Vierge de Corenc

Paroisse St Matthieu du St Eynard

La Fontaine de Bouquéron

En redescendant vers la ville, combien de promeneurs sont venus se rafraichir dans son bassin, certains allant jusqu’à plonger leurs pieds meurtris par  une  longue  randonnée ?

L’eau de la fontaine coule généreusement du massif de la Chartreuse accueillant aussi bien le chien qui la lape goulument, le cycliste faisant une halte après avoir grimpé le raide chemin Charles Pajon, le troupeau de vaches qui, il n’y a pas encore très longtemps venait s’y désaltérer avant de regagner la ferme voisine ou les Frères Capucins qui habitaient la grande maison sur laquelle est scellé son goulot.

Autrefois, les habitants du petit hameau y venaient chercher l’eau pour la cuisine, la toilette, la lessive et, pendant les vendanges de ce coteau bien ensoleillé et couvert de vignes, cet abreuvoir servait au lavage des cuves et tonneaux. Mais moi j’utilise son eau descendue de la montagne pour préparer le levkas, l’enduit crayeux de mon icône.

Vous vous demandez pourquoi aller chercher cette eau jusqu’au bout du chemin de Malanot alors que celle de la maison est si douce ? Est-ce par fantaisie ? Par superstition ? Par dévotion ? Serait-ce pour avoir une excuse afin de faire une petite promenade en ces temps de confinement ?

Non, rien de tout ça. Il arrivait qu’en utilisant l’eau de la maison pour préparer mon levkas, de petites bulles s’amusaient à éclater en surface ou, bien pire, ce joyeux pétillement attendait parfois perfidement la peinture de la cinquième couche de la tunique de Saint Pierre ou des ailes de l’ange Gabriel pour provoquer lézardes, cratères et décollements. Vous pouvez imaginer ma déconvenue.

Heureusement, mon côté scientifique m’a alors conseillé de renoncer à l’eau douce mais acide du robinet et d’essayer celle de la Fontaine de Bouqueron.

Eh bien, son eau, née dans les calcaires de la Chartreuse, est une bénédiction pour mes icônes.

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Parallèlement aux recherches de modèles je continue de préparer ma grande planche.

Ce travail qui demande réflexion, patience, minutie, adresse, parfois force, me relie à tous ces travailleurs manuels, qui sont souvent mal considérés. Alors j’imagine Jésus, enfant, observant Joseph au travail, lui  apportant un marteau, tenant la règle ou balayant les copaux puis plus tard, adulte prenant lui-même la scie ou assemblant les charpentes.

On se représente très bien Jésus parlant, enseignant, mais on oublie que son métier a été pendant trente ans celui de charpentier. Jésus était un travailleur manuel.

J’ai beaucoup aimé voir Alain, mon intellectuel de mari, tracer, scier, ajuster la planche. C’est sa façon à lui de participer à cette œuvre collective.
C’est maintenant à mon tour de travailler de mes mains en passant les nombreuses couches de levkas au pinceau puis à la spatule de carrossier, en ponçant longuement la planche jusqu’à ce qu’elle soit lisse comme du marbre. Pendant ce travail, je pense à mon tonton Charlot, menuisier, et aux mains noires de graisse de mon père mécanicien.

Vierge de Corenc - église St Pierre St Paul

Petite iconographe un peu perdue je ne sais plus à quel Saint me vouer comme le disait maman lorsque j’étais petite. Il y a tant de modèles d’icônes pour des demandes d’intercession, de protection à chaque instant de la vie, particulièrement avant de partir en voyage, pendant les guerres, les invasions, les famines, les épidémies qui chaque fois sont l’occasion de peindre des icônes. Alors, dois-je peindre une Vierge d’intercession ou bien une Mère de Dieu protectrice ? Y a-t-il une différence en iconographie ?

Heureusement, quelques âmes bienveillantes et éclairées me surveillent et me conseillent. Alors pour y voir un peu plus clair, je me plonge dans l’histoire de notre procession corençaise du 15 août.

Bernadette me raconte :
« L’origine remonte à la fin de la guerre en 1944. À cette époque des jeunes de la région et en particulier de notre paroisse faisaient de la résistance et s’étaient engagés dans le Maquis du Vercors. Les villageois avaient peur de représailles aussi les paroissiens avec le Père Dumas, leur curé, demandèrent-ils à la Vierge d’intercéder auprès de son fils pour protéger le village et firent le vœu d’ériger une statue de la Vierge au pied de laquelle ils iraient prier chaque 15 août s’ils étaient épargnés. » Le village fut protégé et comme le Père Dumas n’aimait pas que les choses traînent, très vite les habitants ont honoré leur promesse. »
Bernadette se souvient que la statue est restée 10 ans à l’intérieur contre la chaire, sur le mur de droite de la nef, car juste après la guerre les habitants avaient bien peu de moyens financiers.

En 1957, à l’occasion de travaux dans le presbytère lors de l’arrivée du Père Arnaud, le nouveau curé, elle fut déplacée à l’extérieur, et inaugurée par l’évêque, Monseigneur Fougerat.
Depuis, après la messe de l’Assomption, on processionne en chantant jusqu’au pied de la statue toute blanche qui se trouve maintenant, bien en vue, à côté de l’église St Pierre St Paul. De là, elle protège non seulement Corenc, mais la Chartreuse qui est juste au dessus et toute la vallée qui se trouve à ses pieds.
Ne seriez-vous pas d’accord avec moi pour dire que notre Vierge est à la fois une Vierge d’intercession et aussi une Vierge protectrice ?

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Depuis plusieurs mois le projet de cette icône de la Vierge protectrice est très présent, comme si je lui avais fait un petit nid dans un coin de ma tête. Je suis étonnée du nombre important de représentations que je trouve dans les livres, sur internet et surtout dans les lieux de prière, mais c’est peut-être parce qu’avant je n’y faisais pas attention ?

Ma première rencontre (j’allais dire « en chair et en os ! »), c’est à Minsk en novembre dernier que je l’ai faite au monastère Sainte Elisabeth qui abrite plusieurs ateliers de peinture et de restauration. Là, baignée dans la spiritualité des nombreuses et très jeunes religieuses, j’ai découvert une Mère de Dieu qui protège le monastère, la ville et la Biélorussie.

Pour ma deuxième rencontre je n’ai pas dû aller très loin puisque c’est à Grenoble qu’elle a eu lieu. Je pense que, comme moi vous ne connaissez pas la petite église de la Résurrection qui se cache derrière l’Estacade, aussi je vais vous raconter ma découverte :

  • Tout d’abord, il vous faut un bon trousseau de clés pour ouvrir les accès mystérieux du couloir et de l’escalier sombre, tournicotant et plongeant. Où vais-je me retrouver ? Dans une ancienne soute à charbon ou dans l’antre de quelques démons ? Nouveau tour de clé et la porte s’ouvre sur un minuscule jardin.
  • Après l’enfer serait-ce le paradis ? Pas encore, mais je m’accroche à la lumière juste avant que ne s’ouvre l’ultime porte d’une toute minuscule église orthodoxe. J’hésite, je n’ose pas entrer, ne suis-je pas, comme Alice au pays des merveilles, trop grande pour pouvoir pénétrer dans ce tout petit cocon lumineux et pourtant je suis attirée par la sérénité et la beauté de ce lieu de prière. Je regarde les fresques à moins que ce ne soit les fresques qui me regardent et m’appellent, elles m’entourent, me bercent, me parlent. Eh bien c’est là que je me suis retrouvée nez à nez avec une Vierge protectrice peut être apportée de Russie dans les bagages d’un réfugié fuyant la révolution en 1920 à moins qu’elle n’ait été offerte par des migrants ouvriers des usines d’Ugine.

Regardez combien ces deux modèles sont différents, l’un complexe avec de nombreux personnages, riche en couleurs éclatantes sur un fond d’or, l’autre humble sans or, seulement quelques couleurs un peu ternes et un seul personnage, la Vierge.
De quel côté penchera mon cœur ?

Solange Soury-Lavergne 

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Peindre une grande icône pose des problèmes techniques dès le début du travail, et ceci bien avant de poser la première goutte de pigment.

Le premier problème à résoudre, c’est le choix de la planche. Traditionnellement on utilise des planches de peuplier, de tilleul ou de saule qu’on va creuser, poncer, mais pour une grande icône il faudrait un tronc très gros. J’ai calculé, (rappelez-vous ce que vous avez appris à l’école : D = π x R) que pour mon icône il faudrait trouver un arbre de près de quatre mètres de circonférence ! Je pourrais, à défaut de gros arbre, assembler plusieurs planches comme on le faisait autrefois, mais j’en suis incapable alors je vais suivre les conseils de Jacques Bihin et utiliser deux planches de médium et des tasseaux.

Je vous ai déjà écrit dans le journal de l’icône de mariage combien je me sentais en communion avec la nature et avec ceux qui ont permis, par leur travail, que je puisse peindre mon icône, particulièrement au forestier qui s’est occupé de l’arbre qui deviendra ma planche, au bûcheron, au transporteur qui amena la grume, au scieur de long qui débita le tronc et à bien d’autres que inconnus.

Et bien aujourd’hui, avec cette icône, ma reconnaissance et mes prières iront aux ouvriers qui ont préparé mes planches, aux chercheurs, aux ingénieurs qui ont mis au point et organisé le travail mais aussi au vendeur de Castorama qui m’a conseillée. C’est un autre monde que celui de la forêt, c’est l’usine, l’industrie, le commerce, plus éloigné de la nature mais qui est aussi, j’en suis sure, dans le cœur du Christ.

Alain s’est mis au travail et voilà le résultat, une belle planche prête à recevoir son enduit, un mélange de colle et de craie, le levka.
Solange Soury-Lavergne 

Icône de Novgorod que j’ai pu admirer à la Galerie Trétiakov à Moscou.

En ces temps difficiles, je travaille sur une icône de la Vierge Protectrice.
Ce n’est pas pour nous protéger contre ce nouveau virus, bien que Marie puisse, en ces temps troublés, donner un petit coup de pouce pour encourager tous ceux qui sont dans l’angoisse.
C’est à l’automne dernier, on ne parlait pas encore de covid, que notre paroisse m’a demandé d’étudier ce projet de grande icône pour accompagner notre procession traditionnelle du 15 août. J’ai tout d’abord été surprise de cette demande mais il faut l’avouer un peu flattée qu’on me pense capable de mener à bien une telle entreprise. Et sur le coup j’ai pratiquement accepté.
Rentrée à la maison le doute m’a envahie, serais-je capable de me lancer pour la première fois dans une icône de près d’un mètre de hauteur ? Heureusement Elisabeth, notre professeur de l’atelier, m’a encouragée dans ce projet se disant prête à m’apporter son aide.
Alors allons y...
J’ai, comme chaque fois, commencé par chercher des documents traitant ce sujet et c’est ainsi que j’ai découvert une fête de l’église orthodoxe, d’origine russe, qui commémore une apparition de la Mère de Dieu à Constantinople, au Xème siècle, alors que l’empire byzantin était menacé.

Je vous raconte :
L’office de nuit s’achevait lorsque Saint André, un Fol-en-Christ, leva les yeux et vit la Vierge environnée par un grand cortège de saints, qui, s’avançant vers l’autel, déploya le voile étincelant qui couvrait sa tête et le maintint étendu de ses mains pour en couvrir tout le peuple.
Saint André doutant de la réalité de sa vision demanda à son disciple Épiphane :
- Vois-tu notre Reine qui prie pour le monde entier ?
- Oui, Père, je la vois.
Se sentant protégé, tout le monde repris alors espoir et peu de temps après cette apparition les ennemis furent chassés.
De nombreuses icônes représentent cette vision, il va me falloir choisir dans mes livres et interpréter par la prière le message que la paroisse désire faire passer grâce à mon icône.
Solange Soury-Lavergne 

Icône de Novgorod que j’ai pu admirer à la Galerie Trétiakov à Moscou.

Le 15 août 1944, le père Aimé Dumas, curé de Corenc depuis 1927, et quelques paroissiens promettent à la Vierge Marie d’ériger une statue et de perpétuer  un pèlerinage annuel si elle protégeait leur village jusqu'à la fin de la guerre, comme elle l'avait fait jusqu'à ce jour.
A cette époque, l'armée ennemie avait déjà ravagé plusieurs villages voisins du Vercors, et une rencontre entre les maquis proches de Chartreuse et les Allemands était à craindre...
… Corenc a été épargné, et le 15 août 1945 avait lieu l’inauguration de la statue et le premier pèlerinage. En juillet 1957 elle fut installée sur la place de l’église.
Depuis 1945,Corenc n'a pas failli à sa promesse. Le père Dumas avait donné une ferveur particulière à ce pèlerinage : procession à travers le village, saynètes religieuses, prédicateur de renom, services de cars pour le transport des pèlerins venus nombreux des villages voisins et de Grenoble.…
Actuellement et depuis plusieurs années la messe du 15 août revêt une importance toute particulière et se termine avec une cérémonie de Reconnaissance, sur le parvis de l’église, face à la Vierge qui surplombe la vallée.

Prière

Prière

Vierge immaculée,
Mère de Dieu et notre Mère, 
Aujourd’hui, nous vous demandons humblement,
continuez de veiller sur vos enfants,
sur les malades, sur tous ceux qui ne savent plus prier et sur le travail de tous.
Aidez-nous à résister aux tentations quotidiennes.
Apprenez-nous à chercher Jésus
avec la même ardeur que Vous,
à le découvrir dans la joie, comme dans la peine.
Aidez-nous à le trouver dans la prière,
le silence, dans le chant d’un oiseau,
les rencontres de la vie…..
Secourez tous ceux qui vivent la misère,
la famine, la guerre, la persécution
et actuellement la migration.
Vous qui avez dit à Cana :
« Faites tout ce qu’il vous dira »
Donnez-nous assez de courage pour répondre
généreusement à l’amour de votre Fils
et qu’avec Vous, un jour,
nous puissions le louer éternellement.
Amen