoyés du Seigneur, qui se sont succédé depuis les Apôtres jusqu’à nos évêques et prêtres d’aujourd’hui. C’est donc une bonne occasion de méditer à nouveau sur ce sujet, en ce jour où nous marquons le départ d’une équipe de prêtres de la paroisse, et où nous préparons l’arrivée d’une nouvelle équipe. Quelle est la mission du prêtre, du pasteur, dans une communauté chrétienne ? Qu’est-ce qu’il peut faire, qu’est-ce qu’il ne peut pas faire… et est-ce que d’autres peuvent accomplir la même mission ? Le prêtre est-il vraiment indispensable, surtout à notre époque où le manque de vocations devient aigu dans nos diocèses ?

Pour commencer, la première lecture de ce jour [Livre de l’Exode] nous a donné un beau résumé de la mission des envoyés, à travers la figure de Moïse. Quelle est la mission de Moïse ? D’abord, transmettre la Parole de Dieu tel qu’il l’a reçue. Et cette Parole porte un double appel : un appel à la gratitude, et un appel à la conversion. Le peuple doit d’abord rendre grâces : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle » ; et il doit se convertir au Seigneur : « Écoutez ma voix, gardez mon alliance ».
Cet appel résonne depuis le début parmi les croyants ; mais dans le Christ Jésus, il vient toucher l’homme au plus profond de son cœur. Le grand mystère, c’est que Dieu soit venu en personne parler aux hommes. Jésus a partagé notre nature humaine, avec sa faiblesse, pour nous donner Lui-même la grâce du Salut ; et Il a envoyé des personnes très humaines, avec leurs difficultés, leurs fragilités et même leurs péchés, pour relayer cet appel. Dans l’Évangile, nous avons entendu la liste des douze Apôtres, et nous les connaissons : Pierre l’impulsif, qui reniera son Maître ; Matthieu le publicain, méprisé par tout le monde ; Judas le traître, qui finira dans le désespoir… C’est pourtant bien à eux que le Seigneur confie son Évangile et son Église. Il les charge de cette même mission : conduire les hommes à la connaissance de Dieu, à l’action de grâces et à la conversion. Et pour cela, Il leur donne un pouvoir qui les dépasse complètement : « le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie ». Ils accompliront des guérisons, tout en annonçant que « le royaume des Cieux est tout proche ».

C’est ainsi que se crée le ministère, c’est-à-dire le service des envoyés auprès du peuple de Dieu. Ils n’auront pas d’autre mission que celles-ci : annoncer le royaume des Cieux et guérir les hommes par la grâce des sacrements. Saint Paul rappelait tout à l’heure aux chrétiens de Rome que le Christ était mort pour nous, qu’Il nous avait délivrés du péché : « Le sang du Christ nous a fait devenir des justes, nous sommes sauvés par lui, réconciliés avec Dieu ». Ce même sang du Christ, avec son Corps, nous le recevons dans l’Eucharistie ; et nous continuons, par le ministère des envoyés, à être sauvés du mal et de la mort. La mission est toujours assurée, à la suite des Apôtres, lorsque l’Évangile nous est annoncé et que les Sacrements sont célébrés ; afin que la force du don de Dieu continue à être transmise aux hommes, qu’ils soient guéris, pardonnés, sanctifiés, mis en chemin vers le royaume des Cieux. Telle est la mission essentielle de l’Église, et de ses serviteurs dans le monde : et c’est cette mission que les prêtres accomplissent de leur mieux, ceux qui partent comme ceux qui arrivent dans notre paroisse.

Dans nos communautés chrétiennes, nous nous connaissons bien : nous savons que les envoyés d’aujourd’hui ne sont pas plus parfaits que ne l’étaient Pierre, Matthieu et même Judas ! Mais ils ont une qualité essentielle : celle d’être envoyés. Dans l’Église, on ne s’improvise pas maître, chef ou gourou : une garantie essentielle que nos pasteurs sont authentiques, c’est que leur mission leur est donnée par l’Église, épouse du Christ. Les prêtres sont nommés par l’évêque (et lui-même, bien sûr, est nommé par le Pape !), tout comme les Apôtres ont été envoyés par le Christ. Et c’est le signe qu’ils ne viennent pas pour dominer en leur propre nom, mais pour conduire les chrétiens au nom du Christ. Ils ont donc la double mission de l’Évangile et de la sanctification ; et aussi la troisième mission, celle d’être bergers, guides, responsables. Non pas par leur propre autorité, mais par l’autorité du Christ ; c’est Lui qui a versé son sang pour réunir les enfants de Dieu.
Que le Seigneur nous guide donc à travers nos pasteurs, ceux qui partent et ceux qui arrivent ! Accueillons leur ministère ; et comme le disait Moïse au peuple d’Israël, apprenons à rendre grâces pour le chemin déjà accompli, et à nous convertir pour le chemin encore à parcourir.

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Fête du Saint-Sacrement — Confiance en Dieu qui nous donne la vie

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette fête.

« Le pain que je donnerai, c’est ma chair », dit Jésus ; ces paroles sont étonnantes, et les auditeurs se querellent à leur sujet. « Comment un homme pourrait-il donner sa chair à manger ? » Jésus nous donne son Corps, et ce Corps nous fait vivre : c’est ce que nous vivons à chaque Eucharistie. Mais ce n’est pas un symbole, ni une image : Jésus parle de la réalité. Ce que nous célébrons, ce que nous recevons, c’est bel et bien son Corps réel, le même Corps que ses Apôtres ont vu après la Résurrection, qu’ils ont pu toucher comme saint Thomas. Encore une fois, l’Évangile vient bousculer nos certitudes ! Nous pensions que Dieu est au Ciel, que nous sommes sur la terre, et que les deux mondes ne se rencontraient pas ? Voici que Dieu vient nous visiter, qu’Il se fait l’un de nous, qu’Il partage notre humanité, et que son Corps nous donne la Vie de Dieu. Telle est notre foi, et aujourd’hui comme hier, cette foi est signe de contradiction : certains l’accueillent, et d’autres la rejettent.

Il s’agit donc d’abord d’avoir confiance. Quand nous parlons de foi – particulièrement en ce jour de profession de foi –, nous parlons d’une relation entre Dieu et nous : une relation de confiance. Dieu nous parle, Il nous enseigne dans l’Évangile : et si nous avons confiance, nous pouvons accueillir ses paroles. Pour certains, la foi est une sorte de “grand magasin” : on choisit ce qu’on veut, on croit ce qu’on veut, et on refuse d’autres choses parce que cela ne nous convient pas. Mais est-ce qu’on aime vraiment quelqu’un si on l’accueille à moitié ? Proclamer la foi de l’Église, la foi des chrétiens (le Credo), c’est faire entièrement confiance à Celui qui nous l’a transmise. Si Jésus nous parle de son Corps et de son Sang, s’Il nous promet la Résurrection et la Vie éternelle, nous savons que ce ne sont pas des paroles en l’air : c’est son projet d’Amour, c’est notre vocation, et c’est notre foi.
À dire vrai, cette foi ne sort pas de nulle part : nous sommes les héritiers de la foi d’Israël, nous recevons l’exemple de la confiance des prophètes et des croyants. Dans l’Ancien Testament, Dieu se fait connaître : Il rappelle sans cesse qu’Il habite au milieu de son peuple, qu’Il veut se réconcilier avec les hommes et les conduire au bonheur. La relation entre Dieu et Israël n’a rien à voir avec les religions païennes de l’ancien temps : c’est une relation d’amour, d’intimité, de connaissance mutuelle. Nous avons entendu cela par la voix de Moïse dans la première lecture [Livre du Deutéronome]. Dans le désert, le peuple en exode souffre : il passe par la pauvreté, la faim. Pourquoi traverse-t-il ces épreuves ? Pour qu’il puisse comprendre, comme le dit Moïse, que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur », et qu’il « n’oublie pas le Seigneur son Dieu ». Quand toutes nos sécurités s’effondrent, quand nous nous sentons désarmés, il ne reste que la Miséricorde du Seigneur pour nous faire vivre. Avoir foi en Lui, c’est vivre une confiance au-delà des difficultés et des doutes ; et avec le Seigneur, nous recevons une nouvelle richesse, une sécurité qui dépasse nos certitudes.

C’est donc cette confiance qui doit nous guider chaque jour : la fête du Corps et du Sang du Seigneur nous aide à faire grandir notre confiance en Lui. À Moïse Il avait promis d’habiter au milieu de son peuple ; et voici que cette promesse s’accomplit en Jésus, puisque le Corps du Seigneur habite au milieu de nous. Celui que les Apôtres ont reconnu comme le Seigneur ressuscité, nous Le reconnaissons ici, pendant la Messe : Il vient nous nourrir de sa présence et de son Amour. Et ainsi, lorsque Dieu entre dans notre cœur, nous entrons dans la Vie de Dieu. Notre vocation n’est pas de vivre chacun de son côté, en essayant de nous débrouiller tout seuls ! Dieu nous appelle à vivre de Lui, à dépendre de Lui comme deux amoureux dépendent l’un de l’autre. Les Hébreux dans le désert avaient compris que sans Dieu, ils étaient perdus : nous avons, nous aussi, à faire cette expérience. Si nous ne sommes pas nourris par le Christ, si nous ne recevons pas son Corps ressuscité, notre vie n’a aucun sens.

L’Eucharistie contient la réponse à toutes nos questions, à tous nos doutes. Dans un monde divisé, nous trouvons l’unité par son Corps, comme l’écrivait saint Paul [deuxième lecture] : « La multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain ». L’Eucharistie nous nourrit, elle nous transmet l’Amour de Dieu, elle réconcilie Dieu et les hommes, et elle accomplit la paix entre les hommes. Faisons confiance au Seigneur ! Si nous avons foi en Lui, si nous acceptons de dépendre de son Amour, Il nous donne la vraie nourriture : son Corps et son Sang.

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Sixième dimanche de Pâques — Les témoins du Christ

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

À mesure que s’approche la grande fête de la Pentecôte, l’Église nous invite à nous préparer au don de l’Esprit Saint, en méditant sur les promesses de Jésus. Ces chapitres de l’Évangile selon saint Jean (14 à 17) sont les derniers enseignements que Jésus laisse à ses disciples. Il vient de célébrer la première Eucharistie, de laver les pieds de ses disciples. Il va partir pour la Croix, et Il promet aux Apôtres qu’Il ne les laissera pas seuls : « Le Père vous donnera l’Esprit de vérité ». À partir de la Pentecôte, la vie de l’Église est entièrement sous l’influence de l’Esprit de Dieu : c’est le sens profond du livre des Actes des Apôtres (que nous lisons en ce temps de Pâques). Les Apôtres ont reçu la mission de transmettre la foi, parmi les défis et les difficultés de leur époque : tout se fera sous la conduite de l’Esprit Saint, et toutes les réponses aux situations imprévues seront apportées par l’Esprit Saint.

Nous sommes les héritiers de cette évangélisation par l’Esprit, qui se continue depuis deux mille ans. Si l’Église a pu continuer fidèlement sa mission, rendre témoignage à l’Évangile, garder la Parole, célébrer les Sacrements, c’est parce que Jésus lui a promis son Esprit. L’Esprit Saint est le moteur de l’annonce de l’Évangile : Jésus Le présente comme le « Défenseur qui sera pour toujours avec vous », Celui qui habite le cœur des fidèles pour les rendre capables de vivre et de témoigner dans le Seigneur.
Chacun de nous, comme baptisé, reçoit la mission de témoigner : dans la deuxième lecture de ce dimanche, saint Pierre nous invitait à accomplir cette mission. Mais être témoin de l’Évangile, ce n’est pas essayer de “convaincre” les gens, comme on le fait dans une campagne électorale ! Ce que nous vivons comme chrétiens n’est pas une idéologie : c’est une transformation que le Seigneur opère en nous. Et parfois, il est difficile de parler de ce que nous avons vécu. La grâce de Dieu, c’est comme le vin des noces de Cana : il faut y avoir goûté, pour comprendre à quel point il est différent des vins habituels. On ne pourra jamais convaincre personne de croire en Jésus, seulement par des arguments extérieurs. C’est seulement en entrant dans l’Amour de Dieu, en ayant perçu l’action de l’Esprit Saint, qu’on peut comprendre ce qu’est la foi. En conséquence, ce qui nous est demandé, ce n’est pas de convaincre avec de belles paroles, mais d’être des témoins. Saint Pierre nous le dit avec force : « Soyez prêts à présenter une défense, devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ». Il s’agit tout simplement de montrer ce qui nous fait vivre : « rendre raison de l’espérance ». Et Pierre ajoute encore : « faites-le avec douceur et respect, avec une conscience droite » ; et même éventuellement, dit-il encore, face à des adversaires qui « disent du mal de vous », c’est-à-dire qui calomnient l’Évangile. Le témoin dans l’Esprit Saint est semblable au Seigneur Jésus : il témoigne avec douceur et conviction, et il peut aller jusqu’au bout du témoignage.

Tout ce qui nous est demandé, c’est de vivre en Église, et de ressentir profondément la présence de l’Esprit en nous ; et alors, nous pouvons rayonner auprès de nos frères pour être des témoins. Si chaque chrétien vit de l’Esprit Saint [avec la force donnée au Baptême], alors les hommes reconnaîtront la présence du Christ dans notre monde : une présence aimante, pacifiante, une présence qui donne la vie. De la même manière que les Apôtres ont rendu l’Église visible dans le monde de leur époque, nous pouvons témoigner en Église, de ce que le Seigneur fait pour nous. Nous pouvons « rendre raison de l’Espérance » : montrer que le Christ est vivant, qu’Il est vainqueur du mal et de la mort, et que « rien ne peut nous séparer de son Amour » [Rm 8,39].

Enfin, Jésus affirme que « le monde ne peut pas recevoir l’Esprit Saint », car il n’est pas encore entré dans la foi. C’est pourquoi le monde a besoin de rencontrer des témoins, des hommes et des femmes qui montrent Dieu à leurs frères. L’Évangile est transmis non seulement par des disciples et des enseignants, mais surtout par des personnes qui ressemblent à leur Maître, en vivant comme Lui dans la communion de l’Esprit Saint.
Rappelons pour terminer l’importance du sacrement de Confirmation, qui accomplit le Baptême par la plénitude de l’Esprit. Dans les Actes des Apôtres [première lecture], certains ont été baptisés mais n’ont pas reçu l’Esprit : « Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint ». Si nous n’avons pas encore reçu ce don de l’Esprit, cheminons vers la Confirmation ! Ainsi nous serons pleinement témoins de l’Espérance que donne le Seigneur.

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Cinquième dimanche de Pâques — Soyons un chemin vers Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Ce dialogue que nous venons d’entendre entre Jésus, Thomas et Philippe, c’est un passage de l’Évangile qui est souvent médité pendant les célébrations d’obsèques. Au moment où Jésus va passer de ce monde à son Père, au moment où s’approche la Croix, on perçoit que les disciples sont angoissés, effrayés par ce qui va se passer. La proximité de la mort leur fait peur, et Jésus le comprend : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé ». Il va donc leur donner des paroles de consolation, de réconfort (utiles face à la mort d’un proche) : « Croyez en moi, je pars vous préparer une place ; je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi ». Jésus va partir, l’épreuve est proche, mais la « maison du Père » va être ouverte à tous les croyants. En ce temps de Pâques, nous gardons notre regard tourné vers la Vie éternelle que le Christ nous a ouverte par sa Résurrection.

Ce sont donc des paroles de réconfort que nous avons entendues, mais plus encore : c’est surtout un appel à la foi et à la conversion. Nous ne pouvons pas nous orienter vers la Vie éternelle, ni participer à la Résurrection, si nous ne croyons pas en Jésus ressuscité. Notre monde s’égare et se perd loin de Dieu : beaucoup demandent, comme Thomas, « Comment pourrions-nous savoir le chemin ? ». Comment vivre dans la paix, sans être angoissés par le mal et la mort ? Jésus nous redit clairement que le seul chemin, c’est Lui – tout comme dimanche dernier, Il nous rappelait déjà qu’Il était, Lui, le seul Berger et la seule porte pour entrer dans la Vie. Il est l’unique chemin pour aller vers le Père, c’est-à-dire vers l’Éternité de Dieu.
Et Il ajoute autre chose, parce que Philippe semble encore avoir des doutes. Les Apôtres veulent voir le Père : et Jésus continue son enseignement. Non seulement Il est le seul chemin vers le Père, mais encore, c’est Lui qui rend présent le Père dans notre monde. « Celui qui m’a vu, a vu le Père », dit Jésus. Quand on a connu Jésus, quand on a fait sa rencontre, tout nous est donné : nous n’avons plus peur de l’inconnu, nous ne sommes plus dans l’ignorance de Dieu : celui qui voit Jésus, celui qui vit avec Jésus, a connu Dieu pleinement. Lorsque nous contemplons Jésus dans son humanité (comme les gens le faisaient sans le savoir il y a deux mille ans), nous contemplons Dieu Lui-même qui se donne à voir et à adorer. Le désir de Philippe est pleinement assouvi : il n’y a qu’à voir Jésus, pour voir son Père à l’œuvre dans le monde. Et nous qui voyons Jésus ressuscité dans les Sacrements, nous sommes face à face avec Dieu notre Père !

Ce qui est donc extraordinaire, c’est qu’en voyant une personne humaine, un homme comme les autres, les contemporains de Jésus aient pu contempler Dieu Lui-même. Depuis que Jésus s’est fait l’un de nous, l’homme porte en Lui la présence de Dieu. Déjà, la Genèse [1,27] nous enseignait que l’homme était fait « à l’image de Dieu » ; mais désormais il y a encore plus. L’homme ne porte plus seulement l’image de Dieu, mais aussi sa présence : comme enfants de Dieu à la suite de Jésus, nous pouvons rendre Dieu présent dans le monde, et accomplir les œuvres de Dieu. « Celui qui croit en moi, dit Jésus, fera les œuvres que je fais ».
Lorsque Jésus nous dit qu’Il est le « chemin », c’est aussi vrai pour nous : nous pouvons être des chemins vers Dieu pour nos frères. Est-ce vrai ? Avons-nous conscience de cette mission qui nous est confiée : être les routes par lesquelles nos proches peuvent rencontrer Dieu ? C’est une lourde responsabilité : montrer par tout ce que nous faisons, que nous sommes habités par la présence de Dieu. Par exemple, dans la première lecture [Actes des Apôtres], la première communauté chrétienne est appelée non seulement « à la prière et au service de la Parole », mais aussi au « service des tables » : et les sept hommes (Étienne et ses compagnons, les premiers “diacres”) reçoivent la mission d’être ceux par qui Dieu montre au monde son Amour infini. En se faisant serviteurs des plus pauvres, ils deviennent eux aussi des chemins pour que l’homme rencontre Dieu, pour qu’il puisse Le contempler, tout comme les contemporains de Jésus pouvaient voir Dieu en Lui.

Saint Pierre, dans la deuxième lecture, nous rappelait encore que nous sommes des « pierres vivantes », qui forment la demeure spirituelle où Dieu est adoré. Ensemble, dans notre communauté, nous construisons ce Temple, pour que l’Amour de Dieu soit visible aux yeux de tous. Si Jésus est ressuscité, nous ne pouvons pas garder pour nous cette Bonne Nouvelle ! Comme les Apôtres, suivons-Le, ressuscitons avec Lui, manifestons au monde la force de la Résurrection. Que notre foi et notre joie soient des chemins pour que nos frères, à leur tour, voient le Père, Le connaissent et deviennent enfants de Dieu.

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Deuxième dimanche de Pâques — L'irruption de la Miséricorde dans notre monde

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

C’était « huit jours plus tard », nous dit l’Évangile : nous sommes parvenus à la fin de cette octave pascale, c’est-à-dire la semaine qui suit la fête de la Résurrection. Et au cours de cette semaine, nous avons reçu chaque jour un reflet de la joie de la Résurrection. Depuis dimanche dernier, il a été important de méditer toujours mieux sur la Résurrection : de comprendre comment cette Victoire du Seigneur sur la mort a été nécessaire, pour tous les combats que nous avons à mener, contre notre égoïsme, contre le désespoir, contre la violence et les conflits. Cet événement de la Résurrection, c’est l’irruption de la Grâce de Dieu dans un monde où la mort semblait l’emporter. Tout espoir avait l’air perdu ; le mal, l’injustice dominaient, et voilà que le Seigneur a vaincu tout cela en triomphant de la mort. Au cours de cette semaine, mais plus largement pendant le temps pascal, et même chaque jour de notre vie, nous avons à méditer sur les enjeux de cet événement. Qu’est-ce que la Résurrection a changé pour nous ? Et plus précisément, pour les néophytes (nombreux) qui ont reçu le Baptême à Pâques, qu’est-ce qui a été renouvelé dans leur vie ? Qu’est-ce qui changera en eux – à part la joie un peu éphémère d’avoir reçu un Sacrement qu’on préparait depuis longtemps ?

Nous le savons, depuis le saint Pape Jean-Paul II (et les révélations faites à sainte Faustine), ce dimanche après Pâques est aussi le dimanche de la Miséricorde divine. On ne voit pas directement le lien entre la Résurrection et la Miséricorde de Dieu ; surtout qu’on apprécie parfois difficilement ce qu’est vraiment la Miséricorde, qui a une dimension plus large qu’un simple pardon.
Dieu est Amour, dit saint Jean [1Jn 4,8] : la Miséricorde, c’est le don de Dieu Amour qui transforme le monde à son image, qui permet au cœur humain de vivre de l’Amour de Dieu. La Résurrection est l’irruption de la Vie de Dieu dans un monde voué à la mort ; la Miséricorde, elle, est l’irruption de l’Amour de Dieu dans un monde froid, dur et égoïste. L’homme ne peut pas se sauver lui-même de la mort, et c’est pourquoi Dieu a envoyé son Fils ; l’homme ne peut pas non plus se sauver lui-même de la violence, et c’est pourquoi Dieu donne sa Miséricorde. Dans la première lecture – ce beau livre des Actes des Apôtres que nous écoutons après Pâques –, nous assistons aux premiers épisodes de la vie de la communauté chrétienne : « Les croyants avaient tout en commun ; d’un même cœur, ils louaient Dieu. Ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur, et avaient la faveur du peuple ». Le partage, la générosité, l’entraide, ne viennent pas du “bon cœur” des premiers chrétiens, mais d’une nouvelle grâce : la victoire du Seigneur sur le mort. Si l’Amour est sorti vivant du tombeau, alors rien n’est impossible : l’homme est délivré du mal et de l’égoïsme, il peut désormais se laisser guider par la Miséricorde. La communauté chrétienne des Apôtres, la première Église, c’est le lieu où agit la Miséricorde de Dieu de manière visible, par la charité, la sollicitude et la joie qui y règnent.

L’Évangile de ce jour commence par un épisode qui se passe le soir de Pâques. Jésus apparaît à ses disciples (sauf saint Thomas), et Il leur donne un don nouveau de l’Esprit Saint : le don de pardonner au Nom de Dieu : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ». C’est déjà un premier signe que la Miséricorde de Dieu va se répandre dans le monde, par les Apôtres envoyés en mission. L’Église est envoyée pour annoncer et pour étendre la Victoire du Christ sur la mort, sur le mal et le péché : elle partage cette Victoire pour la porter aux hommes. Il est essentiel pour nous de garder au cœur ce don fait à l’Église. Bien sûr, il y a les défauts et même les indignités de certains chrétiens, voire de certains hommes d’Église… mais au-delà de ce mal si douloureux, l’Église a reçu le rôle de témoignage, cette force donnée pour que personne ne soit tenu à l’écart de la Miséricorde de Dieu.
Quand nous avons célébré Pâques, nous avons accueilli la Victoire de Jésus, mais cette Victoire n’est pas une joie ponctuelle, comme une fête sans lendemain : par les Apôtres, par leur mission dans l’Église, nous recevons à notre tour les fruits de cet événement. Quand Jésus nous dit dans l’Eucharistie : « Faites cela en mémoire de moi », c’est toute notre vie qui est transformée. Tout ce que nous faisons, le moindre acte d’amour et de miséricorde, nous pouvons le faire « en mémoire du Seigneur », c’est-à-dire fortifiés par sa Résurrection.

Saint Thomas a voulu voir, et il a cru. À notre tour de voir, de discerner dans notre Église les fruits de la Résurrection, c’est-à-dire la Miséricorde ; et à nous de croire, de transmettre la foi et l’Espérance. L’Église que nous formons est témoin visible de la Miséricorde du Seigneur, pour que chacun puisse dire : « J’ai vu, et j’ai cru ! »

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Dimanche des Rameaux — La joie qui demeure

Avant de lire l’homélie, je peux lire le récit de la Passion selon saint Matthieu.

« Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Cette scène où le peuple acclame Jésus qui avance au milieu d’eux, c’est un moment magnifique de l’Évangile. La joie domine parmi les gens, parmi les disciples… et la joie doit certainement envahir le cœur de Jésus. Il est bon d’essayer d’entrer dans les sentiments de Jésus, dans son état d’esprit en ce jour des Rameaux. Nous L’avons vu pleurer son ami Lazare dimanche dernier : Il a un cœur d’homme, Il partage nos sentiments humains. Alors que ressent-il sur son petit âne, alors que tout le monde l’acclame ? Sans doute de la joie : il perçoit l’amitié de ceux qui l’entourent, le bonheur d’être tous rassemblés au long de ce chemin vers Jérusalem. Jésus a voulu chevaucher un petit âne pour accomplir la prophétie de Zacharie [9,9] qui est citée : « Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur un petit âne »… Il est donc accueilli comme c’était écrit : dans la joie, comme un prophète et même comme le roi d’Israël.

Cependant, puisque nous avons aussi entendu le récit de la Passion, nous savons bien que l’histoire ne s’arrête pas là. Si nous continuons le chapitre 21 de l’Évangile selon saint Matthieu, après l’entrée triomphale à Jérusalem, il se passe bien des choses ! D’abord, Jésus commence par aller au Temple pour en expulser les marchands : c’est bien sûr un geste très fort et spirituel, mais peut-être qu’après cela, Jésus n’est plus si populaire… Et puis ses paroles, ses paraboles qu’Il développe dans le même chapitre, sont particulièrement dures envers les pharisiens et les grands prêtres du Temple. Il n’hésite pas à leur affirmer : « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu ; car vous n’avez pas cru à la parole de Jean le Baptiste ». Et encore : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits ». Ces paroles mettent en fureur les pharisiens, qui ont bien compris qu’Il parlait d’eux.
Nous voyons donc qu’à Jérusalem, malgré son accueil extraordinaire, Jésus n’est pas reconnu comme Roi par tout le monde. Il se heurte à nouveau à l’opposition, à l’hostilité des autorités en place. Il est même peut-être davantage rejeté à Jérusalem qu’en Galilée, puisque Jérusalem est la ville du Temple, la ville de la Loi de Moïse. Il avait dit qu’un prophète ne devait pas mourir hors de Jérusalem [Luc 13,33] : dans six jours, à Jérusalem, Il sera crucifié.

C’est pourquoi, si l’on veut comprendre les sentiments de Jésus au jour des Rameaux, on devine que sa joie n’est pas une joie superficielle, ni le bonheur un peu orgueilleux de celui qui se sent reconnu. La joie de Jésus est réelle, mais elle ne dépend pas de sa célébrité ni des acclamations ! Dans l’Évangile de saint Jean, Il dira à ses disciples : « Que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète » [Jn 15,11]. Sa joie, jusque sur la Croix, c’est de savoir qu’Il achève sa mission, qu’Il accomplit le projet de son Père, et que tous les hommes sont réconciliés avec Dieu. Ce n’est pas une joie temporaire ni changeante : c’est une joie profonde, une adhésion de tout le cœur humain à l’Amour du Père. Et tout au long de la semaine Sainte, malgré la contradiction et la haine, Jésus demeurera dans cette joie.

Restons nous aussi dans cette joie véritable. Elle est plus profonde que l’exultation d’un moment : tout comme l’amour authentique est plus profond que le “coup de foudre” ! Ce n’est pas la joie d’être reconnu ou de nous sentir “mieux que les autres” : c’est la joie d’accomplir le projet de Dieu, de demeurer dans sa volonté aimante. Et en toutes circonstances, si nous avons au cœur la joie et l’amour, nous pourrons traverser les épreuves de la vie. Même si la Croix n’est jamais bien loin, notre foi nous conduit à la joie de la Résurrection : vraie et unique joie, joie de l’Éternité.

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Troisième dimanche de Carême — L'eau de la Vie

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour.

Ce récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine est un passage très riche de l’Évangile de saint Jean ; et nous l’écoutons comme une étape importante de notre chemin de Carême. C’est un usage très traditionnel, depuis les tout premiers siècles de l’Église, d’écouter cet Évangile le troisième dimanche de Carême ; tout comme le deuxième dimanche avec le récit de la Transfiguration. L’épisode de dimanche dernier nous faisait contempler la Lumière et la Gloire de Dieu ; ce dimanche nous permet de méditer sur un thème très présent dans toute l’Écriture, celui de l’eau. C’est un thème ancien car la Bible en parle dès le début ; mais l’eau est aussi un signe qui nous oriente vers le sacrement du Baptême. Nous savons que pour les premiers chrétiens, la Veillée de Pâques était non seulement la fête de la Résurrection du Christ, mais aussi l’unique moment de toute l’année où les baptêmes étaient célébrés : de nombreux fidèles entraient dans l’Église, étaient sauvés du péché par le Baptême. C’est pourquoi les dimanches de Carême nous parlent déjà de ce don du Seigneur à travers plusieurs signes. À notre époque – et même si les baptêmes sont aussi célébrés le reste de l’année –, la Nuit de Pâques redevient le moment des baptêmes d’adultes en grand nombre ! Cette année, 283 catéchumènes adultes seront baptisés à Pâques dans le diocèse de Grenoble-Vienne ; plus de 17.000 pour la France, et 14 pour nos paroisses (déjà 17 l’an dernier).

C’est pourquoi il faut bien prendre au sérieux l’Évangile de ce dimanche, où Jésus parle de l’eau qu’Il est venu apporter au monde : l’eau vive, l’eau qui guérit définitivement de la soif, l’eau qui « jaillit en vie éternelle ». C’est cette eau qui fait revivre, et qui va donner aux futurs baptisés la grâce de renaître avec Jésus ressuscité.
Même si nous ne souffrons pas de la sécheresse (et malgré les inondations récentes qui ont été catastrophiques), nous savons tout de même que l’eau est indispensable, qu’elle est source de vie. Elle fait germer, elle fait grandir chaque plante selon son espèce. Les nouveaux baptisés de l’Église sont traditionnellement appelés des “néophytes”, des nouvelles plantes ! Chacun des baptisés reçoit l’eau pour germer à une nouvelle vie, chacun “selon son espèce”, c’est-à-dire selon sa vocation : pour devenir de plus en plus ce qu’il est, pour accomplir sa propre vocation avec le don de Dieu : les jeunes pour grandir en amour et en sagesse, les pères et mères de famille pour être saints comme parents, comme époux… L’eau est donnée au Baptême pour renaître, et tout au long de la vie chrétienne pour grandir.

L’eau, c’est aussi une image de l’Esprit Saint qui renouvelle la Création. Ce n’est pas un don ponctuel, qui serait donné une fois pour toutes : c’est une grâce du Seigneur qui nous accompagne sans cesse. Dans la première lecture [Livre de l’Exode], nous assistons aux plaintes du peuple d’Israël, qui marche dans le désert et qui souffre de la soif. Le peuple a été libéré d’Égypte, il a vu de grandes choses ; mais il oublie la joie de sa libération, car il a soif. Être libéré du mal et de l’oppression, ce n’est jamais donné une fois pour toutes : il faut sans cesse recevoir l’eau de la vie, s’abreuver à la source de la délivrance, c’est-à-dire l’Esprit Saint. Dieu a donné la libération, et Il continue de donner l’eau avec générosité : mais si nous ne recevons pas cette eau, on a beau avoir vécu de grandes choses, tout cela ne conduit nulle part ! Pour les baptisés de Pâques, le don du Baptême ne sera pas une fin, mais un commencement : une vie à entretenir avec la Grâce de Dieu. [Et pour vous, qui allez vous marier, c’est la même chose ! Après le grand jour de votre mariage, si vous n’entretenez pas le don de Dieu par la prière et l’Amour, votre couple finira par mourir de soif…]

La rencontre de Jésus avec la femme de Samarie nous parle donc de cette eau qui jaillit dans le cœur des fidèles ; l’eau qui répond à toutes les soifs de l’homme ; l’eau que Jésus est venu répandre dans le monde entier [C’est pourquoi Il sort d’Israël pour aller en Samarie]. La scène se passe en plein midi, heure de soleil et de sécheresse, pour nous aider à nous rendre compte de la soif qu’il y a dans notre cœur. Et le point culminant de ce dialogue, c’est lorsque la Samaritaine parle de l’adoration. La première soif des hommes, c’est de connaître et d’adorer l’Amour de Dieu. Jésus répond : « Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père ». La soif que nous ressentons, c’est d’abord une soif de prière : la seule chose qui soit digne de la grandeur de l’homme, c’est de se tenir devant Dieu dans une attitude d’amour, d’adoration, de confiance.
Prions donc pour les catéchumènes, les futurs baptisés de Pâques. Qu’ils vivent dans l’Esprit Saint ; qu’ils soient toujours plus assoiffés de l’eau de la vie qu’ils vont recevoir ; et que leur exemple nous incite à raviver le don de notre Baptême.

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Sixième dimanche du Temps Ordinaire — Faire la Vérité

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Nous voici arrivés au dernier dimanche avant le Carême. Bien sûr, nous n’y sommes pas encore, et nous n’allons pas commencer le Carême par anticipation… Mais tout de même, pensons-y un peu ! car c’est un temps important qui s’ouvre devant nous, un temps d’écoute, un temps de réconciliation, un temps donné par le Seigneur pour revenir sur ses chemins. Si ce dimanche peut en quelque sorte nous introduire au Carême, c’est parce que les paroles que nous venons d’entendre nous appellent à vivre en vérité. Rejeter la colère et la convoitise comme nous y appelle Jésus, dire ‘oui’ ou ‘non’ avec clarté et franchise, c’est entrer dans une relation de vérité avec Dieu et avec nos frères. Et c’est ce que le Seigneur nous demande aujourd’hui de faire, non seulement en Carême mais dans toute notre vie.

Nous savons l’importance de la Vérité dans la foi au Christ. Bien sûr, il y a la parole de Jésus qui dit : « Je suis la Vérité » [Jn 14,6] : être disciple de Jésus, c’est rejeter le mensonge, pour se placer résolument, par nos pensées, nos paroles, nos actions, dans la Vérité. C’est-à-dire harmoniser pleinement toutes les dimensions de notre vie, sous le regard du Seigneur. Dans la première lecture de ce dimanche, le Sage nous invitait à faire un choix entre le bien et le mal, entre la vie et la mort, car « il voit tout, il connaît toutes les actions des hommes ». Nous sommes sous son regard, non pas un regard intrusif ou malveillant, mais un regard de sollicitude et d’amour qui ne veut que notre bien. Ce qui unifie notre vie, ce qui nous permet de faire nos choix en vérité, c’est la présence et l’Amour du Seigneur. Vivre en vérité, c’est accueillir en nous cet Amour, et agir uniquement par amour. Dès que nos décisions sont guidées par autre chose que par l’amour : contrainte, souci du regard des autres, ou orgueil, mensonge, désir de plaire… alors nous ne sommes plus dans la Vérité avec Dieu, et nous ne suivons plus notre vocation.

Cette Sagesse ancienne, Jésus lui donne une nouvelle dimension, puisqu’Il est Lui-même la Sagesse de Dieu. Dans les paroles de l’Évangile, Il nous donne quelques indications pour vivre pleinement dans la Vérité. Mais il faut faire attention à la manière dont nous lisons ces paroles ! Jésus n’est pas un maître de morale ni un philosophe : Il n’est pas venu nous donner des lois ou des préceptes : « Fais ceci, ne fais pas cela ». En réalité, Il nous dit ce que signifie être chrétiens, c’est-à-dire être transformés par le don de l’Esprit Saint, et vivre comme Lui-même a vécu sur terre, sous le regard d’Amour du Père. Ce qui conduit notre vie est désormais la Grâce de Dieu ; non plus une Loi extérieure (même très sage comme les dix Commandements) ; mais une Loi intérieure, la Loi de l’Esprit Saint. En écoutant l’Esprit qui parle dans notre cœur, nous pouvons pleinement vivre dans la Vérité, comme Jésus a vécu toute son existence humaine dans la Vérité.
De manière plus détaillée, que dit Jésus à ses disciples dans ce passage de l’Évangile selon saint Matthieu ? Il décrit une “charte” du comportement chrétien, donc la manière adéquate de vivre pour L’imiter, Lui Jésus. Il parle de la justice, qui dépasse « celle des scribes et des pharisiens », c’est-à-dire celle de la simple obéissance à une loi. Puis Il évoque la charité, qui dépasse la simple “non-violence” : il ne s’agit plus seulement d’éviter le meurtre, mais de changer notre cœur pour rejeter la haine et la colère. Ensuite, Jésus suggère la pureté d’intention, qui empêche la convoitise et les désirs mauvais. Enfin, Il explique comment faire pleinement la Vérité, en parole et par actions : ne pas ruser avec les serments, mais dire clairement ‘oui’ ou ‘non’ quand il le faut. Tout cela rappelle exactement le comportement de Jésus parmi nous.

Telle est donc la vérité de notre vocation, puisque nous sommes configurés au Christ par notre Baptême : à l’imitation de Jésus, être dans le monde des témoins de la Vérité de Dieu et de son Amour. Dans l’Évangile, on voit que la présence de Jésus guérit les malades, ressuscite les morts, réconcilie les ennemis, apaise les conflits… En Église, nous sommes appelés à la même mission : éclairer le monde par le don de l’Esprit Saint et la présence du Seigneur.
Autour de nous, il y a des injustices, des haines, des conflits, des convoitises ; il y a surtout le mensonge, qui est à la source de tout le malheur des hommes [Jn 8,44]. Seule la Vérité apportée par le Christ, transmise par les disciples du Christ, apporte une réponse à tout ce mal ; et surtout à la mort qui désespère les hommes. Apprenons – en ce Carême qui vient – à être des témoins crédibles du Christ qui a vaincu le mensonge : à ne vivre que dans la Vérité sous le regard de Dieu et des hommes.

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Cinquième dimanche du Temps Ordinaire — C'est Lui la vraie Lumière

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Heureux les doux, les miséricordieux, les persécutés », nous disait Jésus dimanche dernier (dans le passage qui précède les paroles que nous venons d’entendre). Et aujourd’hui, Il continue : non seulement vous serez « heureux » si vous laissez entrer dans votre vie l’Amour de Dieu ; mais encore, vous serez le « sel de la terre et la lumière du monde ». C’est-à-dire que votre vocation, c’est d’être tellement envahis par la présence du Seigneur, que vous pourrez rayonner comme des lumières dans le monde. Face aux ténèbres qui nous entourent, le Seigneur seul est la vraie Lumière ; mais Il nous donne sa lumière pour que nous puissions illuminer à notre tour.

Habituellement, Jésus dit plus volontiers « Je suis » que « Vous êtes ». « Je suis la Lumière du monde », dit-Il [Jn 8,12] ; Il est aussi le « pain de vie » [Jn 6,35] et encore « le chemin, la vérité, la vie » [Jn 14,6]. Mais dans cet Évangile, Il nous dit quelque chose de différent. Bien sûr, c’est toujours Lui la vraie Lumière et le sel du monde ; c’est Lui qui donne du relief, de la saveur à la vie des hommes. Sans Lui, tout serait fade, rien n’aurait de sens et nous n’aurions aucune Espérance. C’est Lui seul le Sauveur. Mais dans sa mission, Il entraîne avec Lui son Église : Il donne à l’Église sa Lumière, sa force, pour qu’elle soit signe de l’Évangile parmi les hommes. C’est donc une occasion pour nous de méditer sur l’Église que nous formons, et qui est par nature missionnaire : de la même manière que Jésus est venu sur terre pour illuminer les hommes et les sauver, l’Église est envoyée dans le monde entier pour transmettre cette Lumière de Dieu aux hommes.
Bien sûr, nous pouvons nous sentir bien faibles devant cette mission : comment pourrions-nous être des lumières pour nos frères, alors que nous avons déjà bien de la peine à accueillir dans nos vies la Lumière du Christ ? C’est ce que dit saint Paul quand il écrit aux chrétiens de Corinthe [deuxième lecture] : « Je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse ». Saint Paul n’est pas arrivé à Corinthe avec des recettes d’évangélisation, ni avec des “idées marketing” pour convaincre tout le monde : il était juste porteur de la Grâce du Christ, cette présence de l’Esprit Saint qui transforme les missionnaires. Et les gens ont vu que Paul n’était pas venu pour se mettre en avant : son seul but était de témoigner de « Jésus Christ, le Messie crucifié ». Être témoin de l’Évangile, c’est porter une lumière qui nous dépasse, qui n’est pas la nôtre mais celle du Christ. Quand Jésus dit : « Vous êtes la lumière du monde », Il nous répète qu’en fait c’est Lui la vraie Lumière ; et que nous pouvons participer à cette Lumière par notre manière d’être. Saint Paul n’a pas utilisé le « prestige du langage et de la sagesse », mais par sa pauvreté, par sa faiblesse, les Corinthiens ont compris que Dieu parlait à travers lui. Nous, baptisés, nous avons reçu cette même Lumière ; et nous pouvons la transmettre par notre comportement. En ce dimanche de la santé, par exemple, rappelons-nous l’importance de la visite aux malades, que Jésus nous recommande [Mt 25,36] : en allant rencontrer nos frères, même de manière très simple, nous apportons avec nous quelque chose de la Lumière du Christ – parfois sans nous en rendre compte !

C’est donc un rappel important que nous avons entendu dans cet Évangile : en Église, nous reflétons la Lumière du Christ. Ensemble, par notre amour fraternel, par notre témoignage, le monde perçoit la présence lumineuse du Sauveur. En priant ensemble, en célébrant les Sacrements, c’est toute notre manière d’être qui est transformée ; et plus nous recevons la Grâce du Seigneur, plus nous la diffusons autour de nous.
Dans la première lecture de ce dimanche, le prophète Isaïe faisait le lien entre la générosité des croyants et la présence du Seigneur : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille les pauvres […] Alors ta lumière jaillira ; si tu appelles, le Seigneur répondra ». C’est un thème qui revient souvent dans l’Ancien Testament : on n’apaise pas le Seigneur par des sacrifices ou par des actes de culte, mais d’abord en accueillant son Amour et ses commandements, en rejetant le mal et l’égoïsme, et en se préoccupant des plus pauvres. La « lumière » des croyants, c’est leur manière d’aimer, de donner, de partager ; et Dieu les récompense de leur générosité. C’est ainsi que parlaient les prophètes ; mais avec la venue du Christ dans l’Évangile, on va encore plus loin. Dieu ne m’aime pas parce que je fais le bien, mais c’est même le contraire : c’est parce que je reçois l’Amour de Dieu, que je peux faire le bien, aimer, être « lumière pour le monde ».

Quand nous écoutons les paroles de Jésus (« Vous êtes la lumière du monde »), nous comprenons donc qu’Il nous communique sa Lumière. Rendons grâce aujourd’hui pour notre Église : nous y avons reçu la lumière du baptême, et elle nous permet aujourd’hui de rayonner la lumière de l’Évangile au nom de Jésus. Que chacun de nos actes soit lumière pour nos frères !

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Deuxième dimanche du Temps Ordinaire — La profession de foi de Jean Baptiste

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

En ce début d’année, après les fêtes de Noël, nous reprenons le cycle des dimanches du « Temps Ordinaire » : c’est-à-dire la période où l’Église fait fructifier les dons qu’elle a reçus. Et nous commençons avec le premier témoignage qui est rendu à Jésus : c’est-à-dire celui de Jean le Baptiste. Tout au long de cette année, nous cheminerons avec cette même question : qui est Jésus, qui est le Fils de Dieu qui nous est envoyé et qui nous conduira cette année ? Nous apprendrons à L’écouter, à Le suivre, à Le prier pour qu’Il soit vraiment notre Sauveur ; et que nous méritions d’être appelés “chrétiens” (c’est-à-dire disciples du Christ). Nous avons contemplé sa naissance parmi nous, et Il va continuer de se manifester aux hommes : Il va annoncer le Royaume des Cieux, Il va se heurter au refus grandissant des pharisiens, et Il va être conduit à la Croix pour accomplir pleinement sa mission.

Ce que Jésus va réaliser a été annoncé par les prophètes : c’est la parole que nous avons entendue du prophète Isaïe [première lecture]. Face aux infidélités du peuple d’Israël, le Seigneur ne se résigne pas : Il promet d’envoyer un Sauveur, un Serviteur qui va « ramener Jacob, rassembler Israël ». Ce Serviteur de Dieu sera « la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ». Cette prophétie est accomplie par Jésus, qui ne s’adresse pas seulement au peuple d’Israël mais à toutes les nations. Pour nous, c’est une Espérance magnifique : quand nous avons l’impression que les ténèbres dominent le monde, l’Évangile nous rappelle que rien n’est jamais perdu, puisque le Seigneur est parmi nous.
Et voilà que Jean le Baptiste donne son témoignage, lui qui a été envoyé pour préparer les chemins du Seigneur. Dans l’Évangile selon saint Jean que nous avons entendu, ce témoignage est particulièrement détaillé, et nous pouvons méditer chacune des phrases prononcées par le Précurseur. C’est une véritable profession de foi que Jean Baptiste proclame, et qui nous permet de grandir dans notre propre foi.

Tout d’abord, Jean annonce que Jésus est l’« Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » : c’est une phrase connue que nous redisons à la Messe. L’Agneau, c’est la douceur du Seigneur ; et cet Agneau « porte sur Lui » le péché du monde. Il n’enlève pas le péché d’un coup d’éponge : Il choisit de porter sur ses épaules tout le poids du péché. La douceur de Dieu vient se manifester lorsque Jésus se fait à ce point solidaire de toute l’humanité, en souffrant avec nous (et même à notre place).
Ensuite, Jean proclame que l’homme qui vient après lui, en fait, le précède (« Avant moi il était »). Le Messie n’est pas un prophète comme les autres : Il est le Fils de Dieu, Il existe depuis l’Éternité. Celui qui nous est envoyé, c’est bien le Dieu Éternel qui nous sauve.
Puis Jean affirme encore : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe ». Ce qui se passe pendant le baptême de Jésus, c’est la manifestation de la Trinité, avec l’Esprit qui vient habiter Jésus ; et à travers ce don de l’Esprit, c’est tout le genre humain – chacun de nous – qui est appelé à être comblé du don de l’Esprit Saint.
Et enfin, Jean conclut avec sa profession de foi : « Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu ». Jean a tout vu : son témoignage est crédible, puisqu’il est témoin au plus proche de Jésus. Non seulement il a été envoyé au début pour rendre ce témoignage, mais maintenant, il sait que son témoignage est vrai, puisque ses yeux ont vu le Sauveur.

Au début de cette année, nous sommes donc accompagnés par cette profession de foi de Jean le Baptiste. Au temps de l’Avent, il y a quelques semaines, le témoignage de Jean était encore distant, il visait surtout à faire grandir notre Espérance dans le Sauveur ; mais maintenant, nous avons vu, avec Jean, l’accomplissement des promesses de Dieu. Est-ce que cette foi nous fera vraiment vivre au cours de cette année ? Croyons-nous de tout notre cœur en Jésus, Fils de Dieu, Sauveur ?
Le prophète Isaïe nous présentait cette figure du Serviteur du Seigneur, qui s’accomplit en Jésus ; à son exemple, nous pouvons devenir Serviteurs du Seigneur, pour être nous aussi témoins de sa lumière dans le monde. Dans la foi, nous pouvons dire comme Jean le Baptiste : « Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu ».

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Épiphanie du Seigneur — Le Christ pour tout et pour tous

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

Qui sont ces « mages venus d’Orient » ? L’Évangile ne nous en dit pas beaucoup sur eux. Ce sont des personnages mystérieux, venus de lieux éloignés ; comme les hommes des nations inconnues, ils sont en même temps redoutés et admirés. Ce sont des païens, ils ne connaissent pas Dieu ; mais en même temps, dans le langage biblique, l’Orient symbolise une grande sagesse, un savoir ancien. Ces mages sont donc des sages : ils ne cessent de rechercher la sagesse, la connaissance, la science. À l’époque, la science la plus haute, c’est la connaissance des étoiles, car on pense que ces lumières célestes sont proches de la divinité. Celui qui connaît les étoiles, celui qui calcule le cours des astres, est donc un sage, un savant, un “scientifique” ; c’est le cas pour ces mages d’Orient.

Lorsque les mages voient « une étoile qui s’est levée à l’orient », ils ont aussi une révélation mystérieuse concernant un nouveau « roi des Juifs ». Ils arrivent donc à Jérusalem avec beaucoup de questions ! Comme les vrais scientifiques, ils cherchent à savoir le fond des choses, et interrogent les témoins de l’événement. Mais qui va répondre à leurs questions ? Spontanément, quand on cherche à savoir des choses, on se tourne vers “ceux qui savent”, les gens connus, les puissants. Le roi Hérode semble en mesure de répondre (même si c’est en fait un roi sans pouvoir, soumis à l’occupation romaine) ; et aussi les grands prêtres, les scribes, les héritiers de la sagesse d’Israël. Les mages cherchent donc à en savoir plus auprès d’eux ; mais malgré l’Écriture sainte et la citation du prophète Michée [5,1] (« De toi, Bethléem, sortira un chef qui sera le berger de mon peuple Israël »), ils ne savent guère en dire plus. Les puissants, les sages du monde, ne perçoivent pas les vraies réponses, ils ne connaissent pas encore la Vérité.
Mais qui va alors répondre aux questions des mages ? « L’étoile vint s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant ». Celui qui apporte les vraies réponses, ce n’est pas un roi ni un sage : c’est un enfant dans une étable ! La pauvreté de l’Enfant de Bethléem nous enseigne ceci : la Vérité que nous recherchons se trouve dans la simplicité, l’humilité. La seule réponse qui comble notre cœur assoiffé, c’est l’Amour de Dieu qui se donne à nous. Si nous cherchons le sens de notre vie, ce n’est pas dans la richesse ou la puissance que nous le trouverons : c’est dans la petitesse de Jésus, qui naît à Noël, et qui s’abaissera encore plus en mourant sur la Croix. C’est là que se trouvent les réponses à nos questions ; c’est là que tous les hommes peuvent trouver ensemble une vie digne de leur vocation.

En cette fête de l’Épiphanie, nous célébrons donc la « manifestation » [c’est le sens du mot Épiphanie] du Seigneur à tous les hommes sur terre (représentés par ces mages venus d’Orient). Le Fils de Dieu n’est pas venu sauver seulement les Juifs, héritiers de la promesse d’Abraham ; Il n’est pas venu non plus pour sauver seulement les “bons cathos” ! Il vient parmi nous pour délivrer tous les hommes, pour répondre à toutes nos questions, pour éclairer toutes nos ténèbres, pour enseigner toutes les nations. Chaque personne, au fond de son cœur, est dans l’attente du Christ Sauveur ; et personne d’autre (ni plaisir, ni richesse, ni sagesse, ni idéologie) ne pourra jamais remplacer la rencontre avec l’Amour de Jésus. Cette « grande joie » qu’ont expérimentée les mages, c’est ce que nous sommes tous appelés à vivre, quelles que soient notre nation, notre race, notre culture.
La rencontre avec le Christ, c’est le fondement de toute mission d’évangélisation, depuis que les Apôtres sont partis dans le monde entier : la conviction que Jésus seul répond à la soif des hommes. Nous nous habituons peut-être un peu trop vite à ce que beaucoup de gens, y compris autour de nous, dans nos familles, ne connaissent pas le Christ, et en souffrent ! Aujourd’hui, c’est un jour de prière pour les missions, et en particulier l’aide financière (par la quête) aux Églises d’Afrique : souvenons-nous des missionnaires qui sont partis sans rien (et même avec une espérance de vie très faible), juste pour porter le Christ aux autres continents. Il faut lire par exemple ce qu’écrit le cardinal Sarah sur les missionnaires qu’il a connus dans son village de Guinée : il exprime pour eux une immense gratitude, car grâce à eux, sa vie a été transformée par le Christ.

Beaucoup de nos contemporains sont comme les mages : ils cherchent une lumière. Parfois ils demandent le Baptême ; mais certains ne savent pas où aller. À nous de répondre à leur soif, en témoignant de la seule source de vie. Avec notre aide, ils pourront « suivre l’étoile », comme les mages ; puis « se réjouir d’une très grande joie, entrer dans la maison, voir l’enfant avec Marie sa mère, et se prosterner devant Lui ». Ils auront trouvé le sens de leur vie !