Homélies

Lecture du livre des Actes des Apôtres (14, 21b-27)

 

HOMELIE

 

Pendant plusieurs dimanches, la liturgie va nous proposer les derniers entretiens de Jésus avec ses disciples, tels que nous les présente le 4°évangile.

Mais aujourd'hui, je voudrais plutôt insister sur la 1° lecture, tirée des Actes des Apôtres.

Le Livre des Actes des Apôtres évoque les toutes premières communautés chrétiennes.

Son auteur a pour projet de dire comment la Bonne Nouvelle de Jésus été annoncée "jusqu'aux extrémités de la Terre" 1, depuis Jérusalem, lieu de la croix et du tombeau vide jusqu'à Rome où conduisaient toutes les routes connues.

Aventures, drames, voyages, émotions, et parfois même un brin d'humour, tout y est!!!

Aventures de ces quelques hommes et femmes qui sont partis sur les chemins proclamer la gloire de Dieu.

Drames des toutes premières persécutions ou des premières divergences qui manquent à chaque fois de faire éclater la toute première Eglise.

Voyages de Paul et de ses compagnons, avec leurs lots de naufrages et d'imprévus.

Emotion de ceux et celles qui découvrent que Dieu les aime et les appelle à la vie.

Humour quand, par exemple, Paul endort son auditoire parce qu'il n'en finit pas de parler 2, ou encore quand les fabricants d'idoles en arrivent à organiser une manif pour protester contre la concurrence déloyale de la prédication du même Paul 3.

En réalité, et c'est tant mieux, le Livre des Actes des Apôtres se lit comme un roman… ou presque.

Mais, plus profondément, nous découvrons comment l'Esprit travaille au cœur des hommes, malgré nos résistances et nos rébellions.

Nous découvrons aussi comment la toute première Eglise a été amenée à s'organiser peu à peu, comme nous pouvons le découvrir dans la lecture proposée aujourd'hui.

Dans deux villes d'Asie, situées au cœur de l'actuelle Turquie, Paul et Barnabé, instituent des ministères pour la conduite des Eglises.

Il s'agit de groupes d'hommes qui, ensemble, ont la responsabilité de la vie des communautés locales.

Ces ministres, appelés "Anciens", sont un peu l’équivalent des prêtres actuels… J’y reviendrai.

Et on devine déjà la structure des ministères ordonnés dans l'Eglise d'aujourd'hui, plus particulièrement encore dans l'Eglise catholique.

Au sommet, il y a les Apôtres, institués par Le Seigneur lui-même.

Les successeurs des Apôtres sont aujourd'hui les Evêques.

Parmi eux, l'évêque de Rome, le pape.

Parce qu'il est le successeur de l'Apôtre Pierre, il exerce un rôle de primauté et reçoit pour mission la communion de tous les évêques entre eux.

Je note au passage les conflits qui ont existé entre Pierre et Paul, voire les violentes disputes qui les ont parfois opposés…. Les voies du dialogue sont souvent difficiles, et je ne vois pas comment il pourrait en être autrement aujourd'hui, y compris dans la vie de l'Eglise.

Les Apôtres, dont les successeurs sont aujourd'hui les Evêques, et ensuite les diacres.

Les diacres avaient été institués à Jérusalem pour assurer le partage équitable des biens mis en commun pour le service des plus pauvres.

Les diacres d'aujourd'hui reçoivent mission d'être l'image du Christ Serviteur auprès des plus pauvres.

Les diacres sont envoyés en mission auprès des pauvres de pain, des handicapés, et des pauvres de Dieu. Leur ministère s'inscrit au cœur de la vie quotidienne.

Enfin, les "Anciens", ceux que nous appelons aujourd'hui les prêtres, chargés, sous l'autorité de leur Evêque, de la conduite de communautés locales ou particulières.

Là encore, je voudrais faire une remarque: les "Anciens" étaient institués en collèges. C'était un groupe qui était solidairement responsable de la conduite d'une communauté.

Aujourd'hui encore, il doit ou il devrait en être de même: aucun prêtre n'est établi à son compte. C'est ensemble que nous sommes prêtres, et seulement ensemble.

C'est ensemble, en presbyterium, que les prêtres répondent devant l'Evêque de la mission qu'il leur a confiée.

Et cette remarque en appelle une autre: ces collèges des Anciens institués par Paul et Barnabé, ils ressemblent beaucoup à ce qu'on appelle dans notre diocèse une Equipe Paroissiale, c'est à dire un groupe de quelques personnes qui, avec les prêtres, reçoivent de l'Evêque mission de la conduite d'une communauté paroissiale.

Comme hier avec Paul et Barnabé, l'Eglise se donne aujourd'hui les Ministères dont elle a besoin pour sa vie.

Mais ces Ministères de l’Eglise ne seraient rien, ils ne seraient qu’une forme d’organisation, une coquille vide, si ils ne pas d’abord habités par l’Esprit du Christ :

« Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. A ceci, tous reconnaitront que vous êtes mes disciples : « si vous avez de l’amour les uns pour les autres »

Et là, c’est vrai, il y a encore beaucoup à faire !

Seigneur, apprends-nous à aimer comme tu nous as aimés.

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Actes 1,8

2 Actes 20,9

3 Actes 19,23sq

Evangile selon St Jean (Jn 10,27-30)

HOMELIE

L'église est certainement la plus grande multinationale du monde.

Oh, peut-être pas en chiffre d'affaire, mais sans aucun doute en nombre.

A y bien réfléchir, elle est présente d'une manière ou d'une autre dans presque tous les Etats de la Terre.

Qui peut dire mieux?
 

Oh bien sûr, ici ou là il y a des manques.

En France par exemple, et dans le Vercors aussi.

Et tous, moi le premier, souhaiterions qu'il y ait plus de prêtres, plus de diacres, plus de religieux et religieuses, et encore plus de laïcs engagés.

Bref, l'Eglise, ici et ailleurs, manquerait de cadres.
 

Et bien non, désolé.

Plus précisément, quand nous pensons ainsi –et je suis le premier à le faire !- quand nous pensons ainsi, et seulement ainsi, je crois que nous nous trompons lourdement.

 

Pas pour ce qui concerne la réalité de chaque jour, non.

C'est vrai: dans sa réalité concrète, l'Eglise manque de bras, l'Evangile manque d'ouvriers.

Ici comme ailleurs.

 

La vie d'un prêtre peut-elle se résumer à une succession de messes, baptêmes, mariages et enterrements –même si c'est passionnant – au détriment d'autres temps de rencontre, de partage, de construction?
 

Le ministère d'un diacre permanent –il n’y en a pas dans notre paroisse - peut-il s'exercer au détriment de sa vie de famille, parce que, c'est vrai, on a besoin de lui?
 

La vie des laïcs engagés, avec toute la générosité dont je suis témoin, peut-elle se résumer à tous les engagements pris, sans compter qu'on leur en demande toujours plus?
 

Autant de questions concrètes qui sont bien réelles.

Mais qui risquent, peu à peu, de nous éloigner de l'essentiel.

L'essentiel: c'est le Christ qui est Berger, c'est le Christ qui est Pasteur.
 

Lui et lui seul.

L'Eglise n'est pas une multinationale.

Elle n'est qu'une part, une part visible, réelle, tangible, mais une part seulement de la libre réponse de l'homme à l'appel de son Pasteur.

Et c'est vers lui, vers lui toujours, que nous devons nous tourner.

Répondre à l'appel de notre Pasteur, le contempler, le prier… le suivre sur son chemin de résurrection.

Notre cœur est en Christ, pas dans une multinationale, aussi respectable soit-elle. Notre cœur est en Christ.

 

D'ailleurs -et je m’en réjouis chaque jour- le Christ a d'autres bergeries, d'autres troupeaux 1.

Comment parle-t-il à ses autres brebis?

A tous ces hommes et femmes de bonne volonté qui ne partagent pas nos convictions mais dont il est aussi le Pasteur?

Cela, nous le savons pas. Ce n'est pas à nous d'en juger.

Mais nous pouvons voir les fruits dont ils sont porteurs : fruits d’amour, de partage, de solidarité, de justice…
 

Pour nous en tout cas, pour ce que nous en savons, l'aventure de l’Eglise a commencé avec seulement une poignée d'hommes et de femmes, premiers témoins de la résurrection.

Pourquoi en serait-il autrement aujourd'hui?

Pourquoi rêver d'une Eglise de masse, d'une multinationale?

 

Essayons simplement de répondre à l'appel du Seigneur tel que nous, nous sommes à même de l'entendre.

Cet appel de notre berger et pasteur, nous l'avons entendu dimanche dernier au travers de la question que Jésus a posé à trois reprises à Simon-Pierre:

"Simon, fils de Jean, m'aimes-tu?"

 

C'est la même question que Le Seigneur nous pose aujourd'hui.

Puissions-nous avoir la même réponse que Pierre lui-même:

"Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime".

 

Pour important qu'il soit, le reste n'est que secondaire.

 

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Jean 10,16 : « J’ai encore d’autres d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur ».

Evangile selon St Jean (Jn 21,1-19)

HOMELIE

Le texte que nous venons d'entendre a été rajouté après coup au 4° évangile. C'est en quelque sorte un supplément, un plus, un « bonus ».

Pourquoi ce supplément, pourquoi ce « bonus » ajouté au 4° évangile?

Probablement pour tenter de régler des problèmes entre des communautés chrétiennes issues de St Pierre et d'autres communautés issues de celui que l'évangile appelle « le disciple que Jésus aimait ».

Mais bon, je ne vais pas évoquer cet aspect qui demanderait de longs développements. D'ailleurs, ce n'est qu'une hypothèse.

Non, j'aimerais plutôt insister sur deux invraisemblances, ou plutôt deux incongruités qui apparaissent dans ce récit. Elles ne sont pas là par hasard, mais bien pour attirer notre attention, parce qu'elles sont porteuses d'enseignement pour nous aujourd'hui.

Première invraisemblance 1: sur la barque, Simon-Pierre est nu.2

Drôle de tenue pour un pêcheur!

Ne nous faisons pas d'illusion: le naturisme n'était pas franchement à la mode en Israël à cette époque.

Cette nudité a un tout autre sens.

Rappelez-vous dans le Livre de la Genèse, au tout début de la Bible:

dans le jardin d'Eden 3 Adam, l'homme, découvre qu'il est nu.

Symboliquement, il découvre sa condition humaine, il découvre sa propre faiblesse, il découvre sa nudité.

C'est exactement ce qui se passe pour Simon-Pierre.

Lui, il s'était cru plus fort que tous les autres:

« Même si tous t'abandonnent, moi, je ne t'abandonnerai jamais » 4

Mais aujourd'hui, il découvre sa nudité: il a trahi, il a renié, et à trois reprises.

Pierre réalise à quel point il est pauvre, nu, faible.

Mais, à l'inverse d'Adam, il ne va pas se cacher, au contraire, il accepte de s'exposer au regard de Jésus 5.

Il se jette à l'eau. Et, cette fois, c'est pour de bon!

Nous aussi, nous sommes nus.

Nous connaissons trop bien nos faiblesses, nos manques, nos trahisons.

Nous connaissons trop bien notre nudité.

Nous aussi, le Seigneur nous invite à repartir, à recommencer.

Plutôt que de nous cacher derrière les faux-semblants de nos hontes, ayons le courage de nous jeter à l'eau comme Pierre.

Osons la confiance, osons la foi.

Acceptons Celui qui nous pardonne et nous relève.

Acceptons de pleinement le reconnaître en nos vies, lui, le Crucifié, le Ressuscité, lui qui nous donne et nous redonne vie.

 

Deuxième invraisemblance: une histoire de poissons.

C'est tout de même très bizarre.

Jésus demande: « Auriez-vous quelque chose à manger ? »

Ah bon, cela signifie que lui-même n’a rien.

Oui mais, quand les disciples arrivent sur le rivage avec leurs filets pleins à craquer, ils voient « un feu de braise, avec du poisson posé dessus, et du pain ».

Comment comprendre?

En fait, l'évangéliste veut, je crois, insister sur la surabondance du don de Dieu.

Le Christ n'a pas besoin de cette pêche miraculeuse qu'il a pourtant lui-même provoquée.

Non, c'est lui, lui encore, lui seul qui donne, qui offre le pain et le poisson.

Nous voilà invités à reconnaître le don de Dieu, de ce Dieu qui nous donne bien au-delà de tout ce que nous pouvons espérer.

Ce Dieu qui se donne en chaque eucharistie, et en chaque instant de notre vie.

Notre texte se termine aujourd'hui par cette parole de Jésus à Pierre:

« Suis-moi ».

 

« Suis-moi » : les mots que Jésus avait déjà utilisés pour appeler ses tout premiers disciples au tout début de son ministère public 6.

Mais cette fois les choses sont claires.

Pierre sait maintenant que suivre Jésus, ce n'est pas courir après la gloriole, c'est entrer fans sa gloire, la gloire du Ressuscité qui passe par le bois de la croix, qui passe par la mort en ce monde pour entrer pleinement dans le monde de Dieu.

 

Nous qui sommes aujourd'hui disciples du Ressuscité, nous savons, nous aussi, que nous sommes nus, nous savons que Dieu donne, et donne bien au-delà de nos espérances, nous savons que la vie en Dieu ne fait pas l'économie de la mort en ce monde.

Au Christ qui, aujourd'hui encore nous appelle – « Suis-moi » -, puissions-nous répondre avec les mots de Simon-Pierre:

« Seigneur, toi, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime. »

 

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Les invraisemblances sont dans l’évangile de Jean une manière pour l’évangéliste d’attirer notre attention sur un point particulier. Ce sont un peu des mini-paraboles.

2 La traduction liturgique « il n’avait rien sur lui » est une édulcoration. Cf. les traductions de la BJ et de la Tob

3 Genèse 3,7

4 cf. Marc 14,29 ou Jean13,37

5 Pour cette analyse, voir le commentaire dans "Ta parole est un trésor" (1993) p 393

6 cf. Jean 1,35sq

Evangile selon St Jean (Jn 20,19-31))

HOMELIE

Notre évangile met en avant l'Apôtre Thomas.

Thomas…dit l'incrédule.

Ah, et bien moi, j'aimerais bien être comme lui!

J'aimerais bien partager sa foi.

J'aimerais bien ne jamais céder à la crédulité.

Croyant, oui. Crédule, non.

 

La foi de Thomas.

Elle est immense.

 

Rappelez-vous.

A la mort de son ami Lazare1, Jésus, après quelques hésitations, décide de se rendre auprès de lui.

Malgré les risques encourus, puisque des responsables juifs veulent le lapider, veulent sa mort.

Thomas, lui, a profondément confiance en Jésus.

C'est pourquoi il s'écrie:

"Allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui".

 

Mais plus encore, c'est à l'Apôtre Thomas que nous devons la plus belle profession de foi de tout l'Evangile quand il appelle Jésus:

" Mon Seigneur et mon Dieu".

 

Croyant, oui, crédule, non.

Thomas veut savoir, il veut comprendre.

 

Peu avant sa Passion 2, Jésus déclare à ses disciples:

"Je pars vous préparer une place (…)

Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin."

C'est Thomas alors qui interroge, qui veut comprendre:

"Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas.

Comment pourrions-nous savoir le chemin?"

 

Thomas questionne: il veut savoir, il veut comprendre.

Sinon, comment pourrait-il croire, avoir confiance?

Incrédule...

Comme si les autres apôtres avaient tout d'un coup cru en la résurrection.

Comme ça, sans douter, sans se poser de question.

Pourtant, tous les récits de résurrection nous disent leurs difficultés, leurs hésitations.

 

Incrédule...

Comme si, lui, Thomas, avait le monopole du doute, alors que Marie‑Madeleine prend Jésus pour le jardinier du cimetière.

 

Incrédule...

Comme si le doute ne s'inscrivait jamais dans le paysage de la foi alors qu'il en est parfois une dimension essentielle.

 

Nous sommes Thomas.

L'apôtre Thomas est un homme ... comme nous.

Il a un corps.

Il ne peut pas croire en dehors de son corps.

Il veut toucher le corps de Jésus.

 

Il y a des jours où nous en avons assez, des jours où la vie est trop dure, des jours où notre foi est trop faible.

Alors, Dieu, nous voulons le toucher, le voir, être sûrs.

Par moments, dans notre vie, dans notre foi, le Dieu invisible devient le Dieu impossible.

 

Précisément notre Dieu a pris chair en Jésus, son Fils.

L'Evangile ne cesse de nous parler du corps de Jésus: son regard, ses mains, ses pieds.

Ce corps qui va de village en village annoncer la Bonne Nouvelle.

Ce corps qui guérit et libère.

Ce corps qui prie le Père.

Ce corps humilié par le supplice et la croix.

Ce corps glorifié à la Transfiguration.

 

Ce corps, il est encore, il est aussi, il est plus encore celui du Ressuscité.

Mais là, nous ne pouvons pas le saisir, pas plus que nous ne pouvons saisir le corps de ceux qui nous ont quittés.

'"Ne me retiens pas" dit Jésus à Marie‑Madeleine 3.

 

Pourtant, ce corps, corps du Jésus, corps du Ressuscité, corps de Dieu, aujourd'hui encore, il nous est donné:

‑ dans l'Eucharistie où nous partageons le corps du Ressuscité

‑ dans nos corps d'homme dont St Paul nous dit qu'ils sont "le Temple de l'Esprit '

‑ dans l'Eglise, peuple de Dieu, corps du Christ.

 

Dieu nous donne son corps comme un sacrement, c'est‑à‑dire à travers des signes qui nous assurent qu'il est bien là, sans que, pour autant, nous puissions mettre la main dessus.

 

Dans l'Eucharistie, quand tu reçois Dieu dans le creux de la main, tu reçois sous le signe du pain l'assurance que Dieu est là, en son corps.

Signe visible d'une réalité que nous ne pouvons saisir, tenir, retenir.

Personne ne peut s'approprier le corps de Dieu.

 

Et nous apprenons ainsi que, dans nos relations humaines, personne ne peut s'approprier le corps de l'autre, personne ne peut prétendre avoir de droit sur le corps de l'autre.

 

Notre relation à l'autre et notre relation à Dieu sont bien un corps à corps...

où le corps de chacun est respecté comme un don qui nous est fait.

Devenez ce que vous recevez, dit St Augustin.

Devenez ce que vous recevez: le corps du Christ.

 

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Jean 11,1-44

2 Jean 14,1-6

3 Jean 20,17

Evangile selon St Jean (Jn 20,1-9))

HOMELIE
 

Au matin de Pâques, c'est une femme, Marie-Madeleine, qui a le premier rôle.

Et c'est bien normal: il s'agit d'une naissance: l'accouchement, c'est l'art de la femme.

Dans la Bible, les femmes, parce qu'elles donnent vie, ont souvent la première place.
 

- Eve, la première femme, la "mère des vivants" 1 met au monde l'humanité.

- Marie, femme de Joseph, met au monde Jésus Christ, Dieu-parmi-nous2.

- Et ici, Marie-Madeleine, celle qui, la première, reconnaîtra Jésus en celui qu'elle avait d'abord pris pour le gardien du jardin 3, Marie-Madeleine, en quelque sorte, met au monde le ressuscité.
 

L'Evangile serait-il féministe?

Pas complètement, parce que, entre-temps, surviennent deux personnages: Pierre et le disciple "que Jésus aimait".
 

Marie-Madeleine a vu le tombeau vide.

Elle a immédiatement pensé à un viol de sépulture. Pas étonnant: c'était, semble-t-il, chose courante à cette époque.

Arrive Pierre. Dans l'ordre hiérarchique des Apôtres, il est le premier. mais il a beau être le chef, il a beau voir le tombeau vide… lui ne voit rien.

Enfin, le disciple que Jésus aimait: "Il vit, et il crut".
 

L'Evangile n'en dit pas plus. il ne sent pas le besoin d'en dire plus.

Le disciple a vu. Tout est dit.
 

Le verbe "voir" traverse tout l'Evangile de St Jean.

dans le chapitre 1, le Prologue, ces deux phrases: "Nous avons vu sa gloire" 4 et "Personne n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé" 5.
 

Rappelez-vous, il y a quinze jours, cette scène étonnante de Jésus devant la femme adultère 6.

Jésus est accroupi et regarde le sol où il trace des traits.

Il ne veut pas voir en celle qu'on lui a amené de force seulement une pécheresse, une femme adultère.

Et quand il se redresse, quand il la voit, c'est pour une phrase de pardon: "Va, et désormais ne pèche plus".

 

"Il vit, et il crut".

Voir, il en est question tout au long du chapitre 9 du quatrième évangile, la guérison de l'aveugle-né.

Celui qui voit, c'est l'aveugle, qui a accepté de recevoir la lumière.

Ceux qui ne voient pas, c'est ceux qui disent "nous voyons", et qui s'enferment dans l'obscurité de leurs certitudes.
 

La résurrection est donc bien aussi une affaire de "voir".
 

Et ça commence tout de suite.

Quel regard portons-nous sur notre vie et la vie de notre monde?

Trop souvent, nous n'y voyons rien: du gris, ou seulement du noir, seulement du négatif.

Et c'est vrai que la vie n'est pas rose tous les jours!
 

Mais que nos yeux s'ouvrent, et nous verrons avec émerveillement tous les chantiers, immenses, de l'amitié, de la solidarité, tout ce monde de Dieu, ce monde du Ressuscité, qui ne cesse de venir au jour.
 

Et pour peu que nous mettions la main à la pâte, nous pouvons, un peu comme Marie-Madeleine, devenir, nous aussi "accoucheurs de résurrection".
 

"Il vit, et il crut".

En ce matin de Pâques, par le regard même du disciple bien-aimé, la question est posée à chacune, chacun d'entre nous: dans notre vie, quel lien faisons-nous entre le verbe "voir" et le verbe "croire"?

Que voyons-nous? Que croyons-nous?

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Gn3,20

2 Mt1,18-23

3 Jn20,15

4 Jn1,14

5 Jn1,18.

6 Jn8,1-11

Evangile selon St Jean (Jn 8,1-11))

HOMELIE

Les dés sont pipés.

Cette femme que les scribes et les pharisiens amènent à Jésus, elle ne compte pas pour eux.

Elle n'existe pas: pour eux, ce n'est qu'un objet, un prétexte.
 

Le véritable accusé, c'est lui, lui, Jésus, que les scribes et les pharisiens veulent piéger, accuser, disqualifier.
 

Normal.

Jésus a quitté sa petite province de Galilée.

Presque secrètement, il est monté à Jérusalem, et là, il enseigne.

Non pas au coin d'une ruelle, non, mais dans le Temple, dans le plus haut lieu de la spiritualité juive.

La foule est divisée. Pour les uns, il est le Christ, le prophète1, pour d'autres, un usurpateur.

Parmi les notables, un seul homme, Nicodème, défend sa cause.

Tous les autres, sentant leur pouvoir menacé, veulent sa perte.

On envoie des gardes pour l'arrêter, mais ceux-ci reviennent bredouilles, craignant sans doute les réactions imprévisibles de la foule.
 

Alors cette femme surprise en flagrant délit d'adultère, c'est une aubaine. Jésus osera-t-il violer la Loi de Moïse pour sauver cette femme?2
 

Une femme objet: elle ne compte pas.

Elle n'est qu'une femme adultère, une de "ces femmes-là".

Curieuse réaction de Jésus: il se baisse et trace des traits sur le sol.

Il refuse d'entrer dans cette parodie de jugement qu'on veut lui imposer.

Il refuse de ne voir en cette femme que la femme-objet qu'on lui présente afin de pouvoir, lui, l'accuser.

Quand il se redresse, c'est pour amener les accusateurs à leur propre conscience.
 

Et à nouveau, il se baisse et trace des traits sur le sol.

Il refuse de prononcer un jugement contre ses adversaires.

Il leur laisse la possibilité de partir, l'un après l'autre, discrètement, sans avoir à subir son jugement, et peut-être sa condamnation.
 

Là, il peut à nouveau se redresser et parler à cette femme restée seule en face de lui.

Maintenant, ce n'est plus une femme-objet, un prétexte, ce n'est plus une de "ces femmes-là", c'est quelqu'un, un être de chair et de sang, avec ses faiblesses et ses richesses.
 

"Va, et désormais ne pèche plus".

Jésus ouvre un avenir à cette femme.

Il lui rend sa dignité, il l'invite à vivre dans la dignité:

"Va, et désormais ne pèche plus".
 

Mais quand même… quel est le sens, la signification de ces traits que Jésus trace sur le sol?

Il y a beaucoup de thèses, d'hypothèses, de suppositions à ce sujet.

Pour moi, en fait, c'est tout simple:

Jésus est en train d'écrire la Loi, la Loi nouvelle, la Loi renouvelée.

 

La loi de Moïse était gravée sur des tables de pierre… et c'est le cœur des hommes qui s'est endurci, qui est devenu dur comme pierre.

Jésus trace sur le sol: la Loi nouvelle s'adresse à l'homme qui est issu de la terre. Elle n'est pas, elle ne peut pas être figée

Elle est semence en nos cœurs.

Semence d'avenir, semence de liberté, semence d'amour.
 

"Va, et désormais ne pèche plus".
 

"Va": le mot de la liberté retrouvée, de la route qui s'ouvre alors qu'elle se heurtait à l'impasse de la mort.
 

"Ne pèche plus": pour cela, il y faudra l'Esprit Saint, fruit de l'abaissement et du relèvement du Christ emportant le péché du monde.
 

En ce temps de Carême, Le Seigneur nous invite à nous redresser, à tourner nos regards vers la joie de La Résurrection.

Au lieu de ruminer nos péchés passés et de les jauger à l'aune de nos cœurs de pierre, redécouvrons notre dignité et vivons dans la tendresse de celui dont la seule loi est l'amour. 

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Jean 7,40sq

2 Lévitique 20,10 : « Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère ». Même prescription dans Deutéronome 22,22-24.

Mais ici, seule la femme semble être accusée…

Et l’homme alors ? Peut-être a-t-il été considéré comme moins coupable ? Ben voyons !

Ou alors , il a couru plus vite que ses poursuivants ?

 

Evangile selon St Luc (Lc 15,1-3.11-32))

HOMELIE

Dans les toutes premières pages de la Bible, deux frères1.

Et c'est le drame: jaloux de son frère, Caïn, se jette sur Abel et le tue.

L'humanité est bien mal partie, puisque la fraternité semble impossible.
 

Du reste, l'histoire humaine, aujourd'hui encore, ressemble un peu à la répétition sans fin de ce meurtre fraternel.

Partout, des hommes tuent d'autres hommes, les réduisent à la famine, les acculent à la révolte.
 

Comment ignorer la violence, parfois au sein même de notre propre pays ?

Le meurtre du frère semble se répéter à l'infini.

La fraternité semble impossible.
 

Jésus a-t-il pensé à ce vieux récit de Caïn et Abel?

Nous ne savons pas.

Mais lui, dans sa parabole, fait intervenir non seulement deux frères, mais aussi un troisième personnage, qui est même l'acteur principal de son récit: le père.
 

Ce père qui à l'évidence est pour Jésus l'image de Dieu, l'image de son Père, qui est-il ?
 

Tout d'abord, c'est un père qui laisse libre.
 

Il laisse libre son plus jeune fils: il lui donne, de son vivant, sa part d'héritage.

Il accepte d'être considéré comme mort, inexistant. Il laisse partir son fils.
 

Même attitude à l'égard du frère aîné: « Tout ce qui est à moi est à toi »
 

Ainsi en est-il de notre Dieu: il nous laisse libres.

Il ne nous demande rien, pas même de croire en lui.

Il nous donne tout, jusqu'à la vie de son Fils.
 

C'est un père qui vient au-devant.
 

Lorsqu'il a tout gaspillé, le plus jeune fils en est réduit à la plus grande honte : garder des porcs, animal impur par excellence.

Mais surtout, la faim lui tenaille le ventre.
 

Et c’est parce qu’il faim qu'il décide de revenir, après avoir préparé son petit discours édifiant: « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi… ».
 

Pourtant, à peine son père l'a-t-il aperçu qu’il court au-devant de lui et le serre sur son cœur.

Lorsqu'il apprend le motif de la fête, l'aîné se met en colère et, furieux, refuse d'entrer. Ici encore, c'est le père qui sort à sa rencontre, supporte ses récriminations, lui parle avec tendresse et le supplie d'entrer faire la fête.
 

Dieu est celui qui vient toujours au-devant des hommes, inlassablement.

Nous croyons chercher Dieu alors que c'est lui qui nous cherche, qui précède nos désirs de le rencontrer.
 

Lui est venu nous rencontrer par ses prophètes et par son Fils.

Il nous rencontre aujourd'hui par son Esprit.

Lui nous aime en premier, jusqu'au pardon, sans cesse donné et redonné.
 

Enfin, troisième aspect :

C'est un père qui nous recrée dans notre dignité.
 

Le plus jeune fils se sait indigne : « Traite moi comme l'un de tes ouvriers ».

Mais son père l'em­brasse et le fête : « Mon fils était perdu, il est retrouvé ».

Il ne dit pas: « mon serviteur », mais « mon fils ».

 

L'aîné ne se reconnait pas comme fils, mais comme simple larbin: « Je n’ai jamais transgressé tes ordres ».

Mais son père lui rappelle sa dignité: il est fils, il est frère: « Toi, mon enfant… Ton frère que voilà... ».
 

Dieu ne cesse de nous redonner notre dignité d’enfants de Dieu.

Il n'y a pas d'homme, même le plus misérable, le plus ingrat, le plus orgueilleux à qui il ne dit: « Mon enfant! Tu es toujours dans mon cœur ».
 

Accepter ce regard de Dieu sur nous, le regard d'un Dieu qui nous veut libres, qui vient à notre rencontre, qui nous redonne notre dignité, c'est entrer dans une fraternité nouvelle.
 

Désormais, nous n'avons plus besoin d'être jaloux les uns des autres.

Nous sommes aimés d'un même Père, d'un amour qui, seul, peut nous faire grandir.

Frères ensemble, et non les uns contre les autres.
 

Saurons-nous renoncer à la logique meurtrière de Caïn?

Saurons-nous oser la fraternité nouvelle, puisque nous sommes établis ensemble comme fils bien-aimés d'un même Père?

Luc Mazaré, prêtre


 

1 Genèse 4

Lecture du livre de l'Exode (3,1-8a. 10,13-15) - Évangile selon saint Luc (13,1-9)

HOMELIE

Ah, il en a de la chance, Moïse: il a rencontré Dieu.

Une rencontre fulgurante: Dieu, un feu.

Le feu de l’amour, qui brûle, mais sans jamais détruire.

Le feu de la nuée, qui accompagnera son peuple au désert, qui se manifestera au jour de la Transfiguration.

 

Un Dieu qui se révèle, qui se dit par son nom

« Je suis », ou encore, autres traductions possibles, « Je suis qui je suis » ou « Je suis qui je serai ».

Autant d'expressions pour dire que le nom de Dieu, c'est sa présence, l'intensité de sa présence.

Un Dieu, enfin, qui écoute, qui agit, qui libère: « J'ai vu, oui j'ai vu la misère de mon peuple… Maintenant donc, va ! je t'envoie chez Pharaon…"

Il en a de la chance Moïse: il a découvert Dieu, il a rencontré Dieu..

Il a de la chance, Moïse, parce que nous, notre expérience est parfois tout autre.

Où est-il, aujourd'hui, notre Dieu?

Le buisson ardent : un feu qui brûle, mais qui ne détruit pas.

Est-ce vraiment l’expérience que nous en avons?

Je ne peux m’empêcher de penser au feu de l’Holocauste, à la Shoah, à cette incroyable entreprise d’extermination du peuple juif, le peuple de Dieu sous le régime nazi

Sans parler, auparavant, et sous d’autres régimes, des autodafés, pogroms, et autres persécutions.

Là, le feu a détruit.

Où était-il, notre Dieu?

Dans le feu de la mort, ou dans la fumée des fours crématoires ?

Comme s’il n’avait même pas voulu lever le petit doigt…

Elle parait bien loin, cette parole: « J'ai vu,oui j'ai vu la misère de mon peuple… »

Comment ne pas se poser la question: Dieu a-t-il abandonné son peuple?

Cette question, nous nous la posons aujourd’hui encore, et je me la pose bien souvent, parce que…

Qu'est-ce que je peux dire à des parents qui ont perdu leur enfant?

Qu'est-ce que je peux dire à un enfant qui a été violenté?

Qu'est-ce que je peux dire à un homme ou une femme abandonné par son conjoint ou son ami?

Qu'est-ce que peux dire à un malade qui souffre et qui est condamné?

Qu'est-ce que je peux dire, qu'est-ce que nous pouvons dire face à l'injustice, la misère, la destruction?

Où est-il notre Dieu?

Où est-il, celui dont le nom signifie « Je suis là », celui qui, paraît-il, est à la source de toute libération?

Ah non, notre expérience, notre expérience de tous les jours est loin, très loin de celle qu'a pu vivre Moïse.

Dans le fond, c'est un peu cette question qui est posée à Jésus.

Où est-il notre Dieu?

Pilate a fait massacrer des Galiléens qui offraient un sacrifice… à Dieu.

Mais alors, Dieu, où est-il?

Pourquoi n'a-t-il pas été avec eux? Pourquoi ne les a-t-il pas protégés?

Mais Jésus dans l’évangile ne répond pas.

Au contraire, il en rajoute: « Et les autres? Vous savez, ceux qui sont morts, parce qu'une tour s'est effondrée? »

Ce serait aujourd'hui, il en rajouterait encore: les migrants qui meurent noyés en Méditerranée, les gamins affamés du Tiers-Monde, les victimes des guerres et des attentats…elles ne manquent pas, les victimes innocentes de la vie étrange de notre monde aujourd’hui.

Où est-il notre Dieu? Jésus ne répond pas, mais, d’une certaine façon, c’est lui qui nous interroge: « Et vous, où êtes-vous? Où est-elle, votre présence? Vous êtes là, ou vous êtes absents? ».

Autrement dit: « Allez! Convertissez-vous d'abord! Soyez là, soyez présents. Soyez comme un feu qui réchauffe le cœur, soyez signes, témoins, acteurs de la libération qui vient de Dieu ».

Un Dieu qui se dit comme un feu, qui est là, présent, et qui libère, c'est par nous que cela passe, parce que Dieu s'est fait l'un d'entre nous.

Être là, tout simplement, auprès d'un être ou d'une famille qui souffre.

Être présent, avec le feu de Dieu, le feu de l'amour.

Être signe, signe de libération, signe de l'amour au-delà de la haine…

Et même, avoir la patience. Ne jamais désespérer de qui que ce soit.

A l'image de cet homme qui ne veut pas désespérer de son figuier, mais qui fait tout ce qu'il peut pour que son arbre, enfin, porte du fruit.

Parce que Dieu s'est fait l'un d'entre nous, il veut que nous soyons sa présence, aujourd'hui, en ce monde.

C'est une terrible responsabilité qu'il nous confie, mais c'est la seule réponse que nous pouvons apporter à ceux qui nous demandent:

« Où est-il, ton Dieu? Où est-il, notre Dieu ? »

Luc Mazaré, prêtre

Evangile selon St Luc (Lc 9,28b-36)

HOMELIE

Transfiguration, Défiguration.

Nous le savons tous : depuis quelques années, l’Eglise est secouée par des scandales qui touchent certains de ses ministres, et l’archevêque de Lyon a été tout récemment condamné pour non-dénonciation d’abus sexuels commis auparavant par un prêtre de son diocèse. 1

 

C’est le visage de l’Eglise qui est ainsi défiguré, et, plus encore, c’est le visage du Christ lui-même.
 

« Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » déclare le Seigneur 2.

Comment des prêtres ont-ils pu si gravement tourner le dos à la mission qu’ils ont reçu de leur ordination ?

Au lieu de vivre à l’image du Christ Serviteur, ils ont préféré la domination pour assouvir leurs étranges pulsions.

En abusant d’enfants ou d’adolescents, c’est le Christ lui-même qu’ils ont violé.
 

Des vies détruites ou à tout le moins blessées, à tout jamais : c’est la Défiguration, celle des victimes concernées, et celle du Christ à travers elles.
 

Jésus lui aussi connaitra la Défiguration, et ce sera le drame de la Passion et de la croix.

Mais auparavant, il y aura eu la Transfiguration, moment fugitif où trois disciples, Pierre, Jacques et Jean, auront eu la vision fugitive du Christ en gloire.
 

Ces disciples, ils sont un peu comme un navire qui, se battant contre une mer déchainée, distingue soudain, au sommet d’une vague plus forte que les autres, le temps d’un éclair, la jetée du port qu’il faut rejoindre, ou l’éclat lumineux d’un phare qui commande le passage.


Vision si fugitive et si brève qu’une fois l’élan retombé on écarquille les yeux en se demandant si on n’a pas rêvé.
Mais vision fulgurante qui nourrit l’espoir et le combat dans la nuit.
 

Nous aussi, chacun de nous – si nous y regardons bien – nous avons eu dans notre vie de ces moments si clairs et si forts que rien n’en efface la trace, pas même le doute et l’épreuve après coup.
Réfléchissez : le sentiment fugitif de l’évidence de l’amour, ou celui de l’évidence de Dieu ne sont sans doute pas étrangers à votre histoire.

Alors commence vraiment le chemin de conversion. Car c’est seulement en redescendant dans la plaine, à l’image de Pierre, Jacques, et Jean, qu’on vérifie si c’était une illusion ou une vraie rencontre.

La vie ordinaire du couple met ainsi à l’épreuve ces éblouissements initiaux. Ceux qui n’étaient qu’illusion ne permettent pas de tenir la route. Ces mirages s’évanouissent  très vite devant la dure réalité de la vie commune.

Nos transfigurations, ce sont des évènements, souvent banals, plus rarement extraordinaires, mais toujours des évènements relus dans la foi, relus sans cesse, 10 ans, 20 ans, 50 ans après pour donner sens aux épreuves et aux obstacles qui nous envahissent comme la brume reprend possession de l’océan après la rencontre furtive de la lumière du phare.

La conversion n’est pas l’œuvre d’un instant, si beau, si fort soit-il. Elle à vivre toute notre vie durant, le Carême est là pour nous le rappeler. Car le véritable amour se vit dans la durée, non dans l’éblouissement d’un instant. Mais l’éblouissement nous est donné pour que nous , nous puissions entrevoir la route de l’amour, la route du bonheur.

J’espère que celles et ceux qui ont été victimes de Défiguration connaissent de tels moments l’éblouissement d’un amour véritable.

Pour qu’ils puissent en vivre à l’image de celui qui chaque jour nous fait passer des ténèbres à sa lumière.

Et je souhaite à leurs prédateurs de découvrir à la lumière de la Transfiguration un chemin de conversion, car, comme le rappelle le prophète Ezéchiel 3 : « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive »

Et à nous tous, qui par nos paroles et par nos actes, contribuons aussi parfois à défigurer le visage de l’homme et le visage du Christ, je souhaite aussi de vivre de tels chemins de conversion, illuminés par l’éclair de la Transfiguration, les yeux tendus vers la lumière de la Résurrection.
 

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Pendant longtemps, et sans doute en toute bonne foi, certains évêques ont voulu avoir un comportement paternel envers ces prêtres en ne signalant pas les faits à la justice civile. Heureusement, cette attitude qui protégeait plus les coupables que leurs victimes n’est plus de mise aujourd’hui.

Rappelons que les faits reprochés au père Preynat sont antérieurs à la nomination de Mgr Barbarin à la tête de l’archidiocèse de Lyon.

2 Cf. Matthieu 25,40

3 Ezéchiel 33,11

Evangile selon St Luc (Lc 4,1-13)

HOMELIE
 

On en parle souvent dans la Bible, tous livres confondus :

Le Serpent,

Le démon,

Le Diable,

Le Prince de ce monde,

Satan,

Abaddôn,

L'Antichrist,

Bélial,

Léviathan

Belzébuth1,

… autant de noms -et j'en oublie certainement- autant de noms qui dans la Bible personnifient les forces du mal, ces forces qui, dans le cœur de l'homme, au cœur même de nos vies, s'opposent à la vie en Dieu.

 

Pourquoi tant de noms dans la Bible?

Sans doute parce que ces forces du mal, elles sont diverses, variées, omniprésentes, tentaculaires.

 

Jésus lui-même n'a pas été épargné.

Lui-même a été mis à l'épreuve des forces du mal, non pas du mal dont on est victime, mais du mal dont on est acteur, ou parfois simplement complice.

Le mal qui, sans avoir l'air d'avoir l'air, nous dévie, nous engage sur un chemin de mort, en nous faisant croire que c'est un chemin de vie.

 

Car le Diable est un menteur.

Le Menteur, le vrai.

Non pas de ceux qui affirment le contraire de la vérité.

Ce serait trop simple.

Mais de ceux qui utilisent une part de vérité pour nous faire croire qu'elle est la vérité, ou à tout le moins notre vérité, ce qui est bon pour nous, ce qui nous parait être bon pour nous.
 

« Si tu es Fils de Dieu… »

C'est la vérité: Jésus est le Fils de Dieu.

Mais… pas n'importe comment.

Pas au prix de l'argent, du pouvoir, du paraître, des certitudes; en tout cas pas au prix de tourner le dos à la condition humaine que Dieu est venu épouser en son Fils.

 

Jésus a une réponse, un rempart, la Parole de Dieu: « Il est écrit… »

Mais cela ne suffit pas: le Diable, le Menteur, sait, lui aussi utiliser la Parole de Dieu:

« Il est écrit: (…) Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »

Parole de Dieu, oui, mais dévoyée, détournée de sa raison d'être.

Comme elle a pu l'être bien souvent, et comme elle l'est trop souvent encore aujourd'hui.

Quand la Parole de Dieu sert pour la mort, c'est une Parole dévoyée, détournée de sa raison d'être.
 

Déjouer les pièges du mensonge, aller au-delà de l'apparence, c'est, comme le Christ, choisir un chemin de vie, le chemin de la vie en Dieu, le chemin de la confiance en Dieu, et cela quel qu'en soit le prix.

Lui paiera le prix fort, le prix de la croix.
 

Lui, oui, mais moi, mais nous???

Nous nous sentons bien désemparés devant les pièges du Menteur….

 

Un jour, il y a bien longtemps et un peu par hasard, je suis tombé sur cette phrase de St Paul qui affirme:

« Le bien que je veux, je ne le fais pas

et le mal que je ne veux pas, je le fais » 2.
 

Et je me suis dit alors: mais voilà un parfait résumé de ma vie, un parfait résumé de nos vies !

« Le bien que je veux, je ne le fais pas

et le mal que je ne veux pas, je le fais ».
 

A l'inverse du Christ, il nous arrive bien souvent de nous laisser piéger par le Menteur, de nous faire, ne serait-ce que par notre inertie, les complices, voire les acteurs de l'Antichrist, de l'anti-vie.

L'argent, le pouvoir, le paraître, les certitudes… autant de réalités qui peuvent être avoir un aspect positif, mais qui, si nous en faisons des absolus, nous dévient, nous font tourner le dos à la vie.
 

Accepter nos échecs et nos erreurs, accepter que « Le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais », c'est déjà, je crois, accepter que l'Esprit Saint fasse en nous son travail.
 

C'est faire confiance en Lui, regarder vers la vie au-delà de notre mort, c'est vivre ce temps de Carême tout entier tourné vers la résurrection de Pâques.


Luc Mazaré, prêtre
 

1Ou: Baal-Zebub.

Contrairement à ce que je pensais, "Béelzébuth" ne fait pas partie des jurons habituels du Capitaine Haddock (cf. "Le Haddock illustré" Casterman 1991)

2Romains 7,19

Evangile selon St Luc (Lc 39-45)

HOMELIE

Jésus est dans la plaine, sans doute au bord du lac.

Une grande foule est là, ainsi que ses disciples.

Et Jésus leur parle… un long discours, le premier que nous rapporte l'évangile de Saint Luc 1.

Il y a quinze jours, nous avons entendu les premières phrases de ce discours:«  Heureux, vous les pauvres (…) mais quel malheur pour vous, les riches! »

Des paroles dures, provocantes, qui n'ont pas fini de nous étonner.

Dimanche dernier, deuxième volet:

« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent »

Et là, nous n'avons pas compris.

Nous avons été surpris, étonnés: comment pourrions-nous vivre un tel amour, vivre à l'inverse de ce que nous sommes et de ce que nous pensons?

Aujourd'hui, troisième volet de ce discours.

Et, cette fois, nous avons été sans doute plus à l'aise, tant les paroles que nous venons d'entendre semblent frappées au coin du bon sens.

Des paroles qui se présentent sous forme de trois paraboles:

- Les aveugles qui prétendent guider d'autres aveugles

- La paille et la poutre

- Les arbres qui donnent de bons fruits.

J'y reviendrai.

Le quatrième et dernier volet du discours de Jésus… nous ne l'entendrons pas, pour cause d'entrée en Carême.

Dommage: le Christ nous y invite à vivre de ce que nous avons entendu.

En vivre au quotidien, au jour le jour, et ainsi construire notre vie sur du solide.

Pourquoi l'évangéliste a-t-il ainsi agencé ce discours de Jésus 2?

Sans aucun doute à cause de son regard de foi, de sa propre manière de comprendre le message du Christ.

Pour St Luc, en effet, notre monde vit à l'envers.

Des riches à qui on donne toujours plus, des pauvres à qui on enlève même ce qu'ils ne n'ont pas.

Pour St Luc, le Christ vient remettre les choses à l'endroit, et d'abord en donnant une place à ceux qui n'en ont pas. «  Heureux, vous les pauvres, (…) mais quel malheur pour vous, les riches! »

Ce changement radical, cette remise du monde à l'endroit n'est pas affaire de violence, de haine ou de guerre, mais, bien au contraire, ne peut se vivre que dans l'amour et par l'amour: « Aimez vos ennemis, (…) pardonnez, (…) priez, (…) soyez miséricordieux ».

Et c'est bien le travail de Dieu en nous puisque nous sommes ses enfants, littéralement « les fils du Très-Haut » 3.

Travail de Dieu en nous… mais nous y avons notre part.

Et c'est possible… à condition d'y travailler chaque jour, à condition d'abord de changer notre cœur, de changer notre regard.

C'est certainement la signification des trois paraboles que nous venons d'entendre, et que je voudrais reprendre brièvement.

- « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle? »

En St Matthieu, cette phrase est très polémique puisqu'elle s'adresse aux pharisiens et aux grand-prêtres qui prétendent guider le peuple alors qu'ils refusent de voir le salut de Dieu 4.

Rien de tel en St Luc: la question nous est adressée tous.

Qu'est-ce qui, réellement guide notre vie?

Notre seul intérêt personnel, ou ce que nous croyons être notre intérêt personnel?

Alors, nous serions dans l'aveuglement!

C'est notre cœur que nous sommes appelés à changer…

- « Qu'as-tu à regarder la paille dans l'œil de ton frère, alors que la paille qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? ».

regarder l'autre non comme un "étranger", mais comme un frère, presque comme un autre soi-même.

Avoir le parti pris d'un regard positif sur l'autre.

C'est notre regard sur nos frères que nous sommes appelés à changer…

- « Jamais un bon arbre ne donne de mauvais fruits. »

Je me retourne en arrière, et je regarde: qu'est-ce que j'ai fait, qu'est-ce que je fais de ma vie?

De quels fruits suis-je porteur?

Ma vie ressemble-t-elle à un buisson de ronces ou a-t-elle la douceur du figuier?

Et ai-je même le courage de voir que je porte du fruit?

C'est notre regard sur nous-mêmes que nous sommes appelés à changer…

Pour porter du fruit.

Pour que d'autres puissent, en nous, goûter des fruits de Dieu.

Luc Mazaré, prêtre

1 Pour ce qui suit, cf. les textes des deux dimanches précédents.

2 Un discours qui se présente un peu différemment sous la plume de St Matthieu.

3 Luc 6,35

4 Matthieu 15,14

Evangile de Jésus Christ selon St Luc (Lc 6,27-28)

HOMELIE (+ 3 bonus internet !)

"Aimez vos ennemis…"

Cette phrase, une des plus fortes de l'Evangile, nous avons d'autant plus de mal à l'entendre et à en vivre que nous la comprenons souvent.. à sens unique: moi, je dois aimer ceux qui sont mes ennemis.

Et là, je me dis que je n'y arriverai pas, que je n'y arriverai jamais.

Si je prends cette phrase uniquement dans ce sens, ce sens unique, c'est vrai, je n'y arriverai pas!

Sens unique: je pense que d'autres peuvent être mes ennemis, et je m'arrête là.

Mais si j'essayais de prendre cette phrase aussi dans l'autre sens?

En me posant cette simple question: moi, de qui suis-je l'ennemi?

Quels sont ceux et celles qui m'en veulent suffisamment pour considérer que moi, je suis leur ennemi?

Question apparemment simple, mais qui m'oblige à réfléchir, à aller plus loin, à faire un peu de clarté en moi.

La question est simple, mais la réponse est difficile!

Je vais d'abord penser que je ne suis l'ennemi de personne.

Bien sûr, il y a des gens avec qui je ne suis pas d'accord, avec qui je peux m'affronter.

Parce que nous ne partageons pas les mêmes idées, ni le même idéal.

C'est normal, c'est la vie.

Mais de là à dire qu'ils me considèrent comme leur ennemi… non, c'est aller trop loin.

Alors je regarde, je regarde encore, et je me dis que non, décidément, personne ne peut me considérer comme son ennemi.

Aveugle, aveugle que je suis !!!

Comment puis-je être aveugle au point de ne pas voir, de refuser de voir, qu'il y a des gens que j'ai blessés, heurtés, choqués, que ce soit par mes actes ou par mes paroles?

Des proches, des amis, des membres de ma propre famille, ou peut-être des gens rencontrés dans mon travail, mes loisirs, mes engagements, des personnes que j'ai pu blesser à ce point qu'elles ne veulent pas ou ne veulent plus avoir de relations avec moi, que j’ai pu blesser à ce point qu'à leurs yeux, je suis devenu leur ennemi?

Dans le fond, c'est à un sacré examen de conscience que nous sommes appelés !

Nous sommes beaucoup plus sensibles aux blessures qui nous sont faites qu'aux blessures que nous infligeons.

Des blessures que, parfois, nous infligeons inconsciemment, parce que nous ne regardons pas l'autre, celui, celle que nous blessons, mais que nous ne regardons que nous-mêmes.

Aimer son ennemi, c'est peut-être déjà découvrir que nous pouvons être des ennemis pour d'autres, parce que nous les avons blessés, sans même peut-être y prendre garde.

Ce qui n'avait pas grande importance pour moi a blessé l'autre, profondément. Pour lui, je suis devenu un ennemi.

L'aimer, "aimez vos ennemis", c'est d'abord comprendre que je lui ai fait mal, et qu'il en souffre.

Et cette démarche peut, je crois, nous emmener plus loin.

Je pense à cette parole de Jésus sur la croix, précisément dans l'Evangile de St Luc:

"Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font". 1

 

Deux choses:

"… Ils ne savent pas ce qu'ils font". 2

Ceux qui ont arrêté Jésus, qui l'ont fait condamner, la foule qui l'a insulté, les soldats qui l'ont outragé et crucifié, tous ceux-là n'ont pas pris la mesure de leurs actes, la profondeur de la blessure qu'ils ont infligée non seulement à un homme, mais en fait à toute l'humanité et à Dieu lui-même.

Les prêtres et les chefs du peuple ont cru bon de se débarrasser de celui qu'ils considéraient comme un gêneur, et peu importent les moyens.

La foule, quant à elle, aime bien hurler avec les loups, et se ranger du côté des plus forts.

Pilate s'est sorti sans trop de dommage d'une situation embarrassante.

Les soldats, eux, ont fait leur boulot. sale besogne, mais c'était leur métier.

Aucun, aucun sans doute, n'a mesuré la mesuré de son acte.

Tous, probablement, se sont couchés le soir sans se poser la moindre question.

"… ils ne savent pas ce qu'ils font".

 

Mais je reviens aussi au début de la phrase de Jésus:

"Père, pardonne-leur…"

"Père": ce pardon que moi, je ne peux pas donner, parce que je n'en ai pas la force, je te demande à toi, Père, de le leur donner.

Ceux qui m'ont blessé, et qui m'ont blessé à mort, ceux qui se sont fait mes ennemis, je te demande à toi, Père, de les aimer.

C'est comme ça, et peut-être seulement comme ça que moi, je peux les aimer.

Luc Mazaré, prêtre

____________________________

 

Bonus internet :

 

1- Aimer ses ennemis n’est pas une affaire de sentiment.

« Heureusement que Jésus ne m’a pas demandé de trouver mon ennemi sympathique. Je ne peux pas trouver sympathique celui qui envoie ses chiens sur moi et détruit ma maison. En revanche, je peux l’aimer »

confiait Martin Luther King avec un brin d’humour…

 

2- Au lendemain des attentats du Bataclan qui a coûté la vie à sa femme, le message d’un journaliste, Antoine Leiris :

« Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.
Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore. »

 

3- Extrait du Testament Spirituel de frère Christian de Chergé, moine de Tibhirine :

« Cette vie perdue totalement mienne et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô mes amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis ! Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » envisagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.
AMEN ! Inch’Allah ! »

1 Luc 23,34. A noter des paroles comparables dans la bouche d’Etienne mourant (Actes 7,60)

2 Pierre reprendra cet argument en Actes 3,17

Evangile selon St Luc (Lc 6,17;20-26)

HOMELIE

 

En préparant la liturgie de ce dimanche, j'ai été particulièrement frappé par une phrase de la 2°lecture. St Paul écrit aux Corinthiens :

« Comment certains d'entre vous peuvent-ils affirmer qu'il n'y a pas de résurrection des morts? »,.

 

Bon… historiquement, on peut comprendre.

La communauté chrétienne de Corinthe était diverse, disparate, hétérogène. Parmi ses membres, il y a des Grecs.

Or, à l’époque, la culture grecque est profondément allergique à l'idée de la résurrection . Rien d'étonnant donc à ce qu'ils aient du mal à faire leur une notion qui leur est complètement étrangère.

 

Mais… aujourd'hui encore.

Il y a quelques années à peine, près de 50% des Français se disaient chrétiens.

Mais, parmi ceux-là, beaucoup disaient ne pas croire en la résurrection.

Comme quoi… 2000 ans après…
 

En fait, cela ne m'étonne pas vraiment.

Quand on discute avec des parents qui préparent le baptême de leur enfant, beaucoup avouent eux aussi ne pas croire en la résurrection.

Mais alors, pourquoi demandent-ils le baptême?

Réponses, bien souvent: "pour que notre enfant entre dans la famille des chrétiens, pour qu'il reçoive des valeurs, une morale, pour le mettre sur le bon chemin…"
 

D’accord… mais désolé : il n'y a pas besoin du Christ pour ça !

La morale, quelle qu’elle soit, repose toujours sur les deux mêmes piliers: le respect des autres, et le respect de soi-même.

C'est la base sans laquelle aucune société humaine ne peut exister, donc sans laquelle aucune vie ne peut exister.

Pas besoin de famille chrétienne pour cela, ni même pour l'apprendre.

Pas besoin d'être chrétien pour ça… j'allais dire dieu merci !

Même si, c'est vrai, la morale humaine est souvent bafouée… et c'est la guerre, la violence, l'injustice, le non-respect de la vie...

jusqu'au mépris de soi-même, jusqu'à la négation de soi-même.

 

Radicalement, la parole chrétienne se situe sur un autre terrain.

Le seul fondement de notre foi, nous rappelle St Paul, c'est la résurrection.

La résurrection du Christ au matin de Pâques.

L'espérance de notre propre résurrection, avec lui et en lui.
 

C'est la seule parole dont les chrétiens soient porteurs.

Le reste… n'est qu'accessoire.

 

Oui mais, c'est quoi, la résurrection?

Déjà, les disciples de Jésus se posaient la question 1.

 

La résurrection, c'est aujourd'hui, déjà.

C'est être vivant avec le Christ.

Aujourd'hui et toujours.
 

Ce n'est pas demain, ou plus exactement ce n'est pas seulement demain.

C'est maintenant, c'est tout de suite, c'est déjà.

Et c'est le sens même du baptême: être plongé dans la vie du Christ, être plongé dans la résurrection du Christ.

 

Et c'est ce que nous vivons dans l'Eucharistie: en recevant le corps du Christ, c'est sa résurrection que nous recevons en nos propres corps jusqu'au jour où nous la vivrons en plénitude auprès de lui.

 

Être ressuscité, c'est dès aujourd'hui être vivants avec le Christ.

Et c'est l'attente, l'espérance de connaître cette résurrection en plénitude.
 

J'aurais d'ailleurs envie de lire ainsi, de comprendre ainsi, l'Evangile que nous venons d'entendre.

« Heureux, vous, les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous (…)

Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ».

Il n'est pas ici question de morale, mais bien de résurrection.

Être pauvre, c'est recevoir toute sa vie du Christ.

Être pauvre, c'est savoir que sans lui, nous ne pouvons rien faire, que sans lui, notre vie est vaine et vide.

Quelles que soient nos réussites, quels que soient nos échecs ou nos découragements, quelle que soit la valeur de notre portefeuille, nous sommes des pauvres quand nous savons que nous avons besoin du Christ pour vivre.

Nous sommes pauvres quand nous sommes mendiants de vie, mendiants de résurrection, quelle que soit notre situation personnelle ou sociale.
 

Mais, être riche, c'est être repu.

Se suffire à soi-même.

Ne plus être en besoin, en attente, en désir.

Ne plus être en attitude de ressuscités, de ceux qui ont besoin du Christ pour vivre, de ceux qui aspirent à être pleinement vivants en lui.
 

Alors, j'aurais presque envie aujourd'hui de vous proposer une nouvelle traduction des Béatitudes en St Luc:

« Vous êtes ressuscités, vous, les pauvres: le Royaume des cieux est à vous (…)

Mais vous êtes morts, vous, les riches: vous tenez en vous votre propre consolation ».

 

St Paul, je crois, ne dit pas autre chose quand il écrit:

« Si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est sans valeur ».

Et il écrit dans une autre lettre adressée cette fois aux chrétiens de Rome:

« Aucun de nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même.

Si nous vivons, nous vivons pour Le Seigneur, si nous mourons, nous mourons pour Le Seigneur.

Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur » 2.

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Marc 9,10

2 Romains 14,7-8

Lecture du livre du prophète Isaie - Evangile de Jésus Christ selon st Luc

HOMELIE

(largement inspirée du commentaire du Missel des Dimanches 2019 p 182)
 

Deux récits de vocations dans les textes de ce jour : celle du prophète Isaïe et celle de l’apôtre Pierre.

Pour Isaïe, le cadre est grandiose : le Seigneur sur un trône très élevé, les anges (plus précisément des « séraphins ») qui acclament Dieu à gorge déployée, les portes qui tremblent, la fumée qui envahit le Temple, et la voix du Seigneur.

Dieu se présente comme lointain et solennel : le Dieu trois fois saint, le Seigneur de de l’Univers. Un Dieu lointain, mais qui se rapproche pour se laisser entrevoir et entendre.
 

A l’inverse, pour Pierre, le cadre est plutôt modeste et familier au petit pêcheur qu’il est : le lac de Génésareth, les filets et les barques de pêche.

Et cet homme qui monte dans la barque et lui demande de s’éloigner un peu pour pouvoir parler aux foules.

Mais cet homme se révèle maître de la création : alors que Pierre et ses compagnons ont peiné toute la nuit sans rien prendre, voilà que sur la parole de Jésus, voilà que les filets se remplissent à se rompre.

Et nous, nous découvrons un Dieu qui est homme parmi les hommes, et qui n’hésite par à monter dans la barque de nos vies, qui n’hésite pas à s’assoir à nos côtés.
 

Deux décors différents, deux images de Dieu, mais une même réaction :

Isaïe s’écrie : « Malheur à moi, car je suis un homme aux lèvres impures » et Pierre : « Eloigne-toi de moi car je suis un homme pécheur ».

Isaïe et Pierre sont saisis d’effroi, tant ils se sentent indignes, pécheurs, incapables de Dieu.
 

Et pourtant le Seigneur les appelle l’un et l’autre à être ses messagers, ses envoyés.
 

Toutes et tous, nous avons été -et nous sommes- appelés par le Christ pour être ses témoins dans le monde.

Il ne nous appelle pas à cause de nos qualités ou de nos forces, il nous appelle à cause de nos faiblesses.

« Car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort », écrira St Paul 1.
 

Et le Christ lui-même se révèlera pleinement dans la faiblesse de la croix, cette faiblesse d’où surgira la résurrection.
 

Appelés par Jésus, ces paroles ne cessent de résonner en nous : « Avance au large ».

Ne reste pas au port, ou à l’abri d’un coin tranquille, calfeutré dans tes soucis, tes envies, tes étroitesses.

Comme Pierre et ses compagnons, laisse là tout qui t’encombre pour suivre les pas du Christ.
 

« Avance au large » 

Sors ! Ose la rencontre, jette tes filets pour la pêche !

Non pas pour prendre des hommes, mais pour te laisser prendre par eux.

Non pas pour leur parler, mais pour les entendre, et ainsi les conduire à Dieu.

Non pas pour les embarquer avec toi, mais pour t’embarquer avec eux comme Jésus s’est embarqué avec nous.

 

Sans jamais oublier ta faiblesse, et avec la conviction que tout ce que tu fais de bien, tu le dois à la seule grâce de Dieu.

Comme dit St Paul : « Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi ».
 

Alors peu importe si tu es faible, malade, si tu vois que tes « filets » sont vraiment trop usés : laisse agir en toi la grâce de Dieu.
 

Supplément internet : les paroles d’une chanson de Mannick qui pourrait bien évoquer l’aventure d’être témoins du Christ :
 

JE CONNAIS DES BATEAUX

 

Je connais des bateaux qui restent dans le port
De peur que les courants les entraînent trop fort,
Je connais des bateaux qui rouillent dans le port
A ne jamais risquer une voile au dehors.

Je connais des bateaux qui oublient de partir
Ils ont peur de la mer à force de vieillir,
Et les vagues, jamais, ne les ont séparés,
Leur voyage est fini avant de commencer.

Je connais des bateaux tellement enchaînés
Qu'ils en ont désappris comment se regarder,
Je connais des bateaux qui restent à clapoter
Pour être vraiment surs de ne pas se quitter.

Je connais des bateaux qui s'en vont deux par deux
Affronter le gros temps quand l'orage est sur eux,
Je connais des bateaux qui s'égratignent un peu
Sur les routes océanes où les mènent leurs jeux.

Je connais des bateaux qui n'ont jamais fini
De s'épouser encore chaque jour de leur vie,
Et qui ne craignent pas, parfois, de s'éloigner
L'un de l'autre un moment pour mieux se retrouver.

Je connais des bateaux qui reviennent au port
Labourés de partout mais plus graves et plus forts,
Je connais des bateaux étrangement pareils
Quand ils ont partagé des années de soleil.

Je connais des bateaux qui reviennent d'amour
Quand ils ont navigué jusqu'à leur dernier jour,
Sans jamais replier leurs ailes de géants
Parce qu'ils ont le cœur à taille d'océan.

Paroles et Musique: Marie-Annick Rétif 1980

Luc Mazaré, prêtre
 

1 2 Corinthiens 12,10

Evangile selon St Luc (Lc 4,21-30)

HOMELIE

Dimanche dernier, l'évangile nous présentait Jésus à Nazareth, le village de son enfance.

Le jour du sabbat, à la synagogue, et comme il a l'habitude de le faire dans les autres villages de la région, Jésus lit la Parole de Dieu et assure la prédication.

Très curieusement, il s'applique à lui-même les paroles du prophète concernant le Messie.

En d'autres termes, il se reconnaît, lui, Messie, Envoyé de Dieu.

 

Aujourd'hui, la suite de ce texte nous montre la réaction des habitants du village… les habitants de Nazareth réagissent très mal, puisqu'ils veulent tuer Jésus en le précipitant du haut d' « un escarpement de la colline où leur ville est construite ».

Petit problème -et les spécialistes sont formels - : il n’y a pas d’ « escarpement » à Nazareth ! 1

Question: l'évangéliste St Luc se serait-il trompé?

Ce serait possible: il n'est pas du pays et il n'a sans doute jamais mis les pieds à Nazareth.

Seulement voilà, il y a une autre incohérence dans le texte, et je suis sûr qu'elle ne vous a pas échappée: la manière dont les habitants de Nazareth expriment en même temps deux avis complètement opposés.

Ils sont étonnés «  des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche » et, en même temps, ils refusent Jésus et la portée de son message: « N'est-ce pas là le fils de Joseph? ».

 

Soyons clairs: St Luc ne se trompe pas; il écrit les choses à sa manière.

Il ne raconte pas un fait divers: il écrit l'Evangile!

A travers cet épisode de Nazareth où Jésus a été rejeté par les siens, par ceux de son village, St Luc veut nous dire que, tout au long de son ministère public, Jésus a été rejeté par son peuple.

Ce peuple qui était en admiration, ce peuple qui voulait des miracles et des paroles réconfortantes, ce même peuple rejetait Jésus dès qu'il disait quelque chose de son lien à Dieu, un lien privilégié, unique, irremplaçable.

 

Pourquoi ce rejet ?

Simplement parce que Jésus est un homme comme les autres.

Ah, s'il avait été un héros, le fils d'un roi, un être surnaturel, un médium, un voyant, un gourou…. mais non… Jésus, c'est un homme tout simple, on a joué, enfants, avec lui, on connaît bien sa famille, alors non, pas lui, quand même!

Ah, tant que Dieu est un être lointain, un peu mystérieux, un peu magique, voire même un peu menaçant –de préférence pour les autres-, tout va bien!

Mais reconnaître Dieu en la personne d'un être humain tout près, tout proche… ça c'est une autre histoire. Parce que là, c'est du concret.

Dans le fond, nous rejoignons un peu le thème de St Paul.

Les chrétiens de Corinthe se vantaient de toute sorte de dons remarquables et prodigieux: parler des langues mystérieuses, faire des prophéties, avoir une foi à transformer les montagnes…..

Non! tout cela n'est rien , tout cela est vide si je ne vis pas chaque jour concrètement, patiemment l'amour fraternel, l'amour de mon frère, l'amour de ma sœur, si je ne reconnais pas en lui Dieu qui se révèle.

En Jésus Christ, notre Dieu a osé la proximité.

 

Et nous, osons-nous aimer Dieu dans cette proximité, dans l'amour quotidien de celui, de celle que Dieu place sur notre route et qui est, comme nous, enfant de Dieu, habité par le Christ?

Ou préférons-nous rejeter ce frère, le précipiter du haut de nos falaises, ou, plus facilement, le rejeter loin de notre cœur?

C'est la même question qui était posée aux habitants de Nazareth hier, aux foules qui le suivaient à travers le pays, c'est la même question qui nous est posée aujourd'hui: savons-nous reconnaître l'image de Dieu en tout être humain, quel qu'il soit ?

Luc Mazaré, prêtre

 

1Voir note de la TOB

Evangile selon St Luc (Lc 1,1-14 ; 4,14-21))

HOMELIE

L'Evangile d'aujourd'hui nous ramène à notre premier thème: l'importance de la Parole de Dieu.

Seulement voilà: approcher la Parole de Dieu n'est pas chose si simple à l'époque de Jésus.

D'abord, très peu de gens savent lire.

C'est bien normal: le papier n'existe pas, et l'imprimerie encore moins.

Les écrits sont rares.

On écrit sur du parchemin – des lanières de cuir -, sur du papyrus - des feuilles de roseau importées d'Egypte -, ou sur des tablettes de cire qu'on fait ensuite fondre pour les réutiliser.

Et pour les choses les plus importantes, on grave sur la pierre.

En fait, les écrits sont rares et difficilement accessibles, alors on passe par la Parole, et on apprend par cœur ce qui est vraiment important.

Deuxième problème: le Livre de la Parole, la Bible est écrite en hébreu.

Mais, à l'époque de Jésus, comme déjà du temps d’Esdras, on ne parle plus hébreu : c'est une langue morte.

Un peu comme le latin chez nous aujourd’hui.

A l'époque de Jésus, pour approcher la Parole de Dieu, il faut des rabbins, des gens qui savent lire, qui savent traduire, et qui savent expliquer ce que signifient les paroles entendues, et comment elles rejoignent la vie de ceux qui entendent.

Jésus a très certainement reçu cette formation de rabbin: à la synagogue, c'est lui qui lit, qui traduit, et qui commente.

C'est exactement ce qu'il vient faire dans son village, à Nazareth.

Il lit: « L'Esprit du Seigneur est sur moi (…) Il m'a consacré (…) Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle ».

Le prophète Isaïe. Normal. Classique.

Mais ce qui sort de la normale, c'est son commentaire: « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre ».

En parlant ainsi, Jésus s'attribue les qualités même du Messie, cet Envoyé de Dieu annoncé par Isaïe. Plus encore, il s'identifie lui-même au Messie.

La Parole est accomplie:

dans la synagogue de Nazareth, pour la première fois dans l'histoire du Peuple de Dieu, la Parole de l'Ecriture et la voix qui la porte coïncident parfaitement.

Jésus, Parole faite chair, révèle la présence libératrice de Dieu.

Aujourd'hui encore, au cours de nos liturgies, ce mystère s'accomplit: la Parole prend corps en chaque eucharistie.

L'Esprit qui agit en Jésus Christ nous pousse à être, à notre tour, et chacun pour notre part, Parole de Dieu auprès de nos frères.

Une Parole agissante pour « porter aux pauvres la Bonne Nouvelle, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur ».

 

Notre monde a tant besoin d’une Parole,

notre monde a tant besoin de vie,

notre monde a tant besoin de Dieu,

notre monde a tant besoin… de nous !

Luc Mazaré, prêtre

Evangile selon St Jean (Jn 2,1-11))

HOMELIE

Dimanche dernier, par son baptême au Jourdain, Jésus était intronisé comme Fils de Dieu. Nous l’avons entendu dans l’évangile de St Luc.

Aujourd'hui, dans l’évangile de St Jean, Jésus inaugure sa vie publique, son ministère, avec les noces de Cana .

 

L'évangéliste Jean est le seul à rapporter cet épisode de Cana.

Et il le fait à sa manière, avec son style si particulier.

Déjà, deux détails peuvent attirer notre attention.

- Le récit s’ouvre par ces mots : « Le 3° jour » 1. Tiens, tiens, voilà qui devrait évoquer quelque chose en nous : c‘est le temps qui sépare la mort de Jésus de sa résurrection.

- Et le récit s’achève par ces mots « tel fut le commencement des signes que Jésus que accomplit ». Tiens, tiens... « commencement » : c’est le premier mot de la Bible, quand Dieu crée le monde. St Jean voudrait-il nous parler d’une nouvelle Création ? 2

 

En tout cas, nous devinons bien que notre texte ne se résume pas à une simple histoire d’eau changée en vin ! 3

 

En fait, le récit de l’évangéliste St Jean nous propose plusieurs niveaux de signification possibles.

Plusieurs niveaux pour aller de plus en plus loin dans la découverte de Dieu tel qu'il s'est révélé en son Fils.

 

1° niveau, tout simple:

Jésus entre de plain-pied dans nos joies humaines.

Premier geste de la vie publique de Jésus: il participe à un mariage, à une fête.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, ça me fait plaisir, c'est une image de Dieu que j'aime bien.

Un Dieu présent à nos joies, à nos moments de bonheur.

Un Dieu qui est là quand nous vivons l'amour, quand nous voulons vivre de l'amour.

Ça c'est un Dieu bien!

Où sont amour et charité, Dieu est présent, lui qui est le Dieu d'amour.

C'est ce que nous dit cette simple présence de Jésus à ce repas de noces.

 

2°niveau:

Jésus répond aux besoins des hommes et les comble au-delà de leurs espérances.

Un manque: "Ils n'ont pas de vin" 4 un comble, pour un mariage.

Plus de vin, plus de fête, plus de joie.

 

Comme dans notre vie parfois: ces moments où plus rien ne va, ces moments où nous désespérons de nous-mêmes et des autres.

Comme notre monde qui trop souvent désespère de lui-même et ne semble aller qu'à sa perte.

Comme ceux qui sont les victimes et qui paient le prix d’erreurs qu'ils n'ont pas commises.

Pas de vin, pas de fête, pas de joie ! 5

 

Besoins bien concrets, bien réels, auxquels Jésus répond, et répond en surabondance: six cuves de cent litres d'eau transformées en vin.6

 

Regardons bien dans nos vies et dans la vie des hommes:

quelque part aussi, maintenant, Jésus change l'eau en vin.

Regardons bien ce qui, aujourd'hui, est signe de joie et d'espérance, au-delà même de ce que nous pourrions attendre.

Cherchons, regardons bien, et nous verrons, et nous serons étonnés!

 

3° niveau:

La création d’un monde nouveau.

L'eau puisée dans les cuves n'est pas là par hasard: elle sert aux ablutions rituelles des Juifs. Elle fait partie de leur vie religieuse.

En transformant cette eau en vin, Jésus lui donne une signification nouvelle: ce n'est plus de l'eau plate, c'est la joie du Royaume qui fait irruption dans la vie des hommes.

Les rites de la Première Alliance n'ont plus lieu d'être, puisque Dieu lui-même est là parmi nous 7 : nous avons directement accès à Lui.

Plus encore, par la résurrection de son Fils le 3°jour, Dieu crée un monde nouveau, le monde l’homme-en-Dieu.

C'est un commencement, un premier signe, mais qui reste en devenir:

pour Jésus, le vin du Royaume prendra d’abord le goût amer du vinaigre, ce vinaigre qu'il boira sur la croix 8.

Le Royaume de Dieu est là, mais il ne sera manifesté, pleinement manifesté, qu'au moment où les hommes auront vraiment su l'accueillir.

En attendant, c'est vrai, reste l’apparence de la violence et de la mort: le vin peut aussi avoir le goût âcre du vinaigre.

Et c'est aujourd'hui: le vin eucharistique est tout à la fois vinaigre de la croix et vin nouveau du Royaume.

 

4° niveau:

Les noces de Dieu.

Vous l'avez remarqué: c'est quand même un curieux mariage!

Bizarre: le marié.. on ne dit pas son nom.

Quant à la mariée… elle n'est même pas mentionnée dans notre récit!

Pourquoi?

Parce que le vrai marié, c'est Dieu lui-même en son Fils Jésus!

La mariée, c'est nous, son Peuple.

Et c'est l'humanité tout entière.

Aux noces de Cana se réalise la promesse transmise par les prophètes:

Dieu vient épouser son peuple.

Jésus est ce nouveau marié qui inaugure les noces de Dieu, après ce long temps de fiançailles qui était celui de la Première Alliance.9

 

Les témoins privilégiés de ce mariage, les premiers à comprendre ce qui se passe, ce sont les serviteurs, eux qui, à la différence des autres, savent d'où vient le vin des noces, le vin nouveau, le vin de l'Alliance.

Et c'est Jésus qui se fera lui-même serviteur, lui qui ira jusqu'à laver les pieds de ses disciples.

 

Serviteurs de Dieu aujourd'hui, nous sommes aussi les témoins privilégiés de la Bonne Nouvelle.

Nous savons qu'en Jésus Christ, Dieu a épousé l'humanité à tout jamais.

Il nous reste à servir nos frères, à remplir leurs verres, à remplir leur vie pour qu'ils goûtent, eux aussi, la joie de Dieu, la joie de son Royaume.

 

Aujourd'hui, en cette eucharistie, jetons les vieux vinaigres de nos rancœurs, de nos mal-vivre, de nos tristesses : goûtons au vin du Royaume, goûtons à la joie des noces de Cana!

Luc Mazaré, prêtre

 

1Il est regrettable que le lectionnaire ait remplacé ces mots par l’expression passe-partout « En ce temps-là » qui ne veut strictement rien dire. La mention du « 3° jour » a son importance.

L’indication de l’évangéliste ne peut pas être chronologique :

- le 1°jour présente le témoignage de Jean le Baptiste (Jean 1,19…)

- « le lendemain » (Jean 1,29) Jésus recevoir le baptême de Jean

- « le lendemain » (Jean 1,35) Jésus appelle ses premiers disciples

- « le lendemain » (Jean 1,43) Jésus appelle Philippe et Nathanaël

Selon cette chronologie, les noces de Cana seraient situées non pas le 3°, mais le 5° jour.

Il est donc évident que l’évangéliste donne un sens symbolique à cette indication : « Le 3°jour » CQFD !

2On pourrait aussi développer le sens de la phrase : « Il manifesta sa gloire »… mais ce serait un peu long pour une simple homélie !

3Ce que je n’ai hélas jamais réussi à faire !

4Bizarre : non pas « ils n’ont plus de vin », mais « ils n’ont pas de vin ». Je ne sais pas pourquoi.

5Dans la Bible, le vin est très souvent associé au thème de la joie, comme dans le psaume 104(103)13 : « Le vin qui réjouit le cœur de l'homme » (Note : l’abus d’alcool est dangereux pour la santé)

6Est-ce Jésus qui a changé l’eau en vin ? Ce n’est pas écrit dans le texte ! Il est écrit que « ceux qui servaient » savaient d’où venait ce vin. Servir, à l’image du Christ Serviteur, c’est peut-être apporter de la joie à ceux qui n’en ont plus.

7Ce thème est largement développé dans la Lettre aux Hébreux

8Jn19,29

9cf. Osée

Evangile selon St Matthieu (Mt 2,1-12))

HOMELIE

Sous ses apparences un peu folkloriques, le texte que nous propose aujourd'hui l'évangéliste St Matthieu est en fait très complexe. Et surtout, il pose de nombreuses questions qui peuvent trouver écho dans notre vie aujourd'hui.

 

Parmi ces questions, je voudrais en retenir trois:

- Qui sont ces personnages mystérieux que l'évangile appelle "des mages venus d’Orient" ?

- Quelle est cette étoile qui guide leur quête?

- Que signifient leurs présents offerts à l'enfant de Bethléem?

 

"Des mages venus d'Orient…."

Qui sont-ils?

A vrai dire, nous n'en savons rien….

Désolé pour les personnages traditionnels de nos crèches, mais ce ne sont pas des rois.

Non, ce sont des savants, des scientifiques, en fait des astronomes avant la lettre qui scrutent le ciel pour tenter de comprendre les secrets de l'univers.

En fait, leur démarche me parait étonnamment moderne: je pense à tous ces chercheurs qui, eux aussi, scrutent le ciel, ou encore les calottes glaciaires, ou l'infiniment petit, ou l'infiniment grand, pour tenter de savoir, de comprendre…

Chercheurs, le mot est lancé.

Chercheurs de quoi? Chercheurs de qui?

L'Evangile ne dit pas que ces hommes, ces mages, étaient des chercheurs de Dieu.

Mais c'est bien Dieu qu'ils ont trouvé, Dieu devant qui ils se prosternent.

Et nous, sommes-nous des chercheurs?

Des hommes et des femmes avides de savoir, de comprendre?

C'est peut-être parce que nous avons cherché que Dieu est venu à notre rencontre sur nos chemins.

Et parce que nous n'avons jamais fini de chercher, Dieu n'a jamais fini de nous rencontrer.

 

Deuxième question:

"Nous avons vu se lever son étoile".

Dans le monde antique, l'apparition d'une étoile était le signe de la naissance d'un grand personnage.

Cela aurait été le cas, parait-il, pour la naissance d'Alexandre le Grand ou, plus tard, de Jules César.

Mais là, il ne s'agit pas d'un grand personnage, mais du "roi des Juifs".

Le roi des juifs, à l'époque, le roi des Juifs, ce n'est qu'un petit roitelet soumis à la toute-puissance de l'Empire Romain.

"Le roi des Juifs": souvenez-nous, c'est surtout l'inscription qui sera apposée sur la croix de Jésus, au moment où il ne sera plus rien qu'un vulgaire condamné à mort, au moment où il ne sera plus rien.

Pourtant, de ce rien naîtra la vie, la vie éternelle pour tous les hommes.

Alors oui, l'enfant Jésus est vraiment le plus grand personnage devant qui les mages peuvent se prosterner, bien avant Alexandre ou César.

Parce que lui, cet enfant, est Dieu, Emmanuel, Dieu-avec-nous.

Et nous, saurons-nous voir l'étoile pour guider nos pas?

L'étoile de celui qui s'est fait le plus petit pour que nous devenions grands, pour que nous entrions avec lui dans la vie éternelle.

Et si nous, nous étions des étoiles, de simples étoiles pour guider nos proches sur les chemins de Dieu?

"Allez, de toutes les nations faites des disciples" dira Jésus ressuscité 1.
 

Enfin, troisième question:

"Ils lui offrirent leurs présents:

de l'or, de l'encens et de la myrrhe".

Ces trois présents ont un sens symbolique, sans doute voulu par l'évangéliste plus que conforme à la réalité historique.

- L'or: c'est l'offrande faite à un roi pour lui souhaiter bonheur et prospérité. Sans doute sans le savoir, les mages proclament Jésus Seigneur, Roi de l'Univers.

- L'encens: c'est le parfum de la prière. En lui offrant l'encens et en se prosternant devant lui, les mages proclament la divinité de Jésus.

- La myrrhe: c'est un des aromates utilisé pour les rites funéraires2, un de ceux que les femmes apporteront au tombeau au matin de Pâques pour embaumer le corps de Jésus. Symboliquement, par avance, les mages annoncent la Passion du Seigneur.

Plus profondément, en lui offrant leurs présents, les mages rendent hommage à Jésus.

Pour lui, ils ont quitté leur pays, ils ont suivi son étoile, ils se sont prosternés devant lui, ils lui ont offert leurs présents.

 

Et nous, quel hommage rendons-nous au Christ aujourd'hui?

Que sommes-nous faits à faire pour lui?

Que sommes-nous prêts à lui offrir, à lui qui nous a offert sa vie?


Luc Mazaré, prêtre
 

1 Matthieu 28,19

2 cf. Jean 19,39

Evangile selon St Luc (Lc 2,41-52)

HOMELIE 1

Marie « gardait dans son cœur tous ces évènements ».

Nous connaissons bien cet épisode que rapporte l’évangéliste St Luc.

C’est le premier signe d’autonomie du jeune Jésus, pré-ado  de 12 ans, qui échappe à la surveillance de ses parents pour rester au Temple de Jérusalem.

Marie et Joseph ne comprennent pas pourquoi il leur a fait ce coup-là.

La peine de Marie est celle de toutes les mères sentant que leur fils leur échappe, pour un avenir inconnu, et donc menaçant.

Pourtant, elle est loin de dramatiser et d’en faire toute une scène.

Non, après un simple reproche, la vie familiale semble reprendre son cours d’avant :« il leur était soumis ».

Du coup, Marie aurait pu oublier, classer comme anecdotique et sans réelle signification cet écart bénin de Jésus, ainsi que son énigmatique réponse : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? ».

Mais non, elle devine bien qu’il y a là l’amorce de quelque chose d’important qu’elle ne comprend pas encore. Alors, sans bousculer les choses, elle met en mémoire cet événement jusqu’au jour où elle en déchiffrera la signification.

Marie est une « méditante ».

Depuis l’Annonciation, elle sent bien qu’elle ne comprend pas tout ce qui lui arrive ; il lui faut faire confiance, et attendre la Résurrection de son fils pour saisir enfin le vrai sens des événements étranges qui jalonnent la vie de son enfant et sa propre vie.

Ici, c’est au Temple de Jérusalem.

Plus tard ce sera à Cana 2, où sans comprendre de quelle « heure » lui parle Jésus, elle dira pourtant aux serviteurs de « faire tout ce qui il leur dira ».

Puis ce sera quand elle le cherchera à nouveau, voulant le ramener à Nazareth avec ses cousins et sa famille : « Ta mère et tes frères sont là dehors qui te cherchent ». La réponse de Jésus sera cinglante : « qui est ma mère ? » 3 .

Là encore elle ne comprendra pas tout de suite mais elle gardera cette parole en son cœur : « celui qui fait la volonté de mon Père, voilà ma mère, mes frères, mes sœurs ».

Et que dire de l’incompréhension douloureuse de Marie devant la croix ? Comment ? C’est ainsi que tout se termine ? Tout cela n’avait donc aucun sens ?

À travers ses larmes, Marie gardera pourtant la parole de son fils crucifié qui dit du seul disciple encore présent à ce moment-là: « voici ton fils »4

Elle découvrira plus tard que Jésus l’a confiée à l’Église, et lui a confié l’Église.

« Méditer » les événements , alors même qu’ils sont incompréhensibles sur l’instant, fait donc partie de la vie spirituelle de Marie, du début à la fin de la vie terrestre de Jésus.

Elle ne se laisse pas dérouter par l’étrangeté apparente du comportement de son fils, ni même par sa mort infâme.

Marie ne comprend pas tout ce qui lui arrive, mais elle sait qu’elle ne comprend pas, et en fait l’objet d’une méditation intérieure : un jour, tout s’éclairera.

Comme pour les pièces d’un puzzle tombant de manière désordonnée sur une table, elle ne perd pas une miette des événements, les met de côté, essaie de les assembler peu à peu, et attend, pleine d’espérance, que le motif du puzzle apparaisse enfin à travers les morceaux éparpillés.

Cette attitude intérieure de Marie est devenue la nôtre: nous ne comprenons pas tout ce qui nous arrive.

Il nous faut ruminer ces événements, les tourner et retourner au dedans de nous jusqu’à ce qu’une parole, une rencontre les éclaire, les insère dans le puzzle de notre histoire personnelle.

Nous sommes un peuple de « méditants ».

L’attitude de Marie ruminant les événements surprenants est devenue celle de l’Église attentive aux signes des temps, comme nous y invite le Concile Vatican II.

Ce qui est vrai au plan collectif l’est aussi au plan individuel.

Bon nombre d’événements  nous percutent, nous bousculent, dont nous ne savons trop quoi faire sur l’instant.

Qu’en faire ? Comment réorienter notre vie à partir de là ? Qu’y a-t-il à écouter, à comprendre dans cet événement imprévu qui s’impose ?

Là encore, la méditation de Marie nous invite à ne pas réagir trop vite.

Il faut parfois savoir attendre pour comprendre, il nous faut méditer comme Marie. Et nous nourrir à la source de la Parole de Dieu.

Et n’oublions pas que Jésus, lui aussi, a été un « méditant ».

Il a pris une trentaine d’années pour observer, apprendre, comprendre.

Il a ruminé ce que lui disaient les métiers, les paysages, le lac, la pêche, la loi, la parole de Jean le Baptiste…

Et tous ses enseignements montrent que c’est dans cette rumination du quotidien qu’il puise la plupart de ses paraboles.

« Méditant », il l’a été jusque dans sa prière au Jardin des Oliviers : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne » 5.

A notre tour,  soyons des « méditants » jusqu’à ce jour où, grâce à notre sœur la mort en ce monde, nous pourrons enfin connaître comme nous sommes déjà connus . 6

Luc Mazaré, prêtre

1 Cette homélie trouve sa source dans : lhomeliedudimanche.unblog.fr

Mon éminent et inconnu confrère parle de Marie comme d’une « ruminante ». Mais, dans le même sens, je préfère employer le terme de « méditante » : il me parait mieux exprimer la démarche de foi de Marie plutôt que le processus digestif de nos amies les vaches (et consors)

2 Jean 2,1-12

3 Luc 8,19-20

4 Jean19,26

5 Luc 22,43

6 Cf. Galates 4,9 : « vous avez connu Dieu – ou plutôt vous avez été connus par lui »

Evangile selon St Luc (Lc 1,39-45)

HOMELIE

Deux femmes…. toutes les deux attendent un enfant.

Jusque-là, rien que de très banal sauf que…

sauf que… aucune d'entre elles ne devrait se trouver dans cette situation:

. Elisabeth est trop âgée, et en plus elle est stérile1

. Marie est trop jeune, et en plus elle est vierge2.

Mais, dans notre récit, l'extraordinaire ne vient pas d'abord de là.

L'extraordinaire vient de la rencontre entre ces deux femmes.

 

- Marie a reçu l'annonce de l'Ange: "Tu as trouvé grâce auprès de Dieu"3

Cette Bonne Nouvelle, Marie ne peut pas la garder pour elle:

en toute hâte, elle se lève, et elle court la porter à Elisabeth.

Cette même démarche - en toute hâte, porter Dieu, porter la Bonne Nouvelle de Dieu - nous la retrouverons dans l'évangile de Noël avec les bergers de Bethléem4, puis, au soir de Pâques avec les disciples d'Emmaüs.5

Cette même démarche, porter Dieu, porter la Bonne Nouvelle de Dieu, elle est, elle doit être la nôtre aujourd'hui.

"En toute hâte": c'est maintenant, c'est aujourd'hui que ça se joue.

C'est l'aujourd'hui de Dieu

Nous sommes Marie, nous sommes porteurs du Christ, lui qui habite au plus secret de nous-mêmes, au plus profond de nos entrailles.

 

- Elisabeth reçoit la salutation de Marie.

"Salutation": ce n'est pas un simple "bonjour", c'est beaucoup plus, c'est le salut de Dieu lui est porté.

Elisabeth en est transformée: l'enfant tressaille en elle, et elle est remplie d'Esprit Saint.

 

Nous sommes Elisabeth: Il est de ces rencontres qui nous transforment, nous aussi.

Si nous regardons bien notre vie, il y a ainsi des rencontres qui nous marquent à tout jamais, qui changent jusqu'à notre manière d'être.

Des rencontres qui nous disent le salut de Dieu.

 

- La rencontre entre ces deux femmes est une rencontre "au sommet".

Elisabeth, avec son grand âge, signifie tout le passé.

En Jean-Baptiste, elle est porteuse de toute l'histoire de Dieu avec son Peuple, porteuse de toute l'histoire de la Première Alliance.

Marie, la toute jeune, signifie tout notre devenir.

En Jésus, elle est porteuse de Dieu qui surgit en notre monde, qui se donne jusqu'à partager notre vie et jusqu'à nous donner sa vie.

En Jésus, Marie est porteuse de toute la promesse de la Nouvelle Alliance.

 

- La rencontre d'Elisabeth et de Marie est une rencontre au sommet, la rencontre de la vie que portent ces femmes.

Dans les deux cas, c'est une vie qui est encore cachée, enfouie dans le secret de leur cœur, dans le secret de leur corps, mais c'est la vie de Dieu.

Elles ont sont transformées, et elles en témoignent.

 

Aujourd'hui encore, Dieu est caché, enfoui dans le secret de notre monde.

Mais il nous transforme, et, à travers les multiples rencontres de notre vie quotidienne, les plus heureuses comme les plus dures.

Et l'Esprit nous donne de pouvoir en témoigner, en toute hâte.

 

Heureux, ceux qui croient à l'accomplissement des paroles qui leur sont dites de la part du Seigneur.

Luc Mazaré, prêtre

1 Lc1,7

2 Lc1,34

3 Lc1,30

4 Lc2,20

5 Lc24,33

Lettre de St Paul Apôtre aux Philippiens (4,4-7)

HOMELIE 1

 

« Pousse des cris de joie… (…) Réjouis-toi de tout ton cœur, bondis de joie », proclame le prophète Sophonie.

Et, des siècles plus tard, St Paul écrit : « Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie ».
 

Mais ces paroles ne sont-elles pas dérisoires pour ceux qui vivent dans l’angoisse, la peine, la détresse ?
Ne sont-elles pas scandaleuses pour ceux qui, en ce temps de Noël, n’auront d’autre lot que la tristesse ?

Une tristesse et une solitude comme creusées encore par la joie des autres… de ceux qui ont de la chance… Car la joie n’est-elle pas avant tout une question de chance ? En quoi dépend-elle de notre bon vouloir ou de notre décision ?

Tous nous voulons la joie pour nous-même et ceux que nous aimons. C’est sans doute la seule chose que nous désirons vraiment.

Mais tous, nous savons aussi que, la plupart du temps, nous n’avons pas de prise sur la joie. Elle nous glisse entre les doigts.

La souffrance, le deuil, l’incompréhension, la solitude nous tombent dessus sans que nous les cherchions.

« Soyez toujours dans la joie », dit Paul.

Il parle à l’impératif. C’est un ordre qu’il nous adresse…

Comme si nous étions responsables quand nous sommes dans la peine !

Faut-il comprendre que, lorsque la tristesse nous accable, nous devons en plus nous dire que cette tristesse nous place hors de la volonté de Dieu ? Qu’elle nous éloigne de Dieu ?

Devons-nous nous déclarer coupables de vivre dans la peine ?

« Soyez toujours dans la joie », c’est bien un ordre que Paul nous adresse de la part de Dieu lui-même.

Mais ces paroles ne signifient pas que la tristesse est une faute.

Elles signifient que la tristesse n’est pas dans l’ordre de Dieu.

Au contraire, la tristesse est un désordre ; nous ne sommes pas faits pour elle.

Dieu veut la joie pour chacun de nous plus encore que nous ne la voulons nous-mêmes.

Dieu veut notre joie ! Il rejoint par là notre désir le plus profond et il nous permet de l’exprimer dans la prière : « Priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes ».

 

Lorsque nous crions parce que nous vivons dans la souffrance, lorsque nous sommes écrasés par l’injustice qui nous est faite ou dont nous sommes témoins, lorsque nous pleurons d’être enfermés dans l’angoisse et la solitude, nos cris et nos pleurs ne nous éloignent pas de Dieu.

Ils sont l’écho du désir de Dieu lui-même.

Notre volonté de sortir de la peine croise alors la volonté de Dieu pour nous.

Nous ne sommes pas seuls à vouloir la joie. Dieu et nous, ensemble, nous la désirons. Vouloir le bonheur, c’est rejoindre ce que Dieu veut.

 

Alors, nous avons raison de crier lorsque la vie nous fait échapper à cet ordre de Dieu.

Nous avons raison de nous révolter contre ce désordre profond qu’est la tristesse humaine.

Ce 3° dimanche de l’Avent, dimanche de la joie, est donné d’abord à ceux pour qui la joie est troublée, impossible peut-être.

L’appel de Dieu à la joie est un appel à ne pas nous résigner à notre tristesse.

C’est une possibilité qui nous est ouverte de crier vers Dieu, d’en appeler à Lui pour que sa volonté soit faite !

L’appel de Dieu à la joie est un appel à la patience aussi.

Il vient, celui qui veut nous sauver de cette tristesse.

Déjà il demeure parmi nous, même si aujourd’hui nous ne le connaissons pas. « Gardez courage, dit Saint Paul, car il est fidèle le Dieu qui vous appelle. Tout cela Il l’accomplira. 2»

L’appel de Dieu à la joie est un appel enfin à donner ce que nous ne possédons peut-être pas.
 

Décider de donner de la joie aux autres, faire un pas concret vers eux  lorsqu’on est soi-même emprisonné dans l’angoisse ou la solitude , c’est peut-être le plus sûr chemin pour connaître la joie le jour de Noël. L’Evangile ne dit-il pas « Donnez et vous recevrez… une mesure bien tassée, secouée, débordante sera versée dans votre tablier » 3 ?
 

Nous pensons toujours qu’il faut posséder quelque chose pour pouvoir le donner, mais nous pouvons très bien donner ce que nous ne possédons pas…

Donnons de la joie aux réfugiés, aux sans-logis, aux exclus…

Trouvons le geste ou la parole qui les touchent.

Donnons la joie que nous avons ou celle que nous n’avons pas et nous la recevrons cent fois plus que nous ne pouvons l’imaginer !

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Source : Christine Fontaine sur le site www.dieumaintenant.com

21Thessaloniciens 5,24

3Luc 6,38

Evangile selon St Luc (Lc 3,1-6)

HOMELIE

Baruc dans la 1° lecture :

« Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées … »

Jean le Baptiste dans l’évangile :

« Toute montagne et toute colline seront abaissées ».

Il ne fait d’ailleurs que citer le prophète Isaïe :

« Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! » 1.
 

Et bien moi, je ne suis pas d’accord !

Surtout pas à quelques jours de l’ouverture de nos stations de ski !

Et d’ailleurs, à quoi ressemblerait notre beau Vercors sans ses montagnes ?
 

Bon… on m’objectera que sans doute ni Baruc, ni Jean-Baptiste, ni Isaïe ne connaissaient les joies des sports d’hiver, ni sans doute celles de l’escalade ou de la spéléo.

J’en étais là de mes réflexions quand le hasard d’une petite recherche sur internet m‘a fait découvrir une chose que j’ignorais : dans la Bible, c’est le même mot qui est utilisé pour signifier « abaissement » et pour signifier « humilité ».
 

Et voilà qui change tout dans la compréhension des textes de ce jour !

Nous rendre humbles, abaisser les montagnes de nos orgueils et de nos égoïsmes, c’est la condition première pour devenir disciples du Christ.

Comment pourrions-nous accueillir Le Seigneur en nos vies si nous sommes déjà pleins de nous-mêmes ?

 

L’ humilité, ce n’est pas d’abord une qualité morale, c’est l’attitude fondamentale du croyant.

Et c’est un combat de chaque jour tant nous nous plaçons plus haut que nous ne sommes.
 

Le Christ ne cesse de nous appeler à ce combat de l’humilité :

«  Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux » 2 

« Quiconque s’élèvera sera abaissé, quiconque s’abaissera sera élevé » 3

Et quand ses disciples l’interrogent pour savoir qui est le plus grand dans le Royaume des cieux, Jésus répond en plaçant un enfant au milieu d’eux : « Celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux » 4.
 

Mais il y a plus : Jésus est lui-même l’incarnation de l’humilité.

Il est, lui, « doux et humble de cœur » 5
 

Il est tout entier humble devant son Père et accepte de ne vivre que de Lui.

Et, au moment de sa Passion, c’est sa prière qu’il lui adresse au jardin des Oliviers : «  Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » 6
 

Il est tout entier humble devant ses frères et sœurs en humanité et accepte tout pour eux, comme nous le rappelle le beau texte  de la Lettre aux Philippiens:

« Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » 7

Alors, en tout temps, et tout particulièrement en ce temps de l’Avent, temps de l’Attente, vivons de l’humilité même du Christ, ayons le courage d’abaisser les montagnes de nos suffisances.

Comblons les ravins de nos lacunes et de nos péchés, pour qu’il ait, Lui toute sa place en nos cœurs.

Et, pour le plus grand bien du pays, que la neige tombe sur les belles montagnes du Vercors !

Luc Mazaré, prêtre
 

Voici ce que j’ai trouvé sur internet, et qui m’a paru très enrichissant sur le site :EMCI TC EM Bible
 

Définition de "Tapeinoo"

  1. Rendre bas, abaisser

    1. Niveler, réduire à un plan

    2. Métaphorique amener à une condition humble, réduire à des moyens modestes

      • Assigner un rang ou une place plus bas

      • Abaisser, avilir

      • être mis au-dessous de ceux qui sont honorés ou récompensés

      • S'humilier ou se rabaisser par une vie humble

    3. Baisser, abattre

      • D'une âme qui perd son orgueil

      • Avoir une opinion modeste de soi-même

      • Se conduire sans prétention

      • être dénué de toute arrogance

Généralement traduit par :

Rendre humble, abaisser, humilier, s'humilier, humiliation

 

Origine du mot "Tapeinoo"

Vient de tapeinos (5011) Type de mot Verbe

Tapeinoo a été trouvé dans 11 verset(s) :

Référence

|

Verset

Matthieu 18 : 4

 

C'est pourquoi, quiconque se rendra humble (tapeinoo) comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux.

Matthieu 23 : 12

 

Quiconque s'élèvera sera abaissé (tapeinoo), et quiconque s'abaissera (tapeinoo) sera élevé.

 

 

 

 

Luc 3 : 5

 

Toute vallée sera comblée, Toute montagne et toute colline seront abaissées (tapeinoo); Ce qui est tortueux sera redressé, Et les chemins raboteux seront aplanis.

 

 

 

 

Luc 14 : 11

 

Car quiconque s'élève sera abaissé (tapeinoo), et quiconque s'abaisse (tapeinoo) sera élevé.

 

 

 

 

Luc 18 : 14

 

Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l'autre. Car quiconque s'élève sera abaissé (tapeinoo), et celui qui s'abaisse (tapeinoo) sera élevé.

 

 

 

 

2 Corinthiens 11 : 7

 

Ou bien, ai-je commis un péché parce que, m'abaissant (tapeinoo) moi-même afin que vous fussiez élevés, je vous ai annoncé gratuitement l'Evangile de Dieu ?

 

 

 

 

2 Corinthiens 12 : 21

 

Je crains qu'à mon arrivée mon Dieu ne m'humilie (tapeinoo) de nouveau à votre sujet, et que je n'aie à pleurer sur plusieurs de ceux qui ont péché précédemment et qui ne se sont pas repentis de l'impureté, de l'impudicité et des dissolutions auxquelles ils se sont livrés.

 

 

 

 

Philippiens 2 : 8

 

(2. 7) et ayant paru comme un simple homme, (2. 8) il s'est humilié (tapeinoo) lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix.

 

 

 

 

Philippiens 4 : 12

 

Je sais vivre dans l'humiliation (tapeinoo), et je sais vivre dans l'abondance. En tout et partout j'ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l'abondance et à être dans la disette.

 

 

 

 

Jacques 4 : 10

 

Humiliez-vous (tapeinoo) devant le Seigneur, et il vous élèvera.

 

 

 

 

1 Pierre 5 : 6

 

Humiliez-vous (tapeinoo) donc sous la puissante main de Dieu, afin qu'il vous élève au temps convenable;

 

 

 

 


 

1Isaïe 40,4

2Matthieu 5,3

3Matthieu 23,12

4Matthieu, 18,4

5Matthieu 11,29

6Matthieu 26,39

7Philippiens 2,5-8

Lecture du livre du prophète Jérémie (33,14-16)

HOMELIE

Les quatre dimanches de l'Avent nous proposent en première lecture des paroles des prophètes de l'Ancien Testament.

Cette semaine, il s'agit de Jérémie.

Puis ce sera Baruc, Sophonie et enfin Michée.
 

Quatre hommes différents, qui n'ont pas vécu aux mêmes périodes, qui n'ont pas la même histoire personnelle, mais qui ont pour point commun d'être des prophètes, des porte-parole de Dieu.
 

Tout au long de l'histoire d'Israël, il y a eu de ces hommes, et parfois de ces femmes, qui ont ainsi rappelé au peuple et à ses dirigeants les exigences de l'amour de Dieu.
 

Quand on lit les prophètes, on a parfois l'impression qu'ils manient facilement le bâton et la carotte.
 

Le bâton: "Ainsi parle LE SEIGNEUR: (…) je mettrai le feu à Juda, et il dévorera les palais de Jérusalem", s'exclame par exemple le prophète Amos 1.
 

La carotte: "Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi (…) et tu connaîtras Le SEIGNEUR", déclare Dieu à son peuple par la voix du prophète Osée 2.
 

En fait, tout au long de l'histoire d'Israël, les prophètes ne cessent de répéter que se détourner de l'amour et de la justice, c'est irrémédiablement se détruire soi-même, aller à sa propre perte.

En revanche, l'amour de Dieu est source de salut pour le peuple et pour chacun.
 

La parole de Jérémie s'inscrit parfaitement dans cette ligne.
 

Lui a vécu environ 600 ans avant Jésus Christ 3.

C'était un homme seul, incompris et persécuté parce qu'il avait le courage –ou le devoir- de dire des vérités qui dérangent, qui gênent.

Incarcéré, brutalisé, il finira ses jours dans une terre lointaine, et nul ne sait où est sa tombe.
 

Dans le fond, ce n'est pas sans rappeler ce qui arrivera plus tard à Jésus de Nazareth, qui lui aussi sera rejeté, et qui sera jugé et condamné par le représentant d'une puissance étrangère.
 

Mais la parole de Jérémie est aussi parole d'espérance et de consolation.

Victime de l'incapacité de ses chefs, le peuple de Dieu a été déporté loin de chez lui, dans la ville païenne de Babylone.

Expérience amère de l'exil, mais aussi période de doute: Dieu avait promis une terre pour toujours à son peuple, et voilà que cette terre lui est enlevée.

Comment croire en Lui?

Comment croire en Dieu?
 

Aux déportés, Jérémie apporte une parole de consolation 4.

Ne vous laissez pas abattre.

Même là-bas, en exil, que la vie soit la plus forte: construisez des maisons, plantez des jardins, ayez des enfants… la vie, quoi.
 

Dieu n'abandonne pas son peuple, il ne peut pas, il ne veut pas l'abandonner.
 

Au-delà de l'épreuve, il y a, il y aura le salut, une Alliance Nouvelle: "Voici quelle sera l'Alliance que je conclurai avec la maison d'Israël quand ces jours-là seront passés, déclare le Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d'eux-mêmes ; je l'inscrirai dans leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple 5."

 

Et c'est le beau texte que nous venons d'entendre:

"En ce temps-là, je ferai germer pour David un Germe de justice".

Pour nous, chrétiens, c'est la figure du Christ qui est ainsi annoncée.
 

Les paroles de Jérémie restent d'une actualité brûlante.

Souvent, comme lui-même, comme son peuple, nous nous sentons écrasés par la solitude, la souffrance, les échecs, l'incompréhension, la peur de l'avenir…

C'est l'épreuve, le doute.

Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça? Si Dieu existait….
 

Pourtant, pas plus qu'hier, Dieu ne peut pas, ne veut pas nous abandonner.

"Redressez-vous", nous dit Jésus,

"Relevez la tête, car votre rédemption est proche".

Sachons, comme Jérémie, garder l'espérance, même quand tout espoir est perdu.

Sachons garder l'espérance, puisque Dieu est avec nous, comme un Père qui nous aime.

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Amos 2,7-5

2 Osée 2,21-22

3 Sur ces données, cf. introduction du Livre de Jérémie dans la TOB

4 Jérémie, chapitre 29

5 Jr 31,33

Evangile selon St Jean (Jn 18, 33b - 37)

Homélie

Ils sont tous là! Ils sont tous venus!

Tous les protagonistes de ce drame qui n'a cessé de prendre de l'ampleur au fil des pages de l'évangile, tous les protagonistes se retrouvent maintenant sur un même lieu.

D'abord, il y a les chefs des prêtres.

Jaloux de leur pouvoir sur le peuple, jaloux de ce petit prophète nazaréen qui avait le culot de parler de Dieu, et qui osait les critiquer, eux, les professionnels de Dieu.

Ils sont là, et ils sont satisfaits.

Leur complot, préparé depuis longtemps, a réussi: ils ont arrêté Jésus et ils le font comparaître pour qu'il soit condamné.

Mais attention, ils veulent rester propres, nets.

Alors, ils restent hors du palais de Pilate, pour ne pas être impurs, pour ne pas être souillés par la compagnie de ce païen.

Il y a aussi les disciples.

Eux qui pensaient que Jésus allait prendre le pouvoir… ils ne savent plus que penser, maintenant.

En tout cas, vu la tournure prise par les événements, maintenant ils ont peur. Peur pour Jésus, bien sûr, mais aussi peur pour eux-mêmes, pour leur propre vie.

Ils sont là, sans doute cachés dans la foule, sans doute partagés entre leur peur et leur curiosité.

La foule aussi est là.

La foule des grands jours, des grands pèlerinages annuels à Jérusalem.

Si c'était un peuple, c'est sûr, elle aurait le pouvoir.

Mais non, ce n'est qu'une foule, versatile, changeante, et toujours vaguement menaçante.

Il y a bien sûr le tout-puissant Pilate, le Gouverneur de Judée, le représentant de l'Empereur.

Pilate, il n'aime pas les Juifs, et il n'y va pas de main morte quand il s'agit de réprimer ne serait-ce qu'un début d'émeute ou de rébellion1.

Pilate et ses soldats.

Seul manque à l'appel le petit roi de la province2 de Judée.

Mais personne ne s'en aperçoit: ce n'est guère qu'une marionnette entre les mains du pouvoir romain.

Et il y a Jésus.

Nu, ou presque.

Déjà marqué sans doute par les coups reçus3.

Personne pour l'aider, le soutenir, le défendre: il est seul et sans illusions.

Il va être condamné et exécuté, il le sait… il l'a toujours su.

Le face à face entre le tout-puissant Pilate et Jésus prend un aspect surréaliste.

"Es-tu le roi des Juifs?", demande Pilate.

La question est dérisoire, et sans doute ironique.

Roi, ce petit homme, ce petit Juif?

Il n'a ni armes, ni soldats, ni pouvoir.

Les chefs du peuple l'ont livré, les foules l'ont lâché, et ses partisans l'ont abandonné.

Tu parles d'un roi!

Pilate, lui, il n'est pas roi.

Il n'est que gouverneur.

Mais, lui, il a tous les attributs du pouvoir: un palais, une armée, des fonctionnaires pour lever des impôts, la mainmise sur les rouages politiques du pays. Et surtout, derrière lui, la formidable puissance de l'Empire Romain.

Face à face surréaliste entre celui qui a tout pouvoir, et celui qui n'en a aucun.

Surréaliste, et hautement improbable, ce dialogue où il n'est question que de royauté: les mots "roi" et "royauté" reviennent à six reprises dans le passage que nous avons lu.

D'ailleurs, à dire vrai, Jésus ne refuse pas d'être appelé "Roi".

Il accepte ce titre, il peut l'accepter, maintenant que les jeux sont faits, maintenant que les dés sont jetés, maintenant qu'il n'y a plus la moindre ambiguïté sur le sort qui l'attend.

Mais… "Ma royauté n'est pas de ce monde…".

Pilate a un pouvoir sur Jésus: il peut lui donner la mort.

Et d'ailleurs, il le fera, poussé par les cris et les menaces d'une foule décidément hostile.

Jésus, lui, est roi, parce qu'il a un autre pouvoir:

le pouvoir de donner la vie.

Ce pouvoir, le pouvoir de donner la vie, aucun autre roi sur terre ne l'a jamais eu et ne l'aura jamais.

Lui, Jésus, donne la vie.

C'est par Lui que le monde a été créé4.

C'est Lui qui a révélé l'amour du Père5.

C'est Lui qui a ressuscité Lazare d'entre les morts.

C'est Lui qui nous a donné "de pouvoir devenir enfants de Dieu6".

Ni Pilate, ni les grand-prêtres, ni les foules, ni même les disciples à ce moment-là ne pouvaient le reconnaître.

 

Jésus est roi, parce que, seul, il a le pouvoir de donner la vie.

Et ce pouvoir, il nous le donne chaque jour en partage.

Par notre baptême, nous sommes associés à la royauté du Christ, invités à la vie, invités à donner la vie.

Luc Mazaré, prêtre

 

1L'Histoire nous apprend que Pilate sera rappelé à Rome à cause de sa trop grande brutalité en Judée.

2Hérode Antipas, qui a fait décapiter Jean-Baptiste.

3Le 4° évangile, contrairement aux Synoptiques, n'a indiqué à ce stade que la gifle d'un garde chez Anne.

4Jn1,3

5Jn1,18

6Jn1,12

Evangile selon St Marc (Mc 13, 24 - 32)

HOMELIE

Même si vous n'êtes pas de grands amateurs de cinéma, vous vous souvenez certainement de la grande mode, dans les années 80-2000, des films de science-fiction.

Le scénario de base semblait toujours à peu près le même: dans un avenir plus ou moins proche, la terre, ou même l'être humain, sont menacés de disparition, soit par l'arrivée de monstres venus d'ailleurs, soit par une catastrophe provoquée par la bêtise humaine.

Surgit alors un héros ou une sorte de demi héros, pas toujours bien rasé, pas toujours très convaincant, qui intervient pour sauver la situation, ou simplement pour limiter les dégâts en permettant à quelques privilégiés d'échapper au désastre général…..

L'acteur américain Bruce Willis n'en finissait pas de sauver la planète, que ce soit dans « Armageddon » ou en combattant les monstres horribles et quelque peu risibles du « 5°élément » de Luc Besson.

Ne nous y trompons pas: si ces films existent, et ont, aujourd’hui encore, un tel succès (nous en sommes déjà au 8°film de « La guerre des étoiles »), c'est que nous étions -et sommes encore - en période de crise.

Ces films ne parlent pas de demain. Ils parlent d'aujourd'hui.

Ils parlent d'un monde vécu comme menaçant, courant à la catastrophe, et où l'avenir de l'homme semble bien compromis, en dépit des efforts de quelques individualités.

Eh bien, l'évangile que nous venons de lire se situe presque exactement dans la même perspective: la lune perd son éclat, le soleil devient obscur, les étoiles tombent du ciel, une terrible détresse s'abat sur la terre.

Même scénario.

Et, dans le fond, sans doute, même inquiétude.

Tout comme elle a pu l'être jadis au temps du prophète Daniel, cette inquiétude était générale en Palestine, au temps de Jésus, dans les années qui l'ont précédé, et dans celles qui l'ont suivi.

Il y avait de quoi: le pays était occupé et a connu parfois de violentes persécutions religieuses.

Le monde de Dieu semblait s'écrouler.

Et, en fin de compte, Jérusalem sera détruite et son Temple rasé avant même la fin du 1° siècle de notre ère.

Mais il y a toujours… l'espérance:

"Le Fils de l'Homme est proche, à votre porte".

Ce n'est pas la promesse d'un avenir meilleur… ou moins pire.

C'est déjà le surgissement du monde de Dieu au cœur de notre propre monde.

Et c'est tout proche, c'est maintenant, c'est déjà commencé!

Nous vivons aujourd'hui une période de crise nationale, internationale, mondiale : crise politique, sociale, économique, écologique.

Ce n'est pas un film de science-fiction.

C'est aujourd'hui; c'est grave pour aujourd’hui et pour demain.

Et dans un pays riche comme le nôtre, il n'y a aucun doute: cette situation n'est pas le fruit du hasard ou de monstres venus d'ailleurs; elle est le résultat de l’imprévision et de la bêtise humaine.

Il me semble vain, illusoire, d'attendre un héros qui, par je ne sais quel miracle, viendrait sauver la situation.

A peine quelques-uns essayent-ils d'éviter le pire. C'est déjà ça…..

Mais l'Evangile nous oriente vers tout autre chose.

Aujourd'hui, déjà, le monde de Dieu surgit parmi nous.

Il n'y a pas que la bêtise humaine et ses catastrophes.

Il y a aussi les signes du Fils de l'Homme ici, à notre porte.

Pour moi, le Secours Catholique fait partie de ces signes.

Je ne vois pas le Secours Catholique comme une « noble » institution qui viendrait soulager un peu la misère du monde en apportant une petite aide ici ou là, en soulageant les injustices les plus criantes.

Je vois dans le Secours Catholique une véritable œuvre de solidarité, où chacun a sa place et sa dignité.

il n'y a pas d'un côté "les pauvres" et, d'un autre côté "les riches" pour venir à leur secours avec plus ou moins de succès, et plus ou moins de condescendance.

Il y a ensemble des hommes et des femmes qui disent la dignité de tout être humain, quel qu'il soit, quel que soit son état matériel de richesse ou de pauvreté, quels que soient sa culture, son âge, son idéologie, sa couleur de peau.

C'est cela, le monde de Dieu qui surgit; c'est lui, le Fils de l'Homme à notre porte.

Et je pense aussi, par exemple, au sacrement des malades.

Ce sacrement nous dit la Présence de Dieu, la présence du Christ quand nous nous sentons écrasés par l’épreuve : la maladie, le grand âge, l’isolement.

Le Fils de l’Homme se fait tout proche, lui qui a qui a lui-même connu l’épreuve de la croix.

Le bois sec de la croix est devenu le bois tendre du figuier.

La résurrection de Jésus au matin de Pâques est pour nous promesse de vie.

Tout comme les premières feuilles du figuier sont pour nous promesses de fruits et d’été à venir.

Et là, nous sommes loin des films de science-fiction.

Mais nous sommes proches - je crois, j'espère - nous sommes proches de l'Evangile, de la Bonne Nouvelle d'un Dieu qui s'est fait homme pour que la dignité de l'homme soit élevée à la hauteur de la dignité de Dieu.

Luc Mazaré, prêtre

Evangile selon St Marc - Livre des Rois - Lettre aux Hébreux

 INTRODUCTION A LA CELEBRATION

Aujourd'hui, nous arrivons presque au terme de notre parcours avec l'Evangile de St Marc qui nous a accompagnés au long de cette année liturgique.

Et nous aurons percé le secret de l’évangéliste St Marc si nous avons compris qu'il a écrit l'Evangile de la faiblesse, l'Evangile de l'échec.

Nous avons vu Jésus partir sur les routes, annonçant le Royaume de Dieu tout proche.

Mais nous avons découvert peu à peu l'échec de sa prédication.

Des adversaires se sont levés contre lui, jusqu'à le conduire à la mort.

Les foules, si admiratives au début, se sont détournées de ce Messie qui ne répondait pas à leurs exigences.

Les disciples eux‑mêmes se sont enfoncés dans l'incompréhension, et ont abandonné leur maître au moment suprême.

Et c'est finalement au moment où Jésus meurt qu'un païen, un soldat romain, reconnaît en lui le Fils de Dieu.

Evangile de l'échec, mais aussi éloge de la faiblesse.

Deux types de personnages s'affrontent sans cesse dans cet évangile.

D'un côté, les forts ou prétendus tels, ceux qui ne cherchent qu’à satisfaire leurs seules ambitions.

Mais aussi les faibles, qui, précisément ont le courage de reconnaître leurs faiblesses. Ceux‑là seuls peuvent accueillir la Bonne Nouvelle, ouvrir leur cœur à l'autre, à l'étranger.

 

1° LECTURE : 1°Livre des Rois 17,10-16

En ces jours-là,
    le prophète Élie partit pour Sarepta,
et il parvint à l’entrée de la ville.
Une veuve ramassait du bois ;
il l’appela et lui dit :
« Veux-tu me puiser, avec ta cruche,
un peu d’eau pour que je boive ? »
    Elle alla en puiser.
Il lui dit encore :
« Apporte-moi aussi un morceau de pain. »
    Elle répondit :
« Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu :
je n’ai pas de pain.
J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine,
et un peu d’huile dans un vase.
Je ramasse deux morceaux de bois,
je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste.
Nous le mangerons,
et puis nous mourrons. »

 Élie lui dit alors :
« N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit.
Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ;
ensuite tu en feras pour toi et ton fils.
    Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël :
Jarre de farine point ne s’épuisera,
vase d’huile point ne se videra,
jusqu’au jour où le Seigneur
donnera la pluie pour arroser la terre. »
    La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé,
et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils
eurent à manger.
    Et la jarre de farine ne s’épuisa pas,
et le vase d’huile ne se vida pas,
ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie.

 

Introduction 2°lecture

La lettre aux Hébreux nous accompagne depuis quelques semaines déjà1, et il faut bien reconnaitre que c'est un texte difficile et un peu déconcertant.

Ce n'est pas simple: nous ne savons pas qui a écrit cette lettre, nous ne savons pas à qui elle s'adresse, et nous ne savons même pas si c'est une lettre 2!

Et nous ne comprenons sans doute pas grand-chose aux passages qui nous sont donnés à entendre… ces histoires de grand-prêtres appartiennent à une forme de religion disparue depuis bien longtemps.

Retenons pourtant deux points essentiels dans ces passages:

- Jésus-Christ a donné sa vie une fois pour toutes, pour que nous puissions vivre en Dieu.

Chaque fois que nous donnons un peu de notre vie, nous nous unissons davantage à lui, nous vivons en lui.

- Jésus-Christ est le seul grand-prêtre capable de porter notre prière à Dieu le Père. Nous pouvons donc lui confier notre prière en toute confiance.

Plus encore, chaque fois que nous prions, c'est lui qui prie en nous.

 

Lecture de la lettre aux Hébreux (9,24-28)

Le Christ n’est pas entré
dans un sanctuaire fait de main d’homme,
figure du sanctuaire véritable ;
il est entré dans le ciel même,
afin de se tenir maintenant pour nous
devant la face de Dieu.
    Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois,
comme le grand prêtre qui, tous les ans,
entrait dans le sanctuaire
en offrant un sang qui n’était pas le sien ;
    car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion
depuis la fondation du monde.
Mais en fait, c’est une fois pour toutes,
à la fin des temps,
qu’il s’est manifesté
pour détruire le péché par son sacrifice.

    Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois
et puis d’être jugés,
    ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois
pour enlever les péchés de la multitude ;
il apparaîtra une seconde fois,
non plus à cause du péché,
mais pour le salut de ceux qui l’attendent.

 

EVANGILE

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (12,41-44)

En ce temps-là,
    Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor,
et regardait comment la foule y mettait de l’argent.
Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.
    Une pauvre veuve s’avança
et mit deux petites pièces de monnaie.
    Jésus appela ses disciples et leur déclara :
« Amen, je vous le dis :
cette pauvre veuve a mis dans le Trésor
plus que tous les autres.
    Car tous, ils ont pris sur leur superflu,
mais elle, elle a pris sur son indigence :
elle a mis tout ce qu’elle possédait,
tout ce qu’elle avait pour vivre. »

 

HOMELIE (cf. commentaire du « Missel des Dimanches » 2018)

Trois catégories de personnes, souvent évoquées ensemble, inspiraient la pitié dans le Peuple de Dieu : l'immigré, la veuve et l'orphelin.

« N'opprimez pas l'immigré, l'orphelin ou la veuve », déclare Dieu par la bouche du prophète Jérémie 3.

Et le psaume de ce jour affirme:

« Le Seigneur protège l'étranger. Il soutient la veuve et l'orphelin. »

 

La veuve, en particulier, était particulièrement fragile.

Privée de son mari, elle tombait souvent dans la pauvreté.

Aujourd’hui, l'évangile et la première lecture mettent en scène deux veuves, pauvres l'une et l'autre.

 

On s'attendrait à ce que les textes invite à leur venir en aide.

Mais, de façon inattendue, c’est l’inverse qui se passe :

ce sont ces pauvres veuves qui deviennent des bienfaitrices.

Et des bienfaitrices qui, de fait, donnent beaucoup plus que les riches !

 

Elles ne donnent pas de leur superflu : elles n’en ont pas !

Elles donnent l'une et l'autre le peu qui leur permet de vivre, ou plutôt de survivre.

La veuve de Sarepta donne au prophète Élie les derniers vivres qui lui restent, alors qu’elle s'apprête à mourir, elle et son fils.

Mais bientôt sa générosité est largement récompensée : elle échappe à la famine qui frappe le pays.

 

Dans l'évangile, une veuve pauvre glisse deux piécettes dans le Trésor du Temple. Ce n’est rien, mais c'est tout ce qu'elle a pour vivre.

À la différence de la veuve de Sarepta, il n'est pas dit qu'elle en reçoit une récompense, du moins dans un avenir immédiat. Mais elle suscite l'admi­ration de Jésus qui la donne en exemple aux siècles futurs.

Dans l'évangile, elle est l'icône, le symbole de la générosité sans limite.

 

Quant à Jésus, et nous l’avons entendu dans la 2° lecture, c’est lui-même, c’est sa propre vie qu’il donne.

Il s’offre à la mort pour nous ouvrir à sa vie.

C’est le don de soi, le plus grand qui puisse se vivre.

 

«  Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés - avait-il dit – Il n’y a de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » 4

 

Et nous, que sommes-nous capables de donner, de notre superflu, de notre nécessaire, de nous-mêmes ?

Saurons-nous être de ces « pauvres veuves » qui savent donner jusqu’au bout d’elles-mêmes ?

Luc Mazaré, prêtre

 

127°Ord: 2,9-11. 28°Ord: 4,12-13. 29°Ord: 4,14-16. 30°Ord: 5,1-6. 31°Ord: 7,23-28. 32°Ord: 9,2-28. 33°Ord: 10,11-14,18

2Voir dans la TOB l’introduction de la Lettre aux Hébreux

3Jérémie 7,6

4Jean 15,12-13

Evangile de Jésus-Christ selon St Marc (12, 28b-34)

HOMELIE

Dans cette immense bibliothèque que constitue la Bible, comment faire le tri entre ce qui est important et ce qui l'est moins ?

Comment s'y retrouver au milieu les 613 commandements qu'elle contient, ou qu'elle est censée contenir?

On verrait bien Jésus réciter toute la Bible, parce que, finalement, tout est important!

Mais lui procède autrement: il rapproche deux textes, l'un tiré du livre du Deutéronome et l'autre du livre du Lévitique.

Du chapitre 6 du Deutéronome, Jésus extrait le "Ecoute, Israël", le SHEMA ISRAEL, que tout Juif récite chaque jour dans sa prière.

Et il fait un rapprochement avec une phrase du chapitre 19 du Lévitique (Lv19,18): "Tu aimeras ton prochain comme toi‑même".

Ce rapprochement entre l'amour de Dieu et l'amour du prochain n'est pas nouveau, il n'est pas original: il s'inscrit dans la grande tradition les prophètes.

Mais il reste à savoir ce qu'il signifie.

D'abord, le verbe AIMER.

Voilà un mot qu'on met à toutes les sauces, mais que veut‑il dire exactement ?

Curieusement, dans la Bible, le verbe AIMER appartient au vocabulaire juridique.

On le trouve dans les traités diplomatiques pour signifier le respect des engagements pris par les deux partenaires: aimer, c'est alors respecter l'autre, reconnaître ses droits.

Aimer Dieu, aimer son prochain, c'est l'abord le respecter, reconnaître ses droits.

Mais la Bible va plus loin:

AIMER DE TOUT SON COEUR, AIMER COMME SOI‑MEME.

Ces qualificatifs introduisent une dimension supplémentaire, une relation personnelle au‑delà de la relation juridique.

L'engagement mutuel n'exclut pas la tendresse, l'attachement réciproque, la fidélité.

AIMER DIEU et, INSEPARABLEMENT, AIMER SON PROCHAIN, c'est se garder d'un double langer: le ritualisme et le légalisme.

Le ritualisme: croire qu'on peut se rapprocher de Dieu, simplement à force de prières et de célébrations. illusion que dénoncent les prophètes, et avec quelle vigueur! :

"Je hais, je méprise vos fêtes ... écarte de moi le bruit de tes cantiques .... mais que le droit coule comme le l'eau, et la justice comme un torrent1."

Le légalisme: croire qu'on peut se rapprocher de Dieu, simplement en respectant à la lettre chacun des commandements:

" L'homme n'est pas justifié par la pratique de la Loi, écrit Saint Paul, mais seulement par la foi en Jésus Christ2."

A l'inverse, l'amour du prochain est le lieu de "vérification" de l'amour le Dieu.

Et cette fois, c'est St Jean qui écrit:

" Celui qui dit: "J'aime Dieu" et qui déteste son frère est un menteur! Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, ne saurait aimer Dieu qu'il ne voit pas3."

Plus encore, c'est l'amour du prochain qui, bien souvent, peut conduire à l'amour de Dieu.

C'est le thème de la parabole du Jugement dernier en Saint Matthieu, où les justes sont tout étonnés de découvrir qu'ils étaient au service de Dieu tout simplement en se mettant au service de leurs frères.

Le scribe, en fin connaisseur de la Bible, comprend bien toute la portée de la réponse de Jésus.

"Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu", lui dit le Christ.

Tu n'es pas loin… ce que tu as découvert, il te reste à en vivre.

C'est la même parole qui nous est adressée aujourd'hui.

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Amos 5,21 et // en Isaïe

2 Ga12,16

3 1Jn4,20

 

Evangile de Jésus-Christ selon St Matthieu (5,1-12a)

HOMELIE

Quand j'étais petit, je voulais devenir un saint.

Et oui chacun ses ambitions ! Mon ambition à moi, c'était la sainteté.

Oh bien sûr, ce n'était pas tout à fait désintéressé de ma part.

En fait, on m'avait expliqué que les saints vivaient au Paradis.

Donc, comme ça, en devenant saint, j'étais sûr d'échapper aux flammes de l'Enfer.
 

Pour bien commencer ma vie de saint, j'ai fait quelques efforts, comme partager ma barre de chocolat au goûter, ou des petites choses de ce genre.

Mais bon, je savais bien que ça ne suffisait pas.

Et surtout, chaque jour, je faisais beaucoup trop de bêtises pour espérer devenir saint.

Bref, le niveau était trop élevé pour moi.

J'ai donc abandonné toute ambition de sainteté, et j'ai décidé de devenir boxeur, ce qui me paraissait un peu plus simple.

Je n'ai jamais été boxeur !

Si je vous parle de tout cela, ce n'est pas d'abord pour le plaisir d'évoquer des souvenirs d'enfance, c'est d'abord pour nous aider à réfléchir ensemble en ce jour où nous fêtons Toussaint, tous les saints.

Un saint, c'est quoi? La sainteté, c'est quoi?

Souvent, trop souvent, nous pensons que la sainteté c'est la perfection morale sans faille.

Pour être saint, il faut vivre comme un héros de vertu.

Mais une telle conception ne peut qu'aboutir qu'à un profond découragement, comme pour moi quand j'étais gosse.

Pour vivre les Béatitudes, il faudrait être pauvre comme François d'Assise, doux comme François de Sales, avoir faim et soif de justice comme Oscar Roméro, mystique comme Jean de la Croix, miséricordieux comme Mère Teresa.

De toute évidence, c'est là chose impossible, du moins pour la plus grande majorité d'entre nous qui n'avons pas reçu les dons exceptionnels de ces grandes figures de l'Eglise.

Heureusement, la sainteté, ce n'est pas cela.

Nous croyons qu'être saint, c'est tout faire pour nous rapprocher de Dieu…

Et bien non! Être saint, c'est laisser Dieu se rapprocher de nous.

Être saint, ce n'est pas "travailler" pour Dieu, c'est laisser Dieu travailler en nous.

"Heureux les pauvres de cœur", proclame le Christ.

Par définition, le pauvre est dans le besoin, il lui manque quelque chose... ou quelqu'un.

Le pauvre de cœur sait que son cœur n'est pas comblé, qu'il est en manque.

Être pauvre de cœur, c'est se faire mendiant, c'est garder son cœur ouvert pour que l'amour de Dieu puisse y prendre toute sa place.

La sainteté, ce n'est pas un plus, c'est un moins.

Ce n'est pas avoir je ne sais quel trésor de vertu ou de courage.

Non, c'est être en manque, être dans le besoin, être mendiant.

Mendiant de l'amour de Dieu, mendiant de l'amour des autres.

La sainteté, c'est laisser le cœur de Dieu battre dans notre propre cœur.

Qui que nous soyons, quelles que soient nos forces, nos faiblesses, nos qualités, nos défauts, ayons le seul courage d'être des pauvres, des pauvres de cœur, laissons Dieu se rapprocher de nous, laissons son amour venir demeurer en nous.

Voilà l'unique chemin de la sainteté.

Le Christ conclut: "Le Royaume des cieux est à eux".

Vous avez remarqué? Il ne parle pas au futur, mais au présent.

"Le Royaume des cieux est à eux".

Ce n'est pas pour plus tard, une vague promesse du genre "demain, on rase gratis".

Non, c'est maintenant, c'est aujourd'hui que nous pouvons découvrir et vivre la joie du Royaume.

La joie de Dieu qui vient vivre en nous comme le Christ est venu vivre parmi nous.

Et notre joie, puisque nous vivons en Dieu.

Luc Mazré, prêtre

Evangile selon St Marc (Mc 10, 46b - 52)

HOMELIE

Autour de Jésus, sur la route de Jérusalem, une foule nombreuse.

A l'écart, au bord du chemin, un homme, un aveugle, Bartimée.

Et c'est vers cet homme, vers lui seul, que se tourne Jésus.

En trois petites phrases, il va bouleverser sa vie.
 

Trois petites phrases:

- "Appelez-le"

- "Que veux-tu que je fasse pour toi?"

- "Va, ta foi t'a sauvé."
 

Ces trois phrases ont changé la vie de Bartimée.

Mais ne pourraient-elles pas changer notre vie, à nous aussi?

 

"Appelez-le".

Cet homme aveugle au bord du chemin, il fait partie de ceux qui gênent, qui dérangent.

Jésus monte vers Jérusalem, et parmi ceux qui l'accompagnent, beaucoup pensent qu'il va s'emparer du pouvoir.

Alors cette foule qui avance avec Jésus, c'est une foule joyeuse, sûre d'elle-même, sûre de son bon droit, sûre de sa réussite.
 

Mais - car il y a un mais - voilà cet aveugle au bord du chemin… et qui se met à crier, qui dérange.

Dans notre vie aussi, il y a toujours quelqu'un qui vient nous déranger, qui vient gêner nos bonnes consciences, quelqu'un qui vient nous confier sa peine, alors que nous nous sommes dans la joie, quelqu'un qui a besoin de nous, quelqu'un qui tombe au mauvais moment.
 

Le mieux serait de l'éviter, de faire semblant de ne pas voir, de ne pas entendre.

Et pourtant, c'est vers lui, c'est vers cet homme que Jésus va se tourner, c'est pour lui qu'il va s'arrêter: "Appelez-le".
 

Parfois aussi, nous sommes invités à nous arrêter, parce que quelqu'un crie vers nous, parce que sa souffrance est si forte qu'il ne peut la porter seul.

C'est le cri du malade, de la personne isolée, des peuples de la faim, des enfants de la guerre.

Ça nous dérange, ça contrarie nos projets, et pourtant c'est vers lui, c'est vers eux que nous sommes invités à nous tourner: "Appelez-le".
 

Parfois aussi, c'est vrai, c'est nous qui vivons la situation de Bartimée.

Quand nous sommes rejetés au bord de la route, quand nous n'y voyons plus clair, quand tout semble s'effondrer: "Appelez-le".

Dans ces moments-là, Dieu est tout proche, et même si nous ne le voyons pas, si nous le comprenons pas, il se manifeste toujours d'une manière ou d'une autre: "Appelez-le".
 

"Que veux-tu que je fasse pour toi?"
 

Curieuse question, quand on est aveugle, comme Bartimée, qu'est-ce qu'on peut espérer, sinon la guérison?

… Même quand cette guérison parait impossible.

Jésus sait bien ce que veut Bartimée, alors pourquoi cette question?

 

Quand nous nous trouvons avec quelqu'un qui est désemparé, qui souffre dans son corps ou dans son cœur, nous avons facilement la tentation de minimiser la situation, de trouver une réponse avant même une question: "Oh tu sais, console-toi, il y en a qui sont plus malheureux que toi. Et arrête de te plaindre…".
 

Le Christ, lui, prend la peine d'entendre, d'écouter.

Il n'a pas en face de lui un aveugle, il a en face de lui un homme, Bartimée.

Et c'est cet homme qu'il veut entendre:

"Que veux-tu que je fasse pour toi?".

 

Jésus ne veut pas résoudre un problème, il se fait proche, proche de Bartimée, comme aujourd'hui il se fait proche de nous:

"Que veux-tu que je fasse pour toi?".
 

"Va, ta foi t'a sauvé."

 

Ta foi? Quelle foi?

Bartimée n'a pas dit à Jésus : "Je crois en toi".

Il lui a juste demandé de le guérir!
 

Et bien là justement, là est sa foi.

Le jour où j'oserai demander: "Seigneur, guéris-moi", cela voudra dire en même temps:

- Seigneur, je sais que j'ai besoin d'être guéri

- Seigneur, j'ai confiance en toi pour me guérir.
 

Oui, Seigneur, je le sais, je suis aveugle.

Aveugle à mes frères, aveugle à ceux qui m'entourent, aveugle à moi-même.

Le reconnaître, l'accepter, et -pourquoi pas?- le dire, ne serait-ce que dans la prière, c'est le premier geste de l'acte de foi.

 

Mais aussi… j'ai confiance en toi.

Tu sais mieux que moi ce dont j'ai besoin, comment me guérir, de quoi me guérir…

Charles de Foucauld ne demandait pas autre chose dans sa prière:

"Je m'abandonne en toi, je m'en remets à toi"

Là est la foi, dans la confiance libre et sans calcul.

Pas la confiance aveugle, mais la confiance de l'amour.
 

"Va, ta foi t'a sauvé."

Puisse cette parole du Christ résonner au plus profond de nous-mêmes, au plus profond de nos vies.

Luc Mazaré, prêtre

Evangile selon St Marc (Mc 10, 35 - 45)

HOMELIE

Nous le savons bien: nous vivons dans un monde fragile, fragile parce que trop porteur d'inégalités, d'injustice et, en fin de compte, d'exclusions.

Bien sûr, ce n'est pas nouveau : voilà des années, des décennies, que des peuples entiers, des régions entières connaissent l'exclusion. On les appelle les pays de la faim, le Tiers Monde. Depuis bien longtemps, ils sont exclus du partage des richesses de la Terre.

Mais il est vrai aussi que le même phénomène s'enracine, et peut-être même se développe aujourd'hui en France, chez nous: exclus du travail, de l'accès à la santé... exclus du partage des richesse de notre pays.

Alors, dans ce contexte, comment comprendre, comment accepter les paroles du Christ aujourd'hui ?

"Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur".

Dans le fond, nous comprenons bien la demande des deux disciples, Jacques et Jean : "Quand tu entreras dans ta gloire, accorde‑nous de siéger l'un à ta droite, l'autre à ta gauche."

Voilà des hommes qui ont suivi Jésus, qui ont tout quitté pour lui, qui ont osé, risqué leur vie. Maintenant, ils souhaitent recevoir les fruits de leur travail.

C'est normal, c'est une ambition légitime, nous les comprenons bien.

Ce que nous comprenons mal, en revanche, c'est la réponse du Christ:

"Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur.

Celui qui veut être parmi vous le premier sera l'esclave de tous."

Allez dire ça à un chômeur!

Allez dire ça à un jeune qui galère entre stages sans issue et emplois précaires.

Allez dire ça à un exclus, quel qu'il soit!

Qui, aujourd'hui, aurait l'ambition de devenir serviteur ou esclave?

Personne! Et certainement pas, en tout cas, ceux qui, aujourd'hui, sont déjà rejetés, mis hors système.

Si on s'en tient là, il n'y a plus qu'à refermer l'Evangile, et partir chercher ailleurs de quoi nourrir notre vie, nourrir notre réflexion.

Allons plus loin.

Deux remarques.

La première, c'est que Jésus ne critique pas l'ambition de ses disciples:

il discute du comment, des moyens mis au service de leur ambition.

Deuxième remarque :

"Le Fils de l'Homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir".

Cela change tout :

Jésus ne parle pas d'un état, d'un statut, mais d'une relation.

L'ambition des disciples est bonne, comme, en général, nos ambitions humaines, les ambitions d'un chômeur, les ambitions d'un jeune.

Mais pas n'importe comment!

Non pas en dominant, en se faisant servir, mais, à l'inverse, en se mettant au service de ses frères.

Là, l'Evangile redevient crédible.

Et, déjà, il est vécu par des milliers d'hommes et de femmes aujourd'hui.

Par rapport à l'exclusion, par exemple.

Il y a quelques années, dans les stations, un saisonnier, c'était un rien du tout.

Aujourd'hui, des employeurs, des associations et divers organismes travaillent à ce qu'un saisonnier puisse disposer de conditions de vie décentes: un logement correct, un véritable contrat de travail, un suivi de santé, des possibilités de formation, etc. etc.

Des entreprises intermédiaires ont vu le jour et se sont développées, offrant travail et dignité à ceux qui n'en avaient plus.

Et, puisque nous sommes en pleine Semaine Missionnaire Mondiale…

Autrefois, les missionnaires s'inscrivaient dans le droit fil de la colonisation: dominer, conquérir, apporter son savoir-faire et sa religion à des peuples considérés plus ou moins consciemment comme inférieurs.

Aujourd'hui, être missionnaire, c'est vivre au service des peuples auprès de qui le Seigneur nous envoie.

Et c’est même assez drôle de penser qu’aujourd’hui, ce sont des prêtres africains qui sont missionnaires chez nous.

Derrière tout cela, il y a des hommes et des femmes qui mettent leurs compétences et leurs ambitions au service de leurs frères, qui se font, en quelque sorte, leurs esclaves, leurs serviteurs.

Des hommes, des femmes, des jeunes, signes du Fils de l'Homme venu non pour être servi, mais pour servir .

Ils sont, pour leur part, l'Evangile aujourd'hui.

"Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur.

Celui qui veut être parmi vous le premier sera l'esclave de tous."

Ces paroles du Christ, curieusement, elles ne nous rabaissent pas:

elles nous élèvent.

Choisir de se faire le serviteur, l'esclave de tous, c'est affirmer que notre vie ne vaut la peine d'être vécue que dans la relation à l'autre.

Une relation faite de respect, de service et d'amour.

C'est là notre dignité, c'est là notre joie.

Luc Mazaré, prêtre

Evangile selon St Marc (Mc 10, 2-12)

HOMELIE

"Maître, est-il permis à un mari de renvoyer sa femme?

PERMIS? DEFENDU?

Cette question traverse toute notre vie.

Quand j'étais petit, ma maman m'a interdit de mettre les doigts dans les prises d'électricité. Interdit. Défendu.

Plus tard, un peu plus grand, et après une ou deux expériences malheureuses, j'ai compris le pourquoi de cette interdiction… je ne vous fais pas de dessin.

 

Permis, défendu?

C'est souvent moins la question qui compte que le pourquoi de la question.

De même, le pourquoi de la réponse est souvent plus important que la réponse elle-même.

 

Ainsi en est-il dans l'évangile aujourd'hui.

"Maître, est-il permis à un mari de renvoyer sa femme?

Les Pharisiens se moquent bien de la réponse que Jésus va apporter.

Ce qui compte, c'est le pourquoi de leur question.

Ils veulent mettre Jésus à l'épreuve, le tester, le piéger… ce monsieur qui parle tout le temps de la perfection de l'amour va-t-il oser aller jusqu'au bout de sa logique, jusqu'à entrer en contradiction avec la Loi de Dieu, avec la Loi de Moïse?

 

Jésus répond en deux temps.

La Loi de Moïse autorise un homme à jeter sa femme quand il en a marre, un peu comme un gosse jette le jouet qui ne lui fait plus envie.

Oui, mais pourquoi?

A cause de "l'endurcissement" de votre cœur.

Votre cœur, il est endurci, il est sclérosé, il est malade, il ne fonctionne plus.

Voilà ce qui explique le pourquoi de la Loi de Moïse : ce n’est pas le projet de Dieu, ce n’est que l’expression de la dureté du cœur de l’homme.

Et Jésus va plus loin:

"Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas."

Bien sûr, le Christ ne fait que citer la Bible, ce passage du Livre de la Genèse que nous avons entendu en première lecture.

Là encore, ce qui nous intéresse, c'est le pourquoi de cette réponse.

"Au commencement de la Création, il les fit homme et femme".

Autrement dit, le projet de Dieu, c'est que l'homme, homme ou femme, soit à son image, à sa ressemblance1, qu'il puisse fonder sa vie sur l'amour, sur le besoin l'un de l'autre.

Comme lui-même, Dieu, veut aimer l'homme, avoir besoin de lui.

En répondant ainsi, Jésus ne veut pas poser une règle, une loi.

Il ne parle pas en terme de permis ou de défendu.

Non, c'est un idéal qu'il nous propose, son idéal, l'idéal de Dieu:

vivre de l'amour, à son image, à sa ressemblance.

Ce n'est pas le permis ou le défendu qui compte, c'est ce que nous cherchons à vivre… même si nous savons que notre faiblesse nous empêche souvent d'être à la hauteur de cet idéal.

Et voilà qui nous interpelle sur tous les actes de notre vie.

Dans le fond, est-ce que nous cherchons simplement à vivre tranquilles, en observant ce qui est permis et en évitant ce qui est défendu?

Ou alors, est-ce que allons plus loin?

Jusqu'à nous interroger sur le pourquoi de nos actes, jusqu'à vouloir que chacun de ces actes soit basé sur l'amour, sur le besoin d'aimer et d'être aimé?

A l'image, et à la ressemblance de Dieu.

C'est la question que le Christ nous pose aujourd'hui.

Luc Mazaré, prêtre

1 cf.Gn1

Evangile selon Saint Marc

HOMELIE

Le passage d'Evangile qui nous est proposé aujourd'hui me laisse un peu perplexe.

Deux enseignements du Christ qui paraissent plutôt contradictoires.

D'un côté une bienveillance presque laxiste:

"Qui n'est pas contre nous est pour nous".

Immédiatement après, une sévérité qui fait peur:

"Si ton œil t'entraîne au péché, arrache-le".
 

Bref, ça commence un peu par "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", mais ça se termine par la menace des flammes de l'enfer.

Avouez qu'il y a de quoi s'interroger!

En réfléchissant, je me suis dit que ça rejoignait un peu ce que nous vivons parfois en Eglise.

Par exemple, pour le baptême des tout-petits, l'Eglise me semble avoir un enseignement bien contradictoire.

D'un côté, elle affirme avec force que le baptême est le sacrement de la foi, le signe de la participation à la mort et à la résurrection du Christ, et elle souligne le sérieux d'un tel engagement.

Mais par ailleurs, le baptême est donné –pardonnez-moi- sans grand discernement, en tout cas sans autre exigence qu'une vague promesse de donner à l'enfant une éducation chrétienne. L'expérience montre que cette promesse n'est pas toujours respectée, loin s'en faut.

Même contradiction en ce qui concerne le sacrement de mariage.

L'Eglise le présente dans toute sa force comme sacrement de l'Alliance du Christ et de son Peuple.

Dans cette perspective, la fidélité de Dieu à son Alliance fonde la fidélité du couple et donc l'indissolubilité du mariage.

Fort bien. Mais pour recevoir le sacrement de mariage, aucune véritable adhésion personnelle au Christ n'est demandée.

Il suffit d'être baptisé.

Et là encore, de faire une promesse dont l'expérience montre qu'elle est loin d'être toujours respectée.

Je n'y vois pas très clair dans l'évangile d'aujourd'hui, pas plus que je n'y vois clair dans la pratique de l'Eglise en matière de baptême et de mariage.

Pourtant, je continue à célébrer les baptêmes et les mariages, peut-être simplement parce que si je ne comprends pas tout, je sens que, derrière une contradiction apparente, il y a de la part de l'Eglise une intuition fondamentale, et réellement basée sur l'enseignement du Christ.

Alors j'en reviens à l'évangile, et je constate que deux aspects du discours de Jésus doivent être différenciés.

Dans la première partie du texte, il est question du regard que nous portons sur les autres.

Là, le Christ refuse toute exclusion.

"Ne l'empêchez pas". Ne fermez pas la porte aux autres.

Accueillez ce que d'autres font de bien, car c'est aussi un signe de l'action de Dieu.

Et c'est vrai qu'aujourd'hui, il n'y a pas que des chrétiens qui travaillent à construire la paix, à construire habitable par tous.

Sachons accueillir plutôt que d'exclure.

Sachons accueillir sans vouloir récupérer.

Laissons Dieu agir comme il l'a fait avec Eldad et Medad qui prophétisaient hors du camp.

Mais la deuxième partie du texte est consacrée au regard que nous portons sur nous-mêmes.

Et c'est là que Le Christ est exigeant!

Il nous demande d'exercer sur nous-mêmes un discernement sans défaillance.

Nous avons la chance d'avoir été choisis par Dieu, la chance d'avoir pu découvrir son amour pour nous. C'est un cadeau, une grâce que nous avons reçue, mais qui implique des exigences particulières.

D'une certaine manière sans doute, c'est l'intuition de l'Eglise: accueillir l'autre qui est peut-être loin du Christ, mais qui est lui aussi habité par l'Esprit Saint. Et, en même temps, être très exigeant à l'égard de soi-même, à tous ceux qui se reconnaissent pleinement disciples du Christ parce qu'ils ont reçu cette grâce.

Dans le fond, l'Evangile nous appelle à aller plus loin, à dépasser tout ce que nous croyons possible de comprendre et de vivre.

Il nous appelle à nous rendre proches du Seigneur, en étant accueillants à l'égard de l'autre, et exigeants à l'égard de nous-mêmes.

Luc Mazaré, prêtre

Evangile de Jésus-Christ selon St Marc (7, 31-37)

HOMELIE:

Sur l’évangile que nous venons d’entendre, je voudrais vous proposer cinq remarques… et en tirer quelques conclusions.

1° -  : Jésus traverse les territoires de Tyr, de Sidon et de la Décapole.

Tous ces lieux cités sont en terre païenne, non juive.

C’est une manière pour l’évangéliste de nous dire que Jésus s'est aussi manifesté auprès des païens, même si l'essentiel de son ministère s'est exercé en territoire juif.

 

2°- Le malade qu'on présente à Jésus est lui-même un païen.  

Il n'entend rien, et il parle de travers: c'est un peu le regard que les Juifs de l'époque portaient sur les non-juifs.

Eux, les païens, n’entendent rien, puisqu'ils n'ont pas compris qu'il y a un seul Dieu.

Et ils parlent de travers, puisqu'ils n'ont pas vraiment connaissance de la vérité.

 

3° – Un corps à corps.

On demande à Jésus d'imposer les mains à ce malade.

Geste de guérison classique.

Mais Jésus va beaucoup plus loin, jusqu'à un corps à corps: il lui met  les doigts dans les oreilles, et, avec sa propre salive, il lui touche la langue.

Enfin, il « soupire » : il lui donne son propre souffle, sa propre respiration.

En d'autres termes, Jésus s'implique à fond: il fait corps avec nous, il fait corps avec tous, y compris avec un païen, ce qui le rend « impur » au regard de la Loi.

4°- Une parole: "Effata!", "Ouvre-toi".

St Marc insiste sur l'importance de cette parole au point de la citer d'abord en araméen, c’est-à-dire  dans la langue même de Jésus.

"Effata", "Ouvre-toi": plus que d'une guérison, c'est d'une ouverture dont cet homme à besoin.

Une ouverture à Dieu, une ouverture à la vérité de Dieu, une ouverture à la vérité du Christ.
 

5° - enfin, une autre parole, celle des témoins: "Il fait entendre les sourds et parler les muets".

C’est une phrase du Livre d’Isaïe : les païens qui sont là, voilà que, sans même le savoir, ils en arrivent à citer le prophète Isaïe.
 

Quelques conclusions :

- Il n'y a pas des païens et des non-païens, des croyants et des non-croyants, des riches et des pauvres.

Comme nous le rappelle St Paul, Dieu ne fait pas de différences.

Pour lui, comme pour le Christ, il n'y a que des hommes et des femmes, appelés à la même dignité, invités au même Royaume.

Et cela nous renvoie aux différences, aux catégories, que nous, nous faisons entre les uns et les autres.
 

- "Effata", "Ouvre-toi".

Puissions-nous chaque jour demander au Seigneur d'ouvrir non seulement nos oreilles et nos bouches, mais plus encore  nos cœurs et nos esprits au-delà de nos limites.

Puissions-nous chaque jour mieux le découvrir, non pas tel que nous le pensons, mais tel qu'il est, Lui Dieu offert à tous les hommes.
 

- Il lui touche les oreilles, il lui touche la langue.

Puissions-nous chaque jour avoir le courage du contact, au-delà de nos réserves et de nos pudeurs.

Puissions-nous « faire corps » avec tous ceux qui sont marqués par le handicap, la maladie, l’exclusion.

Qu’ils nous soient proches ou qu’ils nous paraissent lointains, comme les païens pouvaient l’être pour les Juifs de l’époque.

Pour la cause de l'homme, pour la cause de Dieu.
 

- Enfin: "Il fait entendre les sourds et parler les muets".

Aujourd'hui encore, des païens, des non-croyants, des pas-comme-nous sont, eux aussi, porteurs de la Parole de Dieu, parfois sans même le savoir.

Puissions-nous chaque jour les entendre.

Puissions-nous chaque jour nous laisser convertir par eux quand ils sont, eux aussi, porteurs de Dieu.

Luc Mazaré, prêtre

Evangile selon Saint Jean (6,60 - 69)

HOMELIE

Le long discours sur le pain de vie s'achève sur un choc et une rupture.

Bon nombre des disciples de Jésus sont choqués par ses paroles: un homme qui prétend donner la vie éternelle... un homme qui prétend donner son corps et son sang en nourriture et boisson, un tel homme ne peut être qu'un mégalomane ou un fou.

Pour eux, désormais, c'est la rupture.

Et les Apôtres eux‑mêmes sont troublés, à tel point que Jésus leur rend leur liberté : " Voulez‑vous partir, vous aussi? ".

Certes, les Apôtres n'ont pas tout compris.

Et ils ne sont pas au bout de leurs surprises, mais la confiance est la plus forte: "Seigneur, à qui irions‑nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle".

Confiance des Apôtres, mais de quelle confiance s'agit-il?

Sont-ils tombés sous le charme d'une sorte de gourou enjôleur et beau parleur?

Ont-ils perdu tout sens critique, au point de boire ses paroles comme du petit lait, sans même chercher à en comprendre le sens?

Non, le doute n'est pas absent de leur pensée, et il subsistera même après la résurrection1, mais la confiance est plus forte.

Elle est plus forte, parce que, eux, les Apôtres, ont vu et suivi Jésus jour après jour.

Ils l'ont vu proche des gens, proche des pauvres, attentifs à leurs besoins, prêt à tout donner, prêt à lui-même se donner pour eux.

Ils l'ont vu: quelqu'un qui donne, et non pas quelqu'un qui prend.

Tout le contraire de ce que nous appelons aujourd'hui un "gourou".

Là est leur confiance.

ET NOUS ?

Pendant plusieurs dimanches, nous avons entendu ces mêmes Paroles de Jésus Quelles sont nos réactions ?

Sommes‑nous choqués Par ces paroles qui constituent un véritable défi à notre raison, à notre intelligence ?

Sommes‑nous en attente ? Intrigués, mais espérant mieux comprendre, mieux savoir ce que Dieu, à travers Jésus, veut nous proposer ?

Les foules qui se pressaient autour de Jésus l'abandonnent maintenant.

Elles ne lèveront pas le petit doigt pour empêcher sa condamnation.

Les Apôtres eux‑mêmes seront absents au moment suprême, au moment de la croix.

ET NOUS ?

Pour peu que nous prenions vraiment au sérieux les Paroles de Jésus, nous risquons bien à notre tour d'être choqués et désorientés.

Et lui‑même le reconnaît quand il dit:

"Personne ne peut venir à moi, si cela ne lui est pas donné par le Père".

Avec un peu de simplicité et beaucoup d'humilité, acceptons de nous mettre au rang des Apôtres,

C'est vrai, nous ne comprenons pas tout.

Je ne comprends pas, et je crois que je ne comprendrais jamais.

Que cela ne nous arrête pas !

Que ]'Esprit Saint nous donne de répondre, comme les Apôtres:

"Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle."

Mais aussi .... que cela ne nous arrête pas dans notre RECHERCHE.

Le Seigneur ne nous demande pas la foi du charbonnier qui accepte tout sans rien comprendre; il nous demande, bien au contraire, d'exercer notre intelligence, notre sagesse, nos capacités, pour toujours mieux le connaître, mieux découvrir le sens et la portée de sa parole, mieux pénétrer la vie qui est la sienne et qu'il nous offre.

Le doute, c'est vrai, peut nous conduire à la rupture.

Mais, dans l'Esprit Saint, le doute est inséparable de la foi.

Ne pas lui faire place, c'est renoncer à la liberté que Dieu lui-même nous a donnée. C'est renoncer à être des hommes et des femmes debout devant Dieu, comme Lui est debout devant nous.

C'est plonger dans l'indifférence, la tiédeur, le non‑sens.

Le doute est inséparable de la foi. Il peut parfois en être le moteur.

En nous incitant à mieux connaître la Parole de Dieu, à chercher sans relâche les signes de sa présence et de son action dans notre monde.

C'est l'exigence même de notre foi.

C'est l'exigence de ces paroles si étonnantes de Jésus:

"Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.

Et moi, je le ressusciterai au dernier jour".

Luc Mazaré, prêtre

1Mt28,17 et//

Evangile selon Saint Jean (6,51 - 58)

HOMELIE

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais le manger et le boire ont une grande importance dans la Bible.

Bon d'accord, il s'agit d'abord d'une nécessité vitale.

Au désert, après la sortie d'Egypte, les Fils d'Israël récriminent contre Moïse, tout simplement parce qu'ils ont faim et soif.

Manger, boire, les premiers besoins de l'homme.

Nous le disons dans le Notre Père: "Donne-nous notre pain quotidien".

Et le Christ lui-même demande à la Samaritaine: "Donne-moi à boire".

Pouvoir manger et boire, c'est la première justice à laquelle tout homme a droit.

Et cela reste vrai pour nous aujourd'hui, comme hier pour les hommes de la Bible.

Mais, manger et boire, c'est également la réalité d'un vivre ensemble.

Pour Abraham, c'est le geste de l'hospitalité.

Aux chênes de Mambré, il accueille trois mystérieux visiteurs –en fait, Dieu lui-même- en leur offrant du pain, du lait, et un veau bien tendre1.

Pour le personnage mythique de Noé, c'est le signe même de la joie.

D'après le récit biblique2, lui, le premier cultivateur et le premier vigneron, lui, Noé, fut, le premier à se saouler à tel point qu'on en gardera le souvenir pendant des générations.

Remarquez, ça n'a pas dû avoir trop de conséquences sur sa santé, puisque, toujours d'après la Bible, il serait mort à l'âge vénérable de 950 ans!

Le manger et le boire, c'est le moment du vivre ensemble, le moment de la rencontre, au-delà parfois de toutes les barrières et convenances préétablies.

Au grand dam de certains3, Jésus lui-même n'hésitera pas à manger avec les publicains et les pécheurs, et même il n'hésitera pas à s'inviter chez Zachée, le collecteur d'impôts.

Pour les rencontrer, pour vivre ensemble , parce que le salut de Dieu est offert à tous: "je suis venu appeler non pas les justes et les pécheurs".

Et comment ne pas penser, dans la parabole du Père et des deux fils, au festin offert en l'honneur du fils perdu et retrouvé?

Parce qu'ils répondent à une nécessité vitale, parce qu'ils sont signes de l'hospitalité, de la joie, du vivre ensemble, de la rencontre, le boire et le manger deviennent une image, un symbole.

L'image, le symbole du Royaume, une image de l'Alliance enfin accomplie de Dieu avec les hommes.

Ce jour-là, écrit le prophète Isaïe4, ce jour-là, "Le SEIGNEUR, le Tout-Puissant, va offrir sur cette montagne un festin pour tous les peuples, un festin de viandes grasses et de vins vieux, de viandes grasses succulentes et de vins vieux décantés."

Le Christ est venu réaliser le Royaume.

Et souvent, il le manifeste par les signes du repas, du manger et du boire, un repas de fête, un repas de noces.

- C'est le repas des noces de Cana, où il apporte le vin nouveau, le vin du Royaume. Les noces de Cana où il est, lui, Dieu venu épouser son peuple.

- C'est le dernier repas avec ses disciples, la sainte Cène, où il s'offre en nourriture et en boisson: "Ceci est mon corps livré pour vous,… Ceci est mon sang versé pour vous".

- C'est le sens profond des paroles que nous venons d'entendre dans l'Evangile: "Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle." "Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui."

Manger, boire, c'est un geste de tous les jours… enfin pour ceux qui en ont la chance. Et c'est de notre responsabilité que tous aient cette chance.

Manger, boire, -sans abuser, comme nous le rappelle St Paul- c'est vivre le temps de la rencontre du partage, de la joie.

C'est offrir l'hospitalité aux hommes de la Terre entière.

Manger, boire, c'est témoigner du Royaume, de Dieu-avec-nous.

Manger, boire, c'est être en communion.

Entre nous, avec Dieu, avec le Christ qui est, lui, vraie nourriture et vraie boisson.

Alors, chaque fois que tu manges, chaque fois que tu bois, fais-le avec respect, avec gravité, parce que c'est Dieu qui t'invite à sa table.

Luc Mazaré, prêtre

1Gn18,1-8

2Gn9,18sq

3Mc2,15sq et //

4Is25,6sq

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (6,41-51)

Homélie

C'est un dialogue de sourds qui s'instaure peu à peu entre Jésus et la plupart de ceux qui l'ont suivi jusque-là.

Jésus a multiplié les pains, il a nourri la foule.

Un peu plus tard, il donne le sens, la signification profonde de son geste:

"Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel".

Mais de telles paroles ne peuvent que choquer: Descendu du ciel? Non mais, pour qui se prend-il celui-là? Allons donc! C'est le fils de Joseph, et c'est tout! Descendu du ciel… tu parles !

Le fils de Joseph. Point. C'est tout, il n'y a pas à sortir de là.

Dialogue de sourds.

Dialogue de sourds entre ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, pas plus loin que la surface des choses et le Christ qui veut aller plus loin, plus profond, plus vrai.

Jésus est fils de Joseph? Oui, sans aucun doute! Au regard de la Loi juive, au regard des hommes, et sans doute à ses propres yeux.

Mais, et c'est ce qui change tout, Jésus est inséparablement Fils de Celui qui l'a envoyé, Fils de Dieu.

Il a ses racines parmi les hommes, et il a également ses racines au ciel.

Inséparablement.

Et ce dialogue de sourds va s'amplifier entre ceux qui ne veulent pas sortir de leurs seules perspectives humaines et le Christ qui, lui, donne sens à tout ce qui fait la vie humaine.

Ce même dialogue de sourds, il pourrait se poursuivre aujourd'hui, de bien des manières.

D'abord, il nous arrive, nous aussi, de ne pas voir plus loin que le bout de notre nez.

Nous avons notre vie, avec ses joies et ses peines, avec ses tracas et ses soucis, alors… pourquoi regarder plus loin?

Dieu? Bôf… ce n'est pas mon problème… pas vraiment.

De manière plus subtile, il nous arrive de séparer, de dissocier notre vie humaine de notre vie de foi.

D'un côté, il y a le travail, les loisirs, la famille, les amis… la vie, quoi.

Et, par ailleurs, il y a Dieu, la foi.

Deux domaines différents, qui n'auraient pas à se rencontrer, qui n'auraient pas grand-chose à voir l'un avec l'autre.

Et pourtant, en Jésus, il n'y a pas cette séparation.

Il n'y a pas d'un côté l'homme Jésus et, de l'autre, le Christ, Fils de Dieu.

Les deux sont inséparablement liés, et c'est bien ce qui choque ses auditeurs.

Jésus qui donne du pain à des foules affamées, Jésus qui se donne en partage dans l'Eucharistie: c'est le même Jésus, la même personne, fils de Joseph et Fils de Dieu.

"Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel."

Nous voilà invités à aller plus loin, plus profond, plus vrai.

Comme le Christ, et en lui, nous avons nous aussi nos racines sur terre et nos racines au ciel. Inséparablement.

C'est notre dignité d'enfants de Dieu, et c'est toute notre vie qui peut en être transformée.

Nos gestes, y compris les plus quotidiens, notre travail, nos loisirs, notre vie de famille, tout cela prend à la fois valeur humaine et valeur divine.

Par ces gestes de chaque jour, nous disons Dieu, le Dieu de Jésus Christ, le Dieu qui a pris racine parmi nous en son Fils.

 

Le pain que nous partageons à la table de famille est aussi le pain de l'Eucharistie.

Celui qui mange de ce pain vivra éternellement.

Luc Mazaré, prêtre

 

Lecture du livre de l'Exode (16,2-4,12-15)

HOMELIE

Quand ils vivaient en pays d'Egypte, les Fils d'Israël subissaient l'oppression. Oh, ils n'étaient pas esclaves, non, mais ils étaient considérés comme des gens inférieurs, des immigrés, des gens qui ne comptent pas.

Et surtout, ils étaient considérés comme une population taillable et corvéable à merci. Toujours les premiers réquisitionnés pour les travaux les plus pénibles, les pieds dans la boue et la tête dans les moustiques.

Esclaves, non pas vraiment. Mais opprimés, oui, à coup sûr.

"J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple",

avait dit Le Seigneur Dieu à Moïse 1.

Et Dieu les a libérés: sous la conduite de Moïse et d'Aaron, il a fait sortir son peuple d'Egypte.

Il lui a fait passer la Mer Rouge pour qu'il échappe à la puissance de Pharaon et de ses armées.

Et il l'a conduit au désert, avec la promesse d'une terre, qu'il pourrait faire sienne.

Mais dans le désert, il n'y a rien, ou presque.

Les Fils d'Israël ont faim, alors ils "récriminent".

En bon français: ils râlent.

Un peu comme les Français aujourd'hui, dont on dit qu'ils sont des râleurs.

Et comme ils n'osent pas râler contre Dieu –on ne sait jamais-, ils s'en prennent à ces deux hommes que Dieu leur a donné pour les conduire: Moïse et Aaron.

Après tout, eux, ce ne sont que des hommes.

Tout au long des siècles, le peuple juif aura gardé mémoire de ces événements, quitte d'ailleurs à transformer quelques détails de la réalité historique.

La réponse de Dieu, ce sera la manne, cette nourriture fragile qu'on ramasse au matin, mais qui pourrit, dès le soir venu.

Dans cet épisode: ne faim, un malentendu, une défiance.

- Une faim.

La plus radicale qui soit: la faim du ventre, tout simplement.

- Un malentendu.

Dieu a libéré ses enfants de l'oppression, mais ses enfants l'ont déjà oublié et regrettent déjà une vie qui n'était pourtant pas si rose.

- Une défiance.

Tu veux notre mort. Tu as perdu notre confiance.

Plus tard, par défiance encore, les Fils d'Israël se chercheront d'autres dieux et se construiront une idole, un veau d'or.


 

J'ai l'impression que, aujourd'hui, en 2018, nous en sommes parfois au même point avec Dieu: une faim, un malentendu, une défiance.

- Une faim.

Oui, nous avons faim. Mais faim de quoi?

Faim de pain? Pas pour la plupart d'entre nous, dans cette église.

…Même si le scandale de la faim se poursuit aujourd'hui encore sur une bonne part de notre planète.

Alors nous, de quoi avons-nous faim? Très certainement, nous avons tous faim d'amour, d'amitié, de reconnaissance, de dignité.

Mais encore? Avons-nous faim de Dieu?

Ou sommes-nous des rassasiés, les rassasiés de Dieu, les repus de Dieu?

Quelles sont nos faims aujourd'hui?

- Un malentendu.

Trop souvent, quand nous nous tournons vers Dieu, c'est pour lui demander de répondre à nos questions. Nous le mettons en cause, et parfois avec raison, mais sans nous remettre en cause nous-mêmes. Trop souvent, nous lui demandons de suivre notre chemin sans vouloir reconnaître le chemin que lui nous propose.

Un malentendu: nous voulons forger Dieu à notre image plutôt que de nous laisser forger au feu de son amour.

- Une défiance.

Qui sont vraiment nos dieux aujourd'hui?

Qu'est-ce qui nous fait vivre?

Qu'est-ce qui nous tient vraiment à cœur?

Laissons-nous interroger.


 

Et laissons-nous interroger aussi par la parole du Christ:

"Celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim;

celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif".

Là est notre confiance: la confiance en Celui qui, seul, peut nous combler au-delà de toute espérance.

La confiance en celui qui est notre pain, le pain de la vie.

Luc Mazaré, prêtre

1 Exode 3,7

Lecture du deuxième livre des Rois (4,42-44) - Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (6,1-15)

HOMELIE

Les textes nous proposent aujourd'hui de faire un lien.

Un lien entre la multiplication des pains au temps du prophète Elisée et le récit de la multiplication des pains, tel que nous le propose l'évangéliste St Jean.

Quelques traits communs.

D'abord,

les deux récits se passent en terre non juive, en territoire païen.

Tiens! Les dons de Dieu ne sont pas réservés aux siens, aux membres de son peuple, ou plus exactement à ceux qui croient être les seuls membres du peuple de Dieu.

Juifs, non juifs, croyants, non croyants, tous bénéficient des dons de Dieu.

Et cela n'a pas fini de nous étonner, nous, chrétiens, qui nous considérons facilement comme propriétaires de "notre" Dieu.

Autre sujet d'étonnement:

le peu de moyens pour la tâche à accomplir.

Dans le récit d'Elisée, vingt pains d'orge pour cent personnes.

Dans l'évangile, cinq pains et deux poissons pour cinq mille hommes.

Mais… c'est la même chose aujourd'hui!

A travers le monde, combien sont-ils aujourd'hui à souffrir de la faim ou de la malnutrition? En 2017, d'après la FAO, ils étaient 815 millions. 1

Alors moi, tout seul, qu'est-ce que je peux faire devant tout ça?

D'autant plus qu'il y a aussi, et tout proches de moi, ceux qui ont faim d'amitié, faim d'affection, faim de vivre, faim de Dieu.

Moi, tout seul, qu'est-ce que je peux faire?

Autre trait commun: l'abondance du don de Dieu.

Dans les deux récits, une fois le pain multiplié et partagé, il y a des restes, du rab, du surplus.

L'Evangile va même jusqu'à préciser: "ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restaient".

Ne me demandez pas comment, ne me demandez pas non plus comment le pain a été multiplié.

Les textes n'en disent rien: ça c'est l'affaire de Dieu.

Tout ce qui compte, c'est que quelqu'un a osé, a pris le risque de partager si peu de choses pour tant de gens.

Dans l'évangile, c'est ce jeune garçon, avec ses cinq pains et ses deux poissons. Lui, il a osé, il a donné, il a partagé.

Et ce partage a produit beaucoup plus que ce qu'on pouvait en attendre.

Dans le fond, est-ce que ce n'est pas un peu la même chose chaque fois que moi, j'ose partager?

Le don de Dieu va bien au-delà de ce que je peux imaginer.
 

Les deux récits, celui de l'Ancien Testament et celui du 4° évangile ont donc bien des points communs.

Mais l'évangile présente une particularité:

le geste de Jésus est présenté comme un "signe".
 

Non pas un miracle, mais un "signe".

Dans la Bible, le miracle est souvent le fruit d'un acte de foi.

A l'inverse, dans l'évangile de St Jean, le "signe" provoque l'acte de foi.
 

Encore que… de quelle foi s'agit-il?

A la vue du signe, les gens disent de Jésus:

"C'est vraiment lui, le prophète annoncé"

Mais en même temps, ils veulent s'emparer de lui pour un faire "leur" roi, …et le Christ est obligé de s'enfuir.
 

Notre foi, elle est comme celle des foules de l'Evangile: elle a sans cesse besoin d'être affinée, ajustée.

Nous avons toujours besoin de redécouvrir qui est vraiment le Ressuscité.

En étant attentifs aux "signes" qu'il nous donne aujourd'hui.

Luc Mazaré, prêtre

1 Contre 777 Millions en 2014

Evangile selon Saint Marc (6,30 - 34))

HOMELIE

En Palestine, au sixième Siècle avant Jésus Christ, le Royaume du Nord a été anéanti il y a belle lurette 1.

Mais le petit Royaume du Sud, autour de Jérusalem, semble maintenant lui aussi menacé: les autorités civiles et religieuses sont pourries, le Peuple de Dieu est délaissé… on court à la catastrophe.

Un homme de Dieu, le prophète Jérémie, annonce que cette catastrophe va se produire. Elle est inéluctable 2, mais elle ne restera pas sans lendemain: Dieu lui-même va prendre son Peuple en charge: "Je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis (…) Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront" .

Mais la promesse met du temps pour se réaliser.

Premier siècle de notre ère: sur cette même terre de Palestine, la situation est toujours aussi désespérée.

Le pays est occupé par les armées romaines, les responsables sont divisés en divers clans qui se haïssent, s'opposent et se déchirent.

Une fois encore, le Peuple de Dieu est délaissé, abandonné.

Un homme, Jésus de Nazareth, entouré de quelques disciples, parcourent la région, annonçant un autre Royaume, une autre Parole, une autre Consolation.

Aujourd'hui, 20 siècles plus tard, qu'en est-il exactement?

Où est-il, ce Royaume promis par le Christ?

Cette Parole qu'il a semée, qu'est-elle devenue?

Et quelle consolation peuvent attendre celles et ceux qui habitent le pays d'Israël ou les régions voisines?

Et quelle consolation pour tous ceux qui, à travers le monde, sont obligés de fuir leur pays pour échapper à la guerre, à la violence, à la misère?

Aujourd'hui, les foules, elles, elles sont toujours là.

Et pas seulement en Israël ou en Palestine, mais dans le monde entier.

Toujours aussi perdues, toujours en quête d'espoir, mais si souvent abandonnées au désespoir.

D'Asie en Afrique, et au cœur même de nos sociétés occidentales, des foules entières attendent une Parole. Une Parole d'Amour. Une Parole d'espérance.

Mais qui va leur donner cette Parole?

Frères et sœurs, aujourd'hui, nous, baptisés, nous sommes tous les successeurs de ces disciples qui entouraient Jésus et portaient sa Parole aux foules.

Tous: bon catholiques ou chrétiens d'occasion, riches ou pauvres, nous sommes tous les disciples de Jésus, et c'est à nous d'annoncer sa Parole.

Si nous ne le faisons pas, qui le fera?

Bien sûr, comme les disciples de l'Evangile, nous avons fait notre part de travail. Comme eux, nous sommes fatigués, et nous n'aspirons qu'à un peu de repos, un peu de vacances pour certains.

Oui, mais les foules sont là.

Le grand cri du monde s'élève tout autour de nous: le cri des affamés, le cri des mal-aimés, le cri des paumés.

Le cri de tous ceux qui sont abandonnés, délaissés.

Et nous aurions beau nous boucher les oreilles, ce cri parviendrait encore jusqu'à nous.

Comment y répondre? Quelle Parole apporter ?

Revenons un instant à l'Evangile, et, plus précisément à l'attitude de Jésus.

" Il fut saisi de compassion envers eux."

Littéralement: "Il fut pris aux entrailles".

"Et il se mit à les enseigner longuement…"

Que leur a t-il dit? Quelles ont été à ce moment-là, les paroles de Jésus?

Mystère: l'Evangile n'en dit rien.

Il n'en dit rien parce que ce n'est pas l'essentiel.

L'essentiel, le plus important, c'est qu'il a été là, avec son cœur, avec ses tripes: il a été présent, il s'est rendu disponible.

Et là, tout est dit!

Aujourd'hui, il ne nous est pas demandé autre chose!

N'allons pas faire des belles phrases, concocter des beaux discours.

Ce n'est pas ce que "les foules" attendent de nous, mais simplement une présence, une disponibilité.

Devant l'enfant qui attend qu'on s'occupe de lui, devant l'ami blessé, devant celui qui a dû fuir son pays, devant tous ceux qui souffrent aujourd'hui, sachons simplement nous rendre disponibles, et laissons parler notre cœur.

Sans calcul, sans attendre de retour.

Mais avec l'assurance que si nous parlons avec notre cœur, c'est le Christ lui-même qui parlera par notre bouche.

Luc Mazaré, prêtre

1 En -722 ou -721

2 Jérusalem sera prise en -687 ou -686. Par vagues successives, le peuple sera déporté à Baylône.

Lecture du livre du prophète Amos (7,12-15) - Evangile de Jésus Christ selon saint Marc (6,7-13)

HOMELIE

Notre Dieu est un séducteur. 1

8° siècle avant Jésus-Christ: la terre de Palestine est divisée en deux.

Au nord, le Royaume d'Israël: terrains fertiles, grandes propriétés.

C'est la richesse… mais aussi l'injustice pour ceux qui n'ont pas la chance de profiter du système, notamment les ouvriers agricoles embauchés à la journée, mal payés, exploités, miséreux.

Au sud, le minuscule Royaume de Juda, autour de Jérusalem.

Là, c'est autre chose: terrains arides et escarpés… On s'en sort comme on peut.

Et dans ce Royaume du Sud un homme, Amos.

Il garde les bœufs 2 et soigne les arbres 3. Bref, c'est un petit, un pauvre.

Et voilà que Dieu va le séduire.

Il va le saisir quand il était "derrière son troupeau" pour l'envoyer vers le Nord, vers les gens riches.

Et ce brave Amos se laisse séduire.

Il part là où Le Seigneur l'envoie accomplir la mission qui lui est confiée.

Au nom du Seigneur, il dénonce l'injustice des riches et l'hypocrisie complice des prêtres complaisants.

Même si cela lui fait mal. Même si son message est mal accepté.

 

Notre Dieu est un séducteur.

Des siècles plus tard, sur cette même terre de Palestine, surgit un autre homme, Jésus de Nazareth.

Lui aussi parle au nom du Seigneur Dieu.

Et quelques hommes se sont mis à sa suite, séduits par ce Jésus, séduits par la force de sa Parole et de ses actes.

Ce sont ces disciples que Jésus envoie deux par deux porter à d'autres son message, son amour.

Et aujourd'hui?

Nous qui sommes ici, n'avons-nous pas été séduits par Dieu?

Y a t-il une autre raison à notre présence ici dans cette église?

Oui, nous aussi, nous avons été séduits!

 

Notre Dieu est un séducteur,

mais pas un séducteur comme les autres.

D'abord, les moyens qu'il utilise sont pour le moins inhabituels.

Ainsi, il ne commence pas par nous flatter.

Au contraire, il nous demande de changer de vie!

Envoyés en mission, les disciples "proclamaient qu'il fallait se convertir".

Ensuite, il ne commence par nous combler de petits cadeaux, de présents pour nous amadouer.

Au contraire, il nous dépouille!

Les Apôtres en mission n'ont ni pain, ni sac, ni argent, mais seulement des sandales et un bâton pour la route.

Enfin, les buts qu'il poursuit ne sont pas ceux d'un séducteur ordinaire.

Ce qu'il nous propose, ce n'est pas la facilité, mais l'exigence de l'Amour, vrai chemin de Vie, mais qui passe par le chemin de croix..

Ce qu'il se propose, ce n'est pas de nous posséder, de nous asservir, mais de nous rendre libres et de nous donner en partage sa gloire et son bonheur, comme le rappelle le psaume: "La gloire habitera notre terre."

 

Alors, sommes-nous prêts à nous laisser séduire

par le Dieu de Jésus-Christ?

Aujourd'hui comme hier, certains lui tournent le dos.

Peut-être pour ne pas se laisser entraîner trop loin.

Peut-être parce qu'ils préfèrent les plaisirs immédiats au bonheur exigeant du Royaume.

Peut-être parce que leur cœur est rebelle à toute entreprise de séduction.

D'autres, c'est vrai, ne le connaissent pas. Ou si peu, ou si mal.

Nous n'avons peut-être pas su leur montrer, leur révéler le vrai visage d'amour et de liberté de notre Dieu.

 

Qu'à cela ne tienne!

Aujourd'hui comme hier, Le Seigneur nous envoie.

Sans pain, ni sac, ni argent, mais avec son seul amour.

Car si Dieu veut nous séduire, c'est simplement parce qu'il nous aime, et qu'il a confiance en nous, plus que nous n'avons confiance en nous-mêmes.

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Ce terme fait référence notamment à Jérémie 20,7: "Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit " et à Osée 2,16: "mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur."

2 "Bouvier": Amos serait un ouvrier agricole, gardien de troupeaux ne lui appartenant pas. Mais le 1° verset du 1° chapitre le définit comme "un des éleveurs de Teqoa", ce qui le qualifierait comme propriétaire de son troupeau. Va comprendre… Ce qui parait plus certain, notamment avec la mention de Teqoa, situé à 9 km de Jérusalem, c'est qu"Amos était du Royaume de Juda (Royaume du Sud) et qu'il a porté son témoignage dans le Royaume de Samarie (Royaume du Nord)

3 "Je pinçais les sycomores"… drôle de métier ! L'arbre en question est en fait un sycomore-figuier, comme tous ceux cités dans la Bible (y compris l'arbre sur lequel monta Zachée pour voir Jésus). C'est un arbre cultivé depuis 3000 ans en Egypte. D'après la TOB, ses fruits servaient à l'alimentation du bétail. On en pinçait la tige pour en hâter la maturité. C'était donc pour Amos un travail lié à celui de bouvier

Evangile selon Saint Marc (6,1 - 6)

HOMELIE

Moi, les histoires de famille…

Moins je m'en mêle, et mieux je m'en porte!

Oh, pas d'abord par paresse, mais parce que c'est en général tellement compliqué.

Trop souvent, à vouloir arranger les choses, on ne fait que les envenimer.

Ne serait-ce qu'au sein de notre propre famille.
 

En tout cas, Dieu lui-même semble avoir des problèmes de famille, et des gros!

C'est d'abord son peuple, le Peuple de Dieu qu'il qualifie de: "nation rebelle qui s'est révoltée contre moi". Ouf! Rien que ça!

C'est ensuite son Fils, son Fils unique, qui n'arrive pas à se faire entendre dans son propre village.

Et même St Paul, le dévoué St Paul, qui reconnait avoir en sa chair "une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler".
 

Revenons à l'Evangile.

Apparemment, et au moins depuis le début de son ministère public, Jésus n'habite plus à Nazareth, le village de son enfance, mais à Capharnaüm dans la maison de Simon-Pierre.

Cela se comprend aisément: Capharnaüm est une ville-carrefour, alors que Nazareth reste un village paumé, à l'écart de tout.

En plus, visiblement, ça ne se passe pas très bien entre Jésus et sa famille: on veut le faire enfermer parce que, pense-t-on, "il a perdu la tête 1"

Malgré tout –et c'est le texte que nous venons d'entendre- Jésus revient dans son village.

Et là, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il fait un gros flop.

Bon… l'évangile essaie d'atténuer un peu les choses: beaucoup sont "frappés d'étonnement",

Mais la réalité est là.

On ne l'écoute pas, il ne peut faire aucun miracle, et lui-même s'étonne de leur manque de foi.

Histoire de famille?

Oui, et qui préfigure le rejet du Christ par son propre peuple.

"Un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa parenté, et sa maison".

Mais il y a plus: Jésus découvre sans doute peu à peu que sa mission l'appelle plus loin, au-delà des barrières et des frontières:

"Alors, il parcourait les villages d'alentour en enseignant".

Et sa mission sera universelle, pour les hommes du monde entier, et de tous les temps.

Reste que… histoire de famille quand même.

Nous sommes aujourd'hui enfants de Dieu.

Par notre baptême, frères et sœurs de Jésus Christ.

Partageant la même dignité.

Avec lui et en lui, ressuscités.

Mais quelle sorte de famille sommes-nous réellement?

Une famille ouverte, accueillante, ou au contraire une famille fermée sur elle-même, renfrognée sur ses propres problèmes, incompréhensible et inaccessible pour les autres?

Je me demande si nous ne sommes pas nous aussi, et je me mets dedans, un "peuple de rebelles".

Rebelles à la Parole de Dieu, aux exigences de l'amour, rebelles à l'Evangile du Christ, Jésus notre frère.

Tant de paroles du Christ nous choquent, nous heurtent ou, à tout le moins, nous paraissent inaccessibles:

"Aimez vos ennemis"

"Va, vends tout ce que tu as et suis-moi"

"Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés".

Ces paroles, et tant d'autres nous paraissent tellement radicales que, bien souvent, nous préférons ne pas les entendre, ou alors, comme les proches de Jésus, nous nous disons simplement: "Il a perdu la tête".

Pourtant, c'est vrai, Jésus nous aime, plus que nous n'aimons notre propre famille.

Il nous a aimés jusqu'à la croix.

Il nous a aimés jusqu'au matin de Pâques.

Et là, tout simplement, il nous dit:

"Allez, viens, je t'attends. Parce que tu es de ma famille, parce que tu es mon frère, ma sœur.

Parce que je t'aime."

 

Crois seulement: ma puissance donne toute sa mesure dans ta faiblesse.

Luc Mazaré, prêtre

1 Mc3, 20-21

Livre de la Sagesse (1,13-15; 2,23-24)

HOMELIE

Désolé pour ceux d'entre nous qui arrivent juste en vacances, et qui, c'est bien normal, aspirent à un moment de repos.

Poser les valises, et un temps, ne serait-ce qu'un temps seulement, pouvoir laisser de côté tous les problèmes et toutes les questions qui assaillent notre vie chaque jour.

Et bien pas de chance aujourd'hui, et je vous assure que ce n'est pas de ma faute!

Quand j'ai commencé à me plonger dans les lectures qui nous sont proposées pour ce 13°dimanche, je suis tombé sur cette phrase, la première que nous venons d'entendre dans le Livre de la Sagesse.

"Dieu n'a pas fait la mort,

il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants."

Ah bon…

Pas de chance, alors que nous aspirons au repos, nous voilà interpellés sur nos questions essentielles: la vie, la mort, et Dieu dans tout ça…

Tu parles de vacances!

D'autant plus que, quand même… "Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants" … ça laisse rêveur…

Bon d'accord: Dieu "ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants."

C'est vrai…

L'Evangile nous présente le Christ relever de la mort la fille de Jaïre et guérir une femme que sa maladie coupait du monde et donc de la vie.

Pour ça, d'accord, mais… "Dieu n'a pas fait la mort"

Ah bon, mais si ce n'est pas lui, c'est qui?

Dieu a tout créé, mais ce n'est pas lui qui a créé la mort?

Alors là, je ne comprends pas.

Le Livre de la Sagesse, lui, a une belle réponse:

"C'est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde".

Très bien, ça au moins, c'est clair, c'est net, c'est précis.

C'est donc "le diable" qui a créé la mort?

Mais je croyais que c'était Dieu qui avait tout créé?

Ou alors, "le diable" est Dieu, lui aussi?

S'il en va ainsi, nous, nous ne sommes rien.

Rien d'autre que les victimes innocentes d'une guerre sans merci que se livrent deux divinités: d'une part "Dieu", le créateur de la vie, et d'autre part "le diable", créateur de la mort.

Si c'est comme ça, je vous avoue franchement que ça ne m'intéresse pas beaucoup, que je préfère m'en aller tout doucement, sur la pointe des pieds, et laisser "Dieu" et "le diable" régler leurs petites affaires entre eux.

La vie pourtant semble bien nous dire que c'est comme ça.

La fille de Jaïre, morte à l'âge de 12 ans… cette femme atteinte d'une maladie incurable qui en fait une morte vivante... Mais c'est exactement ce que nous voyons chaque jour !

Je l'ai déjà dit, je le répète, la mort d'un enfant sera toujours pour moi un scandale.

Le scandale le plus fort qui puisse jamais exister.

Ca, moi, je ne l'accepterai jamais. Jamais.

Et il y a d'autres scandales encore: la souffrance, l'isolement, un couple qui se déchire, la guerre, la misère… tous les échecs de notre vie personnelle ou collective.

Comment comprendre? Ce sont "les dieux" qui se bagarrent là-haut, et nous qui payons les pots cassés?

C'est l'apparence en tout cas, bien souvent, et il y a franchement des moments où le découragement peut nous gagner…

Pourtant, je n'arrive pas à me résoudre à cette manière de penser.

Quand je le vois le Christ relever la fille de Jaïre, quand je le vois guérir cette femme incurable, je crois, j'ai la conviction qu'il nous invite… à l'espérance.

L'espérance… voir plus loin que le bout de notre nez.

Savoir, comprendre, qu'il n'y a qu'un seul Dieu, le Dieu de la vie.

Oh, certes, la mort est bien là, bien présente.

Sous toutes ses formes, y compris la plus scandaleuse, la mort d'un enfant, y compris pour le Christ et le scandale de sa mort sur la croix.

La mort est bien là, et Dieu l'a permise, Dieu l'a créée.

Mais pas comme une fin en soi, comme un passage, comme une naissance.

En relevant la fille de Jaïre, en guérissant cette femme incurable, en passant lui-même par la mort et le matin de Pâques, le Christ nous invite à la confiance, à l'espérance au-delà des apparences.

La mort n'est rien: elle est passage, Pâques, naissance.

Même si elle est toujours synonyme de scandale et de souffrance, la mort n'est rien, elle n'existe pas comme telle: elle n'est pas ouverte sur elle-même, mais sur la vie.

Comme l'embryon meurt à lui-même, passe par la douleur de la naissance pour devenir un enfant.

Comme je suis mort à l'enfant que j'étais pour devenir adulte.

Comme le grain de blé tombé en terre meurt pour donner du fruit en abondance. 1

Notre liberté, c'est d'accepter cette vie, de nous battre toujours et partout pour la vie.

Notre espérance, notre confiance, c'est qu'au-delà de nos petites morts, et au-delà de notre mort en ce monde, c'est la vie qui toujours l'emporte.

Parce qu'il n'y a qu'un Dieu, le Dieu de la vie.

Luc Mazaré, prêtre
 

1 cf. Jean 12,24

Evangile selon Saint Luc (1, 57 - 66, 80)

HOMELIE

A son époque, la notoriété de Jean le Baptiste était plus importante que celle de Jésus de Nazareth.

On a même quelques raisons de penser qu'il y a eu une certaine rivalité entre les disciples de Jean et ceux de Jésus.

Après tout, c'était normal: les deux hommes s'étaient connus.

Jésus avait reçu le baptême de Jean.

Et, très probablement, Jésus a d'abord été un de ses disciples avant de voler de ses propres ailes.

Et chacun sait que Jean le Baptiste, au moins à un moment de sa vie, a douté de Jésus: "Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre?", lui a t-il fait demander du fond de la prison où il avait été jeté 1.

Alors, Jésus et Jean le Baptiste, même combat ou deux paroles différentes?

L'évangéliste St Luc a sa manière bien à lui de répondre à cette question: il construit son récit de manière à mettre en parallèle les deux naissances, celle de Jean et celle de Jésus 2.

Un peu une façon de nous dire: regardez, ces deux vies ont la même source, elles se ressemblent; en fait, elles se complètent.

Il ne sert à rien de vouloir opposer Jésus à Jean-Baptiste: ils sont ensemble témoins et acteurs de la même manifestation du salut de Dieu, mais ils le sont chacun à sa manière, chacun dans son rôle.

Et je voudrais retenir trois enjeux: les circonstances de ces deux naissances, les noms donnés à chacun de ces enfants, et leur devenir.

Les circonstances: dans les deux cas, il s'agit de naissances miraculeuses.

Zacharie était trop vieux, Elisabeth aussi, et en plus, elle était stérile!

Mais Dieu veut la vie et leur a donné cet enfant qu'ils ne pouvaient pas avoir.

La naissance de Jésus est également miraculeuse: né d'une vierge, conçu de l'Esprit Saint.

Mais, cette fois, ce n'est pas seulement à un couple, mais au monde entier que Dieu a donné cet enfant.

Et dans le fond, une naissance n'est-elle pas toujours un miracle, un don de Dieu à notre monde?

Les noms donnés aux enfants.

 

- "Il s'appellera Jean".

Dans la Bible, le nom de quelqu'un, c'est bien plus que son état-civil: c'est une manière de dire qui il est vraiment, quelle sera sa personnalité profonde.

Parents et amis veulent que l'enfant de Zacharie porte le même nom de son père. C'est la tradition, comme dans certains villages de nos campagnes il y a encore peu de temps.

Mais…: "Il s'appellera Jean", dit sa mère.

"Jean est son nom", écrit son père.

Jean: un nom qui signifie "Dieu a pitié, Dieu fait grâce".

Et c'est là toute la vie de Jean, la mission qui lui sera confiée: par le baptême de conversion, il ne cessera de dire que Dieu est pitié, que Dieu fait grâce à ceux qui se tournent vers lui.

 

- Chose étrange: dans l'évangile de St Luc, ce n'est pas Joseph, son père, mais Marie sa mère, qui donnera un nom à son enfant: "Tu l'appelleras du nom de Jésus", lui avait dit l'ange Gabriel 3.

Jésus: ce nom signifie "Dieu sauve".

Là encore, tout un programme: toute la mission de Jésus sera de manifester et de réaliser le salut de Dieu.

Et nous, quel que soit le nom que nous avons reçu à notre baptême, nous sommes appelés, tous, à être aussi des Jean et des Jésus.

Appelés à dire que Dieu fait grâce, appelés à témoigner de son salut.

Le devenir des deux enfants, Jean et Jésus.

"Que sera donc cet enfant ?", se demandent parents et proches de Jean. Et c'est vrai que sa vocation sera hors du commun.

L'évangéliste prend soin de préciser: "la main du Seigneur était avec lui".

Avec le Seigneur, main dans la main…

 

Pour Jésus, il en va un peu autrement.

Le jour de sa circoncision au Temple de Jérusalem, c'est le vieillard Syméon qui évoquera pour Marie le destin de l'enfant:

"Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël: il sera en butte à la contradiction. Et toi-même, une épée te transpercera le cœur" 4.

Marie est toute étonnée de ces propos.

Mais le chemin de Jésus, comme celui de Jean, passera par la mort, et une mort violente, en raison de leurs paroles de vie.

L'un aura la tête tranchée, l'autre sera crucifié.

Jésus et le Baptiste: deux hommes si proches que l'évangéliste en fait des cousins.

Mais ils sont bien plus que cela: ils sont frères jusque dans leur mort.

 

Comme nous sommes frères de Jésus Christ…et frères du Baptiste.

Luc Mazaré, prêtre

1Luc 7,18-23

2Luc 1,5-2,21

3Luc 1,31

4Luc 2,34

Evangile selon Saint Marc (4,26 - 34)

HOMELIE

Quand nous prions le Notre Père, que demandons-nous à Dieu?

Essentiellement: "Que ton Règne vienne ".

Et cela nous parait si important que nous le demandons à trois reprises:

- Que ton nom soit sanctifié

- Que ton règne vienne

- Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
 

Mais… n'oublions pas que cette prière ne vient pas de nous, mais qu'elle nous a été donnée.

Donnée par Jésus, le Christ.

Autrement dit, c'est lui, le Christ, qui aimerait que notre cœur soit essentiellement tourné vers le Père, et vers la pleine manifestation de son Règne sur notre terre.
 

Ah, Le moins qu'on puisse dire, c'est ce que ce n'est pas encore joué, tant le cœur des hommes semble davantage accaparé par l'intérêt personnel, la peur ou la lâcheté, que par le Règne de Dieu !

Je n'en veux pour preuve que la valse-hésitation de différents gouvernements européens –dont le nôtre- concernant l'éventuel accueil des migrants entassés sur l'Aquarius.

Ben oui, quoi, l'autre, le pauvre, l'étranger, qu'avons-nous à en faire?

Alors, on essaie de le refiler à d'autres.

A chacun ses problèmes… Laissez-moi tranquille…

Après tout, j'ai "mes" pauvres, moi aussi !

Alors, franchement: "Que ton règne vienne": est-ce vraiment notre priorité? Sommes-nous convaincus de ces paroles que nous disons dans notre prière?

Pour nous, la tentation peut être alors de baisser les bras, de simplement vaquer à nos seules occupations personnelles et familiales, sans d'abord mettre au centre de notre vie Dieu et son règne… et de façon immédiate et concrète nos frères et sœurs en humanité, surtout les plus fragiles, comme l'a été le Christ notre Dieu.

Ce qui ne nous empêchera pas de continuer à réciter le Notre Père sans trop réfléchir au sens des mots que nous prononçons.

"Que ton règne vienne"

Les lectures de ce jour, heureusement, viennent raviver notre confiance et notre espérance.
 

La confiance.

C'est ce à quoi nous invite St Paul, au-delà de nos pesanteurs: "Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision".

C'est ce à quoi nous invite le Seigneur par la bouche d'Ezékiel: "Je relève l'arbre renversé, je fais reverdir l'arbre sec".

La confiance, mais peut-être plus encore l'espérance.

Et ce sont les deux petites paraboles du Royaume que nous propose le Christ:

- Que le semeur "dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment"

- Et le Règne de Dieu est comme une graine de moutarde, la plus petite des semences: "Quand on l'a semée, elle grandit et dépasse toutes plantes potagères (…) si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre".
 

Notre espérance, c'est de savoir que le Règne de Dieu est semé dans le cœur de tous les hommes, qu'il encore en germe, mais qu'il grandit, même si nous ne savons pas comment.

La semence du Royaume germe et grandit par elle-même.

Est-ce à dire que nous n'avons rien d'autre à faire que de dormir, ou rester sur le bord du chemin à regarder tranquillement le Règne sortir de terre ?

Bien sûr que non, car Dieu compte sur nous.

Parce qu'il nous aime et nous respecte, parce qu'il attend de nous que nous prenions une part active à la manifestation de son Règne, comme l'ont fait Ezékiel, Paul, et tant d'autres avec eux et après eux.

 

Et c'est la deuxième partie du Notre Père que nous a donné le Christ Jésus:
 

- Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour

Oui, Seigneur, donne-nous ton pain, ta Parole, ton corps ressuscité.

Et donne-nous le courage de savoir les partager, comme tu l'as fait.

Pour que, dès aujourd'hui, ton Règne soit manifesté.

 

- Pardonne-nous nos offenses,

comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés

Seigneur, tu le sais, nous ne savons pas pardonner, car toi seul est Pardon.

Donne-nous d'accueillir ce pardon en pardonnant à notre tour, et en accueillant le pardon des autres.

Pour que dès aujourd'hui, ton Règne soit manifesté.
 

- Et ne nous laisse pas entrer en tentation

Seigneur, donne-nous de savoir accueillir l'autre, quel qu'il soit, comme tu as accueilli la femme pécheresse, le publicain Zachée, le centurion romain, et d'autres encore.

Toi qui as ouvert les bras sur la croix, permets que jamais dans les épreuves, nous ne baissions les bras.

Pour que dès aujourd'hui, ton Règne soit manifesté.
 

- Mais délivre-nous du Mal

Seigneur, ne nous laisse pas tomber dans les mains du Satan, des séductions du paraître, du pouvoir, de l'argent.

Et délivre-moi du mal que je fais à d'autres.

Pour que dès aujourd'hui, ton Règne soit manifesté.
 

Oui, Seigneur, dès aujourd'hui, que ton règne vienne !

 

Je voudrais terminer en nous invitant à dire ensemble le Notre Père, comme nous le ferons aussi tout à l'heure.

Ensemble et dans l'Esprit Saint, en le disant lentement, en essayant de penser à chacun des mots que nous allons prononcer.

Nous ferons ensuite un bref temps de silence pour accueillir en nous ces paroles que nous aurons prononcées.

Parce que Dieu nous a donné la dignité de prier debout, nous nous levons, et, dans l'Esprit Saint, les mains ouvertes en signe d'accueil du Règne de Dieu, et avec les mots que nous a confiés le Seigneur Jésus Christ, nous disons:

Notre Père ...

Luc Mazaré,  prêtre

Evangile de Jésus Christ selon st Marc (3,20-35)

La répartition de l'année liturgique, et notamment la date fixée pour Pâques, fait qu'il est bien rare de célébrer ce 10° dimanche du temps "ordinaire".

Heureusement! Car le texte d'évangile qui nous est proposé est dur, très dur, et, à première vue, un peu incompréhensible.

Il se présente en trois scènes successives.

 

1°Scène: LA FAMILLE DE JESUS.

Ah, nous sommes loin des images d'Epinal, loin des représentations habituelles et gentillettes de la "sainte famille".

Ici, la famille de Jésus veut s'emparer de lui parce qu'il a, selon eux, "perdu la tête".

Cette petite scène ne se trouve que dans l'évangile de Saint Marc 1.

C'est peut-être un indice.

Jésus s'est installé dans la maison de Pierre, à Capharnaüm. C'est là qu'il vivra le plus souvent, au long de son ministère public.

L'évangéliste, proche de l'apôtre Pierre, se fait sans doute l'écho des frictions entre le groupe des Apôtres et la famille de Jésus, frictions qui ont existé au long de cette vie publique et se sont peut-être poursuivies dans les tout premiers temps de l'Eglise.

Mais surtout, l'évangéliste veut signifier que Jésus est rejeté par ses plus proches, par sa parenté, comme il sera rejeté par son village de Nazareth 2.

Jésus dira alors: " Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents et dans sa maison" .

 

2°Scène: LES SCRIBES VENUS DE JERUSALEM

Eux aussi rejettent Jésus et veulent le disqualifier.

Les scribes, interprètes de la Bible, de la parole de Dieu, représentent l'opinion officielle du pouvoir politique et religieux.

Ils rejettent Jésus et veulent le disqualifier aux yeux de la foule en l'accusant de sorcellerie.

Jésus répond en démontant point par point cette accusation, mais je ne commenterai pas ses arguments.

 

3°Scène: LA VRAIE FAMILLE DE JESUS.

Retour de la parenté de Jésus. Mais désormais, un peu comme les scribes, elle fait partie de ceux qui sont "au dehors".

Ce terme, "au dehors", vient en opposition avec ceux qui sont "autour de" Jésus, ceux qui l'entendent: " celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère."

A travers ces trois courtes scènes, l'évangéliste présente trois attitudes face au Christ:

- Première attitude:

ceux qui ne voient pas, ne comprennent pas.

Ceux-là sont aveugles, ils restent "au dehors". C'est ici le cas de la parenté de Jésus.

Mais ce sera souvent le cas des disciples, quand ils ne comprendront pas le sens de l'action de Jésus.

Ce sera même le cas de l'Apôtre Pierre à deux reprises, et notamment au soir de la Passion.

- Deuxième attitude:

ceux qui ne veulent pas voir, ceux qui ne veulent pas comprendre

Ceux-là prétendent voir le mal là où il y a le bien.

Ceux-là, représentés ici par les scribes, veulent rester aveugles et cette attitude provoque le désespoir de Jésus.

Lui est venu sauver le monde, mais que faire si certains refusent le salut qui leur est offert? C'est le sens même du "blasphème contre l'Esprit Saint" .

L'évangéliste St Jean reviendra souvent sur ce thème, notamment dans l'épisode de l'aveugle-né 3. " Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché", dira Jésus, "Mais parce que vous dites "Nous voyons", votre péché demeure".

Refuser en toute connaissance de cause le salut offert par le Christ, refuser d'être sauvé, c'est refuser la vie, blasphémer contre l'Esprit.

Mais attention: cette attitude peut ne pas être définitive. Les évangiles nous présentent tous des scribes, des Pharisiens, des prêtres de Jérusalem qui, en fin de compte, se rangeront aux côtés de Jésus ou, au moins, acceptent de s'interroger.

Nul ne peut accuser son frère de blasphémer contre l'Esprit. C'est le secret du cœur et ce secret appartient à Dieu seul.

- Enfin, troisième attitude: ceux qui sont "autour de Jésus".

Ceux qui qui acceptent d'entendre, de voir, ou au moins d'entrevoir l'amour absolu dont le Christ est porteur.

Ceux-là sont sa famille, "mon frère, ma sœur, ma mère".

Réunis autour de la Parole de Dieu, invités à la table de son repas, puissions-nous toujours, en toute confiance, faire partie de sa famille, être ensemble le frère, la sœur, la mère de Jésus, heureux de vivre avec lui, heureux de vivre en lui.

Luc Mazaré, prêtre

1 Mais on peut aussi penser à un autre passage d'évangile en Jean 7,3-5 que cite et commente Catherine BERGOT dans la revue "Résurrection N°114-115 (2006):

« Ses frères lui dirent donc : ‘Passe d’ici en Judée, que tes disciples aussi voient les œuvres que tu fais : on n’agit pas en secret quand on veut être en vue. Puisque tu fais ces choses-là, manifeste-toi au monde’. Pas même ses frères en effet ne croyaient en lui ». Leur incompréhension et leurs difficultés à croire étaient peut-être plus grandes encore que celles des Apôtres, car, ayant toujours vécu dans la compagnie et le voisinage de Jésus, son passage à la vie publique, prêchant, guérissant les malades et violant le repos du sabbat, tranchait d’autant plus avec le mode de vie de soumission et d’obéissance à ses parents et à la Loi (Lc 2, 51-52) qu’ils avaient partagé avec lui jusque-là, et avait de quoi les surprendre. Pourtant, malgré leur incrédulité manifestée avant la Résurrection et l’Ascension du Seigneur, Jacques et ses frères sont restés avec les disciples, et ils se retrouvaient ensuite régulièrement rassemblés dans la prière, dans la chambre haute du Cénacle, avec les onze Apôtres et Marie la mère de Jésus (Ac 1, 12-14). Ils étaient aussi présents à la Pentecôte et ont donc fait partie des fidèles de la première heure qui ont constitué l’Église naissante.

 

2 Marc 6,1-6

3 Jean 9

Evangile de Jésus Christ selon st Marc

Je ne sais pas si vous mesurez la chance que vous avez, la chance que nous avons!

Quand Jésus a partagé ce repas avec ses disciples –et eux, ses amis, ses plus proches ne savaient pas, ne devinaient pas que c'était un dernier repas- au cours de ce repas, Jésus a prononcé des paroles qui devaient leur paraître bien mystérieuses.

Prenant le pain, il leur a dit: "Prenez, mangez, ceci est mon corps".

A la fin du repas, prenant la coupe de vin, il leur a dit: "Prenez, buvez, ceci est mon sang".


 

Eux qui étaient là, autour de lui, n'ont rien compris.

Et comment auraient-ils pu comprendre?

Pourtant, ils ont bien senti qu'il y avait là quelque chose d'important, d'essentiel, de vital pour Jésus, pour eux… et ces paroles mystérieuses de Jésus se sont gravées à jamais dans leur cœur.

Ce n'est que plus tard, à la lumière de la résurrection du Christ, avec le don de l'Esprit Saint, qu'ils ont commencé à comprendre la signification de ces paroles et des gestes qui l'accompagnent.

Et nous, nous aujourd'hui, est-ce que nous mesurons la chance que nous avons?

Attendez… c'était il y a plusieurs années…

Une fois par mois, j'allais célébrer la messe dans un petit village de l'Oisans qui s'appelle La Garde, sur la route qui monte à l'Alpe d'Huez.

L'église était mal chauffée, et on y avait très froid en hiver.

A la messe, il n'y avait souvent que trois ou quatre personnes un peu âgées.

Comme pour d'autres villages, je m'interrogeais: fallait-il continuer à faire tous ces kilomètres pour ça? Est-ce que ça valait la peine?

C'est Georgette, une femme du village, qui m'a donné la réponse:

"Luc, est-ce que tu te rends compte de tout ce que m'apporte l'eucharistie? Au moment de la communion, je reçois mon Dieu là, dans le creux de la main, et il vient nourrir ma vie. Ce bonheur, cette joie qui me sont donnés, c'est pour moi plus que tout au monde".

Dans ma vie de prêtre, j'ai rarement entendu un tel témoignage de foi, et j'y repense souvent quand moi, je communie, ou quand je donne la communion en prononçant ces simples mots: "Le Corps du Christ".

Georgette est morte un beau matin en allant donner à manger à ses poules.

Mais nous avons continué à célébrer la messe une fois par mois dans le petit village de La Garde. Même si il y a peu de monde, même si il fait froid dans l'église, même si il faut venir avant pour déneiger, parce que Georgette n'est plus là pour le faire.

Oui, nous avons cette chance, aujourd'hui encore, de pouvoir accueillir notre Dieu dans le creux de notre main, et d'en nourrir notre vie.

Puissions-nous mesurer toute la gravité, toute l'importance de ce geste.

Puissions-nous, comme Georgette, en être remplis de joie et de bonheur.

Et puissions-nous faire de toute notre vie une vie eucharistique, une vie d'accueil et de partage, une vie entièrement donnée à Dieu, une vie entièrement donnée aux autres.

Luc Mazaré, prêtre

 

Evangile selon Saint Matthieu (28,16 - 20)

L'évangile de St Matthieu se termine par un dernier rendez-vous de Jésus ressuscité avec ses disciples.

Et l'évangile l'affirme tout de go: … rien n'est joué!

"Ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes".

Des doutes… Rien n'est joué.

Alors, fallait-il, fallait-il que Jésus reste un peu plus longtemps?

Qu'il reste sur cette terre pour expliquer, et expliquer encore sa résurrection, par la volonté du Père, par la force de l'Esprit?

Non, le Christ fait un autre choix: "Allez, Allez donc!" dit-il à ses disciples.

Il ne s'agit pas de rester plantés là, à se poser d'éternelles questions autour d'un tombeau vide.

Il y a mieux à faire, il y a urgence.

Urgence à comprendre que l'événement de Pâques n'est pas une fin, mais au contraire un commencement.

Urgence à comprendre qu'on ne peut pas découvrir qui est Dieu à travers dogmes ou définitions, mais qu'il se donne à connaître dans l'aventure, l'aventure de la foi.

Alors, "Allez, Allez donc": c'est en vivant votre foi, en rendant témoignage de la Bonne Nouvelle que vous découvrirez qui est Dieu, que vous apprendrez à le connaître vraiment: non pas un Dieu figé, mais un Dieu pluriel, Père, Fils et Saint Esprit.

Et cette aventure de la foi prend désormais un tour nouveau:

" De toutes les nations faites des disciples ".

Jésus confie à ses disciples la mission qui reste à accomplir.

Au cours de son ministère public, lui-même n'est guère sorti des frontières de son petit pays .

Et il ne s'est adressé à des non-juifs, à des païens, que de manière occasionnelle.

Par contre, la mission qu'il confie à ses disciples est universelle:

ce sont "toutes les nations" qui sont concernées par la Bonne Nouvelle de la résurrection.

Je vous le disais: l'événement de Pâques n'est pas une fin, mais un commencement. Non seulement pour le peuple juif, mais aussi désormais pour toutes les nations, pour toutes les cultures, pour toutes les religions.

" Toutes les nations".

Cela nous paraît évident aujourd'hui: l'Evangile doit être annoncé à tous les peuples.

Mais est-ce si simple?

Nous nous considérons parfois comme presque propriétaires de Dieu, dépositaires exclusifs de sa Parole et de ses commandements.

Or le Christ ne demande pas de faire des adeptes, mais des "disciples", c'est-à-dire de permettre à d'autres de rencontrer Jésus Christ comme nous-mêmes le rencontrons.

De même, il ne s'agit pas d'enrôler, d'embrigader, mais de "baptiser". Baptiser, c'est faire jaillir la vie, offrir à chacun la possibilité de vivre du Christ comme nous-mêmes voulons en vivre.

Pour le reste… cela ne nous appartient pas.

Pas plus que Dieu ne nous appartient, pas plus que nous ne pouvons "retenir" 1 le Christ, pas plus que nous ne pouvons contenir ou contrôler l'Esprit.

Mais c'est précisément au cœur de la diversité des hommes, de leurs manières de penser, de vivre et de croire, c'est au cœur de cette diversité que nous pouvons découvrir la diversité de Dieu, un Dieu pluriel.

Dieu Père de tendresse, qui veut que ses enfants grandissent dans la liberté et l'amour fraternel.

Dieu Fils, frère en humanité, solidaire de tout l'homme et de tous les hommes.

Dieu Esprit, insaisissable comme le souffle ou le vent, et qui respire en chaque être humain.

Vivons notre mission, toute notre mission.

Avec la modestie de penser que Dieu a sa manière à lui de s'adresser à chaque homme, de parler à son cœur.

Avec la confiance en celui qui nous dit:

"Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde".

Luc Mazaré, prêtre

1cf. Jésus et Marie-Madeleine

Actes des Apôtres (2, 1 - 11)

Quand j'étais gamin, dans l'Eglise Catholique, on parlait peu de l'Esprit Saint… en tout cas le moins possible: on ne savait pas trop comment en parler.

Alors, un peu par curiosité, j'ai eu l'idée saugrenue d'aller voir ce qu'on en disait dans le catéchisme de mon enfance.

Je lis 1:

Question: " Qu'est-ce que le Saint-Esprit?"

Réponse: " Le Saint-Esprit est la troisième personne de la Sainte Trinité, égal en tout au Père et au Fils".

Voilà qui est très bien…

Très bien, mais très loin de l'expérience que les Apôtres font de l'Esprit Saint, très loin de l'expérience que nous pouvons en faire dans notre démarche de foi.

Contrairement au catéchisme de mon enfance, le Nouveau Testament évoque l'Esprit Saint non comme une définition dogmatique, mais comme une dimension essentielle de la vie de foi.

Pas de définition, mais des images, et elles sont multiples.

Chez St Luc, c'est le feu qui embrase les disciples et les amène à proclamer la Bonne Nouvelle du Ressuscité.

Chez St Paul, c'est la liberté, la liberté de Dieu qui, seule, peut nous conduire à la vie en Dieu.

Chez St Jean, c'est la vérité, la vérité de Dieu qui prend place en nos cœurs.

Des images multiples, parce que l'expérience de foi est multiple.

Alors oui, bien difficile de définir l'Esprit Saint… et je comprends l'embarras des rédacteurs des catéchismes de mon enfance!

Pourtant, dès les premières pages de la Bible, il est question de l'Esprit Saint, de l'Esprit de Dieu.

Quand Dieu crée l'humanité, quand il les crée homme et femme, il les crée "à son image", à sa "ressemblance" 2.

Le deuxième poème de la création dit la même chose, mais un peu autrement: "Le seigneur Dieu insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l'homme devint un être vivant" 3.

Autrement dit, l'Esprit Saint, c'est la respiration de Dieu.

Dieu respire en nous. C'est sa vie qui est nous.

Et c'est bien l'expérience que vivent les Apôtres en ce jour de Pentecôte: ils découvrent que Dieu respire en leur cœur.

Ils ne le savaient pas?

Ils ne s'en étaient pas rendu compte.

Ils étaient comme des morts qui ne respirent plus !

Le jour de Pentecôte, ils font cette découverte extraordinaire:

la vie même de Dieu est au cœur de leur propre vie.

Dieu respire en eux.

Mais alors…

Si ma respiration, c'est la respiration même de Dieu,

alors… tout est possible!

Je n'ai plus de raison d'avoir peur, peur des autres, peur de moi-même, peur de la mort: c'est la vie qui est en moi !

Cette découverte, on ne peut pas la garder pour soi.

Et voilà les Apôtres dehors!

Ils disent à tous ce qui leur arrive, ce qu'ils ont découvert.

Et tout le monde les comprend, et tout le monde s'étonne:

c'est étonnant de voir quelqu'un respirer, c'est étonnant la vie!

Et cela va plus loin encore: tous les événements que les Apôtres ont vécus avec Jésus prennent sens à leurs yeux.

Et notamment, il y a eu ce repas, ce fameux dernier repas.

Ce soir-là, juste avant son arrestation, Jésus avait pris le pain, et il avait dit: "Ceci est mon corps". Il avait pris le vin, et il avait dit: "Ceci est mon sang. Prenez, mangez; prenez, buvez!".

Eux, les Apôtres, ils n'avaient pas compris grand-chose, ce soir-là.

Maintenant, ils comprennent: ce Jésus qui a été arrêté, condamné, crucifié, il est vivant. En lui, la vie est plus forte que la mort.

C'est bien cette vie qu'il a donnée et qu'il donne encore sous la forme du pain et du vin.

Croyants aujourd'hui, nous vivons la même expérience.

Nous aussi, nous découvrons que Dieu respire en nous et nous entrons dans sa vie en communiant au corps de son Christ ressuscité, en recevant sa vie en nourriture pour notre vie.

Je termine par deux questions:

Pouvons-nous oublier de respirer?

Pouvons-nous vivre sans nourriture?

Pouvons-nous oublier de respirer?

S'il nous arrivait d'oublier que c'est Dieu qui vit en nous, et que, sans lui, nous n'aurions pas de souffle, pas de vie.

S'il nous arrivait d'oublier Dieu, nous serions… comme des morts qui ne respirent plus!

Pouvons-nous vivre sans nourriture?

J'entends souvent des gens me dire: "Je suis croyant non pratiquant".

Ben voyons!

Comment notre foi peut-elle vivre si elle n'est pas nourrie de la Parole et de l'Eucharistie ?

Nous, nous le savons, mais l'Esprit de Pentecôte nous pousse à le dire à d'autres, à le partager, à le faire découvrir à tous nos frères.

Luc Mazaré, prêtre

1 Catéchisme à l'usage des diocèses de France (Mame 1947) 17°leçon

2 Gn1,27 et 1,26

3 Gn2,7

Evangile selon Saint Marc (16,15 - 32)

J'aurais envie de dire que la fête de l'Ascension, c'est un peu la fête des Orphelins.

Oui, apparemment, le Christ ressuscité laisse ses disciples seuls, comme abandonnés, orphelins.

Dans le texte tardif rattaché à l'évangile de Marc 1, "Le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu".

Dans le livre des Actes des Apôtres, "Il s'éleva et une nuée vint le soustraire à leurs yeux".

St Paul écrit: "Celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux".

Différentes manières d'exprimer une même réalité: le Ressuscité n'est plus visible à regard d'homme.

Pas même pour ses plus proches: ses disciples, ses apôtres.

Déjà qu'ils avaient du mal à le reconnaitre !

Ascension = Fête des Orphelins?

Dans un sens, oui, mais si nous en restions là, c'est que nous n'aurions pas bien lu les textes de ce jour, car ils disent en même temps tout le contraire.

Ils nous disent en effet la présence de Jésus, une présence renouvelée, une présence qui ne se limite plus à une terre, à un peuple, à une époque, mais qui prend une valeur universelle dans le temps et dans l'espace.

Dans le Livre des Actes des Apôtres, c'est l'Esprit Saint qui sera donné pour la mission: "Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre".

Pour St Paul, la présence du Christ s'exprime par ses dons: " A chacun d'entre nous, la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ".

Et il ajoute: "Et les dons qu'il a faits, ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent."

Dans la finale de St Marc, cette présence se manifeste par les signes qui accompagneront les croyants: " Ils expulseront les démons, ils parleront en langues nouvelles, ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s'ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s'en trouveront bien".

Entre nous soit dit, je ne conseille pas de prendre des serpents dans les mains ni de boire des poisons mortels: nous risquerions bien de découvrir à quel point notre foi est encore faible et fragile.

L'Esprit, les dons, les signes, autant de manières de dire que le Christ ne nous laisse pas seuls, mais qu'il nous demande d'être sa présence en ce monde.

Une présence certes marquée par notre faiblesse, mais une présence en devenir jusqu'au jour où, comme l'écrit St Paul, nous parviendrons " tous ensemble à l'unité dans la foi, la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme Parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude ".

C'est un long chemin qui est encore devant nous !

Mais un chemin rempli de joie, puisque, déjà, nous sommes présence du Christ.

Et je voudrais terminer par ce petit texte que beaucoup d'entre vous connaissent, un texte anonyme du 14° siècle:

Christ n’a pas de mains,
il n’a que nos mains pour faire son travail aujourd’hui.

Christ n’a pas de pieds,
il n’a que nos pieds pour conduire les hommes sur son chemin.

Christ n’a pas de lèvres,
il n’a que nos lèvres pour parler de lui aux hommes.

Christ n’a pas d’aide,
il n’a que notre aide pour mettre les hommes à ses côtés.

Nous sommes la seule Bible
que le public lit encore.

Nous sommes le dernier message de Dieu,
en paroles et en actes.

Luc Mazaré, prêtre

1Le chapitre 16 de l'évangile est un ajout postérieur à l'évangile lui-même. Voir notes de la TOB et de la BJ.

Evangile selon Saint Luc (24, 13 - 35)

HOMELIE

Nous le connaissons bien ce récit des disciples d’Emmaüs !

Il est proclamé plusieurs fois au cours de l’année liturgique.

Mais en ce jour de la Résurrection, il prend une couleur toute particulière.

Il se déroule un peu à la manière de l’Eucharistie que nous célébrons, avec les deux tables : la table de la Parole et la table du Pain eucharistique.

La première partie de l’évangile est une catéchèse en chemin.

Les thèmes de la route et de la parole s’entremêlent sans cesse.

Deux disciples  "font route" ; Jésus les rejoint et "fait route avec eux".

Il s’agit donc d’être en chemin pour nous ouvrir à autre chose que nous seules préoccupations, pour nous ouvrir à un autre que nous-mêmes, pour nous ouvrir à cet Autre qui est Dieu et qui vient sans cesse marcher avec nous.

"Je suis le chemin, la vérité et la vie" 1 dit le Seigneur

Alors, en route ! Bougeons! Ne restons au bord du chemin !

Sur cette route, la parole est présente :

- Celle des disciples entre eux qui parlent et discutent de tout ce qui s'est passé, sans arriver à comprendre, pas plus qu'ils ne reconnaissent Celui qui marche avec eux.

- Plus précisément, la parole de Cléophas qui relate les événements d’un point de vue seulement humain.

Il "sait" mais il ne "voit" pas.

Sa vie n'en est pas changée: il ne s'ouvre pas à l’Espérance !

Aujourd'hui encore, nous ne sommes pas chrétiens parce que nous savons des choses sur Jésus-Christ, mais parce que nous vivons une relation avec Lui, le Vivant au plus profond de nos propres vies.

- Et il y a la Parole de Jésus, Parole qui s’enracine dans l’Écriture pour donner le sens des événements, qui nous permet d'y discerner la présence et l'action de Dieu.

Avons-nous ce réflexe de nous nourrir de la Parole de Dieu pour comprendre et déchiffrer les événements que nous vivons ?

Laissons-nous la Parole éclairer les situations que nous traversons ?

Le soir approche, le jour baisse, et les deux disciples invitent Jésus à rester avec eux.

C’est la deuxième partie de cet évangile : la reconnaissance à la fraction du pain.

Pour nous, comme pour les disciples d’Emmaüs, la présence du Christ dans l’Eucharistie nous révèle après coup sa présence dans le quotidien de nos vies.

Nous pouvons alors reprendre à notre compte la formule biblique :

"Tu étais là et je ne le savais pas !" 2.

La révélation de la présence du Christ Jésus dans la fraction du pain, nous fait découvrir sa présence dans nos partages de vie, dans nos partages de la Parole.

Cette présence nous fait vivre la joie de Pâques.

Elle nous fait passer de la tristesse à l'Espérance

La présence du Christ dans nos eucharisties révélé sa présence dans notre quotidien.

Chaque eucharistie que nous célébrons nous permet d’une certaine manière de revivre le récit d’Emmaüs et de l’actualiser pour nous.

Nous avons "fait route" pour venir dans cette église.

Nous remettons à Jésus notre tristesse, en reconnaissant nos péchés et en accueillant son pardon,

Nous écoutons Sa Parole et nos cœurs en deviennent tout brûlants.

Nous découvrons Sa Présence au partage du pain.

Fortifiés par cette rencontre, nous partons porter cette Bonne Nouvelle à tous nos frères: CHRIST EST RESSUSCITÉ, ALLÉLUIA !

Luc Mazaré, prêtre
 

1Jean 14,6

2cf. Genèse 28,6

Evangile selon Saint Marc (14,1 - 15,47)

INTRODUCTION AU RECIT DE LA PASSION

Nous allons entendre le récit de la Passion du Christ dans l'évangile de St Marc.
 

Un récit implacable où l'innocent va être arrêté, humilié, condamné, crucifié. Lui, le Christ, rejoint tous les crucifiés de la terre, ceux d'hier ceux d'aujourd'hui: les victimes des guerres, de la misère, et tous ceux dont la dignité est bafouée.
 

Un récit implacable où se révèle la violence qui peut habiter le cœur de l'homme, à travers tous ceux qui condamnent Jésus ou le tournent en dérision.
 

Un récit implacable où se révèle la faiblesse des disciples: Judas qui le trahit, Pierre qui le renie, les autres qui prennent la fuite.

 

Un récit implacable mais déjà rempli de signes d'espérance.
 

L'Espérance:

- Jésus qui se donne en son corps et son sang: "Prenez, mangez… Prenez buvez…"

- Cette femme inconnue qui honore le corps de Jésus en l'inondant de parfum

- Simon de Cyrène qui porte sa croix avec le Christ 1

- Ce soldat romain qui s'écrie: "Vraiment, cet homme était Fils de Dieu"

- Joseph d'Arimathie qui a l'audace de demander le corps de Jésus.

 

Entendre le récit de la Passion et le laisser résonner dans nos cœurs, c'est rejoindre le cœur de l'humanité, c'est rejoindre notre propre cœur.
 

Mais c'est d'abord vénérer celui qui s'est donné et se donne encore pour nourrir notre espérance et, par-delà sa mort, nous ouvrir à Sa Vie.

Luc Mazaré, prêtre
 

1En fait, dans ce récit de Marc, et dans ses parallèles en Matthieu et Luc, il est écrit que c'est Simon de Cyrène qui porte la croix de Jésus (voir note da TOB sur Mt27,3).

 

image