Eglise catholique en Isère
Paroisse La Croix de Valchevrière
Don au Diocese de Grenoble Vienne

Homélies

Dimanche 21 janvier 2018 - 3ème du T.O

Evangile selon Saint Marc (1, 14 - 20)

HOMELIE

«Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes»

Ce texte de Saint Marc a comme un petit air de parenté avec celui de Saint Jean que nous avons entendu dimanche dernier.

Ce n’est pas étonnant: les deux textes évoquent le même épisode, à savoir les premiers jours de la vie publique de Jésus, l'appel des premiers disciples.

Mais cet épisode n’est pas raconté de la même manière chez l’un et chez l’autre; en fait, nous avons deux scénarios différents pour un même événement.

Par exemple, chez Saint Marc, Jean-Baptiste est déjà en prison quand Jésus appelle ses premiers disciples. En saint Jean, il est toujours libre, au bord du Jourdain.

Ou encore, dans ce récit, Simon et André sont appelés en même temps par Jésus. Dimanche dernier, André suivait Jésus, puis, le lendemain seulement, allait en parler à son frère Simon.

Ou encore, nous avons entendu la semaine dernière la question de Jésus : «Que cherchez-vous ?». Cette semaine, pas de question, mais une parole impérative : « Venez à ma suite. ».

Et je pourrais continuer longtemps l'analyse de ces différences.

Mais bon, l'essentiel n'est pas là.

Pour les hommes de la Bible, la signification d’un événement est beaucoup plus importante que la manière dont cet événement s'est déroulé.

Pour eux, la vérité ne réside pas dans tel ou tel détail, mais dans le sens profond de toute chose, de toute parole, de tout événement.

Dans le fond, chaque évangéliste a son propre langage, sa propre façon de penser et de réagir.

Chaque évangéliste, selon sa sensibilité, les sources dont il dispose, le public auquel il s’adresse, chaque évangéliste a son propre regard, sa manière à lui de dire la Bonne Nouvelle.

A nous de traduire, d'essayer de comprendre l'univers de chacun d'entre eux, de sa propre manière de rencontrer le Christ.

Si je vais plus loin, je dirais qu’il en va de même aujourd'hui pour toute relation humaine.

Aller vers l'autre, c'est essayer de le comprendre, lui, dans sa manière à lui de penser et de réagir.

La vérité de la rencontre est à ce prix.

La rencontre de l’autre et au-delà, la rencontre de l’Evangile, la rencontre de Dieu est à ce prix.

Allons plus loin encore.

Les évangélistes ne veulent pas faire un récit de la vie de Jésus.

Les évangiles ne sont pas des biographies.

Eux veulent nous parler de Dieu, de son irruption dans la vie des hommes en la personne de son Fils, Jésus, et de la réponse que les hommes donnent à cette visite de Dieu.


 

Aujourd’hui, Saint Marc insiste sur le fait que les premiers disciples de Jésus ne sont pas des rabbins, des prêtres, des savants. Ce sont des artisans: ils vivent de la pêche.

Le Christ ne vient pas les détourner de leur travail, ni même de leur langage : « Vous êtes des pêcheurs ? Très bien, continuez ! Mais désormais, ce sont des hommes que vous pêcherez ! ».

Et plusieurs passages de l’Evangile laissent penser que Pierre et ses compagnons ont bien souvent repris leur premier travail, leurs barques et leurs filets.

L’Esprit du Christ n’agit pas autrement aujourd’hui.

Tu es lycéen, ouvrier, artisan, commerçant, saisonnier, vacancier, tu es parent, grand-père, grand-mère... Très bien, continue. Mais qui que tu sois, Dieu t'appelle: que toute ton activité soit tournée vers Dieu et vers tes frères.

L’Evangile, c'est vrai, paraît difficile parce qu'il est écrit dans une autre langue, et parce qu'il est marqué par une culture autre.

Lire l'Evangile, découvrir la Parole de Dieu, c'est entrer dans une relation avec quelqu'un, découvrir l'autre, découvrir Dieu qui est Autre.

Sortir de notre manière de penser.

Rencontrer, c'est entrer dans une autre dynamique, un autre langage, une autre culture.

C'est vrai de notre rencontre avec Jésus le Christ, comme c'est vrai de toute rencontre humaine.

Mais en même temps, inséparablement, L’Evangile est aussi, l’Evangile est d’abord Parole de Dieu au cœur de chacun de nous.

Dieu est Autre, mais il nous parle dans notre propre langage.

Qui que nous soyons, quels que soient notre culture, nos connaissances, notre âge, notre milieu, notre nationalité, le Christ vient nous appeler, chacun, chacune dans notre propre langue, dans notre propre vie : « Viens, suis-moi je te ferai devenir pêcheur d’hommes».

Luc Mazaré, prêtre

Dimanche 14 janvier 2018 - 2ème du T.O

Evangile selon Saint Jean (1, 35 - 42)

HOMELIE

"Me voici!"

Imaginez la scène.

C'était il y a longtemps, bien longtemps.

Le jeune Samuel n'était qu'un enfant.

Il devait avoir entre sept et dix ans, je ne sais pas.

Il était attaché au service du vieux prêtre Eli, parce que ses parents l'avaient voulu ainsi.

Samuel est en train de dormir, mais il entend qu'on l'appelle:

"Samuel, Samuel".

Imaginez un peu.

Il est en train de dormir, et au milieu de la nuit, il est brusquement réveillé: "Samuel, Samuel".

Il aurait pu, je ne sais pas moi, il aurait pu rester couché, faire semblant de ne pas avoir entendu, simplement rester couché et se rendormir tranquillement.

Mais non, il se lève, et même s'il a les yeux un peu lourds, il court vers son vieux maître: "Tu m'as appelé, me voici".

"Me voici".

"Mais non, je ne t'ai pas appelé, va te recoucher".

Samuel ne sait pas trop ce qui lui arrive.

Mais il sent, il comprend qu'il est appelé, et il n'a qu'une réponse:

"Me voici".

Moi aussi, comme Samuel, je dors.

Oh pas tout le temps, non, mais quelque fois, c'est un peu pareil.

Comme chacun d'entre nous.

Pour certains, c'est l'école, le travail, la famille, les copains, la télé, le smartphone, le ski, la danse, le judo.

Pour d'autres, c'est... autre chose… Peu importe.

Parfois, nous sommes un peu comme des gens qui dorment, même quand nous ne dormons pas.

Alors, quand quelqu'un nous appelle, ce n'est pas facile.

Ce n'est pas facile de répondre.

Ce n'est pas facile de se réveiller, de sortir de ses habitudes.

"Me voici"

Samuel n'a pas réfléchi.

Il ne s'est pas vraiment posé de questions.

Non, il s'est levé, et il a couru.

Simplement pour répondre à l'appel qu'il a entendu.

Sans savoir, sans comprendre au début, que c'était Dieu qui l'appelait.

Longtemps, bien longtemps plus tard, des siècles plus tard, d'autres ont entendu le même appel.

Un dénommé André, puis Simon, qu'on appellera Pierre, et son frère.

Tous deux marins pêcheurs sur le lac de Tibériade.

Eux aussi ont entendu qu'ils étaient appelés.

Comme Samuel, ils n'ont sans doute pas bien compris qui était ce Jésus qui allait les emmener dans la grande aventure, la grande aventure de la foi.

Ils n'ont sans doute pas compris que c'était chez eux, dans leur cœur, que Jésus voulait demeurer.

Ils n'ont sans doute pas bien compris, non, mais l'un comme l'autre, à leur manière, ils ont eux la même réponse que Samuel: "Me voici".

L'un comme l'autre, ils sont sortis du sommeil de leurs habitudes, ils ont planté là leurs barques et leurs filets pour suivre presque un inconnu, sans même savoir qu'ils se mettaient au service du Fils de Dieu.

"Me voici".

Aujourd'hui encore, Le Seigneur nous appelle.

Il appelle chacun et chacune d'entre nous par son nom.

Il nous appelle par la voix de ceux et celles qui ont besoin, qui veulent avoir besoin de nous.

Ce n'est plus la voix du vieux prêtre Eli, ce n'est plus la voix de Jean-Baptiste, non, mais c'est la voix d'un copain, d'une copine, d'un frère, d'un ami, d'une collègue.

C'est la voix d'un réfugié, d'un migrant, qui a dû partir à cause de la misère ou de la guerre, et qui cherche un pays où il puisse être accueilli et vivre dans la paix.

Et à travers eux, c'est toujours la voix de Dieu, la voix de Jésus Christ, qui nous sort de notre sommeil, qui nous entraîne vers l'inconnu, vers l'aventure, l'aventure de la foi, l'aventure de la vie.

"Me voici".

Je me réveille, je cours, parce que je sais, Seigneur, que c'est Toi qui m'appelles.

"Me voici".

C'est la prière de confiance de Charles De Foucauld et, même si nous la connaissons bien, j'aimerais que nous puissions la réentendre aujourd'hui:

Mon Père,

Je m'abandonne à toi,

fais de moi ce qu'il te plaira.

Quoi que tu fasses de moi,

je te remercie.

Je suis prêt à tout, j'accepte tout.

Pourvu que ta volonté se fasse en moi,

en toutes tes créatures,

je ne désire rien d'autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.

Je te la donne, mon Dieu,

avec tout l'amour de mon cœur,

parce que je t'aime,

et que ce m'est un besoin d'amour

de me donner,

de me remettre entre tes mains

sans mesure,

avec une infinie confiance

car tu es mon Père.

 

Luc Mazaré, prêtre

Dimanche 7 janvier 2018 - Epiphanie

Evangile selon Saint Matthieu (2, 1 -12)

HOMELIE

 1

Dans l'évangile de St Matthieu, ces personnages qui viennent de loin, les "mages" – peut-être des "chercheurs de Dieu-, ces personnages sont un peu le symbole des nations païennes.

 

Et ils sont aujourd'hui le symbole des croyants que nous sommes.

 

Trois caractéristiques:

- Ils marchent

- Ils honorent Jésus par leurs cadeaux

- Ils repartent par un autre chemin

 

- Ils marchent.

Parce qu'ils ont vu se lever une étoile, une lumière.

Sans trop savoir où cette lumière allait les conduire…

Serait-ce la lumière de la foi?

 

Leur marche connaît un détour par Jérusalem pour apprendre des Écritures où ils doivent conduire leurs pas.

Et, alors que eux, des païens, vivent un véritable déplacement, voilà que les responsables du Peuple de Dieu, eux, ne bougent pas.

Le roi Hérode, jaloux de son pouvoir, s'enferme dans son palais et est pris d’inquiétude, et tous les responsables religieux avec lui.

 

Les marcheurs venus d’Orient trouvent enfin le lieu où se trouve l’enfant, ils éprouvent une grande joie, ils voient et ils tombent à genoux.

 

Ces hommes avaient donc rendez-vous avec quelqu’un, un enfant qu’ils reconnaissent comme "le roi des Juifs".

C’est ce titre que Pilate, lui aussi un païen, donnera à Jésus, et fera inscrire au-dessus de la tête du crucifié 2; et c’est encore le titre que donneront les soldats en l’injuriant : "Salut, roi des juifs !" 3

 

Il faut donc que ce soit des païens qui reconnaissent en l’enfant de Bethléem, l’envoyé de Dieu, la "manifestation" de Dieu sur terre, tel est le sens du mot "épiphanie ".

Dès le début de son évangile, alors qu’il s’adresse à des juifs convertis au Christ, Matthieu veut montrer que Dieu a envoyé son Fils pour le salut de tous les hommes. Tous, juifs et païens, croyants et non croyants, sont invités à reconnaître le Messie.

Encore faut-il qu’ils se mettent en marche.

 

Aujourd'hui encore, il nous faut être en marche. Nous qui voulons vivre en disciples du Christ, nous ne pouvons être installés dans des certitudes ou des "valeurs" morales.

Il nous faut sans cesse accepter d’être dérangés, autrement dit, accepter de vivre une conversion.

 

- Les mages honorent Jésus par leurs cadeaux.

Ils offrent l’or parce que Jésus est roi.

Ils offrent l’encens parce qu’il est Dieu.

Ils offrent la myrrhe, parce qu'il connaîtra la mort.4

 

Que nos mains, aujourd'hui encore, apportent nos présents à Celui que nous sommes venus rencontrer dans l'Eucharistie.

 

Parce qu’il est Roi, nous lui offrons notre désir de vivre en citoyens de son Royaume.

Ce roi qui est venu non pour être servi, mais pour servir, présentons-lui nos mains offertes pour la construction de la Paix, pour les efforts de solidarité, les démarches de réconciliation… autant de gestes qui participeront à l’établissement de son Royaume d’amour.

Voilà notre premier cadeau.

 

Parce qu’il est Dieu, nous lui offrons notre prière.

Notre cadeau c’est le temps que nous prenons pour célébrer chaque dimanche l’Eucharistie, pour méditer la Parole de Dieu, pour lui offrir notre louange et lui présenter nos demandes.

Si dans nos mains nous avions un agenda il faudrait y noter des plages réservées à la prière.

Voilà notre second cadeau.

 

Parce qu’il homme jusqu'avoir connu la mort en ce monde, nous lui offrons notre regard porté sur tout homme, spécialement sur les plus petits, les plus pauvres, en lui disant qu’en eux nous reconnaissons son visage.

Oui, nous voulons croire que ce que nous faisons à l’un de ces petits qui sont ses frères, c’est à lui que nous le faisons.

Voilà notre troisième cadeau.

 

Enfin, les mages repartent par un autre chemin.

Nous aussi, c’est par un autre chemin que nous allons repartir tout à l'heure, car, après avoir rencontré le Sauveur en son Eucharistie, nous ne pouvons pas reprendre la route comme nous sommes venus.

Si nous étions installés, il nous faut bouger.

Si nous étions inquiets, il nous faut être en paix.

Si nous étions tristes, il nous faut retrouver la joie.

Si nous étions enfermés dans le doute, il nous faut oser croire.

 

Alors l’Épiphanie que nous célébrons aujourd’hui aura été en nos cœurs une véritable manifestation de Dieu.

 

1Reprise pour l'essentiel de l'homélie prononcée par Gérard NASLIN pour l'émission "Le jour du Seigneur"

2Matthieu 27,37

3Matthieu 27,29

4La myrrhe servait à embaumer les morts

 

Dimanche 31 décembre 2017 - La Sainte Famille

Evangile selon Saint Luc (2, 22 - 40)

HOMÉLIE

J'avoue que la fête catholique de la Sainte Famille m'a toujours laissé un peu songeur.

Non que j'aie quelque doute sur l'importance de la famille dans notre construction humaine, et souvent dans notre vie de foi.

Mais…

 

D'abord, la fête de Sainte Famille n'apparaît que très tardivement dans la vie de l'Eglise: elle a été établie par le pape Léon XIII en 1893, il y a un peu plus de 120 ans seulement (Bon, d'accord, je n'étais pas encore né, mais quand même…).

 

Mais surtout, ce qui me laisse songeur, c'est ce que disent les évangiles à ce propos: ils ne nous présentent pas la famille de Jésus comme un petit cocon chaleureux.

Bien au contraire, souvent ce serait plutôt un lieu d'affrontements, voire de divisions.

 

Dans l'évangile de St Marc, celui qui accompagne normalement cette année liturgique, quatre passages font référence à la famille de Jésus.

 

1- D'abord, les tout premiers mots de l'évangile:

"Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus, Christ, Fils de Dieu1".

 

2- Et, pareil, même formulation quand Jésus meurt sur la croix un païen, un soldat romain s'écrie: "Vraiment, cet homme était Fils de Dieu2" s'écrie.

 

Fils de Dieu: voilà qui ne nous simplifie pas la tâche!

 

3- Le reste non plus.

Par exemple…

St Marc indique que les enseignements et les actes de Jésus ne laissent pas les siens indifférents.

Je cite3:

"Jésus vient à la maison, et de nouveau la foule se rassemble,

à tel point qu’ils ne pouvaient même pas prendre leur repas.

A cette nouvelle, les gens de sa parenté vinrent pour s’emparer de lui.

Car ils disaient: "Il a perdu la tête"."

 

La famille de Jésus le prend pour un fou… Ah bon!

 

4- Un peu plus loin, dans le même chapitre. Je cite encore4:

"Arrivent sa mère et ses frères.

Restant dehors, ils le firent appeler.

La foule était assise autour de lui.

On lui dit: "Voici que ta mère et tes frères sont dehors; ils te cherchent."

Il leur répond: "Qui sont ma mère et mes frères?"

Et, parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui,

il dit: "Voilà ma mère et mes frères.

Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère."

 

Sacrée famille !

 

5- Un peu plus loin dans l'évangile, à Nazareth, le village où Jésus a grandi, on s'interroge 5:

"N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ?

Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? " 6

Et ils étaient profondément choqués à son sujet.

Jésus leur disait :

"Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison."

 

Visiblement, surtout dans l'évangile de St Marc, il y a une grande distance entre Jésus et sa famille humaine.

 

Encore une chose: le texte d'évangile qui nous est proposé aujourd'hui n'est pas de St Marc, mais de St Luc.

A y regarder de près, qui en sont les principaux acteurs?

Non pas les parents de Jésus, mais deux vieillards: Syméon et Anne.

Ce sont eux qui parlent de Jésus et qui disent qui il est vraiment.

 

Eux, comme Marie, comme Joseph, comme nous j'espère, eux font partie de la Sainte Famille, de ceux et celles qui font la volonté de Dieu.

Et c'est bien là l'essentiel.

 

Alors, n'ayons pas peur de faire partie, nous aussi, de cette Sainte Famille.

N'ayons pas peur de faire la volonté de Dieu, de ce Dieu qui nous libère, de ce Dieu qui nous donne vie en son Fils, Jésus Christ.

 

" Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère,

une sœur, une mère."

Luc Mazaré, prêtre

 

1Mc 1,1

2Mc 15,39

3Mc 3,21-21

4Mc 3,31-35

5Mc 6,3-4

6Dans le monde hébraïque, les mots "frères" et "sœurs" peuvent également désigner des cousins et cousines

Lundi 25 décembre 2017 - Noël

Evangile selon Saint Luc (2, 1 - 20)

HOMELIE

En venant ici ce soir, nous avons laissé pour une heure ou deux la chaleur de notre maison, la joie d'être réunis en famille ou avec des amis, la tranquillité de notre foyer.

Pourquoi? Pourquoi ce temps donné à Dieu ? Pourquoi cette démarche que nous avons voulu vivre avec d'autre, connus, ou inconnus ?

Je crois que, pour une part, si nous sommes là, rassemblés ce soir, c'est parce qu'il y a au fond de nous‑mêmes .. une attente.

Oh, notre attente, elle prend bien des visages, bien des formes.

- En surface, nous attendons, et c'est bien normal, une certaine réussite, voire une certaine aisance matérielle.

- Quand nous grattons un peu cette surface des choses, nous découvrons que nous attendons aussi une certaine joie dans nos rapports avec les autres.

Joie d'aimer et d'être aimés dans notre famille, notre travail, notre village.

- En allant encore un peu plus en profondeur, notre attente se fait plus large.

Nous ne pouvons supporter le malheur des autres, les victimes de la maladie, de l'isolement, de la faim, de la guerre

- Enfin, en allant tout au fond de notre cœur, il y a sans doute une attente encore plus profonde, plus radicale.

Probablement, nous ne saurions pas trop comment la nommer, comment la définir. Nous attendons d'être libérés radicalement de nos pesanteurs, de nos aveuglements, de tout ce qui, finalement nous empêche d'être réellement et totalement heureux et libres.

Et nous sommes venus ce soir avec toutes ces attentes, avec toute cette espérance qui est en nous.

Au soir du premier Noël de l'histoire, sur la terre de Palestine, tout un peuple vivait dans l'attente.

Un peuple qui, depuis bien longtemps, avait perdu sa liberté, et, pour un large part aussi, sa dignité. Ce peuple, le peuple juif, se savait choisi et aimé par Dieu.

Alors, bien sûr, il fallait que Dieu agisse, intervienne, ce n'était pas possible autrement. Sa réputation, son honneur même en dépendait!

En cette nuit du premier Noël de l'histoire, Dieu intervient.

Il intervient dans l'histoire de ce peuple, il intervient dans l'histoire de l'humanité tout entière.

Mais il le fait de manière totalement imprévue, parfaitement déconcertante.

On attendait un homme, un soldat, un chef d'armée, et c'est un enfant qui vient. Aussi faible que le sont tous les enfants du monde, et plus encore à une époque où la mortalité infantile est énorme.

On attendait un roi, et l'enfant de la nuit de Noël vient au monde dans une famille pauvre, ballottée par les caprices de l'histoire, ballottée par le caprice d'un empereur qui veut connaître le nombre de ses sujets.

La réponse de Dieu à l'attente des hommes est imprévue, déconcertante. Tellement déconcertante que, à l'époque, personne ne songe à s'étonner de cette naissance.

C'est la nuit, tout le monde dort.

Cette naissance n'a pas de quoi enthousiasmer les hommes.

Par contre, à en croire l'Evangile, elle enthousiasme les anges!

Les anges qui vivent près de Dieu et qui connaissent mieux que nous sa façon d'agir.

Et les anges vont partager leur joie avec quelques hommes: les bergers.

Ces bergers dont tout le monde se méfie, parce qu'ils sont réputés chaparder dans les jardins. Ces bergers dont on ne sait jamais trop d'où ils viennent, ni où ils vont. Ces bergers qui ne comptent pas, ou si peu.

Ces bergers, pourtant, sont les premiers invités à s'émerveiller, à découvrir toute la richesse cachée dans la pauvreté de l'enfant de Noël. Et c'est à eux de reconnaître en l'enfant de Noël celui qui va libérer les hommes, nous libérer, bien au‑delà de nos espoirs, bien au‑delà de nos attentes.

Ce soir encore, deux mille ans après les bergers, nous venons nous prosterner devant l'enfant de Noël. Nous venons reconnaître en lui notre Dieu, celui qui vient combler nos attentes, non pas à notre manière, mais à sa manière.

Comme les bergers, comme les anges, nous sommes venus chanter notre joie en sachant bien que Dieu connaît mieux que nous ce dont nous avons besoin.

En sachant aussi que son amour attend la réponse de notre amour.

En sachant enfin que Dieu nous respecte, et qu'il veut avoir besoin de nous pour annoncer à tous les hommes la Bonne Nouvelle de sa présence libératrice.

Nous sommes venus parce que nous attendons quelque chose de Dieu, et voilà que c'est Dieu qui nous attend.

C'est tout le mystère de Noël, tout le mystère de l'amour, tout le mystère de ce Dieu qui aime les hommes au point de se faire l'un d'entre eux.

Puissions‑nous vivre chaque jour dans la joie de ce mystère de Noël.

Luc Mazaré, prêtre

Dimanche 24 décembre 2017 - 4ème dimanche de l'Avent

Evangile selon Saint Luc (1, 26 - 38)

HOMELIE

Où est-il, notre Dieu?

Cette question, les croyants se la posent depuis toujours.

Quitte à apporter parfois des mauvaises réponses… Enfin, je crois…
 

Où est-il, notre Dieu?

Malgré toutes ses qualités, le roi David est bien comme chacun d'entre nous: il veut avoir prise sur Dieu, le confiner dans un lieu bien déterminé, en quelque sorte le tenir à sa disposition: "Je vais faire une maison pour Dieu", se dit‑il.

 

Nous ne raisonnons pas autrement quand nous voulons enfermer Dieu dans un rôle précis, lui fixer des limites, ou encore faire de notre foi un secteur parmi d'autres dans notre vie.

 

Pire encore, quand nous voulons le mettre au service de nos idées, en quelque sorte le prendre en otage.

Les soi-disant "guerres de religion" ont-elles jamais été autre chose que Dieu pris en otage pour des intérêts purement humains?
 

Mais Dieu ne se laisse pas enfermer.

Sa présence va bien au‑delà des frontières que nous voudrions lui fixer.

 

Où est‑il, notre Dieu?

David, lui, voudrait l'enfermer dans une maison.

Mais, par le prophète Nathan, le Seigneur rappelle que sa présence est dynamique.

J'ai marché avec toi, comme j'ai marché avec mon Peuple au désert.

Je ne suis pas dans une maison, un palais, je suis avec, je marche avec.
 

Où est‑il, notre Dieu?

Premier élément de réponse: Dieu n'est pas "quelque part".

Ni dans un lieu, ni dans une idée.

Non, il marche avec.
 

Il a marché avec son peuple.

Il marche aujourd'hui avec son Peuple visible et invisible, et avec chacun, chacune d'entre nous.

Si tu veux le trouver, ne regarde pas le ciel.

Regarde plutôt le chemin de ta vie.

C'est là que Dieu est présent, puisqu'il a marché, puisqu'il marche avec toi.
 

Et regarde aussi les chemins parcourus par d'autres, même s'ils te paraissant surprenants, ou dérangeants.

Parce que là aussi, Dieu est présent, parce qu'il marche avec eux, avec eux aussi.

Si Dieu a fait le pari de l'homme, s'il marche avec lui, alors c'est bien dans la vie de l'homme que tu peux trouver Dieu.

C'est la vie, la tienne, la mienne, qui sont le "lieu" visible de la présence de Dieu.

Alors… regarde, admire, découvre…

 

Où est-il notre Dieu?

Avec l'Evangile, le Seigneur franchit un nouveau pas.

Il établit sa présence au cœur de l'homme, et plus précisément dans le ventre d'une femme.

La présence de Dieu prend ce chemin d'humilité qui nous conduit jusqu'à Noël, où Dieu se rend présent dans l'enfant de la crèche.
 

Et Dieu va plus loin encore.

Il marche avec son peuple, il se rend présent dans le corps d'une femme, dans l'enfant de Noël, mais aussi, il se rend présent dans notre propre corps.

Et c'est le Jeudi Saint: "Prenez, mangez, ceci est mon corps... Prenez, buvez, ceci est mon sang..."

Et c'est la Pentecôte, le feu de Dieu dans le cœur des Apôtres.

 

Où est‑il, notre Dieu?

En nous‑mêmes, au plus intime de nous‑mêmes, dans tout ce qui fait notre vie de chaque instant.

Nous sommes la présence de Dieu pour nous‑mêmes et pour nos frères.
 

Cela nous parait énorme, incroyable: "Moi? C'est en moi que Dieu se rend présent ? Allons donc!"
 

Ce chemin incroyable, c'est pourtant celui que Dieu a voulu prendre, et nous ne cessons de le répéter au long de la célébration eucharistique :

"Le Seigneur soit avec vous...."

 

Cette petite phrase, en ouverture de la messe, avant l'Evangile, avant la Préface et avant l'envoi en mission, cette petite phrase, nous n'y prêtons plus guère attention. Et pourtant, elle nous dit le chemin de Dieu, et elle nous confère toute notre dignité. C'est en nous que Dieu se rend présent.
 

Le Seigneur est avec vous: avec d'autres, nous sommes sur cette terre, le lieu de la présence de Dieu.

Et cela n'a pas fini de nous surprendre…


Luc Mazaré, prêtre

Dimanche 17 décembre 2017 - 3ème dimanche de l'Avent

Lecture du livre du prophète Isaïe (61,1-2a,10-11)

HOMELIE

" L'Esprit du Seigneur (…) m'a envoyé

Annoncer la bonne nouvelle aux humbles,

Guérir ceux qui ont le cœur brisé,

Proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leur libération,

Proclamer une année de bienfaits accordée par Le Seigneur "

A travers ces paroles du prophète Isaïe, c'est comme la mission du Christ en ce monde qui est dessinée.

Toute la vie de Jésus va dans ce sens.

Depuis le paralytique de Capharnaüm jusqu'à la guérison de l'aveugle-né, Jésus n'aura de cesse de guérir, de soulager toute misère humaine.

Plus encore, il libérera ceux et celles qui sont ou se croient prisonniers de leurs péchés: la femme adultère, la Samaritaine, Zachée, et tant d'autres.

C'est à travers ces actes, et par sa parole, que le Christ sera porteur de la Bonne Nouvelle, annoncera une année de bienfaits accordée par le Seigneur, non pas en son nom propre, mais au nom de l'onction, de la mission reçue de son Père.

Aujourd'hui, l'Eglise, Peuple de Dieu, n'a pas d'autre mission: guérir, aider, soulager, être proche.

Dire à temps et à contretemps que Dieu nous aime, tous, qui que nous soyons, quelles que soient nos convictions, nos manières d'être, de croire, de vivre et de penser.

Mission difficile… à cause de nous, à cause de ceux et celles auprès de qui le Seigneur nous envoie.

Mission difficile… à cause de nous.

Que nous le voulions ou non, nous rêvons tous plus ou moins d'une Eglise qui soit comme un lieu bien chaud où nous soyons entre nous, partageant les mêmes convictions, les mêmes idées, voire les mêmes sympathies.

Pas de chance: ce n'est pas le cas.

Mais quelle chance! Ce ne sera jamais le cas!

Il y aura toujours dans l'Eglise différentes de façons de vivre, de croire, de penser, et même différentes façons d'aimer.

Parce que l'Eglise ne nous appartient pas, parce qu'elle nous est donnée, parce qu'elle est un don de Dieu.


 

Mission difficile… à cause de ceux et celles auprès de qui le Seigneur nous envoie.

Là encore, c'est tout différent de ce que nous pourrions souhaiter.

Beaucoup ne veulent voir en l'Eglise qu'une sorte de "prestataire de services" chargée d'accompagner les grands moments de la naissance, du mariage, de la mort.

Pas de chance: l'Eglise n'est pas une "prestataire de services": sa mission est de témoigner du Christ et de proclamer la Bonne Nouvelle.

Mais c'est aussi dans ces grands moments de la vie de chacun que nous pouvons aussi être témoins et acteurs de l'Evangile.

En dialogue, au plus près, au plus proche, au plus vrai.

Notre mission, la mission de l'Eglise, nous ne la recevons pas de nous- mêmes: nous la recevons en même temps du Seigneur et de nos frères et sœurs en humanité.

Dans le fond, nous sommes un peu comme Jean-Baptiste: "une voix qui crie dans le désert" et qui rend témoignage à plus grand que lui.

L'Eglise ne sera jamais installée.

Parce que nous avons été appelés par Dieu, parce que, dans le Christ Jésus, nous avons reçu l'onction, nous avons été consacrés, nous serons toujours en déplacement, appelés par Dieu et par les cris de nos frères humains.

Comme Jean-Baptiste, comme Jésus, soyons à l'écoute de nos frères humains, parce que c'est à travers eux que retentissent les appels du Seigneur.

Et sachons trouver là notre joie d'être toujours renouvelés, remis à neuf, comme un jeune époux, comme une jeune mariée, unis à Celui qui nous fait vivre, unis à ceux qui nous font vivre.

Heureux sommes-nous, puisque le Seigneur nous envoie:

" Annoncer la bonne nouvelle aux humbles,

Guérir ceux qui ont le cœur brisé,

Proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leur libération,

Proclamer une année de bienfaits accordée par Le Seigneur "

Dimanche 10 décembre 2017 - 2ème dimanche de l'Avent

Evangile selon Saint Marc (1, 1 - 8)

HOMELIE

"Moi, je vous ai baptisés avec de l'eau;

lui vous baptisera dans l'Esprit Saint"

Par ces paroles, Jean le Baptiste annonce la nouveauté radicale qu'apportera celui dont il déclare: "Je ne suis pas digne de m'abaisser pour défaire la courroie de ses sandales".

Autrement dit: je ne suis pas digne d'être son esclave (puisque mettre ou délier les sandales était un travail d'esclave 1).

Mais quelle est donc la différence entre le baptême d'eau que pratiquait et le baptême d'Esprit Saint inauguré en Jésus Christ?

Le baptême de l'eau.

La vie quotidienne du peuple juif était marquée par de nombreux rites d'ablution, particulièrement minutieux à cette époque.

L'enjeu était de se tenir en état de pureté rituelle devant Dieu.

Mais Jean le Baptiste, lui, va au-delà.

Lui proclame un "baptême de conversion pour le pardon des péchés".

Il ne s'agit pas de viser une pureté rituelle extérieure.

Il s'agit d'une démarche qui engage toute la personne.

Reconnaitre son péché pour vraiment s'engager dans une vie plus proche de Dieu.

Ce désir de conversion personnelle était marqué par le plongeon dans les eaux du Jourdain, d'où on ressortait comme renouvelé, prêt à commencer une vie nouvelle.

Mais il serait illusoire de penser que nos seuls efforts, nos seules forces, nous permettent de vivre la conversion.

Changer de vie, nous rendre plus proches de Dieu, nous en sommes bien incapables par nous-mêmes !

Ce serait à coup sûr tomber dans le péché d'orgueil, nous faire illusion sur ce que nous sommes, sur nos capacités humaines, car nous sommes bien incapables par nous-mêmes de sortir de notre péché.

Et c'est la nouveauté que va apporter Jésus:

Le baptême dans l'Esprit Saint.

Pour comprendre, il faut se tourner vers le baptême de Jésus lui-même.

Le texte –que nous n'aurons pas l'occasion d'entendre cette année2 –dit:

"En remontant de l'eau, Jésus vit les cieux se déchirer

et l'Esprit descendre sur lui comme une colombe.

Il y eut une voix venant des cieux:

"Tu es mon Fils bien-aimé; en toi, je trouve ma joie"." 3

Tout est changé !

Les cieux se déchirent, ce qui signifie que le monde de Dieu fait irruption dans le monde des hommes, et Jésus est consacré comme Fils bien-aimé de Dieu.

C'est le sens même du baptême dans l'Esprit.

Nous n'en sommes plus à barboter dans nos petits problèmes, nos petits et nos grands péchés, en essayant vainement de nous en sortir.

Non, nous changeons radicalement de nature: par le baptême de Jésus où il nous est donné d'entrer, la vie de Dieu surgit dans nos propres vies: nous sommes nous aussi, et en Jésus, les enfants bien-aimés de Dieu.

L'Esprit Saint vient vivre en nos cœurs, et c'est lui qui peut nous conduire à la conversion.

Oh bien sûr, pécheurs nous sommes, pécheurs nous restons, et nous le reconnaissons en chaque eucharistie.

Mais l'amour de Dieu est plus fort que notre péché.

Comme l'écrit Saint Paul:

"L'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse " 4

En ce temps d'Avent, en ce temps de joyeuse espérance, et chaque jour, vivons la confiance des enfants de Dieu:

"Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ?

Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas" 5, dit le Seigneur.

Luc Mazaré, prêtre

1Voir note de la TOB

2Cette année, l'Epiphanie étant célébrée un 7 Janvier, la fête du Baptême du Seigneur est célébrée le lundi qui suit.

3Marc 1,10-11

4Romains 8,26

5Isaïe 49,15

Dimanche 3 décembre 2017 - 1er dimanche de l'Avent

Evangile selon Saint Marc

HOMELIE

Evangile de Jésus Christ en St Marc (1,1)

Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus, Christ, Fils de Dieu.
 

En ce 1° dimanche de l'Avent, nous entrons dans une nouvelle année liturgique, poétiquement appelée "Année B", au cours de laquelle nous rencontrerons l'évangile de saint Marc qui présente la double particularité d'être à fois le plus court et le plus ancien des quatre évangiles.

Ça vaut la peine de s'y arrêter un peu !
 

L'évangile de St Marc s'ouvre ainsi:

"Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus, Christ, Fils de Dieu."

Tiens? Pourquoi ces mots? J'y reviendrai…
 

Mais d'abord, qui est ce "Marc" à qui ce premier évangile est généralement attribué? 1

Il pourrait s'agir d'un proche de l'Apôtre St Pierre, son "interprète", en quelque sorte celui qui écrivait pour lui.

Pour certains, il pourrait être ce "Jean-Marc" qui a accompagné un temps l'Apôtre St Paul dans ses missions.

Peut-être même serait-il ce jeune homme qui s'enfuit tout nu au moment de l'arrestation de Jésus 2. Auquel cas, il aurait été un témoin direct de cette arrestation.

Qui est l'évangéliste St Marc? En fait, nous en sommes réduits à des suppositions.
 

En revanche, les circonstances dans lesquelles ce premier évangile a été rédigé semblent assez claires.

 

En juillet 64, un immense incendie ravage, six jours durant, plusieurs quartiers de la ville de Rome.

La rumeur publique accuse l'empereur Néron d'avoir lui-même provoqué cet incendie afin de libérer de la place pour ses grands projets d'urbanisme.

Mais l'empereur détourne ces soupçons en accusant ceux qui sont connus dans la vielle sous le nom de "chrétiens".
 

Pour calmer la colère de la foule, des centaines –voire plus- de chrétiens sont alors arrêtés, torturés, crucifiés ou brûlés vifs.

Les Apôtres Pierre et Paul eux-mêmes périssent dans cette persécution.

 

Pour les survivants, c'est la désillusion: tout semble s'écrouler, et le doute risque de l'emporter sur la foi.

 

C'est alors que Marc rédige son évangile:

"Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus, Christ, Fils de Dieu."
 

Oui, Jésus est Christ, l'envoyé de Dieu, oui, il est le Fils de Dieu.

Oui, il nous a sauvés par sa résurrection au matin de Pâques.

Mais il bouleverse tout ce que nous croyons connaitre de lui.

 

Pour dire cela, Marc développe son récit sous la forme de plusieurs malentendus où Jésus se révèle toujours différent de ce qu'on croit savoir de lui.
 

- Malentendu entre Jésus et ses opposants, parce qu'il ose faire ce qui ne revient qu'à Dieu seul, notamment le pardon des péchés.
 

- Malentendu entre Jésus et des membres de sa famille qui veulent s'emparer de lui car, pensent-ils, "Il a perdu la tête" 3
 

- Malentendu entre Jésus et les foules, avides de pain et de merveilleux, mais qui n'hésiteront pas à réclamer sa mort.
 

- Malentendu entre Jésus et ses propres disciples qui ne cessent de s'interroger: "Qui est-il, celui-là ?" 4
 

Le chemin du salut, de notre salut, passera par un chemin tout autre que celui qu'on attendrait d'un Sauveur.

Ce sera le chemin de l'humiliation, de la condamnation, le chemin de la croix.

Et ce n'est que quand il sera mort sur cette croix qu'un païen, un centurion romain reconnaitra qui il est vraiment: le Fils de Dieu.

 

Mais même au jour de la résurrection, les femmes venues au tombeau ne comprendront pas: "Elles s'enfuirent loin du tombeau (…) et elles ne dirent à personne car elles avaient peur". 5
 

L'évangile de St Marc invite ainsi les chrétiens de Rome rescapés de la persécution à redécouvrir le Fils de Dieu tel qu'il est: le Sauveur du monde qui a lui-même porté sur sur lui le poids du rejet, de l'humiliation, et de la persécution, pour nous conduire, chacun et tous, à la joie de la résurrection.
 

Et nous, sommes-nous certains de vraiment savoir qui est réellement Jésus, Christ, Fils de Dieu?

Ne devons-pas nous interroger, remettre en cause notre regard sur lui, rester veilleurs, comme nous y invite le texte de ce jour?

 

"Commencement de la Bonne Nouvelle", écrit St Marc.

Oui, que notre regard sur le Christ soit toujours pour nous un commencement, car nous n'aurons jamais fini de le découvrir différent de ce que nous croyons savoir ou comprendre.

Et ce sera toujours pour nous une "Bonne Nouvelle" !

Luc Mazaré, prêtre
 

1Aucun des 4 évangiles en mentionne le nom de leur(s) rédacteur(s). Sur l'identité de l'auteur, voir dans la TOB l'introduction à cet évangile.

2Marc 14, 51-52

3Marc 3,21

4Marc 4,41

5Marc 16,8

Dimanche 26 novembre 2017 - Christ Roi

Evangile selon Saint Mathieu (25, 31- 46)

HOMÉLIE

L'évangile de ce dernier dimanche de l'année liturgique nous présente deux images un peu paradoxales: le Roi et le Berger.

 

Le Roi.

Un roi tout-puissant, puisqu'il règne sur "toutes les nations" mais un peu bizarre concernant le Christ.

Il est né comme tout le monde dans le haut côté des maisons de l’époque. Il a vécu sans palais et sans soldat. Il ne possédait aucun territoire et il a terminé sa vie terrestre sur une croix. 

S’il n’y avait pas eu la résurrection, ce roi, Jésus, serait oublié et on ne parlerait plus de lui.

Et Jésus n'a jamais cherché à être roi.

Au contraire, dans l'évangile de St Jean, après la multiplication des pains, "sachant qu'on allait l'enlever pour le faire roi, il se retira à nouveau, seul, dans la montagne" 1.

Ce n'est qu'en comparaissant comme prisonnier devant Pilate qu'il acceptera ce titre, tout en précisant: "Ma royauté n'est pas de ce monde". 2

 

Le Berger.

Lui a pour souci de séparer les brebis des boucs.

C’est ce que faisaient les bergers tous les soirs pour éviter que les boucs blessent les brebis durant la nuit.

L’image du berger apparait souvent dans la Bible, parfois pour évoquer Dieu lui-même. Lui, il est le vrai, l'unique berger.

 "C’est moi qui ferai paître mon troupeau, c’est moi qui le ferai reposer, déclare le Seigneur Dieu (1)

Les prophètes ont annoncé que ce berger divin se révèlerait plein de tendresse et d’amour pour les hommes et les femmes de cette terre.

"La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la chercherai, celle qui est faible, je lui rendrai des forces".

Alors, au jour du jugement décisif, le Christ sera-t-il ce Roi sévère qui dit à certains: "Allez-vous en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges" ?

Ou sera-t-il ce berger plein de tendresse qui déclarait: "Celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors (…) la volonté de Celui qui m'a envoyé, c'est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donné, mais que je les ressuscite au dernier jour".

Alors, Roi ou Berger ? Je me garderai de trancher !

On verra bien: demain est un autre jour !

Mais je crois aussi qu'il faut prendre cette parabole pour ce qu'elle est: une parabole. Et son sens est très clair, parce que le Jugement dernier, le jugement décisif, ce n'est pas ou après-demain, demain, à la saint glin-glin. C'est maintenant, c'est aujourd'hui, c'est chaque jour.

Et le Christ ne nous demande pas nos certificats de baptême, nos attestations de confirmation ou de 1° communion.

Il nous pose une seule question:

Est-ce que tu fais de ta vie une vie d'amour?

Est-ce que tu te rends proche de ceux dont tu n'as pas besoin, mais qui, eux, ont besoin de toi?

Dans le fond, est-ce que tu es heureux,

Parce que seul l'amour conduit au bonheur.

St Jean, -encore lui- écrit: "Celui qui n'aime pas reste dans la mort" 3.

Celui qui n'aime pas se rejette lui-même loin de Dieu et se rend malheureux comme les "maudits" de la parabole.

Pour autant, ne nous livrons pas au petit calcul des moments où nous avons su aimer, et de ceux où nous n'avons pas su ou pas voulu aimer.

A ce petit jeu-là, nous serions perdants à tous les coups.

Non, il s'agit d'une attitude beaucoup plus radicale, malgré nos faiblesses et nos échecs.

Puissions-nous, comme l'Apôtre Pierre, nous écrier:

"Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime !" 4

 

Luc Mazaré, prêtre

 

 

1Jean 6,15

2Jean 18,36

3 1 Jean, 3-14

4Jean 20,17

Dimanche 19 novembre 2017 - 33ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (25,14-30)

HOMELIE

Voilà un récit qui est tout à la fois improbable et immoral!

Un récit improbable.

Les sommes que le maître confie aux trois serviteurs sont carrément invraisemblables.

Un "talent", c'était, selon les lieux, de 35 à 60 kg d'argent ou d'or.

Vous imaginez le sac rempli de lingots ou de pièces? Un trésor fabuleux!

Non, ça ne tient pas debout!

Un récit immoral.

Le personnage principal de la parabole est franchement un monsieur peu recommandable.

Voilà un homme qui part en voyage et qui ne revient que pour toucher ses bénéfices, et quels bénéfices! Il double sa mise!

Comme ça, sans rien faire, simplement en comptant sur le travail de ses serviteurs!

Mieux qu'à la Bourse!

En plus, je dirais que nous faisons souvent un grave contresens sur la signification de cette parabole. Trop souvent, nous la réduisons à une simple leçon de morale du genre: "Nous devons faire fructifier les capacités que Dieu nous a données".

Non, il faut d'abord prendre les choses autrement.

L'Evangile n'est pas d'abord une leçon de morale; il est d'abord – comme tous les textes de la Bible – révélation de Dieu et révélation de l'homme au regard de Dieu.

Une parabole est une sorte d'énigme, un problème dont nous devons trouver la solution. Et le côté invraisemblable du récit est là pour nous le rappeler.

Mais aussi, quand Jésus parle en paraboles, il part souvent de notre point de vue, de notre regard, de notre manière de voir les choses.

Dieu n'est pas ce propriétaire intransigeant qui exploite ses serviteurs sans même lever le petit doigt.

Au contraire, toute la Bible nous révèle au contraire qu'il est aux côtés de son Peuple, vivant avec son Peuple, partie prenante de ses joies et de ses peines, et particulièrement dans les moments les plus difficiles, et particulièrement aux côtés des plus faibles et des plus pauvres.

Et le Christ, lui, nous révèle, que ce Dieu est Père, un Père qui n'aspire qu'au bonheur et à la liberté de ses enfants.

Dieu n'est pas ce maître dur et injuste… mais c'est peut-être l'image que nous en avons, le regard que nous portons sur lui.

Au lieu de le voir à nos côtés, au lieu de voir en lui un Père débordant de tendresse, nous en faisons parfois un maître dur et intransigeant.

Au lieu d'avoir foi, d'avoir confiance, nous en arrivons à nous méfier de lui, à avoir peur de lui.

C'est en tout cas le regard du 3° serviteur de la parabole, celui qui avait reçu un talent:

"Seigneur, dit-il, je savais que tu es un homme dur; tu moissonnes là où tu n'as pas semé, tu ramasses là où tu n'as pas répandu le grain. J'ai eu peur".

Et c'est cette attitude, cette méfiance qui le mène à sa perte.

Il n'a pas eu confiance, il n'a pas aimé, alors que l'amour bannit la peur.

Alors, dans le fond, cette parabole porte moins sur l'usage que nous faisons des biens que Dieu nous a confiés que sur le regard que nous portons sur lui.

Pour qui a confiance, pour qui accepte d'aimer, tout est possible.

Mais celui qui s'enferme dans la méfiance et la peur s'enferme lui-même dans la mort.

J'allais oublier le contexte: Jésus parle à ses disciples du "Royaume des Cieux". 1

Aujourd'hui, ce "Royaume des cieux" vient à nous.

Chaque jour, au travers de ceux et celles qu'il nous est donné de rencontrer.

Quel regard portons-nous sur eux?

La confiance, ou la peur?

La peur, la méfiance, ne peuvent que nous enfermer.

Elles nous empêchent d'avancer.

Elles sont le contraire de l'amour.

Et elles nous empêchent de voir Dieu, elles nous rejettent loin de lui.

La confiance, au contraire, nous permet de voir toute la richesse de l'autre, et nous permet d'entrevoir toute la richesse de Dieu.

Peur ou confiance? C'est à nous de choisir!

Luc Mazaré, prêtre

1 Matthieu 25,1

Dimanche 12 novembre 2017 - 32ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (25,1-13)

HOMELIE

Où en sommes-nous dans l’évangile de Saint Matthieu?

Pendant plusieurs dimanches, nous avons entendu Jésus à Jérusalem, discutant pied à pied avec différentes composantes du monde juif de son époque. Souvenez-vous, dimanche dernier, les scribes et les pharisiens.

Désormais, c’est un nouveau registre qui s’ouvre: à travers différentes paraboles, Jésus évoque longuement la "fin des temps", la pleine réalisation de l’homme et de l’univers.

Et, aujourd’hui, cette "fin des temps" parait plutôt rassurante, puisque le Christ en parle comme d’un mariage.

Un mariage... nous sommes loin ici des images terrifiantes d’un monde qui se déchire et s’écroule. C’est d’une fête dont il est question.

Et puis un mariage… C'est plus un commencement qu'une fin !

Le Christ parle aux hommes de son temps et il prend l’image d’un mariage, à son époque, en Palestine.

La coutume veut que la mariée, entourée de ses demoiselles d’honneur, attende chez elle celui qui sera son époux.

Celui-ci vient la chercher, et l’emmène dans sa propre maison, où aura lieu la fête.

Mais attention, ce que nous propose Jésus, c’est une parabole, une énigme.

Deux détails bizarres attirent notre attention.

D’abord, dans ce mariage, il est question des demoiselles d’honneur, mais pas un mot sur la mariée. On n’en parle pas. Etrange.

Par ailleurs, le marié, lui, est en retard... très en retard!

La mariée, c’est le Peuple de Dieu tout entier, que le Seigneur vient épouser.

Les demoiselles d’honneur, ce sont les disciples. C’est à eux que Jésus propose cette parabole. C’est d’eux dont il est question.... et donc de nous aujourd’hui.

Le marié est en retard, au point que c’est déjà le milieu de la nuit... et les jeunes filles, les demoiselles d’honneur se sont endormies.

Dans le fond, c’est un peu notre situation aujourd’hui. Nous attendons la pleine réalisation du monde de Dieu, mais... rien ne vient.

Deux mille ans de christianisme, et c’est toujours la nuit pour tant hommes: la guerre, l’injustice, le chômage, les mille petits problèmes qui nous assaillent chaque jour.

Alors, comme les demoiselles d’honneur dans la parabole, comme, plus tard, les disciples au Jardin des Oliviers, nous avons tendance à nous endormir, à oublier l’essentiel - le surgissement du Ressuscité dans nos vies - au seul profit de nos petits problèmes quotidiens qui, c’est vrai, ne sont déjà pas si faciles.

Au milieu de la nuit, dit la parabole, un cri se fait entendre: " Le marié arrive! Sortez à sa rencontre! ".

Les demoiselles d’honneur se réveillent.

Mais certaines ne sont pas prêtes: elles n’ont pas prévu d’huile en réserve, et les voilà sans lumière, hors du coup.

Elles se sont laissé submerger par leurs propres soucis, leurs petits problèmes, elles sont devenues incapables de discerner l’essentiel de l’accessoire.

Là encore, c’est comme nous!

Comme le nouveau marié de la parabole, le Royaume de Dieu, le Christ, surgit toujours à l’improviste.

Et c’est dans nos vies que déjà, il surgit.

Un cri dans la nuit: " Le marié arrive! Sortez à sa rencontre! "

Le cri des réfugiés, victimes de la misère ou des luttes fratricides qui déchirent leurs pays.

Le cri des affamés du monde, toujours ignorés pour la plupart.

Le cri de tous ceux qui en appellent à notre amour, notre amitié, notre solidarité.

Eux sont le Christ surgissant dans nos vies.

C’est maintenant que ça se passe! Si nous n’y prenons pas garde, nous risquons bien de ne pas nous en apercevoir, d’être hors du coup, devenus incapables de discerner l’essentiel de l’accessoire.

L’Evangile nous invite à veiller, à nous rendre attentifs, à ne pas être les disciples d’un instant, mais de tous les jours.

La dureté même des propos du marié - " Je ne vous connais pas " - ne vient que renforcer cette invitation.

Le Christ, le Royaume vient à nous, dans notre nuit, dans notre vie.

Ne passons pas à côté. Allons à sa rencontre!

 

Luc Mazaré, prêtre

Dimanche 5 novembre 2017 - 31ème du T.O.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (23,1-12)

Homélie

Dans la violente polémique qui les oppose à Jésus, voilà maintenant les scribes et les pharisiens mis sur la sellette.

Et l'évangéliste Matthieu, qui les connait bien, donne aux paroles de Jésus un petit ton moqueur pour bien camper les personnages.

 

Ils sont là, devant nous, un peu ridicules : ils se pavanent, promenant devant eux, leur religion et leur bonne conscience, avides de respect et d'admiration.

 

Dans la phrase qui suit le texte que nous venons de lire, Jésus n'hésite pas à leur dire: "Malheureux êtes-vous, parce que vous fermez à clé le Royaume des cieux devant les hommes".[1]

 

Autrement dit, l'enjeu dépasse de loin les travers des uns et des autres : ces hommes qui ont mission d'enseigner les voies qui mènent à Dieu posent par leurs actes un véritable contre-témoignage.

Ils éloignent par leurs actes ceux qu'ils prétendent, par leurs paroles rapprocher de Dieu : "Ils disent et ne font pas" .

 

C'est le même reproche que faisaient souvent les prophètes, et nous l'avons entendu dans le Livre de Malachie : "Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude".

 

Nous pourrions nous dire qu'il s'agit là de querelles du temps passé, que nous n'en sommes plus là… En sommes-nous certains ?

Nous sommes-nous pas nous-mêmes un peu "scribe et pharisien" à chaque fois qu'il y a une différence entre nos paroles et nos actes ?

 

C'est une question sur laquelle le pape François revient souvent, et il nous met en garde contre ce qu'il appelle la "mondanité spirituelle".

Il écrit par exemple dans son exhortation apostolique "La joie de l'Evangile» :

 

"Cette obscure mondanité se manifeste par de nombreuses attitudes (…).

Dans certaines d’entre elles on note un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de l’Évangile dans le Peuple de Dieu et dans les besoins concrets de l’histoire ne les préoccupe.

De cette façon la vie de l’Église se transforme en une pièce de musée, ou devient la propriété d’un petit nombre.

(…)

Dans tous les cas, elle est privée du sceau du Christ incarné, crucifié et ressuscité, elle se renferme en groupes d’élites, elle ne va pas réellement à la recherche de ceux qui sont loin, ni des immenses multitudes assoiffées du Christ.

Il n’y a plus de ferveur évangélique, mais la fausse jouissance d’une autosatisfaction égocentrique." [2]

 

C'est bien sûr une question que je me pose souvent comme prêtre, tant je mesure l'écart qu'il peut y avoir entre mes paroles et mes actes.

Problème de conscience personnelle, bien sûr, mais surtout risque d'apporter ainsi un contre-témoignage qui risque d'éloigner de Dieu ceux qui voudraient s'en approcher.

 

Et c'est une question que nous devons tous nous poser: notre vie est-elle conforme à notre foi et à nos dires?

 

Bien sûr, ce ne sera jamais vraiment le cas, et St Paul lui-même écrit :

" Ce qui est à ma portée, c’est de vouloir le bien, mais pas de l’accomplir. Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas." [3]

 

Mais du moins pouvons-nous prendre un chemin:

 

- Un chemin de modestie :

"Ne vous faites pas appeler maitres, car vous n'avez qu'un seul maitre, le Christ".

 

- Un chemin de service :

"Le plus grand parmi vous sera votre serviteur"

 

- Un chemin de prière :

"Père, que ta volonté soit faite" [4]

 

- Un chemin de partage :

"Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux". [5]

 

- Et avant tout, un chemin de confiance :

"Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde". [6]

 

C'est sur un tel chemin que nous pourrons commencer à être témoins et acteurs de l’Evangile : "Allez, de toutes les nations faites des disciples." [7]

 

Luc Mazaré, prêtre

 

[1] Matthieu 23,13

[2] La joie de l'Evangile §95

[3] Romains 7,18-19

[4] Matthieu 26,42

[5] Matthieu 7, 12

[6] Matthieu 28,20

[7] Matthieu, 28,19

Mercredi 1er novembre 2017 Toussaint

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,1-12a.

Homélie

Je me suis posé la question : un saint, c'est quoi ?

Alors, j'ai commencé par regarder dans un dictionnaire -un peu ancien, il est vrai-.

Et j'ai trouvé la définition suivante :

"Saint : qui mène une vie irréprochable, en tous points conforme aux lois de la morale et de la religion".

Alors, j'ai refermé le dictionnaire : ça, ce n'est pas pour moi !

C'est trop haut, trop parfait !

 

Je me suis dit : bon, allons voir dans l'Evangile.

Et j'ai lu le texte des Béatitudes, celui que nous venons d'entendre.

Et, là encore, quel décalage avec ma vie !

Comment être tout à la fois pauvre de cœur, doux, pleurer, avoir faim et soif de la justice, être miséricordieux, avoir le cœur pur, être artisan de paix et, en plus, être persécuté pour la justice, être insulté à cause de Jésus ?

C'est impossible pour moi, c'est désespérant !

Je ne serai donc jamais heureux, je n'aurai pas de "récompense" dans les cieux !

 

Et puis, toujours dans l'Evangile, j'ai fini par regarder Jésus rencontrant des hommes et des femmes, sur les routes de Palestine.

Tiens… Aucun de ceux-là ne correspond à la définition du dictionnaire.

Ceux que Jésus rencontrait : des malades, des possédés du démon, des pécheurs, des prostituées, des femmes adultères, une Samaritaine : et même des païens : des soldats romains, la syro-phénicienne….

 

Et d'ailleurs, même les apôtres étaient assez loin de l'idéal de la sainteté.

Jacques et Jean ne voient que leurs ambitions personnelles, Matthieu travaille pour l'occupant romain, Judas sera un traître, et même Pierre reniera Jésus… et à trois reprises. 

 

Non, aucun de ces hommes et de ces femmes que rencontrait Jésus, et même les apôtres qu'il a pourtant lui-même choisis, aucun de ceux-là ne vivait les exigences des Béatitudes.

 

Mais, curieusement, Jésus ne pose jamais aucune condition pour rencontrer des gens parfois peu fréquentables.

Jamais il ne leur dit : "Commence par te repentir de tes péchés, par te convertir et conformer ta vie aux lois de la morale el de la religion".

Jamais il ne leur demande si ils vivent les Béatitudes.

 

Toujours, c'est lui qui fait le premier pas, qui tend la main, qui va manger avec eux. Pourquoi agit-il ainsi ?

Parce que, tout simplement, Dieu nous aime !

Et Jésus a donné sa vie pour nous alors que nous étions pécheurs.

D'ailleurs, c'est nous qui l'avons condamné et cloué au bois de la croix.

 

Si Dieu avait attendu que les hommes soient saints, parfaits, pour les aimer et venir vers eux, il attendrait toujours.

 

La sainteté, ce n'est pas cela !

Le seul qui est saint, c'est Dieu, avec son Fils bien-aimé, en qui il dépose la plénitude de son amour.

La sainteté, c'est Dieu qui la donne quand il vient mettre gratuitement son amour au-dedans des hommes, par le don de l'Esprit.

Et c'est dans la mesure où nous nous laissons toucher par Jésus que lui et son Père peuvent venir faire leur demeure en nous.

C'est dans la mesure où nous acceptons d'avoir confiance en Dieu, dans la mesure où nous acceptons de lui donner toute sa place dans notre vie, que nous commençons à vivre quelque chose de sa sainteté.

 

Alors, si nous savons compter sur Lui, nous pouvons commencer à vivre humblement les Béatitudes.

Avoir confiance, ce n'est pas hors de notre portée, et c'est la clé de la sainteté.

Non pas la nôtre, mais celle que Dieu nous donne.

 

Luc Mazaré, prêtre

Dimanche 29 octobre 2017 - 30ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (22,34-40)

HOMÉLIE

Au départ, à la base même de l'existence du Peuple de Dieu, il y a la Loi, la Torah.

La Loi, avec un grand "L", c'est un don de Dieu, un cadeau, une grâce, C'est un lien, une Alliance entre Dieu et son Peuple.

Je ne suis pas certain que notre mot français "Loi" exprime toute la richesse du mot hébreu "Torah".

Pour nous, obéir à la loi, c'est nous soumettre à des règlements: ne pas dépasser 90 km/h au volant, ne pas insulter un agent de la force publique, etc. etc.

Pour le Peuple de Dieu, obéir à la Loi, se soumettre à la Torah, c'est d'abord vivre en Dieu.

On peut comprendre alors le souci des Pharisiens, sans doute les Juifs les plus pieux au temps de Jésus, on peut comprendre leur souci de se soumettre à la Loi jusque dans ses moindres détails.

Seulement voilà: au fil des ans et des siècles, les Dix Commandements donnés par Dieu à Moïse sur le Sinaï ne permettent plus de répondre tels quels aux multiples questions de la vie quotidienne.

On est passé d'une situation de quelques tribus nomades élevant leurs moutons dans le désert à une réalité beaucoup plus complexe.

Des villes se sont créées, les métiers se sont diversifiés, les pouvoirs se sont organisés autrement.

Tout est devenu plus compliqué, alors il a bien fallu adapter la Loi, les Dix Commandements, pour l'adapter aux réalités du temps présent.

Et ainsi, au temps de Jésus, la Loi comportait 613 préceptes, soit 365 interdictions et 248 commandements.

"Maître, dans la Loi, quel est le plus grand commandement?".

C'est un piège.

La question est piégée, car en mettant un commandement au dessus des autres, on relativise les autres, on leur donne moins d'importance, et donc, d'une certaine façon, on s'en écarte, on s'écarte de Dieu.

Jésus refuse le piège, il refuse la logique dans laquelle on voudrait l'enfermer.

D'abord, dans sa bouche, beaucoup d'ironie.

En guise de réponse, Jésus récite son catéchisme, ces phrases que tout petit Juif apprend dès sa naissance: "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit".

Pour lui, c'est le seul, c'est l'unique commandement, puisque, pour lui, tout vient de Dieu, tout vient de son Père.

Au-delà de l'ironie, Le Christ redit ainsi ce qu'est exactement la Loi, la Torah: un lien, une Alliance entre Dieu et son Peuple.

C'est cela, l'important.

Jésus refuse le piège. Il refuse d'ergoter.

Il redit l'essentiel: tout vient de Dieu, tout vient de son Père.

Le reste en découle, et il en a toujours été ainsi:

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

Vivre en Dieu, obéir à la Loi, c'est aimer l'autre, son prochain, c'est s'en rendre proche.

Ce n'est pas nouveau, c'est depuis toujours.

Jésus ne dit rien d'original: dans toute la tradition juive, l'amour de Dieu se vit, se traduit par l'amour de l'autre, du prochain.

La seule façon d'aimer Dieu, c'est d'aimer son frère.

Ce n'est pas nouveau, c'est depuis toujours, et nous avons entendu ces phrases du Livre de l'Exode: "Tu ne maltraiteras pas l'immigré (…) Tu n'accableras pas la veuve et l'orphelin…"

Les Pharisiens, dans leur souci d'observer la Loi, ont fini par oublier le sens de la Loi, sa raison d'être.

Insensiblement, ils se sont détournés de ce Dieu qu'ils prétendent honorer.

Et, inséparablement, ils se sont éloignés de leurs frères, qui est le seul vrai moyen de rendre gloire à Dieu.

Jésus ne veut pas, ne peut pas être solidaire de cette attitude qui, au nom même de Dieu, tourne le dos à Dieu.

Ne soyons pas aujourd'hui comme les pharisiens d'hier.

A l'image du Christ, reconnaissons que tout vient de Dieu, que tout est de lui.

A l'image du Christ, aimons nos frères, nos prochains.

Sachons tout leur donner, à l'image de Celui qui s'est donné à nous sur la croix.

Je termine par cette phrase, qui nous vient d'un maître spirituel du XIII°Siècle:

"Tant qu'il y a un seul homme

que tu aimes moins que toi-même,

tu ne t'es jamais vraiment aimé toi-même1".

Luc Mazaré, prêtre

 

1Maître ECKHART. "Traités et sermons"

Dimanche 22 octobre 2017 - 29ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (22,15-21)

Homélie

" Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu !"

Bravo ! Bien joué

Pourtant, les Pharisiens étaient sûrs de leur coup.

Le piège était bien préparé sous l’apparence d’une question anodine : "Maître, donne-nous ton avis : Est-il permis oui ou non de payer l’impôt à César ?"

Jésus sait que si il répond oui, il passera aux yeux des juifs pour un collaborateur, un suppôt de César.

Mais il sait également que si il répond non, il sera vite dénoncé auprès des romains comme un rebelle, incitant à la résistance.

Jésus en quelque sorte, mis au pied du mur.

Obligé de choisir son camp: pour ou contre César !

Mais il retourne le piège à l’encontre de ses interlocuteurs : "Montrez-moi la monnaie de l’impôt."

Ce sont maintenant les Pharisiens qui sont obligés de dévoiler leurs batteries: ils sortent de leur poche une pièce d’argent romaine. Ils sont donc impliqués, qu’ils le veuillent ou non, dans ce réseau serré de l’argent de César.

"Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu."

Et nous voici à notre tour confrontés à la signification de cette phrase: est-ce une manière habile pour Jésus de se dégager d’une question politique embarrassante ? Jésus botte-t-il en touche pour ne pas choisir son camp ? Ou bien, Jésus renverrait-il César à ses affaires et à sa volonté de domination pour ne se tourner que vers Dieu, son Père ?

Une telle interprétation reviendrait à méconnaître totalement le message de l’Évangile du Christ. Pourtant elle a souvent été employée par ceux qui trouvaient intolérable qu’au nom de ce même Évangile, des chrétiens, (évêques, prêtres, laïcs) s’engagent sur un terrain politique pour que l’inaliénable dignité de la personne humaine soit reconnue et que la justice soit rendue.

Non, Jésus ne se désengage pas du terrain social ou économique de la vie des hommes. S’il s’est incarné dans l’histoire des hommes, c’est pour assumer le tout de l’humanité de ses frères.

Il est le Fils de ce Dieu qui, à l’aube de l’histoire d’Israël, a crié sa compassion devant la misère de son peuple: J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs. Oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer" (Exode 3, 7).

Jésus est donc, en quelque sorte, la manifestation, en notre humanité, de ce Dieu Miséricordieux, c’est-à-dire qui connaît par le cœur de la misère de chaque homme, l’angoisse de ne pas savoir de quoi demain sera fait, la solitude extrême jusqu’à ne plus se sentir reconnu et aimé.

Et ce Dieu ne fait pas qu’entendre. Il agit, et il vient pour "libérer".

C’est ainsi que Jésus définira sa mission à Nazareth : "L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux prisonniers la délivrance, renvoyer en liberté les opprimés." (Luc 4,18)

Le chemin de Jésus dans l’histoire des hommes passe donc par la libération effective et concrète de la misère et de l’oppression pour que chaque personne puisse reconnaître de quel amour elle est aimée.

Du même coup, voici le pouvoir de César soumis à un critère essentiel de justice et d’équité : ce pouvoir qui, comme le dira plus tard Jésus à Pilate, lui a été donné "d’en haut" n’a de sens que s’il est au service de la dignité de chaque personne humaine dans son intégralité et de tous les hommes dans leur égalité et leur unité.

Quant à savoir s’il faut payer l’impôt à César, c’est-à-dire s’il faut choisir telle ou telle stratégie économique ou politique face aux situations humaines complexes qui engendrent la misère, Jésus, en invitant à rendre à César ce qui est à César renvoie chacun à sa responsabilité, à sa raison, à son intelligence, à sa liberté.

Il n’y a pas lieu de sacraliser tel ou tel choix politique, en se réclamant directement de Dieu.

L’important, c’est que chaque disciple du Christ, éclairé et soutenu par la Parole de l’Évangile, s’engage avec lucidité et compétence pour combattre l’exclusion et faire reculer la misère.

Et Jésus nous montre le chemin de cette libération. Il passe par la solidarité et la proximité concrète des plus petits et des plus pauvres. Il va jusqu’à se faire l’un d’entre eux, à partager leurs conditions de vie, leurs souffrances et à vivre avec eux ce chemin de libération.

Depuis que Jésus s’est assimilé à celui qui a faim, à l’étranger, au prisonnier, au malade, les disciples du Christ savent que c’est chez les plus petits de leurs frères que doivent commencer leurs solidarités.

C'est le chemin que nous ont montré tant de témoins et acteurs de l'Evangile, le chemin auquel nous invitent aujourd'hui encore et inlassablement notre pape et notre évêque.

Mais vivre la solidarité et la proximité concrète des plus petits et des plus pauvres, ne suffit pas.

Il nous faut avec d'autres combattre les causes même de la misère et de l'exclusion.

Et c'est là que "rendre à César ce qui est à César" prend tout son sens. Nous avons notre rôle à jouer.

Quand les "Césars" d'aujourd'hui, les hommes politiques, les décideurs économiques, les dirigeants religieux, les meneurs d'opinion laissent s’installer l’injustice, ayons le courage de les interpeller, voire de les mettre en cause.

Mais sachons aussi les encourager et les soutenir quand ils exercent leurs responsabilités pour le service du bien commun.

C'est aussi un chemin d'Evangile.

Luc Mazaré, prêtre

 

Dimanche 8 octobre 2017 - 27ème du T.O

Evangile selon Saint Matthieu (21,33-43) - Lecture du livre du prophète Isaïe (5,1-7)

Homélie

"Je veux chanter à mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne"…

Dans la Bible, les thèmes de la vigne et de son fruit, le vin, traversent toute l'histoire du Salut..

D'après le Livre la Genèse, ce serait Noé qui, le premier, aurait planté une vigne, et en aurait ensuite dégusté le fruit. Enfin… quand je dis "dégusté"… en fait, il s'est enivré au point de tomber dans un coma éthylique. 1

Le vin - à condition de ne pas en abuser ! - est pour le Peuple de Dieu le signe de la fête et de la joie: le Livre des Juges évoque le vin "qui réjouit les dieux et les hommes" 2, et le psaume 104 affirme: "le vin réjouit le cœur des humains en faisant briller les visages plus que l'huile" 3.

Par chance, la Terre Promise aux Fils d'Israël ne manque pas d'une telle richesse. Moïse y envoie des espions et deux d'entre eux en reviennent avec une grappe de raison si énorme qu'ils sont obligés de s'y mettre à deux pour la porter sur une grande perche ! 4

Et le prophète Isaïe entrevoit ce que sera la grande fête du Royaume de Dieu: "Le jour viendra où le Seigneur de l'univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés" 5

Comment ne pas penser aussi à l'évangile de St Jean où le premier signe donné par Jésus au début de son ministère public est l'eau changée en vin 6, signe du commencement d'un monde nouveau, et rappel de la prophétie d'Isaïe.

Et bien sûr le vin est au cœur de l'Eucharistie instituée par Jésus: "Prenez, buvez, ceci est mon sang".

Mais évidemment, pas de vin sans vigne !

Dans la Bible, la vigne est le symbole du Peuple de Dieu qui reçoit mission de porter du fruit.

 

Mais, et c'est notre première lecture, si Dieu attendait de son peuple, de sa vigne, s'il en attendait des beaux raisins, des beaux fruits, trop souvent "elle en donna des mauvais".
 

En cause: le règne de l'injustice où les plus puissants s'accaparent la vigne, dominent le peuple aux dépens du plus grand nombre.

La suite du texte précise:

"Malheureux, ceux qui font le mal. Malheureux vous qui ajoutez maison à maison, qui joignez champ à champ jusqu'à occuper toute la place et habiter, seuls, au milieu du pays !" 7
 

C'est cette même injustice que dénonce le Christ dans l'Evangile.

Les grands prêtres et les anciens se sont accaparés la vigne, se sont accaparés le Peuple de Dieu, oubliant que ce Peuple, justement, n'appartenait qu'à Dieu et à lui seul.

Ils ont rejeté les prophètes, ils iront jusqu'à rejeter le Fils de Dieu et le conduire à la mort.

 

Le Christ a apporté le vin de l'amour, mais en retour, ce n'est que du vinaigre qu'il recevra sur la croix 8.

Malheureux ces responsables du Peuple de Dieu qui ont tourné le dos à Dieu: "Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits".

Sommes-nous de cette "nation", de ce peuple nouveau, de cette vigne nouvelle dont Dieu seul connaît l'étendue et les contours?

 

Oui, si nous demeurons en Christ comme lui demeure en nous: "Demeurez en moi comme moi en vous. de même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s'il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus si vous ne demeurez pas en moi" 9.

 

Nous le savons bien: dans sa longue histoire, l'Eglise s'est parfois détournée du Christ pour ne voir que son seul profit.

Et c'est le drame des Croisades, du trafic des indulgences, de papes, évêques, prêtres parfois indignes, des guerres dites de religion, voire d'un formalisme religieux qui ne dit plus le Christ, mais qui ne fait que se dire lui-même.

 

Alors, ce qui fait de nous, avec d'autres, un peuple nouveau, une vigne nouvelle, ce ne sont pas d'abord nos belles professions de foi ou nos belles prières, ce sont les fruits d'amour que nous sommes appelés à produire.

C'est la seule vérité, c'est le seul critère: "Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire" 10
 

Alors oui, avec d'autres, portons des fruits d'amour, de justice et de paix.

Et nous serons, nous aussi, invités au festin messianique où nous aurons la joie de partager avec Jésus le vin nouveau du Royaume de Dieu. 11

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Genèse 9,20-24

2 Juges 9, 11.

3 Psaume 104 (103),15

4 Nombres 13,23-24.

5 Isaïe 25,6

6 Jean 2,1-11

7 Isaïe 5,8

8 Matthieu 27,47-48

9 Jean 15,4. Voir plus largement 15,1-17

10 Jean 15,5

11 Référence à Matthieu 26,29: "Je vous le dis: désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le Royaume de mon Père"

Dimanche 1er octobre 2017 - 26ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (21,28-32)

HOMELIE

Quand Jésus est entré à Jérusalem, la capitale religieuse et politique de son pays, il y a été accueilli comme le Messie, c’est-à-dire, pensait-on, comme celui qui allait chasser les Romains et prendre le pouvoir au nom de Dieu.
 

Mais Jésus agit tout autrement.

Il va au Temple et il en chasse les marchands.

Attention: à Jérusalem, les marchands du Temple, ce ne sont pas les vendeurs de souvenirs, les vendeurs de chapelets, comme à Lourdes. Eux sont des maillons essentiels du culte, puisqu'ils vendent les animaux destinés aux sacrifices offerts à Dieu.

Autrement dit, en s’attaquant aux marchands du Temple, Jésus s’attaque au culte rendu à Dieu, plus précisément à la manière dont ce culte est rendu.

 

Dès lors, la guerre est ouverte entre lui et le judaïsme officiel représenté par les grands prêtres et les anciens du peuple.

Le conflit porte sur deux points:

- Qui a autorité pour parler et agir au nom de Dieu?

- Que doit faire l’homme pour répondre à la volonté de Dieu?

 

Notre parabole aujourd’hui porte sur ce deuxième aspect: que doit faire l’homme pour répondre à la volonté de Dieu?
 

Pour les grands prêtres et les anciens du peuple, un Juif qui veut répondre à la volonté de Dieu doit, d’une part, observer aussi scrupuleusement que possible les commandements et, d’autre part accomplir les sacrifices exigés par le culte.

 

Observer les commandements.

Les dix commandements donnés par Moïse, qui se traduisent en fait par plus de 600 prescriptions régulant tous les gestes de la vie quotidienne.

Accomplir les sacrifices;

Offrir à Dieu des animaux, petits et grands, pour lui rendre hommage et pour rappeler que toute la Création lui appartient.

 

Aux yeux du Christ, ce n’est pas suffisant, car on court le risque de se contenter de pratiques extérieures sans rien changer à sa vie, sans rien changer en son cœur:

C’est l’image du fils qui dit "oui " à son père, mais qui ne bouge pas. Des mots qui sont vides, parce qu’ils ne se traduisent pas par des actes.

 

A l’inverse, l’autre fils, celui qui a dit  "non", est capable de repentir, et lui va donner de sa propre personne.

C’est lui-même qu’il offre en sacrifice.

 

La vraie manière d’accomplir la volonté de Dieu, c’est d’entendre sa volonté et d’agir en conséquence.

Le vrai culte, c’est s’offrir soi-même à Dieu.

 

Tout au long de l’histoire humaine, des hommes et des femmes ont vécu ce culte véritable, ont dit "oui" à Dieu non seulement par leurs paroles, mais aussi par leurs actes.
 

A l'époque de Jésus, c’est Jean-Baptiste.

Le Christ dit de lui: "Jean est venu à vous sur le chemin de la justice", et il ajoute: "Et vous n'avez pas cru à sa parole".

Vous ne vous êtes pas repentis, vous n’avez pas changé.

Votre langue dit  "oui", mais votre cœur dit "non". Votre cœur reste fermé.
 

Aujourd’hui également, il ne manque pas d’hommes et de femmes qui, par leurs paroles et leurs actes, expriment la volonté de Dieu.
 

Je pense par exemple à Mgr Pierre CLAVERIE, qui était évêque d'Oran, et qui a été assassiné, lui et son chauffeur musulman, en 1996.

Quelques mois à peine avant sa mort, Mgr CLAVERIE écrivait:

« L’étranger, l’autre, revêt une importance vitale pour chacun. (...)

Jésus me révèle l’infinie valeur de chaque être humain (...)

Il me donne de reconnaître dans l’autre l’appel à sortir de mes limites et de mon arrogance dominatrice pour découvrir en lui ce qui me manque encore pour être pleinement, authentiquement, généreusement humain » (*).

Ce ne sont pas que des mots.

Alors que la violence se déchaînait en Algérie, Mgr CLAVERIE est resté aux côtés du peuple algérien, il a dit "oui", il lui a offert sa propre vie.
Là est le vrai culte: l'amour vécu jusqu'au bout, à l'image même du Christ.

Et nous, sommes-nous prêts, sinon à donner notre propre vie, du moins à vivre le culte véritable, à dire "oui"  non seulement avec nos mots, mais aussi et d’abord avec notre cœur?
 

(*) Extraits de la préface du « Missel des dimanches 1996 » pages 6 et 7

 

Luc Mazaré, prêtre

Dimanche 10 septembre 2017 - 23ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (18,15-20)

Homélie

Notre monde est divisé.

Comme c'est le cas, parfois, aussi de l'Europe, et ce qui reste ici du hameau de Valchevrière en est un triste témoignage historique.

Notre monde est divisé, et cela touche aussi bien souvent notre pays, nos villages, nos familles, et jusqu'à nos paroisses.
 

Notre monde est divisé, et cette division est source de conflits qui, trop souvent, ne croient pouvoir se régler que par la violence.

Et c'est alors le règne de la guerre, du terrorisme, de l'exclusion.

 

La violence et le rejet de l'autre ne sont jamais une solution, nous le savons tous.

Mais nous sommes pourtant comme enfermés dans ce cycle diabolique qui nous enserre et ne peut que nous détruire comme il détruit l'autre en qui nous ne voyons plus alors qu'un ennemi.

Ennemi l'arabe, le réfugié, et jusqu'à mon voisin qui ne pense pas comme moi.

 

Et c'est la guerre, et c'est l'exclusion.

En voulant détruire l'autre ou l'isoler, c'est nous-mêmes qui nous détruisons et nous isolons.
 

Le Christ nous propose un autre chemin, le chemin de la vie, le chemin du dialogue: si ton frère a commis un péché contre toi, va lui parler. Et si tu n'y arrives pas, prends avec toi deux ou trois personnes pour t'aider.

La force du dialogue.

Je pense à Mme Simone Veil qui nous a quittés récemment.

Oh bien sûr, nous pouvons ne pas être d'accord avec tout ce qu'elle a fait dans sa vie politique.

Mais moi, je veux retenir une chose: simplement parce qu'elle était juive, elle a été déportée en camp de concentration à Auschwitz.

Elle a survécu, alors que tous les membres de sa famille ont péri dans l'enfer de la Shoah.

Simone Veil, et je l'aurais compris, aurait pu s'enfermer dans la haine et la violence.

Mais non, elle a fait tout l'inverse et pris toute sa part dans l'Europe, et notamment dans la réconciliation entre les peuples français et allemand.
 

Le dialogue, nous, croyants y sommes invités par notre évêque, quand il nous demande de nous mettre "à l'écoute de l'Esprit Saint".
 

Je le cite:

" Dans les nombreuses questions qui se posent à notre Eglise, dans ce monde en perte de sens, il est bon de nous mettre à l'écoute de de l'Esprit pour acquérir ou affiner la vision de notre mission, pour tenir le cap, et recevoir la force et l'enthousiasme nécessaires pour avancer. Voilà pourquoi nous avons choisi pour thème d'année "A l'écoute de l'Esprit". Dans l'ordre des réalités de la foi, écouter est nécessaire pour voir, et l'Eglise a besoin de voir pour conduire l'humanité au Christ. Il nous faut voir, à la lumière de Dieu, ce qui se passe dans notre monde, voit les attentes de nos contemporains, voir les objectifs que nous assigne Dieu, voir ce que nous devons faire pour atteindre le but."
 

Oui, c'est chaque jour que nous sommes appelés à l'écoute de l'Esprit Saint pour qu'enfin la paix et la vie l'emportent sur la guerre et la mort.

Et je vous invite à reprendre après moi ce chant issu d'une prière de St François d'Assise:

" Seigneur, fais de nous des ouvriers de paix,

Seigneur, fais de nous des bâtisseurs d'amour "

Luc Mazaré, prêtre