Eglise catholique en Isère
Paroisse La Croix de Valchevrière
Don au Diocese de Grenoble Vienne

Homélies

Dimanche 19 novembre 2017 - 33ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (25,14-30)

HOMELIE

Voilà un récit qui est tout à la fois improbable et immoral!

Un récit improbable.

Les sommes que le maître confie aux trois serviteurs sont carrément invraisemblables.

Un "talent", c'était, selon les lieux, de 35 à 60 kg d'argent ou d'or.

Vous imaginez le sac rempli de lingots ou de pièces? Un trésor fabuleux!

Non, ça ne tient pas debout!

Un récit immoral.

Le personnage principal de la parabole est franchement un monsieur peu recommandable.

Voilà un homme qui part en voyage et qui ne revient que pour toucher ses bénéfices, et quels bénéfices! Il double sa mise!

Comme ça, sans rien faire, simplement en comptant sur le travail de ses serviteurs!

Mieux qu'à la Bourse!

En plus, je dirais que nous faisons souvent un grave contresens sur la signification de cette parabole. Trop souvent, nous la réduisons à une simple leçon de morale du genre: "Nous devons faire fructifier les capacités que Dieu nous a données".

Non, il faut d'abord prendre les choses autrement.

L'Evangile n'est pas d'abord une leçon de morale; il est d'abord – comme tous les textes de la Bible – révélation de Dieu et révélation de l'homme au regard de Dieu.

Une parabole est une sorte d'énigme, un problème dont nous devons trouver la solution. Et le côté invraisemblable du récit est là pour nous le rappeler.

Mais aussi, quand Jésus parle en paraboles, il part souvent de notre point de vue, de notre regard, de notre manière de voir les choses.

Dieu n'est pas ce propriétaire intransigeant qui exploite ses serviteurs sans même lever le petit doigt.

Au contraire, toute la Bible nous révèle au contraire qu'il est aux côtés de son Peuple, vivant avec son Peuple, partie prenante de ses joies et de ses peines, et particulièrement dans les moments les plus difficiles, et particulièrement aux côtés des plus faibles et des plus pauvres.

Et le Christ, lui, nous révèle, que ce Dieu est Père, un Père qui n'aspire qu'au bonheur et à la liberté de ses enfants.

Dieu n'est pas ce maître dur et injuste… mais c'est peut-être l'image que nous en avons, le regard que nous portons sur lui.

Au lieu de le voir à nos côtés, au lieu de voir en lui un Père débordant de tendresse, nous en faisons parfois un maître dur et intransigeant.

Au lieu d'avoir foi, d'avoir confiance, nous en arrivons à nous méfier de lui, à avoir peur de lui.

C'est en tout cas le regard du 3° serviteur de la parabole, celui qui avait reçu un talent:

"Seigneur, dit-il, je savais que tu es un homme dur; tu moissonnes là où tu n'as pas semé, tu ramasses là où tu n'as pas répandu le grain. J'ai eu peur".

Et c'est cette attitude, cette méfiance qui le mène à sa perte.

Il n'a pas eu confiance, il n'a pas aimé, alors que l'amour bannit la peur.

Alors, dans le fond, cette parabole porte moins sur l'usage que nous faisons des biens que Dieu nous a confiés que sur le regard que nous portons sur lui.

Pour qui a confiance, pour qui accepte d'aimer, tout est possible.

Mais celui qui s'enferme dans la méfiance et la peur s'enferme lui-même dans la mort.

J'allais oublier le contexte: Jésus parle à ses disciples du "Royaume des Cieux". 1

Aujourd'hui, ce "Royaume des cieux" vient à nous.

Chaque jour, au travers de ceux et celles qu'il nous est donné de rencontrer.

Quel regard portons-nous sur eux?

La confiance, ou la peur?

La peur, la méfiance, ne peuvent que nous enfermer.

Elles nous empêchent d'avancer.

Elles sont le contraire de l'amour.

Et elles nous empêchent de voir Dieu, elles nous rejettent loin de lui.

La confiance, au contraire, nous permet de voir toute la richesse de l'autre, et nous permet d'entrevoir toute la richesse de Dieu.

Peur ou confiance? C'est à nous de choisir!

Luc Mazaré, prêtre

1 Matthieu 25,1

Dimanche 12 novembre 2017 - 32ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (25,1-13)

HOMELIE

Où en sommes-nous dans l’évangile de Saint Matthieu?

Pendant plusieurs dimanches, nous avons entendu Jésus à Jérusalem, discutant pied à pied avec différentes composantes du monde juif de son époque. Souvenez-vous, dimanche dernier, les scribes et les pharisiens.

Désormais, c’est un nouveau registre qui s’ouvre: à travers différentes paraboles, Jésus évoque longuement la "fin des temps", la pleine réalisation de l’homme et de l’univers.

Et, aujourd’hui, cette "fin des temps" parait plutôt rassurante, puisque le Christ en parle comme d’un mariage.

Un mariage... nous sommes loin ici des images terrifiantes d’un monde qui se déchire et s’écroule. C’est d’une fête dont il est question.

Et puis un mariage… C'est plus un commencement qu'une fin !

Le Christ parle aux hommes de son temps et il prend l’image d’un mariage, à son époque, en Palestine.

La coutume veut que la mariée, entourée de ses demoiselles d’honneur, attende chez elle celui qui sera son époux.

Celui-ci vient la chercher, et l’emmène dans sa propre maison, où aura lieu la fête.

Mais attention, ce que nous propose Jésus, c’est une parabole, une énigme.

Deux détails bizarres attirent notre attention.

D’abord, dans ce mariage, il est question des demoiselles d’honneur, mais pas un mot sur la mariée. On n’en parle pas. Etrange.

Par ailleurs, le marié, lui, est en retard... très en retard!

La mariée, c’est le Peuple de Dieu tout entier, que le Seigneur vient épouser.

Les demoiselles d’honneur, ce sont les disciples. C’est à eux que Jésus propose cette parabole. C’est d’eux dont il est question.... et donc de nous aujourd’hui.

Le marié est en retard, au point que c’est déjà le milieu de la nuit... et les jeunes filles, les demoiselles d’honneur se sont endormies.

Dans le fond, c’est un peu notre situation aujourd’hui. Nous attendons la pleine réalisation du monde de Dieu, mais... rien ne vient.

Deux mille ans de christianisme, et c’est toujours la nuit pour tant hommes: la guerre, l’injustice, le chômage, les mille petits problèmes qui nous assaillent chaque jour.

Alors, comme les demoiselles d’honneur dans la parabole, comme, plus tard, les disciples au Jardin des Oliviers, nous avons tendance à nous endormir, à oublier l’essentiel - le surgissement du Ressuscité dans nos vies - au seul profit de nos petits problèmes quotidiens qui, c’est vrai, ne sont déjà pas si faciles.

Au milieu de la nuit, dit la parabole, un cri se fait entendre: " Le marié arrive! Sortez à sa rencontre! ".

Les demoiselles d’honneur se réveillent.

Mais certaines ne sont pas prêtes: elles n’ont pas prévu d’huile en réserve, et les voilà sans lumière, hors du coup.

Elles se sont laissé submerger par leurs propres soucis, leurs petits problèmes, elles sont devenues incapables de discerner l’essentiel de l’accessoire.

Là encore, c’est comme nous!

Comme le nouveau marié de la parabole, le Royaume de Dieu, le Christ, surgit toujours à l’improviste.

Et c’est dans nos vies que déjà, il surgit.

Un cri dans la nuit: " Le marié arrive! Sortez à sa rencontre! "

Le cri des réfugiés, victimes de la misère ou des luttes fratricides qui déchirent leurs pays.

Le cri des affamés du monde, toujours ignorés pour la plupart.

Le cri de tous ceux qui en appellent à notre amour, notre amitié, notre solidarité.

Eux sont le Christ surgissant dans nos vies.

C’est maintenant que ça se passe! Si nous n’y prenons pas garde, nous risquons bien de ne pas nous en apercevoir, d’être hors du coup, devenus incapables de discerner l’essentiel de l’accessoire.

L’Evangile nous invite à veiller, à nous rendre attentifs, à ne pas être les disciples d’un instant, mais de tous les jours.

La dureté même des propos du marié - " Je ne vous connais pas " - ne vient que renforcer cette invitation.

Le Christ, le Royaume vient à nous, dans notre nuit, dans notre vie.

Ne passons pas à côté. Allons à sa rencontre!

 

Luc Mazaré, prêtre

Dimanche 5 novembre 2017 - 31ème du T.O.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (23,1-12)

Homélie

Dans la violente polémique qui les oppose à Jésus, voilà maintenant les scribes et les pharisiens mis sur la sellette.

Et l'évangéliste Matthieu, qui les connait bien, donne aux paroles de Jésus un petit ton moqueur pour bien camper les personnages.

 

Ils sont là, devant nous, un peu ridicules : ils se pavanent, promenant devant eux, leur religion et leur bonne conscience, avides de respect et d'admiration.

 

Dans la phrase qui suit le texte que nous venons de lire, Jésus n'hésite pas à leur dire: "Malheureux êtes-vous, parce que vous fermez à clé le Royaume des cieux devant les hommes".[1]

 

Autrement dit, l'enjeu dépasse de loin les travers des uns et des autres : ces hommes qui ont mission d'enseigner les voies qui mènent à Dieu posent par leurs actes un véritable contre-témoignage.

Ils éloignent par leurs actes ceux qu'ils prétendent, par leurs paroles rapprocher de Dieu : "Ils disent et ne font pas" .

 

C'est le même reproche que faisaient souvent les prophètes, et nous l'avons entendu dans le Livre de Malachie : "Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude".

 

Nous pourrions nous dire qu'il s'agit là de querelles du temps passé, que nous n'en sommes plus là… En sommes-nous certains ?

Nous sommes-nous pas nous-mêmes un peu "scribe et pharisien" à chaque fois qu'il y a une différence entre nos paroles et nos actes ?

 

C'est une question sur laquelle le pape François revient souvent, et il nous met en garde contre ce qu'il appelle la "mondanité spirituelle".

Il écrit par exemple dans son exhortation apostolique "La joie de l'Evangile» :

 

"Cette obscure mondanité se manifeste par de nombreuses attitudes (…).

Dans certaines d’entre elles on note un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de l’Évangile dans le Peuple de Dieu et dans les besoins concrets de l’histoire ne les préoccupe.

De cette façon la vie de l’Église se transforme en une pièce de musée, ou devient la propriété d’un petit nombre.

(…)

Dans tous les cas, elle est privée du sceau du Christ incarné, crucifié et ressuscité, elle se renferme en groupes d’élites, elle ne va pas réellement à la recherche de ceux qui sont loin, ni des immenses multitudes assoiffées du Christ.

Il n’y a plus de ferveur évangélique, mais la fausse jouissance d’une autosatisfaction égocentrique." [2]

 

C'est bien sûr une question que je me pose souvent comme prêtre, tant je mesure l'écart qu'il peut y avoir entre mes paroles et mes actes.

Problème de conscience personnelle, bien sûr, mais surtout risque d'apporter ainsi un contre-témoignage qui risque d'éloigner de Dieu ceux qui voudraient s'en approcher.

 

Et c'est une question que nous devons tous nous poser: notre vie est-elle conforme à notre foi et à nos dires?

 

Bien sûr, ce ne sera jamais vraiment le cas, et St Paul lui-même écrit :

" Ce qui est à ma portée, c’est de vouloir le bien, mais pas de l’accomplir. Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas." [3]

 

Mais du moins pouvons-nous prendre un chemin:

 

- Un chemin de modestie :

"Ne vous faites pas appeler maitres, car vous n'avez qu'un seul maitre, le Christ".

 

- Un chemin de service :

"Le plus grand parmi vous sera votre serviteur"

 

- Un chemin de prière :

"Père, que ta volonté soit faite" [4]

 

- Un chemin de partage :

"Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux". [5]

 

- Et avant tout, un chemin de confiance :

"Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde". [6]

 

C'est sur un tel chemin que nous pourrons commencer à être témoins et acteurs de l’Evangile : "Allez, de toutes les nations faites des disciples." [7]

 

Luc Mazaré, prêtre

 

[1] Matthieu 23,13

[2] La joie de l'Evangile §95

[3] Romains 7,18-19

[4] Matthieu 26,42

[5] Matthieu 7, 12

[6] Matthieu 28,20

[7] Matthieu, 28,19

Mercredi 1er novembre 2017 Toussaint

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,1-12a.

Homélie

Je me suis posé la question : un saint, c'est quoi ?

Alors, j'ai commencé par regarder dans un dictionnaire -un peu ancien, il est vrai-.

Et j'ai trouvé la définition suivante :

"Saint : qui mène une vie irréprochable, en tous points conforme aux lois de la morale et de la religion".

Alors, j'ai refermé le dictionnaire : ça, ce n'est pas pour moi !

C'est trop haut, trop parfait !

 

Je me suis dit : bon, allons voir dans l'Evangile.

Et j'ai lu le texte des Béatitudes, celui que nous venons d'entendre.

Et, là encore, quel décalage avec ma vie !

Comment être tout à la fois pauvre de cœur, doux, pleurer, avoir faim et soif de la justice, être miséricordieux, avoir le cœur pur, être artisan de paix et, en plus, être persécuté pour la justice, être insulté à cause de Jésus ?

C'est impossible pour moi, c'est désespérant !

Je ne serai donc jamais heureux, je n'aurai pas de "récompense" dans les cieux !

 

Et puis, toujours dans l'Evangile, j'ai fini par regarder Jésus rencontrant des hommes et des femmes, sur les routes de Palestine.

Tiens… Aucun de ceux-là ne correspond à la définition du dictionnaire.

Ceux que Jésus rencontrait : des malades, des possédés du démon, des pécheurs, des prostituées, des femmes adultères, une Samaritaine : et même des païens : des soldats romains, la syro-phénicienne….

 

Et d'ailleurs, même les apôtres étaient assez loin de l'idéal de la sainteté.

Jacques et Jean ne voient que leurs ambitions personnelles, Matthieu travaille pour l'occupant romain, Judas sera un traître, et même Pierre reniera Jésus… et à trois reprises. 

 

Non, aucun de ces hommes et de ces femmes que rencontrait Jésus, et même les apôtres qu'il a pourtant lui-même choisis, aucun de ceux-là ne vivait les exigences des Béatitudes.

 

Mais, curieusement, Jésus ne pose jamais aucune condition pour rencontrer des gens parfois peu fréquentables.

Jamais il ne leur dit : "Commence par te repentir de tes péchés, par te convertir et conformer ta vie aux lois de la morale el de la religion".

Jamais il ne leur demande si ils vivent les Béatitudes.

 

Toujours, c'est lui qui fait le premier pas, qui tend la main, qui va manger avec eux. Pourquoi agit-il ainsi ?

Parce que, tout simplement, Dieu nous aime !

Et Jésus a donné sa vie pour nous alors que nous étions pécheurs.

D'ailleurs, c'est nous qui l'avons condamné et cloué au bois de la croix.

 

Si Dieu avait attendu que les hommes soient saints, parfaits, pour les aimer et venir vers eux, il attendrait toujours.

 

La sainteté, ce n'est pas cela !

Le seul qui est saint, c'est Dieu, avec son Fils bien-aimé, en qui il dépose la plénitude de son amour.

La sainteté, c'est Dieu qui la donne quand il vient mettre gratuitement son amour au-dedans des hommes, par le don de l'Esprit.

Et c'est dans la mesure où nous nous laissons toucher par Jésus que lui et son Père peuvent venir faire leur demeure en nous.

C'est dans la mesure où nous acceptons d'avoir confiance en Dieu, dans la mesure où nous acceptons de lui donner toute sa place dans notre vie, que nous commençons à vivre quelque chose de sa sainteté.

 

Alors, si nous savons compter sur Lui, nous pouvons commencer à vivre humblement les Béatitudes.

Avoir confiance, ce n'est pas hors de notre portée, et c'est la clé de la sainteté.

Non pas la nôtre, mais celle que Dieu nous donne.

 

Luc Mazaré, prêtre

Dimanche 29 octobre 2017 - 30ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (22,34-40)

HOMÉLIE

Au départ, à la base même de l'existence du Peuple de Dieu, il y a la Loi, la Torah.

La Loi, avec un grand "L", c'est un don de Dieu, un cadeau, une grâce, C'est un lien, une Alliance entre Dieu et son Peuple.

Je ne suis pas certain que notre mot français "Loi" exprime toute la richesse du mot hébreu "Torah".

Pour nous, obéir à la loi, c'est nous soumettre à des règlements: ne pas dépasser 90 km/h au volant, ne pas insulter un agent de la force publique, etc. etc.

Pour le Peuple de Dieu, obéir à la Loi, se soumettre à la Torah, c'est d'abord vivre en Dieu.

On peut comprendre alors le souci des Pharisiens, sans doute les Juifs les plus pieux au temps de Jésus, on peut comprendre leur souci de se soumettre à la Loi jusque dans ses moindres détails.

Seulement voilà: au fil des ans et des siècles, les Dix Commandements donnés par Dieu à Moïse sur le Sinaï ne permettent plus de répondre tels quels aux multiples questions de la vie quotidienne.

On est passé d'une situation de quelques tribus nomades élevant leurs moutons dans le désert à une réalité beaucoup plus complexe.

Des villes se sont créées, les métiers se sont diversifiés, les pouvoirs se sont organisés autrement.

Tout est devenu plus compliqué, alors il a bien fallu adapter la Loi, les Dix Commandements, pour l'adapter aux réalités du temps présent.

Et ainsi, au temps de Jésus, la Loi comportait 613 préceptes, soit 365 interdictions et 248 commandements.

"Maître, dans la Loi, quel est le plus grand commandement?".

C'est un piège.

La question est piégée, car en mettant un commandement au dessus des autres, on relativise les autres, on leur donne moins d'importance, et donc, d'une certaine façon, on s'en écarte, on s'écarte de Dieu.

Jésus refuse le piège, il refuse la logique dans laquelle on voudrait l'enfermer.

D'abord, dans sa bouche, beaucoup d'ironie.

En guise de réponse, Jésus récite son catéchisme, ces phrases que tout petit Juif apprend dès sa naissance: "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit".

Pour lui, c'est le seul, c'est l'unique commandement, puisque, pour lui, tout vient de Dieu, tout vient de son Père.

Au-delà de l'ironie, Le Christ redit ainsi ce qu'est exactement la Loi, la Torah: un lien, une Alliance entre Dieu et son Peuple.

C'est cela, l'important.

Jésus refuse le piège. Il refuse d'ergoter.

Il redit l'essentiel: tout vient de Dieu, tout vient de son Père.

Le reste en découle, et il en a toujours été ainsi:

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

Vivre en Dieu, obéir à la Loi, c'est aimer l'autre, son prochain, c'est s'en rendre proche.

Ce n'est pas nouveau, c'est depuis toujours.

Jésus ne dit rien d'original: dans toute la tradition juive, l'amour de Dieu se vit, se traduit par l'amour de l'autre, du prochain.

La seule façon d'aimer Dieu, c'est d'aimer son frère.

Ce n'est pas nouveau, c'est depuis toujours, et nous avons entendu ces phrases du Livre de l'Exode: "Tu ne maltraiteras pas l'immigré (…) Tu n'accableras pas la veuve et l'orphelin…"

Les Pharisiens, dans leur souci d'observer la Loi, ont fini par oublier le sens de la Loi, sa raison d'être.

Insensiblement, ils se sont détournés de ce Dieu qu'ils prétendent honorer.

Et, inséparablement, ils se sont éloignés de leurs frères, qui est le seul vrai moyen de rendre gloire à Dieu.

Jésus ne veut pas, ne peut pas être solidaire de cette attitude qui, au nom même de Dieu, tourne le dos à Dieu.

Ne soyons pas aujourd'hui comme les pharisiens d'hier.

A l'image du Christ, reconnaissons que tout vient de Dieu, que tout est de lui.

A l'image du Christ, aimons nos frères, nos prochains.

Sachons tout leur donner, à l'image de Celui qui s'est donné à nous sur la croix.

Je termine par cette phrase, qui nous vient d'un maître spirituel du XIII°Siècle:

"Tant qu'il y a un seul homme

que tu aimes moins que toi-même,

tu ne t'es jamais vraiment aimé toi-même1".

Luc Mazaré, prêtre

 

1Maître ECKHART. "Traités et sermons"

Dimanche 22 octobre 2017 - 29ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (22,15-21)

Homélie

" Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu !"

Bravo ! Bien joué

Pourtant, les Pharisiens étaient sûrs de leur coup.

Le piège était bien préparé sous l’apparence d’une question anodine : "Maître, donne-nous ton avis : Est-il permis oui ou non de payer l’impôt à César ?"

Jésus sait que si il répond oui, il passera aux yeux des juifs pour un collaborateur, un suppôt de César.

Mais il sait également que si il répond non, il sera vite dénoncé auprès des romains comme un rebelle, incitant à la résistance.

Jésus en quelque sorte, mis au pied du mur.

Obligé de choisir son camp: pour ou contre César !

Mais il retourne le piège à l’encontre de ses interlocuteurs : "Montrez-moi la monnaie de l’impôt."

Ce sont maintenant les Pharisiens qui sont obligés de dévoiler leurs batteries: ils sortent de leur poche une pièce d’argent romaine. Ils sont donc impliqués, qu’ils le veuillent ou non, dans ce réseau serré de l’argent de César.

"Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu."

Et nous voici à notre tour confrontés à la signification de cette phrase: est-ce une manière habile pour Jésus de se dégager d’une question politique embarrassante ? Jésus botte-t-il en touche pour ne pas choisir son camp ? Ou bien, Jésus renverrait-il César à ses affaires et à sa volonté de domination pour ne se tourner que vers Dieu, son Père ?

Une telle interprétation reviendrait à méconnaître totalement le message de l’Évangile du Christ. Pourtant elle a souvent été employée par ceux qui trouvaient intolérable qu’au nom de ce même Évangile, des chrétiens, (évêques, prêtres, laïcs) s’engagent sur un terrain politique pour que l’inaliénable dignité de la personne humaine soit reconnue et que la justice soit rendue.

Non, Jésus ne se désengage pas du terrain social ou économique de la vie des hommes. S’il s’est incarné dans l’histoire des hommes, c’est pour assumer le tout de l’humanité de ses frères.

Il est le Fils de ce Dieu qui, à l’aube de l’histoire d’Israël, a crié sa compassion devant la misère de son peuple: J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs. Oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer" (Exode 3, 7).

Jésus est donc, en quelque sorte, la manifestation, en notre humanité, de ce Dieu Miséricordieux, c’est-à-dire qui connaît par le cœur de la misère de chaque homme, l’angoisse de ne pas savoir de quoi demain sera fait, la solitude extrême jusqu’à ne plus se sentir reconnu et aimé.

Et ce Dieu ne fait pas qu’entendre. Il agit, et il vient pour "libérer".

C’est ainsi que Jésus définira sa mission à Nazareth : "L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux prisonniers la délivrance, renvoyer en liberté les opprimés." (Luc 4,18)

Le chemin de Jésus dans l’histoire des hommes passe donc par la libération effective et concrète de la misère et de l’oppression pour que chaque personne puisse reconnaître de quel amour elle est aimée.

Du même coup, voici le pouvoir de César soumis à un critère essentiel de justice et d’équité : ce pouvoir qui, comme le dira plus tard Jésus à Pilate, lui a été donné "d’en haut" n’a de sens que s’il est au service de la dignité de chaque personne humaine dans son intégralité et de tous les hommes dans leur égalité et leur unité.

Quant à savoir s’il faut payer l’impôt à César, c’est-à-dire s’il faut choisir telle ou telle stratégie économique ou politique face aux situations humaines complexes qui engendrent la misère, Jésus, en invitant à rendre à César ce qui est à César renvoie chacun à sa responsabilité, à sa raison, à son intelligence, à sa liberté.

Il n’y a pas lieu de sacraliser tel ou tel choix politique, en se réclamant directement de Dieu.

L’important, c’est que chaque disciple du Christ, éclairé et soutenu par la Parole de l’Évangile, s’engage avec lucidité et compétence pour combattre l’exclusion et faire reculer la misère.

Et Jésus nous montre le chemin de cette libération. Il passe par la solidarité et la proximité concrète des plus petits et des plus pauvres. Il va jusqu’à se faire l’un d’entre eux, à partager leurs conditions de vie, leurs souffrances et à vivre avec eux ce chemin de libération.

Depuis que Jésus s’est assimilé à celui qui a faim, à l’étranger, au prisonnier, au malade, les disciples du Christ savent que c’est chez les plus petits de leurs frères que doivent commencer leurs solidarités.

C'est le chemin que nous ont montré tant de témoins et acteurs de l'Evangile, le chemin auquel nous invitent aujourd'hui encore et inlassablement notre pape et notre évêque.

Mais vivre la solidarité et la proximité concrète des plus petits et des plus pauvres, ne suffit pas.

Il nous faut avec d'autres combattre les causes même de la misère et de l'exclusion.

Et c'est là que "rendre à César ce qui est à César" prend tout son sens. Nous avons notre rôle à jouer.

Quand les "Césars" d'aujourd'hui, les hommes politiques, les décideurs économiques, les dirigeants religieux, les meneurs d'opinion laissent s’installer l’injustice, ayons le courage de les interpeller, voire de les mettre en cause.

Mais sachons aussi les encourager et les soutenir quand ils exercent leurs responsabilités pour le service du bien commun.

C'est aussi un chemin d'Evangile.

Luc Mazaré, prêtre

 

Dimanche 8 octobre 2017 - 27ème du T.O

Evangile selon Saint Matthieu (21,33-43) - Lecture du livre du prophète Isaïe (5,1-7)

Homélie

"Je veux chanter à mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne"…

Dans la Bible, les thèmes de la vigne et de son fruit, le vin, traversent toute l'histoire du Salut..

D'après le Livre la Genèse, ce serait Noé qui, le premier, aurait planté une vigne, et en aurait ensuite dégusté le fruit. Enfin… quand je dis "dégusté"… en fait, il s'est enivré au point de tomber dans un coma éthylique. 1

Le vin - à condition de ne pas en abuser ! - est pour le Peuple de Dieu le signe de la fête et de la joie: le Livre des Juges évoque le vin "qui réjouit les dieux et les hommes" 2, et le psaume 104 affirme: "le vin réjouit le cœur des humains en faisant briller les visages plus que l'huile" 3.

Par chance, la Terre Promise aux Fils d'Israël ne manque pas d'une telle richesse. Moïse y envoie des espions et deux d'entre eux en reviennent avec une grappe de raison si énorme qu'ils sont obligés de s'y mettre à deux pour la porter sur une grande perche ! 4

Et le prophète Isaïe entrevoit ce que sera la grande fête du Royaume de Dieu: "Le jour viendra où le Seigneur de l'univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés" 5

Comment ne pas penser aussi à l'évangile de St Jean où le premier signe donné par Jésus au début de son ministère public est l'eau changée en vin 6, signe du commencement d'un monde nouveau, et rappel de la prophétie d'Isaïe.

Et bien sûr le vin est au cœur de l'Eucharistie instituée par Jésus: "Prenez, buvez, ceci est mon sang".

Mais évidemment, pas de vin sans vigne !

Dans la Bible, la vigne est le symbole du Peuple de Dieu qui reçoit mission de porter du fruit.

 

Mais, et c'est notre première lecture, si Dieu attendait de son peuple, de sa vigne, s'il en attendait des beaux raisins, des beaux fruits, trop souvent "elle en donna des mauvais".
 

En cause: le règne de l'injustice où les plus puissants s'accaparent la vigne, dominent le peuple aux dépens du plus grand nombre.

La suite du texte précise:

"Malheureux, ceux qui font le mal. Malheureux vous qui ajoutez maison à maison, qui joignez champ à champ jusqu'à occuper toute la place et habiter, seuls, au milieu du pays !" 7
 

C'est cette même injustice que dénonce le Christ dans l'Evangile.

Les grands prêtres et les anciens se sont accaparés la vigne, se sont accaparés le Peuple de Dieu, oubliant que ce Peuple, justement, n'appartenait qu'à Dieu et à lui seul.

Ils ont rejeté les prophètes, ils iront jusqu'à rejeter le Fils de Dieu et le conduire à la mort.

 

Le Christ a apporté le vin de l'amour, mais en retour, ce n'est que du vinaigre qu'il recevra sur la croix 8.

Malheureux ces responsables du Peuple de Dieu qui ont tourné le dos à Dieu: "Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits".

Sommes-nous de cette "nation", de ce peuple nouveau, de cette vigne nouvelle dont Dieu seul connaît l'étendue et les contours?

 

Oui, si nous demeurons en Christ comme lui demeure en nous: "Demeurez en moi comme moi en vous. de même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s'il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus si vous ne demeurez pas en moi" 9.

 

Nous le savons bien: dans sa longue histoire, l'Eglise s'est parfois détournée du Christ pour ne voir que son seul profit.

Et c'est le drame des Croisades, du trafic des indulgences, de papes, évêques, prêtres parfois indignes, des guerres dites de religion, voire d'un formalisme religieux qui ne dit plus le Christ, mais qui ne fait que se dire lui-même.

 

Alors, ce qui fait de nous, avec d'autres, un peuple nouveau, une vigne nouvelle, ce ne sont pas d'abord nos belles professions de foi ou nos belles prières, ce sont les fruits d'amour que nous sommes appelés à produire.

C'est la seule vérité, c'est le seul critère: "Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire" 10
 

Alors oui, avec d'autres, portons des fruits d'amour, de justice et de paix.

Et nous serons, nous aussi, invités au festin messianique où nous aurons la joie de partager avec Jésus le vin nouveau du Royaume de Dieu. 11

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Genèse 9,20-24

2 Juges 9, 11.

3 Psaume 104 (103),15

4 Nombres 13,23-24.

5 Isaïe 25,6

6 Jean 2,1-11

7 Isaïe 5,8

8 Matthieu 27,47-48

9 Jean 15,4. Voir plus largement 15,1-17

10 Jean 15,5

11 Référence à Matthieu 26,29: "Je vous le dis: désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le Royaume de mon Père"

Dimanche 1er octobre 2017 - 26ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (21,28-32)

HOMELIE

Quand Jésus est entré à Jérusalem, la capitale religieuse et politique de son pays, il y a été accueilli comme le Messie, c’est-à-dire, pensait-on, comme celui qui allait chasser les Romains et prendre le pouvoir au nom de Dieu.
 

Mais Jésus agit tout autrement.

Il va au Temple et il en chasse les marchands.

Attention: à Jérusalem, les marchands du Temple, ce ne sont pas les vendeurs de souvenirs, les vendeurs de chapelets, comme à Lourdes. Eux sont des maillons essentiels du culte, puisqu'ils vendent les animaux destinés aux sacrifices offerts à Dieu.

Autrement dit, en s’attaquant aux marchands du Temple, Jésus s’attaque au culte rendu à Dieu, plus précisément à la manière dont ce culte est rendu.

 

Dès lors, la guerre est ouverte entre lui et le judaïsme officiel représenté par les grands prêtres et les anciens du peuple.

Le conflit porte sur deux points:

- Qui a autorité pour parler et agir au nom de Dieu?

- Que doit faire l’homme pour répondre à la volonté de Dieu?

 

Notre parabole aujourd’hui porte sur ce deuxième aspect: que doit faire l’homme pour répondre à la volonté de Dieu?
 

Pour les grands prêtres et les anciens du peuple, un Juif qui veut répondre à la volonté de Dieu doit, d’une part, observer aussi scrupuleusement que possible les commandements et, d’autre part accomplir les sacrifices exigés par le culte.

 

Observer les commandements.

Les dix commandements donnés par Moïse, qui se traduisent en fait par plus de 600 prescriptions régulant tous les gestes de la vie quotidienne.

Accomplir les sacrifices;

Offrir à Dieu des animaux, petits et grands, pour lui rendre hommage et pour rappeler que toute la Création lui appartient.

 

Aux yeux du Christ, ce n’est pas suffisant, car on court le risque de se contenter de pratiques extérieures sans rien changer à sa vie, sans rien changer en son cœur:

C’est l’image du fils qui dit "oui " à son père, mais qui ne bouge pas. Des mots qui sont vides, parce qu’ils ne se traduisent pas par des actes.

 

A l’inverse, l’autre fils, celui qui a dit  "non", est capable de repentir, et lui va donner de sa propre personne.

C’est lui-même qu’il offre en sacrifice.

 

La vraie manière d’accomplir la volonté de Dieu, c’est d’entendre sa volonté et d’agir en conséquence.

Le vrai culte, c’est s’offrir soi-même à Dieu.

 

Tout au long de l’histoire humaine, des hommes et des femmes ont vécu ce culte véritable, ont dit "oui" à Dieu non seulement par leurs paroles, mais aussi par leurs actes.
 

A l'époque de Jésus, c’est Jean-Baptiste.

Le Christ dit de lui: "Jean est venu à vous sur le chemin de la justice", et il ajoute: "Et vous n'avez pas cru à sa parole".

Vous ne vous êtes pas repentis, vous n’avez pas changé.

Votre langue dit  "oui", mais votre cœur dit "non". Votre cœur reste fermé.
 

Aujourd’hui également, il ne manque pas d’hommes et de femmes qui, par leurs paroles et leurs actes, expriment la volonté de Dieu.
 

Je pense par exemple à Mgr Pierre CLAVERIE, qui était évêque d'Oran, et qui a été assassiné, lui et son chauffeur musulman, en 1996.

Quelques mois à peine avant sa mort, Mgr CLAVERIE écrivait:

« L’étranger, l’autre, revêt une importance vitale pour chacun. (...)

Jésus me révèle l’infinie valeur de chaque être humain (...)

Il me donne de reconnaître dans l’autre l’appel à sortir de mes limites et de mon arrogance dominatrice pour découvrir en lui ce qui me manque encore pour être pleinement, authentiquement, généreusement humain » (*).

Ce ne sont pas que des mots.

Alors que la violence se déchaînait en Algérie, Mgr CLAVERIE est resté aux côtés du peuple algérien, il a dit "oui", il lui a offert sa propre vie.
Là est le vrai culte: l'amour vécu jusqu'au bout, à l'image même du Christ.

Et nous, sommes-nous prêts, sinon à donner notre propre vie, du moins à vivre le culte véritable, à dire "oui"  non seulement avec nos mots, mais aussi et d’abord avec notre cœur?
 

(*) Extraits de la préface du « Missel des dimanches 1996 » pages 6 et 7

 

Luc Mazaré, prêtre

Dimanche 10 septembre 2017 - 23ème du T.O

Evangile selon Saint Mathieu (18,15-20)

Homélie

Notre monde est divisé.

Comme c'est le cas, parfois, aussi de l'Europe, et ce qui reste ici du hameau de Valchevrière en est un triste témoignage historique.

Notre monde est divisé, et cela touche aussi bien souvent notre pays, nos villages, nos familles, et jusqu'à nos paroisses.
 

Notre monde est divisé, et cette division est source de conflits qui, trop souvent, ne croient pouvoir se régler que par la violence.

Et c'est alors le règne de la guerre, du terrorisme, de l'exclusion.

 

La violence et le rejet de l'autre ne sont jamais une solution, nous le savons tous.

Mais nous sommes pourtant comme enfermés dans ce cycle diabolique qui nous enserre et ne peut que nous détruire comme il détruit l'autre en qui nous ne voyons plus alors qu'un ennemi.

Ennemi l'arabe, le réfugié, et jusqu'à mon voisin qui ne pense pas comme moi.

 

Et c'est la guerre, et c'est l'exclusion.

En voulant détruire l'autre ou l'isoler, c'est nous-mêmes qui nous détruisons et nous isolons.
 

Le Christ nous propose un autre chemin, le chemin de la vie, le chemin du dialogue: si ton frère a commis un péché contre toi, va lui parler. Et si tu n'y arrives pas, prends avec toi deux ou trois personnes pour t'aider.

La force du dialogue.

Je pense à Mme Simone Veil qui nous a quittés récemment.

Oh bien sûr, nous pouvons ne pas être d'accord avec tout ce qu'elle a fait dans sa vie politique.

Mais moi, je veux retenir une chose: simplement parce qu'elle était juive, elle a été déportée en camp de concentration à Auschwitz.

Elle a survécu, alors que tous les membres de sa famille ont péri dans l'enfer de la Shoah.

Simone Veil, et je l'aurais compris, aurait pu s'enfermer dans la haine et la violence.

Mais non, elle a fait tout l'inverse et pris toute sa part dans l'Europe, et notamment dans la réconciliation entre les peuples français et allemand.
 

Le dialogue, nous, croyants y sommes invités par notre évêque, quand il nous demande de nous mettre "à l'écoute de l'Esprit Saint".
 

Je le cite:

" Dans les nombreuses questions qui se posent à notre Eglise, dans ce monde en perte de sens, il est bon de nous mettre à l'écoute de de l'Esprit pour acquérir ou affiner la vision de notre mission, pour tenir le cap, et recevoir la force et l'enthousiasme nécessaires pour avancer. Voilà pourquoi nous avons choisi pour thème d'année "A l'écoute de l'Esprit". Dans l'ordre des réalités de la foi, écouter est nécessaire pour voir, et l'Eglise a besoin de voir pour conduire l'humanité au Christ. Il nous faut voir, à la lumière de Dieu, ce qui se passe dans notre monde, voit les attentes de nos contemporains, voir les objectifs que nous assigne Dieu, voir ce que nous devons faire pour atteindre le but."
 

Oui, c'est chaque jour que nous sommes appelés à l'écoute de l'Esprit Saint pour qu'enfin la paix et la vie l'emportent sur la guerre et la mort.

Et je vous invite à reprendre après moi ce chant issu d'une prière de St François d'Assise:

" Seigneur, fais de nous des ouvriers de paix,

Seigneur, fais de nous des bâtisseurs d'amour "

Luc Mazaré, prêtre