Homélies

Evangile de Jésus-Christ selon St Marc (7, 31-37)

HOMELIE:

Sur l’évangile que nous venons d’entendre, je voudrais vous proposer cinq remarques… et en tirer quelques conclusions.

1° -  : Jésus traverse les territoires de Tyr, de Sidon et de la Décapole.

Tous ces lieux cités sont en terre païenne, non juive.

C’est une manière pour l’évangéliste de nous dire que Jésus s'est aussi manifesté auprès des païens, même si l'essentiel de son ministère s'est exercé en territoire juif.

 

2°- Le malade qu'on présente à Jésus est lui-même un païen.  

Il n'entend rien, et il parle de travers: c'est un peu le regard que les Juifs de l'époque portaient sur les non-juifs.

Eux, les païens, n’entendent rien, puisqu'ils n'ont pas compris qu'il y a un seul Dieu.

Et ils parlent de travers, puisqu'ils n'ont pas vraiment connaissance de la vérité.

 

3° – Un corps à corps.

On demande à Jésus d'imposer les mains à ce malade.

Geste de guérison classique.

Mais Jésus va beaucoup plus loin, jusqu'à un corps à corps: il lui met  les doigts dans les oreilles, et, avec sa propre salive, il lui touche la langue.

Enfin, il « soupire » : il lui donne son propre souffle, sa propre respiration.

En d'autres termes, Jésus s'implique à fond: il fait corps avec nous, il fait corps avec tous, y compris avec un païen, ce qui le rend « impur » au regard de la Loi.

4°- Une parole: "Effata!", "Ouvre-toi".

St Marc insiste sur l'importance de cette parole au point de la citer d'abord en araméen, c’est-à-dire  dans la langue même de Jésus.

"Effata", "Ouvre-toi": plus que d'une guérison, c'est d'une ouverture dont cet homme à besoin.

Une ouverture à Dieu, une ouverture à la vérité de Dieu, une ouverture à la vérité du Christ.
 

5° - enfin, une autre parole, celle des témoins: "Il fait entendre les sourds et parler les muets".

C’est une phrase du Livre d’Isaïe : les païens qui sont là, voilà que, sans même le savoir, ils en arrivent à citer le prophète Isaïe.
 

Quelques conclusions :

- Il n'y a pas des païens et des non-païens, des croyants et des non-croyants, des riches et des pauvres.

Comme nous le rappelle St Paul, Dieu ne fait pas de différences.

Pour lui, comme pour le Christ, il n'y a que des hommes et des femmes, appelés à la même dignité, invités au même Royaume.

Et cela nous renvoie aux différences, aux catégories, que nous, nous faisons entre les uns et les autres.
 

- "Effata", "Ouvre-toi".

Puissions-nous chaque jour demander au Seigneur d'ouvrir non seulement nos oreilles et nos bouches, mais plus encore  nos cœurs et nos esprits au-delà de nos limites.

Puissions-nous chaque jour mieux le découvrir, non pas tel que nous le pensons, mais tel qu'il est, Lui Dieu offert à tous les hommes.
 

- Il lui touche les oreilles, il lui touche la langue.

Puissions-nous chaque jour avoir le courage du contact, au-delà de nos réserves et de nos pudeurs.

Puissions-nous « faire corps » avec tous ceux qui sont marqués par le handicap, la maladie, l’exclusion.

Qu’ils nous soient proches ou qu’ils nous paraissent lointains, comme les païens pouvaient l’être pour les Juifs de l’époque.

Pour la cause de l'homme, pour la cause de Dieu.
 

- Enfin: "Il fait entendre les sourds et parler les muets".

Aujourd'hui encore, des païens, des non-croyants, des pas-comme-nous sont, eux aussi, porteurs de la Parole de Dieu, parfois sans même le savoir.

Puissions-nous chaque jour les entendre.

Puissions-nous chaque jour nous laisser convertir par eux quand ils sont, eux aussi, porteurs de Dieu.

Luc Mazaré, prêtre

Evangile selon Saint Jean (6,60 - 69)

HOMELIE

Le long discours sur le pain de vie s'achève sur un choc et une rupture.

Bon nombre des disciples de Jésus sont choqués par ses paroles: un homme qui prétend donner la vie éternelle... un homme qui prétend donner son corps et son sang en nourriture et boisson, un tel homme ne peut être qu'un mégalomane ou un fou.

Pour eux, désormais, c'est la rupture.

Et les Apôtres eux‑mêmes sont troublés, à tel point que Jésus leur rend leur liberté : " Voulez‑vous partir, vous aussi? ".

Certes, les Apôtres n'ont pas tout compris.

Et ils ne sont pas au bout de leurs surprises, mais la confiance est la plus forte: "Seigneur, à qui irions‑nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle".

Confiance des Apôtres, mais de quelle confiance s'agit-il?

Sont-ils tombés sous le charme d'une sorte de gourou enjôleur et beau parleur?

Ont-ils perdu tout sens critique, au point de boire ses paroles comme du petit lait, sans même chercher à en comprendre le sens?

Non, le doute n'est pas absent de leur pensée, et il subsistera même après la résurrection1, mais la confiance est plus forte.

Elle est plus forte, parce que, eux, les Apôtres, ont vu et suivi Jésus jour après jour.

Ils l'ont vu proche des gens, proche des pauvres, attentifs à leurs besoins, prêt à tout donner, prêt à lui-même se donner pour eux.

Ils l'ont vu: quelqu'un qui donne, et non pas quelqu'un qui prend.

Tout le contraire de ce que nous appelons aujourd'hui un "gourou".

Là est leur confiance.

ET NOUS ?

Pendant plusieurs dimanches, nous avons entendu ces mêmes Paroles de Jésus Quelles sont nos réactions ?

Sommes‑nous choqués Par ces paroles qui constituent un véritable défi à notre raison, à notre intelligence ?

Sommes‑nous en attente ? Intrigués, mais espérant mieux comprendre, mieux savoir ce que Dieu, à travers Jésus, veut nous proposer ?

Les foules qui se pressaient autour de Jésus l'abandonnent maintenant.

Elles ne lèveront pas le petit doigt pour empêcher sa condamnation.

Les Apôtres eux‑mêmes seront absents au moment suprême, au moment de la croix.

ET NOUS ?

Pour peu que nous prenions vraiment au sérieux les Paroles de Jésus, nous risquons bien à notre tour d'être choqués et désorientés.

Et lui‑même le reconnaît quand il dit:

"Personne ne peut venir à moi, si cela ne lui est pas donné par le Père".

Avec un peu de simplicité et beaucoup d'humilité, acceptons de nous mettre au rang des Apôtres,

C'est vrai, nous ne comprenons pas tout.

Je ne comprends pas, et je crois que je ne comprendrais jamais.

Que cela ne nous arrête pas !

Que ]'Esprit Saint nous donne de répondre, comme les Apôtres:

"Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle."

Mais aussi .... que cela ne nous arrête pas dans notre RECHERCHE.

Le Seigneur ne nous demande pas la foi du charbonnier qui accepte tout sans rien comprendre; il nous demande, bien au contraire, d'exercer notre intelligence, notre sagesse, nos capacités, pour toujours mieux le connaître, mieux découvrir le sens et la portée de sa parole, mieux pénétrer la vie qui est la sienne et qu'il nous offre.

Le doute, c'est vrai, peut nous conduire à la rupture.

Mais, dans l'Esprit Saint, le doute est inséparable de la foi.

Ne pas lui faire place, c'est renoncer à la liberté que Dieu lui-même nous a donnée. C'est renoncer à être des hommes et des femmes debout devant Dieu, comme Lui est debout devant nous.

C'est plonger dans l'indifférence, la tiédeur, le non‑sens.

Le doute est inséparable de la foi. Il peut parfois en être le moteur.

En nous incitant à mieux connaître la Parole de Dieu, à chercher sans relâche les signes de sa présence et de son action dans notre monde.

C'est l'exigence même de notre foi.

C'est l'exigence de ces paroles si étonnantes de Jésus:

"Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.

Et moi, je le ressusciterai au dernier jour".

Luc Mazaré, prêtre

1Mt28,17 et//

Evangile selon Saint Jean (6,51 - 58)

HOMELIE

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais le manger et le boire ont une grande importance dans la Bible.

Bon d'accord, il s'agit d'abord d'une nécessité vitale.

Au désert, après la sortie d'Egypte, les Fils d'Israël récriminent contre Moïse, tout simplement parce qu'ils ont faim et soif.

Manger, boire, les premiers besoins de l'homme.

Nous le disons dans le Notre Père: "Donne-nous notre pain quotidien".

Et le Christ lui-même demande à la Samaritaine: "Donne-moi à boire".

Pouvoir manger et boire, c'est la première justice à laquelle tout homme a droit.

Et cela reste vrai pour nous aujourd'hui, comme hier pour les hommes de la Bible.

Mais, manger et boire, c'est également la réalité d'un vivre ensemble.

Pour Abraham, c'est le geste de l'hospitalité.

Aux chênes de Mambré, il accueille trois mystérieux visiteurs –en fait, Dieu lui-même- en leur offrant du pain, du lait, et un veau bien tendre1.

Pour le personnage mythique de Noé, c'est le signe même de la joie.

D'après le récit biblique2, lui, le premier cultivateur et le premier vigneron, lui, Noé, fut, le premier à se saouler à tel point qu'on en gardera le souvenir pendant des générations.

Remarquez, ça n'a pas dû avoir trop de conséquences sur sa santé, puisque, toujours d'après la Bible, il serait mort à l'âge vénérable de 950 ans!

Le manger et le boire, c'est le moment du vivre ensemble, le moment de la rencontre, au-delà parfois de toutes les barrières et convenances préétablies.

Au grand dam de certains3, Jésus lui-même n'hésitera pas à manger avec les publicains et les pécheurs, et même il n'hésitera pas à s'inviter chez Zachée, le collecteur d'impôts.

Pour les rencontrer, pour vivre ensemble , parce que le salut de Dieu est offert à tous: "je suis venu appeler non pas les justes et les pécheurs".

Et comment ne pas penser, dans la parabole du Père et des deux fils, au festin offert en l'honneur du fils perdu et retrouvé?

Parce qu'ils répondent à une nécessité vitale, parce qu'ils sont signes de l'hospitalité, de la joie, du vivre ensemble, de la rencontre, le boire et le manger deviennent une image, un symbole.

L'image, le symbole du Royaume, une image de l'Alliance enfin accomplie de Dieu avec les hommes.

Ce jour-là, écrit le prophète Isaïe4, ce jour-là, "Le SEIGNEUR, le Tout-Puissant, va offrir sur cette montagne un festin pour tous les peuples, un festin de viandes grasses et de vins vieux, de viandes grasses succulentes et de vins vieux décantés."

Le Christ est venu réaliser le Royaume.

Et souvent, il le manifeste par les signes du repas, du manger et du boire, un repas de fête, un repas de noces.

- C'est le repas des noces de Cana, où il apporte le vin nouveau, le vin du Royaume. Les noces de Cana où il est, lui, Dieu venu épouser son peuple.

- C'est le dernier repas avec ses disciples, la sainte Cène, où il s'offre en nourriture et en boisson: "Ceci est mon corps livré pour vous,… Ceci est mon sang versé pour vous".

- C'est le sens profond des paroles que nous venons d'entendre dans l'Evangile: "Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle." "Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui."

Manger, boire, c'est un geste de tous les jours… enfin pour ceux qui en ont la chance. Et c'est de notre responsabilité que tous aient cette chance.

Manger, boire, -sans abuser, comme nous le rappelle St Paul- c'est vivre le temps de la rencontre du partage, de la joie.

C'est offrir l'hospitalité aux hommes de la Terre entière.

Manger, boire, c'est témoigner du Royaume, de Dieu-avec-nous.

Manger, boire, c'est être en communion.

Entre nous, avec Dieu, avec le Christ qui est, lui, vraie nourriture et vraie boisson.

Alors, chaque fois que tu manges, chaque fois que tu bois, fais-le avec respect, avec gravité, parce que c'est Dieu qui t'invite à sa table.

Luc Mazaré, prêtre

1Gn18,1-8

2Gn9,18sq

3Mc2,15sq et //

4Is25,6sq

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (6,41-51)

Homélie

C'est un dialogue de sourds qui s'instaure peu à peu entre Jésus et la plupart de ceux qui l'ont suivi jusque-là.

Jésus a multiplié les pains, il a nourri la foule.

Un peu plus tard, il donne le sens, la signification profonde de son geste:

"Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel".

Mais de telles paroles ne peuvent que choquer: Descendu du ciel? Non mais, pour qui se prend-il celui-là? Allons donc! C'est le fils de Joseph, et c'est tout! Descendu du ciel… tu parles !

Le fils de Joseph. Point. C'est tout, il n'y a pas à sortir de là.

Dialogue de sourds.

Dialogue de sourds entre ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, pas plus loin que la surface des choses et le Christ qui veut aller plus loin, plus profond, plus vrai.

Jésus est fils de Joseph? Oui, sans aucun doute! Au regard de la Loi juive, au regard des hommes, et sans doute à ses propres yeux.

Mais, et c'est ce qui change tout, Jésus est inséparablement Fils de Celui qui l'a envoyé, Fils de Dieu.

Il a ses racines parmi les hommes, et il a également ses racines au ciel.

Inséparablement.

Et ce dialogue de sourds va s'amplifier entre ceux qui ne veulent pas sortir de leurs seules perspectives humaines et le Christ qui, lui, donne sens à tout ce qui fait la vie humaine.

Ce même dialogue de sourds, il pourrait se poursuivre aujourd'hui, de bien des manières.

D'abord, il nous arrive, nous aussi, de ne pas voir plus loin que le bout de notre nez.

Nous avons notre vie, avec ses joies et ses peines, avec ses tracas et ses soucis, alors… pourquoi regarder plus loin?

Dieu? Bôf… ce n'est pas mon problème… pas vraiment.

De manière plus subtile, il nous arrive de séparer, de dissocier notre vie humaine de notre vie de foi.

D'un côté, il y a le travail, les loisirs, la famille, les amis… la vie, quoi.

Et, par ailleurs, il y a Dieu, la foi.

Deux domaines différents, qui n'auraient pas à se rencontrer, qui n'auraient pas grand-chose à voir l'un avec l'autre.

Et pourtant, en Jésus, il n'y a pas cette séparation.

Il n'y a pas d'un côté l'homme Jésus et, de l'autre, le Christ, Fils de Dieu.

Les deux sont inséparablement liés, et c'est bien ce qui choque ses auditeurs.

Jésus qui donne du pain à des foules affamées, Jésus qui se donne en partage dans l'Eucharistie: c'est le même Jésus, la même personne, fils de Joseph et Fils de Dieu.

"Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel."

Nous voilà invités à aller plus loin, plus profond, plus vrai.

Comme le Christ, et en lui, nous avons nous aussi nos racines sur terre et nos racines au ciel. Inséparablement.

C'est notre dignité d'enfants de Dieu, et c'est toute notre vie qui peut en être transformée.

Nos gestes, y compris les plus quotidiens, notre travail, nos loisirs, notre vie de famille, tout cela prend à la fois valeur humaine et valeur divine.

Par ces gestes de chaque jour, nous disons Dieu, le Dieu de Jésus Christ, le Dieu qui a pris racine parmi nous en son Fils.

 

Le pain que nous partageons à la table de famille est aussi le pain de l'Eucharistie.

Celui qui mange de ce pain vivra éternellement.

Luc Mazaré, prêtre

 

Lecture du livre de l'Exode (16,2-4,12-15)

HOMELIE

Quand ils vivaient en pays d'Egypte, les Fils d'Israël subissaient l'oppression. Oh, ils n'étaient pas esclaves, non, mais ils étaient considérés comme des gens inférieurs, des immigrés, des gens qui ne comptent pas.

Et surtout, ils étaient considérés comme une population taillable et corvéable à merci. Toujours les premiers réquisitionnés pour les travaux les plus pénibles, les pieds dans la boue et la tête dans les moustiques.

Esclaves, non pas vraiment. Mais opprimés, oui, à coup sûr.

"J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple",

avait dit Le Seigneur Dieu à Moïse 1.

Et Dieu les a libérés: sous la conduite de Moïse et d'Aaron, il a fait sortir son peuple d'Egypte.

Il lui a fait passer la Mer Rouge pour qu'il échappe à la puissance de Pharaon et de ses armées.

Et il l'a conduit au désert, avec la promesse d'une terre, qu'il pourrait faire sienne.

Mais dans le désert, il n'y a rien, ou presque.

Les Fils d'Israël ont faim, alors ils "récriminent".

En bon français: ils râlent.

Un peu comme les Français aujourd'hui, dont on dit qu'ils sont des râleurs.

Et comme ils n'osent pas râler contre Dieu –on ne sait jamais-, ils s'en prennent à ces deux hommes que Dieu leur a donné pour les conduire: Moïse et Aaron.

Après tout, eux, ce ne sont que des hommes.

Tout au long des siècles, le peuple juif aura gardé mémoire de ces événements, quitte d'ailleurs à transformer quelques détails de la réalité historique.

La réponse de Dieu, ce sera la manne, cette nourriture fragile qu'on ramasse au matin, mais qui pourrit, dès le soir venu.

Dans cet épisode: ne faim, un malentendu, une défiance.

- Une faim.

La plus radicale qui soit: la faim du ventre, tout simplement.

- Un malentendu.

Dieu a libéré ses enfants de l'oppression, mais ses enfants l'ont déjà oublié et regrettent déjà une vie qui n'était pourtant pas si rose.

- Une défiance.

Tu veux notre mort. Tu as perdu notre confiance.

Plus tard, par défiance encore, les Fils d'Israël se chercheront d'autres dieux et se construiront une idole, un veau d'or.


 

J'ai l'impression que, aujourd'hui, en 2018, nous en sommes parfois au même point avec Dieu: une faim, un malentendu, une défiance.

- Une faim.

Oui, nous avons faim. Mais faim de quoi?

Faim de pain? Pas pour la plupart d'entre nous, dans cette église.

…Même si le scandale de la faim se poursuit aujourd'hui encore sur une bonne part de notre planète.

Alors nous, de quoi avons-nous faim? Très certainement, nous avons tous faim d'amour, d'amitié, de reconnaissance, de dignité.

Mais encore? Avons-nous faim de Dieu?

Ou sommes-nous des rassasiés, les rassasiés de Dieu, les repus de Dieu?

Quelles sont nos faims aujourd'hui?

- Un malentendu.

Trop souvent, quand nous nous tournons vers Dieu, c'est pour lui demander de répondre à nos questions. Nous le mettons en cause, et parfois avec raison, mais sans nous remettre en cause nous-mêmes. Trop souvent, nous lui demandons de suivre notre chemin sans vouloir reconnaître le chemin que lui nous propose.

Un malentendu: nous voulons forger Dieu à notre image plutôt que de nous laisser forger au feu de son amour.

- Une défiance.

Qui sont vraiment nos dieux aujourd'hui?

Qu'est-ce qui nous fait vivre?

Qu'est-ce qui nous tient vraiment à cœur?

Laissons-nous interroger.


 

Et laissons-nous interroger aussi par la parole du Christ:

"Celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim;

celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif".

Là est notre confiance: la confiance en Celui qui, seul, peut nous combler au-delà de toute espérance.

La confiance en celui qui est notre pain, le pain de la vie.

Luc Mazaré, prêtre

1 Exode 3,7

Lecture du deuxième livre des Rois (4,42-44) - Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (6,1-15)

HOMELIE

Les textes nous proposent aujourd'hui de faire un lien.

Un lien entre la multiplication des pains au temps du prophète Elisée et le récit de la multiplication des pains, tel que nous le propose l'évangéliste St Jean.

Quelques traits communs.

D'abord,

les deux récits se passent en terre non juive, en territoire païen.

Tiens! Les dons de Dieu ne sont pas réservés aux siens, aux membres de son peuple, ou plus exactement à ceux qui croient être les seuls membres du peuple de Dieu.

Juifs, non juifs, croyants, non croyants, tous bénéficient des dons de Dieu.

Et cela n'a pas fini de nous étonner, nous, chrétiens, qui nous considérons facilement comme propriétaires de "notre" Dieu.

Autre sujet d'étonnement:

le peu de moyens pour la tâche à accomplir.

Dans le récit d'Elisée, vingt pains d'orge pour cent personnes.

Dans l'évangile, cinq pains et deux poissons pour cinq mille hommes.

Mais… c'est la même chose aujourd'hui!

A travers le monde, combien sont-ils aujourd'hui à souffrir de la faim ou de la malnutrition? En 2017, d'après la FAO, ils étaient 815 millions. 1

Alors moi, tout seul, qu'est-ce que je peux faire devant tout ça?

D'autant plus qu'il y a aussi, et tout proches de moi, ceux qui ont faim d'amitié, faim d'affection, faim de vivre, faim de Dieu.

Moi, tout seul, qu'est-ce que je peux faire?

Autre trait commun: l'abondance du don de Dieu.

Dans les deux récits, une fois le pain multiplié et partagé, il y a des restes, du rab, du surplus.

L'Evangile va même jusqu'à préciser: "ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restaient".

Ne me demandez pas comment, ne me demandez pas non plus comment le pain a été multiplié.

Les textes n'en disent rien: ça c'est l'affaire de Dieu.

Tout ce qui compte, c'est que quelqu'un a osé, a pris le risque de partager si peu de choses pour tant de gens.

Dans l'évangile, c'est ce jeune garçon, avec ses cinq pains et ses deux poissons. Lui, il a osé, il a donné, il a partagé.

Et ce partage a produit beaucoup plus que ce qu'on pouvait en attendre.

Dans le fond, est-ce que ce n'est pas un peu la même chose chaque fois que moi, j'ose partager?

Le don de Dieu va bien au-delà de ce que je peux imaginer.
 

Les deux récits, celui de l'Ancien Testament et celui du 4° évangile ont donc bien des points communs.

Mais l'évangile présente une particularité:

le geste de Jésus est présenté comme un "signe".
 

Non pas un miracle, mais un "signe".

Dans la Bible, le miracle est souvent le fruit d'un acte de foi.

A l'inverse, dans l'évangile de St Jean, le "signe" provoque l'acte de foi.
 

Encore que… de quelle foi s'agit-il?

A la vue du signe, les gens disent de Jésus:

"C'est vraiment lui, le prophète annoncé"

Mais en même temps, ils veulent s'emparer de lui pour un faire "leur" roi, …et le Christ est obligé de s'enfuir.
 

Notre foi, elle est comme celle des foules de l'Evangile: elle a sans cesse besoin d'être affinée, ajustée.

Nous avons toujours besoin de redécouvrir qui est vraiment le Ressuscité.

En étant attentifs aux "signes" qu'il nous donne aujourd'hui.

Luc Mazaré, prêtre

1 Contre 777 Millions en 2014

Evangile selon Saint Marc (6,30 - 34))

HOMELIE

En Palestine, au sixième Siècle avant Jésus Christ, le Royaume du Nord a été anéanti il y a belle lurette 1.

Mais le petit Royaume du Sud, autour de Jérusalem, semble maintenant lui aussi menacé: les autorités civiles et religieuses sont pourries, le Peuple de Dieu est délaissé… on court à la catastrophe.

Un homme de Dieu, le prophète Jérémie, annonce que cette catastrophe va se produire. Elle est inéluctable 2, mais elle ne restera pas sans lendemain: Dieu lui-même va prendre son Peuple en charge: "Je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis (…) Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront" .

Mais la promesse met du temps pour se réaliser.

Premier siècle de notre ère: sur cette même terre de Palestine, la situation est toujours aussi désespérée.

Le pays est occupé par les armées romaines, les responsables sont divisés en divers clans qui se haïssent, s'opposent et se déchirent.

Une fois encore, le Peuple de Dieu est délaissé, abandonné.

Un homme, Jésus de Nazareth, entouré de quelques disciples, parcourent la région, annonçant un autre Royaume, une autre Parole, une autre Consolation.

Aujourd'hui, 20 siècles plus tard, qu'en est-il exactement?

Où est-il, ce Royaume promis par le Christ?

Cette Parole qu'il a semée, qu'est-elle devenue?

Et quelle consolation peuvent attendre celles et ceux qui habitent le pays d'Israël ou les régions voisines?

Et quelle consolation pour tous ceux qui, à travers le monde, sont obligés de fuir leur pays pour échapper à la guerre, à la violence, à la misère?

Aujourd'hui, les foules, elles, elles sont toujours là.

Et pas seulement en Israël ou en Palestine, mais dans le monde entier.

Toujours aussi perdues, toujours en quête d'espoir, mais si souvent abandonnées au désespoir.

D'Asie en Afrique, et au cœur même de nos sociétés occidentales, des foules entières attendent une Parole. Une Parole d'Amour. Une Parole d'espérance.

Mais qui va leur donner cette Parole?

Frères et sœurs, aujourd'hui, nous, baptisés, nous sommes tous les successeurs de ces disciples qui entouraient Jésus et portaient sa Parole aux foules.

Tous: bon catholiques ou chrétiens d'occasion, riches ou pauvres, nous sommes tous les disciples de Jésus, et c'est à nous d'annoncer sa Parole.

Si nous ne le faisons pas, qui le fera?

Bien sûr, comme les disciples de l'Evangile, nous avons fait notre part de travail. Comme eux, nous sommes fatigués, et nous n'aspirons qu'à un peu de repos, un peu de vacances pour certains.

Oui, mais les foules sont là.

Le grand cri du monde s'élève tout autour de nous: le cri des affamés, le cri des mal-aimés, le cri des paumés.

Le cri de tous ceux qui sont abandonnés, délaissés.

Et nous aurions beau nous boucher les oreilles, ce cri parviendrait encore jusqu'à nous.

Comment y répondre? Quelle Parole apporter ?

Revenons un instant à l'Evangile, et, plus précisément à l'attitude de Jésus.

" Il fut saisi de compassion envers eux."

Littéralement: "Il fut pris aux entrailles".

"Et il se mit à les enseigner longuement…"

Que leur a t-il dit? Quelles ont été à ce moment-là, les paroles de Jésus?

Mystère: l'Evangile n'en dit rien.

Il n'en dit rien parce que ce n'est pas l'essentiel.

L'essentiel, le plus important, c'est qu'il a été là, avec son cœur, avec ses tripes: il a été présent, il s'est rendu disponible.

Et là, tout est dit!

Aujourd'hui, il ne nous est pas demandé autre chose!

N'allons pas faire des belles phrases, concocter des beaux discours.

Ce n'est pas ce que "les foules" attendent de nous, mais simplement une présence, une disponibilité.

Devant l'enfant qui attend qu'on s'occupe de lui, devant l'ami blessé, devant celui qui a dû fuir son pays, devant tous ceux qui souffrent aujourd'hui, sachons simplement nous rendre disponibles, et laissons parler notre cœur.

Sans calcul, sans attendre de retour.

Mais avec l'assurance que si nous parlons avec notre cœur, c'est le Christ lui-même qui parlera par notre bouche.

Luc Mazaré, prêtre

1 En -722 ou -721

2 Jérusalem sera prise en -687 ou -686. Par vagues successives, le peuple sera déporté à Baylône.

Lecture du livre du prophète Amos (7,12-15) - Evangile de Jésus Christ selon saint Marc (6,7-13)

HOMELIE

Notre Dieu est un séducteur. 1

8° siècle avant Jésus-Christ: la terre de Palestine est divisée en deux.

Au nord, le Royaume d'Israël: terrains fertiles, grandes propriétés.

C'est la richesse… mais aussi l'injustice pour ceux qui n'ont pas la chance de profiter du système, notamment les ouvriers agricoles embauchés à la journée, mal payés, exploités, miséreux.

Au sud, le minuscule Royaume de Juda, autour de Jérusalem.

Là, c'est autre chose: terrains arides et escarpés… On s'en sort comme on peut.

Et dans ce Royaume du Sud un homme, Amos.

Il garde les bœufs 2 et soigne les arbres 3. Bref, c'est un petit, un pauvre.

Et voilà que Dieu va le séduire.

Il va le saisir quand il était "derrière son troupeau" pour l'envoyer vers le Nord, vers les gens riches.

Et ce brave Amos se laisse séduire.

Il part là où Le Seigneur l'envoie accomplir la mission qui lui est confiée.

Au nom du Seigneur, il dénonce l'injustice des riches et l'hypocrisie complice des prêtres complaisants.

Même si cela lui fait mal. Même si son message est mal accepté.

 

Notre Dieu est un séducteur.

Des siècles plus tard, sur cette même terre de Palestine, surgit un autre homme, Jésus de Nazareth.

Lui aussi parle au nom du Seigneur Dieu.

Et quelques hommes se sont mis à sa suite, séduits par ce Jésus, séduits par la force de sa Parole et de ses actes.

Ce sont ces disciples que Jésus envoie deux par deux porter à d'autres son message, son amour.

Et aujourd'hui?

Nous qui sommes ici, n'avons-nous pas été séduits par Dieu?

Y a t-il une autre raison à notre présence ici dans cette église?

Oui, nous aussi, nous avons été séduits!

 

Notre Dieu est un séducteur,

mais pas un séducteur comme les autres.

D'abord, les moyens qu'il utilise sont pour le moins inhabituels.

Ainsi, il ne commence pas par nous flatter.

Au contraire, il nous demande de changer de vie!

Envoyés en mission, les disciples "proclamaient qu'il fallait se convertir".

Ensuite, il ne commence par nous combler de petits cadeaux, de présents pour nous amadouer.

Au contraire, il nous dépouille!

Les Apôtres en mission n'ont ni pain, ni sac, ni argent, mais seulement des sandales et un bâton pour la route.

Enfin, les buts qu'il poursuit ne sont pas ceux d'un séducteur ordinaire.

Ce qu'il nous propose, ce n'est pas la facilité, mais l'exigence de l'Amour, vrai chemin de Vie, mais qui passe par le chemin de croix..

Ce qu'il se propose, ce n'est pas de nous posséder, de nous asservir, mais de nous rendre libres et de nous donner en partage sa gloire et son bonheur, comme le rappelle le psaume: "La gloire habitera notre terre."

 

Alors, sommes-nous prêts à nous laisser séduire

par le Dieu de Jésus-Christ?

Aujourd'hui comme hier, certains lui tournent le dos.

Peut-être pour ne pas se laisser entraîner trop loin.

Peut-être parce qu'ils préfèrent les plaisirs immédiats au bonheur exigeant du Royaume.

Peut-être parce que leur cœur est rebelle à toute entreprise de séduction.

D'autres, c'est vrai, ne le connaissent pas. Ou si peu, ou si mal.

Nous n'avons peut-être pas su leur montrer, leur révéler le vrai visage d'amour et de liberté de notre Dieu.

 

Qu'à cela ne tienne!

Aujourd'hui comme hier, Le Seigneur nous envoie.

Sans pain, ni sac, ni argent, mais avec son seul amour.

Car si Dieu veut nous séduire, c'est simplement parce qu'il nous aime, et qu'il a confiance en nous, plus que nous n'avons confiance en nous-mêmes.

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Ce terme fait référence notamment à Jérémie 20,7: "Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit " et à Osée 2,16: "mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur."

2 "Bouvier": Amos serait un ouvrier agricole, gardien de troupeaux ne lui appartenant pas. Mais le 1° verset du 1° chapitre le définit comme "un des éleveurs de Teqoa", ce qui le qualifierait comme propriétaire de son troupeau. Va comprendre… Ce qui parait plus certain, notamment avec la mention de Teqoa, situé à 9 km de Jérusalem, c'est qu"Amos était du Royaume de Juda (Royaume du Sud) et qu'il a porté son témoignage dans le Royaume de Samarie (Royaume du Nord)

3 "Je pinçais les sycomores"… drôle de métier ! L'arbre en question est en fait un sycomore-figuier, comme tous ceux cités dans la Bible (y compris l'arbre sur lequel monta Zachée pour voir Jésus). C'est un arbre cultivé depuis 3000 ans en Egypte. D'après la TOB, ses fruits servaient à l'alimentation du bétail. On en pinçait la tige pour en hâter la maturité. C'était donc pour Amos un travail lié à celui de bouvier

Evangile selon Saint Marc (6,1 - 6)

HOMELIE

Moi, les histoires de famille…

Moins je m'en mêle, et mieux je m'en porte!

Oh, pas d'abord par paresse, mais parce que c'est en général tellement compliqué.

Trop souvent, à vouloir arranger les choses, on ne fait que les envenimer.

Ne serait-ce qu'au sein de notre propre famille.
 

En tout cas, Dieu lui-même semble avoir des problèmes de famille, et des gros!

C'est d'abord son peuple, le Peuple de Dieu qu'il qualifie de: "nation rebelle qui s'est révoltée contre moi". Ouf! Rien que ça!

C'est ensuite son Fils, son Fils unique, qui n'arrive pas à se faire entendre dans son propre village.

Et même St Paul, le dévoué St Paul, qui reconnait avoir en sa chair "une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler".
 

Revenons à l'Evangile.

Apparemment, et au moins depuis le début de son ministère public, Jésus n'habite plus à Nazareth, le village de son enfance, mais à Capharnaüm dans la maison de Simon-Pierre.

Cela se comprend aisément: Capharnaüm est une ville-carrefour, alors que Nazareth reste un village paumé, à l'écart de tout.

En plus, visiblement, ça ne se passe pas très bien entre Jésus et sa famille: on veut le faire enfermer parce que, pense-t-on, "il a perdu la tête 1"

Malgré tout –et c'est le texte que nous venons d'entendre- Jésus revient dans son village.

Et là, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il fait un gros flop.

Bon… l'évangile essaie d'atténuer un peu les choses: beaucoup sont "frappés d'étonnement",

Mais la réalité est là.

On ne l'écoute pas, il ne peut faire aucun miracle, et lui-même s'étonne de leur manque de foi.

Histoire de famille?

Oui, et qui préfigure le rejet du Christ par son propre peuple.

"Un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa parenté, et sa maison".

Mais il y a plus: Jésus découvre sans doute peu à peu que sa mission l'appelle plus loin, au-delà des barrières et des frontières:

"Alors, il parcourait les villages d'alentour en enseignant".

Et sa mission sera universelle, pour les hommes du monde entier, et de tous les temps.

Reste que… histoire de famille quand même.

Nous sommes aujourd'hui enfants de Dieu.

Par notre baptême, frères et sœurs de Jésus Christ.

Partageant la même dignité.

Avec lui et en lui, ressuscités.

Mais quelle sorte de famille sommes-nous réellement?

Une famille ouverte, accueillante, ou au contraire une famille fermée sur elle-même, renfrognée sur ses propres problèmes, incompréhensible et inaccessible pour les autres?

Je me demande si nous ne sommes pas nous aussi, et je me mets dedans, un "peuple de rebelles".

Rebelles à la Parole de Dieu, aux exigences de l'amour, rebelles à l'Evangile du Christ, Jésus notre frère.

Tant de paroles du Christ nous choquent, nous heurtent ou, à tout le moins, nous paraissent inaccessibles:

"Aimez vos ennemis"

"Va, vends tout ce que tu as et suis-moi"

"Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés".

Ces paroles, et tant d'autres nous paraissent tellement radicales que, bien souvent, nous préférons ne pas les entendre, ou alors, comme les proches de Jésus, nous nous disons simplement: "Il a perdu la tête".

Pourtant, c'est vrai, Jésus nous aime, plus que nous n'aimons notre propre famille.

Il nous a aimés jusqu'à la croix.

Il nous a aimés jusqu'au matin de Pâques.

Et là, tout simplement, il nous dit:

"Allez, viens, je t'attends. Parce que tu es de ma famille, parce que tu es mon frère, ma sœur.

Parce que je t'aime."

 

Crois seulement: ma puissance donne toute sa mesure dans ta faiblesse.

Luc Mazaré, prêtre

1 Mc3, 20-21

Livre de la Sagesse (1,13-15; 2,23-24)

HOMELIE

Désolé pour ceux d'entre nous qui arrivent juste en vacances, et qui, c'est bien normal, aspirent à un moment de repos.

Poser les valises, et un temps, ne serait-ce qu'un temps seulement, pouvoir laisser de côté tous les problèmes et toutes les questions qui assaillent notre vie chaque jour.

Et bien pas de chance aujourd'hui, et je vous assure que ce n'est pas de ma faute!

Quand j'ai commencé à me plonger dans les lectures qui nous sont proposées pour ce 13°dimanche, je suis tombé sur cette phrase, la première que nous venons d'entendre dans le Livre de la Sagesse.

"Dieu n'a pas fait la mort,

il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants."

Ah bon…

Pas de chance, alors que nous aspirons au repos, nous voilà interpellés sur nos questions essentielles: la vie, la mort, et Dieu dans tout ça…

Tu parles de vacances!

D'autant plus que, quand même… "Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants" … ça laisse rêveur…

Bon d'accord: Dieu "ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants."

C'est vrai…

L'Evangile nous présente le Christ relever de la mort la fille de Jaïre et guérir une femme que sa maladie coupait du monde et donc de la vie.

Pour ça, d'accord, mais… "Dieu n'a pas fait la mort"

Ah bon, mais si ce n'est pas lui, c'est qui?

Dieu a tout créé, mais ce n'est pas lui qui a créé la mort?

Alors là, je ne comprends pas.

Le Livre de la Sagesse, lui, a une belle réponse:

"C'est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde".

Très bien, ça au moins, c'est clair, c'est net, c'est précis.

C'est donc "le diable" qui a créé la mort?

Mais je croyais que c'était Dieu qui avait tout créé?

Ou alors, "le diable" est Dieu, lui aussi?

S'il en va ainsi, nous, nous ne sommes rien.

Rien d'autre que les victimes innocentes d'une guerre sans merci que se livrent deux divinités: d'une part "Dieu", le créateur de la vie, et d'autre part "le diable", créateur de la mort.

Si c'est comme ça, je vous avoue franchement que ça ne m'intéresse pas beaucoup, que je préfère m'en aller tout doucement, sur la pointe des pieds, et laisser "Dieu" et "le diable" régler leurs petites affaires entre eux.

La vie pourtant semble bien nous dire que c'est comme ça.

La fille de Jaïre, morte à l'âge de 12 ans… cette femme atteinte d'une maladie incurable qui en fait une morte vivante... Mais c'est exactement ce que nous voyons chaque jour !

Je l'ai déjà dit, je le répète, la mort d'un enfant sera toujours pour moi un scandale.

Le scandale le plus fort qui puisse jamais exister.

Ca, moi, je ne l'accepterai jamais. Jamais.

Et il y a d'autres scandales encore: la souffrance, l'isolement, un couple qui se déchire, la guerre, la misère… tous les échecs de notre vie personnelle ou collective.

Comment comprendre? Ce sont "les dieux" qui se bagarrent là-haut, et nous qui payons les pots cassés?

C'est l'apparence en tout cas, bien souvent, et il y a franchement des moments où le découragement peut nous gagner…

Pourtant, je n'arrive pas à me résoudre à cette manière de penser.

Quand je le vois le Christ relever la fille de Jaïre, quand je le vois guérir cette femme incurable, je crois, j'ai la conviction qu'il nous invite… à l'espérance.

L'espérance… voir plus loin que le bout de notre nez.

Savoir, comprendre, qu'il n'y a qu'un seul Dieu, le Dieu de la vie.

Oh, certes, la mort est bien là, bien présente.

Sous toutes ses formes, y compris la plus scandaleuse, la mort d'un enfant, y compris pour le Christ et le scandale de sa mort sur la croix.

La mort est bien là, et Dieu l'a permise, Dieu l'a créée.

Mais pas comme une fin en soi, comme un passage, comme une naissance.

En relevant la fille de Jaïre, en guérissant cette femme incurable, en passant lui-même par la mort et le matin de Pâques, le Christ nous invite à la confiance, à l'espérance au-delà des apparences.

La mort n'est rien: elle est passage, Pâques, naissance.

Même si elle est toujours synonyme de scandale et de souffrance, la mort n'est rien, elle n'existe pas comme telle: elle n'est pas ouverte sur elle-même, mais sur la vie.

Comme l'embryon meurt à lui-même, passe par la douleur de la naissance pour devenir un enfant.

Comme je suis mort à l'enfant que j'étais pour devenir adulte.

Comme le grain de blé tombé en terre meurt pour donner du fruit en abondance. 1

Notre liberté, c'est d'accepter cette vie, de nous battre toujours et partout pour la vie.

Notre espérance, notre confiance, c'est qu'au-delà de nos petites morts, et au-delà de notre mort en ce monde, c'est la vie qui toujours l'emporte.

Parce qu'il n'y a qu'un Dieu, le Dieu de la vie.

Luc Mazaré, prêtre
 

1 cf. Jean 12,24

Evangile selon Saint Luc (1, 57 - 66, 80)

HOMELIE

A son époque, la notoriété de Jean le Baptiste était plus importante que celle de Jésus de Nazareth.

On a même quelques raisons de penser qu'il y a eu une certaine rivalité entre les disciples de Jean et ceux de Jésus.

Après tout, c'était normal: les deux hommes s'étaient connus.

Jésus avait reçu le baptême de Jean.

Et, très probablement, Jésus a d'abord été un de ses disciples avant de voler de ses propres ailes.

Et chacun sait que Jean le Baptiste, au moins à un moment de sa vie, a douté de Jésus: "Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre?", lui a t-il fait demander du fond de la prison où il avait été jeté 1.

Alors, Jésus et Jean le Baptiste, même combat ou deux paroles différentes?

L'évangéliste St Luc a sa manière bien à lui de répondre à cette question: il construit son récit de manière à mettre en parallèle les deux naissances, celle de Jean et celle de Jésus 2.

Un peu une façon de nous dire: regardez, ces deux vies ont la même source, elles se ressemblent; en fait, elles se complètent.

Il ne sert à rien de vouloir opposer Jésus à Jean-Baptiste: ils sont ensemble témoins et acteurs de la même manifestation du salut de Dieu, mais ils le sont chacun à sa manière, chacun dans son rôle.

Et je voudrais retenir trois enjeux: les circonstances de ces deux naissances, les noms donnés à chacun de ces enfants, et leur devenir.

Les circonstances: dans les deux cas, il s'agit de naissances miraculeuses.

Zacharie était trop vieux, Elisabeth aussi, et en plus, elle était stérile!

Mais Dieu veut la vie et leur a donné cet enfant qu'ils ne pouvaient pas avoir.

La naissance de Jésus est également miraculeuse: né d'une vierge, conçu de l'Esprit Saint.

Mais, cette fois, ce n'est pas seulement à un couple, mais au monde entier que Dieu a donné cet enfant.

Et dans le fond, une naissance n'est-elle pas toujours un miracle, un don de Dieu à notre monde?

Les noms donnés aux enfants.

 

- "Il s'appellera Jean".

Dans la Bible, le nom de quelqu'un, c'est bien plus que son état-civil: c'est une manière de dire qui il est vraiment, quelle sera sa personnalité profonde.

Parents et amis veulent que l'enfant de Zacharie porte le même nom de son père. C'est la tradition, comme dans certains villages de nos campagnes il y a encore peu de temps.

Mais…: "Il s'appellera Jean", dit sa mère.

"Jean est son nom", écrit son père.

Jean: un nom qui signifie "Dieu a pitié, Dieu fait grâce".

Et c'est là toute la vie de Jean, la mission qui lui sera confiée: par le baptême de conversion, il ne cessera de dire que Dieu est pitié, que Dieu fait grâce à ceux qui se tournent vers lui.

 

- Chose étrange: dans l'évangile de St Luc, ce n'est pas Joseph, son père, mais Marie sa mère, qui donnera un nom à son enfant: "Tu l'appelleras du nom de Jésus", lui avait dit l'ange Gabriel 3.

Jésus: ce nom signifie "Dieu sauve".

Là encore, tout un programme: toute la mission de Jésus sera de manifester et de réaliser le salut de Dieu.

Et nous, quel que soit le nom que nous avons reçu à notre baptême, nous sommes appelés, tous, à être aussi des Jean et des Jésus.

Appelés à dire que Dieu fait grâce, appelés à témoigner de son salut.

Le devenir des deux enfants, Jean et Jésus.

"Que sera donc cet enfant ?", se demandent parents et proches de Jean. Et c'est vrai que sa vocation sera hors du commun.

L'évangéliste prend soin de préciser: "la main du Seigneur était avec lui".

Avec le Seigneur, main dans la main…

 

Pour Jésus, il en va un peu autrement.

Le jour de sa circoncision au Temple de Jérusalem, c'est le vieillard Syméon qui évoquera pour Marie le destin de l'enfant:

"Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël: il sera en butte à la contradiction. Et toi-même, une épée te transpercera le cœur" 4.

Marie est toute étonnée de ces propos.

Mais le chemin de Jésus, comme celui de Jean, passera par la mort, et une mort violente, en raison de leurs paroles de vie.

L'un aura la tête tranchée, l'autre sera crucifié.

Jésus et le Baptiste: deux hommes si proches que l'évangéliste en fait des cousins.

Mais ils sont bien plus que cela: ils sont frères jusque dans leur mort.

 

Comme nous sommes frères de Jésus Christ…et frères du Baptiste.

Luc Mazaré, prêtre

1Luc 7,18-23

2Luc 1,5-2,21

3Luc 1,31

4Luc 2,34

Evangile selon Saint Marc (4,26 - 34)

HOMELIE

Quand nous prions le Notre Père, que demandons-nous à Dieu?

Essentiellement: "Que ton Règne vienne ".

Et cela nous parait si important que nous le demandons à trois reprises:

- Que ton nom soit sanctifié

- Que ton règne vienne

- Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
 

Mais… n'oublions pas que cette prière ne vient pas de nous, mais qu'elle nous a été donnée.

Donnée par Jésus, le Christ.

Autrement dit, c'est lui, le Christ, qui aimerait que notre cœur soit essentiellement tourné vers le Père, et vers la pleine manifestation de son Règne sur notre terre.
 

Ah, Le moins qu'on puisse dire, c'est ce que ce n'est pas encore joué, tant le cœur des hommes semble davantage accaparé par l'intérêt personnel, la peur ou la lâcheté, que par le Règne de Dieu !

Je n'en veux pour preuve que la valse-hésitation de différents gouvernements européens –dont le nôtre- concernant l'éventuel accueil des migrants entassés sur l'Aquarius.

Ben oui, quoi, l'autre, le pauvre, l'étranger, qu'avons-nous à en faire?

Alors, on essaie de le refiler à d'autres.

A chacun ses problèmes… Laissez-moi tranquille…

Après tout, j'ai "mes" pauvres, moi aussi !

Alors, franchement: "Que ton règne vienne": est-ce vraiment notre priorité? Sommes-nous convaincus de ces paroles que nous disons dans notre prière?

Pour nous, la tentation peut être alors de baisser les bras, de simplement vaquer à nos seules occupations personnelles et familiales, sans d'abord mettre au centre de notre vie Dieu et son règne… et de façon immédiate et concrète nos frères et sœurs en humanité, surtout les plus fragiles, comme l'a été le Christ notre Dieu.

Ce qui ne nous empêchera pas de continuer à réciter le Notre Père sans trop réfléchir au sens des mots que nous prononçons.

"Que ton règne vienne"

Les lectures de ce jour, heureusement, viennent raviver notre confiance et notre espérance.
 

La confiance.

C'est ce à quoi nous invite St Paul, au-delà de nos pesanteurs: "Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision".

C'est ce à quoi nous invite le Seigneur par la bouche d'Ezékiel: "Je relève l'arbre renversé, je fais reverdir l'arbre sec".

La confiance, mais peut-être plus encore l'espérance.

Et ce sont les deux petites paraboles du Royaume que nous propose le Christ:

- Que le semeur "dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment"

- Et le Règne de Dieu est comme une graine de moutarde, la plus petite des semences: "Quand on l'a semée, elle grandit et dépasse toutes plantes potagères (…) si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre".
 

Notre espérance, c'est de savoir que le Règne de Dieu est semé dans le cœur de tous les hommes, qu'il encore en germe, mais qu'il grandit, même si nous ne savons pas comment.

La semence du Royaume germe et grandit par elle-même.

Est-ce à dire que nous n'avons rien d'autre à faire que de dormir, ou rester sur le bord du chemin à regarder tranquillement le Règne sortir de terre ?

Bien sûr que non, car Dieu compte sur nous.

Parce qu'il nous aime et nous respecte, parce qu'il attend de nous que nous prenions une part active à la manifestation de son Règne, comme l'ont fait Ezékiel, Paul, et tant d'autres avec eux et après eux.

 

Et c'est la deuxième partie du Notre Père que nous a donné le Christ Jésus:
 

- Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour

Oui, Seigneur, donne-nous ton pain, ta Parole, ton corps ressuscité.

Et donne-nous le courage de savoir les partager, comme tu l'as fait.

Pour que, dès aujourd'hui, ton Règne soit manifesté.

 

- Pardonne-nous nos offenses,

comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés

Seigneur, tu le sais, nous ne savons pas pardonner, car toi seul est Pardon.

Donne-nous d'accueillir ce pardon en pardonnant à notre tour, et en accueillant le pardon des autres.

Pour que dès aujourd'hui, ton Règne soit manifesté.
 

- Et ne nous laisse pas entrer en tentation

Seigneur, donne-nous de savoir accueillir l'autre, quel qu'il soit, comme tu as accueilli la femme pécheresse, le publicain Zachée, le centurion romain, et d'autres encore.

Toi qui as ouvert les bras sur la croix, permets que jamais dans les épreuves, nous ne baissions les bras.

Pour que dès aujourd'hui, ton Règne soit manifesté.
 

- Mais délivre-nous du Mal

Seigneur, ne nous laisse pas tomber dans les mains du Satan, des séductions du paraître, du pouvoir, de l'argent.

Et délivre-moi du mal que je fais à d'autres.

Pour que dès aujourd'hui, ton Règne soit manifesté.
 

Oui, Seigneur, dès aujourd'hui, que ton règne vienne !

 

Je voudrais terminer en nous invitant à dire ensemble le Notre Père, comme nous le ferons aussi tout à l'heure.

Ensemble et dans l'Esprit Saint, en le disant lentement, en essayant de penser à chacun des mots que nous allons prononcer.

Nous ferons ensuite un bref temps de silence pour accueillir en nous ces paroles que nous aurons prononcées.

Parce que Dieu nous a donné la dignité de prier debout, nous nous levons, et, dans l'Esprit Saint, les mains ouvertes en signe d'accueil du Règne de Dieu, et avec les mots que nous a confiés le Seigneur Jésus Christ, nous disons:

Notre Père ...

Luc Mazaré,  prêtre

Evangile de Jésus Christ selon st Marc (3,20-35)

La répartition de l'année liturgique, et notamment la date fixée pour Pâques, fait qu'il est bien rare de célébrer ce 10° dimanche du temps "ordinaire".

Heureusement! Car le texte d'évangile qui nous est proposé est dur, très dur, et, à première vue, un peu incompréhensible.

Il se présente en trois scènes successives.

 

1°Scène: LA FAMILLE DE JESUS.

Ah, nous sommes loin des images d'Epinal, loin des représentations habituelles et gentillettes de la "sainte famille".

Ici, la famille de Jésus veut s'emparer de lui parce qu'il a, selon eux, "perdu la tête".

Cette petite scène ne se trouve que dans l'évangile de Saint Marc 1.

C'est peut-être un indice.

Jésus s'est installé dans la maison de Pierre, à Capharnaüm. C'est là qu'il vivra le plus souvent, au long de son ministère public.

L'évangéliste, proche de l'apôtre Pierre, se fait sans doute l'écho des frictions entre le groupe des Apôtres et la famille de Jésus, frictions qui ont existé au long de cette vie publique et se sont peut-être poursuivies dans les tout premiers temps de l'Eglise.

Mais surtout, l'évangéliste veut signifier que Jésus est rejeté par ses plus proches, par sa parenté, comme il sera rejeté par son village de Nazareth 2.

Jésus dira alors: " Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents et dans sa maison" .

 

2°Scène: LES SCRIBES VENUS DE JERUSALEM

Eux aussi rejettent Jésus et veulent le disqualifier.

Les scribes, interprètes de la Bible, de la parole de Dieu, représentent l'opinion officielle du pouvoir politique et religieux.

Ils rejettent Jésus et veulent le disqualifier aux yeux de la foule en l'accusant de sorcellerie.

Jésus répond en démontant point par point cette accusation, mais je ne commenterai pas ses arguments.

 

3°Scène: LA VRAIE FAMILLE DE JESUS.

Retour de la parenté de Jésus. Mais désormais, un peu comme les scribes, elle fait partie de ceux qui sont "au dehors".

Ce terme, "au dehors", vient en opposition avec ceux qui sont "autour de" Jésus, ceux qui l'entendent: " celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère."

A travers ces trois courtes scènes, l'évangéliste présente trois attitudes face au Christ:

- Première attitude:

ceux qui ne voient pas, ne comprennent pas.

Ceux-là sont aveugles, ils restent "au dehors". C'est ici le cas de la parenté de Jésus.

Mais ce sera souvent le cas des disciples, quand ils ne comprendront pas le sens de l'action de Jésus.

Ce sera même le cas de l'Apôtre Pierre à deux reprises, et notamment au soir de la Passion.

- Deuxième attitude:

ceux qui ne veulent pas voir, ceux qui ne veulent pas comprendre

Ceux-là prétendent voir le mal là où il y a le bien.

Ceux-là, représentés ici par les scribes, veulent rester aveugles et cette attitude provoque le désespoir de Jésus.

Lui est venu sauver le monde, mais que faire si certains refusent le salut qui leur est offert? C'est le sens même du "blasphème contre l'Esprit Saint" .

L'évangéliste St Jean reviendra souvent sur ce thème, notamment dans l'épisode de l'aveugle-né 3. " Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché", dira Jésus, "Mais parce que vous dites "Nous voyons", votre péché demeure".

Refuser en toute connaissance de cause le salut offert par le Christ, refuser d'être sauvé, c'est refuser la vie, blasphémer contre l'Esprit.

Mais attention: cette attitude peut ne pas être définitive. Les évangiles nous présentent tous des scribes, des Pharisiens, des prêtres de Jérusalem qui, en fin de compte, se rangeront aux côtés de Jésus ou, au moins, acceptent de s'interroger.

Nul ne peut accuser son frère de blasphémer contre l'Esprit. C'est le secret du cœur et ce secret appartient à Dieu seul.

- Enfin, troisième attitude: ceux qui sont "autour de Jésus".

Ceux qui qui acceptent d'entendre, de voir, ou au moins d'entrevoir l'amour absolu dont le Christ est porteur.

Ceux-là sont sa famille, "mon frère, ma sœur, ma mère".

Réunis autour de la Parole de Dieu, invités à la table de son repas, puissions-nous toujours, en toute confiance, faire partie de sa famille, être ensemble le frère, la sœur, la mère de Jésus, heureux de vivre avec lui, heureux de vivre en lui.

Luc Mazaré, prêtre

1 Mais on peut aussi penser à un autre passage d'évangile en Jean 7,3-5 que cite et commente Catherine BERGOT dans la revue "Résurrection N°114-115 (2006):

« Ses frères lui dirent donc : ‘Passe d’ici en Judée, que tes disciples aussi voient les œuvres que tu fais : on n’agit pas en secret quand on veut être en vue. Puisque tu fais ces choses-là, manifeste-toi au monde’. Pas même ses frères en effet ne croyaient en lui ». Leur incompréhension et leurs difficultés à croire étaient peut-être plus grandes encore que celles des Apôtres, car, ayant toujours vécu dans la compagnie et le voisinage de Jésus, son passage à la vie publique, prêchant, guérissant les malades et violant le repos du sabbat, tranchait d’autant plus avec le mode de vie de soumission et d’obéissance à ses parents et à la Loi (Lc 2, 51-52) qu’ils avaient partagé avec lui jusque-là, et avait de quoi les surprendre. Pourtant, malgré leur incrédulité manifestée avant la Résurrection et l’Ascension du Seigneur, Jacques et ses frères sont restés avec les disciples, et ils se retrouvaient ensuite régulièrement rassemblés dans la prière, dans la chambre haute du Cénacle, avec les onze Apôtres et Marie la mère de Jésus (Ac 1, 12-14). Ils étaient aussi présents à la Pentecôte et ont donc fait partie des fidèles de la première heure qui ont constitué l’Église naissante.

 

2 Marc 6,1-6

3 Jean 9

Evangile de Jésus Christ selon st Marc

Je ne sais pas si vous mesurez la chance que vous avez, la chance que nous avons!

Quand Jésus a partagé ce repas avec ses disciples –et eux, ses amis, ses plus proches ne savaient pas, ne devinaient pas que c'était un dernier repas- au cours de ce repas, Jésus a prononcé des paroles qui devaient leur paraître bien mystérieuses.

Prenant le pain, il leur a dit: "Prenez, mangez, ceci est mon corps".

A la fin du repas, prenant la coupe de vin, il leur a dit: "Prenez, buvez, ceci est mon sang".


 

Eux qui étaient là, autour de lui, n'ont rien compris.

Et comment auraient-ils pu comprendre?

Pourtant, ils ont bien senti qu'il y avait là quelque chose d'important, d'essentiel, de vital pour Jésus, pour eux… et ces paroles mystérieuses de Jésus se sont gravées à jamais dans leur cœur.

Ce n'est que plus tard, à la lumière de la résurrection du Christ, avec le don de l'Esprit Saint, qu'ils ont commencé à comprendre la signification de ces paroles et des gestes qui l'accompagnent.

Et nous, nous aujourd'hui, est-ce que nous mesurons la chance que nous avons?

Attendez… c'était il y a plusieurs années…

Une fois par mois, j'allais célébrer la messe dans un petit village de l'Oisans qui s'appelle La Garde, sur la route qui monte à l'Alpe d'Huez.

L'église était mal chauffée, et on y avait très froid en hiver.

A la messe, il n'y avait souvent que trois ou quatre personnes un peu âgées.

Comme pour d'autres villages, je m'interrogeais: fallait-il continuer à faire tous ces kilomètres pour ça? Est-ce que ça valait la peine?

C'est Georgette, une femme du village, qui m'a donné la réponse:

"Luc, est-ce que tu te rends compte de tout ce que m'apporte l'eucharistie? Au moment de la communion, je reçois mon Dieu là, dans le creux de la main, et il vient nourrir ma vie. Ce bonheur, cette joie qui me sont donnés, c'est pour moi plus que tout au monde".

Dans ma vie de prêtre, j'ai rarement entendu un tel témoignage de foi, et j'y repense souvent quand moi, je communie, ou quand je donne la communion en prononçant ces simples mots: "Le Corps du Christ".

Georgette est morte un beau matin en allant donner à manger à ses poules.

Mais nous avons continué à célébrer la messe une fois par mois dans le petit village de La Garde. Même si il y a peu de monde, même si il fait froid dans l'église, même si il faut venir avant pour déneiger, parce que Georgette n'est plus là pour le faire.

Oui, nous avons cette chance, aujourd'hui encore, de pouvoir accueillir notre Dieu dans le creux de notre main, et d'en nourrir notre vie.

Puissions-nous mesurer toute la gravité, toute l'importance de ce geste.

Puissions-nous, comme Georgette, en être remplis de joie et de bonheur.

Et puissions-nous faire de toute notre vie une vie eucharistique, une vie d'accueil et de partage, une vie entièrement donnée à Dieu, une vie entièrement donnée aux autres.

Luc Mazaré, prêtre

 

Evangile selon Saint Matthieu (28,16 - 20)

L'évangile de St Matthieu se termine par un dernier rendez-vous de Jésus ressuscité avec ses disciples.

Et l'évangile l'affirme tout de go: … rien n'est joué!

"Ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes".

Des doutes… Rien n'est joué.

Alors, fallait-il, fallait-il que Jésus reste un peu plus longtemps?

Qu'il reste sur cette terre pour expliquer, et expliquer encore sa résurrection, par la volonté du Père, par la force de l'Esprit?

Non, le Christ fait un autre choix: "Allez, Allez donc!" dit-il à ses disciples.

Il ne s'agit pas de rester plantés là, à se poser d'éternelles questions autour d'un tombeau vide.

Il y a mieux à faire, il y a urgence.

Urgence à comprendre que l'événement de Pâques n'est pas une fin, mais au contraire un commencement.

Urgence à comprendre qu'on ne peut pas découvrir qui est Dieu à travers dogmes ou définitions, mais qu'il se donne à connaître dans l'aventure, l'aventure de la foi.

Alors, "Allez, Allez donc": c'est en vivant votre foi, en rendant témoignage de la Bonne Nouvelle que vous découvrirez qui est Dieu, que vous apprendrez à le connaître vraiment: non pas un Dieu figé, mais un Dieu pluriel, Père, Fils et Saint Esprit.

Et cette aventure de la foi prend désormais un tour nouveau:

" De toutes les nations faites des disciples ".

Jésus confie à ses disciples la mission qui reste à accomplir.

Au cours de son ministère public, lui-même n'est guère sorti des frontières de son petit pays .

Et il ne s'est adressé à des non-juifs, à des païens, que de manière occasionnelle.

Par contre, la mission qu'il confie à ses disciples est universelle:

ce sont "toutes les nations" qui sont concernées par la Bonne Nouvelle de la résurrection.

Je vous le disais: l'événement de Pâques n'est pas une fin, mais un commencement. Non seulement pour le peuple juif, mais aussi désormais pour toutes les nations, pour toutes les cultures, pour toutes les religions.

" Toutes les nations".

Cela nous paraît évident aujourd'hui: l'Evangile doit être annoncé à tous les peuples.

Mais est-ce si simple?

Nous nous considérons parfois comme presque propriétaires de Dieu, dépositaires exclusifs de sa Parole et de ses commandements.

Or le Christ ne demande pas de faire des adeptes, mais des "disciples", c'est-à-dire de permettre à d'autres de rencontrer Jésus Christ comme nous-mêmes le rencontrons.

De même, il ne s'agit pas d'enrôler, d'embrigader, mais de "baptiser". Baptiser, c'est faire jaillir la vie, offrir à chacun la possibilité de vivre du Christ comme nous-mêmes voulons en vivre.

Pour le reste… cela ne nous appartient pas.

Pas plus que Dieu ne nous appartient, pas plus que nous ne pouvons "retenir" 1 le Christ, pas plus que nous ne pouvons contenir ou contrôler l'Esprit.

Mais c'est précisément au cœur de la diversité des hommes, de leurs manières de penser, de vivre et de croire, c'est au cœur de cette diversité que nous pouvons découvrir la diversité de Dieu, un Dieu pluriel.

Dieu Père de tendresse, qui veut que ses enfants grandissent dans la liberté et l'amour fraternel.

Dieu Fils, frère en humanité, solidaire de tout l'homme et de tous les hommes.

Dieu Esprit, insaisissable comme le souffle ou le vent, et qui respire en chaque être humain.

Vivons notre mission, toute notre mission.

Avec la modestie de penser que Dieu a sa manière à lui de s'adresser à chaque homme, de parler à son cœur.

Avec la confiance en celui qui nous dit:

"Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde".

Luc Mazaré, prêtre

1cf. Jésus et Marie-Madeleine

Actes des Apôtres (2, 1 - 11)

Quand j'étais gamin, dans l'Eglise Catholique, on parlait peu de l'Esprit Saint… en tout cas le moins possible: on ne savait pas trop comment en parler.

Alors, un peu par curiosité, j'ai eu l'idée saugrenue d'aller voir ce qu'on en disait dans le catéchisme de mon enfance.

Je lis 1:

Question: " Qu'est-ce que le Saint-Esprit?"

Réponse: " Le Saint-Esprit est la troisième personne de la Sainte Trinité, égal en tout au Père et au Fils".

Voilà qui est très bien…

Très bien, mais très loin de l'expérience que les Apôtres font de l'Esprit Saint, très loin de l'expérience que nous pouvons en faire dans notre démarche de foi.

Contrairement au catéchisme de mon enfance, le Nouveau Testament évoque l'Esprit Saint non comme une définition dogmatique, mais comme une dimension essentielle de la vie de foi.

Pas de définition, mais des images, et elles sont multiples.

Chez St Luc, c'est le feu qui embrase les disciples et les amène à proclamer la Bonne Nouvelle du Ressuscité.

Chez St Paul, c'est la liberté, la liberté de Dieu qui, seule, peut nous conduire à la vie en Dieu.

Chez St Jean, c'est la vérité, la vérité de Dieu qui prend place en nos cœurs.

Des images multiples, parce que l'expérience de foi est multiple.

Alors oui, bien difficile de définir l'Esprit Saint… et je comprends l'embarras des rédacteurs des catéchismes de mon enfance!

Pourtant, dès les premières pages de la Bible, il est question de l'Esprit Saint, de l'Esprit de Dieu.

Quand Dieu crée l'humanité, quand il les crée homme et femme, il les crée "à son image", à sa "ressemblance" 2.

Le deuxième poème de la création dit la même chose, mais un peu autrement: "Le seigneur Dieu insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l'homme devint un être vivant" 3.

Autrement dit, l'Esprit Saint, c'est la respiration de Dieu.

Dieu respire en nous. C'est sa vie qui est nous.

Et c'est bien l'expérience que vivent les Apôtres en ce jour de Pentecôte: ils découvrent que Dieu respire en leur cœur.

Ils ne le savaient pas?

Ils ne s'en étaient pas rendu compte.

Ils étaient comme des morts qui ne respirent plus !

Le jour de Pentecôte, ils font cette découverte extraordinaire:

la vie même de Dieu est au cœur de leur propre vie.

Dieu respire en eux.

Mais alors…

Si ma respiration, c'est la respiration même de Dieu,

alors… tout est possible!

Je n'ai plus de raison d'avoir peur, peur des autres, peur de moi-même, peur de la mort: c'est la vie qui est en moi !

Cette découverte, on ne peut pas la garder pour soi.

Et voilà les Apôtres dehors!

Ils disent à tous ce qui leur arrive, ce qu'ils ont découvert.

Et tout le monde les comprend, et tout le monde s'étonne:

c'est étonnant de voir quelqu'un respirer, c'est étonnant la vie!

Et cela va plus loin encore: tous les événements que les Apôtres ont vécus avec Jésus prennent sens à leurs yeux.

Et notamment, il y a eu ce repas, ce fameux dernier repas.

Ce soir-là, juste avant son arrestation, Jésus avait pris le pain, et il avait dit: "Ceci est mon corps". Il avait pris le vin, et il avait dit: "Ceci est mon sang. Prenez, mangez; prenez, buvez!".

Eux, les Apôtres, ils n'avaient pas compris grand-chose, ce soir-là.

Maintenant, ils comprennent: ce Jésus qui a été arrêté, condamné, crucifié, il est vivant. En lui, la vie est plus forte que la mort.

C'est bien cette vie qu'il a donnée et qu'il donne encore sous la forme du pain et du vin.

Croyants aujourd'hui, nous vivons la même expérience.

Nous aussi, nous découvrons que Dieu respire en nous et nous entrons dans sa vie en communiant au corps de son Christ ressuscité, en recevant sa vie en nourriture pour notre vie.

Je termine par deux questions:

Pouvons-nous oublier de respirer?

Pouvons-nous vivre sans nourriture?

Pouvons-nous oublier de respirer?

S'il nous arrivait d'oublier que c'est Dieu qui vit en nous, et que, sans lui, nous n'aurions pas de souffle, pas de vie.

S'il nous arrivait d'oublier Dieu, nous serions… comme des morts qui ne respirent plus!

Pouvons-nous vivre sans nourriture?

J'entends souvent des gens me dire: "Je suis croyant non pratiquant".

Ben voyons!

Comment notre foi peut-elle vivre si elle n'est pas nourrie de la Parole et de l'Eucharistie ?

Nous, nous le savons, mais l'Esprit de Pentecôte nous pousse à le dire à d'autres, à le partager, à le faire découvrir à tous nos frères.

Luc Mazaré, prêtre

1 Catéchisme à l'usage des diocèses de France (Mame 1947) 17°leçon

2 Gn1,27 et 1,26

3 Gn2,7

Evangile selon Saint Jean (17,11b - 19)

Dans l'évangile de St Jean, après le dernier repas que Jésus prend avec ses disciples, il leur parle très longuement, leur laissant comme une forme de testament spirituel.

Ces deux derniers dimanches, nous en avons entendu quelques phrases:

"Demeurez en moi, comme moi en vous"

(5°dimanche)

"Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis" (6°dimanche)
 

Vient ensuite une longue prière que, les yeux levés, Jésus adresse à son Père.

Il prie d'abord pour lui: "Père, glorifie ton Fils" 1, mais surtout, il prie longuement pour ses disciples.2

Et je voudrais retenir trois phrases du passage que nous venons d'entendre:

- "Garde mes disciples unis dans ton nom "

- "Garde-les du Mauvais"

- "Sanctifie-les dans la vérité".

"Garde mes disciples unis dans ton nom ".

Si l'évangile de St Jean insiste tellement sur cette nécessaire union entre disciples du Christ, c'est peut-être bien parce qu'il y a problème !

Déjà, le Livre des Actes des Apôtres révèle des divisions au sein de l'Eglise naissante.

Ainsi, l'injustice ressentie par certains sur le partage des biens au profit des plus pauvres.

Plus encore, la grave question de savoir si devenir disciple du Christ impliquait pour les païens d'embrasser la religion juive.

De telles divisions ont bien failli emporter l'Eglise naissante.

Les lettres que St Paul adresse aux chrétiens de la ville de Corinthe révèle aussi les divisions profondes qui affectent cette jeune communauté. Divisions entre chrétiens issus de la religion juive et chrétiens issus des religions païennes, divisions entre les riches et les pauvres, mais aussi divisions sur des questions d'ordre moral et affectif.

A titre personnel, je me demande s'il n'y avait pas également des divisions profondes entre les communautés issues des Apôtres et celles issue de celui que le 4°évangile appelle: "le disciple que Jésus aimait". Mais ce n'est qu'une hypothèse personnelle que je ne vais pas développer ici.

Et la longue, longue histoire de l'Eglise ressemble trop souvent à la longue suite de ses divisions et des ruptures successives qu'elles ont pu entraîner.

Le schisme entre les églises d'Orient et celles d'Occident, les séparations vécues à l'époque de Luther et de Calvin, plus récemment encore celle vécue sous l'impulsion de Mgr Lefebvre qui s'opposait catégoriquement à la liberté de conscience reconnue par le Concile Vatican II.

Et que dire des divisions, voire des ruptures au sein de nos communautés, même au sein de nos paroisses ?

"Garde mes disciples unis dans ton nom" et:

"Garde-les du Mauvais"

Le "Mauvais", c'est le Satan, le Diable, le Tentateur, le Diviseur.

Rappelez-vous les récits de la tentation au désert: le "Mauvais" n'a eu de cesse de vouloir briser le lien d'amour entre Jésus et son Père.

Et, hier comme aujourd'hui, c'est le "Mauvais" qui est gagnant chaque fois que les disciples du Christ sont divisés jusqu'à la rupture.

Car c'est alors le corps du Christ qui est divisé, blessé, écartelé.

La division des chrétiens, c'est la négation de l'Esprit Saint, lien d'amour infini entre le Père et le Fils.

La division des chrétiens, c'est la négation de l'Evangile et du commandement d'amour que nous a donné le Seigneur.

Mais dans sa prière, Jésus dit également, et c'est la 3°phrase que je veux retenir:

"Sanctifie-les dans la vérité".

Dans l'évangile de St Jean, la vérité, ce n'est pas quelque chose, c'est quelqu'un, c'est la personne même du Christ: "Je suis le chemin, la vérité, et la vie ", dit Jésus 3.

Accepter d'être sanctifié dans la vérité, c'est accepter que la personne du Christ prenne toute sa place en nous, c'est accepter de nous laisser modeler par lui.

Si, dans notre vie, lui, le Christ est plus important que nous-mêmes, alors il l'emportera sur nos divisions et nos ruptures.

Nous sommes et resterons différents les uns des autres, parfois opposés –et c'est bien normal- mais jamais divisés, car la force de son Esprit, la force de son amour l'emporteront sur nos tentations de rupture.

Cela ne peut pas venir de nous, mais de l'action de Dieu en nous, en réponse à la prière de Jésus à son Père: "Sanctifie-les dans la vérité".

Tout à l'heure, nous allons communier, recevoir le corps du Christ dans nos propres corps pour qu'il nous transforme, pour qu'il vive en nous.

Puissions-nous en être sanctifiés jusqu'au jour où, comme St Paul, nous pourrons dire ensemble:

"Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi" 4

Luc Mazaré, prêtre

 

1Jean 17,1

2Ensemble de Jean 17

3Jean 14, 6

4Galates 2,20

Evangile selon Saint Marc (16,15 - 32)

J'aurais envie de dire que la fête de l'Ascension, c'est un peu la fête des Orphelins.

Oui, apparemment, le Christ ressuscité laisse ses disciples seuls, comme abandonnés, orphelins.

Dans le texte tardif rattaché à l'évangile de Marc 1, "Le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu".

Dans le livre des Actes des Apôtres, "Il s'éleva et une nuée vint le soustraire à leurs yeux".

St Paul écrit: "Celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux".

Différentes manières d'exprimer une même réalité: le Ressuscité n'est plus visible à regard d'homme.

Pas même pour ses plus proches: ses disciples, ses apôtres.

Déjà qu'ils avaient du mal à le reconnaitre !

Ascension = Fête des Orphelins?

Dans un sens, oui, mais si nous en restions là, c'est que nous n'aurions pas bien lu les textes de ce jour, car ils disent en même temps tout le contraire.

Ils nous disent en effet la présence de Jésus, une présence renouvelée, une présence qui ne se limite plus à une terre, à un peuple, à une époque, mais qui prend une valeur universelle dans le temps et dans l'espace.

Dans le Livre des Actes des Apôtres, c'est l'Esprit Saint qui sera donné pour la mission: "Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre".

Pour St Paul, la présence du Christ s'exprime par ses dons: " A chacun d'entre nous, la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ".

Et il ajoute: "Et les dons qu'il a faits, ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent."

Dans la finale de St Marc, cette présence se manifeste par les signes qui accompagneront les croyants: " Ils expulseront les démons, ils parleront en langues nouvelles, ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s'ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s'en trouveront bien".

Entre nous soit dit, je ne conseille pas de prendre des serpents dans les mains ni de boire des poisons mortels: nous risquerions bien de découvrir à quel point notre foi est encore faible et fragile.

L'Esprit, les dons, les signes, autant de manières de dire que le Christ ne nous laisse pas seuls, mais qu'il nous demande d'être sa présence en ce monde.

Une présence certes marquée par notre faiblesse, mais une présence en devenir jusqu'au jour où, comme l'écrit St Paul, nous parviendrons " tous ensemble à l'unité dans la foi, la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme Parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude ".

C'est un long chemin qui est encore devant nous !

Mais un chemin rempli de joie, puisque, déjà, nous sommes présence du Christ.

Et je voudrais terminer par ce petit texte que beaucoup d'entre vous connaissent, un texte anonyme du 14° siècle:

Christ n’a pas de mains,
il n’a que nos mains pour faire son travail aujourd’hui.

Christ n’a pas de pieds,
il n’a que nos pieds pour conduire les hommes sur son chemin.

Christ n’a pas de lèvres,
il n’a que nos lèvres pour parler de lui aux hommes.

Christ n’a pas d’aide,
il n’a que notre aide pour mettre les hommes à ses côtés.

Nous sommes la seule Bible
que le public lit encore.

Nous sommes le dernier message de Dieu,
en paroles et en actes.

Luc Mazaré, prêtre

1Le chapitre 16 de l'évangile est un ajout postérieur à l'évangile lui-même. Voir notes de la TOB et de la BJ.

Evangile selon Saint Jean (15,9 - 17)

Quand Pierre, et quelques-uns avec lui, ont commencé à suivre Jésus, ils ne savaient sans doute pas où cela allait les conduire.

Ils se sont lancés à l'aventure, la grande aventure, l'aventure de la foi.

Mais dans le fond, pourquoi sont-ils partis?

Pour quelle raison? Qu'est-ce qui les a attirés, motivés au point d'aller sur les routes avec Jésus, d'abord en Galilée, puis en Judée, et jusqu'à Jérusalem?

Etait-ce précisément le goût de l'aventure?

Je ne sais pas, je ne crois pas…

Pierre, il avait sa vie tranquille.

Comme les autres membres de sa famille, il gagnait sa vie comme pêcheur sur le Lac de Tibériade.

Oh, il ne devait pas gagner des mille et des cents, mais enfin, il avait de quoi vivre, et c'est bien le principal.

Alors quoi, pourquoi est-il parti?

Pour une raison simple: parce que Jésus a posé son regard sur lui.

Poser son regard, ce n'est pas seulement jeter un coup d'œil sur quelqu'un, lui dire "Ouais, salut, bonjour…Au revoir…"

Poser son regard sur quelqu'un, c'est prendre du temps, prendre le temps de le connaître, prendre le temps de l'aimer, et lui dire: "Tu es important. Tu as de l'importance à mes yeux, tu comptes pour moi".

Jésus a posé son regard sur Pierre: "Tu es Simon, le fils de Jean, tu t'appelleras Képhas, ce qui veut dire Pierre" 1.

Et la vie de Pierre en a été transformée.

Lui, le petit pêcheur du lac de Tibériade, il a suivi Jésus, il est devenu son disciple.

Aujourd'hui, Jésus a la même attitude avec nous, avec chacun de nous.

Sur toi, sur moi, il pose son regard.

Il te dit: "Tu es important pour moi. Je te connais bien, et je t'aime".

Aujourd'hui encore, Jésus nous invite à la grande aventure, l'aventure de la foi.

Il nous invite à le suivre, à devenir, nous aussi, ses disciples.

Et notre vie peut en être transformée.

Quand on aime, on est toujours transformé!

Pierre et ses compagnons ont marché avec Jésus.

Longtemps, souvent.

Ils ont mangé avec lui, ils l'ont entendu parler, ils l'ont vu agir.

Parfois, ils ne le comprenaient pas.

C'est normal: quand on est disciple, on ne comprend pas tout.

Mais rien, rien n'aurait pu les séparer de lui.

Beaucoup sont partis, mais pas eux.

Un jour, Jésus leur avait demandé: "Voulez-vous partir, vous aussi?".

Et Pierre lui avait répondu: "Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle.2"

Et nous, est-ce que nous aurions la même réponse aujourd'hui?

Est-ce que nous, nous aussi, nous pourrions dire à Jésus:

"Tu es tout pour moi. Pour moi, tu es la vie, tu es ma vie !"

Pierre et ses compagnons étaient des disciples de Jésus.

Ils l'ont suivi.

Et il y a eu ce soir-là, cette fameuse nuit.

Un moment qui resterait à tout jamais gravé dans la mémoire de Pierre et de ses compagnons.

Ils avaient pris le repas, et Jésus leur avait parlé.

Comme jamais sans doute il ne leur avait parlé.

Ce soir-là, il leur avait livré le fond de son cœur:

"Maintenant, je vous appelle mes amis, car tout que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître".

"Mes amis": Désormais, Pierre et ses compagnons n'étaient plus seulement des disciples, de ceux qui suivent.

Ils sont devenus des amis, des tout-proches, ceux avec qui on partage tout, ceux à qui on donne tout.

Ce soir-là, cette nuit-là, Pierre et ses compagnons sont entrés dans l'intimité de Jésus:

" Tout que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître".

Cette parole de Jésus, elle nous est adressée à nous aujourd'hui.

Nous aussi, comme Pierre, nous avons suivi Jésus, nous sommes, nous aussi, des aventuriers de la foi.

Nous aussi, nous savons que Jésus a les paroles de la vie.

Et il me parle, à toi, à moi, et il nous dit, à nous aussi:

"Maintenant, je vous appelle mes amis."

A nous de vivre dans cette amitié. Sans crainte, et sans réserve!

Luc Mazaré, prêtre

1 Jn1,42

2 Jn6,67sq

Evangile selon Saint Jean (15,1 - 8)

St Jean voudrait-il nous provoquer ?

En quelques versets, il répète 8 fois le mot DEMEURER.

Déjà, dans l’Ancien Testament, la recherche d’une DEMEURE a toujours été une obsession pour les Hébreux.

Peuple nomade, peuple exilé, peuple de la Diaspora, les enfants d'Israël n'ont que trop connu la condition de Sans Domicile Fixe, SDF.

Eternels voyageurs, ils ont toujours aspiré à se fixer quelque part, à se stabiliser et à vivre en paix dans un pays qui leur appartiennent.

Mais n'ont jamais connu de paix stable, pas plus hier qu'aujourd'hui.

Dans notre monde contemporain, et bien au-delà du peuple juif, beaucoup de gens recherchent la stabilité, et pas seulement les sans-abri, les sans-papiers, les précaires, mais également tous ceux qui sont SDF dans leur tête, ou plutôt "SCF":

Sans Certitudes Fixes.

Sans Certitudes Fixes, parce que la plupart des certitudes ont explosé :

- On ne croit plus en la bonté de l’homme depuis Auschwitz

- On ne croit plus en l'absolu de la science depuis Hiroshima

- On s'interroge sur la médecine, quand elle touche à la manipulation de l'être humain

- On s'interroge sur l'économie, tant elle laisse d'hommes sur le bas-côté

- On s'interroge enfin sur les religions, que certains accusent d'être génératrices d’intolérances et de guerres.

" Moi, je suis la vigne, et vous les sarments ", dit Jésus.

Nous qui sommes à la recherche d’une DEMEURE, restons branchés sur Lui: il comblera nos soifs d’enracinement, d’intimité, et de communion.

Mais nous, chrétiens, nous qui sommes déjà greffés sur Lui par le baptême, fécondés par l’Eucharistie, exaucés par la prière, pourquoi, trop souvent, produisons-nous du mauvais fruit ?

Des non-croyants donnent de meilleurs raisins que nous: il y a donc d’autres façons d’être enracinés en Christ.

" Tout sarment qui donne du fruit, mon Père le purifie en le taillant pour qu’il en porte davantage. "

Une vigne non taillée finit par dégénérer, et nous aussi ; d’où la nécessité d’y faire des coupes sombres et des choix douloureux.

Cela fait mal d’être élagués, de mourir pour vivre !

Nous avons peut-être limité notre élagage à la lutte contre les péchés capitaux individuels (orgueil, envie, jalousie, gourmandise, luxure, colère et paresse).

Il y a de nombreuses années déjà, quelques prophètes, tel Dom Helder Camara nous invitaient à élargir notre combat, à lutter aussi contre les péchés capitaux "collectifs": racisme, colonialisme, paternalisme, guerre, pharisaïsme et peur.

Lutter contre le racisme.

Débarrasser nos cœurs et nos têtes de nos préjugés souvent inconscients, mais aussi et surtout conscients et surtout nous attaquer aux causes mêmes du racisme chez nous: la pauvreté, les quartiers-ghettos, l'inégalité des chances, la peur de l'autre.

Lutter contre le colonialisme et le paternalisme.

Voir les habitants du Tiers-Monde comme des partenaires, plutôt que de vouloir les "aider" avec condescendance, mais sans nous remettre en cause, sans mettre en jugement un système économique qui les exploite plus encore que nous.

Lutter contre la guerre et le pharisaïsme.

Il ne suffit pas d’être pacifiste ou non violent. Pour rompre le cycle de la violence, il faut être soi-même désarmé intérieurement, libre de toute agressivité. Et nous faut lutter contre notre "bonne conscience" qui nous empêche d'entendre l'autre.

Lutter contre la peur.

Quitter ses petites sécurités quotidiennes, prendre le risque du Christ, le risque de la croix.

Prendre le risque du don de soi en toutes circonstances.

Accepter d’être émondés, élagués, nettoyés, pour donner toujours plus de fruit, pour rester branchés sur le Christ.

Jésus Ressuscité est d’abord celui en qui nous DEMEURONS plus encore que celui que nous devons suivre et imiter.

DEMEUREZ en moi, et vous porterez du fruit.

Luc Mazaré, prêtre

Evangile selon Saint Jean (3,1 - 12)

HOMELIE

Aux portes du Temple de Jérusalem, Pierre et Jean ont guéri un infirme….. et les voilà convoqués devant le grand conseil d’Israël :

" Par le NOM de qui avez-vous fait cette guérison ?" 1

Le " nom ", il en est question dans nos trois lectures, et ce n’est pas un hasard !

Pour nous, le nom, c’est souvent une simple désignation, une manière de nous appeler, de nous reconnaître.

Mais, pour les peuples de la Bible, il en va tout autrement : le NOM de quelqu’un, c’est sa personne même.

Dire le nom de quelqu’un, c’est entrer en relation avec lui, et, déjà d’une certaine façon, avoir prise sur lui.

Voilà pourquoi les Juifs évitaient de prononcer le Nom de Dieu : par respect, parce qu’ils savaient bien que personne n’a prise sur Dieu.

La réponse de Pierre aux questions du Grand Conseil est tout à fait directe: c’est par le NOM de Jésus le Nazaréen qu’il a agi.

Et il ajoute, peu après :

" Aucun autre NOM n'est donné aux hommes qui puisse nous sauver ".

En associant le nom de Jésus au salut des hommes, Pierre identifie Jésus à Dieu, puisque Dieu seul peut sauver.

Voilà que le NOM de Jésus, un homme, un crucifié, rejoint le NOM de Dieu….

" Scandale pour les Juifs " dira St Paul 2.

Mystère de Dieu incarné, dit l’Eglise.

Le NOM de Jésus est « donné aux hommes »

C’est ce que développe  la deuxième lecture, la lettre de St Jean :

" Le Père a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes ". 

" Enfants de Dieu ", c’est un nouveau NOM que nous recevons.

Nous sommes introduits dans l’être même, dans la personne même de Jésus, lui qui est Fils de Dieu.

Et St Jean insiste : " lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous lui serons semblables '.

Dans l’Evangile aussi, il est question de NOMS.

Jésus se donne le NOM de « Bon Pasteur »

Ce n’est pas seulement une image, une parabole ; Jésus fait référence à la phrase du psaume : " Le Seigneur est mon berger ".

En se déclarant " pasteur, berger ", Jésus reprend à son compte ce qui est de Dieu, ce qui fait partie du NOM de Dieu.

En résumé, ces trois lectures, issues de trois auteurs différents, posent les mêmes affirmations :

  • Bon Pasteur, Bon berger, Jésus s’apparente à Dieu

  • Jésus, le crucifié, le Ressuscité, est le Dieu qui nous sauve

  • Parce qu’il nous donne son NOM, le Christ nous identifie à lui, fait de nous des enfants de Dieu.

Mais…. Ce n’est pas si simple !

" Nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n'a pas encore été manifesté ".

Tant de choses s’opposent encore à la manifestation du NOM de Dieu.

En nous, et autour de nous, il y a tant de résistances à la lumière de l’amour.

Nous en sommes encore à résister au salut que Dieu nous donne.

Par peur, par ignorance, par orgueil.

 

Il nous reste à marcher encore pour grandir dans la confiance.

Il nous reste à marcher encore pour devenir ce que nous sommes :

Enfants de Dieu.

Luc Mazaré, prêtre

1 Actes 4,7

2 1 Corinthiens 1,23

Evangile selon Saint Luc (24, 35 - 48))

HOMELIE

A la lumière de Pâques, à la lumière de la résurrection, les textes de ce jour nous invitent, je crois, à passer de l'inquiétude à la confiance.

L' inquiétude, elle apparaît essentiellement à travers deux phrases.

La première dans le Livre des Actes de Apôtres: " Vous avez tué le Prince de la Vie",

et la seconde dans l'Evangile: " Ils croyaient voir un esprit".

" Vous avez tué le Prince de la Vie".

Bien sûr, cette phrase De Pierre d'abord à son peuple, à ceux qui ont provoqué la mort de Jésus.

Mais pour nous aussi, cette phrase est sujet d'inquiétude.

Chaque fois que nous condamnons, chaque fois que nous blessons quelqu'un par nos gestes, nos paroles ou nos silences, c'est le Christ que, à nouveau, nous clouons sur la croix.

Deuxième phrase: " Ils croyaient voir un esprit"… Un esprit, un fantôme… qu'on ne peut ni voir ni toucher.

Pour nous, cela représente toutes les forces occultes, toutes les forces que nous ne saurions même pas définir, mais qui nous inquiètent parce qu'elles pèsent sur nous comme une menace sourde et anonyme.

Oh, je ne crois pas aux fantômes, mais je crois à la force de réalités qui enferment l'homme, mais que nous sommes incapables de combattre, parce que nous sommes incapables de les cerner précisément: le poids du chômage, de la misère, de la guerre, de l'injustice...

Et je crois à la réalité des forces obscures qui sont en chacun de nous.

St Paul écrira un jour: "Le bien que je veux, je ne le fais pas; et le mal que je ne veux pas, je le fais. (…) Ce n'est pas moi qui agis, mais le péché qui habite en moi" 1

Face à l'inquiétude, la confiance.

Là encore, je retiendrai deux phrases dans les textes entendus aujourd'hui.

La première dans l'évangile: " La paix soit avec vous"

et, dans la Lettre de St Jean: " Nous avons un défenseur devant le Père".

" La paix soit avec vous".
C'est une salutation courante dans le monde juif au temps de Jésus. Mais ici, il s'agit de tout autre chose.

Que vos cœurs soient en paix. J'ai vaincu la mort, j'ai vaincu le péché.

La paix de Dieu, c'est la confiance que nous avons en son amour infini pour nous.

C'est bien pourquoi, St Jean écrit: " Nous avons un défenseur auprès de Dieu".

A nous de faire confiance à ce défenseur, à celui qui, sur la croix, s'est écrié: "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font" 2.

Oui, nous sommes inquiets devant les forces du mal qui sont autour et en nous nous, mais nous sommes en paix, nous sommes dans la joie de nous savoir toujours pardonnés et aimés.

Reste à passer de l'inquiétude à la confiance. C'est un chemin, un long chemin parfois, auquel nous invite le Christ.

L'évangile dit: " Il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Ecritures " et il évoque plus précisément " la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes".

La "Loi de Moïse" et les "Prophètes", c'est la longue histoire d'amour de Dieu pour son Peuple.

C'est la libération de l'esclavage, et c'est l'Alliance sans cesse renouvelée dans laquelle nous sommes invités à vivre.

"Les Psaumes", c'est la prière, la certitude que Le Seigneur nous entend quand nous lui confions nos joies, nos peines, nos révoltes, c'est la joie de pouvoir le bénir et le chanter jour après jour.

Aujourd'hui encore, à la suite des Apôtres, passons de l'inquiétude à la confiance. En accueillant la paix du Ressuscité au plus profond de nous-mêmes, en l'écoutant dans sa Parole, et en vivant dans l'intimité de la prière.

Alors, à la suite les apôtres, nous serons, nous aussi, ses témoins. Chez nous, dans nos familles, et auprès de tous ceux que la vie nous donne de rencontrer.

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Romains 7, 17..20)

2 Luc 23,34

 

Evangile selon Saint Jean (20,19 - 31)

HOMELIE

"Heureux ceux qui croient sans avoir vu"

Près de deux mille ans après l'événement de Pâques, nous sommes de ceux-là: contrairement à Thomas, nous n'avons pas vu le Ressuscité de nos propres yeux.

Et pourtant, nous croyons, et c'est ce qui nous rassemble aujourd'hui dans cette église.

Alors, comment rendre compte de notre foi en Jésus ressuscité?

Et comment la comprendre nous-mêmes?

Pour tenter de répondre, il nous faut sans doute remonter à ce que les proches de Jésus ont eux-mêmes vécu au moment de Pâques, à la manière dont le Ressuscité s'est manifesté à eux.

Je vous propose trois constats.

Premier constat: Tout commence non par une présence, mais par un vide. Aussi étrange que cela puisse paraître, la résurrection du Christ se dit d'abord par une absence.

Deuxième constat: Encore plus étrange, quand Jésus ressuscité se manifeste à ses proches, ceux-ci ne le reconnaissent pas tout de suite.

Nous l'avons entendu dimanche dernier avec les disciples d'Emmaüs: Jésus marche avec eux, mais "leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître" 1.

Dans l'évangile de St Jean, près du tombeau, Marie Madeleine ne reconnait pas le ressuscité: elle le prend pour le jardinier du cimetière 2.

Dans le même évangile, Jésus se manifeste à ses disciples, mais, dit le texte: "ils ne savaient pas que c'était lui" 3.

En St Luc, les disciples croient d'abord que c'est "un esprit" 4.

Et dans l'évangile de St Matthieu, devant Jésus ressuscité les apôtres se prosternent et le texte ajoute: "mais certains eurent des doutes" 5.


 

L'Evangile ne triche pas: la résurrection du Seigneur n'a pas, loin de là, été une évidence même pour ses plus proches.

Mais, et c'est mon

Troisième constat: Le Ressuscité se donne à reconnaître à travers des paroles et des signes.

Les disciples d'Emmaüs le reconnaissent à la fraction du pain 6 et leur foi se nourrit également du témoignage de leurs frères restés à Jérusalem.

Marie Madeleine reconnait Jésus quand celui-ci l'appelle par son nom: "Marie" 7.

Il se donne à reconnaître par une pêche miraculeuse 8.

Et à plusieurs reprises, comme dans le texte de ce jour, il se donne à reconnaître par, sur son corps, les marques des clous et du coup de lance: le Ressuscité reste à tout jamais le Messie crucifié 9.

Alors, comment comprendre notre foi aujourd'hui, nous qui, contrairement à Thomas, n'avons pas "vu".

Et comment tenter d'en rendre, alors que c'est si difficile?

Oh bien sûr, nous n'avons pas tous le même chemin, la même façon de croire, ou de comprendre notre foi, mais je crois que ce qu'ont vécu les proches de Jésus, ceux qui ont "vu", peut nous éclairer sur nous-mêmes.

Je vais essayer de le dire avec mes propres mots, et je suis bien conscient de leur fragilité, tant nos chemins peuvent être différents.

Croire, c'est faire l'expérience du vide.

Si je suis plein de de moi-même, alors rien ni personne ne peuvent entrer en moi. Je ne suis qu'un tombeau, il n'y a en moi que la mort.

Croire, c'est faire l'expérience du doute.

Non pas le doute qui enferme et qui tue, mais, à l'image de Thomas le doute qui nous fait aller plus loin, qui nous met en recherche, en recherche de l'autre, en recherche de Dieu.

Croire c'est rencontrer.

Ce n'est pas nous qui rencontrons le Christ, c'est lui qui vient sans cesse à notre rencontre.

Il vient à notre rencontre, il nous connait et nous appelle chacun par notre nom. Et c'est dans la prière que nous pouvons lui répondre.

Croire, c'est reconnaître les signes du Ressuscité.

- Le reconnaitre en sa Parole qui est don d'amour toujours renouvelé.

- Le reconnaitre en cette pêche miraculeuse que sont tous les gestes d'amour, d'amitié que nous voyons tous les jours, et dont nous sommes parfois des acteurs parmi d'autres.

- Le reconnaitre à ses témoins d'hier et d'aujourd'hui qui nous rappellent qu'une vie ne vaut que si elle est donnée.

- Le reconnaître au pain rompu en chaque geste de partage.

- Le reconnaitre à la marque de ses clous chaque fois que notre chemin croise celui des crucifiés de notre monde.

- Le reconnaître aux mille et un signes de sa Présence qu'il nous donne à discerner et qu'aucun évangile ne saurait à lui seul contenir.


 

"Heureux ceux qui croient sans avoir vu"

Oui, je crois, tu es "Mon Seigneur et mon Dieu".

Et croire me rend heureux !

Luc Mazaré, prêtre
 

1Luc 24,16

2Jean 20,14-15

3Jean 21,4

4Luc 24,27

5Matthieu 27,17

6Luc 24 30-32

7Jean 20,16

8Jean 21,6 et suivants

91 Corinthiens 1,23

Evangile selon Saint Luc (24, 13 - 35)

HOMELIE

Nous le connaissons bien ce récit des disciples d’Emmaüs !

Il est proclamé plusieurs fois au cours de l’année liturgique.

Mais en ce jour de la Résurrection, il prend une couleur toute particulière.

Il se déroule un peu à la manière de l’Eucharistie que nous célébrons, avec les deux tables : la table de la Parole et la table du Pain eucharistique.

La première partie de l’évangile est une catéchèse en chemin.

Les thèmes de la route et de la parole s’entremêlent sans cesse.

Deux disciples  "font route" ; Jésus les rejoint et "fait route avec eux".

Il s’agit donc d’être en chemin pour nous ouvrir à autre chose que nous seules préoccupations, pour nous ouvrir à un autre que nous-mêmes, pour nous ouvrir à cet Autre qui est Dieu et qui vient sans cesse marcher avec nous.

"Je suis le chemin, la vérité et la vie" 1 dit le Seigneur

Alors, en route ! Bougeons! Ne restons au bord du chemin !

Sur cette route, la parole est présente :

- Celle des disciples entre eux qui parlent et discutent de tout ce qui s'est passé, sans arriver à comprendre, pas plus qu'ils ne reconnaissent Celui qui marche avec eux.

- Plus précisément, la parole de Cléophas qui relate les événements d’un point de vue seulement humain.

Il "sait" mais il ne "voit" pas.

Sa vie n'en est pas changée: il ne s'ouvre pas à l’Espérance !

Aujourd'hui encore, nous ne sommes pas chrétiens parce que nous savons des choses sur Jésus-Christ, mais parce que nous vivons une relation avec Lui, le Vivant au plus profond de nos propres vies.

- Et il y a la Parole de Jésus, Parole qui s’enracine dans l’Écriture pour donner le sens des événements, qui nous permet d'y discerner la présence et l'action de Dieu.

Avons-nous ce réflexe de nous nourrir de la Parole de Dieu pour comprendre et déchiffrer les événements que nous vivons ?

Laissons-nous la Parole éclairer les situations que nous traversons ?

Le soir approche, le jour baisse, et les deux disciples invitent Jésus à rester avec eux.

C’est la deuxième partie de cet évangile : la reconnaissance à la fraction du pain.

Pour nous, comme pour les disciples d’Emmaüs, la présence du Christ dans l’Eucharistie nous révèle après coup sa présence dans le quotidien de nos vies.

Nous pouvons alors reprendre à notre compte la formule biblique :

"Tu étais là et je ne le savais pas !" 2.

La révélation de la présence du Christ Jésus dans la fraction du pain, nous fait découvrir sa présence dans nos partages de vie, dans nos partages de la Parole.

Cette présence nous fait vivre la joie de Pâques.

Elle nous fait passer de la tristesse à l'Espérance

La présence du Christ dans nos eucharisties révélé sa présence dans notre quotidien.

Chaque eucharistie que nous célébrons nous permet d’une certaine manière de revivre le récit d’Emmaüs et de l’actualiser pour nous.

Nous avons "fait route" pour venir dans cette église.

Nous remettons à Jésus notre tristesse, en reconnaissant nos péchés et en accueillant son pardon,

Nous écoutons Sa Parole et nos cœurs en deviennent tout brûlants.

Nous découvrons Sa Présence au partage du pain.

Fortifiés par cette rencontre, nous partons porter cette Bonne Nouvelle à tous nos frères: CHRIST EST RESSUSCITÉ, ALLÉLUIA !

Luc Mazaré, prêtre
 

1Jean 14,6

2cf. Genèse 28,6

Evangile selon Saint Marc (14,1 - 15,47)

INTRODUCTION AU RECIT DE LA PASSION

Nous allons entendre le récit de la Passion du Christ dans l'évangile de St Marc.
 

Un récit implacable où l'innocent va être arrêté, humilié, condamné, crucifié. Lui, le Christ, rejoint tous les crucifiés de la terre, ceux d'hier ceux d'aujourd'hui: les victimes des guerres, de la misère, et tous ceux dont la dignité est bafouée.
 

Un récit implacable où se révèle la violence qui peut habiter le cœur de l'homme, à travers tous ceux qui condamnent Jésus ou le tournent en dérision.
 

Un récit implacable où se révèle la faiblesse des disciples: Judas qui le trahit, Pierre qui le renie, les autres qui prennent la fuite.

 

Un récit implacable mais déjà rempli de signes d'espérance.
 

L'Espérance:

- Jésus qui se donne en son corps et son sang: "Prenez, mangez… Prenez buvez…"

- Cette femme inconnue qui honore le corps de Jésus en l'inondant de parfum

- Simon de Cyrène qui porte sa croix avec le Christ 1

- Ce soldat romain qui s'écrie: "Vraiment, cet homme était Fils de Dieu"

- Joseph d'Arimathie qui a l'audace de demander le corps de Jésus.

 

Entendre le récit de la Passion et le laisser résonner dans nos cœurs, c'est rejoindre le cœur de l'humanité, c'est rejoindre notre propre cœur.
 

Mais c'est d'abord vénérer celui qui s'est donné et se donne encore pour nourrir notre espérance et, par-delà sa mort, nous ouvrir à Sa Vie.

Luc Mazaré, prêtre
 

1En fait, dans ce récit de Marc, et dans ses parallèles en Matthieu et Luc, il est écrit que c'est Simon de Cyrène qui porte la croix de Jésus (voir note da TOB sur Mt27,3).

 

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