Homélies

Lecture du livre des Actes des Apôtres (2,1-11) - Lecture du livre de la Genèse (11,1-9)

HOMELIE

Deux mondes qui s'opposent:

le monde de Babel 1 et le monde de Pentecôte.

Babel: la division.

Pentecôte: la communion.
 

Essayons de comprendre.

Le récit mythique de la construction de la tour de Babel est très, très ancien, et donc marqué par la mentalité de son époque.

On y trouverait presque aujourd'hui un Dieu jaloux des hommes, alors que ce récit révèle des hommes jaloux de Dieu.
 

Pour les hommes de l'Antiquité –et cela reste vrai dans certaines manières de penser aujourd'hui-, Dieu vit « en haut », dans les cieux, alors que l'humanité, elle, vit « en bas », sur la terre.

Conséquence: pour tenter de se rapprocher de Dieu, on va sur la montagne, ou encore on construit des temples aussi élevés que possibles, aussi proches que possible du monde supposé de Dieu.
 

Le récit de Babel va à l'extrême de cette logique: les hommes vont plus loin; ils veulent construire une tour qui va toucher les cieux, qui va faire irruption dans le monde de Dieu.

En gros, les hommes veulent envahir le monde de Dieu, ils veulent prendre la place de Dieu, ils veulent vivre sans Dieu, ils se prennent pour Dieu.

Effort voué à l'échec.

Non parce que Dieu viendrait imposer sa puissance, mais parce que la division est trop forte.

Quand les hommes ne sont capables de vivre que de leurs seules ambitions, alors, inévitablement, ils se divisent.

C'est le règne de la cacophonie, du chacun pour soi, on devient étrangers à l'un à l'autre, on ne se comprend plus, on ne parle plus la même langue.
 

Récit ancien, mythique, mais ô combien actuel chaque fois que les hommes se prennent pour Dieu, ne veulent vivre que de leurs seules ambitions.

Le monde de Babel, c'est le règne de la division, de l'incompréhension, du chacun pour soi érigé en règle de vie.

On a beau se parler, on ne se comprend pas, on n'a pas le même langage.
 

L'événement de Pentecôte se situe à l'inverse, ou presque. D'abord, ce ne sont pas des hommes qui veulent toucher, envahir le monde de Dieu.

Non, c'est le monde de Dieu qui prend place en humanité.

Il ne vient pas « en bas », il est ici, il est présent.

Dieu est présent en Jésus Christ, Dieu est présent en son Esprit.

Il est en nous comme un feu brûlant, le feu de l'amour, le feu de Dieu.
 

Rappelez-vous le buisson ardent: un feu qui brûle sans consumer, sans détruire.

Rappelez-vous les paroles des deux disciples d'Emmaüs quand ils ont reconnu le Christ ressuscité: « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous tandis qu'il nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Ecritures » 2.

C'est le même feu de Dieu qui envahit les disciples au jour de Pentecôte.
 

Et aujourd'hui encore, le monde de Pentecôte, c'est l'action de Dieu dans le monde des hommes, la présence continuée du Christ pour nous aujourd'hui.
 

C'est le feu de Dieu qui nous fait aller à la rencontre des autres, tout comme Pierre et les Apôtres sont allés partager la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité.

Ce n'est pas l'ambition personnelle, c'est le service de Dieu, et, inséparablement, le service des hommes au nom de Dieu.
 

Enfin, si le monde de Babel signifie le règne la division, le monde de Pentecôte, lui, signifie la communion.

Attention, je n'ai pas dit « union », mais bien « communion ».
 

L'union, ce serait le rêve impossible de ne parler qu'un seul langage, de tous penser la même chose, de ne plus vivre la différence.

Ça, c'est le rêve des sectes, des dictatures, des totalitarismes de tout poil.
 

La communion, c'est le respect de l'autre, pour ce qu'il est, dans sa différence, c'est essayer de parler le langage de l'autre: « Tous, nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »
 

Le Seigneur vit en communion avec nous.

Il ne s'impose pas, il nous respecte.

Il ne nous prend pas ce que nous sommes, il se donne comme feu d'amour.
 

Puisse ce feu d'amour, le feu de Pentecôte, habiter chaque jour de notre vie.

 

Lecture du livre des Actes des Apôtres (2,1-11)

    Quand arriva le jour de la Pentecôte,
au terme des cinquante jours après Pâques,
ils se trouvaient réunis tous ensemble.
    Soudain un bruit survint du ciel
comme un violent coup de vent :
la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière.
    Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu,
qui se partageaient,
et il s’en posa une sur chacun d’eux.
    Tous furent remplis d’Esprit Saint :
ils se mirent à parler en d’autres langues,
et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

    Or, il y avait, résidant à Jérusalem,
des Juifs religieux,
venant de toutes les nations sous le ciel.
    Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait,
ils se rassemblèrent en foule.
Ils étaient en pleine confusion
parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte
ceux qui parlaient.
    Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient :
« Ces gens qui parlent
ne sont-ils pas tous Galiléens ?
    Comment se fait-il que chacun de nous les entende
dans son propre dialecte, sa langue maternelle ?
    Parthes, Mèdes et Élamites,
habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce,
de la province du Pont et de celle d’Asie,
    de la Phrygie et de la Pamphylie,
de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène,
Romains de passage,
    Juifs de naissance et convertis,
Crétois et Arabes,
tous nous les entendons
parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

 

Lecture du livre de la Genèse (11,1-9)

Toute la terre avait alors la même langue et les mêmes mots.
    Au cours de leurs déplacements du côté de l’orient,
les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie,
et s’y établirent.
    Ils se dirent l’un à l’autre :
« Allons ! fabriquons des briques et mettons-les à cuire ! »
Les briques leur servaient de pierres,
et le bitume, de mortier.
    Ils dirent :
« Allons ! bâtissons-nous une ville,
avec une tour dont le sommet soit dans les cieux.
Faisons-nous un nom,
pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. »
    Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour
que les hommes avaient bâties.
    Et le Seigneur dit :
« Ils sont un seul peuple,
ils ont tous la même langue :
s’ils commencent ainsi,
rien ne les empêchera désormais
de faire tout ce qu’ils décideront.
    Allons ! descendons, et là, embrouillons leur langue :
qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres. »
    De là, le Seigneur les dispersa
sur toute la surface de la terre.
Ils cessèrent donc de bâtir la ville.
    C’est pourquoi on l’appela Babel,
car c’est là que le Seigneur embrouilla
la langue des habitants de toute la terre ;
et c’est de là qu’il les dispersa
sur toute la surface de la terre.

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Le récit de Babel est proposé en 1°lecture de la messe de la veille de Pentecôte : c’est ce texte que j’ai choisi en 2°lecture

2 Luc 24,22

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean (17,1b-11a)

Homélie - Commentaire

Là 1° lecture, tirée du Livre des Actes des Apôtres, nous présente ce temps qui a peut-être 1 séparé le départ du Seigneur vers le Père de la venue de l'Esprit Saint pour l'annonce de l'Evangile.

Et ce texte nous présente les Apôtres et quelques proches réunis avec Marie, la mère de Jésus.

Que font-ils?

Ils prient.

 

Ils ne savent pas ce que l'avenir leur réserve.

Ils ne savent pas à quoi le Seigneur va les appeler.

Mais ils gardent confiance: ils prient.

 

Depuis quelques mois, nous sommes nous aussi plongés dans l’incertitude, et bien malin qui pourrait nous dire de quoi demain sera fait.

Puissions-nous, dans ce temps étrange et un peu inquiétant, avoir la même attitude: garder confiance… et prier.

 

Prier, il en est question aussi dans l’évangile.

Et cette fois, c’est dans la prière de Jésus que nous entrons, cette prière que l’évangéliste St Jean met dans sa bouche peu avant son arrestation et sa Passion.

 

Auparavant, Jésus a longuement parlé à ses apôtres.

Avant de mourir, II a tenu à leur redire l'essentiel de sa mission.

Et là, juste avant son arrestation, II se tourne vers le Père.

II prie le Père, comme II le faisait souvent au cours de sa vie terrestre.

 

Mais ce moment ultime de sa vie humaine donne à cette prière une grande intensité.

Jésus le dit: « L'heure est venue ».

Ce n'est pas seulement l'heure des bilans, ou l'heure d'un compte rendu comme pourrait le faire un bon « chargé de mission ».

Car l'enjeu c'est, pour nous, les hommes, de connaître Dieu, de le reconnaître en Jésus.

C'est cela, la « vie éternelle » que Jésus est venu nous offrir.

 

Et iI demande au Père que sa mission soit « authentifiée » par son exaltation.

Jésus ne le demande pas pour lui, mais pour nous.

Il est tout entier donné pour notre salut.

Sa Passion, il va vraiment la vivre pour le salut de la multitude, et pour la gloire de Dieu, c'est-à-dire pour que Dieu soit manifesté auprès de tous.

 

Le début de la prière de Jésus nous fait penser à la célèbre formule donnée plus tard par saint Irénée:

« La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, la vie de l’homme, c’est de contempler Dieu. » 2

En effet, si Jésus demande à son Père de le glorifier, c'est pour que les hommes aient la vie éternelle.

Or, c'est en contemplant la gloire du Christ que l'homme connaît l'amour qui unit le Père et le Fils, et en reçoit la vie.

 

Toute la tension de la vie chrétienne est présente ici: il s'agit de vivre « dans le monde » sans être « du monde » 3, de vivre pleinement l'amour du prochain ici‑bas en étant déjà habités par la vie d'en‑haut.

 

C'est tout le sens de l'intercession de Jésus pour nous auprès du Père.

Jésus a fait connaître aux hommes « le seul Dieu, le vrai Dieu. »

II leur est donc possible maintenant de vivre dans cette relation au Père.

Mais la rencontre finale n'aura lieu qu'au terme de la vie « dans le monde. ».

C'est pour fortifier notre foi et notre espérance que Jésus demande au Père d'être glorifié, une gloire qui manifeste solennellement son Être Sauveur, et qui annonce notre devenir.

 

Et notre devenir, c'est d'être Fils à la manière du Christ lui-même:

À partir du « tu » que Jésus adresse au Père commence un chemin de vérité qui crée pour tout homme une authentique relation.

A notre tour, nous pouvons dire « tu » à notre Père, entrer en intimité avec Lui, être devant Lui ses enfants, libres et responsables, appelés à grandir chaque jour dans la foi.

 

Et nous pouvons vivre dans la joie qu’évoque la Première Lettre de St Pierre dans la 2° lecture ;

« Dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révèlera. »

Luc Mazaré, prêtre

 

 

1 « peut-être » : rappelons que Pâques, Ascension et Pentecôte sont comme les trois volets du même événement fondateur de Pâques et sont présentés différemment par les quatre évangélistes.

2 St Irénée : Contre les Hérésies, livre 4, 20:7

3 Dans l’évangile de St Jean, être « du monde », c’est se laisser envahir par ses seules valeurs matérielles et en devenir esclaves au point de fermer son cœur à Dieu et aux autres.

Evangile de Jésus Christ en Saint Matthieu (28,16-20)

Homélie - Commentaire

L'Ascension… je crois que ce mot n'existe pas dans le Nouveau Testament. D'ailleurs, les évangiles en parlent peu… ou pas du tout.

Et dans le texte d'Evangile que nous venons d'entendre, il n'est pas fait mention de l'Ascension.

 

Dans ce texte, Jésus ressuscité confie ses dernières instructions:

« Allez !. De toutes les nations faites des disciples… »

Et… fin: l'évangile s'arrête là. 1

Pas une ligne, pas un mot de plus. L'Evangile de St Matthieu se termine sur ces dernières phrases. Il n'y est pas question de la montée de Jésus vers le Père, bref, il n'y est pas question d’ Ascension.

 

Alors, l'Ascension, c'est quoi?

 

Personnellement, j'aurais tendance à dire que c'est

le passage du temps de la présence au temps de l'espérance.

 

Temps de la présence: ce dont les apôtres ont été témoins.

Ce qu'ils ont vu, avec leurs yeux vu.

Jésus marche, mange, boit, parle: du concret.

 

Au jour de Pâques, cette présence, la présence du Christ, devient plus problématique: oui, il est là, c'est bien lui, mais…

Il est différent… mais c'est bien lui; c'est lui… mais il a changé.

Remarquez, c'est normal: un ressuscité, forcément, il n'est pas tout à fait comme avant!

 

Mais plus encore: non seulement il est différent, mais il faut, pour le voir, pour le reconnaître, il faut avoir les yeux de la foi.

Jésus ressuscité est différent, mais c'est à nous aussi d'avoir un regard différent.

 

L'évangile de ce jour ne dit pas autre chose: « Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. »

Jésus ressuscité ne se voit qu'au-delà de nos doutes.

La présence de Jésus ressuscité ne se découvre qu'avec un regard différent, avec les yeux de la foi.

 

Nous étions dans le temps de la présence, et l'Ascension, événement réel ou supposé, l'Ascension vient apporter un élément nouveau: c'est désormais le temps de l'espérance.

 

Vous allez m'objecter: « Oui, bien sûr... Avant, c'était le temps de la présence. On pouvait le voir, le toucher, parler avec lui… Et maintenant, il n'est plus là. Alors tu nous dis que c'est le temps de l'espérance… Ben voyons…Trop facile! »

 

Non, je ne dis pas cela.

Pour moi, le temps de l'espérance, c'est le temps de la présence.

C'est aussi, c’est encore, c'est toujours le temps de la présence.

 

Mais cette présence du Christ, bien réelle – nous pouvons la voir, la toucher, l'entendre – cette présence du Christ est désormais radicalement différente.

 

Nous sommes maintenant, aujourd'hui, concrètement, la présence du Christ en ce monde.

 

C'est, pour une part, le sens même de la dernière phrase de l'évangile de St Matthieu:

« Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. »

 

L'espérance est don de Dieu.

Elle s'enracine dans la foi, dans le regard de foi sur tout et sur tous.

L'espérance, c'est que nous sommes aujourd'hui présence du Christ en ce monde.

 

Jésus n'est plus là. On ne plus le voir, l'entendre, le toucher.

Mais nous sommes sa présence en ce monde, et chacun en ce monde peut nous voir, nous entendre, nous toucher 2.

 

C'est là toute notre dignité, et toute notre responsabilité: dans chacun de nos gestes, dans chacune de nos paroles, nous pouvons donner à voir l'espérance, nous donnons pouvons donner à voir la présence de Jésus, la présence du Christ ressuscité.

 

Le temps de l'espérance, c'est notre temps, c'est le temps de la présence, la présence du Christ à travers nos paroles et nos gestes.

Là est notre responsabilité de baptisés, là est notre responsabilité d'hommes, de femmes, d'enfants et de jeunes.

 

Et nous ne pouvons vivre l'espérance, nous ne pouvons vivre cette forme de présence du Christ à notre monde aujourd'hui que dans la foi, dans le don que Le Seigneur nous fait de notre foi.

Confiance !

« Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. »

Luc Mazaré, prêtre

1Quand nous sommes dans l’année A, plus particulièrement accompagnée par l’évangile de St Matthieu, j’aime bien citer ces dernières phrases avant l’envoi liturgique : « Allez dans la paix du Christ »

2… encore qu’il est interdit de se toucher en cette période de pandémie !

Livre des Actes des Apôtres (8,5-8.14-17)

HOMELIE

Comme je n'ai pas souvent l'occasion de le faire, je voudrais, pour une fois, revenir sur la première lecture, issue du Livre des Actes des Apôtres.
 

D'abord, un conseil: lisez ce livre, prenez le temps de lire ou relire le Livre des Actes des Apôtres.
 

Plusieurs raisons.

- D'abord, c'est un grand livre d'aventure, plus passionnant encore que les albums de Tintin.

Un grand livre de voyages, avec des réussites, des échecs, des naufrages, un livre qui nous promène à travers le Proche Orient, l'actuelle Turquie, la Grèce, l'Ile de Malte, l'Italie… Rome.

Un grand livre où on retrouve tous les ingrédients d'une histoire « à suivre », pleine de suspense: trahisons, prisons, dénonciations, condamnations, évasions, anecdotes… tout y est !

De quoi faire un grand film qui relèguerait Ben-Hur au rang de simple amusette un peu ringarde.
 

- En lisant le Livre des Actes des Apôtres, vous découvrirez aussi – et c'est bien sûr le plus important - vous découvrirez comment les tout premiers chrétiens ont essayé de témoigner du Christ, de témoigner de leur foi, ont essayé de dire ce qui les faisait vivre.

Vivre au point d'y risquer leur vie.
 

- Dans le Livre des Actes des Apôtres enfin, vous découvrirez comment l'Eglise, comment le Peuple de Dieu, a été amené peu à peu à s'organiser en fonction des nécessités, et en fidélité au Christ.

Ainsi, on y trouve déjà les bases de ce qui fait l'Eglise aujourd'hui:

. le peuple de Dieu, divers, varié, formé de toutes langues, origines et cultures, souvent divisé et déchiré, mais d’abord uni dans l'Esprit Saint

. les évêques, en l'occurrence les Apôtres, à la fois divisés et complémentaires, comme l'ont été St Pierre et St Paul

. les collèges des anciens 1 qui préfigurent ce que sont les prêtres aujourd'hui

. le groupe des Sept, qui annonce ce que sont aujourd'hui les diacres.
 

Bref, je ne saurais trop vous inviter à lire et relire les Actes des Apôtres, tant ce livre rejoint nos questions d'aujourd'hui :

- nos questions sur la vie

- nos questions sur la foi

- nos questions sur l''Eglise.
 

J'en reviens plus précisément au passage que nous venons d'entendre.
 

« Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre » 2, avait dit Jésus en se séparant de ses disciples, au jour de l'Ascension que nous fêterons jeudi.
 

Trois étapes géographiques montrent l’avancée de ce témoignage dans le Livre des Actes des Apôtres:

1- Jérusalem et ses alentours immédiats, la Judée qui sont au cœur de la foi juive.

2- La Samarie, que j'appellerais volontiers le pays des "mal-croyants"

3- Les extrémités de la terre: les régions païennes, que Paul et ses compagnons ne cesseront de parcourir jusqu'à leur arrivée à Rome, siège du vrai pouvoir politique, et en quelque sorte du pouvoir païen.
 

Je lis:

« Philippe, l'un des Sept, arriva dans une ville de Samarie, et là, il proclamait le Christ. »

Nous voilà donc en Samarie, deuxième étape du parcours de l'annonce de l’Evangile.
 

En Samarie vit une population faite de bric et de broc, une population aux origines diverses.

Un peu comme ici, avec les « nés-natifs », avec les « rurbains » et leur culture citadine, avec les familles originaires d’Italie ou du Portugal, avec les quelques migrants accueillis dans des familles, ou pour les mineurs à l’OVE, avec la présence de nos amis résidents secondaires et vacanciers, bref avec tous ceux qui nous apportent diversité de culture, de richesses, et de langues.

Un beau melting-pot, comme en Samarie !
 

Mais en Samarie, on est « mal-croyant ».

Au culte rendu au Dieu d'Israël se mêlent des cultes rendus à des dieux étrangers venus d'ailleurs, des pays voisins au gré des mouvements de population.

Ce qui d'ailleurs a pu irriter Jésus, au point de dire à la samaritaine: « Vous adorez ce que nous ne connaissez pas, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. » 3
 

Et dans le Vercors aujourd’hui ?

Ici aussi, il y a diversité de convictions, diversité de manières de croire, avec Dieu ou sans Dieu.

Et il ne nous revient pas d’en juger, d’autant moins que nos cœurs sont souvent partagés : qui d’entre nous oserait se prétendre « bon -croyant » ?
 

En Samarie, Philippe « proclame le Christ ».

Et les gestes qu'il pose en son nom sont des gestes de guérison et de libération.

C’est ce qui le rend crédible : une parole qui se traduit par des actes.
 

Puissions-nous ainsi proclamer le Christ : en posant des gestes de guérison et de libération.
 

Quand nous le faisons, nous nous retrouvons souvent avec d’autres, animés par d’autres convictions, mais posant de mêmes gestes .

Réjouissons-nous de nous voir offrir de tels compagnonnages, et soyons heureux de pouvoir en rendre grâce .
 

Soyons heureux de pouvoir être témoins du Christ et de sa Bonne Nouvelle dans cette « Samarie » qu’est aujourd’hui notre petit pays du Vercors.
 

Et prions l’Esprit Saint de venir au secours de notre « mal-croyance », de nos faiblesses et de nos peurs !

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Actes 14,23

2 Actes 1,8

3 Jean 6,22

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (14,1-12)

HOMELIE

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé… »

Seigneur, nous aimerions tant que notre cœur ne soit pas bouleversé !

Mais comment cela serait-il possible dans le moment que nous vivons ?
 

Bouleversés, nous le sommes à cause de ce satané virus qui nous a obligés à nous terrer chez nous pendant plusieurs semaines, et dont on nous dit qu’il pourrait bientôt rebondir avec encore plus de violence.
 

Bouleversés, nous le sommes parce que nous n’avons pas de visibilité sur notre avenir.

A ce jour, nous ne savons même pas comment va se passer cet été.

Pour nous, mais aussi pour tous ceux dans le Vercors qui vivent et travaillent dans le secteur du tourisme, et donc au service des autres.
 

Bouleversés, nous le sommes, parce que c’est toute l’économie mondiale qui est remise en cause, sans que personne ne sache si elle pourra se réorganiser et comment.

Bien sûr, il y aura quelques rares gagnants, mais combien plus de perdants , surtout chez ceux qui sont déjà les plus précaires ?
 

Bouleversés, nous le sommes, parce que nos relations humaines sont en train de changer.

Bien sûr, il y a toutes les solidarités qui, dès le premier jour, se sont créées ou se sont renforcées, y compris souvent en « engageant la viande » comme on dit en spéléo ou en alpinisme 1.

Mais, Seigneur, as-tu remarqué ? Quand nous nous croisons dans les rues ou sur les chemins, nous nous écartons spontanément les uns des autres : nous n’avons plus confiance en l’autre !

Nos nouvelles relations humaines devront-elles ainsi être basées sur la défiance et non sur la confiance ?

 

Bouleversés, désorientés, les Apôtres le sont devant les paroles de Jésus qu’ils ne comprennent pas, qu’ils ne peuvent pas comprendre.

Et ce sont les réactions de deux d’entre eux.

C'est d'abord Thomas qui intervient:

« Seigneur, nous ne savons pas où tu vas,

comment pourrions-nous savoir le chemin? »

Puis, c'est Philippe:

« Seigneur, montre-nous le Père, cela nous suffit. »

Première réaction, celle de Thomas:

« Seigneur, nous ne savons pas où tu vas,

comment pourrions-nous savoir le chemin? »

 

Dans le récit évangélique, cette question est parfaitement compréhensible : les disciples ont suivi Jésus, l'ont écouté, l'ont vu agir… mais il est souvent déconcertant.

Pourquoi s'est-il opposé aussi violemment aux Pharisiens, qui représentaient pourtant l'élite religieuse de leur peuple ? 2

Pourquoi n’a-t-il pas accepté la voie royale qui s’offrait à lui après la multiplication des pains ? 3

Pourquoi, en plein repas, leur a-t-il lavé les pieds ? 4

Pourquoi ? Pourquoi ?

Les Apôtres ne comprennent pas où Jésus veut aller, ce qu'il veut faire, quels sont ses buts: « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas… »

Pour nous aujourd'hui, cette question prend aussi une autre dimension.

C'est la question de l'au-delà qui est posée.

Au-delà de notre mort, où allons-nous?

Nous aimerions quand même avoir une petite idée du chemin qui nous attend, avoir une petite idée de ce que peut être la résurrection, notre résurrection.

Mais non, la réponse de Jésus est tout aussi énigmatique :

« Personne ne va vers le Père sans passer par moi. »

Ah bon ??? Ça veut dire quoi ???

On comprend mieux alors la deuxième réaction, celle de Philippe :

« Seigneur, montre-nous le Père, cela nous suffit ».

Philippe veut voir Dieu.

Comme nous-mêmes, nous rêvons de le voir comme une évidence, et ainsi voir notre vie comme une évidence.

Mais l’unique chemin pour cela, c’est la personne de Jésus lui-même :

« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la vie »

Nous savons que son chemin passe par la croix.

Alors, que notre cœur ne se laisse pas bouleverser par des événements que nous ne maitrisons que si peu : ayons confiance envers et contre tout.

Et laissons le Christ nous redire aujourd’hui encore :

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé :

vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. »

Luc Mazaré, prêtre

 

1 « Engager la viande », c’est s’engager dans un passage difficile et risqué.

2 Cf. par exemple Matthieu 23, 13 et suivants

3 Jean 6,15

4 Jean 13, 1 et suivants

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (10,1-10)

Homélie - Commentaires

Jésus vient de guérir l'aveugle-né 1.

Parce qu'il l'a fait un jour de sabbat, son geste provoque une violente polémique avec ceux que le 4° évangile appelle « les pharisiens », et qui représentent ici plus largement les responsables politiques et religieux du peuple juif.

C'est dans le cadre de cette polémique que le Christ propose une double parabole dont nous venons d'entendre la 1° partie.

« Je suis la porte », dit Jésus,

qui ajoutera plus tard: « Je suis le bon berger » 2.

Les bergers… il en reste quelques-uns ici, dans le Vercors, peu nombreux, il est vrai.

Mais le peuple de Jésus, lui, le peuple juif, trouve ses racines les plus profondes dans le monde pastoral: Abel élevait du petit bétail, Abraham était pasteur, Moïse gardait les troupeaux de son beau-père, David était berger, etc. etc.

On ne s'étonne donc pas de trouver dans la Bible, Ancien et Nouveau Testament, de nombreuses images empruntées à ce monde pastoral: « Le Seigneur est mon berger (…)

Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. » 3

Au temps de Jésus, cette tradition pastorale est encore très vivace.

Les troupeaux sont très nombreux.

Les voleurs et les bêtes sauvages aussi, et ils agissent la nuit.

Pour se protéger des voleurs et des bêtes sauvages, chaque soir, différents troupeaux, appartenant à plusieurs propriétaires, sont regroupés dans une bergerie commune.

Le matin, la porte de la bergerie est ouverte, et chaque bête suit son berger dont elle reconnaît la voix.

La parabole est limpide: Jésus Christ est ce berger à qui ont été confiés tous les peuples de la terre.

 

Mais Jésus dit aussi: « Je suis la porte ».

Ces portes, et je pense également aux portes de nos églises, elles nous protègent, elles nous mettent à l'abri des agressions et des vols.

Mais ces portes, surtout, sont comme autant de passages.

Elles nous permettent d'entrer et de sortir, d'aller et venir, et même en ce temps de confinement.

Le Christ reprend ces éléments.

Et il n’est pas «  une porte », mais il est « la porte ».

 

- Derrière cette porte, plusieurs troupeaux.

Pas seulement le peuple juif hier ou les chrétiens aujourd'hui, mais aussi tous les autres.

Jésus n'est pas une porte parmi d'autres, il est la porte derrière laquelle tous peuvent se retrouver.

C'est la porte ouverte à tous les peuples sans aucune distinction.

La vocation du Christ, ce n'est pas de sauver quelques-uns, quelques élus: il est venu pour sauver tous les hommes.

Et j'aime à penser qu'ici, dans le Vercors, nos portes sont largement ouvertes, chaque fois que nous avons une attitude d'accueil.

Ce sera encore le cas cet été, espérons-le !

Accueil de l'autre, quel qu'il soit: vacancier, saisonnier, résident secondaire, migrant… ou simplement natif du village d'à côté.

 

Et la porte de notre cœur?

Est-elle porte ouverte, ou porte fermée?

Dans notre cœur, qui a le droit d'entrer, qui est exclu?

Quelle place faisons-nous aux autres, à tous les autres?

- Le Christ, notre porte, nous protège.

 

Oh, bien sûr, pas de manière magique!

Cette porte-là aussi, elle peut être fracturée et l'erreur, l'égoïsme, la peur peuvent entrer dans nos cœurs et nous pervertir.

Mais…par effraction; et nous savons que c'est par effraction; et nous savons que là n'est pas notre vocation: « Celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. »

- Enfin, le Christ, notre porte, est un passage.

Un passage vers Dieu, un passage vers le Père: « Personne ne va vers le Père sans passer par moi. » 4

Un passage à la liberté: celui qui entre par moi pourra « aller et venir ».

Un passage à la vie: « Je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »

Ce passage, c'est celui de la résurrection, c'est la porte que Jésus nous ouvre aujourd'hui.

 

A nous de choisir librement.

Notre cœur peut rester fermé, verrouillé.

Il peut se laisser séduire par les « voleurs et les bandits » que sont les fausses sécurités de notre monde… et le coronavirus nous a appris combien illusoires étaient ces soi-disant sécurités .

Notre cœur peut s'entrouvrir ou s'ouvrir largement à la vie nouvelle que nous offre le Christ, lui notre porte, lui, notre vrai berger.

Terminons en soulignant que ce texte est une presque une parabole de déconfinement, quand il nous sera de nouveau donné d’ouvrir nos portes et d’aller et venir librement !

Luc  Mazaré, prêtre

 

1Jean 9

2Jean 10,11

3Psaume 22

4Jean14,6

 

Homélie bis

J’ai beaucoup apprécié l’homélie prononcée en ce 4° dimanche dans l’émission « Le Jour du Seigneur ». C’est pourquoi je vous en transmets le texte :

Drôle d’idée que de se comparer à une porte !

Quand on entend ce mot, ce sont plutôt des images négatives qui viennent à l’esprit. Portes de nos prisons, massives, verrouillées ; portes de nos maisons aussi, de nos appartements, de nos couvents, de nos églises, portes le plus souvent fermées en cette période et qui – pour notre santé à tous, certes – nous empêchent néanmoins de rejoindre ou de recevoir nos parents, nos proches, nos amis, ne nous permettent pas non plus de nous rassembler en chrétiens pour célébrer le Seigneur comme nous aimerions tant pouvoir le faire ! Portes plus lourdes encore de votre chambre d’hôpital, de maison de retraite, d’EHPAD qui, malgré tout le dévouement des soignants que nous applaudissons chaque soir, ne s’ouvrent que trop rarement et pour trop peu de temps, sans soulager vraiment votre solitude.

Or Jésus ne fait pas que se comparer à une porte, il va jusqu’à dire : « Moi, je suis la Porte » ! Mais écoutons la suite : « Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et il trouvera un pâturage. »

Vous le voyez, avec Jésus, tout change : ce qui semblait le symbole de notre enfermement devient en lui, par lui, la source et le moyen de notre liberté.

Avec Jésus, la porte devient vraiment ce qu’elle est : un passage, ou plutôt le passage qui fait que nous pouvons entrer et que nous pouvons sortir. En passant par Jésus, nous entrons dans ce bercail accueillant, dans cette large communion qu’est, que doit être l’Église du Christ pour que jamais nous n’y soyons ou ne nous sentions comme étouffés, parqués, confinés.

En passant par la porte Jésus, nous entrons aussi dans l’intimité d’un cœur à cœur avec Dieu, et nous découvrons que nous pouvons le rencontrer en nous-même, porte close, dans le secret de notre chambre intérieure ; nous découvrons qu’il y a en chacun de nous un espace intérieur, très vaste en réalité, et que Dieu agrandit encore, car c’est là qu’il veut faire sa demeure.

« Il pourra entrer, et il pourra sortir », ajoute Jésus, qui n’oppose pas, mais unifie profondément les deux mouvements, vers l’intérieur, vers l’extérieur.

Ah, sortir, frères et sœurs ! non pour fuir, nous échapper ou nous perdre dans la recherche folle d’une liberté désorientée, sans but, mais pour trouver un pâturage, un lieu nourrissant, la vie enfin, la vie surabondante que Jésus est venu nous donner et qui s’appelle, dès à présent, la vie éternelle.

Cette vie-là, qui est la vie de Dieu, nous ne la possédons pas par nous-mêmes et, de nous-mêmes, jamais nous ne pourrions y accéder. Il faut Quelqu’un pour nous y conduire, quelqu’un qui la possède en lui-même, et c’est pourquoi Jésus n’est pas seulement la porte qui ouvre l’accès à la vie, il est aussi le berger qui nous y entraîne ; c’est lui qui nous fait sortir et même qui nous « pousse dehors », comme dit vigoureusement l’Évangile, car nous sommes souvent comme des brebis apeurées n’osant franchir le pas vers la vie, la vraie liberté des enfants de Dieu.

Mais voici maintenant qu’à la seule voix du berger, qui appelle chacun des siens par son nom, nous passons de la servitude, ou d’une semi-liberté, à la liberté pleine et entière, nous passons d’une vie réduite, rognée par l’habitude et le péché, d’une vie morte en quelque sorte, à la vie en abondance, la vie nouvelle, la vie éternelle.

C’est donc bien toujours un passage que nous fait accomplir Jésus, lui qui est à la fois notre porte et notre berger. Or, vous le savez, « passage », c’est ce que signifie le mot « Pâques » en hébreu. Jésus nous fait passer de la mort à la vie parce que, le premier, il a accompli ce passage, cette Pâque, en donnant sa vie pour ses brebis.

Et c’est à nous désormais qu’il demande d’être la porte par laquelle, lui le Ressuscité, pourra passer pour partager avec nous sa vie en nourriture : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe, dit le Seigneur dans l’Apocalypse. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. »

P. Camille de Belloy

 


 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc ((24,13-35)  

Homélie

« Deux disciples faisaient route
vers un village appelé Emmaüs,
à deux heures de marche de Jérusalem,
    et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.

    Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient,
Jésus lui-même s’approcha,
et il marchait avec eux.
    Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
    Jésus leur dit :
« De quoi discutez-vous en marchant ? »
Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. »
 

Ces premières phrases de l’évangile de ce 3° dimanche de Pâques prennent pour nous un relief tout particulier cette année.

Certes, nous avons célébré Pâques, nous avons célébré le Christ ressuscité.

Nous l’avons célébré en pleine communion spirituelle,

et au terme d’une Semaine Sainte d’autant plus fervente

qu’elle était davantage intériorisée.
 

Mais voilà… rien ne semble avoir changé ! Pâques n’a apparemment rien changé.
 

Nous restons dans une situation de confinement qui se révèle de plus en plus pesante, répétitive, et usante.

Et nous ne savons pas de quoi sera fait notre proche avenir… qui s’annonce assez sombre.
 

Alors nous sommes peut-être un peu comme ces deux disciples qui, tout tristes, s’interrogent sur tout ce qui s’est passé.
 

« Et nous qui espérions … » , confieront-ils à leur mystérieux compagnon de route…

Le risque est que certains des liens que nous avons développé par mails, échanges téléphoniques et autres moyens commencent à s’effilocher…
 

Le risque est que nous nous laissions renfermer sur nous-mêmes,

tels des huitres se refermant sur leur coquille…
 

Le risque est que, faute d’espoirs concrets,

nous en arrivions à céder à la désespérance…
 

« Esprits sans intelligence ! »
 

Jésus ressuscité ne mâche pas ses mots,

pas plus qu’il ne l’a fait tout au long de son ministère public.
 

J’y reviendrai, mais déjà, comme ces deux disciples, acceptons de quitter nos seuls chemins humains pour tenter d’entrer dans l’intelligence de Dieu.
 

« Partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur interpréta 1,

dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait. »
 

De quoi, plus précisément, Jésus leur a-t-il parlé ?

L’évangile ne le dit pas…
 

Peut-être a-t-il évoqué la figure du Serviteur souffrant dont parle le Livre d’Isaïe,

qui a été une clé de lecture importante du mystère de la Passion du Christ pour les premiers chrétiens, et qui l’est tout autant pour nous aujourd’hui.
 

Et si nous relisions un de ces textes du Serviteur ?

Je le propose en annexe à votre méditation.
 

« Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction, et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leur regard. »
 

Mais nous, comment pourrions-nous aujourd’hui reconnaître le Ressuscité à la fraction du pain alors que la plupart d’entre nous sont privés du pain eucharistique ?
 

Ce jeûne, nous le vivons comme un manque,

un peu comme un Carême qui se poursuit au-delà de Pâques.

De quoi être un peu désorientés !
 

Et nous reviennent à la bouche ces paroles du Notre Père :

« Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. »
 

Et pourtant, aujourd’hui encore, le Ressuscité marche à nos côtés :

savons-nous le reconnaitre ?
 

La présence du Ressuscité, ce sont toutes celles et ceux qui nous passent un coup un fil, nous envoient un mail ou discutent avec nous (à distance règlementaire !),

pour prendre des nouvelles ou simplement être à nos côtés.
 

Ce sont ceux ou celles, si nombreux, qui se donnent et prennent des risques pour que, simplement, nous puissions continuer à vivre.
 

Alors… ne soyons pas des « esprits sans intelligence » : sachons reconnaitre en eux la présence active et aimante de Jésus Ressuscité.

 

Et puisque nous aussi sommes ressuscités, soyons nous aussi des compagnons de route, comme celui qui marchait avec ces deux disciples.
 

Aujourd’hui encore, le pain est rompu et partagé :

savons-nous le reconnaitre ?
 

Je pense à toutes ces petites merveilles que beaucoup ont su inventer pour cela : les courses faites pour un voisin qui ne peut pas se déplacer, les livraisons de paniers à domicile, etc.
 

Et il y a tous les masques confectionnés jour après jour 2 et distribués de manière artisanale et bénévole.

 

Alors… ne soyons pas des « esprits sans intelligence » : sachons reconnaitre en eux le pain rompu et partagé.
 

Il y a aussi l’eucharistie que les prêtres célèbrent non pas seuls, mais en communion intime avec le peuple qui leur est confié.
 

Il y a tous les rendez-vous de prière et les intentions de prière qui nous rassemblent dans le Corps du Christ donné en partage
 

Et il y a les églises que nous avons la chance de pouvoir garder ouvertes dans la plupart des villages de la paroisse et où chacun peut venir se recueillir, ne serait-ce qu’un instant, devant le pain eucharistique qui ne demande qu’â être partagé entre tous.

 

Oui, aujourd’hui encore, et alors que nos pas hésitants trébuchent sur un virus microscopique que nous n’avons pas vu venir, Dieu continue plus que jamais à marcher avec nous, même si ne le reconnaissons pas ou pas vraiment.

 

Rappelons-nous sa parole par la voix du prophète 3:

« Une femme peut-elle oublier son nourrisson,

ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ?

Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. »
 

Annexe : Isaïe 52,13 – 53,13

3 Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté !

14 La multitude avait été consternée en le voyant,

car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ;

il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme.

15 Il étonnera de même une multitude de nations ;

devant lui les rois resteront bouche bée,

car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit,

ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.

Seigneur, à qui s’est-il révélé ?

02 Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive,

une racine dans une terre aride ;

il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards,

son aspect n’avait rien pour nous plaire.

03 Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance,

il était pareil à celui devant qui on se voile la face ;

et nous l’avons méprisé, compté pour rien.

04 En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé.

Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié.

05 Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé,

à cause de nos fautes qu’il a été broyé.

Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui :

par ses blessures, nous sommes guéris.

06 Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

07 Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche :

comme un agneau conduit à l’abattoir,

comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche.
 

08 Arrêté, puis jugé, il a été supprimé.

Qui donc s’est inquiété de son sort ?

Il a été retranché de la terre des vivants,

frappé à mort pour les révoltes de son peuple.
 

09 On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ;

et pourtant il n’avait pas commis de violence,

on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche.
 

10 Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur.

S’il remet sa vie en sacrifice de réparation,

il verra une descendance, il prolongera ses jours :

par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.

 

11 Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera.

Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes.

12 C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part,

avec les puissants il partagera le butin,

car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort,

et il a été compté avec les pécheurs,

alors qu’il portait le péché des multitudes

et qu’il intercédait pour les pécheurs.

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Pour ma part, à cause de l’ambiguïté dans la langue française du verbe « interpréter », je préfère la formule « il leur expliqua » présente dans l’ancienne traduction liturgique et dans la TOB

2 Vu mes dons en couture, je suis dispensé !

3 Isaïe 49,15

Evangile de Jésus Christ selon Saint Jean (20,19-31)

Nous ne sommes pas de ceux qui ont connu Jésus de Nazareth, qui l’ont vu en chair et en os, qui l’ont entendu parler sur les places, dans les synagogues, et au Temple de Jérusalem.

Nous n’étions pas davantage avec les disciples, au soir du jour de Pâques, au soir de « ce premier jour de la semaine ».

Notre foi ne repose non sur ce que nous avons vu, mais sur le témoignage des évangiles, et sur le témoignage de toutes celles et ceux qui ont mis leur confiance en Jésus Christ au fil des jours, des années, et des siècles.

Les évangiles… nous aimerions parfois qu’ils soient comme des récits de la vie de Jésus, des biographies du genre: "Jésus, sa vie, son œuvre".

Mais non: les évangiles, tels que nous les lisons, ne sont pas des reportages; ils sont des relectures, des relectures de foi.

Les évangiles nous disent la foi des premières communautés chrétiennes, et ils nous disent aussi leurs questions et leurs doutes.

Et ces questions, et ces doutes des premiers chrétiens nous intéressent aujourd'hui encore.

Pourquoi?

Parce que ce sont nos questions, nos doutes.

Parce que, ainsi, ils nous permettent de mieux comprendre qui est Jésus, qui il est pour nous.

Plus précisément, deux questions traversent le texte que nous venons de lire:

- la peur

- la personne du ressuscité.

 

- Première question: la peur.

Au soir de Pâques, les disciples ont verrouillé les portes, parce qu'ils avaient peur.

Quelques années plus tard, quand les évangiles sont mis par écrit, les chrétiens ont encore peur.

Et il y a de quoi!

Les chrétiens ont été rejetés, exclus du peuple juif.

Et, ici ou là, ils commencent à connaître la persécution.

Alors, ils ont peur. Peur des Juifs. Peur du monde.

Nous aussi, nous avons peur, peur des autres, peur du monde…

Nous savons trop notre incapacité à gérer ce monde... et parfois à nous gérer nous-mêmes.

Face à cette peur, la réponse de l'évangéliste.

Elle s'enracine dans l'expérience de Pâques, une expérience de foi qui s'appuie sur la présence de Jésus, sur sa parole de paix et sur le don de l'Esprit Saint.

La présence de Jésus.

Au matin de Pâques, c'est le vide, le vide du tombeau, comme un immense point d'interrogation.

Mais immédiatement après se révèle sa présence.

Une présence forte, intense, qui vient bousculer toute notre vie et renverser toutes nos peurs: nous aurons beau fermer nos maisons, verrouiller nos cœurs, le Ressuscité est là. Avec nous.

Lui a traversé la mort, lui a traversé la peur.

Et il est avec nous.

 

Sa présence, sa parole de paix: "Shalom!", "la paix soit avec vous".

Au départ, c'est un simple "bonjour", une simple salutation.

Mais ce "Shalom!", "la paix soit avec vous", prend ici une toute autre dimension: pour vaincre la peur, acceptez de faire la paix en votre cœur.

Acceptez en vous la présence du Ressuscité.

 

Sa présence, sa parole de paix et le don de l'Esprit Saint.

Le Christ répand son souffle sur ses amis.

Ce n'est pas banal: au tout début de la Bible, quand Dieu crée l'homme, il met en lui son propre souffle 1.

Et c'est le même geste que fait Jésus: le Christ ressuscité recrée l'homme.

En répandant sur lui son souffle, il l'unit à sa résurrection, il en fait un ressuscité.

Comment avoir peur, quand on est vivant, ressuscité?

 

- Deuxième question: la personne même du Ressuscité.

 

"Si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous (…), non je n'y croirai pas!"

La question de Thomas, c'est aussi celle des premiers chrétiens, c'est aussi la nôtre.

Si Dieu a fait semblant, si le Ressuscité est un fantôme ou une idée, alors, non, vraiment, ça ne vaut pas la peine de croire.

Non, Dieu n'a pas fait semblant!

Il porte sur lui, et pour toujours, les marques de la croix, les marques de la souffrance, les marques de la mort.

Il nous a vraiment, il nous a totalement rejoints.

Et il porte sur lui les marques de la souffrance humaine.

Oui, Dieu nous a rejoints.

Il nous rejoint aujourd’hui encore.

Il est l'un des nôtres, totalement, sans réserve, jusqu’au plus profond de nos souffrances.

 

Et parce que Lui est ressuscité, nous aussi, nous sommes vivants.

En lui, et pour toujours.

 

J'ai commencé en disant que l'Evangile est une relecture.

Mais, dans le fond, c'est toute notre vie qui est une relecture!

C'est en relisant notre vie, en sachant nous arrêter et regarder en arrière le chemin parcouru que nous pouvons y comprendre quelque chose.

C'est en relisant notre vie que nous pouvons y découvrir la présence de Dieu, la présence du Ressuscité.

C'est en relisant notre vie que nous pouvons nous reconnaître Vivants.

Vivants malgré, en nous aussi, les marques de la souffrance: nos souffrances et les souffrances de notre monde.

Courage: le christ est allé au-delà de la souffrance et au-delà de la mort.

Il est vivant. Et nous avec lui !

Luc Mazaré, prêtre

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (20,19-31)

C’était après la mort de Jésus.
        Le soir venu, en ce premier jour de la semaine,
alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples
étaient verrouillées par crainte des Juifs,
Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
Il leur dit :
« La paix soit avec vous ! »
    Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.
Les disciples furent remplis de joie
en voyant le Seigneur.
    Jésus leur dit de nouveau :
« La paix soit avec vous !
De même que le Père m’a envoyé,
moi aussi, je vous envoie. »
    Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux
et il leur dit :
« Recevez l’Esprit Saint.
    À qui vous remettrez ses péchés,
ils seront remis ;
à qui vous maintiendrez ses péchés,
ils seront maintenus. »

    Or, l’un des Douze, Thomas,
appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau),
n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
    Les autres disciples lui disaient :
« Nous avons vu le Seigneur ! »
Mais il leur déclara :
« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous,
si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous,
si je ne mets pas la main dans son côté,
non, je ne croirai pas ! »

    Huit jours plus tard,
les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison,
et Thomas était avec eux.
Jésus vient,
alors que les portes étaient verrouillées,
et il était là au milieu d’eux.
Il dit :
 « La paix soit avec vous ! »
    Puis il dit à Thomas :
« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ;
avance ta main, et mets-la dans mon côté :
cesse d’être incrédule,
sois croyant. »
    Alors Thomas lui dit :
« Mon Seigneur et mon Dieu ! »
    Jésus lui dit :
« Parce que tu m’as vu, tu crois.
Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

    Il y a encore beaucoup d’autres signes
que Jésus a faits en présence des disciples
et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
    Mais ceux-là ont été écrits
pour que vous croyiez
que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu,
et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

 

1 Genèse 2,7 : «  Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. »

Icône Le Christ sort Adam et Eve du tombeau

Le Seigneur est ressuscité !
 

Et nous sommes toutes et tous appelés à partager sa gloire.

Sa gloire... nous mesurons encore plus cette année à quel point elle est faite d'humilité.

La gloire du Christ, ce ne sont pas les honneurs, pas même celle d'une belle liturgie.

La gloire du Christ, c'est l'intensité de sa présence en nos coeurs, qui que nous soyons.

 

Et si nous vivions l'impossibilité de nous rassembler comme une chance?

La chance qui nous est donnée d'interroger et intérioriser notre foi en Christ, notre foi en la résurrection, notre foi en notre propre résurrection ?

 

A chacune et chacun, je souhaite bonne et heureuse fête de Pâques !

 

Notre temps de Carême nous a permis de vivre une communion sprituelle plus forte, et j'y vois comme un chemin pour demain, à la suite et dans le Christ.

 

Je confie tout particulièrement à votre prière Sarah et Alexandra qui devaient recevoir le baptême en cette nuit de Pâques,  et Fanny qui a commencé dans la paroisse une démarche vers le baptême.

 

Je vous confie aussi celles et ceux qui, ces dernières années, ont eux aussi commencé une démarche vers le baptême, mais qui ont arrêté en cours de route, peut-être parce que nous n'avons pas su rendre compte de l'espérance qui est en nous.

 

Prière et pensée également  pour toutes celles  et ceux qui souffrent particulièrement de la situation actuelle, qui n'ont parfois pas de mails, mais sont d'autant plus présents pour nos coeurs.

 

Prière et pensée pour toutes celles et ceux qui vivent plus que jamais pour le service des autres.

 

Prière et pensée pour celles et ceux qui vivent le confinement dans des conditions particulièrement difficiles.

 

Prière et pensée pour celles et ceux qui sont persécutés pour leur foi.

 

Prière et pensée pour nos frères et soeurs de Morétan, pour leur pasteur le P. Simon et ceux qui participent à sa charge pastorale.

 

Prière en pensée pour le P. Gaston qui doit se sentir bien seul à Rome.

 

Prière et pensée pour toutes celles et ceux que je ne mentionne pas par discrétion, mais aussi celles et ceux que j'oublie parce que mon coeur est trop faible ou trop rabougri.

 

Que notre foi soit plus forte que nos peurs: Christ est vivant !

 

Et ce n'est quand même pas le Covoïd-19 qui va l'emporter sur la vie en Dieu !

 

Alors oui: Bonnes Pâques à tous !

 

Luc Mazaré, prêtre

image
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (20,1-9)

Franchement, dans l’évangile de St Jean, il n’y a pas grand-chose pour croire en la résurrection de Jésus au matin de Pâques !

 

Pas grand-chose : un tombeau vide !

Un tombeau vide, comme le sont nos églises depuis le début du confinement.
 

Un tombeau vide, mais un tombeau ouvert :

« la pierre a été enlevée du tombeau. »

Nos églises aussi sont ouvertes 1, non pas pour nous y rassembler, mais comme une simple invitation à entrer.


 

Un tombeau vide ?

Pas tout à fait : il y a là « les linges posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place ».

Les mots utilisés ont leur importance, et je vous renvoie à un passage d’un article très éclairant publié sur le site www.interbible.org :

Les « linges » et le soudarion

     En fait, la confusion qui règne autour de ces versets (Jean 20,5-7) pourrait trouver une autre partie de sa solution dans la traduction des mots grecs soudarion et othonia.

     Matthieu, Marc et Luc, décrivant l'ensevelissement de Jésus, emploient le terme grec sindon qui est généralement traduit par « drap de lin » ou « linceul ».

     Jean, lui, emploie le terme othonia, forme plurielle de othonion = « étoffe de lin ». L'édition de 1956 de la Bible de Jérusalem traduisit ce terme par « bandelettes » et celle de 1973, par « linges ». Othonia désignerait le linceul et les bandes de tissus qui enserraient normalement le corps du défunt.

      Ainsi traduit par le mot « linges », il est plus facile de comprendre le récit de Jean. Les deux disciples voient les « linges gisant », ou affaissés. Ils en déduisent qu'il est vide et que, par conséquent, le cadavre n'est plus à l'intérieur.

    Voyons maintenant l'autre terme: soudarion (v. 7). La Bible de Jérusalem l'a toujours traduit par « suaire ». En fait, il s'agirait, selon André Feuillet, d'un « linge de dimension variable que l'on portait soit à la main, soit autour du cou, et qui était destiné en principe à essuyer la sueur » . Voyons comment le même auteur commente ces versets:

Pierre ... voit aussi le soudarion. C'est une sorte de 'linge à sueur', qui a servi de 'mentonnière', pour maintenir fermée la bouche de Jésus... Ce suaire est encore enfermé dans le grand linceul, à sa place, c'est-à-dire à l'endroit où était la tête de Jésus... Le bourrelet circulaire qui se voit à l'endroit où était la tête trahit la présence de cette mentonnière.

Cela, c'est le mot grec entetuligmenon=« disposé en rond » qui l'exprime. Mais continuons :

Pierre ne semble pas avoir tiré immédiatement les conséquences de sa constatation. Jean au contraire avait assisté l'avant-veille à l'ensevelissement de Jésus. Il constate que dans le caveau funéraire rien n'a bougé. Les termes de la narration laissent nettement à entendre que le paquet funéraire, gisant, affaissé, vide, est resté clos et inviolé. Et pour lui, la disposition de la mentonnière est tellement significative!  (Actes du Symposium scientifique international de Rome 1993. Paris, F.X. Guibert, 1995, p. 42).

     Ainsi compris, le texte devient beaucoup plus clair. Le sens du texte ne serait pas: « il vit qu'il n'y avait rien à voir; et c'est à cause de cela qu'il eut la foi ». Au contraire! Jean a vu quelque chose de significatif -- qui fait « signe »! La disposition des linges, affaissés, et du suaire/mentonnière, distinct de ceux-là et disposé en rond, devient très révélatrice. Le Ressuscité serait alors entré dans la nouvelle dimension de son existence en laissant derrière lui les linges funéraires qui entouraient son cadavre! Cette interprétation ne rendrait-elle pas plus clair ce passage de l'évangile de Jean?

Nos églises également ne sont pas tout à fait vides : il y a toujours une petite lumière qui reste allumée jour et nuit.
 

Pour Pierre, les linges restés là sont comme un point d’interrogation : il ne comprend pas.

Mais le disciple que Jésus comprend : « Il vit et il crut. ». Ces linges sont pour lui un signe : il croit, il sait que Jésus est ressuscité.

 

Il en va de même pour la petite lumière dans les églises : beaucoup de visiteurs ne savent pas quoi en penser, mais elle est pour d’autres signe de la présence du Christ Ressuscité.
 

Et c’est ainsi que se dit la Résurrection : non pas à travers des manifestations tonitruantes, mais par de tout petits signes que le croyant est appelé à « voir », à discerner, à comprendre au regard de l’Evangile.

 

Hier, un tombeau vide, ouvert, où ne restent que quelques linges mortuaires…

Aujourd’hui, des églises vides, ouvertes, où seule brille une petite lumière…
 

Et c’est dans notre vie de chaque jour, c’est dans l’humilité du pain partagé, et c’est en tous ceux que nous rencontrons, à qui nous pensons ou qui pensent à nous, c’est à travers ces petits signes que nous sommes appelés à discerner la Présence du Ressuscité : « Il vit et il crut. »

Luc Mazaré, prêtre

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (20,1-9)

Le premier jour de la semaine,
Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ;
c’était encore les ténèbres.
Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
    Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple,
celui que Jésus aimait,
et elle leur dit :
« On a enlevé le Seigneur de son tombeau,
et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
    Pierre partit donc avec l’autre disciple
pour se rendre au tombeau.
    Ils couraient tous les deux ensemble,
mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre
et arriva le premier au tombeau.
    En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ;
cependant il n’entre pas.
    Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour.
Il entre dans le tombeau ;
il aperçoit les linges, posés à plat,
    ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus,
non pas posé avec les linges,
mais roulé à part à sa place.
    C’est alors qu’entra l’autre disciple,
lui qui était arrivé le premier au tombeau.
Il vit, et il crut.
    Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris
que, selon l’Écriture,
il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

 

1 … du moins celles qui le sont habituellement !

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (28.1-10)

Les deux femmes viennent au tombeau.

Et là, écrit l'évangéliste, « il y eut un grand tremblement de terre ».

Cette phrase ne se trouve qu'en St Matthieu: les autres évangiles n'en parlent pas 1.

Et, de leur côté, les historiens n'ont pas gardé mémoire d'un séisme significatif à cette époque à Jérusalem.
 

Un grand tremblement de terre: il ne s'agit pas d'un phénomène physique, mais de bien autre chose 2:

La résurrection du Christ est comme un séisme,

un grand tremblement de terre dans la vie des hommes

d'hier et d'aujourd'hui.
 

- Tremblement de terre pour les adversaires de Jésus qui ont cru pouvoir se débarrasser de lui en le crucifiant et en faisant garder son tombeau 3.

Aujourd'hui encore, la petite voix de l'amour et de la résurrection est plus forte et plus efficace que le vacarme des armes et de la mort.
 

- Tremblement de terre pour les femmes venues au tombeau.

La pierre qui murait leur cœur dans la peur et la tristesse est rejetée, et leur cœur est plein de joie.

La pierre qui pèse sur nous, le poids de nos échecs et de notre péché, cette pierre qui nous empêche de vivre est aujourd'hui encore rejetée par la résurrection du Seigneur.
 

- Tremblement de terre pour les disciples de Jésus, ceux d'hier et ceux d'aujourd'hui: « Il est ressuscité, (…) il vous précède en Galilée. »

Aujourd'hui encore, la foi est voyage, déplacement, déracinement.

C'est en allant « en Galilée » 4, à la rencontre des hommes et des femmes de notre temps que notre foi peut grandir, que la résurrection peut être manifestée.
 

-Tremblement de terre: la pierre est roulée, l'espérance est ouverte pour les hommes du monde entier.
 

Un grand tremblement de terre.

Non pas celui de la mort, mais celui de la vie,

puisque notre vie humaine s'inscrit désormais dans la vie de Dieu.

A la suite du Christ et en lui.

Puissent chaque jour, - et particulièrement en cette période de crise et d’inquiétude – puissent chaque jour nos cœurs vibrer du séisme de la résurrection !

Luc Mazaré, prêtre
 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (28.1-10)

    Après le sabbat,
à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine,
Marie Madeleine et l’autre Marie
vinrent pour regarder le sépulcre.
    Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ;
l’ange du Seigneur descendit du ciel,
vint rouler la pierre et s’assit dessus.
    Il avait l’aspect de l’éclair,
et son vêtement était blanc comme neige.
    Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent,
se mirent à trembler et devinrent comme morts.
    L’ange prit la parole et dit aux femmes :
« Vous, soyez sans crainte !
Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié.
    Il n’est pas ici,
car il est ressuscité, comme il l’avait dit.
Venez voir l’endroit où il reposait.
    Puis, vite, allez dire à ses disciples :
‘Il est ressuscité d’entre les morts,
et voici qu’il vous précède en Galilée ;
là, vous le verrez.’
Voilà ce que j’avais à vous dire. »
    Vite, elles quittèrent le tombeau,
remplies à la fois de crainte et d’une grande joie,
et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
    Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit :
« Je vous salue. »
Elles s’approchèrent,
lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui.
    Alors Jésus leur dit :
« Soyez sans crainte,
allez annoncer à mes frères
qu’ils doivent se rendre en Galilée :
c’est là qu’ils me verront. »

 

1 De même, Matthieu est le seul à mentionner qu’au moment où Jésus meurt sur la croix, « la terre trembla et les rochers se fendirent » (Matthieu 27,51)

2 Les séismes sont fréquents dans les régions de Palestine, et l’Ancien Testament les évoquent à plusieurs reprises. Pour les hommes de la Bible, les tremblements de terre sont des manifestations de Dieu qui viennent ébranler le monde des hommes

3 Ce n’est que dans l’évangile de Matthieu que des gardes sont postés devant le tombeau de Jésus (Matthieu 28,62-33)

4 Galilée = « carrefour des païens » : traduction littérale de Isaïe 8,23

La journée du samedi saint…
 

La journée du samedi saint, c’est la journée du vide … apparemment !

 

Jésus est mort, très probablement le vendredi 7 avril de l’an 30 (selon Hugues Cousin « Le prophète assassiné » p 171), et la tombe s’est refermée sur lui.
 

Jésus atteint le fond du fond… ou plutôt, il vient nous rejoindre quand nous sommes au fond du fond, écrasés par le poids de la maladie, de la souffrance, de l’isolement,

… ou parfois de notre péché ?
 

Il vient nous rejoindre là où nous n’avons plus ni espoir ni espérance, là où nous sommes comme morts.

Dans la prière du « Je crois en Dieu », nous affirmons que Jésus « est descendu aux enfers ».

« Les enfers », c’est « le séjour des morts », ce que la Bible appelle le « shéol ».
 

C’est parce qu’il accepte de connaître la mort que Jésus peut nous rejoindre dans nos propres morts, dans notre mort.

Et c’est là que nous pouvons le rencontrer, comme le rappelle le beau chant de Didier Rimaud (P90. Hymne de l’office du matin semaine 1) que je propose à votre  prière:
 

Puisqu’il est avec nous tant que dure cet âge,
N’attendons pas la fin des jours pour le trouver...
Ouvrons les yeux, cherchons sa trace et son visage,
Découvrons-le qui est caché

au cœur du monde comme un feu !
 

Puisqu’il est avec nous pour ce temps de violence,
Ne rêvons pas qu’il est partout sauf où l’on meurt...
Pressons le pas, tournons vers lui notre patience,
Allons à l’homme des douleurs
Qui nous fait signe sur la croix !

Puisqu’il est avec nous dans nos jours de faiblesse,
N’espérons pas tenir debout sans l’appeler...
Tendons la main, crions vers lui notre détresse ;
Reconnaissons sur le chemin
Celui qui brûle nos péchés !

Puisqu’il est avec nous comme à l’aube de Pâques,
Ne manquons pas le rendez-vous du sang versé...
Prenons le pain, buvons la coupe du passage :
Accueillons-le qui s’est donné
En nous aimant jusqu’à la fin !

 

Il nous rejoint pour nous conduire avec lui à la joie de sa résurrection que nous célébrerons dans la nuit pascale, le jour de Pâques, et les semaines suivantes.

Alors faisons de cette journée du Samedi Saint non pas une journée vide, mais une journée où nous rejoignons par la prière toutes celles et tous ceux qui, à travers le monde entier, souffrent et meurent.

Tous ceux-là sont rejoints par le Christ et appelés à partager la joie de sa résurrection.
 

Un dernier mot sur l’hymne que je viens de vous proposer : vous l’avez sans doute déjà entendu, ne serait-ce que dans le beau film « Des hommes et des dieux », consacré au don de leur vie qu’ont fait les moines de Tibhirine.

Un film qui prend toute sa force en ce temps où tant d’hommes et de femmes risquent eux aussi leur santé et leur vie pour le service des autres.

Luc Mazaré, prêtre

La liturgie du Vendredi Saint comporte une longue et belle prière universelle.

Plutôt qu’une homélie, je vous propose de prendre le temps de méditer cette prière universelle après avoir lu la Passion en Saint Jean (voir plus bas).

Il y a à chaque fois une intention, un bref instant de silence, et une oraison.

Cette année vient s’ajouter une 11° intention relative à la pandémie.
 

Bonne prière !

Luc Mazaré
 

1. Pour l'Église

Prions, frères bien-aimés, pour la sainte Église de Dieu : que le Père tout puissant lui donne la paix et l'unité, qu'il la protège dans tout l'univers ; et qu'il nous accorde une vie calme et paisible pour que nous rendions grâce à Dieu.

+ Dieu éternel et tout puissant, dans le Christ, tu as révélé ta gloire à tous les peuples ; protège l'œuvre de ton amour : afin que ton Église répandue par tout l'univers demeure inébranlable dans la foi pour proclamer ton nom. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.
 

2. Pour le pape

Prions pour notre saint Père le pape, François, élevé par Dieu notre Seigneur à l'ordre épiscopal : qu'il le garde sain et sauf à son Église pour gouverner le peuple de Dieu.

+ Dieu éternel et tout puissant dont la sagesse organise toutes choses, daigne écouter notre prière : protège avec amour le pape que tu as choisi, afin que, sous la conduite de ce pasteur, le peuple chrétien que tu gouvernes progresse toujours dans la foi. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

3. Pour le clergé et le peuple fidèle

Prions pour notre évêque, N., pour tous les évêques, les prêtres, les diacres, pour tous ceux qui remplissent des ministères dans l'Église et pour l'ensemble du peuple des croyants.

+ Dieu éternel et tout puissant dont l'Esprit sanctifie et gouverne le corps entier de l'Église, exauce les prières que nous t'adressons pour tous les ordres de fidèles qui la composent : que chacun d'eux, par le don de ta grâce, te serve avec fidélité. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.
 

4. Pour les catéchumènes

Prions pour les catéchumènes : que Dieu notre Seigneur ouvre leur intelligence et leur cœur, et les accueille dans sa miséricorde ; après avoir reçu le pardon de tous leurs péchés par le bain de la naissance nouvelle, qu'ils soient incorporés à notre Seigneur Jésus-Christ.

+ Dieu éternel et tout puissant, toi qui assures toujours la fécondité de ton Église, augmente en nos catéchumènes l'intelligence et la foi : qu'ils renaissent à la source du baptême et prennent place parmi tes enfants d'adoption. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

5. Pour l'unité des chrétiens

Prions pour tous nos frères qui croient en Jésus Christ et s'efforcent de conformer leur vie à la vérité : demandons au Seigneur notre Dieu de les rassembler et de les garder dans l'unité de son Église.

+ Dieu éternel et tout-puissant, toi qui rassembles ce qui est dispersé et qui fais l'unité de ce que tu rassembles, regarde avec amour l'Église de ton Fils : nous te prions d'unir dans la totalité de la foi et par le lien de la charité tous les hommes qu'un seul baptême a consacrés. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

6. Pour le peuple juif

Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé, en premier : qu'ils progressent dans l'amour de son Nom et la fidélité de son Alliance.

+ Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l'Alliance, comme ton Église t'en supplie. Par Jésus, le Christ, Notre Seigneur. Amen.
 

7. Pour les autres croyants

Prions pour ceux qui ne croient pas en Jésus Christ : demandons qu'à la lumière de l'Esprit Saint, ils soient capables eux aussi de s'engager pleinement sur le chemin du salut.

+ Dieu éternel et tout puissant, donne à ceux qui ne croient pas au Christ d'aller sous ton regard avec un cœur sincère, afin de parvenir à la connaissance de la vérité ; et donne-nous de mieux nous aimer les uns les autres et d'ouvrir davantage notre vie à la tienne, pour être dans le monde de meilleurs témoins de ton amour. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.
 

8. Pour ceux qui ne connaissent pas Dieu

Prions pour ceux qui ne connaissent pas Dieu : demandons qu'en obéissant à leur conscience ils parviennent à le reconnaître.

Dieu éternel et tout puissant, toi qui as créé les hommes pour qu'ils te cherchent de tout leur cœur et que leur cœur s'apaise en te trouvant, fais qu'au milieu des difficultés de ce monde, tous puissent discerner les signes de ta bonté et rencontrer des témoins de ton amour : qu'ils aient le bonheur de te reconnaître, toi, le seul vrai Dieu et le Père de tous les hommes. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.
 

9. Pour les pouvoirs publics

Prions pour les chefs d'État et tous les responsables des affaires publiques : que le Seigneur notre Dieu dirige leur esprit et leur cœur selon sa volonté pour la paix et la liberté de tous.

+ Dieu éternel et tout puissant, toi qui tiens en ta main le cœur des hommes, et garantis les droits des peuples, viens en aide à ceux qui exercent le pouvoir ; que partout sur la terre s'affermissent avec ta grâce la sécurité et la paix, la prospérité des nations, et la liberté religieuse. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.
 

10. Pour nos frères dans l'épreuve

Prions Dieu le Père tout puissant d'avoir pitié des hommes dans l'épreuve : qu'il débarrasse le monde de toute erreur, qu'il chasse les épidémies et repousse la famine, qu'il vide les prisons et délivre les captifs, qu'il protège ceux qui voyagent, qu'il ramène chez eux les exilés, qu'il donne la force aux malades, et accorde le salut aux mourants.

+ Dieu éternel et tout puissant, consolation des affligés, force de ceux qui peinent, entends les prières des hommes qui t'appellent, quelles que soient leurs souffrances : qu'ils aient la joie de trouver dans leurs détresses le secours de ta miséricorde. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.


 

11. Dans le contexte de la pandémie
 

Prions pour tous les pays touchés par l’épidémie de Coronavirus.

Dieu éternel et tout-puissant, force de ceux qui espèrent en toi,

regarde avec compassion ceux qui se trouvent, en ces jours,

dans une situation de désarroi :

Nous te prions pour les malades et pour ceux qui les soignent ;

que tes secours, toujours présents, assistent ceux qui ont besoin de toi

et que ta grâce accorde aux défunts la vie éternelle

que tu veux offrir à tous.

Par Jésus, le Christ notre Seigneur. AMEN
 

LA PASSION DE NOTRE SEIGNEUR JESUS CHRIST

EN SAINT JEAN (18,1 – 19,42)
 

01 Après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples.

02 Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis.

03 Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes.

04 Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? »

05 Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Il leur dit : « C’est moi, je le suis. » Judas, qui le livrait, se tenait avec eux.

06 Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre.

07 Il leur demanda de nouveau : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazaréen. »

08 Jésus répondit : « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. »

09 Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés ».
 

10 Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus.

11 Jésus dit à Pierre : « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? »

12 Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent.
 

13 Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe qui était grand prêtre cette année-là.

14 Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »
 

15 Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre.

16 Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre.

17 Cette jeune servante dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » Il répondit : « Non, je ne le suis pas ! »

18 Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer.
 

19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement.

20 Jésus lui répondit : « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette.

21 Pourquoi m’interroges-tu ? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. »

22 À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! »

23 Jésus lui répliqua : « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal ? Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? »

24 Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe.
 

25 Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » Pierre le nia et dit : « Non, je ne le suis pas ! »

26 Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? »

27 Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta.
 

28 Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal.

29 Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? »

30 Ils lui répondirent : « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. »

31 Pilate leur dit : « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » Les Juifs lui dirent : « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. »

32 Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir.

33 Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? »

34 Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? »

35 Pilate répondit : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? »

36 Jésus déclara : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. »

37 Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »

38 Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? » Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.

39 Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? »

40 Alors ils répliquèrent en criant : « Pas lui ! Mais Barabbas ! » Or ce Barabbas était un bandit.
 

01 Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé.

02 Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre.

03 Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : « Salut à toi, roi des Juifs ! » Et ils le giflaient.

04 Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. »

05 Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : « Voici l’homme. »

06 Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. »

07 Ils lui répondirent : « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. »

08 Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte.
 

09 Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : « D’où es-tu ? » Jésus ne lui fit aucune réponse.

10 Pilate lui dit alors : « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? »

11 Jésus répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand. »

12 Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. »
 

13 En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors ; il le fit asseoir sur une estrade au lieu dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha.

14 C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. »

15 Alors ils crièrent : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Vais-je crucifier votre roi ? » Les grands prêtres répondirent : « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. »

16 Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié. Ils se saisirent de Jésus.


 

17 Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha.

18 C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu.

19 Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. »

20 Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec.

21 Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs”. »

22 Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »


 

23 Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas.

24 Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats.


 

25 Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine.

26 Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.
 

28 Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif. »

29 Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche.

30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.
 

31 Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes.

32 Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus.

33 Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes,

34 mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.

35 Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez.

36 Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé.

37 Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.

38 Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus.

39 Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres.

40 Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts.

41 À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne.

42 À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.

 

Luc  Mazaré, prêtre
 

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UN JEUDI SAINT TRES ETRANGE, ET TRES RICHE !


 

C’est quand même très étrange cette année: alors que nous fêtons aujourd’hui l’institution de l’Eucharistie, nous ne pourrons pas nous rassembler pour célébrer cette Eucharistie !


 

C’est un peu comme si Jésus avait été tout seul pour célébrer la Sainte Cène !
 

Mais ne nous y trompons pas, c’est peut-être bien tout l’inverse qui se passe, tant ils sont nombreux, celles et ceux que nous pouvons associer dans notre prière à ce Jeudi Saint !
 

En effet, je pense à deux dimensions essentielles du Jeudi Saint :

le partage et, inséparablement, le service.

 

Le partage : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. » (2°lecture ci-dessous)

Le service : «  Il se mit à laver les pieds des disciples » (évangile ci-dessous)
 

C’est ce dont nous sommes souvent témoins, et parfois acteurs, depuis le début de la période de confinement que nous traversons actuellement.

Le partage.

Pensons particulièrement à toutes les initiatives prises dans nos villages et nos hameaux pour que personne ne reste à l’écart : les courses qu’on fait pour un voisin ou une voisine, la Cuisine Solidaire qui a repris ses activités, les masques et les blouses confectionnées pour celles et ceux qui en ont plus particulièrement besoin…

Et il y aussi tous ces appels téléphoniques et ces mails pour prendre des nouvelles des proches ou moins proches, particulièrement les personnes seules, etc. , etc…
 

Le confinement aurait pu conduire au repliement de chacun sur soi, et c’est exactement l’inverse qui se passe : un temps de partage qui n‘aurait sans doute pas été vécu avec la même intensité en temps normal.
 

Et en chaque geste de partage, c’est un peu de soi-même qu’on donne, à l’image du Christ qui s’est totalement donné pour le salut de tous : « Prenez et mangez-en tous ; ceci est mon corps livré pour vous » (paroles de la consécration)
 

Et nous voyons avec joie que ces gestes de partage sont universels, bien au-delà de nos différences de convictions religieuses, philosophiques, ou politiques !

 

Le service.

Tout comme Jésus s’est mis à genoux devant ses disciples pour leur laver les pieds, des centaines de milliers de personnes vivent au service des autres malgré les risques encourus.
 

Nous avons pensé d’abord aux personnels des services de santé et des maisons de retraite, mais notre regard s’est élargi à toutes celles et ceux dont les services se révèlent indispensables : tous ceux qui nous permettent de nous alimenter, depuis les travailleurs de la terre jusqu’à ceux des circuits de distribution, les éboueurs, les chauffeurs routiers … tous ces serviteurs de l’ombre dont nous découvrons à quel point ils sont serviteurs de l’homme.
 

Là encore, tous ces services sont placés sous le signe de l’universalité, au-delà des différences de convictions et des différences sociales.
 

Alors oui, je me dis que c’est un beau Jeudi Saint qui nous est donné de vivre, le plus beau peut-être, parce qu’il rassemble, bien au-delà des disciples du Christ, des centaines de milliers de personnes -des centaines de millions à l’échelle de notre planète- qui se donnent pour leurs frères et sœurs en humanité.
 

Aujourd’hui, il ne s’agit pas de les « récupérer », d’en faire des « chrétiens qui s’ignorent » : ce serait faire insulte à leur dignité !
 

Mais notre regard de foi nous amène à reconnaitre en eux des femmes et des hommes de bonne volonté, à l’image du Samaritain de la parabole (Luc 10,25-37) qui, par pur amour, prend soin d’un homme blessé au bord du chemin.
 

Et c’est aussi dans un regard de foi que nous pouvons penser à la prophétie d’Isaïe :

« Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne,

un festin de viandes grasses et de vins capiteux,

un festin de viandes succulentes et de vins décantés.

Sur cette montagne,

il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples

et le linceul qui couvre toutes les nations.

Il fera disparaître la mort pour toujours. » (Isaïe 25,6-8a)
 

Aujourd’hui, il nous est donné de vivre quelque chose de ce festin « pour tous les peuples ».

Alors, heureux Jeudi Saint à toutes et à tous !

 

Luc Mazaré, prêtre

 

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (11,23-26)

Frères,
moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur,
et je vous l’ai transmis :
la nuit où il était livré,
le Seigneur Jésus prit du pain,
puis, ayant rendu grâce,
il le rompit, et dit :
« Ceci est mon corps, qui est pour vous.
Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe,
en disant :
« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.
Chaque fois que vous en boirez,
faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain
et que vous buvez cette coupe,
vous proclamez la mort du Seigneur,
jusqu’à ce qu’il vienne.


 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (13,1-15)

Avant la fête de la Pâque,
sachant que l’heure était venue pour lui
de passer de ce monde à son Père,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde,
les aima jusqu’au bout.

Au cours du repas,
alors que le diable
a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote,
l’intention de le livrer,
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains,
qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,
se lève de table, dépose son vêtement,
et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ;
puis il verse de l’eau dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples
et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre,
qui lui dit :
« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit :
« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ;
plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit :
« Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »
Jésus lui répondit :
« Si je ne te lave pas,
tu n’auras pas de part avec moi. »
Simon-Pierre
lui dit :
« Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,
mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit :
« Quand on vient de prendre un bain,
on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds :
on est pur tout entier.
Vous-mêmes,
vous êtes purs,
mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ;
et c’est pourquoi il disait :
« Vous n’êtes pas tous purs. »Quand il leur eut lavé les pieds,
il reprit son vêtement, se remit à table
et leur dit :
« Comprenez-vous
ce que je viens de faire pour vous ?
Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”,
et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître,
je vous ai lavé les pieds,
vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné
afin que vous fassiez, vous aussi,
comme j’ai fait pour vous. »

 

Evangile de Jésus Christ en St Matthieu (21,1-11) - La Passion de notre Seigneur Jésus Christ en Saint Matthieu (26,14 – 27,66)

RAMEAUX ET PASSION (Les textes d’évangiles sont placés après les commentaires)
 

Il y a deux ans, nous avons failli ne pas avoir assez de buis pour les Rameaux à cause des ravages de la pyrale.

Mais cette année, pas de buis du tout : nous ne serons physiquement pas ensemble pour acclamer le Christ.

Et nous ne serons pas davantage rassemblés pour célébrer ensemble la Semaine Sainte et Pâques.

Nous ne serons pas ensemble physiquement, mais nous serons en communion.

Une communion d’autant plus forte qu’elle sera vécue plus intimement, dans le secret de notre cœur et de notre prière.

Et nous comprendrons peut-être encore davantage que notre communion ne vient pas de nous-mêmes mais du Seigneur qui nous unit par sa Parole.
 

RAMEAUX
 

L’accueil triomphal de Jésus à Jérusalem est un peu une grande illusion : les foules acclament le roi qui vient et qui, c’est certain, va régner au nom de Dieu lui-même.
 

Mais un petit détail aurait dû attirer leur attention : Jésus n’entre pas à Jérusalem sur un cheval de guerre comme il convient à un roi, mais sur la plus humble des montures : une ânesse avec son petit qui trotte à ses côtés.
 

Un roi… pas comme les autres, que ces mêmes foules rejetteront plus tard et dont elles réclameront la tête à Pilate.
 

Jésus sera rejeté et mourra hors des murs de Jérusalem.
 

Et pourtant, il est roi.

Pas seulement de Jérusalem, mais de tout l’univers et de tous les temps.

Une royauté faite de service et d’humilité.

Alors moi, je pense souvent à cette ânesse… avec son petit qui trotte à ses côtés !

 

PASSION

C’est long la passion, n’est-ce pas?

Et puis… il y a trop de monde dans cet évangile, on n’arrive pas à se concentrer, on en perd même le Christ de vue tant il y a de personnages.
 

Il y a les disciples qui préparent la Pâque,
 

Et le Seigneur qui se donne en son sang et son sang.
 

Il y a les Douze qui s’attristent et se mettent à douter.
 

Il y a Pierre qui, il le jure, ne le reniera pas.

Et Pierre encore, avec Jacques et Jean qui ne savent ni veiller ni prier.

Et  il y a Judas qui l’embrasse et le livre.

Il y a la foule armée qui met la main sur lui.

Il y a les disciples qui s’enfuient et l’abandonnent.
 

Il y a tous ces menteurs cherchant un témoignage

et qui, n’en trouvant pas, s’enfoncent dans la colère.
 

Il y a le grand prêtre qui interroge, vocifère.
 

Il y a les lâches qui giflent Jésus et lui crachent dessus.

Il y a la face du Christ maculée de crachats.
 

Il y a la servante qui dévisage Pierre et l’accuse.

Et puis, il y a Pierre qui jure et renie.

Il y a le coq qui chante et Pierre qui fond en larmes.

 

Il y a Pilate qui juge sans justice.
 

Il y a Barrabas libre et Jésus condamné.

Il y a le crime dehors et la vie humiliée.
 

Il y a la foule qui crie et demande la croix,

les soldats qui se moquent, la couronne d’épines,
 

Et Simon de Cyrène qui porte la croix de Jésus.
 

Il y a les soldats romains qui clouent et crucifient.
 

Il y a les bandits crucifiés à ses côtés qui l’ insultent,

et les passants aveugles qui ne comprennent pas.

 

Et Jésus prie le Père qui n’abandonne rien.
 

Il y a le centurion qui voit et le proclame « Fils de Dieu »:

un regard a suffi et le voilà sauvé.
 

Il y a aussi les femmes qui suivaient et servaient :

ce sont elles les plus proches, ses disciples de choix.
 

Joseph d’Arimathie mendie le corps précieux.
 

Marie et Madeleine qui observent et attendent.

 

Il y a donc tout ce monde à la passion.

Beaucoup de personnages : ils sont l’humanité, ils sont « nous » !
 

Il y a tout ce monde et aujourd’hui… il y à moi.

Il y a moi qui peux choisir.

 

Je peux choisir de suivre ou de m’enfuir.

Je peux choisir de dormir ou de prier.

Je peux choisir de haïr ou d’aimer.

Je peux choisir de maudire ou pardonner.

Je peux choisir d’obéir ou de me rebeller.

Je peux choisir de souffrir ou d’éviter.

Je peux choisir de mourir ou de ressusciter.

Je peux choisir Jésus ou Barrabas.

 

Je peux choisir de suivre le Christ en sa passion.

Je peux choisir le Christ et sa résurrection.

Je peux choisir le Christ.

Choisir le Christ.

Le Christ.

 

Evangile de Jésus Christ en Saint Matthieu (21,1-11)

 

  Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem,
arrivèrent en vue de Bethphagé,
sur les pentes du mont des Oliviers.
Alors Jésus envoya deux disciples
            en leur disant :
« Allez au village qui est en face de vous ;
vous trouverez aussitôt une ânesse attachée
et son petit avec elle.
Détachez-les et amenez-les moi.
    Et si l’on vous dit quelque chose,
vous répondrez :
‘Le Seigneur en a besoin’.
Et aussitôt on les laissera partir. »
    Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète :
    Dites à la fille de Sion :
Voici ton roi qui vient vers toi,
plein de douceur,
monté sur une ânesse et un petit âne,
le petit d’une bête de somme.

    Les disciples partirent
et firent ce que Jésus leur avait ordonné.
    Ils amenèrent l’ânesse et son petit,
disposèrent sur eux leurs manteaux,
et Jésus s’assit dessus.
    Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ;
d’autres coupaient des branches aux arbres
et en jonchaient la route.
    Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient
criaient :
« Hosanna au fils de David !
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
Hosanna au plus haut des cieux ! »
    Comme Jésus entrait à Jérusalem,
toute la ville fut en proie à l’agitation,
et disait :
« Qui est cet homme ? »
    Et les foules répondaient :
« C’est le prophète Jésus,
de Nazareth en Galilée. »

 

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ en Saint Matthieu

(26,14 – 27,66)
 

26 14 Un des Douze, nommé Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres

15 et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui remirent trente pièces d’argent.

16 Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.

17 Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus : « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? »

18 Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : “Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.” »

19 Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.

 

20 Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze.

21 Pendant le repas, il déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. »

22 Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : « Serait-ce moi, Seigneur ? »

23 Prenant la parole, il dit : « Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer.

24 Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »

25 Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! »


 

26 Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. »

27 Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : « Buvez-en tous,

28 car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés.

29 Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. »
 

30 Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. 

31 Alors Jésus leur dit : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées.

32 Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »

33 Prenant la parole, Pierre lui dit : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. »

34 Jésus lui répondit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. »

35 Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples dirent de même.

36 Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas pour prier. »

37 Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse.

38 Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. »
 

39 Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. »

40 Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ?

41 Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »

42 De nouveau, il s’éloigna et pria, pour la deuxième fois ; il disait : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »

43 Revenu près des disciples, de nouveau il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil.

44 Les laissant, de nouveau il s’éloigna et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles. 

45 Alors il revient vers les disciples et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. Voici qu’elle est proche, l’heure où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.

46 Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
 

47 Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, et avec lui une grande foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple.

48 Celui qui le livrait leur avait donné un signe : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le. »

49 Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : « Salut, Rabbi ! » Et il l’embrassa.

50 Jésus lui dit : « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le ! » Alors ils s’approchèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent.

51 L’un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui trancha l’oreille.

52 Alors Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée.

53 Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges.

54 Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures selon lesquelles il faut qu’il en soit ainsi ? »

55 À ce moment-là, Jésus dit aux foules : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, dans le Temple, j’étais assis en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. »

56 Mais tout cela est arrivé pour que s’accomplissent les écrits des prophètes. Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent.
 

57 Ceux qui avaient arrêté Jésus l’amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s’étaient réunis les scribes et les anciens.

58 Quant à Pierre, il le suivait à distance, jusqu’au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s’assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait.

59 Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort.

60 Ils n’en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés. Finalement il s’en présenta deux,

61 qui déclarèrent : « Celui-là a dit : “Je peux détruire le Sanctuaire de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.” »

62 Alors le grand prêtre se leva et lui dit : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »

63 Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. »

64 Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. »

65 Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème !

66 Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. »

67 Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres le rouèrent de coups

68 en disant : « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? »
 

69 Cependant Pierre était assis dehors dans la cour. Une jeune servante s’approcha de lui et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus, le Galiléen ! »

70 Mais il le nia devant tout le monde et dit : « Je ne sais pas de quoi tu parles. »

71 Une autre servante le vit sortir en direction du portail et elle dit à ceux qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus, le Nazaréen. »

72 De nouveau, Pierre le nia en faisant ce serment : « Je ne connais pas cet homme. »

73 Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, ta façon de parler te trahit. »

74 Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta.

75 Alors Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement.
 

27 01 Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mettre à mort.

02 Après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate, le gouverneur.
 

03 Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens.

04 Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Que nous importe ? Cela te regarde ! »

05 Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre.

06 Les grands prêtres ramassèrent l’argent et dirent : « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang. »

07 Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour y enterrer les étrangers.

08 Voilà pourquoi ce champ est appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang.

09 Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Ils ramassèrent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix, le prix fixé par les fils d’Israël,

10 et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné.
 

11 On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C’est toi-même qui le dis. »

12 Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien.

13 Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? »

14 Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur fut très étonné.
 

15 Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait.

16 Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.

17 Les foules s’étant donc rassemblées, Pilate leur dit : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? »

18 Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus.

19 Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »

 

20 Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus.

21 Le gouverneur reprit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas ! »

22 Pilate leur dit : « Que ferai-je donc de Jésus appelé le Christ ? » Ils répondirent tous : « Qu’il soit crucifié ! »

23 Pilate demanda : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Ils criaient encore plus fort : « Qu’il soit crucifié ! »

24 Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! »

25 Tout le peuple répondit : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! »

26 Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié.

 

27 Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde.

28 Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge.

29 Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! »

30 Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête.

31 Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.

 

32 En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus.
 

33 Arrivés en un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire),

34 ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire.

35 Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ;

36 et ils restaient là, assis, à le garder.

37 Au-dessus de sa tête ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »
 

38 Alors on crucifia avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche.

39 Les passants l’injuriaient en hochant la tête ;

40 ils disaient : « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! »

41 De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant :

42 « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui !

43 Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : “Je suis Fils de Dieu.” »

44 Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.

 

45 À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.

46 Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éli, Éli, lema sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

47 L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! »

48 Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire.

49 Les autres disaient : « Attends ! Nous verrons bien si Élie vient le sauver. »

50 Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.

51 Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent.

52 Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent,

53 et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens.

54 À la vue du tremblement de terre et de ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »
 

55 Il y avait là de nombreuses femmes qui observaient de loin. Elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir.

56 Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.

57 Comme il se faisait tard, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu, lui aussi, disciple de Jésus.

58 Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remette.

59 Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul immaculé,

60 et le déposa dans le tombeau neuf qu’il s’était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla.

61 Or Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre.

 

62 Le lendemain, après le jour de la Préparation, les grands prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate,

63 en disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : “Trois jours après, je ressusciterai.”

64 Alors, donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : “Il est ressuscité d’entre les morts.” Cette dernière imposture serait pire que la première. »

65 Pilate leur déclara : « Vous avez une garde. Allez, organisez la surveillance comme vous l’entendez ! »

66 Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du sépulcre en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.

 

Luc Mazaré, prêtre
 

Semaine Sainte

PAROISSE LA CROIX DE VALCHEVRIERE

 

                                                          Pour vivre chaque jour un temps de communion paroissiale

En semaine, tous ceux qui le peuvent prennent un temps de prière à 18H00.

Le dimanche, nous sommes rassemblés autour de la messe télévisée sur France 2.

 

- DIMANCHE DES RAMEAUX - Dimanche 05 avril 2020

Des buis seront bénis ce jour-là, puis distribués dès que nous pourrons célébrer ensemble le Seigneur dans son humilité et sa Gloire si éloignée de la gloire humaine.

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Matthieu 21,9

Nous prions pour tous ceux dont la vie porte témoignage de l’Evangile.

 

- JEUDI SAINT - Jeudi 09 avril 2020

Jésus se donne en son corps et son sang et se fait serviteur jusqu’à s’abaisser devant ses disciples.

                                                                                  « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Jean 6,51

Nous prions pour tous ceux qui risquent leur vie pour le service des autres.

 

- VENDREDI SAINT - Vendredi 10 avril 20

Sur la croix, Jésus épouse toutes nos souffrances, nos questions et nos doutes.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Matthieu 27,46

Nous prions pour tous ceux à travers le monde dont la dignité est bafouée.

 

- JOURNEE DU SAMEDI SAINT – Samedi 11 avril 2020

La tombe s’est refermée sur le corps du Christ.

                                                                                     « Marie Madeleine et l’autre Marie étaient, assises en face du sépulcre. » Matthieu 27,61

Nous prions pour tous les défunts, particulièrement pour les victimes du coronavirus.

 

- NUIT ET JOUR DE PÂQUES - Dimanche 12 Avril 2020

Aux alentours de 10H00, les cloches de nos églises sonneront pendant 10 minutes à l’unisson pour proclamer la vie plus forte que la mort.

« Il est ressuscité, comme il l’avait dit. » Matthieu 28,6

Nous prions pour les vivants du monde entier, afin qu’ils connaissent l’Espérance.

 

Quoi qu’il advienne de l’avenir, nous garderons en nous les cicatrices des temps présents comme le Christ ressuscité, Dieu-parmi-nous, garde sur lui les marques de ses souffrances sur la croix.

 

Avec l’Equipe Paroissiale, Luc Mazaré, prêtre

Evangile selon Saint Jean ((11, 1-45))

HOMELIE

 

Parmi tous les récits de l'Evangile, celui que nous venons d'entendre est certainement un de ceux qui me touchent le plus.

Pourquoi?

Peut-être à cause de cette simple phrase:

« Alors, Jésus se mit à pleurer. »

 

Jésus qui pleure...

Comme un gosse... ou comme un adulte en grande détresse.

Jésus pleure parce que Lazare, son ami, est mort.

Et cela n'échappe pas aux témoins de la scène, pas même à ceux qui, bien souvent, s'opposent à lui: « Voyez comme il l'aimait. »

 

Jésus pleure, et cet aveu de faiblesse me fait croire en lui.

Ce n1est pas Superman, ce n'est pas un robot, c'est un être comme vous, comme moi, capable d'amitié, capable de pleurer la mort de son ami.

 

Dans le fond, là, dans ce moment-là, Jésus me rejoint au plus profond de moi-même.

Il me rejoint dans la faiblesse qui est la mienne.

 

Et c'est là, dans ce moment-là, dans cette humanité, dans cette faiblesse même, que Jésus est fort, plus fort que la mort.

C'est là qu'il peut manifester le pouvoir qu'il a reçu de son Père.

« Il cria d'une voix forte: "Lazare, viens dehors". »

 

Mais curieusement, la vie redonnée à Lazare n'occupe pas beaucoup de place dans notre récit : l'essentiel est consacré aux dialogues de Jésus avec ses disciples, avec Marthe, avec Marie, et avec son Père.

L'enjeu de ces dialogues: la FOI.

 

La foi des disciples.

Comme souvent dans l'Evangile, les disciples ne comprennent pas grand-chose aux paroles quelque peu énigmatiques de Jésus.

Ils sont profondément déconcertés, peut-être même dans le doute.

Mais malgré tout, Ils gardent confiance, ils gardent foi.

Mais, dans la bouche de Thomas, leur foi s'exprime avec force et courage:

« Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »

 

La foi de Marthe.

 

Marthe croit en la résurrection.

Au-delà de l'épreuve qui la submerge, elle aussi garde foi, confiance.

Plus encore, elle accepte de croire que Jésus lui-même peut être « la Résurrection et la Vie »: « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

 

La foi de Marie.

Elle est moins évidente, parce que Marie, la sœur de Marthe, se fait ici porteuse de toutes nos interrogations, de toutes nos questions face à la souffrance:

« Seigneur, Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »

La douleur de Marie est trop forte, et l'empêche pour le moment d'exprimer sa foi.

 

Enfin, la foi de Jésus.

Jésus croit en son Père, il a confiance en lui:

« Père, je te rends grâce parce que tu m'as exaucé. »

Avant même que Lazare ne sorte du tombeau, Jésus sait qu'il a été exaucé.

Sa foi, c'est sa parfaite transparence dans sa relation à son Père.

 

En relevant Lazare de la mort Jésus manifeste son pouvoir, son pouvoir même sur la mort.

Son pouvoir, il le tient de sa faiblesse même: « Alors, Jésus se mit à pleurer. »

Son pouvoir, il le tient de son Père:

« Je savais bien, moi, que tu m'exauces toujours. »

 

Et, dans une certaine mesure, son pouvoir, il le tient aussi de notre foi, même quand elle est fragile comme celle de Marie, même quand elle est maladroite comme celle des Apôtres.

 

Alors moi, j'ai envie de croire.

Croire en ce pouvoir né de la faiblesse.

 

Dans notre monde, la force, la puissance donnent un pouvoir:

le pouvoir de tuer.

 

Mais seule la faiblesse, la compassion, la foi, donnent le pouvoir de faire vivre.

« Alors, Jésus se mit à pleurer. »

Luc Mazaré, prêtre

 

Evangile selon Saint Matthieu ((9, 1-41))

COMMENTAIRE
 

Le commentaire ci-dessous reprend l’homélie que je vous avais proposée en 2014  parce que celle-ci prend peut-être aujourd’hui plus de relief dans le contexte actuel de la pandémie qui marque la vie de notre monde et de notre pays.

Avant de lire ce commentaire, lisez ou relisez d’abord l’évangile de ce jour pour mieux vous en imprégner.

Remarquez que le mot « aveugle » revient à 15 reprises, le verbe « voir » à 14 reprises, et l’expression « ouvrir les yeux » à 6 reprises.

Que le Seigneur ne cesse d’ouvrir nos yeux et qu’il guide notre espérance pour que, dans la situation actuelle, nous puissions nous écrier : « Je crois, Seigneur ! »

Toute une galerie de personnages traverse le récit de ce 4°dimanche de Carême.

Jésus, bien sûr, mais aussi d'autres qui parfois nous ressemblent étrangement: l'aveugle, les disciples, les voisins, les parents, les pharisiens…

L'aveugle.

Cet homme ne représente pas que lui-même: il est le symbole de toute l'humanité.

Notre humanité qui tâtonne, qui cherche dans le noir, et qui trop souvent s'y enferme.

Notre humanité mendiante, continuellement en quête d'un peu d'espérance.

Notre humanité, bien incapable de s'en sortir par elle-même.

Notre humanité: nous-mêmes… chacune et chacun d'entre nous.

L’aveugle de l’évangile ne demande rien à Jésus, pas même de le guérir… comme s’il s’était résigné à son propre sort ? Et nous ?
 

Jésus, le Christ.

Celui dont le Prologue de l'Evangile dit: « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée » 1.

Jésus qui « ouvre les yeux » de l'aveugle, qui le fait passer des ténèbres à la lumière.

Lui n’attend ni nos demandes ni nos prières pour nous exaucer.

Savons-nous reconnaître cette lumière ? Et nous en réjouir avec lui ?
 

Les disciples.

Ils ne sont pas très présents dans le récit, mais ils posent la bonne question: « Pourquoi ? ».

C'est notre question: pourquoi ?

Pourquoi la guerre sans cesse recommencée ?

Pourquoi l'injustice ? Pourquoi la souffrance ?

Pourquoi la faim et la misère dans les pays du Tiers-Monde ?

Pourquoi la mort d'un enfant ?

Et pourquoi ce terrible virus qui frappe tant de personnes à travers le monde ? Seraient-elles coupables ? Mais de quoi ? Seraient-elles punies ? Mais pourquoi ?

Et nous ne pouvons pas, nous ne pourrions pas être disciples du Christ si nous renoncions à poser cette question: pourquoi ?
 

Les voisins.

Eux, ils sont indifférents.

Un peu de curiosité: c'est lui, c'est pas lui?
Mais on sent bien que cela ne les intéresse pas vraiment et qu'ils auront vite fait de retourner vaquer à leurs occupations habituelles.

Eux ne cherchent pas à voir.

Nous sommes ces « voisins » chaque fois que nous renonçons à voir, à comprendre, à chercher.

Chaque fois que nous sommes indifférents aux autres, à Dieu, à nous-mêmes.

Alors que les médias et nous-mêmes ne cessons de parler du virus, des précautions à prendre, des mesures gouvernementales, un étrange silence s’est installé sur ceux qui en meurent dans la détresse et la solitude.

Comment ne pas être de ces « voisins » indifférents, mais nous rendre proches de ceux qui souffrent et de leur entourage ? Comment devenir des « prochains » comme le Samaritain attentionné de la parabole en St Luc ? 2
 

Les parents.

Ils sont ici l'image de la peur.

Cette peur qui, dans l'Evangile, est à l'opposé même de la foi.

Cette peur qui amène au repli sur soi: "Il est assez grand, interrogez-le".

Cette même peur peut nous conduire à des comportements irrationnels comme en témoigne l’hystérie de stocker un maximum de denrées alimentaires ou de ne donner foi qu’aux fausses informations qui fleurissent sur les réseaux et jusque dans les rues de nos villages
 

Les pharisiens.

L'évangéliste résume sous ce terme ceux « qui savent ».

Vous savez: ceux qui n'ont pas besoin d'être éclairés parce qu'ils se prennent eux-mêmes pour des lumières.

Ceux-là, figés dans leurs principes, figés dans leurs connaissances, et surtout figés dans leur foi, refusent la lumière.

Ils confondent la foi et l'idée qu'ils ont de la foi.

« Du moment que vous dites 'nous voyons', votre péché demeure ».

La pandémie actuelle fait sauter les certitudes de ceux qui croyaient savoir, qui continuaient à tout miser sur une mondialisation à tout va, sur une croissance sans limite, sur l’ insolence de l’argent…

 

Disciples, voisins, parents, pharisiens, qui serons-nous ?

 

Le Christ, lui, nous invite à être des aveugles, ou plutôt à reconnaître que nous sommes des aveugles.

Alors, sa lumière pourra entrer en nous et nous transformer.

Alors, nous pourrons voir et, à notre tour, dire en toute vérité:

« Je crois, Seigneur! 

Luc Mazaré, prêtre

1 Jean 1,5

2 Luc 10,30-37

 


 

UN CAREME PAS COMME LES AUTRES !!!

 

Nous étions partis pour un carême un peu pépère, tranquille, avec bien sûr son lot de jeûne, de partage, de prière … comme d’habitude, comme une sorte de rituel qui revient chaque année sans profondément changer notre vie.

 

Mais voilà que… badaboum ! Tout s’écroule ! Un petit virus (c’est minuscule, un virus !), et c’est toute la vie de notre monde et notre vie quotidienne qui en sont bouleversées.

 

La période de confinement qui a commencé le 17 mars m’a fait penser à cette phrase du 1° dimanche de Carême :

«Télécharger l'homélie du dimanche 22 Mars

image


UN CAREME PAS COMME LES AUTRES !!!

Nous étions partis pour un carême un peu pépère, tranquille, avec bien sûr son lot de jeûne, de partage, de prière … comme d’habitude, comme une sorte de rituel qui revient chaque année sans profondément changer notre vie.
 

Mais voilà que… badaboum ! Tout s’écroule ! Un petit virus (c’est minuscule, un virus !), et c’est toute la vie de notre monde et notre vie quotidienne qui en sont bouleversées.
 

La période de confinement qui a commencé le 17 mars m’a fait penser à cette phrase du 1° dimanche de Carême :

«  Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. »
 

Le désert… comme celui que nous vivons depuis ces jours où nous sommes condamnés à rester chez nous.

Désert de solitude renforcée pour les personnes isolées ou malades.

Désert de brouhaha pour les familles avec des enfants qui ne peuvent pas s’ébattre librement.
 

Désert pour tous, croyants, non croyants, autres croyants…

Mais il nous revient peut-être à nous, chrétiens, de relire ces événement dans la foi.
 

« Jésus fut conduit au désert par l’Esprit… »

Ce n’est évidemment pas l’Esprit Saint, force de vie, qui nous a conduit à cette forme de désert qu’est le confinement, mais bien une saleté de virus dont nous mesurons combien il est force de mort.

Mais c’est peut-être bien l’Esprit Saint qui peut nous faire vivre ce temps comme un véritable temps de Carême auquel nous sommes conduits et le relire ainsi dans la foi : un temps de jeûne, de partage, et de prière.
 

Le jeûne.
 

Dans le cas présent, c’est tout autre chose que la privation de nourriture.

Notre jeûne, c’est la privation de nos activités préférées , ou simplement habituelles, la privation de nos rencontres et de nos relations sociales… et c’est le jeûne eucharistique, puisque toutes les églises affichent : « Pas de messe ! ».
 

La Tentation, c’est de ne voir dans ce jeûne forcé qu’une sorte de punition ou de malédiction.
 

Mais à l’Esprit peut nous aider à redécouvrir nos faims.

Faim de pouvoir pleinement nous épanouir à travers nos activités de chaque jour.

Besoin des autres sans qui nous ne sommes rien (ou si peu !).

Faim du corps du Christ pour nourrir nos propres corps.
 

Le partage.
 

Bien sûr, il y a eu ces ruées vers les supermarchés pour accumuler au-delà du nécessaire…

Tentation de l’égoïsme, du chacun pour soi au mépris de l’autre.
 

Mais il y aussi tous ces coups de téléphone et ces messages pour ne laisser personne au bord du chemin.

Il y a toutes les initiatives d’entr’aide comme dans la petite commune de Rencurel.

Il y a ceux et celles qui se dépensent sans compter pour soigner, aider, accompagner.

Et l’Esprit nous fait redécouvrir que si l’homme est capable du pire, il est aussi capable du partage gratuit, à l’image de Celui qui donne sa vie en partage.
 

La prière.
 

Dans la Bible, le désert est le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu, et donc de la prière.

 

La Tentation serait de ne prier qu’avec des mots, qu’avec des nos lèvres.
 

Mais l’Esprit nous fait redécouvrir que la prière nous fait entrer dans l’intimité de Dieu.

La prière n’a pas besoin de mots : ce n’est pas un face à face, mais un cœur à cœur où le silence s’emplit de Présence.
 

Ce Carême que nous n’avons pas voulu, vivons-le intensément, comme une chance qui nous est donnée de purifier nos cœurs.

Pour déjà entrer à la suite du Christ dans la joie de sa résurrection .
 

Luc Mazaré, prêtre

20 mars 2020

 

Evangile selon Saint Jean ((4, 5-42))

HOMELIE

Au cœur de notre texte, au cœur de la rencontre de Jésus et de cette femme de Samarie: L'EAU

Jésus au bord du puits et qui a soif.

Cette femme qui vient puiser au plus chaud de la journée.

La source d'eau vive jaillissant en vie éternelle.

L'histoire plus que millénaire de ce puits, le puits de Jacob.

L'eau: un enjeu permanent qui traverse toute l'histoire de la Bible.

L'eau était déjà un enjeu capital au temps des patriarches.

Bergers nomades, ils emmenaient leurs troupeaux de pâturages en pâturages, mais aussi de puits en puits.

Des puits qui étaient parfois l'objets de sombres luttes, mais aussi d'alliances parfois surprenantes avec d'autres tribus 1.

L'eau, dans toutes les régions de la Bible est un bien rare, plus encore que la terre 2.

C'est un bien précieux, une bénédiction de Dieu.

A l'inverse, manquer d'eau, c'est très vite risquer la mort, comme nous le rappelle entre autres l'épisode des eaux de Massa et Meriba que nous avons entendu dans la première lecture.

Très vite, l'eau prend un sens symbolique, comme dans la vision du prophète Ezéchiel 3 qui voit l'eau jaillir en source depuis le seuil du Temple de Jérusalem: « Cette eau coule vers la région de l'orient, elle descend dans la vallée du Jourdain et se déverse dans la Mer Morte dont elle assainit les eaux. (…) Le poisson sera très abondant, car cette eau assainit, et la vie apparaît en tout lieu où pénètre le courant ».

Le récit de la rencontre de Jésus et de la samaritaine reprend toute cette symbolique, mais je ne veux aujourd'hui en retenir que deux aspects à travers deux phrases:

« Donne-moi à boire »

et

« L'eau que je donnerai deviendra source jaillissante pour la vie éternelle »

« Donne-moi à boire ».

Jésus est fatigué, et il a soif.

Comme les Fils d'Israël ont eu soif autrefois dans le désert.

Il a soif, il est en danger de mort.

Et la mort sera sur son chemin, là-bas, à Jérusalem, au cœur même de la foi de son Peuple.

Mais pas seulement, pas d'abord.

« Donne-moi à boire »: c'est de nous dont Le Seigneur a soif.

Il vient à notre rencontre, il s'offre à nous, il a soif de notre amour, de notre cœur, de notre accueil.

En Jésus, Dieu est en attente.

Et c'est une femme qui, par le fait du hasard, vient répondre à cette attente, à cette soif de Dieu.

Cette femme, elle a tout contre elle.

D'abord le fait même d'être une femme, ce qui n'est pas un avantage à l'époque 4.

C'est aussi une Samaritaine, issue du brassage de populations qui a eu lieu dans cette région, une femme dont la religion mêle le Dieu d'Israël à d'autres croyances issues du paganisme.

C'est en plus une femme honteuse, ou du moins marginalisée, puisqu'elle vient puiser l'eau en plein midi, à l'écart des autres femmes.

Et c'est pourtant cette femme qui reconnaît en Jésus un prophète, et le Christ, l'Envoyé de Dieu.

Et nous, quelle est notre soif?

Notre soif de Dieu, notre soif de vie, notre soif d'humanité?

Deuxième phrase:

« L'eau que je donnerai deviendra source jaillissante pour la vie éternelle »

Plus tard, alors que Jésus vient de mourir sur la croix, un soldat, d'un coup de lance, le frappe au côté.

« Et aussitôt - écrit l'évangéliste - aussitôt, il en sortit du sang et de l'eau » 5

L'eau qui sort du corps de Jésus, c'est bien sûr la source jaillissante en vie éternelle, c'est l'eau de la vision d'Ezéchiel qui donne toute vie… et c'est l'eau du baptême, de notre baptême qui nous introduit dans la vie éternelle, dans la vie de Dieu.

 

Savons-nous boire de cette eau?

Savons-nous vivre de notre baptême?

Savons-nous, comme la Samaritaine, aller à la rencontre du Christ, et en témoigner auprès de celles et ceux que nous rencontrons chaque jour dans nos familles et dans nos villages?

Luc Mazaré, prêtre

 

Bonus internet :

La seule vraie guerre de l’eau connue remonte à 4 500 ans. Elle a opposé deux cités mésopotamiennes à propos du Tigre et de l’Euphrate, dans le sud de l’Irak actuel. Depuis, l’eau a parfois envenimé les relations internationales. Mais on voit souvent des nations ennemies — comme l’Inde et le Pakistan ou Israël et les Palestiniens — régler leurs conflits sur l’eau même s’ils se déchirent pour d’autres raisons.1

1 Aaron Wolff. Publié dans "Le Courrier de l'UNESCO"

 

 

1 Cf. notamment Genèse 26

2 Cf. Juges 1,15

3 Ezéchiel 47

4 La situation a bien changé : les femmes ont désormais droit à « leur » journée une fois par an !

5 Jean 19,34

Evangile selon Saint Matthieu ((17, 1-9))

HOMELIE

Oh, ils n'étaient pas bien nombreux, ce jour-là.

Même pas les douze Apôtres, mais seulement trois, Pierre, Jacques et Jean, les plus proches, les plus intimes 1, ceux qui, au Jardin des Oliviers, seront aussi les plus proches témoins du désarroi de Jésus 2.
 

Intimes.

Cela se passe « à l'écart », loin des bruits de la foule.

Et cela se passe « sur une haute montagne », c'est-à-dire symboliquement, dans la présence même de Dieu.
 

Plus tard, au Jardin des Oliviers.

Là encore, ils ne sont que trois.

Les mêmes: Pierre, Jacques et Jean.

Et eux qui ont vu le visage de Jésus transfiguré, rayonnant de la gloire de Dieu, voient maintenant un visage empli « de tristesse et d'angoisse », ce visage qui sera giflé, frappé, couvert de crachats et couronné d'épines.
 

Dans les deux cas, c'est vrai, Pierre et ses compagnons ne comprennent rien ou pas grand-chose.

Transfiguration. Pierre s'écrie « Il est bon que nous soyons ici ! »

Jardin des Oliviers: Pierre ne dit rien. Il dort. Ses yeux sont « appesantis ».
 

Le visage rayonnant de lumière de la Transfiguration, « brillant comme le soleil », et le visage plein d'angoisse du Jardin des Oliviers, tourné « face contre terre », c'est le même visage, le visage du Christ.
 

Et nous, que voyons-nous?
 

Bien sûr, ce qui nous saute aux yeux, c'est d'abord, le visage supplicié de notre humanité.

Le visage inquiet des migrants ballotés par les cahots de l’histoire.

Le visage apeuré de la femme battue ou de l’enfant abusé.
 

Le visage défiguré des malades du cancer.

Le visage aveugle du soldat qui a reçu l'ordre de tuer

Le visage sans nom de tous les méprisés de la terre.

Ils sont, tous ceux-là, le visage de Jésus au Jardin des Oliviers.
 

Ces visages, ils sont là, devant nous, tous les jours.

Et parce que c'est trop dur, trop pesant, parce que nous mesurons trop notre impuissance, nous avons, comme Pierre, la tentation de nous échapper, la tentation de plonger dans le sommeil pour ne plus voir, pour ne plus être obligés de voir.
 

Beaucoup moins visible, beaucoup plus fugace,

le visage du Transfiguré.
 

Ce visage, il ne passe à la télé, il ne s'étale pas dans les colonnes des journaux.
 

Pour le voir, il faut s'arracher au bruit des foules, entrer en intimité.

Entrer en intimité avec Dieu, entrer dans le secret de sa présence, entrer peut-être dans le secret de la prière.
 

Et c'est là, dans le secret de la rencontre avec Dieu, que peut surgir sa lumière.

La lumière de celui qui nous invite à partager sa gloire, de celui qui nous appelle à vivre sa résurrection.

 

La lumière qui nous dit:

Tu n'es jamais seul, puisque je suis là et que je t'aime.

Vois ce qui est bon, vois ce qui es beau,

et mets-y tout ton courage, toute ta vie.

Descends de la montagne, et lutte pour l'amour, la paix et la justice.

Pour le sourire d'un enfant, pour qu'il découvre le bonheur d'être aimé.

 

N'aie pas peur des échecs, n'aie pas peur de la croix,

et c'est le monde entier qui sera transfiguré.

A mon image, et par moi.

« Relevez-vous et soyez sans crainte ! ».
 

Je voudrais terminer simplement en citant un petit poème qui n'est pas l'œuvre d'un chrétien, mais de cet homme de conviction qu'était Paul Eluard. (in : «Derniers poèmes d’amour »)
 

La nuit n'est jamais complète
Il y a toujours, puisque je le dis,
Puisque je l'affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte,
Une fenêtre éclairée,
Il y a toujours un rêve qui veille,
Désir à combler, faim à satisfaire,
Un cœur généreux,
Une main tendue, une main ouverte,
Des yeux attentifs,
Une vie, la vie à se partager.

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Du moins dans les évangiles synoptiques, alors que dans le 4° évangile, le personnage le plus proche de Jésus est celui que l’évangile appelle "le disciple que Jésus aimait" (qui n'était peut-être pas un des douze Apôtres)

2 Matthieu 26,36-46

Evangile selon saint Matthieu (4, (1-11))

HOMELIE
 

La liturgie met en parallèle le récit de la Tentation de Jésus avec celui d'Adam et Eve, le fruit défendu. Bien… pourquoi pas?

Mais l'évangéliste St Matthieu, lui , se réfère explicitement à l'histoire même du Peuple de Dieu, plus précisément à sa longue marche dans le désert sous la conduite de Moïse.

Jésus passe « quarante jours et quarante nuits » dans le désert, tout comme les Fils d'Israël y ont passé quarante ans.

 

C'est encore pour St Matthieu une manière de nous dire que Jésus récapitule en lui toute l'histoire du Peuple de Dieu.
 

Mais surtout, Jésus, tout comme les Fils d'Israël au désert, est soumis à la Tentation.
 

Alors, c'est quoi, la Tentation?

Quand j'étais petit, j'aimais bien les bonbons.

Mais les bonbons, c'est pas bon : ça donne des caries.

Alors moi, j'avais la tentation de manger des bonbons plus que de raison.

Mais non, la Tentation, c'est tout autre chose: c'est une remise en cause radicale de soi-même; c'est un doute essentiel, existentiel diraient les philosophes.

Au désert, le Peuple de Dieu a connu la Tentation, cette remise en cause fondamentale de lui-même et de sa raison d'être.
 

Et d'abord, les Fils d'Israël ont eu faim.1

Comment croire à Dieu s'il nous laisse mourir de faim?

Comment croire à soi-même quand on a faim?
 

Après quarante jours dans le désert, Jésus, lui aussi, a faim.

« Si tu es le Fils de Dieu, dit le Tentateur, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
 

Le tentateur, le Satan, le démon sait ce qu'il fait.

Jésus vient de recevoir le baptême de Jean au Jourdain.

Il a pris place parmi les hommes et, en même temps, une voix a proclamé: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » 2
 

Mais est-ce bien vrai?

La tentation, la remise en cause de soi-même, c'est pour Jésus une remise en cause de son identité de Fils de Dieu, une remise en cause de la relation à son Père: « Si tu es le Fils de Dieu… »
 

Jésus ne se laisse pas prendre, il ne se laisse pas étouffer par le doute.

Au désert, pour nourrir son peuple, Dieu lui a donné la manne.

Jésus, lui, va plus loin, comprend plus loin: « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

Luc Mazaré, prêtre
 

1cf. Exode 16

2Matthieu 3,17

Evangile selon saint Matthieu (5, (38-48))

HOMELIE
 

« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » 1

Parfaits, Seigneur ? Non mais tu rêves ! Il n’y a rien de parfait en ce bas monde, et tu le sais bien. Tu galèjes !
 

Comment peux-tu nous demander d’être « parfaits », alors que nous n’avons pas été créés parfaits ?

Tes Apôtres eux-mêmes ne l’étaient pas : Jacques et Jean, les fils de Zébédée ne rêvaient que du pouvoir 2, Pierre t’a lâchement abandonné au moment suprême 3, et je n’ose même pas te parler de Judas !
 

Sans parler des saints qui avaient parfois un très mauvais caractère, comme St Jérôme qui se querellait violemment avec tous ceux qui ne pensaient pas comme lui ! 4

Et si tu attends de moi de devenir parfait, alors là tu risques d’attendre longtemps !

Parfait ? Ça , ce n’est pas pour moi !
 

Et là, curieusement, un peu comme dans un film de Don Camillo, le Seigneur m’a répondu :

« Je ne te parle pas de la perfection morale. Je te connais trop bien et je sais que tu en es incapable. Va donc lire le seul autre passage de l’évangile de Saint Matthieu où il est question d’être parfait. Tiens, je vais même t’aider : c’est au chapitre 19 »

 

Du coup, je suis allé voir, et je suis tombé sur un épisode que nous connaissons bien 5. Un homme, apparemment encore jeune, demande à Jésus : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? ».

« Observe les commandements » répond Jésus, aime ton prochain comme toi-même.

Oui mais , tout cela je l’ai fait, « mais que me manque-t-il encore ? »

Jésus répond : « Si tu veux être parfait, vends ce que tu as (…) Puis, viens, suis-moi. »

 

Et là, j’ai commencé à comprendre.

Devenir parfaits, ce n’est pas atteindre la perfection morale, ce dont nous sommes incapables, c’est nous dépouiller de nous-mêmes pour suivre le Christ, pour ne vivre que de lui, en toute liberté et en toute confiance.

 

Ne vivre que de lui, en toute liberté et en toute confiance, c’est ce qu’ont fait les Apôtres, malgré leurs défauts et leurs manques, c’est ce qu’a fait St Jérôme malgré son fichu caractère, c’est ce à quoi nous sommes appelés : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».
 

Il me revient une image : celle de François d’Assise qui abandonne jusqu’à ses vêtements et se retrouve à nu pour ne suivre que le Christ qui, lui aussi, était nu sur la croix.
 

Oui, mais là encore, je me sens dépassé, incapable.

J’ai quelques biens, de quoi vivre. Je veux bien partager, mais je ne veux pas y renoncer… et, franchement, je ne me sens pas capable d’épouser « Dame Pauvreté » comme l’a fait Saint François d’Assise.

 

Là encore, toujours comme dans les films de Don Camillo, j’entends la voix du Christ me dire :

« Décidément tu ne comprends rien ! Tu ne parles que de toi !

Tu oublies une chose : c’est que je vis en toi, c’est que, dans l’Esprit Saint, mon Père et moi avons fait notre demeure en toi 6 comme en tout être humain.

 

Par toi-même tu es incapable de faire ce que tu veux.

Laisse-toi simplement habiter par mon amour et l’amour de mon Père. Laisse-toi guider par l’Esprit Saint, n’éteins pas l’Esprit Saint ! 7

Dieu t’a créé à son image 8 et il veut faire en toi sa demeure 9.

Par tes seules forces, tu ne sais pas aimer : laisse Dieu aimer en toi.

Tu ne sais pas donner : laisse Dieu donner en toi, lui qui a tout donné sur la croix.

Tu ne sais pas pardonner : laisse Dieu pardonner en toi, car lui est Pardon. »

 

Accepter que Dieu vive en nous, c’est peut-être la vraie signification de cette parole du Christ : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait »
 

Et c’est laisser résonner en nous la Parole de Dieu dans la 1° lettre de St Jean :

« Puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.

Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour atteint en nous la perfection » 10.

 

Oui, c’est possible :

« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait »

Luc Mazaré, prêtre

 

1 On peut aussi comprendre cette phrase à l’impératif :  « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », comme dans le faisait la précédente traduction liturgique. Pour les spécialistes, il ne s’agirait qu’une question de nuance lexicale.

2 Marc 10,35-37 et //

3 Matthieu 26,69-75 et //

4 C’est un fait avéré : voir ses biographies ou/et les notes à son sujet sur internet

5 Matthieu 19, 16-22. Voir aussi les parallèles en Marc 10,17-31 et Luc 18, 15-17

6 Cf. 2° lecture : «  Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous »

7 1 Thessaloniciens 5,19 : « N’éteignez pas l’Esprit Saint »

8 Genèse 1,27

9 Jean 14,23

10 1 Jean 4,7

Evangile selon saint Matthieu (5, (17-37)

HOMELIE
 

Trois pistes pour tenter de comprendre comment Jésus vient non pas abolir mais accomplir la Loi que Dieu a donné à son Peuple au désert :

- L’intériorité

- La radicalité

- Le chemin
 

L’intériorité :

Les exigences du Christ sont envers nous-mêmes

et non pour « les autres » !

Jésus ne dit pas : si quelqu’un commet un adultère il faut le lapider, mais : si tu regardes une femme avec convoitise, tu as déjà commis l’adultère dans ton cœur.
 

Il n’ordonne pas de couper la main droite du voleur, mais d’examiner soi-même ses jalousies, ses rivalités, ses pulsions de prendre


Il ne dit pas non plus d’appliquer la peine de mort au meurtrier, mais de se considérer soi-même comme meurtrier si nos mots ont porté atteinte à la dignité de l’autre par l’insulte, le mépris, la dérision.

En somme, il ne veut pas d’une « loi pour les autres » : il nous invite à convertir nos désirs personnels pour les réorienter vers l’amour de l’autre.
 

La radicalité :

Au sens premier du terme : être radical, c’est remonter à la racine.

En réinterprétant ainsi la loi de Moïse, Jésus revient à la racine de la Loi : l’Alliance avec Dieu et au sein du peuple.

Il y a chez lui une soif d’intériorisation de la Loi, sans compromission avec les habitudes et les mœurs environnantes.

C’est en revenant à la racine de la Loi qu’il l’accomplit.
 

La radicalité du Christ c’est de refuser d’utiliser la Loi contre les autres, mais de remonter à la racine de la Loi qui est l’Amour de Dieu, et notre réponse humaine à cet amour.
 

D’où ces phrases fortes qui nous paraissent difficiles à vivre : « Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi… Si ta main droite entraine ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi… »

Le Pape François rappelait cette radicalité dans son homélie pour la canonisation de Paul VI, de Mgr Romero et de cinq autres témoins de la foi en 2018.

Je cite : «  Jésus est radical. Il donne tout, et demande tout. Jésus ne se contente pas d’un pourcentage d’amour : nous ne pouvons pas l’aimer à vingt, à cinquante ou à soixante pour cent. Ou tout ou rien ! »
 

Enfin

Le chemin :

Pour parler un peu trivialement, je dirais volontiers que Jésus place la barre un peu haut. Trop haut même, au point qu’il termine son discours par cette phrase que nous entendrons la semaine prochaine :

« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

 

Inaccessible, bien sûr, mais c’est un chemin qu’il nous propose ainsi, un chemin que nous n’aurons jamais fini de parcourir : le chemin de la sainteté.
 

Bien sûr, nous n’arriverons jamais au bout au but : nous connaissons trop bien nos faiblesses et nos manques.

Mais l’essentiel n’est pas là : l’essentiel est de cheminer, de marcher.
 

Et nous ne pourrons cheminer que si nous comprenons que le Christ marche à nos côtés, comme au soir de Pâques il a marché aux côtés des disciples d’Emmaüs pour éclairer leurs pas, pour éclairer leurs vies. 1
 

Et en nous rapprenant sans cesse ses paroles :

« Moi, je suis le chemin, la vérité, et la vie.

Personne ne va vers le Père sans passer par moi. » 2

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Luc 24,13-35

2 Jean 14,6

Evangile selon saint Matthieu (5, (13-16)

HOMELIE

 

Le sel n'est pas fait pour rester dans la salière mais pour donner saveur aux aliments.

La lumière n'est pas faite pour rester dans l'ampoule électrique, mais pour éclairer la pièce.

Entre ces deux mini-paraboles, une troisième, rarement commentée.

Elle tient en une phrase:

"Une ville située sur une montagne ne peut être cachée".

 

La ville… Trop souvent, elle nous fait peur.

Au point que beaucoup cherchent un habitat à l'écart…tranquille…une petite villa ou un petit pavillon à la campagne…

Au point que le gouvernement a dû recréer un Ministre de la Ville…

 

La ville fait peur.

C'est le lieu de toutes les violences, de la délinquance, petite ou grande.

Le lieu des voitures brûlées, des pompiers agressés, des portefeuilles volés, le lieu des quartiers chauds et des banlieues méprisées.

C'est le lieu du conglomérat humain où, trop souvent, on se croise sans même se rencontrer.

C'est le lieu d'inégalités et d'injustices d'autant plus criantes qu'elles sont visibles de tous.

 

La ville fait peur, sans doute parce qu'elle révèle, parce qu'elle met à jour une part de nous-mêmes que nous aimerions bien ignorer.

Alors nous aurions tendance à fuir la ville, ne serait-ce que le dimanche… au moins quand il y a un peu de soleil.

Nous aurions tendance à fuir… un peu de nous-mêmes.

 

Et pourtant…

Le projet de Dieu pour l'Homme, ce n'est pas le Paradis perdu, le jardin mythique des commencements.

Le projet de Dieu, c'est la ville, la Jérusalem céleste, la ville d'en-haut, où tous les hommes sont rassemblés pour une même gloire, une même dignité, une fraternité.

 

Le projet de Dieu… mais il y a l'aujourd'hui de l'homme.

Et bien, ne nous y trompons pas: la mission du chrétien, c'est bien d'être jeté dans ce monde, ce monde où le pire fait si souvent la une des journaux. C'est là, et nulle part ailleurs, que nous devons être « sel de la terre » et « lumière du monde ».

 

Le sel: il se fond dans les aliments, au point de disparaître à l'œil nu.

Il en révèle toute la saveur, mais.. point trop n'en faut!

N'importe quelle cuisinière vous le dira!

 

Dans la vie de la cité, le chrétien est sel de la terre.

Il est immergé dans la vie des hommes et partage leurs joies, leurs souffrances, leurs bonheurs et leurs espoirs: le chrétien se fond dans la vie des hommes.

Par sa présence, par son action, par son humble témoignage, il révèle la saveur de cette vie humaine, il y révèle la présence active et aimante du Seigneur.

 

Mais quand il en fait trop… alors là, ça gâche tout!

Le prosélytisme ne touche pas le cœur des hommes, n'entraîne pas leur conviction, bien au contraire.

Le prosélytisme, le « trop de sel » n'est pas dans la manière de ce Jésus qui s'est fait humble serviteur.

 

Dans la vie de la cité, le chrétien est lumière du monde.

Je ne suis ni technicien, ni ingénieur, mais je sais que, dans une ampoule électrique classique, la lumière ne vient pas du filament, mais du courant électrique qui le traverse.

Le chrétien est comme le filament de l'ampoule: il n'est lumière que si sa vie est traversée par la lumière du Christ.

Le Christ, lui, est « la vraie lumière qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. » 1

 

C'est par la lumière du Christ que la ville peut être autre chose qu'un monde de ténèbres, pour devenir, au contraire, lieu d'amour et de fraternité, lieu de rassemblement et de solidarité, lieu du bonheur de vivre-ensemble.

 

« Partage…avec celui qui a faim…

ne te dérobe pas à ton semblable,

alors, ta lumière jaillira comme l'aurore…

ta justice marchera devant toi,

et la gloire du Seigneur t'accompagnera… » 2

 

A la manière du courant électrique, la force de l'Esprit transforme la vie du chrétien, l'engage dans la lumière aux côtés de ceux qui, d'une manière ou d'une autre, agissent pour plus de liberté et de vérité, pour un monde plus vrai, plus proche de la cité de Dieu, la Jérusalem céleste, la ville d'en-haut.

 

"Une ville située sur une montagne ne peut être cachée".

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Jn1,7

2 Extrait de la 1° lecture.

Evangile selon saint Luc (2, (22-40)

HOMELIE (largement inspirée du bibliste Marc Sevin)

En venant présenter Jésus au Temple, Marie et Joseph se conforment à la loi de Moïse : Jésus, comme tout premier-né masculin doit être présenté, «consacré» au Seigneur.

Mais curieusement, la cérémonie de la Présentation n'est pas décrite. Le texte de St Luc ne s’intéresse pas d’abord à la célébration elle-même, mais à deux personnages qui viennent au Temple : Syméon et Anne.

Syméon n'a aucune fonction religieuse. Mais l’évangile dit de lui qu’il est «juste» et «pieux», et surtout, surtout, il attend la «consolation d'Israël».

«Consolez, consolez mon peuple» disait le prophète Isaïe au nom de Dieu 1. Le terme de «consolation» désigne ce temps espéré où Dieu viendra «consoler» son peuple, c'est-à-dire le sauver, le délivrer.

Syméon symbolise l'attente des croyants d'Israël 2 en la venue des temps où Dieu consolera son peuple en lui assurant enfin la paix et la prospérité.

Le texte souligne que Syméon vient au Temple et reconnait en lui le «messie» de Dieu. L'enfant est présenté comme un roi, le Messie attendu. Les paroles de Syméon sont prophétiques puisque l'Esprit est sur lui. Elles concernent Jésus identifié au «salut préparé à la face des peuples» et à la «lumière» qui éclaire les autres nations.

Les paroles de Syméon adressées directement à Marie sont dramatiques, avec l'allusion à l'épée, à la division, à la chute… Devant Jésus il faudra ouvertement prendre parti : «Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d'un grand nombre.»

Anne, elle aussi, est «prophète», porte-parole de Dieu. Elle est âgée de 84 ans, c'est dire qu'elle a 7 fois 12 ans. Dans la symbolique biblique des nombres, le chiffre 7 suggère la perfection et 12 est le nombre des tribus d’Israël, mais il évoque aussi l’universalité.

Symboliquement, Anne représente parfaitement les croyants de son peuple qui attendent «la délivrance de Jérusalem».

Comme tout extrait d'évangile, ce récit, écrit après Pâques, dit la foi de Pâques. Et c’est à la lumière de Pâques que nous devons l’entendre et le comprendre.

Ici, l'enfant de Marie et Joseph, est présenté clairement par deux prophètes, un homme et une femme, comme le Messie ou Christ.

Il est le salut offert à tous et non seulement à Israël. Cette ouverture à l'universel a demandé du temps pour s'imposer à l'intérieur des premières communautés chrétiennes. Jésus est la lumière qui éclaire les nations païennes, c'est-à-dire les nations autres qu'Israël.

Jésus est aussi la Gloire d'Israël. «Gloire», ce mot dans la tradition biblique évoque le poids, la puissance, la présence .

Le salut pour tous vient de Jésus qui est d'Israël. Jésus est toujours resté fidèle à son peuple. Il s'est soumis aux obligations de la loi dès sa naissance.

La scène de la Présentation se déroule au Temple de Jérusalem, centre religieux de la nation. Mais Jésus vient pour tous. On devine que Luc rappelle aux communautés qui se trouvent maintenant hors frontières, qu'elles ne peuvent pas oublier tout ce qu'elles doivent au judaïsme. Elles appartiennent au même courant que celui de Syméon et Anne, ces juifs qui depuis longtemps attendaient la venue du roi selon le cœur de Dieu, la venue du Messie.

Ce ne sont pas les prêtres qui accueillent Jésus, alors que la scène se passe au Temple, mais un «juste» (Syméon) et un «prophète» (Anne). Il y a là comme une invitation à être «juste» comme Syméon et à prier comme Anne pour reconnaître en Jésus le Messie de Dieu.

L'enfant ne reste pas à Jérusalem. C'est à Nazareth en Galilée qu'il grandira. Cette indication géographique est peut-être aussi une indication théologique. Tout doit commencer à Jérusalem. Mais il faut bien vite aller dans cette Galilée proche des autres nations. L'Église aussi commencera à Jérusalem mais les chrétiens partiront de cette ville jusqu'aux extrémités de la terre pour porter l'Évangile.

Seigneur Dieu, notre Père, merci pour tous ces justes et ces prophètes qui ont attendu longuement la venue de ton Messie. Façonne en nous un cœur de juste qui sache s'ajuster constamment sur toi. Avec ton Esprit, comme Syméon et Anne, que nous reconnaissions en Jésus le sauveur de tous. Que ton Église ne cesse d’annoncer la Bonne Nouvelle dans le monde entier.

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Isaïe 40,1

2 Cf. Luc 3,15 : « Or, le peuple était en attente »

Evangile selon saint Matthieu (4, (12-23)

HOMELIE

 

Sale temps pour les prophètes!

Jean le Baptiste a été arrêté et jeté en prison.

Jésus, qui a sans doute été un de ses disciples [1], Jésus ferait bien de se tenir tranquille, se ranger à l'abri dans sa petite ville de Nazareth, à l'écart des voies de circulation et des courants de pensée.

Mais non, il fait tout l'inverse et prend la suite du Baptiste pour l'annonce de la Bonne Nouvelle.

Il s'installe à Capharnaüm.

Ce n'est pas un hasard.

Capharnaüm, c'est la grande ville de Galilée, le « carrefour des nations ».

 

Installée au bord du lac de Tibériade, c'est une ville frontière, toute proche des pays païens.

C'est surtout une ville étape sur une grande voie romaine qu'empruntent les caravanes venues de tous pays.

 

Dans cette ville de carrefours, Jésus va pouvoir annoncer la Bonne Nouvelle à toutes sortes de gens.

Il vient porter la lumière « au pays de l'ombre ». C'est cela, être missionnaire.

 

Capharnaüm, enfin, comme toutes la région de Galilée, est cordialement méprisée par l'élite, par l'intelligentsia de l'époque.

Les habitants de Jérusalem, la ville phare, la ville pure, là où se trouvent le Temple, le Culte, le Pouvoir, les habitants de Jérusalem ne manquent pas une occasion de se moquer des Galiléens [2], ne serait-ce qu'à cause de leur accent un peu rustique [3]

 

Mais la Bonne Nouvelle, aux yeux du Christ, n'est pas d'abord affaire de spécialistes, ou de bien-pensants: elle est offerte à tous, et prioritairement à ceux qui paraissent le moins aptes à en comprendre le sens et la portée.

 

D'où le choix de Capharnaüm.

 

 De même, et à une exception près [4], Jésus ne choisit pas ses disciples parmi les rabbins, les savants ou les célébrants du culte, mais tout simplement parmi ceux qui vivent et travaillent au bord du lac.

 

Les « moins doués », les moins préparés, seront les premiers à recevoir la lumière, les premiers à faire confiance à ce prophète marginal, immédiatement suspecté de déviance, et rapidement rejeté par tous les représentants officiels de la religion en place.

 

Simon-Pierre, André, Jacques et son frère Jean : de simples artisans-pêcheurs, sans doute illettrés.

Et pourtant, ce sont les premiers qu’il appelle pour devenir disciples, puis Apôtres : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes ».

  

Et ce sont les premiers qui répondent avec confiance et courage : « Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent ».

  

N'allons pas croire que le Ressuscité fasse un choix différent aujourd'hui.

Il se révèle, il enseigne, il appelle sans tenir compte de nos critères ou de nos logiques.

 

Pas plus qu'hier, il n'est prisonnier des traditions humaines, du calcul des spécialistes, du jugement des puissants.

Il ne parle pas le langage de la sagesse humaine, mais le langage de la croix [5].

Il n'est pas davantage enfermé dans sa propre Eglise.

 

Ses disciples, ses Apôtres, il les recrute aussi bien chez les paysans du Togo ou du Mali, chez les parias de l’Inde ou les ouvriers agricoles d’Amérique Latine, chez les cabossés de la vie de notre vieux pays

 

… autant, et peut-être davantage que dans les couloirs du Vatican ou ceux de nos facultés de théologie.

 Au lieu de nous en désoler, d'en prendre ombrage, nous sommes invités à nous en réjouir:

"Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière".

 

Luc Mazaré, prêtre

  

[1] Jean 3,22 à 4,3

[2] cf. Jean1,46

[3] cf. Matthieu 26.73

[4] Nathanaël : cf. Jean 1,45 et suivants

[5] cf. 2° lecture

Evangile selon saint Jean (1, (29-34)

HOMELIE
 

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »
 

Cette parole de Jean le Baptiste en St Jean a paru si importante qu’elle est présente en chacune de nos eucharisties quand nous proclamons : « Agneau de de Dieu, qui enlève le péché du monde… »


 

Un agneau… ce petit animal fragile et innocent…

Qui d’entre nous n‘a jamais rêvé d’en tenir un dans ses bras, ne serait-ce que quelques instants ?


 

Quand Jean le Baptiste évoque Jésus comme un agneau, ce sont au moins deux images bibliques qui « parlent » à ses interlocuteurs : l’agneau pascal et l’ agneau du Livre d’ Isaïe.

L’agneau pascal.

Dans le récit de l’Exode, l’agneau est intimement lié à la libération des Fils d’Israël de l’oppression égyptienne, et c’est le texte qui nous est proposé chaque année le Jeudi Saint 1:
 

Je cite : « Que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison (…) On mangera sa chair cette nuit-là (…) Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. »
 

Tiens… on mange l’agneau.

Et Jésus le Christ se donnera lui-même en nourriture – « Prenez, mangez, ceci est mon corps » - pour que sa vie devienne notre vie : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour que le monde ait la vie. » 2
 

Je cite encore : « On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et le linteau des maisons (…) Le sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous serez (…) Je verrai le sang et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Egypte . »
 

Tiens… le sang de l’agneau est signe de salut : il fait échapper à la mort.

Le sang du Christ versé sur la croix nous libère de la mort, mais bien plus encore nous introduit dans sa propre vie. De son côté percé par le coup de lance, « il en sortit du sang et de l’eau. » 3

Cette eau, mêlée au sang, c’est celle du baptême qui nous introduit dans la vie même de Dieu .4

 

L’Agneau du Livre d’ Isaïe

A quatre reprises 5, le Livre d’Isaïe évoque la figure d’ un mystérieux serviteur de Dieu qui prend sur lui les péchés de son peuple.

Ce serviteur est comparé à un agneau qui est injustement sacrifié, mais qui, par ce sacrifice, sauve le monde :

« Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. » 6

Les tout premiers chrétiens feront bien évidemment le rapprochement entre cet agneau sacrifié et la personne du Christ, mort sur la croix et ressuscité au matin de Pâques.

 

Ces deux images trouveront leur plein accomplissement dans le cœur des croyants bien après Jean le Baptiste, avec une nouvelle image :

L’Agneau de l’Apocalypse.

L’Agneau est évoqué à 29 reprises dans le livre de l’Apocalypse.

Il est l’Agneau égorgé qui est vainqueur 7 qui reçoit la puissance 8 et trône avec Dieu 9.

Les noces de l’Agneau 10 signifieront le plein accomplissement du mariage de Dieu avec l’humanité.

 

A travers ces différentes images, qui nous parfois peu familières, c’est une même parole qui nous est donnée, et elle est au cœur de notre foi : c’est par la faiblesse de la croix que le Christ a vaincu toutes les forces de la mort.

 

Pourrait-il en être autrement aujourd’hui ?

Comme il l’a fait hier pour ses disciples, le Christ nous invite aujourd’hui encore à vivre cette faiblesse qui est plus forte que la violence de la mort :

« Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » 11

Ne nous y trompons pas : les loups, ce ne sont pas « les autres », ceux en qui nous pourrions voir une menace.

Les loups, c’est nous-mêmes, ce sont les parts d’ombre qui restent en nous.

C’est donc à un combat intérieur que nous sommes invités, en pleine confiance en l’Agneau de Dieu, en celui qui a enlevé le péché du monde.

Luc Mazaré, prêre
 

1 1° Lecture du Jeudi Saint

2 Jean 6,51

3 Jean 19,34 (voir la note de la TOB)

4 Faire le rapprochement avec la vision d’Ezéchiel (Ezéchiel 47,1-12

5 Isaïe 42,1-9 / Isaïe 49,1-7 / Isaïe 50, 4-11 / Isaïe 52,13-53,12

6 Isaïe 53, 7…11

7 Ap 17,14

8 Ap 5,12

9 Ap 22,3

10 Ap 19,7

11 Luc 10,3

HOMELIE

Les fêtes de Noël sont finies: les lampions sont éteints, les enfants ont repris le chemin de l'école, les jeunes celui du collège ou du lycée, les commerçants font leurs comptes et proposent leurs soldes….

Nous voilà revenus à la banalité des jours?

Pas tout à fait: aujourd'hui, nous célébrons le baptême de Jésus.

Et dans le fond, pour les chrétiens, cette célébration pourrait ou devrait sans doute être plus importante que la fête de Noël.

A dire vrai, les récits de la naissance de Jésus à Bethléem sont comme des prologues aux évangiles de St Matthieu et de St Luc, mais c'est aujourd'hui que nous entrons réellement dans le vif du sujet.

Le baptême au Jourdain est le premier rendez-vous commun aux quatre évangiles.

Ce n'est pas un hasard: c'est le début de la mission de Jésus comme Christ, Messie, envoyé de Dieu, Fils de Dieu.

A Noël, nous assistions à la naissance de Jésus.

Aujourd'hui, nous découvrons qui il est.

 

Et, si nous y regardons de près, notre surprise sera aussi grande que celle des premiers témoins.

En effet, au temps de Jésus, ON ATTENDAIT UN JUSTICIER, MAIS C'EST UN SERVITEUR QUI EST VENU.

On attendait un justicier.

Depuis des siècles, le Peuple de Dieu était dominé par les puissances et les armées étrangères.

A peine un envahisseur avait-il quitté le pays qu'un autre prenait sa place.

Et le peuple rêvait de sa grandeur passée, ou supposée telle.

Et le peuple se nourrissait de rêves nationalistes… seule façon pour lui, croyait-il, d'exister vraiment comme Peuple de Dieu.

 

Mais Dieu, précisément, que faisait-il?

Pour l'instant, rien: il ne se manifestait pas, les cieux restaient fermés 1.

Mais c'est sûr, il allait venir et déployer son bras vengeur!

Toute une littérature –les récits apocalyptiques- embrasait les esprits, annonçant la fin des temps, le tri des bons et des méchants, le feu dévastateur et purificateur du jugement divin… le rétablissement d'une nation forte, puissante, indépendante, qui serait une fois pour toutes la nation de Dieu.

 

A sa manière, Jean-Baptiste se faisait, lui aussi, l'écho de ce courant de pensée: il prêchait l'urgence de la conversion avant l'irruption du Messie, le justicier de Dieu.

D'une certaine manière, nous partageons les mêmes rêves aujourd'hui.

Certains, quelques nostalgiques, rêvent d'une Eglise forte, puissante, installée…et oublient les déviations auxquelles ce type d'Eglise a toujours conduit: l'Inquisition, la Saint Barthélémy, les papes dévoyés, le clergé pourri par l'argent ou le pouvoir…

Plus sérieusement, nous rêvons d'un Dieu qui fasse justice.

Nous attendons de lui qu'il punisse le méchant et récompense le bon.

Et comme il ne répond pas à notre attente, eh bien, nous prenons sa place.

Puisque Lui ne le fait pas, nous nous instaurons comme justiciers, décidant qui est bon et qui est méchant, qui doit être récompensé ou puni.

On attendait un justicier, mais c'est un serviteur qui est venu.

 

Jésus de Nazareth est là.

Il a pris son tour dans la file des hommes qui s'avance vers les eaux du Jourdain, vers les eaux de la conversion.

Rien ne le distingue des autres.

Et pourtant, Jean-Baptiste, l'homme de Dieu, discerne en lui celui que tous attendaient: « C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi. »

Mais non, celui qui était attendu se comporte de manière inattendue: « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. »

Jésus dans la file des hommes, Jésus qui reçoit le baptême d'un homme: c'est dans cette manière d'agir que la puissance de Dieu atteste la puissance du Messie.

 

Les cieux s'ouvrent, se déchirent, et Dieu se manifeste sous la forme d'une colombe.

Rappelez-vous la colombe après le Déluge, au temps de Noé: c'est un signe d'Alliance entre Dieu et toute sa Création.

Une colombe et une voix: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. »

 

Ces paroles sont une citation du Livre d'Isaïe 2 dont la prophétie dressait la figure non d'un justicier, mais d'un serviteur, non d'un vengeur, mais d'un homme de Dieu prenant sur lui les fautes de son peuple.

 

Telle sera la mission de Jésus, annonçant la Réconciliation plutôt que le Jugement, acceptant sur lui la réprobation et le supplice, plutôt que de les infliger à d'autres.

 

Pas de doute: aujourd'hui encore, il nous reste à découvrir qui est le Christ et, puisque nous sommes son corps, à agir comme lui.

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Ce qui signifie symboliquement qu’il n’y a alors pas de communication entre le monde de Dieu (« les cieux) et le monde des hommes.

2 Isaïe 42,1. Voir note de la TOB

Evangile selon saint Matthieu (2, (1-12)

HOMELIE

"Voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem..."

Qui sont-ils ces mages ? des prêtres, des magiciens, des astronomes, des astrologues ?

D’où viennent-ils ? De l’Orient : de Perse, de Mésopotamie, ou d’ailleurs encore ?

Et combien sont-ils ? L’évangile ne nous le dit pas…

 

Sans doute au VIII° siècle, la tradition a fait de ces mages les représentants de tout le monde connu à l’époque: l’Afrique, l’Asie, l’Europe, symbolisés par un noir, un jaune, un blanc.

Signe d’universalité, signe que le Christ n'est pas envoyé pour quelques-uns seulement mais pour tous les peuples, pour chaque homme, chaque femme, chaque enfant qui habite notre terre.

 

Pendant longtemps, l’Église a vu dans ce signe d’universalité une invitation à porter l’Évangile au bout du monde, à soutenir l’effort missionnaire à travers les autres continents.

Et nous n’avons pas oublié cette dimension de la mission puisque chaque année, la fête de l’Épiphanie est l’occasion d’une prière et d’un soutien spirituel et matériel aux églises du continent africain.

 

Mais les immenses bouleversements que connaît notre monde changent la donne.

L’Épiphanie signe d’universalité n’est plus seulement une invitation à porter l’Évangile au bout du monde mais aussi, et peut-être d’abord aujourd’hui, un appel à porter l’Évangile au bout de notre rue.

 

L’étranger, n’est plus seulement de l’autre côté des mers, il est d'abord à notre porte, il est notre voisin.

Pas seulement parce que les migrations, les brassages de population, voire le tourisme, ont amené là où nous vivons des gens de tous pays.

Mais surtout, parce que la vie actuelle fait de nous des étrangers les uns aux autres.

Le seul souci de la liberté individuelle, le seul désir d'épanouissement individuel , ont pour conséquence de nous éloigner les uns des autres, parfois jusqu’au repli sur soi.

 

L’Église a pris cela de plein fouet. Nos contemporains sont plus en plus nombreux à être étrangers à l’Évangile et à son message, étrangers à l’Église, à ses paroles, ses gestes, sa prière, sa culture...

 

La fête de l’Épiphanie met en avant ce formidable défi auxquels, nous chrétiens, sommes confrontés : manifester Jésus le Christ au monde, à notre société, porter l’Évangile à la fois au bout du monde et au bout de notre rue, porter l’Évangile à nos voisins et nos amis, à nos enfants et petits-enfants.

 

 Formidable défi que de trouver les mots, les actes qui auront une résonance dans les cultures d’aujourd’hui; les mots et les actes qui permettront à des frères étrangers au Christ de le rencontrer et de le connaître, qui permettront que naisse la foi. L’Épiphanie est aussi une Pentecôte, un appel à ce que le souffle de l’Esprit nous aide à proclamer l’Évangile dans toutes les langues et les cultures de la terre.

 

Les mages étaient étrangers à la culture et à la religion juive.

Astronomes, astronomes, ils cherchaient Dieu dans les étoiles.

Et c'est ainsi que Dieu s'est manifesté à eux: dans leur culture, dans leur langage, dans leur manière de comprendre le monde.

Une étoile, une étoile nouvelle, signes pour eux d'un événement nouveau et important.

Une étoile qui les a guidés jusqu'à Bethléem, comme Dieu guide tous ceux qui acceptent de lui faire confiance, même ceux qui ne le connaissent pas.
 

Et nous, saurons-nous parler le langage de l'autre?

Saurons-nous trouver les mots et les gestes qui le rejoindront au plus vrai, au plus profond de son cœur?

L'autre, l'étranger, celui du bout du monde, celui du bout de la rue, saurons-nous l'entendre, saurons-nous le comprendre, saurons-nous le rencontrer dans son monde et sa culture?

 

Au contraire des mages, Hérode et les siens, n'ont pas bougé.

ils sont restés dans leurs palais, leurs temples, leurs certitudes.

Et nous, resterons-nous dans nos églises, nos chapelles, nos sacristies, nos certitudes?

En cette fête de l'Epiphanie, comme au jour de Pentecôte, le souffle de l'Esprit nous invite à sortir de nous-mêmes, à aller plus loin.

Oh, pas très loin: simplement jusqu'au bout de notre rue!

Luc Mazaré, prêtre
 

Evangile selon saint Matthieu 2,13-15.19-23)

HOMELIE

Déracinée…
 

Seuls les évangiles de St Luc et de St Matthieu évoquent la famille de Jésus avant son baptême par Jean dans le Jourdain.

Les deux récits sont très différents, mais il y a un point commun: dans les deux cas, il s'agit d'une famille déracinée.
 

Dans l'évangile de St Luc, l'enfant Jésus naît au hasard d'un voyage: Joseph et Marie doivent quitter Nazareth où ils habitent, pour aller se faire inscrire à Bethléem, ville d'origine de la famille de la Joseph.

Et c'est là, au hasard de ce voyage, que Jésus vient au monde.
 

Dans l'évangile de St Matthieu, à peine Jésus est-il né que sa famille doit s'enfuir loin de son pays natal, en Egypte.

Un peu comme les tout premiers patriarches qui avaient dû fuir en Egypte en raison de la famine qui sévissait chez eux.
 

Dans les deux cas, la famille du Seigneur apparaît comme une famille déracinée.

Déracinement géographique, mais aussi, et plus encore, déracinement spirituel.

Joseph, l'homme juste, a pris pour enfant celui qui n'était pas son enfant.

Et Jésus lui-même semble s'écarter de sa famille quand il déclare un jour:

« Qui est ma mère et qui sont mes frères? … Celui qui fait la volonté de mon Père, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère.1 »
 

Le déracinement, c'est peut-être un élément fondamental de toute vie de famille.
 

Je pense d'abord bien sûr aux familles confrontées à l'épreuve de l'exil ou de l'émigration.

Qu'elles aient fui la guerre ou la misère, ces familles ont droit à notre respect, notre amitié, notre accueil.

Comme d'ailleurs nous le rappelle souvent la Bible:

« Tu n'opprimeras pas l'étranger qui vit chez toi.

Vous connaissez vous-mêmes la vie de l'émigré,

car vous avez été des émigrés au pays d'Egypte.2 »
 

Mais il y a aussi tous les déracinements que nous pouvons connaître dans nos propres familles.

Vivre ensemble, n'est-ce pas toujours découvrir que l'autre, le proche -le conjoint, l'enfant, le frère, le neveu- l'autre, le proche est toujours différent de ce qu'on croit de lui, voire de ce qu'on espère de lui ?

Vivre ensemble, c'est chaque jour se déraciner, sortir de soi-même pour aller vers l'autre, pour le comprendre, pour l'aimer.
 

Dans la nuit de Noël, en prenant chair humaine, Dieu lui-même s'est déraciné.

Il s'est arraché à lui-même pour se faire proche, pour se faire compagnon, pour se faire l'un d'entre nous.

Il s'est arraché à lui-même pour nous aimer.
 

A notre tour, notre foi nous invite à une telle démarche.

Sortir de nous-mêmes pour aller vers le Christ, vers notre Dieu, vers Celui qui est toujours différent de ce que nous pouvons croire ou penser.
 

De manière plus ou moins consciente, nous portons tous en nous le rêve d'une famille stable, presque immuable, où la place de chacun est connue de tous et intangible.

Mais c'est tout l'inverse puisque l'amour exige sans cesse le déracinement.
 

Y compris dans la Sainte Famille, notre famille, la famille des croyants, la famille de Dieu-avec-nous.

Luc Mazaré, prêtre
 

1 Matthieu 12,48-50

2 Exode 23.9 et //

Evangile selon saint Matthieu (1, 18-24)

HOMELIE

 

L'évangile nous donne aujourd'hui l'occasion de découvrir réellement un des personnages les plus méconnus du Nouveau Testament:

Joseph, le père de Jésus.

Au-delà des clichés , Joseph représente certainement une des figures les plus actuelles de la sainteté.

Mais qui est-il?

 

Qui est Joseph?

Il est, nous dit l'Evangile, descendant du roi David.

Ainsi, il appartient en ligne directe à cette longue chaîne de croyants sans qui la foi ne serait jamais parvenue jusqu'à nous.

L'Evangile nous dit encore que c'est un homme juste.

Quand il découvre que Marie, sa fiancée, attend un enfant, il décide de la répudier en secret plutôt que de la dénoncer.

Il lui permet ainsi d'échapper à la mort, châtiment des femmes adultères.

C'est un homme juste parce que, en agissant ainsi, il se conforme à ce qu'il pense être la volonté de Dieu.

Un homme juste: il abandonne son projet initial pour s'ajuster au projet de Dieu:

« Joseph, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ».

 

Et voilà le premier aspect de l'actualité de Joseph: sa «justice »

il ne campe pas sur ses positions, il ne reste pas figé sur ses a priori.

Il comprend que le Dieu qui l'appelle est autre que le Dieu qu'il imaginait.

 

Pas facile d'accepter en soi un tel changement.

Ce n'était pas facile pour Joseph hier… ce n'est pas facile pour nous aujourd'hui.

Par exemple, à la suite du Concile Vatican II, l'Eglise a changé non seulement dans sa liturgie, mais surtout dans son rapport au monde.

Elle s'est voulue plus proche. Et elle a reconnu que Dieu s'adresse à tous les hommes, quels qu'ils soient, quelles que soient leurs convictions ou leurs religions.

 

Mais aujourd'hui encore, est-ce que nous avons pris la mesure de ces changements? Est-ce que nous avons compris que l'Eglise nous permettait ainsi de passer de l'image d'un Dieu un peu sectaire à un Dieu qui se manifeste en tous, parce que tous ont été sauvés par le Christ?

 

Sommes-nous comme Joseph, des justes, capables de nous ajuster au projet de Dieu, projet de salut, projet d'amour pour tous, sans exception?

 

Deuxième aspect de l'actualité de Joseph: sa paternité.

Cet enfant, Jésus, n'est pas de lui, il le sait bien, et pourtant il en est réellement le père.

Non seulement parce qu'il l'adopte en lui donnant son nom, mais aussi et surtout parce qu'il le prend avec lui comme membre à part entière de sa propre famille.

 

Aujourd'hui, Joseph nous fait découvrir ce qu'est vraiment un père: pas d'abord un géniteur, mais quelqu'un qui accepte de tout donner pour l'enfant dont il a la charge.

 

Enfin, troisième aspect de l'actualité de Joseph: sa discrétion.

Dans l'Evangile, Joseph se tait, il ne prononce aucune parole.

Il s'efface derrière son enfant, au point que nous ne savons même pas s'il était encore en vie quand Jésus a commencé son ministère public.

 

Aujourd'hui, au milieu du vacarme et des bruits, au milieu des déclarations aussi fracassantes que vides, le chemin de la sainteté passe peut-être bien souvent par la discrétion.

 

Discrétion de celui, de celle qui se met en silence au service de Dieu, au service de ses frères.

Non pour sa propre gloire, son propre mérité, mais simplement humble serviteur du salut de Dieu.

Comme Joseph, sans crier, sans se vanter, en se mettant au service de Dieu « non par des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité 1 ».

Et, précisément, ce sont des actes que les hommes attendent de nous.

 

Redécouvrir la figure de Joseph, descendant de David, père de Jésus, c'est redécouvrit que Dieu veut avoir besoin de nous, comme il a voulu avoir besoin de Joseph, pour que, dans l'humilité même de Jésus, la Bonne Nouvelle soit annoncée à tous, pour que la Bonne Nouvelle puisse naître en ce monde.

Luc Mazaré, prêtre

 

1 1°Lettre de St Jean

Evangile selon saint Matthieu (11 , 2-12)

HOMELIE

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
 

Nous comprenons le désarroi de Jean le Baptiste, et cela nous touche de près. Après tout, vingt siècles de christianisme, et rien n’a changé : c’est encore et toujours le règne de la violence, de la guerre et de l’injustice.

Comme si la venue du Christ n’avait rien changé, mais alors rien de rien !

Et dans dix jours, à Noël, qu’allons-nous fêter : une sorte de conte de fée, répété d’année en année, ou la Nativité du Sauveur du monde 1 ?

La tentation sera grande de nous réfugier, ne serait-ce que quelques instants, dans le doux folklore de la crèche, de l’âne et du bœuf 2, plutôt que de nous poser la question la que Jean le Baptiste, du fond de sa prison, pose à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
 

Jean, précisément. Nous l’avons entendu tonner contre l’hypocrisie des responsables religieux de son époque : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuit la colère qui vient », nous l’avons entendu annoncer « celui qui est plus fort que moi » 3.

Et il a reconnu l’Envoyé de Dieu en ce Jésus de Nazareth qu’il a baptisé dans le Jourdain 4.
 

Mais voilà… le Baptiste est maintenant plongé dans le doute radical, dans ce que certains mystiques appellent « la nuit de la foi » 5.

C’est qu’il y a un tel décalage entre le Messie qu’il attendait et ce que Jésus est ! Jean annonçait le Messie comme un juge terrible qui nettoie son aire à battre le blé, c’est-à-dire qui va juger de manière rigoureuse en séparant les bons des méchants, et en détruisant ces derniers.

Le Baptiste s’appuyait sur plusieurs textes des prophètes évoquant le jugement à travers des images agricoles 6.
 

Et Jésus fait tout autrement : il n’exerce pas le jugement, mais la miséricorde. Il va même manger avec des collecteurs d’impôts et des pécheurs.

Jésus ne condamne pas, il guérit :

« Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent , les lépreux sont purifiés,
et les sourds entendent, les morts ressuscitent,
et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. »

 

Et sans doute à l’intention de Jean lui-même, il ajoute :

«  Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »

Décidément, Jésus n’est pas le Messie que le Baptiste et ses contemporains attendaient. Et cela est vrai pour nous aujourd’hui encore !

C’est notre regard sur le Christ, notre regard sur Dieu que nous sommes chaque jour appelés à changer. Pour le connaitre Lui, plutôt que de lui demander de se conformer à ce que nous voulons qu’il soit.

Alors non, le Christ n’est pas venu avec une baguette magique pour changer les structures injustes de notre monde, ni hier ni aujourd’hui.
 

Pourquoi ?

Parce que c’est à nous que c’est à nous qu’il a confié cette mission.

Et cela dès les commencements.

Rappelez-vous ces phrases du Livre de la Genèse que nous lisons à chaque veillée pascale : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : remplissez la terre et soumettez-là. » 7

Dieu nous a confié le monde que y semions la vie et que nous la respections. Parce qu’il nous a créés à son image, il nous respecte trop pour nous reprendre ce qu’il nous a confié.
 

Et le Christ n’est pas venu pour le jugement, mais pour la vie, pour nous donner sa vie, pour chaque jour combler ce qui nous manque de vie, pour que les aveugles voient, pour que les boiteux marchent, pour que les morts ressuscitent.
 

Cela nous conduit à changer notre regard sur lui, mais aussi sur nous-mêmes.

Comment pourrais-je voir si je ne me reconnais pas aveugle, marcher si je ne me reconnais pas boiteux, être purifié si je ne me reconnais pas lépreux, éloigné de Dieu, entendre si je ne me reconnais pas aveugle aux besoins de mes frères, recevoir la Bonne Nouvelle si je ne reconnais pas ma pauvreté ?

Et comment pourrais-je être vivant, ressuscité si je ne reconnais pas en moi le péché qui me conduit à la mort ? Ce péché dont Jésus nous a libéré une fois pour toutes sur le bois de la croix, et dont il me libère jour après jour avec une infinie patience ?
 

Croire, avoir confiance, ce n’est pas camper sur ce que nous croyons savoir, sur nos soi-disant certitudes.

C’est au contraire accueillir chaque jour l’éternelle nouveauté de Dieu, comme, au fond de sa prison, Jean le Baptiste a été invité à le faire.

Pour avec lui entrer dans la joie de Dieu, de notre Dieu à la fois insaisissable et si proche.

 

Luc Mazaré, prêtre
 

1C’est le sens même du nom de Jésus : Dieu Sauve

2Ces animaux sont d’ailleurs absents des textes évangéliques de la Nativité !

32° dimanche de l’Avent

4Cette reconnaissance n’est pas explicite mais suggérée dans les récits de Matthieu (Mt 4,13-1), de Marc (Mc 1,9-11) ou de Luc (Lc 3,21-22), mais elle est soulignée avec force dans le 4°évangile (Jn 1,29-34)

5Par exemple, Mère Térésa qui écrivait : « Où est ma foi – tout au fond de moi, où il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité – mon Dieu, que cette souffrance inconnue est douloureuse, je n’ai pas la foi »

6Par exemple Isaïe 27,12-13 ou Joël 4,12-13

7Genèse 1, 27-28a

Evangile selon saint Matthieu (3 , 1-12)

HOMELIE

Eux aussi, ils étaient venus dans le désert, peut-être attirés par la rumeur qui disait que le prophète Élie était de retour . De quoi aller voir ça de plus près.

Et d’ailleurs, Jean-Baptiste s’habillait comme autrefois le prophète Elie 1 

Alors les Pharisiens et les Sadducéens s’approchent, et se glissent dans la file des pénitents.

Mais voilà que Jean-Baptiste les pointe du doigt, et les insulte publiquement en tonnant : « Engeance de vipères ! »
 

Bigre ! Il va faire fuir tous ses fidèles s’il les apostrophe ainsi…

Mais il faut dire que les Pharisiens et les Sadducéens étaient là « pour voir », comme on  dirait au poker 2, pour ne pas rater les soldes de l’opération miséricorde dont ils ont entendu parler. Le Black Friday de la pénitence en quelque sorte.
 

Le risque est grand alors que leurs larmes de soi-disant repentance soient des larmes de crocodile. Et Jean-Baptiste le sait bien. Il n’a pas peur de leur puissance religieuse. Il dénonce avec force leur hypocrisie : comment osent-t-ils venir se faire baptiser dans le Jourdain et reprendre leur vie après comme si de rien n’était ?

Le baptême de conversion exige de changer de vie de retour chez soi. Tricher avec cette exigence, c’est creuser soi-même sa tombe.
 

Jésus lui aussi, et par deux fois, utilisera cette même insulte contre les pharisiens et les scribes.

La première fois, c’est pour disqualifier les paroles des pharisiens qui l’accusent d’appartenir au diable, alors qu’il guérit un sourd-muet : « Engeance de vipères, comment pourriez-vous dire des paroles bonnes, vous qui êtes mauvais ? Car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » 3 .
 

La deuxième fois, c’est pour leur reprocher d’aller à leur perte, car ils assassinent les prophètes comme leurs pères le faisaient avant eux : 

« Vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes ! Eh bien ! Vous comblez la mesure de vos pères ! Serpents, engeance de vipères, comment pourriez-vous échapper au châtiment de la géhenne ? » 4
 

Comment interpréter cette apostrophe ? Pourquoi Jean-Baptiste et Jésus l’utilisent-ils, sachant bien qu’ils vont insulter et blesser les notables religieux à qui elle s’adresse ?
 

Parler de vipères et de serpents renvoie inévitablement à « l’animal le plus rusé de tous les animaux des champs » 5, le fameux serpent qui a induit Adam et Eve en tentation.

Comment a-t-il réussi ? Par le mensonge. En suggérant que l’homme peut devenir Dieu par ses propres forces au lieu de recevoir cette divinité de Dieu lui-même.
 

Les pharisiens convergeant vers Jean-Baptiste au Jourdain font semblant de se repentir, en adoptant les signes extérieurs des pénitents.

Mais Jean-Baptiste sait bien qu’ils sont hypocrites : ils se revendiqueront de lui uniquement pour exercer du pouvoir et de l’influence sur les autres, sans rien changer à leur mode de vie.
 

Jésus, qui  sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme , prévient également que les pharisiens venus à lui soi-disant pour en savoir plus sur lui, veulent en fait le piéger, et bientôt l’éliminer. Ils font semblant de s’intéresser à la guérison d’un sourd-muet, mais c’est pour l’accuser d’appartenir au diable.
 

En parlant d’« engeance de vipères », Jean-Baptiste puis Jésus dénoncent la logique meurtrière qu’engendre le mensonge.

Tous deux mourront de cette logique meurtrière, le premier la tête tranchée et Jésus sur la croix.
 

Jésus, lui vient inverser cette logique infernale, il est, lui « le chemin, la vérité et la vie » 6 .

Et à ses détracteurs, il répondra : « Qui d’entre vous pourrait faire la preuve que j’ai péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? » 7
 

Alors oui, si nous acceptons de mettre nos pas dans les siens, si nous acceptons de nous laisser modeler par lui, par sa vérité, par son amour, alors le masque du mensonge tombera de lui-même.
 

Alors se réalisera la belle prophétie d’Isaïe :

« Le loup habitera avec l’agneau, (…) Le nourrisson s’amusera sur le nid di cobra : sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. (…)

La connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. »

Luc Mazaré, prêtre

 

1 2 Rois 1,2-8 : Le roi leur dit : « Comment était cet homme qui est monté à votre rencontre et qui vous a dit ces paroles ? » Ils lui répondirent : « C’était un homme qui portait un vêtement de poils et un pagne de peau autour des reins. » Alors il dit : « C’est Élie le Tishbite ! »

2 Je ne suis pas joueur de poker !

3 Matthieu 12,34

4 Matthieu 23,33

5 Genèse 3,1

6 Jean 14,6

7 Jean 8,46

Aujourd'hui, premier dimanche de l'Avent, premier dimanche d'une nouvelle année liturgique.

Cette année, nous la passerons essentiellement en compagnie de l'évangéliste St Matthieu.

St Matthieu va nous parler de la Loi Nouvelle, les Béatitudes.

Il va nous inviter à la perfection: « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » 1

Il va nous redire combien les actes du Christ sont en parfaite conformité à sa Parole, à tel point qu’on ne pourrait pas faire passer une feuille de papier à cigarettes entre sa parole et ses actes.

Il va nous montrer combien Jésus a récapitulé en lui toute l'histoire du Peuple Elu pour la mener jusqu'à son terme, pour la conduire jusqu'à la plénitude de la vie en Dieu.

Aujourd'hui encore, le Christ vient nous sauver, tous et chacun.

A tous il vient donner sa lumière.

Et il nous invite à marcher dans cette lumière.

Et nous invite à porter cette lumière à « toutes les nations ». 2

1 Matthieu 5,48

2 Matthieu 28,19

 

HOMELIE:

J'ai toujours eu quelques difficultés à comprendre ce passage de l'évangile de St Matthieu où le Christ nous invite à la vigilance: « Veillez ».

« Veillez ».. bon d'accord… mais… veiller sur quoi?

« Tenez-vous prêts ». bon d'accord… mais… prêts à quoi et comment?

Comment se tenir prêts pour des événements dont nous ne connaissons ni la nature ni la date?

Dans l'évangile, Jésus, à titre de comparaison, évoque ce qui s'est passé à l'époque de Noé: « Les gens ne se sont doutés de rien jusqu'à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis ».

Ah bon… Mais comment auraient-ils pu prévoir l'imprévisible?

C'est un peu comme dans notre vie…

Il y a quelquefois des événements qui surgissent d'on ne sait pas où et qui nous démolissent d'autant plus qu'on n'a évidemment pas pu s'y préparer….

Une trahison, un amour déçu, la perte d'un emploi, une maladie, la mort d'un proche... tout ce qui nous écrase beaucoup plus certainement qu'une catastrophe naturelle.

Des événements sur lesquels nous n'avons aucune maîtrise; alors comment aurions-nous pu nous y préparer, comment aurions-nous pu « veiller » ?

Deux pistes. Deux pistes quand même pour essayer d'éclairer un peu notre chemin aujourd'hui.

La première directement dans l'Evangile de St Matthieu.

Nous connaissons tous ce passage dans le récit de la Passion 1.

Après leur dernier repas, Jésus et ses disciples se rendent à Gethsémani, sur le Mont des Oliviers.

Là, Jésus prend avec Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les Fils de Zébédée.

« Mon âme est triste à en mourir. demeurez ici et veillez avec moi. »

Jésus s'éloigne un peu et prie:

« Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ».

Revenant sur ses pas, il trouve ses disciples endormis:

« Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi. Veillez et priez. ».

Les disciples n'ont pas su veiller, êtres proches de Jésus au moment où celui-ci avait besoin d'eux.

Remarquez, ce n'est pas vraiment de leur faute: l'évangile prend soin de nous préciser que « leurs yeux étaient lourds de sommeil ».

Mais quand même, ils n'ont pas su être là, ils n'ont pas su être proches quand lui avait besoin d'eux.

Veiller, c'est cela: être proche.

Être proche de celui ou celle qui en a besoin, au moment où il en a besoin.

Ce n'est pas être là pour donner de "bons conseils", pour donner une solution.

Non, c'est simplement être là, être proche, veiller.

Aucun d'entre nous ne peut prévoir tel ou tel événement qui va bouleverser sa vie ou celle de ses proches.

Mais chacun d'entre nous peut veiller, se rendre proche de celui ou celle qui en a besoin.

Malgré la fatigue, et malgré les soucis de sa propre vie.

Deuxième piste: comme souvent dans l'évangile de St Matthieu, le Christ nous invite à être comme lui.

Il a cette audace de nous demander d'être à la même hauteur que lui, comme dans cette phrase que j'évoquais en début de messe:

« Vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

Celui qui veille, celui qui est attentif, celui qui se rend proche de nous, au point de se faire l'un de nous, d'épouser notre vie, notre travail, nos souffrances, nos doutes (« Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » 2, criera-t-il sur la croix) : "le" Veilleur, c'est lui, c'est le Christ.

Lui, il se tient là, présent, à nos côtés.

Il se tient prêt dans les bons et dans les mauvais moments.

Il veille sur nous.

Il nous redit, comme il a dit à ses Apôtres au soir de Pâques :

« Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » 3

Il n'attend qu'un geste de nous.

Un geste, pour que son Règne soit pleinement manifesté.

Pour l'avènement du Fils de l'Homme, pour la plénitude de la vie de l'homme en Dieu.

Luc Mazaré, prêtre

 

1 Matthieu 26,36 sq.

2 Matthieu 27,46

3 Matthieu 28,2