Eglise catholique en Isère
Paroisse Saint Matthieu du Saint Eynard
Don au Diocese de Grenoble Vienne

Relais St Victor (Meylan)

*Nuit d'adoration mensuelle : jeudi 5 octobre de 19h à 8h : Planning: Véronique Castellan (06.01.76.34.84) jyvcastellan@free.fr chacun peut venir quand il le souhaite sans inscription préalable

*Prière des mères : Tous les vendredis à 14h15 (hors vacances) chez MC de Courville 36 Ch. du Boutet à Meylan.

*Chapelle vivante : St Jean Bosco : veillée de prière 17 octobre à 18h (6 av de Chamrousse à Meylan.)

Homélie du 26 février 2017, Mt6,24-34

Pour une vie zen

« Ne vous faites donc pas tant de soucis » « Ne vous souciez pas » « Ne vous faites pas de souci pour demain »

Le message est clair. Dans la parabole du semeur, Jésus expliquait aussi comment le souci du monde et la séduction des richesses sont les ronces qui empêchent le grain de blé de porter du fruit. Zéro fruit : ces ronces sont très graves !

Et Jésus continue : « Votre Père Céleste » : « Il sait bien, votre Père céleste, que vous avez besoin de toutes ces choses. », se faisant l’écho de la première lecture : « moi je ne t’abandonnerai jamais ». « Tu as oublié que tu es fils, fille de Dieu ! Voilà pourquoi tu t’inquiétais. » Être confiant ne se décrète pas par des efforts d’auto-persuasion : « mais non tout ira bien, tu t’inquiètes pour rien... », en restant seul. La confiance signifie « cum fide », « avec foi », elle se reçoit de Dieu. Quitte à se répéter quelque chose, il vaut mieux dire : « L’amour du Seigneur sans fin je le chante ». (Ps88) La Parole de Dieu est notre appui, notre bouclier pour nous protéger de nos doutes, et nous souvenir de ce qui est vrai.

« Ne vous faites pas tant de soucis »... « Votre Père Céleste »…

Et enfin : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice et tout cela vous sera donné par surcroît ». Voilà le remède : « mettez Dieu et son Royaume, sa justice au cœur de votre vie », et les ronces des soucis n’auront plus de place pour grandir. Il faut occuper l’espace par ce qui en vaut la peine. Plus nous regardons nos soucis en face, plus les ronces poussent, et nous ne voyons plus rien d’autre.

Plus nous choisissons de regarder Dieu, sans détourner notre regard, plus les ronces disparaissent.

 

Mais pour nous occuper du Royaume de Dieu alors même que les soucis nous inquiètent cela suppose à nouveau l’acte de foi.

Par exemple, vous voyez la liste des choses à faire, et vous savez que vous n’avez pas prié de la journée : que faites-vous ? Ou bien, c’est dimanche, le jour du repos, le jour pour Dieu, car Dieu lui-même s’est reposé, et des mails du travail vous attendent : que faites-vous ?

Ces exemples ont leur limite, on ne peut simplifier à outrance toutes les situations, mais tout de même : c’est là que se joue la confiance. « Seigneur, c’est toi le premier servi. Je choisis de prendre ce temps pour toi, je te remets avec confiance tout ce qui m’attend encore, prends-en soin toi-même ». Ce n’est pas simple, car tout votre être vous dit qu’il est absolument indispensable de faire ça ou ça, car la peur ou le stress vous tient. Pourtant, en priant tout de même, ou en restant au repos le dimanche (par exemple), les choses reprennent leur place, et non seulement une paix inattendue arrive, mais les choses à faire se font mieux. C’est rentable, et c’est concret.

Le monde n’est pas fait pour tourner sans Dieu.

Nous pensons nous : « C’est bien gentil tout ça, mais à la fin faudra quand même que je bosse, et ça m’aura fait encore 20 minutes précieuses en moins ». Conclusion simple : « On prie moins, et on travaille encore plus ! ». Eh bien non, ça ne marche pas comme ça, ce n’est pas si simple et mathématique. Ce qui est simple et mathématique c’est que : si Dieu n’est pas au centre, notre vie s’effondre. Ça oui, c’est bien réel !

La preuve à la Salette :

Pour essayer d’illustrer la logique de Dieu, je terminerai par les paroles de Marie à la Salette. Elle part d’un problème qui est justement le manque de pain. Les épis sèchent, la famine est proche, et le père de Maximilien s’inquiète pour son fils. Quel est le problème ? Eh bien d’après Marie, le problème est que les gens ne prient pas. Voilà le problème. Étonnant non ? Nous, nous dirions, il n’a pas assez plu, les agriculteurs ont mal travaillé, etc. Nous n’avons pas un regard spirituel. Marie, elle, répond : les gens ne prient pas assez. Car le problème n’est pas d’abord l’absence de pluie, le problème c’est que Dieu ne soit plus à sa place au centre de la création qu’il a créé. Si Dieu n’est plus au centre, car les hommes font autre chose, et bien le monde ne tourne pas rond. Voilà la logique de Dieu dans laquelle il nous faut rentrer par la foi.

Et c’est en découvrant cette logique divine que nous découvrirons le repos, la fin de nos soucis, la joie de travailler, mais sans cette inquiétude qui fatigue. C’est ce qu’il nous faut demander à Dieu, entrer dans ce mystère là.

 

Je vous cite pour finir les paroles de Marie :

Après avoir parlé du non respect du jour du Seigneur, le dimanche et des jurons, elle dit :

« Si la récolte se gâte ce n'est rien que pour vous autres. Je vous l'avais fait voir l'an passé par les pommes de terre: et vous n'en avez pas fait cas! Au contraire, quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez.

 

« S’ils se convertissent, les pierres et les rochers deviendront des monceaux de blé

et les pommes de terre seront ensemencées par les terres.

 

Faites-vous bien votre prière, mes petits?

"Pas guère, Madame" répondent les deux enfants.

Ah! mes petits, il faut bien la faire, soir et matin,

ne diriez-vous qu'un Pater et un Ave Maria (un Notre père et un Je vous salue) quand vous ne pourrez pas mieux faire.

Et quand vous pourrez mieux faire, dites-en davantage. »

père Marc Burtschell

Homélie du 12 février 2017, Mt5,17-37

Ouvre-toi enfin à la grâce !

Dans cet évangile, le Christ veut nous faire passer de la loi à la grâce. A nos yeux, le soulagement serait de ne plus avoir de commandements à respecter, la fin de la loi. Ce n’est pas le plan de Dieu, le Christ vise l’accomplissement de la loi, par la grâce en nous. C’est bien plus beau bien sûr.

La logique de la loi est liée aux actes extérieurs : c’est la logique dans laquelle il faut serrer les boulons. Et je pense par exemple à certains groupes protestants au sein desquels il y a de très nombreuses questions de règles. Et par exemple, on discute tellement pour savoir si l’alcool est bien ou pas bien, que pour mettre tout le monde d’accord on célèbre le culte avec du jus de raisin. C’est la logique étriquée de la loi, celle des pharisiens.

La logique la grâce est celle qui nous change nous et qui change tout le reste (nos actes). Pour montrer l’obligation de changer de régime, le Christ montre la limite de la loi : il serre les boulons jusqu’à faire exploser le système, par l’exemple du meurtre. Voici comment.

 

L’exigence augmente incroyablement, le passage devant un tribunal n’est désormais plus réservé au meurtre, mais à celui qui se met en colère son frère, car la colère est comme la racine. Aux Etats-Unis, des sondages montrent que les meurtres sur les lieux de travail, adviennent après des rages entretenues pendant longtemps, et des menaces, et qu’ils touchent souvent des innocents autour. C'est un fait que ces meurtres n'auraient pas eu lieu si les personnes avaient fait le choix de ne pas entretenir leur colère ni de l'embrasser.

La colère est souvent présente sous la surface, nous le savons bien, et elle apparaît parfois soudain, forte. Par exemple, la colère sur la route, l'incident n'explique jamais à lui seul la réaction. La colère est liée à un ego blessé, au justicier, au donneur de leçon en nous. Et lorsqu’un événement petit ou grand vient réveiller la douleur, la colère repart. Nous nous considérons immédiatement comme maltraités, subissant un mal intolérable, et cela bien trop facilement.

Naturellement, la colère se nourrit elle-même et s'entretient pendant longtemps. Elle désintègre la personne, prend le contrôle de toutes les facultés, demande beaucoup d'énergie, et se répand en nous et autour de nous. Beaucoup de personnes sont rongées par leur propre colère.

Nous pensons parfois que la colère est nécessaire pour l'avènement de la justice, mais tout ce qui est fait avec colère pourrait être mieux fait sans. La colère et l'arrogance entraînent la même chose en retour. Dans ce domaine aussi, ceux qui sèment le vent récoltent la tempête.

 

« Celui qui dira à son frère : « Imbécile » sera justiciable du Sanhédrin »

La colère entraîne bien vite le mépris qui est condamné plus sévèrement encore, par la plus haute court : le Sanhédrin !

Pourquoi ? Car elle est une étude raffinée pour dégrader l'autre. Alors que la colère prend encore en considération l'autre, le mépris signifie que l'autre ne compte plus. L'insulte associée a pour objectif de mettre l'autre dehors, seul, et casse les liens sociaux. Une fois admise, la violence physique ne sera plus loin. Le respect construit au contraire un mur contre la maltraitance. Ce mépris est fortement présent, ou dans l'air, et redouté par tous.

C.S. Lewis écrit que « dans la vie de tous les hommes (…), l'un des éléments les plus dominant est le désir d'appartenir au groupe local et la terreur d'en être mis de côté ». p171 Divine Conspiracy. Le mépris vient faire cela.

Enfin, l'insulte arrive au sommet. Et elle est condamnée par la géhenne de feu ! Incroyable non ? Pensez à toutes ces insultes que ‘les autres’ disent… (car c’est toujours ‘les autres’).

Est-ce que Jésus y va un peu trop fort ?

Non, il nous montre la valeur de l'être humain, de manière très forte. L'interdiction du meurtre n'était pas suffisante pour le faire. Le Christ sait bien que nous disons bien vite : « Oh mon père, j’ai pas volé j’ai pas tué, je suis juste parmi les justes ». Afin d’être quelqu’un de bien, nous maîtrisons notre comportement, et nous y parvenons un peu. Mais le Christ nous coince : afin qu’il ne nous reste plus rien. Plus aucune marge de manœuvre. Et l’on se dit : mais alors c’est impossible ! OUI EXACTEMENT ! C’est bien ça : nous sommes alors prêt pour entrer dans la logique de la grâce et laisser Dieu nous changer nous, ce que nous sommes et pas juste ce que nous faisons.

Se tourner vers la grâce est le mouvement véritable de la conversion. Jusqu’alors nous étions centrés sur nous-mêmes, mais reconnaissant notre péché, notre impuissance, le Christ veut nous centrer sur lui.

 

Pour connaître où se situe cette racine en nous, demandez-vous : quel est pour vous le péché impardonnable ? On peut tout vous faire, vous pouvez tout encaisser sauf… quoi ? Nous avons chacun le nôtre, lié à notre histoire.

Utilisez votre colère comme un symptôme qui peut vous conduire beaucoup plus profondément, là où Dieu veut vous guérir : c’est le lieu de la Bonne Nouvelle pour vous, afin qu’il vous transforme à l’intérieur.

père Marc Burtschell

Homélie du 5 février 2017, Mt5,13-16

Un peu de sel s'il vous plaît !

Le sel et la lumière, qu'est-ce que cela signifie ?

Le Sel :

  1. Il était utilisé pour conserver les aliments, c'est un élément vital. Le sel donne aussi du goût. On ne le voit pas mais la saveur a changé. Etre le sel pour les autres, c’est donner de la saveur à la vie, mais sans se faire remarquer pour autant.

La lumière :

  1. Sans lumière pas de vie... Le monde de la lumière s’oppose dans la Bible au monde des ténèbres qui est le monde du mal : le monde de la nuit où l’on ne veut pas être vu. Celui qui est la lumière, et qui vit donc le jour est l’homme ou la femme à la conscience tranquille, il n’a pas honte de ses actes. Au contraire, il rayonne, on a envie de le côtoyer car il fait bon vivre avec lui.

 

Le sel et la lumière sont tous les deux indispensables à la vie, et tous les deux, par définition, sont faits pour les autres. On n’a jamais mangé un plat de sel. Quand on allume la lumière ce n’est pas pour l’avoir en pleine tête, mais pour regarder autre chose.

 

A qui Jésus s’adresse-t-il ? Qui sont ces gens si différents des autres ?

« Vous êtes la lumière du monde » : « Oui… merci je sais… !?»

Réalise-t-on ce qu’on entend ? Qui sont ces gens, pour qui se prennent-ils ? Quelle est leur éducation, leur classe sociale, leur intelligence ? Quelle prétention !

Ces gens sont la multitude de ceux qui écoutent le discours sur la montagne. Ce sont les disciples du Christ. Ces « petites gens » n’ont pas nécessairement tout ce que le monde pense nécessaire pour réussir. Comme nous le dit St Paul, peu importe d’être juif ou païen, maître ou esclave, homme ou femme, nous sommes au Christ. Cela n’est rien de moins qu’une Nouvelle humanité fondée sur le Christ. Et ce sont eux qui seront la lumière dont le monde a besoin. Il nous faut être des disciples.

Ce jour là, ce discours sur la montagne est le début d’une révolution dont nous ne sommes pas remis. Nous restons un peu schizophrène : d’un côté, il y a notre vie à l’Église, et nous hochons la tête : « oui, bien sûr, je suis la lumière du monde, je suis sauvé par la grâce du Christ, je suis Fils de Dieu ! », de l’autre, il y a notre double-vie, notre vie réelle, où nous sommes bien prisonniers des critères de ce monde.

Oh, n’en soyons pas surpris, c’est tout le chemin de notre conversion. La liturgie chaque semaine est là pour nous rappeler qui nous sommes vraiment.

 

Et quelle beauté de ce que nous sommes dès maintenant ! Chaque dimanche, le Christ nous rassemble. Vous vous signez, vous vous souvenez que vous avez revêtu le vêtement blanc des fils de la lumière au jour de votre baptême. Sur votre front, vous vous avancez avec l’onction royale du St Chrême. Vous êtes dans l’assemblée des saints. Et lorsque le prêtre entre, le Christ lui-même fait son entrée. Voilà le mystère de la messe : un coin du ciel s’ouvre sur la terre. C’est le repos céleste, l’oasis dans la traversée du désert. Comme le peuple hébreu, nous nous dirigeons vers l’est, vers la lumière. Nous quittons l’ouest et les ténèbres.

Chaque semaine, nous arrivons avec notre vêtement tâché, et nos bonnes œuvres. Et nous sommes purifiés, et nos bonnes œuvres sont transformées à la gloire du Père comme le pain et le vin. Nous allons vers le Père.

 

Nous sommes le sel de la terre, et la lumière du monde : le monde compte sur nous. Osons donc croire à ce que nous sommes. Nous : « on n’ose pas ». Dieu dit : « Ose ! ».

Pourquoi les gens nous en veulent ? Parce que nous décevons. Nous vivons dans un désert et nos contemporains ont soif de Dieu. Alors en nous voyant, ils ont cette question en eux : « S’il te plaît, montre-moi ton Dieu ! ». Mais si le sel n’a pas de goût, il est piétiné. Car c’était précisément de lui que l’on attendait d’être du sel : et il trahit.

« Je suis venu à la messe pendant 3 ans, et personne ne m’a salué », « je viens, je ne connais personne, et lorsque je salue quelqu’un, la personne est parfois tellement surprise qu’elle ne me répond même pas ! » : voilà ce que nous entendons parfois ! Le sel a perdu sa saveur.

 

Lors de notre WE d’Ars, nous étions invités à appeler chacun deux personnes non pratiquantes ou non croyantes de notre entourage pour un sondage, avec ces questions : d’après vous pourquoi les gens ne viennent pas à la messe ? Que conseilleriez-vous à des chrétiens qui veulent aider ?

Les réponses étaient à peu près toutes les mêmes, désolantes : « j’attendrais d’être accueilli gratuitement, sans être jugé ». « Je leur conseillerai d’être à l’écoute. »

Peu importe où nous en sommes aujourd’hui chacun personnellement, nous n’allons pas nous comparer les uns les autres. Mais devant ce constat, Dieu nous demande évidemment à chacun de nous améliorer.

« Charité bien ordonnée commence par soi-même » dit-on, car nous reproduisons avec les autres ce que nous faisons entre nous. Commençons par notre paroisse, dans notre relais. Connaissons-nous nos voisins de bancs ? Mettez-leur un peu de sel ! Un peu de lumière : saluez-les ! Salez-les ! Que ça brille ! Derrière nos belles apparences, des ténèbres attendent la lumière de nos voisins.

 

Concrètement, je vous propose, si vous le souhaitez, après le chant de sortie, de ne pas sortir de cette église sans avoir salué votre voisin de banc. Et si vous le connaissez déjà, alors saluez au moins une personne que vous ne connaissez pas. Osons.

 

« Alors voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » Mt5,16

 

père Marc Burtschell

Homélie du 22 janvier 2017, Mt4,12-23

Retour du WE d'Ars : plusieurs idées fortes

Voyez aussi les deux articles de la page d'accueil du site en lien avec cette homélie.

Comme vous le savez, nous sommes partis à une quarantaine de la paroisse le WE dernier à Ars pour la fin d’une formation concernant 120 prêtres de la Région. Nous étions 1200 réunis là-bas pour un très beau temps fort.

L’évangile de ce jour se prête très bien à un retour sur plusieurs idées fortes de ce WE.

 

I: La Vision

Cet évangile nous montre tout d’abord l’importance de la vision. Comment le peuple a-t-il tenu dans ce long temps d’attente ? Des prophètes, en l’occurrence ici Isaïe, ont reçu une vision de Dieu : un jour la lumière viendrait dans la région de Nephtali et de Zabulon. Et c’est cette vision qui donne la direction et aide à tenir.

« Car c’est encore une vision pour le temps fixé ; elle tendra vers son accomplissement, et ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard. » Ha2,3

« Faute de vision le peuple dépérit » Pr29,18

 

Jean-Baptiste a été arrêté, Jésus pour se protéger est obligé de fuir, et ce faisant, grâce aux persécutions, la prophétie de l’Ancien Testament que nous entendions dans la première lecture s’accomplit.

Jésus arrive dans le territoire de Nephtali et de Zabulon s’installe à Capharnaüm à la croisée des chemins, car Capharnaüm est sur la route de la Mer, c’est un axe de communication important où se croisent beaucoup de peuples. Et l’on pense à ces paroles de l’Ancien Testament qui nous présente la Sagesse qui s’assoit au carrefour des routes pour crier la Bonne Nouvelle. Jésus va au contact de ceux qui ne le connaissent pas, il est là pour tous, juif et non juif, Israël et autour.

Par la venue de Jésus une lumière improbable s’allume dans ces territoires.

Cette lumière qui vient et qui libère vient comme « au jour de la victoire sur Madiane ». Qu’est-ce à dire ? Il s’agit de la victoire remportée par Gédéon sur les madianites. Dieu voulait rendre manifeste que la victoire viendrait de Lui, il ordonne alors à Gédéon de réduire le nombre de ses soldats de 20 000 hommes à 300 hommes. Il ne leur donne aucune arme, mais une torche cachée dans une cruche, et une corne dans l’autre main. Ainsi au milieu de la nuit, 300 torches s’allument dans le camp ennemi, et le vacarme des cornes fait perdre la tête aux adversaires qui fuient ou s’entre-tuent.

Cette victoire toute particulière nous enseigne sur les voies de Dieu. Il n’y a pas eu besoin d’armes particulières, il a suffi de révéler la lumière qui était cachée, et les ennemis se sont détruits tout seuls. C’est peut-être trivial, et pourtant j’insiste : si vous voulez combattre l’obscurité que faites-vous ? Je ne connais qu’un moyen, mettre de la lumière. Il est parfois nécessaire de combattre les ténèbres. Il nous faut aussi, et surtout passer beaucoup de temps à recevoir la lumière qui vient de Dieu, et la rayonner, car ce rayonnement est profondément réjouissant et infiniment puissant.

 

II: Faire des disciples

Regardez comment le Christ attire. Pour permettre l’accomplissement de cette vision, le Christ appelle immédiatement des disciples. Il passe au bord de la Mer, il ne connaît personne, il n’est pas chez lui. « Il voit Jacques et Jean. « Il les appela. Laissant aussitôt leur barque et leur père, ils le suivirent. » Quelle puissance et l’on comprend alors que les pères aient pu se poser des questions à leur tour ! (Une Bande Dessinée intitulée ‘Le voyage des pères’ imagine l’enquête menée par ceux qui ont vu leurs fils suivre le Christ sur le champ).

La première chose que le Christ fait est de s’entourer de disciples, et c’est avec eux qu’il part à la conquête du monde. C’est avec eux qu’il part guérir, enseigner, et immédiatement les foules s’approchent car une lumière s’est allumée.

 

Cet évangile résume bien la mission de toute l’Église et donc aussi de notre paroisse. Jésus a dit « Allez de toutes les nations faites des disciples ». Et il le fait sous nos yeux.

Faire des disciples est un objectif en lui-même : être disciple signifie avoir reçue la lumière, vivre en présence du Christ.

Faire des disciples permet aussi que la mission se poursuive en plus grand : les disciples sont immédiatement missionnaires. On ne peut pas séparer les deux.

C’est pourquoi le pape et notre évêque nous parle de l’importance de former des disciples-missionnaires en un seul mot.

 

Cela a une conséquence importante pour notre paroisse : sa mission première est de faire des disciples. Faire des disciples signifie que le cœur de notre mission n’est pas d’organiser une multitude d’événements, mais d’accompagner des personnes. La différence peut paraître subtile au début et pourtant elle est très grande. Lorsque ce sont les activités qui sont au cœur, alors tout le monde s’épuise pour faire tourner ces activités et personne n’a envie de venir servir. Quand ce sont les personnes qui sont au cœur, alors c’est une communauté qui rayonne, car il y a une chaleur, une joie de servir pour permettre que beaucoup découvre cette vie de Dieu qui restaure, qui guérit, qui libère.

Nous devons, à l’image du Christ être préoccupés de former des disciples. Ce n’est pas seulement la mission du prêtre, mais la mission de tout laïc.

 

A la place d’activités, il faut que nous puissions permettre un processus, de telle sorte que les personnes puissent être accueillies dans l’Église, découvrir le Christ, grandir dans la foi et être missionnaire à leur tour. Bien sûr, il faut des activités, mais au service de la croissance de chacun.

Aujourd’hui, 90 % des nouveaux baptisés adultes quittent l’Église en 5 ans (50 % en un an) : nous ne savons pas permettre un processus de croissance car le monde a changé trop vite et nous ne sommes pas encore adaptés, c’est le défi qui nous attend pour aujourd’hui.

III: Les 5 'essentiels' ou 'vitamines'

Ce processus se fait de manière différente selon les personnes mais nous pouvons tout de même distinguer 5 essentiels, 5 vitamines que tout chrétien doit découvrir et vivre, en général à peu près dans cet ordre.

A : l’Adoration. C’est aimer Dieu, le prier, seul ou dans de belles célébrations en communauté. C’est le moment de la rencontre de Dieu pour celui qui ne le connaissait pas.

B : la Fraternité. C’est l’entrée dans une communauté, avec la vie fraternelle, gratuite.

C : la Formation. Elle permet de grandir par la conversion du cœur, par le développement de son intelligence de la foi, par la découverte de ses talents.

D : Ministère. C’est s’engager dans le service, en étant serviteur au sein de l’Église ou vers l’extérieur.

E : Evangélisation. Annoncer Jésus, faire des disciples comme lui pour qu’ils puissent l’Adorer.

 

Notre paroisse doit vivre de ces 5 vitamines, et chacun d’entre nous personnellement.

 

Jésus appelle des disciples, soyons donc ses disciples.

Il nous appelle à former des disciples, soyons missionnaires.

Concrètement, demandons-nous parmi ces 5 vitamines du chrétien, de laquelle je devrais davantage vivre maintenant ? Ou bien aussi : au service de laquelle j’aimerai davantage œuvrer au sein de la paroisse ?

(Voir les deux articles de la page d'accueil du site en lien avec cette homélie)

père Marc Burtschell

Homélie du jour de Noël

Pas d'erreur, la paix est pour nous

Hier, nous entendions le récit simple de la naissance de Jésus, récit tellement simple, que peut-être nous avions du mal à voir toute la grandeur de l’événement. Aujourd’hui, c’est le contraire, nous avons la description grandiose de la naissance de Jésus dans notre monde. Nous avons ce point de vue large : un zoom arrière, de tous temps, le Verbe était auprès de Dieu, il était Dieu, puis un zoom avant, et ce Verbe se fait chair, c’est l’enfant de cette crèche.

Il nous faut ces deux regards pour bien comprendre l’événement de ce jour. Autrement les choses paraissent trop simple, et nous pourrions nous demander : mais est-elle bien pour nous cette paix là ? La question se pose en effet : à la fois la crèche semble d’un autre monde, un monde lointain où tout allait bien, alors que notre monde est compliqué. A la fois, pourtant, il faut reconnaître qu’elle nous attire, car nous voici ce matin ici, attendant quelque chose : la crèche nous a séduit.

 

La paix de cette crèche serait-elle donc une paix facile, dans un monde où tout allait bien ? Non, Jésus arrive dans un monde violent. Comme nous le dit St Jean : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ». Souvenez-vous, Hérode va faire rechercher l’enfant pour le faire tuer, faisant tuer dans sa rage tous les enfants de moins de deux ans dans la région de Bethléem. (Et ce tableau correspond tout à fait au portrait que l’histoire nous a laissé de lui : homme très craintif de perdre son pouvoir qui n’hésitera pas, pour ce faire, à faire tuer sa femme et plusieurs de ses enfants.) Joseph Marie et Jésus vont donc devoir fuir pour ne pas être tués. Dans quelques jours ce sera une famille traquée ! Cet enfant dérange. Dans un langage symbolique, la Bible décrit par ailleurs une femme (Marie) qui accouche, et un dragon qui attend pour dévorer l’enfant (Jésus), sans y parvenir.

Ces passages nous rappellent l’extrême violence du monde dans lequel Jésus vient. Et c’est bien pour cela qu’Il vient.

Sa venue aujourd’hui correspond à l’invasion de Dieu en territoire ennemi : il est poursuivi par Hérode et traqué par le démon (le dragon de l’apocalypse), car il dérange les puissances des ténèbres et annonce leur défaite. A la crèche, non, tout n’est pas facile, la lumière qui brille là est une lumière puissante capable de tout illuminer, capable de nous illuminer nous, au milieu de nos ténèbres.

La paix de Noël est pour nous ce matin.

 

Alors face à ce monde violent, la petitesse de cet enfant ressort encore davantage. Que voulez-vous faire d’un enfant ? Il n’y a que Dieu pour nous prendre ainsi à contre-pied.

« Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées » Dieu n’agit pas comme nous.

Dans cet enfant, Dieu montre sa puissance. Le mal se déchaîne d’accord, mais enfin il n’y a pas que ça, la vie est là aussi. Et Dieu le sait, la vie c’est Lui. Dieu n’est pas angoissé, Dieu n’est pas pressé. Il prend le temps de Vivre. Il ne voit pas le mal partout. Quel enseignement pour nous ! N’ayons pas peur, la Vie est là, plus forte que la nuit.

Dieu aurait pu rester tranquillement à l’écart de nos galères, mais il vient car il juge que la vie vaut la peine d’être vécu par chez nous. Ça ne l’a pas découragé. Alors ça nous encourage ! Tout n’est pas perdu, peut-être, s’il est si serein.

A l’époque tous les regards étaient tournés vers l’empereur Auguste qui recense « le monde entier ». A vue humaine, cet empereur c’est Dieu sur terre. Cet empereur se croit parvenu, la paix est faite à l’intérieur de ses frontières, et il recense ses gens, invincible. Seuls quelques bergers regardent Jésus, le descendant du roi David qui faible et petit terrassait le grand Goliath. Oui, mais 2000 ans plus tard, nous voici réunis pour fêter la naissance du plus petit des deux.

La venue de cet enfant est une invitation à voir plus loin, et autrement. Nous oublions la dimension principale de nos vies, celle qui impacte toutes les autres : la dimension spirituelle du monde. En ce matin, Dieu se rappelle à nous : Dieu est là.

 

Alors, pourquoi donc cette crèche est-elle si paisible ? Car Dieu vient de faire irruption sur notre planète. A la crèche vous êtes dehors, vous avez froid, personne ne vous a fait de place à l’auberge, ça donne cent raisons de pester ! La crèche n’a rien de mignon, aucun d’entre nous n’en voudrait d’une pour fêter Noël aujourd’hui. Et pourtant c’est la paix.

Dieu est là, tout le monde a les yeux fixés sur lui. Alors on ne voit plus que la fenêtre ferme mal, que les voisins font du bruit… Mais on reste ébahit par un mystère de toute beauté : Dieu s’est fait homme.

Cela suffit. Le croyez-vous ?

La paix n’est pas l’absence de problèmes, nous en avons tous, même Marie et Joseph, aussi saints qu’ils soient. La paix c’est la présence de Jésus.

 

Étonnamment ce mystère de la crèche tout le monde le comprend. Il y a cette atmosphère particulière, ces pauvres bergers, cette naissance simple, ces anges, ce bébé presque comme tous les autres : il y a quelque chose de divin. La crèche suscite en nos cœurs un attrait que notre esprit ne comprend pas.

Oui, c’est bien Dieu. Les hommes s’y prennent autrement.

 

La paix de Noël est pour nous ce matin. Le seul obstacle réel est notre volonté. Dieu respecte infiniment notre liberté. Mais quant au reste, rien ne lui résiste ! Il est bien capable Lui de venir prendre soin de vous !

Dieu donne sa paix au cours de cette célébration car il se rend présent sur l’autel comme à la crèche. Et il en est ainsi à toutes les messes. J’ai connu un homme qui a commencé à venir la messe parce que sa fille venait au catéchisme. Alors il venait, il ne comprenait pas grand-chose, mais il repartait avec la paix. Et cela a duré bien longtemps, de plus en plus souvent, il revenait à la messe car il faisait l’expérience de Dieu. Son cœur comprenait quelque chose que son esprit ne comprenait pas.

Dieu peut donner sa paix par la prière aussi. Je me souviens alors que j’étais à la faculté et que les examens approchaient, j’avais demandé à une amie de bien vouloir prier pour cette période. Vingt minutes après avoir raccroché, je sens une paix m’envahir et ne pas me quitter durant toute la période de révision et jusqu’aux examens. Ce fut la meilleure période de l’année. Je n’en revenais pas. Extérieurement, rien n’avait changé, mais lorsque Dieu était là, tout est transformé.

 

Oui, ce matin la paix est bien pour nous, laissons simplement le Christ entrer chez nous, et reprendre toute la place.

 

Seigneur Jésus, sois le bienvenu chez nous !

Toi qui es la lumière, sois la lumière au cœur de nos familles qui se rassemblent aujourd’hui.

Toi qui es la paix, sois notre paix dans nos détresses, notre réconfort dans nos épreuves.

Seigneur Jésus, toi le Prince de la Paix, toi que rien n’effraie, rempart puissant contre tout mal, augmente en moi la foi, sois le bienvenu chez moi !

 

père Marc Burtschell

Homélie du 18 décembre 2016, Mt1,18-24

Se préparer avec Noël avec St Joseph

St Joseph nous est donné aujourd’hui comme le compagnon pour vivre ces derniers jours avant Noël. Avec St Joseph, nous sommes en compagnie du Juste par excellence, celui qui accomplit l’Ancien Testament, celui à qui est confié le salut du monde, très grand saint qui a beaucoup à nous apprendre.

 

Tout d’abord, Joseph nous enseigne le recueillement silencieux, profond, comme Marie.

De la part de Marie, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle mette Joseph au courant de la grossesse pour lui éviter la panique, mais Marie ne s’en est pas sentie le droit. L’ange ne lui a rien dit au sujet de Joseph, elle en conclut sûrement que le secret doit être gardé. L’initiative est d’abord celle de Dieu, c’est d’abord à Lui de gérer le tempo. Elle ne dira rien non plus à sa cousine, mais sa cousine comprendra grâce à Jean-Baptiste. Ainsi Dieu a déjà montré qu’il est capable de prévenir ceux qui doivent être mis dans la confidence.

Qu’aurions nous été tentés de faire nous ? Je pense que quelque chose en nous, malgré le secret à tenir, nous aurait poussé à prendre toutes les précautions possibles pour nous préserver nous… Pas d’abord pour Joseph, mais pour nous : « Joseph, pour l’enfant tu sais, c’est un ange qui est passé il y a trois mois environ : tu ne vas pas me quitter n’est-ce pas ? » Mais ce genre d’excuse n’est pas crédible, à moins que ce soit un ange qui l’annonce !

 

Alors Joseph est pris dans un dilemme. D’une part, connaissant bien Marie, il sait qu’il est tout à fait impossible qu’elle lui ait été infidèle, sa droiture, sa pureté sont une certitude absolue pour Joseph. Et pourtant, le ventre de Marie est arrondi c’est une autre certitude, et Marie ne lui dit rien, ne s’excuse pas, ne s’explique pas, gardant le même sourire aux lèvres. Elle qui se prépare à être Maman, elle rayonne même encore davantage que d’ordinaire !

Joseph, l’homme juste, Le juste par excellence, ne comprend pas. Alors humblement, il se retire discrètement, se refusant à juger Marie, ce n’est pas à lui de le faire, se refusant aussi à demeurer avec Marie, alors que l’enfant n’est pas le sien.

Qu’aurions-nous été tentés de faire ? Nous aurions fait ‘un scandale’ ! Tout Nazareth aurait été au courant ! Nous aurions exigé des explications, nous aurions voulu rendre l’affaire publique peut-être, nous en aurions parlé pendant des heures à nos amis. Nous aurions perdu notre paix par manque de confiance en Dieu, comme si toute notre vie dépendait de cette femme…

 

Marie et Joseph ne considèrent pas qu’ils doivent se dire tous leurs secrets, de manière fusionnelle, ils sont d’abord ancrés en Dieu. Que c’est beau, cette intériorité, cette profondeur ! Elle permet à Dieu d’agir…

Oui, regardez : Joseph ne fait pas subir un interrogatoire à Marie. Il se contente d’assumer les conséquences en ce qui le regarde, puis il s’endort. Et Dieu envoie son ange. Comme quoi Joseph avait raison de patienter un peu…

Dieu aurait pu envoyer son ange un peu plus tôt, non ? Non, il veut voir la foi de Joseph à l’œuvre. Il en est de même dans nos vies : sans intériorité, nous ne pouvons comprendre ni accomplir le dessein de Dieu qui se déroule pas à pas seulement.

 

St Joseph nous enseigne aussi combien la venue de Dieu dans nos vies passe par l’accueil de Marie. Jusqu’alors, Joseph n’était ‘personne’, il avait une vie normale, et envisageait un mariage normal. « Ne crains pas de prendre chez toi Marie » lui dit l’ange.

Ne crains pas, elle t’est restée fidèle, tout va bien. Voilà pour la partie la plus facile.

Mais pour la partie la plus difficile, ne crains pas non plus ! Ne crains pas de prendre avec toi, la plus belle femme du monde, la Sainte Vierge Marie, l’Immaculée Conception, l’Etoile de la Mer, et son Fils qui est le Fils de Dieu lui-même. Ne crains pas ! A côté de ça, il aurait été plus facile d’assumer l’infidélité de Marie : c’eût été beaucoup plus banal ! Ici au contraire, c’est la pire (ou la meilleure) mission qu’ un homme puisse porter. C’est à croire qu’on profite de son soulagement pour lui faire avaler la couleuvre ! Beaucoup d’hommes tremblent au moment de demander leur femme en mariage : seront-ils à la hauteur de la mission, pourront-ils assurer financièrement pour la famille, les enfants, le travail ?

Que dire de Joseph : lui, homme pécheur, comme nous, se retrouvent en présence des deux êtres les plus saints que la terre ait portés, et c’est à lui de sauver le sauveur du monde et la femme qui le porte, alors que bientôt Hérode et les armées du démon vont se déchaîner.

C’est par Marie que le Christ vient chez lui, c’est avec Marie qu’il peut vivre la mission qu’il reçoit. Nous aussi à l’approche de Noël, prenons Marie chez nous, elle nous préparera à accueillir le Christ.

 

Enfin, Joseph est l’homme d’action.

A l’annonce de l’ange, Zacharie doutait de ce que sa femme et lui puissent avoir un fils. Marie, quant à elle, demande « comment cela se fera-t-il ? » car elle est vierge. Chez Joseph pas un doute, pas même une question, et au matin, il fait exactement tout ce que l’ange lui dit. Joseph est un homme droit, un homme simple, habitué à compter sur Dieu, habitué à s’en remettre à lui, habitué à agir.

Hier encore, il pensait partir, aujourd’hui sa vie a changé. Pas de tremblements à l’annonce de l’une ou l’autre nouvelle, pas d’excitations démesurées non plus. Il agit et il avance.

Pas une fois seulement, mais à chaque fois que l’ange parle, Joseph obéit à la lettre, toujours sans questions, sans doutes non plus.

« Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et fuis en Egypte; et restes-y jusqu'à ce que je te dise. »

Joseph : « Il se leva, prit avec lui l'enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte; et il resta là jusqu'à la mort d'Hérode » Mt 2,15

L’ange : « Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et mets-toi en route pour la terre d'Israël »

Joseph : « Il se leva, prit avec lui l'enfant et sa mère, et rentra dans la terre d'Israël »

Joseph ne change pas une virgule ! (Lorsque Dieu appelle Jonas et lui dit tu iras à Ninive, Jonas répond : Ninive c’est par là, bon ben prenons l’opposé ! )

 

A l’approche de Noël, demandons par l’intercession de St Joseph, d’être des hommes et des femmes de silence, ancrés en Dieu. Que durant ces fêtes, il nous donne d’être présent à ceux qui nous entourent, sachant voir au-delà des apparences l’ami qui ne va pas bien.

Qu’il nous aide à accueillir Marie chez nous, à la prier davantage, elle qui nous introduira si bien au Christ qu’elle porte.

Demandons-lui enfin qu’il nous rende prompts à l’action. Qu’ayant entendu la voix de Dieu qui chamboule nos programmes, nous agissions sans délai ni craintes, par amour.

St Joseph prie pour nous !

père Marc Burtschell

Homélie du dimanche 11 décembre 2016, Mt11,2-11

Ma joie c'est ...

« Soyez dans la joie ! » : nous sommes le dimanche de Gaudete qui signifie « Soyez dans la joie ! Réjouissez-vous ! »

La joie n’est pas une chose simple, cela se saurait. Voilà pourquoi les prophètes sont là.

 

Le peuple d’Israël est en plein exil, aucun espoir à l’horizon, ce n’est pas la joie, et pourtant l’invitation du prophète Isaïe retentit pleine de feu : « Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! ». Il voit venir la réalisation de la promesse de Dieu, et cela le réjouit. Il voit venir le jour où les aveugles verront, où les sourds entendront, parce que Dieu sera là.

Lorsque Jean-Baptiste envoie ses disciples pour savoir si Jésus est vraiment le Messie, Jésus se contente de dire que les aveugles voient, les sourdes entendent : sous-entendu la promesse s’accomplit mot pour mot. Dieu est fidèle.

St Jacques lui aussi nous encourage : « Ayez de la patience vous aussi, et soyez fermes, car la venue du Seigneur est proche ».

Tous ces prophètes sont mis sur notre route pour que nous gardions la flamme. La tempête fait rage, on voit tellement de naufrages que nous finissons par nous décourager. Mais le prophète passe, il remet chacun à son poste pour tenir la barre, pour se relever, pour sortir du sommeil et retrousser ses manches une fois encore. Il convainc tout le monde que l’on arrive bientôt à destination.

C’est le temps de l’Avent. Un temps pour réveiller notre espérance et notre joie.

 

De quoi attendons-nous la joie ?

C’est une question simple en apparence. Que diriez-vous ? Ma joie c’est … Ou bien, ma joie ce serait que …

Je me souviens avoir posé cette question à un prêtre, maintenant évêque en Afrique. Mais c’était un contexte différent, une question simple du genre : quelle est ta joie sur ta paroisse ? Et tout naturellement, sa réponse a été : « Ma joie c’est le Christ ». Le comble est que j’ai été surpris. J’ai trouvé ça un peu spirituel, j’étais comme tenté de répondre : « Oui bon d’accord, bien sûr, mais à part ça ? »

Non, je comprends mieux maintenant : « Non, à part ça il n’y a rien, c’est tout, c’est suffisant ».

Même expérience fondamentale que Ste Thérèse d’Avila qui écrivait : « Qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit. »

Il n’y a pas d’autre joie véritable.

La joie qui vient de la bonne santé, qui vient des bonnes sorties en montagne, des rencontres avec des amis ou d’un travail qui marche bien : cette joie-là est une joie réelle, mais très fragile. Et d’expérience nous savons que ce n’est pas suffisant, nous voulons plus, plus grand.

De nombreux saints avant nous ont fait cette même expérience et ils nous disent : « Viens auprès de Dieu. Cherche-le dans la prière lui que tu connais si peu encore : et tu verras, tu auras la joie. »

La joie vient de Dieu, de la rencontre personnelle de Dieu, du temps passé avec lui. C’est une facette de la joie.

 

La joie vient aussi du don de nous-mêmes. La joie est la conséquence de l’amour gratuit.

La prière scoute résume bien cette idée : « ne pas attendre d’autres récompenses que celle de savoir que nous faisons la volonté de Dieu ». La volonté de Dieu, l’amour des autres : c’est la même chose.

Lorsqu’on attend la joie de tel repas, telle soirée : c’est dangereux, la joie dépend de choses que nous ne maîtrisons pas. C’est extérieur à nous. Un coup ça marche, un coup non. Dans cette attitude, nous risquons facilement de dire : « je vais d’abord trouver la joie, comme ça je pourrai aller vers les autres ».

Eh bien non, la joie se trouve en allant gratuitement vers les autres, sans rien attendre. La joie se trouve en faisant ce que nous avons à faire pour Dieu.

Par exemple : nous avons un métier ou des études que nous n’aimons pas beaucoup. Eh bien au lieu de nous dire : « vivement le WE et la sortie en ski ou la soirée au ciné » disons plutôt : « Seigneur, je suis là aujourd’hui, tu sais pourquoi, aide-moi à faire les choses pour toi ». Alors les choses changent.

Disons « oui », aux journées telles qu’elles sont, donnons-nous généreusement, et nous allons être surpris par la joie.

Je me souviens d’une période au séminaire où je n’aimais pas ce que je faisais. Alors j’ai commencé par faire les choses pour Dieu, et à la fin de la journée je disais à Dieu : « C’est nul, mais je suis heureux de l’avoir fait pour toi », et c’était vrai. J’étais déjà étonné : je ne pensais pas qu’il m’était possible d’être heureux en faisant des choses que je n’aimais pas. Jusqu’au jour où, surprise, j’étais même heureux de ce que je faisais.

La joie vient du don de nous-mêmes là où nous sommes : au travail, et avec les amis, les deux. Sans fuir le travail avec les amis, ou sans fuir les amis avec le travail.

 

Pour finir, voici l’histoire de Bienheureuse Chiara Luce, femme très joyeuse : c’est pourquoi à son prénom Chiara, a été ajouté Luce pour dire « Lumière ». A-t-elle eu une vie heureuse ? Apparemment non, car elle est morte à 19 ans d’une maladie très douloureuse. Pourtant elle rayonnait : elle est bien placée pour nous enseigner la joie malgré toutes les épreuves de la vie. Le jour où elle comprend la gravité de sa maladie, elle rentre chez elle, sa mère demande comment ça s’est passé à l’hôpital, mais elle répond : « Non pas maintenant, ne me parle pas maintenant ». Elle s’allonge pendant 1/2h sur le divan : temps qu’il lui faut pour dire « oui », oui aux choses telles qu’elles sont, dans la confiance en Dieu. Elle avait l’habitude de répéter : « Si tu le veux toi Jésus, je le veux moi aussi ». Alors la joie revient, c’est elle qui attire les gens auprès de son lit. A Giuliano, l’un des ses meilleurs amis, elle dit : « Il faut avoir le courage de mettre de côté ambitions et projets qui détruisent le vrai sens de la vie, qui est seulement de croire à l’amour de Dieu ».

Un évêque en visite dans l’hôpital durant la période de Noël, passe et remarque son visage lumineux, il lui demande : « Tu as une lumière merveilleuse dans les yeux. Comment fais-tu ? » Après un instant de timidité, elle lui répond : « J’essaie d’aimer Jésus ».

 

La joie est possible, Dieu nous veut heureux. Chaque jour, il s’approche de nous, faisant notre joie. Venons la chercher auprès de Lui.

Bienheureuse Chiara Luce prie pour nous !

père Marc Burtschell

Homélie du 4 décembre 2016, Mt 3,1-12

Quelles sont vos chances d'aller au ciel ?

En 1997, un sondage a été réalisé avec la question « Qui a des chances d'aller au ciel ? ». Mère Térésa fut celle qui récolta le plus de réponses favorables avec 79 %. Puis il y a eu la question « Quelles sont vos chances à vous ? », il y eut 87 % de réponses positives ! Nous avons eu de la chance de ne pas avoir été interrogés, car notre orgueil en aurait peut-être pris un coup…

 

Jean-Baptiste nous invite à la conversion, pourquoi donc aurions-nous besoin d’être sauvé ? « Si vous deviez mourir cette nuit et comparaître devant Dieu, que répondriez-vous si Dieu vous demandait « Pourquoi devrais-je t’accueillir en paradis ? » »

(Je vous laisse un instant).

La réponse que vous donnez est fondamentale.

Est-ce pour quelque chose que vous auriez fait ou évité de faire ?

Nous pourrions penser par exemple : « Je pense que Dieu m’accueillera parce que j’ai été à la messe, j’ai été gentil avec les autres, j’ai prié de temps en temps ».

Ou bien : « Je pense pouvoir aller au paradis parce que je n’ai rien fait de mal. Je ne suis pas Hitler, ou un terroriste. »

Ce sont de mauvaises réponses : vous ne serez pas sauvés pour ce que vous aurez fait, mais grâce à ce que Dieu fait pour vous, et parce que vous l’accueillez dans la foi.

 

Cela ne paraît pas, peut-être, mais c’est très différent.

Imaginez que vous deviez vous rendre au sommet de l’Everest, le paradis à atteindre.

Soit vous pouvez penser qu’il suffit de s’entraîner pour y arriver. Jésus aurait montré la voie d’accès, le passage a emprunté. C’est mieux, c’est plus simple pour monter, mais ce n’est pas fondamental. Le plus important dans cette vision est surtout de faire des efforts : « Bougez-vous et ça ira ! ». C’est ce que disait Pélage, un moine celtique de la fin du 4e s et qui a vécu en Afrique du Nord. Pour lui, l’homme est fondamentalement bon, capable de tout, il lui manque seulement de bons exemples à suivre, mais c’est tout.

Soit encore, (c’est presque pareil, mais en pire encore) vous pouvez penser que l’ascension de l’Everest est une promenade de santé. A moins de se jeter dans le ravin, il n’y aurait vraiment aucune raison de ne pas y arriver. Pas besoin de gros efforts, juste le minimum (prier un peu, être gentil), et éviter les gros gros péchés. C’est la voie de Pélage en pire, car on ne se rend pas même pas compte combien nous sommes loin du sommet, combien nous sommes petits, et combien une ascension pareille est dangereuse. Aujourd’hui, c’est la pensée la plus courante. Dieu est gentil, il me demande d’être « en accord avec moi-même », (la nouvelle valeur à la mode) et il me laissera continuer de faire la fête au paradis.

Soit vous voyez l’Everest, et vous comprenez que vous êtes paraplégique et vous savez simplement que vous n’irez jamais au sommet par vous-mêmes : c’est purement et simplement impossible. BONNE REPONSE. C’est notre situation. Vraiment, oui. Tout au long de l’histoire, l’Église a rappelé cette foi des apôtres. La nature humaine est gravement blessée. Ce n’est pas une petite grippe, on fait des efforts et c’est bon. Non, le péché originel, comme on l’appelle, a blessé très gravement l’homme et l’a coupé du paradis. Tous ses efforts ne pourront plus rien changer à cela. Qu’est-ce que le péché originel ? C’est le péché d’Adam et Eve, le péché de nos premiers parents. Les hommes sont solidaires entre eux : les tout premiers hommes ont fait le mal, et à partir de ce jours-là, la race des hommes fut définitivement contaminée. Quelque chose s’est rompu dans le cœur de l’homme, quelque chose de grave : la capacité à faire le bien pleinement.

Nous n’avons donc aucune raison d’être sauvé pour quelque chose que nous aurions fait, ou évité de faire. Nous n’avons aucun mérite, et nous pouvons dire : « Dieu, regarde, j’ai fait ça, donc je mérite le paradis ». Non, aucun.

Nous n’aimons pas parler de ces choses-là peut-être, mais il est pourtant fondamental de mesurer la situation de l’homme, sinon nous ne comprenons rien à ce que nous faisons ici dans cette église.

 

J’insiste donc encore un peu : avez-vous déjà considéré que l’enfer est une possibilité réelle pour vous ? Ste Thérèse d’Avila était saisie par le côté définitif de l’enfer, et elle demandait à son frère : « toujours ? » Toujours.

Ou bien : avez-vous déjà été profondément peiné en voyant votre péché ? « Je suis pécheur. J’aimerai être bon, mais je ne le suis pas vraiment » ?

 

Alors pourquoi Dieu devrait-il nous accueillir au paradis ?

Parce que Jésus est mort pour moi ! Notre religion est une religion extravagante où Dieu nous dit combien il a soif de nous, et où nous découvrons que Lui seul pourra nous combler. Il ne s’agit pas de faire des choses pour gagner quelque chose : c’est une foi triste, conventionnelle, cela ne peut pas nous entraîner assez loin.

Mais en découvrant l’amour de Dieu qui m’a sauvé, alors que j’étais perdu : je peux désirer tout donner à ce Dieu-là. Seul la découverte de l’amour de Dieu pour moi peut me faire aspirer à la sainteté.

Et ainsi, nous savons pourquoi nous sommes là chaque dimanche : « J’étais perdu, et il m’a sauvé ! ». Nous avons une raison de le louer sans fin.

Et ainsi, nous avons quelque chose à annoncer : « Viens donc découvrir ce Dieu qui t’aime ».

 

Avec Noël qui approche, c’est le jour du salut qui s’approche de nous et Jean-Baptiste nous invite tout naturellement à la conversion, et il nous met en garde : « qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » : c’est-à-dire : « on n’échappe pas au jugement qui vient. Lorsqu’on fait le mal, on n’échappe pas à Dieu ».

Il les invite au contraire à une conversion sincère, sérieuse qui se voit : « produisez-donc un fruit digne de la conversion ».

 

Pour finir, demandons-nous donc : « la charité est-elle au cœur de nos vies ? » On le sait lorsque c’est le cas, cela n’arrive pas par hasard. Le reste est accessoire, Dieu ne regardera pas le reste, le secondaire.

Laissons St Paul nous décrire à nouveau cet amour qui doit nous faire vivre : « L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. » (1Co12)

père Marc Burtschell

(Homélie largement inspirée du livre 'Manuel de survie d'une paroisse', de James Mallon)

Homélie de la Toussaint, Mt5,1-12

Comme un chevail ailé

Nous sommes configurés au Christ par notre baptême, plongés dans l’amour et la résurrection du Christ : cela trace notre chemin pour toute notre vie. Lui ressembler, le suivre, l’imiter, pour être ‘Heureux’ !

 

Mais nous ne voulons pas ! Lorsqu’on vous demande quel est votre objectif dans la vie : dites-vous « être saint » ?

Pour beaucoup d’entre nous, ce mode de vie nous paraît ‘spirituel’ : nous sommes tellement influencé par le monde, que nous ne croyons pas que la voie de l’Évangile soit vraiment bonne. Quelque part en nous, la situation de l’homme ou de la femme qui a bien réussi et qui a une belle situation, nous paraît plus enviable. Ils gardent quelque chose des héros véritables que nous poursuivons.

L’idéal de l’évangile n’a pas ravi notre cœur. Pas toujours, pas assez. Cet idéal ne nous paraît pas valable pour le monde réel, pour les religieux peut-être, mais nous ne sommes pas religieux. Par exemple, croyez-vous vraiment que ceux qui sont insultés à cause du nom du Christ puissent être heureux ? Les saints l’ont été, St Paul en a été heureux.

Jésus est un maître dans l’art de vivre dans ce monde-ci : c’est Lui qui l’a créé, ce monde. Il est le seul guide fiable pour savoir s’orienter. Sa voie est la seule bonne. Vous savez Jésus est intelligent. Il n’est pas déconnecté.

Et cet ancrage dans le réel donne aux saints le plus grand impact possible. Quand Jean-Paul II visitait les pays du monde entier, ils leur rappelait leur identité. Une identité faite non pas d’abord des entreprises qui marchaient bien, mais des saints qui avaient donné leur vie dans ce pays et l’avaient façonné. Et l’on peut voir combien Jean-Paul II lui-même a façonné son pays, et le monde entier.

 

2e obstacle : les saints sont ceux qui souffrent. Et lorsqu’on est jeune, les saints jeunes dont on se sent proches, sont forcément morts jeunes, cela va de soi. Si donc être saint, ça fait mourir, nous n’avons pas tellement envie. Le démon ne passerait pas un autre message : « être saint, fais gaffe, c’est fatigant, tu pourrais même en mourir ! ».

Nous avons tort de regarder seulement comment les saints ont fini. C’est très décourageant, forcément, et tout cela reste très extérieur, sans toucher le cœur de leur vie : leur immense amour.

Déjà ils ne meurent pas tous martyrs, donc vous pouvez demander à Dieu une petite dérogation au moins au début quand vous commencez. Puis vous enlèverez les conditions quand vous lui ferez plus confiance. Si rien n’arrête les saints, c’est parce qu’ils sont motivés par l’amour. Ils sont saisis par le Christ.

En 1962, Jeanne Beretta Molla est enceinte, mais en même temps, elle a une grave maladie. Un choix se présente, ils ne peuvent sauver la mère et l’enfant.

Elle dit : « Je vais à l’hôpital, mais je ne suis pas sûre de rentrer à la maison. Ma maternité est difficile : ils devront sauver l’un ou l’autre ; moi, je veux que mon bébé vive. » « Prie beaucoup parce que j’ai peur ; prie pour que je sache bien accomplir la volonté de Dieu ».

Veut-elle mourir ? Bien sûr que non ! Mais elle est brûlée par l’amour, l’amour de son enfant, l’amour de Dieu.

 

Être saint nous fait peur, alors nous nous contentons de jouer un entre-deux. « Vous savez, moi je n’ai tué personne », sous-entendu : « c’est déjà pas mal » ! Mais quel dommage. La sainteté c’est le bonheur : ‘Heureux’, ‘Heureux’… Voulons-nous être heureux à moitié seulement?

Pensez à celui qui est en colère, s’il n’aimerait pas que sa colère cesse enfin, demandez à celui qui est jaloux, s’il n’aimerait pas être libéré de sa jalousie. Demandez-vous ce que serait la vie, si vous ne vous battiez plus contre tout ce qui vous oppresse : une timidité excessive, la violence, l’égoïsme, la paresse, etc… Ce serait la vie sainte, ce serait le repos. On décrit le paradis comme le lieu du repos. Nous mettre en route vers la sainteté, c’est nous mettre en route vers le repos véritable. Les béatitudes en sont le chemin.

 

Enfin, ce bonheur c’est Dieu qui l’offre. C’est l’œuvre de la grâce en nous, et non pas d’abord notre œuvre. Pour prendre une comparaison de C.S. Lewis : c'est comme un cheval pas doué pour le saut d'obstacle, qui n'a jamais vraiment réussi à progresser, mais qui a soudain reçu du ciel des ailes, et qui s'est mis à voler au dessus des obstacles en surpassant tous les meilleurs chevaux... Il n'est pas devenu un "meilleur cheval", il est devenu un "cheval ailé", un autre cheval. C’est l’œuvre de la grâce.

Les saints ne sont pas des hommes meilleurs, ce sont des « fils de Dieu » adultes dans leur foi. Petit à petit, la bonté qu'ils n’arrivaient pas à vivre de leurs propres forces leur est devenue facile et pour tous ceux qui les entoure il devient évident qu’ils ont des ailes. Ce n’est pas eux, non, mais Dieu avec eux.

 

Nous qui regardons les saints aujourd’hui, réjouissons-nous donc sincèrement avec eux !Que Dieu nous donne à chacun la grâce d’être saint, grâce à Dieu et à ceux qui nous entourent. Et puisqu’il faut bien commencer par un bout : qu’il nous en donne le désir !

père Marc Burtschell

Homélie du 30 octobre 2016, Lc19,1-10

Même un riche...

« C’était quelqu’un de riche » : aujourd’hui un riche trouve le salut. Pourtant quelques versets seulement auparavant Jésus avait eu ces paroles : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ». Et lorsque les disciples disaient alors : « Alors qui peut être sauvé ? », Jésus répondait : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu ». La preuve avec Zachée.

La foule a vite jugée ce publicain : « il est allé logé chez un pécheur ». Il est presque risible de voir la facilité avec laquelle ils sont tombés d’accord ensemble pour se dire qu’ils étaient justes, eux. Mais Jésus, et nous sommes invités à l’imiter, voit en lui un « Fils d’Abraham », et c’est ainsi qu’il le sauve.

Cet homme est-il mauvais ? Plusieurs indices semblent dire le contraire. Si Zachée était vraiment mauvais, il ne dirait pas « si j’ai fait du tort à quelqu’un ». Il ne s’engagerait pas non plus à rembourser quatre fois plus, après avoir déjà donné la moitié de ses biens aux pauvres, ce serait probablement impossible à assumer. Il me semble que Zachée est un homme qui a bien réussi, il est monté en grade, il est devenu chef de collecteurs d’impôts, il s’est enrichi grâce à cela. Certes, il a profité du système imposé par les romains en collaborant avec eux. Mais Zachée semble être resté un homme simple. En effet, un homme qui se prend trop au sérieux ne court pas, ni ne monte sur un arbre avec une longue robe, ni ne se réjouit d’une invitation chez lui. C’est un homme qui a bien réussi mais qui a soif d’autres choses.

Par bien des aspects Zachée nous ressemble. Nous sommes de ces gens qui cherchent à réussir dans la vie par nous-mêmes, pas franchement mauvais, mais pas entièrement bons non plus, avec quelques compromissions parfois pour parvenir à nos fins. Et il manque quelque chose : ce n’est pas satisfaisant. Etre riche, monter dans les échelons, travailler beaucoup trop, ne pas voir ses enfants grandir parfois : et après ? Nous sommes en partie cet homme-là, et nous connaissons bien des personnes qui en sont là elles aussi, et que nous pouvons présenter à Dieu en ce jour.

 

Mais Dieu sait tout cela, et il est capable de sauver même les riches que nous sommes (car nous sommes, presque tous ici, les riches de quelqu’un).

Jésus passe, il n’a pas le droit de le saluer, il devrait l’ignorer, ou déchaîner publiquement les flammes de l’enfer sur cet homme. Mais Jésus s’arrête. Il l’appelle par son prénom (comment fait-il ?!) et il s’invite à manger : incroyable ! Quelle liberté profonde, quelle fraîcheur au milieu de ce panier de crabes ! Je l’imagine avec un petit sourire aux lèvres, car il sait bien ce que l’on pensait autour de lui, et à quel point il choque et surprend.

Jésus ne vient pas voir un pécheur, il ne lui fait aucun reproche. Jésus vient voir un Fils d’Abraham, comme un ami vient vers un ami. En voyant en lui l’homme qu’il est au fond, aux yeux de Dieu, il le sauve. Et Zachée sur le champ se convertit et s’engage. Quelle puissance de Dieu ! Ces âmes se comprennent, elles se cherchaient : Zachée depuis peu, Jésus depuis bien longtemps. Le Curé d’Ars disait : « Ce n’est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon ; mais c’est Dieu lui-même qui court après le pécheur et qui le fait revenir à lui »[22]. « Ce bon sauveur est si rempli d’amour pour nous qu’il nous cherche partout ! »

 

Concrètement, nous pouvons nous demander : quelle est ma soif d’autre chose ?

Dans quelle mesure ne suis-je pas ce publicain un peu compromis qui a soif d’autre chose, sans savoir par quel bout s’y prendre pour changer. Suis-je vraiment satisfait de ce que je vis ? Mon travail ne me prend-il pas trop de temps ? Le souci des choses matériels, le désir d’être reconnu ? Dieu a-t-il sa place ? Suis-je comblé ?

Qu’est-ce que je fais pour que cela change ? Comme Zachée, prenons les moyens de rencontrer Dieu si vraiment notre désir est sérieux. Zachée a fait peu, somme toute, mais il a fait ce qui était à sa portée. Jésus passe la rue d’à côté, et il s’y rend. Dieu n’est pas loin de nous non plus.

Ayant fait cela, soyons sûrs que Dieu en son temps nous surprendra. Alors nous saurons bien comment répondre. Car toute réponse doit jaillir d’un amour renouvelé, non du devoir.

Et enfin, si par hasard nous rencontrons un Zachée, agissons comme Jésus, libres, pleins d’espérance, pour ce Fils ou cette Fille de Dieu.

père Marc Burtschell

 

Homélie du 23 octobre 2016, Lc18,9-14

Qui c'est le plus fort ?

Je ne résiste pas à vous citer St Augustin qui commente cet évangile ainsi :

« Qu a-t-il demandé à Dieu, ce Pharisien ? Cherche dans ses paroles, tu ne trouveras rien. Il monta prier — mais il ne désirait pas supplier le Seigneur : plutôt se louer soi-même. Ne pas louer Dieu, se louer soi-même, c'était encore trop peu : en plus, il exprima son mépris pour celui qui priait.

Quant au publicain, il se tenait debout, à distance — et pourtant, il était, lui, proche de Dieu. La conscience de son cœur l'émouvait, mais un sentiment filial l'attachait au Seigneur. « Le publicain se tenait là, de loin », dit l'Écriture — mais Dieu l’écoutait de près. Car le Seigneur est « le Très-Haut », mais « il regarde les humbles (choses) », et « il connaît de loin les grands », tels que ce Pharisien. » C’est bien dit.

 

Aujourd’hui Jésus s’adresse à nous, c’est bien écrit noir sur blanc, c’est « à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres ».

Certes, c’est le pharisien qui en prend pour son grade. Mais on imagine facilement la situation inverse, et le publicain disant : « Seigneur je te rends grâce de ne pas être comme ces pharisiens qui vont à la messe tous les dimanches mais qui sont incapables de vous dire bonjour lorsque vous les croisez, etc. etc. »

Bref, c’est rassurant, qui que nous soyons, nous sommes toujours les meilleurs !

Certes, devant Dieu nous n’osons pas le discours du pharisien, mais devant les autres… Nos critiques disent bien haut et fort  : « tu as vu comme, moi, je suis bon ! ».

Alors ce publicain nous laisse un bel exemple car il a trouvé à qui se comparer. Et si la tentation vous prend faites de même : comparez-vous à Dieu ! Voilà un adversaire de taille.

Dieu nous y invite d’ailleurs : « Soyez saint comme je suis saint ». Comparez-vous à moi, imitez moi ! Alors, hein, c’est qui le plus fort, c’est qui le plus grand, c’est qui le meilleur ?

 

Humainement parlant, on se dit assez naturellement : plus j’essaie de faire le bien moins je suis pécheur. Et donc meilleur que les autres. C’est mathématique.

Oui, mais les saints nous contredisent, car plus ils sont saints, plus ils se disent pécheurs : les deux vont ensemble. Saint Louis-Marie Grignon de Montfort écrit par exemple : « C’est à vous pauvres pécheurs et pécheresses, qu’un plus grand pécheur que vous offre (ce livre sur le rosaire) » (Introduction à Le secret du rosaire). Nous prenons ça pour une tournure de style, mais non pas du tout. Leur sainteté fait qu’ils ont une conscience très aiguë de leur misère. L’humilité appartient à la sainteté. Le Curé d'Ars disait : « l'humilité est aux vertus ce que la chaîne est au chapelet ; enlevez la chaîne, et tous les grains s'échappent ; ôtez l'humilité et toutes les vertus disparaissent ».

 

Parfois, nous voulons être saints comme on voudrait être footballeur : on voit le programme des choses à faire et on croit avoir compris. Alors on dit la vérité, on rend service, on fait son devoir d’état, on vient à la messe, on se confesse, etc. Extérieurement, ça y ressemble… un peu. Un peu seulement. Il paraît que l’on dit parfois dans les monastères : « Lorsque vous voyez un jeune moine, vous pouvez parfois penser qu’il est saint, mais il ne l’est pas. Et vous voyez un vieux moine, avec ses manies et tout et tout, et vous pensez qu’il ne l’est pas, mais parfois il l’est ». Je trouve cela très vrai, très parlant. Il faut du temps à la grâce, nos bonnes intentions sont utiles, mais il faut être humble et laisser Dieu construire et purifier nos vies, sinon nous serons des pharisiens.

 

Alors en ce jour demandons que Dieu nous aide à nous reconnaître pécheur, qu’il nous rende humbles, car c’est très beau, un homme ou une femme humble.

Pensez à la beauté de celui qui voit les qualités des autres et sait les mettre en valeur : voilà l’humble. Il écoute l’histoire de celui qui parle un peu trop. Il accepte de ne pas être aux places d’honneurs. Il est au service. L’humble est celui qui a la joie d’élever l’autre, et elle est profonde cette joie-là !

Pensez à la beauté de celui qui sait demander pardon. En famille, demander pardon à son fils adolescent : un beau challenge. Ou un fils adolescent à son père ou à sa mère ! Quelle grandeur ! L’humble est celui qui a la joie de laisser à Dieu le soin de l’élever, en son temps.

Que Dieu nous donne d’être humble.

« Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! »

père Marc Burtschell

Les homélies du dimanche

Vingt-deuxième dimanche du Temps Ordinaire

28 août 2016
"L'ambition du Christ"

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Va te mettre à la dernière place, dit Jésus, abaisse-toi et tu seras élevé ». Si Jésus donne cet enseignement au cours d’un dîner chez un pharisien, c’est d’abord tout simplement parce qu’Il remarque, nous dit l’Évangile, que les invités cherchent à obtenir la meilleure place. Et après tout, c’est bien humain : lequel d’entre nous, à table, ne cherche pas (même inconsciemment) à s’asseoir à une place plus intéressante, aux côtés de personnes agréables… plutôt qu’à un coin de table entre deux invités ennuyeux ? L’enseignement de l’Évangile a toujours une base simple, humaine. Cependant, Jésus n’est pas venu pour nous apprendre la politesse : Il nous conduit plus haut, pour comprendre le sens de notre vie sous le regard de Dieu.

C’est donc la question de l’humilité qui est ici en jeu. Être humble, c’est se comporter ainsi : ne pas se mettre en avant, ne pas chercher de récompense ni de reconnaissance (« N’invite pas les riches qui te rendront ton invitation »), ne pas chercher à être bien vu ni faire étalage de ses propres qualités. La première remarque que nous pouvons faire, c’est qu’il s’agit d’une description du comportement de Jésus Lui-même : les disciples que nous voulons être, doivent imiter le Maître. Jésus cherche d’abord la discrétion, même si beaucoup Le suivent ; Il travaille comme charpentier, Il passe des nuits à prier dans la solitude, Il s’adresse personnellement à ceux qu’Il guérit, Il cherche à éviter les grandes foules. Comme l’écrira saint Paul (Ph 2,8), « il s’est humilié, abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort de la croix ! » Suivre le Christ pour nous, suppose vraiment cette humilité, cet abaissement, pour que la mort débouche sur la Résurrection.
Mais évidemment, nous connaissons bien les reproches que l’on peut faire à un tel comportement. Et nous-mêmes, tout en étant convaincus de cela, nous avons du mal à le suivre : car s’abaisser tout le temps, c’est finalement un chemin de médiocrité ! Comment voulons-nous dire à nos jeunes de « travailler pour réussir dans la vie », si l’Évangile nous dit qu’il faut être le dernier et le plus faible ? C’est l’objection majeure de la philosophie de Nietzsche contre la foi chrétienne : elle serait une religion de “minables”, de médiocres, qui prennent prétexte de l’Évangile pour rester dans leur nullité. Être chrétien, ce serait n’avoir aucune ambition ; ou alors, faire le bien uniquement pour avoir la vie éternelle comme une récompense… ce qui n’est pas mieux.

Ce n’est pas ainsi que nous devons prendre les paroles de Jésus. Jamais le Seigneur ne nous invite à la médiocrité, et les générations de Saints, qui ont jalonné l’histoire de l’Église – et qui n’étaient certes pas des minables – en sont les témoins ! En ce temps de rentrée, alors que les défis et les difficultés sont bien présents autour de nous, nous ne sommes pas appelés à rester sans rien faire, ni à nous chercher des excuses pour éviter de vivre en chrétiens. Pour reprendre un titre récent, « Engagez-vous ! » Nous devons avoir une ambition comme chrétiens dans ce monde : l’ambition de faire en sorte que le Christ soit écouté, connu, suivi. Notre ambition n’est pas celle qui cherche à se montrer par orgueil : c’est le goût du service qui doit nous guider, comme disciples du Christ-Serviteur. Comme le Christ, notre service doit être à la fois actif et vrai.
En disant cela, nous n’oublions pas l’humilité que recommande Jésus. Le chrétien est humble, non pas parce qu’il se trouve nul, mais parce qu’il est porteur de quelque chose – l’Évangile – qui le dépasse. Nous portons un message qui n’est pas le nôtre, mais qui est celui du Christ : celui qui est le seul authentique chemin de vie et de progrès pour l’humanité. Être humble, c’est s’effacer devant cet Évangile, en être témoin et le laisser agir dans le cœur de l’homme ; être humble, c’est être petit devant cet Évangile, devant Dieu… et devenir grand de la Sagesse de Dieu. Les Saints qui ont porté l’Évangile devant les hommes n’ont pas été des petits ni des médiocres ; au contraire, ils ont été immenses (même de l’avis de leurs ennemis et de leurs persécuteurs !), car c’est l’Esprit saint qui les habitait visiblement. L’homme n’est vraiment grand que s’il sait s’agenouiller devant Dieu, parce que la puissance de Dieu est Amour. Au contraire, ceux qui s’agenouillent devant les puissances terrestres, par désir de se faire voir, finissent par renoncer à leur propre dignité.

La logique de la vie chrétienne est donc bien la logique de l’Amour : c’est en donnant sans limite, que l’on reçoit infiniment. C’est en cherchant le vrai Bien (non pas mon bien ou ma carrière…), que l’on trouve la vraie grandeur, la vraie célébrité, la vraie gloire ; et dans ce domaine, il ne doit pas y avoir de limite à l’ambition ! Abaissez-vous dans le service, nous dit Jésus… et vous serez grands dans l’Amour.