Homélies

« La paix soit avec vous » Ac 4, 32-35 ; Ps 117 (118) ; 1 Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31

HOMELIE

Le Dimanche de la Divine Miséricorde est  celui qui suit la fête de Pâques. Ainsi en a décidé le pape Jean-Paul II, le 30 avril 2000, le jour de la canonisation de sainte Faustine. Cette religieuse polonaise avait reçu en effet la révélation de nombreux messages sur la Divine Miséricorde, auxquels elle a globalement répondu en disant : « Ô Jésus, j’ai confiance en toi ». Du latin « miserere » (avoir pitié), « cor » (cœur), la Miséricorde signifie l’être de Dieu plein de tendresse et de pitié, Lui dont l’amour créateur et sauveur est éternel (voir le psaume du jour). Cet amour, qui s’étend d’age en âge (Magnificat), atteint son sommet lorsque « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1). Par le mystère pascal, Dieu sauve l’humanité du Mal et de la Mort, à travers ceux qui croient en lui et qui deviennent le ferment de la vie nouvelle et éternelle.

Pour illustrer cela, l’Évangile de ce Dimanche de la Miséricorde est celui de l’apparition du Ressuscité à Thomas et aux autres disciples. Ils sont témoins d’une expérience extraordinaire que Jésus veut faire vivre à nous et particulièrement à nos frères et sœurs qui vont recevoir ici le sacrement des malades.

« La paix soit avec vous ! », voilà les premières paroles du Ressuscité. Nous aurions pu attendre une affirmation de victoire ou encore un appel à la joie ! Non, c’est le don de la paix que Jésus privilégie. Et il a bien vu ; car, il retrouve là des personnes qui ont peur, qui ont désespéré comme en témoigne leurs amis d’Emmaüs ; des personnes qui, dans leur désespoir, se sont enfermées, les portes verrouillées : les portes de la maison mais aussi celles de leurs cœurs. Elles sont malades d’une situation presque sans issue. Le Ressuscité vient alors vers elles pour leur manifester sa sollicitude. Elles le reconnaissent et sont dans la joie !Elles n’ont plus à avoir peur, car le Seigneur est vivant et il est présent.

Notez que le don de la paix, Jésus l’offre à tout le groupe, y compris à Pierre qui l’a renié, aux autres apôtres qui ont fui lors de la Passion, même à Thomas qui doute, et au jumeau de Thomas qui se retrouve en chacun de nous. La miséricorde du Christ est synonyme de compréhension, d’accompagnement et de pardon, à tous, à Thomas, mais aussi à nous que tant de situations difficiles de maladies, d’épreuves, de grand âge, conduisent au scepticisme. Jésus ne cesse de nous dire : « Venez à moi vous qui peinez sous le poids du fardeau, et je vous soulagerai » (Mt 11,28). Il continue de nous dire : « La paix soit avec vous ! »

Au chapitre 5 de la lettre de saint Jacques, il nous est dit aux versets 14-15 : « L’un de vous est malade ? Qu’il appelle les Anciens en fonction dans l’Église : ils prieront sur lui après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur ». Et saint Jacques ajoute : « La prière faite dans la foi sauvera le malade ». Devant l’épreuve de la maladie, nous aussi comme Thomas, avec nos craintes et nos doutes, nous nous retrouvons fragiles. Nous avons besoin de la présence et de l’aide de notre entourage et des personnes qui nous accompagnent. Nous avons aussi besoin de Dieu qui voit en nous, au-delà de nos fragilités, notre espérance. « La prière faite dans la foi sauvera le malade », c’est-à-dire qu’elle donnera au malade la communion avec le Christ et la paix au cœur de son épreuve.

Remarquez que le Ressuscité porte encore les stigmates de la Passion : « Vois ma main », la main qui porte la marque des clous. Jésus n’élimine pas la souffrance, mais il vient la marquer de sa présence. Pâques n’efface pas nos blessures, mais elle les transfigure, afin que puisse jaillir la vie de ces lieux les plus morts en nous. Le Ressuscité illumine de sa présence notre épreuve et nos douleurs. C’est ce que vient réaliser lsacrement des malades : il rappelle la dignité de chacun aux yeux de Dieu ; il raffermit la confiance, donne la force de supporter l’épreuve et l’assurance que le Christ est proche. C’est un signe de la tendresse de Dieu pour les malades.

L’accueil de cette tendresse du Christ demande notre foi. Jésus a dit souvent à des malades : « Ta foi t’a sauvé ». Nous allons pouvoir redire avec Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu », et avec Sainte Faustine : « Ô Jésus, j’ai confiance en toi ». L’accueil de cette tendresse nous appelle aussi au témoignage. Les apôtres sont à la fois invités à contempler les plaies de Jésus, à recevoir sa paix et la joie de la Miséricorde, et aussitôt ils sont envoyés par Jésus à en témoigner. Ainsi, la première communauté chrétienne nous donne un merveilleux exemple de communion fraternelle et de bienveillance concrète.

Et pour que le don de la paix soit plénier, le Seigneur ajoute : « Recevez l’Esprit-Saint ». Jésus souffle sur eux, et par ce geste il rappelle le souffle de vie donné à Adam. Par notre foi en la Résurrection de Jésus, nous sommes ré-créés, le Christ nous donne son souffle. Remplis de l’Esprit-Saint, les apôtres ont pu vivre accueillir et aller partager la paix que le Christ leur avait donné. A notre tour, prions Dieu pour que nous soyons remplis d’Esprit-Saint ; que celui-ci chasse éloigne de nous la peur, le doute, et l’indifférence ; qu’il donne confiance, patience et persévérance dans la foi à tous, et en particulier à nos frères et sœurs malades.

Père Sébaastien

Actes 10,34a.37-43 ; Colossiens 3,1-4 ; Jean 20,1-9

HOMELIE

Marie Madeleine, c’est de grand matin qu’elle se rend au tombeau. Et l’évangéliste note que « c’était encore les ténèbres ». Quels ténèbres? Celles du temps certes, mais aussi et surtout celles du cœur : la tristesse et le désespoir face au deuil ; puis la peur qui pousse les disciples à se calfeutrer, toutes portes fermées. Et l’incompréhension sur ce qui arrive : la pierre a été roulée mais on ne sait pas par qui. Le corps de Jésus, on l’a enlevé, pense Marie Madeleine. Une douleur supplémentaire, pauvre femme ! Tout le monde court à la recherche d’une lumière. Pierre voit le tombeau vide mais il ne comprend pas. C’est Jean qui vient percer le mystère : « Il vit et il crut ». Puis des témoignages vont venir de la part de ceux à qui le Christ est apparu après sa résurrection d’entre les morts.

Depuis lors, les choses ont changé. Les disciples de Jésus sont aussi sortis de leurs tombeaux et de leurs ténèbres. Au lieu même où tout semblait s'achever, la vie renaît, la nouvelle du Christ sorti vivant du tombeau est comme un soleil lumineux dans leur cœur, leur vie et la nôtre. Oui toute nuit ouvre à un matin. Le Ressuscité vient dissiper les ténèbres des disciples.

Aujourd’hui encore, elles sont nombreuses les ténèbres envahissantes, toujours menaçantes qui s’étalent à la une des journaux. La violence dans le monde, cette pandémie qui frappe l’humanité toute entière, la panique qu’elle crée et la course folle aux solutions, le confinement, ces milliers de malades et de morts, la crise économique, le chômage, la pauvreté, etc. Et en nous, il y a aussi notre propre nuit intérieure. Nous savons combien la trame de nos vies est tissée d’obscurité, et parfois d’épreuves qui semblent insurmontables. La mort d’un parent, la maladie qui frappe en pleine force de l’âge, l’accident stupide, la peur devant l’incertitude sur l’avenir.

Voilà qu’un homme surgit du gouffre du tombeau pour nous tendre la main. Dieu se révèle comme le dieu de la vie et non de la mort. Le propre fils de Dieu vient nous relever de nos nuits. L’obscurité cède la place à la lumière ! L’incroyable espérance se réalise : la souffrance ne gagnera pas, la mort n’aura pas le dernier mot. Un chemin est ouvert même au cœur de la mort. Nos existences, quelles qu'elles soient, peuvent se remettre debout.

Jean voit les signes, et il comprend. Parce que chez lui les paroles de Jésus ne sont pas seulement un objet à savoir, mais une lumière pour la vie. On peut être surpris par la mention de Pierre et Jean qui découvrent le tombeau vide. Pierre ne comprend rien, mais Jean voit et il croit. Ce passage nous rappelle la rencontre du Ressuscité avec les disciples d’Emmaüs quand Jésus leur reproche leur lenteur à croire à ce qui est consigné dans les Écritures. C’est certainement pour nous dire que nous avons toujours à mieux comprendre la Parole de Dieu : la foi n’est pas d’abord une affaire de savoir et de science, mais d’expérience, de rencontre et d’amour. Nous disons bien de la résurrection qu’il est grand le mystère de la foi ! La foi nous permet de voir le Christ ressuscité par les signes qu’il pose.

Et les signes du ressuscité sont nombreux : des personnes qui croient, qui réussissent, qui se convertissent, qui sortent du deuil, qui s’aiment, qui se rassemblent, qui se réconcilient, de nombreux catéchumènes baptisés, de nouvelles formes de solidarité, etc. Le pape François décrit bien cela dans son Exhortation apostolique La Joie de l’Évangile : « La résurrection du Christ produit partout les germes de ce monde nouveau ». Ressusciter ne signifie pas forcément acquérir un autre mode de vie, mais faire ressortir les valeurs qui sommeillent en toi, les secouer et les stimuler.

Que la Bonne Nouvelle de la Résurrection dissipe nos peurs et nos angoisses, qu’elle transforme nos vies afin que nous puissions être plus que jamais les témoins authentiques de l’espérance et de la joie de Pâques. Je vous souhaite donc, chers frères et sœurs, une joie profonde dans le Christ mort et ressuscité qui est à nos côtés tous les jours de notre vie. Portez la joie du Christ ressuscité autour de vous, et avancez avec confiance.

 

Père Sébastien

Genèse 1,1-2,2 ; Exode 14,15-15,1a ; Romains 6,3b-11 ; Marc 16,1-7

HOMELIE

Après la procession du cierge pascal dont la lumière a été partagée à toute l’assemblée, nous avons entendu le chant de l’Exultet. L’Église y invite tous ses fils et filles à exulter de joie, à chanter à pleine voix et de tout cœur la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ : « Qu’éclate dans le ciel la joie des anges ! Qu’éclate de partout la joie du monde ! Qu’éclate dans l’Église la joie des fils de Dieu ! ». Le Christ est ressuscité, Alléluia ! Nous fêtons la victoire de la vie sur la mort, en Jésus-Christ, le Fils de Dieu.

Oui, toute la liturgie de la veillée pascale révèle l’amour de Dieu et son projet de vie pour l’homme depuis le commencement : du chaos originel, dans son amour, Dieu crée le monde, uniquement par la puissance de sa Parole. Tout ce qu’il fait est bon ; il crée un monde organisé, où l’homme peut exister et s’épanouir. Et lorsque pour ce dernier la liberté et la vie son menacées par le péché, Dieu se révèle aux fils d’Israël comme l’unique dieu plein de bienveillance, le dieu libérateur qui déclare : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens ».

Dieu ne reste pas un spectateur ; il s’implique jusqu’à envoyer son Fils, venu être la lumière dans la nuit des hommes. Les œuvres de Jésus vont témoigner de la bonté et de la miséricorde du Dieu créateur et sauveur. Ses œuvres vont, hélas, lui attirer la jalousie et la haine ; il est mis à mort. Et quand le désespoir gagne ses amis, alors que tous les apôtres sont calfeutrés, toutes portes fermées par peur des Juifs, quelques femmes du groupe de Jésus vont faire une découverte incroyable à son tombeau : la pierre a été roulée, laissant le tombeau ouvert et vide. Dans un premier temps, c'est le mutisme et la peur, mais un jeune homme vêtu de blanc leur parle : « N'ayez pas peur ». Il ajoute l’incroyable nouvelle : « Le crucifié est ressuscité ! ». Au lieu même où tout semblait s'achever, la vie renaît, la nouvelle est comme un soleil lumineux dans leur cœur, leur vie, mais aussi la nôtre. Oui toute nuit ouvre à un matin.

Elles sont nombreuses les ténèbres envahissantes, toujours menaçantes qui s’étalent à la une des journaux. La violence dans le monde, cette pandémie qui frappe l’humanité toute entière, la panique qu’elle crée et la course folle aux solutions, le confinement, ces milliers de malades et de morts, la crise économique, le chômage, la pauvreté, etc. Et en nous, il y a aussi notre propre nuit intérieure. Nous savons combien la trame de nos vies est tissée d’obscurité, et parfois d’épreuves qui semblent insurmontables. La mort d’un parent ou d’un enfant, la maladie qui frappe en pleine force de l’âge, l’accident stupide, la peur devant l’incertitude sur l’avenir.

Dans tout cela, Dieu se révèle comme le Dieu de la vie et non de la mort. Voici donc qu’un homme surgit du gouffre du tombeau pour nous tendre la main. Le propre fils de Dieu vient nous relever de nos nuits. L’obscurité cède la place à la lumière ! L’incroyable espérance se réalise : la souffrance ne gagnera pas, la mort n’aura pas le dernier mot. Un chemin est ouvert même au cœur de la mort. Nos existences, quelles qu'elles soient, peuvent se remettre debout.

Mais pour participer à la Pâque de Jésus-Christ et sa résurrection, il nous faut communier avec lui, plonger notre vie dans la sienne, comme nous dit Paul : « Si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous pensons que nous vivrons aussi avec lui ». C’est pourquoi, nous avons la joie de voir en cette nuit le baptême des catéchumènes, et pour nous baptisés de renouveler notre Profession de foi baptismale. Fanny, Ton baptême nous rappelle ce que nous sommes réellement : nous sommes re-nés dans le Christ. Merci de nous le rappeler toujours par ta vie rayonnante de foi et d’amour.  Sois accueillie et prend désormais toute ta place dans la communauté paroissiale.

En cette nuit très sainte et toutes les nuits intérieures de notre vie, nous voilà donc rejoints, comme les femmes de l’évangile, par le Ressuscité au bord du tombeau de nos peurs, de nos angoisses, de nos soucis. Ne nous replions pas sur nous-mêmes, mais réjouissons-nous, car nous sommes « vivants pour Dieu en Jésus Christ ». Le Christ nous recrée, mais c’est à la manière de Dieu qui crée en plusieurs jours : la vie revient progressivement, chaque jour ajoutant quelque chose de bon. Ce qui nous demande de garder la foi et l’espérance dans la persévérance.

Joyeuses fêtes pascales à tous.

 Père Sébastien

Isaïe 52,13-53,12 ; hébreux 4,14-16 ; 5,7-9 ; Jean 18,1 - 19,42

HOMELIE

 

De ce long récit de la Passion de Jésus, soulignons deux faits :

 

1) La réalité et l’atrocité des souffrances endurées par Jésus.

Jésus a réellement souffert. Trahi par Judas, arrêté comme un voleur, traîné devant Pilate, Hérode, les grands prêtres, puis condamné à mort à l’issue d’une parodie de procès. Il sera aussi giflé, fouetté, dénudé, torturé. Il connaîtra l’humiliation de porter une croix dans les rues de Jérusalem. Il sera hué par une foule déchaînée et manipulée. Aucune partie de son corps ne sera épargnée par les blessures.

A la souffrance physique s’ajoute la souffrance morale. Étendu sur la croix, Jésus crie vers son père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Sa souffrance lui est infligée par les hommes qu’il est venu sauver, qu’il aime et dont il s’est fait proche. De leur part, il ne reçoit que contestation, mensonges,  accusations, insultes, trahison, reniement, moqueries.

La Passion de Jésus nous fait penser à toutes ces personnes dont le cœur saigne au quotidien d’une blessure douloureuse de la vie : l’échec, la maladie, la mort d’un être cher, la trahison, la division, les calamités de tout genre, l’oppression, la guerre, etc. Mais le Christ, comme un ami fidèle, se tient près d’eux ; il prend en chacun d’eux la figure du Serviteur souffrant en s’offrant à son Père du sommet de la croix. En même temps, il compte sur les Simon de Cyrène que nous devons être.

C’est pourquoi, devant la croix présente dans le monde, nous avons parfois notre part de responsabilité ou notre indifférence. Le regard vers la croix est donc aussi un appel à abandonner le mal qui blesse, les préjugés, les jugements, l’égoïsme, etc. Regarder la croix nous appelle à demander pardon et à nous convertir. Si nous reconnaissons notre péché, Jésus nous pardonne. Car il dit bien qu’il verse son sang pour la multitude en rémission des péchés.

 

2) Jésus ne recule pas

Il accepte tout ce qui va lui arriver sans chercher à fuir. Mais fallait-il en arriver à la croix ?  Oui et c'est lui-même qui explique le sens de sa vie et de sa mort  : «  Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15,13). Ce qui nous sauve, ce sont pas ses souffrances, mais cet amour qui va jusqu’au bout.

Mais il est à souligner que le Christ s’avance vers sa Passion avec une force intérieure extraordinaire : « Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne », dit-il (Jean 10,18) . Où puise-t-il cette force sinon dans le silence où il prie son Père. L’épître aux Hébreux nous révèle que Jésus « offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect » (He 5,7). Désormais, toute souffrance humaine, associée dans la prière à la Passion de Jésus sur la croix devient offrande au Père pour le salut du monde.

Nous qui sommes parfois un peu fléchissants, nous demandant parfois s’il faut continuer à suivre Jésus ou pas, appuyons-nous comme lui sur la prière et sur son amour. Pour certains de nos frères et sœurs, la souffrance est tellement atroce qu’ils perdent l’espérance. Nous allons les porter dans notre humble prière. Nous allons vénérer la croix de Jésus, pour lui signifier notre reconnaissance, notre admiration, et mais aussi notre espérance parce nous croyons que cette croix est le signe de la puissance de l’amour de Dieu. Par notre vénération de la sainte croix, nous venons aussi reconnaître devant le Christ nos manques d’amour et lui demander de nous donner un cœur nouveau, nourri et habité par lui.

Père Sébastien

Exode 12, 1-8. 11-14 ; Corinthiens 11, 23-26 ; Jean 13,1-15

HOMELIE

Jeudi Saint, nous fêtons l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce par Jésus. Parlant de l’Eucharistie, Saint Paul précise qu’il nous transmet ce qu’il a reçu. Quoi précisément ?

Paul a reçu des témoins du Christ ce que celui-ci a vécu avec ses disciples au soir du repas pascal, la veille de sa Passion : les gestes posés par le Christ et les paroles prononcées par lui, que le prêtre reprend à chaque Eucharistie pour la consécration du pain et du vin : Jésus prend le pain, il rend grâce, le bénit, le rompt et le donne aux disciples en disant : « Prenez et mangez-en tous. Ceci est mon corps livré pour vous ». Il prend la coupe de vin, la bénit et la donne aux disciples en leur disant : « Prenez et buvez-en tous, ceci est la coupe de mon sang versé pour vous et pour la multitude... ». Paroles mystérieuses et efficaces, par lesquelles Jésus se donne entièrement, annonçant sa Passion par fidélité à son Père et pour sauver les hommes.

Jésus partage ce repas le soir de la Pâque juive, au moment où les Juifs mangent l’agneau pascal. Il s’approprie cette fête, pour lui donner un sens nouveau. C’est désormais lui l’Agneau de Dieu qui est immolé pour que l’humanité ait la vie. C’est lui la nourriture indispensable pour la route, pour la nouvelle traversée de la Mer rouge et du désert en chemin vers la Terre promise.

Déjà aux enfants d’Israël, Dieu avait dit : « Vous ferez ceci en mémorial ». C’est pour cela que, depuis la sortie d’Égypte, la Pâque est célébrée chaque année. A la Cène, Jésus dira aussi : « Vous ferez cela en mémoire de moi ». Faire mémoire ne veut pas dire que nous faisons simplement un souvenir du passé. En mangeant la Pâque avec l’agneau immolé, les membres du peuple hébreu avaient parfaitement conscience que le Seigneur était présent avec eux, réellement présent. Ils savaient que Dieu est les libérait, comme il continue à nous libérer, non plus de l’Égypte, mais de ce que symbolise l’Égypte, c’est-à-dire le mal que nous nous faisons les uns aux autres, le mal que nous nous faisons-nous-mêmes, le péché. Bref, le mémorial c’est vraiment la présence du Seigneur qui libère.

C’est ainsi que chaque fois nous célébrons l’Eucharistie, le Christ ressuscité est réellement présent dans son attitude d’offrande, de sacrifice par amour et pour notre salut. C’est Paul qui le dit : « Chaque fois que nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous proclamons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ». Nous proclamons son amour éternel, car l’Eucharistie est « le sacrement de l’amour » (Pape Benoît XVI). En effet, pour introduire le récit de la Cène, saint Jean écrit : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout ». L’amour à l’extrême. Cet amour est offrande de soi, parce que pour le Christ, « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Le corps donné, le sang versé, c’est tout son amour. Voilà une merveille à toujours proclamer: il nous aimés, il m’a aimé jusqu’au bout. Jamais il ne peut nous lâcher.

Ce sacrifice de Jésus est présent pour chacun, et pour chaque famille. La première lecture dit bien qu’il y a un agneau par famille. Nous participons à la messe pour l’intérêt non seulement de nous-mêmes, mais aussi pour nos familles. Car le Christ, qui se donne jusqu’à verser son sang, veut venir dans votre maison, dans votre famille. Il veut y venir sous la forme de l’Agneau, celui qui livre sa vie et son corps, et qui verse son sang. Chaque famille doit être un sanctuaire d’amour, le lieu où l’on essaie de s’aimer fidèlement, où l’amour donne la vie et la fait grandir, où l’on sait vivre le pardon, et le don de soi pour l’autre. Tout ça n’est pas facile. C’est pourquoi, Jésus se donne et nous nourrit. Il nous nourrit pour que nous devenions ce que nous recevons. Don de soi, amour jusqu’au bout !

Pour le souligner, Jean ne décrit pas le repas mais le geste du lavement des pieds que Jésus y effectue. Le Maître s’abaisse comme le dernier des serviteurs pour leur laver les pieds. Signe d’hospitalité, signe du pardon et du service… Par le geste du lavement des pieds, on voit que aimer jusqu’au bout, c’est accepter de s’abaisser, de se mettre à genoux par amour de Dieu et de l’autre.

« C’est un exemple que je vous ai donné », dit Jésus. Accepter que le Christ est Maître et Seigneur, c’est entrer dans ce dynamisme de l’amour extrême. En plus, le lavement des pieds à la Cène veut nous apprendre que la vie cultuelle et la célébration de l’Eucharistie ne se suffisent pas à elles-mêmes. Sous peine de devenir des illusions, elles ne trouvent leur sens que dans l’amour effectif et concret, par lequel nous savons laver en famille le linge sale, nous savons remettre debout la personne blessée, etc. Le Christ présent dans l’Eucharistie, nous l’adorons et il nous nourrit. Il nous nourrit pour que nous devenions ce que nous recevons : le corps du Christ donné pour la vie du monde.

Prions pour qu’en participant à l’Eucharistie, notre vie soit habitée par le Christ. Qu’en lui nous trouvions notre force et notre salut. Et que, par l’Eucharistie célébrée partout dans le monde, l’Église soit le lieu par lequel l’humanité est nourrie et renouvelée par l’amour de Jésus.

 

Père Sébastien

(Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur : Marc 11, 1-10 ; Isaïe 50, 4-7 ; Philippiens 2, 6-11 ; Marc 14,1 – 15,47)

 

HOMELIE

L’entrée à Jérusalem est dominée par un cri de louange : « Hosanna ». Il signifie : « De grâce, sauve » ou « sauve donc ! ». Sur la montée de Jésus, ce cri de louange est chanté, des manteaux sont jetés sur son passage, des feuillages coupés pour manifester la joie. Tout cela révèle que Jésus est reconnu comme Messie, comme Sauveur, comme Roi, comme celui qui vient au nom du Seigneur, pour le salut de tous. Et cette reconnaissance lui vient de celles et ceux qui, par lui, ont vécu les merveilles de l’amour de Dieu. Est-ce que, à mon tour, je sais reconnaître Jésus comme mon sauveur ? Suis-je dans la louange ?

Mais cette fête souligne aussi la nouveauté de la royauté du Christ : il est serviteur. Il est acclamé roi, mais il n’a pour monture qu’un âne, signe d’une royauté dans l’humilité, le service, la douceur et la paix. Paul résume si bien la royauté exceptionnelle de Jésus : de condition divine, il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu ; s’étant fait homme, il s’est abaissé ; devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la croix. Pour introduire le récit de la Cène, Saint Jean écrira : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1). L’amour jusqu’au bout ! Le but de la montée à Jérusalem est l’offrande que Jésus va faire de sa vie, parce que, dit-il, « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Cette montée annonce donc une autre montée, à savoir l’élévation sur la croix.

Effectivement, Jésus dérange, par les gestes qu’il pose et surtout pas son message. Il déclenche une hostilité allant jusqu’à gagner ceux qui l’ont acclamé. Incompris, Jésus est rejeté, trahi, humilié, objet de moqueries. Oui, le monde est parfois ingrat, mais cela n’a pas empêché Jésus de nous sauver ; Pierre l’a renié, et Jésus l’a choisi pour être le chef de son église. Es-tu prêt, es-tu prête, à témoigner de cette gratuité du Christ, à pardonner ? A continuer à faire du bien sans compter ce que tu reçois en retour ? Sur ce chemin, la bonne Nouvelle est que, comme pour Jésus, Dieu nous accompagne : par la bouche du prophète Isaïe, on entend le serviteur de Dieu dire que, quelles que soient les difficultés, il persévère parce que Dieu est avec lui. Puis, Paul proclame que Jésus le serviteur, Dieu l’a élevé au-dessus de tout.

Nous vivons dans un monde qui juge sur les apparences, où Jésus est remis en question par toutes sortes de puissance et de philosophies qui le nient le méprisent :

- Dans ce monde qui exalte la puissance, qui accuse, qui dénonce, qui condamne, qui méprise, qui trahit, nous qui tenons nos rameaux pour acclamer Jésus, est-ce que nous pouvons être comme le centurion romain et les gardes qui donnent leur confiance à Jésus et disent : « Vraiment cet homme est le fils de Dieu » ?

- Pour que cela soit possible, il nous faut garder un regard de foi sur la croix du Christ ; elle nous rappelle que Jésus est finalement ressuscité et que sa résurrection signe la victoire définitive de l’amour sur le mal, du pardon sur la vengeance, de l’humilité sur l’orgueil.

- Enfin, nous qui tenons nos rameaux pour acclamer Jésus, demandons la grâce d’être un peu des Simon de Cyrène. Il a porté la croix de Jésus. Aujourd’hui encore, beaucoup de nos frères et sœurs sont en difficulté (maladie, chômage, solitude, grand âge, etc.). Soyons les Simon de Cyrène qui, d’un geste, d’un sourire, d’un coup de main, apportent un peu de paix et de lumière à Jésus présent dans celles et ceux qui souffrent.

Cette semaine, prenons du temps pour accompagner Jésus, pour rester avec lui et connaître jusqu’où va son amour pour nous, afin que nous puissions en rayonner. Car nous sommes ce « peuples de rois » avec le Christ, par lui et en lui.

 

Père Sébastien

Jr 31, 31-34 ; He 5, 7-9 ; Jn 12, 20-33

 

HOMELIE

La parabole du grain de blé tombé en terre se situe dans l’horizon de la longue attente du salut, où se situe aussi l’annonce d’une Nouvelle Alliance par le prophète Jérémie.

Face aux catastrophes dont Jérémie est témoin en son temps, le prophète annonce la restauration d’Israël, non plus sur les anciennes institutions, mais sur des bases renouvelées. Il nous fait entendre l’heure décisive : Dieu va inaugurer une nouvelle alliance après avoir pardonné à sa façon souveraine la rupture de l’ancienne : « Je pardonne leur crime, leur faute, je n’en parle plus ». Puis, la Nouvelle Alliance sera gravée « au fond des cœurs » à tel point que chacun, sans être instruit, connaîtra et accomplira la volonté du Seigneur . Tout cela viendra, dit Jérémie, « en ces jours-là ».

Avec l’épître aux hébreux, nous découvrons que ces fameux jours sont ceux de Jésus, et que la Nouvelle Alliance est scellée par Jésus qui verse son sang. En effet, en instituant l’Eucharistie, Jésus citera Jérémie en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang versé pour vous » (Luc 22,20). Saint Jean vient préciser : ces fameux jours sont récapitulés dans ce que l’évangéliste appelle « l’heure de Jésus ».

Et c’est lorsque sonne cette heure que Jésus parle du grain de blé. Si vous lisez attentivement l'Évangile de Jean, vous remarquerez que Jésus parle souvent de son « heure ». Elle « n'est pas encore venue », disait-il à sa mère à Cana, mais c'est l'inverse qu'il annonce à la veille de sa passion. Ainsi, pour introduire le récit du dernier repas, saint Jean écrit : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ». « L’heure est venue », déclare Jésus dans l’évangile de ce jour.

L’heure du Fils de Dieu, c’est l’heure du grain de blé tombé en terre ; c’est l’heure de sa passion et de sa mort entièrement vécues par amour, et qui va donc porter beaucoup de fruit ; c’est l’heure de sa glorification. C’est à cette heure, selon l’auteur de l’épître aux Hébreux, que Jésus s’offre, avec un grand cri et dans les larmes. Il ne recule pas devant cette échéance, il s’y soumet par amour, raison pour laquelle, comme l’explique cet épître, Jésus va être cause du salut éternel.

Les fruits du grain de blé, c’est l’alliance nouvelle réalisée, la bienveillance manifestée à l’égard de tous, le pardon accordé aux pécheurs, son corps et son sang donnés en nourriture, son amour déposé dans nos cœurs par les sacrements qu’il institue lui-même et que nous recevons dans la foi de l’Église. Le fruit du grain de blé c’est finalement la vie donnée en abondance (Jn 10,10).

Aux Grecs qui veulent voir Jésus, c’est-à-dire à toute l’humanité en quête du sauveur, Jésus nous dit que le Messie à découvrir en sa personne est comme un grain de blé tombé en terre. Le Messie qu’il est, celui qui est cause du salut éternel selon l’épître aux Hébreux, c’est lui Jésus qui sait donner sa vie et s’en détacher en ce monde pour la vie éternelle. Il signifie, par le don de lui-même, qu’il n’y pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (Jn 15,13), et que c’est cela la voie du salut individuel et communautaire, jusque dans les grandes catastrophes de la vie.

Dès lors, être disciple prend une nouvelle tournure. Il ne s’agit plus seulement de suivre des enseignements de Jésus mais de l’imiter en donnant sa vie comme lui. Face au monde et à nos proches qui vont chercher à voir Jésus, le disciple devra rendre compte de sa foi, il devra rendre présent le Christ qui se donne. Pour le suivre dans la vie éternelle, pour être sauvé, pour devenir témoin de sa présence, il faut accepter de se tourner vers le Père et de recevoir de lui la vie éternelle ; mais il faut accepter aussi de descendre vers les petits, de se donner, de mourir à soi-même et de servir.

« Qui aime sa vie la perd ». Jésus propose un chemin exigeant mais réaliste, car si tu ne penses qu'à toi, si tu ne vis que pour toi, tu finiras seul et malheureux ; la vie n’est d’ailleurs pas possible si chacun ne privilégie que sa personne et ses facilités. La voie indiqué est difficile ? Oui. Le Christ a connu l’angoisse de l’échec et de la mort. Mais il s’en est remis à Dieu, en toute confiance. Et il nous invite, nous aussi, à aller jusqu’au bout de l’amour, avec la même confiance, en nous abandonnant toujours entre les mains de Dieu. Pensez à ce beau chant :

Mon Père, mon Père, je m'abandonne à toi,
Fais de moi ce qu'il te plaira.
Quoi que tu fasses, je te remercie.
Je suis prêt à tout, j'accepte tout.

 

Car tu es mon Père, je m'abandonne à toi,

Car tu es mon Père, je me confie en toi.

 

Par l’Eucharistie, c’est l’heure de Jésus qui se poursuit. Prions-le pour qu’il nous entraîne dans son amour; cet amour qui va jusqu’au bout.

 

Père Sébastien

 

Textes : 2 Chroniques 36, 14-16.19-23 ; Éphésiens 2, 4-10 ; Jean 3, 14-21

HOMELIE

Sur notre chemin vers la lumière de Pâques, nous célébrons le dimanche de la joie. Le motif de cette joie est de savoir que Dieu est riche en miséricorde, jusque dans les situations où nous pourrions nous croire perdus. Il a donné son Fils unique pour que quiconque croit en lui obtienne la vie éternelle.

Saint Paul, qui affirme que « Dieu est riche en miséricorde », sait de quoi il parle.

- Il revoit toute l’histoire de son peuple, notamment celle évoquée dans la première lecture de ce jour, où l’auteur aide son peuple à faire une relecture du passé. Ce peuple a connu des époques difficiles, et Dieu l’a béni ; mais il reste ingrat et infidèle. Malgré cela, Dieu « a pitié de ce peuple » ; c’est pourquoi il ne cesse de lui envoyer des messagers de son amour qui, hélas, seront souvent rejetés. Un peuple qui, dans la suite, pour ses erreurs, est déportée à Babylone (587 av. J.-C.) ; là encore Dieu lui suscite un libérateur : Cyrus roi des Perses qui leur permet de retourner chez eux (539 av. J.C.). Finalement ce Dieu apparaît à Israël comme un père qui corrige pour éduquer, mais finit par pardonner. Et il faut noter que le peuple pardonné revient vers Jérusalem et s’emploie pour rebâtir le temple : pardonné, il se met au service !

- Paul voit dans sa propre histoire la marque puissante de la miséricorde divine : lui l’ancien persécuteur de chrétiens, il a été pardonné par le Christ, jusqu’à être choisi pour devenir apôtre des nations. Paul n’en revient pas (lire 1 Co 15, 8-9). Pardonné, il devient témoin de la Bonne Nouvelle !

- Saint Paul montre alors comment se déploie la richesse de cette miséricorde de Dieu. « Il nous a aimés… il nous a fait revivre, il nous a ressuscités… il nous a fait régner aux cieux dans le Christ Jésus. C’est par grâce que nous vivons et que nous sommes sauvés, insiste-t-il.

Saint Jean va renchérir les propos de Paul : "Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde mais pour que, par lui, le monde soit sauvé". Dieu regarde ton cœur, parce qu’il t’aime et non pour te juger. Le chant nous enseigne : « N’aie pas peur, laisse-toi regarder pas le Christ car il t’aime ». Le souci du Christ est que personne ne se perde.

Sauf que le salut de s’impose pas ! Et c’est pourquoi, ayant dit que « Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique », Jean ajoute : « Ainsi tout homme qui croit en lui obtiendra la vie éternelle ». Il faut donc croire pour être sauvé et recevoir la vie éternelle.

- Et selon les propos de Jésus à Nicodème, en ce dimanche, croire au Fils de Dieu c’est avoir notre regard spirituel tourné vers la croix où ce Jésus sera élevé. En effet, en contemplant la croix, nous revoyons toute l’histoire de l’engagement de Dieu par son Fils Jésus-Christ. Nous revoyons comment le Christ s’est fait proche, comment il a aimé jusqu’au bout (Jean 13,1) ; nous revoyons nos responsabilités face à la souffrance infligée injustement aux pauvres et aux faibles d’aujourd’hui, mais en même temps nous sommes consolés et remis debout par le pardon que le crucifié nous obtient, ce pardon qui fait naître l’espérance de notre résurrection.

- Croire au Fils de Dieu, c’est s’ouvrir à sa lumière, particulièrement en accueillant sa Parole, comme Nicodème le fait. Ce pharisien connaît bien la Loi, mais il vient vers Jésus. Il vient nuitamment parce qu’il a peur d’être vu, mais aussi parce qu’il a besoin de se laisser éclairer dans les zones obscures et sombres de sa foi. Ces zones sombres, tout le monde en a dans sa vie, et devrait faire comme Nicodème : aller vers Jésus. Mais Jean fait un constat triste : « La lumière est venue dans le monde, mais les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière… »

Le chrétien est certes un homme comme les autres. Il n'échappe ni aux soucis, ni aux maladies du corps et du cœur, ni au trépas. Il n'est pas nécessairement meilleur que les autres, ni plus généreux, ni plus courageux. Mais il regarde le Christ en croix et, par-delà le crucifié, il voit le ressuscité qui a vaincu la mort et le mal par l’amour. La croix nous permet de voir que l’amour du Christ est allé jusqu’à assumer nos péchés et nos souffrances, afin de nous faire sortir de la peur et du doute.

Et comme fait l’auteur de la première lecture pour ses contemporains, il nous est important de faire une relecture de notre passé, pour voir comment Dieu a été présent dans notre histoire, pour voir les rendez-vous réussis et les ratés par rapport à l’amour auquel il nous appelle. Oui il y a des ratés, comme pour Israël. Pourquoi ne pas les reconnaître et aller vers le sacrement du pardon ? Des choix de tous les jours, s’ils sont mal faits, nous conduisent au péché et même vers des conséquences parfois lourdes. De mauvais choix ? Oui, tels que : un bon conseil donné et non accueilli, un petit verre ou un mot de trop, une colère inutile, de la précipitation à prendre la parole, un refus de dialogue, une jalousie, de l’orgueil, etc.

Comme la Vierge Marie, dans son Cantique (le Magnificat), la relecture de notre vie nous permettra de reconnaître que la miséricorde de Dieu est pour toujours : il veille sur nous, il nous pardonne et nous faire revivre. Le but de cette reconnaissance est de nous faire vivre dans l’action de grâce envers Dieu et dans la joie d’être aimés et pardonnés. Ensuite, elle nourrit notre espérance ; et enfin elle nous rend nous-mêmes des témoins de la consolation de Dieu (lire 2 Cor 1,3-4). Car Dieu a un plan d'amour pour le monde et, en nous appelant au Baptême, il nous a confié une mission. Saint Jean écrit : "Le disciple de Jésus vient à la lumière pour que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu". Il nous appartient d'être parmi nos frères un signe.

Que Dieu nous montre sa miséricorde et que celle-ci nous donne la confiance, la paix et la joie.

Père Sébastien

 

Ex 20, 1-17 ; 1 Co 1, 22-25 ; Jn 2, 13-25

HOMELIE

Pour évaluer où nous en sommes pour notre conversion de Carême, voilà en ce dimanche des lectures centrées sur la justesse dans les relations avec Dieu et avec nos semblables en humanité, et sur l’harmonie qui doit être vécue et gardée avec Dieu et avec autrui.

La première lecture présente le cœur de la Loi israélite connu sous le nom de « Décalogue » en grec, ou simplement sous celui des « Dix commandements ».  Après avoir délivré son peuple de l’esclavage en Égypte, le Seigneur lui donne cette Loi comme une « constitution » destinée à le guider, à l’orienter et à lui garantir la liberté, la justice et la paix. Les 3 premiers commandements définissent les aspects essentiels de la relation entre Dieu et son peuple et peuvent être considérés comme la dimension « verticale » de l’alliance (un seul Dieu, pas d’idoles, honorer le seul Dieu...). Tandis que les sept préceptes suivants définissent les relations entre les membres du peuple et constituent la dimension « horizontale » (respect des parent et amour familial, respect de toute vie et refus de toute violence, refus de toute convoitise, et donc respect des biens d’autrui et des relations des autres). En observant ces commandements dans leur vie quotidienne, les personnes étaient censées rendre hommage à Dieu et bien vivre en société et dans leurs communautés. On voit que la fidélité à Dieu et l’hommage à lui rendre ne peuvent être séparés de l’amour du prochain. En même temps, il n’y a pas d’amour authentique s’il n’est pas nourri par une vraie relation d’alliance avec Dieu.

Or, à son époque, Jésus remarque que cette relation d’alliance n’est plus que de façade. Regardant ce qui se passe au Temple de Jérusalem, il voit avec grande consternation que ce lieu est devenu une place de marché, une ruche d’activités commerciales destinées à soutenir le culte formel et ritualiste que les prophètes ont souvent dénoncé. Il s’emploie donc à une véritable purification du Temple : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic », dit-il. Il chasse les marchands, renverse leurs tables, la monnaie, etc. Sa réaction violente pour purger le Temple de toutes les activités commerciales manifeste son grand zèle pour la restauration d’une relation juste et vraie entre Dieu et son peuple, une relation qui ne soit ni pervertie par des pratiques superficielles ni affectée par la cupidité, les calculs ou les intérêts égoïstes.

Oui, quand s’instaure le primat de l’économique, on glisse petit à petit vers le dieu « or et argent », avec son cortège d’injustices et de misères, et un contexte où l’échange est devenu mercantile, tout s’achète, se vend, même le corps de l’être humain... entraînant la dépréciation de toute relation. On va jusqu’à marchander la foi et l’accueil de l’évangile… avec une sorte de transaction avec Dieu : « Je te donne des prières, des sacrifices et des offrandes, tu m’assures en retour santé et bien-être, pour moi et pour les miens ». Ou « je te donne, si toi tu me donnes », « Comme je n’obtiens pas ce que je demande, j’abandonne ». Dieu se trouve instrumentalisé ; ce que le Pape François a toujours exprimé avec tristesse, notamment lorsqu’on assassine au nom de Dieu dans de nombreux endroits du monde. Jésus vient sans cesse renverser nos comptoirs d’évaluation, de  calculs et d’échange!  

Et il va plus loin. Pour lui, l’heure a sonné pour la fin de ce régime sacrificiel, la fin du Temple. Il l’annonce : « Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai ». L’évangéliste ajoute : le temple dont Jésus parlait était son propre corps. Jésus annonçait donc sa mort et sa résurrection après 3 jours. D’après cette annonce, c’est le corps du Christ qui est le nouveau Temple parce que Jésus lui-même s’offre en sacrifice pour nous sauver. Le don de Jésus vaut tous les sacrifices, il n’a pas de prix et c’est inouï : avec Jésus, ce n’est plus à nous d’offrir des sacrifices, et par ce don c’est Dieu lui-même qui nous comble.

Le nouveau Temple c’est lui, mais c’est aussi tout le corps du Christ qu’est l’Église ; c’est aussi chaque membre de ce corps. Paul dira bien que nous sommes des temples de l’Esprit saint. Temples sur lequel nous devons toujours être vigilants pour qu’ils ne deviennent pas lieu de trafic. Temples à toujours laisser purifier par Jésus, le seul qui peut relever nos communautés des ruines causées par la haine.

C’est ce que fait Saint Paul. Pour tenter de réconcilier la communauté de Corinthe très divisée, l’Apôtre en appelle à l’exemple du Christ crucifié, au « scandale » et à la « folie » que constitue la croix. Son message veut dire que si ces chrétiens querelleurs arrivaient à voir la croix du Christ comme la preuve de l’amour inconditionnel de Dieu pour chacun d’eux, on pouvait espérer qu’ils mettraient de côté leurs distinctions inconséquentes et artificielles et s’uniraient autour d’elle. Ils comprendraient qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.

Enfin la folie du Christ invite à avoir le courage de regarder sa colère. Oui, nous sommes parfois gênés de voir le Christ en colère, avec des termes qui l’illustrent bien : fouet, chasser, jeter par terre, renverser. Comment comprendre cela sans nous scandaliser ? Pour y répondre, disons que si Jésus est sans péché, alors sa colère n’est pas une mauvaise colère. Il y a donc des colères qui ne sont pas mauvaises ; des saintes colères comme on dit parfois. Le fouet est mentionné, mais Jésus n’a frappé personne. Son fouet est juste un symbole de la purification messianique du Temple. Jésus veut restaurer la relation brisée entre Dieu et son peuple. Sa colère est une colère d’amour, l’expression d’une indignation, un mouvement contre l’injustice qui installe des marchands et des changeurs dans la maison de son Père. On, peut se souvenir de la colère de beaucoup de manifestants pour des causes nobles. C’est une colère par amour, non par orgueil, ou par vengeance. L’évangile de ce jour nous invite à nous interroger : lorsque je suis en colère, est-ce une colère juste, une colère d’amour, ou est-ce un mouvement centré sur moi-même, un acte d’orgueil ? L’évangile nous permet les saintes indignations devant ce qui révolte notre conscience chrétienne !

Demandons à Jésus de nous partager son attention particulière pour la maison du Père ; et à sa suite, ne nous habituons jamais au mal qui nous entoure. Ouvrons-lui les portes de notre Temple intérieur et disons-lui : viens Seigneur Jésus renverser tout ce qui n’est pas de ton Père, ni de ton amour pour Lui et pour les hommes.

Père Sébastien

Genèse 22, 1-2.9-13.15-18 ;  Rm 8, 31b-34 ; Mc 9, 2-10

HOMELIE

Dans notre montée vers Pâques, la Parole de Dieu veut nous redire l’amour du Père et nous révéler la lumière du Christ. Tout cela est si important pour faire grandir notre espérance, comme on le voit pour des hommes de foi tels que Abraham et les Apôtres de Jésus.

La première lecture nous parle d’Abraham, homme très croyant, notre père dans la foi, et qui est d’une grande obéissance vis-à-vis de Dieu. Il a tout quitté pour suivre l’appel de Dieu. Une descendance nombreuse lui a été promise, mais en fin de compte il n’a eu qu’un fils, et seulement dans sa vieillesse. Voilà qu’intervient une chose incompréhensible : Dieu demande qu’Abraham lui sacrifie son fils unique Isaac. L’épreuve est très terrible, mais Abraham obéit.

Par là, il n’y a pas de doute qu’Abraham nous apprend le détachement et la purification des relations humaines, à travers la foi en Dieu. C’est ce qu’a retenu par exemple Saint Thomas More (+1535), père de famille, saint et martyr. Face à cette expérience d’Abraham, il écrivait : « Apprenons à aimer en tout temps, comme nous devrions aimer : Dieu par-dessus toute chose, et toutes les autres à cause de lui. Car tout amour qui ne se rapporte pas à cette fin, c’est-à-dire à la volonté de Dieu , est un amour vain et stérile… Dans l’amour que vous portez à vos enfants, que votre tendresse ne vous empêche jamais, au cas où Dieu vous le commanderait, à être prêt à les donner à Dieu… offrez vos enfants au service de Dieu… »

Mais, autre chose, ce récit du sacrifice d’Isaac vise à dénoncer les sacrifices humains que pratiquaient les peuples cananéens et phéniciens voisins des Hébreux. C’est cette pratique que Dieu vient condamner. En effet, au bout du récit, on voit que Dieu tient à sauver la vie de l’enfant : « Ne porte pas la main sur le garçon. Ne lui fais aucun mal... ». A la place de l’enfant à sacrifier, Dieu donne à Abraham un bélier. Oui Dieu est un Dieu de la vie. La vie humaine est à défendre coûte que coûte. Car « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », disait Saint Irénée de Lyon.

De son côté, Origène, père de l’Église du 2è-3è siècles, explique l’obéissance d’Abraham par sa grande foi qui nous est toujours donnée en exemple et qui lui permet d’entrer dans le mystère de ce récit. Pour Origène, « Abraham a cru que même si son fils devait mourir pour chasser le mal des sacrifices humains, Dieu pourrait le ressusciter, car il ne veut pas la mort du pécheur. Il l’a dit après le déluge ». Voilà donc amorcée dans ce récit d’Isaac l’idée qui trouvera sa réalisation plus tard, celle de la résurrection possible du Fils unique. Et c’est la question visée par l’évangile de la transfiguration.

Pierre vient de reconnaître que Jésus est le Messie, mais celui-ci annonce aux apôtres qu’il va être humilié, qu’il va souffrir et mourir, avant de ressusciter. Or, ce n’est nullement la résurrection qui importe pour eux, puisqu’ils ne comprennent même pas ce que cela signifie. C’est leur ami Jésus qu’ils veulent voir vivant et devenir un Messie tout puissant. Ils sont donc très déçus. Alors, Jésus veut faire revivre ces hommes abattus, leur donner en quelque sorte un avant-goût à l’expérience de la résurrection. Il prend trois d’entre eux pour les emmener avec lui à l’écart. Là, sur la montagne, il est transfiguré : les cieux s’ouvrent, et le Christ apparaît resplendissant tel qu’il est depuis l’éternité. Avec lui apparaissent Moïse et Élie, les deux plus grands témoins de la Parole de Dieu et de la foi dans l’Ancien Testament. Leur apparition indique qu’ils sont vivants près de Dieu et que la mort n’est pas la fin de la vie des croyants. Les apôtres sont devant une sublime beauté, ils sont émerveillés. On dirait qu’ils sont aussi transfigurés, car ils sont rayonnants d’une grande joie et d’une paix qu’ils veulent pérenniser : « Construisons trois tentes ici ».

Je crois que sous des formes diverses, Jésus se transfigure devant chacun de nous à un moment ou à un autre de notre existence. Et cela peut même arriver souvent, particulièrement lorsque nous acceptons d’être avec lui à l’écart et sur la montagne où il parle à notre cœur et nous comble de lumière ; ou lors des rencontres fraternelles où nous devenons des rayons de lumière les uns pour les autres.

La transfiguration nous fait voir en Jésus le fils bien-aimé de Dieu, la source de toute vie. La transfiguration dévoile le sens de la mission de Jésus : nous donner sa lumière, nous relever de nos épreuves, nous emmener de la mort à la joie de croire à la résurrection et au Dieu des vivants ; nous emmener à comprendre que la résurrection annoncée interviendra parce que Jésus est le fils du Dieu des vivants. En dévoilant sa gloire, Jésus nous montre aussi ce que sera celle à laquelle il nous destine avec lui. Mais c’est dès aujourd’hui que nous en faisons le choix, éclairés par sa Parole et son Esprit. Et c’est pourquoi, lorsque Pierre veut rester là à fixer l’événement, la voix du Père vient le rappeler à la vraie priorité : « Celui-ci est mon Fils Bien aimé : écoutez-le ». L’épisode de la transfiguration est donc bienvenu pour ce temps de Carême. Car la conversion et la vie de foi nous situent toujours en relation avec Quelqu’un, avec la personne du Christ. C’est contre ou pour lui que nous avons à nous décider, c’est avec ou sans lui que nous nous engageons, c’est à sa suite ou sur un autre chemin que nous marchons. Et dans ce pèlerinage, tout peut s’agiter, vaciller, s’écrouler autour de nous, mais si nous regardons vers Jésus, nous ne serons pas ébranlés et nous resterons confiants et en paix.

Demandons donc à Dieu la grâce d’écouter avec foi Jésus son Fils ; qu’il nous donne la joie d’accueillir la lumière de sa parole et de son amour dans le quotidien de notre vie. Demandons lui aussi la force de tenir dans les épreuves, sûrs que le Christ est une fois pour toutes vainqueur du péché et de la mort.

Père Sébastien

Genèse 9,8-15 ; Psaume 24 ; 1 Pierre 3,18-22 ; Marc 1,12-15

HOMELIE

Tout de suite après son baptême, Jésus va passer 40 jours au désert où, dans le silence et la prière, il triomphe sur les tentations de Satan. C’est au terme de ce temps de prière et de jeûne qu’il fait retentir sa bonne nouvelle : « Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche ». Pour que le carême nous mène vers ce royaume, nous devons nous convertir et tourner vers Dieu ; et pour y parvenir, le mieux pour nous c’est de faire ce mouvement en nous laissant portée par l’alliance scellée avec Dieu par notre baptême en Jésus-Christ.

Nous sommes appelés à nous convertir à Dieu, car sans lui nous ne sommes rien. Le livre de la Genèse vient illustrer cela. Il raconte que, dès le départ, les hommes se détournent de Dieu, et ils sombrent dans l’égoïsme et la violence. S’ensuit le déluge : le monde est inondé par le mal, il s’écroule et la vie est menacée sur la terre. Le désastre découle donc du péché qui nous est présenté comme une rupture avec Dieu. Mais celui-ci ne désespère pas, et il trouve un homme du nom de Noé qui lui est encore fidèle, et avec qui il conclut une alliance de paix. Noé sauve ceux qui acceptent d’entrer dans l’arche de l’alliance. Par notre foi, nous appartenons à la maison et à la famille de Noé : nous sommes ou devons être cette famille tournée vers Dieu au milieu d’un peuple non croyant, cette famille qui est une promesse de vie et d’avenir pour le monde. Il nous faut entrer dans l’arche de l’alliance, lieu de communion avec Dieu et de vie partagée entre tous les vivants.

A ce sujet, il est à noter dans cet épisode que le pacte est conclu non seulement avec l’homme, mais aussi avec tout être vivant. C’est toute la création que Dieu sauve car, comme le dira saint Paul, « la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu'elle l'a voulu, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l'espérance d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore (Rm 8,20s). Quelle place ont les autres créatures dans ma vie chrétienne, dans mes engagements ? En tout cas, le signe de l’alliance scellée avec Noé c’est un arc-en-ciel : lien entre le ciel et la terre, et signe d’une vie riche en couleurs, où tout cohabite et s’accorde merveilleusement.

Bien mieux qu’avec Noé, Dieu vient conclure par son Fils Jésus une alliance nouvelle et éternelle. Le Christ est le nouveau Noé : si la famille de ce dernier est sortie vivante des eaux du déluge, désormais c’est par l’eau du baptême que nous sommes sauvés (2ème lecture). Jésus nous fait entrer non plus dans l’arche, mais dans son Royaume. Le baptême est plus qu’une simple purification, c’est Dieu qui fait alliance avec nous par son fils, afin de nous faire participer à sa victoire sur les forces du Mal et de la mort.

C’est pourquoi, par le baptême, Jésus nous plonge dans sa vie, de même qu’il nous porte avec lui dans l’expérience du désert, où il prie son Père. Or dans le désert, tantôt brûlant et tantôt glacial, tout en étant le grand royaume du silence, il y a cependant dans le désert des voix qui se font entendre. Jésus y est avec « les bêtes sauvages » ? Nous, nous y entendons en premier lieu la voix de notre cœur, avec ses affolements et ses peurs face à tout ce qui nous trouble, des personnes ou des événements, comme la pandémie et les problèmes sanitaires, économiques et sociales qui en découlent. De ce fait, dans ce désert, nous entendons aussi la voix de notre esprit qui nous harcèle de ses doutes ; et la voix du tentateur cherchant à nous gagner au repli sur nous-mêmes, au découragement, à toutes sortes d’idoles ou de spiritualités qui nous font miroiter de la facilité en tout. Oui, le temps du désert est le moment d’un combat spirituel fort.

Mais, d’un autre côté, dans nos déserts, il se lève aussi la voix d’une parole qui apaise et réconforte : c’est celle qui nous rappelle qu’au désert, « Jésus était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient ». Oui, face au tourbillon de la vie, non seulement Dieu ne nous lâche pas, mais il nous promet la paix de l’ère messianique, celle que le prophète Isaïe a décrit par de belles images, comme le loup partageant désormais et sans problème le même espace avec l’agneau (lire Isaïe 11,6-8).

Acceptons d’être de la famille de Noé, cette famille dont l’ouverture à Dieu sauve l’humanité et la terre entière. Notre baptême nous y aide, car il est une alliance par laquelle le Christ a fait des nous « ses alliés » : il nous tend la main sans aucune condition. Et notre conversion consistera d’abord à prendre sa main tendue et à entrer dans une relation où nous accepterons de tout recevoir de lui, parce que nous croyons qu’il nous conduit où il faut. Si notre vie est portée « par lui, avec lui et en lui », alors les déserts de nos sociétés peuvent devenir des lieux où pourra jaillir une vie nouvelle.

Que Dieu bénisse notre marche vers la lumière de Pâques.

Père Sébastien

Lévitique 13,1-2.45-46 ; Psaume 31 ; 1 Corinthiens 10,31 – 11,1 ; Marc 1,40-45

HOMELIE

Quand on est malade, la vie est difficile. Lorsque, dans ce contexte, on est mis à l’écart et exclus, c’est une souffrance supplémentaire. Et si en plus, à cause de cette maladie, on est considéré comme un coupable, la souffrance est encore plus atroce. Ainsi, le lépreux du temps de Jésus, exclus de la communauté des vivants et pris pour un coupable, était comme un mort vivant ; et lui-même, en signe de pénitence, portait son propre deuil (vêtements déchirés, cheveux en désordre).

La lèpre de ce malade nous rappelle aussi tous les malheurs qui s’abattent aujourd’hui sur notre monde, et toutes les dimensions malades de notre vie spirituelle, de nos familles et de nos communautés : les ruptures, les barrières, les exclusions. Nous sommes invités à nous tourner vers Jésus et à nous laisser guérir par Dieu.

Ici, le lépreux de l’évangile nous édifie par sa grande foi. Quand il voit Jésus, il tombe à genoux devant lui ; dans la mentalité biblique, on ne tombe à genoux que devant Dieu. Et cet homme ne doute pas un instant de la puissance de Jésus, à qui il adresse sa prière humble et confiante : « Si tu veux, tu peux me purifier ». Il se sait malade et pécheur. Il n’exige rien, mais il espère. Seulement, sa confiance et son espérance sont d’une ferveur telles qu’il va jusqu’à enfreindre le code en s'approchant de Jésus.

Voilà une figure dont la foi m’invite à la confiance et à la conversion. Oui, Jésus peut changer totalement ma vie ; mais, est-ce que j’ose m’abandonner à lui dans une prière humble, libre et confiante ? Quelle lèpre ronge ma vie, mon âme et mes relations ? Quelle est cette lèpre qui m’éloigne de mon conjoint, de mes parents, de mes enfants, de la famille, des amis, c’est quoi ? Puis-je aujourd’hui dire à Jésus de me délivrer de cela ?

La première chose que Jésus cherche n’est pas de soigner nos corps, mais de transformer nos cœurs. D’où la consigne de silence imposée au lépreux guéri. Il n’a pas à aller faire la propagande d’un Jésus thaumaturge ; il est plutôt envoyé chez le prêtre pour poursuivre son cheminement, pour davantage accueillir la grâce de la transformation. Il comprendra, et nous avec lui, que Jésus cherche la transformation des cœurs. Le carême qui commence dans quelques jours va nous servir à cela : nous laisser transformer et vivre la Pâque. Le Christ vient nous toucher, nous aussi.

Face au lépreux en prière, sa réaction est remarquable : il est ému de compassion". A traduire littéralement : « il est ému au fond de lui, dans ses "entrailles ». Il compatit, c’est-à-dire il souffre-avec. Si dans sa foi le lépreux a enfreint le code en s'approchant de Jésus, Jésus est prêt à le transgresser aussi quand il doit sauver. Le voilà qui touche le lépreux. Il lui parle et lui donne la considération qu’on doit à un être humain. Le lépreux est déjà guéri moralement et la guérison physique va suivre. Jésus l’envoie se présenter au prêtre afin que celui-ci fasse le constat de la guérison et que l’homme guéri réintègre la communauté.

Jésus combat toute exclusion. Il sait qu’en touchant le lépreux, il va être critiqué, il devient aussi rituellement impur. Mais sa miséricorde surmonte toutes les barrières. Il ne vient pas « donner une leçon » sur la douleur, comme l’ont fait abondamment les amis de Job ; il ne vient même pas éliminer du monde la souffrance et la mort ; il se fait tout proche et prend sur lui notre douleur : c’est lui qui accepte de vivre à l’écart, dans des endroits déserts. C’est ce qu’il attend de nous : être ses témoins.

Ainsi, si le lépreux guéri est tellement reconnaissant qu'il ne peut pas s'empêcher d’aller le proclamer haut et fort, n’est-ce pas pour nous dire que nous devons être des témoins vivants des merveilles de Dieu, de sa compassion ? Saint Paul nous appelle à imiter son exemple lui qui ne fait que imiter le Christ : « Je tâche de m’adapter à tout le monde ; sans chercher mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés ». Tout ce que nous faisons, dit-il, que ce soit pour la gloire de Dieu, en d’autres termes, pour témoigner que Dieu est amour et bienveillance. En ce temps de pandémie, il nous faut plus que jamais discerner tout le bien qui se fait autour de nous, parfois dans la plus grande discrétion. Songeons à ces petits gestes de solidarité dans notre voisinage ou notre famille. Pensons au dévouement du personnel soignant, des enseignants et de ceux et celles qui rendent des services dans la société.

Chers frères et sœurs, avec l’évangile de la guérison du lépreux, comprenons donc que l’amour de Dieu peut guérir les blessures de nos vies et de notre âme. Comme cet homme, tournons-nous vers Jésus, demandons-lui de lui de guérir notre monde, de purifier nos cœurs, et de faire produire à ceux qui croient des témoignages de foi. Et nous retrouvons la joie de vivre.

Père Sébastien

(1 Co 7,32) Dt 18,15-20 ; Ps 94 (95) ; 1 Co 7,32-35 ; Mc 1,21-28

HOMELIE

Nous voir libres, et libres de tout souci, voilà le vœu de saint Paul, un vœu qui nous va droit au cœur. Parce que les soucis, nous en avons souvent. Certains sont peut-être futiles, mais beaucoup concernent tout de même des choses dites essentielles, notamment en rapport avec nos enfants, nos parents, notre santé, notre travail, nos responsabilités, etc. En nous voulant libres de tout souci, Paul ne veut pas dire qu’il faut se tourner les pouces, ou être insouciants ou irresponsables. Il semble plutôt appeler à deux choses. D’abord, ne pas ajouter la pré-occupation aux occupations, dans le même sens que Jésus qui dit : «  Que votre cœur ne soit pas bouleversé » (Jn 14,1). Et ensuite, comme Paul le dit lui-même, nous devons être libres des soucis de ce monde pour plutôt porter « le souci des affaires du Seigneur », seul chemin vers la paix intérieure et la sérénité.

Mais comment ne pas ajouter la pré-occupation aux occupations ? Comment rester serein ? Comment nous rendre libres de tout souci ? Chacun cherche, se tracasse, prend les options qui peuvent marcher pour lui, et peut-être pour ses proches aussi, mais qui ne fonctionnent pas nécessairement pour tous :

- Saint Paul, par exemple, avec des propos qui pourraient nous déconcerter, vante le célibat. C’est sans doute parce que cet état de vie le rendait personnellement plus disponible pour sa vocation missionnaire ! Mais, en soi, le célibat ne vaccine pas contre les soucis, et il ne dispose pas d’office à servir Dieu.

- Jésus a pensé, lui aussi, aux soucis de ses disciples et, à l’occasion, il a proposé une belle voix spirituelle et pratique (lire Mt 6,31-34). Il disait : « Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, votre corps, vos vêtements, votre lendemain… ». Pourquoi ? Parce que, disait-il, « Votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez (Mt 6,8.32). Puis il a ajouté : priez (Mt 6,9 ; 7,7). Il assure que le Père est à l’œuvre, mais le Fils aussi (Jn 5,17). Ce Christ dont l’épître aux Hébreux dira qu’il « est le même, hier et aujourd’hui et éternellement » (He 13,8) ; à ses disciples, il a bien dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,20).

Le voilà à l’œuvre, dans l’évangile de ce dimanche. C’est quelqu’un qui n’hésite pas à venir commencer sa mission à Capharnaüm, ville où se côtoient juifs et païens. C’est quelqu’un qui ne parle pas comme les sages et les scribes de son temps : les foules sont, paraît-il, suspendues à ses lèvres ; et pourquoi ? Parce qu’il parle « en homme qui a autorité ». Donc, non seulement il « connaît » Dieu, mais son enseignement est « ratifiée » par des œuvres visibles et bienfaisantes. Pour illustrer cela, le voilà en train de s’occuper d’une personne tourmentée par un mal. Un mal mystérieux qui met la personne hors d’elle-même ; ce mal résiste même à Jésus, en continuant à faire souffrir le malade, mais il finit par être vaincu par la puissance de la parole du Fils de Dieu. Et dans la synagogue, tout le monde est suspendu à ses lèvres.

Et nous-mêmes alors ? Oui, nous portons de multiples maux et soucis qui nous tracassent, qui nous mettent hors de nous-mêmes. Quels qu’ils soient nos soucis, ne faut-il pas les porter dans la prière et les assumer dans notre communion avec Dieu ? A certains moments, nous aurons l’impression que Dieu n’agit pas, qu’il est lent, ou qu’il nous mène par des voies difficiles. En nous peuvent surgir la déception, la révolte, et même la question : « Jésus, es-tu venu pour nous perdre » ? Le combat de la foi peut être rude, il va exiger toujours plus d’espérance : nous venons à l’Eucharistie pour être tirés vers le haut et non vers le bas, pour nous laisser doucement débarrasser de l’esprit négatif en laissant le champ libre à la parole de Jésus. Avons-nous faim de sa parole ? Est-elle une lumière pour nos pas ?

Il nous arrive nous aussi d’être suspendus aux lèvres de Jésus, parce qu’il a promis de belles choses, n’est-ce pas ? Ses promesses sont pour éveiller notre foi et nourrir notre confiance, mais aussi pour soutenir notre implication active. Tenez, si nous sommes touchés par Jésus, c’est parce que son message est Bonne Nouvelle et repose sur une bienveillance cordiale et active. Ses paroles sont devenues actions dans des sacrements et dans une vie fraternelle ecclésiale où se prolonge son infinie bonté. C’est pourquoi, là où les soucis nous bousculent, le combat va exiger de nous la foi et l’espérance, mais aussi la charité de la communauté agissant au nom de ce Christ compatissant.

C’est dans ce cadre que Dieu promet à son peuple un prophète comme Moïse. Ce prophète, c’est Jésus, mais avec lui tous ceux qui sont nés de Dieu par lui (Jn 1,12-13). Ce sont tous les témoins de la parole et de l’amour de Dieu, témoins de sa présence, qui aident à trouver des solutions et un chemin de paix là où il le faut. Ce sont ces prophètes, qui ont le souci des affaires du Seigneur ; ils ne sont peut-être pas connus et sont peut-être simplement un parent, un enseignant, un prêtre, un ami, une de ces personnes engagées dans la paroisse ; ce sont en tout cas des personnes qui accueillent la parole de Dieu et essaient d’en vivre.

En cette Eucharistie, nous confions à Dieu tout ce qui nous préoccupe, notamment notre monde aujourd’hui malade de la covid. Nous lui demandons de faire grandir notre foi. Nous le remercions et le prions pour ses envoyés qui continuent à manifester sa présence, ses prophètes de notre temps. Et nous le prions pour que, plus libres des soucis de ce monde, nous ayons la joie de nous mettre à le servir à travers l’Église et nos frères.

Père Sébastien

Isaïe 60,1-6. Psaume 71. Éphésiens 3,2-3a.5-6. Matthieu 2,1-12

HOMELIE

En ce premier dimanche de l’année, nous fêtons l’Épiphanie du Seigneur, c’est-à-dire la manifestation du Christ comme lumière de Dieu et Sauveur de tous les hommes. De cette fête, ce qui est le plus connu et populaire, c’est la traditionnelle galette des rois. Or son origine biblique est l’évangile sur les mages. Nous qui avons l’habitude de partager cette galette avec l’espoir d’avoir la Isaïe 60,1-6. Psaume 71. Éphésiens 3,2-3a.5-6. Matthieu 2,1-12 fève du roi, les mages doivent nous servir de modèle en cette année nouvelle ; leur pèlerinage comporte 3 étapes : se mettre en chemin, guidés par l’étoile ; reconnaître le Fils de Dieu ; et repartir remplis de joie, en prenant un autre chemin.

1ère étape : des chercheurs se mettent en chemin. Les mages sont des savants, des chercheurs de sens, pour le bien de tous. Ils représentent tous ces hommes de bonne volonté, en recherche de sens, en quête du salut. Dieu connaît leur souci. C’est pourquoi, pour qu’ils se mettent en route, une étoile les rejoint, comme pour dire qu’à ceux qui s’ouvrent à lui et qui sont en recherche, Dieu donne sa lumière, car c’est lui-même qui agit dans leur cœur. Cette lumière est manifestée à Bethléem, en Jésus. En effet, l’étoile va s’arrêter là où se trouve l’enfant : celui-ci est donc la lumière dont la mission est de se manifester à l’humanité entière et de la sauver.

2ème étape : à Bethléem. Devant l’enfant, les mages s’agenouillent en signe de respect, et lui offrent de l’or, de la myrrhe et de l’encens. Adorer cet enfant c’est reconnaître qu’il est le Seigneur. Leurs précieux présents le signifient. Et l’évangile ajoute qu’ils sont remplis d’une grande joie en découvrant l’enfant Jésus.

3ème étape : le retour. Ils vont repartir chez eux par un autre chemin. Plus question de passer par Jérusalem. Certes Jérusalem est un lieu de passage important : c’est dans cette ville où se trouvent le Temple du peuple priant, le roi Hérode et les connaisseurs des Écritures, que les mages ont été renseignés sur le lieu où doit naître le Messie. Mais, il faut noter la réaction de la grande majorité des juifs de l'époque et celle d'Hérode : celui-ci perçoit, à travers l’étoile de Bethléem, l’irruption d’un Roi qui menace son pouvoir politique ; avec lui, les autres sont si confortablement installés dans leurs habitudes de pensée et de pratique, et surtout dans l'illusion de leur supériorité, qu’ils ne s’intéressent pas tellement à ce que ces étrangers leur racontent. A nous aussi de faire attention à ce "réflexe d'installation", comportant le risque d'indifférence à ce qui se passe autour de nous. Ce chemin-là n’est plus à prendre.
Ayant contemplé le Fils de Dieu, et remplis de joie, les mages deviennent les prémices de la nouvelle Jérusalem ; car c’est justement eux, par leur pèlerinage, qui accomplissent la prophétie d’Isaïe : Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi et... par toi sur les nations. C’est aussi ce message que nous trouvons chez saint Paul dans sa lettre aux Éphésiens : … toutes les nations sont associées au même héritage… Autrefois, Paul pensait que les promesses de Dieu ne concernaient que les fils d’Israël. Maintenant qu’il a compris la possibilité offerte à l’humanité entière d’avoir part au salut, il se lance de toutes ses forces pour que cette bonne nouvelle soit connue partout dans le monde.

Frères et sœurs,

- Pour nous aussi la marche de 2021 a commencé dans la lumière de la Nativité du Christ qui apporte sa joie non seulement à ceux qui sont à Bethléem, mais aussi à ceux qui sont loin. Ainsi, notre mission est clairement indiquée par Isaïe : debout, Jérusalem, resplendis. Nous avons à rester debout et à resplendir, un peu comme des miroirs appelés à se placer correctement pour bien réfléchir la lumière vers les lieux obscurs.

- Se placer correctement, comment ? A travers le récit de ces mages, nous recevons l’appel à devenir des assoiffés de Dieu, de sa joie, et donc aussi à rechercher et accueillir tous les signes dont Dieu parsème le monde actuel et la vie de chacun de nous. N’est-ce pas qu’un chant nous dit si bien que, dans notre histoire, Dieu pose des signes par milliers comme des traces de sa gloire ? Ces mages sont aussi un modèle d'humilité car, reconnaissant leurs limites, ils n’hésitent pas à interroger ceux qui en savent a priori plus qu'eux sur ce "petit roi des juifs" qui vient de naître. Et ils suivent ce que disent les Écritures.

- Enfin retenons que Dieu place des  « étoiles » sur notre route vers lui, pour qu’à notre tour, nous devenions des étoiles pour les autres. A travers la démarche des mages, nous sommes invités à considérer l’aspiration de tout homme à la lumière et à la joie. Qu’ai-je donc de précieux à offrir au Seigneur ? Ni or, ni encens, ni myrrhe ; mais si j’accueille vraiment la lumière de Jésus, pour les membres de son Corps et pour toute autre personne je serai comme une étoile qui leur donnerai envie d’en être autant : je serai une étoile d’amour, une étoile de partage, une étoile de pardon, de paix. Notre priorité doit être comme celle du Christ pour tous ceux qui, chrétiens ou non, sont en recherche de sens, de vie, de joie, de Dieu.

Que le Seigneur bénisse notre pèlerinage de 2021 : qu’Il nous aide à nous mettre en chemin guidés par sa lumière ; qu’Il nous donne de connaître sa joie et de voir les signes de sa lumière et de son amour ; et qu’Il nous donne la grâce d’en rayonner, en vrais témoins. Amen.

Père Sébastien

Genèse 15,1-6 ; 21,1-3. Ps 104. Hébreux 11, 8.11-12.17-19. Luc 2,22-40.

HOMELIE

Au lendemain de la fête de Noël, dans la lumière de la Nativité, nous fêtons la Sainte Famille en priant pour nos familles, afin qu’elles deviennent des lieux d’accueil du Christ, des lieux où se laissent accueillir et partager la vie divine et la joie de l’amour.

Les familles d'aujourd'hui, prises dans bien de turbulences, ont conduit les chrétiens et l’Église à s’interroger sur ce que doit être la famille chrétienne. Ainsi, il y a quelque six ans, le Pape François a convoqué un synode sur la famille, d’où est sorti l’Exhortation apostolique « Amoris laetitia », la joie de l’amour. Beaucoup de débats ont eu lieu sur le modèle familial à adopter. Le modèle traditionnel avec un père, une mère et des enfants est celui que nous enseigne la sainte famille de Jésus, Marie et Joseph. C’est l’exemple proposé par la sainte Famille de Nazareth, ce modèle que connaissent nombre de familles, et pour lesquelles nous rendons grâce à Dieu.

Mais ce modèle reste un idéal, il faut le souligner ; car beaucoup de familles commencent bien, mais connaissent ensuite des chemins difficiles, des déceptions, des séparations, de nouvelles unions. On en arrive à de nouveaux types de familles, sont aussi des chrétiens soucieux de leur foi. N’étant pas une réalité abstraite mais une réalité vivante, la famille peut donc revêtir plusieurs configurations selon les cultures ou selon les époques ; mais toujours elle doit mettre en avant la solidarité des personnes qui se lient ensemble pour croître, grandir, se soutenir, s’entraider, s’aimer et se perpétuer dans le temps et l’espace. La Bible ne définit pas de code familial, mais depuis Adam et Ève, et plus tard Abraham et Sara, et jusqu’à Jésus, on a toute une galerie de portraits de famille, tantôt heureuses et tantôt éprouvées. Et elles sont toutes évaluées selon le degré de leur foi en Dieu et de leur accueil du prochain. Donc toutes ces familles, et les nôtres aussi, quelles qu’elles soient, sont appelées à être la demeure de Dieu.

La liturgie de ce dimanche nous propose en exemple deux familles, celle d’Abraham et de Sara, et celle de Joseph et Marie. Dès le départ on peut observer que ces familles ont leurs problèmes comme les nôtres. La première famille qui nous est proposée en exemple est loin d’être parfaite et sans souci. Sara et Abraham, devenus âgés, c’est un couple en désir d’enfant, prêt à tout pour en avoir, et en proie avec tous les conflits de couple qui en résultent. Pourtant Dieu a promis, mais la réalisation tarde. Il y a parfois des hésitations, des colères, des jalousies, mais aussi des pardons, des réconciliations. Leur foi reste finalement plus forte que tout.

En ce qui concerne Marie et Joseph, leur vie n’est pas plus simple. Comme le dit Syméon à Marie : « ton âme sera transpercé d’un glaive. » Dès le début, le couple est bousculé : Marie est enceinte avant le mariage, Joseph pense la répudier en secret, mais au risque de faire de Marie une femme sans mari et de Jésus un enfant sans père. C’est Dieu qui vient aider Joseph à prendre la décision de garder Marie. Puis dans la suite, ils vont connaître un exil en Égypte et la douleur de voir leur fils disparaître pendant trois jours lors d’un pèlerinage à Jérusalem. Enfin, Marie et Joseph sont bien souvent déboussolés face aux paroles et aux actes de Jésus (ex. à Cana).

Non, la vie des saintes familles n’est pas un long fleuve tranquille et n’est pas exempte de toutes les difficultés, douleurs et souffrances qui peuvent être présentes dans notre humanité. Ce qui fait la sainteté de ces familles, c’est leur foi : la foi des individus qui composent la famille et les relations que cette foi leur permet d’entretenir. Au final, ce qui nous est proposé ce n’est pas seulement la représentation d’une famille idéale, mais bien plutôt un idéal de relations où la communion avec Dieu et la présence de son amour sont possibles grâce à la foi.

« Grâce à la foi... », cette expression revient comme un refrain dans le chapitre 11 de la lettre aux Hébreux ; et l’auteur va jusqu’à dire que le temps lui manque pour énumérer tous les croyants de l’Ancien Testament, dont la foi a permis au projet de Dieu de s’accomplir.

La sainte famille, celle de l’Ancien Testament comme celle du Nouveau, est une famille ordinaire, mais animée par le souffle de la foi, de l’espérance et de la charité. La foi a aidé Abraham et Sara à persévérer dans leur attente et à obéir à Dieu. Elle les a aidés à surmonter les crises jusqu’à voir un jour l’accomplissement de la promesse. Face à leurs questions et leurs hésitations, Marie et Joseph trouvent la lumière en écoutant l’ange du Seigneur, l’envoyé de Dieu. L’écoute de cette parole est le roc sur lequel est bâti leur couple. Ils s’abandonnent à Dieu et nourrissent leur foi dans la prière personnelle et communautaire. Ainsi les voit-on fréquenter la synagogue et le Temple, avec leur enfant à qui ils transmettent leur foi et leurs valeurs, de sorte qu’il grandit, rempli de sagesse et habité par la grâce de Dieu.

Leur foi est empreinte d’espérance, mais aussi de charité envers le prochain. Abraham et Sara connaissent un grand amour mutuel malgré la terrible épreuve qu’ils vivent. Et ils sont connus pour l’hospitalité qu’ils offrent aux passants (Gn 18). Joseph et Marie donnent de la joie à ces personnes âgées qui attendaient de voir la consolation d’Israël. Marie va visiter et aider sa cousine Élisabeth pendant trois mois. Et elle restera la mère attentive à son fils jusqu’au pied de la croix.

« Ta foi t’a sauvé » a dit Jésus à des personnes guéries par lui. Notre foi connaîtra toujours des moments riches, mais aussi des déserts, mais nous devons y tenir, avec le grâce de Dieu ; car c’est un riche ferment pour la vie de nos familles. Demandons donc au Seigneur le don de la foi ; que celle-ci illumine nos cœurs et donne à de nos familles d’être des lieux où le Verbe se fait chair, où Jésus est accueilli ; des lieux de vie, de joie et d’un amour qui rayonne et émerveille.

Père Sébastien

 

Isaïe 52,7-10. Ps 97. Hébreux 1,1-6. Jean 1,1-18.

HOMELIE

La fête de Noël 2020 est très particulière. Elle nous trouve dans un monde malade, malade à cause du Coronavirus, cette pandémie qui a touché la vie de milliers et de milliers de personnes dans le monde entier, et qui nous a contraints à des confinements lourds de conséquences.

D’où nous viendra le message de consolation ? Hier soir, pour la messe de la nuit de Noël, la liturgie faisait lire le récit bien connu, rédigé par saint Luc, qui nous raconte ce que nous voyons dans la crèche, à savoir la naissance de Jésus à Bethléem au milieu des bergers qui reçoivent la bonne nouvelle de la naissance du sauveur. Mais à la fin de ce récit évangélique de Luc tout plein de la joie de Noël, nous aurions pu dire aussi : « Il est grand ce mystère de la foi ». Comment cet enfant est le Fils de Dieu ? Comment ce bébé tout fragile est le sauveur ? Comment sauve-t-il donc ?

C’est à ce niveau que la liturgie de ce jour de Noël nous donne à lire la prophétie d’Isaïe avec des réflexions théologiques de Saint Jean et de l’auteur anonyme de l’épître aux Hébreux. Pour ce dernier, l’enfant Jésus est le Fils de Dieu, né de Dieu. Il est la révélation dernière et totale de Dieu ; il est le Premier-né dans le monde à venir. Avec lui démarre un nouveau commencement. Saint Jean va dans le même sens. Le Christ, c’est la Parole par laquelle, au commencement du monde, Dieu a créé. Et rien n’a été fait sans le Verbe. Il est Dieu, né de Dieu, lumière né de la lumière. Saint Jean affirme que Jésus-Christ est la parole de Dieu incarnée, qui a dressé sa tente parmi nous. Il est le Fils unique de Dieu, le seul qui a vu Dieu, et qui peut le faire connaître aux hommes. C’est uniquement par lui que nous avons la grâce de Dieu et sa vérité. Beaucoup ont refusé de l’accueillir ; mais ceux qui l’ont accueilli, le Seigneur leur a donné de pouvoir devenir ses enfants, comblés de grâce.

Finalement Saint Jean rappelle en d’autres termes ce que Luc nous a dit hier soir : par Jésus, Dieu s’est fait proche. Dieu, qui est la vraie lumière, vient illuminer nos nuits. Ce Noël 2020 est un appel à entrer dans l’espérance, en écoutant l’évangéliste Jean nous rappeler que :

- le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. Ce n'est pas dans le confort d’un palais que naît le Rédempteur. Il naît dans une étable, dans la pauvreté, dans la misère du monde. Il a partagé notre condition humaine, il a pris notre fragilité, et nous reste finalement et définitivement très solidaire.

- en tant que Parole créatrice, ce fils de Dieu vient créer toutes choses nouvelles (Apoc 21,5). Il inaugure un nouveau commencement, comme celui des origines où tout ce qui a été créé était bon.

- Jean-Baptiste n’était pas la lumière, mais témoin de la lumière, afin que le monde croie. Le Verbe fait chair, qui inaugure un nouveau commencement, tient à nous impliquer dans cette œuvre. C’est pourquoi il nous donne de devenir enfants de Dieu. Nous devons être actifs et confiants parce que Dieu nous fait fait confiance et il continue de susciter des témoins, des personnes habitées par sa lumière et qui sont témoins de son amour.

Avec Isaïe nous osons dire avec émerveillement : qu’ils sont beaux les pas de ceux qui portent la bonne nouvelle, qui annoncent le salut et la paix ! Avec eux, et en communion avec la Parole de Dieu faite chair, un nouveau commencement est possible. Accueillons donc cette parole. Qu’elle soit toujours mise au commencement de tout ce que nous entreprenons, qu’elle prenne chair dans ce que nous sommes et ce que nous vivons. Grace à cette parole créatrice qui s’incarne, accueillons le renouveau que Dieu désire pour notre monde.

 

Père Sébastien

Isaïe 9,1-6. Ps 95. Tite 2,11-14. Luc 1-14.

HOMELIE

Cette nuit, nous célébrons le mystère de Bethléem, le mystère de l’incarnation de Dieu que révèle l’annonce ancienne et toujours nouvelle de la nativité de Jésus : « Aujourd’hui un Sauveur nous est né ». Avec cette naissance arrive un nouveau commencement de l'histoire du monde, qui nous permet de vivre dans l’espérance, comme les bergers de Bethléem près de Joseph et Marie.

Pour accueillir l’enfant Jésus, Joseph et Marie s’inscrivent dans une grande histoire marquée par la foi et l’attente d’un peuple qui a espéré depuis longtemps la venue du Messie, cette espérance dont le prophète Isaïe est témoin et qu’il tient à nous partager. Isaïe, huit siècles avant Jésus, annonce la naissance d’un fils qui portera des noms spéciaux : « Dieu-Fort », « Conseiller merveilleux », « Prince-de-la-paix ». Aux dires du prophète, cet enfant doit être signe et instrument de l’amour puissant de Dieu pour l’humanité.

Joseph et Marie vivent cette attente dans la foi ; et grâce à leur foi, ils sont choisis pour accueillir l’enfant de la promesse dans leur foyer. Quel privilège ! Mais aussi quelle lourde responsabilité ! Ils vont accueillir cet enfant dans un foyer dont la vie est marquée par les événements du pays, notamment – cette année-là – le recensement qui les oblige de se déplacer loin de chez eux, de devenir comme des migrants à Bethléem où ils doivent passer la nuit à la belle étoile. Marie donne naissance à son enfant dans la situation la plus humble qui soit. Ils partagent la pauvreté des bergers, ainsi que leur nuit sombre et froide. La venue de cet enfant vient illuminer leur nuit : une lumière céleste les surprend et le cantique des anges retentit : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes qu’il aime ». Ainsi s’accomplit la prophétie d’Isaïe : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ».

Frères et sœurs dans le Christ, ce peuple illuminé et émerveillé, c’est d’abord les bergers de Bethléem avec Joseph et Marie, puis les mages qui représentent toutes les nations. Ce peuple, c’est aussi nous qui, dans notre monde, connaissons aussi des temps sombres, l’incertitude, la peur, la tristesse. Reconnaissons que la fête de Noël 2020 est particulière : elle nous trouve dans un monde malade, malade à cause du Coronavirus, cette pandémie qui a touché la vie de milliers et de milliers de personnes dans le monde entier, et qui nous a contraints à des confinements lourds de conséquences. Si Noël a toujours été une fête du renouveau, il y a cette année une attente plus grande d'un monde nouveau, d'un monde guéri, libre, épanoui, et plus solidaire.

Soyons comme ces bergers rassemblés autour du nouveau-né. Mettons notre espoir est en lui parce qu’il s’appelle Jésus, ce qui signifie "Dieu sauve" ; on l’appelle aussi « Emmanuel » c’est-à-dire « Dieu avec nous ». Dieu se fait proche. Le meilleur cadeau de Noël, c’est Dieu qui nous le fait. : il se donne, il nous rejoint là où nous sommes. Fêter ce Noël 2020 est une manière de réentendre l’ange du Seigneur nous dire : « Ne craignez pas… Aujourd’hui, le sauveur est né ». Ce n'est pas dans le confort d’un palais que naît le Rédempteur. Il naît dans une étable, dans notre pauvreté.

Et, en venant parmi nous, il allume dans le monde le feu de l'amour de Dieu (cf. Lc 12,49). Ce feu ne s'éteindra jamais plus. Parce que Dieu se laisse déposer dans une mangeoire ; de là, il ne cesse de nourrir de milliers de personnes qui, on le voit dans le monde et à travers l’histoire, sont habités par son amour et se font proches des autres. Des personnes qui vont jusqu’à prendre des risques afin de sauver la vie. Pensons à ces 3 gendarmes qui ont perdu la vie en voulant sauver une pauvre femme. Pensons au personnel soignant qui continue à prendre des risques en cette crise de la covid, ou ces parents ou grands parents…, comme ces visiteurs de malades, ou ces salariés et bénévoles des associations caritatives ou de différentes structures d’accompagnement, cet accompagnement qui s’effectue au quotidien et dans le silence. Ce sont eux, ou plutôt c’est vous les anges de notre temps qui, par votre engagement, chantez gloire à Dieu, apportez la paix. C’est vous ces anges d’aujourd’hui dont le témoignage de foi ne cesse de redire : « Ne craignez pas… Aujourd’hui, le sauveur est né ».

Il est né le « Prince de la paix ». En nous tous, doit grandir l'espérance de guérison, de consolation, de rencontres fraternelles et joyeuses. Car, nous sommes faits pour le jour et non pour la nuit, pour la paix et non pas la violence ou la guerre, pour la joie et non pas la tristesse, pour l’espérance et non le désespoir. Prions, avec Saint Paul, pour que la naissance du Fis de Dieu dans le monde et en nos cœurs puisse « faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien » (Tite 2,14).

Pére Sébastien

 

1ère lecture : 2 S 7,1-5.8b-12.14a.16. Ps 88 (89). 2ème lecture : Rm 16,25-27. Évangile : Lc 1,26-38.

HOMELIE

Chers frères et sœurs,

Le Seigneur voit notre monde, nos joies, nos peines, nos espoirs, et il veut nous sauver. Mais pour que cela soit possible, il a fallu le « fiat » de Marie, son oui ; et il attend le nôtre.

La promesse d’un Messie Fils de Dieu est faite à David, dans le contexte que nous raconte la 1ère lecture. À son époque, dix siècles avant Jésus, David est en train de bâtir un royaume prospère. L’arche de l’alliance contenant les tables des 10 commandements et qui est le symbole de la présence de Dieu au milieu de son peuple, est gardée sous une tente. David, au sommet de sa gloire, projette de construire pour Dieu une maison grandiose, un Temple. A première vue, son intention est des plus louables ! Curieusement le Seigneur refuse, mais il fait une promesse.

Refus pourquoi ? David ne doit pas se tromper : Dieu seul construit, Dieu seul fait vivre : « Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ?... C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé : j’ai abattu devant toi tous tes ennemis ». Autrement dit, c’est David qui est dans la main de Dieu et non l’inverse. David doit donc renoncer à l’idée de Dieu sur qui on peut mettre la main, dont on peut s’approprier, qu’on peut installer et fixer quelque part. Dieu n’attend pas que David lui bâtisse une maison, ni un temple, car nos constructions n’ajoutent rien à sa grandeur. Son projet va beaucoup plus loin qu’un temple de pierres ou des constructions matérielles. Sa volonté, c’est d’établir durablement son peuple ; celui dont Saint Pierre dira qu’il est la construction sainte bâtie avec les pierres vivantes que sont les vrais disciples du Christ (1 Pierre 2,5)

Après son refus, Dieu va faire une promesse à David. Il s’agit même d’un serment (cf. Ps 88). Que lui dit-il ? « C’est moi qui te bâtirai une maison ». Il promet à David, à travers sa descendance, une royauté éternelle. Les chrétiens comprendront que cette belle promesse s’est réalisée en Jésus. Pour l’évangéliste Luc, l’ange Gabriel annonce à Marie un enfant dont il dit ceci : « Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin ». Pour saint Jean, le Christ atteste qu’il est lui-même le Temple voulu par Dieu : « Détruisez ce Temple, et en trois jours, je le rebâtirai » (Jean 2,19). En Jésus, c’est Dieu qui se rend présent au cœur de l’humanité tout entière : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jean 1,13).

Il y a une chose à souligner : la promesse faite à David se réalise grâce à la foi et à l’accueil de Marie, dans la simplicité, la disponibilité et l’humilité. Devant Dieu, cette jeune femme a des dispositions bien différentes par rapport à David. Le grand roi prenait les choses en main ; c’est lui qui commandait, organisait et programmait jusqu’à prétendre être celui qui choisit un emplacement pour Dieu. Marie, elle, est comme l’argile entre les doigts du potier, entre les mains de Dieu. Elle se laisse faire : « Que tout m’advienne selon ta volonté ». Pauvre parmi les pauvres, elle avoue ne pas savoir et elle n’hésite pas de s’interroger et d’interroger : « Comment cela va-t-il se faire ? ». Pourtant elle a une foi bien solide, reconnue même par l’ange. Avoir la foi n’épargne pas des questionnements.

C’est grâce à sa foi que Marie est choisie par Dieu. C’est cette foi qui la met en dialogue avec l’ange du Seigneur, c’est-à-dire avec Dieu lui-même. C’est dans ce dialogue, comme nous dans notre prière, qu’elle se laisse bouleverser, qu’elle laisse bousculer ses propres prévisions. Cette foi lui permettra aussi de recevoir le Saint-Esprit pour que la volonté de Dieu s’accomplisse par elle. Comblée de grâce, le Seigneur est avec elle ; elle est donc habitée par Dieu. Certes, elle ne comprend pas tout, elle est même bouleversée ; mais dans la foi, elle sait entendre de Dieu cette parole de réconfort : « Ne crains pas ». Et dans la foi, elle dit oui, afin que la volonté de Dieu soit faite par elle, et que le salut du monde vienne.

Marie, « la première en chemin », nous montre donc ce qu’est la foi, celle qui nous épanouit et celle qui collabore au projet de Dieu. La foi consiste à se laisser habiter par la grâce divine, sa parole, sa volonté, ses promesses. Elle n’est pas d’abord une somme de connaissances, mais une rencontre intime avec Dieu, un abandon de soi entre ses mains de Dieu et finalement une communion avec lui. La foi est un « oui » à Dieu, envers et contre tout, en dépit de tout ce qui pourrait nous inciter à dire « non » : une situation qui me parait bloquée, sans issue ? Un échec, une situation de solitude, un jugement que je n’accepte pas, une épreuve du deuil, de la santé, de l’âge ? Là où je ne comprends pas, là où je suis bousculé, bouleversé, là où je suis tiraillé par des soucis ou des craintes, j’ai le droit d’avouer mon étonnement, mais je suis toujours appelé à la confiance. Alors, comme Marie, dans la prière et sous l’ombre de l’Esprit Saint, je peux toujours fredonner ce beau chant : « Mon Père, mon père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira… ».

Par son oui, Marie a reçu Jésus en son sein, rendant possible le salut de toute l’humanité. Alors, je prie le Seigneur pour qu’il m’aide à dire et à vivre mon « fiat », afin que par ce oui j’accueille Jésus et je devienne, comme elle, celle ou celui qui porte Jésus au cœur et dans la vie de tous les jours, en allant rendre visite, réconforter, apporter les paroles qui apaisent, les gestes qui soulagent et l'amitié qui réconforte.

Remercions Dieu de nous avoir donné Marie comme modèle et mère. Qu’il nous donne aussi de croire comme elle, et de dire oui à la venue du Christ dans nos cœurs et dans nos vies. Avec Saint Paul, rendons gloire et louange à Dieu, pour avoir révélé son mystère d’amour au monde. Rendons gloire et louange à Dieu pour tant d’hommes, de femmes et de jeunes qui disent oui à Dieu et progressent dans la foi.

Père Sébastien

Isaïe 61,1-2a.10-11 ; Psaume : Magnificat ; 1 Thessaloniciens 5,16-24 ; Jean 1,6-8.19-28

HOMELIE

Le 3ème dimanche de l’Avent est le dimanche de la joie.  Les voix du prophète Isaïe, de la Vierge Marie et Saint de Paul se fondent en un même concert de louange à Dieu pour son œuvre prodigieuse de salut. Elles nous invitent à vivre dans la joie et à être, comme Jean Baptiste, témoin de la lumière du Christ.

L’appel est clair chez Paul : « Frères soyez toujours dans la joie ». Mais, est-il vraiment possible d’être toujours dans la joie ? Non, répondons-nous spontanément. Non, parce que les difficultés de la vie et celles du monde, et tant d’autres choses ne poussent pas à la joie. Sauf qu’une précision doit être ajoutée. Saint Paul la donnera aux Philippiens à qui il dit : « Soyez dans la joie du Seigneur » (Ph 4,4). « La joie du Seigneur » ! La joie à laquelle nous sommes appelés n’est pas un quelconque état de plaisir mondain ou de réjouissance festive, ni une absence totale de difficulté. C’est quelque chose de plus profond. En effet, on entend Isaïe dire : « Mon âme exulte en mon Dieu » ; et Marie : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur ». Il s’agit donc d’une sérénité intérieure, d’une joie "spirituelle". C’est une joie qui vient de la certitude fondamentale d’être sauvé, parce que je suis enfant de Dieu, je sais qu’il m’aime, qu’il me bénit et me garde. Je sais que le Christ mort et ressuscité est toujours avec moi, et que si je trébuche ou que je tombe sous les diverses croix de la vie, il me relève avec lui. C’est une certitude qui me vient de la foi, si bien que la joie du Seigneur est une joie dans l'Esprit Saint.

La prophétie d’Isaïe (1ère lecture) dont Jésus dira à la synagogue de Nazareth qu’elle s’accomplit totalement en lui (lire Luc 4,16s), donne des motifs de la joie du prophète, et du chrétien qui vit sa vocation prophétique. Le prophète tient sa joie du fait que, habité par l’Esprit du Seigneur, consacré par son onction, il a été choisi et envoyé pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérir les cœur blessé, libérer les captifs, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. L’Esprit de Dieu l’engage, et par lui Dieu est à l’œuvre dans ce monde. Marie dira : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge ». C’est face à cela que le prophète exulte de joie, joie d’être choisi, envoyé pour apporter la vie.

A la suite d’Isaïe, à mon niveau de chrétien, j’ai un autre motif de joie : le fait de savoir que l’Église m’offre une foule de modèles d’hier et d’aujourd’hui : des personnes habitées par l’Esprit, consacrées par l’onction, témoins de Dieu. Parmi les pionniers, il y a Marie « la première en chemin », mais aussi Jean Baptiste dont nous parle l’évangile de ce dimanche. Et quand je contemple cette figure austère, je vois que c’est une personne qui étonne, qui suscite des interrogations. Tout le monde veut savoir qui il est. Ils savent qu’il est l’un d’eux, mais on le trouve différent, voire étrange. Nous pouvons l’être même dans nos familles. Jean Baptiste, tout le monde le trouve semblable à de grands hommes de la Bible comme Élie ou « le Prophète annoncé » ; on pense même qu’il est le Messie. D’une humilité extraordinaire, il se présente comme la voix qui prépare la venue du Messie, il leur dit clairement qu’il n’est pas le Christ. L’évangéliste dit ce qu’il est : un témoin, témoin de la lumière, un véritable rayon de soleil. Quelle belle vocation !

Pour accueillir et garder la joie du Seigneur, Paul nous dit le secret : « N’éteignez pas l’Esprit ». Et pour que cela soit possible, il nous faut, dit-il, prier sans relâche. La prière, ce cœur à cœur avec Dieu, nous met en communion avec Lui et nous comble de son Esprit-Saint. Grâce à la lumière de cet Esprit, je deviens apte à voir que, en dépit de tout, Dieu accomplit des merveilles : il donne la vie, des malades sont accompagnés et soignés, des situations difficiles trouvent solutions, des témoins de l’évangile sont là ; et même quand la mort nous éprouve, Dieu nous appelle à l’espérance de la vie éternelle. Nous avons donc raison de faire nôtre le magnificat de Marie. Je peux aussi chanter ma louange : « Je suis dans la joie, une joie immense, je suis dans l’allégresse, car mon Dieu m’a libéré ». Par cet Esprit saint, recommande Saint Paul, « discernez la valeur de toute chose ». Oui, le monde actuel me propose énormément de possibilités, de choix spirituels, moraux, d'actions, d'orientations de vie ; pour garder la joie u Seigneur, il faut choisir, trier, afin de « garder ce qui est bien et s’éloigner de toute espèce de mal ».

Accueillons donc l’Esprit-Saint en nous. Et demandons au Seigneur la grâce de vivre dans cette joie intérieure. Qu’elle nous aide, nous qui sommes souvent sévères dans le jugement des situations et des personnes, râleurs, tristes, à nous ouvrir à l’émerveillement. Que cette joie s’extériorise et soit partagée. Qu’elle nous aide à surmonter les situations difficiles. Et que, par cette joie partagée, je sois ce témoin de la Lumière du Christ, un rayon de soleil dans le milieu où je vis.

Père Sébastien

Isaïe 40,1-5.9-11 ; 1 Pierre 3,8-14 ; Marc 1,1-8

HOMELIE

Lorsqu’il est demandé au prophète Isaïe de consoler son peuple exilé à Babylone, il sait que la mission est quasi impossible; mais il connaît la parole du psalmiste qui affirme : « Le secours me vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre (Ps 121,2). Ainsi, la consolation que Isaïe va donner, c’est de proclamer que, malgré la durée apparemment longue à attendre, Dieu vient. Voilà la bonne nouvelle : Lui le Maître du temps et de l’espace, c’est un Dieu qui vient comme un berger ; il vient libérer, sauver, racheter. Il vient avec puissance, la puissance du pardon et de l’amour, une puissance créatrice qui vient faire toutes choses nouvelles. C’est donc un nouveau commencement qui s’annonce.

Pour l’évangéliste Marc, ce commencement qui est une bonne nouvelle arrive par Jésus le Christ, c’est-à-dire le Messie attendu. Ce n’est pas par hasard que le premier mot de l’évangile selon saint Marc est le même que le premier mot de toute la Bible : « Commencement du ciel et de la terre » d’un côté, « Commencement de la Bonne Nouvelle… », de l’autre. Marc nous suggère ainsi qu’en Jésus, Dieu inaugure un nouveau départ et lance une nouvelle création.

Mais Jean Baptiste rappelle que nous ne pouvons pas nous contenter d’attendre passivement que Dieu vienne. Lui, pour sa part, il accepte d’être ce prophète annoncé par Isaïe, cette voix qui crie dans le désert : « Préparez le chemin du Seigneur ». C’est au désert que tout commence parce que :

- Dans le monde de la Bible, le désert c’est le lieu du silence. Au désert, lieu du dépouillement et du manque, on peut écouter. Dieu vient parler à son peuple et il est venu lui parler « au cœur » (Osée 2,16).

- Mais le désert, « terre aride, altérée et sans eau » comme le dit le psaume 62 (v. 2), c’est aussi le symbole de l’aridité de notre cœur parfois dur, indifférent, rancunier, égoïste, triste, découragé et abattu. C’est ce cœur fermé à la grâce divine, qui fait qu’il y a aussi des déserts d’humanité où la vie de l’homme est bafouée, des déserts de solitude et des déserts d’amour, etc.

Le temps de l’Avent est celui de combler les ravins qui nous séparent de la vie, de Dieu, de l’autre ou de la communauté ; c’est aussi le temps de raser ces montages d’orgueil, de préjugés, de jugements, de prétextes qui nous empêchent de vivre la foi, l’espérance et la charité. Pour que Dieu vienne en nous, nous devons nous tourner vers lui et nous convertir. Dans la 2ème lecture, Saint Pierre nous demande de mettre la main à la pâte pour travailler à l’accomplissement de cette promesse divine concernant l’avènement d’un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. C’est pourquoi, ajoute-t-il, « en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix. Le Seigneur lui-même nous donne la force de son Esprit-Saint ».

L’Évangile semble enfin nous dire que nous devons être des Jean Baptiste de notre temps, dans nos familles et nos milieux de vie, préparant le chemin du Seigneur pour qu’il vienne dans le cœur et la vie de ceux qui sont confiés : nos enfants, petits enfants, conjoints, parents, amis et proches, etc. Nous avons à suivre l’exemple de Jean-Baptiste qui, plus que par ses paroles, prêche par sa vie : son dépouillement, la sobriété de sa vie, son amour du désert dont le silence lui permet d’écouter Dieu, sa disponibilité à montrer le chemin de vie, son humilité qui fait qu’il s’efface devant Celui qu’il annonce, etc. Bref, c’est une vie qui parle et qui indique que le Baptiste est habité par Dieu.

Concluons. A nous qui sommes parfois tentés de nous arrêter et de nous décourager, ce temps de l’Avent nous offre une chance de repartir, une occasion de ranimer en nous la flamme de l’espérance. Le Seigneur vient. Il est fidèle à sa promesse inouïe de nous accorder un ciel nouveau et une terre nouvelle. Un commencement nouveau doit intervenir. Cela se prépare d’abord en nous. Cherchons à enlever de nos vies tout ce qui n’est pas de Dieu. Nous en connaissons les moyens : écouter et accueillir la lumière de la parole de Dieu, retrouver le chemin d’une prière plus fréquente et profonde, être plus inventifs dans la charité, et aimer le sacrement de réconciliation ou, au moins, savoir reconnaître devant Dieu la vérité de ce que nous sommes pour oser, en toute humilité, accueillir son pardon et nous convertir. Toujours fidèle et patient, le Seigneur nous accorde le temps nécessaire pour que nos espoirs rejoignent ses attentes.

Père Sébastien

Isaïe 63,16b-17.19b; 64,2b-7 ; Psaume 79 (80) ; 1 Corinthiens 1,3-9 ; Marc 13, 33-37

HOMELIE

Le Seigneur vient. Restez éveillés… Veillez !

Le temps de l’Avent est un temps fort de l’espérance chrétienne. En effet, le Royaume de Dieu est déjà là au milieu de nous, mais pas encore dans sa plénitude. Avec la nouvelle année liturgique qui commence, nous avons la période de l’Avent à vivre comme un temps d’attente, l’attente du Fils de Dieu qui est venu, qui vient et qui viendra. Car avec lui viennent, espérons-nous, le renouveau de nos cœurs, celui de nos communautés, et les temps nouveaux, temps de grâce et de paix.

Mais pour se mettre en attente, ne faut-il pas commencer par raviver notre désir ? Le temps de l’Avent préparant à fêter Noël, est celui du désir spirituel, le désir de faire de notre cœur la crèche où Dieu vient naître. Il nous faut donc revivre la soif et l’attente de ceux qui ont attendu le Messie. Ce peuple dont parle Isaïe dans la 1ère lecture, il est sorti de l’exil de Babylone par la main de Dieu, il a reçu grâce sur grâce, mais il se reconnaît loin du bon chemin : embourbé dans les soucis du monde et divers combats, emporté par quelques joies éphémères de ce monde, découragé par les échecs et les souffrances persistantes, ce peuple aspire très profondément à ce que le Seigneur revienne se manifester et le guérir. Isaïe nous apprend alors que Dieu ne reste pas en spectateur de sa création. Il vient à la rencontre du peuple qui espère et qui, de ce fait, retrouve la vie, puis s’abandonne à Lui en ces termes : Maintenant Seigneur, c’est toi notre Père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes. Nous sommes tous l’ouvrage de tes mains.

Nous sommes appelés au même désir de Dieu, à espérer en lui et à nous abandonner à lui dans la confiance. Si Jésus a promis d’être toujours avec nous, le défi pour nous, c’est de désirer le rencontrer, puis d’être prêts à reconnaître ses multiples venues, afin de vivre la rencontre avec lui, qui nous façonne selon son projet et qui nous sauve. Il faut donc veiller, dit-il, comme des serviteurs qui attendent le retour de leur maître sans savoir à quelle heure il arrivera.

Mais le veilleur est une lumière dans les ténèbres. Une lumière faible et fragile. C’est pourquoi le temps de l’Avent, temps de l’attente, est avant tout celui où, comme les cinq vierges sages de la parabole, je pense à remettre de l’huile dans ma veilleuse : l’huile de la prière, de l’Eucharistie, de la Parole de Dieu, de la relation amicale avec l’autre, du partage et de la charité.

Jésus va jusqu’à nous presser de nous inscrire dans la durée  parce que lattente est longue: il faut rester rester éveillé en tout temps. Cette durée, Jésus nous en donne les étapes : le soir, minuit, le chant du coq et le matin. Quatre temps qui rappellent la nuit de toute vie mais aussi les quatre étapes de la passion : le soir du dernier repas, la nuit de Gethsémani, le chant du coq de la trahison et le matin du tombeau vide. Dans les nuits difficiles de notre pèlerinage, nous avons 4 bonnes semaines où la lumière du Christ est appelée à croître en nous afin de mieux illuminer nos vies.

Et c’est hautement utile car pour veiller il faut ouvrir le bon œil et la bonne oreille. Car le Christ vient à l’improviste non seulement dans la prière et la méditation, mais aussi à travers les événements heureux ou malheureux que je vis, à travers les frères et sœurs en humanité, les parents très pris pour le bien des enfants, ces jeunes en recherche, ces personnes inquiètes pour leur boulot, ces malades et ces personnes âgées dont la solitude risque d’être aggravée par la pandémie en cours, etc. Le veilleur dans l’Écriture est tout sauf passif, il engage toute sa vie comme le Christ au service de ses frères et pour le bien commun, jusqu’à donner sa vie pour eux.

L’Avent, temps d’une attente qui n’est pas sous notre contrôle, sera aussi le temps de grandir dans la patience. La patience est souvent difficile ; c’est tout l’inverse de la logique du monde qui est « maintenant, tout de suite, ce que je veux... ». L’Avent est le temps du dépouillement, le temps je m’abandonne dans la confiance entre les mains de Dieu, comme ces contemporains d’Isaïe qui lui disent : Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes. Nous sommes tous l’ouvrage de tes mains.

La conclusion c’est de redire avec Mgr Guy de Kérimel: « Dans cette marche vers Noël, continuons à grandir dans la Foi, l’espérance et la charité ; et restons unis les uns aux autres en nous portant fraternellement dans la prière » (Communiqué épiscopal du 27 nov 2020).

Père Sébastien

(Ez 34,11-12.15-17 ; Ps 22 ; 1 Co 15,20-26.28 ; Mt 25,31-46)

HOMELIE

Solennité du Christ-Roi de l’univers

Pour certains, le titre de « roi » ne convient pas à Jésus parce qu’il signifie pouvoir et puissance absolue. Or, celui que s’attribue le Christ, est à comprendre dans son acception biblique. Le texte qui est lu en ce dimanche est  celui du jugement dernier : « J’étais nu et tu m’as donné à manger, malade et tu es venu me voir… ». Le royaume du Christ est donc avant tout un royaume d’amour.

Les évangiles mentionnent souvent le thème du Royaume et du Règne de Dieu. Dieu règne éternellement, affirme déjà l’Ancien Testament (lire Ps 9,7-12 ; 10,16 ; 47,8 ; 93,1 ; 145,13 ; 146,10, etc.). Roi, le Seigneur l’est, mais de manière très différente par rapport aux rois de ce monde. Selon ce que dit le prophète Ézéchiel, le Seigneur est un berger, ou plutôt le vrai pasteur qui reconstitue son troupeau et lui fournit un pacage abondant et sûr. Et le psaume 22 ajoute qu’avec Lui, il n’y a rien à craindre, même dans les ravins de la mort. Il est avec nous, il nous guide, il nous rassure. Le Roi que nous fêtons en ce dimanche nous est donc présenté comme un Serviteur attentif qui se met au service des plus faibles tout en veillant sur les brebis saines. C’est ainsi que Dieu ne cesse de nous manifester toute sa bonté.

Jésus-Christ assumera ce message qui parle de Dieu comme Roi. Avec sa venue dans le monde, la bienveillance divine est devenue réalité ; il s’est montré plein de sollicitude pour les plus faibles et les plus méprisés. Bien plus, il s’est identifié à eux : il est tellement proche des petits et des exclus qu’il se reconnaît en chacun d’eux. Au cours de sa vie terrestre, c’est précisément le désir de rendre le Royaume de Dieu présent qui va l’inciter à aller à la rencontre des personnes, à leur révéler l’amour de son cœur, à les réunir, à les former comme apôtres, à les envoyer et à les accompagner. Dans son entourage, beaucoup ont espéré – y compris les Apôtres – que Jésus, le Messie, allait « rétablir le royaume pour Israël » (Ac 1,6) et imposer sa domination. Mais il va leur répondre : « Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous: au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d’entre vous, sera votre esclave » (Mt 20,25b-27). Le Christ veut d’abord être le serviteur de tous, il accepte d’aller jusqu’au sacrifice suprême et la croix sera son trône. La seule royauté qu’il revendique « n’est pas de ce monde » (Jn 18,36). Son Royaume en est un règne d’amour et de justice ; sa paix, le monde ne peut pas la lui donner.

Mais alors, est ce royaume ? Où le voit-on aujourd’hui ? Pour y répondre, l’évangéliste Luc écrira : « Le Règne de Dieu est parmi nous » (Luc 17,21). En effet, lorsqu’il commence son ministère, Jésus déclare : « Le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne nouvelle ». Le règne de Dieu est déjà là, mais il demeure en maturation continuelle jusqu’à ce que « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15,28). La Bonne Nouvelle, c’est qu’en lui-même Jésus-Christ, Dieu se rend présent, ici et maintenant. Par sa mort et sa résurrection, il a triomphé de toutes les puissances du mal. Mais Dieu se rend présent aussi par nous quand, par exemple nous chantons : « Tu es là au cœur de nos vies, et c’est toi qui nous fait vivre... ». Oui, berger de toute humanité, Il marche à la tête de la procession des hommes qui montent vers Dieu, et il veut nous associer tous à sa victoire sur la mort et le péché. Il introduit dans son Royaume tous ceux et celles qui le suivent. Par le baptême qui est notre plongée dans sa vie, nous sommes devenus des membres de son Corps et donc un peuple de rois. Avec lui, nous régnons et régnerons, si nous participons à sa vie (2 Tm 2,12).

Le Royaume est là, non pas dans le pauvre, mais dans le partage avec le pauvre, puisque Dieu se fait présent et se laisse reconnaître par le partage du pain (cf. Lc 24,30-31). Christ est manifesté comme roi là où ses fidèles donnent à manger à ceux qui ont faim : la faim de nourriture, mais celle d’amitié, d’être reconnu et considéré, de justice et de paix. Christ se manifeste roi lorsque ses amis offrent un accueil digne et chaleureux à l’étranger : celui venu d’ailleurs, l’immigré et le sans papier, mais aussi toute personne devenue étrangère à l’autre suite à d’autres situations dramatiques, telles que les couples qui se déchirent, les conflits de voisinage ou sur les lieux de travail. À travers ces « étrangers », c’est le Seigneur que nous accueillons ou que nous rejetons. Christ se manifeste roi lorsque nous n’oublions pas le prisonnier, celui qui est en milieu carcéral mais aussi ceux qui sont enfermés dans une réputation mauvaise, ou qui sont prisonniers de l’alcool, de la drogue ou de leurs mauvaises habitudes, et qu’on évite de fréquenter…

Par ces exemples qu’il cite, Jésus invite à nous laisser surprendre et émerveiller par la grandeur et la dignité de tous ces gestes de présence, d’accompagnement, de service et de solidarité, vécus dans l’anonymat et dans la discrétion du quotidien : « C’est à moi que vous l’avez fait ». C’est exclusivement sur l’amour que nous serons jugés. Un grand privilège est le nôtre : nous sommes « héritiers du Royaume », « peuple de rois », donc appelés à vivre avec le Christ. Jésus peut dire que sa Royauté ne vient pas de ce monde, mais elle est au cœur de ce monde car nous sommes les ambassadeurs de ce Royaume. Si le Christ règne en notre cœur, ce sera la meilleure façon de changer le monde et de rendre son Règne présent dans cette société. Et, à la fin de notre pèlerinage terrestre mais aussi tous les jours de notre vie, nous pouvons entendre Jésus nous dire : « Venez les bénis de mon Père et recevez en héritage le Royaume qui a été préparé pour vous avant la fondation du monde » (Mt 25,34).

Seigneur, « que ton règne vienne » !

Père Sébastien

HOMELIE

Tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton Seigneur.
 

Chers frères et sœurs, quelque vingt ans après la mort de Jésus, alors que les chrétiens pensent à un retour imminent du Christ, Paul dit aux Thessaloniciens que ce retour aura bien lieu, mais que personne n’en connaît ni le jour ni l’heure. Plutôt que de se préoccuper du délais et de dates, l’apôtre invite les chrétiens à la vigilance : nous avons à vivre en fils de lumière, clairvoyants et non endormis. Le Seigneur vient ; il est là au cœur de nos vies. Il faut donc être attentifs aux signes de sa présence et lui donner la première place dans nos vies.

L’Évangile de Matthieu, écrit plus tard que la lettre de Paul, montre qu’au moment de cette rédaction les chrétiens pensent moins à l’imminence de la venue du Christ. Puisque l’attente se prolonge, la vivre activement est prioritaire. Matthieu va donc écrire cette parabole où Jésus annonce son départ prochain pour un long et même un très long voyage. Mais auparavant il confie ses biens surabondants à ses disciples, et c’est longtemps après qu’il vient demander des comptes.

Pour en parler, Jésus choisit la métaphore de l’argent : des talents. Le talent dont il parle n’est pas, comme nous l’entendons d’habitude, un quotient intellectuel ou des aptitudes humaines, mais une monnaie de l’époque. Un talent était une somme colossale équivalant au salaire d’environ 6000 journées de travail. Le Seigneur confie tout son patrimoine aux serviteurs : ce sont les biens précieux du règne de Dieu que sont, par exemple, la capacité d’aimer, de servir, de guérir, de pardonner, d’accueillir et de partager la Parole et la vérité de Dieu. Ces biens les plus précieux constituent un réel un trésor, et le Seigneur les distribuent en fonction des « capacités » de chacun : certains en ont plus, d'autres en ont moins, mais aucun n'en est dépourvu.

Ces biens précieux, le Seigneur ne nous demande pas de les conserver précieusement dans un coffre-fort, mais de les faire fructifier. Un jour, nous aurons à rendre compte de la gestion de ce trésor qui nous a été confié. A ce niveau, on voit que cette parabole met en évidence une affaire de confiance. Observez combien de fois revient le mot « confier » dans ce texte : Dieu nous fait une confiance inouïe, car il nous laisse toute sa fortune et nous sommes libres de la gérer selon notre propre initiative. A ce Dieu qui nous fait largement confiance, nous pouvons répondre par une confiance égale, ou bien nous pouvons nous faire une fausse image de lui, avec le risque que la peur régisse nos choix.

Ainsi, le troisième serviteur a la confiance du Maître. Mais lui, en retour, il a peur ; la peur qui constitue la racine profonde de sa passivité. La mission reçue lui apparaît non pas comme une invitation à la créativité, mais comme une contrainte, un fardeau imposé, ou même un piège. Les affai­res du maître ne l'intéressent pas ; elles ne seront qu'une parenthèse dans son activité. Il préfère la sécurité à l'ini­tiative et aux risques. Et par peur de risquer, il se ferme à la joie de servir, puis on lui enlève le talent qui lui avait été confié. Jésus va alors avancer une affirmation importante : à tout homme qui a, c’est-à-dire à celui qui a su fructifier ce qu’il a reçu, on donnera et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré. Une manière de dire : plus je fructifie ce qui m’a été donné, plus je peux donner aux autres, et plus je possède car je reçois le bonheur que produit ce que je sème. C’est l’option prise par les deux serviteurs entreprenants : l’option de la confiance.

Puisque le Seigneur attend que ses serviteurs prennent des initiatives, l’option de la confiance suppose de prendre le risque de perdre. Il faut donc parier sur la bienveillance du Seigneur. La récompense consistera à servir davantage encore, à entrer encore plus activement dans l'œuvre de Dieu, et à trouver dans ce service une joie qui anticipe la joie définitive.

Ce dimanche 15 novembre nous célébrons la 4ème journée mondiale des pauvres et journée mondiale du Secours Catholique, nous entendons Mgr de Kérimel nous dire : « Dans les temps que nous traversons, nous avons plus que jamais besoin de solidarité, de créativité, de liens qui considèrent chacun » . Oui, Dieu nous laisse à notre entière initiative. Il nous fait une confiance inouïe ! Notre vie, notre famille, notre village, notre région, notre planète sont laissés à notre entière responsabilité. Le Seigneur nous rend participants de sa puissance créatrice. Comme la femme énergique et avisée dont la première lecture fait l’éloge ou comme les Thessaloniciens que Paul invite à rester vigilants, notre regard sur le Seigneur conditionne notre engagement. La confiance fait oser et entreprendre. Sommes-nous « endormis ou vigilants » (Paul)? Sommes-nous actifs comme la femme vaillante de la première lecture ou passifs comme le troisième serviteur de l’Evangile ? Est-ce que nous enterrons notre talent comme lui, ou nous en rapportons d’autres
 

Fructueuse méditation et bon dimanche à tous.
 

Père Sébastien

HOMELIE

Au milieu de la nuit, nos lampes sont-elles allumées ?

(Textes : Sagesse 6,12-16 ; 1 Thessaloniciens 4,13-14 ; Matthieu 25,1-13)

 

Chers frères et sœurs,

Dans l’évangile de ce dimanche et face à la pandémie du covid, un détail retient mon attention : l’époux attendu par les dix vierges arrive « au milieu de la nuit », mais seules les filles ayant pris de l’huile de réserve pour leurs lampes ont pu le rencontrer.

Notre vie connaît différentes nuits que nous traversons tant bien que mal. La pandémie du covid en est une. Dans ce contexte, nous sommes comparables aux 10 jeunes filles de la parabole de Jésus. Elles sont invitées aux noces et à la fête ; la joie est à l’horizon. Mais l’époux tarde à venir, et entre-temps la nuit tombe. Cinq de ces 10 filles sont prévoyantes ; elles ont pris leurs lampes avec des flacons d’huile en réserve, contrairement aux autres que Jésus qualifie d’insouciantes. L’époux arrive au milieu de la nuit. Grâce à leur réserve d’huile, les prévoyantes ont leurs lampes allumées et entrent dans la salle des noces, alors que les insouciantes vont à peine chercher à acheter l’huile nécessaire, et ne reviennent que lorsque la porte de la salle des noces est déjà fermée.

Vous savez, frères et sœurs, que l’huile et la lumière sont des signes du baptême. A travers ces vierges, Jésus parle de nous ses disciples, nous les chrétiens. Lui, le Christ de la Passion, mort et ressuscité, il se fait toujours proche de nous dans nos diverses croix et au cœur de nos différentes nuits, afin de nous manifester l’amour de ses noces éternelles avec nous. Saint Paul partage aux Thessaloniciens sa foi en ce Jésus-Christ qui nous sauve de la mort. Il y a eu beaucoup de deuils chez eux. Devant le chagrin et les doutes qui les bousculent, Paul leur ouvre les yeux sur ce qui se passe après la mort : « Il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres qui n’ont pas d’espérance… Ceux qui sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui ».

Mais comment savoir que le Christ est présent dans notre nuit, si la lumière qui permet de le reconnaître est loin de nous ? Et comment cette lumière peut-elle tenir sans être entretenue ? L’huile qu’il nous faut, c’est notre amitié avec Dieu produisant la foi et l’espérance ; celles-ci nous permettent de trouver un sens au milieu des ténèbres du monde et de notre vie, au milieu du mal et de la souffrance, jusque dans l’expérience terrible de la mort et du deuil. L’huile c’est aussi le symbole de ce qui se consume pour les autres, de ce qui donne chaleur pour le cœur des hommes, c’est le symbole de la charité. Comme l’huile permet de conserver la lumière de la lampe, l’amitié avec Dieu entretiendra donc la foi, l’espérance et la charité, les trois vertus qui sont le noyau de la vie chrétienne.

La parabole de Jésus montre enfin que la relation à Dieu est avant tout une relation personnelle : c’est à chacune et à chacun de la chercher et surtout de la vivre. Elle ne se prête pas, elle ne se vend pas. Celui qui n’en vit pas rencontrera des gens qui en sont comblés, qui rayonnent de bonheur, mais ce bonheur mais ne lui appartient pas, il ne le connaît pas. Il s’imagine qu’il peut aller l’acheter, comme tout le reste, chez les marchands. Mais les marchands de bonheur n’existent pas.

Alors, que faire ? La réponse est simple. Devenons comme ces cinq sages : tant que nous gardons, en veillant dans la prière, la présence de Dieu dans notre cœur, nous aurons assez d’huile pour alimenter le feu de notre foi, de notre espérance et de notre amour. Et dans les nuits de notre vie, nous reconnaîtrons la venue de l’Époux qui est là au cœur de nos vies.

 

Père Sébastien

HOMELIE

Jésus proclame heureux ceux qui l’écoutent, ou plutôt il nous indique la nouvelle charte du bonheur. Il nous dit où est le chemin de la sainteté et de la vie, dans ce monde si fragilisé par la peur, la pandémie en cours, la violence, la vengeance, le manque de douceur, le désir de pouvoir et de richesses. La Toussaint que Dieu nous donne de célébrer constitue donc une grande fête de l’espérance.

Dieu seul est saint, dit le Gloria : « Car toi seul es saint, toi seul es Seigneur ». Oui Dieu seul est saint parce qu’il est seul à être parfait dans son être et dans son amour. Mais puisque nous sommes ses enfants par notre baptême, nous sommes entrés dans la sainteté de Dieu et dans la vie éternelle. Nous sommes en marche sur le chemin de la sainteté. Saint Jean nous annonce que ce que nous serons n’a pas encore été manifesté, car nous verrons Dieu face à face. La fête de la Toussaint lève un petit coin du voile de ce monde nouveau attendu. En fait, il est déjà là, mais il nous reste en grande partie caché, ce royaume du Christ, le ciel ; c’est ce que dévoile l’Apocalypse de saint Jean.

Dans ce livre, écrit à la fin du 1er siècle dans un contexte de persécutions contre les chrétiens, l’Apôtre Jean décrit les visions qu’il reçoit de Dieu. C’est là qu’il découvre que les martyrs partagent désormais la joie du ciel près du Christ ressuscité. Le ciel est ce monde nouveau où est rassemblée une foule sauvée par Jésus, une multitude qui lui a fait pleine confiance. Ce sont tous les saints qui partagent son bonheur de ressuscité, après le dur combat de la vie terrestre. Une multitude un peu anonyme selon l'Apocalypse, dont émergent quelques figures célèbres que l’Église fête en particulier chaque jour de l'année.
Dans cette multitude, il y a beaucoup d'inconnus, puisque l’Église ne canonise pas tous ceux que Dieu admet dans la vie éternelle. Et c'est notre joie et notre espérance de reconnaître ou d’imaginer, dans cette multitude, des proches connus et aimés, des membres de famille et des amis. C’est finalement un ciel des saints tout proche de nous sur terre, et nous pouvons croire à leur intercession, solliciter leur prière, leur intervention, leur présence fraternelle et éclairante.

Mais ajoutons que la Toussaint ne fête pas seulement les personnes qui ont quitté ce monde. Non, nous fêtons aussi ceux dont la vie présente sur terre est une marche dans la sainteté, dans cet amour de Dieu. La lecture de l’Apocalypse nous dit que la Toussaint est la fête des Vivants, qui sont en même temps des martyrs c’est-à-dire des témoins prêts à donner leur vie s’il le faut. Ils sont ici parmi nous, ces « vivants du ciel » qui savent que le ciel commence ici-bas. Des personnes qui trouvent un immense bonheur en étant des témoins de Jésus, et qui acceptent de s’effacer pour laisser vivre la volonté de Dieu et laisser triompher l’amour. Ils croient aux béatitudes et ils nous montrent qu’il y a du bonheur de choisir les petites morts de tous les jours pour renoncer à ce qui n’est pas de l’Évangile. Ils croient, par exemple, qu’il est heureux de mourir à soi-même pour accueillir en soi la vie et la sainteté de Dieu, de mourir à la richesse et à l’orgueil pour accepter un cœur de pauvre où Dieu trouve sa place. Il est heureux de mourir à la violence en se faisant doux. Il est heureux de mourir à l’injustice en étant juste, de mourir à la guerre en étant artisan de paix, de mourir au ressentiment à la haine en se faisant miséricordieux.  Il est heureux de mourir à la vengeance et à la spirale de la violence en se laissant insulter. Il est heureux de mourir à l’égoïsme pour que la joie soit partagée à tout homme.

En ce temps de crise sanitaire où l’incertitude et la peur dominent, et où nous entrons de nouveau dans le confinement, Dieu vient nous rappeler son projet permanent de vie et de bonheur pour nous : il a créé l’homme pour le mettre dans un paradis, nous sommes ses enfants et il nous appelle à assumer cela, en même temps qu’il nous redit qu’il ne peut pas nous abandonner. Dans le monde où nous avons à mener son combat, à l’exemple des saints, nous devons nous ouvrir à Dieu dans la prière, l’écoute de sa parole et à l’amour vrai. Alors, il vient à notre secours dans notre faiblesse, pour que nous puissions entrer dès ici-bas dans sa vie, la vie éternelle.

Alors, interroges-toi : pendant ce temps de confinement, comment vas-tu concrètement assumer ta vie de prière, l’ouverture à la Parole de Dieu, et le devoir de charité fraternelle ?

Sébastien PFUTI PHABU, prêtre